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Full text of "Histoire de Charles VIII. roy de France, par Guillaume de Jaligny, André de La Vigne, et autres historiens de ce temps-là. Où sont décrites les choses les plus memorables arrivées pendant ce regne, depuis 1483. jusques en 1498. Enrichie de plusieurs memoires, observations, contracts de mariage, traitez de paix et autres titres et pieces historiques non encore imprimées. Le tout recueïlli par feu Monsieur Godefroy, conseiller et historiographe ordinaire du Roy"

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HISTOIRE 
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CHARLES VHIL 


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HISTOIRE 21479 
CHARLES VIIL 


ROY DE FRANCE; 


| TARK 
| GUILLAUME DE JALIGNYŸ., 


ANDRÉ DE LA VIGNE, 
& autres Hiftoriens de ce temps- la. 


OÙ SONT DECRITES LES CHOSES LES PLUS 
| memorables arrivées pendant ce Regne, depuis 14 83. 
| jufques en 1498. 


| ENRICHIE DE PLUSIEURS MEMOIRES, 
Obférvations , Contracts de Mariage, T raitez, de Paix, t autres 
L Titres € Pieces Hifioriques non encore imprimées. 


| | Le tout recucïlli par feu Monfiu GODEFRO#Y, Confeiller 
& Hiftoriographe ordinaire du Roy. 


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DE L'IMPRIMERIE ROYALE, 


| Par SEBASTIEN MABRE-CRAMOISY, Imprimeur de Sa Majcfté, 
& Directeur de fon Imprimerie Royale. 


M. DC. LXXXIV. 


LESIRIINIIENSELIIIELES 


£# 
SÉSÉSRESÉTESITÉEPINTTE 


OO TABLE 
DES AUTEURS 
contenus en cette Hiftoire. 


H ISTOIRE de plufienrs chofes memorables aduenuës 
du regne de Charles VIII. Roy de France, és an- 
nées 14861487 1488 148 9. par Guillaume 

de Taligny. page 3 
Extrait d'une Hifioire de France manuscrite, qus commence 
l'an 1270. € finit lanisro. | 9I 
Extrait de l'Hiftoire du Voyage de Naples du Roy Char- 
des VITT. mifé par écrit en forme de Journal, de fôr 
exprés vouloir 7 commandement , par André de la 

_ Vigne Secretaire d'Anne de Bretarne Reine de Fran- 
ce. nu 114 
Relation du meme Voyage du Roy Charles VIII. pour 
la conquesfe du Royaume de Naples; qui fert de fup- 
plement an Fournal précedent : par Pierre Defrey de 

T royes. |  _ Ro 190 
Hisloire de Louys Seigneur de la T rimbuille, dit le Cheva- 
lier [ans reproche, ejcrite par Iean Bouchet; dans laquelle 

il y a quelques circonftances qui éclairciront l'Hifforre de 

C arles V’IITZ. — 207 
Georgij Flori Mediolanenfis Ï C. de expeditione Caroli 
VIII. in Neapolitanum Regnum libri duo. 216 . 
Legatio Gallicana de expéditione Italica Regis Franco- 
rum Caroli VIII. Ex Bibliotheca Danielis Schneideri 
IC. &Cäncellarij Ducalis Megalopolitani , Gonfiliarii- 

_ que Saxonici Vimarienfis. | 238 


Extrait de l'Hiftoire de Louys Duc d'Orleans , depuis dou- 


Liéme du nom, Roy de France, en ce qui regarde celle 
du Roy Charles VIII. En Latin. | 253 
Extrait d'une Hifloire abregée manuftrite des Rois de Fran- 
ce, recucillie par Albert Cattanée Archidiacre de Cre- 
mone. En Latin. 277 


4 19 


Extrait d'une autre Hifioire abregée des Roys de France, 
intitulée, Francorum Regum Genealogia, par Sympho-. 
rian Champier Medecin d'Antoine Duc de Lorraine. 
284 — | 

Extrait d'uneautre Histoire, dont le titre eff, Trophæum 
Gallotüm, par le mefme Ghampier, où eft le Traité de 
Paix du Roy Charles VIII. auéc le Pape Alixan- 
dre VI. 7 

Extrait du Livre intitulé: Efigies Regum Francorum om- 
nium, à Pharamundo ad Henricumi vique Tertium, ad 
viuum expreflæ. +. 290 

Extrait du Livre intitulé : Omnium Regum Francorum, 
à Pharamundo vique ad Carolum Nonum, Vitæ bre- 
uiter complexæ , atque certis epigramimatis illuftratæ, 
authore Henrico Pantaleone. oo 291 

Extrait du Livre intitulé : Epitome des Gestes des cin- 
quante-buit Rois de France, depuis Pharamond jufques 
au “Roy Françors I. | | 292 

Extrait du Livresntitulc: Les anciennes 7 modernes G'e- 
mealogies des Rois de France, auec leurs Epitaphes © 
Effigies, par Jacques Bouchet : | 294 

Extrait du Livre intitulé : Chronique abregée ou. Recueil 
des faits, gestes \@7 vies illuitres des Rois de France 
jufques à Charles IX. | 296 

Extrait du Recucil des Antiquitez, de l'Abbaye de Sains 

Denis, 06 font les fépultures ex tombeaux des Rois de 
France. | . à 297 

Extrait d'un Livre intitulé: Stephani Pafchafj IC. ac in 
Senatu Parifienfi Patroni, Iconum liber. 301 

Extrait d'un Livre intitulé: Theodori Pafchafij in Fran- 
corum Regum Icones, notæ. 302 

Extrait du Livre intitulé : La Franciade , ou l'HiShoire 


generale des Rois de France. 302 
Extrait du Livre des Antiquitez, © fingularitez les plus 
remarquables de Paris. 39 


TT) 


TABLE 
des Pieces imprimées parmi les Obfervations 
fur cette Hiftoire. 


NSTRUCTION d# Roy Louys X I. à fon fi le 
Roy Charles VIII. 21. Septembre 1 4 8 2. page 307 
Extrait dela N egotiation LS Geurs de Rochechouart € … 
bot Amballadenurs a Rome, 148 2. 
Lettre du fieur de Haraucourt au Roy Louys X I. au fe 
de l'Euefque de Verdun, 8. OGobre 1482. 31$ 
Lettre du mefme au Gouuerneur de Provence [ur le ir 
fuiet, 8. Ofobre 1 4 8 2. | 
Lettre du fieur de Lenoncourt au Roy Louys XI. fr : 
mefme [uiet, 9. Octobre 148 2. 317 
Aix autres Lettres fur le mefme fuiet. 317. 318. 319. € 320 
Trois Lettres an Roy Louys XI. touchant la Ducheffe de 
. Milan, Bonne de Savoye, S gt €7 Octobre 148 2. 
320, @) 321 
Memoire touchant lex T'raitez, d Arras, de Francfort, &) 
de Senlis en 148 2. 1489.@ 1493. | 323 
Traité de Paix conclu à Arrasle 23. Decembre 1 4 8 2. 314 
… Attes' de Ratification du Traité d'Arras,*. 344. 346.348 
Rs au fuiet des mœurs &7 vertus du Roy Charles VIII. 


Obitus Regis Ludouici XI. 
. : Pape Si ixte V. en ‘fiser à du Chapitre F Chery 
352 
Ordre . Roy Charles VII 1 aux Gens des (omptes d'exer. 
cer leur Offices 54 : ues à ve qu'autrement en ait cfté or- 
donné, 11. Septembre 1 4 8 3. ‘ibid, 
Réuocation du Domaine aliené, 22. Septembre 1483. 35; 
Confirmation des Privileges des habitans de la ville de 
Compiegne, S eptembre 1483. 35 
Confirmation dn Bailly de Saint Pierre le Monflier, 359 
Provifions de la Charge de Conneftable en fancur de Lean 
Duc de: Bourbon ex d'Auuergne, 23. OŒobre 1483. 359 
Défenfes de verifier les dons du Domaine € droits fer le 
Sel, 29. Octobre 1483. | a 361 


Don au Comte de Dunvis de certaine Jômme à prendre fur 
les babitans de Briançonnois en Dauphiné, 13. br * 
bre 1483. 

Téflament de Charloste de Savoye veune du sl Louys À L 
1. Decembre 1 48 3. 363 

Effat des Officiers de [a Maifi n. 365 

Inventaire de [es meubles. 367 

Don aux Chanoines de la Sainte Chapelle du renenu des 
Regales, 4. Decembre 1 4 8 3. 368 

Circonflances de la vie &) des PE du Chancelier Guilau- 
me de Rochefort. 371 

Provifions de l'Office de Chancelier en [a faucur, 22. Septem- 
bre 1483. 372 

Memoire concernant le Chancelier Adam Fumée 373 

Confirmation des Priuileges des Marchands de la Hanfe 
Teuthonique , Septembre 1 4 8 3. 374 

Hommage de la Terre le. 27. Decembre 1483. 381 

(Confirmation des Privileges de la Rochelle, Decembre 1 48 3. 

382 

vs du Cardinal de la Balluë, touchant les affaires qu'il 
negocioit a Rome pour le feruice dn Roy, 4. Mars 1483. 
386 

Lettres du Roy touchant La jouiffance des terres de la Ma 
fon d' Armagnac; 5. Mars 148 3. 387 

PR es alliances de France @ d'Efcofe, 22. Mars 


483 389 
S re ance des appellations des Fuffices de Flandres, 5. De- 
_cembre 1483. 394 


Effat des cent Lances de la Maifin du Roy, 1483: 396 
Appellation des Prowufions de l'Enefché de Tournay, données 
fans le conféntement du Roy, 19, Nouembre 1 4 8 3 397 
rs “ Duc d'Orleans au fuict de la tenuë des Effars, 
399 

or on en l'Affemblée des E frats de Tours, ibid, 
Nom des S egneurs & Depntez qui y afifferent, 400 
Cahier prefenté au Roy par les Gens des srois Effats, 404 


Refponjes du Roy à ce cahier, | 418 

Circonftances mé concernent les Effats > Ti OUrs , 424 

Memoire touchant le Sacre 7 Couronnement du # RO Char- 
des VIIL 148 4. _. 428 


Union 


Union de la Baronnie de Mont-Doubleau an (ümté de 
Vendofme , May 1 4 8 4. os 418 
Memoire touchant les alliances avec les Snifles ; 432 
Entrée du Roy Charles VIII. à Paris, 148 4. ibid. 
Relation de ce qui fe pale en France au fujet du Cardinal 
- de la Ballue Legat à latere, 1484. 440 
Contrat de Mariage de: Gilbert de Chabannes Seigneur 
de (urton, @ de Catherine de Bourbon, eAouft 1 48 4. 
44 | 
Confrmation des Priuileges des Officiers de Vincennes, 


445 — 
Deux Lettres du. Duc d'Orleans , touchant les differends' 
d'entre luy & le Duc de Lorraine, 30. Aout © 5. Se- 


 ptembre 148 4. 450: 4$t 
Promeffe de René Duc de Lorraine, de prendre le parti du 
Roy Charles VIIL 29. Septembre 148 4. 451 


Erection d'une Foire franche à Dunquerque , Septembre 
1484... | | 45à 

Commifion e7 inffruction pour accommoder le différend tou- 

chant les pays de Foix, Bigore, & autres, Oifobre 148 4: 

| 454 455 | | 

Articles preféntez; an Roy de la part du Duc de Bretagne, 

"1484 | 456 

Traité entre le Roy Charles VIII. & les Seigneurs de. 

- Bretagne,1484: | huh 457 

Promefe des Seigneurs de Bretagne de reconnoiftre le Roy 
Charles VIII. pour Souverain , aprés la mort du Duc 
François , 28. Odtobre 1484. 453 

Lettres de confederation entre les fieur &7 Dame de Beau- 
jen € ceux du pays de Flandres, 25. Oltobre 148 4. 
460 E 

Lettres du Roy Charles VIIL ‘an fujet de la Gardenoble 
ae Philippes Archiduc d'Anftriche, 27. Décembre 1 4 84. 
4.61 | 

Revocation du Domaine aliené, 27. Decembre 1 48 4. 

_ 46; se 

Remonffrances du Duc d'Orleans au Parlement de Paris, 
touchant les defordres de l'Etat, fanvier 1484. 466 

Lettres du Roy Charles VIII. par lefquelles sl vent _ le 
Comte de Romont, Marie &' Francçoife de Luxemboure 

| € 


foient compris au Traité d'Arras fait en 1483: 28, 
Janvier 1484 | . 469 
Lettres du Roy (harles VTT I par lefquelles il prend comme 
Souverain Seigneur les Flamans en [a protection, ÿ. Fe. 
vrier 148 4. | _ 472 
Exemption de Ban & Arriere-ban, €9 de bailler déclara- 
tion de Fiefs en faveur des Officiers du Parlement de 
Paris, Février 1484. | . 473 
Traité des Droits du Roy an Royaume de Sicile, (omté de 
Provence, er autres pays © Seigneuries, | 476 
Refponfés aux prétentions du Duc de Lorraine jur les 
 Dacbez, d'Anjou , Comtez, de Provence és du Maine, 
& autres Sergneuries , | 433 
Effar des Gentilshommes de l'Hofiel du Roy,148 5. 485 
Resbonfé des Seigneurs de Bretagne aux articles du Duc, 
Jur ce qui a efté entrepris an Chaftean de Nantes, Aouft 


Traité de Mariage de René II, Duc de Lorraine 7 d 
Philippes de Gueldres , 28. Aouft 1485. 487 


Dispenfe du Pape pour la diffolution du Mariage de René 
Duc de Lorraine avec Teanne d'Harcourt, 31. Janvier 
1488 | 49L 

Arrests contre le Duc d'Orleans, Septembre 1 48 ÿ, 492 

Procés verbal entre les Officiers du Roy © du Duc de Sa- 


voye jèr l'hommage du Marquifat de Saluffes , Seprem- 


bre 1485. 493 
Ordre d# Duc de Bourbon Conneftable de France touchant 
le Ban & Arricreban, Septembre 1 485. $0o 


Lettre au fujet d'une Ligue entre le Comte d'Angoulefine 
© le Seigneur d'Albret contre le [érvice du Roy, 20. 
Ofobre 1485. soi 

Publication de la T reve avec l'Angleterre, Décembre 1 48 s. 
ibid. 

Avis touchant l'augmentation des gens de guerre poir la 
feureté du Royaume, 1485. | Soz 

Lettre a Madame de Beanjen au fujet des affaires de Bre- 
tagne, Janvier 1495. | fo4 

Huit Lettres du Duc d'Orleans, du Prince d'Orange, ds 
Comte de Dunois, er du Comte de Comminges, [ur le 
mefme fujet, 1485. 1486. sos. & fuiv. 


Traité d'alliance tnire les Rois de France & de Portu g al, 
7: Janvier 1485. $o9 
Confirmation de la Foire Saint Germain DefpreX ; Février 
1485. | j10 
Donation du Royaume de Cypre au Dai de Savoye, par 
Charlotte Reyne de Cypres 25. Février 1 48 5. f14 
Entrée du Roy Charles VIII. à Troyes 1486. sr? 
Exemption de Tailles en faveur des habitans de la Ville de 
Troyes, 14, Ma) 14486. ji 
 ÆESfabli{ement en la Ville de Troyes des Foires de Chaimpa- 
gne € de Brie , Juin 1486 oo j14 
Mainlevée accordée par le Roy én conféquence du ferment 
de fidclité de lEsvefché de S'asnt Flour, 28, May 148 6. 


539 : | | 
Irftruclion an Comte de Vendofime envoyé vers le Duc de 
Bourbon, 10. Juin 1486. | 531 
LE net du Duc de Lorraine, 21. fuillet 1484.. 53; 
Nomination du Duc de Lorraine à l'Office de Grand Cham- 
 bellan, 7. Aoust 1486. 53 
Lettre d'Angele Cato Archevefque de Vienne ; touchant les 
. affaires de Naples, 4. Septembre 1486. ibid, 
Réunion du Comté de Provence à la Couranne , QŒabre 
_ 1486. _ | 537 
Lettre du Roy au fieur de Bou, 4. fuillet 1486. . 537 
Deux Lettres du Roy des Romains er de [on Confél au 

fajet des différends entre luy &) le Roy Charles V III. 
| Septembre 1 4 8 6. | $40. S4I 
Circonftances de la vie & des emplois de l Admiral de Gra- 

ville , | | f44 
Ordre touchant les gens de guerre de Picardie &7 Artaïs, 

_ 1486. . 545 
Traité entre le Roy des Romains €5 ceux de la Ville de 

Saint-Omer, 26. fanvier 1 4.8 6. 546 
Lettre de Marguerite d'Auftriche femme du Roy Charles 

VIII. à Madame de Beaujeu 1 48 6. _$47 
Déclaration du Roy en faveur de Marie ex Franroifé de 
| Lasrmboure : Filet 1487: | $48 
* Procuration pour le Mariage de François Comte de Ver: 

dofme ; éÿ de Marie de Luxembourg veuve du Comte de 
Romont, 3. Aouft 148 7: .. S5t 
€ 1j 


Contra@ de Mariage du Comte de Véndofine, ÿ. Septembre 


1487. _ . 553 
“Déclaration du Roy touchant la restitution des biens du 
Conneftable de Saint Paul, en faveur de Marie & Fran- 
 çoife de Luxembourg, 1487. 558 
Arreff pour l'exécuiion de la Déclaration cy-deffus , 1 4 8 8. 


359 . | | 
Perm:ffion au Sieur & Dame de Bcaujeu, de fe faire telles 
donations qu'ils voudront , Aonft 1487: $64 
Réunion an Domaine de la terre de Fontenay-le-Comte en 
Poitou, 15. Février 148 7. Sn ;6$ 
Contrat de Mariage de Charles Comte d'Angoulefme, © 
de Lonyfe de Savoye, 16. Février 1487. _ ÿ67 
Arret d'enregiftrement du Contrat cy-deffs » 19. Février 


I 4. 1 7 $79 
Arreft contre George d'Amboife Evefque de Montauban, 
1487. | 571 
Inffruétion du Pape à fes Nonces en France, touchant le 

procés des Esvejques de Perigueux € de Montauban, 

I 4 8 7 | | | j7t 
Lettre de Jean Boëte pour le mefme fuict, ee ÿ72 
Arreff contre les Evefques de Perigueux &) de Montauban, 


573 oo | 
Deux ordres àu fieur de Beaujeu d'afiiter au procés du 
Duc d'Orleans, 20. Aouft &' 2 2. Janvier 1487. 573. 


574 | | 
Arrest contre le Comte de Dunois, 23. May 1488. 575 
ArreSt contre le Comte de Comminges @ autres, 1488. 


576 | | | 
Arreff contre Philippes de Commines ; 24. Mars 148 8. 


576 | | 
"7 par le Procureur Général d'un Monitoire décerné par 
e Pape contre les Flamans, 18. May 1488. 577 
Lettres du Roy Charles VIII. au fujet de ce Monitoire, 
jêr | | —. 
Lettre du Seigneur de la Trimouille touchant l'efat de l'ar- 


mée de Bretagne, 19. May 1488. 1 58 
Denx Lettres de la Duchefe d'Orleans pour demander la 
delsvrance de [on Mar) ; 534 


Lettre au fujet de la conduite du Sulram ZLi%im és Terres 


de l'Eglife, 26. Novembre 148 8, 586 
Commiffon pour le mefme fujet, __ äbid, 
Lettre touchant la Promotion an Cardinalat de François 

de Savoye Archevefque d'Auch, 11. Décembre 1489. 


Traité entre le Roy des Romains &) ceux du païs de Flan- 
drès, 31. Décembre 1489. _ ibid, 


Réfultar du Confël, i3. Octobre 1489 594 
Lettre du fieur de Graville touchant l'eftat des affaires de 

Normandie, 1 3: Juin 14809. 597 
Lettre du Roy 4 la Ducheffe de Bourbon, 31. Juin 1489. 


598 | 
Nombre des Ftftes aufquelles la Ducheffe de Bourbon fe 
‘peut avec dix perfonnes faire abfoudre de tous peche? , 
ibid. | 


Contrat de Mariage d'Angelbert de Cleves, éx de Char- 
lotte de Bourbon, 22. Fevrier 1 4 8 9: 6où 
Procuration du Roy des Romains pour traiter du Mariage 
d'entre luy @ Anne Duchefle de Bretagne, 20. Mars 
1489 | 604 
Ligue entre les Rois d'Angleterre és des Romains , contre 
le Roy Charles VIII. 11. Septembre 1 49 0. 6o$ 
Effat des Officiers de la Maïfon de Charles VIII 1490. 


609 | | | 

Eftat des cent Gentilshommes de l'Hoftel du Roy, 1 49 0 
6ii | 

Lettre du Duc d'Orleans au fujet de ce qui fé palfoir en 
Normandie; 9. fuir 1491: _ 61: 

Ordre à l'Officier des Genfd'armes du Roy d'obeir au Duc 
d'Orleans , 9. fnillet 149 1. 


614 
Reftitution en leurs biens ©) honneurs des enfans de Jacques 


. d'A TMAÇTIA » Juillet >» 1491. | ibid. 
Ligue entre les Ducs d'Orlcans, de Bourbon & autres, pour 


le férvice du Roy, 4. Septembre 1491. 66 . 
Inftruttion dun Roy à fs Ambafladenrs à Rome , 1491: 
_ 617 | 


Traité de M ariage entre le Roy Charles VIII. & la Reine 
Anne de Bretagne, 1 3. Décembre i491.: 622 


Entrée à Paris de la Reine & Anne de Bretagne, 1491. 
L 625. | | 


D) Ode 
€ 


Ligue de la Reine, des Ducs d'Orleans ; de Bourbon, & au- 
tres, pour le férvice du Roy, s. Juillet 1 49 2. ibid. 
Deux Lettres touchant la Nasfauce du Dauphin Charles 
Orland, 10. Ofobre 1492 L 617 
Ceremonies du Baptefne du Dauphin Charles nee : 
. ZT 2e . Je | . 1 id, 
Ps or au fujet de la Fondation d'un Convent e4 la 
Ville de Lyon, en faveur de Frere Ÿcan Bourgeois, 14. 
es 16. Novembre 1498 _— 618, 629 
Traitté entre le Roy Charles VIII & Henry VIL, Roy 
d'Angleterre, 3. Novembre 1492 ibid, 
CMain-levée du Temporel de l'Evefché de Paris, à caufe 
du Serment de fidelité préffé par l'Evefque, 10. Décembre 


1492. LL | . 367 
Circonftances de la Vie, & des emplois du Cardinal Bri- 


fonnet, 


638 

Traité de Senlis entre le Rey Charles VIII. le Roy des 

Romains ex l'Archiduc d'Auftriche ; 23. May 1 49 2. 

640. | | 
Publication de la Paix de Senlis, 23. May 1463. 652 
Promefles de purs Seigneurs € Willes pour l'execution 

du Trai e de Senlis 1493 " 653. 654 
Acte de délivrance de la Princefe Margucrite d'Auftriche, 


12. fuir 1493. _656 
Abregé de la Wie de Marguerite d’Auffriche, 658 
 Commiffion pour la garde d'Hefdin , Aire € Bethune en 
exécution du Traité de Serlis, 659 


Inffruction pour les Provifions de l'Ervefché d'Angers 1 493: 


661 | 
Traité de Barcelone entre le Roy de France, le Roy © le 


Keyne de Cafhlle, 1 9. Janvier 1493: 661 
Deux Lettres au fujet de la remifé de Perpignan, @ Comté 
de Cerdaigne , 4. Juin 1493 _ 671. 674 


Defcharge de la Place de Perpignan, 7. Juillet 1493. 673 
Provifions du Gouvernement de Paris , [Île de France © 
Brie en faveur du (omte de Montpenfier, 9. Décembre 


1493 .—. 674 
Droits du Roy an Royaume de Sicile, Naples € Arragçon, 


675 . 
Lesre qu fujet des protestations faites par le Pape, pour la 


conférvation des droits de l'Eglifé fur le Royaume de Na 


ples, 3 Odobre 1494. _ 63; 
Lettres du Roy pour la levée des deniers déflinez, pour la 
conquefte de Naples, 1 8. Juillet 149 4. ibid, 


Edit pour engager le Domaine pour fubvenir aux frais du 
Voyage d'Italie, Oobre 1494. 635$ 

Deux Lettres au fujet d'un emprunt fur le Clergé pour le 
Voyage d'Italie, 29. Octobre & 14. Décembre 149 4. 
687. 688 

Lettre de Guillaume Briçonnet au Duc de Bourbon, 14 9 4. 

689 _. 

Contract de Mariage de Fean de Boulogne © de Jeanne de 

© Bourbon, veuve du Conneffable de Bourbon, 2. Fanvier 

1494: _ 691 

Couronnement du Roy ean d'Albret èx de Catherine de 
Navarre, 1 0; fanvier 1 4.9 4 : 693 

Serment de fidelité preffé au Roy par l'Abbé de Saint Amand, 
24. Février 1494. Ce 699 

Six Lettres du Duc d'Orleans au fujet des affaires d'Italie, 
14. 15: Avrdi49 419.20. € 22. Avriliggs: 
700.701. 702 

Effat des Officiers de la Maifon du Dauphin, 1494. 


703 
Effat des Officiers de la Maïfon du Roy; 1495. 704 
Effat des Officiers de la Maifon de la Reyne, 149 $+ 706 
Relation des habillemens d'une Duchelfe d'Italie, 709 
Relation de ce que ft le Roy Charles VIII. 4 Rome, 


710 
Entrée du Roy Charles VIII à Naples, 22. Février 
_ 1494 | | 716 
Requeste du fieur Rabot contenant plufieurs circontances 

des affaires d'Itahe, . 717 
Circonftances de la vie 7 des emplois du Chancelier de Gan- 

A); | 719 
Lettre au fuiet de la bataille de Fornonë ; 17. fuillet 14 9 5. 


720 | 
Provifions de l'Office de Chancelier en faveur de Robert Bri- 
çonnet , 30. AOUSE 1205 t 


Se | 72 
Traité de Paix entre le Roy Charles VIII. & Ludovic- 
Sforce Duc de Milan 10. Octobre 1 495. 712 


—. dm Parlement de Bretagne, 2 JS. Novembre 149$. 


Prife F de poffefion du Comté de Flandres au nom de F Archi 
_… duc d'Auftriche, 26. Décembre 1495. 729 
Traité de Boulogne entre la France € Anglererre 24° 
May 1497 | 738 
Provifi ons de Poffice de Chancelier en faveur de Guy de 
Rochefort, 9. luillet 149 7. 743 
Ordre pour travailler au Trefor des Chartres, 30. Décem- 
Dre 1497: 1e 
idiote données par les Rois aux x Peuples, 74S 
Deux Lettres au [ujet du Convoy 7 Obféques du Roy Char- 
les VIII. 11.7 17. Avril 1498. 745. 746 
Orüre aux Gens des Comptes d'afifter aux Obfiques du Rey 
* Charles VIT I Avril 149 8. 746 
Ordre tenu à l'Enterrement du Roy Charles VIII. 1498. 


Ordre de la Pompe Funebre du Charles VIII. paf 
Co par Paris, 1498. 75% 


PIECES AJOUSTEES. 
Projet Pr Mariage de Charles V11 L. avec Marie brie 


des Pais-bas, 
Articles de Mariage entre le Duc de Bourbon Conneflable 
de France E Jeanne de Bourbon, 758 


HISTOIRE 


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“HISTOTRE 
DE APRES 
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PREFACE | 

PEL SN U plus ancien des Hifforiens qui zyenr 
| écris du temps du Roy Charles LIT. 
ne commence. qu'à la troifiéme année: 


7 


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| | de ce Kegne : 1! femble qu'il cf 4 pro 


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pos de dire Par mantere d'introduction 
SP Rs À quelque chofe de ce qui s'est pallé avant 
Rs cette année, afin de donner d abord 


TRES . ER 11 
| nn nr CUTIT ET CLIP CECOTPIN TRS 


an Lelfèur toûtes les idées necellaires pour bien entendre cette 


[] 


Le Roy Charles VIII. naquit à ÆAmboifé le dernier jour 
de Fuin de l'année à 47 0. à 


2 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
Son Mariage fut conclu avec Marguerite file de Ma- 
ximilian I. Archiduc d'Auftriche, € de Marie de Bour- 
gogne, en l'année 1483. mais il n'eut pas d'effet ; pour les 
raifons qu'on verra dans le cours de cette Hiffoire. 
LL fucceda au Roy Louis X I. fon pere le 30. Aout de 
_ l'année 1483. @' 4 cauje de fôn bas âge, il demeura, comme 
le feu Roy l'avoit ordonné , fous la conduite de Pierre Se. 
1483. gneur de Beaujeu, depuis II. du rom Duc de Bourbon, 
d'Anne de France [a femme, fœur de ce jeune Roy. 
Louis Duc d'Orleans, beaufrere du Roy pour avoir épou- 
fé Jeanne de France [a [œur, &' premier Prince du Sang 
Royal , depuis Roy de France [ous le nom de Louis X 1 I 
#€ put fouffrir qu'on l'éloignaft de la Régence, & com- 
Mença à pratiquer fous-main diver(ts ligues contre le Gou- 
Vernement. 
Pour éteindre ces troubles dés leur naï[ance, e7 pour ré- 
former en mefne temps divers abus qui s'effoient.infenfible- 
ment glffez dans le Royaume , les E ffats Gencraux fu- 
rent convoquez, à Tours, © l'on y fit plufieurs beaux Ré- 
glemens , qui font parmi les Preuves de cette Hifhoire. 
ÆEnfuite le Roy âgé de treize à quatorze ans fut couron= 
né à Reims le Dimanche 30. May 1484. par l'Arche- 
vefque Pierre de Laval. — | 
1484. L'année fuivante [6 paf[a affez, tranquillement , ex ce ne 
fat qu'en 148 6. que le Parti du Duc d'Orleans parut for- 
—— mé, © que ce Prince [è déclara onvertement. : 
1485.  C'esf en cét endroit que Guillaume de Faligny commence 
fon Hiftoire. Nous la mettons à la tefte .: ce Recueil, 
parce que de tous les Hifforiens contemporains c'eft celuy qui 
a le plus fidelement rapporté toutes les intrigues de ce Re- 
ges € 1 en cffoit [ans doute parfaitement inftruit , puis 
qu'il effoit Secretaire de Pierre Seigneur de Beaujeu, qui gou- 
vernoit alors abfolument. ci UE | 


Se en a ne 
HISTOIRE 
DE PLVSIEVRS CHOSES MEMORABLES 
aduenuës du Regne de Charles VIII. Roy de France, 
és années 1486. 1487. 1488. & 1489. 

Par GVILLAVME DE JALIGNY, 
Secretaire de Pierre II. Duc de Bourbon, fous lequel fe pafferent les Affaires 
que cét . Autheur à defcrites, | | 


RESPONSE FAITE PAR CEVX 


de la Ville de Paris au Duc d'AuStriche *, * C'eftoit 
fur les lettres qw'il leur auoit eférites. gr 


RES-HAVT & puiflant Princé,'il eft venu deuers nous vn sen 
homme pottant vos Armes, {oy-difant voftre Heraut, lequel 1519: 
nous a prefenté vos lettres en parchemin, & féel rouge, efquelles 
vous intitulez en marge deflous les lignés, ce qui iamais n'a efté 
fair en lettres à nous adrefées : Et il n'appartient à quelque Prince 
que ce foit, fors au Roy noftte Souuerain Seigneur, qui eft Roy & 
Émpereur en fon Royaume; lefquelles vos lettres, pour la reue- 
rence, &tres-haute obeyffance que luÿ deuons, & qu’il faifoit con- 
duire ledit homme portant vos armes, nous auons prifes, &faiclire 
en l'Hoftel commun de cette bomne Ville & Cité de Paris : Car au- 
trement pour la forme defdites lettres, & aufli pource Fu VOUS vous 
 eftes mis & efleué en guerre contre le Roy, noftre fouuerain Sei. 
gneur, en vfurpant contte droit & raifon fes Terres, &Seigheuries, 
comme Theroüenne & Montaigne, qui {ont du vray Domaine du Roy, Theroñsnne 
& de fa Couronne, n’euflions receu ne veu vofdites lettres. © Mortai- 
Et pource que en icelles faices grande narration d’entreprifes, A cd 
que dites auoir efté faites par nos tres-tedoürèz Séigneur: & Dame, Roy. 
Monfeigneur, & Madame de Beaujeu, contre.le Traité de a * + Le Traité 
nous n’en auons point eu de cohroiffance. Eteftchofe trop difhcile d sé “0 
à croire : car nous auons toufiours veu & {eu le Roy noftte fouue- * ” 
rain Seigneur, mondit Seigneur, & Dame de Beaujeu, & tous les au- 
tres Princes, & Seigneurs eftans entour fa perfonne, & de fon Con- 
feil, tres-affectionnez & enclins àentretenir & garder ledit Traité de 
aix : Et n’auons point fceu que à vous, ne fut les lé & fuiets dé 
3 & puiffant Prince le Comte de’Flandre, Pair de France, voftre 
fils*, ayenc eftéfaites aucunes prifes de places, de prifonniers, ne * Philippe 
autres exploiéts de guérre: mais auons bien feeu, & eft bien con- Pa ET 
neu à nous, que auez fait furprendre lefdires Villes, Pr TOUT Charis Ps : 
1] 


1486. 


4 "A 
\ 
Ne \ 


HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
1.486. droit &raïfon,cotime diceft: Et eftes entré À mi fürprife en armes. 
| en ce Royaume, pour greuer le Roy noftre fouuerain Seigneur, & 
fes bons & loyaux lubiets : Dont äffez nous ne nous pouuons ef- 
meruciller; veu ledic Traité de paix, fi folennellement par vous 
iuré, & par les Communautez des pays de Flandre de voftredit fils. 
Aufñi canfidéré le Mariage d'edtre noître fouuerain Séigneur, & 
*Margueri- de la Reyne * noftre fouugtaine Dame, voftre fille. Et {embloic 
en pt bien à nous, & à tous les fubiets de ce Royaume, que quand au- 
renoyéc pe cun Prince, ou Seigneur, euft voulu faire la guerre au Roy, noftre 
| ou É fouuerain Seigneur, es pays 8 fuiets, vous etes & deuez eftre l'vn 
des Princes du monde, qui par foy, ferment, honneur, & par na- 
turelle obligation, eftes plus obligé à le garder & defendre. 
Et quelque chofe que vous efcriuiez du faiét, aage, & gouuerne. 
ment À Roy PARU nr Seigneur, il a “to à Dieu fi bien 
traité & gouuerné ce Royaume, & tous fes fubiets depuis qu’il eft 
venu à la Couronne, & par fi bon confeil, que tous {es fubiets ont 
vefcu fous luy en sat luftice, paix, repos, & feureté, & feront 
toufiours aû plaifir de Dieu : car 1e Roy noftre fouuerain Seigneur 
_. vient, & croift de iour en iour en prudence, & vertus. 

Et toychant les charges, que par vofdites lettres donnez à no. 
ftredit Seigneur, & Dame de Beaujeu, nous n’auons {çeu, veu, nç 
conneu , qu'ils ayent fair, ou procuré aucune chofe du çsontenuen 
vofdites lettres ; mais les auons toufiours vey de tres-rand & bon 

” vouloir au feruice, bien, honneur, feureté & conduite du Roy, & 

de fes affaires : Et veu que par ledit Traitté de paix eftoir dir, que la 

Reyne voftre fille, fi roft qu’elle feroit amenée en ce Royaume, fe, 

roit baillée és mains de noftredit Seigneur & Dame de Beanuieus 

Aufly que par Philippes Dafles , voftre Elcuyer , qu'enuoyaftes à 

Melcun deuers le Roy, noftre fouuerain Seigneur ,entre autres cho. 

fes vous dites, que vouliez abfolument entretenir ledic Traité de 

paix en tous fes points & articles ; (comme le Roy, qui de fa gra, 

ce, a accouftumé nous-communiquer fes grandes affaires ;nous feig 

lots dire & declarer, ) nous croyions fermement, que vous & eux, 

feufliez d'vne bonne amitié: Attendu aufly Ja grande proximité, & 

afhnité par Mariage, qui eft cant entre la Reyne, noftre fouueraine 

Dame voftre fille & eux , que ledit Compe de Flandre, votre fils. 
Eten tant quepar vofdites lettres nous requerez, & neantmoins 
fommez, que tenions la main envers noftre fopucrain Seigneur , à 

ce qu’il ne donne plus de credit, gouuernement, neauétorité à no+ 

ftredit Seigneur & Dame de Beauieu, & qu'ilfafle afflembier les Prin. 

pure CS» Eftats, & Seigneurs de fon Royaumé, pour befogner auec es 
LIL, qu tim Deputez de l'Empereur* voftre pere, ceux du fainét Empire, & les 
FEmpre  Voltres, que offrez y cnuoyer à l'entrerenement dudis Traitré de 
ans Go. Paix, Ou fur une autre bonne forme, & nouuelle Alliance :ce font 


ru 1493. ChOÎeS en quoy le Roy noître fouuerain Seigneur, & non autre à 


ROY DE FRANCE. 

l’ayde de Dicu , fçaura bien pouruoir à l'vcilité & feureté de cédit 1486, 
Royaume, & de a fubiets : Et ne voyons qu'il y ait caufe ny ma- Li 
tierce de faire ce que nous efcriuez. Mais en toufiours acquitrant 
noftre loyauté , & fuiuant les loïiables œuures de nos predeceffeurs, 
nous auons cfté, fommes, & ferons toufiours deliberez d'obeyr & 
feruir enuers & contre tous noftre fouuerain Seigneur, en tout ce 
qu'il luy aplûü , & plaira nous commander. Er pour ce faire, y em- 
ployer nos corps, nos biens , & nos vies, fans aucune chofe y ef- 
pargner ; ainfi que bons, loyaux, vrais, & obeyffans fubiets doi- 
uent faire enuers leur fouuerain & naturel Seigneur. Et fi vous fai- 
fiez reparer les infra@ions faites de voftre part, contre ledit Traité 
de paix, ainfi que vous y cftes obligé & tenu , vous feriez ce que de- 
ucz, à voftre honneur & loüange : Et ferait mieux que pour le temps 
aduenir , le fcifliez loyaument & irreuocablement entretenir, que 
d'en faire vn nouueau ; auquel pourroit auoir peu de france & feu- 
reté , quand celuy qui folemnellement ,.comme dit eff, a efté faic, 
feroit ou deuroit eftre nul, ou enfraint. | 

Et quant à la derniere claufe de vos dites lettres , qui fanne affez 
que voftre intention eftde continuer la guerre, vous ferez le grand 
dommage du pays de Flandre, & autres pays de voftredic fils, com- 
me il pourra le plus fentir, & le fps : Et pour y refifter, nous 
& tous les autres fabiets du Roy, noftre fouuerain Seigneur , fom- 
mes deliberez d'y employer corps & biens iufques à la mort inclu- 
fiuement. Efcrit audit Hoftel commun de la Ville &:Cité de Paris, 
Je 1° jour de Septembre, l'an mille quatre cent quatre-vingt & fix. Le 2. Se- 

_ Par les lettres que deffus, on peut affez connoïftre la'grande ar- Prmbre. 

rogance, outrecuidance, & prefomption en quoy fe mertoit ledit 
Duc d’Auftriche : Et auffy comme par leRoy , & ceux de Paris, luy 
fuc bien & conuenablement refpondu , en luy remonftrant affez 
clairement fa faute : Et par la fufdite Refponfe , peut on aflez en- 
tendre la fubftance des lettres, que ce Duc d’Auftriche auoit efcri- 
tes à ceux de Paris. Ne 

Incontinent que ceux de Paris eurent expedié leurslettres, felon 
le double cy-deffus efcrit , ils enuoyerent quelques gens de bien 
d’entre eux deuers le Roy à Beawuais pour faire leur defpefche , & 
l'Officier d'armes du Duc d’Auftriche auec eux. DT 

Le Roy aufly de fa part, aprés que les lettres de fa Refponfe feu- 
rent preftes, fe trouua vniour en l’Hoftel de de où il eftoit 
logé, & en fa Chambre de parement , accompagné des Seigneurs de 
fon Sang eftans auec luy , des Cheualiers de fon Ordre, & des autres 
gens de fon Confeil , où lefdites lettres furent leuës , & puis à vn 
chacun fut demandée fon opinion , pour fçauoir fi elles eftoienten 
bonne forme, & fi le Roy Éifoic conuenable Refponfe: Il y eut fur #oyez par- 
ce plufieurs belles opinions. Et entre autres, le a ip de Grauille, 7? os 
qui eftoit vn des principaux autour de la perfonne du Roy, dit qu'il wrasioms. 
À ii 


\ 


6 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
1486. s’efbahiffoit bien qui mouuoit le Duc d'Auftriche de vouloir corri- 
gcr le Roy, & mettre l’ordre en France, veu qu'il ne luy touchoit. 
en rien ;attendu-qu'il n’auoit aucune cheuance dedans le Royaume, 
ny alentour ; & n’eftoit de par luyaucunement parentdu Roy, finon 
* Marie be. à Caufe de la fille * du Duc Charles de Bourgongne, qu’il auoit ef- 
ritiere des pouféc : Et allegua qu'il auoit aucunesfois leu dans les Croniques & 
Pays-B#. anciens faicts de France ; & qu’il n’y auoit point trouué que les Al- 
lemans euflent iamais fubiuguë les François , ny mis ou donné or- 
dre & police en leurs affaires ; mais qu’au contraire les François 
auoient fubiugué & reduit fous leur obeyffance les Allemans, & mis 
& donné loix, ordre & police en leur pays, comme feit Le Roy Char- 
* Ce fur de. emagne , & pluficurs autres. Quand ce veint à Monfeigneur de 
puis Pierre Beaujeu * à opiner , il remonftra les charges que le Duc d'Auftri- 
 . 5 che luy donnoit, par les lettres qu’il auoit efcrites, ant au Roy qu’à 
poux d'An. Ceux de Paris, & s’en excufa tres-honneftement, en declarant que 
ne de Fran- |e Duc d'Auftriche n’auoit efcrit ny bien , ny verité, & qu'il nele 
2 craignoit, ny redoutoit, & qu’à l’ayde de Dieu, & de ous fes bons 
VIII. parens & amis , il fe garderoit bien de luy , & de tous ceux qui le 
pouuoyent auoir incité à ce faire. Sa remonftrance cftant faite, il 
{e leua, & aucc luy Monfeigneur le Comte Dauphin-d’Auucrgne, 
& Monfeigneur de Vendofme de la Maifon deBourbon , fes parens, 
qui pareillement dirent, que le Duc d’Auftriche à tort & fans caufe, 
& contre verité, auoit chargé mondit Seigneur de Beaujeu, & offri- 
rent de le feruir contre ledit Duc d’'Auftriche , & tous fes Alliez : 
Cela fait, & les opinions eftans ouyes, le Roy feit venir Thoi{oy 
d'or, auquel dans Le Confcil, en la prefence du Roy, Monfeigneur le 
Chancelier feit plufieurs belles remonftrances ; lefquelles faites, le 
Roy le feit defpefcher, & le feit deffrayer , luy faifant deliurer cent 
cicus d’or: Et 1 fit bailler vn de fes Officiers d'armes pour le me. 
“Jean 11, CT feurement iufques au lieu où il trouueroit ledit Duc d’Au-. 


Duc de  ftriche. | | 


. Le Roy eftant encores à Beauvais, à l'entrée du mois de Septem- 
fable. bre, mille quatre cent quatre-vingts &fix, Monfeigneur de Bour- 


és bon *, venant de fon pays de Bourbonnois arriua en Cour bien ac- 
nes, & p. so. Compagné ; & le Roy enuoya des plus gensde bien de fa maïfon au- 
d 62. de deuant de luy : Auffy Monfeigneur de Beaujeu fon frere y alla, & 
Fe feut bien receu par le Roy : Il auoit dans fa Maiïfon aucuns de fes 
bles, /mpref: feruiteurs; qui cftoient fort grands mutins, dont le Seigneur de Cs- 


fo dx Lou Lint , 8e le Seigneur d'Argenton *, qui s’eftoit retiré pardeucrs luy , 
* Philippe €ftoient les principaux , qui auoient attiré plufieurs ieunes Gentils- 


de Comi- hommes:à leur cordelle ; & trois ou quatre iours après que mondic 


nes, gi 4 . | à ; : | D us 
nr des Scigneur de Bourbon eut feiourné audit Beauuais , à la pourfuite 


Memoires. defdits Scigneurs de Culant & d’Argenton, (ie crois bien . Mon- 


w . Fe | | 
Per fcigneur d'Orleans *, qui eftoit auffy à Beauuais, & ceux de fa ban- 
Less X11. dc n'y nuifoyent pas,) mondit Scigneur de Bourbon feit vn peu du 


ROY DE FRANCE. 7 

courrouffé, feignant de n'eftre point content de Monfeigneur & de 1486, 
Madame de Beaujeu, ny du Scigneur de Grauille, & autres qui gou- 
uernoyent fous eux ; en difant qu'ils cftoient caufe de la guerre que 
le Duc d'Auftriche faifoir , & du m'efcontentement qu’auoient les 
autres Seigneurs du Sang ; & alleguoit qu’il eftoit Connefable, & qu'à 
luy appartenoit l’execution de la guerre, & qu'il s’en vouloit aller 
en Picardie , pour refifker à l'encreprife dudit Duc d’Auftriche, & y 
trouuer quelque bon appointement : De fait, il partit dudit Beau- 
uais contre le gré du Roy, pour tirer en Picardie: I] y eut à fon de. 
part des allées & venuës de Monfeigneur & de Madame de Beaujeu, 
& autres grands perfonnages de l1 Maifon du Roy pardeuers luy 
pour interrompre fon defpart, mais il n’y eut point deremede. Et il 
s’en alla au gifte à la Newuille en hez à quatre licuës de là: Auquel lieu 
femblablement dés le lendemain il y eut des gens enuoyez de par 
le Roy , & mondit Seigneur & Dame de Beaujeu pour le retarder ; 
mais toufiours il faifoit du mauuais cheual : Toutesfois quelque 
chofe quil fit, ie crois qu’il lentendoit autrement, & qu'il auoic 
vne fecrete intelligence auec mondit Seigneur & Madame de Beau- 
jeu, qui fe menoit par aucuns de fes feruiteurs : Mais il vouloit bien 
fcindre d’eftre vn peu mefcontentpour contenter lefdits Seigneurs 
de Culant &d’Argenton, & autres qui eftoyent de leur bande ; & 
par ce moyen il fçauoit coufiours le faiét & les intrigues de mondit 
Seigneur d'Orleans, & de ceux de fa fuite. Quoy qu'il en foit , bien 
toit aprés Îefdits Seigneurs de Culanc & d’Argenton, feurent mis 
hors de fa maifon ; comme il fera dit dans Île temps que cela arriua. 

Ainfy que ces menées fe faifoyenc, le Roy eut nouuelles que le 
Duc d’Auftrice auoit affemblé fon Armée vers les marches d'Ipre, 
& qu'il marchoit, & s'en venoit à Theroïenne pour l'auitailler , par- 
ceque ceux de cette Ville cftoyent reduits à de grandes se nt 
de viures. a | | 

Pour refifter audit Duc d’Auftriche, le Roy auoit en Picardie le 
Seigneur des Cordes, Marefchal de France , fon Lieutenant & Gou- Fe par- 
uerneur de Picardie, & le Scigneur de Gié , de la Maifon de Rohan, ” ses 
auffy Marefchal de France, qui auoyent les gens d'Ordonnance du 
Roy, excepté certain nombre de Lances qui eftoient fur les front 
tierces de Bretagne, auec les Barons , qui cftoyent en differend auec 
leur Duc. D D Ve 

Lefdits Seigneurs des Cordes & de Gié , auoyent donné bon of. 
dre dans les Villes & Places que le Roy tenoit audit pays de Picar- 
dic ;'& les auoyent bien fournies de viures & de gens, tellement que 
le Duc d'Auftriehe ne les pouuoit bonnement greuer , car ce font 
toutes bonnes Villes, & fortes; comme Boulongne, Hefdin, Aire, Be- 
thune., Arras, & autres Villes de ces marches-là ; Ceux de fain& Omer 
fc tenoyent neutres; mais ils fauorifoyent plus le Duc d’Auftriche 
que le Roy. . N oo 


ï PT 


14 8 6. 


8 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


Lefdites Villes ainfy gardées, les fufdits Seigneurs des Cordes & 
de Gié, auoyent encore auec eux de refte quelques huit cent à mille 


. Lances, demeurans toufiours fur la frontiere dudit Ducd’Auftriche, 


lefquels chafcun iour couroyent fur l'Armée d’iceluy Duc, laquelle 
ils greuoyent fort, tellement qu’aucuns de fes gens n'ofoyent pas 
s’efcarter hors de leur Armée. 

Quand le Duc d’Auftriche eut rauitaillé la Ville de T heroïüenne, il 
füt en foucy de ce qu'il auoit à faire ; car il auoit affez bonne Ar- 
mée, comme dedix à douze mille combattans, mais il voyoit bien 
qu'il ne pouuoit se par force aucunes des places | le Roy 
cenoit , & confideroit bien que d'entrer plus auant fur les Le du 
Roy , il feroit enclos de toutes les Villes , & que les gens du Roy 
cftoyent puiffans pour luy couper fes viures, & luy faire des outra- 
ges , comme gens deliberez à ce faire. D'autrepart, il eftoit en fou- 
cy des moyens de pouuoir entretenir fon Armée ; pource qu’elle 
cftoic toute à fa charge, & logée dans les pays & Scigneuries de fon 
fils, & leur eftoyent É< viures fort chers : Ie crois bien que quand 
il propofa de faire fon Armée, & de fe mertre fur les champs, il auoit 
des intelligences auec quelques Seigneurs de France ; lefquels il 
penfoic deuoir de leur cofté faire des broüilleries en France , & y 
fufciter vne guerre ciuile , mais ils luy feurent comme le cheual au 
pied blanc ; car ils luy faillirent au befoin cette fois, n’y ayant eu 
perfonne qui s’ofaft declarer ny foufleuer contre le feruice du Roy, 
pour le doute & la crainte de ce qu'il les auoit defia chaftiez par 
deux fois. | | 

. Toutesfois le Duc d’Aultriche delibera , & fe refolut defaireen 


| ”_ uc forte exploiter fon Armée, & fe meit à marcher dudit lieu 


€ Theroïüenne contremont la riuiere du L#, fuiuant la cofte de Flan- 
dre,& de la Picardie, & feit tant qu'il veint à Lens en Artois, lorsVil- 
le defemparée où il n’habitoit que de pauures gens, eftans à la mercy 
de tous ceux qui y vouloyent entrer & fortir' : Et [à feiourna par au- 


* cuns jours, enuoyant cependant courir de fes gens entre ledit Lens 


feuc pris, & lefdires 


_& Arras: .Aufly chafcun iour les fufdits Scigneurs des Cordes & de 
Gi, auec gens de cheual, fe venoient prefenter fur les champs de- 
yant luÿ ; mais homme ne s'efcartoit d’iceluy Duc d’Auftriche pour 


leur venir courir fus’: Et ledit Duc d’Aultriche eftant audit Lens, 
cfcriuit des lettres à uclques-vns de fes feruiteurs ; mais le porteur 

| enuoyées au Roy : Il mettoit à la fin de 
ces lettres; Donné à Lens en Artois, premiere Ville de noftre conquefte : 


Ce qu'on tenoit vn peu à derifion pour luy, veu que cette Ville 
eftoit route defemparée, brufléc & inhabitée, finon, comme dit ef, 


d'aucuns pauures gens y cftans comme en mendicité. Audit lieu de 


Lens , il commença à auoir vn peu de queftion, & difpute entre fes 


gens , c’eft à fçauoir les Allemans, & ceux de la langue Françoife : 
Pource qu’il y feic quelque payement aux Allemans, & non aux au- 
tres 


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ROY DE FRANCE. | 9 


tres :toutesfois ce Duc trouua moyen de tout appaifer pour cet- 

te fois : Pendant que fon Armée feiournoit à Lens, il füt à l'fle, 

En trouuer le moyen d'auoir de l'argent, dont lefdits Allemans 
urent payez, autrement ils s'en vouloient aller. | | 

Aprés qu'il eût aihfi feiourné à Lens, & rafraifchy fes gens, qui 
n'auoient encores fait aucuh exploit de guerre ,ilen partit, & prit 
fon chemin vers Sainéf Quentin , fuiuant la cofte du Hainaut. Et 
lefdits Seigneurs des Cordes & de Gic le coftoyoient toufiours, & 
{elon qu'ils le voyoient marcher en auant, ils enuoyoient toufiours 
donnet prouifion & rafraifchiffement és Villes ou il tiroit , & luy 
portoient toufiours le plus de dommage qu’ils pouuoient. 

Nous reuiendrons au Roÿ lequel eftoit cependant à Beaunais , 
où il receuoit d'heure à autre par les Poftes des nouuelles du train 
d'iceluy Duc d’Auftriche & de fon Armée , & du chemin qu'il 
prenoic, & delibera lors de s'approcher des marches où il tiroit: 
enfin le dixneufiefme iour de Seprembre mille quatre cent quatre 
vingts & fix, il partit de Beawnais, & s’en alla au gifte à Clermont 
en Beaunoifis où il trouua Monfcigneur de Bourbon, & luy fit 
bonne chere, &bon accueil. Le lendemain le Roy en partit, ayant 
aucc [uy mondit Seigneur de Bourbon,&s’en allerent à Compiegne , 
auquel lieu il delibera de feiourner iufques à qu’il fceût ce que vou- 
droit faire ledit Duc d’Auftriche. .  :;, 7. | 
_ Éclendemainquele Roy fut arriué à Compiegne , Monfcigneur 
de Bourbon fe trouua auec Monfeigneur & Madame ‘de Beau- 
jeu ; & Îe mirent à part eux en bye ae , & là eurent plufieurs 
paroles enfemble ; chacun faifant fa doleince & plainte , de ce 

u'il luy fembloit que Pvn faifoit tort à l’autre: mais aprés plu: 
are der a 277 delibererent d’eftre bons freres & parens, 
& d’auoir le fait du Roy & du Royaume fur toute chofe à cœur &-: 
en récommandation , & de s’employer à fon feruice comme ils y 
eftoient tenus, fans auoir departialité pour quelque homme que ce 
fuft , & là arrefterent entre ‘eux de plus, que tous leurs feruiteurs 
qui s’eftoient meflez, ou auoient volonté de mettre & nourrir quel- 
que 'diffenfion & diuifion entteeux, qu'ils s’en defteroient, & ne 
leur donneroient plus de crédit auprés d'eux; & à cé, effet , pource 
que lefdits Seigneurs de (nlent &.d'Argenton , * cfboient notez * Le feurde 
cftre des principaux, mondit Seigneur de Bourbon deflors leur don: . eff 
na congé, & les efloigna de luy auec tous ceux qui eftoient de leur oi 
intelligence. Plufieurs gens de bien , qui aimoientle. feruice du 
Roy Le fort ioyeux de voir les deux freres eftre ainfi bien en- 
femble, pource que les affaires du Roy sen fortifioient roufiours 
dauantage ; mais d'autres au contrairé, qui-cuffent bien voulu voir 
des broüilleries dans l'Eftac, n'en eftoient pas. fort iogeux.. . 

Pendant que le Roy feiournoit ainfi audit.lieu de Compiegne , 
le Duc d'Aufñtriche , lequel ,:éotnme dicieft., eftoit party dé Lens 

| | is BAC 2 | 


14386. 


Septembre, 


10 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 

1486. Es Artois, & s'en eftoit allé vers Sainét Quentin , pource quil mat- 
choit toufiours en tirant vers le Comté de Gwife, les fufdits Sei 
oneurs des Cordes & de Gi, qui le fuiuoient voufiours de prés, 
eurent quelque opinion qu'il pourroit tirer vers la Lorraine , & 
fe ietter dans la Bourgongne :‘à cette caufe ils enuoyerent deuers 
le Seigneur de Bawdricourt Lieutenant du Roy audit pays de Bour- 
gongnc, & luy firent fçauoir , qu'il fe tint bien fur fes gardes, & 
qu'il donnaft bonne prouifion pour la conferuation des Villes & 
Places qui y font. Ce que ledit Seigneur de Baudricourtfit: Toutes. 
fois les Seigneurs des Cordes & de Gié fuiuoient de fi prés le Duc 
d’Auftriche, qu'il les auoirt toufiours en barbe; & pource que ce Duc 
eftoit Lors fur les marches du Cambrefis , ils donnerent aufli ordre 
aux Places de ce quartierlà; entre autresayantfoupçon de quelque 
entreprife fur la ville dé Gsife, ils y donnerentbonne prouifion, & la 
firent tres-bien rauitailler & munir d'artillerie, en enuoyant dedans 
icelle le Seigneur de Brezé ,grand Senefchal de Normandie , le Vida 
me de Chartres, & le Seigneur de Rames en Normandie, auec quel- 
ques Capitaines & gens de pied,deliberez d'attendre ledit Duc d'Au- 
triche s'il y venoit mettre le fiege , &refolus de fe bien defendre. 

Ce Duc vint fe loger au (hafleanen Cambrefis, & enuoya partie 
de fon Armée au Nouion, qui eft vn beau village fitué dans ladi_- 
te Comté de Guife, où d'heure en autre ceux de cette Ville s’at- 
tendoient à vn Siege : Lefdits er nov des Cordes , & de Gié 
cftoient lors dans S. Qwentin , deliberez fi le Duc d’Auftriche 
mettoit le fiege de le luy faire leuer. Pendant que le Duc d’Au- 

«amer. riche eftoit audit Chafiel en Cambrefis , la veufue * du Duc Char- 
cadre des de Bourgongne , à la requefte de ceux du pays de Hainaut , vinc 
few d'E- audit Chaftel en Cambrefis par deuers ce Duc , pour le fupplier 
y a F4 : de la part de tout ledit pays de Hainauc, que fon plaifir fuft de ne 
glterre. partir point de ces marches qu’il n'éûc pris cetre place de Guyfe,qui 
eftoit caufe à ce qu’ils difoient , de leur faire infinis maux, & de 
courir tout leur pas ; luy refpondit qu'il y feroit fon deuoir : 
mais aprés qu'’ileût{eiourné durant quelques iours audit Chaftel en 
Cambrefis, & qu'il eût-bien fceu-la prouifion & les gens de bien 
qui eftoient dans ce lieu de Guyfe, cela luy fit defefperer d'y pou- 
uoir rien gagner, veû aufli que les viures commencoient à luy eftre 
bien petits, & que fesgens eftoient en de grandes fouffrances, ou. 
tre le manqué d'argent , & qu'il n'auoit plus rien pour payer nÿ 
foudoyer fon: Armée’, & que mefme il ne voyoit aucun moyen 
d'en recouurer ; de forte qu'il fe refolut de congedier fon Armée; 
& de faiét, il partit dudit Cambrefis , d’où il tira au Quefnoy , 8e 
cftablit fes garnifons, puis il rompit fon Armée. Or comme ila 
cfté Frs 70 au Noñion, en ladite Comté de Gui/e , il ÿ auoic 
vne partie de fon Armée ,& entre autres enuiron deux mille AL 


‘lemans à pied , lefquéls, quand ils .apperceurent que ledit. Duc 


.. .: ROY DE FRANCE iï 
d'Auftriche s’en vouloit aller, & qu'ils virent bien qu'il n’y auoit . 486 
moyen de recoyurer de Iuy aucun denier , outre qu’ils eftoient | 
comme affamez , ils enuoyerent deuers le Séigneur de Brezé grand 
Senefchal de Normandie, qui eftoit chef dans leditlieu de G#yfe, 
& luy firent fçauoir que s’il les youloit receuoirils fe viendroient 
rendre :à [uy, & que.fi le plaïfir du Roy cftoit de fe: feruir d'eux, 
ils: le feruiroient volontiers; finon qu'il luy pleût leur donner paf- 
fage:, & ‘qu'ils s'eñretourneroient en leur pays: Sur quoy cegrand 
Sencfchal fut confeillé de les recueillir, pour toufiours iblis | 
d'autant le Duc d’Auftriche, &.les mettre en haine & auerfion de 
luy , afin qu'vne autrefois ils ne le vinflent fi toft feruir : Par ainfi 
il les manda de fe venir rendre à luy, ce qu'ils firent : Et le demeu- 
tant de ceux qui tirerent aprés le Duc: d’Auftriche bruflerénc à 
leur depart ledit village du Nouion, ce qui fut vn grand domiña- 
ge : Mais ce font là des guerdons & biën-faits de Madame la 
Guerre. | | . se 
Quand ledit grand Sencfchal eût ainfi receu ces Allemans, 
pource qu'ils n’auoient point d'argent pour viure , & qu’autour 
d'icelle ville de Gæyfe il y auoit bien peu de viures , il les enuoya 
au Roy, qui eftoit à PM , pour-en faire à fon bon plaifir: 
Sur quoy le Roy voyant quele Duc d’'Auftriche auoit licenrié fon 
Armée, & que l'entrée de Se tee prochant, leur folde cauferoit 
de grands fraiz , il delibera de les laiffer aller en leur pays ; aupa-. 

_ rauanrquoy il les fit affembler hors vne des Portes dudit Compie- . 
gne, où il les alla voir, & leur fitdonner à chacun d'eux de l'argent, 
er pouuoir fe conduire iufques hors du Royaume; mefme il leur 

ailla des Gentils-hommes de fa Maifon pour les accompagner & 
guider : leur route fut par la Boursongne , & allerent: fe rendre à 
Mafcon:, où ils pafferent la Saône, de la ils entrerent dans la Breffe, 
‘puis aux Allemagnes. | ” 

Le Duc d’Auftriche, comme dit eft , eftablit fes garnifons, & 

tira vers Malines où cftoit fon fils: Il auoit pour principaux Ca- 

itaines le Duc de Gueldres, non-ioüyffant de ladite Duché, (car 

e fils de ce Duc d’Auftriche la tenoit ) Philippes Monfeigneur 
de Raueftain , le Comte de Naffau , & le Seigneur de Montigny 
fils du Comte de Horne : Ledit Philippes Monfeigneur de Raue- 
ftain auoit la fronticre de Picardie en garde, & ledit Seigneur de 
Montigny celle de Hainaut, dont il fera fait plusample mention, 
felon & à mefure que les chofes pourront Do | | 

Le Roy eftant encor à Compiegne , fçachant cette rupture de 
l'Armée du Duc d’Auftriche, & qu'il auoit ainf eftably fes gar- 
nifons, delibera aufli de fon coftéde donner bon ordre & d’efta- 
* blir bonne garde fur le fait des Places de Picardie , & du refte 
de la frontiere , & fur le fubiet de fes gens d'armes : Et manda de 
venir pardeuers luy fes Capitaines, lefquels eftans — donna 

1) 


1486. 
O&obre. 


* François 


IL. pere de la 


ReyreAnne. 


12 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
fur le tout bonne prouifion , puisil delibera de s'en venir és enui- 
tons de Paris. : . is LT Les 
Enuiron le neufiefme du mois d'Oétobre , mille quatre cent 
quatre vingt & fix, le Roy {e retira vers Paris, refolu d’y paflerfon 
hyuer, ou és lieux circonuoifins : mais toft aprés qu’il y fût arri- 
ué, il receût nouuelles que le Duc de Bretagne“ efloit fort mala- 
de , & mefme en danger de mort , parquoy il fut aduifé par le 
Confeil , que veù que le Roy pretendoit auoir droiét fur la Duché 
de Bretagne aprés : crefpas de ce Duc, il fe deuoit approcher des 
marches de cette Prouince, & deuoit tirer en Touraine : Suiuant 
lequel aduis le Roy partit pouraller à Tours, mais auant fon depart 
il manda le Preuoft des Marchands & les Efcheuins de Paris, auf- 
quels il fit fçauoir la refolution de fon voyage, & leur dit que le 
plücoft qu'il pourroit il reuiendroit vers eux , dont ceux de Paris 
furent fort ioyeux , & le fupplierent que roufiours il Les eût en fa 
bonne grace. | 
Le Roy arriua à Tours à la fin du mois d'Oétobre mille ar 
cent quatre-vingt & fix, en attendant toufiours des nouuelles de 


Bretagne, & fe cenoit audit Tours ,ou à Amboile. 


Nouembre. 


* François 
d'Orleans - 
Longueuille 
I. du nom, 
fils du fa- 
meux Iean 
Comte de 
Dunois. 


* Depuis le 
Roy Loüis 
XII. 


Au mois de Nouembre enfüuiuant mille quatre cent quatre-vingt 
& fix, le Roy eftant à Amboife , eût p.17 que Monfeigneur de 
Dunois* ,qui eftoit demeuranten Dauphiné conformément au Trai- 
té de Baugency, eftoic party fecretement dudit pays, & venu à Par- 
tenay, qui eftoit à luy ‘dont le Roy fut mal-content, tant parce 
qu'il y eftoit venu fans fon se que aufli pource que ledit 
Partenay eft affez proche des marches de Bretagne , & qu’on prefu- 
moit qu'il n’y feiourneroitpas, fans mener quelque pratique auec 
le Duc de Bretagne. _. | _ 
Incontinent le Roy enuoya deuers luy , luy faire commande- 
ment qu’il partit hors dudit Pattenay ; mais il fic refponfe que là 
il eftoit chez luy , qu'il y auoit fes prouifions , & qu'il n'eftoic 
pas deliberé d'en partir :1l y eût plufieurs allées & venués fur ce 
fuiet, & efloit content le Roy qu’il s’allät tenir à Longucuille en 
Normandie qui eftoit à luy , mais pour quelque remonftrance & 
commandement qui luy füct fait de par le Roy , il n'y voulut en- 
tendre , & ne voulut partir dudit Partenay , où chacun iour il 
amafloit grande st 18 de viures , & aflembloit des gens , & 
eftoit bien le Roy aduerty qu'il entretenoit quelque intelligence 
auec iceluy Duc. - | + 
Le Roy d'ailleurs fut aucunement aduerty que Monfeigneur 
d'Orleans *auoit aufli quelque commerce auec luy : à cette caufe 
il enuoya vers mondit Seigneur d'Orleans qui eftoit à Blois , & 
y fut Monfeigneur le Marefchal de Gié , qui auoit charge de l'a- 
mener , & cftoit le Roy deliberé de le bien traiter ; mais mondit 
Seigneur d'Orleans s’excufoit le mieux qu’il pouuoit. Car il pen- 


ROY DE FRANCE. | 13 

foit bien à d'autres affaires, comme il fe verra cy-aprés. 6 

Le Roy feiourna à Amboife tout le mois de Decembre , & y ASS 
pafla la fefte de Noël. Le mois de’Tanuier *enfuiuant mille qua- Er Decem- 
tre cent quatre-vinot & fix, le Duc de Bretagne enuoya vne Am- ss ul 
baffade pardeuers le Roy , dont l'Euefque de Nantes eftoit le chef: 
Entre autres choles il auoit charge de parler du differend de ce Duc, Pnéen, 
& de fes Barons, qui duroic coufiours, afin que le Roy fe defiftât de commenpois 
les fupporter &faucrifer. Auffiauoit.il charge de dire comme le Duc ‘7 5” 
s’efbahifloit , de ce que le Roy pretendoit droiét audit Duché en quesiuques 
vertu d'vn cranfport qu'en auoit fait le Comte de Panthieure au 9156397 
feu Roy Louys X I. pere du Roy: Et que le Duc n'entendoit pas ke4 premier 
que s’il n’auoit hoir mafle, autre peûüt pretendre droiét audit Du- Zanwier. 
ché de Bretagne que fes filles , & requeroit Le les Lertres de la- fi PA 6o4 
dite acquifition faite par le Roy Louys luy fuffent renduëés. Aufli Grip. 
auoic as ladite Ambaffade de parler de Monfeigneur d'Or- gaie | 
lcans, & de monfeigneur de Dunois. OT 2 fer ..- 

Le Roy fit bien & grandement receuoir cette Ambaffade , & wre. 
luy donna audience : eux eftans oüys,le Roy eftoit deliberé dans 
peu de leur faire refponfe, & cependant chacun iour il faifoit fe- 
ftoyer lefdits Ambaffadeurs. | 

Mais auant que le iour de la refponfe fuft venu , audit mois de 
lanuier mefme, leRoy eût nouuelles que Monfeigneur d'Orleans. 
cftoit party à heure de vefpres de Blois, & qu’enuiron les huit ou 
neuf heures du foir il auoit paffé par Chafteaurenauc , & ciroit en 
Bretagne auec la plus grande diligence ka poyuoit. | : 

Incontinent le Roy enuoya aprés , feulement pour fçauoir au 
vray s'il tiroit en Bretagne, & voit aprés le Roy FA affleuré qu'il 
y cftoit allé; parce que le lendemain arriua vn de fes gens parde- 
uers le Roy pour luy faire fçauoir fon allée en Bretagne , & qu'il 
alloit vers le Duc qui l'auoit mandé, & difoit qu'il n'y loir 
point pour aucun mal, ny pour faire chofe au deplaifi du Roy: 
Deux ou trois iours aprés fon depart , fon train & fes menus 
ofhciers vinrent pafler par Amboife , pour tirer aprés luy , le 
Roy ordonna q'on les laiffät aller, & qu'on ne leur demandit 
rien. | ni) | | 

On chargeoit lors Monfeigneur de Dunois de fon allée, & 
qu'il auoit conduit & pourchaffé cette pratique, & tenoit-on au- 
cuns des feruiteurs de mondit Seigneur d'Orleans eftre de fes com- 
plices , dont entre autres le Seigneur de Zoyeufe eftoit foupçonné , 
auec M Gentil - homme nommé Ÿean de Loant , le Chancelier de 
mondit Seigneur d'Orleans , nommé Maïftre Denys le Mercier , 
de Blois, & vn nommé le Borgne Bouter Controolleur des fes Fi- 
nances aufli dudit Blois , qui n’eftoient pas gens de grande con- 
duite': mais Mefleigneurs L Princes en leur ieuneffe fe chargent 
aflez fouuent plütoft de tels perfonnages que de gens fçauans, 

| B ii 


14 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


1486 & Le d'experience & de prudence; aufli plufieurs fois en ont- 
"ils beaucoup à fouffrir. | | oo 

( 73) _ Audit mois de Januier mille quatre cent au re & fix, 
| / “Meflire Lowys Baftard de Bourbon , qui auoit efpoufé Ia fille natu- 
* p.pag.xa. relle du feu Roy Louys, alla de vie à trefpas ; Il cftoit 4dmiral* 
dE PAS de France, Capitaine de cent Lances, Capitaine de Honnefleur & 
impreféon dé Grauille en Normandie, & auoit d'autres grands biens duRoy : 
dé Lomire. En. fon viuant il auoit efté homme de bien , & s'eftoit fort em- 
... … ployé au fait des guérres du temps du Roy Louys XI. Et pour. 
“, : ce que l’Eftat d’Admiral eft vn des beaux Offices de France, il fut 
fort brigue par plufieurs grands Perfonnages parens du Roy , & 
… autres, mais pource que au temps de ladite vacation le Seigneur 
P. de Louys de Grauille auoit toute auétorié auprés du Roy , foubs Monfei- 
ras gncur & Madame de Beaujeu , & qu'il eftoit homme de grande 
bre entreprife ; qui plus auoit entre les mains les affaires duRoy qu'au- 
L'Aif. des cun autre À fut pourueu dudit Office d’Admiral , & eùt aufh la 
a. Capitainerie de Honnefleur , dont il y eût vn peu de murmure par 
To quelques Seigneurs & Capitaines , aufquels il fembloit qu'ils de- 
ui se uoient cftre preferez audit Seigneur de Grauille : mais à caufe de 
“dr p.540.e fa grande autorité aucun n'ofa tenter d'y donner empefchement. 
celles fur de Les cent Lances que ledit Baftard de Bourbon auoit, furent diui- 
Cr. fées au Comtes de Montpenfier & de Vendofme, & à vn ieune au- 
peser tre Baftard de Monfeigneur de Bourbon Jean, car le defunt eftoic 
Baftard du feu Duc deBourbon Charles : La Capitainerie de Grauille 
fut baillée à Mefhire Pierre de Rohan Seigneur de Gié, Marefchal 
de France, & fes autres biens furent difperfez à d’autres perfonnes. 
En cedit mois de Januier mille quatre cent quatre-vingt& fix, 
pource que ceux de Theroïenne eftoient rçduits à des grandes ne- 
cefhrez de viures , le Seigneur des Cordes Lieutenant du Roy, & 
Gouuerneur de Picardie, croyant entierement les affamer, affem- 
bla les ne pays auec nombre de gens de pied, pour 
empefcher qu'ils ne fuflent fecourus de rafraihiflemens , mis le 
Duc-d’Auftriche fit celle diligence d'affembler gens & viures, 
qu'il trouua moyen de rauitailler & fecourir la grnifon de ladi- 
te Ville , qui ne püt eftre pour lors remife en l'obeïffance du 

Roy. | 
TNT Parcillement audit mois de lanuier mille quatre cent quatrc- 
puis le Car- Vingt & fix , le Roy fut aduerty que les Eucfques de Perigueux, 
dinal Geor- furnommé de Pompadour , & de Montauban * furnommé de Chau- 
ee ré mont ; & les Seigneurs d’Argenton * & de Bucy frere dudif Euef- 
meux Mi que de Montauban ,auoient intelligence auec Monfeigneur d'Or- 
pan d'Efat Icans & Monfeigneur de Dunois, & d'autres qui s’eftoient retirezen 
x1r. ” Bretagne, & qu'ils leur faifoient fçauoir toutes nouuelles de Cour ; 
* philippe de mefme fut trouué vn homme allant d’'Amboife (où ils eftoiene 


Comines. auec le Roy) en Bretagne, portant des lettres d'eux, & crois bien 


= PP Re D © en à 


ROY DE FRANCE. ts 


que le porteur defdices lettres fit fous main fçauoir fon meflage ; 486, 


afin d'eftre trouué chargé d'icelles lettres : Pour ce fuiet le Roy 
les fit-vn matin conftituer prifonniers , & à chacun d’eux bail- 
la des gardes , & les fit mettre en lieu feur; & pour interroger les 
fufdits Euefques, les Officiers de l’Archeuefque de Tours furent 
appellez, & les faifoit cependant le Roy bien traiter, pour l'honneur 
& le refpet de l'Eglife, & de ce qui aduint d'eux mention fera 
faite cy-aprés : Par eux, & aufhi par celuy qui fut crouué faifi de 
ces lettres, qui eftoit homme d'entendement, le Roy fut en quel- 
façon aduerty des affaires de mondit Seigneur d'Orleans, & 
e ceux de fa bande. | | 

On tenoit que l’Euefque d’Alby frére dudit Euefque de Mon- 
tauban, fçauoit bien cout le faiét de mondit Seigneur d’Orleans, 
& qu'il en eftoit vn des principaux conduéteurs ; à cette caufe le 
Roy dépefcha vn Gentil-homme de fa Maifon , auquel il bailla 
certain nombre d’Archers de fa garde pour aller en toute diligen- 
ce à Alby, où eftoit ledit Euefque, pour fe faifir de fa Perfonne, 
& l’atrefter prifonnier ; mais il y auoic lors dans le chafteau d'Am- 
boife vn Chanoine de l’Eglife de Saint Florentin conftruite dans 
ledit chafteau , léquel auoit autres-fois efté à cét Euefque d’Alby, 
qui eftoit bien aduerty du voyage qu'on faifoit de cette forte de- 
uets ledit Euefque ; ce qui le fit monter promptement fur vn bon 
cheual , & il fit fi bonne diligence qu'il arriua à Alby auant le 


= Gentil-homme & les Archerstdu Roy, &de tout aduertit l'Euef- 


que , lequel incontinent en partit & s'en alla haftiuement à Aui- 

gnon, parquoy il éuita fa prife; mais'en fon abfence fon tempo- 

rel & fes biens furent faifis, & mis en la main du Roy. Il s’'en- 
uoya depuis fort excufer de cette matiere, difant n’en eftre aucu- 

nement coupable, enfin aprés rats Remonftrances qu’il fit fai- 

re il luy fut permis de venir faire fa refidence dans fon Euefché, 

ce qu'il fit peu de temps aprés. . | 

“: Quand'le Roy & mondic . de Beaujeu apperceurent 

d'Orleans, le Duc de Bretagne , & ceux de 


leur bande vouloient faire des broüilleries , ils firent dire aux 


Arnbaffadeurs dé Bretagne qu'ils s’en retournaffent, & que le Roy 


<nuoyeroit deuers ledit Duc, de fés gens, qui luy feroienc refpon- 
 £e fur fes demandes. e de | 


.: Nous retoürnerons à parler de l'allée de Monfeigneur d'Orleans 
en Bretagne : Chacun iour Monfeigneur & Madame de Beaujeu qui 
auoient f, principale charge & conduite des affaires du Roy, & du 
Royaume, & le Seigneur de Grauille foubs eux, mettoient peine 
de defcouurir au vray l’entreprife de mondit ns, Ja d'Orleans , 
& de fçauoir ceux qui voudroient adherer auec luy : Souuent ils 
en auoient nouuelles , par Îefquelles ils apprenoïent qu'ils auoient 

intention de broüiller le Royaume. MURS | 


l 


16 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 

1486. .… Etpour mieux & plus clairement enteridre cette matiere, il faut 
F_” fçauoir qu’à l’arriuée de mondit Seigneur d'Orleans en Bretagne, 
le Prince d'Orenge neueu du Duc, & le Seigneur de Lefcun eftoient 
à Nantes auec ledit Duc, & auoient pris le gouuernement de fa 
perfonne ; or lefdits Prince d'Orenge & Seigneur de Lefcuneftoient 
nommément obligez au Roy, & fes penfionnaires, ayans receu de 
rands biens de luy , & auoient efté # principaux conducteurs de 
fa diuifion furuenuë entre ce Duc & fes Barons, dont il a efté par- 
lé cy-deuant, & auoient iufques alors toufiours tenu le party des 
Barons contre leur Duc, & s'imaginoit le Roy , & Monfecigneur 
& Madame de Beaujeu qu'ils fuflent refidens auprés du Duc, 
pour le bien du Roy, encor que fouuent ils eftoienc aduertis qu’ils 
menoient des pratiques au dommage du Royaume, mais on diffi- 
muloit iufques à ce que tour fuft bien defcouuert, & fceu au 
viay. 
Auff on diffimuloit vn peu pour ledit Seigneur de ge qui 
ouuoit lors fort broüiller ,à caufe de l’auétorité qu'on Îuy auoic 
Paille ; & afin que fon leger courage , & fa variable foy foit 
mieux connuë, & mieux fceuë, nous parlerons vn peu de luy :11 
faut fçauoir qu'il eftoit des marches de Bearn , & de Gafcogne*, 
* porrrair du Mimple & tres-pauure Gentil-homme de fon eftoc , fi defnué de 
fieurde Lef- biens, qu'il n'auoit pas en fa ‘part vne feule maifon pour fe reti- 
eur. P4- rer: En fon ieune aage, & du temps du Roy Charles Septiefme , 

120. @° I2I. ,  . 
de Comines, pere du Roy Louy Onziefme, il femit dansles Compagnies d'Or- 
imprefion  donnances dudit Roy Charles ; dans fa ieuneffe il eftoit fort adex- 
du Lowre. Lre Gentil-homme, bon‘homime d'armes, & fort adroit à cheual, 
tres-entrant, bien parlant ,:& hardy auec les Princes & Seigneurs : 
durant le Regne du mefme Roy Charles il fit tant qu'il eutaccés 
auprés de fa perfonne , & fut par luy fait Bailly de Coftentin; 
bref il eftoit es bien entretenu & appointé de ce Roy. Auf 
auoit-il credit & auétorité enuers le Duc de ge » qui pour 
lors frequentoit ce Roy Gharles : Of aduint que ledit Roy alla 
de vie a crefpas , & pource que le Roy Louys XL, fon fils, qui 
vint à 3 Couronne aprés’ luy.; n’auoit pas grande cognoiffance 
de luy , & qu'il ne l'entretint pas comme faifoit le Roy Charles 
{on pere , il fe retira deuers ledic Duc de Bretagne , & eût toute 
l'autorité auprés de luy ; & deflors en auant il ne ceffa de broüil- 
ler, de craffiquer, & de metre difflenfion-entre ce Roy & ce Duc, 
& fut vn des principaux autheurs dela diuifion qui aduint entre 
ledit Roy & fon frere Charles Duc de Berry. Car en lan mille 
quatre cent foixante & quatre, luy-mefme emmena mondit Sei- 
nie de Berry , de Poitiersen Bretagne pardeuers le Duc qui eftoit 
ors a Nantes , & cela fans le fceu du Roy , dont grande diuifion 
& guerre aduint en France , laquelle fe nominoit.le bien Public : 
en pacifant laquelle diuifion ce Seigneur de Lefcun fut le princi- 


pal 


= ———: —_—_— —— 


» 


ROŸY DE FRANCE. 17 : 
pal conduéteur , en prenant du tour la conduite & le gouuerne : 86, 
ment d'iceluy Seigneur de Berry , qu'il entretenoit toûjours en 
broüillerie & diuifion auec le Roy fon frere:Or aduint que mon- 
dit Seigneur de Berry “alla de vice à trefpas , & incontinent aprés * P. dans de 
ledit Seigneur de Lefcun fe retira deuers le Duc de Bretagne , où “aa P' 
il faifoit merueilles de continuer fon mauuais commerce, & de * 
tenir ce Ducen diuifion auec le Roy, en le faifant allier des An- 
glois , & du Duc Charles de Bourgongne , qui eftoient toüjours 
en queftion & debat auec ledit Roy Louys , lequel eftant Prince 
fort fage , auoit cette vertu en luy , que combien qu'vn homme 
luy eût fair cous les maux du monde, & qu’il eût grand fubiet 
de tenir fon courage contre luy , & de “a ne faire aucun bien, 
routesfois il preferoit fort volontiers à fon reffentiment le bien 
de la chofe publique ; de forte que quand il voyoit que C’eftoit 
mu homme d’entendement , qui pouuoit luy faire quelque 
eruice , & cftre caufe de quelque bien , en le retirant d’vn party 
contraire, & l’attirant à luy oublioit les maux qu’il luy auoit 
faits , & le gagnoit & attachoit à luy , quoy qu'il luy en deût 
coufter : il penfa donc de cette maniere d'attirer à luyÿ ledit Sei. 
Seigneur de Lefcun, & de luy faire tant de biens qu'il s'en deuroit 
contenter , & employa des gens pour en venir à bout , efperant 
que par ce moyen le Duc de Bretagne luy feroit bon parent, & 
fubiet , & fe departiroit de toutes JET ee faites contre luy : 
Enfin donc lé Roy le gagna & attira à fon feruice. Et combien 
pe ne fût de maifon ny de lieu pourquoy le Roy le deût d’abord 
1 haut éleuer qu'il fit : toutesfois pour plus l’obliger à luy eftre 
bon feruiteur , incontinent il le fit Cheualier de En Ordre, luy 
bailla cent Lances de fes Ordonnances, luy donna les Senefchauf- 
_ fées de Guyenne, des Lannes , & de Bazadois , & enfin le fit fon 
Lieutenant gencral, & Gouuerneur de tout le pays de Guyenne :1l 
luy donna de plus la Comté de Comminge , & la Seigneurie de 
Fronffac , luy mit entre fes mains le Chafteau de ‘Frompette à 
Bourdeaux , le Chafteau de Bayonne, les Villes & Chafteaux de 
Dacs, Sainét Seuer, Libourne, Blaye, & la Rcolle, & luy fittant 
d’autres biens, qu’il auoit plus de quarante mille francs de bien- 
 fai&s de luy : Outre plus , quoy que d'ancienneté il n'y aitaccou- 
ftumé d'auoir qu'vn Admiral dans tout le pays de France: toutes- me Per 
fois le Roy pour cette fois luy baïlla lAdmirauté* dudit pays de LEE 5e 
Guyenne ; & il auoit fi grande autorité en ce Duché là, qu'il y Admiraux, 
cftoic craint & obey comme s'il en eûr efté le Duc + Auec cela PPT 
le Roy-pourueût grandement fes freres & fes parens , à l'vn def- 
de il donna la Senefchauffée de Carcaflonne , & leur fit plu- 
eurs biens, & encor à plufieurs de fes feruiteurs ; bref il eftoit fi 
bientraité qu'il n'y auoit Prince & Seigneur en France , tant füc-il 
proche parent du Roy, qui le fût micux: Et dans tous ces biens. 
| | | C 


| 18 HISTOIRE DE CHARLES.VIII. 
1486. la ledit Roy Louys XI. l'entretinc iufqües à l'heure de fon trefpas ; 
4Ad6G, F . | 
aprés lequel le Roy Charles Huitiefme fon fils conferua le mef- 
me Seigneur de Lefcun dans tous les biens qu’il auoit : & à l’ad- 
uencment dudit Roy Charles Monfeigneur & Madame de Beau- 
jeu, quiauoient entierement le souuernement du Roy & du Royau- 
me, traiterent ce Seigneur de Lefcun tout ainfi qu’il le voulut re- 
querir & demander, en luy augmentant de plus en plus fon au- 
étorité en Guyenne ; mefme fur toutes les affaires de ce pays-là ils 
n'en faifoient que pat fon confcil & aduis : Outre plus, à fa pour- 
fuite & requefte ils tinrent la main en faueur du fils de Monfei- 
* C'bit  gneur d'Albret* afin d'auoir la Reyne de Nauarre en mariage : 
Se a s Mais nonobftant tout le bon traitement qui luy fut fait, & non- 
poux de Ca- Obftant les grands biens ‘du feu Roy Louys , & ceux que le 
therine Rey- Roy luy faifoit encor , & bien qu'il fut vieil & aagé comme de 
MN& foixante & dix ans , & plus : toutesfois voulant retourner encor 
à fa premiere nature de trafhiquer & faire des trahifons, il fut ad- 
herant à Monfeigneur d'Orleans , & prit intelligence auec luy, 
& auec Monfeigneur de Dunois , qui auoient bien intention tous 
enfemble de broüiller le Royaume : Or à caufe des Places qu'il 
tenoit en Guyenne, pour le doute qu’il n'y fit entrer dedans des 
Eftrangers, mondit Seigneur & Madame de Beaujeu , aprés le voya- 
ge de mondit Seigneur d’Orleans en Bretagne , creurent deuoir 
s’abftenir de faire aucun exploit de guerre , iufques à ce qu'ils 
fceuffent bien au vray le vouloir , & l'intention dudit Seigneur 
d'Orleans, de Monfcigneur de Dunois , du Prince d'Orenge , & 
de ce Seigneur de Lefcun , qui eftoient à Nantes auec le Duc de 
Bretagne. | 
Enfin Monfeigneur & Madame de Beaujeu furent aduertis , que 
mondit Seigneur d'Orleans , le Duc de Bretagne , Monfeigneur 
d'Engoulefme , Monfeigneur de Dunois, le Prince d'Orenge, 
Monfeigneur d’Albret, & ledit Seigneur de Lefcun auoient in- 
telligence enfemble , deliberez de faire quelque broüillerie dans 
le Royaume, & qu'ils auoient intelligence auec le Duc d'Auftri- 
*C'effoit Re- Che & le Duc de Lorraine * : Ce qui fut fceu & defcouuert par 
Hi - mr meffagers qui portoient des lettres des vns aux autres, 
" lefquelles eftoient efcrites en chiffres , dont ils auoient les Abecez 
pardeuers eux: mais on fit fi bonne diligence pour connoïftre ces 
chiffres , qu'on defchiffroit facilement ces lettres ; & par plufieurs 
autres moyens fut defcouuerte leur mauuaife volonté. : 
Monfcigneur & Madame de Beaujeu eftans affeurez âuec veri- 
té du mauuais vouloir des perfonnes cy-deflus nommées , furent 
fort defplaifans de l'erreur & de la ES dans laquelle ils fe 
mettoient , confiderans le dommage qui en pouuoit aduenir au 
Royaume , & leur fembloit bien qu'ils n’auoient pas fubier de : 
ce faire , veù le bon traitement que le Roy leur faifoir , & les . 


ROY DE FRANCE. 19 
grands biens qu’ils receuoient deluy. Et s'efbahifloient fort decet. 1,486, : 
te réfolution de Monfeigneur d'Orleans & de Monfeigneur de 
Dunois , aufquels le Roy auait defia par deux fois me les 
broüilleries qu'ils auoient faites depuis fon aduenement à la Cou: 
ronne , & fçauoient bien qu'auprés mondit Seigneur d'Orleans 
mondit Seigneur de Dunois eftoit le principal chef & conducteur. 

Toutesfois pource que ledit Seigneur de Lefçun detenoit les 
principales Places de Guyenne, & qu'il auoir dans ledit pays Odet 
d’Aidie Senefchal de Carcaffonne fon frere , qui auoit la charge 
des cent Lances dudit Seigneur de Lefcun, lefquels eftaient tous, 
ou la plus grande partie Bearnois , & gens qui n'auoient gueres 
à perdre ; mondit Seigneur & Madame de Beaujeu delibererent 
auant toutes chofes de donner ordre & prouifion à ladite Duché 
de Guyenne, & de la mettre en feureté, en recouurant les Places 
que ce Seigneur de Lefcun y detenoit ; & à ce fubier en toute di- 
ligence ils efcriuirent à ceux de Bordeaux & de Bayonne, afin 
qu'ils ne fuflent furpris par les Chafteaux que lcdit Seigneur de 
* Lefcun tenoit : à quoy ceux de Bordeaux & de Bayonne donne- 
rent ordre au mieux qu'ils pûrent. De plusil fut aduifé que le Roy 
jroit en perfanne dans ledit pays de Guyenne , pour le recouure- 
ment des fufdites Places : & furent à ce fubiet ordonnées quatre 
cent Lances & deux cent Archers de la garde du Roy, pour mar- 
cher & aller deuant demander ouuerture defdites Places, dont le 
Seigneur dSainét André auoit la charge , & fut refolu que le 
Roy marcheroit aprés. | : | 

Pendant que le Roy faifoit fes preparatifs pour aller en Guyen- 
ne, mondit Seigneur d'Orleans , le Duc de Bretagne , le Prince 
d'Orenge , & ledit Seigneur de Lefcun , qui eftoient à Nantes, 
mettoient peine d'attirer & accorder les Barons auec le Duc, mais 
ils n’en pouuoient venir à bout ; car ces Barons ne vouloient rien 
faire fans le vouloir du Roy , & vouloient que leur Duc fit le 
bon plaifir du Roy, & que Monfeigneur d'Orleans & ce Seigneur 
de Lefcun fe retiraflent en leurs maifons : De la bande des Barons 
cftojent Monfcigneur de Rohan, le Seigneur de Rieux Marcfchal 
de Bretagne, le Seigneur de Quintin frere dudit Seigneur de Ro- 
han, le Seigneur de Chafteaubriant qui auoit efpoufé la fille du- 
dit Seigneur de Rieux, & plufieurs autres; pour le regard du Sei- 
 gneur de Laual il eût bien voulu fe tenir neutre, & ne rien faire 
contre le Roy, ny contre le Duc : mais il craignoit de defobeïr 
au Roy, & à ce fubiet il faifoit felon fon bon plaifir. | 

Par plufieurs fois mondit Seigneur d'Orleans & le Duc enuoye- 
rent deuers le Roy , & faifoient plufieurs ouuertures d'accord : 
Mais leurs demandes eftoient fi defraifonnables que le Roy n'y 
auroit iamais voulu entendre. Aufli connoifloit-on clairément 
que ces ouuertures eftoient toutes feintes & remplies de diffimu- 

C i 


| 20 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
* 1486. lations, afin de paruenir à leur intention , qui eftoit de broüiller 
le Royaume. 

Quant à mondit Seigneur de Dunois il eftoit cependant à Par- 
tenay , où il auoit actiré plufieurs gens fans adueu & vagabonds, 

 & en faifoit fortifier la Ville & le Chafteau , & le garnir de vi- 
ures le mieux qu'il pouuoit, mais fes gens ne faifoient encor au- 
cun exploit de guerre. | 

Pareillement {e conduifoit Monfeigneur d'Engoulefme à Con- 
gnac où il eftoit, & par fois à Engoulefme ; & eftoient en grande 
crainte du Roy, pource que le bruit eftoit qu'il alloit és marches 
de Guyenne. 

Il y auoit encor plufieurs menus Seigneurs dans le Royaume, 
qui euffent volontiers adheré auec lefdits Seigneurs , & tenu leur 
party, & qui n’attendoient que broüillerie dans le Royaume ; mais 
pour la crainte du Roy ils ne s’ofoient declarer , & attendoient 
que les affaires du Roy vinffent à eftre plus mal qu'ellesn'eftoient. 

Le9. Fe  Enuiron le neufefme iour de Feurier mille quatre cent quatre- 

dE vinot & fix, le Roy partit de Tours, pour tirer à Chinon, & de là : 
en Guyenne. Il prit fon chemin dudit Chinon à Chaftelleraut, 
& le dix-feptiefme iour dudit mois de Feurier il arriua à Poiétiers, 
où il fit fa nouuelle Entrée comme Roy, & y fut bien & magni- 
fiquement receu par ceux de la Ville , qui luy firent vn beau 
prefent. | 

Le Roy cftant à Poiétiers, pource que Oder d'Aide Senefchal 
de Carcaflonne, frere du Seigneur de Lefcun , eftoit dedans Xain- 
ces auec les cent Lances aude de Lefcun , qui eftoient en partie 
Bearnois & Gafcons , & qu'on ne fçauoit s'ils voudroient faire 

… d’abord ouuerture au Roy; Monfecigneur & Madame de Beaujeu & 
* y. pag. 16. ceux du Confeil , dont le Seigneur de Grauille , Admiral * de France, 
e : . cftoitle principal, voulurent Bien donner ordre à ladite ville de Xain- 
prefiion du €S, & la mettre en la feureté du Roy; & auant que d'enuoyer par- 
Loue. deuers ledit Senefchal , qui eftoit dedans , ils ordonnerent à vn 
Gentil-homme , nommé Antoine de Iarrye, du pays de Berry, 
{eruiteur dudit Seigneur de Beaujeu , qui eftoit Capitaine ou Gou- 
- uerneur du pont de Xainétes, d'aller audit pont, & de s’en faifir. 
& affeurer , ce qu'il fit aufli-coft ; de laquelle chofe le fufdit Se- 
ncfchal fut fort troublé, & employa tous fes foins à le recouurer 
par belles perfuafions d'abord , & puis par menaces : mais il ne 
peût trouuer moyen de le recouurer :la poficflion de ce pont fit vn 
tr bien ; car ce Senefchal eftoit deliberé de tenir bon dans icel- 
e Ville , qui eût coufté beaucoup à reprendre ; pource qu'outre 
les cent Lances qu'il auoit , il pouuoit encor promptement re- 
couurer des Arbaleftriers & gens de pied , des terres de Monfei- 
gneuf es meer & du Seigneur de Pons, qui eftoient de fon 
party & de fon intelligence, 


ROY DE FRANCE. 21 

Mondit Seigneur & Madame de Beaujeu eftans aduertis que 
ce pont eftoit ainfi faifi & en feureté pour le Roy, firent incon- 
tinent acheminer quatre cent Lances & deux cent Archers de la 
garde du Roy, pour aller dans Xainétes ; dequoy ledit Senefchal 
eftant aduerty , &fçachant leur venuë , il emmena auccluy les cent 
hommes d'armes qu'il y auoit, & fe retira à Pons : maislefdits qua- 
tre cent Lances & deux cent Archers, donrile Seigneur de Sainét- 
André eftoit Chef, firent grande diligence de courir aprés , donc 
ce Senefchal ayant eû aduis, il s’en Îla auant leur venuë à Pons, 
& fe retira à Blaye. LL 

Entre ledit lieu de Pons & Blaye ; la plufpart des cent Lances 
dudit Senefchal de Carcaffonne , voyans que le Roy auoit cette 
matiere à cœur, l'abandonnerent, & vinrent fe rendre au Roy, qui 
les receût fort bien, & ordonna de leur payement. 

Le Seigneur de Pons fit en fuite ouuerture audit Seigneur de 
Sainét-André ,& aux quatre cent Lances & deux cent Archers du 
Roy. 

De cette ville de Pons , aprés qu’elle eût efté ainfi aflurée au 
feruice du Roy, le Seigneur de Saint-André tira en toute dili- 
gence audit lieu de Blaye, & fit loger fes gens à l'Abbaye & aux 
enuirons de la Ville: Le lendemain l'artillerie du Roy qui le fui- 
uoit , arriua vers luy ; les Officiers de laquelle commencerent af- 
prement à battre la Ville , & d'heure à autre arriuoient Arbale- 
ftriers & gens-de pied , que le Roy auoit commandez pour ren- 
forcer ce fiege, outre plufieurs Seigneurs du pays qui s’y eftoient 
rendus en perfonne : Aufli le Roy de logis en logis fuiuoit ledit 


Seigneur de Saint-André , & deux ou troisiours aprés luy il arriua 


à la veuë de Blaye : On employoit toute diligence à battre cette 
Ville, & à faire les approches pour y donner l’affaut : Aucuns des 
gens du fufdit Odet d’Aidie , qui eftoientc enfermez dans Blaye 
_ auec luy, voyans que le Roy eftoit en perfonne à ce fiege, dirent 
audit Odet, qu'ils ne vouloient point tenir contre le Roy , & en 
ortirent. 
Pendant que le Roy.eftoit ainfi occupé deuant Blaye , le Sci- 
pe d’Albret, qui eftoit de l'alliance des fufdits Seigneurs, auoit 


ait amas dans fes terres de quelque nombre d’Arbaleftriers, par- 


my lefquels il y auoit des Nauarrois & Bearnois, & eftoit le bruit 
qu'il viendroit à ce fiege ; mais il n’auoit pas aflez de gens pour 


ofer l'entreprendre. Ceux de Bordeaux de leur cofté fecouroient fort . 


les É du Roy audit fiege, tant de viures ee chofes ne- 
ceffaires au Camp. Ledit Odet voyant qu'il eftoit fort batu & 


preffé, & en eftar d'eftre pris d'affaut, parlementa, & demanda plu- 


fieurs chofes, dont il fut d'abord éconduit : Enfin il requit qu'il 

pleüt au Roy luy pardonner, le tenir toufiours pour fon feruiteur, 

& luy laiffer les biens qu'il auoit de luy,& que moyennant cela, 
C ii 


1486. 


1486. 


* Entrçe du 
Roy 4 Bor- 
deaux l'an 
1486. Le 7. 
Mars. 


* V.cy-de- 
Hant PAL. 17. 


2  * HISTOIRE DE CHARLES VIIL 


il rendroit & mettroit en fes mains toutes les Places que fon fre- 
re le Seigneur de Lefcun tenoit en Guyenne : Or combien que le 
Roy fût prés d'auoir la Ville par force, routesfois pour éuirer l’ef- 
fufion de fang , & les inconueniens des gens de bien , qui peuuent 
aduenir quand vne Ville eft prife par affaut , & aufli veû l'offre 


qu'il faifoit de rendre les autres Places que ledit Seigneur de Lef— 


cun occupoit, il fut confeillé d'accepter l'offre qu'il luy faifoit: Et 
fut ainfi cette Ville renduë au Roy deux iours aprés fa venu ; il 
cftoit lors logé à Bourg. 

Le Roy enuoya ledit Odet d’Aidie Senefchal de Carcaffonne, ac- 
Sr 2 de quelqué nombre de fes gens de guerre , pour luy faire 
baillerles autres Places, qui luy furent toutes renduës; c’eft à fçauoir 
le Chafteau Trompette, Fronffac, la Reolle, Saint Seuer, Dacs, 
& le Chafteau de Bayonne, lefquelles furent routes mifes en feu- 
reté pour le Roy ; dequoy ceux qui auoient la charge du Roy ,& 
de fes affaires, furent fort ioyeux, pour auoir ainfi retiré lefdites 
Places, & mis le pays de Guyenne en affeurance. 


Depuis que le Roy fût arriué à Poictiers , & pendant le temps 


qu’il mit à aller de Poitiers à Blaye, il y eùt des allées & venuës 
pardeuers Monfeigneur d’Engoulefme , qui eftoit à Congnac , & 


auoit des gens dans Engoulefme, il requeroit le Roy qu'il le vou- 


lût prendre en appointemenc : Et tant fur allé & venu de part & 
d'autre , qu'enfin le Roy le receût & luy pardonna ; de forte qu’il 
fe vint rendre vers le Roy à Bourg ; auquel lieu il le receût, & luy 
fit bon accueil, & luy promit de l’entretenir & de le traiter com- 
me fon parent, en fes penfions, & autres biensfaits. | 

Auffi le Roy en paffant à Pons pardonna au Seigneur dudit 
lieu, & luy fit bailles {a Remiflion. 

Veû que le Roy eftoit fi proche de Bordeaux , & qu’il n’y auoit 
encor efté, il fut aduifé qu'il iroit iufques-là, & qu’il y feroit fon 
Entrée ; ce qu’il fit : Il y fut grandement bien receu par les ha. 
bitans de la Ville, quiluy firent debeaux prefens, & aux Seigneurs 
qui eftoient auec luy ; ce fut le feptiefme de Mars mille quatre 
cent quatre-vingt & fix qu’il y fit fon Enttée*. 

Il ÿ feiourna enuiron huit iours, pendant lequel temps fut don- 
né ordre & feureté à tout le pays de Guyenne , dont le Gouuer- 
nement que tenoit ledit Seigneur de Lefcun uy fut ofté ,& bail- 
lé à Monfeigneur de Beaujeu , qui ordonna pour fon Lieute- 
nant audit pays le Seigneur de Candale: L'Admirauté * de Guyen- 
ne, que pofledoit auffi ledit Seigneur de Lefcun, fut reünie à l’A d- 
mirauté de France, & baillée au Seigneur de Grauille Admiral de 
France. La Sencfchauffée de Guyenne, & autres Senefchaullées & 
Capitaineries qu'auoit le mefme Seigneur de Lefcun luy furent 


toutes oftées , & baillées à plufieurs des feruiteurs du Roy : & la 
LA . . 
Comté de Comminge reünie au domaine du Roy. 


ROY DE FRANCE. 23 


.… Audit voyage de Guyenne eftoit toûjours auec le Roy Madame: 486. 
de Beaujeu fa {œur, fans aucunement l'abandonner, & auoit toû- 
jours le foin & la garde de fa Perfonne , & ne fe faifoit aucune 
chofe qui touchât le Roy , & le Royaume, que ce ne fût de fon 
fceu , vouloir , &' confentement ; fous elle & Monfeigneur de 
Beaujeu , ledit Seigneur de Grauille Admiral de France auoit la - 
principale charge des affaires du Royaume. À 
Quané le Roy eùüt donné ordre aux affaires du pays de Guyen- 
ne ; il fut deliberé qu'il iroit vers Partenay , pour remettre cette 
Ville auec le Chafteau que Monfeigneur de Dunois tenoit en fon 
obeïffance : A cét effet, le quinziefme iour dudit mois de Mars mille 
quatre cent quatre-vingt & fix, il partit de Bordeaux, & vint au 
gifte à Blaye. De la il prit fon chemin à Ionfac , à Congnac, 
(auquel lieu il fut bien receu par Monfeigneur M EYE qui 
en eftoit Seigneur, } & à Sainct Jean d'Angely ; de là à Chizé, à 
Niort, à Eruy prés la Lande: Et le vingt & huictiefme iour dudit Le 28.Mars. 
mois de Mars pure ayx fauxbourgs de Partenay ,oueftoit defia 
fon Armée , qui auoit marché deuant luy : A l’arriuée du Roy 
mondit Seigneur de Dunois n'eftoit pas audit lieu de Partenay; 
car quand il fut aduerty que le Roy & fon Armée venoient l'af- 
fieger, il en partit de bonne heure, & s’en alla à Nantes deuers 
Monfeigneur d'Orleans &le Duc de Bretagne, & laiffa le Seigneur 
de Ioyeufe, qui eftoir à Monfeigneur d’Orleans , & autres gens de 
guerre pour la garde de Partenay ; mais le iour mefme que le Roy 
fut arriué , ceux de dedans commencerent à parlementer , & ce dit 
iour rendirent la Ville & le Chafteau , moyennant que le Roy 
leur pardonnât, & s’en allerent leurs bagues fauues. 
Ainfi que le Roy retournoit de Guyenne , en venant à Par- 
tenay , Monfeigneur de Bourbon, qui venoit de fa ville de Mou- 
lins auec fon Eftat ordinaire , fe rendit deuers le Roy. | 
Le Roy donna ordre & prouifion à la Ville & au Chafteau de 
Partenay , & les mit en bonhe feureté , & fit enfuite acheminer 
fon Armée vers les marches de Bretagne, enintention d'aller aprés. 
. Mais pource qu’aucunes chofes confiderables aduinrent ailleurs 
en cedit mois de Mars, il en fera icy fait mention , & puis nous 
retournerons à continuer la guerre de Bretagne. LS 
En cedit mois de Mars mille quatre cent quatre-vingt & fix, 
Madame Marguerite d'Armagnac Ducheffe de Bourbon ; eftant 
en la ville de Moulins en Bourbonnois , accoucha d’vn fils , 
mais du trauail qu’elle eût à l’enfanter elle mourut, & feize iours 
aprés le fils trefpaffa , donc ceux du pays firent grand deüil, pour- 
ce que mondit Seigneur deBourbon eftoit defia fort aagé , & n'a- 
uoic aucuns autres enfans:On auoit deliberé de faire grand chere 
&refioüyffance aux couches de madite Dame, mais la ioye fut cour- 
née en triftefle. | . NS 


Le 15.Mars. 


1436. 


24 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 

Durant ce mefme mois de Mars pendant que le Roy eftoit en- 
cor , ainfi qu'il a efté dic cy-deflus , és marches de Bretagne , il 
auoit fes garnifons fur les frontieres de Picardie , qui faifoient la 

uerre en Hainaut, Flandres , Brabant, & autres pays sé mer Pen 
le Duc d'Auftriche & fon fils, lefquels de leur cofté auoient leurs 
Capitaines & gens de guerre, qui faifoient la guerre aux pays du 
Roy : Dans le Hainaut eftoit Chef pour ledit Duc d’Auftriche le 
Seigneur de Montigny fils du Comte de Horne, & frere de l'E- 
uefque du Liege , lequel vn iour de cedit mois de Mars affembla 


fes garnifons de Hainaut & s'en vint courir deuant la ville de 


Guyfe, en intention d'y faire quelque furprife ; il eftoit bien accom- 
pagné de gens de pied & de cheual, mais auant qu'il peût arriuer 
iufques aux fauxbourg d’icelle Ville du cofté de Hainaut, ceux de 
la Ville, & les gens du Roy qui y eftoient en garnifon, en furent 
aduertis, & fe 1etterent dans ce fauxbourg , qui eftoit barré , dans 
le deffein de faire leur effort pour empefcher qu’il ne fût bruflé 
& pillé : {ls ne fe furent pas fi toft rendus dans ce fauxbourg, 
que ledit Sieur de Montigny auec {a compagnie y arriua ; ils 
commencerent aufli-toft à efcarmoucher , & d'vn cofté & d'autre 
{e faifoient de grands efforts ; or ainfi que cette efcarmouche fe 
faifoit le Sieur de Montigny , qui eftoit vaillant de fa perfonne, 
& monté fur vn bon cheual , apperceuant vn Archer qui auoit 
efté autresfois à luy , lequel s'eftoit rendu du party du Roy dans 
ladite ville de Guyfe, & combattoit auec fes gens dans l'efpoir 
de le prendre, il s’efforça d'entrer bien auant dedans ce fauxbourpg, 
& fit fi bien qu’il paruint iufques audit Archer , lequel mettoit 
peine à fe deffendre, iufqu’à ce que incontinent vinrent à fon fe- 


cours ceux de la garnifon de la Ville tellement que ledit de Monti- 


gny fut contraint de s'en retourner; mais comme il s’en alloit, il 
arriua qu’vn payfant de la Comté de Guyfe qui cenoit vne picque 
en fa main, & efcarmouchoit ,ietta fa picque contre ledit de Mon- 
tigny , & l’atteignit en la cuiffe où il n’eftoit armé, & luy fitplaye, 
non pas bien grande; aprés quoy il fe retira iufques à {es gens, & 
ordonna qu'on fit retirer vnchacun,à caufe que fa playe luy fai- 
foit fi grande douleur qu'il ne pouuoit plus durer , il ne pouuoit 
lus mefme fouffrir d’eftre à ur eftanc donc hors du faux- 
pole emmy les champs il fut habillé & penfé ainfi qu'on le peût 
faire, & haftiuemenc luy fur dreffé vne forme de liétiere auec des 
perches pour le porter à force de gens de pied ; il fut donc ainfi 
chargé & mis au milieu de fes gens , pour {e retirer & aller au Quef- 
noy : Orainfi qu’ils pafloient par vn ruifleau qui eff au delà de 
Guyfe , ceux qui le portoient tomberent dans ce ruiffeau , & fut 
ledit de Montigny moüille ; tellement que l'eau qui n’eftoit pas 
fort netre entra dans fa playe,ce qui accreût fa douleur : routes- 
fois il fut porté iufques au Quefnoy , où quatre à cinq iours ” 
e 


ROY DE FRANCE _2f$ | 

le feu fe mit à fa playe, tellement qu'il luy fallut couper laiambe, | 486 
duquel accident 1l mourut enfin quatre iouts aprés : Il eftoit fort 
grand pillart, & fouffroit faire beaucoup de maux à fes gens, fans 
en faire aucun chaftiment. Il detenoit vn Commandeur de Sainct 
Antoine prifonnier, qu'il vouloit rançonner fans iufte occafion, 
mais Sainét Antoine * y befongna bien , & luy donna à connoiftre * 1’ Aube 
qu’il ne fe deuoit pas iotier à luy. Or il ordonna à fa mort que ce "#74 ds 
Commandeut qu'il tenoit prifonnier füt deliuré & mis en liberté. " 
Combien qu'il fût grand pillart, il eftoit homme de grande exe. 
cution , & de haute entreprife, & eftoit le principal Chef de guer- 
re du Duc d'Auftriche , & deffendoit pour duy toute la frontiere 
de Hainaut & du Liege ; de forte que par fa mort ledit Duc fut 
fort affoibly. | nn 

Audit mois de Mars mille quatre cent quatre-vingt & fix,le Mirs: 
Scigneur de Romont , qui auoit cfpoufe La Comtefle de Saint 
Paul , alla de vie à trefpas. Ladite Comtefe eftoit fa niéce , fille 
de fa fœut , & il l’auoit cenuë fur les Fons : mais aprés la mort de 
fa fœur il s’en faifit, & l’efpoufa contre le gré à rous les pa- 
rens d'icelle fille , du cofté de Sainét Paul : Il ne vient gucres de 
bien de tels mariages. Car 7 qu’il l'eûc efpouféc il ne profpe- 
ra point, & ne fit aucun profit . | | 

Nous reuiendrons au Roy que nous auions laiflé vers Partenay, 
lequel auoit fait auancer fon Armée en Bretagne, pour y fecourit 
les Barons ir cftoient toûjours én guerte contre leur Duc ; les 
principaux defquels eftoient le Seigneur de Rohan, le Seigneur de 
Quintin fon frere , le Seigneur de Rieux Marefchal de Bretagne, 
le Seigneur d’Auaugour Baftard du Duc, le Seigneur de Chafteau- 
briant, & plufieurs autres qui tenoient leurs Places, &auoient des 
gens de guerre dedans. | 

Quand le Roy eütmis Partenay en afleurance, il tira à Thoüars, 
en s’approchant roûjours de la Bretagne, & là fit la fefte de Pafque, 
laquelle eftant pañlée il s’en alla à Chafteaugontier , & fciourna 
tout le mois d’Auril en cette contrée-là. Enuiron le quatriefme o- 
May. mille quatre cent quatre-vingt & fept il arriua à Laual, au- EST 
quel lieu fut aduifé qu'il feiourneroit pendant que fon Armée Le4 May. 
entreroit en. Bretagne : car dés ce temps la guerre eftoit ouuerte | 
contre Monfecigncur d'Orleans ; le Duc de Bretagne ;, & ceux de 
leur party. Les Barons d'autre part auoient leurs gens affemblez 
vers Vannes en Breragne ; & pource que le Roy faifoit venir des 
gens de pied de Normandie, il fut arrefté que l'Armée du Roy 
cireroit audit lieu de Vannes; à ce fubict, elle vint deuant vne pe- 
tite Ville nommée Pellemeil, qui fui incontinent battuë & affail- 
lie ; ceux de dedans firent leur effort pour fe bien deffendre : mais 
ils ne peûrent refñfter, & furent pris d'affaut. 

Pendant que l'Armée du Roy cftoit ainfi occupée deuant ce 

D 


1487. 


26 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
lieu de Pellemeil , Monfeigneur d'Orleans , le Prince:d'Orenge, 
& le Seigneur de Lefcun., qui tenoicnt dans Nantes le Duc de 
Bretagne, lequel n’eftoit pas bien aifé de fa perfonne, firent tant 
u'ils amenerent ce Duc iufques audit lieu de Vannes, auec le peu 
& gens qu'ils peürent trouuer ; & pource qu’ils furent aduertis 
que ladite ville de Pellemeil auoit efté prife d'affaue , & que l’Ar- 
mée du.Roy marchoit pour les aflieger , tout haftiuement ledit 
Duc & lefdits Sieurs'en partirent, &:fe mirent par mer pour tirer 
à Nantes : Ils furent fi preflez à ce depart qu’ils n'eûrent pas le 


_ loifir de charger leur bagage, car ainfi qu’ils en partoient l'Armée 


du Roy arriua deuar la Ville : Or ceux de Vannes voyans que 
leur Duc s'en eftoit party de la forte fi foudainement fans leur di- 


re aucune chofe de ce qu'ils auoient à faire , & auff qu'il n’auoit 


Juin. 


hiffé dedans qu’vn tas de gens de pied, qui eftoient fans Chef & 
fans argent , incontinent ils parlementerent auec les Barons, & 
s'offrirent de faire le bon plaifir du Roy, pourueû qu'il luy pleûc 
les receuoir & cenir pour fes:bons Subiets ; ce qui leur füt accordé, 
& fe mirent de la forte en l’obeïffance du Roy ; tous les gens de 
de pied que le Duc auoit laiffez audit lieu de Vannes, fe rendirent 
du party des Barons ; ce fût au mois de Iuin mille quatre cent qua- 
cre-vingt & fepr que Vannes füc ainfi mife és mains du Roy. 
-: En ce temps-là, pource que Monfciyneur d’Orleins & Mon- 
fcigneur de Dunois continuoient d’eftre defobeïffans au Roy , il. 
fit faifir & mertre routes leurs terres & Scigneuries en fa main, & 
fit rafer les murailles de la ville de Partenay , baillanc prouifion 
pour viure à Madame. de Dunois, & à fes enfans : Pour le regard 
de Madame d'Orleans il la traitoir & luy entrecenoit fon eftat 
comme eftant fa fœur. ‘ | _ 
Le mefme mois.de Iuin , combien que Monfeigneur le Duc 
Ian de Bourbon eût defia efté marié par deux fois., & qu'il fût 


_ fort vieil & âgé , de plus de foixante ans ; fort gouteux & mal- 


aifé de fa perfonne: toutesfois , pource qu'il n'auoit aucuns enfans, 
cfperant toûjours d'en auoir , oui Madamoifelle Ieanne de 
Vendofme, fœur du Comte de Vendofme, fans grande folemnité 
de nôces. | \ | 
‘Quand le Roy eût ainfi reduit la ville de Vannes à fon obeïf__ 
fance, voyant que Monfeigneur le Duc d'Orleans &le Duc de Bre. 
ragne s'en eftoient allez tour effrayez enfermer dans Nantes, leur 
Armée eftant rompuë & diflipée , dont la plufpart auoit pris le 
party du Roy & des Barons, | fût confeillé de Aire aduancer fon 
Armée vers ledit lieu de Nantespour les y aflieger,& reduire à fon 
obeïffance ; & pour executer'cette deliberation, il y fit acheminer 
fes Troupes & fe retira à Angers pour s’y tenir durant ce fiege. 
Incontinent que l'Armée du Roy fût proche de Nantes , qui 
fût au mois de luin mille quatre cent quatre-vingt & fepr, le liege 


ROY DE FRANCE. 27 


fût mis deuant cette Ville , en l'vn des coftez de laquelle le fiege 
continuoit depuis le Chafteau iufques à vne poterne qui eft (are 
riuiere de Chartre, dans lequel cofté eftoient pour Chefs le Seigneur 
de la Trimoüille , le Seigneur de Sainét-André, & le Seigneur de 
Champeroux. Outre la riuiere vers les fauxbourss; du cofté de Poi- 
tou , cftoit campée vne autre partie de l’armée du Roy , qui te- 
noit grande partie des . ; & de ce cofté-là eftoientpour Chefs 
de guerre le Seigneur de Breflure en Poiétou , Meflire Gafton du 
Lion Senefchal de Thouloufe, le Vicomte d’Aunay , le Seigneur 
de Malicorne , & autres. Le Duc de Bretagne , & ceux de Dire 
Ville auoient feulement quelque liberté ue ladite riuiere de 
Chartre iufques à la riuiere de Loire, du cofté de la Fofle , & par 
là leur pouuoient venir viures & gens. Les gens du Roy employoient 
cous leurs efforts à battre la Ville, & faire leurs approches pour 
la prendre d’affaut : Ceux de dedans de leur cofté mettoient pei- 
ne defc fortifier , & refifter aux gens du Roy. Pendant que ces 
chofes fe pafloient ainfr , Monfeigneur d'Orleans & ledit Duc 
auoient enuoyé en la baffe Bretagne pour y amafler gens, quivinf- 
fent à leur fecours ; & y eftoit à cette fin allé Monfcigneur de 
Dunois. | 

Auffi mondit Seigneur d’Orleans, & le Duc, auant que le Roy 
entrât au pays de Bretagne, durant qu'il eftoit encor en Guyenne, 
auoient enuoyé vers le Duc d’Auftriche *, qui effoit leur allié , * rximi- 
pour en auoir fecours, & luy offroient à ce fubiet l’aifnée fille du dd 
Duc en mariage; car il eftoit veuf de fa premiere femme *, & aflez ous 
jeune, comme detrente & vnan ,ou enuiron: ÿs luy enuoyerent * C'éffoir 
leurs feellez, pour l’entretenir de l'efpoir de ce mariage. Parcille- 22% 
ment auoient-ils enuoyé en Angleterre , pour gagner le Roy * & dernier Duc 
les Anglois; auffi en Efpagne, & faifoient plûficurs grandes offres 4 Bowrgon- 
par cout : Mais ils ne peürent rien faire Le à lefdits Anglois &*'x 
Efpagnols, pour la craïnte qu’ils auoient du Roy : Toutesfois le #71. Roy 
Duc d’Auftriche, pour le grand defir qu'il auoit de paruenir à ce NL dl 
mariage , delibera de les fecourir, combien q#'il füt bien empef- 
ché à fouftenir la guerre que les gens du Roy luy faifoient au 
pays de fon fils * en Flandres, Hainaut, Brabant , & autres mar- * C'fois 
Ches de par delà. Et affembla enuiron quinze cent hommes qu'il Phppe he- 

| LE ritier des 
fit embarquer , dont il bailla la conduite à vn Baftard de Bour- ps,:.44, & 
gongne , nommé Baudoüin , Jequel en cedit mois de luin mille goss 
quatre cent quatre-vingr & fept$ tandis que le fee eftoit deuant 7 Fa” 
ladite ville de Nantés , vint defcendre à Sain® Malo. D 

Quand Monfeigneur de Dunois, qui eftpit en la baffle Breta- 
gne, fceût la venué de ce Baftard, il fe retira pardeuers luy, deli- 
“he par enfemble de ioindre leurs gens , & de tirer à Nantes, 
ce qu'ils firent : Ils fe trouuerent enuiron cinq à fix mille hom- 
mes , qui n’eftoient que Communes , & trouuerent moyen d'en- 

| D j 


1487. 


28 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


Te. trer à Nantes du cofté de la Foffe; les gens du Roy ne les peûrent 

4387. : À 

bonnement combattre ; car il falloit que le fiege. demeurat en fa 
force & puiffance; & s'ils euflenc feparé leur armée en deux ils fe 
fuffent fort affoiblis, dautant que ceux du quartier de Poitou ne 
fe pouuoient ioindre à eux. | | 

Le Roy pour plütoft auoir nouuelles de ce fiege , s’auança iuf- 
ques à Anfenis, Monfeigneur & Madame de Beaujeu eftans roû- 
jours auec luy , auec le Seigneur de Grauillke Admiral de France, 
qui faifoit fecourir le fiege de ce que befoin eftoit. 

Auant fon depart d'Angers il receüt vne Ambaffade de Hon- 
grie grande & notable, de laquelle le Chancelier de ce Royaume, 
qui eftoit Archeuefque , eftoic le chef. Ils firent plufieurs beaux 

refens au Roy, de la part du Roy de Hongrie, ri et fouhaitoit 
is l'alliance du Roy , dautant qu'il eftoit lors en guerre 
* Frideric auec l'Empereur *, & le Duc d’Auftriche. Cette Ambaffade fût 
LIL Empe- Jong-temps auec le Roy, qui à leur depart leur fit de fort beaux & 
reurdepuss | 
1440. af fiches dons; & de plus ,enuoya plufieurs autres grands prefens au 
ques à 1493. Roy & à la Reyne de Hongrie* : Aufli Madame de Beaujeu enuoya 
tester à de fa part plufieurs belles chofes aufdirs Roy & Reyne de Hon- 
ximilianl. grie, qui luy en auoient enuoyé par leurs Ambaffadeurs , aufquels 
Mens elle en donna auffi particulierement , & les fit à leur retour pañler 
du fameux par Paris, pour voir la Ville , en laquelle il furent tres-bien ac- 
lean Hwr- cucillis , feftoÿez & deffrayez par le Preuoft des Marchands & les 
made, € Efcheuins. : 
Bcatrix fille | — | 
du RoydeSi- En ce mois de Iuin mille quatre cent quatre-vingt & fept , & 
ile fon px- en Juillet enfuiuant , pendant que le fiege eftoit deuant la ville de 
Iuin. Juiller, Nantes, aduinrent aucunes chofes au pays de Picardie , dont fera 
faite mention cy-aprés. | | 

Le Seigneur des Cordes cftoit és marches de Picardie Lieute- 
nant du Roy & Gouuerneur du Pays, & fe tenoit le plusfouuent 
à Hefdin. Les garnifons du Roy eftoient difperfées és Villes & Pla- 
ces qui tenoient fon party , d’où elles faibient guerre aux Fla- 
mans , & autres du party du Duc d’Auftriche , & de fon fils. Et 
entre les autres Villes du pays d'Artois, Saint-Omer eftoit neutre, 
& deuoit ainfi demeurer on lappointement qui auoit efté fait 

* Margueri- En traitant le mariage du Roy auec la fille * dudic Duc d’Auftri- 
rdpté che, & deuoit durer feulement leur neutralité iufques à ce que la 


? 


marice À je à à | k : 
Philibert  Reyne fût en âge, & que ce mariagefütentierement accomply;mais 


Duc de S4- fous ombre de leur neutralité ,iR ne deuoient porter faueur à l'vn 
nee. ny à l'autre party, ce qu’ils n’obferuoient pas ; ains donnoient tout 
le fecours , aide , & la faueur qu'ils pouuoient audit Duc d’Au- 
triche , & aux Flamans : Etoutre cela , ils fecouroient de tout 
leur pouuoir de viures , & autres chofes neccffaires, ceux de la 
-ville.de Theroüenne, que le Duc d’Auftriche auoit furprife fur le 
Roy, contre l’appointement & traité du fufdit mariage : Outre la 


Pd 


ROY DE FRANCE. 29 
faueur que ceux de Saint-Omer faifoient au Duc d’Auftriche, & 
aux Flamans, & à ceux de T'heroïüenne , ledit Seigneur des Cor. 
des fût aduerty que ce Duc tendoit à mettre garnifon dans ledit 
lieu de Saint-Omer , & à leur faire declarer guerre contre le Roy, 
& que les habitans d'icelle Ville eftoient aucunement portez à y 
entendre; fur quoy il refolut d'y donner ordre & remede de tout 
fon ne” : Il y auoit trois ou quatre habitans de ladite Ville, 
Fes e Duc d’Auftriche &ceux de cette Ville, de fon party, haïf- 
oient cres-fort , pource qu’en leur cœur ils les fçauoient eftre Fran- 
; ils crouuerent moyen de les faire fortir dehors , ils vinrent 
e refugier pardeuers ledit Seigneur des Cordes, qui les receût vo- 
lontiers, & les traitoit fott bien: Il s’enquir d'eux de la Commu- 
ne de la Ville, de leur façon de viure, & de leur guet & garde, 
& s’il y auoit moyen de les mettre entierement à l'obeïffance du 
Roy ; fur quoy ils luy declarerent entre autres chofes la maniere 
qu'ils tenoient à faire le guet, & les fortifications de cette Ville : 
Aprés qu'ils eurent efté oüys , il fembla audit Seigneur des Cor- 


1437. 


des , qui connoifloit les eftres d'icelle Ville , qu’on les pouuoit -- 


furprendre par le moyen d’échelles , pofées du cofté du bas de 
la riuiere du Lis, lors du changement de leur guet , qui eftoir le 
matin; & de plus, que le guet de la nuit en cét endroit-là eftoit 
aifé à furprendre, & delibera d’y effayer. 11 fit donc les preparatifs 
neceffaires à ce deffein, & fit faire des échelles ; cependant il alloit 
& venoit fouuent vers Theroüenne, à Aire, & aux enuirons dudit 
Sainét-Omer , afin qu’on ne fe doutât point de luy : Le iour de 
deuant cette entreprife il fit charger fes échelles fur vn chariot ou 
deux , & pardeflus les fit couurir de filets & cordages , feignant 
d'aller chaffer vn cerf dans, vn bois en tirant vers ledit Sain- 
Omer : Il auoit auec luy enuiron fix cent bons combatans, tant à 
pied que à cheual : Il auoit de plus d’autres gens tour prés, qui 
{e deuoient trouuer là au matin pour le fecourir, sil en eftoit be- 
foin : Il partit la nuit d’auprés de Therotenne le plus fecretement 
qu'il peût , & vint arriuer proche de Saint-Omer , au bas de la 
riuiere, à l'endroit ou il vouloit dreffer fes échelles ; il fit écouter 
{i on n’entendroit point parler le guet, & fur ce queon n’oüytper- 
fonne , il fit drefler fes échelles, & monter des gens afin d’appren- 
dre s'ils y trouueroient refiftance : Le guet de la Ville eftoit vn 


peu plus auant , & ceux qui le compofoient s’eftoient endormis; 


ils furent donc furpris, & depefchez: puis ledit Seigneur des Cor- 
des & tous fes gens monterent fans contredit ny refiftance ;eftans 
ainfi montez ils defcendirent dans vne ruë prés de là : tous ceux 
de la Ville dormoient cependant , & n’y auoit homme qui leur 
dit rien, ny qui les apperceût : Ils tirerent tous vers le Marché, 
& s’en faifirent; ils ne furent pas fi toft arriuez là, que aucuns de 
h Ville ne le fceuffent, qui vouloient faire effroy ,& crier aux-ar- 
D ii 


30 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
mes ; mais ledit Seigneur des Cordes auoit mené auec luy plufieurs 
1487. Trompettes qu'il faifoit fonner de tous les coftez du Marché, 
pour faire plus grand effroy par fes ges , comme cftans deuenus 
les maiftres, & plus forts que ceux de la Ville ; cellement que les 
habitans furent tous effrayez, & chacun mettoic peine de fe fau- 
uer. Ledit Seigneur des Cordes voyant leur effroy , & qu'ils n’e- 
ftoient pas gens pour l’affaillir , veû qu'ils eftoient ainfi épouuentez; 
il leur ke çauoir qu'il n'eftoit pas venu pour les piller & détrui- 
re; mais pour les garder & proteger , en les exhortant de n’auoir 
point de peur , qu'ils ne receuroient aucun mal ny EE 
pourueû qu’ils fiffencle ferment au Roy, & fe deliberaffent de luy 
| cftre bons fuiets. Aufli-toft lefdits habitans parlementerent, & f- 
hé . rent le bon plaifir de mondit Seigneur des Cordes , en faifant le 
leRoy, ferment au Roy. Il fe faifit en fuite d’aucuns Perfonnages qui 
cftoient par trop adherans & d'intelligence auec ledit Duc d’Au- 
ftriche; & aufli s'empara du Chafteau , & mit enfin la Ville en bon- 
ne feureté ; cette entreprife du Seigneur des Cordes fut tres-bien 
menée , & heureufement executée : Ceux de cette Ville n’au- 
roient pas creû deuoir eftre ainfi furpris par fi peu de gens qu'ils 
le furenc : Car il n’y eût pas plus de fix cent combatans d’em- 
ployez à cette expedition ; & quatre ou cinq iours aprés la prife 
on fit les monftres de ceux de Îa Ville, depuis l’âge de vingt iuf- 
ques à cinquante ans, qui fe crouucrent des gens feulement d’icelle 
Ville en eftat de deffenfe ,fe monter à dix ou douze mille hom- 
«*Nifpo- mes ; ce qui monftre bien que la Ville que Dieu * garde eft bien 
minuscu- gardée, & non autrement ; quelque force qu’il y ait dedans. Le 
gr Seigneur des Cordes ordonna forte garnifon dans le Chafteau & 
Pfam.1:6. là Ville, & employa des gens pour fortifier ledit Chafteau mieux 
w’il n’eftoir : Il traitoit au refte fort bien les habitans , & leur 
Éiloic venir des viures de toutes parts , tellement que la Ville en 
rofitoit beaucoup. Le Roy eftant à Anfenis fceütincontinent par 
L moyen des Poftes les nouuelles de cette prife , qu’il fit fçauoir 
aux Capitaines qui eftoient au ficge de Nantes, qui ne les tinrent 
pas fecretes à ceux ‘de ladite Ville ; car leurs approches eftoient 
elles , que les afliegez & les afliegeans pouuoient parler les vns 
*  auxautres, dont Monfeigneur d'Orleans, le Duc de Bretagne, & 
toute leur bande furent pe cfbahis. Ec bien que les Anglois ne 
fiffent lors guerre ouuerte au Roy, ils en furenc fort marris , car ils 
ne fouhaitoient pas que le Roy leur deuint fi proche voifin, Sainct- 
Omer leur femblant eftre comme vn bouleuart, pour empefcher 
que les François n'entraffent auant dans ce pays de ce cofté-là. 
Parcillement le Due d’Auftriche & les Flamans en furent fort épou- 
uentez, & en furent grandement affoiblis, & le Roy d’autant plus 
fortifié, Semblablement ceux de Theroïüenne en furent fort effrayez, 
reconnoiflans qu'ils en tomberoient en neccflité de viures. T'outes- 


ROY DE FRANCE. 31 
fois aulfi-toft que le Duc d'Auftriche fçeût cette prife de Sainct- 
Omer, il enuoya renfort de quelque peu de gens audit lieu de The. 
roüenne, afin d'encourager ceux de dedans à tenir bon, & n'eftre 
par trop épouuentez. ; 0: 

Incontinent que le Seigneur des Cordes eût ainfi pris la vil- 
le de Sain&-Omer , il fit prendre deux ou trois petites Places 
qui eftoient auprés , dans lefquelles il y auoit of jeun pillards. 
Ét chaque iour faifoit faire des courfes deuant Theroüenne, afin 
de les empefcher d’auoit des viures, & les affamer le plus qu’il pour- 
roit, & pource qu'il y auoit quelques Villages à l'entour qui les 
fecouroient la nuit de bleds , & autres viures | par le moyen des 
femmes qui leuren portoient des charges fur le col, on fit dépeupler 
tous lefdits Villages ; & f1 ceux qui alloient en courfe fencon- 
croient aucunes de ces femmes , ou des payfans qui leur portaffent 
viures, ils les prenoïent pour lés chârier. 2 
Dans ledit lieu de Theroüenne il y auoit deux hommes de la 
Ville, qui auoient charge de faire le guet au lieu de l’efchauguet- 
te, & chacun d'eux le faifoir cour à cour dans fa iournée : L'vn 
d'eux eftoit vn matin forty pour aller amaffer du bois autour de 
la Ville, pour fe chauffer , il aduint qu’il fut rencontré par ceux 
de Saint-Omer, qui eftoient venus courir & fe mettre en embu- 
fcade au lieu où vint ledit homme; ils le prirent prifonnier, & le 
menerent à Saint-Omer : Le Seigneur des Cordes fceût la prife de 
cét homme, & qu’il äuoit la charge du guet de ladite Ville, il le fit 
venir deuers luy , & l’interrogea fort fur la maniere du gouucrne- 
ment de ceux de la garnifon, quelles prouifions ils auoient, s'ils 
cftoienc fecourus de viures, & dela manieré de leur guet ; &enl'in- 
cerrogeant , pource qu'il le reconnut pr homme, & qu'il eftoit 
habitant dudit Theroüenne , il le perfuada par plufieurs belles re- 
monftrances fur la loyauté & fidelité que ceux de cette Ville auoient 
toûjourseuë enuets le Roy, & qu'il fçauoit bien que ceux de la Ville 
eftoient & auoient efté bons François, & tres déplaifans de ce qu'ils 
cftoient ainfi foùmis au Duc d’Auftriche , qui les auoit furpris ; 
enfin, aprés plufieurs belles paroles qu’il luy dit , il luy offrit des 
biens s’il trouuoit moyen de rendre quelque bon feruice au Roy: 
Bref, tant Re ledir Seigneur des Cordes, qu'il fceût de luy 
que la garnifon de la Ville, après le guet fait de nuit fur les murail- 
les , fe departoit affez matin , & que fur lefdires murailles ne demeu- 
roit autre guet, & Le du cofté de Saint-Omer ils tenoient leur 
Porte clofe ; & pour la feureté du guet tout le long duiour ils fe con- 
fioient en celuÿ qui faifoit le œuet à l'échauguette. Auf fceûc ledit 


Seigneur des Cordes qu'il y auoit dudit cofté de Saint-Omer vnen- 


droit que l’échauguerte ne découuroit point, à caufe d’vne petite 
vallée qui eftoit entre-deux; & tellement fut aduerty de toutes cho- 
fes, qu’il luy fembloit qu'en gagnant cér homme, quand il feroit 


1487. 


1497. 


Pre de 
T'heronenne. 


32 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 


dans fon échauguetre , que la Ville eftoit aifée à prendre d'em- 


blée ; & fit rant qu'il le gagna , & que mefme il luy promit aufñff 
de gagner fon compagnon. Ce pauure homme s'en retourna à 
Theroüenne, & feignit eftre efchappé pour vne petite rançon: IL 
fe mit à faire la Garde comme auparauant , & ceux de la gar- 
nifon ne fe douterent point de Lay : Il pratiqua fon compa- 

non & le gagna , & par des fignes qu'il auoit auec le Seigneur 

es Cordes, qu'il deuoir monftrer de l'Échauguerte, il luy notifia 
de faire fes preparatifs, & qu'il feroic feruy. Le + am des Cor- 
des fit donc preparer des échelles, & la nuit fe vint ge auec bon 
nombre d'hommes-d'armes derriere l'Abbaye qui eft proche d'- 
celle ville de Theroüenne, & fit marcher quantité de gens de pied 
par vne vallée qui eft proche de ladite Ville , qui ne png 
cftre découuerts par le guet affis. L'embufche demeura fort coye- 
ment ,iufques à l'heure que le guet afhs prés de la muraille fe re- 
tira ; auant lequel depart le guer de l’échauguette fonnoit , don- 


nant à connoiftre qu’il ayoit découuert , & qu’il n’y auoit petfon- 


ne : Incontinent que ledit guet aflis vers la muraille en fut party, 
celuy de l’échauguette donna fon figne , par lequel l'embufcade 
des gens de pied reconnüt qu'il eftoit qu de trauailler ; & 
le plütoft qu’ils pürent ils drefferent leurs échelles , & monterenc 
fur la muraille fans aucun empefchement ; & tellement trauaille- 
rent qu’ils deuinrent plus forts que ceux de la Ville, Quand ils fe 
trouuerent maiftres de la os 5à ils firent figne au Seigneur des 
Cordes à ce qu'il vint auec fes gens; ce qu'il fit : Et quand l’em- 
bufcade , qui eftoir defia dedans la Ville Le vid marcher, ils pofe- 
rent vne Enfcigne du Roy fur la muraille, & firent fonner par les 
Trompettes le cry de Wikle-gagnée. La garnifon de la Ville & les 
habitans les voyans ainfi dedans, ils en furent fi épouuentez qu'- 
aucun ne fe mit en deffenfe ; mais chacun s'efforça de fe fauuer. Le 
principal Capitaine mefme qui cftoit là, & qui en auoit la garde 
de la part du Duc d’Auftriche, incontinent qu'il oüyt l’allarme & 
le cry , fe barra tres-bien dans la chambre où il eftoit couché , afin 
d’éuiter que foudainement on le vint outrager, efperant de parle- 
menter pour fauuer fa vie, auant qu'on püt fe ioindre à luy. La- 
dite Vilk | 
& ledit Capitaine & le furplus de ceux dela Ville furenc faits pri- 
fonniers ; & y entra le Seigneur des Cordes, lequel mit & donna 
l'ordre pour le fai& de la garde d'icelle, Cette prife arriua au 
mois de luillet, quinze iours aprés la prife de Sainét-Omer. 
… Le Seigneur des Cordes deux iours aprés la prife de Theroüen- 
ne, fes gens d’armesçftans encor auec luy ,eüt nouuelles d'vne pra- 
tique qui fe menoic dans Bethune , qui eftoit telle , que Philippes 
Monfieur de Raueftain, lequel eftoit le principal Chef de guerre 
du Duc d’Auftriche dans les marches de Picardie , par le moyen 
. | d'vn 


e fût ainfi prife fans aucune refiftance , ny effufion defang; 


| 'ROŸY DE FRANCE  : 3 
d'vn Archer qui s'éftoir venu sendre audit liou de Bechunc ,-auoit 
fait preffentit d'vn autre Archer qui:eftoit de l:garnifon de Be- 


Ville du coffté de: Flandres, s'il voudroit point enrendre à fai: 
re quelque bon feruice au Duc d'Auftriche Ray des Rormains, 
& qu'il pourroit gar ce moyen dejenir vn grand, homnie ;: & 
auoit beaucoup de biens. Ledir : Archer de la girnifon dé Be- 
chune eftoit homme d'entsndement, lequel dés qu'il oüyt qu'on 
le vouloit pratiquer , feignit d'y entendre, & s'enquit de quelle 
façon il pourroit faire feruice au Duc d’Auftriche : Celuy qui le 
follicitois luy declara , qu'atrendu qu'il eftoit logé dans vne mai- 
fon qui refpondoir à la muraille de la Ville, qu'aifément il pour- 
roit faire vn trou à ladite muraille ,dont on ne fe donneroit point 
de garde, & qu'il ne faudroit laifler en dehors ie principales 
pierres , qui pourroient tornber auec le moindre effort qu’on y 
voudroit faire , & que par ce moyen on n'en apperceuroit rien. 
Quand l’Archer fçeür le moyen qu'on vouloit qu'il tint, il refpon- 
dit qu'il y enrendroit volonsiérs., pourueñ qu'on luy ft du bien, 
& qu'il en für bien affuré; & conclud 2 celuy qui k prariquoit 
iroit pardeuers mondit Sieut Philippes de Raueftaini, pour fçauoir 


le bien qu'on hiy feroie, & pour en auoir feureté : Pendant que 


l'homins de Monfieur de Raucftain alla deuers {on maiftre , ledit 


. Aïcher ‘en gardant le ferment qu'il auoit au Roy, notifis certe 


pratique au Gouuerneut deBechune pour le Roy, qui en Éûr fore 
ioycux , & dit à l'Archer qu'il continuât fa pratique, & qu'il luy 
declarât tout ce qu'il feroit: Et en toutediligence cc Gouuerseur fit 
fçauoir la pratique au Seigneur des Cordes , pourçe qu'il: eftoit 
Licutenant du Roy dans rouc le pays de Picardie: Ledit Seigneur 
des Cordes écriuit à ce Capitaine de Berhune, que ladice pratique 
fût bien conduire, & qu'on trouuât moyen d'afligner iour ‘audit 
Philippes Monfieur de Raucftain pour venir à Bethune, afin de le 
nn & on pouuoit. L'homme de mondit Sieur Philippes de 
Raueftain retourna, & communiqua auec le fufdie Archer, & luy 
apporta promefles & fecllez à certe 6n ; fur quoy iceluy Archer 

onna confentement , promefle , & {curete de tout {on Fr 
uoir ; & fut afligné iour audit Philippes Monfieur de Raueftain: 


 Haduinc fi bien à point que leiour de l'affignarion cfloit au temps 


de la fufdite prife de Theroüenne ; ledir de Raueftaia fs fes pre- 
paratifs , mais pource qu'en telles egtreprifes on eft quelquesfois 
trompé, i delibera de n'y aller point qu'il ne flir bien aceompa- 

ee & fi fort, qu'il pourroit refifker à vhe forte puiffance fi elle 
C 


prefentoit ; il affembla donc auec hty Les principaux Chefs & 


Capitaives du Duc d'Auftriche, & les Genrils-horames de fa Mai- 

fon, & fe rrouucrent tous à vn certain iour affigné emfemble en- 

tre Lifle & Bethune ; là eftoient aueç luy le Duc-de Gueldres , ls 
| E 


148? 
chune , & logé ‘dans vne tvaifon refpondant aux murailles’ de La 


1487. 


34 HISTOIRE DE CHARLES'VIII. 

Comte de Naffau, le Scigneur de Boffut, & plufieurs autres gens 
de hom , qui fé trouuerent-bien bé we crois-mille hommes, 
tantde-pied que de cheual , qui marcherent droit vers Bethune : 
Ils ne fe doutoient en ‘rien'du Seigneur des: Cordes ; car ils le 
croyoient bien occupé à Theroüenhe ; & Sain®&-Omer , & qu'il 
he fcéûct rien de leur entreprife : Le Capitaine.de Bethune qui fçà- 
uoit là venuë dudit Philippes. Monfieur'de Raueftain , auoit en- 
uoyé commedit eft, à Monfeigneurdes Cordes pour H luy notifiet, 
afin de s’y rrouuer & le receuoir : -dequoy eftant aduercy , il ft 
preparer cinq:cent hommes d'armes des plus gens de bien qu'il 
eût auec luy , car il en auoir plus largement que cela; & auec ce 
nombre il partit de Theroüenne pour’ fe trouuer au deuant dudit 
Monfieut Philippes & de fa compagnie. à leur abord de Bethune. 
Ledit Philippes Monfieur, & les autres qui eftoient auec luy , quarid 
ils D. de Bethune de deux licuës, ou enuiton, fe mirent 
en ordonnance pour marcher;ilsauoient leurs gens de pied deuant, 
dont la plufparteftoient Alemans, auec lefquels eftoient defcendus; 
pour leur donnér.plus de courage, le Duc de Gueldres & le Com- 
te-de Naffau , tenant chäçun vne pièque en la main : Auce leurs : 
gens de cheual eftoit ledicPhilippes Monfieur de Raucftain , qui en 
auoir la conduite : Or ainfi qu'ils marchoient, & ne penfoient point 
deuoir eftre lors en aucune-imaniere affaillis; eftans prés dudit Be- 
chune d’vne demie lieuë; mondft a cs des Cordes, & Monfei- 
gneur de Gié Marefchal de France leur parurent tout à coup ,ac- 
compagner des fufdits éinq cent hommes d'armes, lefquels ils vi- 
rent s’auancer de plus en plus contre:eux ; incontinent ils s’arre- 
fterent tout eourt , pour aduifer ce qu'ils auroient à faire en ce 
rencontre ; & pource qu'ils découurirent quelques marefts affez 
prés d'eux, ils‘conclurent de les gagner, marchans en bon ordre; 
mais le Seigneur des Cordes qui n’auoit lors auec foy que des gens 


de cheual, alloit plus vifte qu'eux, & les furprit auant qu'ils pâ£-_ 


fent gagner lefdits marefts ; tellement. qu’ils furent contraints de 
varrefter.Leurs gens de cheualeftoientdiuifez en deux bandes, dont 
lvhecftoit auec leurs gens de pied, & l'autre en laquelle eftoit ledit 
Philippes plus arriere ; lequel ovins que le Seigneur des Cordes 
& ceux de fa compagnie eftoient fi proches de leurs gens de pied 
& de cheual, & tous prefts de donner dedans, delibera de fe fau- 
uer., & de n'attendre point le choc, penfant _— bonne fuite 
eft plus feure qu'vne mauuyaife demeure, & croys bien que fon profit 
fut lors preferé à fon honneur. Il emmena donc auec luy la bande 
des gens de. cheual qu’il auoit, & fe retira. Cependantle Duc de 


" Guéldres & le Comte de Naffau eftoient à pied auec les Pierons 


qui s'eftoient tous ferrez, deliberez d'attendre le coup, & tenans 
bonne contenance ; ils eftoient , :ce femble, de l'opinion d'vn 
boiteux qui difoit , Aandir foit celuy qui s'enfuira, pource qu’il ne 


ROY DE FRANCE 3$ 
pouuoit fuir ; auprés d'eux eftoit vne bande à cheual , qui auoit 1487. 
aufli cenu bon. Le Seigneur des Cordes & fa compagnie,où eftoient | 
ledit Seigneur de Gié Marefchal de France , Monfeigneur le Ba- 
ftard de Bourbon Mathieu , le Seigneur d'Vrfé grand Efcuyer ; 
& pluficeurs autres Capitaines , eftans approchez d'eux , n'arre- 
fterenc point qu’ils ne donnaflent dedans fi afprement ; que d’a- Defaire de 
bord , & fans beaucoup de refiftance , ils rompirent & gens de? vs 
cheual & de pied , & faifoient merueilles d’abatre & ruer gens rar Fe 
par terre, & en tuoient comme bon leur fembloit fans deffenfe : des Cordes. 
Le Duc de Gueldres & le Comte de Naffau fe donnerent à con- 
noiftre ; aufli eftoient-ils richement habillez , parquoy ils furent 
fauuez , ce qui fût à grand peine , & fût ledit Comte de Naffau 
” fort bleffé; en peu d’heures les gens du Roy demeurerent les mai- 
ftres : Mais auant que cefler il y eût beaucoup de gens tuez fur 
la place , ceux qui en refterent furent pris prifonniers , & amc- 
nez à Bethune ; le Seigneur de Beaumont de la Maifon de Poli. 
gnac en Viuarez , remporta l'honneur d’auoir donné le premier 
dans les ennemis. Cette détroufle fût fort grande & profitable 
aux Capitaines & gens de guerre, & fort auantageufe au feruice dy 
Roy; car les principaux Capitaines du Duc d’Auftriche, & beau- 
coup de gens de fa Maifon y eftoient, cellement que cela fût fort 
à fon dommage & à fa grande confufion , & des pays de fon fiks. 
Le Roy cftant à Ancenis, durant lefiege de Nantes, receût incon: 
tinent les nouuelles de cette viétoiré, auec la prife de Théroüen- 
ne, qui ne furent pas celées par les afliegcans à ceux de la Ville, 
qui en furent fort contriftez & efbahis : Auf ledit Duc d’Auftri- 
che en füt de fon cofté tout troublé, & non fans caufe ; car cela 
l'affoiblifloit grandement. Tu. | — 
Les garnifons du Roy eftablies en Picardie , chaque iour me- 
noicnt gucrre contre les Flamans , & les Pays du fils dudit Duc 
d’Auftriche , & fe faifoient entr'eux plufieurs entreprifes, comme 
on a accoütumé de faire en temps de guerre, les garnifons du Duc 
d’Auftriche eftoient au refte fort foibles pour foûtenir la force 
de celles du Roy; parquoy tout le plat pays de Flandres ,de Hai- 
naut, & de Brabane foûtenoit de fort grandes pertes & domma- 
ges; &aufh les Villes, qui ne pouuoient plus faire aucun trafic de 
marchandifes. un ue. ON 
En ce temps les Flamans, qui font coûtumiers de fe muriner, 
voyans que le Duc d’'Auftriche eftoit en grande neceflité, & fort 
affoibly , & qu'il auoit fort à faire à foûtenir la guerre du. Roy, 
confiderans de plus qu’il eftoit mal auec le Roy d'Anglererre , & 
que le pays de Bretagne dont il eftoit allié, auoit à fouffrir, com- 
-mencerent à murmurer contre luy ; Mefmetnent ceux de Gand, 
, luy vouloient mal de mort , poutce | mg leur auoit ofté fon, 
fils * qu’ils éleuoient parmy eux , & qu'il. 


: . P'.pag.4. 
gs auoit fubiuguez, & füinanre. 


E 1) 


1487. 


Juin. 


Juillet. 


Grand s3n- 
mi. 4 
Bourges. 


36 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


mis à la raifon , & enfin ils fe foüleuerent contre luy , dont fera 
cy- aprés fait mention , au temps qu’arriua cette rebellion. 

Audit mois de Iuin mille quatre cent quatre-vingt & fepc , le 
ficge continuant deuant Nantes, pource que le Chafteau & la Vil- 
le dc Coucy eftoient encore és mains de Monfieur d'Orleans , & 
2 doutoit que celuy qui l'auoit en garde , ne retirät dedans 

es gens du Duc d’Auftriche, ou autres gens eftrangers , qui euffenc 
pu Éire guerre & endommager tout le pays de Vermandois , le 
Roy y enuoya le Scigneur d’Vrfé grand Efcuyer, accompagné de 
certain nombre des Ordonnances du Roy, & de francs-Archers, 
ayans auec eux de l'artillerie, qui furent afhieger cette Place, ou ils 
firent tel effet, qu'ils contraignirent en moins de huit iours ceux 
de dedans de fe rendre , & de mettre ce Chafteau & la Ville en 
l'obeïffance du Roy , ce qui fût vne grande affurance pour tout 
ce quartier-là, & vn ul bien pour le Roy ; outre que ce füt 
vn furcroift d’affoibliffement pour Monfieur d'Orleans & ceux de 
fon party. | 
_ Au mois de Juillet enfuiuant mille quatre cent quatre- vingt 
& fept , le iour de la Magdelaine , le feu par mefgarde prit dans 
la ville de Bourges , qui en fût brülée pour Ê plufpart, doncles ha- 
bitans receûrent vn dommage ineftimable ; c’eftoit pitié que d’y 
cftre; ce feu fût fi foudain que la plufpart de leurs biensen furent 
brûlez. II y eût plus de trois mille maifons confommées par le feu, 
& la plufpart des Eglifes, hors la grande Eglife de Sain@ Eftien- 
ne Fe ne füt point endommagée. Il y auoit enuiron vingt ans 
qu’ils auoient fouffert vne autre incendie , qui parcillement leur 
auoit caufe grand dommage ; leurs maifons n'eftoient couuertes 
que de bois, ce qui en partie fût caufe d’vn tel inconuenient; Ils 
enuoycrent deuers le Roy remonftrer leurs grandes pertes, w re- 
querans aucunes aydes fur le fel par tout le Royaume , & des fran- 
chifes, que le Roy leur o&roya volontiers. 

Pour le prefent nous laifferons la guerre de Picardie & de Flan- 
dres, & reuiendrons à celle de Bretagne, & au Roy qui fciournoit 
à Ancenis durant le fiege qui eftoit deuant Nantes , pendant le 
fufdit mois de luin mille quatre cent quatre-vingt & {ept. 

Dans le mefme mois le Seigneur d’Albrer, qui eftoir de la ban- 
de de Monfieur le Duc d’Orleans, & du Duc de Bretagne, & par 
fon moyen la Reyne de Nauarre qui auoit époufé fon fils , auoit 


affemblé des gens, tant de pied que de cheual ; tellement qu'il auoit 


bien trois à quatre mille combatans , auec lefquels il fe mic en 
ps dans fon quartier de Gafcongne, efperant trauerfer vers 
Engoulefme, pafler la Charente, &le Poiétou, & veniren Bretagne 
pour fecourir mondit Sieur d'Orleans & le Duc ; il auoit quelque 
deffein d’auoir en mariage la fille aifnée du Duc, & de venir par ce 


moyen à la fucceflion de ce Duché ; & menoit cette pratique le 


ROY DE FRANCE, | 37 En 


Seigneur de Lefcun, le Duc mefme luy en tenoit quelques paro- 
les , ainfi qu'à plufieurs autres en mefme temps pour eftre mieux 
fecouru, & aydé dans fon befoin; le Roy aduerty de cette aflem- 
blée qu’auoir faite le Seigneur d’Albrer ; & ayant découuert fon 
intention & vouloir , en écriuit aux Seigneurs de Guyenne & de 
Poiétou, afin qu'ils s’affemblaffent pour luy aller au deuant & luy 
rompre fon paflage. Le Scigneut de Candale, qui eftoit Licute- 
nant de Monficur de Beaujcu en Guyenne ,. & auoit la garde du 
pays ,auec les Seigneurs dudit pays, fe mic fur les champs ; ce que 
pareillement firent les Seigneurs de Poiétou, & s’eftans tous ioints 
enfemble , ils firent alors vne affez bonne bande pour luy refifter, 
& mefme pour l’attaquer. Ils tirerent donc là ouùils Dont à que s'a- 
cheminoit ledit Seigneur d’Albret, & le vinrent rencontrer à vn 
fien Chafteau , nommé Nantron, fur les marches d'Engoulefme 
& de Limofin; là les gens du Roy le prefferentfifort, qu'il fütcon- 
craint de parlementer : Enfin, il s'offre d’eftre bon fubiet du Roy, 
de le feruir, & d'abandonner toutes alliances contraires, fi lefdits 
Seigneurs le vouloient receuoir à compofition ; lefquels croyans 
bicn faire de le gagner pour le Roy, le receûrent , & luy baille- 
rent feureté, qu’ils promirent de faire ratifier par le Roy; auffi de 
fa part il bailla feureté & oftages, & le cout fut enuoyé par écrit 
au Roy, qui fût mal-content de cét appointement que ces Sei- 


gneurs auoient ainfi fait; car il n’eftoit pas deliberé de luy pluspar- : 


donner, veû les rebellions & grandes defobeïffances qu’il auoit fai. 
tes & reïterées par plufieurs fois, & les pariuremens qu’il auoit com- 
mis en fon endroit, routesfois il ne voulût pas aller au contraire de 
ce qu’en auoient arrefté lefdits Seigneurs de Guyenne & de Poitou, 
& ratifia le tout ; aprés quoy s’en retoutna ledit Seigneur d’Albrec 
en fes verres, & rompit Én armée : Il enuoya depuis deuers le Roy 
pour le fupplier d’auoir pitié de luy, & de l'appointer d’vne pen- 
fion ; ce que le Roy fit volontiets, & le traita fort bien , luy fai- 
fant appointer cent Lances ; mais quelque femblant & ferment 
qu'il fc, il n’auoic pas vouloir d’eftre bon & fidel, comme il pa- 


roiftra cy-aprés : Ceux de Nantes furent fort troublez de ce qu'il 


n'auoit pû pafler & les fecourir. | 

Durant le temps que le fiege eftoit deuant Nantes il y eût plu- 
fieurs pourpalers & ouuettures faites afin de paruenir à vn appoin- 
tement. Monfieur de Bourbon & Monfieur de Beaujeu fon frere, 
qui cftoient à Ancenis auec le Ro y, efpetans de trouuer a 
bon accommodement, furent iufques au lieu du fiege où ils parle- 
menterent, & firenc tout leur effort pour ajufter les differens ; mais 
ils ne pûrent rien conclure, &. s’en tetournerent fans rien faire. 
Quand le fiege eût duré plus de fix femaines deuant Nantes il 
fûc aduifé par ceux du Confeil du Roÿ , que de le continuer da- 
uantage, & vouloir auoir la Valle par force , le Roy ue” cn 

ii 


148%, 


1487. 


* JW’. des 
droits dn 
Roy fur la 
Bretagne, 
par P. du 
Pay, p. 451. 


Aout. 


38 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 

receuoir grand dommage ; & feroit la chofe longue , attendu le 
renfort qui cftoit venu de la bafle Bretagne aux afliegez , & aufli 
confideré la force & fituation de cette Ville, laquelle on tenoit 
vne des belles & fortes Places de France; car le Duc dés qu'il par- 
uint à ce Duché, fçachant que le or y 7 droit * ,com- 
me appanage de la Couronne autresfois baillé à vne fille , appli- 
qua tous fes foins & coute fa puiflance à faire fortifer ladite Vil- 
le, combien que d'elle-mefme & naturellement elle foit fituée en 
lieu & pays auantageux, & tres-fort ; elle eftoit auec cela muréc, 
fofloyée , tourée, & artillée mieux qu'aucune autre Ville, il fût 
donc conclu par le Confeil que le fiege fe deuoit leuer , & que 
l'Armée entreroit auant dans le pays de Bretagne , afin à ce 
moyen de reduire plus aifément le pays, & mectre les rebelles en 
l'obeïflance du Roy. | | 
-. Suiuant laquelle conclufion, le Roy partit d'Ancenÿ le deuxié- 
me iour d'Aouft mille quatre cent quatre-vingt & fept, & alla à 
Clffon que tenoit le Seigneur d’Auaugour Baftard du Duc. Le Roy 
mit cette Place en feureté pour luy , & y laiffa bonne garnifon 
Le bruit fût que ledit Seigneur d’Auaugour en eftoit mal-con- 
tent, & que à cette caufe toft aprés il s’en alla rendre vers le Duc. 
le croy bien que le Roy fçauoit aucunement fon allée, & on 
alloit pour faire feruice au Roy , & au Duc mefme : mais il n’eft 


”_ pasbefoin que toutes les pratiques qui fe menent par les Seigneurs, 


foient communes à tout le monde, & {ceuëés d’vn chacun. 

Le Roy ayant ainfi mis Cliffon en feureté, le fixiéme iour du-- 
dit mois d’Aouft mille quatre cent quatre-vingt & fepc, il en par- 
tit, & s’en retourna audit lieu d’Ancenis : Et ce mefme jour , de 
“es matin , l'Armée du Roy fe léua de deuanc Nantes , & vint 
oger à quatre lieuës de là,en vn village fur la riuiere de Chartre, 
nommé loue, là où elle fe rafraichit vn peu de temps ; & le trei- 
ziéme iour dudit mois d’Aouft le Roy partit d’Ancenis accom- 
pagné de Monfieur de Bourbon , de Monfieur & de Madame de 
Beaujeu,& vint loger audit loue, ee voir fon Armée, & adui- 
fer & conclure ce qu’elle auroir à faire ; Le lendemain , qui cftoit 
la veille Noftre-Dame de la my-Aouft, aprés la deliberation prife, 
il s’en alla au gifte à Chafkasbriant. | 

La fefte Noftre-Dame citant pañléc , f Armée du Roy marcha 
plus auant en Bretagne fur les marches de Fougeres, & vint fe lo- 
ger à vn village fort voifin du pays: chaque iour les gens du Roy: 

aifoient des courfes & portoient de a à dommages audit pays 
de Bretagne. nn ne 

Monfieur d'Orleans & ke Duc, incontinent que le fiege fût le- 
ué de deuanc Nantes, deparirenit leurs gens , &-enuoyerent garnir 
leurs Villes & Places le mieux qu'ils pürent : Ils fe prefentoient 
peu fouuent fur les champs pra, geñs du Roy; &sils y eftoient 


"&IROY DE FRANCE ::: 39 
rencontrez paË cas forruit ; la plufpart du temps ils eftoientdef- 
faics & battus, non que-ie veüille dire qu’ils ne foient bien gens 
de deffenfe & dé cœur ; maïs’ quand Dieu veut petfecurer vn Peu- 
ple auec la force contraire _ leur enuoye, il leur ofte la deffen- 
fe du cœur quand-&-quand; il'en prenoir de ieffié-en ce temps 
aux Bretons ; dont lé pays eftoir en de cres-grandes broüilleries , 
& confufions ; caf outre la guerre qu'ils auoient , ils eftoient entre 
eux fote diuifez. 2" 
'Ée Roy eftañt âudic lieu de Chaflcaubriant, les Barons de Bre- 
tagrie, comme Monfeigrieur-de Rôhän , le Seigneur de Quinrin 
fon frere , le Seigneur de Rieux Marefchal de Brétagne , le Sei- 
gneur de Chafteaubriant, & autres qui eftoient en l'Armée du Roy, 
venoient fouuërit à Chafteaubriant conferer auec le Roy de: leurs 
affaires, & aduifer ce que l'Armée feroit ; & pource que Vitré eft 
vné bonne Villé & belle’ Plice de guerre , dans le pays de Breta- 
_gne, & qui pouuoit fort preiudicier au Duc, ils requirencle Roy, 

qu'il luy pleût s’eñi aflurer', & y mettré garnifon; le Scigneur de 
Laual eftoit dedans Vitré ; où il tenoit lé Chafteau , & y auoit des 
gens du Duc en la Ville qui ne faifoient aucun exploiét de guer- 
re; car ledit Seigneur de Laual né le- vouloit fouffrir , & eût bien 
voulu eftre neucre , & eftre bien d’vn cofté & d'autre, fans decla- 
rer guerre à l’vn ou à l’autre party. Le Roy manda audit Seigneur 
de Laual de venir pardeuers luy à Chafteaubriant;ildiffera vn peu 
d'obeïr : mais quand il connût que le Roy vouloit qu'il vint, ilfe 
rendit audit lieu : Lors le Roy lay demanda obeïffance , comme 
Souuerain Seigneur de Bretagne , & requit qu'ilinit Vitré én fa 
main ; il diffimula tant qu'il püc, & fit des remonftrances fur ce fu- 
iet; maisenfin il accorda de bailler Vitré, pour en fairele bon plai- 
fir du Roy, qui luy accorda que les gens du Duc qui eftoient de- 
dans n'auroient aucun déplaifir. Le ptemier iour de Septembre 
mille quatre cent quatre-vingc & fept , le Roy arriua à Vitré, où 
ainfi: qu'il entroit les gens du Duc en fortoient ; la reddition de 
cette Ville fût grandement auantageufe & profitable au Roy ; &au 
contraire, caufa grand affoibliflement & étonnement aux Bretons; 
car de lles gens du Roy couroient foit auant dans le pays de 
Bretagne, & alloient chaque iour iufques aux portes de Rennes, 
de Nantes , & de Dinan ; & n’eft quafi pas croyable d’entendre 


les maux que fouffroit lors le pays de Bretagne. Le Roy feiourna | 


à Vicré iufques au dix-fepriéme iour dudit mois de Septembre 
qu’il en partit, & alla au gifte à Laual: Ceux de cette Ville eftoient 
en leur cœur bons Brerons’, & fort déplaifans d’eftre ainfi reduits 
à la puiflance du Roy , & eftoient tres-mefcontens du fufdit de 
me pu Seigneur, pource qu'il les auoit mis de la forte és mains 
du Roy. M | 

+: Audit mois de Septembre Monfieur de Bourbon', qui eftoic fort 


1487. 


3 


Septembre. 


1487. 


40 HISTOIRE. DE CHARLES'VIII. 

couteux & âgé, pource que l'hyuer s'approchoir, partir dudic lieu 
de Chafteaubriant, & s'en alla en fa ville. de Moulins, où ik mena 
aueç duy Madame Icanne de Vendofme fa femme, pour y pafler 
Jeut Hiyuer, , a He. + - 
.. En ce remps la ville de Rhedon cftoit en l'obcïffance du Roy, 
& eftoir és mains de Mpnfcigneur de Rieux ; qui en laifloir la 
garde à vn Gentilhomme à qui il fe fioit , & Madame de Ricux 
cftoit dedans ; ce Gentilhomme füt fuborné & gagné de à parg 
du Duc, auquel il liura cetre Place, & Madame de Rieux fembla- 
blement , dont mondit Seigneur de Rieux füe fort rroublé , & 
principalement de fa femme, qui eftoir fille du Scigneur de Maillé 


en Touraine, fort belle Dame & icune, & ne luy plaifoit point 


O&tobrc. 


qu'elle fût longuement à Nantes , où le Duc l’auoit fait mener ; 
de forte qu'à g priere le Roy écriuit au Duc , en le requeranc 
qu'il la voulûc laiffer venir , veû que [a guerre ne fe deuoit poinr 
mener aux Dames : Ce Duc qui en tout fon temps auoit aimé & 
fauorifé les Dames , à la requefte du Roy la laiffa venir à Ance- 
ais vers mondic Seigneur de Rieux fon mary, & luy fit deliurer 
routes fes bagues qui eftoienc reftées en eftat; & pendant qu'elle 
für à Nantes, il la fic crairer corame fes propres filles. Ce füt vne 
rande perte que celle de Rhedon, pource que c’eftoit la clef de 
a baffe Bretagne. CS | | 
L'Armée du Roy marcha roûjours quant dans le Pays, en pre- 
nant Villes & Places, & y demeura ladite Armée iufques enuiron 
la myÿ-Otobre mille quatre cent quatre-vingt & fept ; la ville de 
Dol fût prife par force & d'affauc , & toute pillée. Le Roy auoir 
lors reduit en fon obeïffance dans Le pays de Bretagne les Places de 
Cliffon , la Guierche, _ Ancenis , (Chafteanbriant, Vitré, Vannes , Dol, 
Sainct- Anbin du Cormier, Chafüllon, Rhedon, Pillemeil , & plufieurs 
autres : Et pourçe que l’hyuer s’auançoit déja fort, il füt deliberé 


que le Roy poferoit fes garnifons, qui entretiendroient la guer- 


Pelerinage 
dn RoyasS. , 
Michel. 


* Grauille, 
#*Coütance, 
* al, Diue, 
Nouembre. 


re tout l’hyuer ; & que le Roy feroit vn tour en Normandie , & de 
là à Paris: Les garnifons eftans eftablies , le Roy qui auoit feiour- 
né à Laual , en partit le vingt-deuxiéme iour dudit mois d'O&to- 
bre, & alla au gifte à Mayenne la Iuhez , d'où il prit fon chemin 
à Donfront, à Mortaing , & à  Auranches ; & le vingt-fixiéme iour 
dudit mois d'Octobre il arriua au Sont Saint Michel , où il füc 
comme Pelerin : Auquel lieu il feiourna trois iours en faifant fes 
deuotions & offrandes , & en remerciant Sain& Michel, Chef de 
fon Ordre , de la bonne victoire & des auantages qu'il obtenoit 
contre {es ennemis. Dudir lieu du Mont Sainét Michel il prit {on 
chemin à Granduille *, (onflance *, Saint Lo, à (aën, à Sainét-Sauseur 
de Dine*, à Honnefleur, au Ponteas de mer, à Magny; & le quator+ 
ziéme iour de Nouembre mille quatre cent quatre-vingt & fept 
il arriua à Roüen ; auquel] lieu il feiourna quelques iours en donnant 

| | ordre 


ROY DE FRANCE. äi 
ordre aux affaires du pays de Normandie , & y tenant les Eftats 
ordinaires fur le faiét des finances, & de l'oétroy du pays, iufques 
au feptiéme dü mois de Decembre enfuiuant , qu'il en partit Decembre. 
pour tirer à Paris , prenant fon chemin à Bainuille, & de là au Pons 
de l'Arche, auquel lieu il arriua Le dixiéme dudit moisde Decembre. 

Aprés que Le Roy fût party de Laual , Monfieur d'Orleans, le 
Duc de Breragne, & ceux de leur ‘bande, voyans qu'il s’éloignoic | 
ainfi d'eux , & qu'il auoit laiflé des garnifons qui eftoient affez 
puiffantes pour garder les Villes qu’il tenoit en Bretagne, & pour 
grandement endommager le furplus du pays, ils furent d’aduis 
d’amufer tant qu'ils pourroient le Roÿ de pourparlers de paix; : 
afin que cependant il ne leur fit pas tout le pis qu'il pourroit ; 
dans cette un ils enuoyerent fupplierle Roy , à ce qu'il luy pleût 
leur enuoyer vne feureté & Le pour certain nombre de 
gens , eftans deliberez d’enuoyer deuers luy vne bonne Ambaff:- 
de , dont le Seigneur de Lefcun feroit le Chef. Le Roy propofa 
la matiere au Confeil , combien que tant luy que Monfieur & 
Madame de Beaujeu , le Seigneur de Grauille Admiral, & les au- 
tres eftans du Confeil , fceuflent bien dans la verité ; que puif- 
que ledit Seigneur de Lefcun s'en mefloit. ce n’eftoir qu'vne feinté 
& diffimulation , & vn vray abus que cette Ambaflade, & qu'ils 
ne tendoient point à bonne fin ; toutesfois pour faire vair à tout 
le monde le grand defir qu'ils auoient d'auoir la paix, ils enuoye: 
rent cette feureté iufques enuiron pour cent cheuaux , dont le- 
dit Seigneur de Lefcun cftoit le chef : Ils fe mirent donc fur 
les champs, & vinrent trouuer le Roy audit lieu de Pont de l’Ar: 
che, lequel les receût fort gratieufement, & les oüyc parler bien 
au long; en particulier füt entendu ce Seigneur de Lefcun : Mais 
pour abreger, ladite Ambaffade faifoit des remonfttances & des de- 
mandes fi impertinentes & fi déraifonnables , qu'an reconnut 
bien , ainfi qu'on l’auoit prefümé d’abord , que ce n’eftoit que rou- 
te tromperie & amufement , & qu'ils tendoient à mauuaife fin, 
comme il fût découuert depuis plus amplement ; de forte qu'au 
Pont de l'Arche mefme,le Roy les dépefcha, & prit en fuite fon 
chemin pour venir à Paris : Ledit Seigneur de Lefçun à {3 venuë 
& à fon retour pratiqua le Seigneur de Rieux, comme il fera dir cy- 
aprés. Le Roy ayant feiourné audit Pont de l'Arche par l'efpace 

c huit iours , prit fon chemin à Lowuiers , à Garenne , & de là à 
Poiffy , où il arriua le vingtiéme iour de Decembre mille quatre 
cent quatre-vingt & fept, deliberé d'y faire la fefte de Noël. 

En attendant la fefte de Noël le Roy alloit fouuent à la foreft 
de Sainéf Germain en Laye prendre fes efbats, à la chaffe des beftes 
noires , dont la faifon eftoit. Il fit donc la fefte à Poiffy, & cha- 
cun iour des feftes il y auoit Sermon, qu'il prenoit grand plaifit 
d'entendre ; il alloit au Seruice à l'Abbaye aux Dames de Poiffy ; 

| | F 


1487: 


1487. 


Decembre. 


Januier. 
Feurier. 
L'année ne 
commençoit 
encor lors 
qu'a Pa/f- 


ges, 


*W. pag.3s. 


precedente. 


42 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


auquel lieuilauoic deuotion. La fefte eftant pañée, le vingt-neufñé- 
me iour dudit mois de Decembre il alla au gifte à Par , pour y 
donner ordre aux affaires du Royaume ; mefmement fur le faic 
des guerres de Picardie , & de Bretagne dans l’efté fuiuant. 
Durant les mois de Tanuier & de Feurier mille quatre cent qua- 
tre-vingt & fept, le Roy feiourna tant à ‘Pari qu'au Bois de Vin- 
cennes , & à Poiffy; & cependant furuinrent aucunes chofes qui fe- 
ront cy-aprés declarées. Fe | nu 
Durant le mefme mois de Ianuier, les Gantois eftans mal-con. 
tens du Duc d’Auftriche, qui leur auoic ofté fon fils* , & voyans 
que la fortune luy eftoit vn peu contraire , fe rebellerent contre 
luy, fans luy vouloir plus aucunement obeïr ; & retirerent en leur 
Ville vn nommé Copenolle, qui eftoit fugitif à Tournay , & du 
party du Roy, pour la crainte dudit Duc d’Auftriche , qui luy 
vouloit mal de mort. Ce Duc voulant les ranger à fon bon plai- 
fir, & dans la crainte qu'ils n’attiraffent à leur party le refte de la 
Flandre, fe vinr mettre dans Bruges, afin de les gagner , & qu'ils 
ne luy fuffent contraires : mais il vouloit tirer d'eux de grands de- 
niers pour foûtenir fa guerre ; dequoy ceux de cette Ville furent 
aduertis, & qu’il auoit intention de courir fus aux plus riches & 
a go d’entreeux , & D Po de grands dommages; & di- 
oit-on mefme, qu'il auoit deffcin de piller la Ville : Parquoy fe- 


-cretement ils eurent intelligence aucc ceux de Gand, & s’accorde- 


rent par enfemble; tellement qu’vn certain iour que ce Duc vou- 
loit fortir de Bruges pour tirer à Odenarde , & de là mener la guer. 
re aux Gantois , cenx dudit Bruges luy fermerenc les portes , fe 
faifirent de fa Perfonne, de fon Chancellier , & de la plufpart des 
gens de bien de fa Maifon ;comme aufli fe faifirent d'aucuns de la 
Ville ,qu'ils penfoienceftre de l'intelligence d’iceluy Duc , dont ils 
firent mourir quelques-vns, & aux autres prirent tous leurs biens, 
& les retinrent prifonniers. Le Duc d’Auftriche auoit des garnifons 
dans quelques Villesde Flandres, comme à Odenarde , Tenremon- 
de, l'Éfclufe, & en la plufpart des autres petites Villes du pays; 
lefquelles garnifons ayans fceû la prife de leur Duc, fe mirent à 
faire guerre à ceux de Gand, de Bruges, de Ipre, & aux autres Vil- 
les & lieux qui cenoient leur party ; qui de leur cofté ayans fait 
ligue & alliance par enfemble, fe deffendoient bien; c’eftoit pitié 
que de la cruelle guerre qu’ils faifoient entre eux ; car ils mettoient 
le feu par tout. Entre tous ces pays-là , ceux de Hainaut eftoient 
fort partiaux pour le Duc d'Autriche , & foürenoient fa querelle; 
ceux de Brabant, & des autres pays temporifoient le mieux qu'ils 
pouuoient d'vn cofté & d'autre. Ceux de Lifle & de Doüay te- 


noient pour ledit Duc : Le petit Archiduc Philippes fils de ce 


Duc, eftoit à Malines dont il ne fortoit point ; & y eftoit fort bien 
gardé de la part de fon pere. Les Gantois & ceux de leur bande 


"ROY DE FRANCE #4 
fe retiretenc deuers le Roy, & luy requirent focours : Le Roÿ les 
fauorifoit comme {es Suiets, L'Empereur pere dudit Duc d’Au- dé à 
ftriche füt fort troublé de a prife de fon fils, & alla par fon Em- | 
pire demander gens & afliftance pour fecourir ceux qui foûte- 
noient la querelle de fon fils : IL y eût plufieurs Re & en- 
uoys d'Ambalfades de diuers endroits pour pacifier Le differend 
d'iceluy Duc & des Flamians ; & conuenir de fa deliurance , mais 
ils ne pürent s'accorder. Un, | 
Nous ceflerons 2 vn temps de parler de ce quartier-là de 
Flandres, &reuiendrons aux autres choles qui aduinrent durant le 
 fufdit mois de Feurier mille quatre cent quatre-vingt & fepr. 

En cedit mois de Feurier Îe Roy eftoit à Paris ; & combien 
qu'il fût contraint de pourfuiure Monfieur d’Orleans , le Duc de 
Bretagne , & leurs complices par voye d'hoftilité & de guerre, 
veü qu’ils eftoienc agrefleurs ; toutesfois il y vouloit bien proceder 
par voyc de lufticc;ä cette caufe il auoic enuoyé adiourner mondit 
Sieur d'Orleans & le Duc de Bretagne , à comparoir pardeuant 
luy , les Seigneurs de fon Sang, & les Pairs de France , en fa Cour 
de Parlement à Paris, à certain iour quiécherroit en cedit mois de : 
Feurier : Aufli le Roy auoit fait en mefme temps adiourner les 
Seigneurs du Sang, & Pairs de France pour s'y crouuer ; & pour- 
ce ” le petit Duc Philippes ; fils d'iceluy Duc d’Auftriche , à 
caufe de fa Comté de Flandres eft vn des Pairs, & qu'il ny auoit 

as feur accés vers fa perfonne , il fût adiourné à la prochaine 
Ville de l'obcïffance du Roy ; & cét adiournement fût notifié à 
vn fien Heraut, qui cftoit venu és marches de Picardie vers le Sei- 
gneur des Cordes: La Cour de Parlement fût prepare, & les fie- 
ges ses pour y tenir le Li de luftice ;ce que le Roy fit leiour 
” ‘adiournement fut écheù , là où furent appellez les Seigneurs 

u Sang , & Pairs de France par le Preuoft * de Paris, qui feruoit +, puf 
de premier Huïflier, accompagné d’vn Confeiller de ladite Cour de Pari 4p- 
de Parlement , & du premier Huiflier. Audit iour Monfieur de #5" 
Neuers ne comparut point ; & s'eftoit enuoyé excufer , pour fa Srg & 
vicilleffe , & debilité de fa perfonne : Pareillement Monkeur de Pas. 
Bourbon ; aufh fit Monficur d'Engoulefme, pour quelque char- 
ge que le Roy luy auoit baillée en Guyenne , où il eftoit befoin 
qu'il demeurât. Aucuns Pairs d’Eglife furent aufli excufez pour leur 
vicilleffe, & caducité de leursperfonnes. Des autres Seigneurs qui ÿ 
comparurent, fera fait icy mention felon le rang qu'ilseftoienc aflis. 
A la main dextre duRoy , au plus haut banc, eftoient affis Meffei- Lis de 14- 
gneurs du Sang, c'eft à fçauoir Monfieur le Duc d'Alençonle pre-/fisd y; 
mier, & Monfieur de Beaujeu aprés Juy. Vn peu loin d'eux eftoient NE 
deux des principaux Ambaffadeurs du Pape, qui eftoienc lors ve- Cerm:de 
nus deuers le Roy , pour le faiét de l'E le : Aprés ces deux Am- us 
baffadeurs cftoient le Comte de Vendofme, &le Scigneur de Laual. 

Fij 


Feurier: 


44 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


1487. +. eux vn tiers perfonnage d'icelle Ambaflade ; puis eftoienr 


2 s Mefire Louys d’Armagnac Cômte de Guyfe ,& Louys Mon- 

omte de . | \. 

Gmf.  fieur de Luxembourg parens du Roy, à caufe de leurs meres. En- 
fuite eftoit Mefire AnroineBaftard du Duc Philippes de Bourgon- 
gne, qui s’y eftoit mis de fon auétorité ; fur quoy he vne fois ordon- 
né de te faire defcendre , mais veù … cftoit fort âgé & Cheualier 
de l’Ordre du Roy, on ne luy voulut pas faire “bn, Pur delefai- 
re fortir de fa place. Au deffous des Seigneurs du Sang eftoient les 
Confeillers lais de la Cour de Parlement ; & au deflous defdits 
Confeillers il y auoit encor vn autre banc, où eftoient les Baillifs 

“C'effädire & Sencfchaux, & autres gens de bien * de la Maïfon du Roy. A 

ve la main feneftre du Roy eftoient les Pairs de France d’Eglife, fça- 

té, uoir les Ducs, & puis les Comtes ; aprés eux les Archeuefques & 
_. l’'Euefque de Paris *, & l'Abbé de Saint Denys Euef- 

+ Enefques QUE dE Lombez vouloient eftre preferez aux autres Archeuefques 

de Pans, & & Euefques, & auoir place incontinent aprés les Pairs , difans eftre 


D. membres de la Cour de Parlement , à caufe de leurs dignitez ; mais 
(4 » 


Denys pla- ils furent mis lors à leur rang d'Euefques. Au deffous defdits Pairs, 


sex à Lur Archeuefques, & Euefques eftoient les Confeillers Clercs de ladite 
ji à Ekef” Cour ; & au deflous d’eux les fufdits Baillifs, & Senefchaux. Cet- 
à te afliete eftant faite, si et Magifiri _Aduocat du Roy en fa 
dleusMa. Cout de Parlement, propofa fort elegamment ,en demonftrant la 
giftri Aduo- naiffance de la Couronne, la creation des Pairs, & de la Cour de 
«44 Roy Parlement, la preéminence que le Roy a à caufe de fa Couronne, 


au Parle- ; s.. N e | 
ment. &aufli celle defdits Pairs à caufe de leurs Pairies, remonftracomme 


ils doiuent eftre les Proteéteurs & Gardes de la Couronne ; vint à 


tomber & declarer comme on chet dans le crime de lefe-Maicfté 
en agrauant le cas de ceux qui y tombent : Remonftra les biens, 
& les grands entretenemens que le Roy auoit faits à Monficur 
* d'Orleans ,les graces & remiflions qu’il luy auoit faites, lefquelles 
il auoit du tout oubliées, les fautes qu’il auoit commifes; & que 
nonobftant tout cela, & qu’ill’eût auffi bien, & mieux traité comme 
” auant lefdits cas commis, il eftoit rencheü, &auoit derechef commis 
le crime delefe-Maiefté Parcillementil remonftra comme le Duc de 
Bretagne cft fubier & vaffal du Roy, qui l’auoit toûjours bien trai- 
té, & ne luy auoit fait chofe dont il fe deût mécontenter ; mais 


que nonobitant les graces & faueurs receuës , il s’eftoit allié des 


ennemis du Roy, auoit retiré Monfieur d'Orleans , Monfieur de 
Dunois , & tous les autres de leur bande , rebelles & defobeïffans 
au Roy; & qui pis eft , auoit commencé la guerre ; & outre ce, 
_ auoit commis plufieurs grandes rebellions contre l'auétorité & la 
luftice du Roy ; mefmement enuers le Lieutenant du Baillif de 
Touraine, qui eftoit allé à Nantes luy fignifier l'adiournement en 
cas d'appel , que les Barons auoient obtenu contre luy ; auquel 
Lieutenant furent faits plufieurs maux , & le voulüc faire ictter 


Sacs 


ROY DE FRANCE . A; 

dans la rluicre. En demonftrant comme ledit Duc de Bretagne 1487. 
cftoit combé pareillement dans le crime de lefe-Maiefté : Aprés 
routes lefdites remonftrances il vint à fes conclufions , requerant 
pour le Procureur du Roy auoir defaut , & pareillement contre les 
Pairs defaillans , mefmement contre le Comte de Flandres ; & fit 
nes autres demandes. Cét Aduocat ayant cfté oüy bien au 

ong par la Cour , il für ordonné que mondic Sieur d'Orleans &, 
le Duc de Bretagne feroient appellez par le Preuoft * de Paris, à Pr ps 
.la Pierre de Marbre * ; auquel lieu ledit Preuoft für accompagné l'appel 
d'vn Confeiller de la Cour , & du premier Huiflier ; & appella *#Table 
lefdirs Seigneurs , & aufhi le Comte de Flandres : Enfin, defaut 
fût donné contre eux, & appointé qu'ils feroient derechef adiour- 
nez, pour proceder aux autres defauts , comme le tout eft plus à 
plain contenu dans le Regiftre qui en fût fait en ce cemps en la- 
dite Cour de Parlement. | 

- Dans le mefme mois de Feurier mille quatre cent quatre-vingt 
& fepc, il furuint aufli des chofes en Brecagne, qui feront cy-aprés 
7 c'eft à feauoir, que le Seigneur de Rieux * Marefchal de * Cy-deuanr 

Bretagne, combien qu'il fût le principal chef & conduéteur des? 3: #4": 

Barons qui s’eftoient rebellez contre leur Duc , & qu’il eftoit en 

danger à fa perfonne , & de tous fes biens , n'eur efté le fupport 

& la faueur qu’il auoit du Roy , en le foûtenant & protegeant 

comme fon fubiet , qui eftoit venu à refuge pardeuers luy pour 

luy demander Iuftice ; & nonobftant le grand honneur que le Roy 

luy auoit fait, de luy auoir conferé fon Ordre, & aufl les grands 

biens qu’il receuoit de luy en penfions, & autres chofes ; tel- 

lement qu'il coûtoit au Roy plus de quarante mille francs par an, 

en fe monftrant pariure , & contreuenant au fermeht qu'il auoic- 
fait au Roy, & en commettant crime de lefe-Maiefté, il retour- 

na dans le party du Duc ; & auec luy fit courner fon beau-fils le 

Seigneur de Montafilant , qui pareillement auoit fait ferment au 

Roy, dont il auoit eù de grands biens : Et quand - &- eux f- 

rent tourner leurs Places d'Ancenis ,& de Chafteaubriant ,-& au- 

tres qu’ils auoient dans le pays de Bretagne. -De cette-reuolte & 

infidelité fût principalement caufe le Seigneur de Lefcun, qui les 

auoit pratiquez & FN quand il vint en Ambaffade deuers 

le Roy au Pont de l'Arche , dont cy-deffus eft parlé*: Ils tâche 

rent à gagner aufli Monfcigneur de Rohan & Monfeigneur de Pag:4r. 

Quintin fon frere : Mais ils ne voulurent point fauffer leur foy, 

ny eftre ingrats des biens que le Roy leur auoit faits, & faifoit 

de plusen plus. | 

En ce temps, le Seigneur d’Albret demonftrant & donnant toû- 

jours à connoiftre fa variable & petite foy , nonobftant routes les 

graces, remiflions ,& grands biens que le Roy luy auoit faits, & 

quoy qu'il füt bien entretenu du Roy, trouua moyen de monter 

| F ii 


+ 46 HISTOIRE DE CHARLES VIIL | 
148 : en mer vers Fontarabie, & de venir. ex Bretagne , où il fe: tehdit à 
Nantes. Il auoit cinquante hommes d'armes fofdoyez du Roy, qui 
cftoient dans ledir pays de Bretagne auccles autres Ordonnances du 
Roy, lefquels incontinent qu’ils fceürent l’arriuée dudit Seigneur 
d’Albret à Nantes, fereuolterenr contre le {eruice du Roy, & fe ren: 
dirent à luy. Ce Seigneur d’Albres eftoit lors dans la pourfüite 
de fon mariage auec ‘la fille de Bretagne , à quoy le Seigneur de 
___* Lefcun fus-mentionné tenoit la main. Il auoit aufh pour luy la 
Pop Dame de Laual, qui eftoir fa fœur de mere, laquelle auoiren fon . 
us fs gouuernement les deux filles* de Bretagne. Pareillement le Sei- 
Reyne de gneur de Rieux ceftoir pour luy & de fon party ; c'eftoit de plus le 
eu. commun bruit que le Duc luy auoir écrit, qu'il La luy donneroit, 
cedéeenien- & que {ur ce il luy auoit baillé fon feellé ,bien que ce mariage eût 
mefe, lan efté fort mal fortable ; car ilauoit du moins nn ans , & 
É la fille n’en auoit qu’enuiron douze.Et de plus ledit d’Albret fe trou- 
uoitlors chargé de trois fils & quatre filles, & efloit vn peu coupe- 
rofe au vifage; auffi difoit-on que la fille n’yauoit pas d’inclination. 
Audit mois de Feurier , le Roy eftanr encor à Paris, receût 
nouuelles que les Bretons faifoient amas de gens d'armes , en in- 
rention de fe metcre fur les champs , & d’effayer de prendre quel- 
que Ville ou Place, fçachans que le Roy n’auoit dans ledit si 
que fes garnifons ordinaires, qui ne pouuoient bonnement aban- 
donner es lieux où elles eftoient mifes : Parquoy le Roy delibera 
| d'aller vers les marches de Touraine, & de faire aprefter fes Trou- 
“pe Roy. PSS Pour marcher vers ledit pays de Bretagne : Mais auant fon dé- 
fre l'Hoftet- part il alla vificer l'Hoftel- Dieu * de Paris, & y gagner les Pardons; 
Dieu de Pa- j] ÿ vifita les Pauures, & [uy-mefme fe recommandoit à leurs bon- 
7: nes pricres ,:& des Dames dudit Hoftel , ordonnant que quantité 
de couuertures y fuffent deliurées en aumône pour les lits des Pau- 
ures. Le vingt & huitième iour dudit mois de Feurier il partit 
de Paris tirant à Monrlehery, Hilly, le Boifmallesherbes , Orleans , & 
Mars. _#mboife pour vifiter la Reyne*: Et le huitiéme iour de Mars en- 
* C'éfoir  fuiugnt mille quatre cent quatre vingt & fept , il arriua à Tours. 
dAnfriche. Cependant il manda de rafflembler au plütoft fon Armée , & or- 


\ 


Feurier. 


donna de la faire auancer fur les frontieres de Bretagne, pour tou- 
te enfemble entrer dans ledit pays. po 

Au mefme mois de Mars , auanc que l'Armée du Roy fût pre- 
fe, celle des Bretons fe mit fur les champs , où Monficur d’Or- 
leans eftoit en perfonne, & le Chef, qui vint deuant Vannes, oùil y 
auoit des gens de bien pour le Roy , mais ils auoient peu de vi- 
ures ; & aufli cette Ville eft fort foible d’elle-mefme , mal-aif£e à: 
fortifier, & de grande garde; elle fût fort battuë, & mefme minée ; 
de forte qu'auant que l'Armée du Roy pût eftre prefte , ceux de 
dedans furent contraints d'entrer en compofition, fuiuant laquel- 
le ils fe rendirent enfin, leurs vies fauues, moyennant que ee 


ROY DE FRANCE. 47 
au nombre de vingt des principaux d'entr'eux demeureroient pri- 
fonniers : ils furent principalement demandez par les Bretons, 
pour rauoir par ce moyen quelques autres de leurs gens, qui eftoienc 
prifonniers de guerre des gens du Roy. Entre les fufdits vingr 48% 
Perfonnages ils voulurent auoir vn Baftard de Bourbon nommé ee C. 
Charles, le Seigneur de Champeroux , Nauarrot , & autres que # Fed 
Monfieur d'Orleans,& le Duc de Bretagne firent bien traiter. 7e 

En ce mefme mois de Mars le Comte de Vendofme époufa * la xembourg C. 
Comrefle de Saint Paul , vefue du Seigneur Iacques de Sauoye ee É . 
Comte de Romont , laquelle poffedoit plufieurs belles Terres & a Hd 
Seigneuries és marches de Picardie & de Flandres. Preuues. 

Le premier iour du mois d’Auril enfuiuant mille quatre cent 

uatre-vingt & fepr*, & quatre-vingt & huit, Monfieur le Duc 1488. 

ean de Bourbon, qui eftoit malade en fa ville de Moulins, alla de, Auril. 
vie à trefpas. Il auoit efté en fon temps large & liberal Prince, Rap 
lequel auoit bien conduit & entretenu fes pays & fuiets , & fait /orsqu'aPafe 
de grands biens à fes feruiteurs. Il auoit feruy le Roy Charles 7“ 
Septiéme dans toutes fes guerres ; mefmement és conqueftes de »p, nées 
* la Normandie & de Guyenne furles Anglois, efquelles occafions 1449. 1450. 
il fe crouua en perfonne depuis le commencement iufques à la fin. 5745 
Il feruit aufli le Roy Louys Onziéme de ce nom, fils d'iceluy Roy merrp. 2 
Charles , & eût de grands biensfaits de luy : 11 delaiffa Madame 215-248 6 

| Ro de l'Hi- 

leanne de Vendofme fa vefue fans enfans , & n’auoit aucuns au- foire de 
tres cnfans legitimes ; de forte que Monficur de Beaujeu für fon Charles 
fucceffeur * en routes {es grandes Seigneuries, fçauoir és Duchez de Ph SR 
Bourbonnois & d’Auuergne, & és Comtez de Forcfts & de l'Ifle ue. d 
en lourdain , & autres belles Terres & Seigneuries en Chaftelle- ” 4407 de 
nies. Mondit Sieur & Madame de Beaujeu de leur propre & fpe- ee Da 
cial heritage auoient defia les Comtez de Clermont en Beauuoifis, q#e! fuccede 
de la Marche, & de Gien, & la Seigneurie de Beaujolois, tant du rues : 
cofté du Royaume que de l'Empire ») & autres moyennes Seigneu- fond de es 
ries, mais par ce grand accroiflement ils fe trouuerent tout à coup 
auoir de bien grandes & belles Terres & Scigneuries, qui les ren- 
dirent fort riches &puiffans, dont le Roy eftoit d'autant plus forti- 
fé, parce qu'ils luy eftoient bons parens & fuiets. Mondit Sicur 
de Bourbon fean eftoit Gouuerneur de Languedoc , & de plus 
Conneftable de France*; par fon trefpas ledit Sieur de Beaujeu + ses Zerrres 
füt aufhi pourueñ du Gouuernement de Languedoc : Et quant à de Prouifion 
l'Office de Conneftable , le Roy pour ce temps là le rgtint en fa a 
main, fans en vouloir lors donner aucune prouifion. Mondit Sei- 
gneur de Beaujeu auoit Monfieur Charles de Bourbon Cardinal, & 
Archeuefque de Lyon, qui eftoit fon frere aifné ; lequel encor qu'il 
für homme d’Eglife, & fi maladif qu’on n’attendoit prefque plus 

rien de fa vie; toutesfois à de ds & inftigation de É feruiteurs, 


il vouloit dire que cette opulente fucceflion le regardoit & venoit 


1487. 


1488. 


43 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 

à luy , au moins que la plus grande partie luy deuoit appartenir, 
mais Madame de Beaujeu en cedit mois d’Auril , toft aprés la 
mort d’iceluy Zean Duc de Bourbon , alla exprés de Tours ,en Bour- 
bonnois, pour donner ordre au fai & à la feureté des Places & 
des pays de cette fucceflion; & elle eftant arriuée à Moulins , en- 
uoya gens notables pardeuers mondit Seigneur le Cardinal pour 
pacifier & tranfiger auec luy; & fut accordé entr'eux que ce Car- 
dinal, fa vie durant, ioüyroit du reuenu de la Seigneurie de Beau- 
jolois, & par ce moyen il fe contenta & fe tint fatisfait des preten- 
fions D pres en ladite fucceflion. Quand Madame eût ainfi mis 
toutes ces chofes en bonne feureté , elle s'en retourna prompte- 
ment deuers le Roy. Et dorefnauant quand on parlera dans cette 
Hiftoire de Monfieur , ou de Madame de Bourbon, il faut enten- 
dre que c’eft des mefmes Monfieur & Madame de Beaujeu, men- 
tionnez cy-deuant en tant d'occafions & differens fuicts. 

Pour continuer la guerre de Bretagne eft à fçauoir, que le Roy 
qui eftoir à Tours en cedit mois d’Auril mille quatre cent quatre- 
vingt & fepr & quatre-vingt huit , auoit fait faire fi bonne dili- 
gence pu fon Armée , qu'en ce mefme mois elle füt toute 

refte, & s'achemina en Bretagne , où d’abord elle tira à Chafteau- 
iant, qui s’eftoit , comme a efté dit cy-deflus , rendu aux Bre- 
tons , lefquels apprenans que l'Armée du Roy s’en approchoit, y 
enuoyerent des plus gens de bien & meilleurs guerriers qu’ils euf- 
{ent , iufques au nombre de douze cent combatans, pour deffen- 


_ dre cette Place s’il leur eftoit pofhble, & la firent aufli en mefme 


temps amplement rauitaller. De cette Armée eftoit lors Chef & 


Louys de a Lieutenant pour le Roy le Seigneur de la Trimoüille premier 


T'remoille 
General de 
l'Armée du 
Roy. 


Chambellan , qui eftoit accompagné du Seigneur de Baudri- 
court Gouuerneur de Bourgongne, de Meflire Gafton de LionSe- 
nefchal de Thouloufe , du Vicomte d'Aunoy , du Seigneur de 
Sain&-Andre, du Seigneur de Champeroux , & de Ar au- 
tres Capitaines ; laquelle Armée , qui eftoit bien de douze mille 
bons combatans, fe vint ranger deuarit ladite Ville : A leur arriuée 
ceux de dedans s’efforcerent vn peu d’efcarmoucher, mais ils fu- 
rent fi rudement repouflez , qu'ils furent contraints de regagner 
leur clofture ; en mefme inftant l'artillerie du Roy qui sa 
route chargée, commença à cirer ; & telle diligence firent les ofh- 
ciers qui en auoient le foin , qu’en moins de trois iours ils firent 
vne grande breche & ouuerture ,& en fuite firent fi bien leurs ap- 
proches , qu'en huit ou dix iours ils furent en eftat de pouuoir 
combatre main à main , dont ceux de dedans furent fort épou- 
uentez, & leur commenca lors le cœur à faillir , tellement qu'ils 
requirent de parlementer : Ils furent oüys en leurs requeftes, & 
bien qu’on les eût pù auoir par force , routesfois pour éuiter plus 


grande effufion de fang on les receût à compofition, qui für, que 
le 


ROY DE FRANCE. 49 


le Chafteau &la Ville demeureroientau bon plaifir du Roy, que huit 
des principaux gens de guerre des Bretons , qui eftoient Le 39 de- 
meureroient prifonniers, & que le furplus s'eniroit. Les huit Bre- 
tons furent baillez fuiuant : Po em , pour lefquels peu de 
temps'aprés ceux du Roy qui étoient demeurez prifonniers à la pri- 
fe de Vannes furent rendus & échangez. Ce Chafteau & la Ville 
furent rafez & dépeuplez. Partant le Seigneur de Chafteaubriant 
nc gagna ne auoir fauffé fa foy au Roy , & d’eftre retourné 
dans Îe party du Pucde Bretagne. Le Royeüt incontinentnouuel. 
le de certe borne iffuë : Et lors il y auoit pardeuers luy des gensde 
Monfieur d’Orleans & de ce Duc, qui pratiquoient à l’accouftumée 
quelque appointement , ou.en faifoient le femblant , lefquels ne 
vouloient pas croire la prife deChafteaubriant en fi peu de temps: 
Mais quand ils en furent affeurez , ils furent fort troublez , & fu- 
rent renuoyez fans rien faire deucrs mondit Sieur d'Orleans, & le 
Duc de Bretagne, qui cftoient fort eftonnez de cette prife. | 
_: La Ville de Chaffraubriant ayant ainfi efté emportée & rafée , auec 
le Chafteau, l'Armée du Roy delibera d'aller à Anfenis, pour auffi | 
mettre cette Place en fon obeyffance : Ce fut au mois de May en- Mir: 
fuiuant , mille quatre cent quatre-vingt & huit, que ladite Armée 

alla fe pofter deuant. La Place eftoic tres-bien garnie de bons com- 

batans , L auoient grande quantité de fort bonne attillerie, de 
poudres, degensde trait, & de viures, & faifoient leur compte de 

fe bien garder & defendre, & de la tenir contre l'Armée: Mais les Bonne ‘Are 
Officiers de l'artillerie Royale crauaillerent fi bien , qu’il ne leur de- "rie ds 
meura muraille , ny fortification en fonentier : à la verité on tenoit 
l'artillerie du Roy l’vne des bonnes que iamais aucun de fes prede- 
ceffeurs eût euë ; il y auoit entr'autres des baftons de nouuelle fabri- 
que en façon de ferpentines, qui faifoient des pañlées incroyables, 
tellement qu’en moins de quatre iours ceux de dedans en furent fi 
battus, qu'ils n'auoient plus de defenfes où ils s’ofaffent tenir, & ne 
pouuoient plus rien exploiter ny endommager leurs ennemis : Se 
voyans donc ainfirudementtraitez,& en tres-grand danger de leurs 
vies , ils furent contraintsde demander à parlementer , ce qui leur 
fut oroyé; & leur fur accorde qu'ils auroient liberté de s’en aller 
feurement , à condition que la Place, & tous les biens de dedans, 
demeureroient au bon plaifir & à ladifcretion du Roy,ce qui fut ain- 
fi arrefté. Cette garnifon,pourla plufpart, fe mic par eauë,& s'en alla 
à Nantes: Et fuiuant la condition fufdite, tous les biens de [a Place 
furent diftribuez aux Capitaines , & autres de l'Armée du Roy :Il y 
auoit dedans largement de viures ; pour le regard de l'artillerie, 
dont il y auoit aufli grande quantité, &autres munitions de guer- 
re, tout fut arrefté pour le Roy. La Place fut toute rafée , & les fof- 
fez qui eftoient tous taillez dans le roc furent comblez ; en quoy 
le Seigneur de Rieux eût vne merueilleufe perte qu’il auoit bien me- 
ritée , pour auoir ainfi fauflé le ferment qu’il auoit fait au Roy, le- 


1488, 


148 


je HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


g quel en cüc par les poftes incontinenr des nouuelles , que fceürenc 


bicn-toft aufli Monfieur d'Orkleans & le Duc, qui eftoienc- trous 


xroublez d'vn cel defaftre, & ne fçauaienc plus à qui fe voüer & 


auoir recours, ny quel remede crouuer dans leursaffaires de plus en 
plus defefperées. L'Armée du Roy fe rafraïchifloic, & on rac- 
commodoit l'artillerie, pour aller là où il leur ferait enfuite com- 
mandé. L MU s . en 
Quand les Bretons fe.virene ainfi mal menez, & qu'ils ne pou 
uoient bonnement refifter aux forces du Roy, crayans intrrom- 
pre le cours de fes profperitez , ou au mains empécher + mn n'a- 
uançâc dauantage contr'eux, afin d'auair plus de temps de fortifier 
cependanc les autres Places qu'ils cenoïent, mefmement Fougeres , 
pour laquelle ils craignoient le plus., ils enuoycerent derechef vne 
Ambañlade deuers le Roy, fous ombre de demander la Paix à leur 
ordinaire , & de faire fon bon plaifir ; laquelle Ambaffade vince 
à Angers, où le Roy s'eftoit rendu pour en approchant toûjours 
dauantage de fon Armée, en pouuoir plücoft receuoir des nouuel- 
les, & les mieux faire fecourir de routes prouifions neceffaires. Ces 
Ambaffadeurs demandoient la Paix, & fupplioient le Roy de la 
part de Monfieur d'Orleans, du Duc, & de rout le Pays de Breta- 
gne, qu'il luy plûc les receuoir à quelque bon Traité. Le Roy les 
LPSC ra toûjours fort gracicufement à fon ordinaire, & vouloie 
bien de fa part faire tour bon deuoir: Mais les Bretons eftoient fi 
déraifonnables en leurs demandes, quelque dommage qu'ils euf- 
fenc de la continyation de la guerre, qu'il n'y auoit moyen de par- 
uenir à vn Traicté de Paix, À ARR mr coüjours d'eftre refti- 
tuez en toutes les Places qu'ils perdoient : Et mefme ils preten- 
doient des dommages & incerefts de leurs pertes, & faifoient toû- 
jours telles autres demandes , qu'on trouuoit fort déraifonnables. 
Les Bretons cependant pouruoyoient au fait de Fougeres | & y 
auoient enuoyé des meilleurs gens de guerre qu'ils euflenc, lefquels 
iour & nuit fortifioient La Ville , & la faifoienc rauirailler ; outre 
cela ils faifoient grande affemblée de Troupes , & ramafloienc 
toute la puiffance : Bretagne en intention de combarire : ils fai- 
foient leur compte quefi l'Armée du Roy venoitaflieger Fowgeres , 
ceux de dedans tiendroient affez lon -temps iufques à ce qu'ils 
vouluffent, & fuffenc en eftat de combattre , pource que F ougeres 
eftoit vne fort bonne Place de guerre , & qui aprés Nantes pafloie 
pour la plus belle & la plus forte de Bretagne ; car le Duc en tout 
fon temps auoit appliqué tous fes foins à la fortifier , Comme Ja 
iugeant feel e clef & entrée de fon Pays du cofté où elle cft 
afhife, | | | 
D'autre part lefdits Bretons auoient enuoyé fuccefliuement plu- 
fieurs Ambaffades deuers le Roy d'Angleterre pour en tirer feçours, 
en leur faifant toutes offres & haies, ma poflibles à cer effet: 


+, 


ROY DE FRANCE, Si 
Mais le Roy d'Angleterre ne vouloit, &ine pouuoit point fans in- 
ratitude, rompre le ferment qu’il auoit auec le Roy, éonfiderant 
bien qu'aprés Dieu il ne tenoit fon Royaume d'Angleterre, que pat 
la faueur & l’afhftance que le Roy luy auoic faite : Tous lès An- Oprouion 
glois n'eftoient pas de mefine, car ils eftoient fort déplaifansde ce qu'anoit 
que leuf Roy ne fecouroit point les Bretons, & le prioient & ex: Roy An s 
hortoient de ct faire, par la grande haine qu'ils portoient aux Fran- gérerre à ce- 
çois, furquoy il éuadoit toûjours le mieux qu'il pouuoit ; rouresfois ei 
tant firent & negatierent les Ambaffades de Bretagne enwers ces An- r Hip” Le 
glois , que le Seigneur de Scales accompagné de fix à fept cent des Comines du 
leurs, vint defcendre en Bretagne pour y fecourir ke Duc; &difoit- cs D 
on que c’eftoic contre le vouloir du Roy d'Angleterre. Les Bre- 
tons firent.vn grand bruit de ce fecours pour donner plus de cou- 
rage à leurs gens du plat Pays, & pour plus aifément les émouuoir 
à {e mettre en armes. | on. _ 
LeRoy, & aufli Monfieur & Madame de Bourbon , qui auoient 
toûjours le foin & tout le gouuernement des affaires du Royaume, 
fcachans les diffimulations & amufemens des Bretons , nonobftant 
que leur Ambaffade fût encor pardeuers luy , pratiquant toûjours 
quelque Traité , ordonnerent à l'Arméé de marcher deuant Fos: 
geres, où elle fit aufli-toff toute diligence.de fe rendre ;.à fon arri- 
uée la garnifon de dedans s'efforça d’efcatmoucher , car il y auoit 
des gens de bien dedans: Mais ils ne püûtrent reffter aux forces du 
Roy, & fe retirerent dedans leur Ville : D'autre part l'artillerie du 
Roy fit merueille de tirer, tellement qu'en moins d'vniour, tou- 
tes les defenfes du cofté du fiege furent'oftées aux afliegez : Et de 
plus au deffus de la Ville , la petite riuiere qui pafle par dedans fût 
détournée & diuertic ailleurs , donc ils croyoient bien qu’on ne 
pourrôit iamais venir à bout ; bref en moins de huit iours certe 


Ville fût tellement battuë, & les affiegez furent fi mal menez, & 
fi ébranlez , que le courage leur manqua tout à fair, & qu'ils fu 
rent obligez de fe rendre , auf efperoient-ils d'eftre fecourus 
auant que de venir à cette extremicé ; mais les Brecons n’eftoien 
pas encotes prefts pour combattre, & preparoient toûjouts leut 
Armée à ce fujet le mieux qu'ils pouuoient, fe perfiiadans toûjours 
qu'ils viendroient encor affez à temps pour Pme ; car ils 
n’eûflent iamais penfe que l’ Armée du Roy en fi peu de iours, eût 
à reduire ainfi vne telle Ville, fi bien fortifiée & {1 bien garnie de 
ee combatans qu’elle eftoit, qui auoit pour fa defenfe toute la 
fleur du pays de Btetagne , & des eftrangers qui eftoient dans ce 
pays ; & la mettre enfi grande neceflité comme elle fût. On efti- 
moit bien les Bretons qui eftoient dedans fe monter à deux outtois 
mille combartans. | PR | .. . RL 4 PA 
L'armée des ennemis fe croyant enfin en aflez boïr eftat, {e re 
folut au combat contre celle du Roy , qu’elle prefumoir beaucoup 

| G ij 


14383. 


1488. 


s2 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
haraffée du fufdit Siege ; le Sieur de la Trimoüille ayant découuert 
léur deffeih & refolution , enuoya vers eux comme à la petite guer- 
re le nommé Jacques Galliot vn des principaux Chefs des Troupes 
afin d'aller le plus prés, &le plus feurement qu'il pourroit, épier & 
découurir au vray l’eftat où ils cftoient , & la contenance qu'ils 
tenoient ; ce qu'il executa le mieux qu'il pût ; & aprés les auoir 
bien obferuez en écarmouchant toûjours contre leurs Coureurs, 
il rapporta franchement qu'il luy fembloit , que fi dans le iour au- 
me à Ê combat pourroit arriuer entre les deux partys, yn bon or- 
de n'eftoit pas gardé parmy les Troupes du Roy ; les ennemis de- 
Fefperez comme ils paroifloient, pourroient caufer vn grand ou- 
trage & vn dangereux efchec à l'Armée du Roy; dautant que veû 
leur entreprifc fi hardie, & fi temeraire en apparence , ils paroif- 
foient à leur mine fiere eftre cres-deliberez & refolus de tout per- 
dre , ou d'y demeurer les viétorieux , & y faire grandement leur 
roft. | 
j Sur ce rapport qu'il fit, ous les autres Capitaines le prierent 
de dire fon opinion & aduis là-deflus : Et apres plufieurs chofes 


& raifons remonftrées & debatuës entr’eux , il füt d'opinion qu'on 


 deuoit prendre vne bande d'hommes d’armes des mieux bardez 


& montez, qui iroient coftoyer les gens de pied Bretons , & les 
écarmoucher ; & quand lefdits Bretons viendroient aux mains, & 
à donner , ces hommes d'armes tâcheroient lors à les fendre & les 
rompre ; & par ce moyen ils n’accableroient pas fi afprement ny 
fi rudement l’Auantoarde des gens de pied du Roy ; & au concrai- 
re il en pourroit auenir que les Bretons fe mettroient en déroute 
en mefme temps quand ils auroient affaire en deux endroits; ce qui 
arriua tout ainfi qu'on l'auoit preueû. | 

L’aduis dudit Iacques Galliot fût trouué fort bon, & tous les Ca- 
pitaines furent dans le fentiment qu’on luy deuoit bailler la con- 
duite de ladite bañde d'hommes d'armes bardez, afin qu'il fit luy- 
mefme l'execution de fon propre confeil comme celuy qui auoit plus 
d'experience de guerre qu'eux tous ; & furent pour cét effet dé- 
cachez & pris enuiron cent hommes d'armes bardez , des mieux 
montez, aucc lefquels il marcha au deuant des Pietons de l'Armée 
de Bretagne, & les gens du Roy demeurerent tous en bon ordre 
auprés dudit lieu de Saincf- Aubin, attendant la bataille. 

Pendant que ces chofes fe faifoient par les gens du Roy, l'Ar- 
mée des Bretons marchoit roùjours , qui auoit entr'autres vnefort 
bonne bande de gens de pied ; car il y auoit bien douze à quin- 


ze cent Alemans que le Duc d’Auftriche leur auoit cnuoyez pour 


les fecourir; & y eftoit auffi le Seigneur de Scalles Anglois ,accom- 
pagné de quelques fepr cent Archers d'Angleterre. Pour donner 
meilleure. volonté de combatre aux fufdits gens de pied , Mon- 
ficur d'Orleans & le Prince d'Orenge s'eftoient mis à pied auec 


_ROY,DE FRANCE, 53 
eux , & cftoient dans la bande des Alemans, dont il leur prit :188. 
fort mal ; ledit Seignear de Scalles eftoit aufli à pied , auec fes 
* Archers d'Angleterre. | - | : 
Auec les gens de cheual pour principaux Chefs eftoient le Sei- 
gncur d’'Albret, le Seigneur de Rieux , le fils aifné de Monfieur 
de Rohan, qui eftoit fort ieune , comme d'enuiron feize ans feu. 
lement, bien que fon pere tint le party du Roy : mais il n’auoit 
pas creû pouuoir abandonner le party du Duc, pource qu'il l'a- 
uoit nourry & éleué dés fon enfance. Aucc les defflufdits il y auoic 
uelques Barons & Seigneurs de Bretagne, qui auoient fous eux de 
5 pere bandes d'hommes d'armes, & de gens de cheual , & 
fuiuoient leurs gens de pied. | 
Or aduint que les deux Armées vinrent à fe ioindre & s’en- 
trechoquer , & tcoûjours l'Armée des Bretons marchoit fere- 
ment ,.& tenoit bonne contenance. Quand les gens du Roy ap- 
perceürent leurs ennemis fi prés d'eux, ils n’attendirent pas entie- 
rement qu’ils vinflenc les premiers iufques à eux , mais marche. 
rent fierement au deuant ; & finalement fe ioignirent ; & comme 
ils s’entre-approchoïient le fufdit Capitaine Jacques Galliot com- 
mença de mettre à execution l’entreprife qu'il auoit cy-deffus 
 çonfeillée , & auec les gens de cheual bardez qu'il auoit, donna 
& chargea furieufement dedans le fort des gens de pied Bretons; 
ce qu'il fit fi rudement qu’il les fendit d’abord, & ri fort les pref- 
foit & endommageoit, qu'ils ne pouuoient prefque plus foûtenir 
va fi violent chog;les gens de pied du Roy de leur cofté faifoienc 
de fort grands faiéts d'armes contre les Bretons : Et comme Dieu 
uieft le maiftre des batailles, départ les victoires à fon bon plai- 
fr à qui il luy plaift , on vid tout à coup le cœur faillir aux Bre-- 
tons , qui furent tout à fait hors FA de falut ; telle- 
ment qu'ils cournerent le dos & fe mirent en fuite , ne faifans 
plus aucune refiftance ; aprés cela les gens du Roy les prenoient | 
ou tuoient comme bon leur fembloit, Mondit Sieur d'Orleans y Le Duc 
:fûc pris prifonnier , & en danger de fa perfonne , car les Ee de Cf dr 
a le vouloient dépefcher ; mais il furuint des hommes d'armes pus { Roy 
qui le fauuerent , & fut ierté derriere vn defdits hommes d'armes, "7 ts 


| du 
& mis hors de la prefle. Pareillement le Prince pe à fût Pris pe) pris prie 
par va Suifle du party du Roy , qui tout le iour de la bataille le fôrnier 


menoit quand-&-luy , & voyoit tuer les Bretons en fa prefence. 
Le Seigneur de Scalles y fut tué, comme aufi tous les Archers 

d'Angleterre, &tous les gens de pied Bretons, & ne fe fauua qu’- 
_ vnc bande de leurs Alemans, qui furent épargnez. 

Incontinent que les gens de cheual Bretons 7 à rates que 
le cas de leurs gens de pied alloit mal pour eux , ils netinrent au- 
cun arreft , mais fe mirent en fuite pour fe fauuer : à bons che- 
uaux, & bien courans , & aufli bons éperons fecouroient fort au 


G ii 


__ $4 HISTOIRE DE CHARLES.VIIL 

n 188. befoin,à quoy Monfcigneur d'Albret , & le Scigneur de Rieux ne 

stpargnerent pas, & firent tant qu’ils fe fauuerenc à la fuite. 
, Les gens de cheual du Roy les pourfuiuirent fort afprement, 
& en prenoient.& tuoient largement ; & entre les gens de nom le 
fufdit fils aifné de mondit Seigneur de Rohan y fut tué , & plu- 
_ fieurs autres pris ou tuez : de la part du Roy le fufmentionné Ca- 
Mort de  pitaine Jacques Galliot d fut blefe ,dont il mourut , qui fut vn tres- 
ak rss grand dommage ;aufli y fut tué Dom James de Lerin fils du Com- 
Capirame.… %e de Lerin de Catalongne, qui eftoit venu feruir le Roy y auoit 
enuiron trois ans ; de plus, y fut tué vn Cheualier de Normandie 
d’auprés Eureux , nommé Meflire Robinet le Beuf; & peu d’autres 

gens y demeurereht morts du.cofté du Roy. L 
Tourte cette iournéc les Troupes du Roy garderent le champ, & 
pourfuiuirent leurs ennemis : Et aufh-toft par les Poftes & Cour- 
| ricrs firent fçauoir ces bonnes nouuelles au Roy, qui eftoit lors 
. %- à Angers , dont il fût extrémement ioyeux ; & Les fit incontinent 
éhoire rem çauoir par les. bonnes Villes de fon Royaume. EL 
.. se, Le lendemain le Seigneur de la Trimoüille, & les Capitaines du 
Ain a. Roy,fe rafraîchirent à Saintf Aubin-du-Cormier, & donnerent or- . 
Cormier. dre à la garde de Monficur d'Orleans, & du Prince d'Orenge, & fi- 
rent vifiter les bleffez, & inhumer les morts, en attendant des nou- 
uelles & les ordres du Roy.C'eftoit le bruit qu’il y auoit neuf à dix 
mille hommes des ennemis detuez , & que les Bretons eftoient à 
la Tournée enuiron quinze à feize mille hommes : maisie crois bien 
qu'ils eftoient dans L verité neuf à dix mille hommes, & qu’ils y 
pcrdirent quelques trois à quatre mille perfonnes. 

Le Roy fit fçauoir audit Seigneur de la Trimoüille, & à fes Ca- 
pitaines & Chefs de ouerre, qu'ils luy enuoyaffent mondit Sieur 
d'Orleans auec le Prince d'Orenge , & enuoya des Archers de fa 
garde au deuant pour les conduire plus feurement.: Mondit Sieur 

d'Orleans fut mené à Sablé, & ledit Prince d'Orenge à Angers, où 
il fût à l'entrée merueilleufement huë , & mocqué par le commun 
peuple de la Ville, qui l'eût outragé n'eût efté les gens du Roy; il 
füt ferré dans le Chafteau fous bonne & feure garde. 

Aprés que l'Armée du Roy fe fuc rafraîchie, les Capitaines qui 
auoient à toutes heures nouuelles du Roy, delibererent d'entrer 
roûjours de plus en plus auant dans la Bretagne, & d'y conquefter 
Villes & Places : Ils s'imaginoient bien que ce qui s’eftoit fauué des 
Bretons tireroit à Rennes , & crois bien que s'ils y fuffent allez, 
cette Ville-là n’eût point tenu : Mais les gens du Roy aduiferent, 
que le principal eftoit de gagner les Ports de mer;lefquels eftans 
conquis, le demeurant feroit bien-toft aprés en grande fubietion: 
Ils aduiferent donc d’aller à Sainéf Malo, qui eft le principal Port 

de Bretagne, & fe mirent en chemin pour l'aflieger. 

Or tout ainfi que les gens du Roy eftoient fortifiez de courage, 


_ ROY DE FRANCE. : ‘$$ 


d'auoir gagné la lournée de Sainét -_ Aubin , les Bretons eftoient 
beaucoup affoiblis en force & en vertu de l’auoir perduë, & eftoient 
comme hors d'efperance ; d’ailleurs les habicans des Villes eftoient 
_ priuez de tout efpoir , & ne fçauoient où auoir recours : tellement 
que ceux de Dinan, incontinent aprés la fufdire Tournée, enuoye- 
rent deuers Monfeigneur de Rohan, luy fupplier qu'il voulût faire 
enuers leRoy qu'il les prit à mercy, & qu'ils feroienc fan bon plai- 


fic &.fe metrroient en fon obeïffance. : Le Roy les receût volon- 


tiers, & eftablit garnifon en icelle Ville, qui fût de certe forte mi- 
fe en feureté pour le Roy. MU: 

L'Armée du Roy arriua deuant Saint Malo , au mois d’Aouft 
mille quatre cent quatre-vingt & huit, & fût certe Ville affiegée, & 
l'artillerie dreffée deuant, du cofté de la mer, & fort battuë : Pour 
abreger, combien qu’il y eût fort bonne garnifon dedans, comme 
de mille à douze cent hommes; coutesfois ils ne voulurent pas at- 
tendre la fortune & la fin du fiege: Ioint que ceux de la Ville, qui ne 


1488. 


Aouft. 


vouloient pas fe décruire,requirent de parlementer; & le tour eftanc 


bien pourparlé & debatu, ils fe rendirent à cette compofition , que 
les habitans de la Ville demeureroient dans la ioüyflance de tous 
leurs biens , & ceux de la garnifon s’eniroient vn bafton blanc au 
poing, & tous leurs biens perdus & confifquez au profit des gens 
du Roy , comme auf tous les autres biens que ceux du pays auoient 
retirez dedans. _. RES. … 

À la prife de Sainét- Halo les Bretons eûrent:vne grande & 
merueilleufe perte , pource qu’ils la renoienc pour vne des plus 
feures Villes de cout le pays de Bretagne; & à certe caufe auoient 
retiré dedans ,comme à refuge, la plufpart de leurs biens; ce qui 
fut caufe qu'il y eût vn fort er ain pour les gens du Roy, & 
c'eftoit toüjours vn plus grand ne our Juy , & plus grand 
affoibliflement no Duc, & ceux de EL party. QU files Bre- 
tons furent affoiblis à caufe del« Journée de Sainét- Aubin, & de la 
prife de Monfieur d'Orleans, & du Prince. d'Orenge, & du retour 
de la ville de Dinan en l'obeïflance du Roy , la prife de Sainét- 
Halo les mit encor dauantage hors de tout efpoir de falut, & ne 
voyoient plus aucune refource ny remede à leurs maux, finon d'a- 
uoir leur final recours à la bonne grace & mifericorde du Roy, 
comme au feul port affuré qu’ils pourroient efperer. . 

Le tout bien debatu entre eux , ils delibererent finalement 
d'enuoyer vne bonne & grofle Aimbäffade deuers le Roy , afin 
de fe foñmettre du tout à fa volonté & bonne grace , & lefup- 
plier d’auoir pitié du Duc , & de fes files, & ne les desheriter 
point ; comme auffi d’auoir pitié de tout le pays de Bretagne, fui. 
uant laquelle deliberation ils dépefcherent des plus grands Per- 
fonnages & gens de bien d’entre eux, pour s'acquiter de cette Am- 
baffade, laquelle fut enuoyée auec des Articles, & Lettres du Duc: 


1400. 


Le Duc de 
Bretagne 
s'humilie 
enuers le 
Roy. 


‘ 


Reponfe du 
Roy aux 
Ambafa- 


ÿ6 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 

Or combien que ce Duc dans les lettres qu’il auoit auparauant 
écrites au Roy, depuis le trépas du Roy Louys fan pere , ne l'auoit 
pas appellé dans l’'inticulation d'icelles fon Sowuerain Seigneur, & 
dans la foufcription n’auoit pas mis fiet, coutesfois à ce coup il le 
fit , & repara ce qu’il auoit manqué de faire par le paffé. 

. Cés Ambaffadeurs arriucrent à Angers , où le Roy les fit bien re- 
ceuoir; ils luy vinrent faire la reuerence, & prefenter leurs Lettres 
de creance, & en les prefencant, ils fe monftrerent beaucoup plus 
humbles que par le paflé , mefme ils vfoient de termes de fujetion 

u'ils n’auoient pas accouftumé de faire , en le fuppliant tres-hum- 
blement qu'il luy plût auoir pitié du Duc , & de fes filles, & de 
tout le’pays de Bretagne, & de vouloir confiderer la mifere en la- 
quelle eftoient reduits tous les habitans dudit pays ; & luy tin- 
tent plufieurs autres difcours fur ce fujer. | 

Aprés que le Roy eùc entendu ladite Ambaffade, fur le champ, 
de luy-mefme, & fans fur cela prendre aucun confeil, il leur fit ré- 
ponfe , & leur dit; Combien il luy déplaifoit de la guerre qui eftoit 
encommencée, & qu'il n’en-eftoic pas la caufe, qu'il n’auoit pas te- 


deurs de Bre- Nu à luy que dés il y auoit long-temps la Paix ne fût faite, mais 


tagne pour 
la Paix. 


que le Duc, & ceux qui s’eftoient retirez pardeuers luy, luy auoient 
commencé la guerre, fans aucune caufe raifonnable ; & combien 
ue le corc fût cout de leur cofté , il n’auoit point iufques à pre- 
ef crouué le Duc, ny ceux de fon party, en vouloir deuenir à au- 
cun bon &.feur appointement : Que de fa part il auoit toûjours 
cfté defendeur ; & leur remonftra viuement qu’il n’auoit pas tenu à 
luy , à ceux de fa bande, & à tout le pays de Bretagne , qu'ils n’euf- 
fent entierement broüillé & confondu le Royaume, qu’à ce fujet 
ils auoient fait tout leur effort pofhble : Mais que Dieu qui a roùû- 
jours efté le Protecteur du Royaume, l’auoit gardé & se a dans 
fa bonne querelle, & luy auoit donné la viétoire de fes ennemis, 
tellement qu'ils auoient grande caufe de s’humilier enuers luy ; 
& qu'il fçauoit bien que fi le Duc & ceux de fa bande , eftoient 
aufli bien que luy au deffus de leurs affaires, & qu'il fût reduit à les 
requerir de quelque accommodement , ils ne luy voudroient pas 
iamais faire la mefme grace qu'il eftoit deliberé de leur faire : En 
leur adjoûtant , que bien qu'il parût affez qu'il eftoit alors en fon 
pouuoir de les acheuer de perdre , il ne vouloit toutesfois point 
vier de vengeance en leur endroir , mais la laiffer toute à Dieu, à 
qui feul elle doit eftre referuée. Ces remonftrances eftans ainfi fai- 
es , il leur dit ; Que tres-volontiers il commettroit des principaux 
de fon Confeil pour ouïr amplement leur Ambaffade, & la manie- 
re auec laquelle ils fouhaittoienc paruenir à vne bonne Paix , les 
affurant que de fa part il fe mettroit en toute raifon bonne, & 

équitable. | 
. Aprés que lefdits Ambaffadeurs eûrent ainfi écouté le Roy, 
& 


ROY DE FRANCE $7 
& cntendulesbelles remonftrancesqu'il leur auoir faites, ils en fu- 
rent fort confolez , & ne {e pürent tenir de dire, que bien-heu., 


reux: Cfbaienr les Sujers du Royaume, & tenus à Dieu, qui leur 


1488. 


auoit donné vn Roy fi fage , & fi prudent, & plein de fi grands 


gracc. & douceur; veü mefmement Fâge qu'il auoic alors, ' n'e-- 


floit pas encor de: feize ans accomplis. Ïls remercierent € Roy . 


eres-bumblement de: fon bon Accueil, & de la grace quils trou 
uoicnt en.luy. De là er auant ils alloient chaque iout conferer 
auec ceux que le Roy auoit commis pour les oüyr. Enfin aprés 
plufieurs. Affemblécs & Remonftrances faites , & debatuës -d'vn 
cofté & d'autre, pour abreger ,les Articles de paix & appointe- 
ment furent fairs & accordez ; & afin que mieux & plusclairement 
le tout foit fceu & entendu du Lecteur, ces Articles tels qu'ils fu- 
rent paflez & accordez à Sablé en Aniou., le vingtième iour d’Aouft 
mille quatre cent quatre-vingt & huic , fonc cy-aprés inferez en 
leur entier. - | 
Charles par la grace de Dieu Roy de France; A tous ceux qui 
ces prefences lertres verronr, Salur : Comme pour obuicr aux guer- 
res & divifions, & abbatre du tour les tres-perilleufes & tres-dan- 
gereufes entreprifes faites alencontre de Nous & de noftre Royau- 
me, il ait efté befoin & neccffaire qu'ayons mis par deux fois vne 
rande & puiffante Armée, tant l’année paflée que cette prefenre; 
ait efté aufi befoin qu'ayons fait marcher noftre Armée au pays 
‘de Bretagne ; ce que Nous faifions à grand regret ,.pour l'amour 
qu'auions toûjours porté à noftre tres. cher Coufin le Duc de Brc- 
tagne, & à iceluy pays, parquoy euflions bien voulu, que l'on eût 
à deflors pacifier les differens qui cftoient entre Nous & noftre. 
dit Coufin:Et combien que auons mis en noftre obeïffance plu.- 
fieurs Villes & Places dudir pays de Bretagne; tellement que par 
ce moyen , & auffi au moyen de la Bataille dont il a plû a ie 
Createur Nous donner la viétoire, il eftoic bien en Nous de cirer 
lus auant; routesfois ayans égard aux remonftrances &.requeftes 
a Nous faites de par noftredit Éoufin , qui a enuoyé grande & no- 
table Ambaffade deuers Nous, pour faire & conclure quelque bon 
Traité de paix. Nous pour l'honneur & reucrence de Dieu ; & qué 
vetrions la deftruction de noftredit Coufin, & de fondit pays, auons 
commis plufieurs grands & notables Perfonnages pour trauailler 
fur le faiét de ladite Paix ; & aprés auoir oùy leur rapport , auons 
finalement efté contens de faire cefler noftredite Armée , & d'ac- 
corder à noftredit Coufin icelle Paix. Et fur ce a efté fair, pañlé, 
accordé ,&conclû entre Nous &.noftredit Coufin vn bon & fru- 
étueux Traité de paix ,en la forme & maniere que s'enfuit. 
C'eft lo Traité de paix paflé , accordé & conclu entre le Roy 
& le Duc, pour eux, leurs hoirs, fuccofleurs ; Pays, & Seigneu- 
ries. . A 


l 


H 


Aoufît. 


53 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
Premierement, bonne feurcté , vraye & perpetuclle paix & ami- 
tié, vnion & concorde; eft & dorcfnauanc fera à toüjours inuiola- 
Ariicles du Llemenc entre le Roy , & Île Duc, leurfdits hoirs , fucceffeurs, pays 
Traité de . : 
Paix entre SCIgNCUriIcs. | 
le RoyChar- Et pour ofter les occafions , au moyen defquelles ladite Paix fe 
ralers La pourroit enfraindre, s’il n'y SD in , le Duc fera prompte- 
Ducde Br- ment vuider de fon pays tous les frangers, qui audit pays fe fonc 
t4gné.  meflez de la guerre contre le Roy, & les enuoyera le Duc incon- 
tinent hors dudit pays. | 

Et auec ce , jamais en _— cemps que ce foit , iceluy Duc, 
{es hoirs, fucceffeurs , & ceux de fondit pays, ne receuront ny en- 
tretiendront audic pays aucuns eftrangers , qui foient gens pour 
fufcicer, pratiquer ou faire guerre auRoy, & à fon Royaume: Et 
ainfi l'a promis & iuré le Duc folemnellement, & Île promet & iu- 

4 “hbois  refur les Sain@s Euangiles de Dieu, & fur le fuft * de la vraye Croix, 
pour luy, fefdits hoirs, & fucceffeurs. 

Semblablement , pour cette mefme confideration, & afin d'é- 
uiter aux merucilleux inconueniens ro ne aduenir audit 
pays de Bretagne , fi le Duc marioit les Dames fes filles à aucuns 
Scigneurs, qui fuffent enclins & portez à émouuoir guerres & di- 
uifions, iceluy Duc voulant à ce obuier , ne permertra que lefdi- 
tes Dames {es filles foient mariées au déplaifir & mécontentement 
du Roy , & contre fon gré : Et pour ce a promis & iuré, promet & 
iure folemnellement , comme deflus , que routes les fois que fes’ 
affaires feront difpofées à faire quelque Traité de mariage pour lef- 
dites Dames, ce fera par le confeil » aduis & confentement du Roy, 
& non autrement : Attendu mefmement que ledit Seigneur à de- 
claré, qu’il delibere traitter lefdites Dames amiablement & fauo- 
rablement, comme fes parentes. 

Et pour garder, tenir , obferuer & accomplir loyaument, & de 
bonne foy tout ce que dit eft , tant de faire vuider dudit pays de 
Bretagne , & non iamais y receuoir les eftrangers, qui fe font mé- 
lez, ou voudroient méler cy-aprés de faire guerre au Roy, & à fon- 
dit Royaume , ont accordé que des mariages d’icelles Dames, le 
Duc fera bailler les fecllez des Prelats , Chapitres, Seigneurs d'E- 
glife , Barons, nobles, bonnes Villes, & cu des T rois Eftats du- 
dit 7” de Bretagne , en la mcilleure & plus feure forme que fai 
te fe pourra. Tous lefquels auec iceluy Duc , s’en obligeront fous 
les plus grandes cenfures d'Eglife qu’ils fe pourront obliger, & auff 
fous peine de deux cent mille écus d’or , à appliquer au profit du 
Roy , en cas de contrauention. Lepa& & promefle deflus dits 
neantmoins demeurans en force & vigueur, pour le payement de 
laquelle fomme de deux cent mille écus d'or, lefdites bonnes Vil- 
les generalement, & fpecialement la Ville & Comté de Mantes fe. 
ront expreflément hypothequées , obligées , & affectées. 


1488. 


ROY DE FRANCE. | 59 

En outre, veû que le Roy à déja mis en fon obeyflance lesVil. 
les & Places de Sainéf Malo , Fougeres, Dinan, & Saintt Aubin dé 
Cormier, 8 plufieurs autres dudit pays de Bretagne: Et que fi l'Oft 


& Armée du Roy tiroit en auant, ce feroit la totale deftruétion & 


perte dudit pays ; le Duc connoiffant cela clairement, a voulu & 
conlenty , veut & confent, pour le bien & faluation de fondit pays, 
& aufh de Luy , & defdites Dames fes filles, que lefdites Villes & Pla- 
ces de Sainéf Malo, Fougeres, Dinan, er Saintf Aubin, demeurent 
en la main du Roy, auec leurs banlieuës ,Chaftellenies, eftenduës, 


Ports, Havres, Paflages, lurifdiétions, Refforts, Offices, preroga- 


tiues, préeminences, droits , profits & émolumens, & appartenan- 
ces quelconques, tant fur la mer, que en eauë douce , & en terre 
ferme. Efquelles Villes & Places de Sainét Malo, Fougeres, Dinan, 
& Sainét Aubin, le Roy aura toute puiffance de commettre, or- 


donner, inftituer, & deftituer tous Officiers, quels qu'ils foient, 


fans que le Duc ou fes gens y aÿent que voir, ny que connoiftre, 


foit en la mer, foit en cauë douce, ou en la terre, fauf en ce qui 


è 


fera dit & declaré cy-aprés. | | 


" Et moyennant ces chofes, & auffi pour contemplation des 
mariages à venir d'icelles Dames. & de ce que le Duc veut & en: 
tend trairer, faire & conclure lefdits mariages par l'auis, confeil &: 
confentement du Roy , & non autrement , iceluy Seigneur dés à 
prefent fait & fera retirer fon Oft:& Armée hors dudit pays de Bre 
tagne ; en delaiffant garnifon feulemene efdires Villes qui font en 
fon obeïffance, ou en aucunes d’icelles , ainfi qu'il verra que be- 


foin fera , & pour autant de cemps que bon luy femblera. 

Et combien que le Roÿ ait fait tou grands frais, coufts & 
dépens en cette guerre de Bretagne , & à caufe d’icælle , dont il 
pourroit faire queftion, & demande au Duc: toutesfois en faueur 
& contemplation que deflus, iceluy Duc en demeurera quitte & 
décharge, & l'en a quitté & quitte le Roy entierement. | 

Et dauantage le Roy eft & À 
uenu ordinaire & extraordinaire defdites Villes & Places de Dinan 
& Saint Aubin : En retenant par le Roy en fa main la force, au- 


thorité , & vour le farplus defdits lieux : Mefmement les cloftures 
ceintures, murailles, tours, portaux , Chafteaux, Forterefles, Foffez,' 


Fauxbourgs & banlieuës : Auec le pouuoir de pouruoir auxOf- 
ces , &de mettre gens de guerre à la garde defdits lieux , en tel nom- 
bre que bon luy femblera, s’il voit que meftier en foit. Pour la- 


quelle garde le Duc ne fera tenu de payer aucune chofe , fors feu- 
lement les reparations neceffaires , & les gages ordinaires des Of- 
ciers : C’eft à {çauoir , tant œeux qui d'ancienneté y ont accouftu- 


mé d’eftre , que ceux qui y cftoient au temps r lefdites Villes 
& Places fonc venues és mains du Roy; à prendre le tout fur le 


reuenu : Pour lequel reuenu leuer, & reccuoir, celuy ou ceux que 


H ij 


era content que le Duc reçoiue Îe re- 


60 HISTOIRE DE CHARLES VII. 


le Duc à ce commertra , feront cenus d’auertir prealablement les 
Chefs qu’il plaira au Roy ordonner efdits lieux , & de faire {er- 
ment qu'ils n'y viendront pour autre caufe que pour leuer & exi- 
ger ledit reuenu. | | | 
. Et fi pourra neantmoins le Duc faire poufuite par requefte , & 
non autrement, pour l’éntier recouurement de tout ce que le Roy 
retient à prefenc efdits lieux de Dinan & Sainét- Aubin , aprés que 
le Duc aura fourny à ce qu’il eft tenu de fournir de fon cofté, 
quant aux chofes deflus dites. | | 
Mais entant que couche lefdites villes de Sainét Malo & de 
Fougeres , & leurs appartenances, le Duc n’en pourra faire pour- 
fuite. de fon viuant. Toutesfois le Roy a Ph, Pi & confent, en 
faucur & contemplation defdits mariages , que lefdites Dames, 
aprés le trépas du Duc leur Seigneur & pere , puiflent faire ladite 
pourfuire ; & s'il eft lors connû & rrouué que le Roy n'y aït droir, 
foit a caufe du titre qu'il peut & pourra auoir , & | mp pretend 
en la totalité dudit pays & Duché de Bretagne aprés le trefpas du 
Duc, foit par autre iufte vitre & moyen;en ce cas, iceluy Seigneur 
reridra & reftituëra pleinement lefdires villes de Sain&-Malo & 
de Fougeres aufdites Dames, ou à celle d'elles à qui il appartiendra, 
ou à leurs hoirs procreez de rio 9 qui naîtront defdits ma- 
Confnre ASS » faits par l'aduis, confcil &confentement du Roy ; comme 
ment du Roy deflus ft dit; pourueû qu’il foit prealablement rembourfé des mi- 
requis fer les fes & dépenfes qu'il aura faites pour les meliorations , reparations 
2 D De & fortifications defdites Villes & Places de Dinan & Sainét-Au- 
de Bretagne, bin , en tout.& par tout : Si d’icelles Villes & Places de Dinan & 
: Sain&t- Aubin n’eft autrement appointé entre le Roy & le Duc, 
findeceme  aUant le trépas d’'iceluy Duc. | 
Hifhoire. Mais s'il aduenoit que lefdites Dames , ou aucune d'icelles fuf- 
fent mariées fans le confentement , aduis & confeil du Roy , les 
deflus dites Villes & Places de Saint-Malo, Fougeres, Dinan, & 
Sainct- Aubin; enfemble toutes leurs appartenances quelconques 
demeureront perpetuellement audit Seigneur ; pour en ioüyr au- 
dit cas par luy , & fes fuccefleurs Roys de France, comme de leur 
propre heiag & domaine; & neantmoins feront commifes les 
peines deflus declarées. . | Ni 
Au furplus, pource que les gens de guerre du Roy auront au- 
cunesfois à loger en la terre du Duc , pour aller & venir aufdites 
Places & Villes de Saint-Malo, Fougeres, Dinan, &Sainét- Aubin, 
le Duc a confenty & confent qu'ils É uiffent faire licitement, & 
_ loger à Dol, & és lieux.déclos où defemparez ; moyennant qu'ils 
payeront leur efcoc raifonnablement, & ne mefferont à perfonne, 
& aufli qu'ils ne pafferont outre la riuiere de Dinan. | 
_ Et au regard des villes & places de Vitré & de Cliffon , eftans 
pieça en la main du Roy, il ne fera venu de Jes remertre à autres 


14838. 


ROY DE FRANCE ét 
maintenant ,.ne pour le temps à venir , fors aux Seigneurs qui 
les cenoient lors qu’il les mit en fadite main. | 

Et quant aux autres Places & lieux du pays de Bretagne, qui par 
les gens du Roy auoient efté prifes & occupées, & qui ne font des 
appartenances defdites Villes & Places de Sainét Malo, Fougeres, 


1488. 


Dinan & Saint Aubin ; elles feront renduës à ceux qui eneftoient 


poffeffeurs au temps de la prife d’icelles. 


. Et fi les gens du Roy, ou autres en fa faueur de quel ue Nation 


qu’ils foient , prenoient cy-aprés aucunes Villes ou Places dudit 
pays de Bretagne, le Roy en fcra incontinent reparation & reftitu- 
tion ;à peine de perdre tout Îe droit qu'il peut auoir & pretendre 
maintenant, & pour le remps aduenir efdites Villes de Sainét Ma- 
lo, Fougeres, Dinan & Sainét Aubin, & l'appliquer au Duc, & à fes 
fucceffeurs : Et neancmoins demeurera le Roy obligé & tenu à la- 
dite reftitution. | 


Et pareillement fi les gens du Duc , ou autres en fa faueur, de 


quelque Nation qu’ils foienc, par furprife , emblée, ou autrement, . 


prenoient cy-après aucunes defdires Villes de Saint Malo, Fouge- 
res, Dinan & Saint Aubin, le Duc en fera faire incontinent re- 
paration , & refticution ; à peine de perdre entierement cout le droit 
qu'il , & fes heritiers & fuccefleurs, pourroient pretendre efdites 
Villes & Places de Sain& Malo, Fougeres, Dinan & Sain& Aubin, 
à appliquer au Roy, & à fes fucceffeurs : Et neancmoins demeurera 
le Duc obligé & tenu à ladite reftitution. Ainfi accordé & con- 
clu à Sablé le 20. Aouft 1488. nu | 
. En cette année il y eût Traité de Pacification fait entre ceux 
de l'Ifle, de Doüay , & d'Orchies, & les trois Membres de Flan- 
dres , qui en donnerent leurs Lettres d’affeurance , par lefquelles 
ils promettoient à leur égard , & pour autant qu'il leur pouuoit 
toucher, & à leurs adherans , d'entretenir les conuentions de ce 


Traité: * Et femblables Lettres reciproques deuoit auf bailler +c,-y, 
iceluy Monfeigneur Philippes, auec les fufdits Trois Membres de pag. 65- 


Flandres, pour eux & leurs adherans, aux fufdits de l’Ifle, Doüay 


_ & Orchies: Par lefquelles ils deuoient promettre d'entretenir ledit 


Traité ainfi conclu à Lifle par Mefhre'lean Seigneur de Hames, 
Meflire Valleran d'Ongnies , Bailly de Hefdin , Cheualiers, & Mai- 
ftre Iean Dauffay, Seigneur de Lambres, Confciller & Maiftre des 
Requeftes de l'Hoftel du Roy ,à ce commis & deputez par Mon- 
fcigneur Îe Marcfchal des Cordes , en la prefence d'Antoine de 
Fontaines Efcuyer , Lieutenant de Monfeigneur Philippes de Cle- 
ues, de Reuerend Pere en Dieu Monfeigneur l'Abbé de Lofs, 
Mcflire Charles d'Ongnies Cheualier, Seigneur d’Efcrets, Mefhre 
Valentin de Berfées Chanoine de Saint-Pierre de Lifle , Maiftre 


_ Jean Dommeffent Lieutenant general de la Gouuernance, Maiftre 


Ican François Penfionnaire , Iacques de Landas Efcheuin, & Ma- 
| H ii 


Gi HISTOIRE DE CHARLES VIIL 


2. thieu Raymbaut Procureur de la ville de Life , eux faifans forts 
de ceux de la ville d'Orchies ; le quatorziéme iour de Decembre 


148 
Decembre. l'an mille quatre cent quatte-vingt & huit. | | 
Nous reuicndrons au Roy , qui partit de Poiffy aprés la fefte de 
Noël , & s'en alla en Gaftinois ; où il prenoit fes cfbars à la chañle, 
en attendant Monfieur & Madame de Bourbon, lefquels il auoit 
mandez pluficurs fois de venir pardeuers [uy, pour donner ordre 
fur le faiét des guerres de Flandres, & de Breragne auant la venuë 
de l'efté. | . 
Mondit Sieut & Madame de Bourbon, la fefte de Noël eftant 
En donnerent ordre aux affaires de leur pays; & eftans à Mou- 
1 


nsils achererent du Seigneur-de la Baftie en tn le Cha- 
* Bourbon. {tel & Seigneurie de Bourbon-lenceiz *, fitué dans ladite Duché de 


lancy.  Bourgongne vers l'Autunois fur la riuiere de-Loire; lequel Chaftel 
leur eftoit bien-feant , tant à caufe que c’eft vne bonne place de 
gucrre, que pource qu'en cét endroit les Prouinces de Bourgon- 
pne & du Bourboñnois font feparées l'vne de l'autre ; & que cet 
te Place leur renoit lieu de frontiere, & eftoit vn paffage fur ladi- 
ce riuiere ; & leurs affaires eftans acheuées ils partitent,&s'en vin- 
rent par eau iufques à Gien , où ils defcendirent & ioignirent le 
Roy, puis ils PA robe de venir à Paris, où ils arriuerent tous 
Hh4dp.SMannicr, enfemble le vingt & vniéme iour de lanuier , mille quatre cent 
quatre-vingt & huit. ce | 
Le Roy eftant à Paris , les Capitaines qui eftoient à fon feruice 
s’y rendirent aufh ; & fût là donné ordre fur le faiét de la guerre de 
Flandres, & de ceux qui tenoient le party de France contre le Duc 
d'Autriche : Et de ce quartier-là le fufdit Seigneur des Cordes eûc 
toute la charge, & le commandement pour le Roy. | 
I] fût parcillement aduifé de la guerre de Bretagne , & fût or- 
donné quelle Armée nouuelle le Roy mettroit fus, pour renforcer 
celle Le cftoic demeutée dans ce paÿs : Surquoy conclufion eftane 
prife, Îe Roy enuoya fes mandemens aux lieux où fe deuoient le- 
uer des gens de guerre , au de là de ce que portoient fes Ordon- 
nances precedentes ; afin qu'ils fe tinffenc prefts, & fe rendiffenc 
fur les marches de Bretagne. | | : 
Le Roy eftanc encor à Paris ledit mois de IJanuier , mille quatre 
cent quatre-vingt & huit, il arriua pat deuers luy vn Ambaffa- 
deur de l'Empereur des Turcs, que conduifoit vn Ambaffadeur du 
Roy de Naples : Par cét Ambaffadeur le Turc écriuoir au Roy des 
Lettres de creance : La caufe pourquoy le Turc écriuoit , & en- 
uoyoitfon Ambaffadeur ,eftoit pource qu’en Franceeftoir fon frere 
More deMa- ifné, à qui appartenoic toute la Seigneurie ; & y auoit efté amené 
homet Il. il y auoit déja quatre ou cinq ans : Car en l'an mille quatre cent 
Empereur rs à & vn , l'Empereur des Turcs mourut, lequel delaiffa 


des Turcs, Ne : | 
l'essai, à deux de fes enfans la plus grande Scigneurie du monde; pource 


ROY DE FRANCE. 6; 


u’il poffedoit deux Empires , & onze Royaumes : Et tenoit fous }; 488. 
on elite la Turquie, la Grece, & la plus es de l'Afie. Aprés 
fa mort, pource que fon fils aifné eftoir fort éloigné de Conftan- 
tinople, où le Turc a couftume de faire fa refidence, & qu'il eftoit ses 
occupéen vne guerre; fon frere *puifné durant cette ablence s’af- l'Empir des 
fura des gens d'armes qui eftoient autour de {on pere , & de plus Turcs fer. 
s'empara de toutes fes Ps » & vfurpa le titre de la Seigneurie: …. ssl 
L'aifné d'autre part fçachant les nouuelles du decés de fon pere, fe afné, v.p. 
mir en chemin par mer pour venir prendre poffeflion de cér Em- #5 A 
ire comme Seigneur naturel ; mais en venant il apprit que fondit Rp 
he s'eftoit faifi de tout ; & luy cftanc encor fur mer ilrenconcra des impreffion du 
gallées en courfe, que fon frere auoit enuoyées pour le guerter & le ns 
prendre au paflage, & fût tellement preffé d’icelles gallées qu’il fût myles Preu- 
contraintde fe mettre en fuite, & fe fauuer , pource qu'il eftoic bien “*- 
affuré de fa morts'il eftoic pris: Il fût donc Re pourfuiuy, qu'il 
luy conuint fe iecter à refuge dedans Le port de Rhodes;laquelle chofe 
eftant venuéë à la ssh ps du Grand-Maiftre & des Cheualiers, 
incontinent ils fe faifirent de fa perfonne , eftans fort ioyeux de l'ad- 
uenturc qui leur eftoit aduenuë ; & e{perans d'en bien faire leur pro- 
fic, ils donnerent bon & feur ordre pour la garde de fa perfonne. 
Auffi-toit que le frere qui vfurpoit la Seigneurie fceût , comme 
fondit frere eftoic ainfi échapé, j en fût cres-déplaifant: Toutes- : 
fois incontinent aprés il enuoya vne grande & folennelle Ambaf- 
fade deuers le Grand-Maiftre de Rhodes, pour pratiquer s’il feroic 
poffible de r'auoir fon frere, ou à tout le moins d'eftre affuré qu'il 
ne luy pât nuire à l’aduenir; enfin il füt conclû entr'eux , que le- 
dit frere ioüyffant, donneroit par chacun an vne bonne & gran- 
de penfion au Grand-Maiftre de Rhodes. Et en outre, qu'il four- 
niroit autre grande fomme d'argent pour la dépenfe de fon frere 
{polié , & pour fa garde : Outre quoy alliance fût faite & toute 
feureté baillée à ceux de Rhodes de leurs terres & Seigneuries. Or 
combien que le Grand-Maiftre de Rhodes eût lors vn auantageux 
party auec le Turc, toutesfois il fût en doute qu’à la longue la 
Scigneurie de Rhodes n’en fût broüillée , & en danger , s’il dete- 
noit continuellement fon prifonnier à Rhodes, croyant bien que 
le frere ioüyffant , croit inceffamment à l’aguet , pour l’auoir ou 
ar amour ou par trahifon , ou de force : D'autre part il redoutoit 
2 entreprifes des voifins , comme du Souldan, des Venitiens, du 
Roy de Naples, & autres ; & penfoir que chacun d'eux employe- 
roit fes cinq fens, pour trouuer moyen de l’auoir, & en faire cha- 
cun fon profit. Aufhi eftoit-il fort requis par le Pape de le luy 
bailler , pour le profit & l'auantage du ind Siege À poftolique ; 
enfin pour éuiter tous ces inconueniens , il delibera : le mettre 
en lieu feur; & pource qu’il eftoit natif de France, de la Comté de * Pierre 
la Marche , & de la Maifon d’Aubuffon *, il refolut de l'enuoyer 7*?#°" 


elcx Grande 


64 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
1488. €n Ce Royaume, confidesane que le Roy eftoit fort éloigné des Sei- 
| euries du Turc, & qu'il n'auoit guéres d'intereft fur le fai& de 
Pa pa cét Empire Ottoman à qui ildemeuräât des deux freres : Toutesfois 
luin1476. auant que de l'enuoyer en France, ilentoya fçauoir du Roy Louys 
sr lan Onzièéme de ce nom, fi fon. plaifir feroit de le vouloir bien fouf- 
tr. > friren fon Royaume ; laquelle chofe le Roy accorda volontiers. 
Aprés donc que ledit Maiftre de Rhodes eût ainfi eù le congé & 
la permiflion du Roy, il prepara le voyage de fon prifonnier , & 
_ l'enüoya defcendre au pays de Languedoc; de là il le fit mener en 
fadire Comte de la Marche, en la maifon du Seigneur du Bacala. 
my, qui citoit parent d'iceluy Grand-Maiftre ; & là fût detenu ce 
mme qui auoit pour fa garde aucuns Cheualiers de Rhodes, 
efquels eftoient pour la plufpart parens dudit Grand-Maiftre. 11 
eftoit fort bien entretenu de fa perfonne en toutes fes neceflitez 
& befoins ; auffi fon frere Empereur payoit bien fa dépenfe. Ce 
prifonnier auoit oùy parler du Roy Louys , & de la grandeur de 
fon Royaume, & de fa Seigneurie, & aufli de fes faiéts ; parquoy 
il defiroit fort de le voir & de parler à luy ; les Cheualiers qui l'a. 
* Mahomet uoient en garde le firent fçauoir au Roy ; lequel fit refponfe , que 
Se pour la grande renommée que fon pere * auoit euë (qui en fon 
es Turss. au | | 
temps eftoit sm alors le plus grand Prince de la Loy de Ma. 
; homer, & lequel auoit le plus fait de belles conqueftes qu'aucun 
autre }ille verroit volontiers, & communiqueroit de tres-bon 
cœur auec luy; mais que bonnement il ne le pouuoit faire, atten- 
LeRoy du qu'il n'eftoit pas de fa Loy; & ordonna de plus qu'on luy die, 
Louys XI. que s'il vouloit embraffer la Religion Chreftienne, il luy promet- 
sxhrte SH toit d'employer toute {a puiffance afin de luy aider à recouurer les 
(Zemi, on Seigneuries de fon Empire ; & de plus , il luy donneroit dequoy 
NS. entretenir fon eftat ; & fi d’auenture il vouloit cependant demeu- 
Baiazeh 11. Yet en fon Royaume qu'il luy donneroit des heritages & Seigneu- 
Empereur rics ,auec laioüyffance defquelles il pourroit viurecomme vn Prin- 
ro g “ce. Les Cheualiers firent fçauoir tout cela à leur prifonnier : mais 
Chrétien. pour quoy que ce fût il ne voulut delaiffer fa Loy, & demeura en- 
cor en ladite Comté de la Marche en la maifon du fufdic Bocala- 
“Innocent My ,iufques audit mois de Januier mille quatre cent quatre-vingt 
VIIL Pape & huit, qu’aprés plufieurs pourfuites & inftances que le Pape* & 
Roy de Fa le fainét Siege A poftolique auoient faites enuers le Roy, afin d'a- 
mettre entre UOÏT Ce prifonnier , pour le grand profit & intereft du fain& Sic- 
fésmains. ge; & qu'à cette caufe il yauoiteû Ambaffade enuoyée exprés de- 
uers le Roy, laquelle y eftoir encore ; le Roy en fe monftrancvray 
fils de l'Eghfe , & voulant enfuiure l'amour que fes predeceffeurs 
auoient cüenuers le S. Siege, dont à cette caufcils ont acquis le titre 
de Tres-Chreffiens Roys de France, il liura & remit ce prifonnier aux 
_ Ambaffadeurs du S. Pere pour le mener à Rome; cequi arriua vn peu 
_ auparauant que l'Ambaflideut du Turc arriuaft à Paris ;lequel Am- 


baffa- 


ROY DE FRANCE. 6; | 
baffadeur offroit de la patt de fon maiftre au Roy de grands par- 1488. 
tys, & auantageufes conditions, comme de bailler coutes les Re- | 
liques de Dieu noîftre Sauueut , des Apoñtres , & des Sainéts & | 
Sainétes, que fon pere auoit ttouuées à Conftantinople *lors qu’il sa Éd æ 
fitla conquefte de cette Ville, & dans routes les autres Villes qu'il Cp: 
auoit conquifes fur la Chreftienté ; de plus, il offroit de faire rout snoph le19. 
fon effort pour conquerir la T'erre-Sainéte , & puis de la remettre Es 29 ‘455: 
mains du Roy ;aufli offroit-il vne groffe penfion pour l'entretene- 
ment de fon frete, pourueû que le Roy le retint dans fon Royau- 
me. Lors que ces grandes offres fe firent , le prifonnier eftoic en 
cor dedans le Royaume, & l'eùt bien pû le Roy recôuurer & s’en 
rendre maiftre ; & mefme aucuns difoient , que veû ces grandes 
offres, le Roy les deuoit accepter : Mais id fe voulut bien mon- 
ftrer vray fils de l'Eglife, & ne voulut pas preferer l'auarice & l'in- 
cereft à la liberalité, & à la loyauté ,en difant que puis qu'il l’auoit 
fair liurer aux gens du Pape, & qu'il luy en auoit accordé ha deli- 
urance , qu'il vouloit tenit fa parole | & qu'il feroit bien ioyeux 
que le fainé Siege en fit fon profit, & en pût tirer quelque auan- 
cage : Il fûc donc mené à Auignon ; & de là il fut mis fur mer, 
& conduit à Rome: D'ailleurs, le Grand-Maiftre de Rhodes pour: 
fuiuoit aufli de fa part qu'il fût mis és mains du fainét Siege ; & 
par ce moyen il fût fait Cardinal, & obtinc de grands priuilepes rs ” 
& biens pour tout l'Ordre de Sain& Iean de Ierufalem. Le Roy Ho 
fit au refte tres-bien entretenir & traiter l'Ambaffadéur du Turc, #4! en re- 
& celuy du Roy de Naples, qui le conduifoit, & les fit deffrayer, 77%. 
& leur fit de beaux dons. oo | et 7e: 
Au mois de Feurier mille quatre cent quatre-vingt & hui, le su _. 
Roy eftant encores à Paris , aprés qu'il eût donné ordre fur la Gr auf Fais 
ri de Flandres, & enioint à fes Capitaines ce qu'ils auoient à /aconfidera: 
aire ; pource qu'il auoit chaque iour nouuelles , que fes gens de en a 
guerre qui cftoient en des garnifons dans la Bretagne prenoient 
Villes & Places , & qu'ils s'eftoient comme rendus maiftres de toute 
la baffe Bretagne ; mefmes qu’ils auoient pris Conqueft , quieft vn 
beau Port de mer , & que le Seigneur LA Rohan Lieutenant du 
Roy, aucc aucuns Capitaines, eftoit deuant le Chafteau de Breft, 
lequel ils cenoient fi étroitement afliegé, que ceux de dedans of- 
froienc de fe rendre, leurs bagues fauues ; à quoy il ne les vouloit. 
receuoir, fans fçauoir auparauant fur ces conditions le bon plaifir 
du Roy, auquel pour cette caufe ils auoient écrit: Le Roÿ donc de- 
libera de partir de Paris, & tirer en Touraine iufques vers les mar- 
chesde Bretagne pour plûtoft les fecourir de gens, &leur faire fça- 
uoir plus fouuent de fes nouuelles & en receuoir d'eux teciptoque- 
ment: À cétcffecil fe prepara fur tour ce qu’il luy conuenoït de fai- 
re, & ledit mois de Feürier mille quatre cent quatre-vingt & huit il 
partit de Paris, ayant le iour auant fon départ efte vificer l'Eglife de 
| I 


F euricr, 


66 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
1488. Sainéte Auoye où il oùyt la Mefle, & y fit fes offrandes & fes 


prieres & recommandations, puis il tira à Amboife, & à Tours. 
Pendant que le Roy alloit en Touraine furuinrent des chofes 
en Picardie, en ce mefme mois de Feurier mille quatre cent qua- 
tre-vingt & huit, dont nous ferons vn peu de mention : Et d’au- 
*Pag.s. tant que cy-deuant a cfté dit *, comme le Scigneur des Cordes 
Lieutenant du Roy en Picardie , auoit pris d'emblée la ville de 
Saint-Omer , & comme il l’auoir reduite en l’obcïffance du Roy, 
ceux d'icelle Ville fe mutinerent en cedit mois, & voicy comme 
cela aduint : Il eft vray’ qu’en faifant le Traité de ceux de Lifle, 
“pa. Doüay , & Orchies , cy-deuant* écrit , il fût dit, que fi ceux de 
Hainaut vouloient entrer en femblable Traité , qu'ils y feroienc 
-  receùs par le Roy : Or pource que les Hennuyers eftoient fi fort 
foulez de la guerre, & en fi grandes necefhitez de viures qu'ils ne 
ouuoient plus reculer , a ne fffent en routes chofes le vou 
* Traité de Lois du Roy, aprés que le fufdit Traité * de Lifle eût efté conclu, 
me ils enuoyerent des gens par deuers ledit Seigneur des Cordes, pour 
aduifer & conuenir du lieu où ils pourroient entrer en negotia- 
tion, & prierent ledit Seigneur des Cordes qu’il voulût à certe fin 
fe trouuer à Tournay, là où fe trouueroient auffi auec luy des plus 
ens de bien du pays, pour conclure leur appointement. Le Sei- 
gneur des Cordes fe prepara donc pour aller à Tournay , & s'y 
rendit ,en y attendant de iour à autre les Hennuyers , qui fe pre- 
paroient de leur cofté pour fe rendre pardeuers luy. Mais cepen- 
dant ceux de Saint-Omer penfoient bien à autre chofe, & auoient 
bien vn aurre deflein en tefte ; ils eftoient roûjours déplaifans de 
ce que ledit Seigneur des Cordes les auoit furpris d'emblée , par 
leur-faure & negligence ; ce qui fit qu'aucuns de leur Ville, qui 
cftoient plus dans leur cœur du party du Duc d’Auftriche que de 
celuy du Roy, trouuerent moyen de pratiquer & auoir intel igen- 
ce auec aucuns Capitaines auenturiers d'iceluy Duc d’Auftriche, 
Icfquels fe tenoient en Flandres difperfez en des petites Villes qui 
font és marches de Calais ,comme à Dixmude, Nieuport , & au- 
res lieux , où ils firent leur entreprife de reprendre Sainét-Omer;& 
dirent à ces Capitaines, qu’ils trouuaffent inuention de ramaffer le 
plus de gens qu'ils pourroient, & qu’à certain jour dont ils con- 
… uinrenc, ils fe rendiffent audit Saint-Omer ; ce que ces Capitai- 
_ nes firent, & en mefme temps ceux de Saint-Omer de leur part 
gagnoient fecretement le menu peuple ; entre les autres ils prati- 
querent les Ifleres ou gens d'eau , qui font les Mariniers, & gens 
viuans des vaiffeaux & batteaux qui vont le long de la riuiere du 
Liz.Enfuite les Capitaines du Dued’Auftriche firent fçauoir à ceux 
de Sain@ Omer qu'ils eftoient prefts, & qu’ils auoient bien fepc à 
huit cent compagnons à leur difpofition : Aprés quoy ceux de 
Sainét-Omer leur manderent le iour qu'ils viendroient, & qu'vne 


ROY DE FRANCE. 67 
partie de leur troupe, fe mit fur l'eau, afin qu'on fe doutât moins 
de rien, & que les autres s’acheminaffent le plus fecrerement lp 
pourroient, Ils fe trouuerent donc precifément à l'heure aduifée & 
conuenué entr'eux & ceux de la Ville qui eftoient de l'entreprife, 
& les plus forts dans icelle, fe declarerent au iour artefté , & vin 
rent au deuant d'eux à la porte par ou ils venoient, où ils fe fai- 
firent d’abord des Portiers dont aucuns furent mal-traitez, com 


bien qu'ils ne fiffent aucune defenfe ny refiftance. Les Capitaines 


du Duc d’Auftriche, dont Meflire Charles de Saueufe eftoit ya 


des principaux , entrerent de cette forte dans la Ville ; &-aufli. 


roft les Iflaires fufnommez, c'eft à fçauoir le commun peuple, fe 
rangcrent auprés d'eux : de prime - face is allerent vers le Cha: 
_fteau pour voir s'ils le pourroient auoir: mais il y auoit dedans des 
gens qui fe mirent en defenfe, & qui refifterent à leur entreprife, 
Voyans donc qu'ils ne le pouuoient auoir pour lors, ils firent des 
defenfes & retranchemens , & dreflerent des fortifications & ba, 
ftilles contre ceux du Chafteau, & auoient gens toüjours au guet 
contr'eux. Aufli ceux de la garnifon du Chafteau fe tenoient fur 
leur garde de leur cofté. Les mutins & rebelles de Sainét-Omer fe 


faifirent en mefine temps des gens de la garnifon , qui y eftoiten 


petit nombre pour le feruice du Roy, dautanc que le Seigneur des 
Cordes comme Lieutenant de Roy , auoit fott obtemperé & ac- 
quicfcé à leurs requeftes , afin de les contenter & foulager du Jo+ 
gement des Troupes tant qu’il fe pourroit; de plus, ils prirent oc- 
cafion de fe faifir de plufieurs gens de bien des premiers de la Vil- 
le, qu'ils penfoient auoir dequoy , & leur faifoienc açcroire qu’ils 
effoient bons François ; & fur ce pretexte ils prenoient tous leurs 
biens, les pilloient, & leur faifoient tout le pis qu’ils pouuoient ; 


c’eftoit pitié que de fe trouuer lors dans ladite Ville ; auff peut. 


on bien s'imaginer quelle raifon il y a parmy le peuple quand il 
a la domination, & qu'ila auétorité & l’auantage de pouuoir faire 
du mal; fur tout eftant ioint à tels gens de guerre , qu'eftoient 
ceux qui les eftoient venus aider, eftans tous gens EN , &fans 
folde , venans la plufpart des coftes & enuirons de Calais, & de 
Guines, aufquels tous biens eftoient communs pourueñ qu'ils les 
puffenc auoir & s’en rendre maiftres, dont ils ne fe metroient pas 
en grand foucy de faire fatisfaction : Ces chofes eftans ainfi faites, 
le Seigneur des Cordes qui eftoit demeuré à Tournayÿ pour negôtier 
auccles Hennuyers ,en fût aduerty ; & cout foudainement, auant 
que d'appointer & rien conclure, il en partit,& vint en coute diligen- 
ce Aire, là ou il affembla le plus de gens qu'il pût, auec lefquels il 
s’en alla au Chafteau de Sainét-Omer pour le fecourit , & aduifet 
sil n’y auroit point quelque moyen & remede pour recouurer la 
Ville : mais il crouua que les habitans s’eftoient defia fi fort re- 
tranchez & fortifiez qu'à grand’ peine les pourroit-on prendre, 
I 


1488. 


1488, 


+ 


63 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 

fans auoir vne grand’ Armée ; à cette caufe , & aufh pource qu'il 
craignoit, que s’il drefloic foudainement vne Armée qu’ils ne fif- 
fent quelque mauuaife entreprife, & ne priffent vne refolution de 
defefpoir ,comme de receuoir & mettre les Anglois dans leur Vil- 


le, dont ils font proches voifins , & que s’ils y entroient les plus 


forts qu'ils ne s'en faififfent;afin d’éuiter vn fi grand danger il fût 
confeillé qu’il valoit mieux ne les pas reduire à vne telle necefhté, 
puifque plus aifément le Roy pourroit reprendre & recouurer la 
Ville d'eux-mefmes, que des Anglois : Partant il delaiffa & aban- 
donna ledit Chafteau , lequel à la verité n'eft que comme vne mai- 
fon ou chafteau de plaifance ; car il eft fans Torterelle qui vaille : 
Enfuite le Seigneur des Cordes fe retira vers Hefdin , où il fe te- 
noit le plus fouuent , & fit renforcer les garnifons de Theroüen- 
ne & d’Aire, qui tenoient en grande fuiction & crainte ceux de 
Saint-Omer pe mutins de laquelle. Ville n’auoient pas aucune 
occafion de faire vne telle defobeïffance au Roy ; car pendant 


qu’ils auoient efté en fes mains, il les auoit toûjours fort bien trai- 


* PAG. 14. - 


* Depuis, le 
Roy Louys 
XII. 


tez; là où auant qu'ils fuffenten fa fuietionils eftoient en grande ne- 
ceflité de viures, qu'ils auoient fous luy en grande abondance, tanc 
des Marchands de Paris, qui leur en menoient chacun iour , que 
par eux-mefmes qui en venoient charger là où ils vouloient dans 
tous les pays de l’obeïffance du Roy ; &de plus ils auoient en Fran- 
ce & ailleurs vn tres-grand commerce & trafic de marchandifes, 
qu’ils perdirent dés qu’ils fe furent ainfi monftrez rebelles : Mais 
les Populaces ordinairement ne regardent finon qu’à executer lés 
premiers emportemens de leur mauuaife volonté, & non pas aux 
confequences qui leur en peuuent aduenir : Toutesfois nonobftant 
leur nodios ne vouloient point fouffrir que les'gens de guer- 
re , qui eftoient dans leur Ville, fiffent la guerre aux Suiets du Roy, 
& vouloient bien demeurer neutres. | 
Cy-deuant a efte dit*, comme toft aprés l'allée de Monfieur le 
Duc d'Orleans en Bretagne, le Roy eftant à Amboife , l'Eucfque 
de Perigueux , furnommé de Pompadour , & celuy de Montauban 
furnommé d’'Amboife, de la Maifon de (haumont, & les Seigneurs 
de Bucy frere dudit Euefque de Montauban , & d'Argenton en Poi- 
Ctou, furent arreftez prifonniers , pource qu’on furprit certaines 
lettres qu’ils écriuoient en Bretagne, par lefquelles on foupçonnoit 
qu’ils auoient intelligence auec mondit Sieur d'Orleans *, & les 
autres qui tenoient cs party. Depuis ledit temps iufques en ce 
mois dé Feurier mille quatre cent quatre-vingt & huit, ils furent 
detenus prifonniers , & menez en diuers lieux ; & finalement à 
Mechun fur Loire; & furent interrogez par aucuns Confeillers de 
la Cour de Parlement : Mais le Pape auoit lors des Ambaffadeurs 
deuérs le Roy pour aucunes matieres, lefquels auoientcharge de les 
interroger de par le Pape, & de traicer leur appointement de cout 


ce 


ROY DE FRANCE. 69 


leur pouuoir ; & as qu'ils les cûrent oüys auec les Confcillers 1488. 
de Parlement, qui les’ auoient ja interrogez, ils firent requefte au »;,, Euef- 
Roy de parle Pape pour leut deliurance ; à laquelle requefte il ques de Peri- 
obtempera volonciers , & furent ainfi deliurez *: mais ils furent ee 

finez és limites de leurs Diocefes ; & aufli für deliuré le Sei- À pos 
confinez ès limites de leurs Dioceles ; & aufli fût deliuré le Sei- » 21onrau- 
gncur de Bucy : Pour le regard du Seigneur d’Argenton*il eftoit £a ( ed 

N - + 5 A . \ : ’ : t) de- 

gardé à la Conciergerie à Paris ,ou il auoit efté mené pour luy fai- ne 


: puss le Car- | 
re {on procés. dinal Geor-' 


Parcillement cy- deuant a efté dit *comme l'année precedente er 
vers Bethune il y eût vne rencontre des gens de ouerre du Roy Gbandaprés 
& de ceux du Duc d’Auftriche, en laquelle les François eûrent la sois années 
victoire, & entr'aucres ils y gagnerent prifonniers le Duc de Guel- pee pi 
dres , & le Comte de Naffau , lefquels demeurerept és mains du pag. 14. 
Seigneur des Cordes & du Seigneur de Gié Marefchaux de Fran- | : HR | 
ce, comme les principaux Chefs de l'Armée du Roy : Ie crois bien prfinmier. 
que le Comte de Naffau pourparla fort de fa rançon , & fit des 7-p.14.d 
ouuertures, que s’il pouuoit eftre en liberté il mettroit peine de 7,7? 
faire en forte enuers le Duc d’Auftriche , qu'il vint à route raifon * Pag.32. & 
enuets le Roy , & qu'il luy remonftreroit bien la faute qu'il auoir 55 
faite , d’auoir efté rebelle au Roy à l’appetit d’autruy : Doncques 
par le moyen de plufieurs ouuertures qu'il fit, & aufli parce qu’il 
offroit rançon raifonnable ,comme de quatre-vingt mille francs, 

il fût deliuré & mis en liberté. Il paya content la moitié de fadi- 
te rançon, outre les dépens, & pour l'autre moitié il bailla hofta- 
ges. Incontinent'aprés il enuoya de fes gens deuers le Duc d’Au- 
triche, & luy écriuit ce que bon luy fembla , afin. de le faire ve- 
nir à quelque bon Traité de paix : Ledit Duc l’aimoit & auoit 
fiance en luy ; & luy enuoya les Articles des chofes qu'il reque- 
roit du Roy pour paruenir à la paix, en luy écriuant qu’il s’en al- 
lt deuers le Roy pour y trauailler. Et incontinent il vint auec le 
Seigneur des Cordes pardeuers le Roy, qui eftoit lors en Tourai- 
ne, auquel il communiqua ces Articles & fes Inftructions , ainfi 
qu’à Monfieur & à Madame de Bourbon: Sur quoy le Roy com- 
mit des plus gens de bien de fon Confeil pour y negotier : Mais 
pource que es les Inftructions du Duc d’Auftriche fe rencon- 
croient des demandes impertinentes, les chofes pour lors ne fe pà- 
rent terminer-à vn accord : Toutesfois pource que le Roy de fa 
part fe mettoit à toute raifon, ledit Comte de Naffau luy declara 
qu'il luy déplaifoit fort de ce que les matieres ne {e reduifoient pas 
à quelque bon Traité; & que fi le sou du Roy eftoit d'enuoyer 
aprés luy deuers le Duc d’Auftriche aucuns de fes feruiteurs , il 
croyoit que ce Duc, veû le deuoir auquel le Roy fe mertoir, fe- 
roit fans doute tout ioyeux d'y entendre à la fin ; & qu’ainfi vne 
bonne paix fe pourroit conclure ; & s’offroit ce Cointe de Naffau 
* d'y faire tout deuoir. Le Roy bien qu’il eût tout auantage fur 


I ü 


70 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


1488. ledit Duc, & qu'il l'eût pü chaffer iufquesen Mean 
ource qu'il auoit époufe fa fille, & pour la compañlion qu'il auoit 
*Philippes des pays de fon beau-frere* le petit Duc Philippes, qui eftoient 
sc du tout en defolation & pauureté, à caufe de la guerre qui y auoit 
Marguerite dés-ja filonguement duré, il füc confcillé de fa part de fe mettre à 
7 femme blus que deuoir , pour paruenir à ladite paix. Et à cette caufe il 
7 dépefcha l'Euefque de Lombez Abbé de Sainé&t Denys, du pays 

V'. cy-apres pe q ÿSs pay 
79.6 8. de Gafcongne, & aucc luy le Seigneur de Rochechotüart Confeil- 
Ambafx- Ver & Chambellan du Roy, & Maiftre Pierre de Sacierges Maiftre 
deurs du Roy des Requeftes de l’Hoftel du Roy , auec des Inftructions , pour 
Ÿ je: “aller deuers le Duc d’Auftriche en Alemagne, où il eftoit alors, 
_ & y fuiure ledit Comte de Naffau. Du temps qu'ils y arriuerent, 

& de ce qu’ils negatierent, il en fera fait mention cy-aprés. 

Nous reuiendrons au Roy, lequel en ce mois de Feurier mille 
quatre cent quatre-vingt & huit, eftoit party de Paris pour aller 
en Touraine afin d’eftre plus prés de fon Armée de _… fur 
quoy eft à fçauoir , que durant tout l'hyuer, & depuis le mois 

_ d'O&obre precedent, que le Roy s’eftoit retiré és marches de Pa- 
ris, fon Armée auoit toûjours continué la guerre, & auoit reduit 
prefque toute la baffle Bretagne en fon obcïffance, comme diteft; 
mefme ces deux beaux Ports de Conqueft & de Bref , ce qui fit que 
les gouucrneurs des filles de Bretagne ( c'eft à fçauoir Monfeigneur 
de Dunois, les Seigneurs d’Albret, de Rieux , de Comminges, & 
les autres de leur ne voyans le Roy ainfi conquerir tout le 
pays, & qu’ils n'y pouuoient plus refifter, ils delibererent de faire 
du pis qu’ils pourroient. Ils auoient enuoyé plufieurs Ambaffades 
deuers le Roy d'Angleterre, & ceux du 2e en leur faifant toutes 
les offres qui leur eftoient poflibles afin d’en tirer du fecours; & tant 
firent leurs Ambaffadeurs , que les Anglois leur donnerent enfin 
audience ; ils leur remonftrerent que fi le Roy venoit à bout de . 
la Bretagne, cette Prouince ne fortiroit iamais de fes mains, & qu’il 
fe rendroit maiftre dela Mer; ce quitiendroit à l’aduenir le Royaur- 
“Her me d'Angleterre en toute fuietion. Le Roy d'Angleterre * de fa 
PEUR part auoit toûjours connoiffance & ne vouloit oublier que le Roy 
pat fon fecours & fon affiftance luy auoit comme mis fon Royau- 
me en fes mains ;ce qui faifoit que s’il n’eût tenu qu'à luy iln'au- 
roit jamais voulu auoir de guerre auec le Roy ; mais les Prelats & 
Seigneurs d'Angleterre murmuroient bien fort de cette conquefte 
que le Roy faifoit du pays de Bretagne, qui ne leur plaifoit point, 
eftans pouflez de ialoufie & d'intereft , par la crainte que le Roy 
deuenant trop fort & trop puiffant , ils en pourroient deuenir en 
rande fuietion à fon écard ; parquoy ils | Rae enfemble 
de fecourir les Bretons, & contraignirent comme par force leur 
Roy de fe declarer en leur faueur : Ils ordonnerent à ce fuiet qu'vne 
Atméc fût leuée parmy eux , afin d'eftre enuoyée à leur fecours, 


ROY DE FRANCE. 71 


dont ils affurerent les Ambaffadeurs de Bretagne: Depuis ces Pre- 
lats & Seigneurs vouloient que, fi befoin eftoic, leur Roy mefme 
y allit en perfonne ; neantmoins il fût par eux auifé que leur Roy 
deuoit écrire au Roy, en le priant qu’il fe deportât de la guerre de 
Bretagne, & qu'il fit paix auec les filles, & les laiffâc ioüyr deleurs 
Seigneuries. Pource ledit Roy d'Angleterre écriuit au Roy vne 
lettre qui luy.enuoya par vn fien Secretaire. L’Ambaffade de 
Bretagne eftant retournée au pays: les Bretons faifoient bien {e- 
mer .& répandre par tout le bruit du fecours qu'ils attendoient 
d'Angleterre ; dont le Roy eftanc aduerty , & que les Anglois 
auoient ainfi conclu & deliberé de fecourir les Bretons; & de plus, 
pourcé que le Roy d’Anglererre luy auoic écrir là-deffus fon in- 
tention, il fût confeillé d'enuoyer vn Ambafladeur deuers ledit Roy, 
afin de luy reinonftrer le deuoir auquel il s’eftoit mis enuers lef- 
dites filles de Bretagne, & qu’il n’auoit pas tenu à luy que ladite 
paix n'eûc efté faite & entrerenué ; mais que la faute en eftoit du 
tout aux trafiqueurs eftansauec icelles filles: Auffi fut-il auifé que 
cét Ambaffadeur pourroit par mefme occafion plus amplement 
découurir & fçauoir du fait des Anglois & de leur Armée : Par-»< Lg 

quoy le Roy en cedit mois de Feurier mille quatre cent quatre- 4rheuéque 
vingt & huit, dépefcha l'Archeuefque de Sens furnommé Salafart , 45e: Ame 


1488. 


| | | 1 baffadeur du 
auec Inftruétions pour pafñler en Angleterre ; au retour duquel il os 
fera parlé de ce qu'il y aura fait. | gléterre. 


Cy-deuant a efté dit * comme le Prince d'Orenge , oncle def- * Pag.ss. 
dites filles, fut pris prifonnier à la Zournée de Sainét-. Aubin , auec 
Monfieur le Duc d'Orleans. Incontinent aprés faprife ,fa femme* * Ieanne de 

ui eftoit fœur de Monfieur de Bourbon, fe retira pardeuers le Roy, 2. 
qu’elle fupplia tant que leditPrince fût élargy fur fa foy & fa parole; AE 
& depuis fon élargiflement il fuiuoit toûjours leRoy, reconnoiffant rl : 
la grande grace qu’il luy auoit faite, de luy auoir ainfi pardonné fils de 
les rebellions qu'il auoit commifes contre luy ; & dans cetrerecon- Guillaume 
noiffance il fit quelque ouuerture, que fi le bon plaifir du Roy . és 
cftoit de luy laiffer faire vn cour en Bretagne, qu’il luy fembloit rinede Bre- 
qu’il feroit de belles remonftrances à fes mieces *,& à ceux du pays, el 
& s'employeroit à trouuer quelque bonne paix. Parquoy en ce- 1 pu de 
dit mois de Feurier mille quatre cent quatre-vingt & huit , ce Prin- Bretagne. 


. * L 
ce d'Orenge s’en retourna deuers les filles de Bretagne, qui eftoient ou 


\ “22 | . nes germai- 
lors à Rennes ;auec lefquelles eftoit Monfeigneur de Dunois, qui nes, & me- 
auoit Îa principale charge des affaires du pays. | lixs. 


Mondit Seigneur le Prince à fon arriuée receût bon accueil def. 34,1 Comte 
dites filles ,ainfi que de mondit Seigneur de Dunois, & des autres de Dunoñdr 
qui eftoient auec elles ; & toft aprés, luy, & mondic Seigneur de 2 Era 
Dunois s'entendirent bien l’vn l’autre , fe ioignirent étroitement principale 
enfemble , & entreprirent toute l’auétorité fur ces filles. Il com- °74#e des 


: \. À Re : | . affaires de 
menca d’abord à y auoir diuifion entr'eux & Monfeigneur d’Al- al 


72 HISTOIRE DE CHARLES VIITL 

bret ,& lesSeigneursde Rieux & de Comminges. Pourceque ledit 
Seigneur d’Albret vouloit époufer l'aînée de ces filles, & difoit que 
le Duc la luy auoit promife dés fon viuant , & luy en auoic baillé 
fonfcellé ; & qu'à cette caufe il auoic delaiffé l’obeïffance du Roy, 
& auoit abandonné roures fes terres & Seigneuries dont il auoit en- 
gagé la plufpart; & à ce mariage mondit Seigneur de Ricux te- 
noit de tout {on pouuoir la main ; &-vloient d'auétorité, pource 
qu’ils s'eftoienc faifis du Chafteau & de la ville de Nantes, & eftoient 
les plus forts dedans: Ie crois bien que s'ils euffent tenu les filles, 
qu'ils euffent fait bon gré où malgré ledit mariage de mondit Sei- 
gneur d'Albret auec icelle fille aînée ; mais elle n’y vouloit pour 
rien du monde entendre. D'autre part mondit Seigneur le Prince 
& mondit Seigneur de Dunois n’eftoient pas de cette opinion, & 
n’y vouloient condefcendre, & efperoient bien autrement en fai- 
re leur profit; outre cela, ils fçauoient bien que le Roy n’auoit pas 
ledir mariage pour agreable , attendu les mauuais tours que luy 
auoit fait ce Seigneur d'Albret : Er auoit bien intention mondit 
Scigneur de Dunois, par le moyen des filles, de regagner les bon- 
nes graces du Roy , & auoir abolition de tout le paffé ; cela fit, 
que de là en auant il y eût grande defhance entre ledit Prince d’O- 
renge , Monfcigneur de Dunois , & les Seigneurs d’Albret , de 
Rieux, & de Comminges. Touresfois quant à la garde de ce qu'ils 
tenoient encores en Bretagne, ils fe fecouroient & fauorifoient l'vn 
l’autre, nonobftant leurs diuifions fufmentionnées. 

Il y auoit cependant toüjours quelque venuë defdits Seigneurs 
de Bretagne pardeuers le Roy , pour trouuer moyen d’auoir quel- 
que appaintement ; mais ils eftoient toûjours fi deraifonnables en 
leurs demandes, que le Roy n’eftoit point confeillé d'y entendre: 

Ce Seigneur d’Albret y enuoyoir en fon particulier, & auffi en 
écriuoit-il à Monfieur & à Madame de Bourbon, afin que le Roy 
confentit au mariage de ladire fille de Bretagne & de luy, & qu'ils 
tinffent la main à F, faire paruenir : Mais pource qu’il auoit efté 
ingrat & méconnoiffant des biens qu'ils luy auoient faits ; mef- 

* Catherine mement d’auoir fait auoir à fon fils la coufine germaine * du Roy 

. ee Reyne de Nauarre, ils ne vouloient point auoir affaire auec luy, 
Prince de N'y pouuant prendre aucune feureté, bien qu'il leur fit de grandes 
Viane, & offres. | 

ré Au mois de Mars enfuiuantmille quatre cent quatre-vingt & huic, 
ce , file du 'Archeuefque de Sens, lequel comme a efté dit cy-deuant , auoic 
VI Gt efté enuoyé en Ambaffadcen Angleterre trouuale Roy d’Angleter- 
de Iean fi, te dans vne Maifon de plaifance présla ville de Londres; à fonarriuée 

er Sire ce Roy eftoit en telle fuietion des Prelats & ns de fon Royau- 
me, qu'il n'ofoit parler à part audit Archeuefque de Sens, pource 

* W. pag. 1. Que les Anglois reputoient que leur Roy* auoit quelque amour 

Man.  & reconnoiffance pour le Roy , à caufe de ce qu’il auoit grande- 
| | ment 


1485. 


ROY DE FRANCE. | 73 
ment contribue à le faire Roy, par l'aide &le fecours qu’il luy auoir 
baillé pour le mettre fur le Ke 2 ; & fçauoient bien les Anglois 
qu'il y auoit plulieurs promefles de fa part enuers le Roy. Ledit 
RM de Sens für oùy parle Roy d'Angleterre, en prefen- 


ce des Prelats & des Seigneurs de ce Royaume , & furetit ordon- 


nez des principaux d'entr'eux pour communiquer auec luy fur le 
fai & fur la queftion de PE Quelque pourparler qu'il y 
eût de fait, les Anglois ne fe vouloient point fatisfaire & conten- 
ter, finon que le Roy promît d'abandonner entierement la querelle 
de Bretagne , & qu'il laifft les filles en leur entier & en leur liber- 


1488. 


té, dans la pleine poffeffion du Pays, comme leur pere auoit efté; 


parquoy cét Archeuefque n'ayant pü rien gagner dauantage, s'en 
retourna en Touraine vers le Roÿ ; auquel il rapporta, qu’eftant 
en Angleterre il auoit fceù , comme Îles Anglois auoient dreffé 
vne Armée pour defcendre en Bretagne, laquelle eftoit def-ja ar- 
riuée fur les Ports, toute prefte à s'embarquer & femettreen met, 
dequoy il affura bien le Roy. 

Ledit Archeuefque de Sens ne fût pas plûtoft atriué deuers le 
Roy , qui eftoit à " , que les Anglois furent débarquez en 
Bretagne, où ils vintent prendre terre & defcendre au pays d’An- 


guerrande : Ces Anglois publicient , qu'ils eftoient bien douie 


mille combatans, voire encore plus : Auf les Brecons de leur co- 
ft faifoient bien. leur deuoir de le publier de la forte : mais à la 
verité ils n’eftoient que fix mille hommes; & auoient pour Chefs 
& conduéteurs le Preuoft d'Angleterre, & le grand Efcuyer de 
leur Roy. Sur cela le Roy tint Confeil de ce qu'il auoïit à faire, 
& fût aduifé par les anciens Capitaines & gens de bien, qu'il 
deuoit tenir aduerties les Villes & Places qu’il occupoit en Bre- 
tagne,, lefquelles eftoient de meilleure & plus feure garde , & 

ue dans icelles il deuoic faire retirer fes gens d’armes , & laifler 

‘ailleurs faire aux Anglois cout du pis qu’ils pourroient , n’eftans 
. pas gens en cftat de prendre lefdites Villes par force ; & qu’en peu 
de temps ils fe lafferoient , & fe repentiroient de leur entreprife, 
tant pource qu’ils ne pourroient recouurer aucune folde des Bre- 
cons, qui n'eftoient pas en pouuoit d’en donnet : Que aufli, d'au- 
tant qu'ils ne pourroient pas faire de grands gains & butins pour 
fufhre à leur entretien, & qu'il faudroit que ls Royaume d’Angle- 
terre fournît entierement à leur folde & fubfiftance. Le Roÿ vfant 
de ce confeil , fit retirer fes gens d'armes , qui eftoient difperfez 
dans toutes les petites Villes qu’il cenoit en la bafle Bretagne , & 


les fit loger à Brelt, Saint-Malo, Dinan, Sainé&t-Aubin du Cor- 


mier, Vitré, Fougerés, Cliflon, & dans les Places de Monfeigneur 
de Laual, de Monfeigneur de Rohan, & des autres Barons qui te- 

noient fon party, & fit renforcer fon Armée de gens de cheual & 
de pied, & tres-bien rauitailler lefdites Villes, d'ou fe bonne 


74 HISTOIRE DE CHARLES VIII, 

1488, & rude guerre aux Anglois & aux Bretons : Ces Anglois entre 
UF" rent auant dans le pays de Bretagne, & dans la fuite du temps ils 
fe vinrent loger à deux lieuës de Dinan, là où ils Camperent. Les 
gens du Roy de leur cofté fe mirent en campagne, & fe pofterent 
entre Dinan & les Anglois, d’où chacun iour ils alloient efcar- 
| moucher iufques aux barrieres des _ mais ils ne les pou- 

* camp UOient atrirer hors de leur parc* où ils fe tenoient fort ferréz. Les 
| Anglois tâchoient de tout leur pouuoir d’auoir entrée dans les 

Villes de Bretagne, mais les Bretons n’ofoient s'y fier, apprehen- 
dans qu’ils ne Eur Éffent quelque mauuais tour ; cependant les 
Bretons & Anglois faifoient femer vn bruit , que le Roy d'An- 
gleterre drefloit encores vne autre grande Armée, & qu’il deuoict 
defcendre en perfonne vers eux auec tres-graride puiffance ; dou 
quoy, {e faifoit toûjours forte guerre , tellement que c’eftoit pi- 
tié de la defolation & de la pauureté en laquelle eftoit reduit lors 
ledit pays de Bretagne. | | de 
Audit mois de Mars mille quatre cent quatre-vingt & huit, le 
Grand-Maiftre de Rhodes, de la Comté de la Marche , furnom- 
*W.g-de- ME d'Anbuffon*, für creé Cardinal, & eût le chapeau : Et auffi le 
“he fütl’Archeuefque de Bordeaux, lurnommé * d'Effinay , du pays de 
d'Efpinay. Bretagne , lequel eftoit parent du Seigneur de Grauille Admi- 
ral de France. La deliurance du frere du Turc és mains du Pape, 
fût le moyen & la caufe , comme on difoit , de leurdite promo- 

tion. + a | 

Auril. Au mois d’Auril enfuiuant , le Comte de Vendofme*, & de S. 
*François Paul (à caufe de fa femme ) fût enuoyé de par le Roy és marches 

de Bourbon de Picardie pour le faiét de la gucrre des Flamans, & du Ducd'Au- 

. #  e. ftriche , afin de fecourir toûjours lefdits Flamans , & Philippes 
poufa Marie Monfeigneur de Raueftain. : ù : 
de Luxem- Audit mois d’Auril auffi, fût donné Arreft par la Cour de Par- 
A fon lement contre le Scigneur d’'Argenton*, qui auoit cfté pris prifon- 
re Phibppes nicr aucc les Eucfques de Perigueux & de Montauban ; & für dit 
. dans l’Arreft, se à quatriéme partie de fes biens feroit confifquée 
4 au Roy, & que durant dix ans il feroit confiné & relegué en vne 

de fes maifons, telle qu'il plairoit au Roy de nommer ; lequel ne 
voulut pas vfer de toute la rigueur de Iuftice, & ne difpofa point 
de la quatriéme partie defdits biens, ainfi que portoit l’Arreft. 

1489. | Audir mois d'Auril mille quatre cent quatre-vingt & huit, & 

quatre-vingt & neuf , le Roy eftant à Chinon , receñt nouucl_ 

Auril. les que Monfeigneurle Duc de Sauoye s’eftoit misen chemin pour 
Nota qu venir deuers luy ; la caufe de fa venuë eftoit pour vne diuifion & 
ri queftion, qui eftoit entre luy & le Marquis de Saluces, à caufe de 
lors encor l'hommage dudit Marquifat que ce Duc demandoit , & vouloit 
D contraindre le Marquis à luy en faire hommage : Ledic Marquis 
eitenca. foûtenoit ke contraire , & difoit qu’il ne le senoit pas de luy, mais 


:ROY DE FRANCE, | 7 

du Roy *, àvaufe du Dauphiné ; & que pour rien dumondeilne 1480. 
 feroit pas le contraire ;ce que voyant ledit Ducde Sauoye; & pre- _ 

nant octafion que le Roy auvit fes gens-d'armes occupez és guer: ri 
res de Bretdgne & de Flandres ; il s'efforça de faire guerre audit v.p.604. de 
Marquis, & y alla auec fes fotces contre luy ; tellement qu'il prit 7 sd 
la pluf, ant de fes Villes &.Places, Et fut ce Marquis contraint de impref: du | 
venir à téfuge pardeuers le Roy , pour luy demander fecours. Le Zowe .é: 
Roy auant que comimencer la guerre au Duc de Siuoye voulut a 
bien l'en aduertir, pource qu'il eftoit fon coufin germain , & en- re, 6 par- 
uoya de fes pens pardeuers luy., afin de le prier qu'il fe deportât #2 Pre 
de certe ‘entreprife , & iqué cette matiere fe vuidâc à l'amiable; & * 2e aa 
que gens fuffent ordonnez pour voir & examiner les droits d’vn Dr 
cofté & d'autre, afin de mettre vn chacun à la raifon. Le Duc de Roy — 
Sauoye-vfa d'auétorité là-deflus , difant que ledit hommage luy 4x Dauphi- 
appartenoit, & qu'il l'auroit : T'outesfois les Deputez du Roy luy Un 
remonftrerent gracieufement que la voye ainiable luy feroirmeil: Duc de Sa- 
lcure & plus profitable, que d’y proceder par voye de fai& , & que uoyc. 
le Roy ne le perimettroit iamais autrement ; enfin ils aduiferent & | 
conuintent d'vn iour pour craïter de cette matiere, & que le Roy 
nommeroit desgens de fa part, & Monfeigneur de Sauoye aufli de 
la fienne, & qu'ils fe trouucroient fur les limites du Dauphiné & de 
la Sauoye , pour trouuer quelque bon -expedient fur ‘ce differend. 
Le Roy donc de fa part ordonna, à ce fuict, des gens de bien de fa 

Cour de Parlement à Paris, dont Maiftre Thibaut Baillet fecond 
Prefident eftoit le principal chef des Deputez ; aufli y eftoit l'Ad- ss 20 
uocat du Roy à T'houloufe ; & les principaux de la Cour de Par- por exami- 
lement & de la Chambre des Comptes . Dauphiné, garnis des péra.2es 
titres du Roy. D'autre patt Monfeigneur de Sauoye ordonna. des #viff d'H- 
principaux de fon pays pour Commiffaires en l'examen de certe 28° 452 
affaire , & furent les chofes debatuës d'vn cofté & d'autre , &y 
cût plufieurs affemblées fur ce fuiet ; mais les Sauoyens* ne vou- * 4. Sa- 
loient venir À aucune raïifon ; & bien que de la part du Roy. il “Y** 
fut fortement remonftré que ledit hommage luy appartenoit , ils 
n'y vouloient enrendre ny deferer , & le vouloient auoir , quel- 
rs droiét que le Roy alleyuât concr'eux, &ne cefloient point dé 

aire la guerre au pays de Saluces. Voyant donc le Roy que le 
Duc deSauoye ne vouloitvenir à aucune raifon , il réfolut d'y em 
ployer la force pour luy empécher cette vfurpation ; & à ce fuiet 
il ordonna gens pour luÿ aller faire la guerre, dequoy monditSei. | 
gneur de Sauoye cftant aduerty, il ne voulut pas laiffer proceder | 
le Roy par voye de fai& , fe doutanc qu'il ne füc trop foible, & 
enuoya prier le Roy, qu'il fe voulût deporter de faire auancer fon 
Armée, l'affuranc qué dans peu de cerps il {e rendroit pardeuers 
luy , auec les gens de fon Confeil , pour trouuer quelque bon moyen 

d'accord fur certe mariere : De plus il ft fçauoir au Roy , qu'il 

K ij 


76 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


| defiroit fort dele voir, & des’offrir à luy pour le feruir de rouf fon 
Sd à pouuoir. Le Roy condefcendit volontiers à fa requefte; &c pour- 

+ print a <e qu'en cedit mois d’Auril il s’eftoit mis en chemin , le Roy de- 
Charles 1, libera de l'aller receuoir à Tours, & d'y faire la fefte de Pafques, 
DucdeSa- ainfi qu'il fit, auant laquelle ce Duc arriua à Tours * bien ac- 
Dertet compagné de Seigneurs , Cheualiers , & Gentilshommes de fon 
que le Roy pays: Car il auoit amené aucc luy route la fleur de fa Nobleffe, 
Roc mefme des Euefques , fon Chancelier qui eftoit l°vn defdits 
re. Eucfques, & plufeurs gens de bien de fon Confeil. Il auoit'qua- 
Hifi. deSa- rante Archers de fa garde bien en point, & tenoit-on qu'il auoit 
Ed du moins huit cent Lo à fa fuite. Le Roy enuoya au deuant 


*a-fortho- de luy des principaux de fa Maifon, & le recucillit grandement*, 


norable- : | ‘ | 
ee en le traitant & le faifant fort bien traiter , auec tous fes gens : 
no. Aufll Monfeigneur de Bourbon & Madame , qui eftoit fa cou- 
Charlorre {1ne germaine *, l'entretenoient fort bien , &luy communiquoient 
deSamye, & failoient part des affaires du Roy , & du Royaume : Ce Duc 
fé de Sauoye de fa perfonne eftoit ieune, comme de vingt-quatre * 
#1 7 à vingt- cinq ans , de moyenne taille , bien formé, plaifant & 
“ Lor.ans, agreable ; & fi cftoit-il homme fage, qui fe gouuernoit par con- 
eil; & de fa perfonne, s'accommodoit & ajuftoit fortbien. Aprés 
que la fefte k affée , il requit au Roy qu’il fit propofer la ma- 
tiere du difcrend fus-mentionné dans fon Confeil, & qu'elle y fût 
debatuë, & fes gens oüys; le Roy le fit volontiers, & le tout veü, 
les gens du Roy remonftrerent en fa prefence , comme ledit hom- 
mage appartenoit au Roy de toute ancienneté, & que le Duc de 
pr por. Sauoye ne le pouuoit bonnement contredire ny l'empécher, eftans 
Marquifaæ les chofes bien debatuës de part & d'autre ; les gens dudit Duc de 
de Saluces, Sauoye difoient au contraire auoir de plus grands & meilleurs ti- 
PA tres feruans à leur cas, dont ils ne pouuoient faire fi prompte dé- 
couuerte , ny les monftrer fur l'heure; parquoy ils requirent qu'il 
| ec au Roy de leur donner quelque efpace de temps pour en faire 
arccherche & les apporter; & à ce fuiet , de vouloir prolonger l'ar- 
bitrage;le Roy l'accorda à la requefte du Duc de Sauoye, qui l'en 
pria cres-inftamment, pourueü que cependant les Places qu'il auoic 
prifes fur le Marquis de Saluces fuffent mifes en main-tierce ; la- 
quelle chofe füt accordée; & pour main-tierce furent ordonnez 
Monfieur de Bourbon & l’Archeuefque d’Auchs, qui commirent 
gens de leur part dans lefdites Villes & Places ; & l'arbitrage fut 
Te prolongé iufques à vn an; cela fait & arrefté de la forte ledit Duc 
Sanye, fils de Sauoye fe tenoit toûjours auec le Roy , en s'’offrant à luy de 
de Louys  Îe feruir : mais de fon départ de la Cour il fera cy-aprés faic 
= . rs mention dans le temps a en partit. Pour le regard dudit Mar- 
d'Anne de quis de Saluces, il eftoit aufli en Cour, où il remonftroit fon bon 
Opre. roit , & la iuftice de fa caufe , & pour luy aider à fupporter les 


pertes qu’il auoit fouffertes à caufc dudit differend , le Roy luy 


‘ROY'DE FRANCE. 77 
- donnoit vne bonne & grande penfon, & le faifoit bien traiter: 1 489. 
Tout ledit mois. d'Auril Le: Roy feiourna à Tours, & auffi tout 
le mois de May mille-Quaure.cent quatre-vingt & neuf. a. L 
Et le premier iour dudit mois de May ,luy cftant au Pleffis du | 
Parc, il s'arma , & auec luy les ieunes Scigneurs & Gentilshommes 2. F 7 
de fa Maifon, & cftant accompagné des: quatre cent .Archers de Ler queriré 
fa garde aufli armez , & ayans leurs arcs bandez & chacun fatroufle pee Fa 
au cofté , ils allerent querir le May danse bois de Sain&-Cofme, de lan 
d'où ils s'en vinrent à des liffes qui eftoient preparées deuanc le figere. 
Parc dudit lieu du Plefhs , là où ils coururent & firent plufieurs 
tours ; il les faifoit fort beau voir, Monfeigneur de Bourbon, & se vi 
Monfeigneur de Sauoye , & les autres Seigneurs & Chambellans somme auét 
de la Maifon du Roy y cftoient , lequel ils accompagnoient. Il clsy de Sa- 
failoit tres-beau voir le Roy qui eftoit bel homme d'armes , bien "7" 
adroit à cheual, & qui auoit fort bonne contenance : Aucuns de 
fes Capitaines eftoient toûjours auprés de luy, qui l'inftruifoienc 
à manier & conduire {a lance , & faifoient mettre enfemble trous 
ceux qui eftoient armez, qu'ils faifoienc marcher comme s'ils euf- 
{ent Rr rangez en bataille en face de leurs ennemis; le Roy y fai- 
foit la fonétion de Capitaine , à quoy il eftoit fort inftruit , & 
fçauoit comme il s'y deuoit conduire & gouuerner. Il y auoit au- ” 
prés de luy de ieunes Seigneurs Monfcigneur Lowys d'Armagnac me ni 
Comte de Guife , Losys Monfeigneur de Vendofme, & Louys Mon- Comte de 
feigneur de Luxembourg , de l'âge du Roy. Tout ce mois de May 6° 
ils frequentoient ainfi les armes, tancoft à joûter, puis à la cour- 
fe, & autrement, pour s'exercer d’autanc plus, & fe rendre habiles 
aux armes. | 
En cedit mois de May mille quatre cent quatre-vingt & neuf, 44or d'An- 
Mcffire Antoine de Beauuau Seigneur de Precigny , Confeiller & in 
Chambellan du Roy, & premier Prefident lay en fa Chambre des premier Pre- 
Compres, alla de vie à trefpas; duquel l'Eftat de premier Prefident Dit Lay des 
de ladite Chambre fut par le Roy donné à Méflire Efhenne de jui furcede 


nel [ucce de 
Vers Seigneur de Grimaut en Prouence, auffi Confeiller & Cham- Éftienne de 
bellan du Roy s & Bailly de Meaux. Vers. 


Parcillement tout le mois de luin enfuiuant mille quatre cent 
quatre-vingt & neuf , le Roy fit feiour ès marches de Tours, & 
d'Amboile. | 
: En ce mefme mois le Duc de Sauoyeeüt nouuelles que fa fem-, pue 
me cftoit accouchée d’vn fils, dont il fût fort ioyeux, pource que de Charles- 
c'eftoir le premier; & pria le Roy de le faire tenir , & luy don- pee cs 
ner fon nom* ; ce que le Roy fit volontiers. Et prit lors congé is 


: ; hoye , 10m 
du Roy ledit Duc de Sauoye, lequel s'en alla deuers fa fémme en méas Ba- 


fon Duché. 


Aufli en cedit mois de luin, pource que les Bretons publioient | 
que les Anglois dreffoient vne feconde Armée, & que le Roy de _ 


K 1j 


Iuin. 


7 HISTOIRE DE CHARLES. VIIL. 

1480. Caftille .&. d'Aragon efkait. leur allié , qui leuoit vne Armée pour 

entrer dans le Roufillon ,:& venir À Pérpisuan à caufe qu'il que- 

NE relloit toûjours la Comté de Roufkllon * ; le Roy pour Éuiter aux 

Roufilon.  inconueniens qui En pourroliéntaduenir ,enuoya des gens de gucr- 

re fur les limites dont 'on-adoit quelque doute, comme de Bour- 

.. deaux & de la Guyenne : Et pour la garde de ces Pays-là füc or- 

* Monfew donné Monfcigneur d'Engoulefme* Gouuerneur de Guyenne, & 

d es auec luy Meflire Pierre de Rohan Seigneur de Gié Marefchal de 

RD France ; & fur les limites de la Comté de Roufhilon füt ordonné 

Guyenne. ]e Comte de Montpenfier, auec des Seigneurs de Linguedoc & 
du Dauphiné. | | LL. 

Audit mois de Iuin mille quatre cent quatre-vingt & neuf, 

Monfeigneur & Madame de Bourboneürent par échange de Mef- 

feigneurs Fear d’ Armagnac Duc de Nemours, & Louys d'Armagnac 

Comte de Guife le Vicomté de Carladés, & la Seigneurie de Mu- 

rat, & autres belles Terres, Scigneuries &c Places fortes, qui auoient 

cfté à feu Monfeigneur Jacques d'Armagnac Duc de Nemours : Et 

fut baillé par mondit Seigneur de Bourbon & ladite Dame fon 

époufc à l'encontre, la Comté de Lifle en Jourdain, les Seigneuries 

de Fahy & Bofols en Auuergne, & douze cent liures tournois de 

rente qu'ils auoient fur le Seigneur d'Albret. Ce fut vne tres-belle 

pour ledit Seigneur de Bourbon & ladite Dame , & 

| vn fort grand accroiflement pour leur Duché d'Auuergne. 

Die Tout le mois de luillet enfuiuant mille quatre cent quatre- 
vingt & neuf, le Roy für és marches de Tours & d'Amboife; & 
pource que quand le Roy d'Angleterre auoit mis fur pied les fix 
mille hommes fufmentionnez qu'il auoit enuoyez en Bretagne, 

Decime. Les Prelats & gens d'Eglife d'Angleterre luy auoient oétroyé vne 
cordée au Decime ; & que le Roy auoit beaucoup à fupporter à caufe des 
Royd'An- guerres de Bretagne & de Flandres, à sen {es deniers ordinaires 
gere. ne pouuoient bonnement fufhre, il fut aduifé par ceux qui eftoient 
| auprés du Roy, qu'il feroit bon & vtile à l'Eftat que les Prelats & 
gens d'Eglife de France oétroyaffent au Roy vne femblable De 
cime. À cette caufe le Roy manda à Amboife, en cedit mois de 
luillet aucuns des principaux Prelats, & aufli le premier Prefidenc 
du Parlement Maiftre Iean de la Vacquerie , & aucuns Confeillers 
de ladite Cour auec luy , pour aduifer enfemble fur les moyens 
comme on y procederoit : Mais ledit premier Prefident & lefdits 
Confeillers pour ladite Cour , & auffi lefdits Prelats de leur part, 
firent au Roy des remonftrances, portans entr'autres , comme en 
Les Papes tel fait de Decimes le Pape ne les accorde iamais qu'il g'en ait 
nos ag pour luy vne grande partie , qui ne reuient point; d'autre part, 
Decimes qu’il n’eft pas croyable de fçauoir les fraiz qui s'y font , & que la 
qWils n'en D des leuées qu'on y fair s'en va en telles marchandifes. 


4 £ l . . e | » 
pe.  Aufli remonftrerent-ils comme le Roy tiroit de grands Deniers 


ROY DE FRANCE. 79 


de fon peuple, au moyen defquels les Prelars & gens d’Eglife ne 
pouuoient eftre qu'à grand’ peine , & aprés vne ei attente, 
payez du reuenu de leurs terres & domaines ; de forte que fi on 
prenoit encores la Decime , l'Eglife auroit beaucoup à fouffrir: 
Auffi ceux du Parlement declarerent, que qui viéndroit à eux fur 
ce fai-là demander prouifion & décharge en luftice, ils la bail 


roient aufli-toft , parquoy la propofition demeura fans fortir 


cffet. | 
Pource que les Flamans eftoient fort courus par les garnifons 


d’aucunes Villes eftans dans la Comté de Flandres, comme de- 


Nieuport, Dixmude, Dunquerque, & autres Villes eftans fur les li- 
mites de Calais & de la Mer , lefquelles tenoient le party du Duc 
d'Auftriche ; & qu'au moyen d'icelles courfes , leurs viures leur 
eftoient fort empéchez , ils fupplierenc le Roy qu'il luy plûc les 
fecourir d'vne Armée pour reduire lefdites Villes ; dequoy ils re- 
aufli bien fort le Seigneur des Cordes Lieutenant general 
u Roy, afin d'y faire diligence. Le Roy accorda leur requefte, 
d'autant plus que lefdites Villes fauorifoient ceux de Sain&-Omer, 
& les fecouroient de viures & de gens; tellement qu’il manda au- 
dit Seigneur des Cordes de tenir prefts fes gens, tant de fes Or- 
donnances que de pied, & aufli de l'artillerie , en maniere qu’il 
püût aller 7 # & reduire en fon obeïffance lefdites Villes ; ce 
que ledit Seigneur des Cordes fit durant tout cedit mois de Iuil- 
let mille quatre cent quatre-vingt & neuf: Aufli les Flamans pre- 
paroient leurs gens de leur cofté. | 
Audit mois de luillet mille quatre cent quatre-vingt& neuf, le 
Roy eftant coûjous és marches de Touraine , mondit Seigneur 
des Cordes auoit fait fi bonne diligence, que fon Armée fut prefte 
en Picardie, & la fit affembler autour de la ville d’Aire : Aufl les 
Flamans auoient mis fus leurs gens , & les auoient fait venir aux 
enuirons de Dixmude , pour s’affembler auec ledit Seigneur des 
Cordes : Mais auant qu'ils fuffent ioints , les gens du Duc d'Auftri- 
che s’affemblerent le plus fecretement qu’ils pûrent,& prirent auec 
eux des gd ir de la Comté de Guines, & d’autour de Calais 
(on tenoit qu'ils eftoient bien douze cent hommes, ) & fe mirent 
à porter la croix blanche, comme s'ils euffent efté des gens du Roy, 
uis ils fe vinrent ioindre aux Flamans, qui les croyoient de prime 
3e eftre des gens dudit Seigneur des Sr incontinent 


ils commencerent à fe ietter fur les Flamans , dont auant qu'ils - 


euffent le loifir defe mettre en defenfe, ils en tuerenc, comme on di- 
foit, fix à “+ cent. A la fin les Flamans, qui eftoient en beaucoup plus 
grand nom re qu'eux, {e mirent en defenfe,& les repoufferent aprés 
en auoir tué trois à quatre cent. Le Seigneur des Cordes fut in- 
continent aduerty de cette méprife,& en toute diligence fit marcher 


fon Armée, & le lendemain fe ioignitaux Flamans, auec lefquels ils 


1439, 


So HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


| 1489. Sen allerent mettrelefiege deuant Nieaporr, où eftoient entrez quel- 

ues {pt à huit cent hommes de guerre Allemans, & autres: Cet- 

- te Ville fut batué, & vn affaut donné; mais ceux de dedans firent 

bonne defenfe, & aufli l'eau des foffez n'auoit pas efté affez vui- 

dée ; parquoy les affiegeans n’y püûrent entrer : Et derechef le Sci 

neur des Cordes la faifoit battre, & y faire fes approches , deli- 

Pere d'en venir enfin à bout, & l'emporter." Mais l'Euefque de 

Lombez eftant deuers ledit Duc d'Auftriche, pour le fait de la 

paix , luy écriuit qu’il ne procedât plus outre, “ que la paix 
entre le Roy & ce Duc eftoit concluë; parquoy ledit Seigneur des 

Cordes & les Flamans fe defifterent de proceder plus outre, & re- 

cirerent leur Armée de l’entreprife de ce fiege. | 

Nous craicerons de ladite paix, pource qu'elle fut concluë en ce 
mefme mois de luillet mille quatre cent quatre-vingt & neuf, & 

* Pag.7o. comme il a efté dit cy-deuant*, l’Euefque de Lombez Abbé de 
Sainét-Denys, le Seigneur de Rochechoüart,& Maiftre Pierre de 
Sacierges Maiftre des Requeftes , furent enuoyez aprés le Comte 
de Naffau deuers le Duc d’Auftriche pour accorder aucuns Articles 
que ledit Comte n’auoit voulu paffer, & pour conclure & mettre 
fin à cette paix : Ils trouuerent le Duc d’Auftriche en Alemagne : 
à Francfort , là où il auoit affemblé la plufpart des Seigneurs de 
l'Empire , & autres fes parens ,rant pourle fait dudit Empire, & 

* Frideric pour fe l'affurer aprés le crépas de fon pere*, que pour aucuns dif- 

NT. Emp.dés ferens que fon pere auoit contre le Roy de Hongrie” , lequel luy 

mar 4o3, Menoit forte guerre, & auoit dés-ja conquis fur luy la plufpart de 
© *Vladifas [a Duché d’Auftriche , mefmement la principale Ville , nommée 

Vienne. Mais pource que ledit Roy de Hongtie eftoit vieil , & 
n’auoit aucuns enfans legitimes , ains feulement vn Baftard , ledit 
Duc d’Auftriche tâchoit de faire paix auec luy , afin d’auoir le 
Royaume de Hongrie aprés luy, en faifant bonne part de quelques 
Seigneuries à ce Baftard. Ce Duc mettoit en auant que ce Royaume- 
là eftoit lheritage de l'Empereur fon pere, comme proche parent 
du Roy Lancelot. De plus, il follicitoit vn fecours d’Armée enuers 

* C'efädir lefdits Scigneurs* de l'Empire contre le Roy, pour foûtenir la 

D guerre de fon fils*, en leur difant que le Roy l’auoit chaffé hors 

*Philippes des Pays & Seigneuries de fondit fils le petit Duc Philippes , qui 

Lui futpe- S'inciculoit _A4rchiduc d'Anftriche. Ledit Euefque de Lombez & Îles 

re de l'Emp. : | | 

Charles A autres Ambaffadeurs communiquerent ne LE Duc fur le faict 

| … dela paix , lequel de prime abord tint de grands difcours de plain- 
tes & voit de grofies paroles, que les Allemans font affez coûtu- 
miers de tenir , mais les Seigneurs de l'Empire ne vouloient pour 
rien condefcendre à faire la guerre au Roy. 

Et afin que mieux foient entendus les termes & difcours qui fu- 
rent tenus à iceux Ambaffadeurs, cy-aprés font iointes les Lettres 
qu'ils en écriuirent au Roy, incontinènt que la paix fut conclué. 

| Sire , 


ROY DE FRANCE. Br 

Sire , tant hamblement que faire pouuons , nous recomman- ; 480. 
dens à voftre bonne grace ; Plaife-vous fçauoir , que depuis que, 
vous auons dernierement écrit iufques à prefent , nous ne. vous te 
euflions fceû faire à fçauoir chofe ou il y eût feureté ne arreft ; car Ambafa- 
nous auons icy trouué le Roy des Rornains à vne Affemblée , par raid ss 
aduis de laquelle il'a voulu éonduire & expedier les affaires, pour a 
lefquelles il vous a pleû nous enuoyer par deçà ; & combien quep#r.# 
fçauons que croyez nous auoir à noftre ‘partement baillé charger ras 
demy faite: toutesfois quand il éft venu à eñ pratiquer la conclu- friche. 
fion , nous nous fommes trouuez perplex & loin de compte ; Car 
en ladite Affemblée, quieft la plus grande en nombre de grands 
Princes , qui fût long-temps. y a tenuë en er , {e font 
trouuez gens de diuerfes opinions, aucuns defquels defirent la paix, 
les autres la guerre ; parquoy chacun iour nous auons cfté feruis 
de diuerfes réponfes ; à l’vne fois, de telles qui nous donnoient 
quelque attente de trauailler ; à l’autre, nous en oftoient coute ef- 
perance ;en maniere qu’eftions prefts de partir : Ce que nous euf- 
fions fait il y a long temps ,veü l'ennuyeux pafle-temps qu'auons 
icy , n'eût efté que nous connoïfhons clairement que la diffimu- 
lation & la demeure que nous faifons feruiroit à empécher l'oroy 
de l’aide quele Roy des Romains auoit demandé & requis aux 
Princes, &.gens des autres Eftats de ladite Affemblée , qu'il trou 
uoit prefque toûjours enclins à luy aider & luy donner fecours dans: 
fes affaires. Mais les remonftrances faites tant en general qu'en. 
particulier , du deuoir en quoy vous vous mettez des differens 
d'entre vous & luy , les a mis-en tel differend entr'eux, qu’ils ne 
{çauent en fortir , quelque bonne volonté que la plufpart d’eux 
eüt de luy complaire ; au moyen dequoy nous eftions certains , 
que fi nous nevenions à vne conclufion de paix , qu'à tout le moins 
nous empécherions qu’on ne luy fit aide, qui pour cette heureluy 
püt profiter, & vous nuire. | | 

Sire, aprés plufieurs differentes trauerfes euës fur cette matiere, 
qui longues feroient à mettre par écrit, &encores plus ennuyeufes 
à vous de les lire ,nousauons à l’aide de Dieu tant fait, qu’auiour- 
d'huy paix finale a efté arreftée, conclué, & iurée entre vous, & le 
Roy des Romains, Monfeigneur l’Archiduc fon fils, vos Pays, 
Suiets, PRE EE au plus prés de voftre intention que poflible 
nous a cfté ; de laquelleen toute diligence iceluy Roy des Romains 
aduertit le Duc dé Saxen fon Licutenant és pays & marches de 
Flandres ; & fia faitarrefter ceux qu'il auoit le long du Rhin à fon 
fecours : Et nous femblablement l'auons fait fçauoir à Monfei- 
ghcur le Marefchal des Cordes, afin qu’on cefle d'vne part & d’au- 
tre tout exploit & execution de guerre, & tous actes d’hoftilité; 
& en outre luÿ auops écrit, qu'il fafle deputer gens pour les trois 
Membres & Eftats defdits pays de Flandres, & leurs adherans ; afin 

L 


ç 


82 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
14 89. de fe trouuer pardeuers vous en quelque part que vous {oyez dans 


le huictiéme iour de Septembre prochain venant, auec ample pou- 


_uoir de negocier fur la pacification des differens qui de prefenc 
font entre die Roy des Romains & eux, & leurfdits adherans ; 
auquel iour femblablement il enuoyera tant à cette fin, que pour 
voir ratifier ladite paix, Monfeigneur le Comte. de Naffau & autres 


tant de fon Confeil , — par les Eftats des Pays de Mon- 


fcigneur fon fils qui de prefent tiennent fon party. | 
Et pource, Sire, que nous doutons que mondit Seigneur le Ma- 

refchal differe d'accomplir le contenu en nofdites lettres’, nous 

vous fupplions, Sire, qu’il vous plaïfe, en accompliffant les cho- 


fes contenuës audit Traité de paix, de luy écrire de fe retirer de 


fon cpfté auec lefdits gens de guerre : Et aufi vous plaife écrire 
aux fufdits des Membres & Eftats de Flandres, qu'ils enuoyent 
leurs Depurez auec vn pouuoir ample de negotier, fans qu'il foit 
befoin de retourner dauantage deuers eux pour la conclufion des 
fufdites matieres ; & qu'ils y trauaillent tout ainfi que contient en 
fon dernier chef le memoire &l’aduis qu’ilsontbailié aux Ambaffa- 


deurs , que pour ces maticres autz enuoyé pardeuers eux; lequel 

aduis , à leur requefte vous nous auez depuis enuoyé, fuiuant le 
Fa ë / 

quel nous auons entrepris ladite Journée , & de nous affembler 


pour donner vne meilleure conclufion à leurs affaires. 

Au furplus, Sire, ledit Roy des Romains enuoye deuers Mada- 
me #nne de Bretagne Maiftre at ce de Brefcille, pour l’ad- 
uertir des Articles du Traité qu’il vous plaift luy accorder à fa fa- 
ueur & requefte , afin que de fa part elle faffe diligence d'accom- 
plir les conditions contenuës en iceluy .; qui eft de faire fortir les 
Anglois de fon pays: Ce qui femble au Roy des Romains, & aux 
gens & Ambaffadeurs qu'elle a deuers luy par decà; que non feu- 
lement elle le pourra faire, mais aufli qu’elle le fera volontiers : Et 
afin que plûtoft elle vous puiffe certifier de l'acceptation , qu'il 
entend qu'elle fera dudit Traité , il nous a priez de bailler audit 


de Brefeille feureté de pouuoir paffer par le Royaume; ce que pour 


cette caufe nous luy auons octroyé , & pour retourner pardeuers 
vous feulement. | a. ue 

Sire, nous faifons diligence de groffoier & mettre en forme ledit 

Traité de paix ; ce qu’eftant fait , moy Pierre de Sacierges ie m'en 

iray le plus diligemment que poflible mefera pardeuers vous, pour 

vous aduertir de routes chofes, & vous apporter ledit Traité : Mais 

* Ican de I NEantmoins nous vous ayons bien voulu par aduance fommaire- 

ou à de ment aduertir des deux Articles qu edens , pource qu'ils font d'im- 

Enefque de Portance,& qu'il eft befoin de faire diligence fur iceux, plus qu'il 

Lombez fais W'eft pour le prefent requis aux autres. Ét au regard de nous Euef. 

Cardinal que k ue. & de Rochechoüart, nous atrendrons à Pa- 


1493.mort 1 . 
1499. ris ledit Comte de Naffau , & les autres Ambaffadeurs , pour les 


ae 


2 me ot ER 


ROY DE FRANCE. | 83 
vous amener & .conduüire , ainf qu’il en à efté conuenu entr'eux e 
_ & nous. es "4 2° 

Et à tant prions, Sire, le benoïft Fils de Dieu, qu'il vous doint Le22. Juilter 

tres-bonne vie & longue : Ecrit à la hafte à Francfort le iour de la 148 
Magdelaine , le vingt & deuxiéme iaur de luillet mille quatre 
cent quatre-vingt & neuf. Et au deffous eft écrit, Vostres bum- 
bles x tres-ahciffans faiets FEucfque de Lombez, de Rochechoüare, 
P..de Sacicrges ; & âu deffus de fa lettre , 45 Roy wofire Souverain 
Seigneur. …_ om | | 
Pour plus amplement auoir connoiffance de ladite Paix , cy- 
aprés fonc inferez au long les Articles tels qu'ils furent faits & 
paffez par lefdits Ambaffadeurs , ayans Pouuoir du Ray , auec le 
Duc d’Auftriche Roy des Romains. . 

Au nom & à la loüange de Dieu noftre Createur, & de route la 7,44 4 
Courcelefte, paix TI alliance, & intelligence à toûjours. paix enrre Le 
cft faite, promife, & iurée encre tres-haurs & cres-puiffans Princes 7 reg 
Maximilien par la grace de Dieu Ray des Romains , tant en fon. Maximilian 
nom, qu'au nom & foy faifant fort de Monfeigneur Philippes Ar- pe 
chiduc d'Auftriche mineur d’ans, leurs hoirs, Pays, Seigneuries , Francfort 
& Suiets d'vne part; Et tres-haut, tres-excellent, cres-puiflanc , &c l'an 1489. le 
res-Chreftien Prince (harles par icelle mefme grace Roy de Fran’, …. : 
ce, & Marguerire {a femme & Tv leurs hoirs, Pays, Seigneu- proprement 
ries, & Suicts, d'autre part ; par laquelle toutes rancunes , haines &:7 cb en 
malueillances des vns enuers les autres font mifes ius , & oftées ; Depuis pr 
& toutes iniures de fai, & de paroles remifes & pardonnées. Traité de 

| .J , : Senlis 1493. 
… fre cft aduifé que pour plus grande feureté de ladite Paix, & reine 
our eftre perpetuelle à roûjours la prefente vnion & amitié, que r# au long 
À veué des deux Roys eft neceffaire ; & à cette fin, dés à prefent Te fie | 
le Roy des Romains enuoyera fes Ambaffadeurs deuers le Roy rHif. 4e 
tres-Chreftien fon beau fils , pour aduifer du iour & du lieu prés Cominesim- 
la fronuiere , où ils deuront conuenir enfemble & s’entre-voir ; au- per . 
quel iour & lieu ainfi conclu, vn chacun d'eux fe grouucra fans au- soz. 
cunc difficulté. | à | 
tem , quant à la reftitution des Duché de Bourgongne, & du 
Comté de Charolois, enfemble des fruiéts & leuées d'iceux deman- 
dez parles Ambaffadeurs & Orateurs du Roy des Romains , n'ague- LeTrairé dis 
res cftans pardeuers le Roy tres-Chreftien fon beau fils , pource 4 Arr2#»4e 
ue le Roy tres-Chreftien a répondu en vouloir faire felon Iu- 2 Roy 
ice , en enfuiuant le Traité de paix de lan mille quatre cent qua- Louys XI. 
tre-vingt & deux,comme plus amplement il entend de dire à la- D 
dite Afflemblée, lèédic Roy des Romains fon beau-pere pour bien d'Afriche. 
de paix, confent que cette demande foit differée & remife iufques . 
à ladite voué & Aflemblée. _ 

tem , fur ce que le Roy tres-Chreftien demande la ville de. 

Saintt-Omer luy eftre dés à prefent renduë , le differend de ce pre- Omer. 


L 1} 


ncamememmememmmmne. à 


s 


1489: 
= touchant le faiét des pays de Flandres, Brabant, & leurs adherans, le- 


84 HISTOIRE DE CHARLES VIIL. 


fenc Article fera remis à la veuë & Affemblée defdits deux Roys. 
tem au regard de ce ue lefdits Ambaffadeurs ont demandé, 


dir Roy tres-Chreftien defire de tout fon cœur pour le bien de mon- 
dit Seigneur l’Archiduc fon beau-frere, qu'ils foient remis en bon- 
ne paix, & qu'ils fe conduifent honneftement & reucremment en- 
uers ledit Sieur Roy des Romains , ainfi. qu'il appartient. Et à ce 
faire les induira par toutes voyes deuës & pofhbles ; & promet de 
bonne foy , autant qu'il peut promettre , d'y faire & de s’y em- 
ployer loyaument & diligemment pour ledit Roy des Romains, 
tout ainfi qu'il voudroit eftre fait pour luy en | apr cas, & d'y 
garder de tout fon pouuoir l'honneur & le profit dudit Sieur Roy 
des Romains , dautant qu'il reputera dorefnauant leurs fortunes 
cftre communes, puifque l'on vient à reünir & reintegrer la paix, 
amour , bien-veüillance , & alliance entr'eux ; & pour plûtoft 

donner fin & conclufon , l’on fera enuoyer par les Eftats dudit 


Pays, d'vn party & d'autre, des gens ayans ample pouuoir de tra- 


uailler & conclure en la pacification des differens qui peuuent eftre 
entre ledit Sieur Roy des Romains & eux, fans qu'il foit plus be- 
{oin de retourner deuers ceux qui les enuoyeront pour la conclu- 
fion defdites matieres ; & cependant ne fe fera aucun exploit de 
guerre d'vn cofté ny d'autre : Et aflure le Roy herhies le- 
dit Roy des Romains fon beau-pere, qu’il entend en cette matie- 
re, & en toutes autres , garder fon honneur & fon profit, & n'y 
auoir point d'autre regard , comme par experience il le monftrera;. 
car il fçait bien qu’en gardant l'amitié de fondic beau-pere , il la 
doit preferer à toutes autres amitiez ;ce qu’il luy promet en bon- 


Nota Parole ne foy » & parole de Roy de France. 


de Roy de 
France. 


rem , & entant que touche les prifonniers & feruiceurs d’iceluy 
Roy des Romains, qui furent pris à Bruges, & qui de prefent font 
detenus à Gand, ou ailleurs, le Roy tres-Chreftien fera tellement 
qu'ils feront deliurez à pur &à plain quittes de toutes compofitions 
& dépenfes ; & f1 aucuns auoient dés-ja compofé, ou payé finan- 
ce, ils en feront rembourfez. | 

rem , & au furplus ,le Roy des Romains, à la requefte dudit 
Roy tres-Chreftien fon beau-fils, reprendra en fa bien-veüillance 
Mcflire Philippes de (lenes, & luy permettra ioüyrdes terres & biens 
qui luy pouuoient competer & appartenir, tant par luy comme à 
caufe de Mademoifelle fa femme. | 

rem , & feront compris en ce prefent Traité de paix les Alliez 
d'vn party & d'autre, pour eux, De hoirs & fuiets, fi comprisy 
veulent eftre ; ce qu’ils feront tenus de declarer dedans fix mois pro- 
chains venans; & d’iceux leurfdits Alliez feront tenus lefdits Roys 
faire exprefle declaration, lors qu'ils iureront d'entretenir ce pre- 
fenc Traité de paix. | | 


ROY'DE FRANCE. 8 
-: 7remi, en ce prefent Traité eft comprife la perfonne de Mada- , 489 
me la Ducheffe * de Bourgongne, vefue du feu DucCharles; & luy d 


e .e : | | : k . 
fera renduë laioüyffance de fes cerres de ChauJfin, de la Perriere*, &, til 
autres chofes qui luy peuuent competer & doiuent appartenir , feu dE: 


gant à caufc de fon doüaire, qu'autrement , felon la forme & les _ _" 
conditions contenuës à plain & declarées. és Articles faifans men- 2 


| : au _ ; gleterre. 
tion d’icelle refticution au Traité *de paix de l'an mille quatrecent +7,44 


| : & deux; lefquels Arudclés feront tenus pour inferez Chauflin c 


e mot à mot en ce prefent Traité.  ..: la Perriere. 


: : ; Û « * : _ * Ce Traité 
rem, les Suiets d’vn cofté & d’autreretaurneront à leurs biens im- fi x Arras 


meubles ; à fçauoir les Sujets & feruiteurs du Roy des Romains , & fm envier 
de mondit Seigneur l'Archiduc fon fils , à tels biens qu’ils peuuent De. 
auoir fituez dans les Royaumes, Pays & Seigneuries du Roytres - dasant 
Chreftien : Et les Suiets & feruiceurs d’iceluy Roy tres- Chre- À 
ftien, aux biens qu'ils peuuent auoir és Pays & Seigneuries def- e plufieurs 
dits Roy des Romains, & Archiduc fon fils , tant à ceux donc ils points 
ioüyfloient deuant les diuifions , que depuis le Traité de paix de 


l'an mille quatre cent quatre-vingt & deux. Et quant aux fruits 


_ & leuées des heritages , & rentes , tout ce qui aura efté donné & 


leué depuis le commencement defdites diuifions , iufques au iour 
de la Paix, par commandement des Princes, leurs Lieutenans ou 
Commis, ‘ donné & leué , & n'en pourra iamais cftre 
faite pourfuite contre les Commiffaires qui s'en font entremis, ny 
contre ceux qui les ont receus ,ou qui en ont profité. Quant aux 
arrerages des rentes, & cens, dont les termes font écheüs, afin d'en 
ofter toutes maticres de procés, ils demeureront à ceux qui enont 
le don par Lettres patentes. | 


tem , quant à toutes autres chofes mobiliaires , quelque don 


quicen ait efté fait , fi elles n'ont efté leuées & tranfportées des 


lieux , &. maifons où elles eftoient auparauant lefdites guerres & 
diuifions ; ce qui s’en trouuera eftre en iceux lieux & maifons, 
aprés la Paix publiée , appartiendra à celuy ou ceux à qui lefdits 
lieux eftoient auparauant la guerre, & les pourront prendre & le- 
uer , s'ils les y trouuent , fans qu’on leur puifle baïller fur iceux 
aucun trouble ou empéchement , pour quelque caufe que ce 
{oit. | | | 
| Jtem, touchant Frere Iean d'Eufhgny Abbé du Monftier Sainét- 
Jean, Mcflires Claude de T'houlongeon Seigneur de Baftie, An- 
toine Raulin Seigneur d'Efmeryes , Claude de Thoulongeon Sei- 
es de Traues, le Seigneur de Villerual, Frere Iean de Gomme- 
aut , Eftienne Dunereft, & Iean Brefeille, pour lefquels les Am- 
baffadeurs & Commis du Roy des Romains ont requis qu'ils fuf- 
fent compris en ce prefent Traité de paix ,a efté répondu qu'ils ÿ 
font compris, & pourront retourner feurementau Royaume, Pays & 
Scigneuries duRoy tres-Chreftien , & rentrer dans leurs biens , où 
| | L iij 


. 1499. 


* François 
IL. mort le 9. 
Sept. 1488. 
*V.pag. 8. 
precedente. 


86 HISTOIRE DE CHARLES: VIIL 
qu'ils foient fituez , tant audit Royaume, qu'au: Dauphine, & 
ailleurs. # L. de .. PRE 
tem, aprés la deffufdice veuë & Affemblée, & queleRoytres- 
Chreftien aura declaré finalement audit Seigneur: Roy des Romains 
fon beau-pere, les caufes de la detention de Monfieur d’Orleans, 
fi ledic Sieur Roy des Romuins perfifte en la requefte qu'il a faire 
pour ledit Sieur d'Orléans, il fera lors aduife de la forme d'y pro- 
ceder , en baillant feureté &. caution raifonnable & fuffifante au 
Roy , & au Royaume de France, qu'il ne Jeur aduiendra iamais mal 
ny dommage pour le fait dudit Sieur d'Orleans. 
| rem, & outre plus, le Roy tres-Chreftien accorde en faueur & 
à la requefte dudit Roy fon beau-pere , que les Villes & Places 
fortes quelconques du pays de Bretagne, +4 cftoient en la puif- 
fance & ioüyflance du Duc dernier * trépaflé ,au temps du Traité 
& appointement * dernier fait entre iceluy Seigneur & ledit Duc, 
foient dés maintenant remiles és mains de Madame «4#nne de Bre: 
tagne aînée fille d'icéluy feu Duc, moyennant & à condition qu’el- 
le fera tenuë de faire. vuider & fortir entierement les Anglois hors 
dudit pays de Bretagne, & baillera bonne caution & feureté de ne 
mettre cy-aprés. lefdits Anglois efdites Places & Forts, | 
Auec ce , au cas deffufdit ; c’eft à fçauoir , que ladite Dame Anne 
face vuider entierement lefdits Anglois hors du ‘pays de Bretagne; 
& qu’elle baille ladite caution &feuretés le Roy tres-Chreftien en 
faueur dudit Roy fon beau-pere, confent en outre, que les Places 
& Villes de Sainé&t-Malo , Fougeres , Dinan , & Sainét-Aubin, 
dont mention elt faite audit Traité, foient mifes en neutralité, & 
que Meffeigneurs les Duc de Bourbon & Prince d'Orenge tien- 
nent lefdites Places neutres, c'eft à fçauoir , ledit Seigneur Duc de 
Bourbon , en fon nom, & ledir Prince d'Orenge fous le nom du- 
dit Sieur Roy des Romains. | | 
Et pource que lefdites Villes & PlacesdeSain&-Malo, Fougeres, 
Dinan, & Saint- Aubin font mifes en neutralité és mains defdits 
Sieurs Roy des Romains , & de Bourbon , par la maniere deuant 
dite , ils promettronc & bailleront leurs fcellez , de les rendre & 
deliurer à celle des parties à qui le droiét en appartiendra. 
Duquel droiét , & de toute la queftion qui peut en eftre entre 
ledit Roy tres-Chreftien & ladite Dame Anne, fera dit au plûtoft 
que poflible fera, & au plus card dedans vn an prochain venant, 
pat luges non fufpects , à ce ordonnez | du confentement des 
parties. | | | 
Et ladite Dame Anne pourra enuoyer à ladite Affemblée des 
fufdits deux Roys, fes Ambaffadeurs, Confeillers , & feruiteurs, 
de quelque eftat ou condicion qu'ils foienr, iufques au nombre de 
cent perfonnes , & au deffous ; fans que pour cela ils foient tenus 
demander ny auoir autre feureté ou ÉuË conduit. | | 


(ROY DE FRANCE. g 


Jrem, & par ce prefent Traité les deux Roys demeureront en Q 
leur entier en autres chofesnon comprifes en iceluy, pour les pou- 422: 
uoir demander & pourfuiure par voye de luftice comme il appar- 
tiendra, & non autrement. . | 

_frem, & feront dés à prefent lefdits Roys publier le Traité de zeTrairé 
paix de l'an mille quatre cent quatre-vingt & deux, dont és Arti- ne de 
cles precedens eft fait mention. | PRE 

rem, & pour plus grande feureré des chofes accordées & 
conclués, ils TT l'yn: à l’autre reciproquement leurs feellez 
auec les feellez des Princes, Seigneurs, & Villes, qui feront 
aduifez & nommez par ledit Roy tres-Chreftien, & les Ambafla- 
deurs que de prefent enuoye deuers luy ledit Sieur Roy des Ro- 
mains fon beau-pere ; Jefquels feellez defdits Princes, Seigneurs, 
& Villes ainfi aduilez, vne chacune defdites parties fournira à l'au- 
tre au iour & au lieu qui feront pris & accordez par ledit Roy 
tres-Chreftien , & les Ambaffadeurs deflufdits ; & auec ce , les 
Parties fe foumettront à la coërtion & contrainte de noftre Sainct 
Pere le Pape, fous les fulminations & cenfures de l'Eglife. 

Lequel Traité de paix, en rous & chacuns les poinéts & Arti- 
cles cy-deflus contenus , nous fufdits Ambaffadeurs , Procureurs, 
& Commis defdits Roys & Princes, auons promis & promettons 
loyaument, & de bonne foy, fousnoftre honneur , au nom d'iceux, 
de fermement entretenir & accomplir de * eu en point, & les 
faire folemnellement iurer , ratifier , confirmer , & approuuer par 
iceux Princes ; & de ce , en faire bailler & deliurer leurs Lettres 
patentes en forme deuë & fufhfante, d'vne part & d'autre. 


Double de la Confirmation d'iceux Articles , faite par 
le Roy des Romains , tant en [on nom que pour 


fon fils l'Archiduc. 


Maximilian, ec. Nous en exerçant Ofhice de Roy, & voulans 
auoir la fruition des biens qui viennent de paix, & à noftre pou- 
uoir éuicer les maux infinis & deteftables , qui de la guerre s’en- 
fuiuent & prouiennent , à l’honneur & reuerence de Dieu noftre 
Createur , qui n’a voulu à nul mortel laiffer aucune faculté de 
donner paix , mais s'en eft voulu referuer la totale diftribution, 
comme autheur & Prince d’icelle, & en reuerence de fa glorieufe 
Vierge mere ; auons agreé , ratiñé, & approuué » agreons , rati- 
fions, & pps ei ces Prefentes fignées de noftre main ; & 
en bonne foy & parole de Roy promettons & iurons entretenir, 
& faire entretenir ledit Traité de paix, en rous & chacuns fes 
points & Articles cy-deflus accordez; & ce tant en noftre nom, 
que pour & au nom de noftre cres-cher fils l'Archiduc , duquel 
nous nous fommes faits & faifons forts; & aufli aux noms de nos 


1489. 


88. HISTOIRE.DE CHARLES VIII. 

fucceffeurs, & des liens, fans iamais aller pour nous, noftredit fils, 
ou nofdits fucceffeurs , au contraire dudit Traité, & d’aucuns-des: 
points & Articles cy-deffus écrits & accordez : Er s'il aduenoit, ce 
que Dieu ne veüille, que par nous, noftredit fils, nos fuccefleurs, 
ou autres de parnousilfüt contreuenu en aucuns defdits points & 
Articles cy-deffus accordez ; Nous confentons que les: Princés tant 
de noftre Sang , comme autres nos Sujets , & les crois Eftats des 
Pays & Scigneuries de nous, & de noftredit rres-cher fils, ne nous 
donnent aucun aide, faueur, fecours, ou afliftance ; & que la con- 
trauention & defaut, fiaucuns font faits, foient reparez & remis : Et 


_ pour mieux encore faire, nous auonsaudit cas, les fufdits Princes & 


* 41. le 22. 
luillet 1489. 


Seigneurs de noftre Sang , gens des Eftats des Pays & Scigneuries 
de nous, &'de noftre tres-cher fils , qui par noftre ordonnance 
bailleront cy-aprés leurs feellez , pour l'entretenement & feureté 
d'iceluy Traité, quitté & quittons par ces Prefentes de tous ferui- 
ces , aides & afliftances, que faire nous pourroient. Si donnons en 
mandement aux gens du grand Confcil de nous, & de noftre tres. 
cher & tres-amé fils, & à rous nos Baillifs, Senefchaux, Preuofts, 
luges, & Officiers, ou à leurs Lieutenans ; & à chacun fur ce re- 
quis, fi comme à luy appartiendra, que ces Prefences ils verifienc 
& enregiftrent en leurs Cours & Auditoires, & rout le contenu en 
icelles gardenr & obferuent de poinét en point , fans aller , ne 
fouffrir aller ou faire au contraire , en quelque maniere que ce 
{oit : Car ainfi nous plaïft-il , voulons , & ordonnons eftre fait. 
Et pource que de ces Prefentes l’on pourroit auoir affaire en plu- 
fieurs & diuers lieux ; Voulons qu’au vidimus d'icelles , ou à l’ex- 
traict d’aucuns des poinéts & Articles cy-deuant contenus , faits 
fous les Seaux par nous ordonnez aux contraëts dans les Pays & 
Seigneuries de nous, & de noftredit fils, ou fous autre Seel auten- 
tique, foy foitadjoütée en lugement, & dehors, comme à ces Pre- 
fentes : Et afin que ce foit chofe ferme & ftable à toûjours , nous 
auons fait mettre & appofer noftre Seel à cefdices Prefentes ; fauf 
en autre chofe noftre EDi@, & l’autruy en toutes. Donné à Franc- 
fort le vingtième * iour de luillet l'an mille quatre cent quatre- 
vingt & neuf, & de noftre Regne le quatriéme. Ainfi figné «#a- 
ximilian, Et au deflous , Par le Roy , Monfeigneur le Comte de 
Naffau , le Mouche de Vere , le Preuoft du Liege, & autres pre- 
{ens, de Brioul. | | 
Aprés que les Ambaffadeurs du Roy eürent ainfi bien conclu, 

& accordé tout le Traité de paix auec le Roy des Romains , il 
füt aduifé & deliberé entr'eux, quelefdits Ambaffadeurs s'en vien- 
droient iufques à Paris; & que à ils attendroient les Ambaffadeurs 
du fufdit Roy des Romains , pour fe rendre enfemble deuers Je 
Roy, afin de luy faire confirmer, & voir iurer ledit Traité de paix. 
Et pour donner fin à la guerre de Bretagne; comme auf pour faire 
& 


ROY DE FRANCE. 89 
& traiter l'accord des Flamans, & de leurs adherans,auec ledit Roy ; 489 
des Romains, dont le differendeftoit remis au Roy, comme il ft 
porté cy-deffus dans les Articles du fufdit Traité de À us A cette 
fin le Roy des Romains ordonna pour fes Ambaffadeurs le Com- 
te de Naffau , le Mouche de Veré, du pays de Bourgongne, grand 
Efcuyer de l’Archiduc fon'fils, le Preuoft de l'Eglife du Liege, & 
autres ;lefquels il fit preparer ; & mettreen chemin:Mais du temps 
de leur arriuée auprésdu:Roÿ, il en fera faic mention cy-aprés.en 
{on lieu, & auffi de ce qu’ils trauaillerent. Depuis ce Traité de paix . 
_ainf conclu , le Roy intitula le: Duc d'Auftriche fon beau - pere 
& Roy des Romains. D D 
Puifque nous auons parlé des chofes furuenuësau mois de Juil- 
lec mille _ ‘cent quatre - vingt & neuf, nous ferons pareille 
mention de ce’qui furuint au mois. d’Aouft enfuiuant ; auquel 
temps , pource que le Seigneur-de Rieux auoit affemblé le plus 
de Bietons qu'il auoit pû ; & qu'il auoit pris auec luy quelque nom- 
bre d'Anglois, &'s'en eftoit allé deuant Breft, où il tenoit le fiege; 
&auoitartillerie, dont il faifoit battre le chafteau, & que lesBretons | 
auoient des hauires, qui fauorifoient leur fiege du cofté de la mer, .. 
le Scigneur de Grauille* _Admiral de France fût -dépefché pour al- +7 16.4: 
ler dans la cofte de Normandie faire appréter le nauité du Kioÿj Admiraux, 
& le fien ,afin de faire leuer' ce: fiege & porter viurés aux gens du Ps he 
Roy qui eftoienr dedans le Chafteau , lefquels luy auoiïent fait fças pag. 540. de 
uoir qu’ils tiendroient iufques à ce.que leurs prouifions & rafrai- ds cp 
chiffemens fuffent prefts. Ledit Seigneur de Grauille eftoit lors le mefne eds: 
principal ayant auctorité en Cour aprés Monfeigneur & Madame sr. 
de Bourbon ; & depuis qu’il eftoit entré en cette auétorité il n’a- L'Admiral 
uoit point encor K meer la perfanne du Roy ; de forte qu'à spas 
caufe qu’on luy baïlla cette commifhion, le commun bruit eftoit, difgracic. 
ue la Cour commencoit à fe tanner * de luy, & qu’on luy bail- +47 1emer 
loit le* bout. Il en partit donc & alla en fa commiflion, & fitdi-, ne 
ligence d’apprefter le Vaiffleau , & s'auança en fuite à Bret. Gus, 
En cedit mois d’Aouft mille quatre cent quatre-vingt & neuf, 
le Seigneur de Chaftillon en Bretagne , maifné* de la Maifon de *4/ puié, 
Laual , alla de vie à trépas : En fon viuant il eftoit Cheualier de 776 e 
l'Ordre du Roy, & Grand-Maiftre des eauës & forefts de France. sd Dre 
Il auoit feruy le Roy Charles VII. le Roy Louys Onziéme, & le Aforr du 
’ . / LC. Grand - 
Roy Charles de prefent ; & s’eftoit fort employé au faiét de leurs pp des 
guerres , & de leurs affaires , & auoit receû de grands biensfaits eaués d- fi 
d'eux ; il auoit bien vefcu, & s’eftoit gouuerné en homme debien: refés. 
Son eftat de Grand-Maiftre des eauës & forefts fut donné au Sei- 
Emi de Lifle, furnommé du Mas, & fes autres charges & emplois 
urent difperfez à des feruiteurs du Roy. 
Audit mois d'Aouft mille quatre cent quatre-vingt & neuf, la Rés or sb 
Ducheffe d'Alençon *, femme du Duc René d'Alençon , & fœur m7 


Août. 


9o HISTOIRE DE CH. VIII R.DEFRANCE. 


1489. du Duc René de Lorraine, accoucha d'vn fils *en k ville d’Alen 
on: Ledit enfanc fut à grand'ioyc receû ; car depuis que les Ducs 
BL d'Alençon eftoient fortis de la Maifon & Couronne, qui füt du 
Ducd' Ale temps du Roy * Jean, il n’en reftoit plus aucun hoir que ce Duc 
gon; arriere Rent. Le Roy fut le compere au Baptefme de cét enfant, & Ma- 
Lan auf dame de Bourbon la commere : Mais ils ne l'allerent tenir fur les 
arriere pætis Fonts que vets la fin du mois de Septembre enfuiuant. 


fo % et Pareillement en cedit mois d’Aouft mille quatre cent quatre- 


Philippes le vingt & neuf, le Roy eftant à Amboife, les filles de Bretagne fu- 
Harey-._ rent aduerties, & aufh les Anglois, comme les Ambaffadeurs du 
de dire ss Roy, qui auoient efté à Francfort * deuers le Roy des Romains, 
ce fut ledit audient traité la Paix : Ce qui fit qu'incontinent lefdites filles | & 
mA les Seigneurs du pays de Bretagne dépefcherent vne bonne Am- 
mRlean. baffade, pour venir deuers le Roy traiter aufli la Paix de leur co. 
* pag. 81. Îté , en enfuiuant ce qui en auoit efté parlé & conclu dans le Trai- 
Me té dudit Roy des Romains. Le Chef de cette Ambaflade eftoit 
chef d'une Monfeigneur de Dunois *, qui auoit auec luy le Chancelier de Bre- 
PE ragne, & autres gens de bien: Il y auoit aufli des gens de la part 
enmoyée de- des Anglois , entre lefquels eftoit le Preuoft* d'Angleterre princi- 
sers Le Roy. pal Chef de l'armée des Anglois qui eftoit defcenduë en Bretagne. 
-P4-73 D'ailleurs Monfcigneur d’Albret, Monfeigneur de Rieux , & le 
Seigneur de Lefcun , qui eftoient à Nantes où ils faifoient leur 

bande à part, y enuoyerent aufli des gens de leur P: ; &-combien 

. que par la fufdite Paix du Roy des Romains celle de Bretagne y 
cftoit comprife & declarée ;, neantmoins ils ne laifloient de faire 


des demandes fort grandes, & tout à fait déraifonnables. 


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HISTOIRE 
DE FRANCE; 


Qui commence l'an 1270. & finit l'an 1510. 


Recueilie par vn deseGentilshommes de Charles d'Orleans 
Comte d'Angoulefime. Laquelle fert de fuite éx de continna« 
tion à l'Hiffoire precedente. 


—14V) 1 l'efté tous vnis en Bretagne, fe banderent 
au _ mA À & diuiferenc les vns contre les autres, & 
SENTE fe mirent Monfeigneur le Marefchal de 
rene "1À Rieux & Monfeigneur d’Albret dedans 
5 #1 + de s | Nantes; & Monfeigneur de Dunois, & 
FAST )TARC DS Monfeigneur*, a- * Sganoir l 
SA: uec certain nombre d’Allemans,& quel- ee 08 
a —. — ques Bretons, demeureréht auec la Du. je 77 
_cheffe* Ecvn certainiourils s’entre-rencontrerentfur les champs les * Anne de 
vas les autres. Pour l'heure ladite Ducheffe eftoit en croupe derriere Brragne. 
Monfeigneur deDunois ou fonChancelier,& la pourle mieux,mon- à db 
dit Seigneur de Dunois promit de mener cette Dame dedans Nan- » pag. 71 
ces*. Ét pour bien entretenir ce Traité fut baillé en oftage Zean de 


Loen auec d’autres Gentilshommes, aufquelsilfut promis | Mon- 
. . >" . / . 
fcigneur de Dunois, qu’ les garderoit,& empécheroit de tomber 


Mi 


LS N ce temps,ceux quiauparauant auoient 


—— — —. ——_— 


92 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 


en inconuenient. Mais quand ce vint au lour se mr res _ 
de Loen confiderant & connoiffant que fi ladire Duche ; € . re] 
*Pag.s3. menée à Nantes, cela e au sn e 58 : . 
dirére. Sneur fon maiftre, lequel eftoit pour p rs 
hearts Er à TOUS CEUX qui _. foûtenu - par … Est 
dem Au. ien public au fien particulier, & eee Mens cn 
ne ris Mes oit & dé # de leurs promeffes ; ce 
rendtémoi. quele cedulle il les quittoit & déc argcoit de " P 7 ; æ 
SE qui fut vne ation qui partit d'vn grand & . € cœu # fire 
ne doit pas eftre icy teuë, afin que tous Gentils De” q 
uent auoir l'honneur deuant les yeux fur toutes cho ne NE 
exemple de faire & agir auffi vertueufement en pareil Fr ay 
oùy dire & raconter ce faiét dudit Zean de Loer à vn fi noble per- 
fonnage, que ie fcay bien u'il ne voudroit jamais mi ag 
chofe que la verité; & combien qu’on ne fit pas mourir : À 
Loen en confequence de l'oftage auquel il auoit efté de ; à fuc- 
il en grand danger de fa vie; & eft bien à prefumer in . ne s’at- 
tendoit pas d'en échaper, au moins prit-il ainfi fa refolution à 
l’aduenture. 2. | | LL 
“Charles _ LES nouuelles de la prife de Monfei neur _ er ss 
d'Orleans  fcigneur d'Engoulefme*, ie fuis affuré qu’il en fur auffi dép 1e 
Comte d'En- que d'aucune autre chofe quiluy fût oncques auparauant aduenué; 
Een & à iufte droit &bonne caufe, Incontinent il dépefcha deux de fes 
Pre ” Gentilshommes (dont ie fus lvn*) & vn Clerc . arms 2: 
Due d'Or- tnuoyer deuersle Roy, afin de le M rer sage ir s : re 
* L'Autheur QUE, que fon bon plaifir füt de vouloir entendre à : . 
de cette Hi- ce de mondit Seigneur. Les lettres de D a "# es rE 
a me furent ag au Roy , & la creance Ê ro si fa | su 
tilshommes te. Le plus fort du Confcil qui cftoit lors auec | cig ù 
ddr Cemte ternps, c’eftoit Monfcigneur l'Admiral de Grauille; mais combien 
nr Pc qu'on y fit toute la meilleure pourfuite qu'on y pût faire, fine 
Phyt apré s’y fit-il aucune chofe ; & fürent ces lectres quiauoient efté appor- 
| rc At tées, & la dépefche telle qu’on nous auoit _ , Pre Mon- 
liurance du. fcigneur & à Madamé de Bourbon, lefquels : Sp pes = à 
rs Kion en Auucrgne, là où ils some poffeffion ; € leurs _ 
7 ‘res & Seigneuries;car depuis la mort du Duc Iean ils n'y auoient 
oint encores cfté. Au partir de la Cour nous allimes audit Rion 
Negotiation Aeuers lefdits Seigneur & Dame de Bourbon, & les fu pliâmes 
sie : ” humblement de par Monfeigneur d'Engoulefme, qu'il leur plût 
Louys Duc eftre fauorables à la deliurance de Monfeigneur. Pour conclufon 
. Par ils nous firent bonne chere, & nous dirent de tres-belles & bon- 
| nes paroles touchant la matiere pourquoy nous eftions allez là ; 
“L'Anbeur mais ce fuc tout, car il n'y en eût aucun effet. Ie vis * audit Rion 
pere si | Monfeigneur le Prince ste à qui n'eftoit point tenu en pri- 


venës Cen- fon fermée , car il alloit aux c amps quand il luy plaifoit; auffi 
tendues, | 


ns 
Nes 


Æ#. Oril aduint encetre faifon , que le ieune Roy Charles, qui auoit 


ROY DE FRANCE. 9} 


auoit - il époufc la fœur * de Monfeigneur de Bourbon : Ie Iuy * Ieanne de 
oüis dire en vn banquet qu'on nous faifoit (Ià où il fut dreffé vn ?°”** 
propos touchant les armes & les batailles ) qu'il ne croyoit point ner, 233 
qu'il y.eût au monde Gentilhomme , ny d'autre condition , plus Fr 
hardy * que Monfcigneur d’Orleans, & qu'il le fçauoit par expe- ge dudir Duc 
rience. en 
Affez toft aprés ledit Prince fut deliuré *, & enuoyé en Breta- Louys Xi. 
ne, pource qu'il y auoit bruir qu'on y vouloit faire defcendre * Elzife- 
es Anglois. ee 
En ces éncrefaites Monfeigneur d’Albret craita auec le Roy de renge l'an 
luy mettre le Chafteau de Nantes entre fes mains, moyennant 0 Eu 
qu'on luy deuoit rendre routes {es terres, & luy donner beaucoup LE 
d'argent pour l’acquitter de fes fraiz & dépenfes ; & en outre, cent 
hommes d'armes, & autres chofes, Monfeigneur & Madame de 
Bourbon conduifirent ce Trairé. En effet, ledit Seigneur d'Albret 
fic tant par diuers moyens qu’il fe rendir le plus fort dedans ledit 
Chafteau; & incontinent aprés il en aduertit ceux qui condüifoient 
cette entreprife, lefquels y vinrent en diligence, & furent intro. 
duits dans A Place. Le Roy y vint en grande compagnée bien- 
toft aprés , & receùt l’obeïflance & les Bémifons de la Ville & 
du Chañfteau. Quand il y eût feiourné quelque temps, & qu'il y 
eût eftably des Capitaines, & y eût mis bonne garnifon , & tout 
ce qui y eftoit neccflaire , il s’en retourna en Touraine. | 
Meflire George d'Amboife Euefque de Montaubaà , & éleû 
Archeucfque de Narbonne (lequel auoir efté conftitué prifonnier) | 
fut deliuré *, parce qu'on netrouua fur luy occafion dé le retenir; car ns 
de tout ce qu'on luy mertoit en auant ,il s’en rapportoit toûjours sfque de 
au Roy : Aprés qu'il fut deliuré (comme bon & loyal feruiceur Æ6tauban, 
1 ‘à : A : / - . qui fnt de- 
qu'ilcitoit , & a roüjours efté de <#fonftigneur) il pourchaffa par Puis le Care 
ous moyens qui luy furent pofhble, de paruenir à fa deliuran- dirald'4m- 
ce ; & pour en venir à bout, il commença d'entretenir l’Admiral . . 
de Grauille, qui pour l'heure y pouuoit beaucoup , en propofant sisi 
va traité de mariage de fon neueu Monfeigneur de Chaumont 
auec la fille dudit Admiral; ce qu'il ne faifoit que pour l’occafion PU 
deffus dite. D'autre cofté Monfeigneur d'Engoulefme eftoit con- VII. re- 
tinuellement aprés le Roy , en le follicitant & le fuppliant tres- fôw de gou- 
hurablement de la mefme chofe; ainfi qu'il faifoit Monfeigneur & “777 


mefme les 
Madame de Bourbon , lefquels luy en donnoient de bonnes paro- Afairess & 
les; toutesfois rien ne fe concluoit encores fur ce fuiet. de fon propre 


mouuement, 
sl met en l:- 
° . À e ’ , 
iufques alors toûjours efté souuerné , voulut fe rendre maiftre, & berrté, aprés 


A à | trois ans de 
manier luy-mefme fes affaires ; il commença donc à prendre cœur, prifèn Le Due 


& à aimer vn peu fon plaifir. Il auoit vn de fes Chambellans nom- d'Orteans 
mé Monfcigneur de Miolans, qui commenca d’auoir grand credit /”beaufre- 


; re, l'an 1491. 
auprés de luy ,ainfi que firent d’autres perfonnages , & vie sis VPS3C $4: 
nn, M ii 


| 94 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


* René de 
ne offe. pre- 
mer Pane- 
fier. 


Meflire René de Cofé , sd premier Panetier : Pour abreger les cho- 
fes, ledit de Miolans, & les autres , remonftrerent au Roy que s’il 
deliuroic Monfeigneur d'Orleans de luy-mefme, & fans le confeil 
& la participation de ceux qui auparauant l'auoient tenu fous leur 
gouuernement , ledit Monfeigneur d’Orleans feroit pour iamais de 
plus en plus obligé à luy faire feruice , outre que de fon chef il fe- 
roit vn tour de Prince magnanime. Le ieune Roy qui de foy auoit 
le cœur tout genereux & (D cral , trouua cette propofition fort bon- 
ne, & pour conclufion, il partitvne foirée du Pleffis-lez-Tours fai- 
gnant d'aller à la chaffe , & fit demeurer tous ceux qui lé vouloient 
fuiure ; & auec petit nombre de gens il s’en alla coucher à Montri- 


chart, & depuis iufques au Pont-de-Barangon , d'ou il dépefcha 


Monfcigneurd’Aubigny pour s’en aller à la Tour de Bourges que- 
rir Monfeigneur afin de l’'amener deuers luy. Ce qu'il ft, & le con- 
duifit audit Pont-de:Barangon, où mondit Seigneur fit la reueren- 
ce au Roy, en le remerciant tres-humblement , & le plus qu'il luy 
füt poffible. En faifant cette deliurance, le Roy Charles y proce- 
da comme Prince tout remply de bonté, de clemence , & de libera- 
lité. Auf peut-on dire qu'il faifoit en cela ce qu'il deuoit faire:Car 
mondit Seigneur en tout fon procedé, & dans fa conduite n’auoit 
rien fait finon ce qu’il luy auoit ordonné, & fait fçauoir qu'il fie. 
Toutes ces chofes furent d’abord celées à Monfeigneur & à Mada- 
me de Bourbon, & elles le furent pareillement audit Admiral. Le 
Roy emnmiena toûjours depuis mondit Seigneur quant & luy, & 
le FA mefme coucher auec en , luy faifant fournir vn li de camp, 
& autres meubles & vftenfiles ; car il n’en auoit point: A la verité il 
ne fçauoit quelle chere luy faire, voulant bien donner à connoiftre 
à vn chacun que ce qu’il en auoit fait eftoit de fon propre mouue- 
ment & libre volonté. De cetre façon que ie viens de dire Aon/ei- 
gneur für deliuré de la:prifon , où il auoit demeuré duranttrois ans: 
Sçauoir eft à Lufignan vn an, & le refte de ce temps il für detenu 
dans la Tour de Bourges, & quelque peu à Mehun-fur-Yeure. Et 
tant qu'on le cint dans ledit lieu de Lufignan , il ne luy füt permis 
d’auoir auec luy aucun de fes feruiteurs accouftumez, finon fon Me- 
decin Maiftre Salomon de Bombelles. nn 
Ces chofes eftans faites, & l'Armée du Roy eftant en Bretagne, 
fçauoir eft Monfeigneur de la Trimoüille , d’yvne part à vne lieuë de 


Rennes, & Monfeigneur de Sainét André d’vn autre cofté, le Roy 


prit fon chemin pour s’y en aller : Et fut la deliberation prife de 
mettre le fiege deuant ladite Ville de Rennes : Mais par la grace de 
noftre Seigneur, & par le bon fens & la conduite de ceux qui s'en 
meflerent , (qui eftoient de la part de la Ducheffe Monfcigneur le 
Prince d'Orenge , & Monfcigneur de Dunois,) les chofes furent fi 
bien menées, qu'enfin vn Traité de bonne Paix fe fit entre les par. 
ties, voire de la meilleure forte qu'il fe pouuoit faire. Et furent en- 


ROY DE FRANCE. | 9$ 


uoyez felon mon aduis , vers la Ducheffe Meffcigneurs d'Alby, 4ccord de 
& du Bouchage ; & ie crois que le Roy la veid luy-mefme. Finale- mariage er- 
ment fut accordé le Mariage de luy , & de ladite Dame , par le La De 
moyen duquel fut mis fin à dire guerre, qui auoit déja trop lon- de Bretagne, 
guement duré , fur tout pour les pays qui eftoient fur la fron- ‘#" 
cicre. 
Monfeigneur de Dunois s'employa , & trauailla merueilleufe- 

ment à bien conduire cét affaire , dont il eftoit enfin heureufe- 
ment venu à bout. Ce qui fit que luy qui eftoit auparauant com- 

me éloigné de la Cour y eftoit fi bien reuenu, qu'il commençoit 

d’auoir la pe part du gouuernement des affaires : Mais dans le Treffe 
temps que le on s'en venoit , vne maladie pi ap d'vn cathare hs ‘ L 
luy prit par les chemins eftant à cheual , de laquelle il mourut pref- sr 
P tout incontinent aprés, qui füt vn tres-grand dommage, & vne es dde 

ort grande perte pour la France : Car c’eftoit vn tres fage Cheua- , >" 
lier , pourueü de routes bonnes qualitez, & remply de tres-prudent 1491. lequet 
confeil, fur routes les occurrences d’Eftat qui pouuoient furuenir. nn 


. d : Lu = t'AHAI 
Ainfi va des chofes de ce monde, où il n’y a aucune ftabilité , ny far» 
affeurance. le mariage 


Peu de temps auant le Traité de Rennes *, Madame Ifabean de a À 


Bretagne, fœur de la Ducheffe , laquelle eftoit vne tres-belle & ieu- VII. aure 
ne Dame, alla de vie à trépas : Et ainfi demeura ladite Ducheffe Ânnc Ds- 
ne ; : cheffe deBre- 
feule heritiere de cette belle & grande Seigneurie. rage ce qui 
Pour abreger, ladite Ducheffe fut emmenée à Langes, où le Roy f#vrres- 
Charles {e trouua, là où furent faites folemnellement les nopces de gi 
ces deux tres-nobles & excellentes perfonnes. Qui voudroit pen- eur 
fer les grands affaires, perils , & les auentures où cette ieune Da- #7 
me auoit efté , on iugeroit que ce ne pouuoit eftre que par vn pri- * V.dansles 
uilege tout extraordinaire de Dieu , que les chofes, pour sr 
eftoient fi bien arriuées. De verité , elle fut & a toûjours efté bien #°#1f- 
feruic ; auffi meritoit-elle bien de leftre , & la fin en fut bonne, pe 
comme il fe void : Car aprés auoir enduré tant de trauaux & de tra- de 4 Du- 
uerfes , elle eût le bien à époufer le plus noble & le plus puiffanc 4 ne 
Roy de la Chreftienté, & fut faice Reyne du tres-excellent, opulent, on 
& triomphant Royaume de France : Et aufh reciproquement ledit 
Seigneur Roy eût pour femme la plus noble, & la plus puiffante, 
tant en vertus, qu’en terres & Seigneuries qui fût pour lors. 
_ Les nopces eftans faites & accomplies, le Roy & la Reyne s’en 
vinrent au Pleflis-lez- Tours , où fe pafloit continuellement le 
temps en bonnes cheres. 0 | 
uelques iours aprés le Roy partit de Tours , ayant la Reyne 
en fa compagnie ; laquelle par toutes les bonnes Villes où elle paf- 
foit , eftoit receuë ainfi que la raifon vouloit qu’on accueillit fa Sou- 
ueraine Dame : Dequoy chacun s’acquitta felon fon pouuoir. 


Le Roy arriua à Paris, & la Reyne s'en alla à Sainét Denys , où 


96 HISTOIRE DE CHARLES VIIL | 
depuis le Roy alla auffi loger, ainfi que firent tous les Seigneurs de 
| la fuite de la Cour ;on y demeura deux ou trois iours, pendant lef- 
* L'Autheur quels le Sacre de la Reyne fur fait, & ic la veis facrer*, ce qui fut 
nn. vne chofe d'une merucilleufement belle folemnité :-Il la faifoit beau 
RÉ SIUES voir ; car elle eftoit belle , & ieune, & pleine de fi bonne grace, que 
ment à. l'on prenoit plaifir à la regarder. Et pour mise de la maniere & des 
Denys dela yeftemens de ladite Dame ; Elle eftoic en cheueux., & auoit vne ro- 
AR be de damas , ou fatin blanc : A certaines heures du Seruice , elle 
gne, & fon cftoit menée deuant le Prelat qui officioit, lequel luy mit du Saint 
sr os Huile fur l'eftomach, &entre les épaules. Dedans le Chœur de l'E- 
| glife de Sain& Denys eftoit dreffé vn petit échaffaut , fur lequel 
v.Tom.l.du cette Reync eftoit. Vne Pa du temps que la Meffe dura , A10n- 
Frérnl feigneur * luy foûtenoit la Couronne fur la tefte, pource qu’el- 
469.& 68. le eftoit trop grande & pefante, & qu'il luy eût fair 4 de la 
“Il futde- Porter. Auprés de ladire Dame eftoit Madame de Bourbon, & au- 
puis fon tres Dames , lefquelles auoient fur leurs teftes chacune vn chapeau 
Pn ou Couronne de Duchefle, ou Comtefie, fuiuant leur qualité & 
_ fclon ce qu’il leur appartenoit. A ladite Meffe la Reyne receût le 
Corps de noftre Seigneur; Affurément ce Sacre eft vn myftere fort 
deuot, & qu'il fait beau voir: Il pl auoit parmy l'afiftance enuiron 
vingt que Archeuefques ou Euefques, fans les Abbez & autres gens 
d'Eglife. Les perfonnes qui ont cette grace d'eftre ainfi facrées, 
font en partiecomme Ecclefiaftique & Lais tout enfemble & leur 
eft deû & doit-on faire , & porter vn grand honneur & reuerence ; 
aufh doiuent ils merucilleufement apprehender de déplaire à no- 
ftre Seigneur , de qui tant de biens & honneurs leur aduiennent 
fpecialement, & doiuent auoir coûjours la crainte de Dieu deuant 
*Initium fa- les yeux ; car le commencement de toute fcience* c’eft de craindre 
Pintæ ll & aimer Dieu fur toutes chofes. 
mor Domi- ; : 
ni. Pano, Le lendemain enfuiuant la Reyne partit de Sain-Denys pour 
venir faire fon Entrée à Paris, où eftoit fort remarquable de voir 
le grand nombre de peuple qui alla au deuant d'Elle , de tous eftats 
& toutes conditions; fçauoir ceux de la Cour de Parlement, de la 
Chambre des Comptes, les Generaux de la Iuftice, ceux des Re- 
queftes du Palais, du Trefor, & des Eleûs, qui tous y furent : Pa- 
reillement le Preuoft de Paris, auec tous ceux de la Iuftice du Cha- 
ftclet, Commiffaires & autres; Sergens à cheual & à verge : Le Che- 
ualier du Guet & tous ceux de fa charge le Preuoft des Marchands, 
& les Efcheuins , auec grand nombre de bons Perfonnages & Bour- 
gcois de ladite Ville : Pour le vray, quand tout ce monde füt af 
femblé il compofoit vne merueilleufe quantité de peuple ; telle- 
ment que depuis la Chapelle , par tout le chemin , & parmy les 
ruës iufques au Palais, on ne fe pouuoit tourner ; & n’eût efté l'or- 
dre qui y fut mis , on n’y auroit fceû paffer. Ladite Dame arriua 
grandement bien accompagnée tant de Seigneurs que de Dames; 
au 


ROY DE FRANCE. 97 


au refte , il n'eftoit rien de plus triomphant que de fa perfonne, 
elle eftoit auec route fa fuite: Méffeigneurs d'Orleans, d'Engoulef-. 
me , d'Alençon, & de Bourbon y cftoient, & plufieurs autres L'Aubenr | 
grands Seigneurs. Madame de Bourbon , & quantité d’antresgran. Fu 
des Dames que ie ñe puis toutes nommer. Il ne fe pouuoit rien Li. 
de plus admirable que de, voir enfemble vne fi noble & fi belle mefne qu'il” 
compagnée ; & ie croy qu'il n'ya perfonne én vie qui ait jamais / 445 voue. 
pû voir accueillir vne Prinéefle, en quelque lieu que ce fut, auec 
va tel honneur qu'elle fût receuë pour l'heure ; &1l luy eftoit bien 
deû : carily a long-temps qu'aucune Dame n’apporta tant de biens 
à la Couronne qu’elle a fait. | n. - 
Aprés que le Roy & la Reyne eürent durant quelques iours efté 
logez dedans le Palais , ils s'en vinrent aux Tournelles. Le logis 
de Monfcigneur d'Engoulefme eftoit au plus prés, où ie vis plu- 
fieurs fois Afonfeigneur & luy coucher enfemble ; & il me fouuienc 
que mondit Seigneur reuenoit quelquesfois de la Ville, qu'il eftoit 
tard, & que mondit Seigneur d'Engoulefme eftoit dés-ja couché, | 
alors ledit Seigneur fe deshabilloit le plus doucement qu'il pou- 
uoit ; on cût ge à voir la façon qu'il tenoit en s’allant coucher ; 
qu’il fe mettoit auec vn homme à qui il auoit “non peur de fai- 
re ennuy & déplaifir , & qu’il apprehendoit fort de réueiller ;. : 
aufh volontiers quand on aime quelqu’vn, on a crainte de luy dé-. ne 
laire, &ie fçay queiamais gens ne s’entr'aimerent mieux queceux-. 
i faifoient.Le matin il ne vouloit que bien peu de fes gensentraflent:_ 
, À ere | ; George  :: 
dedans la chambre. Ty ay veû venir Melfire George d'Amboife le: rare 
quel eftoit fon principal Confeiller , & crois que dés l'heure il eftoicpriripal 
Archeuefque de Roüen, ou le fût bien-toft aprés: Il fût poftulé eds 
vnanimement de tous ceux du Chapitre de ladite Eglife , & ceda sus, fur 
à l'Eucfque de Rieux (qui eftoitde ceux de la Doufe) l’Archeuef- fait Arche 
ché de Narbonne, pource qu’il luy en auoit efté fait quelque pro- F7" 
meffe parle Roy ; lequel continuoit defaire la meilleure chere qu’il 1455. 
cftoit poflible à Æfonféigneur : aufli n'eftoit-il pour lors autre bruit, 
à la Cour que de tenir bonne & grande Maifon, & de faire toutes & une fle 
autres chofes qui feruent à faire renommer les Princes. : or Fe 


Durant le mariage du Roy Charles & de la Reyne Anne, ils traine 
eûrent felon mon aduis deux ou trois enfans*, l'vn defquels ie vis fs Charles- 


\ _. | L x Oïland, qui 
à Amboife , qui pouuoit eftre de l'âge de crois ans, bel enfanta.,,7 
merueilles. | | D 

Certain cemps aprés le Roy fe refolut d'aller à Lion, où il mena à gril ; 
h Reyne, ayant aufl toûjours Monfeigneur d’Orleans en leur com- jé, rs: 
pagnée ; car quand il s’en trouuoit à dire , la Cour en paroifloit 3.”is.ves 

: À ; é Ceremonies 
res amoindrie. Dans icelle ville de Lioh on commença de ,,;, 3 pre, 
aire de grandes cheres , & à fe diuertit par de merucilleux pafle- me & l'éffar 

temps ; car pour l'heure les Dames &'les autres habitans fe met- #/*#4r 

à F | . fonparmy les 
coient fur le bon bout, leur eftant alors aflez nouueau de voir vne fi preuues. 


N 


 cel'an1492., 


Tr. 


98 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
grande Seigneurie parmy eux, à quoy ils n’eftoient point accoûtu- 
mez depuis aflez long-temps ; mais depuis ils S'y {ont bien appris: 
« 11 efois né EN La faifon que le Roy fût pour La premicre fois à Lion, il* pou- 
ä Amboife Uoit auoir vingt-quatre Ou vingt-cinq ans ; il auoit auec luy nom- 
le dernier bre de ieunes Gentilshommes, tous remplis de bonne volonté, 
OM “lefquels ne defiroient que s'appliquer à toutes chofes plaifantes & 
agreablés, ainfi que la Ieuneffe le defire volontiers : Ee Roy leur 
faifoit tout plein de grands dons ; & ils dépenfoient liberalement 
ce doncil les gratifioit , en luy donnant le plaifir de tout ce qu'ils 
pouuoient s’imaginer luy pouuoir eftre agreable. Il fe fit durant ce 
temps à Lion plus frequemment des Ioûtes, Tournois, Combats 
à la barricre, & autres entreprifes d'armes à plaifance, qu'il ne s’e- 
ftoit fait long-temps auparauant. Monfeigneur d’Orleans eftoit 
des vns & des autres , & roûjours des premiers entrepreneurs, com- 
me celuy qui de tout fon pouuoir defiroit donner du paffe-temps 
“Behoure, 24 Roy autant ou plus qu'aucun qui fût en la compagnée. Ces 
oubohourd, behourdis * fe faifoient parmy les ruës de la Ville, &:l y auoit 
Cefvntour- aux carrefours des Perrons*: Le plus fouuent les grandes Cheuale- 
as ee ries fe faifoient dans la ruë de la luifucrie , parce que là les Che- 
naliers.  ualiers de la quefte trouuoient les plus belles & bonnes auentures 
* C'éfune_ felon ce qu'ils defiroient. Les grandes cheres qui fe faifoienc pour 
bafequarrée: l'heure émeüûrent & éleuerent le cœur du Roy, qui eftoit en fa 
HUE fleur de ieuneffe, de faire de hautes entreprifes; car communément 
ls Cheus-  ieunes gens veulent voir chofes nouuelles, & faire dequoy il foit 
ee #7. parlé d'eux : Ce fut lors qu'il luy fût mis en en d'entrepren- 
caufes de dre le voyage de Naples, à quoy ilentendit volontiers ; car ileftoit 
lwrsentre- Prince tour plein de bon vouloir. Les ieunes gens qui eftoient au- 
Pr cour de luy , & qui defiroienc fort que ce voyage fe fit, ne cef_ 
ne Hi ne foient de luy en parler ,en leluy lotiant à merucilles. Monfcigneur 
ge de Na- d'Orleans de fon cofté trouua cela fort bon ; car le plus grand 
ples, él plaifir qu’il eût en ce monde eftoit d’auoir occafion de fuiure les 
ce Key. me Ames, comme celuy qui en aimoit le métier fur toures chofes. II 
enfasue és confeilloit donc cét affaire de tout fon pouuoir ; aufli faifoit l’E- 
rod uefque de Sain&t-M alo, qui auparauant auoit efté General ., lequel 
Le Gen Pour ce temps-là auoit plus PE credit qu aucun autre auprés la 
Guillaume perfonne du Roy. Et furenc Îles chofes tant demenées qu'il fût en- 
Briffonnet fin conclu & refolu d'y aller. Le Seigneur Ludouic feruit auffi d'vn 
Pi 46 E grand moyen pour le faire entreprendre, car il pretendoit de s’ai- 
S.Malo, v. ce des François contre le Roy de Naples, qui luy vouloit faire la 
de Comines guerre, Enfuite le Roy delibera de faire fon voyage par terre, auec 
sf 2. vnetres-belle &groffe armée,rant de Seigneurs, "CF papes 
287.555. tilshommes de fa Maifon, que des Ordonnances, & grand nombre 
de Suiffes , auec bonne quantité d'artillerie. Il fut dit que Mon- 
feigneur d’Orleans iroit le premier. Monfeigneur de Bourbon füt 
ordonné pour demeurer comme Lieutenant du Roy durant fon 


4 


eo" 


ROY DE FRANCE 99 
abfence,auec tout plein pouuoir de trauailler aux affaires publi- 
ques & d'Eftat. Monfcigneur d'Engoulefme domeura parcillement, 
combien qu'il s’offrit fouuent d'y aller, & fe mit aflez de fois en 
fon deuoir fur ce luier; mais on ne voulu pas Îe permettre. 
Monfcipneur d'Orleans partit de Lion auant le Roy affez bon 
efpace de remps , & fit tanc de iournées qu'il paffa les Monts, & 
arriua à Aft vne fienne Cité tres-belle, où 1l n’auoit point encor 
efté ; il y fût merueilleufement bien receû de cous les Citoyens & 
habitans du pays, qui naturellement font bons François : Auffi ÿ 
auoit-il longtemps que la Maifon d'Orleans en auoirla poffeflion 
& ioüyffance. Quand ledit Seigneur y eût feiourné quelques iours, 
il en partit pour aller à Gennes ; en laquelle Ville on l'accueillit auec 
grand honneur, & luy fit-on de bonnes & grandes cheres : Ainfi 
qu’il feiournoit audit lieu, nouuclles luÿ vinrent que le Seigneur 
Dom Federic (que ÿay autresfois ved, qu’on nommoit Prince dè 
Tarente, & qui —_ a cfté Roy de Naples) eftoit à vn Port nom: 
mé Rapaille , auec bien quarante-quatre galées armées & remplies 
de foldats pour leur huit ou dix mille autres cotti- 
bacans deftinez à mettre fur terre: leur intention eftoit de s'en ve- 
nir droit vers Gennes, pource qu'ils auoient intelligence auec àu- 
cuns de ceux de la Ville. Incontinent que ces nouuelles vinrent à 
la connoiffance dé mondit Seigneur, luy qui ne repardoit que la 
où il y auoit de l'honneur à acquerir, & qui dés-ja comme il luy 
fembloit-par fon haut cœur,& bon vouloir, auoit la victoire en: 
tre fes mains, il fe mit en mer fur fa galeace , &auec toutes lesna- 
ucs, galées , & vaifleaux qu’il pût recouurer , mais qui n'eftoient 
pas en grand nombre, il ht faire voile droit audit lieu de Rapaille; 
)n & vint donner dedans le havre dudit lieu auffi hardiment &cou- 
&lrageufement qu'il eftoit poflible de faire. Ledit Seigneur Dom 
Ÿ/ Federic auec fes galées s’eftoit auparauant retiré trois ou quatre mil- 
les au deffous delà, laiffant toutesfois grand nombre dé fes gens; 
lefquels auec aucuns du pays fe defenditent merueilleufement bien. 
Mais ils furent fi vaillammenc affaillis par mondit Scigneut & les 
fiens, qu’ils ne pürent foûcenir le faix, & fallut qu'ils priffent la | 
fuite: Sur cela Monfeigneut de ‘Piennes & le Bailly de Dijon vinrenc #7 &  : 
le long de la montagne auec certain nombre de gens de pied, à 
où vers vn petic Pont de pierre au dehors d'vn village sil ÿ eût vn 
forc'grand choc & tuërie. Il faifoir là beau voit Monféigneur 
d'Orleans combatte & donner cœur à fes gens , & faire rout ce 
qui appartient à Prince courageux & genereux de faire: Entte a 
æres il y ptit prifonniers deux gros petfonnages l'un Méflire Tea nale des en- 
Fregofe, & l'autre des _4dornes. Le lendemairi martin le Seigneur 77 
Dom Federic auec fes galées bien équipées de gens & d'attilletie, 
& de toutes autres chofes neceffaires pour combatte für la mer, 
fit derechef contenance de vouloir vehit chercher baraille ; dequoy 
| Ni 


Y 


V'iétoire de 
Rapaille 
remportée 
par Louys 
Duc d'Or- 
leans [urle 
Prince de 
Tarente. 


*Y. le me[- 
me de Comi- 
nes pag. 178. 
281.291. 
292. 


Quatre cho- 
fes requifes 
avn Con- 
querant pour 
renfisr. 


Ke 


100 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 


mondit Seigneur d'Orleans eftant aduerty , combien qu'il ne fût 
équipé ny accompagné à la moitié prés de ce que l’autre eftoir, 
fi ne fit-il pas le moindre femblant qu'il eneûtaucun doute ; mais 
en ioyeufe chere & aucc vn courage afluré , il entreprit de tirer 
tout droit comme vne ligne contre fon ennemy; lequel quand il 
vid cela prit la fuite, & gagna le Jarge de la mer ; &ainfi eût mon- 
dit Seigneur double victoire; car il defhc les vns en effec, & fit fuir 
les autres. Il eût cette belle iournée & bonne aduenture-tres-fas 
uorable pour luy laquelle luy tourne à vne loüange immortelle ; 
& il fit en cela vn merueilleux & important feruice au Roy Char. 
les ; car cecy für caufe qu’il fit & qu'il pourfuiuit fa conquefte beau- 
coup plus aifément. | : 

La deffaite de Rapaille eftant aduenuë , Monfeigneur d'Orleans 
auec fes Nauires ,s’en retourna à Gennes, où vous pouuez penfer 
qu'il eût affez de peine d'y pañler , comme fçauent ceux qui ont 
frequenté la mer : Il eût là vn tres-mauuais pafle-temps ; mais noftre 
Seigneur vouloit qu'il effayät de tout , pour cftre mieux experi- 
menté : Car nul ne fçait que valent les chofes douces Es n'a goufté des 
ameres. Ledit Seigneur à fon retour de Rapaille fût affez mal accucilly 
par ceux de Gennes ,mefmement pource qu'en Îa Iournée deflus- 
dite il y auoit eù beaucoup de leurs gens tuez ; & de plus la fiévre 
quarte le prit : Et par ainfi mondit Seigneur eût affez de peine & 
de mal cout enfemble; il fallut pour le mieux qu’il s’en rerournâc 
en L4f, où le Roy eftoit venu le iour d’auparauant qu'il y arriuât; 
lequel füc bien marry de cette maladie , & luy ordonna & com- 
manda de demeurer là, pour auoir le temps de fe guerir, dequoy 
mondit Seigneur eût vn regret meruecilleux ; car ce n'eftoit pas ce 
_ defiroit que lé repos ; & eftoic bien plus marry de ce qu'il 

alloit qu’il feiournât , qu’il n’eftoit pas de fa maladie, Toutesfois 
fallut-il qu'il eût patience, & qu’il la prit en gré , parce que #e- 
ceffité n'a point de loy; aufli cette demeure luy eftoit-elle comman- 
dée par celuy à quiileftoit tenu d'obeïr; lequel d’ailleurs connoif- 
{oit que là il le pouuoit beaucoup feruir , ainfi qu'il Le fit à mer- 
ucilles ,& luy rendit de grands feruices. 

Le Seigneur Ludouic* vint faire la reuerence au Roy , en luy fai- 
fant de belles & grandes offres, & m'a efté dir que le Roy emprun- 
ta de l'argent de luy, qui eftoit vne mauuaife chofe pour vn Con- 
rs ; cat quand vn Prince entreprend de conquerir vn pays, 
il doit eftre pourueü & auoir donné ordre Pr fur 
quatre chofes; c’eft à fçauoir, qu'il y ait gens d'armes en bon & en 
fufhfant nombre: Secondement, del’Argent largement pour les fou- 
doyer, & pour furuenirä tout ce qui peut aduenir. Troifiémement, 
de Partillerie ce qu’il eft neceffaire , & que l’on peut conduire fe 
lon le quartier où l’on va. Et en dernier lieu, que Les viwres ne fail- 
lent & ne manquent point par faute d'ordre, ou autrement : Et fi en 


* 


ROY DE FRANCE. IoI 


aucunes de celdires chofes il y a du defaut , à grand peine vient- 
on à bout de fon entreprife. Or combien qu'il fût ainfi que le Roy 
Charles empruntât pour l'heure quelque hole, le blime n'en doit 
pas cftre à luy; mais à ceux qui fe méloient de fes affaires, & prin- 
cipalement de fes finances , lefquels auant fon depart y deuoient 
auoir fi bien pourueü , qu’il ne tombät point en cét inconuenienr. 
Il ne feiourna paslà beaucoup qu'il ne fe mît en chemin d’auancer 
plus outre , & fit tant qu’il arriua à Florence , ou fût recueilly en 
grand triomphe. Il y fit fon Entrée aufli belle & gorgiafe* qu'on Eau ts 
en eût point encor veû , & tout ainfi qu'il eût fait en vne de fes propremét 
Villes : Il y feiourna par quelque temps, & pour fa feureté prit en- Rubi. 
tre fes mains Pife, & autres Places. De là en allant à Rome, il fûc 
recueilly par rout où il paffa ainfi qu’il appartient à vn tel Prince 
de l'eftre ; puis 1l s’en alla vers Rome. Il y eût quelque differend 
entre le Pape Alexandre * & luy ; car ce Pape eftoit naturellement * 7. lemef 
Efpagnol , & s'il eût cfté en fon pouuoir il eût volontiers empé- 2. 
ché les François de paffer plus outre ; maisil ne le püût. Finalement 306. Faut 
par bons moyens le Roy entra dans Rome * plus triomphamment, +, 
& mieux accompagné , que ne fit aucun autre Prince qui foit en Royà Rome: 
la memoire de ceux qui font viuans. Le Roy eftanc à Rome il 
eût plufieurs alarmes; & on y vid par fois dans le camp de Flour 
iufques à fix.ou fept cent hommes d’armes acroupez enfemble;'ce 
qui faifoit, que bien fouuent le Pape ne fe croyoit pas mefme 
gueres enfeureté: Finalement tout vint & fe termina à vn bon ap- 

ointement ; & y füc le Roy grandement bien feftoyé & honoré, & 
# bailla le Pape vn fien neueu pour Faccompagner & le feruir à 
faire fa conquefte ; laquelle, pour en parler briéuement il fit, fans 
qu'il y eût prefque aucune refiftance , finon à Sainét-Germain & au 
Mont Sainct-lean, là ou il y eût quelques-vns qui fe defendirent, 
lefquels furent forcez & pris d'allauc & mis la plufpart au fil de 
l'épée, ainfi qu'on a accoûtumé de faire en tel cas. [l n’y eût donc & 
ne parût aucune defenfe ailleurs, & fût le Roy receû à * Naples par * Son Entrée 
ous ceux du pays comme leur Sounerain Seigneur, en luy faifant & sd y 
rendant toute l’obeïffance deuë. Le Chafteau de l'Oeuf , qui eft Ceremonial 
aflis en mer, tint quelque peu de temps , mais cela fût de courte 4 France, 
durée. PRO à Roy Alphonfe auoit de bonne heure aban- ? Éd 
donné cette Cité, & en fuyant s’eftoit retiré en l'Ifle d'Ifque* : Il * z'ype de 
eftoit en reputation d'eftre hardy aux armes , mais il le monftra pr 
bien mal cette fois ;ie m'imagine que cela luy arriua par punition Naples ‘ 
diuine, & que Dieu le vouloit enfin punir des grandes cruautez, 
tyrannics, & lubricitez qu’il auoit commifes tant de fois en diuer- 
fes facons. | 

Le Roy Charles cftant à Naples* le Seigneur Ludouic manda à : px mef 
Monfeigneur d'Orleans (lequel par ordre du Roy eftoit demeuré ”* _. 
à 4ff) qu'il luy baïllât la Ville, ou que s’il ne Le faifoic, qu'il luy "77 
| N ü 


* Prife de 
Nouare par 


le Duc d'Or- 


leans, que 


Ludouic 4f- 
fiege enfuite. 


ro HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
viendroit courir fus. Ledit Seigneur d’Orleans, qui de fon naturel 
nc fe laifloit pas aifément épouuenter par menaces , n’en tint aucun 
conte ; mais fit réponfe à celuy qu'il luy auoitenuoyé, que s’il y ve 
noit il n’y entreroit point que ce ne füt pardeffus fon corps. Auffi. 
toft ledit Seigneur affembla tout ce qu'il püt de gens pour fa de- 
fenfc; fon Lieutenant nommé Robinet de Framefelles , qui toû- 
jours s'eft monftré vn tres-bon & hardy homme d'armes en tous 
lieux où l'affaire l'a requis, fe trouuoit lors abfent auec vne partie 
de fa Compagnée auprés du Roÿ ; maïs il luy vint la Compagnée 
de Monfeigneur le Marefchal de Gi£ , & la Compagnée du Baftard 
Charles , auec des gens à cheual & de pied que Monfcigneur de 
Bourbon luy enuoya du Dauphiné, & d'ailleurs. Quand tout ce- 
la fût Aemblé ,auec ce qu'il püt recouurer d'autre part, fe voyant 
deffié par Ludouic, en vfant de fa vertu accoûtumée , il n’attendic 
pas qu'on le vinc aflieger , mais il fe mic le premier aux champs, 
en commençant vne guerre forte & afpre contre fon ennemy: Et 
en peu de temps il conquit plufieurs Villes & Chafteaux , & fit 
tant qu'il recouura la Cité de Nouare*, qui eft vne des bonnes & 
confiderables Villes de la Duché de Milan , dont les habitans fe 
mirent volontiers entre {es mains, en luy obeïffant comme à leur 
naturel & legitime Seigneur ; & s’il eût eù pour l'heure aflez de 
gens , il eft à prefumer que la plufpart du pays fe feroir rendu à 
uy, reconnoiffant le bon droiét qu'il y auoit. Ledit Seigneur Lu- 
douic eftant aduerty que Monfeigneur d’Orleans l'auoit grande- 
ment endommagé , & voyant qu'il s’eftoit rendu maiftre de No- 
uare, Cité qu’il difoit fienne , fans toutesfois qu’il eüt aucun titre 
valable pour la pouuoir pretendre, il affembla de nombre de 
gens; ce qui luy fûc aifé de faire , dautant qu'il eftoit riche &four- 
ny de Ducats; &auec vne forte Armée pourueuë & garnie de tout 
ce qui luy eftoit neceffaire, tant d'artillerie _ d’autres chofes, il 
s'en vinc mertre le ficge deuant ladite ville de Nouare , dans la- 
quelle mondit Seigneur eftoic aflez bien moe 2 , mais non 
pas de troupes fufhfantes pour pouuoir combatre ledit Ludouic; 
que s'il eût eù des gensen nombre feulement à la moitié prés des 
sn ae il n’y eût pas failly. Toutesfois à l'approche de ce fie- 
ge il y eût vne grande & groffe efcarmouche, où furent faits plu- 
ieurs coups de lance, & où il y eût de beaux faiéts d'armes ,au- 
tant qu'il eftoit poflible de faire de la part de fi peu de gens qu’e- 
ftoient les affiegez. Pour abreger , le fiege y füt mis, où tous les 
iours fe faifoit de belles & grandes forties, efquelles Monfeigneur 
d'Orleans fe trouuoit le plus fouuent ; & fi la raifon ne l'eût em- 
péché, il eût volontiers toûjours efté des premiers, n'ayant aucu- 
ne crainte de fe trouuer & s’expofer dans les lieux les plus dange- 
reux qui puffent paroiftre. Ce nes fût longuement continué, du- 
rant lequel mondit Seigneur eût la plufpart du temps la fievre 


ROY DE FRANCE. | 103 
quarte, voire telle & fi forte , _ eft affez de gens qui en fem- 

blable eftac fe fuffent du tout allitez , fans bouger de la chambre, 
mais il ne fit pas cela ; car fon cœur le tenoit en vertu & en force, 
n'épargnant point fa vie pour garder fon honneur: Et ainfi ma- 
lade qu'il eftoit, tant aux forties qui fe faifoient qu'à fortifier la 
Place, à affeoir le Guer, & à faire toutes les autres chofes qui ap- 
partiennent à vn bon Chef de guerre , il ne manquoit d'y eftre, 
faifant de necefhité vertu: Mais tant dura cét affaire, que les viures 
commencerent merueilleufement à diminuer dans la Ville affiegée, 
tellement que c’eftoit pitié de voir la neceflité qui y eftoit de plus 
en sr y qu s’acquittoit de pouruoir & ire aide à tous, 
grands & petits de tout ce ne pouuoit, & n'y épargnoit rien ;ce 

ui eftoit dans fa Maifon eftoit aufli commun à tous les habitans, 
a le plus grand ok és au moindre , comme à luy-mefme, 
Et tant y proceda, que luy, & fes feruiteurs domeftiques eürent 
& fouffrirent beaucoup de neceflitez, telles & fi grandes qu'il n'en 
cft point aduenu de femblables dans noftre temps , en diftribuant 
les viures & les prouifions que les Pouruoyeurs de fa Maifon 
auoient faites pour luy ,aux Capitaines & aux autres pauures gens re 
d'armes qui en auoient befoin ; il fe trouuoit affez fouuent que mine dans 
c'eftoit luy-mefme qui en auoit la moindre part. Pour abreger, Poe 
la neceflité & la pauureté y fût tres-grande , & continua longue- us, defend 
ment; tellement que c’eftoit pitié d'y eftre & de la voir ; il y en æ#cvne 
mourut plufieurs de faim, ae u'il eftoit comme impoffi- pa à 
ble de pouruoir à tout ; & cela eftoit le ire fenfible regret que ce refolurion. 
bon Prince eût, nonobftant fa grande maladie; parce qu’il n’y pou- 
uoir pas remedier, ainfi comme il eût bien voulu. 

Pour reuenir à parler du Roy Charles durant la faifon qu'il fe- paume or. 
iourna à Naples, | pee le temps en y faifant bonnes & gran- dre apporté 
des cheres (car la difpofition du lieu le requiert aflez;) & s’y fit er 
beaucoup de Joûtes & de Tournois d'vne forte & d'autre; il y auoit Royaume de 
entr'autres de belles Dames à merueilles : Plufieurs de ceux qui l'x- Nsples- 
uoient fuiuy en cevoyageluy demanderent ce dequoy ils penfoienc 
leur pouuoir feruir à recouurer argent ; luy qui de fa nature ne 

ouuoit rien refufer à perfonne, leur accordoic & oëtroyoit faci- 
Me ce qu’ils demandoient; fi bien que les viures, les munitions 
mefmes, & generalement tout ce qui eftoit neceffaire pour la de- 
fenfe des Places conquifes, leur fût cres-legerement donné; ce qui 
füc vn tres-grand & irreparable — : Car par ce moyen ceux 
qui auoient efté chaffez & mis en fuite dudit Royaume, quandils 
vinrent à le reconquerir , le firent beaucoup plus à leur aife, en trou- 
uant les lieux de defenfe dépourueüs de tout ce qui y eftoit de be- 
foin. Finalement, quand il fembla au Roy ,& à ceux qui pourlors 
conduifoient & manioient fes affaires, qu'il auoit affez longtemps 
feiourné dans le Royaume de Sicile*, croyant auoir bien pourueñû + y, Naples 


104 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
à cout ce qui eftoit neceffaire ; il laiffa Monfeigneur de Montpen- 
fier Viceroy audit pays auec certain nombre de gens de guerre 
pour la garde d'iceluy, & prit fon chemin pour s'en retourner en 
… France; s'en reuenant tout à fon belaife, dans la penfée & la croyan- 
pan "à ce qu'il ne luy furuiendroic plus aucune affaire ; il y en auoit mef- 
contre leRoy, me fort peu de fa fuite qui portaffent des armes & habillemens de 
po A guerre fur eux :Ilfit cant de iournécs qu'il arriua à Pontréme, là 
sé cs ly Où il apprit que les Venitiens s'eftoient afflemblez en tres-grand 
empécherfin nombre, en vn lieu nommé Fornouë ; & qu'ils eftoient ,commeon 
Al - difoit, deux mille hommes d'armes & vingt mille de pied , dont 
l'intention eftoit telle, que de vouloir empécher le Roy de paffer, 
fi ce n'eftoit à leur mercy & difcretion. D'autre part, ainfi qu’il a 
efte dit cy--deflus, le Seigneur Ludouic auec pareille force & puif- 
fance cenoit coûjours Monfeigneur d'Orlcans afliegé dedans No- 
uare; & par ainfi ces Italiens croyoient lors auoir &tenir entre leurs 
mains prefque toute la fleur, l'honneur, l'excellence, la bonté, & 
la valeur du Royaume de France , & auoient proietté de la forte 

leur deffein, mais il en aduint autrement par la grace de Dieu. 

A Quand le Roy fût aduerty que les Venitiens l’auoient dés-ja 
long-temps attendu pourle combatre , il tint confeil auec les Sei- 
‘gneurs & Capitaines, & autres Ofhciers de guerre, afin d’auifer fur 
ce qui eftoic à faire. Il fût confeillé de continuer fon chemin tout 
droit, & que c'eftoit le meilleur : Il fût donc ordonné qu’en l’A- 
. uantgarde de fon Armée feroit mis la plufpart de fes forces ; ce qui 
fût Fe. Il y auoit quelques quatre à cinq cent hommes d’armes, 
& trois mille Suifles , auec de l'artillerie. Pareillement fut-il or- 
donné du Corps de bataille, & de l’Arriere-garde, par le bon ad- 
uis des gens de bien qui y eftoient. Tour le bagage , & les gens 
qui n’eftoient de defenfe furent mis à la queuë & derriere l'Armée; 
ils eftoient beaucoup. Il m'a efté dit que le Roy eftoit entre l’A- 
uantoarde & la Bataille, comme furvne aîle, D 58 de ceux 
Hardege, Qi il fe floic le plus ; & dans la verité l'ay oùy dire qu'il le 
G courage faifoit beau voir , parce qu'il monftroit vifage de Prince hardy & 
. el courageux. Les Gentilshhommes qu'ilauoit emmenez fe monftroient 
©. * tousen leur particulier eftre gens de cœur, & pleins de bonne vo- 
lonté , ce qu’ils donnerent bien à connoiftre par effet. Les Veni- 
tiens fur ces entrefaites enuoyerent vn Trompette vers l'Armée de 
France feignant de vouloir parler ;ce qu'ils ne faifoient à autre fin 
que pour apprendre & découurir où eftoit le Roy , leur intention 
eftanc de faire vne rude & grofle charge fur l'endroit où ils fçau- 
roient que fa Perfonne feroir : Ce qu'ils firent aufhi-toft , faifans 
partir à ce fuiet cinq ou fix cent hommes d'armes de leur groffe 
troupe, les mieux montez & les plus gaillards de ceux en qui ils 
c fioient le plus de routes leurs bandes: Ceux-là donc s'en vinrent, 
marchans fi ferrez qu’à les voir venir il eût femblé qu’on les eût 
| cOuUert 


| | ROY DE FRANCE. _of 
couuert d'un feul drap ; & ils s'approcherent auf fierement que 
gens d'armes pourroïent faire iufques à donner dedans. Le Roy Baraile 6 
auoir mahdé à deux cent hommes d'armes de venir deuers luy , ons 
lefquels les rencontrerent & atraquerenc par le cofté , tellement none Les 
que tous furent defaits, & la plufparc tuez. Il y eûc Lors des Fran NL v 
çois qui donnerent la chale iufques au camp des Venitiens , dont . 
aucun ne fic femblant de fartir de fa place : Cette rénéontre fût mefme de 
belle & honorable pour ke Roy & pour rousceux quitftoient auec sea : 
luy, lefquels n'eftoienc qu'vne poignée de gens ; au regard du grand bé 
nombte des autres. Mais il faut feauoir que Monfeigneur d'Or- 
leans fût bien caule en partie de cette viétoire ; car au tres- 
grand danger & peril de fa perfonne, & auec vne merueilleufe in- 
commodité qu'il reffentoic tant par la necéffité de viures que d’au- 
tres chofes neceffaires , il amufoit cependant le Seigneur Ludouic, 
& arreftoit fi grand nombre de gens auec luÿ à ce fiege de N6- 
uare, qu'il n’eft point à douter que fi tous ces Liguez euffenit efté 
enfemble, il eût efté prefque impoñlible de pouuoir paffer fans y 
demeurer ; à quoy cette grande diuerfion qu'il faifoit ; apportoit 
remede. | | 
Aprés la rencontre de Fornouë le Roy ne fciourna gueres en vn 
lieu; mais il auança le plus diligemment & aux plus grandes iouf- 
nées qu'il pût. Par les chemins ils perdirent luy & les fiens vné 
grande LL de leur bagage & fomtniers *, & edrent grande ne- * Sommiers 
ceflité de viures. De verité, quand ils atriuerent à Æ4f, ils eftoient sen 
extrémement laffez & trauaillez,& reffembloient bien à des gens qui rimaux de 
auoient eû quantité de mef-aifes, & foufferc beaucoup de mg bagage. 
le Roy d’ailleurs n’eftoit lors gueres fournÿ d'argent, pres à fon 
arriuée quarante mille francs que Monfeigneur d'Engoulefme auoit + 1e Canton 
enuoyé à Monfeigneur d'Orleans pour le fecourir & l'aider : Mais d'Appenfel 
le Roy ptit cela, qui luy venoit bien à poin@® pour l'heure ; car nsc 
il en auoit neceflité. Puis, quand il eût pris quelque repos à 4ff, leur Ale, 
il s'en alla à Vercel. PS Fa 
Or il fautentendre qu'aprés la rencontre fufdice de Fornouë ,tou- Able fs 
te cette grofle Armée des Veñitiens fe vint ioindre auec le Sei- rires 
gneur Ludouic deuant Nomare, Lors que ces deux Camps furent 7 . 
aflemblez , ils pouuoient monter à plus de quatre mille Hommes gueules à 1a 
d'armes, & quarante mille Hommes de pied. Aprés que le Roy eûr et 
vn peu feiourné à Véréel ; il aduifa comment il poutroit fecourit d'vn Ours 
& aider Monfeigneur d'Orleans ; car fon intention n'eftoit pas d° fable ; ef 
de retourner en France fans luy, cotibien qu'il y eût lots aucuns, sy 
qui euflent affez voulu le conttaire : À ce fuiet il enuoya de- vrOurs; ce 
uers les Ligues, pout en auoir des gens à fon fecours , lefquels 2,7% 
luy en vétroyerent tant qu’il luy ef plairoit;& für aufli-roft mis defigne ioy 
l'enfeigne de l'Ours* aux champs ; tellement qu'en bien peu de / Cantoñs 
cemps il ÿ fût leué vn corps de dix-huit ou vingt mille hommes, FOus. 


106 HISTOIRE DE CHARLES VIIL. 


en forte qu’on difoit, que iamais on n’en auoit veü pour vne fois 

fortir vn fi grand nombre de leur pays: Cependant il feroit affez 

difcile de s'imaginer & penfer la preffante neceflité & la grande 
fouffrance de viures qui continuoit dedans Nouare ,ainfi que l'ay dit 
cy-deflus ; tousles jours on y voyoit & découuroit de nouuelles pau- 

urecez & des miferes commeincroyables: Les plus grands & les prin- 

cipaux de la Ville,auec le Duc d'Orleans mefme y auoient affezaffai- 
re:Quelques Gencilshommes & compagnons s’hafardoient de porter 

du pain & des farines dans la Place afin de fecourir ceux de dedans; 

mais cela pouuoit feruir de peu à tant de peuple : Iecroy pour le vray 

que jamais garnifon ny Place affiegée n'endura dauantage, ny auec 

plus de conftance & de refolution ; & cour cela parla confideration 

& pourle refpeét de la haute vertu du Prince qui eftoit dedans, le 

quel eût mieux aimé mourir que d’encrer en Traité, ny prendre au- 

cun party, quine luy eût efté honorable ; encore que dans cettecon- 

ioncture il eût le plus fouuent la fievre. Il fouffroit & enduroit tout 

fon mal volontiers & courageufement, pour rendre feruice au Roy 

fon Souuerain & naturel Seigneur. Les Suiffes eftans donc venus en 

fibon & fi grand nombre, comme ie vous ay dit, le Roy delibera 
ee de marcher pour aller faire leuer le fiege de Nouare , & y con- 
Ces dem au traindre à cét effer le Seigneur Ludouic par vn combat ; ce n'eft 
fécours dé bas qu’il ne fût confeillé de ne point hazarder de Bataille pour 
dc 2-5 de raifons & inconueniens qu'on luy mettoit en auant ; 
mefmement quand on luy faifoit confiderer le grand peril & le 

danger auquel il s’eftoit n'agueres trouué à Fornouë ; & eftimoit- 

on que de tenter encorcs la fortune vne feconde foisen ce fai&-li, 

ce ne feroit pas fagement y proceder ; veü qu'affez fouuent il eft 
mefaduenu àceux qui trop legerement & volontairement ont voulu 

mettre au hazard le fuccés de leurs affaires : D'autre part, on con- 

fideroit que les gens d'armes de France cftoient fort foulez & fa- 

ciguez, & que la plufpart des forces prefentes eftoient les Suiffes ; & 
que s’il aduenoit qu’on s’affemblât pour donner bataille, & que par- 

RaiGns pour aduenture il en mefaduint, veü Peftac des chofes, ce pouuoit eftre 
n'hazarder ]a totale deftruftion & laruine du Royaume de France; mefme, par- 
ue que de deux chofes l’vne , ou il eût fallu que le Roy & Mon- 
feigneur d'Orleans fuffent enfuite de la deffaite combez entre les 

mains des Italiens; ou bien les Suiffes mefines au cas de la victoire 

auroient pû s’en faifir, & demeurer les maiftres de tout, à leur aifc. 

Ac&rd dt La confideration preffante des raifons & des chofes deffufdites, fic 
di ofare confeiller l’'appointement, lequel fetraitafi bien que finalement il 
pateur du fût accordé par ce Traité que Monfeigneur d'Orleans pourroit {or- 
perse tir en toute Éberré & feureté de Nouareauec tous ceux qui eftoient 
la deliwrance auec luy. Quand ledit Seigneur fût arriué deuers le Roy, il témoi- 
& liberté du E qu'il luy déplaifoit fort de cét appointement qu’on auoit ainfi 


d'Or- A 
Fa f ax, dont il eùt de grofles paroles auec Monfeigneur le Prince 


ROYDE FRANCE, | 107 
d'Orenge ; car tout Le plus grand defir qu'il auoit au monde eftoit 
de combatre, pour auair raifon des grands ennuis & déplaifirs que 
fes ennemis Juy auoient fait endurer fi long-temps, I fr tant 
qu'il atrira & obtinr fous main plus de huit cent hommes d'ar- 
mes François, & la plufpart des Capitaines & Officiers des Suifles, 
qui luy promirent de l'accompagner par tour ; furquoy il fupplia 
Je Roy que fon bon À füc de luy permettre qu'il en effayät 
À l'aduenturc, en luy faifant voir qu’il auoit ban efpoir de luy ren- 
dre vn grand & notable feruice, & d’en venir à fon honneur : Mais 
ledit Seigneur ne le voulut iamais permettre , en luy difanc qu'il 
auoit iuré l’appointement, & qu’il alloir qu'il le tint; mondit Sei- 
gncur d'Orleans luy repliqua, qu'il luy plûc le laiffer faire : Mais il 
n'eût point d'autre réponie, & on ne luy voulut pas accorder ; de- 
quoy il eût vn merucilleux & fenfible regret : Car oncques Prin- 
ce n'eût fi grande enuie d'aucune chofe qu’auoit ledit Seigneur 
d'Orleans d'hazarder fa vie, pour venger le Roy & luy des torts & 
griefs que les Vonitiens & les autres Italiens Juy auoient fait. Tou- 
resfois à la fin fallut-il qu'il fe contentär, & qu’il obeït à la volon- 
té du Roy, ainfi que la raifon le vouloit; furquoy l’on peut affurer 
auec grande verité, qu'il n’y auoit aucun fi petit füc-il, qui füt plus | 
cnclin à luy faire feruice & obeïffance qu'il eftoit. _ 
Tous ces Traitezeftans faits, le Ray s’en reuinren France, ayant 
Monfeigneur d'Orleans en fa compagnée, quicftoit toûjours mal. 
content dans fon cœur , de ce qu’on s'eftoic ainfi feparé fansrien fai 
re ; car il auoit en penfée qu’auec la compagnée que le Roy auoit 
affemblée, il eût bien ofé attendre en vn iour tout le monde qui 
{croit venu l’attaquer ; & dans certe opinion il s’en vint auec le 
Roy, lequel auança tant par fes journées , qu'il arriua enfin en la 
ville de Lion , ou ileftoit attendu par tous ceux qui y eftoient, en * 44e 
tres-bonne deuotion, d'autant plus qu’il y auoit long-temps qu’on Gilbert de 


e Bourbon Co- 
ne J'y auoit veu. 7 


Affez-toft x js que le Roy füt de retour en France , ceux de penfier, Pi- 
Naples fe reuolterent, & la plufpart de tout le Royaume de Si- °724Na 


À | les pour le 
cile ; les François qui y cftoient demeurez y fouffroient beaucou Che 


de peines & d'ennuis ; mefmement le Viceroy Monfeigneur de VIII: Far 
Montpenlier * y mourut de maladie ainfi que beaucoup d'autres À 0 
ens : bien, dont le Roy fut fort déplaifant & marry, mais pour, 

l'heure il n'y pouuoit pouruoir ny y remedier. _ Mrle Dau- 

Durant que ledit Seigneur cftoit à Lion luy furuinrent nouuel. Arf tend 
les du trépas de Monfeigneur le Dauphin* {on fils vnique, dont il nd 3e 
füc fenfiblement touché & grandement attrifté ; de mefme que le âge de. ans 
füc là Reyne , & à iufte ticre & raifon. Car naturellement route AS L 
perfonne raifonnable tant de petit eftat foit-elle , a regret de Îa 6. Decembre 
perte de fon enfant. Il n'y a donc pas peine à s'imaginer quel pûc 4/64 


eftre le deüil d'vn fi grand maïftre & fi grande maiftreffe que ceux- sr " 


O i 


103 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 


Mi ei là cftoient touresfois ils Le prirent fagement & vertueufement en 
mens de Ye, Comme ils le deuoient faire ; car aux plus grands appartient- 
l'Awbeur 1] dé fupporter encor plus patiemment les aduentures & affi@ions 
ot Le qui leur aduiennent (tant grandes foient-elles ) que non pas aux 
des aduerf- gens de petit ou moindre eftat : Pour conclure au mieux, il feroit 
a mn befoin à tous Princes (ainfi que dit vn Sage) de ne s'éleuer iamais 
| _pour quelque grande felicité & profperité qui leur pât aduenir ; 
. Fu, commeaufli nes'affiger & actrifter que bien à point ne aduerfité 
depuis le Roy OU perte quelconque qui luy pût arriuer: Ceux qui ainf le pratiquent 
AE s'en trouuent mieux ,& font par toutes gens tenus & reputez pru- 
proche y dens, magnanimes & pleins de grand courage. Par le deceds de 
tier de la mondit Seigneur le Dauphin, Monfeigneur d’Orleans reuint à fon 
appel du premier titre & eftat d'etre appellé Honfeigneur ; & ainfi le nom- 
feulrom de Meray-ie dorefnauant, iufques à ce qu'il foit | sr à plus hau- 
Monfi- te Seigneurie, c’eft à dire, à la Couronne mefme de France. 
ou Monfeigneur le Comte d'Engoulefme Charles mon bon Sei- 
L' Autheur ; % . . A / / 
cfoirau fer. BNEUT , bicnfaicteur , & maiftre*, quim'auoit toüjoursnourry, éleué 
nice du C. & ro de (ongnac pour s'en aller en Cour , où il luy 
D. fembloit qu'il ne feroit iamais affez à temps arriué , pour voir 
Re Monféigneur , dont il auoit fi grand defir que rien plus: Le iour de 
fon depart il fit le plus grand froid qu'on a veû gucres faire & 
qu'on eût pû endurer ; arriua ce foir-là à Chafleauneuf, deliberé 
de partir le lendemain pour s’en aller à Engoulefme , mais la nuit 
vne maladie le prit qui fût caufe qu'il ne pût bouger; cette mala- 
“Louife file die s'empira & fe conuertit en fievre tierce, donc Madame * fa 
dPRPPSS femme fût rant ébahie que perfonne ne le pourroit eftre plus ;aufli 
Duc de Sa- 5 ns por Press en 
ueye. cftoient bien étonnez tous {es Gentilshommes & feruiteurs dont 
il auoir de bons & fideles , qui l'aimoient tant que plus ne pou- 
woient le faire. Ladite Dame enuoya querir en toute diligen- 
ce tous les bons & experts Medecins que l’on püt crouuer de 
tous coftez, & en tous endroits , feauoir Meflire Antoine de Li- 
faine , & vn Maitre Roux de Poictiers qu’on difoit eftre des plus 
experimentez en cét Art qu’il y eût: Aufli füc enuoyé querir vn 
Catalan nommé Maiftre Gabriel, & vn autre qui s'appelloit Mai- 
.. ftre Robert saucc le fien ordinaire ; ainfl furenc-ils aflemblez au 
Mrs , nombre de cinq ou x , laquelle quantité * de Medecins l'on dit 
ctitéde Me- depuis luy auoir efté fort preiudiciable. Sa maladie luy dura vn 
mas a mois tout entier, durant — temps ladite Dame ne bougea ia- 
fiuenrplus Mais de fa chambre, & ne découchoit point d'auec luy, tant ma- 
nuifible que lade füc-il, eftanc le plus fouuent vétuë , & le feruoit iour & nuit 
profitable. aufli doucement & humainement qu’eûc pû faire la plus pauure 
femme ,fon mary ;elle ne dormoit quafi ny nuit ny iour. Pour 
abreger, quand la maladie de mondit Seigneur füt extrémement 
augmentée il fallut qu'on emmenât ladite Dame hors dela cham- 


bre ; & eftoit neceflité d’ainfi le faire , car autrement elle n’en fût 


Pas 


ROY DE FRANCE. 109 


point fortie en vie, paroiflant dés-ja plus morte que viue. Quand 

mondit Seigneur vid fa fin approcher , luy qui auoit coute fa vie 

bien vefcu, tant enuers Dieu qu’enuers les hommes , confiderant 

la fragilité humaine , & que la fin couronne l'œuure , il voulut finir 

comme vn vray & bon Chreftien doit faire. Il fit donc fon Te- 

ftament*, par lequel il ordonna .onféigneur eftre protecteur & *7dfsmem, 

defenfeur de Madame fa femme, de Meflieurs fes eg defagere 

Maifon , le fuppliant tres-humblement d’ainfi le vouloir faire, d'Engoulef 

comme celuy qu'il auoit coute fa vie tenu pour fon Seigneur & ee 

fpecial amy, & auquel il auoit le plus de fiance. Il fit Madame fa ATEN 

us tucrice &adminiftratrice de fes enfans & de fes biens, & aufi1 #ier iour de 

executrice de fon Teftament; il luy nomma aucuns de fes ferui- "#5 

teurs dont ie fus * du nombre :Son T'eftament eftant fait il receût * L'Awheur 

tres-humblement, & en grande deuotion & humilité tous les Sa- = rm 

cremens de noftre mere fainéte Eglife , & en requerant mercy à mer. 

Dicu il luy rendit fon efprit le premier iour* de l’an mille quatre * L'année 

cent quatre-vinge & quinze ,enuiron midy. Ceux qui ont veü le Pa nu 

portrait au vif du Roy (harles le Quint, qui füt nommé le Sage, Ur 

difenc qu’il luy reffembloit de corps & de vifage ; mais s’il Le re- lors le19. du 

prefencoit de figure, encor le faifoit-il beaucoup plus en bon fens + dus 

& prudence; ce qu'il a fait-voiren quantité de rencontres & gran- 

des affaires qu’il a eués à conduire, où on a reconnu fon adreffe & 

fa fagefle. Il n’y eût iamais homme à qui il fit déplaifir ou dom- 

mage , ains au contraire fe plaifoit-ilde faire tout plaifir & cour- 

mr À à tous ceux qu’il fçauoit en auoir befoin ; & y parût bien 

l'amour que fes feruiteurs, fujers, & voifins luy portoient : Car fon 

corps demeura à Chafteauneuf vingt-deux iours auant que d’eftre 

tranfporté à Engoulefme ; durant lequel temps Madame fa femme 

faifoit continuellement faire chacun iour vn Seruice general à fonin- 

tention : Et de cinq, de fix , de huit, voire de dix lieues y venoient de 

tous coftez les gens en proceflion , en faifant des regrets tels, que fi 

chacun eût perdu fon pere , ou le plus grand de fes amis. Pour 

parler du grand deüil que fit ladite Dame d'Engoulefme, il n’eft 

poinc de memoire que iamais homme en vid faire de femblable, 

ny tant le continuer. Que fi elle témoignoit beaucoup de 3 
ce n'eftoit pas merueilles , puis qu’elle auoit perdu vn auffi bon 

époux que iamais femme perdic, & qui autant l’aimoit ; ie le fçay 

comme celuy qui les a veûs affez fouuent en leur particulier * ,où + 1° sueur 
ils ne fçauoient quelle chere fe faire l'vn à l’autre, n’ayans jamais rémoir des 
laiffé paroître par enfemble aucun courroux, ny parole rigoureu- ge 
fe ; partant fi elle eût tant de regret de perdre vne fi bonne com- | 

pagnée ie ne m'en ébahis pas, & prefuppofe qu’en l’eftar où elle 

eftoit elle n’eût gueres furuefcu aprés, fi ce n’eüt efté la confolation 

qu’elle prit en deux beaux enfans qui luy demeurerent de feu, , 
mondit Seigneur fon mary, fçauoir eft vn fils * & vne fille. Le fils at I. 


O ii 


110 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 


+ Margucri- de l’âge de feize mois, & la fille * d’enuiron trois ans; cela eftoit la 
es de joye de cetre Dame, laquelle demeura vefue au dix-huiétiéme an 
es ra de fon âge, Le Seruice & l'Enterrement de mondit Seigneur fe fic 
Lençon, puis à Engoule{me en aufi grande folemnité qu'il füt pofible , felon 
Roy de Na- le temps, les gens, & le pays. Au refte fon T'eftament füt accom- 
ply, non feulement ainfi qu’il l’auoit ordonné, mais beaucoup da- 
uantage, la bonne Dame n'y voulant rien épargner ; & continuant 
en prieres & oraifons depuis ce jour-là, comme ceux qui la fre- 
uentoient pouuoient voir, ou l’apprendre. Ces chofes eftans donc 
faices elle enuoya deuers Adon/cigneur pour l’aduertir de ce qu'il luy 
eftoit aduenu, en le fuppliant tres-humblement quefon bon plai. 
fir für de l'auoir pour recommandée , & fes ME va Le Roy fût 
aufli aduerty de cetse mort, & dit que c'eftoit grand domma- 
e, parce qu'il auoit perdu l'vn des plus hommes de bien qui 
EM en fa famille & de fon lignage; ie confefle qu’en difant cela, il 
difoic bien la verité. Au regard de Monftigneur , ie crois qu’il ne 
mourut onques homme qu'il regrerät tant qu'il le fit ; car il Pai- 
moit de grand & parfait amour auant tout autre, comme le plus 
proche parent qu'il eût du cofté parernel , qui eftoit fon meilleur 
feruireur, & plus loyal amy. Dés cette heure-la il prit cetre Mai- 
fon en fa conduite & proteétion comme la fienne propre, en fup. 
portant & foûrenant routes les affaires qu'elle auoitcomme les fien- 
nes; & depuis il a tant fait de biens & d’honneurs à la mere, & 
aux enfans , que pere, mary, fils ou frere n'en fçautoient faire 
plus largement. | 
Aflez-toft enfuiuant le Roy partit de Lion pour s'en aller à 
Æmboife où il feiourna quelque temps , ayant toûjours <Honfti- 
is auec luy+ Il fit de ES 2 cheres & banquets, qui durerent 
onguement; puis enuiron la Touffaints ledit Seigneur s'en alla à 
Moulins où il demeura trois femaines : Pendant qu'on y feiour- 
noit Mon/eigneur & Monfeigneur de Bourbon s’vnirenc tres-fort 
d'étroite amitié, & fe faifoient bonne chere l’vn à l'autre ; ce qui 
füt occafion de donner de l'ennuy & du déplaifir à aucuns de ceux 
de la Cour qui ne s'en contentoient pas; car il en elt affez fouuent 
de cel naturel , qu'ils entrent facilement en foupçon & ialou- 
fic des autres fans que l'on penfe à eux, Quand le Roy eût affez 
Chafteas  (cioutné à Moulins il s'en retourna à L 4mboife, qui eftoic la place 
d'Amboife du monde qu’il aimoit le micux, pource _ c'eftoic le lieu de fa 


baffyparor- LL: »: or Las: 
dre du Roy, naiflance , & qu'il y faifoit bâtir vn cres-beau & fomptueux edi- 
CC, | 


LeDucd'Or- : | + 
leansGou. Durant ce temps, des enuieux rappotterent au Roy, & luy mi- 


ré renc en tefte que Æfon/cignenr, comme Gouuerneur de Norman- 
rs © die , entreprenoit en toutes chofes fur fon auétorité , & qu’à ce 
cot8*. faire l'incitoit &le confeilloit Monfeigneur de Roüen * qui eftoit 


d’Amboife 2 | | 
Archeuefque fon Lieutenant: Ceux qui tramoient cette accufation firent venir 


ROY DE FRANCE. 111 


les Baillifs du pays faire de grandes remonftrances& doleances au 4 Roüen, 
Roy , afin de f rendre encor plus mécontent & irrité , en difant ne Sid 
audit Seigneur que s'il n’y pouruoyoit au plütoft , il y auoit vn par 
cres-grand interet. Le Roy auoit inceffamment les oreilles com- #iriffre 
me rompuës de ce que luy difoient les autheurs de cét ouurage ; telle- d Effar. 
ment qu'en finils’enirrita fort: AMonfeigneur en füt aduerty , lequel 
s’en excufa de fi bonne forte, qu'il n’y auoit aucun Prince ou au- 
tre, qui ne l'en eût deû tenir pour tres-deuëment excufé; auffi n’y 
auoit-il oncques penfé , & c'eftoient toutes chofes controuuées, 
& inuentées calomnieufement contre verité , afin de le mettre mal 
auec le Roy, s'ils en euffent pû venir à bout;car,commeï'ayditcy- 
deffus,iamais aucune perfonne ne craignictant de déplaire à fon Sou- Les Princes 
uerain Seigneur qu’il faifoir, auf cftoic-il bien tenu dele faire. Car F y bi 
d'autant plus que les Seigneurs font proches du Roy, & plus luy 4 4Couron- 
doiuenc-ils d'honneur, de refpect , de feruice, & d'obeïffance , & #° font encer 
{e rendre fujets & humbles à accomplir & executer fes comman- ?/:"78= 
] P OMMAN- y feruice du 
demens. Ledeflufdit Monfeigneur de Roüen s’excufa parcillement Roy, qw'au- 
tres-bien & tres-honneftement, comme vn vertueux & fage Prelat fs fer : _ 
& Gentilhomme qu'il eft, encor qu’il n’eût befoin d’excufe ; car ou 
il n’y auoit aucune faute en luy en ce faict-là : Toutesfois l’excu- 
fe feruit de bien peu; & Monfeigneur fe fentit obligé de fe retirer 
à Blois , tres-déplaifant du mécontentement du Roy : Ceux qui … 
auoient braffé cette calomnie auoientintention, comme ondifoit, gt 
de faire tant que Monfeigneur de Roüen füc contraint de s’en al- leans caufée 
ler à Rome ,ou à Aft; mais ils penfoient d'vne ,& il en aduint d’au- PR 
tre : carl’homme propole & noftre Seigneur difpofe de lachofe PTO- pors. d 
pofée felon fon bon plaifir & vouloir. | 
Il arriua donc qu'vn iour ,le Roy eftant à Amboife, quelques Dh 7 
Gentilshommes lierent vne partie pour ioüer à la paûme, ce qu'ils d'oneblefu- 
faifoient pour luy donner pafle-cemps. À ce fuiec il partit de fa TE 
chambre pour les aller voir ioüer. En ÿ allant il fe heurta & frappa Charles 
de la cefte contre vne porte ; on le foûcint, & il marcha quelques VIIL. qi 
trois ou quatre pasen auant, puis il fût tout à coup entierement at- io 
teint d’un catharre qui luy romba dans la gorge; après on le retira âge de 17. 
dans vne chambre qui eftoit là auprés ; & furent cout incontinent €" 
L ne 8 x mois , Le 7. 
mandez Medecins & Apochicaires quiy firent ce qu'ils pürenc: La gui 1407. 
Reyne y vint, qui faifoit vn deüil merueilleux, & cel qu’elle faifoic veile de Pä- 
grande pitié à ceux qui eftoient prefens ; & ne fçauoit-on auquel RÉ NA 
entendre ou au Roy , ou à elle: Pour le mieux, il fallut que l'on cedele Roy 
l'emmenât en vne autre chambre , voire contre fa volonté. Ce £°uys XII: 
Prince vefquit dans l'effort de ce catharre enuiron neuf ou dix rs do ol 
heures; & nonobftant qu’il ne püc rauoir ny proferer fa parole, fi Pafques fu 
faifoit-il toûjours des fignes , & donnoit des marques d’vn bon ee Mars 
Chreftien, & vray Carholique. En cette maniere le Roy {harles ‘71497-& 


ver ee : : . dei. Auril 
Huitiéme finit fon dernier iour enuiron le temps de Pafques fleuries en 1408. 


112 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
l'an mille quatre cent MN dix-fept ; le vray Sauueur du 
monde luy foit propice à l'ame, C’eftoit vn cres-gentil Prince, li- 
betal, doux gracieux, & tres-accoftable. | 
Les me; 1 de cette mort furent apportées à Blois dans cette 
mefme nuit au nouueau Roy qui cft de prefent , & cela par plu- 
fieurs meffages qui luy furent enuoyez, & qui luy arriuerent coup 
fur coup : Encor sl püc voir & confiderer tout d’abord, à la pre- 
miere nouuelle d'vn cel & fi grand accident , que c’eftoit là vne 
fucceflion à luy aduenuë, qu'on peut dite la plus grande & la pre- 
miere de la Chreftienté ; couresfois ce bon Prince debonnaire & 
clément par deffus tous autres, & mefmement dans routes les cho- 
fes où Fhonneur & la raifon le requierent, fe prit à pleurer, & en 
fit orand deüil , en difanc hautement tout sie de biens du feu 
* Eloge de Roy Charks. Meflire George * d'Amboifé Archeucfque de Roïüen 
George eftoit pour lors fon principal Confeiller ; aufh l'a-t'il efté depuis, 
mer & left encores: & à la verité il le merite bien ; car il eft tres-fage 
Donfés ler du & de fubtil efprit, bien viuant en fon eftat ; & auec ce tres-bon 
sounean Roy. & loyal feruiteur à fon maiftre , pour lequel il auoit auparauant 
grandement fouffert & enduré beaucoup de chofes: Mais puis : 
les biens & les honneurs eftoient aduenus audit Seigneur fon 
Maifkre , raifon & equité vouloient qu'ilen fût participant, & par 
fuy reconnu, dautant que qui a eû fa part du mal doit aufli par- 
ticiper aux biens quand ils aduiennent. Deuers le matin Mon- 
feigneur du Bouchage artiua à Blois, lequel fit recit de toutes les 
chofes comime elles eftoient aduenuës. Peu après le Roy par- 
_—— tit pour s'en aller à L4mboife , où à fon arriuée il trouua vne 
XILoar. Compagnée tres-defolée qu'il faifoit pitié de voir. Ilentra dans la 
ter de l'eaué- chambre ou efloic le cotps du feu Roy {harles , à l'entrée de la- 
enifle Jurle Quelle il fit vne grande reuerence, & puis iecta de l’eauë-benifte 


corps du d, | | 
| pa pe deffus:Ledit Seigneur auoit lors des groffles larmes aux yeux , en 
eee difant tout haut _ Dies luy voulht pardonner. Il partit de là pour 
# , ° Gus : : | ‘ 
ne d s'en aller deshabiller , & enfuite il alla voir la Reyne, laquelle il 


Bretagne f4 erouua taht defolée , & fi remplie de criftefle & de deüil, qu'aucun 
Pi a FA ne fçauroit bien raconter combien elle en auoit ; car c’eftoit plus 
fin époufe Que fes forces ne pouuoient porter:le bon Prince la reconforta le 
l'an 1499. mieux qu'il pât , en s’offrant à elle, ainfi que l'on peut prefumer, 
Ft de la meilleure force qu'il luy fût poffble ; ce qui fe pafla beau- 
nuë par ce de la meilleure forte qu'il luy fût pofhble ; ce qui fe pafla beau 
ms ge mieux que ie ne le [çaurois mettte par écrit;car il ne fütia- 
pen je mais Prince qui le furpafsät en gtäcieufeté, benignité , & cour- 
France, v. toific. | | 
Pag-96. Il demeuta tout ce iour à L4mboife afin d’aduifer & regler les 
Ceremonies des Obfeques du Roy (harles, & autres chofes neceffai- 
res, puis il s'en reuine à Blois. Surquoy il faut entendre que rous les 
fraiz & les dépenfes qui fe firent pour la conduite du corps (dont la 
pompe funebre fütaufli grande qu'aucuneautre qui aitefté il Fe fort 
ong- 


ROY DE FRANCE. 113 


long-temps) furent énticrement aux dépens de ce bon Prince, & Obféques ds 
le tout fe fit de l'argent qu'il auoit de fon Patrimoine du temps R?y Char- 
qu’il n'eftoit que Monfeigneur d'Orleans; car on ne fçauoit gueres pri ar 
pour l'heure où en A ailleurs. V. p. 14. du 
Bien-toft aprés que le Roy fût reuenu d'ÆAmboife à Blois, ceux es 
de Pari enuoyerent pardeuers luy tant de la Cour de Parlement 4 de M. 
r autres Corps & Compagnées; ce que firent aufli tous ceux Godefroy 
es autres Villes de ce Royaume, afin de luy rendre leurs refpects imprimé l'an 
& obeïffances. Monfeigneur de Bourbon y enuoya pareillement, 1619. 
& y vint luy-mefme bien-toft aprés, ainfi que tout le refte des re gum er 
autres Seigneurs, & gens d'Eftat de France. | deuoirs ren- 
Monfeigneur de la Trimoüille * fût ordonñé pourla conduite ge HAE 
du corps du feu Roy, dont il-eftoit le prernier ee , auec se néon 
{es autres Chambellans, & tous.fes autres Officiers, les mefmes 4 le Cowren- 
_ qui auoient accouftumé de le feruir de fon viuant. Il y auoit pour ”” 
l'accompagner vn Cardinal, auec huit ou dix tant fe ee don de ce 
sites ues.. En cét eftar & Ceremonie le corps du defunt Roÿ le, premier 


üt mené & conduit iufques à Paris; & en chemin faifant, dans Chembclan, 
. V7: \ fr: : 4 la conduite 
routes les Villes où pafloit ledit corps, fe faifoient des Seruices 4 Cove, 
funebres fort folemnels. À Noftre - Dame de Paris il s’en fit vn & delepom- 
beau par excellence; de là il fût porté à Saint-Denys, auquel lieu a . 
il fût inhumé en grande pompe & folemnité. Le Seruice eftant VIIL 
acheué il fût par les Herauts crié, Adort eft le Roy Charles, Vine le | 
Roy Louys. Noftre Seigneur par fa bonté veüille permettre que ce 
{oit longuement, & en bonne fanté. DO 


€ + , 
$ 


LHISTOIRE 
DV | VOYAGE DE NAPLES 


CHARLES VIII 


MISE PAR ESCRIT, EN FORME DE IOVRNAL, 
de fon exprés vouloir & commandement, 


Par ANDRE DE LA VIGNE, Secretaire d'ANNE 
DE BRETAGNE Reyne de France. 


Tiré de la Bibliotheque du Roy. 


LE Mardy neuféme Septembre mille qua. 
tre cent nonante quatre le Roy partit de 


1 49 4. ee 

Sd à KW | Quiers, d'où il s'en alla difner à Ville- 
SAN neufue , & le iour mefme fouper. dans la 
él ville d'4f, où il fut cres-ioycufement 
MEN reccû, & peu aprés il y apprit les bonnes 

M À les de la deffaite, fur 1 d 
| nouuelles de Îa deffaite, fur la mer de 
*P.p.99. € Sa) Genes, du Prince de Tarente * par le 
P- 295. des === Duc d'Orleans. Ce combat arriua deuers 


sens SES le pont de Genes, auquel fe fignalerent le Seigneur een de la 
Granche le Seigneur de Psenne * ; & Charles de Brillac Maiftre d'ho- 


Lounure. 


HISTOIRE DE CH. VIILR.DEFRANCE. n$ 
ftel du Roy, lequel y fut fur le champ fait Chewalier , le Bailly de 
Dion , & le Seigneur Gxynot de. Lonfire y rendirenc auffi fort 474: 
bon feruice : Ledic Duc vint énfuite ioindre le Roy à ff, où | 
fe rendirent auffi le Seigneur Ludouic* oncle du Duc de Milan, & * Louys 
fa femme Béarrie fille d'Hercule 1. du nom, Duc de Fertare; More die 
le Roy dans Aft logea quelque temps en la maifon d'un des ha- 4e Iean Ga- 
bitans nommé fear Rogier, & enfuite chez les Iacobins, üù il [e- — hi 
iourna iuÎques au fixiéme Otobre ayant cependaât donné or- rl 
dre àplufieurs de fes affaires: Ledit Scigneut Ludouicrdans ce temps- fwrpale Du- 
là conuerfoit priuément & familierement auec le Roÿ, qui luy bi. sp _ 
{oit la meilleute chere du monde , pendant que ce perfide cou- Ho 
uoit toutes trahifons contre fon feruice, dont il fut à la fin fort 
mauuais marchand. 

Le Lundy fixiéme Octobre le Roy partit d’A4f, alla difner à O&obre. 
Fariniere & coucher à ÆAontcal , qui eft la premiere Place vers la 
Lombardie , hors du Piedmont , appartenañt à la Marquife de 
Montferrat , qui fit tres-grand accuëil au Roy ( en fe rhettant 
en fa protection & fauue-garde ; ) & encor plus dans Cafal {a Vil- 
le dE Ms du Montferrat , où il atriua le lendemain Mardy feptie- 


_ me du mois, & y fûüc iufques au Vendredy fuiuant dixiémeOéto- 


û 


bre qu'il für difner à (oaf$e, & coucher à Afortore *. 

Le Samedy onziéme O&tobre le Roy füt gifter à Wigese*, qui » 1 
eft Euefché , où à fon Entrée chacun crioit à haute voix , Wike le ne - 
Roy. | LD 

Le Lundy treiziéme Oétobre lé Roy alla aux Granges. 

Enfuite il alla à Panie, où il fût receü par vous les Corps & par 
lVniuerfité , encr'autres , aucé des acclamations , triomphes , & 
magnificences comme incroyables : 11 y für depuis le Mardy qua- 
vorzième iufques au Vendredy dix-feptiéme Oétobre qu’il en par- 
tic pour allet difnet à Beriofle, & de là coucher à Caflel-Sainit - 


Jean . 


. . "A de « . .? | . * 
Le lendemain, qui füt le Samedy dix-huitiéme O&obre, il oies 
füt difner à Rouquelfe, & vers le foir il fit vne Entrée magnifique Galeas Due 


dans Plaifance , auquel lieu fuy vinrent nouuelles fort furprenan- #4": 


tes, que le petic Duc de Milan * eftoit mort tout fabitèment, dont . Pr 
il füc tres-marty, & luy fit, dés lé leridemain de cét aduis , faire for.causépar 
vn Seruice funebte fort folérnnel ,en marqué de k grande affection pren 
qu'il auoit euë pour le defunt, & dénna a. harge de cette Ccere- Cominesp. 
monie ax Sieur Regnaut d'Orcilles, qui s'en acauitta tres-bient, -. 292.293.// 
Tour le monde creût facilement d'abord qu'vne ff prompre … il 
mort auoit éfté auancée à cé jeune Due par quelque maunais breu- #toi épousé 
uagc. Le Roy auant à de partir de Plaifañce* receût diuérs pre- RTE 
fens de ceux de 14 Ville, & entr'auttés des fromiages dir pays d'v- 11. Roy de 
ne extraordinaire groffeur & grandeur, qu'il fit conduire en Fran- Ed 
ce isiques à Moulins deuexs là Reyne & lé Duc de Bourbon: Pre) 
Pi 


*al. Mortr 


1494 


* peut-effre 
Bourg 


SW.p.104. 
d'10$. 


116 HISTOIRE DE CHARLES VII. 
Le Roy partit de Plaifance le Ieudy vingt-troifiéme Oétobre, 


alla difner & fouper à Florenfole. 


Le Vendredy vingt-quatriéme Oëtobre coucher au Gowrg*de 
Sainct- Denys. | 
Le Samedÿ sp Te Octobre à Fornouë , Bourgade où 


il ya vne belle & grande Abbaye. En ce lieu eft l’Entrée des 


Montagnes des Alpes , & ce fût là où le Roy au retour de fon 
voyage & de fa conquefte de Naples gagna la Bataille de Fornouë*, 
& remporta vne memorable viétoire contre toute l'Italie liguée 


contre luy afin de Îuy fermer le paffage. Il y a vn ruiffeau à For- 


* PV, de Co- 
mines du 
Lounre, ?' 
294. 295. 


* Le mefme 
de Comines. 


pag 295. 


Nouembre. 


nouë qui de fois à autre croift fi extraordinairement tout rte 
que les paffans qui s’y rencontrent fe trouuent en grand peril,, 
comme | pps lors de ce paffage du Roy, où quelques-vns de fa 
fuite penferent eftre noyez. | : 

Le Dimanche vingt-fixiéme Octobre on chemina parmy les 
Monts des : Alpe où on fût fort étroitement logé. 

Le Lundy vingt-feptiéme, en continuant la trauerfe des Aonts, 
on arriua à vn Bourg nomme Bellée. 

Le Mardy vingt-huitiéme on arriua à Pontréme*, où l'on fit 
vne fomptueufe Entrée au Roy, que ‘Pierre de Medici vint trouuer 
pour fe mettre luy & les fiens en fon obeïffance, & l’affurer de la. 
ville de Florence & de l’Eftat des Florentins; il luy promit mefme 
de mettre en fon obeïffance vne Villette appellée Sarféigne , & vne 
bien bonne Place tout auprés, qu’on nomme Sarfouuille ; laquelle 
cffetiuemement für dés l'heure mife entre fes mains. 

Le Mercredy vingt-neufiéme le Roy fût à Noffre- Dame des Mi- 
racles proche de Pontréme; & aprés le difner il s’en alla à Folle. 

Le Ieudy trentiéme & le Vendredy trente-vn & dernier Octo- 
bre furent employez à faire auancer l'Armée pour aller coucher à 
nr où l'on fit vn feiour de fix iours tant pour le refpeét de 
la fefte de la Touffaints , que pour donner temps aux Troupes laf- 
fées & fatiguées de fe rafraichir & reprendre haleine; &aufl our 
donner quelque repos aux malades. Durant ces fix iours plufieurs 
affaires importantes furent ordonnées & reglées par le Confeil du 
Roy, que Ludouic vint là trouuer , puis il s’en retourna * foudai- 
nement à Milan, continuanttoûjours dans le deffein de faire éclor- 
re les grandes trahifons qu'il brafloit pour faire perir l'Armée de 
France, & trauerfer ce voyage.: 

Le Ieudy fixiéme Nouembre le Roy partit de Sar/éigne pour 
aller à Haffe Bourg où il y a vn fort chafteau, dans lequel il fûc 
bien accueilly de la Marquife, en l'abfence du Marquis. Pro- 
che de ce chafteau il y a vne montagne où fe prend du marbre 
blanc & noir, & d'ou l’on découure la grand’ mer qui n’en eft qu’à 
demie lieué. 

Le Vendredy feptième au partir de Maffe, pour aller coucher 


ROY DE FRANCE. | 117 
à Petre-Sainéte * petite Ville conteftée entre les Florentins, &lesGe- , 494. 
nois, dont le Roy voyant linconftance & les changemens fre- 
one qui y furuenoient de iour en iour , fe refolut d'y laifer vne 525 


eComines. 
orte garnifon dans le chafteau iufques à fonretour ,pour'luy fer+ 


uir de plus grande feureté à fon paffage. UT 

Le Samedy huitiéme Nouembre, aprés difner, le Roy fit fon 
Entrée à Luques , dont les habitans le receürent & l’harangue- :: 
rent comme leur Sowxerain Seigneur , en foümertant leur Ville 
entierement à fon obeïffance ; il fe fit mener par les Grange, qui 
font dans vne prairie de quatre ou cinq licuës en quarré , fi- 
tuée proche de B. où font nourris vne a de beftiaux de tou- 
tes fortes; ce qui eft vne des plus curieufes & plus extraordinaires 
chofes à voir : Puis il fût coucher à (ourper le Lundy fuiuant; & 
le lendemain Mardy * fon difner füt dans le fauxbourg de Pauie *11 fembley 
vers Pife , dans vne grande Abbaye de Sant Antoine richement #iren cé 
fondée, & bien baftie, d'où enuiron les deux heures & demie il Ha bass 


> | que obfcurite 
fit {on Entrée dans la ville de Pife auec toute Ja magnificence pof- dr contradi- 


fible. - fHon, ou du 


| L Le . | moins confu- 
Dés le Dimanche matin neufiéme Nouembre fon train fût preft fon de dar- 


de marcher : Il alla difner à Primat , & aprés le difner il fit ladite res, comme fi 
Entrée autant folemnelle & honorable qu’on puiffe iamais faire, Re 
y cftant receü comme vn Souuerain & vn Liberateur , & comme noir pas bien 
le Protecteur de leur liberté contre les entreprifes & vfurpations 777 
des Florentins *, qui difoient auoir droit de Seigneurie fur les Pi- * #. de Co- 
fans ; & à ce Guide Les vouloient tenir en grande & rude feruitude; a 
ce que les Pifans ne pouuoient fouffrir ny fupporter ; c'eftoit vne dl 
chofe admirable à voir , que toutes les figures des Hiftoires & 
myfteres , & des arcs triomphaux , qui eftoient dreffez & expofez 
en diuers lieux dans les carrefours & ruës de Pife,deftinées au paf- 
fage du Roy & de fon Armée. 

Aprés que le Roy eût fait grand’chere dans Pife, le lendemain 
il fût difner au lieu dit Pont-Codere , & coucher à Empoly. | 

Puis le matin, qui fut le Mardy onzième Nouembre, il fût au 
Ponr-du-Signe , beau & agreable lieu de plaifance (qui n'eft qu’à 
deux lieués de diftance de la ville de Florence) où le Roy feiourna 
cinq ou fix iours ,.pour voir cependant quelle refolution pren- 
droient les Florentins, qui s’'eftoient foûleuez contre Pierre de Me- 
dici* , lequel auoit mis en la puiffance du Roy tous leurs chafteaux * De Comi- 
& forterefles; enfin, comme le Roy s’appreftoit à les venir forcer qi 
leurs Deputez le vinrent trouuer , & par l'entremife de ceux de “77 "77 
Siene & de Venife qui les auoient accompagnez, ils s’humilierent , & 
excuferent fort leur conduite fur la rebellion du peuple, & le tu- .. 
mulre caufé par vn certain tas de populace, & gens fans adueu,en 
le priant que fon bon plaifir fût de les venir voir & honorer de 
fa prefence ; qu'ils luy ouuriroient toutes les Portes de leur Ville 

P iij 


118 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
1494. pour y entrer & y pafler auec route fon Armée à fon loidir & bon 
7" ayle, & qu'ils luy rendroient tout honneur & refpect & route 
l'obciffance pofhble ; ce qu'eftant ainfi offert de leur part, auffi- 
toit le Roy y enuoya a de fes Fourriers pour y marquer les 
logis, & s’aflurer deslogemens plus commodes , tant gs fa per- 
{onne que pour tous ceux de {à fuite ; le Marefchal de Gié y fut 
“Guillaume auflli à céc effet , auec l’Euefque de Saint-Malo *, lefquels receu- 
Bagonne. enr Je Serment de fidelité des Florentins pour la plus grande feu- 

reté du Roy. | 

Aprés donc cinq ou fix iours ainfi pafez, le Lundy fuiuantdix- 
feptiéme du mois de Nouembre le Roy alla difner proche la vil- 
de de Florence dans vn beau & grand Palais orné de verdures & de 
treilles: Enfuite dequoy il fit fon Entrée dans Florenæ en tres-grand 
triomphe & finguliere pompe. Les Citoyens & habitans luy pre- 
fencerenc d'abord les grandes clefs de la Ville , luy firent foy & 
hommage, & luy mie honneur & reuerence comme à leur 
Roy & fouuerain Seigneur. Aprés que vous les Corps de cette Vil- 
le, ranc Ecclefiaftiques que Seculiers eurent paflé ; les Bandes du 
_ Roy commencerent à marcher, qui fût la chofe la plus belle qu'on 
vic iamais en vne Encréc de Ville : Premierement parurent les 
Couleuriniers ,les Allemans, Lanfquenets, & Suiffes, rous bien ar- 
mez. Aprés venoit la Bande des Picquiers auec leurs eftendars , gui- 
dons & flûtes. Puis la Bande des Hallebardiers entremélez de grands 
loücurs d’épées , tous reuétus d'vne mefme parure, fçauoir des cou- 
leurs & liurées du Roy , portans la courte dague à leur cofté , les 
chaufes.de drap d’or, la chaîne au col : Enfuite venoient les Ca- 
pitaina , Monfieur de Cleues , & le Comte de Neuers qui condui- 
foient enuiron fix mille foldats deux à deux , auec lefquels eftoit 
le Sieur Lornay Elcuyer d'Efcurie, & le Bailly de Dijon. Puis 
les © 4rchers d'Ordonnances renans leurs arcs bandez, &/portans leurs 
troufles de féches. Aprés les Hommes-d'armes bien montez & ar- 
mez , auec leurs clairons, trompettes, cornets & tabourins de guer- 
re ; ils eftoient bien en nombre de huit cent Lances ,tous Gentils- 
hommes , & de maifon, de grande valeur & vertu, qui ne recher- 
choient qu’à acquerir de l'honneur & de la reputation dansle feruice 
du Roy. Enfuite venoit la Bande des deux cent Arbaleftriers portans 
tous l’arbalefte bandée : Puis la Bande des =_4rchers de la Garde du 
Roy allans quatre à quatre, portans deffus le dos, le hocqueton tra- 
uaillé de fine orphéuerie. Aprés vinrent quelques Capitaines com- 
me les Sieurs de Cruflol , Claude de la Chaftre auec fon fils, die 
le Sieur Quoquebourne , & autres habillez tres-richement. Sui- 
uoit la Bande des Cent Gentils-bommes du Roy fort fuperbemenct 
vétus. Les Pages d'honneur montez fur grands cheuaux, & les La. 
quais à pied vétus de draps d'or & de velours allans autour la Per- 
fonne du Roy, qui eftoit monté fur fon courfier qu'on appelloirt 


ROYDE FRANCE, 119 
auoye ; il eftoit armé de toutes pieces d'vn harnois luifant, doré 
en plufieurs endroits , & enrichy de quantité de grofles perles & er 
de pierres pretieufes , il portoit vne Couronne d'or fur la cefte 
toute couuerte de fines pierreries , auec vne grofle efcarboucle 
au milieu, quatre Seigneurs des plus qualifiez de la Ville por- 
toient deflus vn riche poifle de drap d’or trait à la mode deFran- 
ce, & cela, en figne de viétoire & de conquefte. Le grand Eftuyer 
d'Efturie portoit l'épée de Iuftice Royale deuant le Roy, & le 
Grand-Preuoft de l'Hoftel auec fes gens, Archers de la Garde dü 
Corps, eftoient aux enuirons de fa Perfonne pour le preferuer de la 
prefle, & de tout peril. Les Grands Seigneurs de l'Ordre & autres ve- 
hoient aprés ; & enfuite pefle - mefle les Cardinaux , Archeuef- 
ques, Primats , Euefques, Abbez. Puis les Prefidens & Gens du 
Grand Confeil, Les Grands Penfionnaires, Les Grands & Generaux 
Financiers , les Treforiers, Controlleurs, & Receueurs, tous bien 
montez & parez; & confequemment les Valers de chambre, les 
Efcuyers, les Officiers , Porte-buffets, Echançons , Dépenfiers , 
Huifliers, Panetiers, Tapifliers, & tous autres feruiteurs domefti- 
ques de la Maifon du Roy: Tout à la queué eftoient les Valets & 
Pages auec les bagages des bahuts, lits de camp, & aucres vften- 
filles, les Viuandiers , Lauandiers , Chariots, Charettes, Broüettes, 
Mulctiers, Ruftaux * detrain, Charretiers, pietons, Laquais, Auan- * kyfiques ; 
turiers, Corretiers *, & autres moindres gens. d Payfans. 
= r | Mefagers. 
Voila comme certe Armée Françoifeauec tout fon train paffa lors : 
viétorieufement tout au milieu & au trauers de Florence, furnommée 
la Belle ,ou la Gentille, compofant vn nombre & vne fuite de plus 
de cinquante mille perfonnes des gens du Roy: Les ruës par où cet- ré Le 
te Entrée fe fit eftoient tenduës & parées de draps precieux ; & en race. . 
plufieurs endroits cftoient dreflez des échaffauts auec des reprefen- 
rations de myfteres & ioyeux diétons écrits en lettres d’or & d’a- 
zur ,à l'honneur du Roy victorieux , & à la loïange dela Nation 
Françoile, & des Fleurs-de-lys. | 
Le Roy en cé eftat & en cette pompe fut conduit iufques en 
la grande Eglife, où il fit fon oraïfon, puis il fût accompagné au 
logis qui luy eftoit Dre , appartenant à Pierre de Medick, dont 
les murs font tous bâtis de marbre , où durant dix iours entiers 
il fût agreablement logé , y eftant accompägné de cinq ou fix 
Princes. | : 
Durant fon fejour, il y entendoit chaque iour la Meffe tantoft 
à vne Eglife , & tantoft à vne autre , comme ä Sainét Laurens , à 
l’Annonciade , à Sain& Dominique où eft vne grande deuotion à 
la Dame de Confort, à laquelle on prefente, en figne de vœux, des 
images de cire. | | 
Le Roy feiourna donc dans la ville de Florence auec fes Trou- 
pes (pour y faire voir fa haute puiffance } depuis le Lundy dix- 


20 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 

; 494. fepriéme Nouembre iufques au Vendredy vingt-huiétiéme du mef 

7 me mois qu'il en partie; & le lendemain Samsdy vingt-neuféme 
il s’en alla au gifte à Sainct-Cafans , où il demeura tour le Diman- 
che dernier Nouembre pour trauailler à fes dépçfches, & autres 
affaires, | 

Mais le Lundy premier Decembre il für coucher à Pongitond 
petite ville affez peuplée & bien plaifante, qui s’acquitra bien de 
{on deuoir enuers le Roy & faute fa fuite ; & dont les habitans ne 
ccfloient de luy demander à grands crys, qu'il leur procurât Leur 
liberté , & les deliurât de toute tyrannie & feruitude, 

Le. lendemain il s'en alla difner à l'Abbaye d’4ye proche d'vn 
grand Lac; & aprés il fit marcher fon Armée en belle ordannan- 
* De Comi- Ce vers l'ancienne ville de Siene * , furnommée le P ierge OÙ la Py- 
nesp.299. celle, qu’on auoit ce iour-là extraordinairement bien parée, & ten. 

duë de riches draps & rapifferies, afin de mieux honorer & figna- 

ler l’Entrée du Roy. | 
| Ce für le Mardy deuxiéme Decembre qu'il y fût reçeû en rres- 
Rays Sie. grand honneur & appareil, comme vn Prinçe qui venoit prendre 
ne.  pafleflion de certe Scigneurie , & y faire paroître routes les mar- 
ques de fa domination iles Bourgeois fe reuéeirent rous d'yne fem- 
blable parure pour cette Entrée : [ls apporterent ioyeufement leurs 


Decembre. 


clefs ay Roy, qu'ils fouhaitaienr, plus qu'auçun du mandé, d'auoir 


pour leur Seigneur , à quoy ils eftoient portez d'vne inclinatian na. 

rurelle enuersles François,dans l'efpoir qu'ils feroiens par leur moyen 
* pp. 114. deliurez de route oppreflion & eyrannie * : Ils furent plus d'une 
co Fr _ lieuë hors de leur Ville au deuantdu Roy; & pour marque de plus 
des contra- Grande foûmifhion & deference, ils déracherent & mirent bas quel- 
ricter, dini- ques-vnes de leurs grandes Portes , & abbatirent vne partie de 
foie 4 Jeurs turailles afin de donner plus facile entrée & plus d'accés 


pathi es en- 


tre les Flo- parmy eux à tous les François. [ls auoient éleué des Infcriptions 


rire Sie marquées en or & en azur, qui porçoigne Syna vetus , (initas Vir- 
sSPI .. / à 
es ginss; & de l’autre cofté, Karolus Offauus, dinine miffons, Francorun 
Rex Chrifianiffiens, Manu Tislie , Liberator Romanæ Ecclefie , 

fdéique amplificaror fanéüifime. Toute cette compagnée für bien 

fix heures entieres à pafler fans aucune difcontinuation , chacun 

eftant dans vne admiration incroyable de voir yne fi belle & fi 
floriffante Armée cheminer auec tant de douceur, de paix, & de 
cranquillite , fans caufer le moindre defordre : Petits & grands 
iettoient en foule des crys, en vers rymez, de Wige le Roy, mige ce- 

luy qui me grand’ bonté maintiendra Senes en vraye liberté : Enfin, 

tous Les habitans s'effarçerens à l'enuy de lyy rendrerour honneur, 

ainfi qu'à leur Soguerain Seigneur ; Ils le Jogerent pres de l'Egli- 

fe ,au lieu dit don dont l’Eglife eft toute enrichie de marbre 

blanc & noi; ; proche de là eft l'Hoftel-Dieu, le mieux renté qu'on 

fçache eftre dans la Chreftienré. | | 

| Le 


ROY DE FRANCE 121 


Le Ieudy enfuiuant quattiéme Decembre ,le Roy s’en alla dif- 
ner à Beanconuent & gifter à S. Clero, où il demeura le Vendredy 
cinquiéme, & en partit lé Samedy fixiéme pour aller difner à R- 
toure & coucher à la Paillette , ou le Roy trouua toute fon artille- 
rie aucc l'attirail & l'équipage dés-ja arriuée, & route prefte à fer- 
uir & eftre mife en vfage, qui atcendoit la venuë du gros de l’Ar- 
méc. | 

Le Dimanche feptiéme Decembre le Roy s'en alla à e Aigwepen- 
dans *, Ville qui appartient à l'Eglife de Rome, où il y a vne Fon- *Aqua pen- 
taine fort renommée, extraordinairement abondante en eauë tres- dente, v. de 
excellente ; le Roy y fût receû tres-honorablement , on luy pre- Un . 
fenta les clefs, & on vint au deuant de luy , les Ecclefiaftiques en- 
tr'autres reuétus de chappes & chafubles , auec les Croix & les Re- 
liques, & mefme le Sainét Sacrement , afin de l'honorer dauanta- 
ge à fa Bien-venué. | 

Le Mercredy dixiéme Decembre, il partit d’icelle ville d'Æ#-, 

; \ Fr: x : | s V’. le mef- 

gacpendant pour s’en aller à Viterbe*, (Ville qui cft auffi du patri- 200. 
moine de l'Eglife Romaine) où on luy fit vne excellente reception; & 301. 
fon logement füt prés dela Porte Romaine dans l’Euefché, maifon 
fort agreable & plaifante. IL y. demeura cinq iours entiers ,faifanc 
cependant toûjours auancer fes Troupes & fon artilléric ; il y fic 
{es deuotions au tombeau de Sainte Rofe Religieufe , qu’il vifica 
frequemment auec toute fa Cour , à caufe de la renommée des 

tands Miracles qui s'y faifoient. Dans Wirerbe il y à vne tres-bel- 

e Fontaine d’eaué fort claire & faine , qui iette par trente-quatre 
endroits. L'Hoftel de Ville y eft beau & fomptueux ; le. Marché 
public y eft grand & fpacieux, & le Chafteau affez fort, où le Roy 
mit le Sieur Gawache en garnifon. 

Tandis que le Roy demeura à Witerbe , il enuoya de fa part vers 
le Pape * le Sieur de la Trimoäille accompagné de plufieurs Gen- * Alexandre 
tilshommes , pour negotier auec luy ; & fit tant que ce Pape pro- Hs 
mic d'eftre fidele & fauorable au Roy (ce qu'il ne tint pourtant a 
gueres , ainfi qu'il fe verra cy-aprés;) & pour le mieux affurer il AS 
deputa des Cardinaux & des Eucfques , auec lefquels eftoit auffi se 
fon Confeffeur, qui tous vinrent trouuer le Roy dans fa chambre, & 554. 
lequel aprés leur auoir parlé & eftre conuenu auec eux de diuerfes 
chofes, & auoir arrefté certains poinéts & articles de Traité* de” 7-# "ef 

: : : y Mme PAG. 534. 
paix & alliance, il fe refolut de partir de Wirerbele Lundy quinizié- &4rmy es 
me Decembre; pais il vint difner à R aw/illon, & coucher à Mappler, Preuues. 
petite, mais iolie Ville, ou il fût fort honoré ,bien receû, &tres- 
commodément logé , à caufe de l'abondance de toutes fortes de 
viures & de bonnes prouifions qui y eftoient, ce qui fit qu'il y de- 
meura iufques au Vendredy furuant, afin de laiffer cependant la 
liberté à ceux de fa fuite d'y prendre d’autane plus de repos & de 
rafraîchifflement. | 

| Q_ 


1494. 


122 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


pr Le Vendredy donc dix-neuñéme Decembre il s’en alla difner 
Fi G coucher à Breffaigne, belle petite Ville, où il y a vn Chafteauaf- 
A a fez fort, ___— au nommé Wirgile,* Seigneur Romain de 
Comines, grande confideration , lequel pour témoigner le zele de fon affe- 
pag. 199. tion enuers la France ,enuoya vn fien fils naturel trouuer le Roy, 
39.39% Afin de demeurer auprés de luy à fon feruice pour plus grande feu- 
reté de fa parole: Ce Seigneur poffede en propre dans ces quartiers- 
B, en l'efpace de fept à huit mille, d’étenduë, quatre Villes fort 
peuplées , fçauoir Wigaire , Breffaigne, Languillaire ; &° Termaigne, 
dont il enuoya faire offre au Roy , pour en vfer à fon bon plai- 
fir. Prés de ces Villes il y a vne grande foreft enuironnée de fer 
tiles labourages, laquelle cft remplie de quantité de porcs - épics 
& autres beftes fauuages ; & on la découure de fort loin , à caufe 

de la hauteur extraordinaire des arbres. 

Durant que le Roy feiourna dans Breffaigne ,le Pape enuoya en 
Ambaffade deuers luy les Cardinaux du titre de Lorctte, de Sanét 

éLeCardi- Denys, de Saint Surin, & de Lefcaigne*, lefquels conclurent que 
nalAfcaigne le Roy feroit receû dans Rome auec toute fon Armée , & qu'il y 
“ enreroit fort ou foible cout ainfi qu’il luy plairoit. 
v.deComi- En ces entrefaites Monfieur de Ligny* accompagné d’vne bon- 
“e:p.300. . ne troupe d'Alemans alla s'emparer de la Place d'Offe, qui eft vn 
* Le mefme Port de mer d'importance, fitué au delà du Tybre, où l'on ren- 
| is contra vn grand magafin de viures & de munitions de guerre. 
#bidp.30$. Le Duc de Calabre* eftoit lors dans Rome , où il trauailloit le 
1e plus qu’il pouuoit à encourager & fortifier ceux de fon party, 
mais — que l'Armée à Roy s’approchoit ainfide iouren 
* ra. jour, il perdit tout courage & s'enfuit; en fe retirant, ou plûtoft fe 
poüille  fauuant aucc les fiens dans la Prouince de la Poüille * au Royaume 
de Naples. 

En mefme temps le Sieur de la Trimosille, qui cftoit auec le Ma- 
refchal de Gyé auprés du Pape,employa nombre de Fourriers pour 
marquer dans Rome les logemens du Roy , & de tous ceux de fa 
fuite, cant de fes Troupes que de fa Cour. | 

Le Roy feiourna dans Breffaigne depuis le Vendredy dix-neufñé- 
me Decembre iufquesau Mercredy trente-vniéme dudit mois, qu'il 

*1bid.p.300. {e refolut enfin d'aller luy-mefme à Rome*, & d'y coucherainf qu'il 
302. & 306. fit cette iournée- la. 
| Il y fit donc fon Entrée à main armée le dernier iour de De- 
cembre par la Porte Flamine , lors qu’il eftoit dés-ja fort tard & 
toute noire nuit; mais qui fût rouce éclairée à fon fuiet d’vne mer- 
ucilleufe quantité de torches, de fallots, & de flambeaux : Il co- 
ftoya Saintle Harie de Populo , rraucrfa auec les fiens toute la Vil- 
le, tous ayans la hache, la hallebarde, ou l'arc en main, iufques à 
ce qu'il fût arriué au Palais Saint Marc, lieu deftiné pour fa de- 
meure & pour fon logement ; aux enuirons duquel on plaça toute 


ROY DE FRANCE. 123 
Pastillorie, auec:de bons corps de garde, | 
Le Pape cependant n'eftoit pas trop content de voir ainfi le 
Rox fi proche &.fi voidin de luy auec tant de forces, & luy auroit: 
fans doute fait dés l'heure quelque trauerfe & maumais tour s'il 
auoit pù, mais dans.la crainte d'vne fr grande puiffance il s'allaen: 
fermer dans le (hafteau Sainct- Ange, fans. vouloir autrement: pour: 
lors parler à luy. °°  -.:: | | MS 
Le Roy voyant céc étrange procedé du Pape en fon endroit, 
&e la méprife & l'embarras auquel il fe mettoir , affembla & rine 
Confeil pour auifer fur ce qu'il auroit à faire en ce rencontre, &: 
examiner les meilleurs moyens d’adoucir fa fureur, auant qu’eftre 
obligé d'en venir à d’autres: exrremitez ; le refultac fut qu'on en- 
uoycroit pardeuers luy quatre ou cinq perfonnes qualifiées , qui 
furenc Mefhieurs de Foix, de Breffe , de Gyé,& de Ligny auec Mon" 41.06 Rely 
fieur d'Angers (nommé Maïtre Teen Darly*) pour luy faire la nv de 
harangue en Latin ;le Pape fût vn peu étonné de cettedeputation, Comines p. 
qui opera tant qu'vn accommodement & accord* s'enfuiuit,moyen- 2 he. 
nant lequel vne entre-veuë fût arreftée entr'eux, comme il fe ver- ,307.6-534. 
ra cy-aprés: , | 
En attendant ke fuccés de cette conference, le Roy ne perdoit 
aucun temps à auancer fes affaires, ne ceffant de trauailler à celleg 
qui luy paroifloient les plus preffées , & faifant diftribuer conti- 
_nuellement fes ordres & {es mandemens fur toutes les occurrences 
qui pouuoient furuenir; il ne laiffoit parmy cela defrequenter les 
fainéts Lieux fort deuotieufement, & aller de iour eniouraux Eglifes, 
&ftations voir & honorer les Reliques qui y eftoient ;en répandant 
par tout de grands dons, & faifant de grandes diftributions decha- 
titez & aumônes : Par interualles de temps , pour fe defennuyer 
& fe delafer de fon trauail prefque continuel, il alloit par recrea- 
tion voir les lieux les plus curieux & les chofes les plus rares de la *c'ef/'Ima- 
Ville ; vn iour il fût voir la Veronique* , & la Noftre-Dame de  . 
Sainét Luc pour y gagner pardons & indulgences. ETS 
Le Eundy douziémme lanuier , eftant accompa né de fa No: lanuier. 
bleffe ,& precedé des Archers de fa Garde, il fûc Le l'Eglife des 
Freres Mineurs, qu'on nomme _4ra Cali, & que Fonditeftre ke lieu 
où vne des Sybilles autresfois enfeigna à vn Empereur, qu'il y auoic 
vn fouuerain Maiftre qui eftait incroyablement plus que luy, & 
eftoit le nompareil ; en luy faifant voir en l'air la figure de Noftre 
Seigneur , & de Noftre-Dame fur vn rayon de Soleil. Proche de 
cette Eglife il y a vne grande Efguille de fin porphire, & tout au 
deflus vne | sens fort fubtilement & delicarement appropriée ; 
au dedans de laquelle (fuiuant qu'on le rapporte à Rome) font 
renfermées les cendres d'vn Empereur , ou de Seneque le Philofo- 
phe. Auprés de là fe voit l'Hoftel de Ville , qu'on prefume auoir 
autresfois efté le Capitole des anciens Romains; c’eft dans l'Eglife 


Q 1} 


1494. 


= 


h4 HISTOIRE DE CHARLES VIIL. 
” fufmentionnée qu’eft conferué le Tableau que la tradition dit 
E494. . , cr. | 

auoir cfté. fait par Saint Luc mefme l’Euangelifte , reprefentant 

aprés le vif & au naturel la fainéte Vierge Marie, lequel Tableau 

füc là monftré à découuert durant vne matinée au Roy , & à ceux 

*Eleefoir de fa fuite ; ainfi que le corps de Sainéte Helene *, qui eftoit fem- 
femme de me de Conftantin Empereur de Rome. a | 


l'Empereu . ; — PS 
Céflantius, Le Mardy treiziéme Ianuier le Roy oüit la Meffe dans PS 2 
G merede des Iacobins, qu'on appelle LA MINERVE, &l'aprefdifnée eftänt 


Fe accompagné de plufeurs de fes gens d'ordonnance il fût en- 
tendre Vefpres à Saint Scbaftien, lieu fort ancien , dehors la 
Ville. : | | 
‘En ce temps furuint vne querelle encre les luifs, & quelques- 
vns de ceux de la Garde Françoife & Ecofloife du Roy , dans vne 
ruëé proche la Place Iudée; l'effet de ce debat fût, que plufieurs de 
ces luifs , & mefme quelques-vns des principaux d’entr'eux y fu- 
rent tuez & pillez, & leur Synagogue toute renuerfée & décruite; 
ce qu'eftant venu à la connoiffance du Roy, il donna ordre au Ma- 
refchal de Gié de faire recherche &information exacte des autheurs 
de cette fedition , & en fuite pour la confequence il commanda 
de faire vn châtiment feuere, & vne punition exemplaire d'vne telle 
infulte & fi grande infolence ; à quoy ce Marefchal trauailla en 
diligence eftant accompagné dés Archers d'ordonnance; & aprés 
vne enqucfte exacte, fix des plus mutins de ces galans furent pour 
certe action condamnez à mort, & à cét effet pendus & étranglez 
en place publique dans le {hamp de Fleur * , puis attachez aux cre- 
neaux de deux grandes feneftres, afin de faire plus de peur au re- 
fte de ces rebelles. Cela für caufe que pour remedier à l’auenir à 
telles noifes & difputes, le Roy fit promptement dreffer trois ou 
quatre luftices en diuers quartiers de la Ville , où quelques larrons, 
LeRoyexer- meurtriers, & feditieux furent pendus ; quelques autres criminels 
celaluffice 1 / 
dans Rome. Cürent par fon ofdre la tefte tranchée dans ledit {hamp de Fleur, 
& d’autres malfaicteurs furent iettez en la riuiere ; faifant en cela 
voir manifeftement qu’il auoit dans Rome, comme à Paris, hau- 
te, moyenne, & bafle Juftice. | 
Durant ce temps vn grand pan de muraille cheüt inopinément 
de foy-mefme du (hafteau Sainét- Ange, fans qu'on püt bien com- 
prendre comment cela pouuoit eftre arriué ; ce Chafteau eft con- 
ftruit de grandes pierres de taille par vn artifice & ouurage mer- 
ucilleux ; ce qui n'empécha pas qu'vne grande partie ne tombât & 
fût ainfi renuerfée dans la “rp au fonds des foflez ; le Pape füt 
| # DeComi- FOft étonné & tout en colere d'vne cheûte fi furprenante*, ne fe 
“esp.302.  Croyant plus en aucune feureté dans ce Chafteau après vn tel acci- 
dent: d'autre part chacun en difcouroit dans Romeauec vne extraor- 
dinaire admiration , & prefque tous y afluroient & publioient hau- 
tement , que cela ne pouuoit eftre ainfi arriué que par vn miracle 


*2l Flore, 


\ 


ROY DE FRANCE. 12$ 
tout extraordinaire, fait vifiblement & tout exprès par le Ciel en 1494. 
faueur du Roy. | L | 
Le rue à quatorziéme Januier le Roy oüyt Mefle à No- 
fre-Dame de Confolation , & fût enfuite difner à Moffre.- Dame 
la Noue, où il fût tres-bien regalé par les Celeftins. 
“Le leudy quinziéme il entendit Meffe à Sainé&t Marc, & aprés 
lc difner il füc par recreation s’ébatre à voir vn combat de tau- 
reaux, bœufs, & grandes vaches contre de grands chiens accoû- 
umez au carnage; ce qu'on pratique ainfi à Rome afin de rendre 
la chair de ces animaux deftinez à la boucherie, meilleure & plus 
tendre : Aprés ce diucrtiffement il vint voir le lieu qu’on nomme 


Colifée, grande Place qu'on dit par tradition appartenir de droiét 
au Roy. | | . | 
Le Vendredy feizième lanuier, il oüyt Meffe dans l'Eglife de S. 
Pierre , où il fe rendit accompagné de fa Nobleffe ; il y eût vne 
merucilleufe prefle, & ce füc là où le Pape s’eftant rendu en mef- : . 
me temps, ils s’entreuirent enfin & Se ee l'vn l’autre, fe a 
tenans aflez long-temps bras fur bras , & deuifans ioyeufement ds Roy. v.de 
par enfemble en rs ‘affection mutuelle ; leur familiarité paroif- no. 4 
fant fi grande que deux pareils & deux égaux ne pouuoient pasen 
ver reciproquement auec plus de ciuilité & de courtoifie qu’ils s’en- 
trefirent lors comme deux parfaits amis & fidels compagnons ; telle- 
ment que ce Pape fe fencit par là fi bien encouragé & fl fort excité 
à prendre pleine confiance & aflurance en la parole du Roy, que 
fouuent il fût obligé de loger auec luy dans fon mefme Palhais; 
ils s'entre-aflurerent donc grandement l'vn l'autre de leur paix , al- 
liance & accord, & s'entre promirent à l’auenir vne parfaite amitié & 
bonneintelligence : Ce iour-là mefme le Pape fit l'Éuefque de Sainét 
Malo Cardinal , à la recommandation & nomination du Roy. 
Le Dimanche dix - huitiéme Ianuier la Mefle fût chantée en 
la Chapelle du Pape , richement ornée de fin drap d’or. Ce iour 
imefme füt monftrée aux François, la Veronique * (qui reprefen- * C'ef la 
ce la face de noftre Seigneur Iefus-Chrift) & Indulgence pleniere eo 
de peine & de coulpe leur fût en fuite accordée. lance ou 
Le Lundy dix-neufiéme le Roy derechef oùyt Meffe à Sainét ‘ge _ 
Pierre, eftant feparé du refte des afhftans dans vn Ofatoire à paït, gneur, 
qui luy auoit exprès efté preparé pour ce fuiet. Enfuite il fût au 
Palais ,où le Pape tint Confiftoire en fa prefence , auec quantité 
de Cardinaux, Archeucfques, Euefques, Generaux d'Ordres, Do- 
teurs, Abbez , & autres Ecclefiaftiques, les principaux Seigneurs 
François s’y trouuerent aufh ; ce qui fit ce iour-là vne Affemblée 
fort folemnelle & rout-à-fait finguliere. | . 
Le Mardy vingtiéme Ianuier il entendit Meffe dans vne belle . 
& magnifique Chapelle, nommée la Chapelle de France, où il tou- 
cha & guerit enuiron cinq cent perfonnes trauaillées du mal des 


Qi 


/ 


126 HISTOIRE DE CHARLES VIII, 
sale, Ecrotielles;ee qui mettoix Les Italiens dans vne extraordinaire ad- 
4 miration de voir cette vertu miraculeufe du Roy. Ce mefmeiour 
“ es le Es chanta la Meffe au grand Autel de Sainét Pierre de Ro- 
e Roy y eftant son auec fa Nobleffe , fçauoir Princes du 
j 


Les malades ne , | 
desEcroüel- Sing Royal , Cheualiers de l'Ordre , & autres grands Seigneurs, 


| 3 . 7 . ..- à e 
Capitaines, Chefs, Lieutenans de fes Troupes, Gouuerneurs, & 
def à Na- autres ; outre vn tres- grand nombre de moindres perfonnes tant 


a ay. François qu'Eftrangers, qui fe sendirent là exprés afin de x rhoig 
man, Pardons: Le Pape ARE ere lors aflifté de vingt-cinq Cardinaux, 
d'enuiron trente Archeuefques, & quelques quarante Euefques, auec 
quantité de Proronotaires, Prieurs, & autres Bencfciers ; il fe fic 
beaucoup de ceremonics durant cette Meffe, laquelle eftant ache- 
uéc, le Pape & le Roy fe retirerent fur vn theatre vn peu éleué, 
qui leur auois efté preparé pour les mettre hors de la grande pref- 
fe & foule du monde : Puis au fon de toutes les cloches, les affi- 
. flans qui s’eftoient confeflez fe mirent à genoux en eftat de peni- 
. rence , auec témoignage de douleur de leurs pechez ; enfuite on 
re e déployala fainète Veronique * qui füc aprés par trois fois hautement 
gneur.  mMonftrée à cout le peuple en grande reuerence par vn Eucfque, 
+ C'effécha- monté à cét effet fur vn hourt* à l'entrée del’Eglife Sainét Pierre : 
faur,thea- Aprés cela on découurit aufli le fer de la lance dont noître Sei- 
tre. gheur éût le cofté percé ; puis on porta en la maniere accoûütumée 
le Pape teuétu d'vne chappe blanche, & aflis dans vne chaire iuf- 
ques vis à-vis vne grande Place en vn lieu éleué comme au deffus 
d'vne porte, à où fur vn hourt dreffé deuant ladite Eglife,ayanc 
le Roÿ à fon cofté , & plufieurs Seigneurs & Cardinaux és enui- 
tons, il fit dire le Confiteor à tous ceux qui eftoient prefens, y ad- 
joûtant enfuite le Adiféreatur , puis il declara qu’il donnoit à tous 
ceux (là prefens) qui s'eftoicnt confeflez ,& qui auoient formé vn 
acte de contrition , l'Abfolution generale de leurs pechez , auec 
rs remiffion de peine & de coulpe comme en l'année du a- 
ilé, D'ailleurs, trois Cardinaux publierent enfuite cette Indulgen- 
ce à haute voix, pour mieux eftre entenduë de tout le peuple pre- 
fenc, & cela en trois differentes Langues, fçauoir en Latin, en Fran- 
çois , & en Italien; pour conclufion, le Pape aprés cette Abfoute 
publique donna la benediétion generale à toute l’afhiftance, du- 
rant laquelle attion il tenoit vne de fes mains appuyée fur vne des 
épaules du Roy, pour manifefter & faire voir à vn chacun en vne 
Affemblée fi folemnelle & fi nombreufe le grand amour &la par. 
faite incelligence qu’il auoit auec luy. 

"Cefädire Le Turc* eftoit, pendant toute cette ceremonie, dans le Cha- 

Ze. ftcau de Sainct Ange, d'où il it voir & découurir le Pape 
Zemi, v.9- {teau de Sainét Ange, d'ou il pouuoit vo ouu pe; 
deuantp.63. le Roy , & toute leur Cour, auec cette effroyable quantité de mon- 
#46 de qu'il y auoit; quoy fait chacun fe fepara &fe retira en fon lo- 

_ gis. Aprés le difner le Roy für à Sainc Sebaftien: | 


? 


ROY DE FRANCE. 127 


Les Mercredy vingt-vn, Ieudy vingt-deux, tape | vingt- ; 


troifiéme lanuier il trauailla à difpofer de quantité de fes affaires ; & 
encor tout le long du iour du Samedy vingt-quatriéme, iufques au 
Dimanche vingt-cinquiéme, que l’aprefdinée il voulut faire auec 
le Pape vne caualcate* , qui Plon femnelle & triomphante pour 
fe faire voir par toute la ville de Rome;quantité de Seigneurs, Che- 
ualiers de l'Ordre, les Gentilshommes de fa Maifon , les cent Pen- 
fionnaires, les Archers, Arbaleftriers, Suifles, & autres de fa fuite 
s'y cftans trouuez ; ainfi.que plufieurs Archeuefques , Euefques, 
Cardinaux, Abbez,Protonotaires , & autres Ecclefiaftiques. 

Le Lundy matin be: en Tanuier, il oüyt Meffe à Saint 
Marc , & enuiron vne heure aprés le difner il fût fe recréer dans 
Saint Iean de Latran. | 

Le Mardy vingt-fepriéme il fit preparer & difpofer fes gens 
pour fon départ de Rome (aprés quatre femaines de fciour qu'il 
y auoit fait) en declarant la refolution qu’il en auoit prife, au fu- 
icr de quelques auis receûs , qui le prefloient de continuer fon 
voyage. 


Départ * du Roy, de Rome, pour s'en aller 4 Naples. 


Le Mercredy vingt-huitiéme lanuier il entendit Meffe à Saint 
Marc, & pour tenir la promeffe qu’il auoit faite au Pape , il s'en 
alla en fuite déjeuner & difner à Saint Pierre, expreflément pour 
y prendre congé de luy , comme il fit ; mais bien qu'ils fe fuffenc 
dés-ja dit adieu , le Pape ne laiffa pas de venir encor aprés le dif- 
ner par vne longue allée fe rendre auprés du Roy , pour luy par- 
ler | ma de quelques affaires d'importance ; & aprés. ai fe 
furent longuement entretenus fur icelles ; il donna au Roy la be- 
nediction auec grand témoignage d'affection , ce fembloit-il ; & 
pour d'autant plus affermir de mieux en mieux leur bonne paix, 
accord & vnion, qu’on croyoit telle en apparence, il en vint iuf- 
ques à ce poinét que de luy donner comme vn ps de fa pa- 
role fon propre fils, qu'on appelloit le Cardinal de Valence ,en bon 
_ équipage ; à deffein, comme on s'imaginoit , de le fuiure par tout, 

& de le feruir en ce voyage: De plus, il luy deliura le Turc fus- 
mentionné ; lequel auparauant eftoir detenu fous bonne garde dans 
de Chafteau Sainét- Ange: Alors le Roy pric enfin le dernier con- 


494. 


* caualcade 


*# De Comi- 
nes p. 308. 


gi du Pape en s’entre- touchant l’vn à l’autre la main fort amia- 


lement, puis il partit en belle & bonne compagnée; car outre la 
flotte de l'Armée, & les Auantcoureurs, & Valets qui auoient dés- 
.ja gagné le deuant auec l'Artilleric , autour de fa Perfonne mar- 
choient les cent Gentilshommes de fa Maifon ; plus, fix cent Arba- 
leftriers , fix ou fept mille Suiffes , Alemans, & Lanfquénets, auec 
bien dix-huit cent Lances, qui tous eftoient rangez en haye le 


. 


128 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
7 long des ruës de Rome, en attendant le paflage du Roy pour fa 
1494 {ortic; dequoy le Pape & tous les Romains eftoient en vn prodi- 
gicux étonnement de voir tant de forces iointes enfemble fi leftes 
&c fi triomphantes , pouuans tous bien dire qu'ils n’auoient ia- 
mais rien veû de plus pompeux, ny de plus magnifique. Telle füc 
la fortie de Rome de ce Roy victorieux & conquerant,emmenant 
aucc luy ce Prince Turc auec le fufdit Cardinal de Valence ; & 
aprés auoir bien difné, comme il vient d’eftre dit, il s’en alla pour 
ce iour coucher à SÆarigné, ville diftante de fept ou huit mille de 
al. Colonnes Rome 5 appartenant aux Colennois | 
Le lendemain , qui eftoic le Ieudy vingt-ncuféme Ianuicr , il 
difna audit lieu de Hfarigné , & aprés il s'en alla coucher dedans 
* DeComi- Beliffre * fort beau & agreable lieu , on eût toute cette iournée vne 
#38 forte & rude pluye fur le dos : Là le Roy, le Prince Turc, auec le 
Cardinal fils % Pape furent loger enfemblement en la Maifon de 
l'Euefque: Ils’y tint & s’y repofa iufqu’au mois fuiuant de Feurier, 
pendant lequel temps ce fils du Pape fauffant honteufement & 
* Le mef. lâchement f, parole, fi folemnellement donnée, fe déroba de nuit* 
me p.38. & s'enfuit vers Le Pape fonpere ; tous deux fe pariurans de cette for- 
“po-de te, & gardans mal leur foy promife*, ce qui leur fût vn honteux 
“antp.i2r.  fuiet à reproche & d’accufation pour toüjours. 
Le Samedy trente-vn & dernier du mefme mois de Ianuier, le 
Roy voyant le vilain tour que luy auoit ioüé céc infame traiftre, 
tout remply qu’il eftoit d’indignation contre ce déloyal, il feiour- 
na encor tout le refte de ce iour dans ledit lieu de Belifire , où il 
oüyt la Meffe dans l’Eglife Cathedrale , en y faifant fes offrandes 
& aumofnes. Là vn Courrier enuoyé exprès & venu en pofte, luy 
à ee les bonnes & agreables nouuelles de la reduction de plu- 
“Ibid. p.308. fieurs Places à fon obeïffance *, où fe fignala beaucoup Engilberr 
Comte de Neuers fameux Capitaine, lequel auoit la conduite des 
Alemans, & de pluficurs Compagnies d'Ordonnances ; entr'autres 
lieux , nonobftant la grande refiftance de ceux de dedans, fut em- 
* Ibid.p308. portéc de viue force par affaut la ville de Afontfortin*, Place de 
confequence appartenant au Comte Tzcques, lequel auoit fait fer- 
ment au Roy , qui prenoit finguliere confiance en luy , l'ayant à 
ce fuiet affocié aux Cheualiers de fon Ordre , & toutesfois il luy 
manqua cette fois de parole, s’eftant ioint à fes ennemis , dont mal 
luy prit; car cette Ville nonobftant fes fortes & épaifles murailles 
fût forcée, comme il vient d'eftre dit, & coute faccagée ; mefme 
fes deux fils auec quantité d’autres, y furentfaits prifonniers en pu- 
nition de la perfidie & déloyauté de leur pere. 
| Le Dimanche premier iourde Feurier, & le Lundy fuiuant qui 
Feurier. eftoit le iour de la fefte de la Chandeleur ,le Roy, pour le refpect 
du iour, fe refolut d’arrefter encores à Belifire, où il affifta au Ser.. 
uice dans l'Eglife Cathedrale , eftant accompagné de fix Arche- 
| uefques, 


ROY DE FRANCE. | 129 


ucfques, & de quarre Cardinaux , auec tous fes Gardes pour la feu- : 
reté de fa petfonne ; la grand’ Melle y für chantée trs l'Eucfque 424: 
d'Angers £a Confeffeur, nommé jet 8 Darly*. Ho d'Ar- 
Le lendemain, qui eftoir le Mardy troifiéme Feurier , on par- À 
cit pour s’en aller à Valemonton*. : sêque d'An- 
Le Mercredy quatriëme aprés la Melle , on füt difner à la Tour, Etarde 
& coucher à Florrntine, où le Roys’arrefta toutie Ieudy fuinanr, k5, v.o- 
à caufe qu’vn luif fe ptefenta àluy ,en le fuppliant d’auoir la bon- el 
té de l'afhfter au fainct Baptefme qu'il demandait; laquelle grace “e per 
il obtint fi facilement, qu'aufi-toi aucc ioye le Roy le prit pars, 08 
la main, & le cinc fur les Fons baptifmaux , en luy faifant mefme éd 
la faueur de luy impofer fon nom Charles , afin que tout le refte 
de fa vie il fût mieux memoratif d'vne action de fi grande confe- nn 
quence ; ce für l’Eucfque d'Angers fus-nommé qui adminiftra ce Juif au B4- 
fainé&t Sacrement, & qui fit coutes les Geremonies de ce Baptefme , Pre. 
auec les bonnes inftruétions neceflaires à ce nouueau Chreftien. 
Le Roy aprés vne fi belle action, & vn fi grand bien fpirituel, fit 
de furcroift largefle de quelques biens temporels à ce luif. Dans 
cette Ville il y a vn Monaftere où l'on dit que repofe le corpsde 
Sain& Ambroife , orné de plufieurs ioyaux precieux , qui cft vn 
lieu fort deuotieux. _ 
Le Vendredy fixiéme Feurier le Roy für difner & coucher à 
V'erlic. | | -. À 
Le Samedy feptiéme il y voulut entendre la Meffe , au lieu où 
l'on die que repofe le corps de Sainte Marie Iacobi fœur de No: 
ftre-Dame ; ce qui fit que foudain les chefs & adminiftrateurs de 
cette Eglife , auec plufieurs autres affiftans, fe preparerent de 
le receuoir dignement , ainfi qu'il luy appartenoit , allans au 
deuant de luy iufques à fon logis auec torches, flambeaux &autres 
luminaires, & mefme auec des Reliquaires. Ils luy prefenterent tres- 
humblementc les clefs, & ils l'accompagnerent & conduifirent de 
la mefme forte qu'ils eftoient venus iufques à ladite Eglife, où on 
luy defcendit la Chaffe fus-mentionnée, qu’il honora, & y fit fes 
offrandes. . | | | 
Le Dimanche huiétiéme il demeura encot toute cette iournée à 
Verlc. . 5 | À 
Et le Lundÿ matin neufiéme du mefme mois,aprés auoir entendu 
Meffe, & déjeuné, il s’en alla difner à Bahut quieft vne forte Place; & 
aufhi-toft aprés il accourut en diligence auec tous les fiens , au me- 
morable ficge que fes gens auoient formé deuant le Aonr S. Jean *, * De Comi- 
qui eft vne Ville auec vn Chafteautres-fort, grandement bien mu- D de 
ny & remply de toutes fortes de prouifions auec vne puiffante gar- 
nifon compoféc de plufieurs gens ramaffez de diuerfes nations, Fa 
uoir des voleurs & bannis pour la plufpart , detérminez & refolus 
à toutes fortes d'extremitez ; ce qui je à vne fi opiniâtre refiftance 


130 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


que plufieurs François y furent d’abord tuez, mais enfin à force de 
rudes coups d'artillerie Îles afhegeans firent vne telle bréche, qu'ils 
monterent enfuite courageufement à l’affaut, & emporterent vail- 
: lamment ce Chafteau, malgré la grande deffenfe deceux de dedans, 
faifans aprés, fans aucune pitié ny mifericorde , main-bafle fur 
vous ces pillars & mal-faicteurs , dont ils ietterent aprés les corps 
. pardeffus les murailles dans les foflez , ce qui s'executa en la pre- 
_ fence-mefme du Roy ; ce carnage fût vn des plus horribles qu'on 
vid iamais; lequel dura huit heures entieres. Ce lieu eftoit eftime 
a ds comme imprenable ; & le Roy de Naples * y auoit autrefois con- 
tinué vn fiege durant bien fept années auant que d’en venir à bout, 
encore fuffe à la fin par vne compofition auantageufe à ceux de de- 
dans , là où les François l'emporterent en huit heures de temps. 
Il y eût à cette attaque quelque quarante François de tuez, & oh 
ficurs autres griefuement bleflez ; mais il y en eût bien mille des 
afhiegez de tuez , tant de ceux de la Ville que du Chafteau. Mef_ 
fieurs d'Angers (fus-nommé ) de la Broffe , & de Taillebourg, eurent 
charge exprefle du Roy de faire inhumer les corps morts , & de 
faire preferuer les femmes & les filles de tout viol & des-honneur: de 
laquelle commifion ils s’acquitterent tres-bien à la grande loüan- 
ge & honorable reputation du Roy, lequel aprés cét important ex- 
ploit, s’en retourna au fufdit lieu de Verlic, ou il fe tint tout le Mar- 
dy dixiéme Feurier ; mais le lendemain on fut le Mercredy onzié- 
me, il s’en alla coucher audit lieu de Bahut, où enuiron la minuit 
* Ferrand NOuuclles luy vinrent , que le cruel Duc de Calabre * s’en eftoit 
ox Ferdi- fuy de nuit à l'improuifte de Sainéf-Germain* , apprehendant vn 
nand Il. affaut fanglant, & femblable à celuy qu'on venoit de donner, laif- 
"De Comi- fanc ainfi à l'abandon & dans le danger les habitans de ce lieu, 
rires ” qu'auparauant il auoit affurez auec de grands fermens, de ne quit- 
ter jamais , auec proteftation mefme de vouloir mourir auec eux 
pour les encourager mr à la deffenfe, & à tenir bon. Sainé 
* Id. p. 306. Germain eft la clef & le sn age * qu'il faut neccffairement auoir 
3% pour pouuoir entrer dans le Royaume de Nples; & eft à ce fuict 
d'vne merueilleufe confequence; cette Villeeft enuironnée de trois 
forts Chafteaux , ily a vne Abbaye tres-belle & grandement bien 
fortifiée , dedans laquelle on dit u repofe le corps de Sain® 
Benoift. Quand on eût appris la fuite de ce Duc, Monfieur de 
*Louys  Guife * auec les Compagnies qu’il commandoit s’achemina droit 
mn audit lieu de Saint-Germain le Ieudy douzième Feurier , auquel 
de Guife, de- out le Roy alla coucher à (yprienne petite Ville fort ancienne. 
puis Ducde Le Vendredy matin 13. Feurier il alla difner à la ville d'Aquin , 
a 4 d’où le Seigneur du lieu auoit pris la fuite ; c’eft cette Ville qui 
Naples, donna naiffance à Saincf Thomas d'Aquin : Aprés le difner le Roy 
#f# > 2]]a coucher audit lieu de Sainét- Germain. 


1503. . de CR 
Le Samedy quatorziéme , aprés auoir oüy la Meffe, il s’en alla 


1494. 


: 


ROYDE FRANCE:.:. 11 
voir FAbbaye fus-mentionnée pour-ÿ vifiger :le corps de Saint 
Benoift , où fe faic plufieurs miracles ; puis il-füt voir le beau & Lidé 
fomptüueux Chafteau qui y eft , compofant vne grande forrereffe 
fiuéc & aflife auantageufement en lieu prefque imprenable ; con- 
ftruite,à ce qu’on tient par tradition, dés le temps de Charlema- 

ne; c'eft .vne Place de grande feureté, aufh eft-ce l'entrée de tous 

es bons pays qui font au dela. | US LL 

Le lendemain qui eftoitle Dimanche quinziémé, le Rôy enten- 
dit Meffe à Sainét-Germain, & aprés le difner ils’en alla coucher à 
Mignagye. | ‘ E | | 

Le Lundy feiziéme Feurier aprés la Mefe , il s'en alla difner à 
Noftre-Dame k Correge , & coucher à Triague*, dont ceux de la * DeComi- 
Ville vinrent au deuant de luy , & luy firent vne belle Entrée ; là nsp-30». 
il receût nouuelles que le Duc de Calabre par la grande peur qu’il 
auoit, s’en eftoit honteufement fuy de Cape * , abandonnant lâche- +, os 
ment toute fa gendarmerie , & fon artillerie ; mais aprés fa fuite de Comines 
rous ceux de dedans fe vinrent rendre au Roy, en luy apportant F7 
routes Les clefs de la Ville & du Chafteau; & le priant de les pren- 
dre à fa mercy, & dans fa bonne grace. 
Le lendemain qui fût le Mardy dix-feptiéme , le Roy fe tint 
toute cette iournée-là à Cosy*. L oo | Pa set 54 | 
Le Mercrédy dix-huitieme Feurier , le Roy difna dans vn des ai | 
fauxbourgs de Cape, & aprés le difner il y fit fon Entrée, qui fe 
paffa rauec toute la magnificence pofhble ; il y für logé.dans le 
Chafteau , qui pale sr pe vne Place commeimprenable, que 
ledit Duc de Calabre auoit de furcroift grandement fortifiée de 
groffes tours & bouleuars capables de refifter fort long-temps; 
dés la foirée mefme de cette iournée on fçeût à Naples la nouuel- 
le du fuccés de cette affaire. | | di 

Le Ieudy dix-neuféme aprés la Meffe, il vint difner & coucher ‘ al. Auerfa. 
à Verfe* où il luy fût auffi fair vne honorable & folemnelle En- 77% # 
crée:1l' y fût logé dans l'Euefché proche de lagrand’ Eglife. p.309. 

Le Vendredyÿ vingtième arriuerent de Naples pardeuers luy plu- 
fieurs des differens Corps de cette Ville , fçauoir Ecclefiaftiques , 
Nobles , Marchands , &’autres Bourgeois , pout luy certifier que 
fa partie aduerfe le Roy Alphonfe & fon fils Ferdinand * s’en eftoient * Cy-desenr 
fuis pat mer; partant ils le fupplioient de les receuoir en fes bon: Era. 
nes graces , luy prefentans lors les clefs de leur Ville , & fe met- p.310. 
tans leurs corps & biens en fa garde & protection Royale; fur lef- 
quelles offres le Marefchal de Gyé* y té , auéc plufieurs oi à 
autres Seigneurs , afin d'y aflurer toutes chofes pour l'arriuée du 7 
Roy, lefquels y furent honorablement receûs pour le refpe& du 
Maiftre qui les enuoyoit (qu’on promit de réceuoir fort ou foi- 
ble) & on les rendit dés-lors les Maiftres de:tout ce qui fût à leur 
pofhble. Cette iournée mefme le Seigneur Virgile *, & lé Comte 
. R ij 


* Idempag. 
309: €" 325. 


Ç 


132 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
e Petillane qui s'eftoient declarez ennemis des François, furent par 
#74 furprife, & d'vne maniere fubrile pris prifonniers dans Nofle. 
urprife, & d'vne maniere fubtile e prifonniers dans Nofle. 

LeSamedy vingt-vniéme Feurier l'Armée du Roy partit de Verfe 
dés le grand matin , & peu aprés il monta à cheual pour aller fe 
cafratchis à Pouge-real auprés L Naples ; lieu de plaifance & des plus 
agreables , que ledit Roy = 4lphonfe fit baftir pour fon plaifir & 
diuertiffement ; il y a quantité d’amples & larges baftimens , de 
longues &grandes galeries, des jardins delicieux , prairies, fontai- 
nes, & ruifleaux ; quantité de ftatués antiques d’albâtre, de marbre 
blanc, & de se ro , Vn parc tout enfermé de murailles, lequel 
eft encor plus fpacieux que celuy du Bois de Vincennes proche de 
Paris ; les oliuiers, orangers, gtenadiers, figuiers , dattiers, & au- 
tres arbres qui portent Ends des rs rares, auec vne infinité de 
routes fortes des plus belles & agreables fleurs y font en tres-gran- 
de abondance ; on faifoit eftar que des rofiers feuls on tiroit cha- 

| que année ee dix muids d'eauë-rofe: Là font aufhi éleuées & 
conferuées force beftes fauuages , & autres de toutes fortes , auec 
vne infinité de cheuaux , jumens, & poulains ; outre vne incroya- 
ble quantité de volailles & oyfeaux des Indes des plus curieux :11 
y à vn four-à œufs fait exprés, & difpofé pour faire éclorre, fans 
gelines, iufques à dix mille pouffins à la fois : De ce parc fortvne 
rande fontaine qui peut amplement fournir d’eaué, & eft capa- 
Elle d’abreuuer & nettoyer toute la ville de Naples : Il y a de plus 
vn vignoble auprés de fi. qui produit de tres-excellent vin blanc, 
rouge, & clairet, grec & latin, fans les exquis mufcars & vins cuits 
qui en prouiennent; bref, il femble que ce foit là vn vray Para- 
dis terreftre. 

Le Dimanche vingt-deuxiéme Feurier le Roy aprés fon difner, e- 
ftant tout ioyeux de voir auenir de ioureniour vn fifauorable fuccés 
dans Îa fuite de cette memorable & glorieufe entreprife, fe reuêtit 

rar de fes habits les plus riches & pompeux , pour faireen grand triom- 
Roy à Na- phefa premiere Entrée dans Naples, en attendant vne fuiuante 
les ; de Co- encor plus folemnelle, qui fût le Mardyÿ vingt-deuxiéme May en- 
673% fuiuant 1495. ainfi que nous dirons cy-aprés : Il fût logé en toute 
* Idempu. feurete dans le Chafteau Defcapoie*, dont le Roy Alphonfe s’eftoit 
sm à il y auoit dés-ja du temps. Cette iournée mefme on ap- 
*Caftel-no- procha la oroffe artillerie de Chaftel-noue* , auec laquelle on batrit 
_. idemp. furieufement cette Place , la Citadelle fût aufli affiegée; c'eft vne for- 
F7 terefle paroifloit imprenable, car d'vn cofté elle eft voifine de 
la grande & pleine mer, qui la mettoit tout à couuert, & hors de 
danger & de furprife: Et d'autre part, vers le Chafteau, elle eftoit 
enceinte de foffez à fonds de cuue d'vne extraordinaire profon- 

deur , grandement bien paliffadez & renforcez de bouleuars, & 

autres jrs de guerre; tellement qu'il fembloit qu'elle ne 

pouuoit eftre ny battuë , ny mefme afliesée , fi ce n'eftoit par le 


ROY DE FRANCE. 133 


cofté qui regarde fur la Ville ; & roucesfois nonobftanc vn eftat 
fi fort , & vne aflicte fi auantageufe, aprés vn opiniâtre & rude 
affaut , elle füt emportée & prife d’vn plein faut :Il y auoit dedans 
la plus groffe, la plus terrible , & la plus accomplie artillerie qu’on 
vid jamais , auec quantité de ee de metail & de fonte; 
outre vne incroyable prouifion de poudre, charbon, fouffre, fal- 
pètre, & dequoy armer de pied en cap plusde mille hommes d’ar- 
mes de toutes fortes d’armures qui fe puiflent imaginer , fi bien 
qu'on ne peut icy bien exprimer l'ineftimable butin qui cette fois 
y fut fait. | no 
Enfin dans ladite Citadelle il fût tant trouué de biens, de diuerfes 
fortes & d'étranges manieres, que l'on füt plus de huit ioursentiers 
à les vuider par force de gens & de charettes, encore n’en pouuoit- 
on venir à bout tant !] yen auoit : Les Capitaines du guet eftoient 
Meflire Gabriel de SMonfaucon , Tean de la Grange, & plufieurs au- 
tres gens de bien. A cét affaut fe trouua vn nommé Gentil Garçon, 
dit maintenant Prouence, Heraut d’Armes de chez le Roy, lequel 
vid aucuns de nos gens montez fur les tours , & par les batteries 
d'artillerie commença à monter, tant & fi bien qu’il fe trouua tan- 
coft au plus haut auec les deffus-dits, & füt le cinquième monté; 
& auoit lors vétu ledit Prosence vne robe de drap d’or fourrée de 
lctifles, que le Seigneur propre des Coulonnois luy auoit donnée; 
ceux qui cftoient fur les cours du {hafteax commencerent à ietter 
jauelines , dards, & pierres, qui en rien ne profiterent ; car decég 
affaut ladite Citadelle fût vertueufement prife: & les Alemans, Ef 


pagnols & Napolitains , contraires au Roy , qui refterent de cét 


affaut, fe retirerent dedans ledit Chafteau. | | 

Le Mercredy vingt-cinquiéme iour de Feurier , le Roy à Naples 
oüyr Mefle à l’Annonciade, & aprés difner vint au logis de Mon- 
fieur de Montpenfier ; & de là accompagné de tous les Scigneursdu 
Sang , alla voir comment ladite (itadelle auoit efté battuë & aflic- 
gée ; ce fait , il fût auifé comment on auroit ledit Chaffean. Par- 
_ quoÿ l'artillerie du cofté de la Citadelle fût pofée , car autre lieu 
propre n’y auoit ; & ladite artillerie eftant bien placée & mife en 
l'eftat qu’il appartenoic, fût tellement & éperduëment battu, que 
tous ceux qui eftoient dedans, ou la plufpart, furent contraints de 
s'enfuir & quitter la Place ; & en s’en allant ils brûlerent& mirent 
le feu aux fauxbourgs d'icelle Place, où furent confumées plufieurs 
belles maifons. : .. _… : 

Le lendemain qui füt le Ieudy vingt-fixiéme, ceux qui eftoient 
demeurez dans ledit Chafteau requirent de parlementer; parquoy 
l'on ceffa de virer l'artillerie, & vinrent pour parler à eux Engilberr 
Monfieur de Cleues Comte de Neuers, Monfieur de Liemy, le Bail: 
ly de Dijon, & le grand Efcuyer de RD a our demande- 
rent & requirent aufdits Seigneurs que le bon plaifr du Roy für, 

KR iij 


De Comi- 
nes p.311. 


1494. 


. Mars. 


134 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
de leur donner vingt-quatre heures de crêues ; ce qui leur fût ac- 
corde ; & le lendemain , pource qu'ils demanderent de fortir leurs 
bagues fauues, rien ne leur für oétroyé ; & incontinent plus fort 
que deuant commença la batcerie & les approches fi merueilleufe- 
ment, que.c'eftoit pitoyable chofe de voir la ruine & la démoli- 
tion dudit Chafteau-neuf : lequel eftoit fort à merueilles ; inais la 

uiffance des faucons , bombardes , canons, ferpentines & bom- 
Parbelles y firent fi horrible dégaft , que tout alloit par terre en 
pieces &en lopins; pirquoy ceux de F7 fe voyant eftre de fi prés 
chaffez ,chargerent vn mortier puis mirent le feu dedans, & vint 
choir tout droit fur la Nef de l'Eglife des Freres Mineurs Corde- 
liers de l'Obferuance, & rompit ladite Nef fans faire mal à hom- 
me ny à femme du monde qui fût en ladite Eglife , & fiil yen 
auoit largement de tous coftez. Ladite batterie dura ni le Ieu- 
dy vingt-fixiéme iufques au Lundy deuxiéme Mars enfuiuant : Et 
cedir iour mefme, pource que le Roy fût difner en la maifon d'vn 

Seigneur de la ville de Naples, qui eftoit auprés du lieu où lartille- 
ric auoir efté afliegée ; aprés difner les Canonniers & Bombar- 
diers fçachans où le Roy eftoit, & qu’il les pouuoit voir & auifer, 
fe forcerent fi rudement à virer & à tempefter ladite Place du Cha- 
Prau-neuf, moyennant aufh quelques gracieux dons d'argent que 
le Roy leur enuoya, afin qu'ils fffent bon deuoir ,qu’enuiron trois 
heures aprés difner., ceux de dedans voyansl’énorme batterie qu'on 
leur faifoit de toutes parts, & le Roy en propre perfonne [à pre- 
fent, furent tontraints derechef de parlementer , & ceffa l'artille- 
rie : Surquoy:parla à eux le Conte de Neuers , Engilberr Monfieur 
de Cleues, auec le Bailly de Dijon, & parlerent en Allemant. Lors 
firenr les deffus-dits leurs demandes en la maniere qui s'enfuit, c'eft 
à fçauoir qu’ils requeroient fortir leurs bagues fauues, & qu’ils fe- 
roient payez pour trois mois en feruant le Roy, s'illuy plaifoit, ou 
auroient fauf-conduir pour s’en aller à leur auenture. Ce parle- 
ment dura iufques au Mardy troifiéme de Mars. 

… Et lelendemain quand ces Seigneurs vinrent pour fçauoir s’ils 
fe rendoient ou non, ils firent réponfe , que fi le Roy de Naples 
nc leur verioit donner fecours en ladite Place , ou qu’il vint en fi 
grande puiflance qu'il combatit le Roy & fon Armés dedans le 
Samedy_prochain feptiémé Mars enfuiuant , ils fe rendroient & 
mettroient les gens du Roy audit Chafteau ; & pour ce faire bail- 
lerent oftages , c'eft à fçauoir quatre hommes des plus gens de bien 
qui fuffent entr'eux ; parquoy furent les tréues continuées iufques 
audit Samedyÿ feptiéme Mars. Et ce iour mefme l’on auoit mené 
vac quantité d'artillerie deuant vn lieu fort, où y auoit vne baffe 
cour aflez forte de bonne muraille, & vne groffe tour tres-forte, 

ui fort nous eftoir nuifible. Lors lefdits ennemis yoyant que leur 
ane attendu ne venoit point, & qu'on recommençoit la bat- 


 ROY DE FRANCE. 13$ 


cerie pire. que iamais contre leurdite Place par vn affaut hardy & ; 
furieux, furent contraints de tout abandonner , & fe rendirent à +94 
la perfonne du Roy mefme , qui les receût , leurs vies & ba- 
gues fauues , en laiffant l'artillerie qu'ils auoient & les viures en la- 
dite Place ;auquel lieu er 3 Roy mit {es gens auecde bons 
Capitaines pour la garder. * à 
Dés le Mercredy quatriéme iour de Mars le Roy fit mettre le 

ficge au (haffeau de Louue* quafi dés le poinét du iour, lequel füt * DeComi- 
merucilleufement battu d'artillerie du cofté deuers la terre, par- %P-311 
ce que l’autre cofté eftoit deuers la Mer. Et le Roy oüyt la Mef- 
fe cedit iour aux Chartreux , & difna au logis de Monfieur de Cle- 
rieux , & aprés difner alla voir fon ficge ; & les Officiers de l'artil- 
tillerie voyans le Roy qui les eftoit venu voir , commencerent à 
tirer e furieufement qu'ils n'auoient encor fait; cellement que 

pour l'abondance des pierres des tours qu’on abatoit dedans la mer, 
grand quantité de poiflons eftant dedans furent tuez & meurtris; 
& enuiron cinq heures de vefpres ceux du Chafteau demanderent 
à parlementer , le Roy eftant là prefent ; ce que volontiers leur 
oétroya, & enuoya pardeuers eux Monfieur de Fotüés & Monfieur 
de Myolan;lefquels allerent “a à eux, & rapporterent la répon- 
fe au fouper du Roy au Chafteau de deçà. Plus eft à fçauoir, qu'en 
ces iours vne aprés-difnée la fille de la Ducheffe de Malfy en la 
prefence de fa mere, en vn lieu dit Pouge-real , fomptueux & ma- 

nifique , ainfi que dit a efté ,icelle montée fur vn courfier de 
Peulle*, & à bride aualée tant qu'il en pouuoit porter, le fit cou- *LaPoüille, 
rir & eftrader quatre ou cinq longues courfes ; & ce fait, le fit con- 
tourner, virer, fauter & pennader ledit courfier aufli bien ou mieux 

u’eût fceû faire le mieux cheuauchant du monde. 

Le Ieudy cinquiéme iour de Mars à Naples, le Roy oùüyt laMef- 

fe aux Chartreux ou aux Celeftins prés de la maifon de Monfieur 
de Clerieux; & aprés difner alla voir fon fiege deuant le (haffeau ; 
& luy eftant audit fiege aux tranchées de fon artillerie, le Prince de 
Tarente vint pardeucrs le Roy pour parler à luy ; & auoit efté le 
Maiftre-d'Hoftel Brillac en oftage de deuers ledit Prince Monfieur 
de Guyfe & Monfieur de Ligny , iufques à tant que ledit Prince 
fût retourné de fon parlement ; & parla ledit Prince au Roy en 
vn jardin, ioignant l'artillerie, foùs vn oliuier au bout dudit jar- 
din , arriere de toutes gens vn petit get de pallet ou enuiron de 
loin ,iufques à ce que leRoy appella ceux que bonluy fembla. Le 
Roy eftoit monté fur vne mule fauue auec vn harnois de dra 
d’or > auffi auoit il vétu vn fayon de drap d’or bordé & bande de 
veloux noir , & pardeflus vn manteau en écharpe bandé de cra- 
moify, & des brodequins blancs ; & fur la refte la belle tocque d'é- 
carlate, & le riche affiquet, aufli fon épée au cofté, {1 bien accou- 
tré que bien fembloic eftre bon gendarme & homme d'entende- 
ment exquis. 


136 HISTOIRE DE CHARLES VIII 
Quant audit Prince de Tarente il eftoit vétu d'vne robe de ve- 
1494: Joux noir fourrée de Martres fines & bonnes, d'vn pourpoint de 
pastis fin fatin noir ,vn bonnet noir fur la cefte, & tous fes habillemens 
ler key «- à la mode de France ; auf auoit-il des brodequins blancs, & eftoit 
necFederic monté fur vne petite mule baye, & parlerent enfemble le Roy & 
Prince de : h | 
Tarente.  Juy enuiron vne heure & demie : Et füt le Roy de fort belle con- 
DeComi- tenance ,en parlant vertueufement audit Prince ; & femblablement 
065p.306 Jedit Prince bien fagement fe contenoit felon leurs paroles. su 
é 310. 
leur parlement tenu, le Roy appella Monfieur de Montpenfier, 
*deFoix, Monfieur de Fotüés*, Monfieur de la Trimoille*, Monfieur de 
Mer né Myolan, Monfieur de Clerieux, Monfieur le Marefchal de Gyé, 
auec plufieurs autres , & parlerent enfemble aflez bon cfpace. Le 
Guet & les Gardes , fpecialement les Capitaines à ce ordonnez, 
eftans proches de là: Leurs paroles eftans finies, ledit Prince prit con- 
gé du Roy & s'en retourna en fa galée qui lotoit fur mer en prefen- 
ce de noftre fiege, & le conuoyerent Monfieur de Foüés , Mon- 
fieur de Clerieux, Monfieur deMyolan, & d'autres grands Scigneurs 
par le commandement du Roy. Et quand il fût fur le bord de la 
mer il prit congé des Seigneurs cy-deuant nommez, en fe recom- 
mandant à la bonne grace du Roy. 

Auant que ledit Prince de Tarente fût retourné en fa galée, ceux 
qui y eftoient par le commandement du Roy, dirent quandils fu- 
rent retournez, les bonnes cheres & les grands honneurs que leur 
firent les Scigneurs de la fuite dudit Prince; car plufieurs ioycufe- 
tez leurs furent monftrées dans ladite Et pendant que ce Prince 
re auec le Roy : Et derechef quand il füt retourné dans 
adite galée d’autres chofes encor plus fingulieres leur monftra, en 
les feftoyant honneftement comme bien il le fçauoit faire. Finale- 
- ment prit ses 4 dudit Prince Monficur de Ligny , Monficur de Guy- 
dar. Je” sauec Monfieur le Maiftre d’Hoftel (harles de Brillac lequel auoit 
| gnac, eû la Nr dudit parlement *; & iceux s’en vinrent deuers le Roy 


ad on en luy faifans les recommandations dudit Prince comme il appar- 
2 


tient, honorablement ; & cedit iour ne fût tiré artillerie de cofté 
ny d'autre ,en quelque façon ou maniere que ce foit. 

Le Vendredy fixiéme iour de Mars le Roy oùüyt Meffe aux Ce- 
leftins, puis il fût difner en la maïfon de Monfieur de Clerieux, 
ce iour fe continuoient les tréues du Chaffeau - noue iufques au 
Samedy midy ; & ce mefme iour partirent plufieurs gens & Cha- 
ffeau-noue en grand nombre, entre lefquels ÿ en auoit plufieurs blef- 
fez. Les Efpagnols allerent vers ledit Prince de Tarente, & les 
Alemans fe vinrent rendre au Roy tous auec fauf-conduit ; &*de ce 
iour entra dans ledit Chafteau par commandement du Roy Mon- 
ficur de Crefol, Meflire Gabriel de Monfaucon auec fes Archers, & 
quantité de fes gens ; lefquels eurent la chage du Chafteau & des 
biens qui cftoient dedans en grand nombre, c’eft vne belle chofe 


que 


ROY DE FRANCE. 137 | 
on d’oüyr les biens qui cftoient dedans de toutes fortes en plu- ; 494. 
ieurs façons & manieres. | | 
Le Samedy fepriéme iour de Mars, le Roy audit Naples , alla 
oüyr Mefle à Sainét Dominique, puis difner en fon logis ; aprés 
il alla voir le Chafican-none; quand les Allemans & autres nations 
furent dehors il entra au Chafteau auec telle compagnie qu'il luy 
leût ; ayant veû ledit Chaffeau-nenf à fon aile, il partit & vint voir 
c camp de fon fiege deuant le Chaftean de l'Oune; & fur le Lac le- 
dit Prince de Tarente vint encor parler au Roy ioignant l'artille- 
ric,Monfieur de Ligny & Monficur de Guyfe cftoient cependant 
en oftage iufques à fon retour. Ce parlement fût bref, car il eftoit 
tard , le Prince prit congé du Roy en fa galée, & incontinent Mon- 
fieur de Ligny & Monfur de Guyfe reuinrent deuers le Roy. No- 


tez ” ce iour , le Prince de Salerne arriua à Naples , lequel auoit ne. 
cfté fugitif duranc cinq ans, pour la crainte du Roy <4lphonfe de lerne vers Le 


Naples ; & ce iour il trouua vn fien petit fils, que ledit L4lphonfe Roy: de Co- 
auoit tenu prifonnier ; mais le Cardinal “Perri ad V incula l'auoit  ?*° 
racheté, & auoit baillé groffe rançon pour luy. 

Le Dimanche huitiéme iour de Mars, le Roy audit Naples ,oüyt 
la Meffe aux Chartreux ou aux Auguftins ; puis alla difnet chez 
Monfieur de Clerieux, & aprés il alla ioüer en fon fiege; & là fût 
faice la réponfe, que le Roy ne feroit pas ce que les autres deman--: 
doient; & für enuoyé le Preuoft de Paris & lEfcuyer Galhor qui les 
fommerent de fe rendre , ou autrement on leur monfitreroic de 

beaux poin&s, que lon fic fans nulle faute; car en moins de trois 
heures on tira … de crois cent coups d'artillerie contre ledit Cha 
fran, & fur le tard le Roy s'en rerourna en fon logis dans la Vil- 
le , accompagné de plufieurs grands Seigneurs. + 

Le Lundy neufiéme iour de Mars, le Roy à Naples, oüyr Meffe à 
l'Annonciade , & difnaen fon logis : Et aprés le difner recourna au 
ficge , & vid la batterie qui fe fit cette iournée, & le foir reuint 
en fon logis à la Ville; & fût grande la batterie ce iour-là merucil- 
leufement , laquelle chofe étonna fort ceux de dedans. 

Le Mardy dixième jour dudit mois,le Roy oüyt Meffe aux Char- 
creux , & aprés alla difner aux tranchées de fon artillerie deuant le- 
dit {haftean de l'Ouue, ce fût fous vn pauillon ; & fût tant battu le. 
dit Chafteau de bombardes, gros canons, gros faucons,& grofles 
couleurines, qu’ils abatirent dans la mer vne des plus groffes tours 
qui y fût;te | qu'on voyoit dedans ledit Chafteau par tout; 
& celle courmente füt du bruit de ladite arcillerie que les gros poif- 
fons reuenoient tous morts fur la mer ,par l'impetuofité & l'abon- 
dance des groffes pierres qui cheoient dedans. 

_ Le Mercredy onziéme iour de Mars, le Roy à Naples ,otiyten- 
cor Mefle aux Chartreux, & alla difner aux tranchées dudit fiege, 
& füc derechef tellement battuë ladite Place d'artillerie , que ceux 


138 HISTOIRE DE CHARLES VIIE 
1494. de dedans ne fçauoient où fe fauuer. Le Roy eftant prefent à ce 
fiege vid fes gens aller pardeffus la chauffée iufques à leur boule- 
uart, où ils fe combatirent enfemble; tellement que ceux du dedans 
enuoyerent querir des arbaleftriers ; mais ainfi qu’ils venoient à cet- 
te batterie qui fe faifoic audit bouleuart, vn des Canonniers du Roy 
les vid venir, lequel d'vn coup de faucon tua D Chef d'i- 
ceux arbaleftriers du Chafteau , qui fût merucilleufement bien ti- 
Canouniera- xé & adroitement ; pour lequel coup le Roy luy donna dix écus 
se FF d'or.Alors ceux du { n fe fauuoient du mieux qu’ils pouuoient. 
UE Et en ce faifant , vn des gens du Roy nagea au trauers de la mer 
depuis le fiege iufques audit Chafteau-de-l'Oune pour voir leur con- 
tremine; mais ceux de dedans l’apperceurent, & à force de pierres 
le chafferent ; car d'artillerie ne pouuoient-ils greuer, & reuint 
en noftredit fiese ; le Roy voyant toutes ces chofes luy donna vn 
écu ; & ledit iour fût ciré plufieurs coups de mortier & de bom- 
bardes; tellement qu'vne de nos bombardes fe rompit & creua, en 
euanc yn Italien des noftres, dont ce fût dommage ; & auec ce, blef- 
fa plufieurs autres de nos gens ; & ce fait, s’en retourna le Roy en 
fon logis. 

Le Ieudy douziéme iour dudit mois de Mars, le Roy oüyt Mef- 
fe au Chafteau, difna en fon fiege; & für ce iour le Chaffeau tant bat- 
tu d'artillerie bas & haut, qu'il conuint au Capitaine eftant dedans. 
de fortir pour venir parler au Roy en fon fiege à genoux, la tefte 

nuë; c’eftoit vn bel homme qui auoit les cheueux tous blancs, à 
priféde Mains iointes il requit d'auoir tréues iufques au lendemain ; ce 
Caftel-no- que Le Roy luy oétroya : Pourquoy furent auec le Capitaine du- 
aa Ca- di Chafteau le Prince de Salerne & le Marefchal de Gyé pour par- 

el-ouo, de | | 
Comines  lementer auec ceux de ce Chafteau , & allerent par mer auec ledit 
pag: 311. Capitaine. | 
Le Vendredy treizième iour ,le Roy oùyt Meffe aux Chartreux, 
& difna aufdites tranchées de fon fiege; & aprés difner Monfieur 
le Prince de Salerne & Monfieur le Marefchal de Gyé menerent 
le Capitaine Claude de la Chafire auec fon fils, & des Archers de la 
garde audit Chafteau de par le Roy, iufques à ce qu'il y mit Ca- 
pitaine *; & depuis le Roy ordonna le Capitaine Claude de Raban- 
nges , & Monfieur de Lanernarde auec certain nombre de gens 
requis par eux, & depuis s’en vint & fortit ledit Capitaine Claude 
& fon fils, deuant nommez , & {es gens fans rien ofter de ladite 
Place, fuffe de viétuailles ou autres of. | 
Le Samedy quatorziéme iour de Mars le Roy oùyt la Mefleau 
Mont d'Oliuet, & difna chez Monfieur de Clerieux. 
Le Dimanche quinzième iour de Mars, le Roy audit Naples, en 
fort grande deuotion oüyt la Meffe à l’Annonciade, &ne peti 
“Lie de 8 du Chafteau de Capoñane* finon pour aller oüyr la Meffe, iufques 


demeure das | … | 
Napks. au Dimanche vingt-deuxiéme iour dudit mois, en receuant les 


* 1.vn Gou- 
ucrneur 


= ROY DE FRANCE. 139 

fidelitez & hommages des Princes & Princefles du Royaume,en- ; 494. 
femble des autres Seigneurs & nobles hommes tant de la Ville | 
de Naples & terre de Labeur , de Calabre, de Pouille, que d’autres 
pays, qui ne font cy-nommez, fuiets audit Royaume. | 

Le Lundy vingt-troifiéme, le Roy audit Naples , alla oiiyr Meffe 
à l’'Annonciade , & aprés difner alla iouër à Pouge-real, & deuant 
luy la fille de la Duchefe de Malfy*, comme cy-deuant a efté ,Amalphy 
écrit, fit mille pennades *, fauts, & courfes fur vn grand courfier de &f faire 
Peüille*, laquelle chofe eftoit merueilleufe à voir d’vne fille qui voltiger 
faifoit ces chofes fi caualierement ; ie crois qu'au fiege de Troye pole 
les Dames qui vinrent au feruice des Troyens n’euflenc fceû faire 
la centième partie des chofes | failoit. 

Le Mardy vingr-quatriéme le Roy oüyt la Meffe au Mont d’O- 
liuec, & difna au Chafteau de (æpoïane* en receuant d’autres gens * DeComi- 
en fidelité & hommages; & eftoic eftably le lieu où l’on faifoit la ”s?-3ur- 
Chancellerie * commeenFrance, & Prefident en Eftat ,comme Mon: * Chancel- 
fieur le Prefident de Guefnay* , Monfieur le ([hancelier , & les Secre- see Roy 
taires du Roy fous luy ,ayans Seaux grands & petits à queuë fim- RO 
ple & double queuë , donnans Graces & Remiflions ainfi qu’en Gonna, 
France , Aubaines & Forfaitures , ordonner Coings à Monnoyes ii 
d'or,d’argent, & autre metail en plufieurs fortes, comme écus, du- ee 
catsà double nom, double coin du Roy nouueau fait de par luy, 54: 
_ es armes de France d’vn cofté, & les armes de Sicile d’autre part à 
croifettes de Hierufalem ; outre le Roy mic & fit pour lors de.la ro 
Monnoye nouueau Maiftre, Horeau;& aux domaines Maiftrenou- nn 
ueau ; comme aufh en tous cftats à fon vouloir & plaifir: Aufh il Naples. 
fit don à fes gens des offres des Pays cy-deuant nommez, tant 
aux Seigneurs , Capitaines, Gentilshommes, Genfdarmes , que à 
fes Officiers , & tout parla Cour dela Chancellerie chez le Roy com- 
me en France. — 

Le Mercredy vingt-cinquiéme iour dudit mois le Roy oùüyt 
Meffe à Saint Pierre, qui cftoit le iour de la Noftre-Dame*,ioi- * Feffe de 
gnant fon logis , & alla difner à fondit logis , & oüyt Vefpres à ésg res 
Noftre-Dame de Confolation; & ce iour vinrent les nouuelles que n 
Gaiette eftoit prife*. | | | * Prife du 

Le Ieudy vingt-fixiéme iour dudit mois,le Roy à Naples, oüyt Se 
la Meffe à Sainct [ean ; ce iour Monfieur le Senefchal de Beanquai- Comines p. 
re * partic de Naples , & alla prendre poffeflion dudit Gayette. F0 

Le Vendredy vingt-feptiéme iour de Mars ,le Roy audit Na- de Vers, ie. 
ples, oüyt la Meffe à l’Annonciade, & aprés difner alla iotier à Pow- P-273-324. 
ge-real. à | 

Le Samedy vingt-huitiéme iour de Mars le Roy oùyt Meffe à 
Noître Dame de Confolation, & difna à fon logis, & alla voirla 
muraille neufue d’autour de Naples, par aucuns endroits. 


. Le Dimanche vingt-neufiéme iour dudit mois le Roy alla oüyr 
| S 


140 . HISTOIRE DE CHARLES VIIL. 

la Meffe à l'Annonciade,& difner à fon logis;aprés difner alla ioüer 
1494 3 Pouge-real: Et pendant quele Roy cftoit audit Far Fol du Roy de 
Naples , nommé <Heffire Jean , monta fur vne des tours du Chafteau 
de Capoïñanne , au logis du Roy, & en fe ioüant prit vn ais, maisen 
reculant arriere, l’ais fût plus pefant que ledir Fol, parquoy il l'em- 
porta du haut en bas, & il fût tué, dont le Roy füt grandement 
courroucé ; & ledit iour furent criées les Ioûtes en la grand’ Place 

prés le Chaffeau-neuf, autrement dit Caftel-noue. | 
Le Lundy trentiéme iour de Mars, le Koy à Maple , alla ouyr 
.: Meffe à Noftre-Dame de Confolation, & difna en fon logis, & 

aprés difner alla à Poure-real. ne. | 

Lé Mardy trente-vn & dernier iour de Mars, le Roy audit Na- 
ples , oüyt Mefle à Sainét Pierre ; & aprés difner alla ioüer audit 
Pouge-real. | on | 

Auril. Le Mercredy premier iour d’Auril , le Roy à Naples , ouyt la 
Meffe à lAnnonciade. Cette matinée vn'pauure homme des champs 
monta fur le bord d’vn puits , pour monter plus aifément fur fon 
cheual , lequel fe tira rout à coup prés dudit puits , fi foudainement 

: que ledit homme cheût en iceluy puits, & fût noyé; & arriua ce- 

Accident. |]; ioignant le Chafteau dudit Capoianne ; & après le difner le Roy 
alla iouër audit Pouge-real. | 

Le Ieudy deuxième iour d’Auril ;'le Roy à Naples, ouyt Meffe 

_ à FAnnonciade, & alla difneren fon logis; aprés difner alla iouët 
_: chez Monfieur de Clerieux. 
_- Le Vendredy troifième iour d’Auril, le Roy audit Naples ,ouyt 
_. - la Meffe à l'Annonciade, & difna à fon logis; & aprés difner alla 
_ iouër chez Monfieur de <fontpenfier. 

Le Samedy quatriéme iour d’Auril, le Roy audit Naples, oüyt 
la Meffe à l'Annonciade, & difna à fon lovis ; & aprés difner alla 
ioüier deuers la mer ,du cofté du Marché, en tirant contre Calabre. 

Le Dimanche cinquiéme iour d’Auril, le Roy audit Naples, 
ouyt la Meffe à Sainct Pierre, & difna à fon logis ; puis après dif- 
ner alla iouër à Pouge- real. | 

Diuerfesoc- - Les Lundy fixiéme , Mardy feprième , Mercredy huitiéme , & 
cuparonsre- Icudy neufiéme iours dudit mois, le Roy ouyt Meffe en plufieurs 
4 lieux; & durant ces iours il alla voir les Doüannes tant de mar- 
Chandife, qu’és autres Doüannes où l’on faifoit les galées & ga- 
licnnes, nefs & nauires, & où on forgeoit chofes appartenantes auf. 

_. dites nauires. | | 
. Le Vendredy dixiéme iour dudit mois d’Auril , & le Samedy 
onzième, le Roy ouyt la Meffe à Sainét Dominique , & difna en 
fon logis ; & aprés difner alla voir ramener fon arullerie du fiege, 
& celle qui auoit efté prife & trouuée aufdites Places de Naples, 
» Comines d0nt la plufpart il fit amener en France. Eten ces iours Monfieur 
p.309. 324. Daubigny partit de Naples pour aller en (alabre* , accompagné de 


Accident. 


ROY DE FRANCE, 14i 


fes gens d'armes & Allemans qui eftoient en grand nombre. 

Le Dimanche douziéme Auril ,le Roy à Naples, oùyt la Meffe 
à Sainét Iean, difna en fon logis; & aprés difner alla iouër à Pos- 

e-real. | | 

Le Lundy treiziéme iout d'Auril le Roy ouyt Meffe à Oliuer, & 
difna chez Monfeur de {lerieux. 

Le Mardy quatorziéme iour d’Auril , le Roy à Naples, ouyt 
la Meffe aux Cordeliers, & difna chez Monfieur de Hontpenfier ; 
& ce iour les nauires arriuerent de France à Naples en grand triomi- 
phe, dont le Roy füc fort ioyeux, ainfi _ tous les François. 

Le Mercredy quinzième iour d'Auril, le Roy à Naples, ouyt la 
Meffe à lAnnonciade, où il fe confeffa, & où iltoucha & guerit* les » 1, ,, 
malades des Koh, pe s'y eftoient rendus en grand & merueil- Charles 
leux nombre de routes les parties d'Italie , & autres Nations, com- Mic Fe 
me Lombards, Italiens, Venitiens, Neapolitains, Peulois, Pruf- alates des 
fiens, & d’autres contrées ; enfemble d'autre monde de toutes gens, pr so 
tellement que c'eftoit chofe admirable à voir vn fi grand concours na he 
de perfonnes; ceux des marches de par delà-faifoient grand’ efti- äRomele 
me & grand fecit de cette vertu du Roy, qu'on attribuoit à vne 2° /###7 
vertu FA uliere à fa Perfonne comme Roy de France. Ce iour mef- oi 
me Melle Virgile & le Comte de Pefhlenne * furent conduits & *al-Perilan- 
amenez au Roy enfuite de leur prife. | É . 

Le [eudy abfolu feiziéme iour d’Auril , le Roy à Naples, ouÿt 
le Seruice à Saint Iean, qui eft vne Eglife que les. Roys de Sicile 
ont fondée, fort riche & belle; & là fit le Roy fa Ceñe fort deuo- | 
tement comme en France à treize pauures , & à chacun fon dif- HO 
“ner, ainf qu’il eft de coûtume, & treize écus d'or, Er fit le Ser- Maples le 
mon vn tres-notable Docteur de Paris, nommé Monfieur Pinelle, 147 fant. 
auffñi fût la grande Mefle chantée par Maiftre Robiner Chanoine 
de Rouën. pu” ’ | oo 

Le lendemain, qui eftoit le grand Vendredy-Sainét ,le Roy füt 
au Seruice audit Sain& Lean , & précha Monfieur Pinelle cy-deuant 
dit ,auffi fit le Seruice ledit Maiftre Robiner, & difna le Roy en ce 
lieu. | 

Le Samedy dix-huitiéme iour d’Auril , veille de Pa/ques, le Roy 
ouyt le Seruice audit Sainét Iean, aflifta à faire l’eauë-benifte, & 
fûc la grande Mefle chantée par Monfieur de Sainf-Malo* , & * Cardinal 
difna le Roy au mefme lieu. de S. Mal: 

Le Dimanche dix-neufñiéme Autil , iour de la grande fefte de —— 
Pafques, & premiér de l’année* 1495. le Roy fût à confeffe à l'E- 149$: 
glife Sainét Pierre ioignant fon logis, où il toucha les malades des * L'annéene 
Æfcroüelles pour la feconde fois, qui fût vne belle chofe à voir, mef- 
mement cn vn jour fi folemnel , dont la Seigneurie de Maples fe remps qw'à 
donnoit grande admiration ; & aprés les malades rouchez en cec- À grre 
tedire Elle, le Roy alla à celle de Saini@ Iean à la grande Meffe . Re 

S ii 


1494, 


14% HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
+488. & au Seruice que fit Monfieur de Sainéf Halo , & difnale Roy 
F7 ce lieu ; & aprés difner affifta au Sermon que fit ledit Sieur Pi- 


Le Roy Jo nelle puis ouyt les Vefpres , foupa audit Saint Iean, & coucha 
lemnife La - 
fefte de Pa. en fon logis. 


ques 4 Na- Le Luhdy vingtiéme iour d’Auril , le Roy à Naples , ouyt la 
ue Meffe à l'Annonciade, & difna en fon logis, d’où il ne bougea le 
refte de cette iournée. | | | | | 
Le Mardy vingr-vniéme d'Auril, le Roy à Naples ,oùüyt la Mef- 
{e à Noftre-Dame de Confolation, difna en fon logis, & n’en bou- 
gea le refte de ce iour. . LL 
Le Mercredy vingtdeuxiéme iour d’Auril le Roy ouyt la Mef- 
+ Lices, cf 1€ à Naples au Mont d'Oliuet, & difna chez Monfieur de Clerieux 
Iclieuäfai- Marquis de Coteron : Aprés le difner il alla aux Lices*, où fe de- 
F6 tournoë uoient faire les Ioûtes*, où il trouua plufieurs grands Seigneurs tant 
"Joëtes fônt de Florence , que du refte d'Italie, & des Dames du Pays, fpeciale- 
see ment de Naples : Lefdites Ioûtes furent faites dans vne grand ruë 
courfesauce prés Je Chaftcau-neuf , deuant vne Eglife fondée par les Roys de 
hnces.  Gicile, de la Maifon d'Anjou; ces Loûtes durererenr iufques au pre- 
mier iour de May : Les Tenans du dedans defdites loûtes eftoient 
(Chafillon & Bourdillon. | 
Au regard des deffendans du dehors le nombre en eft inconnu, 
car c’eftoit à tous venans, pourueû que fe fuffent Gentilshommes 
& de toutes lignées ; lefdites Ioûtes durerent tout le temps cy- 
deffusefcrit, fans mal-faire & fansnoife, finon qu’vne aprés-difnée 
certaine querelle s’émeüt entre les Tenans defdites Ioûtes & quél- 
ques Allemans ; toutesfois le Roy oyant le bruit y alla en perfon- 
À & a Sr le tout , puis ils ioûterent comme auparauant ; ce 
is für neceflité que le Roy y allât faire l'accord : Ces Joûtes furenc 
Fe finies par Monfieur de Dunois* coufin du Roy à caufe de fa me- 
ä Naples,” re, & par l'Efcuyer Gallior à prefenc on Me oes 
aufgwels 4fi- Le Sarnedy deuxiéme iour de May le Roy alla ouyr Meffe à 
ins 2 l'Annonciade, & difner à fon logis ; puis aprés difner alla iouér à 
. Comte de D 2 
Dunois, Pouge-real. | 
se Le Dimanche troifiéme iour de May , le Roy à Naples, ouyt la 
fin germain Meffe à Saint Genny , qui eft la fefte de la grand’ Epglife Cathe- 
2. ft drale , où il y eût grande affemblée de Prelats, tant Cardinaux 
deSauoye Comme Euefques, & autres conftituez en dignitez ; En icelle Epli- 
fa mere, feur fe für monftré au Roy le chef dudit S. Genny, qui eft vne fort riche 
Php chofe à voir, digne & Sainéte. Quand le Roy fût deuant le grand 
Lonys XI  Autel on alla querir du ang de ce Sainét dans vne grande ampou- 
. le de verre, qui füt monftrée au Roy; auquel on bailla vne petite 
verge d'argent pour toucher l'endroit du fang qui cftoit dedans 
cette ampoule de verre, dur comme pierre ; ce que le Roy coucha 
auec ladite verge d'argent ; laquelle ampoule fût mife fur l’Autel 


deuant le chef dudit Sainét ; & incontinent ce fang commença à 


ROY DE FRANCE. 143 


s'échauffer & à s'amolir commele fang d’vn homme en pleine fan- 
té, boüillant & fremiffant, qui eft vn des grands miracles que ia- 1495° 
mais homme vid ; dequoy tout le peuple François , tant Nobles 
que autres eftoient en grande admiration de voir cela; & difoient 
les Seigneurs de Naples, tant de l'Eglife que de la Ville, que par ce 
chef & ce fang ils auoient connoiflance de beaucoup de requeftes 
enuers Dieu; car quand ils faifoient leur priere, fi alle eftoit bon- 
ne le fang s’amolifloit ; & fi elle n’eftoit pas de iufte requefte, il 
demeuroit dur : Auffi par ce fang ils difoient auoir connoiffance 
de leur Prince, s'il deuoit eftre leur Seigneur ou non. 

Le Lundy quatriéme iour de May , le Roy à Naples , ouyt la 
Meffe à l’'Annonciade , & difna en fon logis; & és iours precedens 
il enuoya Maiftre fear du Boïs-fontaines & le Maiftre-d'Hoftel de 
Breffe pour mettre les biens qui eftoient au Chaffeau-noue par in- 
uentaire ; car il y en auoit tres-grande quantité de toutes fortes; 
tout premier il y auoit abondance de bleds tant fromens, or- 
ges, millet, pois, fèues, que autres grains à viure ; de plus, il y a- 
uoit des prouifionsde vins de toutes fortes, comme vin grec, vin ba- 
ftard , vin de grenade , vin latin , vin de fainét Seurin , & du vin- 
aigre en quantité ; puis 1] yauoir des lards, huiles, & graiffes de tou- 
ces fortes largement , vne Apotiquairerie la plus belle du monde ; 
en tout Paris il n’y en a point autant , & de toutes fortes de dro- 
gucs feruant à ladite Apotiquairerie, comme il y auoit audit Cha- 
ffeau ; oùil y auoit aufli vn puits & vne fource de fontaine ; aufli y 
auoit-il des draps d’or & d'argent , des veloux & fatins cramoifis, 
camelors, taffetas, & de routes autres fortes, comme de draps de foye 
en tres-grande quantité. oo oo 

Au regard des draps.de laine, il y en auoit abondance ,comme:n un 
écarlate de Paris *, Florence , de Milan, & autres draps d’Angleter- lave de Paris. 
re, de Perpignan , & d’autres fortes ; femblablement il y auoit de 
beaux draps de foye & de lin d’étranges fortes de Flandres, innom- 
brablement ;des lits fans nombre de fin duuet, de fines toilestant 
de Holande, de France, que de toutes autres contrées. rem, il y 
auoit toutes autres toiles teintes, comme bougrans, futaines de tou- 
tes fortes, des farges , fayettes de routes couleurs en infinie quantité ; | 
auffi force laines fines & moyennes, cottons, chanvre, & fil de, 
toute forte ; grand nombre de tapifferies fort riches de diuerfes ma- de magafn” 
nicres, tentes, pauillons , courtines, ciels, franges, la mg 1e de Prodigieux » 
drap d’or, d'argent, de veloux, de cramoify, &les moindres de foye, he 
tapis de veloux de he de Chypres, de Venife, & de routes dans Caftel- 
fortes , tant és chappelles comme és chambres , falles , & autres 107°4Na- 
lieux ou le Roy s’alloit iouér en fon particulier : Aufl des cuirs il y | 
en auoit de toutes les facons du monde ; c'eft à fçauoir cuir de 
bœuf , de vaches, de buffles, de cerf, de biches, cheureaux, marro- 
quins,cordoüans , bafannes, cuir de cheual blanc & conroyé, cuirs .  : 


144 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 


tannez de toutes fortes, à faire bardes, felles d'armes , harnois de cha. 
4495* ÿaux & mulesinnombrablement & de routes fortes;auffi il yauoit des 
felles de toutes façons& manicres, tant pour Ioûtes, pour armes, 
our courfiers, genets, hacquenées, mules & mulers,plus que iamais 
ni n’en vid en maifon du monde ; outre plus il y auoit deux 
chambres pleines d’étriers & d’écriuicres de toutes fortes : Il y auoic 
deux autres chambres pleines de mordsde brides à cheual pour cour- 
fiers, cheuaux moyens, pour mules & mulets , fournies d'étrilles : 
 Aufli y auoit-il deux'autres chambres pleines d’arbaleftres d’acier 
montées & à. monter ; & vne autre chambre pleine de tous traits & 
* Arbre fem dards de fin yf, guidaz, carquois, cordages de roures fortes. rem, il 
di an fa- y auoit vne chambre pleine de couleurines fournies de boulets, & 
on oudre fans nombre. Il y auoit vne grande falle pleine de harnois 
ane de toutes manieres. rem il y auoit vne chambretoute plei- 
ne de rapieres montées & à monter, jauelines, pertuifannes & coû- 
teaux. Au regard de l'artillerie, tant y en auoit que c’eftoit vne éton- 
nante chofeà voir, fournie defoufre, de falpétre, plomb, & metail 
fans nombre;d’autres chofes fomptueufes y auoit-il en icelle maifon, 
& en ce chafteau,comme és chappelles , & autres , tant images, 
hiftoires d’allebaftre fin que de marbre ,aufli d’or & d'argent, que 
c'eftoit merucilleufe chofe. Auf il y auoit des criftalins Ven, 
tant en couppes ,en baflins, éguieres , qu'autres chofes fomptueu- 
{es ,ouurées de toutes couleurs, que c'eftoit vne admirable chofe. 
Plus , il y auoit de routes manieres d'ouurages tant de terre de Ve- 
pife que d'autres lieux , armoyées des armes du Roy & de la Rey- 
ne, vn grand & riche ouurage , qui valoit mieux que toutes les 
chofes criftalines , & les autres faites de verre ou de rerre , eftimé 
vingt mille ducats. Ie crois qu’à l'heure os le Roy <4lphonfe par- 
cit de cette Place, que c’eftoit la plus riche demeure du monde, & 
la mieux fournie de tous biens : Au furplus, ie crois encor qu’en 
la Maïfon du Roy , de Monfieur d'Orleans , & de Monfieur de 
. Bourbon tour enfemble, il n’y a pas tant de biens qu’il y auoit là 
dedans pour lors ; au regard de la vaiffelle d'or & d'argent il y en 
auoit vne quantité merucilleufe. | | 

Evewim * Le Mardy cinquième jour de May , le Roy à ‘A pe , ouyt la 
publique à , Meffe à Saint Pierre , & difna en fon logis. Après le difner fût 
. ds coupée la tefte à vn Italien qui auoit tué vn Page François, &auoit 
L'on mer Mange fon cœur, dont plufieurs Italiens & Napolitains furent tres- 

tre fort œuel. honteux d’vn tel reproche & bläme aduenu à vn de leur nation. 
Le Mercredy fixième iour de May , Le Roy à Naples, ouyt la 
Melle au Mont d'Oliuet , & difna en l’Hoftel de Monfieur de 
Clerieux : Et ce iour le Roy donna les galées neuues, faires en 
*Eftiennc Ja Doüanne de Naples , Fvnc defquelles Monfieur le Senef{chal”* 
.. Fi eùt, & l’autre Meflire Gracian de Gueldre : aufli ce iour mefme 
Beaucaire, {üt mile celle de Monfieur le Senefchal en mer bien fournie 
d'artillerie, 


ROYDE FRANCE 14 ÿ 
d'artillerie | & bien équipée au demeurant. .: 

Le Ieudy feptiéme iour de May , le Roy à Naples , alla ouÿr 
Meffe à l'Annonciade ; après difner alla iouër & fe diuertir aux 
Doüannes , où fe preparotent de grandes galées & galeaces ; & ce- 
ditiour Meflire Gracian de Gueldre tira fa galéc hors de la Doüanné 
à force de gens la mit en mer en grand triomphe, bien artillée & 
équipée de toutes chofes. | | 

Le Vendredy huitiéme iour de May, le Roy à Naples , ouyt la 
Melle à Noftre-Dame de la Cité , diftante de deux mille de Na- 
ples , fondée par Saint Auguftin à ce qu'on dit ; en cette Eglife 
il y a merucilleufement de Vœux deuotieux en cire, apportez tant 
des Villes d'Italie que de deffus la mer, qui eft vne belle & renom- 


mée Eglife; & difna le Roy audit Conuent, bien content des Re- 


ligieux, qui le remercierent de l'honneur qui leur auoit fait de les 
citre venu voir; & au partir del’Eglife le Roy alla fur le bord de la 
mer, iufques au commencement de ls Montagne de la Grote , que 
Virgile, par tradition, fit iadis percer bien fubrilement ; car certe 
Montagne eft fort haute, ioignant la mer; & il n’y a autre che 
min felon le train de la mer, que celuy-là. | 


+ 


149ÿ" 


La hauteur de l’entrée de ladice grote, c'eft à dire, de la cautrne Defériprion 
ou du pertuys, eft À que d'vn homme d'armes à cheual, portant #77: gtote 


fe pro= 


la lance fur la cuifle ; & on y peut entrer quatre ou fix hommes %, ZM 


d'armes de front; cela dure vn quart de lieué de long ; aux entrées ples. 


& yfluës il fait clair, & au milieu vn peu obfcur; & difent ceux du 
_ pays, que iamais ne fe commit aucun mal en ladite grote nÿ foir 
ny matin ; & ont de coûtume de tenir en y allant la cofte de là 
mer à quelque heure que ce foit , à l'aller ou au venir ; & iamais 
n'y aduient aucun mal de meurtre ou vol, qui eft vne grande mer- 
ucille à le voir & l’oüyr conter, Ioignant cettegrote ily a vn beau 
pays plain, affez lointain de la mer, qui a aux MONtagNes, 


& eft temply d’orangers ,oliuiers, prez, froment, poiriers, pom- 


miets ; aprés cette plaine lon entre dans vne petite Ville fur le 
bord de Ê mer, prés d'vne autre Ville qui eft jadis perie en la mer, 
& pafla le Roy lefdices grotes eftant bien accompagné tant de 
grands Seigneurs que de Gentilshommes, & de fes Gardes, & vint 

rendre du vin prés d'icelle petite Ville ; vn peu arriere de là eft 
À lieu où l’on tire du fouffre,en vne grande montagne qui-fem- 
ble toûjours brûler fans feu , & vid le Roy faire le fouffre en fa 
prefence, tant en bouteilles - autres manicres qui s'en font,au- 


cunement medecinales pour le corps de l’homme. Aufli fût mon- 


ftré au Roy tout le refte dudit lieu, qui eft merueilleux à voir à 


gens qui iamais ne l'ont veû. ?tem, dans la plaine d’icelle monta- 

gnc & fouffrerie il y a deux fources d'eauë , dont l’vne eft chaude 

& noire comme encre, & boût comme dans vne grande chaudie- 

re fur Le feu ; l’autre fource eft blanche & froide, & boût auf 
T 


| 146 HISTOIRE DE CHARLES VIIL. 


1495. 


comme l’autre : Dans icelle vallée eft vn trou merucilleux , du- 
quel fort vn admirable vent ; lequel ef fi fort & fi puiffant au 
{ortir de ce crou., qu'il foûtient pierres , bois , & tout ce qu'on 
veut ictrer dcdags ledit trou fans brüler ; & toutesfois il eft fort 
chaud ; & difent aucuns des pays de par delà, que quand on 
met des œufs cuireen cette cauë fus-nommée, quelque garde qu’on 

faffe on en perd vn. rem , aprés ce lieu le Roy alla à vn autre 
Éeu fort celebre & de grand renom , où l’on trauaille à faire l'alun 
de roche, & vid le Roy la façon de la chaudiere, & de l’eaué qui fe 


_ conuertit en pierre d'alun & forme de fel. Aprés cela le Roy vint 


en vnautre vallon où il ya vn grand lac fort large long , & profond 
d'eauë froide ; & ioignant cedic lac il y a des eftuues chaudes & 
fciches fans aucun feu , fors de la chaleur de la montagne, qui eft 
belle chofe à voir ; car tout fe fait là naturellement fans aucun ar- 
tifice ;aprés toutes ces chofes fût aufli monftré au Roy vn trou rond 
dedans l'vne des sou rh joignant ledit lac , qui eft vne cho- 


. fe merucilleufe, & finguliere, car incontinent que quelque chofe 


y cft mife , auffi- coft elle meurt; & pour l'experience deuant le 
Roy , il y füc ietté vn afne cout vif qui fubitement mourut, & vn 
chat pareillement : Ie croy que c’eft là vn lieu fathanique ou gouf- 
fre infernal. Toutes ces chofes eftanc veuës , le Roy vint coucher 


: à Naples en fon mn ordinaire & repaffa deuant les grotes. 


Le Samedy neuñéme iour de May, le Roy à N les , oüytla 
Meffe aux Chartreux d’enhaut fur vne montagne , d’où l'on void 
tous les Chafteaux de la Ville, & la mer; comme aufli toute la vil- 
le de IN aples & Pouge-real ;là vinrent au deuant de luy tous lesRe- 
ligieux revérus de chappes fort riches, portans pluficurs Reliques 
& luminaires ; à l'entrée de leur Conuentils luy firent grand hon- 


_neur & reuerence , puis le menerent à leur Eglife en grande ioye 


De Comi- 
nesp. 311. 


& folemnicé Aprés la Meffe oùüye le Roy difna audit Conuent, 
& fût là moftrée au Roy vne table longue & large , que le Roy 
«Alphonfe auoit fait faire pour luy ; mais en ce temps vn des Reli- 
gieux gp , & dit que ce feroi pour le Roy de France, gr que 
iamais le Roy Alphonfe n'y mangeroit ,ny le Roy Ferrand auf; & aprés 
difner le Roy ne voir vne Place forte ioignant lefdits Chartreux, 
puis il s'en retourna coucher dans Naples. 

Le Dimanchedixiéme iour de May, &le Lundy onziéme du mefme 


mois le Roy à «ples , fic faire les preparatifs de fon Entrée, 


Comment le Roy fit fon Entrée dedans Naples, & quel bon- 
neur on luy ft, Co comme il D diSpofa de fês affaires. 


Le Mardy douziéme iour de May le Roy ouyt la MeffciN4- 
ples derechef à l’Annonciade ; aprés le difner il s'en alla à Pouge- 
real, là où s'affemblerent les Princes & Seigneurs , tant de France 


ROY DE FRANCE. 147 L 
& de Naples , que du refke de l'Italie , pour accompagner le Roy 1405. 
qui alloir faire fon Entrée dedans Naples, comme K oy de France ; . 
de Sicile, @F de Lerufalem ; cs qu'il fit en grand triomphe & excel- ;. so. 
lence, reuétu d'yn habillement Imperial, furnomimé Augaffe ; I] te- fique Enrrée 
noit la Pomme d’or ronde en fa main dextre , & de l'autre main ra 
fon Scepere, habillé & couuerc d'vn grand manteau de fine écar- babir Impe- 
late , fourrée & mouchetée d’hermines , à grand çollet renuerfé ”#/7:p#" 
auf fourré d'hermines ; la belle Couronne fur la gefte , bien & ri- us one Ler- 
chement monté & houflé comme il luy conuient & appartient. tre originale 
Vn poifis eftanç porté fur Juy par les plus grands de la Seigneurie 9,4. 
de Naples, accompagné à l'entour de fa Perfonne de fes laquais fuer. 
rous richement habillez de drap d'or. Le Préuoft de fon Hoftel 
alloit deuant luy , aufll accompagné de fes Archers , rous à 
pied : Monfieur le Sençfchal de Beaucaire y reprefentoic le Con- 
neftable de Naples; & deuant luy eftoit Monfieur de Montpenfier 
comme Wiceroy er Lietenant general. Monfieur le Prince de Sa- 
lerne , aucc d'ausres grands Seigneurs de France, Cheualiers de l'Or- 
dre, & parens du Roÿ ; camme Monfieur de Breffe, Monfieur de 
Foix, Monfeur de Euxembaurg, Louys Monfieur de Vendofme , & 
autres Scigneurs fans nombre Tefauch deflus nommez eftoient ha- 
billez en manteaux comme le Roy. Monfieyr de ‘Pienses auec lé 
Maiftre de la Monnoye à IN aples eûrent la charge d'aller par toutes 
les ruës de ladite Ville, pour faire ferrer nos gens rant de guerre 
que autres, afin de laiffer approcher plus librement & facilement 
ceux de AM aples , fpécialement és cinq lieux & places où fe vont 
iouër & recréer les Seigneurs & Dames de Naples à coutes heures 
que bon leur femble ; en cefdits lieux eftoienc Jefdits Nobles & 
Seigneurs auec leurs femunes & leurs enfans : Là plufieurs de ces, 
Seigneurs ,. nd nombte prefenterent* au Roy leurs enfans , < Péfen: 
Seigneurs ,en gra mbte prelençeren Roy leu a 
âgez de huit, dix, douze, quinze & feize ans ; requerans de luy qw'il Le Roy fair 
Jeur voulr donner Cheualerie, es qu'il les ft Cheualiers & fon Entrée de Cheualiers 
fe propre msin : Ce qu'il fr volontiers, qui fût vne belle & notable 4; Noble 
chofe voir, &cres-noble , & cela leut prouenoit du bon vouloir & de Naples. 
grand amour qu'ils auoienr pour le Roy. LeditSieur de Piennes & 
le Maiftre de la Honnoye , comme dit eft ,alloieng efdirs lieux cy- 
deuans nommez pour faire faire lieu & place aufdies Seigneurs de 
Naples, Au regatd de la compagnie que le Roÿ auoirauecluy c'e 
ftoir la plus gorgiafe * chofe, & la plus triomphante qu'on vid ia” “ef ä dir 
mais ser il auoitaucc luÿ grands Seigneurs, Chambellans, Maiftres- Le 7 
d'Hoftel , Penfionnaires, & Gentils-hommes, fes quatre cent Ar- 
chers de fa Garde, & deux enr Arbaleftiers tous à pied, armez de 
Jeurs habillemens accoûrumez. fear Daunoÿ eftoit armé de toutes 
pieces sauec cs, il auoitvnfayon “de cramoify decouppé bien menu, * Hocquéren 
dur fondir harsois, monté fur vn grand courfier de Peulle bien bat 2*7* 
de deriches batdes; & difoienitceux de NN aples que iamais n’auoient 

| Ti 


1495. 


143 : HISTOIRE DE CHARLES VIII. | 
veû fi bel homme d'armes. Aprés que le Roy eûrefté en ces cinq 
lieux cy-deuant nommez , où il y auoit plufieurs enfans des Sei- 
gneurs de Naples , & d'autres Seigneurs circonuoifins qui eftoient 
venus à ladite Entrée du Roy poureftre faits Chewaliers de fa main: 
Il fût mené en la grande & maiftreffe Eglife de Naples, où fur le 
maiftre Autel eftoit expofé le chef de Sainét Genny auec fon fang 
de miracle , qui auoit efté autresfois monftré au Roy, comme cy- 
deuant a efté declaré affez au long : Dans icelle Eglife, deuant le- 
dit Autel, le Roy fit le ferment à ceux de Naples , c'eft à fçauoir, 
de les gouuerner €9° entretenir en leurs droics ; & fur toutes chofes ils 
luy prierent & requirent franchife & liberté; ce qu'il leur oétroya 
& donna, dont lefdits Seigneurs fe contenterent à merueilles , & 
firent de grandes folemnitez & réjoüyflances tant pour fa venuë, 
que pour le bien qu'il leur failoit ; dans ladite Eplife il fût affez 
bon efpace , car les Seigneurs de l'Eglife y eftoienc aufh, tous re- 
uétus de leurs riches ornemens; lefquels firent femblablement leurs 
oi & demandes au Roy, couchant leurs cas particuliers ; 
aufquels ledit Seigneur, comme debonnaire & humain, leur fit & 
donna réponfe à tous, en façon telle qu’ils s’en tinrent pour con- 
tens : Puis tout cela eftant fait & ordonné en la façon & manie- 
re que dit eft , le Roy en partit, & s’en'alla fouper & coucher à 
fon logis. | 

Les Mercredy, Ieudy, Vendredy,Samedy , & Dimanche treize, 
quatorze , quinze , feize, & dix-feptiéème May, le Roy eftant 
à Naples , receût plufieurs Ambaffades des Villes , tant de Cala- 
bre, de la Poüille que de Bruffe , touchant le faiét de leur gou- 
uernement , & afin de fçauoir qui deuoit demeurer dans Icdit pays : 
pour eftre leur Gouuerneur & Viceroy ainfi qu'il eftoit de raifon ; 
& difna ce Dimanche au Chaftel-noue, dit le Chafieau-neuf. 

Le Lundy dix-huitiéme iour de May, le Roy dans N æples, oüytla 
la Meffe à Noftre-Dame de Confolation , & difna en fon logis; 
& puis alla fouper au Chafleau-neuf dit Chafleau-noue ; où il y eût 
vn grand banquet quele Roy fit aux Nobles & Princes du Le Cy- 
deuant nommez ; & foupa en la grande falle dudit Chafteau, où 
l'on monte par plufieurs degrez de pierre, & füt feruy par lesrand 
Senefchal de Naples tout à cheual, habillé tout de blanc ;en tous 
fes mets y ayant force trompettes & clerons fonnans ; aufli fou- 
perent lefdits Princes & Seigneurs en ladite fale où foupoit le 
Roy ; & cftoient à ce fouper aflis en deux tables les Seigneurs 
tant de France que d'Italie. Aprés le fouper le Roy prit le fermenc 
defdits pays, puis s’en alla coucher en fon logis. | 

Le Mardy dix - neufñiëme iour de May le Roy oùüyr Meffe aux 
Cordeliers de NN aples , & difna en l'Hoftel du Prince de Salerne, 
qui eft vn beau & noble lieu; car il eft fait à pointes de pierres en 
façon de diamans, où il y eût grand triomphe & magnificence, 


ROY DE FRANCE 149 


Comment le Roy fe difpofa 4 s'en retourner 1425 
de Naples en France. | 


Le Mercredy vingtiéme May ,en grand triomphe &folemnité le 
Roy oüytla Meffe à Annonciade, puis il alla difner ; aprés quoy 
tous les Princes & Seigneurs tant de France, de Naples, que autres 
pays, vinrent au logis dudit Seigneur pour prendre congé deluy; 
& à ce fuiet ils fe ioignirent cous enfemble dans vne grande falle. 26 . 
Aprés le confeil tenu, & que leur congé fütainfi pris ,le Roy prit mines pag. 
auffi debonnairement & humainement congé d'eux , & de tous 325 
ceux du pays qui là eftoient, en leur prefentant Monfcigneur de 
Montpenfier pour leur Wiceroy , Maiftre, Seigneur , & Gouuerneur , Ljbert de 
en fon abfence : Et dés cette heure lefdits Seigneurs, & autres du Montpen- 
Royaume de NN aples le receürent & accepterent pour Wiceroy, Re- fer so 
gent & Gouuerneur dudit Royaume. Ce fait, conclu, & parache- sil dei 
ué , aprés tous congez ainfi pris,comme dit cft, à belle & noble 
compagnie triomphamment aiuftée , tant de Seigneurs, Gentils- 
hommes, Genfdarmes, Suifles, Allemans, que autres gens , ce mef- 
me iour de Mercredy vingriéme du mois de May, il fût au gifte à 
né 5 0 | 
Le lendemain leudy vingt-vnième May , aprés la Melle, il par- 
tit d'Auerfe, & vint au gifte à Capoie*, | 
Le Vendredy vingt-deuxième le Roy aprés la Mefle, vint dif- 
ner & coucher en la maifon Epifcopale de l'Euefque de Seffe. 
= Le Samedy vingt-troifiéme comme il venoit à Gayerte, le bac 
qui eft fur la riuiere, fe rompit en partie; de forte qu’il ne pût paf- 
fer ce iour-là, & retourna audit lieu de Seffe. | 
Mais le Dimanche fuiuant vingc- quatriéme, il vint au gifte à 
Saint-Germain. | | | | 
Le Lundy vingt-cinquiéme May il pañfa à Pont-(orue. 
Le Mardy vingt-fixiéme coucha à Cyprienne petite ville. | 
Le Mercredy vingt-feptième à Forcelonne * , Ville interdite en «1, plen 
ce temps-là , pource que fes Citoyens auoient tué & couppé les rire, 
. bras de leur Euefque , qui eftoit Efpagnol ; la caufe de pu À fût, 
pource qu'il vouloit tenir le party du Roy = 4lphonfe Neapolitain 
contre le Roy Charles; lequel n'eût point oüy Meffe ce iour-là , fi 
ce n'eût cfte le plein pouuoir , & la puiffance qu'il auoit de faire 
chanter & celebrer en cous lieux où se luy fembloit. 
Le Ieudy vingt-huitièéme il vint à Lyague. 
Le Vendredÿ vingt-neuféme il vint au gifte à Wallemonton, où 
s’eftoient retirez plufieurs mal-veuïllans de France, à caufe du dé- 
plaifir qu'ils auoienc de la deftruétion & du brûlement de <#fontfor- 
tin*, les Payfans des enuirons s'eftoient refugiez & cachez dans,» œ.158. 
les bois , pour lapprehenfion du paffage des Troupes du Roy; 
T ii 


Pas. 131. 


K 


150 HISTOIRE DE CHAREES VIII 
1495. lequel le Samedy trentiéme vint au gifte à SHarigné , où le Roy 
fciourna tout le Dimanche trente-vn & dernier iour de May, y 

eftant logé chez vn expert Couleurinier. | 
| Le Lundy premier de Juin le Roy entra dedans Rome à fon re- 
lin. sour de Naples , où il füc logé au Palais du Cardinal du Titre de 
Saint Clemene; & efloic fort bien accompagné de tous fes Genf- 
_ darmes , auec fes Penfionnaires & Gentilshommes, fes Gardes, les 
Roy Rome. Arbaleftriers , Suiffes, & Allemans en tres-grand nombre ; incon- 
de Conines tinent qu'il fût à Rome ,ainfi que bon & loyal Catholique, il alla 
P55 à l'Eglif Sainée Pierre faire fes offrandes, & rendre graces à Dicu 
de la viétoire qu'il auoit eué à Pencontre de fes ennemis, & de ce 
srneré qu'il fair venu ax deflus de fon entreprife,en ce voyage de Na 
ployé faire Ples à aprés {es offrandes faites il rerourna en fondit logis. Et ledit 
obfèrmerwn Seioneur Roy meû de bon vouloir, pour éuirer les querelles, dif- 
tn 3h & émeutes entre les Allemans & ceux de Rome , tant de 


M onfieur de 


; Rome, lors 


du pafage l'Eglife,comme Seigneurs, Bourgeois, Marchands, & luifs; il fût 
se) Les aduifé que lefdits Allemans feroient logez au Palais du Tertre ou 
Ftieeprai, és enuirons ; & fût charge Monficur de Piennes de ce faire & or- 
n3. & 4. donner auec leurs Capicaines & Marefchaux des logis ; & leur füc 
Pr là porté des viures de toutes fortes en grande quantité ; fuiuant 

laquelle Ordonnance ils fe comporterent & gouuernerent fort fa. 
* Comines Gement &c modeftement : Le Papc* s'en cftoic lors allé hors de Rore, 
P#5. à vn lieu dit Vfenr; & ce füt la caufe qui meût le Roy d'ordonner 
ainfi les chofes , tellement qu'il n'y eut aucunes infolences à l'en- 
contre de luy , de ceux de Rome, ny de l'Eglife. 

Le Mercredy troifiéme luin le Roy partit de Rome, vint difner 
à Yfola , & coucher à (ampanole; d'où il vint à Sowlte. 

Le Vendredy cinquiéme difna à Roffillon , & coucha à Wirerbe 
aucc toute fon Armée ; où il fût encor honorablement receû , ainfi 
qu'à fon premier pages il y feiourna durant deux iours pour 
la reuerence de la grande fefte de la Pentecoftec ; ily vifita derechef 
le corps de Sainéte Rofe. Ledit iour de Vendredy cinquiéme iour 
de Juin furenc tuez quelques Pages , & autres de nos gens , dans 
les bois; & depuis furent trouuez ceux qui les auoient tuez , lef- 
Se furent pendus & écranglez. Et les Scigneurs de Wirerbe, tant 

e l’Eglife qu'autres, en pareille magnificence, honneur, & reuc- 
rence qu’ils auoient fait à l'aller , vinrent au deuant du Roy fort 
honorablement. 

Le Samedy fixiéme le Roy oùyt la Meffe en l'Eglife Cathedra- 
le de Wirerbe, & aprés alla voir le corps de Sainéte Rofe qui repofe 
audit licuen chair &en os, & n’eft quetranfy ; aprés le difner le Roy 
s’en alla à Vefpres en ladite Eglife, où Ar os de Saint Malo 
fit le Seruice. | | 

Le Dimanche feptiéme iour de luin , fefte de la Penrecofte , le 
Roy oüyt la Meffe à la grand’ Eglife Cathedrale, où fit le Seruice 


* Pag.121. 


 ROY DE FRANCE. 1$1 


le mefme Sieur de Sainét Malo : Ledit iour l’arriere-garde du Roy 
paffa en grand nombre auec l'artillerie , dont ceux A V'iterbe fu- 
rent fort émerueillez , en voyant tant de gens à vne arriere-garde; 
aprés difner le Roy alla au Sermon lequel fi prononcé par Mon- 
ficur Pinelle fage & prudent Docteur en Theologie à Paris ; aprés 
le Sermon le ROy oùyt les Vefpres chez les Cordeliers de Witerbe, 
placez hors de la Ville , qui eft vn lieu tres-beau & deuoticux : 
Cedit iour vinrent nouuelles au Roy, que les Genfdarmes de fon 
_ auant-garde auoient prié & requis les habitans d’vne petite Ville 
nommée Touflanelle, de Îcur faire ouuerture & leur adminiftrer vi- 
ures pour°de l’argent.ice qu'ils refuferent par pee fois ; par- 
pt lefdits Genfdarmes voyans leurs mauuaifes volontez, les af- 
aillirent cellement, qu'à force d'échelles & autres chofes ils entre- 
rent dedans par vn vif & vertueux affaut, où furent tuez plufieurs 
defdits habitans en grand nombre; aufli blefferent-ils & tuerent 
plufieurs des noftres ; ce qui fit que toute cette Ville füc pillée, 
auec ce qu’ils punirent bien ceux qui eftoient participans & con- 
_fentans de route cette befogne ; dequoy le Roy fût grandement 
courroucé & mal-content, à caufe que ladite Ville a partenoit au 
Pape ; aufh cedit iour vinrent au Roy les nouuelles de la prife de 
Monficur de Lefharre. | | 

= Le Lundy huitiéme iour de Juin mille quatre cent quatre-vingt 
& quinze, le Roy partit de Wirerbe aprés qu’il eût oùüy Mefle à 
Sainéte Rofe, & alla coucher à Hfont- flacon où croiflent les bons 
vins mufcadets; puis à -Aignependant. Alors le Roy leua & cira le 
Capitaine des toilles, nommé Gawaiche , & fes Archers des toilles 
qui cftoient demeurez en garnifon dans le Chafteau de Witerbe, 
qu'il rendit aux gens du Pape. | | | 
Le Icudy onziéme aprés la Meffe il fût iufques à Le Paille tout 
doucement, en attendant fon Armée. Le Vendredy douziéme dif- 


1495: 


Pag.ut. 


na à Ricolle ,& coucha à Sainét-Cler. Le Samedy treiziéme vint dif. 
ner au Pont-Saual , & coucher à Siene. Le fufdit Ieudy onziéme 


füc cé vn Officier du Roy , lequel fût enterré dans vn Conuent 
des Cordeliers, qui eft en vne petite ville nommée Ridicoffonne. 
En paffant au lieu de le ‘Paille , beaucoup de gens furent fort 
mal-traitez de logemens; mais il s’y trouua en recompenfe force 
viures par le foin de ceux de Siene, dont la Seigneurie vint au de- 
uant du Roy en grand triomphe & magnificence , tenant tel or- 
dre & maniere qu’ils auoient fait à l'aller ; & finalement aprés tou: 
tes bonnes cheres , grand accueil & vraye obevffance , tous d'vn 
accord ils le priérent & fupplierent humblement , qu'il luy pleût 
de fa grace les tenir & maintenir en fa bonne, feure & certaine 
fauue-garde ; car comme ils difoienc, ils fe donnoient à luy en le 
receuant & le prenant pour leur Roy , feul Seigneur & vray Pro- 
tecteur ; ce qui leur fût accordé : Et encores pour les souuerner 


Seconde En- 
tree du Roy % 
Siene , v. P. 
120, & Co- 
mines p.326. 


152 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
: & les maintenir en paix & vnion il leur baïlla pour Gouuerneur 
+994 Monfieur de Li lequel y laiffa vn fien Li (s ce Mon- 
gny , lequel y laiffa vn fien Lieutenant nommé Mon 
ficur de Ville-neufue. 

Aprés toutes ces chofes faires ,le Lundy quinziéme le Roy dif- 
na à l'Hoftel de la Ville, & alla fouper en l’'Hoftel d'vn Cardinal 
joignant la grand —_ , Où lefdits Scigneurs de Siene enuoyerent 
leurs Trompettes, clairons , & autres inftrumens pour réioüyr le 
Roy. Aprés fouper le Roy alla à vn banquet à l'Hoftel de Ville 
où lefdits Seigneurs l’auoient inuité & les Dames de la Ville ; au- 

uel lieu elles fe trouuerent magnifiquement & galamment habil- 
lées, belles par excellence, & feftoyerent le Roy fplendidement ; ce 
que iamais ne firent à Prince ÿ à Roy qui là arriuât , & le cout pour 
plus grand honneur ; aufh Îles petits enfans tenoïent dans toutes 

es ruës d’icelle Ville des panonceaux & écuffons armoyez de fleurs- 
de-lys, crians à haute-voix Wine le Roy de France; & puis Vine Fran- 
ce par mer €9' par terre; mefme aucuns d’iceux , en deffaut de panon- 
ceaux , tenoient en leurs mains des rameaux & branches d'oliuiers 
& de palmes, qui eftoit chofe fort plaifante à voir; lequel ban- 
quet eftanc fait, ledit Seigneur Êe congé defdites Dames fort hu- 
mainement, comme celuy qui le fçauoit bien faire; & lefdites Da- 
mes reciproquement de luy ,en fe recommandant à fa tres-noble 
garde & protection comme en celle de leur Roy é7 Souuerain Sti- 

eur. | 

Le Mercredy dix-feptiéme de Juin le Roy partit de Siene aprés 
le difner, & vint au vifle à Ponrgipond, où il demeura par reueren- 
ce tout le lendemain matin, qui eftoit le Ieudy dix huitiémeluin 
iout de la fefté du Sainét Sacrement, fe monftranc vray Carholi- 
que & ferme pillier de la foy; car le matin il manda tous fes Sei- 
gneurs, Barons , Cheualiers , & autres pour Paccompagner en la 
Proceflion, & faire honneut au Sainct Sacrement. Et dés lors qu'il 
fût as il s’en alla à la grand’ Eglife où tous les Seigneurs l’at- 
Nota Chan- tendoient, comme aufli les Chantres de fa Chapelle ; & de là auec 
tres de La Îes Seigneurs de ladite Eglife , tous reuétus & garnis d'ornemens 
Font & reliquaires riches & fomptueux ,luy eftant aprés Le Corpus Chrifti 
voyage mili- Marcha en grande deuotion & belle ordonnance accompagné de 
Paire. tous {es Seigneurs ; & portoient le poiflefur le S. Sacrement Mon- 

fcigneur de Vendofme, le Marquis de Ferrare, Monfieur le Vida- 
me, & François de LaSalle ; au deuant on portoit force cierges, tor- 
ches, & luminaires: Aufli deuant le Corpus Chrifli les trompettes, 
claitons , tabourins , meneftriers , & coutes fortes d’inftrumens 
joüoient à qui mieux mieux. Le Roy alla par tous les lieux & places 
accoütuméesen cette Procefhon , en laquelle il y auoit tant de Sci- 
gneurs, Nobles , Barons, Genfdarmes &autres, auec quantité de Sei-- 
gncurs d'Italie que tous ceux du pays qui là s'eftoient affemblez , 
pour voir la magnificence du Roy , eftoient tout émerueillez devoir 

vne 


Pag. 120. 


ROY DE FRANCE. “IT 
vne fi criomphante compagnie, & fit le Seruice Monfieur l’Euef- 149$ 
ue de Cornoüaille. Cedit iour vinrentnouuellesau Roy que Mon- 
re d'Orleans eftoit entré dedans Nogare* malgré le Duc de *Pag.10:. 
Milan & fes alliez. | | | 
Aprés difner le mefme iour le Roy alla au Chafleau-florenrin , 8e 
le lendemain matin Vendredy dix-neufñiéme il vint difner à Cam- 
pane aflez prés de Florence*,où il ne fût point à fon rerour, à caufe * Par. 15. 
d'vne trahifon des Florentins qui va eftre dite. | 
Le Samedy vingtiéme de Iuin le Roy difna à Caffine* ; & aprés” 2! Cafive 
difner les nouuelles vinrent au Roy que les Florentins auoient pris 
Pont-vvelle d'emblée, feignans eftre des François de l’Arriere-garde 
du Roy; ils y auoient tué hommes & femmes, & pillé la Ville; in- 
continent le Roy yenuoya Monfieur de Creffol & tous fes Archers ; 
maisil n’y trouua ame qui viue,pource qu'il s'en eftoient dés-jaallez. 
Aprés ces nouuelles oùyes il s’en alla coucher dedans Pife ,enla-,,,4 Roy à 
quelle il fût receû auec tous les fiens tres-humainement & fingulie- Pife, v. pag. 
rement ; car au deuant de luy , au plus riche eftar qu'ils peûrenc,al- 77 ht | 
‘lerent les Seigneurs de la Ville auec toute leur fuite ,pour luy fai- 328, 350; 
re honneur & reuerence, en luy difant Qu'il für le tres-bien rerour- 
né de fon voyage en [à tres-bumble , obeyffante , er fuiette Ville : Aprés 
vinrent les enfans defdits Seigneurs de Pife tous vécus de fatin 
blanc femez de fleurs-de-lys d'or, lefquels il faifoit fort beau voir, 
Qui crioient enfemble à Haute voix Viue le Roy , vise France. Les ruës 
cftoient tenduës & parées auflibien,ou mieux qu’auparauant, en fai- 
fant grands feux deioye; & aux feneftres, portes, & autres lieux des 
maifons il y auoit bannérettes ou écuffons femez de fleurs-de-lys, 
A l'entrée de ladire Ville on [uy mit vn riche poifle de drap d'or 
fur le chef, que les plus Grands de la Ville portoienc ; & tour le 
peuple, tant femmes, hommes, que petits enfans crioient à haute 
voix par tous les quartiets, Wine le Roy, vine le Roy, en demandant 
liberta ou liberté. Au bout du pont de pierre, qui eft en ladite Vil- 
le, y auoit vn grand échaffaut orné & garny de riches tapifferics, 
de courtines de foye , & autres richeffes, où paroifloit vn Roy ar- 
mé de toures pieces, portant vn armet ou tymbre couronné, com- 
me celuy de France ; furfon harnois il auoit vne cotte blanche fe- 
mée de fleurs-de-lys , & tenoit fon épet route nuë en fon poing 
haut éleuée ,en regardant contre Naples ; fous les pieds de fon che- 
ual il ÿ auoit vn lyon pour les Florentins, & vn grand ferpent pour 
le Duc de Milan. Il y auoit des écriteaux à la loüange du Roy de 
France , qui für loger en fon logis deuant & prés de la Citadelle: Et 
le foir les Habitans recommencerent à faire des feux de ioyeen plus 
de cent endroits, eniettant des fufées ardentes , & des lancesenflam- 
mées de feux-grescois ; outre cela , des Tables publiques furent 
dreffées dans les ruës, pour faire feftins & banquets, qu’on offroit 
par vous les carrefours à tous ceux qui vouloient boire, & mangef, 


1$4 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 

Le Dimanche vinet-vniéme iour de Iuin les habitans de Pife 
vinrencau matin deuers le Roy , &le prierent & requirent, qu'il luy 
pleûc de fa grace les prendre à feruiteurs , & qu’ils luy fuffent 
fuiets , pour faire & accomplir dés là en auant tout fon bon plai- 
ir, & pour feureté , qu'il leur baillât garnifon en leur Ville, & fort 
volontiers la receuroient ; à laquelle requefte il ne fit réponfe cer- 
taine ; mais alla à la Meffe en la grand’ Epglife , puis il difna & 
foupa en fon logis. | 

Le Lundy au matin vingt-deuxiéme luin à fon Îeuer, la pluf- 

art des Dames & Bourgeoïifes de ladite ville de Pife, mefmement 
Le plus fpeciales & principales du lieu vinrent deuers luy ; & pour 
luy rendre plus grande reuerence & honneur ; & plus facilement l'é- 
mouuoir à pitié & compafhon; la plufpart d'icelles Dames Bour- 
gcoifes , & autres femmes , eftoient nuds pieds & en deüil, & fe 
mirent à genoux , les mains jointes, en le priant & fuppliant tres- 
humblement , que fon bon plaifir füt de prendre ladite ville de 
Pife, SR RTE 1 hommes, femmes, enfans , & rous leurs biens 
entierement, en fa main, protcétion &fauue-garde ; & de cette heu- 
rele receuoient & prenoient pour leur Roy & Souuerain Seigneur; & 
en figne pr luy Le lors foy & hommage ; parquoy 
le Roy voyant leur bonne affection il leur répondit, ne ferois fe 
bien que chacun feroit content ; & qu'il aymoit la Ville & les habitans 
beaucoup plus qu'il n’en monftroit le femblant : Le lendemain, 
en prenant congé d'eux , il leur laiffa garnifon de gens de bien qui 
cinrent pour luy ,lefquels furent bien traitez & gouuernez defdits 
habitans, tant qu’ils furent là dedans. 

Le Mardy vingt-troifiéme luin il prit congé de ceux de Pig, 
& s'en alla difner à Pommart, & puis coucher à Lucques, dont les 
habitans vinrent au deuant de luy auec trompettes & clairons, 
les Seigneurs d’Eglife & de la Ville eftans reuêtus le plus riche- 

ment qu’il leur fût pofhble , le tout en tel honneur & reucrence 
“Pau. Qu'ils auoient fait à l'aller *, firent-ils au reuenir, & encor mieux; 
car en tout triomphe & finguliere ioye il entra dedans , & fut me- 

né à fon logis d’auparauant chez l’Euefque de Lucques , où deux 

des plus grands Seigneurs de la ville vinrent deuers luy à l'ifluë 

de fon fouper, le prier qu’il leur fit cét honneur de venir mettre 

le feu à.leur brandon ; car c’eftoit le foir de la veille de la fefte 

de Sainét Iean Baprifte , au lieu accoûtumé en Îa grande Place de 

la Ville, où il y auoit vn grand peuple, tant des noftres que de 

ceux de la Ville ; le Roy eftoir bien accompagné tant des Seigneurs 
deFrance que d'Iralie , & mit le feu auec vne corche dedans le- 

Le Roy alu- dit brandon, lequel fût aufli-coft plus orand & plus haut flambanc 
ne. Î ne. que celuy de greue dedans Paris. Ce fait , lé Roy auec fa fuite fit 
Lucques, neuf cours autour dudit feu; me la Seigneurie de Lucques , tant 
homumes que femmes fit merucilleufe fefte & ioye folemnelle. Ce 


149$. 


ROY DE FRANCE, 1$$ 
fait, le Roy prit congé d'eux, & s’en alla à fon logis deuant dit; 
& au coucher du Roy vinrent des plus grands Seigneurs dudit 
Lucques , le prier &requerir que fon bon plaifir fût d’auoir la Vil- 
le, enfemble cous les Corps & les biens d’icelle , en fa protection & 
fauue-garde. | | 

Le Mercredy vingt-quatriéme luin vinrent à Lucques les princi- 
aux de la Seigneurie de Pife deuers luy , en le requerant qu'il 
ee donnaft certaine réponfe fur leur requefte : Et le Ieudy que 
le Roy cftoit à Petre-fainéte, fe trouuerent encor les Seigneurs de- 
putez de Lucques, & ceux de Pife derechef , pour luy demander cer- 
raine réponfe à leur requefte. Doncle Ieudy ae Juin 
le Roy füt à Haffe- crorte, & puis à Petre-faincte , le Vendredy il 
difna à Lanance, puis il s’en alla à Sarfanne , où le Samedy il feiour- 
na ; & le Dimanche il difna à l& Boule ; aprés le difner il campa 
ioignant Wille- franche, au delà de l’eauë ; & le Lundy matin il fe 
difner au deffus de Pontrefme. . 
Cedit Lundy vingt-neufiéme luin il campa fur le foir droit au 
pied des Alpes de Boulongne , où il fe tint fans s'éloigner durant qua- 


149$+ 


tre ou cinq iours auec toute fa fuite; & cependant il fit pañfer fon 


artillerie au trauers des Alpes, parmy des roches fort hautes, com- 
me aufli les poudres & pierreries; ce qui ne fût pas fans beaucoup 
de peines & fatigues. | | 

Le fufdit Vendredy vingt-fixiéme luin , le Roy eftant encor à 


Petre-faincte , ilen tira la garnifon qu'il y auoit auparauant laiffée ; & 


le Samedy vingt-fepriémeeftant à Sarfägne, il eût nouueclles de l’af- 
femblée du Duc de Milan & des Veniciens, il ne voulut point cou- 
cher à Wille-franche; mais au delà de lariuiereil fitparquer fon camp, 
& là fous fes tentes & pauillons il foupa auec tous fes gens d'ar- 
mes ; & eftoit le camp du Roy du cofté des ennemis deuers Pon- 
trefme , parquoy toute la nuit les trompettes & clairons ne cefle- 
rent de fonneér ,en attendant l'artillerie & les Allemans de l’Auant- 
garde, auec les gens d'armes. 

Le fufdit Lundy vingt-neufiéme iour de Iuin le Roy partit de 
fon camp près Wille-franche ; 8 aprés la Meffe alla difner à vn Mo- 
naftere au deflus de Pontrefme ; auquel lieu il difna , à caufe que 
les Allemans auoient brûlé Pontrefme, pour le tort que ceux dudit 
lieu leur auoient fait quand ils ruerent leurs gens à l'aller ; & 
aptés difner le Roy alla coucher droit au pied des - 4/pe,où il fit 
parquer fon camp iufques à tant que toute fon artilleriefüt pañlée, 
ou plufieurs res diligences fe firenc-cant par le Maiftre de l’ar- 
tillerie Jean le Grange que autres Officiers de Partillerie; & de- 
meura le Roy en fondit camp iufques au Vendredy troifiéme de 
luiller. Et fût la plus grande entreprife que iamais Prince fit ,ne ia- 
mais fera ; car char ny charette n’y auoit iufques alors palfé, mais fi 
bon confeil & fi bonne diligence y fût faire que cout y paffa, tant 

Vi) 


Pag. 116. 


Iuillet. 


156 HISTOIRE DE CHARLES VIII 


l'artillerie, poudres, boulets de fer & de plomb , quetoutes autres 
chofes feruans à ladite artillerie, voire fans mort ny inconuenient 
de perfonne ; & für de par le Roy commis à faire pañler ladite artille- 
rie, & autres chofes, Monfieur de la Trimoille premier Chambel- 
lan du Roy, & Cheualier de l'Ordre , lequel s’y porta fi vaillam- 
ment qu’il y acquit vn grand honneur; car luÿ-mefme mettoit la 
main à porter les groffes boulles de fonte , de plomb, & de fer, 
qui eftoit vn cres-étrange faix à porter, pource qu'il les conuenoit 
tenir encre les mains & dans des chapeaux ; ce qui n'eftoit pas 
fans grand ennuy & peine merueilleufe ; & auec ce fit canc à l’ai- 
Maiftre de de dudit Maiftre de farcllerie can dela Grange, & des Allemans, 
Far que l'artillerie fût tirée & menée par lefdices Alpes & montagnes 
par le col des hommes en maniere de cheuaux, en montanticelles, 

en quoy on foûtint vne execrable peine , merucilleux crauail , & 

enetrant ennuy , attendu la façon d'y proceder, le lieu étrange, & 

A chaleur grande & cerrible que lors Î faifoit; & eft à entendre, 

Grand fin, AUC fi ce n’eût efté la grande (ollicicude dudit Seigneur de Le Trimoille, 
rrauail, é qui faifoit boire & manger fouuent les gens crauaillans en cet af- 
me aire, & par les grandes proücfles & vaillances fur ce faites, à grand 
Tremoillk peine l’euflent voulu faire lefdits Allemans : Et aprés qu’icelle ar- 
au pafage  tcilleric cftoit ainfi peniblement montée vne des <4{pes ou monta- 
des AIPeS. Ones dudit lieu, quand elle eftoit au deflus , le plus fort cftoit aprés 
de defcendre en bas, pour derechef la remonter à l’autre monta- 

gne enfuiuant; & de bic , il falloit atteler les cheuaux auec grand 
nombre d'homines par derriere, afin de retenir ladite artillerie en de- 
ualant contre bas; laquelle chofe fut la plus penible, ou du moins 
plus dangereufe beaucoup qu'à la monter : En effet , plufieurs 
compagnons d'icelle arrillerie , comme Canonniers , Chargeurs, 
Cartiers, Aydes, Boutefeux , Arbaleftriers, gens à pied fuiuans Ja- 
dite artillerie, Pionniers, Maçons, Marefchaux, Serruriers,& autres 
gens de routes pratiques deftinez & propres au faiét deladite artil- 
eric, auec les Suiffes & Allemans ; & les Capitaines eürent & foû- 
tinrent des peines innombrables en cét affaire ; pource qu’il con- 
uenoit le 3 fouuent rompre & tailler le bout d'vne roche pour 
contourner les pieces rap ntm élargir, & bien fou- 
uent remplir les concauitez du chemin ou des roches, felon le be- 
foin qu'ileneftoit, en montant &en defcendant; & eft à entendre 
qu'il y auoit à chacune heure des cris & des heurlemens merueil- 
leux pour paruenir à la fin de leur entreprife, qui füc l'vne des plus 
grandes du monde ; car à bien regarder les Croniques & Hiftoires 
du temps paffé , on ne trouue point fi grande ny â penible entre- 
rife auoir iamais efté faite. Toutesfois moyennant l'aide de Dieu, 

c bon confeil dudit Seigneur de la Trimoille, & vertueufe diligen- 
ce des deffus nommez, le tout paffa au profit & honneur du Roy. 
Et quand Iedit Seigneur de la T rimoille vint deuers le Roy luy ren. 


149$- 


ROY DÉ FRANCE 157 

dre conte & faire fçauoir comment on y auoit trauaillé , il fem- ; 40 +. 
bloit à le voir qu'il eftoit deuenu Maure , pour la grande chaleur 
qu'il auoit foufferte en faifanc cela. Il eft encor à fçauoir , que pour 
mieux encourager & donner hardieffe aux deflus-ditscompagnons, 
cout le long du iour autour & auprés d'eux ioüoient tabourins de 
Suiffes, & autres inftrumens pendant qu’ils ciroient & halloient à 
la vercolle, ainfi que dit eft. En cedit temps Monfieur le Maref- 
chal de Gyé accompagné de fix cent Lances & quinze cent Suifles, Comines, 
auec leurs Capitaines , tant des Compagnies que defdits Suifles, ? 
pafla le premier lefdites L4/pe à l'Auant-garde, au deuant de nos 
ennemis , ce qui fûüc bien fait à l'honneur du Roy. Pendant ice- 
luy temps _ le Roy cftoit en fon camp prés ‘Pontrefme,luy vin: 
rent nouuelles tant de Monfieur d'Awbigny que de Gayerte , & de 
ceux de Naples , qui le iout du Sainét Sacrement auoient voulu 
tuer nos gens , enfemble plufieurs autres nouuelles ; parcillement 
eft bien à prefumer, que le Roy ne viuoit pas fi aifément en fon- 
dit camp qu'il eûc fait autre part ; mais à l’aide de fes bons Ofi- . 
ciers il füc fupporté & ioyeufement entretenu. | 
Le Vendredy troifiéme iour de luillet le Roy oüyt la Meffe en 
fon camp, & d'iceluy partit en fort belle compagnie, pour com- 
mencer 2 paller les © 4lpes & montagnes; ce iour il difna à Verfay, 
& alla coucher à Caffe*. Cette iournée fc paffa fans alarme ny cf 
trouble , combien que de mal logez & mal repeüs il y en cüc lors | 
affez , à caufe des dérroits & grandes difhculrez des lieux. 

Le Samedy quatriéme de luillet le Roy oüyt li Melle 4 Cafe, - | 
& alla difner & coucher à Terence* ; & couchale Royaucctoutfon, 17... 
Of , cetre iournée , en fon camp fous la feurcté du bon guet, & 
des Gardes. | a 

Le Dimanche cinquiéme iour de luillet le Roy oùüyt Melle au- : 
dit Terence , puis alla difner à Fowrnoüe, l'Auant-garde marchant 
deuant l'artillerie. Aprés le Roy en la Bataille, & l'Arriere-garde 
derriere, qui eftoit conduite par Monfieur de la T rimoille , en laquel- 
le charge il acquit grand honneur. Audit lieu de Fowrnoïe pluficurs 
Genfdarmes, Seigneurs, & Gentilshhommes fe rafraîchirent , & f- 
rent manger, penfer, & traiter leurs cheuaux ,mefmement ceux de 
l'artillerie, Aprés le difner l’Auant-garde continua de marcher en 
forc bel ordre, ayant fon guet deuant elle auec fes aifles, & les Al- 
lemans au coutiere * de la greue; en fuite venoit l'artillerie en bon “#Ielong 
ordre. Aprés venoit le Roy aucc le Corps de bataille, qu'il con- H'ue 
duifoic en autant bel ordre que homme du monde fçauroit faire ; 
il cftoit bien monté & armé, & deliberé autant ou plus qu'aucun 
de coute là compagnie : Puis marcha lArriere-garde pareillement 
en cres-bel ordre ,ayant fon guer & fes Gardes derriere elle, enfem- 
ble fes aifles vn peu à cofté;le Roy auec fa bande s'auança ainfl 
ehuiron deux mille du pays: Alors s’éleua quelque alarme ou écar- 

| | V ii 


Idempasg. 
-333: ©" 334. 


158 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
mouche entre des auant-coureurs, mais ce ne fût rien, & en mar- 
chant fût obferué où le Roy poferoit fon camp pour le mieux; 
lors il fut confideré & aduifé de le mettre en vne belle place toute 
pleine de fauffayes, prairies, & fontaines: Pour ce foir il fe trou- 
ua affez de foin , de pes & d'auoine ; ledit camp fût ordon- 
né comme il appartient en cedit lieu, ioignant vne montagne fur 
laquelle y auoit vn Chafteau fourny de quantité de biens ; au moyen 
dequoy les Allemans le pillerent , puis mirent le feu dedans , de- 
quoy le Roy fût fort courroucé, pource rs appartenoit au Com- 
te Galcafle. Au bout dudit camp, du cofté de nosennemis, eftoit 
noftre artillerie , placée en vn beau parc ; les Allemans auprés de 
ceux de l’Auant-garde , & prés le logis du Roy & du Corps de 
bataille. Du cofté de Fornoxe eftoit l'Arriere-garde, & fût fait bon 
guet toute la nuit par les Ecoutes & les Sentinelles ordinaires: Tou- 
tesfois enuiron les deux heures aprés minuit il fe leua quelque alar- 
me, mais ce ne fut rien, & ce bruit fe paffa auffi-toit. 


_ 149$. 


S'enfuit Lis de Fornoñe, es la Vidoire du Roy 


contre fes ennemis. 


Le Lundy fixiéme iour du mois de luillet l'an mille quatre 
| cent quatre-vingt & quinze, le Roy eftant en fon camp auprés de 
F. de Co Fornoie,enuiron les fix heures du matin, il oüyr Meffe bien & de- 
mines p.338. UOtement en vn grand pauillon , où toute la nuit on auoit fait bon 
Sp#£.16. guet. Aprés la Meffe il difna, & enuiron les huit heures il monta à 
precedente. ; | RE s 
cheual bien armé & fort richement accoûcré, ainfi qu'il luy appar- 
tenoit. Alors eftant arriué vers l'artillerie ,incontinent on commen- 
ça à marcher, & s'auancerent toutes les Ecoutes auec le Guer affez 
loin deuant l'armée ; puis aprés l'Auant-garde marcha en tres-belle 
ordonnance & conduite, ayant fes aiflesaux deux coftez ;enfemble 
fes Trompettes & Cheuaucheurs, auec les Chefs de l'Auant-garde, 
dont eftoient Chefs Monfieur le Marefchal de Gyé, & Meflire Zean 
acques , & ainfi marcha ladite Auant-garde , & ioignant eux les 
Suiffes en bel ordre, qui eftoient conduits par ceux qui s'enfuiuent; 
c’eft à fcauoir Monfieur de Neuers Engilbert de Clenes , Monfieur 
le Bailly de Dijon, & le grand Efcuyer de la Reyne nommé Lor- 
nay. Aprés marcha l'artillerie en bel ordre, bien pourueuë de tout 
ce qu'il luy falloit, dont eftoit Chef vn des Maiftres-d'Hoftel de 
chez le Roy ,nomméGwynot de Loufieres ,auec le Bailly d’Aufonne 
. nommé fean de Grange*. Aprés marcha la Bataille où le Roy en 
perfonne eftoit triomphamment accoûtré , ayant autour de luy 
étendars , bannicres & guydons déployez, armoyez des nobles 
fleurs. de-lys ; comme aufli trompettes & clairons en grand nom- 
bre. Semblablement & de fuite auança l'Arriere- garde bien ordon- 


* Pag.130. À : 
née & en bel eftat , dont eftoienc Chefs Monfieur de Guife*, & 


ROY DE FRANCE. . 159 


mondit Sieur de la Trimoille, qui s'y conduifirenc fort vaillamment; 
en laquelle Arriere-garde eftoient les aifles & le guet accoûtumé. +25: 
tem , il fût ordonné auant que de partir dudit camp, que tousles 
bagages, coffres, bahus, viures de gens de cheual, viuandiers, & 

autres gens non armez , tant à pied comme à cheual , iroient ou- 

tre les greues * à main gauche, dont fût baillé la conduite au Ca- * 4 rangs 
pitaine Oder, qui y fit fon poflible ; mais à grande peine vouloient- 

ils tenir aucun ordre, dont il fe courrouca fort ; car l’vn vouloit 
marcher, l’autre non ;l'vn vouloit boire, l’autre manger ; d’autres 
vouloient faire boire & repaiftre leurs cheuaux, & plufieurs autres 
vouloient aller deuant au logis où l’on difoit que le Roy vouloit 

aller loger, ce qui fütcaufe deleur perte, & par cux-mefmes; car en 

ce faifanc ils fe metroient en defordre & confufion les vns fur les 

autres, combien qu'ils fuffent vn grand nombre merucilleufement 

bien pourueüs de toutes chofes. Or eft à fçauoir , que aprés que 

la Bataille fût ordonnée, & l'artillerie mife en fon train ,on com- 

mença à marcher en vel ordre & maniere que le cas le requeroie, 

contre lesennemis; lefquels eftoient dès-ja partis de leur camp, & 
marchoient en femblable ordre pour nous venir combatre ; x sis 
arriuez en place qui leur cftoit auantageufe pour faire ce qu'ils 

auoient entrepris, ils commencerent à lâcher vne groffe piece d'ar- 

tillerie vers le quartier de noftre Auanct-garde , & venoir ce cou 

du cofté où eftoient les fommiers * dont plufieurs furent bleflez 46}, à bar 
mais ce ne fût pas grande chofe ; & au regard de ladite Auant-oar- gage. 

de ,elle ne fut en rien decampée pour caufe de ladite artillerie des 
ennemis, car toûjours elle pafloit outre. Peu aprés quelque nom- 

bre de grands coups d'artillerie cirez par les ennemis, incontinent 

que les Maiftres Canonniers du Roy pürent diftinguer de l'œil icel- 

le artillerie, ils aiufterent vn gros canon auec vne groffe boule de 

fonte en telle maniere, que du deuxiéme coup qu'il tira , cette 

boulle rompit en plus de mille pieces les canons qui ainfi fort ti- 

roient contre les François; & de plus, vn de leurs principaux Ca- 
nonniers y fût tué , ainfi qu’il füt fceû par l’vn des Trompettes 

defdits ennemis qui fût pris toft aprés : Et tanc continuerent lef- 

dits Canonniers François à tirer fi impetueufement, que les autres 

furent enfin contraints de fe rectrer autre part. En ces entrefaites 

les vns & les autres commencoient à s’écarmoucher çà & là; mais 
l'Auant-garde en bon & bel ordre s'auançoit toûjours pas à pas, 
enfemble l'artillerie aprés icelle, bien accompagnée d'vn cofté & 

d'autre de Suifles & Allemans ; en cette façon & maniere, auec la, 
contenance d’vne vertueufe & virile hardieffe, toute l'armée mar- Fornoüe, 
cha durant enuiron demie lieuë de France. Pour le regard des fom- Cominesp- 
miers, bagages, & autres gens de fuite, pource qu'ils fe mirent en Fe PÊr à 
defordre , mal leur en prit ; car les ennemis voyans le Corps de 

Bataille marcher auec vne conduite parfaite, ne bougeoient, mais 


1495. 


* al rang 


160 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 

regardoient & auifoient commentils pouroient trouuer le moyen 
de la déregler & mettre hors de fon train*; pour quoy faire, ils 
enuoyerent vne grande quantité d’Eftradiots, Albanois, & autres 
manieres de gens , du cofté deuersla montagne, en paffant pardeuers 
Fornoüe , lefquels donnerent & chargerent fur le bagage, tellement 
que les ennemis penfoient que ladite Bataille fe decamperoit & fe 
mettroit en defarroy , en fe conformant & adioûtant foy à ce que 
d’autres fois ils auoient oùy dire des François ; c’eft à fçauoir 
qu'ils tenoient aux champs vn plus mauuais ordre que toutes les 
hations du monde ; mais on leur donna bien à connoiftre le con- 
craire de leur mauuaife penfée ; car iamais meilleur ordre ne füûc 
tenu en Bataille du monde , aufli le befoin y eftoit grand; & de 
fi bonne forte fe comportoit à l'honneur & profit du Roy & de {on 
Royaume, que tous ceux qui là eftoient monftrerent auoir cœur 
franc, amour loyal, & vouloir entier de bien feruir ;ie croy certai- 
nement qu'il n'eft fi dur cœur au monde, i'entens des amateurs des 
Fleurs-de-lys, qui en voyant ce zele & cet ardent defir que les 
vertueux & nobles Genfdarmes qui là eftoient , auoient de feruir 
leur vray Prince & Seigneur naturel, veû le danger merueilleux 
où ils eftoient , n'eût efté meû & prouoqué à larmes de compaf- 
fion ; & femblablement s’il eût veû le tres-vertueux Roy, attendu 
le lieu où il eftoit, s’expofër bien auant parmy les ennemis fi vail- 
limment comme il faifoit, non pas feulement par la force & puif- 
fance qui en fa perfonne eftoit ,ny par la proüeffe qui en luy pou- 
uoit eftre , confideré fon ieune âge & fa corpulance : Mais auec 
ce,en maniere, contenance, gelte, façon , deliberé en paroles, 
en confeil , & en demandes courageufes qu'il faifoit à fes fami- 
liers & principaux amis , lefquelles eftoienc telles ou fembla- 
bles : Que dites-vous, Hefieurs ; n'efles- vous pas deliberez de me bien 
feruir auiourd'huy ? TN e voulez-vous p:5 viure €5' mourir auec moy ? 8e 
aprés la réponfe euë de chacun, telle qu’à ces propos appartenoir, 


*al.devray il adiouftoit: N'ayez point de peur , mes amis, ie [çay de ji feit qu'ils font 
*al beaucoup dix fois antant * que nous , mais ne vous chaille, Dies nous a aidé inf(ques 


plus 


icy 5 il m'a fait la grace de rvous auoir emmenez é5* conduits iufques à 
Naples, o$ i'ay eñ vicloire [ur tous mes aduerfaires ; 3° derechef, depuis 
Naples ie vous ay amenez icy fans opprefion , fans bonte ny blime, GA 
fi fon plaifir eff encores ie vous remeneray en France à l'honneur, loïançe, 
© gloire de nous cr de noftre Royaume; pourtant ,mes amis, ayez coura- 
ge ,nous fommes en bonne querelle, Dieu ef} pour nous , 5 Dieu bataille 
ra pour nous. Dies veut auiourd'huy monftrer le bon amour, la dilection 
e9° la charité finguliere qu'il a pour les bons ex loyaux François; parquoy 
ie vous prie que chacun [e fie plus en luy é9° en [on aide qu'a la force de 
foy-mefme ; e9° en ce faifant ne doutez point qu'il nous donnera faculté vi- 

orieufe, vengeance de nos ennemis, €9' gloire bien-heurée. De ces pro- 
pres mots, ou autres termes en fubftance femblables, le tres-preux 


& 


ROYDE FRANCE. 161 


& courageux Roy confoloit & gg AT fes gens, lefquels fe 
rrouuoient à l'heure en vray lieu & en chemin de peur, & en veuë 
de crainte mortelle s’il en fût iamais, | | 
Donc les ennemis voyans tenir fi bon ‘ordre aux François; 

fans s’ébranler ,ny changer de place pour quelques fourbes & ftra- 
ragémes de guerre qu'on leur fceûc faire; pource qu'ils ne fçauoient 
pas bonnement en quel endroit eftoit la perfonne du Roy; ils en- 
uoycrent vn Heraut* deuers luy au Corps de bataille , feignans * Pag. 104. 
d'auoir affaire à parler à luy;ledit Heraut eftant venu, il le receût CFe$: 
humainement & benignement , en luy demandant ce qg#'il cher- 
choit ; lequel dit , qw'il Lun vn prifonnier grand perfonnage de le 
Seigneurie de V'enife. Er le bon Seigneur incontinent ft demander 
par vn Trompette à rouces les Compagnies , S'il y auoit perfonne 

nicht un prifonnier des Venitiens , que dans trois iours il le rendisf. Et 
Le ledit Heraut s’en retourna vers lefdits Venitiens , lequel die 
le lieu & la place où le Roy eftoit, _ habillement il auoit, de 
quelles couleurs il eftoit vétu , quel cheual, quelles bardes , & quel 
accoûtrement il auoit ; & la réponfe par eux oùye, ils tinrent con- 
feil enfemble , comment & par sn | moyen ils pourroient venir 
iufques à la perfonne du Roy; ne ve il fûc conclu par eux (qui 
cftoient au nombre de cinquante à foixante mille hommes) de fai- 
re vne grande bande fi forte & fi puiffante, qu'elle fût en eftat de 
tuer.tous ceux qu'ils trouueroient deuant eux; à raifon dequoy ils 
choifirent dans tout leur grand nombre Îés mieux en point , les 
plus forts, hardis, plus nobles, & tous les mieux montez, accom- 
pagnez aufh des meilleurs & plus ns hommes à pied qu'ils 
cuffent parmy leurs Troupes, ce que volontiers ils firent; aufli fu- 
rent-ils receus gayement & chaudement. Et cependant qu'ils fe 
preparoienc à cecy, leurs Eftradiots * pafferent la montagne & vin- ? trsdiors 
rent charger aufh-toft & donner fur le bagage , fur les fommiers Pr “tag 
& mulctiers portans les coffres & autres befognes. Le Roy fût Albanois, 
aduerty que ceux du camp de fes ennemis fe mefloient auec eux, 5 Le 
& qu'il falloit qu’ils vouluflenc entreprendre quelque chofe de polis 
nouucau dans peu de temps. Le Guet, & femblablement les Ecou- Cheuzux 
tes les virent faillir en grand nombre , bien montez, armez &bar- de 
dez le mieux du monde ioignant le Iong de leur Bataille , & leur mm, quif- 
bande s'eftant donc affemblée en corps, ils s’arrefterent vn efpa- gefenome 
ce detemps ;alorsil füt fur cela auifé, qu’on prendroit pareillement re. : 
par toutes les Compagnies de la Bataille les meilleurs & les plus af- 
{urez Genfdarmes qui s’y pourroient trouuer; outre cela, fans rien 
rompre ny mettre en defordre, le Roy prit des Capitaines des plus 
ogensde bien, tant Allemans que autres , aucc fes cent Genrilshom- Cheualiers 
mes & Penfionnaires, & tous ceux de fa Maifon, comme Meflire fairs le iowr 
Charles de Maupas (qui ce iour fût fait Chewalier) Gilles C aronnel. #1: Beat 


le, LE Comi- | 


de Normandie , (qui portoit l’Enfeigne des Gentilshommes ) & Mef- nes p.341. 


149$. 


162 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


149$. fire 4 (yrar de Prie lequel portoit l'Enfeigne des Penfionnaires; 
aucc ces deux bandes y auoit deux cent Arbaleftriers à cheual ; 

auffi auoit ledit Seigneur fes Efcoflois & rous fes Archers Francois 

auec leurs Capitaines, & fpecialement Claude de la Chafhre quieftoit 

toûjours ioignant le Roy ; lequel fagement il confeilloit de ce qu'il 

deuoit faire , & des modes & manicres hardies qu’il deuoit tenir, 

es toûjours lencourager d'autant plus. Or pour parler icy de 

“os ‘accoûtrement duRoy, ilfaut fçauoir, qu'il eftoit aufh bien armé en 
du veffemens PTiNCE de grand renogn que iamais homme fût; car il auoit fur luy 
é delffæ tout fon harnois complet beau & riche à merueilles ; & fur ledit 
pa “A ##" harnois il portoit vne fort riche iacquerte à courtes manches,de cou- 
leur blanche & violette, femée de croifettes de Hierufalem en f- 

ne broderie de riche orfeuerie. Son cheual eftoit de poil noir, le- 

quel luy auoit efté donné par Monfieur de Sauoye ; aufli ledit che- 

* Comines ual s’appelloit fauoye *, lequel eltoit bardé au pofhble ; & fur la- 
P ges A dite barde * eftoienc les couleurs deuant dites blanche & violette, 
épadew. à croifettes de* Hierufalem fort riches. Touchant fon habillement 
mure de che. de tefte il cftoit fomptueux par vn armet * de guerre , auec peu 
maux parles d'orféuerie , garny de plumaceaux ou plumaux efpais , magiftrale- 
pe o pr ment faits de couleurs blanches & violettes ; il auoit la bonne épée & 
posée de le Ja bonne dague à fon cofté; au furplus, de routes les chofes appär- 
mes de fer. venantes à vn bon Gendarme, dont il eft poffible de parler, il en 
* Armesds_ eftoit garny fingulierement plus qu'aucun autre; & pour l’accom- 
Jerufalem. Lioner, & ut Te tenir en bonne & feure garde contre les enne- 
per mis deffus-dits , il pouuoit auoir autour de fa perfonne quelques | 
detefede deux mille hommes, tous gens d'entendement, experts, de bon- 
l'homme ne fiance, vaillans & vertueux Genfdarmes ; ce qu'ils monftrerent 
d'armes. Lien quand le befoin en füt: Auf le Roy les voulut élire & pren- 
dre parmy toutes les autres Compagnies, fans rien pourtant inter- 

rompre , pour renforcer l’Auant-garde ; femblablement il fit mettre 

les deux cent Archers de Monfieur de Cruffol tenans leursarcs ,auec 

les Allemans, lefquels tinrent bon ordre & longuement; Et vn peu 

deuant que la bande partit , il y eût quelques-vns des noftres qui 

Auans, le contrefirent l'habillement du Roy, & aufh fa monture, a 
rss couleurs, pour donner de la bricolle aux ennemis, à caufe qu'ils l’a- 
vmbabir fem. uOient enuoyé obferuer par vn Heraut, ainfi qu'il efté remarqué 


blable à ce- CY- deffus. 


[ny du Ro s | 
…. ou Incontinent que ceux du guet vinrent aduertir le Roy derechef, 


lesennems que fans point de doute les ennemis marchoient, mais que la pluf- 
Diem à [a part d’iceux gagnoient les bois & les buiffons; alors le tres-preux & 
perfonnes vertueux Roy, fous la bonne fiance qu'il auoit en Dieu, & en fes 
a 4 d#- amis, marchaauec fa bande iufques outre la greue, tellement qu'ils 
fdeliré eme commencerent à fe voir les vns les autres; & fans mentir les enne- 
uers leur mis venoient gayement, bien deliberez, & en bonne ordonnan- 
Prince. ce; çar ils eftoient bien montez , bien bardez, & beaucoup plus 


ROY DE FRANCE 163 
que les François , & les meilleurs de vous les leurs, ainfi que les 
meilleurs des noftres eftoient tous au deuant, &les premiers ; par- 1495: 
quoy de prime-face les Auantcoureurs vertueufement fe chocque- 
rent & firent bon deuoir de cofté & d'autre, mais la grande bande 
{e cenoit toûjours couuerte le plus qu’elle pouuoit ; & incontinent 
qu'ils fortirent à découuert ils chargerent impetueufement , coura.. 
geufement & tres-ficrement les vns {ur les autres, & de tous coftez 
commencerent à chocquer & donner dedans; & fût la rencontre 
merucilleufement foudaine & afpre ; car,comme dit eft, les enne- 
mis eftoient tres-bien armez, & aufh bien montez qu'il eftoir pof- 
fible d’eftre, & bardez à l'aucnant : Et pource qu'ils fçauoient l'a- 
coûtrement du Roy entierement par le Heraut, cy-deuant nom- 
mé, qui eftoit venu demander le prifonnier , ils firent tant qu'ils 
vinrent iufques à luy, & chargerent deffus fort & ferme ; lequel 
 courageufement & cheualeureufement fe deffendit , comme preux 
& hardy, tant que au moyen de luy & de ceux qui eftoient autour 
‘de fa Perfonne, iamais ne frapperent coup plus auant ceux qui s'e- 
ftoient par leur outrecuidance tant auancez ; & ne croy point qu'en 
va tel aëte & danger merucilleux où il eftoit, depuis que le mon- Comines 
de eft creé fût veù vn cel Perfonnage comme luy, plus virilement p.341.:4. 
& plus ficrement donner dedans qu'il faifoit fans peur, fans crain- 
ce, & fans frayeur ; mais fembloit que Feu operation & œuure di- 
uine il faifoit tout ce qu’on luy voyait faire: A proprement parler, 

il merita cedit iour, d'eftre appellé vrey fils de Hars; fucceffeur 

de Cefar, compagnon de Pompée , hardy comme Heétor, preux 

comme Alexandre, femblable à Charlemagne, courageux comme 

Hannibal, vertueux comme Augufte, heureux commeOdauian*, *d.O&aue 

cheualeureux commeOliuier , & deliberé comme Roland; car lors Auguite- 

qu’on frappoit {ur luy le courage luy croifloit ; & qui plus ft, ilen- 5, 4 

courageoit fes g°ns & leur faifoit enfler le cœur tant par fes pa grard cowa- 

roles que par fes vertueux faits; & plus eût encore fait par le grand £°“*X- 

courage qu'il auoit , fi on luy eûc faiffé accomplir fon vouloir: 

Mais les gens de bien qui eftoient autour de fa Perfonne , & qui 

bien fçauoient le meftier de la guerre, de peur d’inconugnient ,à 

route force le mirent hors du danger , auquel il vouloit toüjours 

cftre, & ou il s'eftoit mis ; & firenttant da ans vertueux faits , que 

la plus grande partie defdits ennemis, qui ainfi que deuant eft die 

a ré affemblez & deliberez de donner fur la perfonne du Roy, 

furent là tuez & accablez, mefme les plus gens de bien d’entr'eux; 

& pourleur honneur les mieux montez le gagnerent à fuyr, quand 

ils virent & apperceürent la tuërie & refiftance fi chaude & fi 

cruelle en peu d'heures ; & ne fut en ce rude chocq pris prifon- 

nier de nos gens que Monfieur le Baftard Afathien de Bourbon *, pour * Comines 

homme de renom , lequel deffendit vertueufement la Perfonne du ?'3#*:547- 

Roy, car il eftoit coûjours auprés de luy iufques à l'heure qu'il fût | 
X i 


1495. 


164 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 

pris, en croyant prendre vn des grands Seigneurs de Venife qui 
s'enfuyoit ; &en le fuiuant, ne peût eftre maiftre de fon cheual qui 
cftoit échauffé, & auquel on auoit en la preffe couppé la refne de 
fa bride, fi coft, qu'il ne fe trouuaft parmy le danger defdits enne- 
mis, voire iufques dans leurs barrieres , où celuy qu'il pourfuiuoit 
fe fauua ; & luy eftane pris fût ietté par terre, & peu s'en falluc 


qu’il ne fût affommé. Il n’y eût de morts qu'enuiron huit ou dix 


Gentilshommes d'eftime & de réputation, moyennant l'ayde & le 
fecours de Dieu qui operoit en cét affaire , autrement cout fe füc 
mal porté; car ils auoient bien deliberé que iamais le Roy, ny les 
fiens ne retourneroient en France ; mais Dieu y pourueüt de reme- 
de; car comme fi c’eût efté par diuin miracle & ordonnance de la 
Maicfté diuine, encore que les ennemis fe trouuoient dix contre 
vn, & que deux deleurs pe en valoient trois des noftres, à lebien 
prendre, veü le lieu où ils eftoient, & legrand voyage qu'ils auoient 
fait, la pcine, le foin, la fatigue, & le trauail qu’ils auoient foû- 
tenu depuis leur depart de France iufques à D in , & de N aples 
iufques audit lieu , où ils auoient (oubfere & enduré tant de nuit 
que de iour , toutes Îles miferes & neccflitez qui peuuent furuenir 
à pauures Genfdarmes fur les champs, non pas vn iour ny vne fe- 
maine feulement , mais l'efpace de dix mois continuels fans ceffer, 
parmy les dangers de leurs ennemis mortels ; & que ces aduerfaires 
cftoient en leur pays fur leurs fumiers ,tous prefts, prompts, & ap- 
parcillez, bien nourris, bien penfez, tous frais, & bien repofez ; au 
refte bien équipez eux & leurs cheuaux , s'attendans d’accomplir 
leur fee volontéen fi grand nombre, comme de cinquante à 
foixante mille hommes contre huit ou neuf mille au plus; & encore 
dont la plus grande partie eftoit en affez mauuais eftat ; les vns 
malades, les autres sk | montez, autres imal armez ; car chacun n'a- 
uoit pas cheuaux , & autres chofes pour porter ou fournir à fes ne- 
ceflitez : Et toutesfois, moyennant la grace de Dicu , & non pas 
celle des hommes (autrement ne le faut-il pas entendre)ils vinrent 
heureufement à bout de leur entreprife ; car felon la difpofition 
de droit naturel & iugement, les ennemis euflent deû combatre, 
voire vaincre & battre dx fois autant de gens que leRoy en auoit, 
Cette victoire n’arriua donc point par la puiflance des hommes 

ui combatoient , mais c’eftoic Dieu qui batailloit pour eux par 

a bonté & vouloir diuin, afin de hs ve & fauuer le Tres-Chre- 
ftien Roy pillier de la Foy Catholique ; enfemble tous fes fujers 
& bons amis. Les ennemis pes donc lors vaincus, tuez, bleffez, & 
mis fous Les picdsdes vertueux François ; & qui plus eft, pour don- 
ner encor plusä entendre la déloyale entreprife ‘re ennemis, & 
comme fauflement & mefchamment , ainfi que craiftres & déloyaux 
qu'ils eftoient, ils auoient entreprisde combatre le Roy; iecroy que 
Dieu leur voulut monftrer sx à par figne éuident ; car tant que 


ROY DE FRANCE. 165 
dura le carnage , la chaffe & la fuite des leurs, il ne ceffa de venter, 
de pleuuoir , de tonner , & d'éclairer , comme fi tous les Diables 
cuflent.efté déchaînez par les champs. 

Au refte, le Roy fut toute cette iournée armé & à cheual , au. 
moins iufques à ce que chacun fût retiré au camp ; qui fût vne 

rande & loüable vertu à luy. Ledit lieu, où fe donna laBataille | 

É nomme Virgerra* , (là où autresfois y auoiteû dés-ja Baraille) & “#: Vergera 
cft ioignant le Vau-aux-Rux*, felon le langage du pays, prés de Pr le Val 
Fournoëe enuiron deux mille (ou comme l'on pourroit dire, enui- ou 
ron autant qu'il y a de Paris iufques au . du Lendit;) & di- 
ftant de Parme de quatre milles ; & ainfi ce lieu eft fitué entre 
Fornoïe & Parme , du cofté delà les Rux ; & le camp des ennemis 
cftoit ioignant la riuiere qui paffe par la. | 

Les morts tant des leurs que o noftres demeurerent où ils 
cftoient route la nuit iufques au lendemain , que les ennemis en- 
uoyerent demander fauf-conduit au Roy pour enterrer leurs gens 
morts ; ce qui leur fut oétroyé. | 

Le Roy & tous les fiens en figne de triomphe & de victoire a. 4 
coucha au Champ de bataille , & bien que les pauures Genfdar- Roy à For- 
mes euffent tout le iour vertueufement crauaillé , comme dir eft , > -P- 
& cuffent deffendu & ferui leur Maiftre tres loyalement en fi pe sfr 
grand danger où ils s'eftoient trouuez , fi furent-ils mal fs , P- 338. 
mal traitez , & mal logez ; & mefmement la perfonne du Roy, 
qui pour cette nuit s'eftoit retiré en vne petite maifonnette qui 
cftoir là toute feule , pour caufe de la pluye & du mauuais temps, 
& fût luy- mefme aufli mal foupé qu'aucun autre ; car les Eftra- 
diots* auoient couru fur les viures, & chargé fur le bagage, ainfi » Comines 
qu'il a efté dit cy-deflus ; ce qui caufa cette indigence de viures ; p.334. 
& croyoient ces Eftradiots auec cout le refte des ennemis , qu’en 
ruant fur le bagage , noftre Armée fe mettroit en defordre , qui 
cftoir ce qu'ils câchoient le plus de faire; mais pour chofe qu'ils 
fceuffent entreprendre ,la Bataille n’en tint conte non plus que fi 
ce n'eût rien ke ; ains en laiffa faire à ceux qui en auoient la char- 
ge;en quoy lefdits Eftradiots n'eûrent pas du tour l’auantage ; car il 
en demeura fur le lieu autant des leurs comme des noîftres ; & de 
fait ,ces Eftradiots ne firent pas tant de mal fur ledit bagage qu'on 

ourroit bien s'imaginer; mais fous ombre d'iceux, plufieurs pail- 

Le & méchantes gens qui conduifoient & menoient lefdits ba- 
gages, firent la plus grande partie dudit pillage, & _ les 
propres coffres & bahuts de leurs maiftres , pour prendre ce qui 
-eftoit dedans. : | 

Le Mardy feptiéme iour de luillet l'an mille quatre cent quatre- »,, ge 
vingt & quinze, le Roy au matin , aprés auoir oùy Meffe , fit le- d'Iraliere- 
uer fon camp , & alla loger à vn mille * prés de là, qui eft vne de- _.. 
mic lieuë de France, ou enuiron , en vn haut lieu qui s'appelle France. 

X ii 


1495. 


166. HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
1495. Hagdelan , & là demeura tout le iour ; & fut celle diligence faite 
ar tous les. Maiftres de l'artillerie, qu’elle eftoit toute, enuiron les 
buic heures du matin, arriuée audit camp Royal, où furent auff- 
coft les tentes & pauillons œndus ainfi qu'il appartient en tel cas. 
Les ennemis Ledit iour vinrent deuers le Roy aucuns de ceux du camp des 
spré.lur ennemis prier qu’il leur enuoyaft gens pour parlementer; à quoy 
cherchent faire y für enuoyé Monficur de Piennes & Maiïftre Florimond R o- 
Roy d'accom- bertet, mais il: y eût quelque different, pource que les Venitiens 
moment. ouloicnt qu'on paflät l'eauë par deuers eux , &nos gens:vouloiene 
au contraire qu'ils vinffent les crouuer, parquoy ils ne firent rien : 
Toutesfois, comme dit a efte , ils eurent fauf - conduit pour leuer 
& aller enterrer leurs morts qui eftoient au lieu où la Bataille s’e- 
{toit donnée. 
Ce mefme iour fut pris par aucuns des bien-veuïllans du Roy 
vn Meflager qui alloit vers le Duc de Milan porter le nombre de 
* C'eftà dire leurs gens FA ob auoient efté tuez en cette Bataille ; ainfi la 
de qualité. puis-ic bien dire & nommer, & non pas fimple rencontre ; car lef- 
dits ennemis tenoient camp ordinaire tous les iours, en attendant 
le paffage du Roy ; & par ce Meffager, c’eft à dire, par les lettres 
qu'il portoit, on fceüc quelles gens eftoienc morts en ce combat, 
tant gens de bien qu'autres moindres Genfdarmes : Et quand on 
luy demandoir combien.il y en auoit eû de dépefchez , il ne ré- 
pondit autre chofe finon que.trop il y en:anoit de morts. Pour le re- 
gard des gens de-nom.,. qui eftoient contenus dans lefdites lettres, 
cnuoyées par la: Seigneurie de Venife au fus-dit Duc de Milan , à 
leur malencontre ; ie mets icy la. teneur d'icelles en peu de mots. 
Premicrement pour donner à. entendre les principaux de leur 
Armée, c'eftoit le Marquis de Mantoie pour les Venitiens ; & pour 
* Gala le Duc de Milan le Comte de Galiach* & le Seigneur Fercaffle* , 
* Fracaffi.  auec pluficurs autres grands Capitaines &Offhciers ; feulement doit- 
on fçauoir qu'ils eftoienten grand nombre , duquel, fclon la teneur 
d'icelles lettres ,moururent ceux qui s'enfuiuent. 


La life des perfènnages de renom qui moururent 4 la 
Journée de Fornoïe, du camp des Venitiens 


© de celuy du Duc de Milan. 


Premierement le Seigneur Redolpho de Courango , oncle dudit 
Marquis de Mantoüe. 

Le magnifique Tohanni Maria de Couranguo coufin du deffus 
nommé Marquis, bien-aymé & fauorifé du peuple de Venife. 

Guydonne de Couxango vaillint Seigneur. 

Noble homme 4ntonio Scalabro de Bruino Capitaine de cin- 
quante Lances Veniciennes, fort regretté à Venifc. | 

Le fils de Monfieur Nicolo Dextro grand Seigneur. 


ROY DE FRANCE. 167 

Le fils de Meflire Gwydonne de Baignores. 

” Le Seigneur Galliache de Coxero. 

Le fils du Comte Johanni de Gayelle. 

Le fils de Meflire fohanni de Courango. 

Item , le Verte. | 

Item d'vne autre bande , enuiron vingt-cinq hommes, tous 
grands DE or & de grandes Maifons, qui autrement n’eftoient 
nommez dans ladite lettre, 

Item, d'autres Venitiens morts, c’eft à fcauoir Meflire Kemigero 
grand Seigneur. | 

Le Seigneur Bernardino de Montens. 

Le Comte Ludouico Danogardo. 

Le Comte Bernardino Precemo & plufieurs autres, dont le nom- 
bre & le nomeftoient contenus en icelle lettre , mais à chaque nom 
il n’y auoit feulement qu'vne lettre, que celuy à qui elles s’adref- 
_ foient entendoit bien. | … 

ftem , d'vne autre Compagnie Milanoife fous la charge du 

si Gallias * jen furent tant dépefchez qu’on n’en fçauroit di- REA 

re le nombre ny le conte. . 

Ttem , des bleffez, c'efta fçauoir des plus grands desleurs, eftoient Dos 
Chriftofle de Cafillanne. : 

Plus, le gendre de Labatuzo. | 

rem, vn des Capitaines Venitiens , & plufieurs autres qui n'e- 
floient pas de fi grand eftat , & importance , dans toutes les 
Compagnies * tant de pied que de cheual; & eft à fçauoir, que * Comines 
quoy qu'il en füc, il ne demeura gueres de gens de pied des leurs, P3#+ 
que tous ne fuffent tuez ou bleffez, s’ils n’auoient ofcoft arpenté 
en fe fauuant à la fuite, que ceux qui les chafloient de fi prés; & mef- 
mement ceux de cheual , aufquels la meilleure piece &la plus cer- 
caine de tout le harnois qu’ils portoient , fût pour le temps de ce 
combat, la pointe de leurs éperons. 

Pour la foufcription defdites lettres eftoit écrit ce qui s'enfuit, 

Nunc [oripfi bec, mutatä dexteré Excelf. 

Le Mercredy huitiéme iour de luillet le Roy partit de Mage 
dulan* auec fon Armée bien équipée de fon arrillerie , Monfieur * Magdelan 
Jean Iacques *conduifoit lAuant-garde auec plufieurs de nos Genf- * Trimwlce 
darmes , & alla coucher aux bouts de Florenfoll* ; en allant * Fioranfôlle 
il furuint vne allarme en paffanc par le Bourg Sainéf-Denys*, mais * y. p. ne 
ce ne füc rien; & difoient aucuns que c’eftoit Monfieur de Breffe & le mefme 

ui eftoit allé à Gennes , auec vne belle bande de Genfdarmes , tance?" 77 
Atbaleftriers que autres, qui euflent bien feruy à la fus-dite Ba- 
aille s'ils y euflent efté ; car cette bande eftoit belle & bonne ,en 
nombre de feize à dix-huit cent gentils compagnons, tous bien 
deliberez. | 

Le Ieudy neufiéme iour du mois de luillet le Roy partit de 


149$« 


168 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
ee F lorenfolle pour aller coucher à l'Abbaye de Salmedon mais ce iour 
7" là ceux du pays auoient rompu vn pont p où il falloit faire paf- 
fer l'artillerie , qui fût vn grand obftacle & empefchement pour 
l'Armée, car il conuint amaffer tous les Pionniers d’icelle, & les 
mettre incontinent en befongne; tellement que toftaprés , malgré 
les vilains aduerfaires , ladice artillerié paffa gayement ; mais cepen- 
Orage de dant qu’on raccommodoir ledit pont la pluye furuint en fi gran- 
plnyequiin- de quantité , que tout l'Oft & l’Armée en fût merucilleufement 
commode incommodée; car fans cefler en tres-grande abondance elle dura 
DR bi heures, dont les chemins furent fi fortr il 
du Roy. ien quatre heures, dont les chemins furent fi fort rompus , qu 
n'eftoit homme de pied ny de cheual tant fûc-il bien monté, qui 
peût mettre vn pied auant l’autre; le plus fort de l'affaire eftoit à 
ceux qui menoient l'artillerie ; car pour en tirer vne feule pieceil 
conuenoit bien y employer quarante ou cinquante cheuaux , & 
autant de Pionniers, ce qui ne fût pas fans vne merueilleufe pei- 
ne: Et encore pour augmenter dauantage l’ennuy de cette fatigue, 
_ce iour-là mefme il falloit que toute l'Armée paffât auprés de Plai- 
*Pagus. fance *, qui eft vne des fortes Villes & dangereufes de route l'Ira- 
* Fracafe , lic; car la nuit precedente s’eftoit mis dedans le Seigneur Fercaffe * 
Cominesp. neueu du Duc de Milan , aucc quatre mille cheuaux & gens de 
349. € 359) Eee ; ce qui eftoit bien pour épouuenter ladite Armée , attendu 
a peine, le crauail, & la grande charge qu'elle auoit foûtenuë : Tou- 
resfois, graces à Dieu fans aucun danger , elle paffa outre, moyen- 
nant le bon ordre qui y fût tenu ; laquelle chofs fit fi belle peur au- 
dit Fercaffe qu'il n’ofa iamais fortir dehors , ny les fiens aufli : Et 
paffa ladite Armée ce mefme iour la riuiere du lieu , qui encore 
n'eftoit gueres grande , mais la nuit fuiuante elle creûc tant, que 
le matin on ne la pouuoit plus paffer. 
Le Vendredy dixiéme iour de luillet Je Roy partit aprés la Mef- 
fe luy & coute fon Armée, auec l'artillerie , & alla difner aux Faux- 
*Pagus. bourgs du Chafleau Sainét-Iean*, & ne voulut point entrer de- 
dans de peur qu’on ne le pillaft. Les hommes de la ville dudit Cha- 
ffean Sainéf-Iean fournirent des viures par deflus les murailles en 
grande abondance , tant pour hommes En our cheuaux , en 
payant cherement ; & à la requefte de Meflire ean Tacques le Roy 
alla coucher dans vn bois ou 1l fit fon campement, & coucha cet- 
te nuit dans {es tentes & pauillons auec toute fon Armée. 
Le Samedy onziéme iour de luiller le Roy partit aprés la 
Mefle oùüye bien matin , pour aller à Tortonne , qui eftoit vne 
journée trop grande en ces quartiers-là ; car il fût aduerty que 
Fercaffe s'eftoit retiré de Plaifance, & eftoit venu audit lieu de T or- 
sonne pour en garder le paffage contrele Roy &tous fes gens; & pour 
ce faire, ils eftoient venus en grand nombre dedans cette Ville ;au 
bout d'vne leuée , le long des prez & marefts ,il yauoic vne forte 
tour joignant vn pont , qui eftoit le commencement du paffage, 
\ 
où 


.i! ROY DE FRANICE. ::: 169 u 
où il y auoit quelques ftaliens qui le gardoient: Mais incontinent , 49: 
que les François arriuerent deuant icelle , ceux de. dedans furent | 
bien ébahis, & non fans caufc ; cat ils n’auoient pas efté aduertis, 
de voir tant de teftes armées paroiftre deuant eux; ny f groffear- 
tillerie qu'on leur monftra de prime-face ; parquay comime gens 
fort eftonnez & furpris, pour chofe qu'on fceûr leur dire'ou- fäire 
parler , ils ne voulurent’ éntreprendre de refifter ny: entendre À 
compofitian ; mais firent les fourds., tellement. qu'il conuint ïom, . 
pre les portes de ladite tour, & entra-ron dedans'par force ; a … : : 
moyen dequoy lefdits paillars qui:y eftoienic, furent tous tuéz .& .. .:.- 
cela par leur faute & aueuglement : Ce fait , le Roy enumaÿa.à x 
Tortonne vn de: {es Heraèts d'armes pardeuers ledit Fercaffe neueu dû 
Duc de Milan, qui auoit amene audit lieu lefdits Genfdarmes £le+ 
quel Fercaffe fit bon accueil à cé Heraut, appellé: Prouence *; gollé- » pos. 133 
ment, qu’il offrit la Ville, le Chafteau, & tout ce qui:efltoie dedans € 175 
au Roy , fi fon plaifir eftoit d'y loger ;.& luy-mefme vint à da 
orte dudit lieu Î Tortonne au deuant du Roy, & parla à luy,en 
Le offrant derechcf ladite Ville, & trous les biens d’icelle, dont le 
Roy le remercia ; & alors il prit congé dudit Fercaffe., qui eftoit 
| yn tres-pracieux & beau Gendarme , & paffa enfuite l'artillerie 8e 
les Genfdarmes du Roy au trauers les Fauxbourgs de Tortonne, & 
par le dedans mefme de la Porte ; qui plus cft, le Roy fr mertre 
& planter fon camp deuant & auprés de Tortonne , auquel lieu il 
demeura iufques au lendemain matin. 2 _ 
Ledit Sicur Fercaffe fie là amener des viures, & fi largement que 
c'eftoit merucilles, tant pourles Genfdarmes que pour les cheuaux ; 
femblablement pour rafraîchir lefdits Genfdarmes , & racoûtrer 
ceux qui en auoient neceflité. I] fit aufli porter audit camp gran- 
de quantité d’habillemens , comme robbes, pourpoints, chemifes, 
chappeaux, bonnets, chauffes, fouliers, & autres chofes necelfai- 
res … pain, du vin, des viandes, foin, auoine, & bleds en mer- 
ucilleufe quantité. _ oc 
Le Dimanche douziéme iour de Juillet le Roy partit de fon 
camp, après qu'il eût oùy la Melle, & füt difnor aux Fauxbourgs 
de Nofle; & aprés le difner il alla à Capriate; mais il ne voulût pas 
pour ce difner, qu'on entraft en cetre ville de IN ofle, dautant que 
ceux de ladite Ville baillerent force viures ,ainfi comme ceux des 
Villes precedentes auoient fait ; & aufli afin que ladite Ville ne füc 
pillée & dérobée , mefmement pource qu'elle cftoit au Seigneur Jean 
acquis , qui conduifoit par l'Italie l'Armée du Roy, parce qu'il 
en eftoit , & fçauoit les encrées & les paffages mieux qu'aucun 
autre. | : ; | 


Le Lundy treiziéme iour de luiller le Roy partit dudit Capriate _ 4 ha) 

; ,° A e° 8 . . ; . . A Ë \ î ls = 
aprés qu'il eût oùy Melle, & difna audit lieu, & fût coucher à fix inines p.50. 
milles de Mice *, és terres de la Marquife de Montferrat, & là:3s1. 


Ÿ 


1495. 


170 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
furent tenduë les tentes auec les pauillons , & fût le camp clos 
comme il appartient; & ceux de ladite ville de Nice y enuoycerent 
force viures. | nn 
Le Mardy quatorziéme iour de luillet le Roy partit de fon camp, 
& fûc difner & coucher audit Nice, à huit milles d'4f. 
Le Mercrédy quinziéme iour de luillet ;le Roy aprés auoir oùy 
Melle, partit de Nice, enfemble toute l'Armée en l’ordre accoû- 


* De Comi. tUmé, & vint paffer la riuiere qui cft auprés d'4ff*, luy, fes gens 


nes p. 351, 


& fon artillerie, qui fût vne grande chofe & bien hardie ; & fût 


*Idemp.4. Coucher à LAfF*, où il‘ demeura iufques au vingt-feptiéme iour de 


IS. 


# foarres, 


pailles. 


* Comines 


Juillet ; & cependant les Genfdarmes , & ceux de l'artillerie s'y ra- 
fraîchirent & s’y r'habillerent , car grand befoin enauoient., Auffi 
le Roy oüycnouuelles de toutes parts; à fçauoirtant de ceux de N 4- 
ples , qui s’eftoient tournez contre luy , pour receuoir le Roy Fer- 
rand, que du Pape, des Venitiens , de Ludouic Duc de Milan , tou- 
chant la grand’affemblée de gens qu’il auoit faite contre Monfieur 
d'Orleans ; lequel eftoit entré dedans IN oware , & de toutes autres 
chofes aufquelles fagement & en bref il fût pourueü. Aufli luy 
cftant encor audit -4/fF, & route fon Armée, viures y vinrent de 
toutes parts en grande abondance, tellement que dans le Marché 
les chars & chariots eftoient fi preffez qu’on ne s’y pouuoit tour- 
ner, cftans pleins & chargez de bleds, À vins, pains, chairs, pou- 
lailles, volailles, foin, eftrain* , auoine, & generalement de toutes 
autres chofes appartenantes , tant aux hommes qu'aux cheuaux, 
aufh des meilleurs & des plusgras veauxdu monde, tous nourris de 
lit de vaches , de fruitages , herbages ; & d’autres cels negoces 
dont on pouuoit voir , en aufli grande quantité qu'on euft fceû 
faire dedans Paris, qui eft vne chofe fort confiderable , veü la lon- 
ce demeure que Monficur d'Orleans & fes Genfdarmes y auoit 
Faite, le paffage du Roy, de fes gens, & autres; ce qui fait bien pre- 
fumer qu'il n’y a pays en France qui n’eût eû bien :affaire d’auoir 
à fupporter vne telle charge. Semblablement, le Roy & l'Armée 
cftant à Turin & ésenuirons d’4f, toûjours les viures en venoient, 
& autant ou plus qu’on en vouloit ; ce qui fait bien voir que le 
pays d’Aff eft vn tres-bon pays ms & fertile en tousbiens; 
outre que les habirans y font debonnaires , amiables , & fort pai- 
fibles. | | 
Le Lundy vingt-feptiéme iour de luillet lan mille quatre cent 
quatre-vingt & quinze , le Roy partit d’A4f} aprés _ eût oùy la 
Mefle, & fût difner à Willeneufue , puis le foir coucher à Quiers*, 


past. ér354. OÙ il demeura auec tout fon train , depuis cedit iour iufques au 
Spag-114. crentième iour dudit mois de luillet ; durant lequel temps que ledit 


precedeste. 


Seigneur eftoit audit lieu de Quiers, 1l receût plufieursnouuelles tant 
de Monfieur d’Orleans, du Duc de Milan, des Venitiens, & de leurs 
cntreprifes , que de tous autres lieux ; & luy eftant en cedit lieu 


ROY DE FRANCE. | {7i 
aucc tous fes Genfdarmes ,on eñttoûjours luffifamment des viures ue 
eant pour les hommes que pour leurs cheuaux. 49 js 

Il fE à fçauoir, que par excellence & fingularité fût amenée la 
fille de Meñlire Jean de Solier hofte du Roy , noble homme & de 

rande renommée, vn foir après fouper, deuant le Roy en pleine 
fl; ledit Mefire Feas de Solier fon pere , & aufli fa mere prefens, 
enfemble tous les grands Seigneurs de chez le Roy , laquelle en 
toute humilité , douceur , benigne reuerence& honneur , dit & pro- 
fera par cœur, tenant les meilleurs geftes du monde , vne haran- 

ue à la loüange du Roy fi fagemene que Fon ne pourroit mieux, 
Es flechir ,touffer, cracher, ny varier en aucune maniere. 

Le Icudy trentiéme iour de luillet le Roy partit de Quiers | & * Comines 
füc à Turin*, où Madame la Ducheffe luy vint au deuant bien P35 
accompagnée ; & füt ledit Seigneur logé en l'Hoftel du Vice- 
Chancelier de Saseye , auquel lieu il parla longuement à madite 
Dame, & bion familierement, de roues les affaires qu'ils auoient 
à befongnerenfemble,rouchanc leurs pays & autres negoces, offrant 
ladite Dame audit Seigneur rous {es Pays, Terres, & Seigneuries 
entierement, & cftoient prefens pour accompagner madite Da- 
me, Monfieur de Brefle & fan fils , Francois Monfieur de Luxem- 
bourg, le Chancelier & le Maref hal de Sauoye , Monfieur de la 
Chambre , & quantité d’autres grands Seigneurs de nom. Aprés 

lufieurs deuis & bonnes cheres, elle prie congé du Roy, enfem- 

le fes Damoifelles., lefquelles eftoient toutes vétuëés de noircom- 
mc elle; & le Roy auoit lors vétu vn fayon* de drap d'or ; auec +hocquetos 
vne manteline de farin gris & violet en écharpe; & bien fembloit v.p.147. 
eftre accoûtré en hon Gendarme. Il demeura à Twris iufques au 
troifiéme iour d’Aouft ; qu’il retourna derechef à Quiers , mais Aout. 
la plufpart de fes Genfdarmes demeurerent à Turin. Le lende- 
main quatriéme jour dudit mois d’Aouft le Roy retourna à Turin, 
auquel iour l'artillerie partit pour aller à V'ercel, & delà donner fe- 
couts à Monfieur d'Olleans *: routesfois le Roy demeura encor à * Pag. 105: 
Turin iufques au feptiéme jour d’Aouft, qu'il rerourna difner & 
coucher à Quiers, auquel lieu il demeura iufques à l’onziéme du- 
dit mois; lequel iour derechef il partit pour reuenir à Turjs , au- 
quel lieu , ainfi qu’il foupoit, luy vintent nouuelles que eeux de 
Florence auoiïent pris vne Place, appartenant aux Pifans, par com- 
pofition ; & aprés ayoient tué les habitans , & puis mangé leur 
cœur. | 

Le Samedy quinzième iour du mois d’Aouft , le Roy à Tsrin, 
pour l’honneur de la fefte & folemnité de Noftre-Dame, oüyc la 
ii Melle aux Auguftins dudit lieu ; & y fit le Seruyice Monfieur 

e Cornoüaille. Aprés le difner le Roy alla au Sermon, que fit vn 
excellent Docteur de l'Ordre defdirs Auguftins, & puis oüyt Vef- 
pres & Complies audit Conuent, qui eft firué hors ladite Ville 

Y i 


i72 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


149$. de Turin ; auquel Seruice eftoient rout le iour fes Chantres & fa 

Chapelle entierement, qu'il faifoit fort bonoüyr. Et iceluy iour le 
A ‘A Bailly de Dijon partit pour aller querir des Suifles* és Allemagnes. 
Roy- Le Mardy dix-huitiéme iour d’Aouft le Roy partit de Turin 
“Pag-195. pour aller derechef à Qwiers ; & là demeura iufques au vingt- 
PP deuxiéme iour dudit mois, que trefpaffa Maiftre Teen Michel | 


cedente. | 
Mortdupre mier Medecin du Roy , tres-excellent Doéteur en Medecine, dont 


ss" sr le Roy füt tres-fort marry. : | | 

Le vingt-deuxiéme iour d’Aouft vint deuers le Roy Monfieur 
de Cernon des pays de Prouence, difant, Fu luy approchant fur 
mer la terrede Gennes, en venant des pays de Naples, il enuoya fon 
Patron de gallée en vne petite Ville de ladite Seigneurie de Gennes 
pour auoir des viures , en les bien payant, parquoy il entra en icelle 
Ville auec aucunsde fes gens ; & eux cherchans & faifans leurs pro- 
uifions de viures par icelle Ville, virent vn échaffaut dreffé en l’vn 
des carrefoursd'icelle, où l'on faifoit vn myftere cel, qu’il y auoit vn 
Roy reprefentant le Roy de France , lequel eftoit aflis dans vne 
chaire, & luy mettoient du feu auprés pour le brûler, dont iceluy 
Patron & fes gens, pource qu'ils eftoienc les plus foibles, fe teû- 
rent; mais firent leur prouifion , puis fortirent dehors, difans qu'ils 
fe repentiroient de l'iniure qu’ils auoient faite à la reprefentation . 
du Roy. Lors, incontinent qu'ils furent arriuez en leurs Nauires, 
ledit Patron raconta & recita l’iniure & opprobre qu'on croyoit 
faire au Roy, par tels ieux & myfteres, audit Seigneur de Cernon; 
lequel incontinent fit preparer fes vaiffeaux, qui eftoient en grand 
nombre ; & à la pointe du iour , enuiron lheure de deux heures 
aprés minuit vint ledit Seigneur de Cernon auec toute fa puiffance 
pour venger cette iniure , & mit le fiege deuant icelle Ville; telle- 
ment qu’à l’aide de fes Genfdarmes & Mariniers ils l'affaillirent , 
cant par mer à force d'artillerie, que par terre ; fi bien qu'ils la pri- 

aime. TeNE par force , & d’affaut ; & quand ils furent dedans ils mirent 
pare tout à feu & à fang rez-pieds rez-terre ; puis s'en retournerent en 
emuers quel- leurs Nauires fur mer, & vinrent gagner le pays de Prouence ; & 
gérts de là vint ledit Sieur de Cernon raconter au Roy l'infamie de ces 
LEE méchantes gens, & comment ils les auoient punis de leur outra- 
ofenféla f- ge; de laquelle chofe fût faite en Cour grande rifée, & difoit-on 
te qu’ils pronoftiquoient eux-mefmes leur malediétion , car ils fei- 
dsRay.  gnoient de brûler autruy , & eux-mefmesils furent brûlez à bof 
efcient. L : 

Item, cedic iour vinrent nouuelles au Roy, que ceux du camp 
du Duc de Milan auoient pris vne petite Ville des terres de Sa- 
uoye, & l’auoient pillée, dont le Roy fût fort courroucé, & fem- 
blablement Madame de Sauoye. # 

* Comines Le vingt-fixiéme iour d’Aouft le Roy alla de Turin à Quiers*, 
F85%  & Monfieur le Prince auec plufieurs autres grands Scigneurs tire- 


ROY DE FRANCE. 173 


rent à Vercel pour donner fecours à ceux qui eftoient dedans TN o- 
narre*, Et aprés partit Pierre* de Valeraut grand Marefchal des lo- 1495: 
sis du Roy en tout fon voyage de Naples , pour aller au deuant * P4g-105. 
des Suiffes & Allemans que le Bailly de Dijon & autres cftoient al- re és 
lez querir és Allemagnes, pour les receuoir & faire faire leurs Mon- A rw e el 
: tres ; parce qu’il parloit & fçauoit bien leur langage. Le Roy Pogis du 
partit de Turin pour derechef retourner audit Qwiers , où il demeu- #3 
ra iufques au trentiéme d’Aouft ; qu'il retourna encore à Turin; *P. Off- 
& le iour enfuiuant fut creé & fait grand Chancelier de France € 2 
Monfieur mé sn nier À de Rheims; Lemefme iour, enui- imprefion du 
ron les deux heures de nuit il fit vne fi grande tempefte de groffe he 44 
grefle *, qu'elle cheoit en plufieurs endroits prefque auf gl que Chäceliers, 
des œufs ; & fembloit y auoir dedans la figure d’vne tefte & face p.31.6 100. 
d'homme; il en comba en fi grande abondance qu'elle couuroit ea 
demy pied de haut ou enuiron les terres où elle cheût. Le Roy fre du Car. 
fciourna à Turin iufques au cinquième iour de Septembre, qu'il #4: U 
artit pour aller à Æfontcallier, r eft vne cres-gentille petite Vil- ce 
e bien crouffée, & aflife en vn haut lieu ,au bas de laquelle paf- *Grefle d'ex- 
fe vne belle & bonne riuiere. eue gref° 

Le Dimanche fixiéme iour dudit mois, le Roy oùüyt Meffe à vne 
Noftre-Dame grandement requife', qui eft à vne Abbaye de Da- 
mes, audit #{ontcallier, ou il difna & {oupa. | 

Le Lundy feptiéme iour de Septembre le Roy oùyt la Meffe à Septembre. 
ladite Abbaye , & commanda qu'on donnaft force viures à vne, , 
grande bande de Suiffes qui pafloient pardeuant le lieu de Æfont- cailler 
caller en tres-belle ordonnance , comme ils ont accouftumé de 
faire. | | 

Et alloient lefdits Suifles à Nice en Prouence de par le Roy, 

our monter fur mer auec ceux dudit Prouence qui s’en alloient 

a Naples ; cedit iour , aprés que le Roy eût foupé, par maniere de 
pafle-cemps, eftant bien accompagné de plufieurs gens de bien il 
s'en alla ioüer fur la greue prés du pont dudit <ontcallier ; & là 
fit amener les faucons d'artillerie , & en fit charger aucuns pour 
tirer luy-mefme à fon bon plaifir ; & de fait, il les accoûtra & fit Dexterité ds 
accoütrer , comme bien l’entendoit , tous prefts à tirer ; puis fit Par À 
mettre vn drapeau blanc attaché au bout de deux mafts de bateaux ; dés pieces de 
& tira luy-mefme defdits faucons fur ce drapeau , duquel il appro- “”°”: 
cha prés de deux doigts ou enuiron, trois *coups de fuite ; puis « 4 antroi- 
l'Efcuyer Galliot tira vn coup, mais il paffa par deffus ledit drapeau fiéme coup. 
plus de deux picds. | ne | | 

Le Mardy huitiéme iour de Septembre, l'an mille quatre cent 
quatre-vingt & quinze , le Roy audit Montcallier ; pour l'honneur 
& reuerence de Noftre- Dame , oùüyt la Mefle à la grand’ Eglife, 
où fit le Seruice Monfieur * de AMontcallier. Et aprés la Meffe dite, dés : dire 
les Bouuiers de ladite Ville amenerent vn chariot auec deux grands" 

| 5 


La 


1495: 


174 HISTOIRE DE CHARLES VIII, 
bœufs qui le tiroient y& fur ce chariot il y auoit vn grand cierge 
N rar . 0 
pefant deux liures de cire, & plus, lequel füt offert par les Maiftres- 
valetsBouuiers deuant a de tous les autres 
generalement dudit lieu, & des enuirons, tous abillez d'yne mefme 
parure, ou à peu prés ; ce fait, ils fortirenc hors de ladite Eglife auec 
Le bœufs & chariot ; & cft à fçauoir , que le Maiftre-valec des 
autres , c'eft à dire le plus habile d'eux vous , pris & choif pour 
leur Roy, ainfi qu'on a coûtume de faire en telles & femblables 
chofes ,eftoic monté fur ledit chariot, fans auoir auvour de luy à 
quoy fe cenir ny fe prendre , eftant cout de bout ; & tant qu'on 
pouuoit chaffer lefdirs bœufs, & qu'ils pouuoient aller le long du 
Marché & de toutes les ruës dudit #fontcallier ; ce Maiftre-valet, 
en la façon & maniere que dit eft,eftoit fur ledit chariot qui dan- 
foit & ioüoit des pieds & des mains fans cheoir, ce qui eftoit cho- 
fe merucilleufe à voir, dautant que les autres Bouuiers entierement 
& tant qu’ils pouuoient , aiguillonnoient cependant les bœufs pour 
plûtoft courir & aller, afin de le faire comber, ce qu'à la finils firenc: 
cat quant ce vint à pafler par la ruë où eftoit Le Roy & les Sei- 
neurs, ils aiguillonnerent fi aigrement lefdirs bœufs , qu’il fem- 
Ploit que tous les Diables les deuffent emporter, & tirerent fi hor- 
riblement & droitement vis-à-vis du logis où eftoic le Roy , que 
ledit Maiftre-valet comba à bas vn fi grand & rude faut, qu’il pen- 
fa fe rompre les bras & les iambes; dequoy le Roy & tous fes Sei- 
gncurs fe prirent grandement à rire. Il eft au refte à fçauoir qu’en 
cette Ville il y a celle franchife , que fi quelque Maiftre-valet Bou- 
uier veut entreprendre & faire le myftere que dir eft, & qu'il le 
puiffe faire fans tomber à terre , fes bœufs & fon charroy feront 
francs route l’année à Montcallier : Mais ledit Bouuier perdit lors 
icelle franchife & fa peine , & fût encor en danger de fe rompre 
Je col. Ce fait, le Roy alla difner à fon logis , puis aprés difher 
il partit pour aller à Quiers. 
Le Mercredy neuféme iour de Septembre , le Roy à Qwiers , 


_oüyt Meffe aux lacobins, difna en fon logis ; & foupa à la riue de 


Quiers, & puis il coucha en ladite Ville. | 

Le Ieudyÿ dixiéme iour dudit mois le Roy oùüyet Mefle à Quiers, 
difna à Turin, & coucha à Chesaux en Piedmont , où ceux de la 
Ville firent audit Seigneur telle Entrée, honneur , & reuerence 
qu’on fcauroit faire en la meilleure Ville de fon Royaume; car les 
Nobles , l'Eglife, les Manans & Habitans vinrent au deuant de 
luy , en luy prefentant les clefs de la Ville & du Chafteau , puis 
mirent vn poifle fort riche fur fa tefte , en figne de triomphe & 
victoire ; lequel füc porté par les quatre plus grands Maiftres de 
toute la Ville, les cloches fonnans , & les ruës eftans tenduës & 
tapiffées au poflible : Le Roy fût amené à la grand’ Eglife pour 


faire fes offrandes ; puis à fon logis, où il fût craité fort humaine- 


ment, le cout par le commandement de Madame de Sauoye. 


ROY DE FRANCE. 375 


Le Vendredy onziéme de Septembre le Roy partit dudit Che- 
naux aprés la Meffe, & alla difner à Sainct-Prat ; & le Samedy dou- 
zième aprés la Meffe , il partit de Saincf- Prat, & alla difner aux 
Fauxbourgs de Sainét-Germain en vne bonne hoftellerie ; puis aprés 
difner alla coucher à Verfay* , & par toutes les Villes où il pafloit *al. Vercei 
il luy fut faic ny plus ny moins que ï'ay dit cy-deuant , felon la 
puiffance des lieux , le tout par le commandement de madite Da- 
me de Sauoye. Quand le Roy füt arriué de Werfay , aprés fouper 
il alla voir fon camp , enfemble les Seigneurs & Capitaines qui y 
cftoicnt ; aufquels le Roy parla & commanda qu'ils fiffent bon 
deuoir, & qu’il les recompenferoit bien ; mefmement aux Capi- 
taines des Allemans ; de laquelle vifite & bonne chere lefdits Ca- 
pitaines furent fort ioyeux & contens. | 

Le Dimanche treiziéme iour dudit mois , le Roy audit Verfay, 
oùyt Meffe auprés de fon logis, & aprés la Meffe il alla difneren 
fondit camp ; puis aprés difner il s'en vinc fouper & coucher à la 
Ville. | a 

Le Lundy quatorziéme iour de Septembre , le Roy aprés 1 
Meffe alla difner & fouper en fon camp ; & fût dit qu’on le vifi: 
ceroit pour le mettre autre part, mais rien n’en fût fait; car il vint 
vn Trompette du Duc de Milan parler au Roy. | 

Le Mardy quinziéme iour de Septembre le Roy oùüyt Meffe 
audit Verfay , & y difna ; puis aprés difner alla coucher en fon 
camp, où cftoient fes rentes & pauillons. Au fortir dudit Verfay 
il eftoit accompagné de plufeurs grands Seigneurs, c’eft à fçauoir 
Monfieur de BE , Monfieur de Foix, Monfieur de Guyfe * ,Mon- * Pa. 130. 
fieur de Ligny , Monfieur de Dunos*, Monfieur le Marquis de or 
Ferrare , le Comte de Saint-Martin , & plufieurs autres grands o a, 
Scigneurs qui ne font icy nommez pour caufe de brieucté : Aufli puis pag. 
auec luy Fm fes Penfionnaires ,fes cent Gentilshommes, deux 142. 
cent Arbaleftriers à cheual, & quatre cent Archers de fa Garde, 
auec plufieurs autres bandes de fes Genfdarmes d'ordonnance ; ce 
qui füt lors vne des belles forties qu'il eft poflible au monde de 
voir : Incontinent qu'il fût en fon camp fon logis füc foffoyé ,. 
des barrieres faites bonnes & fortes, bien garnies d'artillerie groffe 
& menuë. Lors arriua Gentil Garçon dit de Prouence* , Heraut d’armes* Pag. 133. 
du Roy, lequel venoit du camp du Ducde Milan; & auec luy ve- Ÿ 169. 
noic vn Trompette dudit Duc pour parler au Roy: Ce mefme iour®. Fi “ 
le Roy enuoya le Capitaine She sol par fondit camp , pour; Chaître, 
faire tendre en plufieurs autres lieux d’autres tentes & pauillons ,pag.u8. cr 
afin de les difperfer & ordonner dedans les logis de fes Gentils- 
hommes & Penfionnaires de fa Maifon. | 

Item, il cft à fçauoir que le Roy lors eftoit auffi bien en point 
de toutes chofes, qu'on fçauroitiamais dire ; premierement il eftoit 
monté fur le cheual qu’il auoit le iour de la Tournée de Fornoüe, 


1495. 


176 HISTOIRE DE CHARLES. .VIIL 
vor nommé aunye*, bardé d'vne barde couuerte de velours cramoify 
"7". déchiqueré fur blanc& violet par moitié, & l’autre moitie eftoit de 
ee velours gris; fui lequel cheual , bien cheuauchant, il eftoit armé de 
Ce routes pieces referué fon habillement de tefte ; & fur ledit harnois 


P358 il auoit vn riche fayon * des couleurs mefmes de fes bardes, c'eftà 
* Pag.147. fçauoir cramoify, violet, &gris déchiqueté, pour mieux faire voir 
STE  Jedit harnois bien miftement*; & par deflus ledit fayon il auoit 


x se vn manteau en écharpe frifquement*interietté”* de la couleur que 

*entremeflé portoient fes Penfionnaires. | | | 

omparemé Le Mercredy feiziéme iour de Septembre , l'an mille quatre 
cent quatre-vingt & quinze, le Roy eftant en fon camp prés Ver 
fay, les Ambaffades de la Seigneurie de Venife vinrent deuers luy 
accompagnées de plufieurs gens de bien, tant des noftres que de 
ceux mefmes de Venife & du Duc de Milan , lefquels aprés tout 
bon accueil fait par le Roy, ils le prierent que fon plaifir füc de leur 
donner trèéues de quatre iours feulement ; à quoy le Roy répondit, 
Qu'il ne vouloir point de trêues , Cr qu'ils en allaffent chercher autre part, 
car de luy n'en auroient-ils point ; pource qu'il eftoit befoin qu’il ra- 
uitallaft ceux qui eftoient dans Nouare , entre lefquels eftoit Mon- 

_#-bet- fieur d'Orleans fon frere*, & que dans peu , ou il luy coûteroic 


frere rs | _ À 
tout fon Royaume ou il l’auroit; cette réponfe du Roy eftanc otiye 
par lefdits Ambaffadeurs, afin d'obtenir ce qu’ils demandoient, ils 

ni s'accorderent volontiers que viures leurs fuffent portez*. Parquoy 

omIineEs . . il ps 5 ‘ 

p.34. (OUT iRCOntinENt le Roy y enuoya grande quantité de viures, com- 


me de pain, vins, viandes, chairs, bœufs, lards, bleds, auoines, 
‘foin, blaues , & toutes autres chofes generalement qui leur faifoienc 
beloin', le tout auec fauf-conduit : Aprés lefquelles chofes faites, le 
Roy fit monftrer fon camp aufdits Ambaffadeurs , pource que le 


Duc de Milan ne vouloir iamais fouffrir que l’on veic le fien, ny 
que perfonne étrange entraft dedans, de peur que l'on fceût fon 
ordre , eftat , & façon de faire , mais le Roy ne fit pas ainfi ; car 


lefdirs Ambaffadeurs furent conduits & menez de bout en bout, 

& de long en long, tout à leur bon plaifir ; lefquels s’émerucille- 

rent fort du bon ordre, de l'excellence, & de la puiffance du Roy 

de France ; & ce fait , pour leur monftrer l'humanité & la bonté 

des François ,ils furent menez & conduits à Verfay, auquel lieu le 

Roy les fit fefloyer fingulierement , & eûrent cette charge Mon- 

— fieur le Marefchal de Gyé, & le Maiftre-d'Hoftel Meflire R egnaut 

* al. Doreil. Doxeilles * , qui leur firent en faueur du Roy tout ce qu'il eftoit pof. 
les, Comi- fible de faire; & furent menez aux Trois-Roys dudit V1 erfay, auquel 
FS2-3%5. Jieu, pource que c’eftoit le Mercredy des Quatre-temps, & qu’on 
| ne mangcoit point de chair , on leur fit apporter pain & vins de 
routes fortes, ypocras, épices, confitures , & autres nouuclletez fin- 

gulieres , tellement quelefdits À mbaffadeurs fe tinrencgrandement 


contens de l'honneur que le Roy leur faifoit faire. F 
Le 


 ROY DE FRANCE 177 
Le Ieudy dix-fepciéme iour de Septembre le Roy vincaWer- :; 

fey*,& A loy füt-il mr que l'abondance des cauës, . 
de la playe qui cftoir combée, auoit inondé tour ledit camp. Le 
lendemainceux de Peni/e furent feftinez de la part du Roy fort ho- 
norablement d'autre facon qu'ils n'auoient cité le iour precedent. 
Aprés le difner ils allerent au Confeil chez Monfieur de S. Malo, | 
iccompagnez de Monficur d’Æ#rgesron *, Monfieur le Marefchal de ; vs 
Gyé, & Monficur le Maiftre d'Hoîtcl, Mefhire Ripaw Doxrills Cheua- ;,, ARE 
lier. Et aprés que réponfe leur eût efté faire, ils s’en retournerenten 

leur camp, accompagnez dudit Sieur Rigawr Doxrills , Maiftre F lori- 

mond Roberter , & Monfieur d'Ærgentos pour rapporter la réponfe d'i- 

ceux Venitiens, & du Duc de Milan , qui eftoit en fon camp. 

_ Le Vendredy dix-huitieme iour de Sepcembre, ke Roy eftant à 

V'erfey, luy vinrent nouuelles que le pont de la riuiere dudit Verfay 

cftoit rompu par la grande cruë des cauës, dont il fuc bien marry, 

car il n'eftoie plus pofhble de pañfer pour aller de Verfayaudir camp, 

ny mettre des viures dedans, pource que la riuiere eftoit fi grande 

qu’elle ne pounoit demeurer en Les bouges* ; parquoy incontinent 

le Roy manda de faire venir des batteaux de la riuiere du Pauf* Momie | 
pour en faire vn pont paflant, ce qui fût fait; car à coute diligen- D 
ce on ytrauailla fi bien , que fur lefdits barreaux ,auec grande quan- le Po 

cité de conneaux l'on fe vn pont, par lequel l'on pouuoit aller facile- 

ment & fans danger, de Verfay audit camp, & dudit camp à Verfay. 

Le Roy ce mefmeiour foupa auprés dudit pont, pour voir trauailler 

ceux qui le faifoient : Et cedit iour vinrent ne bandes de 

Suifles & Allemans qui furent bien accueillis. 

Le Samedy dix-neuféme iour de Septembre le Roy audit Fer- 
fay , oüyt la Meffe &c y difna , & le bi il afla fouper au fufdit 
pont , où il rencontra plufieurs autres bandes d'Allemans qui ve- 
noient pourle feruir, parquoy il les fit bien feftoyer. 

Le Dimanche vingtiéme iour de Septembre , le Roy eftant à priongarion 
Verfay, furent prolongées les Trèues iufques au vingt-cinquiéme des Tréues. 
jour dudit mois de Septembre ; & le foir derechef les eauës creûrent 
figrandes,qu'ellesrompirentle pont &les batteaux,& emmenetent 
cout à vau-l’eaué; rouresfois il füt de nouucau refait en fort gran- 
de diligence, aufh bien ou mieux qu’il n’auoit auparauant efté. 

_ Le Lundy vingt-vniéme iour . Septembre il arriua vne des 
ee grandes bandes d’Allemans qu'il n'eftoic point encore venu, 
laquelle il faifoit fort beau voir. 

Le Mardy vingt-deuxiéme iour dudit mois de Septembre , le 
Roy ne fortit point dudit Verfay, pourauoir le temps d'affifter à fon * Délhiuranse 
Confcil & aduifer à ce qu'il auoit à faire. De 

Le Mercredy vingt-troifiéme iour dudit mois de Septembre , dufiege de 
le Roy cftanc audit Werfay, arriua pardeuers luy Monficur d'Or- Ron 
leans * qui venoit de N owsre , lequel fût reccû du Roy ho: pag. 360. 


V'ercel 


178 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
| vs norablement, debonnairement , & amiablement ; puis le Loir ils 
7, fouperent enfemble : Et depuis ce iour là mondit Sieur d'Orleans * 
Due “mangea , & fit fon difner en fon logis ; mais le Roy luy faifoit por- 


Roy Louys. " . : 

XII. ter & enuoyer tout ce qu'il luy eftoic neceffaire , tant pain, vin, 
viandes, poullailles, que toutes autres chofes qui appartenoient à 
fa table. 


Le Ieudy vingt-quatriéme iour de Septembre on auoit acheué 
de faire le pont de batteaux & de clayes, pour Foi de Verfay au 
camp, & l'alla voir le Roy aprés difner ; le lendemain , qui füc le 
Vendredy vingt-cinquiéme de Septembre, finirent les Tréues qui 
cftoient entre le Roy & le Duc de Milan ; parquoy le Roy tint 
Confeit 4 Ton Confeil , pour fçauoir sil feroit bon ab les -prolongeaft. 
Ry. . Etpource faire furent appellez audit Confeil ceux qui s’enfuiuent : 
Premierement Monfieur d'Orleans , Monfieur de Breffe le ieune, 
Monfieur de Ligny, Monfieur de Vendofme & fon frere, Monfieur 
de N'eners, Engilbert de Cleues, Monfieur de Dunoys, Monfieur de 
Foués * François Monfieur de Luxembourg, Monfieurle Prince, le 
Marquis de Ferrare,Monfieur de la Trimoille, Monfieur de Pien- 
* Philippe de ne, Monfieurle Marefchal de Gyé,Monficur d’Argenton*, Mefire 
Comines.  Iean Jacques, Meflire Troyen , Meflire Camylle Italiens, Mon- 

fieur le Cardinal Petri ad vincula, Monfieur le Cardinal de Sainét- 

Malo , Monficur d'Angers, Monfieur de Cornoüaille, Monfieur de 
«Depuis, Roüen*, Monficur d'Ambrun Archeuefques & Eucfques, auec plu. 
Cardinal fieurs autres grands Seigneurs ,Capitaines, Gouuerneurs & Entre- 
#Ambifé. inerteurs des affaires du Roy, & de coute fon Armée. Il fût, pour 

conclufion , par eux aduifé , que lefdites Trêues feroient prolongées 

& continuées tant qu'il plairoit au Roy , pour des raifons à ce le 


* Foix 


mouuans ; & cedie iour arriucrent plufieurs gens de ceux quis'e- 


ftoient enfermez dans NN ouare. 

Le Samedy vingt-fixiéme iour de Septembre l'an mille quatre 
cent quatre.vingr & quinze, fortirent de 'N oware plufieurs des gens 
de Monfieur d'Orleans , comme hommesd'armes, Archers, pietons, 
bagages, artillerie, & autres chofes. Et cedit iour , enuiron les fix 
heures aprés midy, les gens du Roy qui eftoient allez au camp des 
Venitiens & du Duc de Milan, s’en reuinrent , que reconduifoit 


* Galeu le Comte Galiach * auec fa bande ; & y eftoient de ce nombre ceux: 


qui s’enfuiuent ; premierement Monfieur de Piennes , Monfieur le 


*d'Oreilesp. Marefchal de Gyé, Monficur d’Argenton , Meflire Rigawr Doxeilles*,: 


176.Comines & Maiftre Florimond Robertet Secretaire du Roy ; & quand ledic 
PE IS Galiach les eût conduits iufques auprés du camp du Roy, il s'en 
retourna-aucc fes gens . camp des Venitiens ; lequel Galiach 
en s'en retournant rencontra ceux de ANouare fufdits, qui ame- 
noient quelques pieces de l'artillerie, dont fes gens en prirent par 
force & violence deux pieces : Parquoy aufli-toft que les nouuel- 
les en vinrent au camp du Roy, il séleua incontinent vn mer- 


nm, ms © mm Se : 


ROYDE FRANCE. 179 


ucilleux alarme, voire tel que tout le monde fe mit en armes pour 
les aller récourre ; & de fait , les nouuelles en vinrent iufques au 
Roy & Monfieur d'Orleans qui eftoient à Werfæy, lefquels inconti- 
nent commencerent à faire armer tout le monde , & eux-mefmes 
en propre perfonne y firent leur deuoir ; fi bien que Monfieur 
d'Orleans fortit du logis incontinent qu’on luy eût dit qu’on emme- 
noit fonartillerie, &s'enalla tout à pied fans armures quelconques, 
feulement auec vn arc & fa troufle iufques fur le pont , où il fûüc 
armé & accoûtré. Semblablement le Roy fortit auec fes Gencils- 
hommes , fes Penfionnaires, fes Archers de la Garde , & tous les 

rands Seigneurs de fa Cour ; & fortit dehors par la Porte-portelle, 
tellement que le pont ployoit deffous les Genfdarmes pour la gran- 
de multitude qui paffoit par deffus ; & auec ce quatre mille Suiffes & 
Allemans quieftoient dans la Ville, foudainement commencerent à 
fonner leurs Aûtes & tabourins, & à marcher aux champs auecleurs 
Enfcignes déployées, qui eftoit la plus belle chofe qu’on auoit en- 
core veuë depuis long-temps pour vne alarme. Ce fait, quand on 
füc preft de marcher outre pour aller donner fur les auant-coureurs, 
il vint des gens qui rapporterent & dirent que ce n’eftoit rien; car 
le Comte Galiach ne re tien de tout Cecy ; mais incontinent 
qu'il le fceût , il fit rendre ladite artillerie que fes gens auoient 
prife, & les fit cres-bien mp aprés ; parquoy le Roy auec tous 
fes gens s’en retourna audit Ver/ay, & chacun à fa chacune. 


1495: 


. Le Dimanche vingt - fepriéme iour de Septembre, le Roy à 7,4, 
Verfay , oùüyc la grande Meffe aux Cordeliers , & ce iour fu“ rimuées. 


» 


rent derechef continuées les Trèues iufques au premier iaur d'O- 
étobre. nu 
Le Lundy vingt - huitiéme iour de Septembre , le Roy oüyt la 
Mefle aux Freres de lObferuance hors de Verfay ; puis il s’en al- 
la difner à fon logis ,& aprés difner il s'en alla ioüer en fon camp. 
Le Mardy enfuiwant vingt-neufñiémeiloüyt la Meffe audit Con- 
uent; puis aprés difner il fit affembler fon Confeil, auquel il affi- 
fta , & ou il füc aduifé fur plufieurs grandes affaires couchant l'Ar- 
mée, & comment on y pouruoyroit.Le Mercredy trentiéme, aprés 
qu'il eût oùüy Mefle, & qu'il eût difné à fon logis, enuiron Vef- 
pres , eftanc bien accompagné de tous fes Gentilshommes , Pen- 
fionnaires, & autres, il s’en alla en fon camp pour y paffer Le temps 
& s'ébatre. u. 7. | 
Le Ieudy premier iour d'Otobre vinrent les Ambaffadeurs du 
Duc de Milan & des Venitiens deuers le Roy audit Vercel, & les 
fit le Roy honneftement feftoyer, & humainement traiter; car ils 
coucherent audit Vercel; aufli les gens du Roy qui allerenc vers le 
Duc de <Hilan furent en mefme temps tres-bien trairez. Lors, 
aprés que le Roy & fon Confeil eürent aduifé fur leurs affaires , 


O&obre. 


ils firent venir lefdits Ambaffadeurs, qui eftoientle Comte Galex, 


Z ij 


Ed 


180 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
l'Euefque de Come , Meflire Francifque, & plufieurs autres de leur 
149$. À | | 

‘party, qui conclurenc plufieurs articles entr’ eux , touchant prin- 
Cipalement la paix & l'union des parties ; mefmement que le Duc 
de Milan & fes Alliez requeroient eftre d'accord auec le Roy ; par- 
Comines quoy il conuint derechef d’enuoyer deuers luy ( pource que le 
Qui Roy ne vouloit accorder fes demandes) Monfieur le Marefchal de 
Gyé, Monfieur le Prefident Gannay , Monfieur d’Argenton, Mon- 
ficur le Vidâme de Chartres, Maiftre Florimond Roberter Secretaire 
Secretaire du Roy. Or eft à fçauoir, qu’en traitant & pourfuiuant ces matie- 
ds Rey. res,toûjours y auoit auprés le Roy des He des Venitiens ; & aufh 
auprésles Venitiens il y auoic des gens du Roy, & furent prolon- 

gées les Tréucs iufques au huitiéme iour d'Oétobre. 
Le Vendredy deuxiéme iour du mois d'Oétobre , l'an mille qua- 
*Treffas de VE Cent quatre-vingt & quinze ,trépañla * audit Wercel le tres-fage 
F sex ve de & debonnaire Seigneur Monfeigneur François de Bourbon Comte de 
De Vendofme, de Conuerfan, de Saint-Paul, & deSoiffons, Vicomte 
me à ercil de Meaux, Seigneur de me , de Grauelingue, d'Efpernon, 
.… v. Comines Dunkerque, de Han, dela Roche, Bohain , & Beaureuoir, & Cha- 
. ftelain de Lifle ; duquel trépas le Roy füt tant fâché que merueil- 
pre, es ;enfemble toute la Nobleffe de France, non fans caufe ; car à 

la verité c’eftoit l'vn des beaux & des bons Princes du monde. 

#*Machieu . En ces iours Monfieur le Baftard Afarhies “retourna de prifon 
. rs vers le Roy, quien fûütfortioyeux. Aufhen ces iours, ou enuiron, 
SR ?. mourut le Bailly de Chartres, qui autresfois auoit efté Capitainede 
341.342. [a Garde- Efcofloife. rem, en ces iours le Marquis de Mantoie, 
PU accompagné d’aucuns grands Seigneurs de Uenife , vint deuers le 
Roy, de le receüt 2 honneftement : Ils parlerent enfemble 
plufieurs fois feul à feul ; & aprés plufieurs deuis & entretiens le- 
dir Marquis prit congé du Roy iufques aprés difner ; & difna ice- 
luy Marquis en vn logis que le Roy luy auoit fait apprefter;au- 
quel lieu, pour luy faire compagnie, difnerent auec luy Monfieur 
le grand Baftard Mathieu de Bourbon , Monfieur le Marefchal de 
Gyé, & plufieurs autres grands Seigneurs, defquels il fût honora- 
blement receû & feftoyé , le cout aux dépens du Roy. Aprés dif- 
ner leditMarquis de Mantoïe retourna deuers le Roy, & le remer- 
cia grandement du grand honneur qu’il luyÿ auoit fait, & fait fai- 
Courfier a *€3 le Roy luy donna vn tres-beau courfier , qu’il auoic acheté du 
cheté ing Baftard du Liege cinq cens écus. Ec aprés ces chofes faites il parla 
FF au Roy long-temps en prenant congé de luy , puis s'en retourna 
au camp des Venitiens. Incontinent aprés qu'il fût party, Mon- 
fieur de Brefle & Monfieur de Foix allerent au deuant du Duc de 
Reception Ferrare qui venoit deuers le Roy , lequel fût amiablement receû 
faire an Duc du Roy , & de tous fes Seigneurs ; & après l'accueil fait & au- 
deFerraté  cyns entretiens , le Roy le é mener au Lu où ledit Marquis 


venant (TOU= à -e. A 
uerle Roy, de AHantoïe auoït efté feftoyé ; où femblablement , par le com- 


| ROY DE FRANCE 181 
mandement du Roy il füc aufli noblement feftoyé, enfemble fon 
fils, & tous fes gens. | | 1425: 
Le Mardy fixiéme iour du mois d'Oftobre fût fait audit Wercel 
le Seruice de Monfieur de Vendofme en la grand’ Eglife dudit 
licu,nommée Saincte Eufebie , auquel Seruice Ë fait le plus grand 
deüil de Prince que iamais fûtveü. Helas! il le valoit ; car c’eftoit 
l'Efcarboucle des Princes de fon temps,en beauté, bonté, huma- 
nité, fagefle, douceur, & benignité ; & faut fçauoir que le Roy en Grerde emi- 
fütfi marry, qu'il n'eftoit aucun qui le peüt reconforter ; & pour pres 
monftrer qu’il le vouloit aimer en fa mort comme il auoit fait en 4x c. de 
fa vic;il ordonna & voulut expreffément que tel & femblable hon- Vendofme. 
neur fût fait à l'enterrement à cotps que s’il eût efté fon propre 
frere. Et premierement pour parler en bref de l’ordre ai Pc te- 
nu audit enterrement , eft à fçauoir que toutes chofes es ob- 
fcruées & gardées tant en ceremonies , honneurs, & reuerences, 
ue en toutes autres chofes quiappartiennent à vn grandSeigneur 
u Sang Royal , cel comme il Air & prochain parent du Roy; 
Donc pour ce faire füc mis le corps à l'entrée de fon logis, lequel 
auoit efté embaümé, ouuert , & mis en tel & femblable eftat qu’il 
cft requis en l'Office Royal , bien clos & férmé dans vn cercueil 
de plomb couuert de bois, à raifon qu’il le falloit apporter en Fran-- 
ce; fur lequel cercueil il y auoit vne grande couuerture de velours 
noir auec vne grande croix de fatin blanc, où pendoient les armes 
dudit Seigneur de cofté & d’autre. Pour obuier au defordre,com- 
me aufli pour faire place & lieu à ceux qui deuoienc ter le 
corps de degré en degré, vint le premier le Preuoft de l’Hoftel du 
Roy auec fes Archers, & fes gens tous habillez en deüil , qui 
auoient affez affaire de faire reculer le peuple , tant des François 
que autres , qui venoient plaindre & pleurer la mort du cres-de- 
bonnaire defunt. L | 
Puis vinrent les Gens d’Eglife, qui de toutes parts auoïient efté Consoy dé 
mandez & requis de par le Roy, pour venir à l'Eglife & faire le 78e 
Seruice dudit corps ; c’eft à fçauoir les quatre Mendians , comme Come. 
Cordeliers, Iacobins , Carmes, & Auguftins , qui cftoient en fort 
grand nombre : Aufli auec eux vinrent toutes Gens de Religions, 
c'eft à fçauoir ,de Saint Benoïft & de Cifteaux , Prieuts, Abbez, 
Moines blancs & noirs, & autres, autant qu’il y en auoit par de- 
là , auec leur Croix & Eauë-benifte, la plufpart d'iceux pleurans & 
regretans cette mort fi nn ui | | | ” 
Aprés vinrent file à file & en tres-bel ordre les Croix detou tes les 
Paroifes dudit‘ Tercel, & des enuirons ; aprés lefquelles fuiuoient pre- 
micrement plufieurs petits Enfans de chœur , tous reuétus de fur- 
Fe ; puis les Chapelains , Preftres, Vicaires & Curez d'icelles en 
ort grand nombre. | | …_ 
.… Enfuite marcherent les Chanoines, Doyens, Archidiacres , & au- 
Z iij 


1495: 


* Depuis le 
Cardinal 
d'Amboife, 
p.69.93.97. 
110.6 II2. 
* Pag.119. 


182 HISTOIRE DE CHARLES VIII, 


tres Gens conftituez en dignitez d’Eglife , deuotement chantans, 
& plufieurs d’iceux lamentans & regretans la mort du bon & ver- 
tueux Prince de Vendofme ; car tel ne le connoifloit & ne l’auoit 
iamais veû , qui feulement à voir amerement pleurer ceux qui le 
connoifloient , en fi grand nombre , eftoient contraints d’eftre 
meüs aufli à pitié & compañlion, tant qu’ils ne pouuoient s'abfte- 
nir de pleurer, foûpirer, ou du moins regretter cette pitoyable & 
douloureufe mort. | 

Aprés marcherent en grande reuerence & honneur les Cardi- 
naux, Archeuefques, Euefques, & Abbez qui enfuiuent ; premie- 
rement Monfieur le Cardinal Petri ad vincula, Monfieur le Cardi- 
pal de Genes , Monfieur le Cardinal de Sainét- Malo, Monficur de 
Rouën* qui fit l'Office ce iour-là, Monfieur l’Archeuefque d'#»- 
brun, Monfieur l'Euefque d'Angers * Confeffeur du Roy , Monfieur 
l'Euefque de Cornoüaille, Monfieur l’Eucfque de Syon, & plufieurs 
autres grands Seigneurs conftituez en dignitez. | 
_ ftem, deuant & aprés ledit corps y auoit grande & merucilleu- 
fe abondance de groffes torches , cierges & luminaires , tous ar- 


-moyez des armes dudit Seigneur ,portez par gens à ce ordonnez, 


Huifiers à 
Male. 


tous reuécus en deüil tout à neuf. 

Quand tous lefdits Seigneurs, & les autres generalement furenc 
paffez en‘vn ordre fi lugubre, qu'il n’y auoit perfonne qui fe peûc 
tenir de pleurer , vint le corps; fur lequel , comme dit aefté , il y 
auoit vne couuerture de NE As noir croifée de fatin blanc , auec 
lefdites armes pendantes de cofté & d'autre ; deuant lequel corps 
cftoienc; äinfi qu'ileft requis à vn grand Seigneur du Sang Royal, 
deux Huiffiers 4 Halle habillez en deüil , faifans & exerçans leur 
Office ,ainfi qu’en tel cas appartient. _ | 
_ frem, aufhi deuant ledit corps y auoit grand nombre de Gen- 
tilshommes , Officiers, Maiftres-d'Hoftels , Valets de Chambre, Ef- 


cuyers, Efchançons, Pages feruans, & autres du crain de fa Mai- 


fon, qui en cris piteux , griefs foûpirs , & ameres exclamations, 


tous habillez de deüil, fe comportoient f1 douloureufement pour 


*al.recher- 
cher. 


R mort de feu leur bon Maiftré , qu'il n'eft poflible de l'exprimer 
ny raconter; car ils auoient lors perdu leur Pere, leur Seigneur, & 
leur bon Maiftre , & non fans caufe le regrettoient-ils; car le no- 
ble Seigneur eftant au lit de la mort, quand il les voyoit pleurer 
pour luy , il les reconfortoit fi doucement & fi humainement qu’il 
n'eftoit cœur qui ne fondift en pleurs & en larmes ; & leur difoit 
telles. ou femblables paroles : 74es amis, mes enfans ,ne pleurez point 
pour moy, car c'eft le plaifir de Dieu que ie meure ; CT puis qu'il luy plaift 
ie prens la mort en patience , gr le remercie du bien qu'il me fait de le 
connoiffre €9° de le requerir * 4 mon fecours am dernier de mes iours ; € 
pourtant, mes amis ne pleurez point , mais priex Dies qu'il luy plafe de 
me donner connoiffance de luy infques à ce que mon'ame foir [eparée de 


ROY DE FRANCE. 183 
mon corps ; aprés laquelle féparation ie me recommande à vos bonnes 
priers. Ce cres-noble, fage & prudent Seigneur, vn peu deuant 495: 
qu'il trépaffäc, écriuit vne lettre au Roy ,en laquelle pour princi- . 

Si A : | ettre dudit 
pale fubftance il difoit : Qu'il effoit venu par [on mandement € com- Ce 
mandement outre les Monts pour le feruir loyalement ; ce qu'il auoit bon- Roy .peu «- 
ne intention de faire fi Dieu luy etr donné le grace de viure plus long- ei Je 
temps ; mais puis qu'il luy plaifoir appeller il efhoir bien content que [a 
volonté füt accomplie en luy, & le plus grand regret qu'il auoit , C'efloit 
qu'il mouroit bors.de [on pays arriere de [a bonne femme * @r de fes petits , + Marie de 
_enfans*. À parler proprement, durant fadite maladie il ne regrettoit pr, 
autre chofe; & ie croy que cela luy abregea fort fes iours. Er de k pe | ‘ai 
faic la derniere claufe de fa Lettre eftoic telle: fon tres-cher Sci- oser 0 
greur ie vous dis adieu , en vous recommandant trois chofés principalement 4e Vendof- 
aprés ma mort ; premierement ma paunre ame , Ma tres-bonne anile T° Fe . : a d 
loyale femme, es mes petits enfans, lefquels demeurent venfue er orphelins ; Ry Henry 
fe vous fupplie en faueur d'amour &) d'equité qu'il vous plaife eftre leur le Grand. 
mary € pere ; ou du moins leur tvray Seigneur, Garde , er Proreéteur , 
tant de leurs corps comme de leurs biens ; en laquelle garde és proteélion 
pour de çy en auant ie les remers entierement pour la bonne fiance que ï'y 
ay. Quand le Roy vid cette Lettre, à peu tint que le cœur ne luy 
Éndie en deux parts de pitié & compaflion ; car il voyoit bien 
qu’il perdoit vn des bons amis qu'il eût au monde, & vn des 
loyaux , des beaux, & des bons Princes de fon Royaume; parquoy 
aprés la mort d’iceluy il monftra bien qu’il auoit à cœur , & ai- 
moit bien affectueufement ce qui luy auoit efté recommandé à la 
fin * dudit Signeur de Vendofme, laquelle füc la plus belle, la plus * fp. de la 
conftante , & la we fage, iufques à ce qu'il rendit l'ame, qu’on vid vi 
damais, ay qu’il eft pofhble de voir pour * mort de Prince. Ie | 
54 Iefus Redempteur de tout le monde qu'il luy pardonne fes . ,, a mort 

autes, | 


x 


Comme dit a°efté , fes Gentilshommes & autres de fon Hoftel, 
tous habillez en deüil ,marchoient & alloient deuant le corps ;en- 
tre. lefquels l'vn defdits Gentilshommes, plus fufhfanc, portoit fon 
Heanme. timbré, comme l’on 2. accoûtumé de faire à ceux du Sang Honneurs 
Royal ; l'autre portoit {on Efeu & fes _{rmes , vn autre {a Corte ps _. 
d'arme , vn autre fon Efhée , & d’autres portoient fon Effendart , Royal. | 
fon Guidon , fon Enftigne, & routes autres chofes à ce appartenan- 
tes. Puis venoient fes Trompettes & Clairons, Huifiers, Officiers, 
Cheuaucheurs tous reuérus de deüil piteux, portans lefdites armes. 
Aprés lefquels vint le corps, couuert comme dit eft , lequel por- 
toient douze grands Gentilshommes ; & és quatre coins dudit 
corps tenoient les quatre bouts d'vn Poifle de drap d'or, qui eftoic 
par deflus , Monfieur de Breffe, Monfieur de Foix , Monfieur de 
Ligny ; & Monfieur de Guyfe*. Et quand ledit corps füt paifé, “Page 
aprés marcherent ceux qui faifoienc le deüil ; c'eft à fçauoir, pre- 


134 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 

149$. mierement Monfieur Leuys *de Uendofme fon frere ; & le menoir 
Monfieur d'Orleans ; aprés Monfieur de Newers , Engilbert de Cle- 
“Pag.147. yes, Monficur le Prince d'Orenge, Monficur de Brffele icune, Mon- 
*Pag.16. fieut de Danois, Monfieur le grand Baftard de Bourbon* , Monfieur 
de la Grutuze , Monfieur le Marcfchal de Gyé , Monfieur de la Tre- 

moille , Monfieur de ‘Piennes , Monfieur le Vidime , Meñlire Jean 

acques, & Monfieur Camille Icaliens, aucc plufiears autres grands 

Seigneurs de France de la Maifon du Roy, & de l'Armée, tous en 

. tres-bel ordre & deüil fomprueux ; aprés lefquels marcherent fem- 
blablement, aufli tous en deüil & en fort bel ordre {car le Roy 

Les cent l’auoit ainfi commandé faire } les css Gentilshommes de fon Ho- 
7. ftel, fes cent Penfonnaire ; & puis vn infiny nombre de peuple 
fdldu Ray. aprés, tant Genfdarmes, Gencilshommes François, Allemans, Ita- 
..  Jiens, & autres, la plus grande mi d'iceux pleurans & regret- 
tans piteufement la mort de ce bon Seigneur ; il y auoït tantde 
- -monde parmy les ruës de Uercel qu'on ne s'y pouuoit prefque rour-, 

ner ny remuer. 

Quand le corps füt arriué à l'Eglife on commença à faire le: 
Seruice Diuin, & fût à ce commis Monfieur de Roüen ; ce fût lvn: 

des beaux & des fomprueux Seruices qu'on vid iamais faire de. 

par delà, en France, ny autre part ,& où il y auoit plus de notables: 

gens ; car toute Ja Noblefle de France , au moins la grande 

partie, y cfloit & roue l'Armée, auec pluficurs Cardinaux, Ar 
cheucfques & Eucfques ; laquelle chofc n'aduienct pas fouuent en 

France, ny ailleurs. Quand le Seruice fût dit, auquel pour abreger 
“en general & en particulier tous les honneurs , toutes les reue-- 
rences , facons de faire , ordonnances, & ceremonies furent fai- 

tes , gardées & obferuées comme l'on eût fceû , peû, & deû faire. 

pour vn propre frere du Roy mefme , fi le cas fût aduenu. On 

prit congé de l'Eglife, & emporta-t'on le corps, ainfi accoûtré qu'il 

a cfte dit ; autour duquel eftoient fes Herauts, Huifhers , Trom- 

pettes & Clairons, fans mot fonner, comme aufli les Officiers, rous 

portans les armes dudit Seigneur fur leur deüil ; enfemble ceux qui 

- portoientfes Cottes d'armes , Tymbre, Efpée, Eftendart, Guydon, 

& autres chofes par ordonnance, comme dit a efté,& fut recon- 

.duit du long de la Ville de Uercel iufques au dehors des Portes 
 d'icelle ; auquel lieu furent ordonnez des gens de bien & d’hon-- 

neur pour auoir la charge de conduire & faire mener ledit corps 

en France , laquelle chofe für faite ; car dedans vne Liriere il füe 

mis fort honorablement , y ayant toûjours plufieurs torches allu- 

mées autour du corps tout le long du iour; & la nuit on le met- 

toit repofer és Eglifes par ou il pafloit, & faifoit-on chanter Mefle 

& Seruices pour l'ame du defunt; puis il eftoit encor remis fur la- 

_ dite Litiere, & conuoyé, comme dit eft, par tous les gens de fa Mai- 

fon, & autres grands Seigneurs commis de par le Roy , tous ha- 


billez 


 ROY DE FRANCE. i8$ 
billez de deüil ; lefquels de journée en iournée pafferent ainfi les 
Monts, & autres pays, iufques à ce qu'ils artiuerent à Howlins en 1425: 
Bourbonnois ; auquel lieu Moñfieur & Madame dé Boarbon fi- 
rent faire vn fomptueux & grand Seruice. Puis delà en aüant Füt 
ledit corps mis fur l'eauë , ÿ aÿant aufli toûjours autour d'iceluy 
van grand nombre de Religieux, qui iour & nuit difoient — 
& oraifons pour le repos de l'ame dudit Seigneur ; cahe qu'il für 
artiut à Pendo{me, où l'on luy fit dérèchef cout cé qu’il eftoir pofli- 
ble de faire, ainfi qu’à leut vraÿ Prince & Séigneur, 

Le Meréredy feptiéme iour du mois d'Oétobre, l'an mille qui: suifés au fe- 
tre cent quatre-vingt & quinze, arriua à Uercel deuers le Roy l'E- _. og à 
ucfque de Syos, accompagné dé plufieurs Suiffes & Allémans des Comines 
Ligues d’Alemagne à pied & à cheual, tous gens de faiét , entre p:61. 
lefquels y auoit pluficurs Genvilshommes dudit pays; & en nom- 
bre de huit à dix mille Suiffes & Allemans, gens bien deliberez ; 
lefquels le Roy receûr volontiers : Puis il defftaya ledit Euefque & 
les Scigneurs defdires Ligues d'Alémagne qui les aucient conduics 
& amenez tant qu'ils furenc audit Uertl; aufi à leur partement il 
leur fit de grands dons ,femblablement à leurs Tabôurins , Troti- 
pettes & Clairons, & aucres loüeurs d'inftrumens feruans au sheftier 
de la guerre, | | . _ | 

Le leudy huitième iour d'O&obre les Ambaffadeurs du Duc de 
Milan vinrent à Urrcel deuers le Roy; & quand ilseûrent parlemehté 
enfemble, pource que les Tréucs finiffoiens encr'eux, 8e qu'ils vi: 
rent tant de Genfdarmes pout Le Roÿ ; préfts & appäreillez de don- 
ner dedans ,ils mirent ni prôpofition là Paix, & dirent qu'ils de- 
mandoient appointement , & de fâirele Traité de Paix ainfi qu'il 
plairoit au Roy, s'il vouloit y vacquer & entendre. 

Le Vendrèedy neuñéme iour d'Oétobrte, l'an mille quatre cent 
quatre-vingt & quinze, le Roy voyant la requefte qu'on luÿ faifoie, 
ayant toûjours cité ‘Prince dé paix; Pretééteur de concorde &) runibn; 8 

a Lans Lun 7, . | LA | NP nr Ce Rep Ee 
non defirant fairé épandre _ buthain ; que où pofliblé cft à fon merde 
hotinéur par voyes iuftes & railonnables d'y pouruoir ; il enuoya P«x par/és 
auec lefdits Ambaffideuts & le Prouidadour de la Scigneurie de us sil 
Venife deuers ledit Duc de Milan & iceux de Venñife, Môrifieur lé 
Marefchal de Gye, Morifieur ke Prefident Gannxy, & Meflire Ri- 
gaut Dortills, pour pafler le Traité de Paix, ainfi qu’il avoir eftc 
conclu entre le Roy & lefdits Ambaffadeurs, & faire enfuite léuër 
leurdit camp : Ce que volontiets accorderent kfdies Seigneurs de 
Vénife & ledic Duc de Milan. Ce fait, ces Seisneurs fitenit dafrs 
ledit éamp des Venitiens publier à fon de trompe le Traité de Paix; 
commré | auoic efté accordé entré le Roy de Frañee une pañt, 
la Scigncurie de Venife auéc le Duc de Milan d'äürte part , dont 
les Genfdarmes Venitiens & Lombards furent fort icyeux; & bien 
le monitrerent par leur effet : Car fi toflque kdié Traité fûc publié, 

| À a 


186 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
intontinent, fans aucun delay, ils commencerent à leuer leur camp: 
1495+ g s'en aller chacun chez {oy. | | + | | 
Le Samedy dixiéme iour d'Otobre, tout le camp entierement 
defdits Venitiens & du Duc de Milan für leué & décampé. Et de 
fait, lefdits Venitiens, Lombards, & Milanois partirent trois heu- 
nues gi res gr minuit auec toute leur artillerie, bagages, viures, & au 
prés la Paix treschofes,& pour monftrer qu'ils n’y vouloient plus retourner, c'eft 
faite. qu'ils mirent le feu dedans leur a : , ttllement que tout füt 
aufi-toften feu & en flamme. Ce fair, lefdics Seigneurs Monfieur le 
Marefchal de Gyé,Monfieur le Prefidenc de Gannay, Meflire KR igaut 
Doreilles, Monfieur d’Argenton , & Maïftre Florimond Robertet , auec 
*Pagusz. CUx Gentil Garçon, dit Prouence* , Heraut d’Armes du Roy, reuin- 
169.175. renc à Vercel deuers le Roy aflez matin; & luy certifierent comme 
le camp des Venitiens & du Duc de Milan eftoit leué & brûlé, 
& toute leur artillerie emmenée , enfemble les Genfdarmes, tous 
partis pour s’en aller chacun chez foy, fur peine de la hart. Lors 
Publicarios le Roy fit publier ce iour en fondit camp à fon de trompe, comme 
de la Paix. l'on auoit fait le Traité de la Paix ; parquoy cedit iour fût ordonné 
au Bailly de Dijon, à Meflire Charles de Brillac Maiftre-d'Hoftel du 
Roy, & autres , de faire faire les Monftres des Genfdarmes & des 
Allemans au camp du Roy; ce qui fûc ainfi fait. Et cftoit en- 
core le Duc de Ferrare audit Vercel, lequel deuoit aller à Gennes. 
Leditiour Monfieur de Dunos, DATE Prince ,& autres grands 
Seigneurs allerent à Tris attendre le Roy pour faire le ferment de 
ladite Paix , ainfi que les Venitiens & le Duc de Milan auoienc 
fait entre les mains des deflus-dits nommez. Et derechef, lefdirs 
Ambaffadeurs Venitiens refirent le ferment, comme le Roy l’auoit 
Sermens fait, difans que les ennemis du Royeffoient les leurs , Cr qw'ils vouloient 
faits pour ce [eruir le Roy de cœur, de corps , ° de biens ; Monfieur d'Angers receût 
Je leurs fermens, prefens Monfieur de Cornoäaille , Monficur d’4m- 
brun, & autres Prelats.; des Nobles y eftoit le Duc de Ferrare & 
fon fils, Monfieur de Breffe , Monfieur de Foix , Monficur d’Ar- 
genton, Monfieur de Grutuxe, Meflire Rigaur Doreilles, & Maiftre 
Florimond Robertes Secretaire du Roy. Aufh de l’autre partie eftoient 
lufieurs Seigneurs de Venife, & d’autres endroits , auec les Am- 
afadeurs deffus-dits ; puis, ce fait ,ils prirent congé amiable- 
ment les vns des autres, & prepara-r'on le partement du Rôy,le- 
uel fe fit le lendemain. : Du Un NAS en 
Le Dimanche onziéme iour d'Oétobre, le Roy oùüye Meffe aux 
Cordeliers ioignant fon logis ; & aprés difner il füt coucher à Trir, 
où il. demeura iufques au quinziéme iour d'Oétobre , auquel lieu 
deuoit venir parler à luy le Duc de Milan : Toutesfois il n’y vint 
point , mais il manda au Roy-qu'il luy pardonnât , à-caufe qu'il 
_eftoit malade, tellement qu’il ne pouuoit fe tranfporter deuers luy, 
dont le Roy netint pas grand conte; mais fic apprefter tous fes gens 


ROY DE FRANCE. . 137 
pour le lendemain partir, ce qu’il fit; car le lendemain , qui fût le 
Ieudy quinziéme iour d'Oétobrele Roy oùüyt Mefle audit Trin; & 
aprés la Meffe & le difner il füt coucher à Crefcentin. 

Le Vendredy feizieme iour d'Otobre, le Roy audit Cre/centin , 
oüyt Mefle ; puis alla difner à vn lieu dit Sillon , & coucher à 
Ceffe. | 

g. Samedy dix-fepriéme iour d'O&tobre, le Roy er de Ceffe 
x la Mefle , & für difner à vne Abbaye cft à moitié du 
chemin dudit C ele & de Turin; ou il alla au gifte. | 
Le Dimanche dix-huitiéme iour d'Octobre, le Roy oüyt la 
Melle audit Turin, & y difna, & aprés difner alla coucher à Quiers. 

Le Lundy dix-neufiéme iour d'Oobre il demeura audit Quiers, 
& le lendemain, qui fût le Mardy vingtiéme dudit mois d'O&to- 
bre, il oüye Meffe & difna à Quiers ; puis aprés difner fût coucher 
à Turin. | | 

Comme dit a efté cy-deuant, ledit Seigneur difna à Quiers, puis 
il fit fes preparatifs pour aller coucher à Turin. 

Le Mercredy vingt-vniéme iour dudit mois d'Oétobre, le Roy 
ne partit de Turin, mais le lendemain en belle ordonnance, bien 
accompagné de fes Genfdarmes, ilalla difner à Riwolle, & coucher 
à Saxe. . 

Le Vendredy vingt-troifiéme iour dudit mois, il fic chanter fa 
Meffe audit Suxe , puis alla difner & coucher à Briançon; & cedir 47/7: ds 
iour repafla fon artillerie de Sauoye en Dauphiné. DT 

Le Samedy vingt-quatriéme iour dudit mois, aprés la Mefe, le 
Roy partit de Briançon & alla difner & coucher à NN ofhre- Dame 
d'Ambrun. 

Le Dimanche vingt cinquiéme dudit mois, le Roy fit chanter 
fa Meffe deuant Noîftre-Dame d’Ambrun , & là fit fes offrandes en 
remerciant Dieu du bien qu’il luy auoit fait, de luy auoir donné 
victoire contre fes ennemis, & de la grace d'auoir paracheué fon 
pi pi auec fi grand honneur ; puis il alla difner à Sawme *, 8e" #Saire 
coucher à Gap en Dauphiné. | 

Le Lundy vingt-fixiéme iour du mois d'Oétobre, aprés la Mef- 

{e , il partit de Gap, & für difner à Saincf. Exibe * ; auquel lieu vin-*S.ÆEwébe 
rent les gens des Parroiffes , tant hommes que femmes, filles & en- 

fans, pour luy faire honneur & reuerence; &aprés difnerils firent 

deuant Îe logis du Roy des dances & efbatemens , & autres ioyeu- 

fetez, pour la grande ioye qu'ils auoient du bon retour du Roy; 

lequel enfuite partit dudit lieu de Saintf-Exibe , & alla coucher à 

Le «Mure, auquel lieu il arriua fort tard. | 

Le Mardy vingt -feptiéme iour dudit mois d'Oétobre , le 
Roy partit de l4 Meure aprés qu'il eût ouy Meffe, puis il monta 
à cheual, pour aller difner à Tawlr, & aprés coucher à Grenoble , 
où il arriua enuiron Vefpres ; auquel lieu vinrent au deuane de 
| À a 1) 


1495: 


188 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 

luy cous les Seigneurs de cette Ville, ant d'Eglife comme Se- 
*495% Culiers pour luy faire l'honneur & la reucrence qu'ils luy deuoient; 
bref, il y fût accucilly en la maniere accoûtumée ; auquel lieu le 


Roy difpofa de fesaffaires particulieres: En ces entrefairesil lüy fur- 


uint quelque petite maladie, tellement qu'il conuint enuoyer que: 


“pagap. tir des Medecins en diuers endroits ; car fon bon’ Medecin, com- 
me dita cfté* , cftoit crefpaifé : Toutesfois auant Fr les Mede- 
cins fuffent arriuez il commença à guerir, ainfi qu'il fut graces à 
Dieu , & ne fût en mal - aife que trois ou quatre iours , & non 
fans caufe ; car il auoit fouffert en {on voyage, à mon aduis, au- 
tant de peines, de trauaux , de foucy , de chagrin, & d'autres 
chofes, que peñût auoir vn Prince &vn Roy qui aime fon honneur, 
comme il faifoit , que pourroit , ne fçauroit faire homme viuant 
au monde; & pour railon de ce, & d’autres chofes neceffaires à la 


conduite de fon faict , il feiourna audit lieu de Grenoble depuis le- 


dic iour vingt-fepriéme dudit mois d'Oëtobre iufques au quatrié- 
me iour du mois de Nouembre ; lequel iour il fit tenir fes gens 
tous prefts à partir & fe mettre en voyc pour tirer à Lion. 
Nouembre. Le Mercredy quatriéme iour de Nouembre , le Roy aprés la 
Meffe partit dudit lieu de Grenoble, alla difner à Sainéf-Ramberr, & 
coucher à Morain. | 
Le Ieudy cinquiéme iour dudit mois de Nonembre, le Roy par- 
| _ tit de S#forain aprés la Mcfle oüye ,alla difner à Sion , & coucher 
* André. à la Coffe Sainct-Andrieu*. | | 
Le Vendredy fixième iour de Nouembre , le Roy partit aprés 
la Meffe, de la Coffe Sainét- Andrieu; puis fût difner à vn lieu ap- 
*Pag.97. pellé Chantonnay, & coucher prés de Lion *, en vn lieu de Phifance. 
= Le Samedy fepriéme iour du mois de Nouembre, l'an mille qua- 
Reception re Cent quatre-vint & quinze , le Roy aprés la Meffe alla difner 
fpeEt à Pl dc , & coucher à Lio ; & eft à fçauoir , que de Lion for- 
de Lion x tirent Îcs manans & habitans pour l’accueillir ainfi qu’il luy appar- 
fon reteurde renoit : Premierementles Prelats, Seigneurs, Comtes & Chanoines 
Naples, Co qe Sainét-Jean de Lion auec tous les autres Chanoines , Curez & 
mines p.367. NAS - 
_Preftres dudit lieu , les quatre Mendians, & autres Religieux, tous 
reuétus d’ornemens fomptueux, portansReliquaires, Chaffes, Fier- 
tes, & autres precicufes Reliques, vinrent fairclareuerence au Roy, 
ainfi qu'il eft accoûtumé de faire en tel cas. 
- Aprés vinrent les Gouuerneurs de Lion, tant de Iuftice que au- 
trement ,accompagnez de grands & riches Marchands, enfemble 
de pluficurs autres ; & furent faire la reuerence & la bien-venué au 
Roy, den eftoit lors outre Île Pont-du-Rofne, où il faifoit, pour 
fon plaifir, courir H lance à deux ou trois de fes Mignons. | 
Aprés fortirent tous les principaux enfans de Lion, montez, 
bardez, & accoûtrez de chaînes, baguës, ioyaux , & autres fingu- 
lritez, le mieux que l’on auoit iamais veû ; & rous vétus & habil- 


ue ” La Femmes Re 7 


RO Y DÉ FRANCE. 199 —— 

lez de grands & larges fayons l'vn comme l’autre, lefquels il fai: 1495. 
foit beau voir. | de 

rem, quand tous ceux à qui il appattenoit furent au devant du 
Roy rendre le devoir en quoy ils eftoient tenus, le Roy fit mar- 
cher chacun en fon ordonnance dedans la Ville, laquelle eftoit 
par toutes Les ruës où il devoir pañler, tenduë, tapiflée, garnie, & 
accoûtrée le plus fomprueufement qu’on auoit fceû faire, de gran- 
des tapifferies, & autres chofes tres-belles. | 

La porte où il paffa, & auffi par tous les cartefours par où il 
deuoit pafler, il y auoit deséchaffauts, myfteres, &hiftoires, auec 
leurs diéts & fentences par écrit, faits & compris d’entendement 
merucilleux. 

Item ,en plus de cent endroits il y auoit au trauers des ruës des 
Ecuflons pendant en l'air, faits à la mode d'Italie, enuironnez de ,4,moiries 
oros chapelets de fleurs, & autres verdures à here dedans LE ritisu d 
quels Ecuflons eftoient les Armes my-parties du Roy, c’eft à fça- 1" 
uoir du haut cofté les croix de Hierufalem d'or fur champ d'argent 
comme Roy de Hierufalem, de Naples, & de Sicile; & d'autre cofté 


les trois fleurs-de-lys d'or fur champ d'azur comme Roy de France. Et 


pardeflus ledit Ecuflon eftoit la Couronne couronnée du tiere * *sierr. 
Imperial magnifiquement fait. > 

Ainfi entra le Roy auec toute fa Nobleffe, tres-bien accom- 

agné de tous fes Genfdarmes, tant Archers, Gentilshommes, Pen- 

ns. que de tous fes autres domeftiques & familiers de fa 
Maïfon; triomphant en viétoire, glorieux en geftes, nompareil 
en magnificence, & immortel en excellence. 

Item, ledit Seigneur en la compagnie deflus-dite, fût mené au 
logis de l'Archeuefque de Lion cofte * Saint. Jean , auquel lieu l’at- * proche 
tendoient [a Reyne, Madame de Bourbon, & plufeurs autres * André de 
grandes Dames, defquelles il füt accueilly en ioye & lieffe tres- D : 
fingulierement. most l 

Îtem, aprés tout cét accueil, & cette bien-venuë faire, vint par- P:114.dir(en 
deuers luy Maiftre .4ndry de La Wigne* , lequel il auoit commis à pr el 
coucher & mettre par écrit ce prefent Voyage, comme il apert ; soir prefénté 
lequel à fa bien-venuëé luy apporta, entre autres chofes faites & % #2 4 


| | Poëfies de [a 
trauaillées par luy, diuers Rondeaux qu’il auoit compofez. ir 


Aa ii 


1427 


u” STE UNSS 
Si \ 


_ DV MESME VOYAGE DV ROY 
CHARLES VIII 
| POVR LA CONQYESTE 

DV ROYAVME DE NAPLES. 


Qui fert de fupplément au Journal précedent, où le com- 
 . mencement femble manquer. | 


D Ho Fe de _— | de 5 .:1# 
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* 


Par PIERRE DESREY, de Troyes. 


f 


. De l'Entreprifé du Voyage du Roy CHARLES VIT L pour 
aller recouurer fon Royaume de N aples, €g comment 
il y fut incité. 


7. &5 PRE's que le tres-Chreftien & tres - vi- 
W. "| étorieux Roy Charles VIII. eût vaillam- 
ZAA ] ment, &auec beaucoup de prudence dom. 
eTHEA e fes ennemis, tant au dedans qu'aux 

MY. frontieres de fes Eftats: encore qu'ileût en 

%.ÿ fuite peû demeurer en repos & tranquil- 

AA 715 1 lité ; routesfois, comme Prince magnani- 

“Lesrafins |NXESCZ" SA me & vertueux, remply de proücfle & 
+ de vaillance, il fe dar d'aller conque- 


ont infértes . | ep no : 
en tu rit fon Royaume de Naples & de Sicile, qui à iufte vitre * luy ap- 
_. é ip Il eftoit à la verité de corps, mais il auoit vne pre- 
pe. tance qui faifoit dau ‘abord la grandeur de fon courage; 


nes du Lou- , 
vre p. 492. Cat depuis qu'il eût vne fois deliberé & arrefté de faire cette gran- 


k 


rt Die ue ER cd. A a lemen nt ent — 


HISTOIRE DE CH. VIII R.DEFRANCE. 191 
de & pcrilleufe entreprife ; on ne le peût iamais enfuite détourner 
de la conduire. & mettre à fin ; il ne voulut pas mefme écouter.* * P. Robers 
les remonftrances preffantes de ceux de Paris, qui dans l'apprehen- cu a 
fion du danger de fa pérfonne, tâchoient à le dérourner de cedef. Le 
(ein; dont à la verité l’execution paroifloit d'abord comme impof- 
fible, & hors d'apparence ; mais en toute diligence il leua aufli- 
toft vne grande Armée, choifie du nombre des plus vaillans qui fe 
peûrent trouuer, tânt de caualerie que d'infanterie, pour eftreem- 
ployée & fur cerre & fur mer;à qe il donna d’excellens Ca. 
pitaines pour conduire & commander les Soldats qui la compo- 
foient : Il y füc d’ailleurs tout d'abord exhorté , & beaucoup en- 
couragé par le Pape « 4lexandre VI. & par le Sieur Zudowic Sforce, 
Lo our lors auoient vhe grande haine & malueillance con- 
tre Wu vfurpateur du Royaume de tr , dont la domi- 
nation eftoit fort tyrannique , & comme infupportable. Le Roy, 
pour mieux affembler fes gens de guerre, & auancer fon deflein, 
s'achemina à Lion, afin aufli d’eftre plus proche de fon entrée dans 
l’/talie quand il en feroit temps. | 

Il eft à remarquer, qu'auant qu'on füt entré feulement dans la | 
penfée de ce Voyage, dés l’année 1493. vn deuot Religieux appel- À 493° 
É Hierofme Sauonaroll* , de l'Ordre Sain& Dominique (que de- , eines 
puis fûc tres-iniuftement brûlé à Florence par l'enuie cruelle de p.388. s4r. 
fes ennemis) auoit prefché & predic publiquement l’auenement 543: &'550. 
du Roy Charles & des François en plufieurs endroits de l'Italie ; 
tellement que les Florentins leftimoient eftre vn bon & fain& Pro- 
phere. n 

Ainfi donc que le Roy cftoit à Lion , il enuoya deuant pout 
paffer les Monts Monfeigneur le Duc d'Orleans , auec pvionts 
grands Re arm , & autres, accompagnez de quantité de Genfdar- 
mes, tant de fes Ordonnances qu’autrement: Il deputa auffi diuer- 
{es perfonnes és villes de «Hilan, Gennes , V. enife , Florence, Lucques, 
Pife, Viterbe, Rome, & autres lieux de Lombardie & d'Italie, pour 
le fuier de cette conquefte ; & afin que dans toutes ces Villes & 
Places on executât de bonne foy la promeffe qu’on luy auoit fai- 
te, de contribuer'au recouurement de fondit Royaume : Ces De- 
putez furent fort honorablement receûs efdites Villes ,& leur fûc 
fait par tout tres-bon accueil , auec affurance de tenir la parole 
donnée au Roy ; dans laquelle negotiation ils s’acquitterent tous 
tres-bien de leur Commiflion & Legation ; & d’ailleurs , le Duc 
d'Orlearis fe mit en poffeflion de fa Comté d’4f. 
‘En ce temps le Seigneur des Querdes , (qui vulgairement eftoit 
nommé Monfieur des Cordes) tomba en vne griéue maladieeftanc 
à Lion, difpofé de paffer les Monts auec le Roy; parquoy luy fût 
confeillé par les Medecins. de retourner en Picardie (dont il eftoit 
natif) däutanct que l'air pourroit aider à le remettre. Adonc ledit 


+ 
+ 


192 . HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
Seigneur prit congé du Roy & des autres Princes & Scigneurs de 


France, & partir de Lio , pour aller iufques à Le Brefle ; qui eft à trois 
Jieuës de ladice Ville, où il trépaffa : Son corps fût mis en vn cer- 


Mort du 
Sieur des 
Querdes os 
des Cordes. 


cucil de plomb , & porté à Nofire-Dame de Boulongne fur mer ; où 
il eft enterré comme il l'auoit fouhaité ; par le commandement 
du Roy, il füc fait grand honneur & des proccflions au deuant du- 
dit corps, par les Villes où il paffa. 

Eftant encore le Roy à Lios, par bon confeil & meurc delibera- 
tion, furent de fa part commis& ordonnezplufieuts grandsScigneurs 
& prudens Perfonnages pour la garde & deffenfe du Royaume de 
France, afin d'y pouruoir fur toutes les affaires occurréntes, ainfi 
que befoin feroit : Et premierement fûc commis feul Regent & 

rincipal Chef dudit Royaume Monfcigneur Pierre Duc de Bour- 
+ lequel auoit époufé [a fœur du Roy Madame Anne de Fran- 
ce; le Seigneur de Baudricourr fût mis Gouucrneur de Bourgongne ; 
les Seigneurs d'Auaugour & de Rohan Gouuerneurs de Bretagne, le 
Seigneur d'Orsal Gouuerneur en Champagne; le Seigneur de Gra- 
uille fût ordonné és pays de Caux , Normandie, & Picardie; & le 
Seigneur d'AÆngoulefme Gouucrneur en Angoulmois, & en tout le 


pays de Guyenne. Tous lefquels, ainfi ordonnez, prirent humble- 
. ment congé du Roy, & allerent vn chacun d'eux pour s'acquiter 


de leurs fufdites Charges. Aprés routes ces chofes ainfi difpofées 

ar bon ordre, le Roy demeura encore quelques iouts à Lio# pour 
Le delices & plaifirs d’icelle Ville, & aufli pour la bonne grace d'au- 
cunes Dames Lionnoifes : Mais il furuint vne pefte, au Rec de la- 


quelle ce Roy partit de ladite Ville , accompagné de Madame la 


Aouft. 


1494. 


Entree du 
Roy a Gre- 
noble p.187. 
183, 


Reyne fa femme, & de plufieurs autres; & vint iufques à Wienne, 
(qui cft ä cinqlieuëés de Lion ;) Confequemment aprés partirent de 
ladite ville & Ciré de Vienne le Roy & la Reyne auec leurs gens, 
& paffans par Uillencufue , à Le coffe Sainct- Andrieu , & à Rine, (où ils 

furent toüjours bien receüs ) paruinrent iufques à Grenoble. 
. Le Samedy vingt-troifiéme iour d'Aouft, l'an mille quatre cent 
TT. & quatorze , le Roy accompagné de Ia Reyne fa 
emme , & de plufieurs autres Princes, Seigneurs, Dames, & Da- 
moifelles , fit fon Entrée dans la ville & Cité de Grenoble ; laquelle 
fût cres-fomptueufe & magnifique, tant de la part des Gens d'E- 
glife, lcfquels vinrent au deuant de luy & de ladite Reyne, en no- 
table proceflion ,garnis de plufieurs Reliquaires , & honneftement 
reuérus de fort riches chappes ; que de la part des Scigneurs de la 
Cour de Parlement de Grenoble , & autres Officiers en quantité ,auee 
les Nobles, Bourgeois, Manans & Habitans de ladire Ville ; lefquels 
cftoient cous honneftement vétus & habillez félon leurs eftats ; 
c'eft à fçauoir , les vns vétus de belles liurées , & lesautres de certai. 
nes deuifes, chacun à fa fantaifie ; & en cette maniere ils vinrent au 
deuant dudit Roy , & de fa compagnie; &là parceux à ce deputez, 
| | | comme 


ROY DE FRANCE. 193 


comme Bourgeois & Efcheuins , luy furent prefentées les clefs de 
ladite Ville , ‘en luy propofant & difant lotianges par gens qui le 
{ceürentbien faire ,en figne d'honneur & d’obeïffance. Puis fût mis 
& porté vn fort richeCicl ou Dais deffus luy,& vnautre deffus la Rey- 
ne; & ainfi cer ME de leurs gens, & d’vn grand nombre de 
peuple ils furent conduits dedans la Ville ; laquelle eftoit honcfte. 
ment tenduë & parée de tapifferies, & autres riches paremens. En 
_icelle Ville eftoient parcillement fairs & demonftrez plufieurs hi- 

ftoires & beaux D , defignans l'excellent honneur & loüange 
du Roy & de la Reyne , autant qu'il eftoit pofhble ; car on n'yauoit 
rien obmis : Et ainfi fût conduit en ladite Ville & iufques en la 
grand’ Eglife de Grenoble, où il fit fon Oraifon ; & puis fût mené | 
en fon logis*ou fe tient le Parlement ds Dasphiné, qui eft vn beaulo- *Le Roy loge 
gement cres-fpacieux. ef rs 

Le Roy & la Reyne demeurerent fix iours entiers dans cette fe où 
Ville, où par les Seigneurs Prefidens dudit Parlement , & de fon /ed/e Par- 
Grand-Confeil , furent examinées plufieurs chofes pour l’appareil ol 
& l'équipage de l'Armée dudit Roy, afin de facilement & en gran- 
de feureté pafler les hauts Monts de Sasoye; & mefmementc il fûc 
aduifé , que pour tenir le chemin plus facilement , feroient ren- 
uoyez les chariots & charettes, qui iufques en ce lieu de Grenoble 
auoient efté ordonnez pour apporter le bagage du Roy, & autres 
chofes neceffaires à fon armée. Et au lieu EL its chariots & cha- 
rettes furent ordonnez grand nombre de mulets pour icelles chofes 
porter à grofles charges. ainfi qu'au pays de Saoye on a accoûtumé 
de pratiquer ; car autrement n’euflent-ils peû promptement palfer. 
Aufli furent ordonnez gens prudens & fages pour prendre & mar- Bon ordre te. 
quer les logis du Roy & de fon Armée , felon qu'à chacun pou- ne . 
uoit appañtenir en pareille affaire ; donc fût principalement don- Roy. 
né la charge à vn nommé Pierre de Valeraut*, lequel eftoit fort , Pag. 173. 
propre à cela; pource qu'il connoifloitles lieux & les pays de tout 
ce voyage. Et confequemment par le Roy, lefdits Seigneurs & 
Gens de Confeil , furent ordonnez fages & aduifez Perfonnages 
pour aller çà & là en plufieurs Villes & lieux dudit Pays, faire ap- 
porter viures & chofes necefläires à ladite Armée, lefquels viures, 
& autres prouifions eftoient par eux payez à honefte & raifon- 
nable prix, fans faire ny exercer aucunes pilleries ; & pour cette 
caufe, & y donner bonne prouifion ,les ordonnez à ce ,eûrent ti- 
tres de Ffare/Chaux , Maiftres-d'Hoftels | & Preuofts, qui bien y firent 
leurs deuoirs. Et pour toûjours entretenir les Seigneurs, Citoyens, 
Manans & Habitans des Villes & Citez de Lombardie & d'Italie ,afin 
qu'ils fourniffent leurs compromis au Roy (pource que leur fidelité 
eft aucunesfois bien petite) furent enuoyez ceux qui s'enfuiuent ; 
premierement fütenuoyé vn Maiftre-d'Hoftel nommé Jean de Car- 
donne à Florence, le Scigneur Charles Brillarr à Genes , Gaucher de Tin- 
| Bb 


194 HISTOIRE DE CHARLES VIII 

teuille à Sénes , la Ville-R igaut-d'Oreilles , à Milan , Adrian de l'Ifle 
à Pife; & le Seigneur de Loïan à Lucques, & autres rh à Viter- 
be. Et auec vn chacun d'eux furent tranfmis gens de longue-rob- 
*Ilenfera bes* ,éloquens, & fcientifiques Orateurs , pour en cette fire pro- 
Hg à : pofer harangues quand meftier en feroit. Frem,& pour ce mefme def- 
dant {ein furent enuoyez deuers les Princes, Regens , & Gouuerneurs 
Preuues.  defdits pays de Lombardic & d'Italie les Seigneurs qui s'enfuiuent; 
Premierement fût enuoyé le Sieur de la Trimoïlle vers le Roy des 
“al. de Bou. Romains , Louys Lucas au Seigneur Ludouic à Milan, le Seigneur 
chage du Bofcage * aux Venitiens , le Seigneur d'Aubigny & fes gens à 
Po Rome ;auec auffi Monfieur * d'Autun,le Prefident Gue/nay *, & le 
“;l can de General de Bidant* Ambaffadeurs vers le Pape : Et autre parc fût 
Garnay pag. enuoye le Seigneur d’Argenton F accompagné de Monfireas : Et 
RER pour conduire l'Oft & l'Armée du Roy en iceluy Voyage delà les 
*ceftde Co- Monts, furent ordonnez les Princes du Sang Royal, & autres Sei- 
mn gncurs qui s’enfuiuent, Monfeigneur le Duc d'Orleans , le Seigneur 
de Hontpenjier, le Seigneur de Foix , le Seigneur de Luxem OUT 
le Seigneur de 7 endofme , le Seigneur Angilbert de Cleues , le Sei- 
L _ gneur ean Jacques, le Prince de Salerne , le Seigneur de Afiolens, & 
M.dePien- Je Seigneur de Piennes , les Marquis de Saluffes , de Vienne, & de 
“S.  Rorhelin, les Marefchaux de Gyé @r de Rieux, aucc les Senefchaux 
de Beaucaire & de'N ormandie; tous & chacun d eux accompagnez de 
_plufieurs notables Capiraines, Cheualiers ,Barons, Gentilshommes, 
Efcuyers, & autres braues & loyaux Genfdarmes en quantité ; & 
pour les Mignons de la compagnie du Roy, furent ordonnez les 
Seigneurs Bowrdillon , Chafhllon , la Palice , George Edouuille , auec 
quelques autres familiers , comme Paris, Gabriel , Dyjon & pluficurs au- 
tres domeftiques ; De cette noble compagnie eftoient cftablis pour 
Maiftres - d'Hoftels de chez le Roy, & autres, (outre les deffus 
nommez , qui dés-ja auoient efté enuoyez deuant, pour folliciter 
les affaires, & les entretenir ,) Guyot Louliers , qui eût la charge de 
— conduire l'artillerie ; & aufh le Seigneur Chaudoyt (lequel eût com- 
nn ie miffion d'aller auec la décharge” de la grande N cf * de France) 
Nef de le Baillif de Vitry Icannot du Tertre, Perrot de Baché, le Seigneur 
France. de Villeneufue x René Parent, le Bailtif Saint-Pierre du Monftier : 
“al. Hemé Tean Chafleau-Dreux , Hernëé* du Chefnoy , Tean de Laney , le Sei- 
gneur du Fas, Adam de Lifle, Giraut & Charles de Sufaine , le 
Seigneur de la Broffe , Honoré Seigneur du Chef, & autres prin- 
cipaux Officiers ordinaires , comme Panetiers , Echançons, 
Valers de Chambre, Huifliers de Salles , & pluficurs autres, ain- 
fi comme il appartenoit fort bien à l’eftat dudit Roy & à cette 
affaire. | | | 
Aprés qu'iceluy Roy Charles eût fciourné l’efpace de fix iours 
dans ladite ville de Grenoble, pour ordonner de toutes fes affaires, 

il en partit fort honorablement auec fa Noblefle ,en prenant con- 


_.:. ROY D'E FRANCE. | 19: 
gé. de Madame la, Reyna & de fes gans,, lefquelss'en, retournerena 
en France. | | hs oo 
Gamment Le Roy partit de Grenoble pour palfer delà 

les M onts , € aller à Naples. 


Le, Vendredy vingt-neufiéme iour dudit mois d’'Aouft , le 
Roy ayant oùüy Meffe. partit de Grenoble , aprés auoir pris le con- 
gé que deflus, de la Reyne fon époule, & de fes gens, & alla auec 
enujron. la moitié de. fa compagnie difner en, va lieu, appellé Le 
Heure, qui eft vn. Bourg dépendants d'vne Baronnie, appartenant au 
Seigneur de Dunois: de là f vint fouper & coucher à E/cay, petite 
Ville où il für honosablemenr recçeû, dé tous les Nobles & Bour- 
geois qui Fhabitenr : 

Le lendemain Samedy trentiéme, & penultiéme d'Aoufé, il vint * 7-p-182. 
difner à Sainct- Bosnet ; & puis il alla repofer én vae petite Cité ni 
nommée dé en Dauphiné. Le iour fuiuant le Roy alla difner aux A 
Forges , & fouper à Noffre-Dume d'Ambrun : où, auec fa Compa- Roltaing 
gnie , il füc honeftement receû par tous les Eftats d’icelle Cité , de rai. 
&c füt logé en la maifon de l'Archeuelque”*, lequel de la part du for deCade- 
Roy eftoit alors allé en Ambaffade deuers le Pape. . gene _ 

Le Lundy matin premier iour de Septembre mille quatre cent rre que le 
quaure-vinge quatorze, aprés auoir oùy la Mefle deuanc Noftre. Ro ln éri- 
Dame, il s'en alla difner à Saincf-Crefhin , & puis au. gifte à Briam bles Le 21. 
çon”* , où il fût cres-honorablement receü par les Gens d’'Egli- Feurieren- 
fc , de ka Nobleffe, & du Tiers-Eftac : Aprés il fût mené cn fon ie 
logement , qui par curiofité luy eftoit preparé hors de la Ville, dar 
en vnc hofte lerie la plus grande & fpatieu € qu'on puiffe voir : & les Preuues. . 
en çc lieu luy für faire, & aux fiens , sres-srande chere de diuerfes  U 
fores de viandes & cxcellens vins. | 
_ Le Mardy deuxiéme jour dudit mois il alla difner à Suzanne, 04. 
&c ke fair il alla à la Preuofké d'Ourfé ; où aprés le repas , on luy pre- Li à 
fenta vn grandhomme fort robuftc,natif de la Poÿill , lequel eftanc 
interroge, füs accufé d'eftie vn des principaux maiftres de le Wau- 

Pute* ; Aprés que le Ray l'eûr oùy parler, il le remit encre Le mains */fémble 
de la Juftiçe, chatgé de fes crimes; donc l'information eftans deuë. #48" 
ment faisk:cét homme fût pendu & étranglé publiquement à vn a 
gros arbre. Le Jendemainle Roy alla difner à Chaymont; & inconti. pci 
nent aprés il enera dans le pays de Sesoyr, &calla coucher à Suge ; du Ve 
quel lieu luy vint au deuant la Ducheffe de Sauoye fort richement, 
parée , accompagnée de plufieurs notables Perfonnages , grands Sei. 
mes , Barons , Genrilshommes, Dames & Damoifelles , qui tous 

uy firent grand honneur ; & le receûrent & traiterent en grand 
triomphe & magnificence. Le iour fuiuant il partit dudir heu de 
Suxe , & alla difner à Sainé£-louffet ; puis il entra dans le:pays de 

B 


b ij 


Septembre. 


Ÿ 
* l'eillanne 


196 HISTOIRE DE CHARLES VIIL : 
Piedmont , & alla au gifte à Villanne*, où il fût honorablement re- 
ceù , ainfi qu'en chaque lieu par où il paffa. 2. 

Le lendemain Vendredy cinquiéme iour de Septembre, ledit 
Roy delibera d'entrer en grande pompe dans Turin, en la manie- 


re qui s'enfuit. 


De l'Entrée du Roy dans la ville de Turin 4 Pays 


de Piedmont , ex tres-grand honneur © folemnite. 


Le fufdit Vendredy cinquiéme iour de Septembre, comme le 


Roy Charles alloit à Turin, les Gens d'Eglife d'icelle Ville vinrent 


au deuant de luy en notable Proceflon ,ainfi qu'en tel cas eft ac- 
coûtumé ; & aufh ne faillirent pas à y faire grandement leur de- 
uoir , les Gens de la Nobleffe & de Labeur , Manans & Habitans 
de laditeVille , de mefme que l'Vninerfité. Parcillement luy vint 


au deuant [a notable Dame Princeffe de Piedmont fomptueufe- 


ment parée de veftemens magnifiques; car elle eftoit habillée d’vn 
fin drap d’orfrizé , trauaillé à l'antique , bordé de gros faphirs, 


diamans , rubis , & autres pierres forc riches & pretieufes ; elle 


portoit fur fon chef vn gros tas d’afhquets fubrunis de fin or, rem- 
plis d’efcarboucles , de balais | & hyacintes , auec des houppes 


_ dorées , gros fanons & bouquets d’orfeuerie ,mignardement trauail- 


* 41. Valcts 


de pied. 


lez ; elle avoit à fon col des colliers à grands roquets garnis de grof- 
fes perles Orientales , des bracelets de mefme en fes bras, & au- 
tres parures fort rares ; & ainfi richement vétuë , elle eftoit mon- 
tée fur vne hacquenée, 2. cftoit conduite par fix laquais * 

e pied , bien accoûtrez de fin drap d’or broché ; elle auoit à fa fui- 
te vne bande de Damoifelles , ordonnées & équipées de fi bonne 
maniere , qu'enfin il n’y auoit rien à redire ; elle eftoit aufli accom- 
pagnée de plufieurs nobles Cheualiers, Seigneurs, Barons, Efcuyers 


. & Pages d'honneur. En cette forte le Roy entra dedans Turin, 


dont Îles ruës eftoient tendués' de fins draps d’or & de foye, & d’au- 
tres riches paremens ; & parmy la Ville eftoient dreffez de grands 
échaffauts remplis de Myfteres , tant de la Loy de naturé que de 
la Loy écrite , geftes Poëtiques , & hiftoires tant du vieil que du nou- 
ucau Teftament ; ce qui eftoit ainfi continué depuis lentrée des 
Fauxbourgs de ladire Ville iufques au Chafteau ; auquelle Roy en- 
tra pour y loger en tres-grand triomphe au fon de la melodieufe 


_armonie des trompettes & clairons, & y für receû fort honorable- 


ment par ladite Princefle, & par le Duc fon beau fils ,accompagné 
de fon Oncle le Seigneur de Breffe , & autres Seigneurs & Barons 
du Pays, qui s’offrirent tous auec ladite Dame d'aider & de fecou- 
ir le Roy, tant de leurs gens que de leurs biens, auec grande dc- 
monftration & figne d'amour. I ne faut pas obmettre , que dans 
ladite Ville furent ce iour faites en quantité d’endroits pluficurs 


Le nan nn. 


ROYDE FRANCE. 197 
repeuës franches ; où il fût abondamment donné à manger & à 
boire à tous paflans & repañfans. | 2. 
Le lendemain Samedy fixième Septembre, ladite Princeffe ame 
na encor ledit Duc fon beau fils en la chambre du Roy, ouilsdif- 
nerent ioyeufement auec luy, en grandes largeffes de biens: Aprés 
difner le Roy prit congé de ladite Dame & de fondit fils, ainfi que 
des autres Seigneurs de Sauoye & Piedmont, pour aller fouper &, ne 
coucher à pc *, Ledic iour donc de Samedy le Roy partit de, #55, 
la ville de Turin, & marcha tant auec fa compagnie, qu'il appro- precedenres. 
cha de cette ville de Qwiers audit Pays de ‘Piedmont ; auquel lieu 
la fufdire Princeffe auoit exprefflément mandé de le bien receuoir 
ainfi qu’il fût fait ; & auffi furent faits plufieurs ioyeux ébatemens, 
en ladite Ville, à l'honneur du Roy & des fiens, qui furent tous 
fort bien receûs au grand triomphe & à la gloire des Dames ; & 
ils y feiournerent trois iours. — | 


Comment le Roy partit de Quiers pour venir en la ville d'A, 
o4 il eut certaines nouuclles des beaux exploits de Monfti- 
gneur le Duc d'Orleans au pays de Genes ; ex comme Lu- 
douic Duc de Milan & fa fcmme vinrent voir le Roy au- 
dit lien d'AÎ*, € d'une merualle auenné audit pays de” 714 
Genes. | | 


Le Mardy neufiéme iour de Septembre le Roy partit de la vil- 
le de Quiers , remerciant honorablement les Seigneurs & Dames 
d'icelle Ville du bon accueil qu’on luy auoit fait ; &.ce iour alla 
difner à Wille-noue*, puis il vinc fouper à la ville d’4f qui appartient “#47 . 
à Monfecigneur le Duc d'Orleans , ouil fût ioyeufement receû de tous 
les Eftats du Pays, non en moindre forte que dans les autres Vil- 
les precedentes; mais ils firent encore quelque chofe dauantage fe- 
lon leur pouuoir , en la reception tant de luy que des fiens. Le 
Roy entra donc de cette maniere dans la ville d’4f#; & fût premie- 
rement tres-bien logé en l'Hoftel d'yn nommé fean Roger *, &c les * pag rs. 
autres Seigneurs furent aufh tous logez en diuers bons logis. Le- 
dit Seigneur d'Orleans eftoit pour lors abfent de ladite Ville ; car il 
faifoit voile fur les coftes de la mer de Genes pour les affaires du 
Roy, afin de mieux affurer fon voyage. | 

Le lendemain Mercredy matin dixième Septembre , que le Roy + Faux rap- 
cftoit encore en icelle Ville , furuinten hâte vn faux Courier * ; ports donnez, 
lequel (comme tout éperdu ,& aucc quelque écrit fair à deffein ) fn ge dr 
rapporta nouuelles wat François auoient tout perdu deflus mer : nauale. 
Parquoy le Roy aflembla diligemment {on Confeil , & les No- 
bles Seigneurs qui eftoient pour lors auprés de luy , afin inconti- 
nent de donner ordre, & metre prouifion fur cette affaire. Mais 

; Bb ii 


198: HISTOIRE DE ÉHARÉES- VIII. 
cependant: ce faux Courier sefquius ; & il: nt: carda gueres:, que 
toft aprés arriua vn autre veritable.8& affuré Courier, lequel apport 
ta de cres-Bonnesnouuelles:, routes contraires à-ce que l'autre avoit 
eur. dit, fçauvir comitic ondit-Seigneur d'Orleans, &les fiens:, en fai. 
paille p.100, fatit voile aux enuirons du: Rapail*", deuers-le Port de Genes, auoienr 
dus.  deffait le Prince de Tarenre & route fon armée, & qu'il amenoie 
Bien quarante prifonniers dé. marque; & enfin qu'il y aoit eû- ne 
telle deffaivé., & vn: fr grand carhage des ennemis de France , qw’ih 
cftoit impoflible d'en fçauoir le nomibrrt ; ear if n'en eftoit échap. 
pé que forc.peu qui prirent prompcement la fuite pardeffus les 
Monts.L'vn desricueux duCardinal de Genes, & l'vn des fils. de Meffire 
* Pag.99.& Fregofé ÿ furententr'aurres pris prifonniers: & Frederis* qui commran-- 
T4. doit en cette rencontre en mourut & expira de peur. Aufli eftoienre 
en ce combat les principaux & la fleur de Piralie ; & à certe vi- 
* Le Sieur de Oire {e trouuerent auec mondit Seigneur d'Orleans , le Seigneur de 
Piennes pag. Piennes* y fear de la Grange, Charles de Brillac lequel y fût fait Che- 
Re ualier *, le Bailly de Dijon, le Seigneur dit Gwyor de Loufiers*, 
*Ibid.  auec plufieurs hommes d'armes & autres vaillans Perfonnages de 
guerre. À prés cette victoire ledit Seigneur d'Orleans füt furpris d’v- 
ne fievre , ou autre maladie , en telle forte qu’il luy conuint retour- 
neren ladite ville d”’4f où eftoit encore le Roy : Auquel lieu eftoit 
venu de Milan Ludouic auec fa femme, laquelle eftoit fille du 
Duc de Ferrare; & il l'auoit amenéeen grand triomphe d habits & 
de ioyaux d’or ,& quantité de riches pierreries, pour ainfi la mon- 
fret au Roÿ fibien parée , aucc lequel ils deuifoient auffi familic- 
témient , comme de pair à compagnon : Car ce traiftre Ludowie ne 
faifoit pas lerspatoiftre l'iniquité de fon mauvais deffcin , com- 
*CeLudo- inée il le demonftra bien depuis, & dont aufh finalément bien mal 
Se luy en prie & aduint *. : | | | 
puss prifon- _P . | _1 os , 
nier du Roy: Aprés que le Roy eûc feioutné quelques ioursen la ville d’4f, 
Louys XIL. jf ÿ fûc indifpofé durant deux ou crois iouts ; pourquoy il chan- 
* PAG. 11$. ges de Jégis , & fût tranfporté aux Iacobins * dela mefme Vil- 
; €n Vne chambre qui atoit vne agreable veuë fur le iardin ; & 
._ R auec ledit Seigncut d'Orkans &: autres Princes & Scigneurs, & 
Gens de Confeil sil ordonna & expedia plufieuts affaires pour le 
bien & l'utilité de fon Voyage, & de tout le Royaume. Cependanr 
k fufdit Ludouic fe tetira à Milan, & puis il retourna quelque temps 
aprés, mais il faifoit tout cela par feinte & trahifon. Durant ce temps, 
comme plufieurs Franéois eftoient encore à Gens ,iladuinten keur 
prefencé, & de plufieurs autres de cette Ville, qu’vn iour apré dif. 
net ctois ou quatre gentils compagnons allerenc pour pafler le temps 
& par diuertiflement fe baigner dans la mer; aprés quoy il en fur- 
uint encore vh autre qui fe dépoüilla de fes habits pour fe baigner 
aec les autres; & alors fortit du fonds de Peau vn grés Poiffon qui 
alla mordre ce derniet baigneut jufques au pur fang ; luy ft voyant 


REP tn — mme mdr 


ROY DE FRANCE. 199 
ainfi bleffé,s'échappa dudit Poiffon en fe deffendant ;mais quand 
le Poiflon eût fuccé de fon fang , il courut derechef aprés luy, & 
le mordit en plufieurs endroits, jufques à ce que par force il l’en- 
traîna dans le fonds de la mer, & iamais depuis ne fût reucû ; de- 
quoy plufieurs furent fort ébahis confiderans cét accident fi in- 
opiné. | 

Aprés e le Roy eût feiourné à L>4f# depuis le neufiéme iour 
de Septembre iufques au fixiéme d'Octobre, il partit d'icelle Ville, 
pour toûjours auancer chemin & parfaire fon voyage. 

Le Lundy donc fixiéme iour dudit mois d'Oobre , aprés que 
le Roy eùc oùy la Meffe en Îa ville d'4f, ainfi qu'il auoit de coû- 
tume ,il prit vne mediocre refection; puis il en partit, & alla dif- 
ner à la Fariniere ; après quoy il alla au gifte à Honçal*, qui eft la 
premiere place vers la Lombardie, & vne tres-bonne Bourgade qui 
appartenoit au feu Marquis de .Æfontferrat * ; où le Roy fût tres-ho- 
norablement & fort bien receû ; car la noble Dame de ce lieu veuf- 
ue dudit Marquis y eftoic pour lors ; laquelle , auec le Seigneur fon 
beau fils, & fon frere, dit Monfieur Conffantin le receûr tres-ioyeu- 


Octobre, 


1494 


* Pag.i;. 


* Ibid. 


fement , & en grand honneur ; & luy monftra tout l’eftat d'icelle 


Place & Forterefle, tnerueilleufement munie & pourueuéë de tou- 
ces chofes feruans à la guerre en tres-grande quantité ; elle luy mon- 
ftra aufhi les teftes de trois traiftres , qui peu auparauant auoient 
fufcité vne guerre & difcorde entre Ludouic Duc de <Hilan & le 
feu Marquis fon mary. En cette honorable reception ladite Da- 
me fit vne fort grande & bonne chere au Roy, en luy offrant 
tous fes biens & poffeffions àfon bon & loyal feruice ,& en luy re- 
memorant amiablement, comme feu fon mary auant fon crépas, 
l'auoit laiffée elle & fes enfans en fa bonne garde & proteétion; 
parquoy prioit que le Roy les eût tres -affeétueufement recom- 
mandez enuers fa noble Maiefté. | 

Le lendemain matin le Roy partit dudit Afonçal pour aller dif- 


ner & fouper à Cazal* ville capitale du Marquifac de SHontferrat.» jus 


De l'Entrée e7 reception du Roy en la ville de Cazal; 
€ comme la Marquifé de M ontferrat er [on fils 
fé mirent en [a fauue-gardecr protection. 


Le Mardy donc feptiéme iour d'Oëtobre le Roy partit dudit 
Monçal , & alla difner & fouper à Caxa/ , qui eft la ville capitale 


du Marquifat de Montferrar , où il fûc cres-loüablement receû & 


conduit iufques au Chafteau , où fon logement auoit efté preparé; 
à l'entrée duquel eftoit la noble Dame veufue du feu Marquis, ri- 
chement paréc , auec fon fils le ieune Marquis , qui le falüerenc 
humblement & en grande reuerence : Et pource qu'ils ne fçauoient 
pas bonnement bien parler la Langue Françoife, le Comte de Foix 


# MAortare 
pag.us. 


* Jbid. 


* Defcription 
des Granges 


Paz. 116. ; 


200 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


& Lowis Monfeigneur firent &interpreterent leur Harangue, difans 
en {ubftance , pour roûjours confirmer fes premieres paroles es 
foñmettoient tous er chacuns leurs biens € terres entierement 4 fon obe f- 
fance, fans en rien excepter; A que pour totale refolution ils mettoient leur- 
dite ville de Cazal, le Chateau , és generalement tous leurs autres lieux er 
Places en [a que € protehion; ce que le Roy benignementac- 
cepta & prit en fa garde ; puis il entra dans ledit Chafteau au fon 
des trompettes & clairons, où il fût traité aux ne de ladite 
Dame , fi bien & fi amplement de bons vins, de plufieurs fortes 
d'hypocras , auec quantité de diuerfes viandes, qu'il ne fe pouuoit 
pas faire mieux; aufh le lendemain le Roy donna de riches & nou- 
ueaux habillemens au ieune Marquis, à la mode de France , faifant 
paroiftre fa liberalité en fon endroit, & comme il le prenoit & re- 
ceuoit en fa garde & protection ; & ainfi le Roy feiourna trois iours 
en icelle Ville. 

Le Vendredy matin dixiéme dudit mois d'Oétobre , enuiron le 
Soleil leuant, le Roy partit de Cazal & alla difner à Conffe ; puis 
fouper & & coucher à Morterre * , où il fût honorablement receû 
& mené loger au Chafteau , qui eftoit vn lieu cres-honefte ; où il 
füt grandement bien traite. 

Le Samedy onziéme dudit mois d'O&tobre il difna encore en 
ce mefme lieu, puis il s'en alla au gifte dans la ville de Wigeue * ,où 
il fût triomphamment receû & accueilly , auec honneur folemnel, 
dudit Zudouic , de fa femme, & de plufieurs autres Scigneurs du 
Pays , & des Manans & Habitans du lieu. Aprés qu'on luy eût 
fait la reuerence & rendu toutes fortes de refpeéts, & qu'on luy eût 
propolé ce qu’on luy vouloit dire, on le conduifit à fon logement 
au Chafteau , qui eft vn beau & agreable lieu de plaifance, où il 
fût fort bien traité auec route fa fuite. 

Le Lundy treiziéme iour d'Oétobre le noble Roy alla aux Gran- 
ges * à demie lieuë dudit Wigene : Ces Granges appartiennent au Duc 
de Milan, qui eft vn cres-plaifant & deleétable lieu, duquel pro- 
uiennent des biens innombrables , & comme inconceuables ; car 
c'eft vn lieu deftiné pour la nourriture & la garde d'vne incroya- 
ble quantité de beftes de toutes fortes & manieres; ce qui faitque 
les Ducs de Milan peuuent en receuoir de tres - grands droits & 
profits. Premicrement, il ÿ a vne fort grande & fpacieufe cour ,au- 

rés de laquelle eft entr'autres vne grande eftable , qui eft agrea- 
+ conftruite & ordonnée à hauts pilliers & grands foubaffe- 
mens, où d'vn cofté font les grands cheuaux & courfiers de prix, 
& de l’autre les haras des iumens. Pour ce temps ,en aucunes efta- 
bles il y auoit bien iufques à dix-huit cent groffes beftes à cor- 
nes , comme gras bœufs , grofles vaches , & buffles ; & és berge: 


*al.d'efta- ries il y auoit de chambre * en chambre le nombre enuiron de 


bleen &c. 


quatorze mille beftes à pied fourché , comme moutons , brebis, 
& 


ROY DE FRANCE. 20I 
_& chevres ; bref , c’eft vn lieu de cres-grande eftime & valeur. 


De l'Entrée du Roy 4 Pauiex , € comment il y fut rec. *Pag.us. 


se 4 / le Roy fût party du lieu deffus-dit , comme il ap- 
prochoit de la ville de Paie ,ceux du Clergé luy vinrent au de- 
uant en fort honorable proceflion ; & en cette maniere il fût con- 
duit iufques à la grand’ Epglife, appelléc le Dome , d'où on le me- 
na loger au Chafteau, qui eft vn lieu res-beau & fpacieux , où l’at- 
cendoient la Ducheffe & fon petit fils pour luy fire la reuerence 
à {a ioyeufe bien - venue ; il fûc toûjours magnifiquement ferui, 
& bien entretenu de tres-bons vins & de diuerfes viandes, luy & 
fa noble Compagnie, depuis le Mardy quatorziéme iour d’iceluy 
mois d'Oétobre iufques au Vendredy dix-feptiéme iour aprés en- 
fuiuant ; auquel iour il partit de ce lieu aprés auoir oùy la Melle, 
_& ‘alla difner à Beriofle* ; & aprés difner vint fouper & gifter à * Ibid. 
Caftel- Saint -Iean. Le lendemain , qui fûc le Fées à dix-huitie- 
me iour dudit mois , il füt difner à Roquefte; & de là, aprés le mi- 
dy, il delibera de faire fon Entrée dans la ville de Plai/ance. 

Le Samedy donc, dix-huitiéme iour d'Oétobre, aprés difner, zymée du 
le Roy approchant de la ville de Plaifance , les Gens d'Eglife fu- Roy Plai- 
rent au deuant de luy en fort belle proceflion , comme auoient *"P-1f 
fait les autres Villes ; & femblablement y vinrent les Seigneurs de 
renom, Manans & Habitans d'icelle Ville, comme Iuges, Baillifs, 
Preuofts, & Lieutenans, auec plufieurs autres Officiers & Confeil- 
lers, lefquelsluy firent la reuerence. Bref, il y füt fort honeftement 
receù, & triomphamment conduit iufques à fon logis, qui eftoic 
cres-bien apparcillé. Durant le temps qu’il demeura dans ladite 
Ville, eftant accompagné de fes nobles Seigneurs, il vint vn Cou- 
rier en grande diligence luy apporter Lettres, qui contenoient en 
fubftance , que ce mefme iour le petit Duc de Milan eftoit mort*; * bd. 
dequoy le Roy fût fort furpris & fi marry , que fans aucune fein- 
ce, fur le champ , les larmes se en vinrent aux yeux; & pour fai- 
re en outre fon deuoir enuers Dieu, & pour la memoire de ce Prin- 
ce , il fit le lendemain faire à fon intention vn Seruice funebre 
tres-folemnel , fût diftribué vne grande fomme d'argent en au- 
mônes pour l'amour de Dieu, & pour le repos de l'ame du defunt, 
le tout aux dépens du Roy ; defquelles chofes eût principalement 
la charge & la conduite le Seigneur Regnaut d'Oreille*. Et eft à “kid 
| noter, qu'à cc Scruice dudic feu ieune Duc , furent de la part du | 
Roy conuiez cous des principaux & la plufparr des Citoyens de 
Plaifance ; Iefquels en reconnoiffance de {a benigne humanité, luy 
firent don de plufieurs grands & excellens fromages * du pays *Zbid 
auffi grands quafi que des meules de moulin , lefquels par raïeré 
il enuoya de là au Royaume de France, pour en faire prefent à la 

c 


* Pag.116. 


* Ibid. 


* Pag. 104. 
10$. 116. 


*al. Belle, 


V. p. 116, 


* Jbid. 


* Ibid. & 
pag: 155. 


* Pag. 1$$. 


202 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
Reyne : Enfin, aprés plufieurs autres chofes là faites & delibe- 


rées, le Roy partit de Plaifance, où il auoit feiourné fix iours. 
| | 


De plufieurs autres V illes ex Places , ou le Roy palla ; 
depuis Plaifance s4/ques 4 la Ville de Lucques. 


Le Roy ayant oùy Meffe le Ieudy vingt-troifiéème O&obre.,il 

artit de Plaifance, & alla difner & fouper à Florenfole*, petite vil. 

“pie il fût bien reccû füuiuant le pouuoir des Habitans , qui luy 
firent paroiftre vne finguliere affection. 

Le Vendredy vingt-quatriéme, aprés le difner, il alla fouper & 
coucher au Bowrg-Sainé Denys *, autre petite ville, où il füt ho- 
neftement receû ,en toute obeïffance & foumiflion. 

Le Samedy vingt-cinquiéme iour du mois d'Oéobre, il alla 
au gifte à Fornoie* , quieft vne À a Bourgade , non mieux fer- 
mée qu'vn fimple village ; mais il y a en ce lieu vne belle & gran- 
de Abbaye ; c'eft là quañi le commencement des hautes monta - 
gnes des _Alpa. 

Le lendemain , qui eftoitle Dimanche vingt-fixiéme, aprés dif- 
ner, il alla loger à Terente-Borg-de-Tarro. 

Et le Lundy vingt-feptiéme, aprés auoir oùy Meffe , il alla Je 
foir à Beers* ; en tous fe fouels lieux il eftoit affez étroitement lo- 
gé, auec tout fon train ; mais il falloit prendre patience , felon la 
neceflité du pays où on fe rencontroit. | | | 

Le lendemain Mardy vingt-huitiéme O@obre , il partit de 
Beers , & alla repofer à Pontrefme * ,où il fût receû en proceflion à 
la clarté de Fe grandes torches & autres luminaires de cire, 
fort honorablement, & là luy fût faire vne tres-belle Entrée com- 
me és autres Villes. En ce lieu vint.deucrs luy Pierre de Médicis 
pour luy apporter quelques nouuelles de F lorence, & par ce moÿen 
il fe foûmit à l'obeïffance & fauue- garde du Roy; & pour fe mettre 
auffi à couucrt d'aucuns mutins, il luy promit de mettre entre fes 
mains vne petite ville appellée Serezane *, laquelle cftoit fujetre & 
appartenoit aux Florentins : Aprés cela , il luy donna encore vne 
bonne Place des mefmes Florentins, dite Sarzanelle , proche dudit 
lieu de Serezane. | | 

Le Mercredy matin vinot-neufiéme le Roy füt à NN offre- Dame 
des Miracles près ladite ville de Pontrefme , & de là difner à Yole: Et 
cedit iour , à l'occafion d’vn debar furuenu , furent tuez quelques 
Allemans dans Pontrefme, dont ils fe vengerent bien au retour*. 

Le Ieudy trentième iour d'Oétobre, A Roy fit marcher toute 
l'Armée, & alla coucher à SereZane, où il feiourna fix iours pour 
ordonner de fes affaires, à caufe que les Florentins s'eftoient muti- 
nez; & pour lors le reuint encore voir en ce lieu Ludoic Duc de 
Milan (lequel brafloit fa trahifon) d'ou il retourna aufli-toft. 


ROY DE FRANCE. 20; 


Le fixiéme iour de Nouembre le Roy alla luy & fon Armée à Nouembre. 
Mae”, qui eft vn Bourg où il y a vn fort Chafteau enuironné 1494. 
de grands foffez pleins d’eau , auquel lieu il fût honorablement * pay.n6. 
receû de la Dame, laquelle eftoit en icelle Place logée prés de ce 
Chafteau , vers vne montagne où fe prend le marbre blanc & noir, 

& d’où l'on peut voir la pleine mer, quien eft enuiron à demie 
licuë prés. 

Le Vendredy fuiuant fepriéme Nouembre, le Roy partit dudit 
lieu de Haffe , & alla au gifte à Petre-Sainte *, qui eft vne petite * PetreSain. 
ville pour lors poffedée par les Florentins : Mais le Roy fût deuë- © # al 
ment informé qu'elle cftoit d’ancienneté des dépendances de Ces re 
Genes , & que les Habitans s'en eltoient fouftraits par cautele 
& fubtilité ;ce qui füt caufe qu’il mit dans le Chafteau bonne gar- 
nifon de Genfdarmes , qui y demeurerent iufques à fon retour, 


De l'Entrée du Roy en La ville de Luques. 


Le Samedy huitiéme iour du mois de Nouembre , le Roy fitfon 
Entrée en la ville de Luques * , & alla le Clergé au deuanc de luy + réa. 
plus d'vne lieuë loin; pareillement y allerent les Seigneurs, Bour- 
gcois, & autres Habitans de ladite Ville, lefquels par rareté fin- 
gi eftoient la a roù vétus & habillez de fins ue d'or & 

c velours. Aprés qu'ils l’eûrént tous reucremment receü en gran- 
de foumiflion & obeïffance , ils le menerent dans la Ville, qui 
eftoit richement parée auec des reprefentations de jeux , 8e dit 
logé en l’Euefché, où on luy fit bonne chere, & à route fa Com- 


pagnie. 


Comment le Roy entra dans la ville de Pile , en d'autres , 
imfques a Florence. 


mA "A 


… Le Roy partit le Dimanche neufiéme Nouembre au matin, de 

ladite ville de Zuques, après auoir oùy Melle, & alla difner à Pri- 

mat *, Ce mefme iour aprés difner il fit fon Entrée dans Pife*, où NS De 
les Gens d'Eglife, les Poteftats & Gouuerneurs d’icelle Ville luy fu. 
rent au deuant. Il ne faut pas douter que fur tous les autres ils luy f- 
rent grand honneur & reception, fe foumettans entierement à fon 
obeïflance; &ils crioient à haute voix, depuis le plus petit iufques au 
plus grand, qu'ils recouureroient fous fon Empire la Liberté ; dans la- 

quelle ils eftoient fort courmentez & afigez par les Florentins, qui 
les auoient fubiuguez & reduits en feruitude. En vn mor, c'eftoit 
Eee d'entendre leurs complainces fur les griefs & corts qu'on leur 
aifoit ; c’eft pourquoy le Roy les retint à foy, & les aflura de les 
conferuer dans leurs franchifes; dequoy ils furent tant ioyeux qu’il 
n’eft poflible de le reciter ; & ainfi ce n'eft pas merucilles sil y fût 
Cci 


204 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
_. fi bien traité, & tous les fiens aufli. Le lendemin matin le Roy 
*Paguy. partit de ladite ville de Pifé , & alla difner à “Pont-Codere *, puis 


*Ibia. au gifte à Empoly*. | 
Le Mardy onziéme iour de Nouembre, le Roy aprés difner alla 
*Jbid, coucher au Ponr-de-Signe* ,qui eft vn fort beau lieu de plaifance; 


où il feiourna cinq ou fix iours, pource que les Florentins s’eftoient 
foufleuez contre Pierre de Medici , lequel auoit rendu quelques 
Places & Chafleaux au Roy : Mais fi . réfolution fa lors 
monftrée aux deflus- dits Florentins , & l'artillerie du Roy füt fi 
bien preparée pour aller contr’ eux , qu’ils enuoyerent des Ambaf- 
fadeurs pour Eire obeïffance au Roy, & s'excufer enuers luy de 
leurs fautes , en le priant de vouloir bien venir voir leur Ville, pour 
laquelle chofe executer , il fit affembler & preparer fon Armée. 


De l'Entrée du Roy 4 Florence awec plufieurs Seigneurs, 
ex toute [on Armée. 


Le Lundy dix-feptiéme iour de Nouembre , le Roy qui auoit 
fait affembler route fon Armée & fon train , difna aflez prés de 
Florence en vn grand Palais , & là luy vinrent au deuant rous les Sei- 
neurs, Bourgeois, & Gensde tous eftats de ladite Ville, pour luy 
Eire la reuerence , & le receuoir honorablement. Aprés que les 
Florentins eûrent ainfi fait leur deuoir enuers le Roy, en luypre- 
fentant les Clefs de la Ville, toutes les bandes de l'armée du Roy 
commencerent à marcher en icelle ,ayans chacune leurs Capitai- 
ne & Enfeignes déployées Fvne aprés l’autre , en tres-bel ordre ; 
“DiwrsE- ce qui dura fort long-temps à sh sh car il y auoit là plus de Genf- 
fa ER larmes que iamais les Florentins euffent veû. Quand ces bandes 
Gentils- furent paflées , le Roy accompagné de plufieurs grands Princes 
pp ar l & Seigneurs entra dans ladite Ville , fort bien armé d'vn riche 
Roy fe voyét harnoiïs blanc , auec fa Garde & fes cent Gentils* hommes aufli vous 
dans les armez. Il fût honorablement conduit & mené fous vn riche dais 
Preuues.  : NE - \ , ANT 
* pag. iuiques à l'Eglife, & delà au logis qu'on luy auoit preparé à l'Ho- 
* Il faune- Îtel de Pierre de Hedici* , où luy & les fiens furent fi bien trai- 
ele. tez qu'on ne le pouuoit mieux faire. Le Roy pour foûmettre & 
éqwilyair tenir les Florentins dauantage en fon obeïffance , feiourna douze 
erreur de jours dans Florence , d’où il partit le Vendredy enfuiuant vingt- 
datteenmet- __ :, % : | - 
rantle 21, VDième * iour de Nouembre , & alla au gifte en vn grand Palais 
p-u9.& 110. Par del. | L 
“bide € lendemain Samedy vingt-neufiéme , il für coucher à Suiné- 
Decembre. Caffant* , où il demeura le Dimanche trentiéme. 
Et le Lundy premier iour de Deccembre, il fût au gifte à Pon- 
<i 494. dibour* , qui eft vne petite Ville affez peuplée & plaifance à voir. 
Porgé : Le lendemain Mardy deuxiéme Decembre, il alla difner àl’Ab- 


ond p.110. | : | \' à. . 
A fr baye d'Aye, & puis au gifte à Sienne* la vieille. 


CROY DE FRANCE 1o$ 


Des E ntrées dn Roy Er de fes gens en la ville de Siene- 
_ l'antiqne, à Viverbe, ® autres Villes. 


” Lodit Mardy deuxiéme jour de Decembre fortirent de la vil- 
le de Siene Îes Gens d'Evlife , accompagnez des autres Eftats , 
chacun en fon rang, qui furent bien vne lieuë au deuant du Roy; 
& en le falüant & faifanc leur harangue ils luy prefenterent les 
Clefs de la Ville, comme le MST ER leur vray Seigneur. 11 füt 
mené en grande folemnité dans certe Ville fort ioyeufement pre- 
paré pour fa bien-venué, &.für logé en l’Eucfché prés la grand’ 
Eglife , où il fût magnifiquement craité luy & route fa Com- 

agnie. —. 

r leudy enfuruant quatriéme Decembre, le Roy partit de la- 
dite vie de Siene , & alla difner à Bon-Counenr*, puis au gifte à *Pag-ur. 


Sainét-Clerico* , ou il demeura tout le Vendredy. *21.S. Clero 
Le Samedy fixiéme iour de Decembre il alla difner à Ricoure *, + Rivoyre P- 
& coucher à la Paille *, Pl. 
* La Paillerte 


Le Dimanche feptiéme , aprés auoir oùy la Meffe, il alla à 45,7 
gnependant* , qui eft vne Ville fituée fur vne hauteur, qui appar- 
tient au Pape ; toutesfois Le Roy y füt receu honorablement en 
folemnelle proceflion, &luy furent prefentéesles Clefs de la Ville. 

Le Mercredy enfuiuant , dixiéme iour de Decembre , le Roy 
pafla à Monflafcon* , & alla au gifte à Uirerbe , qui cft vne belle » 74,4 
Ville , appartenant aufli au Pape ; mais les Habitans ne laifferent 
pas de luy faire vne excellente Entrée, fe foûmettans à fa fujetion, 
& le menerent honorablement loger en l’Euefché, qui eft vn tres- 
beau lieu , prés la Porte Romaine. Le Roy y demeura cinq iours, 
& y vifita cependant pluficurs fois la Chafle de Sainéle Rofe* qui «7554, 

eft en chair & en os. Il y mit le Seigneur de Gaiafche* engar-, 6 

nifon dans leChafteau ; & puis il enuoya le Seigneur de la Trimoüille* ipia. 
pardeuers le ne à Alexandre VI. lequel promit d’effre loyal an Roy; "1bid.11. 
& pour mieux l'en aflurer , il luy enuoya quelques Cardinaux & 7, pen. 
Euefques, & mefmement fon Confeffeur. | uoye fnCon- 

Le Lundy quinzième iour dudit mois de Decembre, le Roy fe Pa 

À À " . \ à ee e Roy, 5014. 

partit de Uiterbe, & fût difner à Rosffllon, puis au gifte en vne pe- 11. 
cice ville appellée Naples, où il demeura iufques au Vendredy fui- 
uant. 

Ledit Vendredy dix-neufñiéme iour d'iceluy mois, il alla difner & «y 3, pur 
coucher à Braciane*, qui appartient à Meflire Uergile * , où le Roy gre ,p.122. 
affembla derechef coute fon Armée: Tandis qu’il demeuracampé au “/ bid. 
dit Braciane ,eftant bien accompagné de sr grands Princés & 

Scigneurs ,& fidels Genfdarmes, A Pape par fon Ambaffade* con- * 4ia. 
fentit enfin qu'il amenät fon Armée A la ville de Rome. Cepen- 
dant le Seigneur de Ligny accompagné d’vne bonne bande d’Al- 

Cc il] 


” Pag.1r2. 


206 HISTOIRE DE CH. VIII R.DEFRANCE. 
lemans les mena iufques à Ofhe*, qui eft vne forte Place au delà 


DucdeCala- du Tibre, &'vn Port de mer. Le Duc de Calabre eftoit pour lors à 


bre s'enfuit 
de Rome, 
tbid, 122. 


*lA4poüille , 
tbid, 122. 


* Ibid. 


* Ibid. : 
* Pag.127. 
* Pag.132. 


* Pag.138. 
* Pag.149. 
* Pag. 159" 


Rome; lequel auoit la cemerité de croire qu'il feroit merueilles con- 
crc les François; mais il luy fût bon befoin de fe fauuer à la hâte, 
& fans retarder; il s'enfuit deuers la Poüille*', & incontinent le Sei- 
neur de la Trimoüille & le Marefchal de Sé allerent prendre des 
nes * dans Rome, aufii priuément & familierement comme ils 
cuffenc fait en des Villes de France. __  ” 


Suinent les Relations faites par le mefme Auteur , de l'Entrée dudit Roy 
auec toute fon Armée, dans Rome*, @r de tout ce qu'il y fit enfuite : 
Puis comme il en partit pour aller a Naples*, @ ce qui fe paffe en che- 
min failant: «Aprés, comme il entra*triomphamment dans cette Cité, ainf 
qu'un Monarque de l'Italie ; Des affauts 7° prifes des Chateaux Nouc* 
€9' de l'Ouc ; De fon retour“ en France : De la Journée e7' Victoire * 
de Fornoüe, é° autres circonflances : ais parce que le refte de ces Rela- 
tions ef} prefque tout conforme x femblable au precedent Xournal (pages 
114. 115. 16. C7 fuinantes) d'oh mefme il femble auoir effé emprunté mor 
à mot en plufienrs endroits ; il eff icy obmis , tant pour éuiter les redites, 
que pour cafe de brieueté. 


5 dut 
à \ 

Ÿ : s 
(A 


TIISTOIRE DE LOVYS, 
, SEIGNEVR DE LA TRIMOŸILLE*, %4TRE 
dit le Cheualier fans reproche: 


. 


Ecrite par TEAN BOVCHET. & 


se msi ons ln e 


DANS LAQVELLE ". 


IL Y À QUELQYES CIRCONSTANCES, : 
qui feruiront à éclaircir l’Hiftoire du'Roy | 
CHARLES VIII. 


74 HakRies Hvitig'Mt de.ce nom, fils 
FRE || nique du feu Roy-Zowys Onziéme, fût 
HN 2: À couronné * Roy de ‘France en-l'âge de * Pag.2. | 
+, | || quatorze ans;:la-icuneffe duquél donna 
27"; À occafion de diuifér d'auec luy dés Prin. 
LYS <- : À ces de fon Bang, lefquéls afpiroienr, pour 
229 : {| lesihonneurs, ou par auarice, à auoir a. 
CE À Regence le Gouuérnement de luÿ, & de 
É MNÛ fon Royaume; & entre autres Monfieur 
Lonys Duc d'Orleans, qui lors eftoit de l’âge de vingt & trois anis, 
& auffi le Duc de Bourbon *, Iefquels ne fe declarerent pas fi toft. = p, 6. 
Toutesfois Madame = #üne de France fœur du Roy, & époufe du 
Seigneur de Beaujeu, de la Maïfon de Bourbon, laquelle auoit le 
gouuernement de a perfonne du Roy, fe déutant de ces entre. 
rifes, y pourueût ; & dés Pannée du trépas dudit Ro Louys, VO. 
Énc gagner les Princes & Seigneurs, à ce qu'ils ne fe détournaffnt 
de leur fidélité ; & voyane ke ieune Seigneurde #3 Trimoäille profrerér 
en biens & en toutes vertus, appartenans à vn Chef dé vucrre, 
& Conducteur d’vne affaire A , & qu'il auoit grand vou- 
loir de feruir le Roy, & le Royaume, le fit mettre & coucher dans 


et 


NN 
+. _— 


208 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 

les Eftats du Roy, & luy parla de le marier auec Mademoifelle 
Gabrielle de Bourbon fille du Comte de Montpenfier. Ce mariage 
cftoit fort beau & honnefte pour luy ; car 1 Gabrielle eftoit def: 
cenduë du Roy Sainét Lowys. Et pour l'entendre, eft à prefuppo. 
fer que ledit Roy Sainét Louys eût plufieurs enfans, & entre au- 
tres Philippes Troifiéme de ce nom, qui fût Roy aprés luy, & 
Robert qui fût Comte de Clermont. Ledit Robert eût vn fils nom- 
mé Lonys aufi Cômte de Clermont, & premier Duc de Bourbon; 
dont vint Pierre, Second Duc de Bourbon, lequel eût vn fils nom. 
mé Louys, qui fût Troifiéme Duc de Bourbon; dont vint Jean, 
Quatriéme Duc de Bourbon, qui eût deux fils, Charles ; Cinquiéme 
Duc de Bourbon, & Lowys, Premier Comte de Montpenfier pere de 
ladite Gabrielle.de Bourbon, & de Gilbert Comte de Montpéales qui 
fût Lieutenant general du Roy Charles Huitiéme, & Viceroy de Na- 
* Pag.1o7. ples, où il déceda * l'an 1496. luy furuiuans entreautres enfans 
| deux de fes fils, fçauoir Charles, & vn autre qui fût tué à la Zowr- 
née de Saincte Brigide. Ledit Charles fût Conneftable de France, & 
marié auec Swfanne fille dudit Seigneur de Beaujeu, & de ladite 
Anne de France. Le mariage dudit Seigneur de la Trimoüille auec 
icelle Gabrielle de Bourbon fe bien-toft accordé, & les nôces faites 
en Auuerone; d'où ils vinrent à Bommiers, & autrés Places dudit Sex. 
Een où furent faits diuers feftins. Ledit Seigneur: demeura auec 
adite Dame fon époufe, & en eût vn fils de pa de l'an ; lequel 
fût cenu fur les Fons par Procureur qu'y enuoya le Roy Charles 
A in ls Huitiéme; & à cette raifon porta fon nom. Cependant d’autre 
Fer part leditSeigneur pourfuiuoit la deliurance de fa Vicomté de 
“Thoïars, & autres terres. qui luy appartiennent à caufe de fa feuë 
mere, &.dont il auoit eû deliurance par Lettres patentes du Roy 
Louyys Onziéme, qui furent .enterinées du confentement du Roy 
Charles Huictiéme, par deux ou trois Arrefts de la Cour de Par- 
lement de Paris; & toutes lefdites terres, non fans grandes mifes 
& labeurs luy furent enfin deliurées. Puis il bailla à fesfreres leur 
Appennage, & demeura Comte de Benon, Vicomte de Thoÿars, 
Prince de Talemonr, Baron de Craon, Seigneur de Sslly, de Lifle- : 

bouchart, des Iles de Ré & Marans, de Marual; Saindte- Hermine, 
. Manleon, & autres terres. | | RE 
L'an mille quatre cent quatre-vingt & quatre, au mois de Iuil. 
1484. ler, les Trois Éflats * du Royaume furent appellez à Tours, pour 
* Eftats Ge- donner prouifion au gouuernement du Roy, & du Royaume, où 
5 Tours Chacun dits Eftats fit fes plaintes. Er aprés y auoir pourueü, & 
1483. Voyez aufl à la Regence, il fût ordonné qu'il n'y auroit aucun Regene 
9"deusnt p. en France; mais que Madame LA4nne de France fœur aînée du 
lc A A Roy, &époufe du Seigneur de Beaje, qui eftoit fage, prudente, 
Preuues.  &vertueule, auroit le gouuernement de fa Perfonne tant qu'ilfe. 
roit ieune, en enfuiuant la volonté du Roy Losys leur pere, Pre 
edit 


ROYDE FRANCE. 209 

ledit Duc d'Orleans ne füt content ; & s’efforça par tous moyens 
d’auoir la fuperintendance des affaires du Royaume ; en quoy ceux 
de Paris le fauorifoient : Dequoy ladite Dame de Beaujeu eftant 
aduertie , enuoya gens à Par“ pour prendre au corps ledit Duc 
d'Orleans , qui s’éuada & s’en alla à Alençon , où il füt quelque 
temps; pendant lequel , le Comte de Dunos* fon proche parent, * Pag.n. 
ee ua pour fon party le Comte d’Engoulefme ,le Duc de Bour- 

on”, & le Seigneur d'Albret, qui fe declarerent fes amis ; pour * Pag.6. 7. 
laquelle caufe ils furent tous defappointez de leurs Eftats & pen- €? 
fions ; ce qui leur donna occafion d'attirer à eux le Duc de Lor- 
raine* , le Comte de Foix, & le Prince d'Orange. Touresfois cette * Pag.18 
entreprife fût foudain rompuë , & accord fait l'an mille quatre 
cent quatre-vingt & cinq ,aucc ladite Dame de Beaujeu, qui auec 1 435. 
adrefle conduifoit cautement & prudemment fon affaire. 

L'année fuiuante le Duc d'Orleans eftant auerty que la Dame 
de Beanjes, fous l'auctorité du Roy le vouloir tenir au détroit, & 14386. 
qu’elle auoit efté informée de fes entreprifes fecreres , fe retira fub- 
tilement & fecrerement vers Monfieur François Duc de Bretagnean- 
cienennemy du feu Roy ZLouys, pere dudit Roy Charles; lefquels, 
auec autres Princes leurs adherans, demanderent ayde aux Anglois, 

& prirent alliance aueceux contreles François.Le Roy Charles & fon 
Confeil y pourueûrent ; car en diligenceils drefferent vnegroffe Ar- 

mée, qu'ils enuoyerent en Bretagne par trois diuers lieux. Et aprés 
plufieurs Villes dudit pays prifes,ils allerentaflieger la ville de N an- 

tes* l'an mille quatre cent quatre-vingt & fept; en laquelle eftoient * Pag.27. 
ledit Duc François & fes deux filles _ 4nne & Y fabeau*, le Prince d'O- © 37: 
range, la Dame deLaual, l'Euefquede Nantes, & le Comte deCom- 
minge. Mais lefiege füt leué , pour la vehemence du chaud; & mar- _ 487. 
cha l'Armée vers la ville de Dol, qui fût prife fans refiftance, & pil- "#55 
lée; & y furent pris prifonniers plufieurs Bretons. Le Scigneur de 

Rieux qui tenoit Encens pour le Roy leliura aux Bretons; & enallanc 

à Nantes vers le Duc de Bretagne il prit Chaffeaubriant qui tenoit 

pour le Roy ; puis il alla metre le fiege deuant la ville : Vannes, 

qui luy fût renduë & liurée par les François, moyennant certaine 
compofition faite entr’ eux: D'autre part, l'Armée du Roy reprit 

le Chafteau & la Place d'Encenis , & en chaffa les Bretons, lefquels 

y auoient efté mis par ledit Scigneur de Kieux ; & parce que le 

lieu luy appartenoit, & réa fauffé fa foy , le Roy fit K tee 

& rafer la Place iufqu'à fleur de terre. Puis s'en alla l'Armée Fran- 

_ çoife aflieger Chaffeaubriant* , qu’elle prit. & mic à fac au commen- ‘4-4. 
‘cement de l'année mille quatre cent quatre-vingt & huit. Fe 

En ce temps, le Roy Charles par la deliberarion de fon Confeil, 
auerty du bon vouloir du Sieur de la Trimoville , qui n’auoit que 
vingt & fepc ans, de fa hardiefle , prudence, diligence , & bonne 
conduite, & de plufieurs beaux faits d'armes par luy faits és ren 


W 


1488. 


210 HISTOIRE DE CHARLES VIII 
contres & faillies qu'on auoit fait au wa de Nantes , 8 aufli és 
ficges & affauts de plufieurs Villes, Chafteaux , & fortes Places de 
Fi #4 Bretagne, le fit fon Lieutenant General* de fon Armée, & luy bail- 
7" Ja toute auctorité Royale accoütumée eftre baillée en tel cas. Ce 
que ledit Seigneur tres-volontiers accepta; & commença à pren- 
2 plus de foucy qu'il n’auoit accoûtumé, & à penfer en ce qu’il 
deuoit faire pour le profit du Roy , & du Royaume , & acquerir 
honneur en à charge ; & affembla le Confeil du Roy, pour trai- 
ter des pratiques de la guerre de Breragne, où fût auifé & conclu 
* Pæg.so. qu'il iroit afhieger Fougeres*, qui eft Place de frontiere , forte, & 

de bonne refiftance; ce qu'il fit. 

Cependant le Seigneur d’Ælbret, qui s’attendoit d'époufer Ma- 
dame L4nne fille aînée de Bretagne, retournant d'Efpagne, fe re- 
cira vers le Duc à Nantes ; & fes gens de guerre qu'il auoit ame- 
nez , iufques au nombre de quatre mille, prirent leur chemin à 
Rennes. 

Le Roy cftoit lors à Angers , vers lequel le Comte de Danois 
alla comme Ambaffadeur fous fauf - conduit, pour fçauoir quel 

*Pag.38.  droit*le Roy pretendoit au Duché de Bretagne. 

Comme on faifoit toutes ces chofes, le Duc d’Orleans, le Sei- 
gncur d’Albret , le Marefchal de Rieux , le Prince d'Orange, le 
Comte de Comminge, le Seigneur de Chafteaubriant, le Comte 
de Scalles Anglois , le Scigneur de Leon fils aîné du Seigneur de 
Rohan, & autres Seigneurs de leur alliance & faction, allerentaffem- 
bler leurs Genfdarmes à Rennes pour aller faire leuer le fiege que 
lcdit Sieur de la Trimoille tenoit deuant Fougeres ; & cftoit leur 
armée de quatre cent Lances , huit mille hommes de pied , 
huit cent ne , & trois cent Anglois, auec bonne quantité 
d'artillerie ; & vinrent loger à vn village appellé  Andoile Ve Mer- 

1488. credy vingt-troifiéme iour de luillet, l'an mille quatre cent qua- 
tre-vinot & huit ; cependant le Sicur de la Trimoäille prit la vil- 

"Pag$t. Je de Fougeres * par compofition ; dont le Samedy enfuiuant vin- 
rent nouuclles aux ennemis , qui encores eftoient audit village 
d’Andoille , & que les Bretons qui eftoient à Fougeres s'eftoient re- 

tirez leurs bagues fauues : Ce nonobftant ils marcherent contre 

les François pour aller afhieger la Place de Sainéf- Aubin; & arriue- 
rencau village d'Oranges, qui cftà deuxlicuës dudit Sainét- Aubin; 

ledit iour de Samedy, vers le foir ; où furent auertis qu'ils rencon- 
creroient les François deliberez deles combatre. TP merde ils 
mirent leur Bataille en ordre ; l’Auant-garde fût baillée au Ma- 
re{chal de Rieux ; la Bataille au Seigneur d’Albret ; & l'Arriere- 

garde au Seigneur de Chafteaubriant : Sur vne de leurs aîles fûc 
ordonné le charroy de leur artillerie, & leur bagage ; & jaçoit qu’il 
mycût que crois cent Anglois, pour faire entendre qu'il ÿ en auoit 

plus largement, dix-fept cent Bretons furent mis auec eux , vérus 


ROY DE FRANCE. | 21t 

de hocquetons à croix rouges : Et parce que les gens de pied du 
Duc de Bretagne fe doutoient des gens de cheual François cftans 
en l'armée des Bretons, & mefmement dudit Duc d’Orleans, luy, 
& le Prince d'Orange fe mirent à pied auec les Allemans. Le 
Sieur de la Trimoille Lieurenant general de l'Armée Françoife, 
qui venoit de Fougreres au deuant de fes ennemis, enuoya Mefire 
Gabriel de Montfaucon & dix ou douze autres hardis hommes Fran- | 
çois, voir la contenance des aduerfaires, lefquels firent rapport dé | 
leur bon ordre, A cette caule le Sieur de la Trimoüille LA auffi 
ranger en bataille roure fon Armée lors eftant en defordre. Mef- 
fire _ Adrian de Lofpital menoit l'Auant- garde ; & ledit Sieur 42m de * 
de la Trimoïlle Chef de l’Armée menoit la Bataille : Et comme Lofhiral. 
ces deux Armées s’approchoient, l'Armée des François commen- 
ça à marcher fans delordre contre les ennemis , qu'ils rençcontre- 
rent prés ledit village d'Orange ; l'artillerie füt tirée d'vne parc & 
d'autre , qui fort endommagea les deux Armées. L’Auant - garde 
des Francois donna fur l’Auant-garde des Brecons, qui foûrint af 
{ez bien le choc ; puis cirerent les François à la Bataille des Bre- 
rons,où leurs gens de cheual reculerent; comme aufñli fit leur Ar- 
riere-garde, & fe prirent à fuir , & aprés eux leur Auant - garde. 
Quand les François que conduifoit le Sieur de la Trimoüille , auec 
lequel eftoit Mefire Facques Galliot* hardy & vaillant Cheualier, * Pag. 52. & 
virent ce defordre , ils chargerent fur les aduerfaires , & tuërenc 5+ 
cous les gens de pied qu'ils trouuerent deuant eux ; & entre autres 
ceux qui auoient la croix rouge, penfans quetous fuffent Anglois. 
Le Duc d'Orleans & le Prince d'Orange, qui eftoiententre les gens 
de pied Allemans , furent pris *& amenez prifonniers à Sainét- "? 28:53 54 
Aubin; le Marefchal de Rieux fe fauua comme il pût, tirantà 
Dinan. Le Seigneur de Leon , le Seigneur du Pontlabhe, le Sei- 
gneur de Montfort, & plufeurs autres nobles de Breragne y furent 
tuez ; & de toutes gens iufques au nombre de Gx mille hommes; 
& de la part des François enuiron douze cent; & entre autres le- 
dit Meflire Facques Galliot , qui fût grand dommage ; car c’eftoit 
vn Cheualier & Capitaine aufli prudent en guerre , & aufli plein 
de cœur & hardiefle , qu'on eût peû trouuer, Peu de remps aprés 
le Duc d'Orleans fâr mené prifonnier au Chafteau de Lufignan, | 
à cinq lieuës de Poiétiers, où il fût longuement prifonnier. 

Voila le commencement des bonnes fortunes du S$jeur de [a 
Trimoüille , qui l'ont toûjours accompagné à {on honneur , & au 
profit du Royaume de France , jufques à fon deceds. Le Roy luy 
donna l'Eftat de premier Chambellan , le fit Chenalier de fon Ordre, | 
& luy bailla la garde de fon Cacher er petit Seel*. * Garde dy 

Cinq femaines ou enuiron, aprés certe Vifoire de Sainf- Aubin, nan ” 
le Duc de Bretagne & fa fille puifnée* allerenr de vie à trépas ; * Pag.86. 
parquoy Madame  4nne fa fille aînée für Duchefle de Bretagne. *ÿ 

Dd i) 


212 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
Et moyennant le mariage du Roy Charles auec elle , que traita le 

*LeComte Comte de Dunos* ,la Paix fût faite entre le Roy & les Princes de 

- Dos. France ; & aufli certain cemps aprés auec Haximilian * Roy des 

riage du Roy, ROMaÏNS , pour le mariage qui auoit efté commencé entre fa fil- 

Pen le Marguerite de Flandre & ledit Roy Charles Huitiéme ; en forte 

‘8°# que le Royaume de France fût en paix & tranquillité. 

«Pagigo. Le Roy Charles, petit * de corps & grand de cœur,deux ans aprés 
la guerre de Bretagne finie, par l’auis des Princes de fon Sang , & 
de la plufpart de la Nobleffe de France, certifié par fes Cours de 
Parlement , & autres gens de bon confeil , que le Royaume de 

*7.p.98. TN aples* luy appartenoit, voyant fon Royaume de France paifible, 

. a fans aucune crainte de fes voifins, & autres, entreprit d'en faire 

Cor la conquefte , & de le recouurer. Pour cét effet, l'an mille quatre 

en cent quatre-vingt & treize il fit affembler vne fort belle & groffe 

ere P Armée ; & pour la faire palfer, il s’en alla à Lion ; & mena auec 
luy en certe expedition le Duc d'Orleans, qu'il mic hors de prifon*, 

, 2 +? 3 Je Comte de Wendofme *, le Comte de Montpeniier, Lowys de Lu- 

’ AP . xembourg Comte de Ligny; ledit Meflire Louys de la Trimoüill, 

dise.  & plufieurs autres grands Seigneurs, qui firent le voyage fans folde, 

a pages, ne autres biens-faits, fors ceux qu'ils auoient à caufe de 

dus gratuite leurs Eftats & Offices. 4lphonfe vfurpateur du Royaume de Na- 

se ples, par le deceds de fon pere Ferdinand (qui peu de temps au- 
ue de  parauant eftoic decedé ) fût auerty de cette entreprife; & pour la 

Naples. rompre, & empécher que le Roy n'eût paffage par litalie, & par 

“Pagur. ROME, ilfe retira vers le Pape <4lexandre *; coniointement auec 
lequel il enuoya des Ambafñladeurs & Deputez vers tous les Sei- 
gneurs & Communautez d'Italie , pour les exciter de refifter aux 
François ;ce nonobftant, le Roy Charles & route fon Armée en- 
crerent en Italie, & pafferent les Alpes en la plus grande liberté, 
& en plus ee honneur & triomphe qu’on fçauroit dire. Quand 

ne 101. ji] eùt fait fon Entrée à Florence* il s’en alla à Viterbe*; où eftant 

* Paginr. QUCITy qu'à la requefte de Ferdinand fils du Roy «4lphonfe le fuf- 
dit Pape Alexandre luy vouloit nier l'entrée de la Cité de Rome, 

* Ibid. il enuoya le Sicur de la Trimoille * vers luy , fçauoir fa volonté ;le- 
quel y fût auec d’autres Ambaffadeurs ; & fût arrefté & conclu que 

*Pagor. le paflage du Roy fe feroit par Rome; lequel y entra * le dernier 


. Eu an iour de Decembre l'an mille quatre cent quatre-vingt & treize”, 
1494. par la Porte Flamine, & alla loger au Palais de Sainéf Marc*. 


“Pag-11. L'Entrée dura depuis trois heures aprés midy iufques à neuf heu- 


res du foir, non fans grande abondance de torches & flambeaux 

*Pag.u7. ardens ; & y demeura iufques au vingt-huitiéme iour de [anuier * 
enfuiuant. Sa prefence empécha coures violences , & le fit aimer 

de tout le commun euple ; au grand regret duquel, (& iceluy 

criant Wine France) f partit de Rome pour parfaire fon voyage ; 

& auec fon armée en bon ordre alla conquerir le Royaume de 


RE 


ROY DE FRANCE. 213 
NN aples ; nonobftant la refiftance d'Alphonfe & de fon fils Ferdi- 


nand ; lefquels n'eftans aflezpuiffans pour luy refifter, donnerentlieu 
à la puiffance de France, & au-bon droi& du Roy Charles.Le Pape, les 
Venitiens , Lowys Sforce vlurpateur de Milan, & autres Seigneurs 
d'Italie ,ennemis des François, & enuieux de leurs victoires, affem- 
blerent vne Armée aufli bien équipée qu'on pourroit auoir, pour 
furprendre le Roy de France , & fa Compagnie, à fon retour de 
Naples, dont il partit pour retourner en France, le vingtième iour 
de May mille quatre cent quatre-vingt & quatorze *, auec fon *Cefér1495. 
Armée, & partie de fon artillerie ; car il laiffa le refte au Comte 7 8"#7 
de <Aontpenfier beau-frere dudit Sieur de la Trimoülle, qu'il fit & un 
liffa fon Viceroy *à Naples. * Pag.107. 
Le Roy eftanc venu iufques à Serfanne* ,le vingt feptiéme iour ‘4 te 

de luin enfuiuant , il y fût auerty de l’entreprife de fes ennemis ; 
dont il ne s’ébahit , combien que le danger fût fort. à craindre : 
Mais mettant fon efpoir en Dieu, & fur la hardieffe, vaillance , & 
bonne experience des gens qu'il auoit auec luy ; deux iours aprés il 
alla parquer au pied*des Alpes, où il fe tint par quelque temps pour */bi4- 
y faire pafler fon attillerie; qui fûtla plus grande entreprife fur 
ce poinct là que iamais Prince fic ; car char ne charette n’y eftoient 
jamais paflez ; & fçachant que ledit Sieur de la Trimoille * pes * Pag. 156. 
fa hardieffe & bon vouloir , ne trouuoit rien d’impofhble ; il luy 
donna cette laboricufe charge, que volontiers il accepta. Erfibien 
y employa fon corps, fon efprit, fes paroles, & fes biens, qu'il y 
acquit honneur, & accroiffemene de la grace de fon Seigneur & 
maiftre. 11 fe mit à pouffer aux charrois, & à porter gros boulets 
de fer, en fi grand labeur & telle diligence , qu’à fon exemple la 

lufpart de ceux de l’Armée, mefmement les Allemans, eftans de 
fon grand & bon vouloir ébahis, s’attacherent à cét ouurage , & 
par ce moyen toute l'artillerie fût pañlée auec les munitions, au 
crauers de ces Montagnes & vallées, par la prudente conduite dudit 
Sieur dela Trimoüille , qui toûüjours ser les courages des Ale- 
mans, & autres, par belles paroles , trompettes, clairons*, flûtes , “kid. p. 
tambours, bons vins, promefles de recompenfes, & autres moyens, "7 
que bien entendent les Capitaines experimentez. | 

Les . Alpes paflez, le Roy alla difner au lieu de Fornoïe ; & fon 
camp fût aflis à vne lieuë de là, prés de fes ennemis. Le lendemain, 
aprés la Meffe oüye, l’ Armée du Roy marcha en bon ordre, dont 
l’Auant-garde eftoit conduite par le Marcfchal de Gyé, & le Sei- 
gneur fean Jacques Italien. Afez prés d’eux marchoient les Suiffes 
en bon ordre , conduits par Monfeigneur Engilberr de Clenes 
Comte de Neuers , le Bailly de Dijon , & le grand Efcuyer de la 
Reyne. Les Aîles de l'Armée eftoient aux deux coftez ; Gwyor de 
Louiers & Jean de la Grange Maiftres de l'artillerie la conduifoient; +. 
elle eftoit bien fournie de tout pour tirer, & rendre ban feruice. Roy. 
|  Ddi 


* Picnnes p. 
99.114.147. 

150.166.178. 
184.194.198. 
* P.163.180. 
* Guyfe pag. 
130.135. 136. 
137-158. 176. 
183. 


* Pag.104. 
10$. 161. 
* Effradiots 
pag. 161. 


Bataille de 
Fornoûe, 


pe 195 158. 


214 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


Confecutiuement venoit la Bataille, de laquelle le Roy en perfon- 
ne cftoit Chef; autour duquel eftoient les Seigneurs de Ligny, de 
Piennes* , le Baftard Mathieu de Bourbon *, & autres Seigneurs & Ca- 
pitaines tous vaillans & hardis. Aprés la Bataille {uiuoit l'Arrie- 
re-garde , que conduifoit ledit Sieur de la Trimoäille , où eftoit le 
Seigneur de Guyfe* auec les guets bien ordonnez. L'armée des en- 
nemis qui eftoic en frontiere, commença de tirer vne groffe piece 
d'artillerie contre l’Auant-garde Françoife, qui nes'en émeüt point, 
& paffa outre ; puis l’artillerie des François commença à virer en fi 
bonne forte , qu’elle brifa la piece qui auoit tiré coner eux, & 
tua le principal de leurs canonniers , & autres gens des ennemis; 
ce qui les fit vn peu reculer: Et voulans vfer d'vne cautele & rufe 
de guerre, pour tâcher à mettre en defordre l'Armée des François, 
& fraper fur la Bataille où efloit le Roy, aprés auoir fceû par vn 
cfpie* leftat du veftement & de l’accoûcrement du Roy : Ils firent 
deux chofes; l’vne, qu'ils enuoyerent grande quantité d’Albanois 
& Eftradiots * courir fur le bagage du Roy, qui s'en alloit à cofté 

auche, fous la conduite du Capitaine Oder; lequel, combien qu'il 
füt Cheualier de bonne conduite, prudent & hardy Capitaine , ne 
pouuoit à fon defir faire marcher les eg de ce bagage, qui eftoient 
en grand nombre ; & par leur defaut & defordre ils furent def- 
faits, & la plufpart dudit bagage pillé par iceux Eftradiots & Alba- 
nois, dont l’Armée de France ne tint conte. L'autre chofe que f- 
rent les ennemis fût, que voyans la conftance des François , qu'ils 
ne penfoient eftre telle ; maisles iugeoient nebatailler qu’en fureur, 
& fans ordre; affemblerent vn bon nombre des plus gens de bien 
& mieux experimentez de leur armée, pour donner fur la Bataille 
des François où eftoit le Roy, lequel ils s'attendoient de prendre: 
Mais il y remedia; car ayant pris des Auant-garde, Bataille, & 
Artiere-gardedefon Armée, certain nombre des plus hardis hom- 
mes, fans changer les Chefs, attendit fes ennemis en bon ordre & 
rcfoluë hardiefle : Si bien que les ennemis eftans venus contre 
cux,le Roy auec le Corps de Bataille vinc aufli contre fes enne- 
mis; & ainfi {e rencontrerent , & vinrent les auantcoureurs cho- 
quer aflez hardiment fur la Bataille , où eftoit le Roy ; & d'vne 
part & d'autre fe firenten cette rencontre de grands faits d'armes ; 
puis, pour le renfort, la grande bande des ennemis, qui s'eftoit te- 
nuëé à couuert dans les bois prés de là, dont le Marquis de Man- 
toüe eftoit le conduéteur , fortit impetucufement à découuert, 
pour donner fur le Roy. Mais ladite bande , qui eftoit de huit 
cent Lances, fût rompuë par ledit Sieur de la Trimoüille ,auec trois 
cent Lances qu'il auoit fous fa charge. Neantmoins la meflée fûc 
grande, & y eût de grands coups donnez de part & d'autre. Mais, 
ainfi que le Dieu des Batailles le voulut ,les ennemis furent deffaits 
& tuez fur le champ, fors ceux qui peûrent s'enfuir. Car il y en 


ROY DE FRANCE. >1$ 


eût vn fort orand nombre qui plus firent en ce iour de leurs 
éperons & de leurs cheuaux, que de leurs mains & bâtons; & 
partant le Roy demeura viétorieux, par le fecours & le bon fer- 
uice dudit Sieur de la Trimoüille & des autres vaillans Princes, Ca- 
pitaines, & gens de pied de France. | 
Ce danger eftant paflé par cette triomphante Viétoire, le Roy 
l’efpée au poing, & tout viétorieux & triomphateur de Ttalie, 4, de 
retourna en {on Royaume de France, alors riche de paix & d'vne Guyenne. F. 


abondance de tous biens. Admiraux 
army les 


Certain temps aprés, l'Eftat d’Admiral de Guyenne eftant venu À Officiers de 


vacquer par-le trépas du fufdit Baftard Mathieu, de la. Maifon l« Couronne. 


de Bourbon, le Sieur de la Trimoüille en fût pourueû ; & fic faire shoes 
vne fort belle Nef appellée Le: Gabrielle, du nom de fon Epoufe *, 85. & 86. 
se mit en pleine mer bien équipée , pour le feruice du Roy, & “LE Re à 


u Royaumci à ‘ à AR 


: RU contoit deux 
. Et lors que le Roy Charles trauailloit à faire exercer luftice en en 
fon Royaume, voulant oùyr deux fois la femaine * les plaintes . : Se 
de fes Suiets, auant que pouuoir recompenfer ledit Sieur de la jes. 

Trimoïille ( felon fes promeffes) des feruices qu’il luyÿ auoit faits, 744 
& au bien public, il alla de vie à trépas au Chafteau d’AÆmboife le Vht.p. 
sa jour d’Avrill'an mille quatre cent quatre-vingt-dix-{epe, : 
felon la computation de Pari, où l'on commence * l'année à Paf_ 1 4 9 7. 
ques ; & felon la computation Romaine, & d'Aquitaine, l'an mille Compuration 


quatre cent quatre-vingt-dix-huit. Parce que les Romains com- #7" 


Pagi3.41e 


mencent l’année à Noël, & les Aquitaniens à la Noftre-Dame de 47. 74.109. 
e . . A ° 
Mars. Ce bon Roy ne laiffa aucuns enfans de luy. Etfût fon “gs LIL, 141. 


mis auec les autres Roys de France en l'Eglife de l'Abbäye Re 
Sainét Denys en France. | | __  ‘d'Aquitai- 


Le Seigneur de la Trimoäille fit grand detïil * du trépas du Roy 
(harles [on Seigneur & maiftre, &-non fans raifon 4 car auecle cofps 
il perdit l'efpoir de la recompenfe de fes labeurs, parce qu'il eftoit 
decede fans enfans, & que Madame Anne de Bretagne fa veufue, 
auoit toûiouts quelque foupconneux regard fur luy à l'occafion 
de la guerre de Bretagne ; aufli que ve Louys Duc d'Orleans, | 
qu'il auoit à ladite guerre pris prifonnier *, fuccedoit à la Cou- à Rss 
ronne de France, comme le plus proche en ligne mafculine colla-® . b | 
terale, par faute de la dire&e. Mais il aduint tout au contraire ,4 Lo. 
de fon imagination; car ledit Duc d'Orleans, nommé Lowys XII, Louys XIL 
incontinent après le decés d’iceluy Roy Charles , & auant fon À png 
Couronnement , manda ledit Sieur de La Tnmoüille, & de fon pro- »cemis. 
pre mouuement , fans aucune requefte ny pricre, le confirma en 
tous fes Eftats, Offices, Penfions, & bienfaits; le priant luy effre 
auf loyal qu'a fon predeceffeur Charles, auec promefle de meilleure‘ 
recompenfe. . | | hr 


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1498. 
* Pag. 113 


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et GEORGII FL 
We MEDIOLANENSIS IC. 
DE EXPEDITIONE CAROLI VIII 


in Neapolitanum Régnum, 
LIBRI DVO. 


sy dE NC1D1T manss in meas Georgij Flori Mediolanenfis & bello Ie. 
% es de AL bico liber mans [oriptus anse amnos cention : quemr in publicum proferre is- 
l'imprefion Jiun exifimaui; sum quia autorem ipfum debiro premio fraudare iniuflum : 
Fr cé An pym quia noffros, @) rem ‘uniuer{am listerariam opere hoc fpoliare duxi ne- 
M fas. Scripfit pro atate, indufriè , @r inquifitè, ff non eleganter, © cite, 

… ‘Mulraincobona iudicia, multa libera, Etfi non ita fit Florus iffe multis floribus 
ingenÿ preditus,multe tamen in co veritates, que ad Guicciardini cr aliorur 

qui Gallicas pattes oppugnant , commente, € cauillationes confutandas opere 

pretium forent bis qui hifloriam nofiram meditantur. Hunc qualemcumque 

ad te mitto : rec fi mittere alio vellem, poffem : nec fe poffem , vellem. Ait 

de Gallicis rebus, &Icalicis, grec. Diuioni, 1. Kalend. lanuar. M.DC.xT11, 


LIBER PRIMVS. 


y ALLIA omni pacatà, crebri à Ladowico 
A Sfortia Oratores ad Carolum mictebantur, 
1 qui otiofum & quierum Regem contra 
A lfonfuns Aragoniæmn concitarent : quod 
Neapolitanum regnum fucceffionis ture 
| fibi debitum à patre atque auo is per 
[vim diu occupatum poffi etet. Nam hi, 
|A erfi longis itineribus diffitum eflet, fa- 
TON TNT | cilè in eius ditianem poteftatémque ven- 


Raïfons de 
Louys Sfor-. | 
CC pour per- 
fuader le Roy 
de faire lu: 
guerre 4 Al- 
phonfe d’A- 
_ ragon: e 
pour l'ani- : ZA] A NN =. 
mer à la 608. NE ne RE 
quêre du | TT RS Re 
Royaume TE LN Eee 
de dr ps turum edocebant, nec multo milite, aut maiore j 2 pen opus 
| SEA effe : infenfos ob diram diuturnioris tyrannidis crudelitarem om. 
| | |  . nes 


RTS TN RS 


rennes 2 es cite 0 5 s h 


ROY DE FRANCE É 117 


nes regni Principes, quos populi virro fubfequerentur : finitimos, p; Exren. 


fi qui cius partes amplexarentur » fidem non fcruaturos : quod 
metu potiüs quâm gratià .& amicitià cum co focietateih au 
fœdera coïuiflent : Ludouice , quod pro To. Galeacio ex fratre 
nepote Imperium adminiftraret , Jongè latéque in Italia aucto- 
ritatem fummam viréfque patcre ; cuius.ditionis fines ad He- 
erufcos & Florencinos protenderentur : roc auxiliares .capias & 
fubfidiarias ex bellicofiflima & audaci gente præfto comparätu- 
rum quot expofceret;commearum , & quæ vlui forent militi af- 
fatim fubminiftraturum : Longobardiam fertilem effe, & omni 
pabulo & anñonâ vhique abundare : adefle Genuam maritimo & 
cerreftri bello opportunam : Bononienfes ad radices Appennini, 


CAROLI 
VI I I. :N 
NEar.REG. 


& Ferrarienfes ad omnia iuffa non paruâ manu adfuturos : Sabau- | 


dienfes, (etfi eorum Dux Ÿo. Carolus _ Amedeus in tutela Blanche, 
raræ prudentiæ ac pudicitiæ matronæ, ob ætatem cffec) facilè ta- 
men Regias partes fecuturos, liberôfque per anguftas Alpium fau- 
ces aditus Gallico militi in Italiam permiffuros ; hofpitia quoque 
benignè paraturos; modô tutas res pupilli, cuius effenc deditiflimi, 
cognofcerent ; intercedere antiquas neceflitudines,& continua gen. 
tis ob vicinitatem commercia : quibus idem ferè fermo,idem ha- 
bitus & mores haberentur. Monsferratenfium & Saluciorum reau- 
los nunquam à Regia voluntate diffenfuros : Venetos item, quod 
longe ab omni itinere cæterôque regnicommercio diftarent, quid- 
st in eum non moturos. Nec tanti eorum potentiam cefle 

aciendam , quæ par Longobardorum viribus nullo modo effe pof- 
fet, vr expeditionem, vel fi aliquid attentarent, omitteret. Cære- 
ros Italiæ populos , quôd tum variis ftudiis contumeliz maximè 
obnoxij agitarentur , in eius partes vlrro defcenfuros. Turpe effe 

entem bellis affuetam , & continuis viétoriis claram otio torpef- 
cere. Plerofque Reges & nationum Duces bellorum caufas ex in- 
duftria quæritafle, non tam dilatandi Imperij fines gratià, quäm vt 
lafciuientis miliis ignauiam excitarent Quanto honeftiüs is, cui 
plus quäm iufta inferendi belli occafño pro recuperandis , quæ 
per vim iniuftè occupata detinerentur ,poffet contra ablatum ho- 
ftem, cuius certa & in manu effet victoria, arma mouere ? Contra 
perditum & effeminatum hominem, nullius fidei, deorum religio- 
nifque contemptorem bellum gerendum effe , cuius impietateiam 


exinanitæ cflent regni vires, qui à fæuiflimo patte non degenera- 


rct, qui cruentà cæde omnes ferè regni Proceres fuftuliffet , cutus 


immanis crudelitas toto orbe decanraretur. Sanctiffimosélim Fran- 


corum Reges in huiufmodi truculentos tyrannos , vtr mifcros po- 


pulos tam dirè vexatos liberarent, vitro femper pra eorum innata 
religionc arma mouïfle; nullam potiorem caufam belli gérendiin- 
ueniri pofle exiftimantes, quam quæ eflet ad commtnem omnium 
. bonorum conferuationem. Arbitraretur fibi pro honore, pro glo- 
E e 


ne nm Les Em. ne 


= = 


218 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 


Ds Exvéo, ti, Pro religione , pro communi omnium commodo , nedum pro 
Carozr vindicatione regni decertandum effe: cuius fertiliffima arua , opi- 
és l : 1", micolles, ampliffima pafcua, fluuiorum amænitas, aëris faluberri- 
‘ma temperies, vrbium elegantia, virorum erudita ingenia, mulie- 
rum præftantior forma, quemcunque vel ignauum & defidem , vc 
arma fumeret pro his recuperandis , maxime excitarent. Hæc & 
multa huiufmodi, quibus animum Caroli in dies magis atque ma- 
ois follicitarent, à Legatis adducebantur ; plerifque ex primoribus, 
qui Regem in eam fententiam traherent , blandiri ; alios mune- 
ribus capere, nonnullos pecuniä tentare. Tanto ftudio Zudouicus, 
cui maxime formidolofa erat LA4lfonf ferocia, conabarur eum ex- 
cerno terrore ab inftituto retrahere. Quippe qui iam diu explo- 
ratum haberet ab eo contra fe clâm arma parari ; magnos exerci- 
tus vndique contrahi; nouas in Italia focierates iniri, vt admini- 
ftrationem rerum Ÿoanni Galeacio illius genero remittere cogeretur. 
Quum enim ætatis iam adultæ is effet, ingeniôque promptiflimo, 
ac præftanti animi & corporis virtute, cuius forma & mores magni 
Principis auétoritatem præ fe ferrent, nec à patruo in principatum 
reponeretur, fed tanquam priuatus ab omni Reipublicæ cura alie- 
nus ætatem agerct, non poterant vxor , quæ magni eflet animi, 
amici atque eius ftudiofi non ægrè ferre, quod Ludeuicus fub ve- 
lamento narenmen eum Imperio ditionéque priuaret. Itaque 
quod viribus impares eflent , nec tantum facinus apertè aggredi 
auderent contra eum , qui non paruä iam potentià fe muniuerat, 
Alfonfum in dies hi magis clàm follicitabant, vt genero quantis 
offet copiis fuccurrere properaret, ne per fraudem regno , quod 
Lo , nifi fubueniretur, amiffurus erat , tam ignauë fpoliaretur. 
Hinc continuæ filiæ preces , querelæ & lacrymæ, qudd non regulo 
aut principi nupta videretur , ” maritus, cui nulla in admi- 
niftratione rerum auétoritas effet , perinde ac priuatus in tutela 
ns tam grandis natu ignominiose degerer. Hinc amicorum ad- 
ortationes, qui multa ad rem perpetrandam feorfum polliceren- 
tur, modo maturaret; animum foceri impulerant vt omni conatu 
generum expullo patruo in regno tucretur. Quod fine ingenti 
exercitu fieri poffe non arbitrabatur. Nam Zudouicus qui à nepo- 
Vfarpation ve ftabant paulatim fublatis , arcibüfque impofitis fuæ fationis 
or nouis cuftodibus, præfetos magiftratufque, & qui in vrbibus in 
fat du Du. Omni Mediolanenfi ditione , quos fbi fidos exiftimarec , ius di- 
chéde Milan cerent fuo nomine creat, Senatores confcribit, qui exigerent ve- 
Ge N'onu Ctigalia & rei præeffent , conftituit ; legationes folus 
fufcipit : quos dubiæ fidei & noui alicuius confilij fufpeétos habe- 

bat, interim quoquo modo tollere parat. Nihil publicè gereba- 

tur quod non eius auétoritate fieret ; Toannis Galeacÿ nomen in di- 

lomatis rantüm recipiebatur ; cui pauci admodum comites libi- 

dinibus deditiadfiftebant, qui potius exploratores, quèm miniftri 


ROY DE FRANCE. 219 


erant. Hi omnia eius confilia & cogitationes patruo apericbantr: — 
nihil præter quod animum cffeminaret , obicétabant. Quibus ar- Fa Panne 
tibus iuuenilis animus à boni propofito facilè dimouebatur. Ita VILL 1e 
ille quod iam diu affeétallet regnum ex:fententia adminiftrabac ; Nrar.nec. 
hic per ignauiam atque focordiam ex mala confuetudine in otio 
ætatem contercbat. Nam quadam velut oftentatione elatus Z#do- 
sicus quafi fuo duétu fuâque virtute ac prudentiâ res Mediolanen- 
{es aliquot annos in tanta rerum conflitione fatis profperè fuc 
cefliffenc, ed fuperbiæ & arrogantiæ progrediebatur , vt qui anrè 
mercenariam adminiftrationem longâ prece fibi procuraflet, & 
fub alterius nutu & aufpiciis victitaffet , pari iure fe accipi in re- 
gni partem non pateretur, pr cedendum efle non arbitrabatur 
nepoti ex fratre, qui natus eflet antequam pater cam dignitatem 
aut imperium obtineret. Sibi ex iure primogenituræ eum Duca- Raiféns alle- 
cum pertinere, quod primus ex patre Duce progenicus fuiffet, clèm Det parL Ve 
interim oftentabat. Iraque quum iam videret diuerfa populorum par 
ftudia, quibus cognituseffet eius animus, preter externos appara- 
eus ,in vrbibus ob fufpicionem paulatim excicari , qui taciti vel 
leuem motum expecarent, vel quantulacunque accelerata auxilia, 
vt ab adminiftratione deponeretur ; etfi plerofque ex potentiori- 
bus multa pollicendo & largiendo in partes fuas attraxerat , arcéf- 

ue muniuerat : domefticis tamen vinbus tot turbinum motus {u- 
flinere poffe diffus: nihil fibi magisconducere exiftimabar, quàm 
Gallicam potentiam, fine qua, quum omnia ei in Icalia fufpecta 
cffent , tutus in imperio tunc efle non pollet , hofti obiectare. 
Ita enim externis armis A4lfonff conatus reprimi pole arbitrabatur. 
Nibhiligitur pretermictere , quod animum Regis impellere maximè 
videretur. Magnum auri pondus pro militari viatico defponde- 
re, ingentem & validam claffem ad tantum bellum neceffariam 
ex omni mari Liguftico colle“tam polliceri. Nouas legationes ad Piufeurs 
diuerfos diuerfarum regionum Principes fufcipere, cum quibus vel -4f4des 
focietas coëunda, vel fœdus percutiendum pro tempore effet : ve- Lille 
cuftiflimas tabulas tunc Genuæ repertas oftentare ; quibus conti- voyage de 
nerctur, Neapolitanum regnum Francorum Regibus [uccefforio iure de- FE Mon 
beri. Plerofque ex regni primoribus, quos <4lfonfo infen{os , aut 
nouarum rerum fludiofes cffe fcicbat , magnis pollicitationibus 
{ollicitatos acciuerat, qui Regem fupplices adirent , coleratam diu 
ac perpeffam fub tyrannis ri & calamitofam fortunam col- 
Jachrimantes; fe & fua, fi in immanem tyrannum arma moueret, 
fponte offerrent: pecunias pretereà quantas poteft congerit ; om- 
nes naues & triremes, quibus Genuenfes vitro citroque mercibus 
vierentur, Genuæ colleétas conducit, omnia expromiffa accuratè 
expedir. Et iam rumor percrebuerat Regem breui cum ingenti 
exercitu in Jtaliam defcenfurum , atque in _Alfonfum verrà mari- 
que duturum. Accelerandum enim Ludouicus effe arbitrabatur, 

| | | | Ee ij 


De Exrep. 


CAROLI 
VIIL 1x 
NEaAr.REG. 


220 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 

& interim famâ perterrendum hoftem , ne antequèäm Carolus cum 
copiis defcendiffet, noui 2 motus in Italia contra fe cxcitaren- 
tur ,quinon ita facile eius aduentu reprimi poffe videbantur, nifi fe 
prius imperio abdicaffer: quippe quod fufpicaretur optimum Re- 
gem , {fi cum nepote in apertum certamen ( quôd als futurum 
erat } de fumma rerum defcendiffet , illius partes potiuis, quim 
fuas fponte fufcepturum : fiue quod ei arétä neceflirudine deuin-- 
us effet & æqualis; fiue quôd ita benigno diceretur animo, qui 
neminem per fraudem regno ciici pateretur. Addebar iraque 4/ 
fonfnm huius rei famâ perculfum non paruas copias citra Appenni- 
num in agrum Ferrarienfem fub Ferdinando filio iam tranfportaf- 
fe; quæ iter accelerarent ad occludendos Alpium aditus, nifi ob- 
uiaretur; vt potius extra regni fines belli fortuna ii fi- 
ue quôd fuis parum fideret ; fiue quod id ahienà ditione commo- 
diùs geri pofle arbitraretur. Se hactenus Jo. Galeacium nepotem in 
partes fuas continuiffe; vereri, fi differatur , ne prece vxoris, vreft 
natura iuuenum facilis, à propofito dimoueatur ; ceteréfque Italiæ 
principes, aut fpe,aut metu in partes fuas trahac : effe ad eam rem 
conficiendam deftinatos ad fingulos legatos. Viderer ne cunéta- 
tione irriti apparatus fierent. Conftantem iam efle in omni terra 
Italiæ famam de eius in TN capolitanum regnum 2. Quæ fi 
omitteretur , non fine ignominia id fieri poffe : fi fufcipienda ef: 
fer , accelerandum efle : ne interceflione cemporis vires hoftium 
augeri poflent. Omnia Mediolani & Genux parata pro co cie; 
modo in Italiam defcendere feftinaret. His aut fimihbus Carolus 
commotus , etfi conftituerat bellum aduerfus + 4lfonfum mouere, 
ne animo inferior maioribus fuis videretur, nifi recuperato regno 
fines imperij ad extremas Italiæ oras protraheret : confilio tamen 
primorum totius Galliæ conuocato , fententias exquirere cœæpit: ve 
quod communibus aufpiciis gerendum effet , omnium fententiis 
comprobaretur. Quo in confilio quum multa in vtramque parrcem 
adducerent ; vicit tandein ea pars quæ expeditionem in _4lfonfum 
parandam effe cenfebat. Non enim omittendam tam opportunam 
belli gerendi oblatam occafionem aiebant ; tum maximè quum 
omnia in Gallia quieta eflent. Non effe rot duces, tot milites, qui 
hactenus in bellis verfati fuiffenc, deliciis & ignauiâ abfumendos. 
Aliquid deeffe tot viétoriis, fi reliquam ætatem in otio volupta- 
tibus dediti contererent. Non parua efle , quæ à Ludouico Sfortie 
offerri dicerentur ; qui veluti clauftra Italiæ adeuntibus patefacere 
poffet. Licere quæ per vim ab hofte occupata detinerentur, vi & 
armis recuperare. Id fepè fuperiores Reges attentaffe : fed vel do- 
mefticis difcordiis , aut finitimorum vexationibus diftractos ; aut 
corum qui regnum tenerent , blanditiis delinitos rem imperfeétam 
reliquiffe. Nullam iuftiorem belli indicendi caufam inueniri pof- 
fe, quèm quæ non pro dilatandis imperi; finibus cupidine domi- 


ROY DE FRANCE. 221 


nandi, fed quæ pro-recuperandis à graflatore ablatis excitarer. Non D: Exreo. 
referre quod. tanto locorum. interuallo à finibus Galliæ diftaret ru 
Neapohtanum regnum, in extxemis Italiæ collocatum : quum in Nrup. . 
co plures finc ex Gallia oriundi principes , & non paruæ vhique 
nobilium familiæ ; quibus gratius accidere poffet nihil,quäm ad- 
uéntus Gallici exercitüs : quo velut à parente expulsâ tyrannide in 
mar libertatem refticucrentur. Em verd eùm fenferint Gal- 
icas copias Alpes tranfcendifle, ita omnes regnicolas ab © 4lfonfo 
vitro defeuros, vt cogatur ante carum aduentum reliéto regno 
fugam parare. Domefticis armis , non externis aur Gallicis bellum 
conficiendum. St Alpium. accolx , fi Longobardi , fi Genuenfes, 
wc ferebatur, à Regc ftarenct, ceteros Italiæ populos nonrepugna- 
turos , quin terra marique oppugmari poffet Alfonfus. Nec tanti ef- 
fe Hetrufcoram & fummi Pontificis porentiam ; vt tantillüm tan- 
cos exercitus remorari poffent : qui ctim fenferint fe aliqua ex par- 
te vrocri, ne altenâ causâ iacturam faciant,, illico cedent; fuffque 
ipfi, & non alienis rebus confulere feftinabuant. ne liberos adi- 
tus aut vi, aut gratià facilè reli@uros. Qui ex Gallia exercitus in 
Italiam defcendiffent aliàs, paru etiam manu, femper primo im- 
petu victores fuiffe. Quod fi pofteà proftrati aut deleti fuiflent, 
id incurià ducum , aut corum quibus credidiffent , accidiffe; non 
adfuifle ipfos Reges; non quorum res gerebatur : fed condu&i- 
tios imperatores , quorum difcordia tes attriuiffet. Hoc Alexan- 
drinam cladem , & apud Genuam, & in Sicilia acceptam demon- 
ftrare. Meminiffent Gallicum equiratum tanti roboris efle ,tantà- 
que ceteris virtute preftare, ve nulli vnquam ceflerit : pediratum 
nunc adeffe vbique robufiffimum. Quis melior iaculo & gladio, 
Uafcone ? baliftis , Vocontia ?arcu & bipenni, Normano ? framei & 
fcorpionibus , Helgetio® Non fcribendas effe nouas legiones : om- 
nes veteranas laborum patientiffimas , belli fcientiffimas integras 
effe (paucos proximis bellis defideratos ) quæ numerofiflimum 
& validifimum quemque exercitum profligare , aut atterere pof- 
fent : quæ fuperioribus victoriis , glorià & honore accenfæ , alias 
fuperaddere fummo ftudio efflagitarent. Non effe interim tempus 
fruftrà contentionibus a 4 : fed properandum dum om- 
nia bello neceflaria, & occañio & vires ,. & otium , ac rerum co- 
pia vhertim __ His Principum animi accenfi in fen- 
rentiam Regis frequentes defcendere, ve in - 4lfon/am duceretur : 
etfi plerique à fuis vrbibus ad id mifh oratores difluadere cona- 
bantur. luffic itaque Carolus omnes duces milites fuos à ftationi- 
bus educere, in armis paratos habere, ac Italiam verfus agmina- 
tim viam ingredi: pedites ex Vafconibus, Normanis, Attrebati- 
bus,ac Heluetiis À: multa millia confcripti. Ceteri neceffarij ad 
tantam .expeditionem apparatus. in dies maiore çurâ acceleraban- 
tur. Mifh interim legati ad Ferdinandum Aragonium Regem , & 
Ec ii] | 


222 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
Dr Exern, item ad Henricum Anglorum Regem feptimum , ad ceterôfque fi- 
SaRozt nitimos Principes, cum quibus vel sa js fœdera firmarent, vel 
dé ap, Rec, NOUa percuterent : ne aliqui, dum a 
cum maiore parte copiarum proficifcitur , eius fines defenfore ac 
*p.parm Prefidiis fuis fpoliatos ingredi tentarent. Hifpano Regi Raffilio* 
lesPreuucs, cum Parpiniaco refticuitur, fiue quod ita (vt rumor erat) Ludoui- 
cus pater Carolo moriens mandauerat , fiue quôd eo munere fibi 
Ferdinandum aduerfus _4lfonfum conciliare pofle Carolus maximè 
confidebat. Sabaudienfes vt Regij exercitus per corum fines tranfi- 
rent liberè permifere ; modo + iniuriis fubditorum. & malefñciis 
abftinerent. Eleé&ti magnæ äuétoriratis viri, qui tranfeuntibus co- 
piis loca partirentur, vt commodius hofpitari, poffent , & com- 
meatu vbique abundarent. Legionibus itaque ex omnibus hyber- 
* CefPier. NS ad fines Lugdunenfium aduocatis , Carolws ed profeus eft, 
re v. pag. 98. ibique exercitum luftrauit ; Zoanmem * Borboniorum Ducem foro- 
. En rium toti Galliæ prefecit, Ludonicum * Aurelianenfium item Du- 
quiefhit CEM CUM quingentis catafractis militibus, mille fagictariis equiti- 
_ morrdés l'an bus, decem millibus peditum , qui clafle Genuæ parata impone- 
us #7 rentur, premifit. Ceteræ copiæ cum tormentis & munitionibus, 
* Pag.98.99. quum Âlpes tranfcendiffent , ipfe tantum itineris faciebat , quan- 
S191  tum fatis effe ad mutationem locorum propter falubritatem exi- 
ftimabat. Vbi vero Taurini de eius aduentu renunciatum eft , ali- 
quot è primoribus Patrum à Blancha defignantur, qui Carolum Al- 
pibus appropinquantem magnificè & lautè in omnibus oppidis & 
caftellis exciperent , T aurinémque deducerent : inter quos Sebafhia- 
nus Ferrerius queftorum prefeétus non paruæ ex Sub-alpinis pro- 
ceribus potentiæ, & apud Blancham auctoritatis, cuius confilio & 
prudentiâ res pupilli plurimum adminiftrabantur, principatum 
* pag 101. Obtinebat. Exceptus eft (aroli aduentus* ab omnibus oppidanis 
146. & ciuibus increibili honore qe obferuantiâ. Quo enim pri- 
| müm aduentare nuntiabatur, nihil relinquebatur quod ad orna- 
tum portarum , itinerum , ocorämque omnium, qua is tranfitu- 
rus erat, excogitari poflet : cum liberis omnis ferè multitudo ob- 
uiam procedebat. T'anta erat vifendi Regem apud omnes cupidi- 
tas , apud potentiores excipiendi cultus & magnificentia. Quum 
omnes Alpinas & fubmantanas regiones co honore atque amorce 
* Suinanr La Carolas percurriffet iuftis itineribus , ad Eee Auguftum an- 
fappuation NO CCCCXC1I111 à Natiuitate * Saluacoris fupra millefimum 
bre Ml Affam* peruenit. Ibi Ferrarienfium Dux & Ludouicus Sfortia cum 
ce, oxlan- plerifque aliis Icaliæ regulis ei preftà obuiam adfuêre. Intereà Lu- 
néenecom douicus Aurelianenfium Dux,quem Genuz clafhi prepofitum di- 
mr ne ximus , per exploratores & nuntios certior fa@tus cos pedites, qui 
ques, +. in agro Pifano fcripti erant, Neapolitanam claffem, quæ apud 
PES. Liburnum iam diu nihil mouerat , iam confcendifle , ftatim con- 


* Pag.114. , | | css 
& A iectari cœpit eam contra fe parari : quum fatis conftaret duces 


1494. 


remotam expeditionem 


ROY DE FRANCE. 223 


Genuenfes efle, & iampridem Orientalem oram clàm follicitaffe, D: Exezo. 
ve corum partes fequeretur. Is itaque intentiüs vigilare , hoftium er ae 
confilia per exploratores frequentius perfcrutari, omnia per cam + re 
oram prefidia augere, tela mittere, munitionibus ac omni com- 
meatu oppida & caftella firmare , in vrbe quoque circa littus ex 
cubias difponere:non quôd vis aliqua aperta timeretur ; fed vt ab 
infidiis omnia tuta effent. Militem è ftationibus ad fe vocatum 

in armis pro vrbe cffe iubet ; ac nautas claffem ftrutam paratäm- 

que habere , vt hoftem terrâ marique fi moueret, aggredi poffent. 

Dum hæc Genuæ à Ludouico gererentur pararentürque, per ignes 

ex promontoriis depofitos figna edita claffem aduentare, môxque 
precipites per difpolitos equos nuntij retulere eam in finum Ra- 
palli iam déclinafl : quod vicus ille prefidio foannis Ludouici Flifii 
munitus folum teneretur , cuius frater Zbletus « Alfonfi claffem du- 
Ctitabat. Ibi expofitis omnibus in terram copiis , quietis accolis, 

quafi nihil tale timerent , fiue quod Jbleti auétoritate & prefentià 
deterriti portas occludere non auderent ,incra oppidum duces cum 

omni exercitu fe receperunt; idque communire fummo ftudio co- 
nabantur. Inde paruis lembulis ad explorandum (vt creditum eft) 
Rechum vfque procefferunt : vbi Ecultrà centatis, qui fuæ fattio- 

nis crant, vt arma caperent, iterum Rapallum redierunt. Clafhs in 

alcum fe recepit. Intereà Genux nec magno tumultu paratä claf- 

fe , & militibus arma expedire iuflis Ludowicus poftero die in ho- 
ftem terrà marique ducere conftituit; ne cemporis cunctatione po- 
pularium animi ad aliquem cumultum à É&iofis incitarentur. 
Oauo igicur Idus Septembris in ipfo crepufculo figna canere, & 
claffem vela dare fauentibus ventis , leniter tamen flantibus, iubet. 
Terreftre agmen paulo poft incedere. Clafh præeratipfe Dux Au- 
relianenfium 4ntonius Maria Sanfeuerinas cum terreftribus copiis, 

& fo. Adurnius haud procul ab hofte eadem die apud Rechum 
confederunt. Claflis cardius proceflit: vtr ægrè leuibus ventis po- 

ftero die onerariæ naues in finum Rapalli penetrare potuerint. Nea- 
politana claflis, que nufquam poftei confpeéta , eà die in confpe- 

étu erat , vr ægrè ferret ftomachareturque Ludouicus , quod eam 

tam propinquam ob maris malaciam & ventorum,imô auræ po- 

tius lenicatem infequi non poffer. Interim qui Rapalli erant molem 

veriti intra vicum , quem fofsà clauftrifque cinxerant, fe contine- 
banc, ve cum hofte eruptione fa&ä congredi, & intra munimen- 

ta, fi vis aliqua inferretur , fefe tueri poffent. Erat natalis Marix 
Virginis, & dies ibat in nodtem, cüm ©Alfon/iani milite ex oppi- Le 8. se- 
do erumpentes Ludouici verreftres copias appropinquantes fublaro dép 
ingenti clamore inuadunt. His Helueriorum cohors paulatim oc- né 
currit ,quæ prelio centato ad primum certamen aliquantulum re- 

pulfa, maiore pofteà impetu in hoftem immiffa prelium acrius com- 

mifit. Claflis Regia interim quäm maxime potuit ,ad littus appli- 


Des Expreo. 


CAROLI 
VIIL 1x 
NEAPr.REG. 


Combat de 
Rapaille é 
victoire de 
Louys Duc 
d'Orle ans, 
V. pag. 190. 
114. @ 198. 


114 HISTOIRE DE CHARLES VIII 
cuit;vtex nauibusin terram acinhoftestormenta excuteret.Et à ter- 
goiamaduentabat Ÿo. Ludouicus Flifcus cum peditibus circiter quin- 
gentis: fuftinuere impetum Ælphonfieni impigrè, &diutius fuftinuif 
fent, nifi repentè fuborta crepidatio effet, ne vndique circumueni- 
rentur. Quum enim claffem littori inftare, & ceteras copias veluri 
expanfis alis circumfundi intuerentur , omiflo prelio ad fugam 
verfi, fefe pars ad proximos montes, pars in fyluas prçcipiti Pigè 
receperunt : In eo prelio, quod & fuga & nox diremit,ex hoftibus 
circiter quingenti cecidère, multis vulneratis, pluribus captis , in- 
ter quos Fregofinus & Rolandius Fregofins, & item falhus Urfinus : 
hic ad To. Ludouicum , li ad Aurelianenfium Ducem deduéti ma- 
ono honore habiti ; adeo vt non RE Va. {ed hofpites viderentur. 
fbletus cum plerifque aliis belli ducibus per fugam elapfus , in He- 
cruriam ad reliquas Alfonfi copias proficifcitur. Quæ cüm intelle- 
xiflent iam amiffam claflem , & maritimos exercitus profligatos, 
omniaque in Hetrufcis metu acterrore tantæ cladis concuffa Fo” 
aefle, ad fuam regniquetuitionem acceleratis agminibusfe recipe- 
re contendunt. Poltridie cumilluxiffet, qui in fyluis fe abdiderant, 
conquifiti, ad vnum inuenti fpoliari ; preterea inuiolati dimiffi funt : 
vicum nemine repugnante ingrefh Heluetij quafi hoftium effer , di- 
ripucrunt. Quod non paruum Genuæ tumultum concitauit. Nam 
cum Heluetij ingentem predam in oculis Genuenfium , tanquam 
iure belli captam, in vrbem referrent , tanta repenté indignatio 
circa littus & in portu orta eft, (quod iniquo animo ferrent ami- 
cos & focios belli fpoliari } vt qui primi circumfteterant, fpolia 
eripere, & reluétantibus vim inferre cœperint. Ad eum itaque tu- 
mulcum cum magnus hominum concurfus vndique fieret, in vul- 
gufque ibidem editæz voces effent , Heluetios trucidare Genuenfes, 
20e 7 0 ad arima conclamatum eft, claufæ vhique tabernx totà 
paffim vrbe, Heluetij rerum ignari, qui diforegatim defcenderant, 
aut in vrbem redierant, canquam hoftes crucidabantur ; plerique 
in ranto populari furore ab optimis ciuibus quoquomodo erepti 
occultabantur. Intereà qui ex Rapallo agminatim redibant, cogni- 
to Genuæ in fuos excitato tumultu, acceptis ftatim armisinftru@ti 
ad figna quifque fua fefe recipiunt , in vrbem acies conuertunt, 
vt fuis fuccurrerent,& impiè occiforum necem vlcifcerentur. Sed 
accepto à Ludouico nuntio, quem paruo lembo, faétus certior de 
corumin Genuenfes animo, confeftim præmiferat; ne vlteriüs pro- 
grederentur , fedatôque Genuæ per eos qui præerant, cumultu ; 
quum plebem arma mes coëgiffent, non longe à Gensa duo- 
bus millibus paffuum confedere , ibique velut caftra poluere, do- 
nec renunciatum cft omnia Genuæ quieta cfle : Ducem Aurclia- 
nenfium in vrbem magno procerum & ciuium comitatu ex claf- 
fe , domimque hononificè deduétum. Nam eà die claflis tota fu- 
pra portum in ancoris ftetit; quod Lwdouicus feditionis caufam 
igno- 


ROY DE FRANCE. 225$ 
jgnoraret , nollerque militem in amicos & belli focios emittere, 
ae certior faus effet, quo confilio id Genuenfes attentaflent. 
Et ob id terreftres Heluetiorum copias, ve fupra demonftranimus, 
in Genuam mouentes, fuperfiftere iuflit. Qui tumultus caufa fue- 
rant , poftridie quàam ZLudouicus Vrbem ingreflus eft , de duobus 
tantum fupplicium ceptum : ceteri clementiâ dimiffi. Non abs re 
effe , imô operæ pretium me faurum exiftimaui , fi paucis hoc 
loca recenfuero quæ & quot in portu & extra Genux in ancoris 
pro Reve naues eflent. Tanta enim & tam valida claflis fuit, quan- 


tam maiorum noftrorum nulla ætas vidit vnquam. Condu&xz 


crant ancrariæ naues duodecim,& pergrandes quidem conftitutis 
in cis equitiis ac prefepibus , _ equos MDXCVI acciperent: 
minores naucs , quæ barchæ vulgo appellantur, xx111,in qui- 
bus equi DLXx imponi commodè poterant. Galeoni (ita vulous 
appellat) xv11 quibus vehi poterant equi Dcxx. Minora naui- 
gla DLXXX cquorum capacia , triremis oncraria cquos centum 
captura ; agiles triremes x X X, inter quas Regia vna maior aliquan- 
tüm, miro profeéto ingenio ædificata, & Regio ornatu compofi- 
ta : Totam claffem, quam item confcenfura erant ad decem pedi- 
tum millia, preter eos equites, quos recenfuimus, Cxxv1 naui- 
bus conftaffe comperimus ; vt fi iunéta fuiffer , cuique vel magnz 
clafñi formidolofa cffe facilè potuerit. Intereà {arolus certior fattus 
de fuorum ad Rapallum victoria , ac _A4lfonfians claffis fuga ,rumul- 
tüque Gense fuborto, ac repentée fedato;etfi conftirucrat omnem 
exercitum terrà Neapolim deducere ; optimum tamen ratus f1 claf- 
fis Genuæ inftrua contineretur , ne ab alio interim in fe condu- 
ci poffet : magiftris ac duétoribus nauium efflagitantibus miflio- 
nem aut abeundi commeatum, facere recufauit. Itaque perfolutis 
in duos menfes futuros ftipendiis folidam claflem preter vnam 
tantüm onerariam, quæ ex Siciliæ recèns fuperuenerat ; exaggeratis 
multorum dierum precibus diucétandis ex negotiatione mercimo- 
niis permiffam ; Genuz interim hyemare iufht. Et iam verebarur 
nein fe ex Hifhanis aliqua claflis pararetur , quod crebri rumores 
fpargerentur Hifpanum ab © A4lexandro PI. Pontifice follicitatum, 
in Pl non permanfurum : Cui accedebat , quod ex antiqua & 
Reoum illuftri Hifpaniæ Aragonia familia - #lfonfus originem tra- 
heret. Exercitum igitur citatis agminibus per Herruriam accelc- 
rare iubet, vt regnum, priufquam noui aliqui in fe apparatus fic- 
rent, recuperare poffer. Ipfe cum Pretorianis militibus ac proce- 
ribus Papiam* ad To. Galeacium , qui cunc aduersä valetudine , quä 
intabefcente paucis diebus poft deceflit *, grauiter laborabat (ita 
crat humaniflimus) diuertit : cimque is quererctut ac ægrè ferrer, 
quôd non fatis officio fuo facere potuiffet, quum obuiam proprer 
morbum non prodiiffer ,nec aliquid de more, quod omnia penes 


patruum effent , obruliflet : fe ramen & libexos quaf _——— 
| F 


DE ÉxPep, 
CAROLI 
VIIL 1N 
NEAP. REG, 


Grande Ar2 
mée nauale 


dn Roy. 


* Pag. it 
101. 
* Ibid, 


DE Exreo. 


CAROLI 
VIII. 1N 
NEAP.REG. 
* Pag. ITS. 
cd” 201. 


* P.116. 155. 
101. 


r 


* Pag.117. 
CO 103. 
* Ibid. 


® P.116, 165. 


* P. 119,204. 


é 212. 


216 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
offerret: hortatus vt bono effet animo, curarétque valetudinem, 
pollicendo eius & filiorum rationem in regreflu fe habiturum, tor- 
que, quem humeris magni auri ponderis geftabat , eum alacriter 
donauit. Inde Platentiam* profectus cft. Interim qui primos or- 
dines ducebant, cüm iuga Apennini cum maiore parte 7 
iam tranfcendiflenc, optimum rati fi ance aduentum Caroli, que- 
dam caftella, quæ à Florentinis erant in finibus Genuenfium , ar- 
te, loco, munitionibus fatis firma, reciperentur, aut quoquo mo- 
do vi expugnarentur , ad eorum oppugnationem fummo ftudio 
conatüque contendunt. Et Florentinum, fi his locis amoucretur, 
quod Lucenfes intercederent facilè ceffurum arbitrabantur, nihil- 
ue obftare quin liber per omnem Hetruriam aditus pateret. Sar- 


raxana* iraque & Sarrazanellum, quæ arces primæ in finibus ho- 


ftium occurrerant, quibus Perrus Medices cum valido prefidio prç- 
erat, cum crebris tormentis quaterentur ; fiue quod Petrus aduer- 
fam pationum Florentiæ factionem , quæ tunc magis poterat, 
manu Revgià fe pole opprimere arbitrabatur ; fiue quoôd tanti exer- 
citus molem fine fubfidio diutius fuftinere poffe difdebat, dedi- 
tione faà à noftris recipiuntur. Idem qui in Petra-fantta* , & ad 

ortum Liburni infra Lunam in prefidiis erant , fecere. Pifani* fe 
item Carolo dedidere ; qui libertati pofteà reftituti, nulla vi à Flo- 
rentinis fubigi vnquam potuerunt. His rebus perterriti Floren- 


tinilegatos ad Carolum, quiiam Pontremulum * defcenderat, fui pur- 


andi gratià mifere, qui dicerent fe contra eum arma non fum- 


En Alfonfi partes fequerentur, fed vt ab incurfionibus mi- . 
, | 


tum omnia tuta forent ; nec in animo habere ei velle quoquo 
modo aditus occludere; quos liberos Alfonfianis militibus reliquif- 
fent. Se obfides, fi dubitaret, daturos, & imperata omnia vitro 
facturos ; rogarce {olum & obteftari vt militem ab iniuriis & ma- 
leficio contineret. His Carolus , etfi animaduertebat vnos ex om 
nibus Florentinos effe, qui nihil earum rerum facerent, quas pol- 
licerentur , nifi coai, quôd metu potius quèm gratià talia he. 
tarent : refpondit tamen , ed fibi minus dubitationis dari , quod 
cas res, quas offerrent fponte faéturos prorfus confiderer. Se au- 
tem in Italiam defcendiffe, non vt quempiam iniurià afficeret , fed 
vt Neapolitanum regnum fibi debitum ab hoftili manu vindica- 
rec : qui reluétari conarentur , quum maximos & firmiflimos in 
armis fecum haberet exercitus, inultos non reliéturum. Itaque fi 
militi commeatum fuppeditarent, fi liberos aditus permitterent, 
nihil obftare quin tuti domieffe poffent. Se tamen cum omni exer- 
citu velle Florentiam ingredi* ne aliqui in tam populofa vrbe tu- 
multus fierenc. Dimiflis his conditionibus Florentinorum legatis, 
Ludouicus Sfortis amicorum litteris à precipiti nuntio certior fa- 
tus, foannem Galeacium, quem valetudinarium in difceffu Caroli 
ex Papia reliétum docuimus, non fine ipfus Ludouici ob fufpicio- 


ROY DE FRANCE. 127 
nem propinati veneni* vtr rumor erat, ingenti infamià, vità fun- De Exres. 
é&tum ad fuperos concefliffe, impetratà à Rege miflione cum pau- pe - 
cis fuorum (ceveris fe fequi iuflis ) per difpoitos equos Aediola- Near. rec. 
num quèm ocyflimè poteft reuercitur. Nam cüm aliquot equitum * P«: us 
auxiliaribus turmis Carolum {ubfequebatur, vt in regnum, fi iube- 
ct, proficifceretur. Hediolani igiturin aduentu Ludonic inauditum 
fpectaculum. Nam dum ÿoannis Galeaciÿ funus non fatis folemni 
pompà cffercur , Ludouicus attalicis & oftro in fignis per medias ci- 
uium turmas in Ædem maiorem, vbi aderat iam tumulandum ca 
dauer, deduétus à primoribus, conuocatä concione Dax confalu- 
tatur: vt hinc mæœroris & luétûs , hinc Ictitiæ & gaudij omnia ple. 
na effent. Variæ tamen in vulgus querimoniæ iatabantur, que Caleas 
indignitatem rei plane teftarentur : quod nepotem ex fratre ve- Duc de M4 
neno fuftuliffet : quod filium eius pupillum tam impiè per fcelus /#* empoi- 
Imperio priuaret : quod optimum Regem & credulum in Italiam Ludo fes 
traxiflet fuis delinimentis , non vt regnum adipifceretur , fed ve oncle l'an 
circumuentus detineretur ; vel cum omni exercicu deleretur. Pru- ee 
denter Regem facere fi omifsä in regnum expeditione in eum cum AS 
omni exercitu rediret, eimque vi ditione priuaret, quam per frau- 
des nepoti eripuiffet. Alij diras clim imprecabantur ; nonnulli 
calamitatem , quâ pofteà affiQus eft *, apertè ominabantur : aded * pag. 198. 
ve qui eum fequebantur fatellites malediétis popularium concitati 
alios cederent ;alios terrore & minis concuterent. His artibus rerum 
poritus Ludonicus Sfortis fummo ftudio conabatur vt popularium 
animos; qui fibi alienati viderentur, aliquâ fimulrate reconciliaret ; 
aut terrore & metu reprimeret. Nam conuocatä concione , alios 
blande appcllare , aliis priuilegia & immunitates polliceri, nonnul- 
lis facerdotia & magiftratus, quofdam minis deterrere. Sparfus fta- 
tim rumor non tam fuâ fponte, quim auétoritate & fuafu Sena- 
tus & Procerum Ludouicum Ducem creatum efle, quod tali viro, 
magnæ auctoritatis , fummeque prudentiæ & rari confilij eâ tem- 
pcftate , quà omnis ferè Italia externis armis concuteretur , non 
pupillis aut tutoribus, qui nullam rerum experientiam callerent, aut 
animo imbecilles reluétancibus facilè cederent,opus effet. Res in 
maximo difcrimine verfari, quod à Carolo Rege Ludouicus Aurelia- 
nenfium Dux magni animi fumméque us vir , qui jam 
diu ad Mediolanenfium Imperium afpiraret , _4fle in prefidiis * *Pag:1or. 
non cum parua manu reliétus effet : qui maiores copias in dies | 
contraheret , eo confilio , vt re ad IN eapolim à Carolo benè geftä, 
ipfe cum expeditis militibus Mediolanenfium fines inuaderet. Hec, 
ecfi plerifque verifimilia videbantur, non tamen popularium odia 
in Ludouicum concitata extinguebant; fed magis atque magis ex- 
citabant; ve cuiufuis externi iuflis parere mallent quim Ludouico : 
fed metu & cerrore taciri rerum euentum expcétabanc. Et iam vn- 
dique ex finitimis fuppofitis vrbibus legati Aediolanum nn” : 

Ff ij 


228 HISTOIRE DE CHARLES. VIIL 
. tur, qui Ludonicum ducem confalutarent ; nouo regulo ; etfl non 
Caroz: fponte,congratularentur. Soli Papienfes, quod in eius aka iurare 
VIIL IN diucids reluétarentur ,antiquum morem & priuilegia adducentes, 
do quibus naui Principes creati ad cos, vt publicam fidem reciperent, 
roficifci cenerentur: caufantes preterea id præter iufiurandum Je. 
Moyens que aleacio & hærcdibus iamdiu interpofñitum feri non pofle ,ingen- 
sis fi pecuni mulétati funt. Ipfe interim nihil pretermittere quod ad 
maintenir tutelam eccupati Imperij pertinere arbitraretur : cum finitimis po- 
dans Pofér- bulis & Principibus noua fœdera percutere : maiores exerciruscon- 
PS s fcribere ; caftella omnia & oppida prefidiis commeatu ac muni- 
Milan,  tianibus augerc: mifli ad Afaximiliansm leoati, quiin eius aa fuo 
_Inueftiture nomine jurarent , à quo /nuefhturam (quam appellant } Ducarüs 
de ce Ducs, ingenti pecunià mercarentur. Nullo enim iure à patre atque fra- 
dre cre ; fed vi atque armis occupatum Imperium fibi Imperiali auéto. 
Ludouic f ritate ac ne perpetuo firmatum iri exiftimabat. Itaque Ma- 
fairappelle *imiliani decreto Archidax appellatus, co fuperbix atque arrogantiæ 
Archiduc.  proceflit, ve omnia in dies mifcere ac perturbare audacius conare- 
| tur. Nam Genuenfes monet vtlegatos ad Carolum mittant , qui Sar- 
* paor2os. axanam* ,cæteräquecaftella, quæ anteà Genuenfium ditionis fuif- 
fenc,repetant. Ipfe etiam per oratores à Carolo, qui iam tum Fh- 
*Pag-tot. rentiam” tencbat, (nam cam vrbem dirutis, qua incedendum erar, 
7404 mœnibus cum omnibus copiis inftruétä acie ingreffus erat) fe re- 
rum Pifanarum ac Florentinarum adminiftrationi præfici expofce- 
bat. Quæ vbi à Rege obftinate fibi denegari animaduertit ; (no- 
lebat enim Carolus quempiam fuo iure fine cognitione priuare, 
nec par efle videbatur vt Florentinos, qui facile cefliffent, alterius 
 poteftari furomitterec';) ftarim omnes Italiæ Principes in Carolum 
coñcitare cœpit , inquiens quôd in Italiam defcendiffet , ve eam 
omnem libidine dominandi fubigeret, ac tributariam fibi faceret, 
aut depopularerur & funditus eucrteret, nedum Neapolitanum re- 
gnum recuperaret. Hoc fuo periculo deprehendiffe , ac explora- 
cum habere quäm auida gens effet imperi} ; cuius causà nullum ius 
feruaret. Sibi & Genuenfibus , qui omnia pra militari viatico ac 
auxiliares copias haétenus abundè fubminiftraffenc, clauftra Italiæ 
aduenienti-tertà marique aperuiffent , clafflem inftructam iamdiu 
sr cum maxima totius Réiblee iaétura pro co in portu continuif- 
à s. {ent , datam fidem non fcruaffe : imÔ caftella pleraque & oppida 
tre le Roy, Vi, aut dobo capta dixipuiffe ; nonnulla etiam munitionibus im- 
Pr præfentiarum re mes datam pecuniam abiurare. : non 
vt focios, aut amicos ; fed pro feruis ac deditiiis habere. Id efle 
confilium Caroli, ve quos coniunétos fuperare poffe difhderet, hos 
omnes in varias ac diuerfas partes , contrariäque ftudia diftra&os 
faciliüs opprimeret. Iam paratum efle iugum , quo Italia omnis 
fummitteretur, nifi ftatim totis viribus occurrerent. Se voluiffe in 
regrum cum omnibus copiis traducere , vt omni præfidio fpolia- 


ROY DE FRANCE, | 129 

tm Mcdiolanenfium Imperium Aurelianenfium Dux à trgo re- Ds Exreo. 
litus nemine repugnante occuparet. Quod vbi deprchendiffer C#n°:: 
fuis prætimens fe cum omni exercitu Mediolanum recepifle ; vt Near. rec. 
quoquo modo inteoris rebus confuleret. Itaque omnes follicita- 
re, peruertere fingulos, hortarique cœpit: vt imminentem ruinam 
ab corum capitibus omni conatu auerterc procurarent. Non fine 
caufa feri, vt recuperato Neapolitano regno & deuitis Longobar- 
dis, cetéra Italiæ locaimperio dignitaréque fpoliarentur. His com- 
moti Iealix Principes ne quod fibi & rebus fuis pretimerent, 
fiue quod nollent exrernum & potentiffimum Regem in Italiæ 
finibus imperium fibi quærere , preter Sabaudienfes , Salutios ac 
Monsferratenfes , qui datam fidem fine caufa violandam effe non 
arbitrabantur, vtarma in Regem pararentur vitro coniurarunt. Et 
pleræque ciuitates, qux ad Carole amicitam accefferant , deficere 
famä rei permotæ cläm molichantur. Fidem igitur omnibus in- 
terponere, iufurandum pofcere, vt quæ cfle ex vfu Italix cogno- 
uiflent, communi confilio adminiftrarent. Hæc à compluribus de- 
lata cüm Carolus cognouifler , rebus Florentiz * compofitis, quàm * Pæ-104. 
maximis poteft itincribus Sess5* peruenit ; vt fines regni priuf- — 
quâm alij conuentus in Italia fierent , inuadere poffet. Incereà le- 
gatos*ad Alexandram fummum Pontiftcemmittit, cuius legatio- pr 
nis Philippus de Sabaudia ex illuftriffima & peruetufta Ducum fà- Ron: Le 
milia ortus principatumobrinebat, qui dicerent fe in. Italiam cum Pape Ale- 
ingenti exercitu Ééfcendiffe co confilio, ve AN capolitansm regnnm nie Ve 
fucceflorio iure fibi debitum vindicaret : nec fibi in animo efle/* 

uempiam malefcio aut iniuriâ afñicere, modo iter ad fines regni Deféir du 
fcere liberum liceret. Sibi iter per Vrbem faciendum effe, pro- 25° su 
ptercà quod nullum aliud commodius haberer. Rogare vt eius d 
voluntate id facere liceat. Non decere fummum Pontificem , qui 
Chriftianis Principibus contendentibus difceptator RER N R 
rum cfle deberet , vt ab armis difcederent , cuiufpiam gratià aut 
amicitià in alios concitari. Exiftimare fe à maioribus fuis non 
degencrafle, qui merito Chrifanifimi nuncupati func, quum nihil Res si 
magis cupiat quim Chriftianam religionem augere , & Apoftoli- FC. 
cam fedem quammatimé venerari. Non tanti effe faciendum /[- fiens. 
fonfum ryrannum, vt fibi cam iniufkè iter, quod alias ferro & ar. 
mis apericndum efler, occludere conaretur. Hæc vbi accepit Ale. 
xander conuocatis in confiftorium Patribus , fiue quôd memorià 
tenchat L4lfonfum, 8e cius patrem Ferdinandum Romanam Eccle- 
fiam continuis percurbationibus haétenus agitafle, fiue quod tu- Rain du 
tum cffe non putabat contra potentiflimum Regem, partes cius tra 
fufcipere , qui Proceres & populos regni iam diu infenfos habe- 4 Naples. 
ret, hortante maximè Æ/tanio Sfortié * Cardinali;etfs non decrant . »,, 
qui Alfonfianas partes acerrimè tuérentur, non repugnandum,,,, ” 
Carole , {ed concedendum efle decernit. * Ferdinando Can iubet , 106. an, 

Ff ii 


122. 


» — 


DE Expep. 
CAROLI 
VIII 1N 
NEAP. REG, 


* Pag.130, 


# Pag. 206. 


* Pag. 113. 


Entree du 
Roÿ 4Rome, 
pag. 101.122. 


G 2112. 


230 * HISTOIRE DE CHARLES VIII. 

ve vrbe Româ cum omni exercitu difcederet : tametfi ibi velut 
caftra ei metari haétenus permiferat, ve Carolam Pontificiä au@ori- 
rate deterritum ab incœpta expeditione recraheret : fibi tamen in 


animo non effe,quum Carolus pertinaciffime in eum infeftis fignis 


ducere perfeueraret , nec longè cum copiis abeffec , vt in Vrbe 


decertarent ac confligerent ; quod fine maximo & totius Romanæ 
Ecclefiæ detrimento id fieri non poffet. Oportere fummum Pon- 
cificem pro communi Chriftianorum falute ex officio & Apoñfto- 
licæ fedis auctoritate inter Principes contendentes medium & ve- 
lut parentem optimum efle ;non partium fautorem. Si vterqueab 
armis difcederet, de controuerfiis , vt iuftum Paftorem decet', fe 
cogniturum. Quod fi bello decernendum effe ex re arbitrarentur, 
ne quâm Rome, quæ efler communis omnium patris, prælium com- 
mitterent. Cognito - Alexandri Pontifcis decreto , Ferdinandus cum 
omnibus copiis itinere duorum dierum in Santlum Germanum*, 
primum oppidum in finibus regni,non longè à Liri fuuio com- 
munitum fe recepit ; eo confilio, vt inter anguftas fauces, quibus 
iter in Campanos &regnum patet, aduenienti Gallico militi com- 
modius repugnaret. Interim Carolus ab oratoribus de Ferdinandi 
ab Vrbe difceflu * certior faétus,confettis per Senenfium finesitine- 
ribus , Romam citatis agminibus ire contendit. Quo vbi appro- 
pinquaturn eft , etfi aliquamdiu reluétatus -_4lexander , ne cum om- 
nibus copiis Vrbemintraret ,quod in tam diuerfa militum multitu- 
dine ab iniuriis & maleficio vix temperari poflet ; ne tamen ma- 
iore difcrimine res agitarentur , fi vi & armis , quod aliàs necefle 
erat, prohibere conaretur, quum Carolus inftruétä acie pertinacif- 
fimé irrumpere feftinaret, permific, ef inuitus, ve militi in Vrbe 
hofpitia finirentur. Ipfe in #rcem Sancti < Angeli* indignabundus 
fe recepit. Carolus igicur Romam ingreflus, difpofitis per Vrbem 
prefidiis, ne aliqui tumultus ex improuifo in fe concitarentur , 
maximè intentus cfle, vc alienatum Pontificem fibi reconciliaret. 
Nec abeundum fibi ab Vrbe arbitrabatur, donec Alexander depo- 
fito metu aut odio in Uaricanum ad Ædem D. Perri rediiffer ;ibique 
copiam fui palam feciflet, perfe@âque re diuinâ fecum fœdera pa- 


_cémque firmaffer. Nam aliquot dies, velut pofitis caftris in Ædi- 


* Ibid, 


bus D. Marci cum pretorianis cohortibus fuit. Frequentes itaque 
oratores mittere, qui vel timentem , vel iratum Pontificem paca - 


rent" ,aut bono animo efle hortarentur, ab eôque pauorem excu- 
cerent. Non enim fibi in animo efle Pontificiam auctoritatem in 
aliquo per fe læfum iri. Hoc folum petere , vt eius bonâ grariä li- 
ceret fibi regnum vindicare, Nec ægre ferendum efle quod Vrbem 
cum omni exercitu ingredi voluerit, quum id non feciflec , vt ei 
iniuriam inferret ,fed vt omnia fibi cuta eflent aduerfus tam pro- 
pinquum hoftem; cui quum hofpitia in Vrbe permififfet, non vi- 
dere cur fibi deneganda effent. Animaduerteret.Alfonfam non cffe 


ROY DE FRANCE | 13 


fibi preferendum , qui nihil fanétius duceret , quèm maiorum fuo- Ds Exren. 
rum inftituco Romanz Ecclefiæ iura propagare. Interea Vrbis fa- Sa rie : 
cies immutata & miferanda videbatur , & rapinis & cæde inuito Nras. . 
Rege , omnia fœdari , bona ciuium diripi , Pontificis poteftarem * P4g:10r. 
ceffare, plerique furore quodam omnia pro arbitrio regebanc ; ve 3 © %4- 
quifque vel vlcifci, vel deprædari conftituerac , graffabatur : aded 

mali licentia vagabatur , bonos pauor & trepidatio paflim inua- 


ferat. 
MR RENE ERA EEE R REX E 
GEORGII FLO Ï 


MEDIOLANENSISI C. 
DE EXPEDITIONE CAROLI VIII 


in Neapolitanum Regnum. 


LIBER SECVNDPVS. 


A R1A & anceps humanarum rerum conditio plerofque pigrefion 
+. in eam fententiam facilé traxit, vt omnia fortuni fac «x fujet 
& cafibus regi arbicrarentur ; nec quicquam in homine vireutis , ne. A 
fiuc ad prudentiam, fiue ad fortitudinem , fiuc ad temperantiam., fiue effoient dans 
ad infhtiam refpexeris, incffe, quo illius impetus & vires commo- De és 
mode vitari poflent. set “ere in his infimis iuris effe di- Charles ? 
iudicabant, vt agitari omnia ac mifceri , & alia alid pro arbitrio VIIL yari- 
transferri eius vi atque impulfu pro conftanti haberent. Ac mihi *"? + 
quidem fingula diligentius contra mecum reputanti, illud in pri- 
iis vifum ef certiflimum in manus hominis pofitum effe qualem 
fibi fortunam (vrille ait) formare malit : nec eum egere fortunà: 
| nec magis regi cafibus, quâm ipfe regat cafus. Tum demum omnia 
quæ accidunt, fiue profperafiue aduerfa,reéto Dciiudicio ad punien- 
dum , aut emendandum, aut ad remunerandum prouenire. Quod 
alibi cüm de ea perdifhcili, & nondum fatis explicata quæftione 
difputaremus, quare mala bonis ; @r bona malis accidunt , fatis abun- pe 
dé, vt potui, comprobauimus. Nam in omni cuiufuis facinorisne- y fe os 

otio, fiue in bello, fiue in pace profilientes caulas inuenies , qui- theur. 
# pofteaquèm euenerit,ita fieri debuiffe facilè deprehendes. In 
alio enim vigilantiam , in alio folertiam extolles; hic callidus, aut 
vafer ac aftutus ; ille hebes atque ignauus nuncupabitur : hic bo- 
nis artibus, ille fraude & dolo gloriam quærere contendet ; ita di- 
uersà quidem vià bonus & malus ad vnum finem peruenire nitun- 
eur: fed illi laus, huic vituperium ac ignominia debetur. Vbi labo- 


232 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
Deere, 1e & virtutis vià quis ad honcftas diuitias , aut iuftum Imperium 
Carasr graditur, omnia ci profperè fuçcedunt, Contrà vero : perni- 
VIIL 1x. ciofis libidinibus dedici per focordiam , cüm ætas feré defluxerit, 
NARES brobitarem cæterfque virtuces abiiciunt, fiue capti prauis cupidi- 

tatibus ad inertiam & voluprates corporis deferuntur ,fruftra cul- 

pam fuam ad sn Nec impij , qui violenta exer- 
cent imperia, diuitiäfque ad malos vus conuertunt, vnumquem- 
que fine difcrimine vexationibus exagitantes, ac omnia pro arbi- 
trio promifcuè mifcentes, dum corruunt, fortunam habent vllam 
quam meritô incufare poffinc : quum eorum nefanda fcelera om- 
nes in fe concitauerint, & fux ruinæ caufam fibi ipfi præbuerint. 

Et qui paruâ manu rs exercitus fuderunt , & qui numero- 

fiffimis copiis deuiéti hoftibus cefferunt , non remotiores , aut ex- 

tra fe caufas relinquunt, quare illi viétores, hi fuperati fucrint. Il- 

lorum ftratagema , virtus, fcientia, prudentia, induftria, confi- 

lium , rei benè gerendæ temporis & loci opportunitas; horum ig- 

nauia, defidia, imprudentia, trepidatio, difcordia, imperitia, te- 

meritas, rerum difhcultas ftatim fuboriuntur, quibus ita rem geri 
oportuiffe diiudices. Qui diuitias cumulant , aut fupra modum 

feruant, folemus parcos aut auaros , folertes, diligentes & indu- 

ftrios appellare : qui vero profundunt , me nu premuntur, luxu- 

riofi, prodigi, defides, inertes, ignauique dignofcuntur ; vt nul- 

lum negotium quare ita geftum fit, preter fortunam & cafus fui 

auétoris caufa carcat. Sed ad inceptum iam redeundum effe cen- 

feo, ne.tempus in his fruftrà conteramus, quæ vicifhitudo rerum, 
oser quas deinceps fequentibus libris carptim /cripturus fem*, quam li- 
épynnrsss quidiffimis cxemplis demonftrabit. Dum igitur ca Rome ita per- 
ges. turbatè geruntur, Ferdinandus ,quem Sanclum Germanum cum om- 
ni exercitu fe recepifle docuimus, etfi huiufmodi Caroli & Pontz- 

ficis diffenfiones aliquid fpei rebus fuis afferre videbantur ; tamen, 

uod jam in regno RS fenferat, reliéto in eo oppido pre- 

(io cum reliquis copiis, fi populos fuà prefentià in Fe conti- 

nerc poflet, in Campaniam, Capuamque profñcifci pergit. Inde ab 
“pag. © Alfonfà patre accitus ,N eapolim, relito Capue * in prefidiis exer- 

citu , peruenit. Nam LAlfon/xs fiue quod exiftimaret populos ac 

Proceres longo odio fibi infenfos eâ noui Regis conftitutione de- 

mulcere pofle, fiue quod vereretur ne fi perfifteret in regno à fuis 

captus aut obtruncaretur ,aut aduenienti Carolo captiuus tradere- 
tur, fe Imperio abdicare fecederéque, ac rerum adminiftrationem 

Ferdinando filio , eo animo, vt fi fuperior effet , ius regni fibi in 
"bi. pofterum feruaretur, remittere* conftituit. Conuocatis itaque Pri- 

moribus regni publico omnium confenfu Ferdinandum regem ap- 

pcllat ,omnibus Principibus regni, quos fenior Ferdinandus pater 
ob fufpicionent dubiz fidei ,aut nouïi alicuius confilij in vinculis 
iamdiu continuerat , carcere dimiffis ; depofito deinde Imperio, 

tanquam 


ROY DE FRANCE 233 
tanquatn priuatus in Siciliim breui sractu, veluti in feceffu rerumi De Exrin 
euentum pfæftolaturus , exiguo lembo adnauigat: vbi Religiofo- pe ee 
rum Cœnobium ingreflus, fiuequod eo habitu fe tutius dehitefce- Nrap rec. 
re poife arbitrarctur ,,quum omnia ci fufpecta effent ; fiue quod 
humana nogotia fafkidiret, cuculam induit. Ferdinandus cûm in eius Alphonfe R 
aéta Principes iuraffent, éompolitifque quoquomodo NN rapoli re. quirre Les 
bus quäm ocyflimé poreft in caftra, (apaamque reuertitur. Intereà Dr 
Rome poft longas difceptationes , {nam quindecim dierum ea alter- rod à 
catio fuir) percuffo tandem inter Pontificem & Regem fœdere * fon fils Fer- 
initâque pace, cuius auétoreÿ fuêre Philippus de Sabaudia, Ludoui- een / 
cus Luccburgus, Gwillelmss Brifonctus Epifcopus Maclouienfis, qui enrre le Pape 
pauld.pôf poftulante Kege inter Cardinales  afcriprus fuit, Carolys € le Roy: cf 
omnes copias , peraétis pris de more ab Alexandro ricè facris ad» CAEN 
fines regni præmifit, legatos item ad Floreñtinos, qui coaéto in- 127.é-211. 

enti exercitu agruim Pifanum iâm cum depopulabantur , & Vr- syrrvs | 
4 obfidere properabant, deftinauit, qui eos ab atmis difcedere © 
iuberent ; aut éxpromiffam pecuniam pro ea Vrbe cæterifque ca- 
ftellis penderc intérpellarent. Sed parum profecerunt legati, quum 
cœptam obfidionem Florentini foluere recufauerint, quéd cérne- ,,.,. ” 
rent Regérir alis belloruih motibus breui implicatumh iri. Ec iâm cebdles pour 
plerique molicbäntur vt Garolum vi & armis Ivalià detruderent. +, 
Ipfe demum,cüm.omnia loca, in quibus prifcæ venerationis me-4,;4 rie - 
morià extaret, lætus at fupplex falutaffer adoralfétque, accépris ab lie. 
Alexandra obfidibus * Cajare Borgié um Cardinali, qui: pofteà *Pag 117. 
Dux Valentinenfium fuir, &c Ziximino , qui cüm in cercamen de: 
Imperio cum frasre defcendiffet, viétus ad Rhodios fuppetias ex: 
oraturus,confugerat *: à quibus pofteà Romam duétus Pontifici # pér 664 
dono.daëus fuerar, cum pretorianis milicibus in caftra profcifci- 65-& 16. . 
eur. Interim dum Carolss in Velitris oppido Volfcorum ageret, 
duo ex Hifpania oratores ad éum venêre , qui poft graues quére- 
las quod is contra legem & foœdera cum corum Rege inita , tam 
magnos exercitus in /raliam tran{portaflet, vrhes, oppida:, caftella 
Romanz Ecclelié, inuito Pontifice, inuafiffet, ipfunique Pontifi- 
cèm prius de fuga cogirantem,in molem A4drians, vt fibi & rebus 
fuis confuleret, recipere coëgiflet, monuerunt ve ab drmis difce- 
derct, cam expeditionem contra 4lfonfum omittetéc , iure prius 
experiretur: quarn armis , ad queni ny ditio fpectaret. Non to- 
leraturum Hifhanie Regem , qui validifimam haberet claflem, & 
_ potentiffimos in armis exercitus , quod regnum tam iniufté cum 
maxima cits iniuria occuparet.. Ad hæc Carol refpondi ,fe ni+ 
hil contra pacis conditiones attentafle, nec Hifpano regi iniuriam 
intulifc. Summo Pontifici,quôd Alfonfianas contra fe partes pre- 
cer mortin religionis tueretur ; occurrifle ; nec in cum, nec in res 
Ecclefiæ quicquam violentum commififfe ; fed*liberum adirum fo, & 
lüm voluiffe, quod negari non debucrat, Se à maioribus fuis non 

| C£ 


234 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
De Exrrs, degenerale , qui nihil fanétius exiftimabant , quim Chriftianam 
Caroz: felisionem tueri: fi Pontifex fe æquum cenforem preberet, non 
és À IN diéturum fuà causä fugerc voluiffe; fed quorundam maleuolorum 
’ Fes 4 pcruerfis delationibus commotum in arce #driani* aliquot dies 
| Éille Modo reconciliatum Pontificem , cum co fibi pacem fir- 
matam, fatis conftare regnum iure fuccefforiofibi pertinere. Itaque 
fibi licere vi & armis ab iniuftè occupantibusillud vindicare. Nec 
tanti facere Hifpanie Regis potentiam, vt tantillum à iufto pro- 
pofito retrahatur. Mifi item à Maximiliano Rege Romanorum ad 
Carolum legati, qui dicerent Haximiliansm breui in 7raliam cum 
maximis copiis defcenfurum : vt Imperij 3 :aer Rome confe- 
queretur. Iraque ei cum auxiliaribus aut fubfidiariis militibus, fi 
expofceret, prefto affuturum : parum compertum habeo quid in- 
ter cos Principes pofteà tranfaétum fit. Intercà Carolus, quod Ce- 
“Pa [y Borgia, quem pe obfidem docuimus aufugerat* , & Zixzimi- 
sus, non finc fufpicione propinati veneni decefferat, per litteras & 
nuntios cum Romanis & Pontifice egit, quum eos fufpectos non pa- 
rum haberet, vtij quo animo in fe effent apertè declararent. Quod 
vbi Rome compertum eft, concufli repentino timore Romani, ne 
indignabundus Rex eorum fines depopularetur, ac ad Vrbemcum 
infeflo exercitu rediret; ftatim legatos miferunt fui purgandi gra- 
ti : qui dicerent optimo fe effe animo in eum , nec vnquam ab 
cius voluntate difcefluros. Dimiflis itaque legatis miflus eft Phi- 
lippas de Sabaudia ad fammum Pontificem, cum quo firmatæ fan- 
ciæque iterum ricè & rectè conditiones pacis & fœderis fuerunt. 
Ex Vélitris moueñs Carolus per vallem, quam ÆAoronem nominant, 
ne ad ‘"Pontem curuum * , extremum Romanæ Ecclefiz oppidum , du- 
*p.1:8.149. Xit.. Hinc expugnatis duobus in collibus oppidis Aontefortino * &c 
Santo Joanne arte & naturâ admodum munitis, in predâmque mi- 
litibus datis, ac omnibus ferè oppidanis ferro trucidatis , tantus 
repenté huius rei famä pauor finitimos inuañit , vtr de falute po- 
tius quam de pugna confultarenc. Vbi igitur qui in Sancfo Ger- 
mano in prefidiis reliêti erant, appropinquare Gallicas acies pra- 
fpexerunt , leui quadam velitatione repugnare primüm , tum de 
oppido dedendo apertè agcre ceperunt, quôd oppidani in Galli- 
on cas partes clim inclinare viderentur. Recepto per deditionem 
Seftep-r49. 547640 Germano”* , Suefam *, & Traietlum* , municionibus fatis fr- 
*Triague, mata oppida Carolus expugnare , aut quoquo modo obtinere con- 
P#-131  cendit. Interim Ferdinandus , fiue amore mulieris captus , vt fama 
crat fiue terrore perculfus, reliétis qui exercitui præeflent , & res 
in caftris adminiftrarent , Joanne Jacobo Triuultio , Verginio Urfino, 
&'N icolao Petiliani Comite, Neapolim proficifcitur. Inde per nun- 
tios & litteras clâm egit cum foanne acobo , fiue quod fuis iam 
difhderet, fiuc quod tutius effe arbitraretur aliquâ conditione cum 
Carolo pacifci, quàm dubiam belli fortunam experiri, vt ad (aro- 


ROY DE FRANCE. 235 


lum cüm mandatis de pace traétanda iter acceleraret. Res maximè De Expo. 

hoc loco hortari videtur , quoniam de tanto viro tempus admo- Caroz: 

nuir,aliquid denatura cultüque cius altius repetere ,ac paucis dif- ie 2 

{erere : erfi aliis locis & proximis Libris * de eius rebus preclarège- * 115 feront L 

ftis larius diéburi fumus. Zoasnes igitur Tacobus nobili ac peruetu- 96e dan: 
A : k k | >. | iffoire du 

#tà Trinulriorum inter Infubres familiâ ortus, litteris ac liberalibus &y Lonys 

difciplinis iuxcà atque doétiflime eruditus, prima munia militaria XÜ- 4% fi 

fub Galeacio Sfortis admodum adolefcens ftrenuiflimè exercuit : ani- da 

mo ingenti, gloriæ & honoris cupidus,laborum patientiflimus ;ade0 Porrrair 

vc ab negotiis nulla eum voluptas vnquam remorata fit; fummæ pue 

vigilantiz , vitæ frugalioris , corpore vegeto , ac, tereti ; torofo pe- ere 

étore, facie elatà, apertâque ac decorâ, oculis nigricantibus, fa- Ailanois. 

cundus, callidus , rei bellicæ peritiflimus , in preliis ftrenuiflimus, 

amicitiarum tenax, in facinorofos {euerus, altitudinis ingenij in- 

credibilis, firmæ memoriz , raræ eloquentiæ , in conuiuiis fplen- 

didus ac lautus , in omnes liberalis & munificus , fidei culcor ac 

obferuantiflimus. His virtutibus, fuis charus, apud exteros clarus 

habebatur. Quo cffcœum eft, vt cum Ludouico Sforris | quem ad 

Mediolanenfium Imperium iam tum afpirare docuimus , fiue ob 

inuidiam, fiue ob fufpicionem, quôd partium Ÿo. Galeaci efle vi- 

deretur ftipendiüs primum priuatus , cum demum cüm rediiffer, 

domo, patriaque reiectus , ad maiorem Ferdinandum confugiffet, 

20 copiis præficeretur. Cüm igitur Ÿo. Zacobus ad (aro- | 

lum cum mandatis perueniflet , Uerginius Urfinus * & Nicolans Peri- *P. 151.132. 

liani Comes , quos exercitui & caftris cum %o. Zacobo prefectos à 

Ferdinando cüm IN eapolim proficifci pergeret, fuiffe demonftraui- 

mus; fiue quod ægrè ferrent huiufmodi prouinciam fibi deman- 

datam non fuifle; (tantum inuidentia & mala ambirio quorum- 

dam mortalium animos exagitat , vt ab ofhcio deflectere non ve- 

reantur :) fiue quodanimo ei cflent, abfentià Ferdinand: & Ia- 

cobi reli&à (apui, NN olw * cum fuis copiis fe gr seu Quod vbi , Kofe ;4, 

per cxploratores Carolus cognoulit, receptis in deditionem Sucfanis 

ac Traictanis, Capuam nobiliflimam vrbem, dedentibus fe vlro ci- 

uibus , intrare feftinat. Inde _ 4werfam”*, idem facientibus oppi- * Verfeou 

danis proficifcens ingreditur. Interim Ferdinandus omni fpe reti- nd 

nendi regni deftitutus, quod omnes Principes & populos La: in 

fe rebellione fummä Iætitià & applaufu {arolum vbique quo pro- 

ficifceretur excipere iam cognouiffer, Regemque apertë el 7 

tare,eidfque aduentum fummo ftudioalios efflagitare , & plerof- 

que belli duces cum copiis defeciffe , reliéto in arcibus NN eapoli 

ceccce militum prefidio claffem *, quamilli fex triremium 8 dua- *Z6id. cp. 

rum nauium paratam habebat, cum auri & argenti non ER pon- 

dere confcendit. Nam quôd Carolo nulla tunc parata claffis effer, 

futurum efle arbitrabatur, vt fi aliqui in Jralis motus in Carolum 

firent , quos iam parari fenferat , facilè regnum , fialiunde fuppe- 


Ggi 


Dre Expeo. 
CAROLI 
VIIL 1x 
Nsa4p. REG, 


* Entrée du 
Ry a Na- 
ples,p.ion: 
132.146. 
213. 


* Pag.132. 
134. © 138. 


PAL. 
131.142. 


* Pag,140. 
142. 
*Zdificia 


Pd 


236  HITOIRE DE CHARLES VIII 


cias fibi comparare poffet,recuperaret. Cognitä igitur Ferdinandi 
fugâ , deducentibus primoribus vrbis ac regni Proceribus popu- 
lorümque legatis, qui ad eum, vrin cius a@a vitro iurarent ,eum- 

ue Regem confalutarent, fummo ftudio ac feftinatione iam vn- 
& ue confluebant , Carolus INeapolim omnium maximä lætitià & 
ri applaufu ingredicur*. Nihil enim quà tranfeundum erat, 
quod ad ornatum portarum, itinerum, parietum, locorümve per- 
tineret , Neapolitani pretermifere. Et ferè omnis populus obuiam 
efufis vocibus & geftis Carolum Regem tranfeuntem confaluta- 
bant. Interim miffo Ludouico Lucemburgo , cum parte copiarum, qui 
Nolss,{ quo Nicolaum & V'erginium Vrfinum confugiife demonftra- 
uimus ) obfideret oppugnarétve; Carolus tormenta muraléfque ma- 
chinas ,ac cætera omnia bellica inftrumenta, quibus arces, quas 
Ouum* & Nouum caftllum appellant, demolirentur, quôd aliter ex- 
pugnari non poffent, quim celerrimè preparari iubet. Arces erant 
ad bellum ducendum aptiflimè naturâ , & loci munitione. Nam 
mari, velut ingenti foffà alterâ circumducebatur ;vtraque turribus, 
aggceribus, muris ac propugnaculis quafi inexpugnabiles circum- 
quaque cingebantur. Paucis diebus poftquam oppugnari cœpe- 
runt ,expugnatis Nolÿ, Uerginius , Urfinus, & N'icolaus, cæteris qui 
in præfidiis erant , aut ttu.idatis, aut fpoliatis , capti* NE capolim 
deducuntur. Expugnatis itidem non multo pôft Neapolitanis ar- 
cibus arte & naturâ , vt diximus , munitiffimis , confectifque in 
hunc modum rebus {arolus ludos & varia cartamina *NN capoli in- 
fticuit. Dum igitur ludi celebrarentur, Regiusexercitus horrendum 
ferè fpeétaculum præbuit. Nam quôd Heluetium ad meniana * 
quædam , vt fpeétaret, confcendentem , quidam ex fagittariis, qui 
cuftodiæ præerat, grauiter vulneraffet, cantä repentè indignatione 
rei fparfo rumore, Heluetij perculfi ad arma decurrere , vr Regia 
tormenta vi occupauerint, in Gallos rerum ignaros frementes & 
furore indignabundi infeftas acies conuerterinc. Nec fpatium erat 
Gallis arma capiendi; inermes paflim ab armatis Heluetiis truci- 
dabantur : ciues terrore perculfi intra domos fe continebant. Hu- 
ius rei famâ permotus Carolus in medias Heluetiorum acies cum 


| paucis fuorum inermis prorumpit, caufas cumulrus exquirit; rogat, 


obteftatur per fidem datam, per iufiurandum militare arma depo- 
nant: fi quifpiam cos iniuriâ affeciflet , fe grauiffimè 
animaduerfurum. Non effe furori &irx indulgendum in tam præ- 
fenci difcrimine. Animaduerterent hoftem non longè abeffe : qui fi 
tumultum inter cos excitatum cognofceret , ftatim non paruâ manu 
comparatä reuerteretur ; reliquéfque, qui ex tumultuario conflictu 
fupereffent , facili intérnecione deleret. Toclaboribus, tot præliis 
dimenfo tam longo terrarum fpatio, comparatam tot vi£toriis fuà 


virtute gloriam vno momento tam ignominiose , non ab hofte 


ereptam, {ed fuo furore & difcordià amifluros, Se Regem effe ve- 


ROY DE FRANCE. … 237 —— 
ut optimum omnibus parentem, & æquum inter eos difceptato- si ExreD. 
rem. Nec minoris facere Heluetios & belli focios, quàm ftipen: un 
diarios milices ; & Gallos legionarios equites omnes iuxta habere. Nrar.e, 
Præfencià & oratione Regis-pacati Heluetii, depofitis armis, pro- 
ftrati quafi rubore perfufi, ac pœnitentià duéti veniam orantes 
mox reconciliantur. Dum ea in regno céruntur, Garolus in dies 
certior ficbat nuntiis &-amicorum itteris, magnos in tota Italia 
terrâque marique apparatus contra fe fieri. | 


C& Auteur ne continnë pas plus auant la Relation dy voyage du Roy 
Charles VIIL. pour la conquefle de Naples : an moins s'il l'a fait, on 
n'en a point de connoiflance. Mais aprés cette omiffion il paffe outre, ey 
entre dans le Regne de Louys XII. pour faire mention des grands Ex- 
ploiss de œ Roy en l'Italie. LR CS 


. 


G g ii 


HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


free 
LEGATIO GALLICANA 
_ DE EXPEDITIONE ITALICA 
Regis Francorum Carozr VIII. 

AD PONTIFICEM ROMANVM, 
… Regem Neapolitanum, Principes ac liberas Ciuitates Ita- 
. Be, Cum Hliéo ipfôus Regis de bello ‘T'urcis poff libera- 

tam Îtaliam inferendo , ) recuperando Orientis Imperio. 


IN LVCEM RETRACTA ATQVE EDITA 
ex Bibliotheca Danielis Schneideri 1C. & Cancellari; 
Ducalis Megalopolitani Confiliariique Saxonici Vina- 


Pi imarien.  rjenfis *. Hanouie apud Heredes Ioan. A urÿ M.DC.xIII. 


Orationes perpulcras videbis, Le€tor , cém fententiarum grauitate con- 
Jpicuas , tum verborum ornatu dicendique acrimoniä mire fulgentes, qui- 
bus inprimis ineft perfuadendi dexteritas , deterrendi horror, € accommodata 
feueriras. Facilitatem pretereà inuenies tinéfam Rhetorico nitore, @r orandi 
genus prifcam eloquentiam redolens. Quas quo diligentiäs crebrisfque lege- 
ris , tanto plus te ra confidas reportaturum. Vale. 


ORATIO HABITA AD VENETOS, 
“rss à Magnificis Caroli Francorum Regis Oratoribus *, anno 
194 195. millefimo quadringentefimo nonagefimo 
quarto, die quintä À prilis. 


Le 3. Auril TEREMVR magnä verborum amb:age, quantà beneuolen- 
To tià & amorce Chriftianiflimus Franc orum Rex hunc floren- 
l'année ne tiflimum Statum profequeretur, fi non conftaret & palam effet, 
Lors qu'à Pa quäm arétis amicitiæ vinculis cenerifque fœderibus , ab antiquis, 
ques, qui  Galliarum Reges, Senatufque Venctus fuiffent coniunéti. 
éffoir Le jo.  Ea omnia modernus Rex non modo ftuduit conferuare , fed 
gro ampliflimè adaugere. Eum fe du in conferuatione digniratis, 
se ann diffufione nominis, promotione decoris & vtilitate huius ar 
1494 diffimz Reipublicæ præbuit, vt melior amicus , fidelior focius à 
vobis non dico expeti, fed ne optari ges poffer. Veftra in cum 


& anteceflores merita ram funt munifica, ve priuis dies me deficiat, 


Re 


a — 


ROY DE FRANCE 139 


quam minimam corum partem enumerem. Sed iam omnium ma- D, Expap. 
ximum prebere poteritis , & velle vos pro veftra integritate Sere- Carnot: 
nitas fua non difhdit. Ve 
\ . \ .\ AE \ NEA?. REG. 
 Quam enim arroganter , quam nefariè & iniufté <4ragonwm 
Reges Neapolitanum regnum occupauerint , minimé vos fugit, ve 
putà qui omnia quæ induftriä, ingenio, fagacitate & ftudio fciri 
poflunt , noucritis;çüm eam rem volatilis fama voto lacè diffude- 
rit vniuerfo. Ad cius recuperationem Rex nofter non diffimulan- 
ter afpirat ; & cum 1bundé æquitas & iuftitia fuffragentur , vi- 
ciffe fe credit, fi vos tales erga fuam Serenitatem exhibueritis, qua- 
les variis locis & temporibus maiores fui , veftros anteceflores fe 
pè func experti ; & qualem fe Maieftas fua erga hunc Statum ex- 
ibuie A DSL Me voluiffet , fi cafu ita ferente fimilia 
vel maiora à Serenitate fua petiuifletis. Confilium imprimis à vo- 
bis (in re tam ardua) rogat, dehinc fœderis opem, auxiliämque 
veftrum implorat, vteicommeitum prebeatis, militum robore au- 
geatis vires , & fumptibus tam MeV expeditioni neceffariis 
adiuuetis. Quæ fi fecericis (vt fua fibi Maicftas indubitanter per- 
fuadet itfque amicitiæ expoftulat,) & optrimus maximus eum iu- 
ftiflimi defiderij fuieffeceritcompotem, Énticris ,(diis bené iuuan- 
tibus) maximo veftro cum commodo & decoro , quäm fint Gal- 
liarum Reges in colendis amicitiis fideles, conferuandis fœderibus 
tenaces, quâm , inquam , finc acceptorum bencficiorum memores. 


£- 


Respon/io Venetotum 4d eamdem. : 


Superuacaneum effet fi explicare niteremur , quantä pierate & 
obferuantià Chriftianiffimos Francorum Reges maioresnoftrifem- 
per profecuti fint, & nos in hunc vfque diem profequimur ; cum 
. Omniatam late, tam copiosé & sa Magnificentia veftra ex- 

prefferic, ve nihil nobis videatur reliquife loci, quo nunquam de- 
fituram huius Status deuotionem in Chriftianifimos Reges recenfe- 
remus. Pauca tamen à vobis diéta & à nobis dicenda perftrinxifle 
juuabic , & vno explicaffe verbo fac erit. Obferuantiam, quam an- 
- ceceffores noftri ad nos transfuderunt nedum cam efle, quam ac- 
cepimus. Sed co creuiffe , vt addi en pofht nihil : ob id à diis 
precabimur , ve ea ad vlrima feculi rempora conferuetur illæfa ; 
nos quantum humano confilio fieri porerit, non erimus conten- 
ti, fi noftris cemporibus quäm fanctiflimé cuftodiuerimus , fed 
pofteris cam noftris, omni curâ commendabimus colendam , pre- 
‘camärqué iftam noftram deuotionem , quæ talis eft , vt verbisnon 
poteft exprimi. Sed vix ab ingeniofiffimo imaginari regiæ Sereni- 
tati, noftro nomine declaretur. Sed quod Serenitas fua à nabis con- 
filium , auxilia, & opem expetit, lubentes alacréfque preftaremus, 
fi id fine noftræ æftimationis lefione poflet fieri, Nam ficuc ini- 


Ds Exveo. 
CarozLI 

VIII. :1N. 
Nfapr. REG. 


140 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 

qu dgeremus fi Sérenitari regiæ in ix/fiffimis fins expeditionibas (vx 
hañc quoqué foré non inficiamur) decffemus : Sic iniquiüs nos 
agerc quilibet fanxæ mentis neceffarid dixerit, fi pro.conferuatio- 


ne vaius fœderis, aliud lederemus non'minus vetuftum, pium aut 


fandtum , quorum alterum non effet grauitatis Venetæ , alcerum 


- perfdiæ irnmenfæ. Cfraronum enim Regum .amplifima merita 


in hunc noftrum Statum & maïores noftros, non ft, qui ignoter. 
Talia namaqüe funt, ve nulla cempéoris arinôfitas ta fit deletura. 
Omiffo nañnque quôties cum Pifanis , Genuenfibüfque, perperuis 
Veneti norñinis hoftibus ,terrà, marique arma contulerint , quas 
de eïs reportaierint viétofiàs, vti éontuderint virés, ita quèd eo- 
ruminimicitié in +uum non fune nobisextimefcendæ , vnum pro 
confummatà amicitià facinus , fac erit enuimeraffe. 
Non multa ante tempora, cûm perfidus Tutcus tanto tumultu 
& horrore ingruerec , extruétiflimä claffe, maximis copiis, totæ 
imminerét Europæ, precipuè Statui noftro , (quem fcutum & ante- 
murale effe Chtiftianæ relivionis certum eft) poft multas preces, 
quibus ferè vniuer{os Chéilianicatis Principes nequicquatñ con- 
tudirus , épem implorañtes , folas nobis fénfimus Æragotwm vi- 
res adeflé, quibus nédurn à nobis, fed ab vniuerfo Chriftianorum 
orbe ingens periculum propulimus. Quæ eorum merita nunquam 
apud nos intermorientur ; vtinam aliis Chriftianis Principibus ef- 
fent tam accepta , quâm fuêre frugifera. Alleëti itaque tam pul- 
cherrimo beneficio , fuæ Serenitati nos in æuum addiximus,indif- 
{olubilique colligauimus fœderis nexu ; quod et deferere ,aut 
petulanter interrumpere non modo effet turpe, fed flagitiofum & 
fceleftum ;ad quam labi ingratitudinem non velle nos Maieftatem 
regiarn ; non fimus iñcerti. Ceterum vt clarè perfpiciat Serenitas 
fua nos eos éfle , qui nunquam defuimus confederatis , nec defu- 
euri fuus ; non nos récentia & fpéciofa  #ragonum merita , non 
ampliffima Francorum Regum commemotata beneficia & reinte- 
gratæ preces ad violationem alterius compellent , quiere perfruc- 
muf ;tacitique tam dubiæ rei pteftolabimur euentum , quem ta- 
lem optamus, vt neutri obfit & offéiat. nn | 
Quod fi vilt poffent pacis éonditiones labore inueniri, aut in- 
duftriä excogitari, non nos pigebic fubire pericula , perferre datn- 
na, faceré impenfas, quo tain perniciofum belluimn aut fuffetti pof: 
fit penitus, aut fi nequit, faltern differti ; non dubirantes Sereni- 
tatem fuam iftis noftris pollicitationibus contentiflimatn fore , 
nec preces afpernaturam ; cui nos cupimus quäm diligentifhmä 
comimendari. | 7 : 


Eorumdem 


ROY DE FRANCE 2A41- 


 :  - | : + De Exvsn. 

Eorumdem Oratio ad Ludouicum Sfortiam Ducem  Caroti 
lee À | VIIL in. 

Mediolenenf. die 15. April. on 

| Les. Auril. 


_ Venimus ad te Ludow. Sfortis Dux Iiluftris, à Chriftianiffimo 
Francorum Rege mifli legati , non pro amicitia aut fide (quæ cer- 
to Rex nofter, {cit fibi affutura) follicitaturi, fed in tantarum re- 
rum tanquam pregnantium mole tuam fententiamexcepturi. Nam 
ficuc es huius rei confultor, promotor *, & origo; fic non iniuflè * Ludouic 
te conuenimus , rogantes principia huius expeditionis difcernas, ee 
mediis confulas , fini preuideas. Nihil enim Rex nofter te inuito Éolicrreurs 
incipiet, aut abnuente attentabit : Omnia tuo nutu adminiftra- - vue dy 
buntur ; nedum copiæ ipfarümque duces iuffibus tuis parebunt: j Un 
Sed & ipfa Maieftas regia confiliis deferet, voluntati morem ge- 191.219. 6 
ret. Proin , rumpe imofas , iubéque, fi ita cenfes, legiones hyema- **°- 
libus (iam inftante vere) educi. Cernes non tyrones, colonos aut 
lixas , fed quemlibet expertifimum veteranorum gentis Celtibe- 
riæ Hifpaniarämque ,tum florem Galliarum potiffimum equitum, 
peditum Alamannotumrobur eximium ; quibus mors fortiter quæ- 
fita ludibrio eft, nullius periculi terror, non laboris fatietas, non 
algoris cr tedium : Non, inquam , difcriminis alicuius æ{ti- 
matio , his ipfis, non animus aggrediendis in rebus, aut confilium 
in gerendis deeft. Fides quâm fit ipfis fingularis , precipua & iim- 

olluta ab antiquo perfpectiflimum eft, ita vt fi folo eo prefidio 
NP viciffe iam diceres. Quid fiet, fi vnitas copias, fi men- 
tem candem , fi idem videris placitum & conforme in omnibus 
confilium >? Non Alpium faltuofi vertices , non vrbium extru@if- 
fima mœnia, non turres nubibus imminentes, non aggerum mo- 
les ,non arces naturä & arte munitæ, non ingeniofa machinarum 
inuentio aut horridus bombardarum fragor , ipforum conatus 
repeller & obfiftet voluntati. Quare viétor , quocumque voles, 
cum inuicto ibis exercitu. Nec dico NN eapolitanus Rex poterit re- 
fiftere, fed ne vniuerfæ non modo Aufoniæ , fed Europæ vires in 
vnum collatæ obluétabuneur. Tu pro tua integritate & fingulari 
prudentia regem (quæ tuæ fefubmitrit fidei) à perfidia tutum red: 
des , & fenties eum non tam fibi, quèm tibi & Sforcisdi omni- 
bus vicifle. | po 


E iufilem Responfio. 


Nil vnquam audiuimus libentius, nil voluptuofius potuit euce- 
nire aut iucundius, quim quod regia Maieftas (cuius nos non pro- 
fitemur amicum, fed clientulum ) tantüm in nobis depofuit ba | 
tantum fiduciz & fidei. Faciemus (fi quicquam in terra fidei cft) 
ne Serenitatem fuam conceptà -de nobis fallac opinio; : dlchrém- 
que videbitur exuperare magnitudine bperum fuâmet once glif- 

2 LH 


242 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
De Exren, CEntem opinionem , pofterifque hæc res erit monimento liberali- 
Caro ter creditæ , hdelitérque inuentæ fidei. Legiones quamprimüm 
| : : A trajiciendas cenfemus, quas cantæ. cfle eminentiæ tantæque virtu- 
 cis Regi gratulamur , & leramur nobis. Negotium enim etfi Re- 
giæ Serenit. fit proprium , non tamen minus ob fingularem obfer- 
uantiam inclinationémque non vulgarem, noftrum iudicamus ; vel- 
Jemuüfque faufto fine tranfigi , quod matimé celeritate poffe fieri 
arbitramur. In ambiguis namque rebus queque fortiflima confi- 
lia,cutiflima effe confucuerunt. Ad hoc maior ignotarum rerum 
terror, maior infuper animus inferentis, quàm propulfantis iniu- 
riam : Pretereà fama multorum fepè bellorum confueuit effe gu- 
bernatrix : Sic & nobis non difhdimus poffe euenire , priufquèm 
hoftis militum numerum, exercitus amplitudinem refciuerit ; fa- 
ma omnia adaugebit, gemina ex fingulis faciens ; prius fe fentiet 
vicifle , quäm applicuifle in regnum : fingula falubrius euenient, 
quam aut fperare poteft Rex, aut aliquis animo sig #4 Hoc 
enim nobis pauor tyranni , & regnicolarum feruens defiderium 
libertatis , auidâque voluntas excutiendi iugi fuggerunt. Nos Se- 
renit. Regiæ non deerimus. Habita namque fides plerumque ip- 
fam obligat fidem. En Vrbem hanc, & municipia Maieftatis fuæ 
arbitrio expofita ; gazæ & quicquid nobis pecuniarum eft ; nec 
urpuratieum comitabuntur noftri, fed hoc noftrum corpus mil- 
c fubiicere periculis & certæ morti exponere in animo eft , ob 
id non tam in noftra commoda quam in fua decora nos fentiet 

anhelantes. 


.« Prafatorum Legatorum Oratio ad Bononienles , 
Le:6. Auril, ° : - die 26. Aprilis. 


Abeuntibus nobis hæcabinui&iffimo noftro Rege mandata func 

iniun@a , vt cum alios Aufoniæ populos , Potentatus , & Vrbes 

*al.accen- accederemus *, tum vos, Potentiflimi Viri Bononienfes, denuncia- 
HIER turi Regiæ Maicftatis inflituta, quæ vendicare fibi AN capolitanum 
due (quod auito hereditariôque iure ad eum fpeétat , & in- 

iufté ab © 4ragonie poflidetur Regibus ) in animo habet. Et cùm 

ad cam rem peragendam fautoribus amicifque egeat, vos dignos 
_cenfuit, quos tali munere honeftaret ; non dubitans , quin ipfius 
perfpe&i beneuolentià, clementiâ , & pietate veftrà fponte in ip- 
fius effetis amicitiam concefluri , potiüs experturi humanitatem 
animique fui placiditarem , quâm confternationem &irain. Pre- 
ftat itaque difcernere viri Senatorij, à quo mortalium amicitia ve- 
ftra expetatur , & amplum vobis eft fimul & fpeciofum , rogare 
eum qui cogere cunéta pôffec. Ob-id fi vultis confulturti rebus 
veftris , fuademus amicè , ei vos fœdére coniungité ; qui amicus fo- 
lo nutu eleuare vos vltra alios Latij populos poterit, aut ira perci- 


ROY DE FRANCE. 2 43 


tus in perpetuum fufferre & deprimere. Vtrüm iftorum experiri Ds Exren. 


malueritis iam in veftra poteftate eft ; Paulo poft in offerentis vo- 


luntate erit. Proin, dum tempus eft, vobis confulite. Preteruolat Nr4 


namque perfæpè occafio , quam paulô pôft nequicquam fruftrà 
per y quæretis:Nos vobis volentibuscertam & perpetuam pacem 
damus, quam fi libidine, ignauiä , auc negligentià contempferitis, 
omnia nunciamus aduerfà ; iimque igne, hanc veftram ornatifli- 
mam vrbem, mucrone, ciues videbitis cafuros , iure belli veftros 
ante oculos, in coniuges liberôfque fæuierur ;quæ fi mente perce- 
pcritis, non immerito, animus exhorrefcer,incertümque euentum 
certæ ftabilique tranquillitati non anteferet, 


Responfio Bononienfium. 


Audiuimus mandatorum veftrorum fummam, & magnifica ve- 


ftræ gencis verba, animi plus elati quàm vtilis, quæ nifi nota no- 


bis effent, non immerito terrorem incuterent. Ita enim loquuti 
eftis ; ac fi vrbem hanc nôfque omnes in veftra haberetis potefta- 
te,câque iam in nos decreuiftis , quæ in captis hoftibus exerceri 
{olent ; Vrbisexcidium ,ciuium interitum, matronarum infantiém- 
que cafus oculis fubieciftis noftris ; quæ fi omnia effenc perferen- 
da nobis,noftrifque fubeunda, non tamen deceret viros in armis 
& ad arma natos, fumofis vetbis deterreri. Sic namque temerè & 
imprudenter ageremus recufare regiæ Serenitati amicitiam & fa- 
uorem , fi eum decentibus nobis verbis, detuliffet. Sic non iniu- 
ftè quilibet fatebitur nos agere, fuperbi Domini, infolentis focij, 
tam illicitis mandatis, non parere. Licebit namque arrogancer lo- 
quentibus , non meticulosè refpondere. Quis Regi , vobis , aut 
genti Gallorum huius noftræ vrbis cribuit imperium? quis ei por- 
tas aperuit ? quis intra pomærium accepit ? quæ ficut non faéta ne- 
ceffario dixeritis: fic fubire ca graue vobiserit, difhcile, & infau- 
ftumi, Dulcis namque libertas eft, nec, nifi ab infano, deferirur ; 
éam nemo bonus nifi cum vita fimul amifit; quæ Maiorum no- 
ftrotum fanguine parta ,noftro conferuata. Non verbis veftris, fed 
ne quidetn operà aufcretur. Quôd fi experiri volueritis, intellige- 
cis (veftto infelici fato) nobis & fpiritus & animos cfle, dignos 
viris Romanis (à quibus hec vrbs defluxit) dignos gentis Italæ , 
dignos ,dico, atauorum noftrorum claritudine. Nec libertas no- 
bis fpitahtibus periclitabitur, nec mœnia, aggeres, aut propugna- 
cula huius ciuitatis, inui@&æ dextræ ferrum prçeacutum, nos à vo- 
bis periclitari finent, Quare fi amicè venietis, tranfitus per muni- 
cipia noftra minimè (benè foluentibus) denegabitur. 


Hh ij 


CAROL1I 


JL 1N 
P.REG. 


244 HISTOIRE DE CHARLES VIIL. 


Ds Exren. 
CAROLI 
VIII 1N 
NEAP. REG. 
Le 4 May. 


* Il faut en- 
tendreLudo- 
uic gendre 
d'Hercule I, 
Duc de Fer- 
TAre, U.P.ITS. 
precedente. 


A4 Hercule Eftenfem Ferrariz Ducem Oratio, 


babita quarto May. 


Fit partim naturâ, partim inftinu fidereo, partim preceden- 
tibus ofhciorum meritis , ve homo homini plus inclinetur; quo- 
rum neutrum interte, Hercules Eflenfs, Chriféiniffimémque Fran- 
corum Regem , defiderari poteft. Virtuofus namque plerunque vir- 
ruofo coniungitur ; & morum conformitas precipuum & tenacif- 
fimum amicitiæ confucuit vinculum efle ; quæ us Lælium Sci- 
pioni ,Pomponium Graccho ; fic Herculem Carolo iunxit. In vtro- 
que enim enitet animi magnitudo; fingularis rs , infignis co- 
mitas, precipuafanétimonia, aurea æquitas, liberalitas , prudentia, 
prouidentia, & virtus merirô extollenda , quæ tantä vos firmitate 
colligarunt , vt veftro feculo non poffit diffolui. Quod fi vltra 
ifta merita defideras , nefcio an vnquam efle , aut extare poffunc 
maiora , quæ inter vos ambos Maioréfque veftros queunt recen- 
{eri. Quæ ficut notiflima & çognita omnibus populis, quando 
Annales omnes ipfis funt referti, præterco. Cæterum ad rem ve- 
niendo, hoc Regis noftri nomine à te rogamus, velis Serenit. fuæ 
in hac füua iuftiflima expeditione , auxilio contra fæuiflimum ty- 
rannum efle ,vt eum deturbare, vendicare fibi regnwm funm poflit. 
Sua namque fæuitia & crudelitas & Deo &-hominibus eft inuifa, 

ui Chriftianiflimum Regem excitauit , vt mulétam irroget , ve 
fuä iuftitiä violentiflmam tyrannidem eradicet & extirpet. Cui 
fi pro virili affueris, non te officio & bencficio priorem certauif- 
fe pœnitebit. 


Etus Responfio. 


Non ignoramus , quæ familiaritas vel potiüs necefhtudo in- 
cer prifcos Francorum Reges, noftréfque Maiores fuctit. A quo- 
rum inftituto, ficuc in cæteris non degenerauimus ; fic in hac re 
haudquaquam inferiores reputabimur. Regiæ Maicftati cuncta 
noftra patebunt. Nec nos inoffñciofi erga eam erimus ; omnia haud 
cunctanter fubibimus , quæ iufferit ipfa, aut quæ grata ei fore in- 
tellexerimus ; quæ finos animaduerterit see jactantem , quam 
viriliüs exequentem, filius * (quem ob fidem fuæ Maieftati dedi- 
mus) perfidiæ pœnas luet; is fuo fupplicio noftrum deliétum ex- 
piabit. Nec nos deprecamur quo minüs in nos fiat animaduerfio; 
quod fi conftantes nos viderit, firmos, & fideles , vt certo facier, 
credimus non Vanas fuas pollicitationes futuras. 


ROY DE FRANCE 245 


| : | , Ds Expen. 
Ad Yrancifcum Gonzagam Marchionem Mantuanum, Canori 
| | “ VIII. 1N 

die duodecimo Marti. “NEAP. REGe 


Non æquo fert animo Rex nofter , Francifte Gonzaga, Princeps HE 
Iluftris , ita ferre difpenfatricem rerum humanarum fortunam, 
rids eum tibi oneri quèm vfui effe, priüs petere quàm conferre 
ape Sed cüm hanc quoque nouit amicitiæ fpeciem elfe, 
vt confidenter ab amicis res queque neceffariæ expetantur , eam 
hoc tempore amplecti non erubefcit, rogâtque cüm anni tibi fint 
militiæ habiles, compaamembra, corpus Blidum , ftatura iufta, 
& à militari cultu non abhorrens; imprimis experientia bellica & 
rei militaris non mediocris cognitio , velis ipfius aufpicio contra 
Neapolitanum fubdititium Regem militare. Quæ res cum honori, 
cum vtilitati tibi erit non modicæ. Æs enim menftruum, & tibi, 
& tuis ex ærario numerabitur. Ec fi Optimus Maximus optatum 
finem rebus impofuerit, & te, tuôfque fpes alta &indubia maner. 
Experiere namque ee fint Galliarum Reges in eos, qui eorum 
infequuntur fidem liberales ,aduerfis in rebus conftantes, fecundis 

propitij. 

Eïu{dem Refhonfio. 


 Seriè veftræ legationis intellecta optaremus poffe defideriis Re- 
giæ Maieftatis nos condefcendere & obtemperare voluntati. Sed 
cüm fides imprimis fit exoluenda , eam Venetis Senatoribus ob- ” 
ftriétam ,illefam preftare conuenit. Annuam namque operam au- 
ro à nobis emerunt. Quare non poterimus fimul Regiæ Maicfta- 
ti morem gerere & farisfacere pollicitationibus , quôd fi Regia 
dignitas cos anteuertiflet , inclinatiores fuiflemus ipfi gratuitam, 
quam illis mercenariam operam exhibere. 


Oratorum Regiorum ad Florentinos, 11. Mas. Le 21. May. 

Illuxerunt tandem optati dies quibus inuictiffimus Francorum 
Rex amorem pietatémque in vos fuam ; Vos fidem & obferuan- 
ciam in Maicftatem fuam , declarare poteritis. Quadragefimusnam- . 
que ferè circumagitur annus, cüm anteceflor *{uæ Serenitaris inre- Pise 
cuperationem regni fui afpirarer; Vos memores, quod Galliarum René d’An- 
Reges, hanc veftram pulcherrimam Vrbem (quæ à finitimis po- un de 
pulis deleta & diruta fuit) fuis opibus reftaurarunt, & femotis ru- "7" 
deribus condiderunt à nouo. Ita ipfi affuiftis, vt veftro auxilio & 
potiffimä operà , fictitium Regem , regno eiiceret. Quam fuam 
& veftram. viétoriam tam claram, cum Papa Piys ingenio plus 
quàèm viribus dehoneftaffet ; ita quôd non fugienti , fed cedenci fi- 
milis, refiduas copias in Galliam traducere cogeretur ; non modo 

Hh ii) 


Ù 6 


246 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
Dr Exveo, Cum fpe fu, fed & Vos veftrà fraudauit ; idque effecit, vt Regia 
Caxorr Maicftas vobis benè merentibus nihil, (quod tamen maximè cu- 
ee . piebat) pro tali munere talique merito boni refunderet ; quod ne 
‘medio quidem tempore ob ingentem locorum diftantiam , & ma- 
ximam viarum intercapedinem fieri potuit. Sed non tam remo- 
uiffe , quàm diftuliffe vobis iniqua fors tam iuftam mercedem vi- 
deri poteft. Quôd enim Rex (arolus ei expeditioni fe accingar, 
certè vobis conftare fcimus, vt puto, qui millies ex litteris ciuium 
veftrorum (in Empotiis Galliz commoranrium) contraétum exer- 
citum, colleétos milites , collegeritis. Et cüm iam copias credamus 
* P.191.193. Alpes * exuperafle, facilè coniicietis, eas quamprimum vos apud fu- 
turas, quibus fibi regnum , vobis dominium Ecruriæ eft vendica- 
turus. Quare non tam ipfi opem feretis, quâm vobis ipfis confu- 
letis. Nam fi non pudor , certe cedium vobis deberec irrepere, 
quôd vos iniuriis Pontifices , aliique mollifimi Sacerdotes (qui re- 
bus prefunt) affecerint, quàm impiè lacefliuerint , terruerint fçpe, 
quibus meritô vos terrori effetis. Ob id expergifcimini , & arma 
capefcite, regi regnum , vobis non folum immunitatem & perpe- 
*acquifiuri tuam libertatem , fed maioris partis Italiæ dominium parturi *. 


Refponfio Florentinorum. 


Fuit huic ordini acceptifhmum & iucundum auditu, quôd tan- 
dem .(etfi ferius quäm voluimus) Chriftianiffimus Rex è fomno 
fit experrectus ; quod id petere intendit, quod omni iure Pontifi- 
cio, Cefareo & ciuili, ad eum fpeétat. Nos antecefloribus fuisnon 
defuimus , nec ipfi, quoad ven defuturi fumus. Hoc enim 
merita (quæ partim recenfuiftis) expoftulant , partim ingruentia 
pericula quibus fubfuimus , & quorum fperamus finem , nobisper- 
fuadent. Poft eum namque diem ( quem exprefliftis copiosè) quo 
Rcegiæ Serenit. contulimus quicquid virium nobis & pecuniæ fuit, 
Vt Puits à folio Ferdinandum detruderet , nihil nobis in tota Ita- 

lia amicum fuit, nihil non aduerfum. Pontifices namque omnes, 
ños eos deferuiffe ,éxteræ adhefiffe nationi, quefti funt. Hoc Rex 
ipfe, hoc Duces, Vrbes , Potentatus & populi. Cuilibec inuifum 
bi Florentinumnomen ,omnesin noftram perniciem anhelarunt: 
quilibet gloriæ fibi afcribebebac, fi nos ciuéfque noftros infigni 
quadam Îefiffec offensä. Hec omriia eâ animi equitate tulimus, vt 
nemo fe Repi veftro in amicitia prelatum poffitdicere, femper id 
. quod nunc cafus offert fperantes. Quôd fi longius fata diftuliffent, 
non tamen nos pœnituiffet queque duriora perferre propter Regem 
&ipfi adeffe,inimicis obefle exiftimaffemus decorum. A duentus ora- 
tus eft & optatus,quem pro vitilinoftra conabimur (licècin fe fit lu 
culentiffimus) auguftiorem reddere , Vrbem fingulâque in ea con- 
tentafuoarbitrio cree , & nos in fuam offerentes poteftatem. 


— 


ROY DE FRANCE. L 247 
Ad Senenfes Oratio, vltimo Mar. 


Declaraturi breuibus * Regis noftri voluntatem & noftri aduen- 
eus caufam , hoc Vos, Prefides huius inclytæ Vrbis, rogamus, vt 
patiamini Regis noftri copias per veftra caftella deduci , ve ipfis 
pacifice venientibus cranquillus fit adicus, fecurus difceffus. Non 
ciuem, non municipem, non colonum offendent. Vitra ea Regis 
eft animus, vt omnia quz ipfis venduntur foluantur ad vnguem : 
Quod fi quis non fecerit , fenciet fe Regis indignationem & fui 
corporis pœnam incurrifle, quam maximo fuo cum malo diluet & 
exfolucr. Precereà optat Maieftas Regia vt frumento, quo maximè 
abundatis , alatis copias. Nam ficut horreum Romanorum Sar- 
dinia & Sicilia fuerunt ; fic in neceflitate hac veftram Vrbem Sere- 
nitas regia elegit ; cui fi ex fide affuericis , cumulatiuis olim tanto- 
rum meritorum fructum refundet. 


Refponfio Senenfium. 


Iuxta defiderium Reois veftri, pollicemur tranfitum copiarum 
fuarum , cutum fore & fecurum : Frumenta ad vfum neceffaria, 
fumus pretio vendituri ; gratuita namque contribuere , nec ex re 
facri Imperij, (cui fubeffe nos fatemur) nec ex fide noftra effet. 
Vectigal enim pendere, fubieétionis eft fignum. Et cüm nulli pre- 
terquam Cæfareæ Maieftari fubfimus , eo infcio quicquam polli- 
ceri , ficut in fe effet infructuofum ; fic nobis inhoneftum. Horrea 
alibi Rex vefter queret, nec in meffem alienam immittet falcem. 
Imperio namque ferentibus, eidem metere conuenit & æquum eft. 


j 


_ Ad Alexandrum Sextum Pontificem, Oratio Legatorum 
Caroli Francorum Regis, 11. luly. 


— Sçpè Oratoribus, fæpius licteris, te apud , e 4lexander Sexte , fol 
licicauit Rex nofter , quôd annueres auxiliôque efles , vr Regnwm 
fuum Neapolitanum (quo iniuftè eum fpoliarunt Reges : 4raçgonum , 
coque in hunc vfque diem, contra ius fâfque & honeftum potiun- 
tur) confequeretur Credebat te tam licitis fuis defideriis obrem- 
peraturum , & id agere ne Chriftiani Principes bello implica- 
rentur. Sed cum plane videat fe omnia furdis aunibus ceciniffe , 
ferro decreuit curare vulnera,quæ non fentiunt beneficia medici- 
næ ; Nofque iterum ad te mifit præcipiens , te admoneremus , vt 
Serenitatis fuæ voluntati non incautius relutareris : Quôd fi non 
poffemus perfuafionibus apud te efficere , vt tibi & cuis denuntria- 
remus bellum ; quod Regem noftrum non minori animo, quàm 
nos denuntiamus, gefturum confidas, Nec tibi perfuade ,cam gen- 


De E xpsp. 


CAROLI 
VIIL :N 
NEAP. REG 
Le dernier 
M a). 

* 4, breuids 


Le12.luillet, 


D» Expen. 
CAROLI 
VIIL 1N 
NeaApP.REG. 


24 8 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


tem, quæ florentes Romanorum res fæpé periclitauit & fubuertit, 
Vrbem hanc diruit, populi Orbisterrarum Domini inuiétum exer- 
citum fudic, deuicit Lucium Papirium, Torquatum , illuftres Fa- 
bios, ceteréfque preftantiffimos belli Duces ; pufillanimes Sacer- 
doces (qui mollitiei & deliciis infueti, bella ciment ) reuerituram, 
Potéfne fperarc te & efœminacos tuos complices À contueri 
explicatos Regis noftri ordines ? quorum congreffum Camillus, 
Marcellus,Fuluius & Africanus ipfeScipioexhorefcerent? Quid di- 
xero fi manus conferere incipient ? qui fiiaculis eminus , cominus 
gladiis res gerentur? quid, inquam, fi infità gentis more ferocià 
quemlibet obuium profternent? paflim mortes mortibus accumu- 
labunc? cadaueribüfque cadentium explebunt aceruos ? hocne viri 
illecebris dediti, inter exoletorum fcorcorümque gregem enutri- 
ti, perferent ? Tu crede, non primum fuftinebis cumultum , vo- 
tifque Deos venerabere feris, tunc cum omnia perftrepere armis 
cernes, pacem fepè tibi oblaram petes, quam non dacurus cft ali- 
quis ,aut vilus conditiones eius auditurus. Quare proteftamur , vo- 
lumuüfque omnibus Chrifticolis palam efle, Regem noftrum non 
contra Ecclefiam, quam fan@iflumè colit, humiliter reueretur , fed 
contra te, tuämque obftinatam perulantiam ,arma morcurum. Bel- 
lo itaque te accinge , quoniam pacem perferre non potuifti. 


Responfio Pontificis. 


Sedulo legimus , multoties audiuimus, Legatos Iure Gentium 
tutos elle debere; quod ni fciremus à prifcis obferuatum & trans- 
fufum ad hæc noftra tempora, iam linguam , quæ tot nos iniuriis 
Jacefiuit ,faucibus faceremus euelli veltris. 

Sed vincet modeftia ; humanitas noftra veftro errori confulet 
& auxilio erit. Nam longe pulchrius nouimus feipfum vincere, 
motuüfque animi reprimere , quàm de hoftibus reportare trium- 
phum, quod hodie pe in animum inducemus , eâ ramen lege, 
vt pofthac verbum dicatis nullum nobis contrarium ;alioquin ve- 
ftræ proteruitatis congruentem pœnam cum fœnore reportabicis. 
Minas flocci facimus , fcientes hoc naturâ vobis infitum, quod 
ventofi tumidique fitis, omnia agentes viriliüs verbis quàm ope- 
rà. Nam quod fortia recenfetis maiorum faéta, curpius vobis eft 
quâm honeftius, & plus dedecoris quâm decoris in fe habet. Ni- 
hil enim ab his quèm nomen accepiftis, gloria, fama , honor, & 
virtus cum ipfis expirauere ,& tumulis funt inclufa. Sicutenim Ca- 
milli apud nos effe defierunt , fic & Brennus apud vos inuenietur 
nullus; quibus vos maximè artibus precellere conftar, & clarum 
cft : in pace tumultuofi , in bello fegnes. Si enim Rex vefter ad 
nos venire decreuit non dehortamur quo minüs faciat. Nufquam 
namque legitur diuturnam veftrz sentis victoriam fuifle ; Vos vti 

victorià 


ROY DE FRANCE. 2 49 
viétoriä nefairis, &cc. Furentem irà , plurâque &catrociora conan- Ds Exp. 
tem dicere , circumftans Cardinalium cœtus precibus deliniens, er 
cœpto mouit. NEAP. REG. 


Ad Vrfinos , Orafio. 


Tantæ bonitatis eft Rex nofter , vt quemlibet vel inimicifli- 
mum ad amiciviam hortari non pofthabear.* Sic nos ad vos mific, * 74:11. 
fpe&abiles Vrfini, precipuè adre, Virgib, qui ficut capur esgentis, ble 
ita periculo propior , vel (fi refipueris } vtilitati vicinior ; rogät- 
que non Regem Neapolitansm (qui titulo caret fraudulenter potitus 
pofleffione) ei vero, legitimo & naturali Regi in amicitia antefe- 
ratis. Hoc toti veftrz genti ampliffimum erit , & fruétuofum ; 
Totum namque Capuanum Ducarum poft viétoriam (quæ haud 
fegnis erit) vobis gentique Vrfinorum daturus eft, quem confequi 
Regis pietate , vefträ operä & virrute confultitis crit, quàäm om- 
nia à maioribus parta obftinatius amitrere & veftræ gentis videre 
intericum gtauc vobis erit cüm augmentum oculis proponent. 


Reiponfio Vrfinorum. 


_Confilium veftrum non reprehendimus vt intutum, nec Repis 
pictarem incufabimus ; fed ficut gloriæ ci eft, condonare iniurias, 
ignofcere errori, parcere infcitix ; fic nobis non in poftremis lau- 
Le numerabitur, non mints fanétè exoluifle quèm fidelirer ob- 
ftrinxifle fidem. Regi nos NN capolitana adherere certum cft, nec 
prius deferturos quäm forores vitæ noftræ prefciderint ftamina. 
Quæ noftra fides ficut Neapolitano Regi erit accepta; fic Regi ve- 
ftro pro fua prudentia , non debet efle ingrata. Nihil enim fcele- 
ftius, nil flagitiofius ingrato homine; à quo vos vitio (cum multa 
infignia Neapolitani Regisin nosextent beneficia) ri volumus 
alienos , morique honcfté , quâm viuere turpiter fatius erit. 
26.Luillet, : 


Ad Ferdinandum Aragonis er Neapolitanum Regem ; 
| Oratio babita 16. Iuly. 


Iure Gentium eft inftitutum , ve bella per Feciales populis Re- 
oibus & Principibus (qui hoftes effenc) indicerentur. Sed cüm ve 
non fugiat, Ferdinande , Chriftianiffimum Galliarum Regem ho- 
fem tibi cffe, perpetuôque fururum quoad non ccfferis poffefho- 
ne Regni fui, quod contra ius fâfque violentà manu vfurpafti : VI- 
tra ca te non fallit quäm inuifus fis tuis, quam à populis circum- 
iacentibus detefteris, quam infuper potenti manu, forsi & precel- 
fo brachio contra te Carolus Rex nofter veniat , ve non, fi fum- 
mum Jouem habueris propitium aut Martem adiutorem, confule- 
re rebus tuis poflis. Ex re tua efle cenfemus vt clementiam venien- 

"% 


DE Expeo. 
CAROLI 
VIII 1N 
NEAP». REG. 


250 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 


tis quèm iuftam iram vincentis, experiaris. Fortafhs fi te fuppkx 
fibi fubmiferis, fi pronus genua amplexaberis , veniämque roga- 
ucris,aliquæ poflinc inueniri pacis conditiones ,quæ {uæ Maicefta- 
ti non nocituræ fint, tibi vtiles. Aut enim Regni tibi dare pof- 
fet partem , aut tributo impofito , toti preñcere. Refftendi fpes 
nulla eft, veniæ aliqua ; quam fi non petieris priufquim copias ad- 
duxerit , pofthac nequicquam implorabis. Rard enim parta viéto- 
ria deferitur, fperata aliquando conditionibus immutatur. Quan- 
ti igicur fit momenti fubmifhio , Mafiniffa exemplo efle deberet, 
qui exutus regio decore, famä, & fortunis omnibus per Romanos 
(quorum antehac inimicus fuerat } reftituitur ; à quibus veniam 
fupplex rogando ed vfque creuit , vt nullus ei Rex ex coætaneis 
veniret æquandus. Porus, videns res fuas vergere ad occafum , vi- 
tori Alexandro detulit, à quo omni immunitate donatur ; quod 
fi vires fuiffet expertus, Dario fimilis occubuiffet miferè , aut exu- 
laffec in æuum. Quid de Antiocho, quid de aliis Regibus dice- 
mus, qui id préfidij inuenerunt inermes fupplices , quod fperare 
armati non potuiflent ; Quorum fiexemplis inniteris, prudenter re- 
bus tuis confules. Quôd fi non feceris ,iam vaticinamur,te cafu- 
rum , vt nullus ex pofteris cuis extollat caput. Non enim fi om- 
nes Aufoniæ copias contraxeris, Regi noftro poteris refiftere, qui 
tantà eft militum virtute circumcinétus, tali vallatus prefidio, vt 
ne {euus Hannibal, durus Hector, aut immitis Achilles ei poffent 
obfiftere. Quare vnum fac à duobus , aut regno fponte cede, aut 
ora veniam, quorum alterum ad minus vitæ tuæ confulet. Quæ 
fi omiferis, nec fuga tibi expedita eric, nec refiftendi copia ; & {e- 


10 laudabis confilium noftrum , & tibi imprecabere, 


Neapolitan Regts Responfio iniurio{à. | 


Faceflite hinc omnium mortalium flagitiofifimi, cum funeftis 
veftris & {celeratiflimis confiliis. Vix enim nobis imperamus , VC 
à vobis abftinceamus manus, aut mille vos fubiiciamus cormentis: 
tantum enim petulanti linguâ effudiftis fcelus, vc preter ius gen- 
cum vitæ veftræ nihil pa LS Vofne fuadere audetis , eo nos 
rcgno cedere , quo nos omnes Chriftiani Principes (vel Dij ipfi 
irati) fpoliare non poffent ? Creditis nos veftri effe fimiles , qui 
omnia rois incipitis , ignauiter perficitis ? magnum difcrimen 
inter Italos , Galléfque, ipfa natura voluit, quæ alios ad acquiren- 
dam gloriam ad amittendam ceteros progencrauit. Sicut namque 
Itali principio & rerum aggreflu fortes funt, mediis fortiores, f- 
ne fortiflimi; Sic Galli principio quandam magnanimitatis often- 
dunt fpeciem , quæ medio languet , fine confenefcic : Et ficut in 
primo confliu , viros æquatis, vel ipfis eftis preftantiores ; fic 
fœminis durante’prelio molliores. Nec confidite nos ob eam rem 


ROY DE FRANCE. _ 2fI 

vos extimefcere , quôd gloriamini veftros maiores fubeoiffe Ita- De Exren. 
liam, diruifle Romanam vrbem. Nihil namque conducit, paren- ts 
um memoriam claram, filiorum deformem & fpurcam effe. Ne 

Non enim non vincere daremus vitio, fi id modo caueretis, vt 
vos non vinceremini. Sed quoties Britannorum Rex, Burgundio- 
rum Dux , aliïque accolæ vos noftris temporibus vicerunt ? qui 
etiam caput regni veftri Parifium coronûâ cinxere , vrbem prefle- : 
runt grauiflimà obfidione, Resem mæniis includentes, quarum , f,,4& mal 
fe alcitudine eft turatus. Sed verera fortaflis nimis recenfemus, quæ frformédes 
noftro tamen æuo euenerunt. Videamus quot Gallorum equites , Lol « 
à paucis admodüm Diui Maximiliani peditibus, funt deleti? Con- 
fideremus quot ex gentilitiis veftris, Albertus Dux Saxonum in- 
clytus, fubmiferit orco, qui paruâ manu toties vos coniecit in fu- 
gam, tot de vobis reportauit trophea & egit criumphos , ec. 


RRRENCESENINRIEENEE MINIME 
EDICTVM REGIS :494 


DE EXPEDITIONE SVA 
IN ITALIANM. 


AROLVS Dei gratià Francorum Rex, vniuerfis Chrifti f- 
(Cv. Patentes * licteras infpeéturis , zelum Catholicæ fidei * «1. præfen- 
& falutem in Domino fempiternam. Confiderantes attentius, &“ 
intranoftræ mentis arcana fæpenumero reuoluentes innumerabilia 
damna &incommoda, cædes & ftrages, ac nobilium ciuitatum , & 
fidelium populorum defolationes & deuaftationes, ac plurima alia 
horrendiffima facinora , quæ fpurciflimi Turci fanguinem Chri- 
ftianum inceffanter debacchantes à quinquaginta annis citrà , ve à 
maioribus noftris profeco fide dignis viris didicimus, inhumanif- 
fimé perpetrarunt : cupientéfque more progenicorum noftrorum 
Francorum Regum Chriftianiflimorum , tantis fceleribus , quæ 
ipfi perfidiflimi Turci religiont Chriftianæ continuè minantur , 

ro viribus occurrere, ac eorum fitibundam rabiem totis conati- 
ee reprimere, poftquàm placuit Altiffimo in Regno , ac Domi- 
niis noftris fuam pacem ponere, & illà tranquillitate potiri : Pro- 
pofuimus pro repellendo Turcorum eorum Lu rabido , & re- 
cuperandis Terrà San&à & aliis Dominüs , per eos Chriftianis, 
Principibus & populis, ablatis, propriis perfonæ ac laboribus fa- Orland ne 
cultatibufque non parcere. Quinimo dile&iffimis vxore, ac vni-/10. O&b. 
co filio* noftris, Regnôque ampliflimo, pacifico & opulentiffimo, bo 1e 
etiam præter voluntarem Principum & Procerum Reonïi noftri re-6. Decembre 
liis, ftatuimus cum adiutorio Dei, cuius caufam ampleétimur, ac "#95: #£° de 
Summi omnium Chriftianorum Pontificis & Paftoris, NECNON % p.107. 

ii 


1494. 
Ds Exvep. 
CAROLI 
VIIL 1N 
NeaAP.REG. 


*P'.pag.144. 
precedente. 


* Æneas Sil- 
uius dit Pie 
IL. élen 1458. 
mort1464. 


252 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


Principum & aliorum Chrifti fideliu prefidio, hoc fan&iffimum 


opus fideli deuotione & magno animo agoredi, 

Quod quidem fanétum propofitum diuinà credimus infpira- 
tione noftro cordi fuiffe infixum : nec arbitretur quifpiam , vt ad 
occupandum quorumcumque Principum vel populorum domi- 
nia ,aut ciuitates opus hoc tam fanétum, tämque laudabile agorc- 
diamur, fed vc ipfe Deus ineffabilis verus teftis eft, hoc folüm ad 
cius laudem & gloriam , fuæque fidei & Chriftianæ religionis exal_ 
tationem & ampliationem ampleétimur, fperantesin ipfo Deo ,à 
quo omnia perfeéta opera perfectionem fufcipiunt, nos hoc fan- 
étum defiderium noftrum ad optatum effe&um perduéturos. 

Sed quod Regnum Sicilie*, ( quod N eapolitanwm appellatur) fæ- 
pius per me noftros à manibus infidelium , & aliorum 
Romanx Ecclefiz & Apofñtolicæ Sedis hoftium ereptum , & ci- 
dem Ecclefiæ refticutum fuit , & de quo ipfi progenitores noftri 
viginti quatuor Inueftituras, videlicet viginti duas à diuerfis Ro- 
manis Pontificibus, & duas alias à duobus facris gneralibus Con- 
ciliis receperunt; & quod ad nos iure hereditario pertinet. Quam- 
uis Pius* Papa II. volens fuos ex humili plebe natos ad Principa- 
tus faftigium extollere , Regnum ipfum noftris contra iufticiam 
abftulerit , & illud quondam Ferdinando de Aragonia conceferit : 
Ad oppugnandum diétos perfidiflimos Turcos precipuè per por- 
cum Valonæ, & nonnulla alia loca nobis facilè ingreffum prebe- 
re porcerit ,illud Deo opitulante inrendimus recuperare , Vt no- 
bis & noftris facilis ingreflus & egreflus , ac tutum prefidium effe 
poflit. | 

Nec intendimus propterea almæ vrbi Rome, prout modernus 
cAlfonfus de Aragonia, & fui predeceflores , alius Alfonfus & Fer- 
dinandus , magnä temeritate & rebellione , eam obfidendo fecerunt: 
aut aliis terris Romanx Ecclefiz preiudicium aliquod feu dam- 
num inferre , fed illim & ipfus Ecclefiz fubditos pro illius & 
Apoltolicæ Sedis honore & reuerentià , ab omni damno & in- 
iuria pro pofle noftro illæfos conferuare , more dictorum pro- 
genitorum noftrorum , quantüm cum Deo poterimus , potius 
adaugere. 

Quia vero pro diéto Regno recuperando, & noftro fanéto pro- 
pofito exequendo , pro faciliori & breuiori via ad Wrbem predi- 
am veniendo , per nonnullas terras diétæ Ecclefiæ tranfitus fit 
nobis faciendus , San@iffimum in Chrifto Patrem & Dominum 
Dominum Alexandrum diuinâ prouidentià Papam Sextum , ac 
Sacrofanétum Romanx Ecclefiæ Collegium , necnon quarum- 
cumque ciuitatum , oppidorum , terrarum, & locorum eiufdem 
Romanæ Eccleliæ Reétores, Gubernatores, Poteftates, Officiales, 
ciues, incolas , & habitatores quofcumque in Domino requiri- 
mus, & hostamur, & obteftamur , faltem , quemadmodum hofti- 


ROY DE FRANCE.  2$ 


bus noftris, & in hoc facro propofito nobis aduerfantibus , fa- 
uores & auxilia, quæ potuerunt, preftiterunt, & preftant, ita no- 
bis & noftris liberum ingreffum & egreffum per ciuitates, oppi- € 77 
da , terras, & loca predicta, ac iuala neceffaria noftris fumpti- VIIL 1x 
bus & expenfis exhibere dignentur. Nifi enim nos in hoc falu- NF4r- RES: 
berrimo opere impediuiflent , credimus iam vrbem IN eapolim & 
magnam Regni partem expugnalle ; & in principio veris proximè 
futuri fines hoftium ingredi potuiffe. | | 

Si vero ingreflus & egreflus , ac liber tranfitus , & victualia , 
nobis & noftris foluendo debita pretia, fucrint (quod non credi- 
mus) denegata , nihilominus conabimur totis viribus meatum in- 
uenire, & capere , & victualia neceffaria , quibus poterimus me- 
diis , proteftantes folennirer de nobis, ad culpam non debere 
imputari, fed potiusillis, qui perfidà iniquitate de fide noftra non 
rcétè fapientes , noftrum pium & fan@tum propofitum voluerint 
impedire. | | 

Proteftamur infuper de iniuriis Deo & nobis faciendis, dam: 
nis quoque & interefle É nos proptereà iam incurfis , & fi quæ Defin du 
in futurum incurfuri fuerimus. Quas proteftationes profeque- Roy de con- 
mur coram vniuerfa Ecclefia , ac Principibus totius Chriftianita- #74 vr 
tis, quos conuocare intendimus pro hac fan@iflimä expeditione, 
Deo duce , feliciter adimplendä. | 

In quorum omnium fidem Patentes Litteras fieri , & per No- te 

à 1e og oo: / : . 11. le Samedy 
tarium publicum fubf{cribi & publicari, noftrique Regalis Sigilli ,, Nosem 
appenfone muniri fecimus. Datum Florentiæ , die 22. menfis bre1494.v. 
Nouembris , anno Domini Mccccxciv. & Regni noftri x11. F0 5 7 


120.(F 104. 
precedente, 


EXTRAIT DE L'HISTOIRE 
D E | 


LOVYS DVC DORLEANS. 


(DEPVIS DOVZIESME DV NOM 
ROŸY DE FRANCE) 


Pour ce qui regarde celle du Roy CHARLES VIII 


1494. 


AROLVS QUINTVS Francorum Rex decedens Carolum 
48 Ludouicum filios reliquit. Carolo natu maiori Regnum ob- 
uenit. Ducatum Aurelianenfem pro fucceflionis parte naëtus eft 
Ludouicus , fecundis Regum filis affuetum. Nam & hunc tenuerat 
li ii 


254 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


prius Philippus , Ioannis Regis frater. Hoc igitur adito , Ludouicus fi 
non fratrem impetij magnitudine , animi ramen robore, & ma- 
gnarum rerum auiditate æquabar. Fuit quippe is ille Ludouicus im - 
perij dominiique cupidiflimus : Fines fuos feu armis, feu pecuniä 
diftendi: Adiecitque Ducatui Aurelianenfi quicquid circa Blefiam 
terrarum cft ; Couciacum , & Sueflionenfem agrum : Bellum Ger- 
_manis intulit , & aliquoc ab eis oppida recepit : Benediti partes 
enixè iuuit , ac pro Pontifice eft veneratus : Locharingiæ Duci, 
bello cum Metenfibus implicito , pacem reftituit : Foanni Burgun- 
do in Regni adminiftratione maxime aduerfatus eft. À quo poft- 
*y.p.809. Mmodum infidiis petitus, Parifiis noëtu fœdè trucidatur*. Ad Ce- 
190. 403. leffinorum cœnobium defunéti funus magnificè effertur. Pompam 
a. exequentibus Siciliz Rege ,Borbonio Duce, & ipfo necis auctore 
de l'Hifoire Buroundo. Ibi parenti Carolws iufta omnia perfoluit. Habuitque 
Hour aliquanto poft-fuper Ludouici nece concionem, magni quidem no- 
du Loue, Minis, fed parum finceri ingenij Theologus, quâ tantum Burgun- 
| di nefas tegeretur , & Aureliani manes diris execraretur, & iuftè 
occifum fcitè magis quim fanétè contenderet. Vt qui diceret 4w- 
relium , Regnum affectafle, plebifque æraria innumeris vettigali- 
bus expilafle. Regem fratrem veneno appetiiffe. Et ex Mediola- 
nenfium Ducum familia vxorem duxifle , quæ patriis imbuta ar- 
tibus eo Regis mentem auerterit , quando forfan venenum aliud 
non potuerit , vt eam folam in tanto fenfuum omnium defetu 
agnofceret , ei foli adluberet, libenter admitteret, & amicam vo- 
citaret. IÎlum etiamnum fidem vanis magorum preftigiis adhi- 
buiffe. Ceterâque id genus omnia, quæ magis ad Burgundici fce- 
leris excufationem , quâm ad fidem rei pertinerent. Hunc fubor- 
Eloge de Nafle Burgundum credibile eft , quo Joannis Gerfonis viri integer- 
Ican Ger-  rimi, & Theologix Profefloris acutiflimi fidem eleuaret, qui pu- 
on blicè aftante ad verba Rege, in atrocius Zoanni Burgundi nefas 
inuectus fuerat. Tres ante mortem liberos Ludouicus ex Ualenti- 
na, Toannis-Marie Mediolanenfium Ducis filia fuftulit. Carolum, 
Philippum , & Ioannem. Carolus ætate grandior Ducatui Aurelianen- 
fi incubuit. Philippus Engolifmæ ditionis faftigium adiequutus eft. 

foannes Virtutum Comes eft ditus. 

Carolus vbi ad maturam peruenit ætatem, patris mortem vltu- 
rus , cum Burgundo non diffimulata odia exercuit , eique maximè 
femper eft aduerfatus , tum in Reipublicæ adminiftratione , tum 
aliis omnibus in rebus. Hunc Burgundus femper apertè & racitè 
verituseft. Timuitque magis hominis dexteritatem, quam rerum 
potentiam : Ac a cum co quibus potuit conditionibus icit, 
quod nec fanétum, nec inuiolatum ftetit. Diflidium non procul 
ab aperta vi armorémque ftrepitu aberat. Nihilque vel parum 
obftitit , quin tacitus inimicitiarum ignis magnum Galliæx incen- 
dium eruétaret. Has Principum fimultates interrupit Anglus , qui 


- CL 2 7 | 


ROY DE FRANCE. 25 


viétis magnà clade apud Blangium* Belgarum oppidum Francis , “ Bataille 


Carolum Aurelium in Angliam abduxit, illicque annis quinque péri 
& viginti afferuauit. Dum Carolws in Anglia captiuus agerct, re- +. port 


xit intercà eius nomine rem tum priuatam tum publicam Joannes 406. 450. 
Dunenfis naturalis Ludouicie Aurelj Glius : Vir fanè diligens, & ad 
omnia feu belli requiras arcem , feu Reipublicæ fpeétes modera- foire de 
tionem accuratus : Cuius confilio , duêtu, atque fælicibus aufpi- Charles VI. 
ciis Angli fæpius fufi, fugatique, Galliz tandem poffeffione ceffe- At Eloge 
run. Philippus Burgundiæ Dux, Patris rerum omnium preterquèm 4 ris 
diuturnarum cum <Aurelianis inimicitiarum heres , tum opibus, édeLon- 
tum auétoritate, quà apud Anglum plurimüm poterat, (aroli re- gueuille ; v. 


: Ru 797-6801. 
demptionem iuuit. Et redeuntem ex Anpglia apud Sanélum _ Ando- : l'Hiffoire 


 marum * honorificè fimul & benignè excepit : Exceptum donis # Charles 


| , : À en É | . VII du 
ampliffimis onërauit, & illi Mariam ex Cliuenfium Ducum fami- Louure. 


là Germaniz nobiliffimä , fuam ex forore neptem , aduerfan- * 5. Omer. 
te Gallorum Rege, connubio iunxit. Ex qua Ludouicum flium 
quinquagenarius paulo poft Blefis fufcepit. Vbi altus atque edu- 
catus Ludouicus primos infantiæ annos diligentiâ matris exegit 
Carolus tot exantlatis domi forifque laboribus , noui demüm 
aéris mutationc, & liberiori Galliz cœlo vfus, cum diutiüs in An- 
glia angufté degiflet, viram cum morte commutauit*, non multo * Ce Prince 
poftquäm libertati reftitutus eft rempore ,reliéto impubere adhuc ne 
matris cuftodiæ filio. Quem diligentiflimè & litteris & falutari- 4. renier 
bus fidei precepris initiandum Maria preceptoribus cradidit. Im- 1464-0465. 
bibit ille nonnihil eruditionis ,fed non planè decoxit. Vrpote qui ee 
cüm adoleuiffet ftudia afpernatus , militari cotum difciplinæ fefe 72.ans5il 
deuouit. Habuit duos, vnum in litteris , alcerum in moribus im- 7% La 
pingendis preceptores. À quibus vbi aliquantüm expuerauiffet, fonen FR 
neque verbera, {ed ne verba tolerabat. Vbi vero matris imperio Re 
aliquando propter culpam vapularet , cogebatur qui pœnas exa- His, | 
turus erat ,faciem perfonare, ne vlcifceretur. Si venandum fuit, de Charles 
nullus eum labore aut curfu anteceflit. Si apro vulnus infligen- Me 
dum , nullus aduerfus fpumantis feræ impetum paratior, aut vali- 
dior. Erat fanè in eo audacia, fed non fine prudentia. Et copia 
perfuadendi vberior ,quim exigeres in principe litterarum exper- 
te. Accedebat his laboris plus quèm in exercitatifhmo patientia., ai 
Cibi appetens fuit, fed delicati & minimé vulgaris. In potu par- our aie à 
cus. In fomno parcior. Equitandi folertiam tam ardenter ample- Hoftel de 
xus , vt breui fit affequutus ad quod maxime anhelarer. Nullus au pd / 
illo acriüsequum pupugit. Nemo folertius reflexit. Ita teneras pri- FO. 
mæ ætatis viresexercitatio durauerat, & natiua adolefcentis indu- pos celebrer 
k . — .  l'aduenemet 
firia exercitium fuperauerat, vt nullus obiici poffer , fi fux æratis, } Charles 
uem non vinceret , fi maioris , cui non refifteret , ac liberé fefe VIIL 3 Le 
ST opponeret. Celebrauit Parifiis apud Neellam* equeftre certa- Chan 


à ue ne ; 1483.7.p.2, 
men, vbi Principatum iniit Carolus Otfauus. Ad quod vifendi des ss 


26 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
dio promifcua hominum multitudo vndecumque conuenerat. Con- 
uenerant & ex tota Gallia Principes : Tum nouum Imperium no- 
uo Reoi gratulacuri ,tum roboris {olertiæque fpecimen faëturi. In- 
ter quos Ludouicus Aurelius ingentem de fe opinionem virtutis ad- 
miratione plurimüm auxit. Hic ad fpeétaculum venit duabus no- 
biliffimis puellis funiculis equum hinc inde trahentibus, omni ex 
Aapee Pare, cf æftus cffer ,armis inftructiffimus. Congreffus eptem mi- 
rande force Nutatim perfractis lanceis certaminis gloriam viétor reportauit. 
dudit Duc. Ea fanè in co corporis & virium dexteritas erat, vtaliquando fof- 
* d'onplain- {am pedum quindecim longitudinis fubfultim *fuperauerit. Nunc 
apud Caffrum-nouum ab indigenis celebratiflimo Ludouic nomine 
Snpetnss Saltus Regius 27 Tantæ & animi & corporis dexteritati 
Up. 93. prec. fuffragabatur pecies formæ admirabilis. Lucentes oculorum f:- 
ces, nafus oblongus, &in altum nonnihil reflexus. Oris lineamen- 
ca plufquèam muliebria , pulcherrima ea quidem & iucundiflima. 
Valetudine, fine Medicorum confilio, vfus eft profperrimä. Cor- 
pus robuftum , fed neque nimis longum, neque nimis breue, pen- 
dulum tamen , & incuruum nonnihil , lacum ex humeris. Toro- 
fum pectus. Longa tibiarum cum robore gracilitas. Talem deni- 
que eum imaginemur, qualem nunquam natura eo abfolutiorem 
_ effinxerit. Talem, cui nihil ad Regiam Maicftatem deeffet preter 
imperium. Sed tantam de fe fpem maior fa@us, aulicorum fedu- 
Œus illecebris ,aliquantüm inquinauit. Nam vbi liberius omnia 
agit, matris {olüm coercitus imperio , quæ nihil non illi indulfr, 
in vitia fertur preceps. Ganeas, fcorta, lupanaria , & ea demum 
quibus illa capitur æras, omnia licenter frequentat. Rege Ludoui- 
co ad id maximè conniuente. Vcpote qui Ludouicum fciebar effe 
in fucceffione fecundum : ne filio fuo Carolo prudentior , atque 
ob id plebi acceptior aliquando aduerfaretur. Inquies verd iuue- 
nis animus: effrena in mulieres voluptas, feu folutas, feu marita- 
tas : vt tantas virtutes, ingentia viri vitia fi non omnino confun- 
derent, æquarent certe : ne dum tamen omnis illi virtutis imago 
exciderat. Quin & iuuenili quodam perfufus rubore, interdiu fub 
tectis licèc fcurriliter , racitè tamen conuiuabatur. Ne vulgo pro- 
ditus, (tanta illi priftini honoris confcientia erat,) in peius ferri 
diceretur. Aleas auidè attreétauit , cui parüm felicicer refponde- 
rent : In ludo facilis, minimé contentiofus, minimè calumnio- 
fus, & qui damni ac lucri fortunam eodem vultu æftimarer, col- 
luforibüfque manus frequens remitteret , inque aftantes pecunias 
fparfim ex ludo contraétas promifcuè frequens diffunderet. Rexic 
in Principatu Regis nomine Equitum centuriam, quibus & bonum 
Ducem , & militaris difciplinæ fe fcientem preftici. Nullis non 
bonis cos onerauit. Congiaria fepè donauit. Stipendia regia ex 
priuato fuffecit ærario. Sic milices eo Duce, fic Dux his militibus 
animos ingentes alebant. Plus tunc illi prodigalitas , quäm dein 
| 7 parfi- 


ROY .DE FRANCE. 157 


parfimonia profuit. Sed hæc omnia tam diuerfa in immaturæ ad- 
Puce ætatis Principe, cui multæ domi congeruntur opes , cui para- 
ficorum ampla copia obftrepit nemo admodum miretur. Cüm in 
inferioris notæ hominibus longè grauiora videre fit. Solet fanè ex 
licentia luxus , & vitæ infolentia gencrari. Quæ omnia ita poft- 
modum reliquit, vt ne veftigium prioris vitæ vllum remanfifle vi- 
deretur. Iraque reliétis vitiorum illecebris, virtutem proximus am- 
plexatur. Evita amplexatur, vt illi vitia non modo nocuiffle quid- 
quam, verüm virtutis indipifcendæ inftrumenta fuiffe crederentur. 
Nec enim mclius quifquam quauis occafione ad virtutem quàm ex 
vitiorum reprobatione fefeinformare poteft. Hic itaqueinter vitia 
virtutéfque aduleus ,alteram Ludouici filiam , Caroli Oélaui fororem, 
ne non in omnibus Regi, alioqui feueriflimo , obtemperaret , fibi 
connubio iunxit , licèt effec forma fatis incongrua, & gibbofa. Ha- 
buit enim duas filias Zudouicus. Vnam , hanc Zoannam , quæ nunc 
apud Bituriges pro Beata colitur*. Alceram = 4nnam natu maio- Let 
rem, quam ante Principatum initum in Flandria fuftulerat. Quæ fennte 
Comiti Beanjeuio * nuplerat. Virago * fanè fupra muliebrem fe-, Eloge de le 
xum , & confulta, & animofa, quæ nec viris confilio nec auda- Dame de 
cià cederct. Perfecta demuüm omni ex parte , & ad Imperij glo- ol. | 
riam nata, fi non illi fexum natura inuidiffet, Incredibile penè mu- NZ Dee 
lieris ingenium, nifi fuperftes adhuc his de fe omnibus fidem fa- Dar 
ceret ampliffimam. His artibus, imo virtutibus, mortuo patre Lu- rte À 
douico , impubere adhuc Carolo fratre , toti Galliæ confulciflimè fi 
mul & honorificentiflimè moderabatur : Cuius etfi æqua & iufta 
effect moderatio , inuidiâ tamen non caruit. Multis ægrè fœminæ 
imperium tolerantibus : Inter quos vt erat ad Regni diadema fuc- 
ceflonis iure propinquior , ita ad fe rerum omnium moderatio- 
nem pertinere contendebat LA4urelius. Hinc igitur mutuæ inter 
ÆAnnam & Ludouicum fimultates , & odia propalim exercita. Et 
clim fimulata, fefe virerius continere non potuerunt. Tentat Prin- 
cipum animos, ac fibi quibus poteft conditionibus coniungit Lu- 
douicus. « Anna Regio fota prefidio parui habet Ludouici minas. 
Dum tam varius rerum ftatus in Gallia, nec in minore Britannia 
quietior effet, diflidentibus à Duce Principibus, (Barones vocant 
Britones) rogatur à Britonum Duce Aurelixs vt ei auxilio effet. Nec 
rem fuam fatis procefluram rebatur Aurelius , fi Dux Brironum do- 
mefticis deftineretur feditionibus , quo minus fibi ad negotium 
animo conceptum fuppetias effet laturus. Iraque curfu quantum 
poteft maximo in Britanniam contendit. | 

Gallia omnis inter pacis, bellique opiniones diuerfis Principum 
ftudiis variè rapicbatur. Pars abfenti Awrelio imperium deferebat. 
Nonnulli ad Borboninm * refpicicbant. Anne vero Caroli volun-"Pierresieur 
tas fororiis pelleéta blanditiis maxime fuffragabatur. Timor vero “os 
ingens omnium mentes incefferac , ne fi rerum fumma <A4urelio 


KKk 


+ 


253 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
dencgaretur, quàm ad eum magis pertinere fcirent, quâm potiri 
finerent , ingentem ex Britannia exercirum cogeret armis. Haud 
dubiè vindicaturus quod fibi pace adipifci non liceret. Quodnon 
tam Regi perniciofum, quim Regno effet vniuerfo periculofum. 
LAnrelium quippe & Galliam tantis copiis oppreffurum ,) & Regem 
{olio deturbaturum confultiüs quàm certius prefagibant. Ali ni- 
hil minüs quèm bellum à Britonibus domefticà feditione impli- 
citis expeétabant. Inter tam diuerfa confilia corum tandem vicit 
fententia , qui pulchrè Reipublicæ confultum iri contenderent, 
*Sacredu 1 Carolus ante omnia inungeretur*. Quo illi & ex facramento 
Roy; v-p- + amplior furgeret Maieftas , & effec in quem populus confilia refer- 
FEPPÉE ret | qui caput appareret , & à quo cetera populi membra Impe- 
rium expectarent. Nec obftare ætatem Imperio , dum bonorum 
deligeretur confeflus , ad quos grauiora Regni negotia referrentur. 
Infuefcendum maturè Imperio , vt cum ætate crefcat quoque expe- 
rientia. Salubriorem efle Reïpublicæ iuuenis moderationem pru- 
dentum fubiectam confilio, quèm fenis preuaricationem , qui dum 
longo rerum vfu fibi informatus videtur , reliquorum contemnit 
monita, fuôque cunéta arbitrio contumaciter peruertit. Indicitur 
itaque Rhems conuentus: Omnis Galliz Nobilitas ad Regiæ con- 
fecrationis pompam vndetunque publicè priuatimque citatur. 
* Françoisl, Aberat tum in Britannia Æ4wrelius , quem fecutus Danenfis * Comes 
Nas de fuerat : Hic ad confilia prefentia nouâque naturä acer , ingenio 
Longueuil- promptus, & expcrientià callidus erat : Et qui Ludouicum humilits 
ri dis quam quo dignus erat honore demitti non fineret, quique iuueni 
parum pro ætate alta excelsâue curanti iuueniles quotidie penè 
conuitiis fpiritus infpiraret. Iraque Ludouicum penè inuitum, qui 
Anne Britanni Ducis primogenitæ amore deftineretur , ad folem- 
ne Caroli Regis facramentum in Galliam retraxit. Non quôd hos 
matrimonio iungi non magnoperè cuperet Dunenfis, {ed quod 
differri rem confultiüs fperaret. Redeunti ex Britannia _4wrelio 
Borbonius Dux opem omnem, & focia arma , fi ad ea ventum ef- 
{ec pollicetur. Indignabatur enim fibi apud Regem preferri mino- 
rem natu fratrem Beauieuium Comitem, cui Anna nupferat. « {na 
interea fuo Carolique fulta prefidio, confecrationem maturat. Sa- 
‘crifque more Gallico apudRhemos pera@is, (arolum ad Parifios in 
fide continendos perducendum cenfet. Parihj nouum Regem mi- 
ro omnium rerum apparatu,omnium Ordinum occurfu , plebif- 
que Principinouo profpera cunta precantis applaufu honorificen- 
ciffimè exceperunt. Aliquotque illic dies pro vrbis,ciuiumque ac 
pt Magiftratuum dignitate commoratus, multifque fuper Regni admi- 
> Tours, Niftratione, impuberifque Regis tutela inter Principes controuer- 
2483.v. p.2. fis, Conuentutrium Statuum , (Ita Galli Plebeiorum, Nobiliurn, Ec- 
S'208.pre. clefiafticorum, vbi ex re communi coguntur,Ordines vocare folent,) 


S parmy les Ps 
Preuues. ad T#rones vocato, Parifis exceflit. Aurelius autem , etfi fe in comi- 


ROY DE FRANCE. 259 
tatu importunum  4{nnæ intelligeret, neutiquam tamen perfequi 
deftitic, modo apud Regem , quem demereri aliquo offcij generé 
ftudebat, modo apud dupe qui Anne partium erant. Magnæ tum 
factiones. Circumire pro fe quifque Ciuitates , tentare, Procerum 
animos, plurimis milices promiflis oncrare, ac donis prefentibus in 
fidecontinere.Certumillius imperium , iuftémque imperij admini- 
ftrationem rentur, cui Conuentus ille detuliffet. Die ad conuenien- 
dum di, Carolusauro gemmifque fplendidus , in medio Confilio, 
cum magna Principum Pontificiumque multitudine, dexterum 4# 
relio , finiftrum Cancellario * latus attribuit. Ceterifque pro dignitate * Ze Chan- | 
fcdere ac filere per preconem iuflis, Awrelins non fais certä Regis sé rl 
gratià concionari ante capit; Quem Anna modeftiffimè intercepit. Rochefort. 
Pluräque pro muliebri copiä diéturam, & Aurelium refponfa pa- v.p.99.4e 
rantem , Cancellarius Regis verbis circo excedere iubet. Quo & li- ' 
bera effent omnium fuffragia, & res citra diflidentium cumultum rome: de 
difcutererur.Rogantur in orbem finguli: Potentior tum Anne fauen- ES ogg 
tium factio fuit. Et medium inter repulfam admiffionémque con- 7" 
filium ineunt. Ne & prelatam fibi Annam, « Aurelius ægrè ferret, 

& fpe deieëtus apertè contineri non poffet. Communi omnium 
iudicio decernitur, Regentem in Regno alium quam Regem mature ado- pr | 
leturum tolerari non poffe : Proinde debere Aurelium 4 rebus £erendis %: p. 208. ! 
animum auertere : IN ec pati Galliam domefhci inteflinifque æfluare [e- 
ditionibus. Borbonium infuper Conuentus ille , (egerat id Anna ; 

quo eum ab Æ4urelÿ factione in fuam pertraheret,) Magiftrum 
Equitum , ( Conneftabilem * vocant) publicè dixit. Plura ex Repu- *Iean Duc 
blicâ vectigalibufque annuis & Regio fifco fanxit. Nouus Magi- 7 a 
{tratus Borbonium k Aureli focietate neutiquàm aucrtit. Brironum Pr 
vero Dux Queftoris cuiufdaim fui Petri Landoifij, (qui paulo pôft 6-7. 47. 
vitam Jaqueo finiuit,) confilio , qui fe ad diem Conuentui præ- piufons en 
fticutam venturum ,tum Regis iuffu ;, tum Awreli precibus fpopon- Bretagne à 
derat, à Conuentu fefe abflinuit. | tiens 
Qui fpe vbi elufum fe videt Awrelius ; petitäque Regni mode- on Landais: 
tario fruftra fuit, fi non ominino animo Les multüum tamen 

ex re follicitus, Parifios reli&à Curià contendit: Ibi Regis iniuffu, 

priuatis publicifque Confiliis, tum in Senatu, tum in publicis Ci- 

uitatis ædibus fefe immifcer. Modô hos modo iftos cum muneri- 

bus, cum blando alloquio, alios crebris falurationibus ad fe pelli- 

cit. Conuiuia ad inefcandos homines efhcacia , vel apud fe maxi- 

mo fumptu apparabat: Vt multi haud gratuitam Principis ciuili- 

tatem vnde prohcifceretur non temerè conieétarent : Cum pruden- 

tioribus grauis, cum leuioribus affabilis ,atque in omne humani- 

tatis Senamens Neminem à fe malé reietum , fed fpei bo- 

næ plenum, natiuo ad gratiam eloquio dimittebat. Nullus erat qui 

in cam humani Principis dignationem non maximè anniteretur : 


Nam & illi ad conciliandum hominum fauorem oris gratia fuper- 
| K k ij 


Teu de pau- 
me aux Hal- 
les z Paris. 


Retraite du 
Daucd'Otr- 
leans , +. 


p.12. 209. 


260 HISTOIRE DE CHARLES VIII 

erat, & maioris aliquando Principatus opinio nullumnonirretie- 
bat: Itaque Parifis cum corporis dexteritate ,quam palim fepè pilà 
faltüque exercuerat, tum virtute animique fingulari quâdam pre- 
ftantià, acformâ imperium demerente, & charus & clarus habeba- 
eur, dignüfque non qui vicario fed fuo nomine Rempublicam quan- 
tumuis maximam moderaretur. Tantam Parifiorum de /4urelio 
opinionem prudens quid rerum moliretur Aurelius, Anna prxuer- 
cit. Mifsique tum Regis nomine liétores , qui Awreliwm hæc hif- 
que fimilia agere vetarent, qui denique cum ad _ pertrahe- 
rent. Vbi vero quibus impeteretur modis , tumultuofo fuorum 
nuntio premonitus eft Aurelius, qui tum ludebat pilà fuper bals, 
(Ita publicum vocant Parifij emporium,) omiflo cläm ludo fefe 
in hofpitium proripit. Mulâque protinus quæ pro foribus ftabat 
afcensà, vno aut altero comitatus, Uernolium # à Alençonÿÿ Ducem 


per Pontifaram occulte fe recipit. À quo benignè atque comiter 


ofpitio exceptus , multäque fermocinatus , ftante ad verba Dy- 
nenfs, amplè memorat quäm maturà fe fugä periculoeripuerit, qui 
fic apud Parifios rerum ftarus , quibus demum artibus atque con- 
filüs illum Anna appetierit, fe confilij auxiliïque iuxta inopem ad 
cum multâ fiducià contendifle. Vellet igitur quæ antè inter ipfos 
pacta fuerant, rata atque inuiolata manere. Illos qui in verbaiu- 
rauerant, ociflimè facramenti admonendos : Euocandôfque ex eis 
aliquot , ac in fide continendos, arma, equos, virofque, ac com- 
meatuin in promptu habere iubendos. Eo iter direëturos quo ipfa 
belli moles inclinaret. Ad qua figillatim Alençonius contra beni- 
gnè fatus , agere fe Deo gratias , quod faluum eum atque incolu- 
mem ad fe perduxiffet. Nihil effe quod in fe fidéque fuâ immuta- 
tum dubitaret. Bono illum effe animo iubet. Dunenfi & {1 Alen- 
çonij animus fatis apertus, vires tamen ms iniquæ copiis vide- 
bantur : Nihilque vel parüm vbi poteftas deeffet voluntas erat pro- 
futura. Dunenfis icaque virorum defc&tum murorum propugna- 
culis fupplendum admonet : Et alios Aureliæ faétionis Principes 
nuntiis follicitandos vt in armis effent. Belli autem nulla oppor- 
tunior pro tempore vifa quäm Wernolij {edes, & fitu & opere mu- 
nita, & protrahendo longe bello obfidionem diu fuftentatura. Ita- 

ue omnibus quæ in rem opus erant maturè huc fupportatis, Uer- 
nolio fefe dies aliquot dum fuos expectant continuerunt. Incereà 
omnis Ayrelÿ clientela , quæ Parifis per immaturum illius difcef- 
fum haëtenus remanferat , veftigia domini cum tota vtenfilium 
fupelleétile , fine villa non modo vi, fed ne iniurià quidem , lon- 
go virorum iumentorümque agmine fubfequitur , ac Wernoliwm ap- 


petit. Nuntij quibus litterarum perferendarum ad Principes cura 


demandata fuerat diligenter munere fuo funguntur. Qui ad Bor- 
bonium , qui ad Engo fmenfem ierant , non multo poft interuallo 
redeunt. Sanéta atque immota omnia nuntiantes fœdera, in quæ 


ROY DE FRANCE. 261 


anteà Principes fidem aftrinxiffent. Summä bellum curäâ parare, 
ingentes facere exercitus , omnémque fortunæ bellicæ euentum 
experiri animis, a decreuiffe. T'am letis nuntiis lætus /4#- 
relins, maximä curâ vrebatur quomodo copiæ inter fe tam difiun- 
&z coirent. Iam penè illum cœpti tedium mollierat : Quod in 
apertum fortunarum omnium rueret difcrimen,quôd magno lui- 
turus , fi in hoftium veniret poteftatem : Et quod graui fui iaturâ 
temporaria peteretur adminiftratio. Contrà ftimulabant ferocem 
iuuenis animum longè ab his diuerfa, annorum immaturitas, cu- 

ido dominandi , nufquäm parendi libido. Ad hæc fatioforum 
rates fuggeftionibus accepta recèns apud Turones negati regi- 
minis iniuria. Nec vllam ad Imperium aliam quàm per vim bi 
patere viam perfuaferac. Nec quidquam fibi fugiendum ratus quôd 
cù pertineret. Intereà fama Curiam peruagatur, conueniffe Duces, 
ac fœdus inter fe percufhiffe , exercitus cr , AC commeatum 
ex agris fupportare. Prima tamen his cura qui à Regiis Confiliis 
crant hefic,ve & extemplo coniurati ftipendiis expungerentur an- 
nuis, & Centuriz quifque fux Ducatu exauétoraretur , & milites 
qui apud illos manfiffent accerferentur. Quibus neque fraéti, ne- 
que territi Duces, ab incœæptis haudquaquâm deftiterunt, quin ma- 
iore animo milites pro fe quifque centuriaret. Borbonius magnas 
ex LAluernis plebis Nobilitatifque copias fecum trahens : Engolif- 
menfis & animum & apparatum expeétabat, quem etiam amplifi- 
mum Pitfonum exercitum confcripfiffe audiebat. Vbi vero rerum 
motus primüm vano fimilis mox certus Parifios eft perlatus , qui 
neque Regis, neque -4urelij partes apertè fequebantur , & cœcis 
rerum procellis immergi timebant, medium inter arma quictém- 
que confilium ineunt. Dantque operam vt & conueniant fimul 
Principes, & fuper re éommuni colloquantur. Facilè in amicitiam 
redituri, vbi collatis mutuo capitibus, alter Iæfam Maieftatem , al- 
ter denegatam iniuftè Regn curationem controuerterint. Iurgia 
plerunque inualefcere, vbi neuter alcerius mentem affequitur, fs 
piri vbi coram pro fe vnufquifque falso fuggefta refellit, vel in- 
nocentiam iure caufæ tutatur. Nuntiis igitur inuitatur LA4wrelins, 
vt Ebroicum extemplo veniat, qui Regemilluc conceflurum , & 
cum co pro vtriufque voto rem compoliturum certo polliceren- 
tur, Dunenfis verd quem nullæ etiam abditifimæ Pr ds rerum 
actioncs, Ludouicum nonnihil mandatis reluétantem pellicit , ad- 
hortatur ,ac precibus exorat , vt fe vinci pateretur , animum fre- 
naret magis alcum quèm vtilem, diffimularet,neque non iret qud 
& amici illum tuto vocarent, & Rex iuberet , cederet neceflrati 
in res humanas omnes ius habenti. Ne aut atnicorum monitis at- 
que ideù fidei parüm tribuiffe vifus, illos à fe abalienaret, aut Re- 
gij negligens Imperij grauiorem aliquando pertinaciæ vindi&am 
confcifceret. Videbat autem Danenfis promiffa Britonum auxilia, 

|  Kk ii 


262 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 

quæ Dux in Northmanniam Aurelio miflurum fpoponderat longè 
abefle. _ Anna fœderis inter <Awrelium Britonémque ii prudens, 
auxilia diftinuit. Miflo qui - A4urelÿ nomine his pro tempore mi- 
nus opus effe apud Ducem mentiretur. Interclufi autem tum erant 
terrà marique in Britanniam aditus, obferuantibus vias Repiis. 
Nec citra vitæ difcrimen ire rediréue dabatur : Multi fruftrà falle- 
re, modo Religioforum, modo viantium habitu conati, graues 
irritæ cemeritatis fuæ pœnas dederunt, multi laqueo, plures equu- 
lco in aquas precipitati vitam finierunt. Quo pr . cft vt Du- 
nenfis in omnem confultus euentum, = 4wrelio omnium ope atque 
fpe deftituto facilè perfualeric ve fe itineri expediret , Regémque 
adiret. Compofitis ad viam rebus,magnâque clientum cepiä co- 
mitatus, lege adfcriptà vt fi res minüs tranfigeretur liberaredeundi 
effet facultas, Ebroicum contendit. Venienti _A4wrelio plerique ob- 
uiam Principes procefsère. Ille vrbem , fub noîem ingreflus, in 
ampliffimas ædes diuertit. Tum noéturna ee on colloquia , 
occulti ad < 4urelium eorum nuntij , qui vel fe vel ex fuis quem- 
piam deprehendi fub luce timebant. Venifle tamen interdiu in 
_Aureli hofpitium Lotharingum » Focenfem | & Principem Orengium 
facis conftat. Aclongo inter cos vitro citrôque duto fermone Z4- 


douicum ex eis aliquoc in fuam tandem faétionem pertraxifle , ac 


retrorfum pace negleëtà & conditionibus reiectis Blefas ociflimè 
per Carnutes iter flexifle, (arolus vero Parifros rediit. Ac © A4ureli 
faétum pro ætate minüs metienti, nifi alius admonuiffet, parüm 
curæ erat futurum. Armorum tamen atque militiæ cupidus bel- 
lum parari fummoperè geftiebat. Ipfe in vrbe, in agris, peditum 
deleétum haberi 4 equites cogit, Imperatores deligit. Coactis 
vndique copiis, ipfe armatus procedit, milites recenfet, omnibus 
adlubefcit, plures manu prehenfar, equites gloriä, sp laude, 
vtrofque prœmiis ac fui præfentiä ad bellum pro fe, pro Gallici 
Imperij maieftate fufcipiendum , verbis animos mouentibus exci- 
tabat, atque adhortabatur. Mitis in eo natura, ingens animi vis, 
profufa in omnes liberalitas fecerunt vt eo Duce milices nihil non 
auderent , eo vindice, neque vitæ neque fortunx aleam fugerent. 
Anna copias omnes _A4ureliam ducere necefsè cenfet. Quo & prius 
Rex vrbem occuparet , & ciues qui iam A4wrelÿ litteris ad defe- 
étionem ETS contineret. Ceterum Bochagium ætate ve- 
rendà ,& ad conciliandos plebisanimos naturâ magis quimaïte fa- 
cundum,in vrbeñ cum mandatis premictit. In quam vbiventum eff. 
Sciturus , inquit , per me ex vobis sig vefier Rex , vos priuatim 
pablicéque non tam inbet , quäm pro [ua bumanitate orat , svt que fit in 
prafente rerum turbine mens omnium veftra, que belli confilia, in quas in- 
clinetis ‘sh palam faciaris. IN am é7 vos iam pridem auxilium Aure- 
lio ,vrbem opéfque veftras omnes pollicitos audit. Quod qué ratione fitis 
feituri non fatis Rex intelligit, cur vos [ho fabditi imperio , citra vlan 


ROY DE FRANCE. | 26} 
ant rebellionis ,aut defectionis occafionem alio mentem auertatis N'ullas vn - 
quam vrbes, nullos vfquam popalos, gentémue tam barbaram , ant à quie- 
ti abhorrentem conjilio 4 fuo Principe defciuiffe per me memini, que non 
ant ex preteritis, vel rerum tedio , vel Principis odio , ad liberiorem vita 


vfam enocarentur , ant nouarum cupiditate mutationum melioris [ollicita= 


rentur fr euentu. At viri Auxelianenfes , neque in Regem odium l- 
lum vobis iuflum eff, qui vos fic femper babuit quafi parens liberos , nullis 
preffit vecligalibus , @j fi qua grania fint adempturus magis quam auttu- 
rus fit; neque vlla [pes liberratis amplior, aur melioris in futurum condi- 
tionis offertur. IN if forfan vinditlam pro amicitia , pro pace bellum rvobis 
iniquum , 9° durum ; Regiiuflum ,@) facile ,mauults. Vos, inquam ; qui 
tam fidi Regibus etiam grauioribus in periculis femper fuifhis, @r Anglicam 
obfidionem ad veffram pene omnium perniciem conflanter [ufhnuiflis, Vi- 
dete, Aurelij, ne vos prefens hic rerum flatus à fide male diffrahat. Lu- 
dunt Principes, vbi aliquando eos digladiaturos Een Principum iur- 
gia er diffidia Cinitates magis [hcélare , aut co 
aut fouere debent. Repente intumefcant Principes, maturius in amicitiam 
redeunt. Et ff de vtrorumque [ociis in fœdere caneatur , manent tamen 
fémper iniurie, irarkmque vefligia. Quod fi forte fecerir Deus pace inter 
“Principes æqu4 conueniatur ; modicam à vefiro Duce gratiam ; graue à 
Rege odium expelHabitis. Ille ob preffitam fibi opem non vobis tam [e de- 
bere , quäm vos fibi debitum prefhtiffe purabir, Hic grauiffimas à vobis 
pœnas, ob violatum iufhiffimum imperium inre 7: Finem verbis im 
ponentem publicus omnium clamor interpellar, Regem benè decis 
fperare debere, eifque iniuriam facere, qui de eorum erga fe fide 
dubitauerit. Iret porro Regi nunciaturus LA4wrelios iufta fubdito- 
rum in Principem munera offciofiflimè expleturos , portas vrbis 
doméfque Revgiis patere, omniainillius effe poteftate.T'um demüm 
contrà fatur Bochagius : Hand Regi de veftra fide infheratum reporta- 
turus nuncium difcedo. Facite verba fattis aquentur. Proxime Rex aderir. 
Commeatum abunde ex propinquo cogite, domos flernite. His dictis, vix 
Bochagius vrbis pomœæria exceflerat, cum <4urelÿ Legatos aduen- 
tare nunciatur. Qui vbi ad publicas Ciuitatis ædes perlati, pauca 
pro fui Principis mandato, pro rerum & temporis ftatu funt elo- 
uuti, cüm fœderis cum <A4wrelio iéti folüm admonuiffent. Re- 
er tulerunt placere <A4ureliis priores conditiones , neque 
quidquam in his immutatum iri velle,fi _4urelius hofpitaliter cum 
{olito clientum numero , non hoftiliter cum infolentibus militi- 
bus vrbem ingredi pararet. Vbi artem videre Legati, & auerfos à 
Duce in Regem olebis animos , reditum maturant. Erant Legatio- 
nis eius capita /oannes Crifbinus Aureliorum Cancellarius *, Ioannes Lo- 
uanius Primarius _4urelÿ Aulicus, reliqui ex<_4wreli clientelà ma- 
is Nobiles quam mihi* cogniti. Qui vbi omnia ad _Aurelium re- 
tulerunt , nihil his infraétus, fubito arma parari, & copias recen- 
ferce imperat. Fuifle tum ferunt in co belli apparatu octo peditum 


ibere, quam illis interee 


* Chance- 


lier du Duc 


d'Orleans. 


*L’Autheur 


_ parle de cho- 


fes, arrinées 


de fon temps. 


_ * Grand cre- 
dit, € fin- 
guliere repu- 
tation du 

® Comte de 
Dunois. 


* Eloge du 
Sieur de la 
Tremoille, 
V. pag. 107: 
precedente. 


.” 


164. HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
millia, Equites fuper bis mille fexcentos. Arte arbitriôque Dunen- 
fs *omnia regebancur. Ipfe peditibus , Lwdouicus equitatui præ- 
fuit. Sic inftruétis oportuna belli fedes Belgenciacum vifa. Quod 
vrbs ex fefe locique natura aliquantüm munita ,commeatui abun- 
dè erat fatisfa@tura , & fluminm Ligeri attigua : Accedebat his 4ure- 
bij in LAurelios ob negatum in vibem receptum ingens vindi&æ 
ftimulus : Neque commodius ad crebras in <A4wreliorum agros ex- 
curfiones receptaculum deligi poterat. Quippe _ octo folüm 
milliaria ab 4wreliis abeft. Iraque caftris ibi pofitis, & commea- 
tu affatim ex agris comportato, _4urelius auxilia à fuæ factionis 
Principibus expeétabat. Intereà antequèm maiores ÆAwreho copiæ 
ne qui à Regis Confiliis erant, Belgenciacum finon primo 
capi poffet impetu , obfidendum decernunt. Trimollius * vt cum flo- 
renti ætate ,ita belli armortimque gnarus, exercitui prefertur Re- 
gio : Vrbem quando non nifi graui fuorum iaéturäâ oppugnari de- 
{peraret, vallo fofsâque cingere parat. Fiunt crebræ obfidionem 
prohibentium eruptiones, multi Regij inter operas trucidantur : 
Nihil quod in rem opus effet omittitur , donec aggere duéto, val- 
lôque ba circumduétà, pauci pluribus neque armis neque ani- 
mis pares in vrbe occluduntur. Multæ in mœnibus vigiliæ, firmæ 
pro portis ftationes, equitum peditümque ordines penè continui, 
oppugnationem in horas FA Pénge Pro fe : uc fibi eft ad- 
hortator, confultor , confolator. Omnes 4#relius ftationes dili- 
enter circuibat, excubias locabat, curabat munitiones, fi quem 
re vrbis locum, autex fefe parum tutum, aut munimentis egen- 
rem videt, fortifimum quemque illuc collocat. Dunenfis verd, 
ecfi fociorum auxilia nondum defperaret, euentum tamen belli in- 
certum, & obfidionem longam animo præuertens , quantäque eum 
non modo inuidiä, fed & quæ futura fui conditio effet, qui cœpti 
auctor belli duxque diceretur, agit per Caduceatorem, apertä prius 
Aurelio deditionis neceflitate , vt liberè vtrinque colloqui licerer. 
Haud abnuit colloquium Trimollius. Fide datä acceprâque congre- 
diuntur. Dunenfis oppidi deditionem LA4wrelÿ verbis pollicetur, fi 
vitæ rerémque non tam fuarum quèm fuorum abire quo libue- 
rit petentium pérmitteretur libertas. Negat Trimollius fe quidquam 
Rege tam vicino & fœderis imprudente tranfaéturum. Verüim 
omnia libenter relaturum , precéfque adhortationibus admixtu- 
rum. Quibus fi non omnino Regemflectere, aliqua tamen ex par- 
te lenire confideret, Gratiæ atæ Trimollio. Vtrinque in caftra redi- 
um : Nihil tamen in obfidione remiffum, neque vila folutior mi- 
liti permifsa licentia. Artem in tam repentina deditione latentem 
timente Trimollio : Ne fpe pacis folutus metu miles incautè fubitä 
cruptione opprimeretur : Itaque Centurionibus atque belli Impe- 
ratoribus folerter amonitis, Trimollixs ad Regem,qui cum ad pontem, 
haud longè à Sancfi Laurentÿ Aquenfis vico in obfidione fedebar, 
profi- 


ROY DE FRANCE. 16; 
proficifcicur: Quem iuuenis Rex honorificè fimul & amicè exce- 
ptum dicere iubet , quo confilio reliétum in hoftico exercitum 
omifsà obfidione deferuerit. Tum Frimolbus : Fini , inquit, inopi- 
natus , Rex clarifhme, Principéfque foxtifimi , grawi hello , > in- 
teflino diffidio ram nobis quam fapphcibus opportunus peritur : Et ita pe- 
ticur Ut fi modo vitam eis liberam , fi inermes eos, qui vobis prius terrori 
effe potucrgnt armati, abire finitis, dedunt vrbem , cedunt vobis , in fuas 
quifque domos, aut quo fata vocawerint pacificé conceffuri. Integre adhuc 
cgions, cffefts neutra ex parte fanguis : Certa pax cum incerta victoria 
band remeré commutatur : Wobis forfan indignum me fermonem babere vi - 
debor : Wr qui detrectatione militiæ odio Labris, aut focordiä bellum pene 
iam confefum modo deféri optimum cenfeam : Fatebor cquidem liberè in- 
uitum me boc ad belum accinéluym fuilfe. Quippe qui inrelligam hos con - 
tra quos arma induimus | ferrum firingimus ; ques impetimus, corporis no- 
ffri cfje partem, commilitones , parentes effe nofiros : Que nobis aduerfus 
eos victoria ? quis pro victis triumphus ? nifi quod eis viétis , aut adunum 
trucidatis ,tantim nobis adempturi fonus virium, quantum illis abffuleri- 
mus. Viri [ant 5 nifs hominure me fallit æffimatio, qui vitforiam nobis 
baud incruentam fint reliluri. Adde quod Cr obfidio duratura eff , és: 
vicinioræ eorum auxilia : Qua fi coniungi denrur , timeo ne qui pacem 
in meliore noffra fortuna defpexerimus, banc ilam obuersä vice “ulrro pe- 
titum frufire eamus : Spes victis illis modica , preda ex nobis ingens mi- 
éloribas proponitur : Frenanda nobis ira , coërcenda vindiéle cupiditas : 
Pacem his dederis | Clementiflime Rex, pacem bis impetrate , Princi- 
pes humaniffimi, qui pro vobis aut vobifcum de pace cantra hoftes ve- 
ffros aliquando funt dimicaturi. Dixerat Trimollius Hæc parüm Prin- 
cipes mouerunt , vt deditionem admitterent, nifi & © A4ureliés in 
Regis veniret poteftatem , & Dunen/is exulatum extra Galliamiret: 
Maius quippe exinde exarfurum bellum , fi euaderent : Magifque 
hæc conuenta bellorum fementem pæbitura , quàm incendia, & re- 
centes inimicitiarum ftimulos fopitura: Nunquäm quippe quietu- 
rum Dunenfem : Illius confilia, illitfque naturam fatis exploratam 
effe: Fret igitur, & fi hæ pacis conditioncs placerent, pacem daret. 
Hæc refponfa Trimollius ad Aureliumtulit. Premebat iam tum 44- 
relÿ exercitum magis futuri commeatus defperatio , quèm præfens 
defeêtus. Et auxilia fruftrà expcétata , fpem tantam protrahendi 
lonoius belli infregeranc: Vbi igitur obfefi quæ pacis conditio- 
nes afferrenturaudierunt , his magis neceflariis quàm honeftis fub- 
Îcribunt : Perducitur in caftra = Auwrelius : Dunenfis exulatum ex 
padto CAflem , Infubrium vrbem , quæ in © A4wreli crat ditionc 
conceflit. _4wrelio in fidem recepto, ac Dunen/i in exilium a&to, 
nondum tamen omnis belli Auétus quieturus erar. Nunciatur quip- 
pc Borbonium Ducem, & Engolifmenfém Comitem, ingentes copias, 
in  #wrelÿ auxilium cogere , & Bitwrigum fines incurfarc , omnia 
hofiliter agerc, agros populari, hominum predas agere Frs rci 


266 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 


parcere: Occurrendum virique maturant Regij : Rex 1 3 cum vi- 
Ctore exercitu Bituriges contendic : Res non procul ab armis ab- 
fuic : Interuenère tanto rerum difcrimini potentiflimi pacis arbi- 
tri Marcfcallus Gieins , & Lotharingorum Dux confultiflimus. Quo- 
rum iudicio retranfaétä, pace inter Principes iuratä, exercitu in- 
de abdu&to, Rex = 4mbafiam, Aurelius inde Aureliam , diuersè di- 
uerfi in fuas quifque fedes abière. Aurelius apud TS 6 non 
tam honorificè quèm obedienter receptus, ita fefe fuôfqüe omnes 
modeftè continuit, vt nullum concepti in LA4wrelios odij , ne dum 
ps Le vindid@æ * fignum ediderit : Qui ex Belgenciafenfr obfidione _4wre- 
d'onnœurel lism fucrant fequuti, quo & Dacem aliquo animi dolore leuarent, 
à oublier fa- & otio non torperent, ludos equeftreis celebrant: Multi eo mor- 
re tales, multus Nobilium numerus venèêre : Ciuitas omnis plures dies 
ceuës. fpectaculis occupara, & feftà pace lærata cf. 

Aurelium equeft:ibus certaminibus, & folemnibus ludicris ma- 
gis,quàm armis, nullus erat qui non maximë gauderer effe diften- 
cum : Dunenfis vero quem mclioris fortunæ fpes , & præfentium 
rerum ftatus diucrsè vrgebant, ab exilio ex 4/ff4 quam deporta- 
tus ex paéto petierat , Partheniacum , {uæ ditionis in Pictonibus 

_ oppidum, occulrè redit : Tum nouas res moliri cœpit, plerafque 
ad defeétionem Ciuiraces follicitare , Principes omnes Le & 
fine litteris nunciis perlicere,animum in omnes partes & bellioc- 
cafiones verfare : Timere tamen ne ante maturaim rerum occafio- 
nem interciperetur : Omnibus demüm confiliis celare magis ne- 
gotium quäm ceflare. L4wrelium ipfum ad fe cläm euocare. Ea 
vbi ad illos, qui Regiæ præerant cuftodiæ, perlata, iubetur Repis 
nomine Aurelius Ambafiam concedere. Venturum fe propediem , 
atque breui mandatis obfequuturum fpondet. Nuncium bonis 
verbis implet, & à fe dimictit cum litteris quibus Regem faluere 
atque fe expectare iubet. Fit tardiore morâ Aurelij fufpeétus ad- 
uentus Micticur irerum Marefcallus Gieius , qui Aurelium in Cu- 

riam vecunque pertrahat. Mandata exequitur Gieius , verbis preces 

addit, quibus _ 4wrelium amicè monet, ne fe cum ignominia vio- 

lenter trahi patiatur, quo cum gratia pacificé venire poflit : Au- 

dicrat Legatum ÆAurelus , & preces,imperij vim habere intellexe- 

rat. Spondet igitur Marefcallo pofterä fe die Ble/as , inde Amba- 

fiam conceflurum. Preiret igitur ,nec de fe aliter fentiret. Quibus 

verbis, etfialium nofcet Awrelij animum , qui fimulatä mente loque- 

retur , Gieus difcedit. Polterâ die , confcenfis equis , quo aliquid 

iufis tribuiffe videretur, Blefas peruenit. Fam peruagante _ 4mba- 

fiam peti, quo magis hos falleret, qui forfan occultæ eius cufto- 

“Anne dit intenderent. Ipfe luce infequenti , Reginaldi-cafirum , magnâ 
d'Orleans, Canum vi venatum ire fimulans, à tergo verticiter, & fumpro le- 
Top uiter prandio ociflime Ebrardi-vallem, ) Virginum Cœnobium il- 
Fonteuraud. luftre eft, cui foror * precrat, ) perlabirur ,inclinato iam in mulcam 


ROY DE FRANCE. 267 
noctem die : Nec fuga latuit : Excirus fortè equorum tumultu, 
& infolentem equiratum noëte vagari miratus quidam à latere 
Regis, rem Regi detulie : Decernuntur extemplo qui fugientem 
_Anrelism reurahant : Ignari ramen quod tenuiflet iter , liberam 
euadendi copiam fecerunt. Diuerfatus vnà folüm apud fororem 
noce , vbi Le appetit crepufculum , repetitis equis Cliffono *, 
mox Britannie illabitur. = Andium oram tacite preterue“tus , ob 
quorundam Britannorum Principum , quos à Duce defciuiffe an- 
teà prefcripfimus , faétiones, quæ tunc illic porentes erant. Qui 


vero per fugas fequuti , affequuti tandem funt nonnullos A4urelÿ 


Miniftros, quos retraxère : Hi pro fuga fupplicium timentes, Re- 
gis bencficio preter opinionem funt feruati : Hi partim minis, 
partim prœmiis illeéti , omnia Awrelÿ confilia palim fecerunt, 
faionifque aliquot denudarunt capita. Tantis rerum turbinibus 
occurrendum maturè ex Republica vifum eft. Ne neglecta belli 
initia contemptu crefcerent, fieréntque proniores ad defcétionem 
rebellionémque animi. Ingens in Perthemiacum* cogitur exercitus: 
Rex exercitum preire iubet. Imperatoréfque nihil obmirtere quæ 
negotium prefens defideraret : Mandatis annectitur , ne iniuffu fuo 
cotis in certamen defcendant copiis: Seexpeétent, prapediem fub. 
fequuturum. Inuifus tum Plebi ,rum magnæ Nobilitatis parti Dx- 


nenfis erat : Plebi, quod ocium perturbaret, & noua femper armo- 


rum confilia agicaret : NN obilitati , quod contra communem om- 
nium fententiam, & decreta, Regni curationi per vim ##relio viam 
facere anniteretur ; Danenfis vero Regium exercitum , ipfämque 
Regem non tam non timebat, quiäm contemnebat : Altis fuæ 
vrbis mœnibus,& robore, fidéque annixus : Verüm vbi ante vr- 
bis muros Regia fterêre figna , nec arceri hoftes poffent, quin & 
oppidum cingerent , & caftra fofsà vallôque fepirent. Duxen/em 
{pes obfidionis protrahendæ deftituit. Mænibus quippe etfi tu- 
tari fe non difhderet, longam ramen fuorum famem ,ob eamque 
defeétionem verebatur. Videbätque longè abeffe auxilia , & con- 
templabatur rerum exitum. Et non minüs quàäm mortis & fortu- 
narum omnium periculum eum mancbat: Ideôque cläm per oc- 
cultum terrz meatum elapfus , vrbem ciuibus tuendam reliquic, 
in Britanniämque ociflimè fe recipit. Partheniacos vbi fe Ducis pre- 
fidio deftirutos videnr , idem qui Danenfem timor, timorifque cau- 
fa inuadit : Itaque communi omnium confenfu à mœænibus petunt 
liceat colloquio rem tranfigere, quæ vrrifque benë verterer. Fa&tä 
colloquendi copiä, vrbem , fe fuäque omnia Regis imperio per- 
micrunt : Se. fi quid in Regem temere aufum fic , illius immunes 
effe culpæ predicantes: Dunenfem cos fcfelliffe, qui occupatä prius 
vrbe, impofitôque potenti præfidio, eis quo voluerine inclinandi 
aut deliberandi arbitrium omnc abftulerit: Hæc ciues pro caufa 
innocentiæ orare : Milites , quorum & grauior de eu maior 
LI ij 


* Pag. 38. 


* Pag. 23.25. 


* Pag.74. 


L Pag.11. 


268 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
vindicta ceruicibus imminebat , culpam fateri, eamque depreca- 
ri, vultu in terram demiflo : Inermes pacem petere, fefe dedere, 
nullas deditionis conditiones abnuere , modo vitam pientiffimus 
Rex eis concedat : Supplex vtrorumque deditio, 2 periculorum 
non confiliorum participes fuiffent, obftinatum alioquiin pœnas 
Regem mollit , mouitque ad mifericordiam. Tum quod dedita 
vitro vrbs haud paruo negotio oppugnari porcrat : Tum quod 
nullæ vtrinque cædes, atrociüfuc faëtum nullum, Regis militüm- 
que animos exulcerauerant. Acceptam deditione vrbem , vix im- 
perio milites coërciti funt quin diriperent: Ciues in tutum ab in- 
iuria recepti , domibus fuis redduntur : Mœnia folo æquata fuèêre, 
ne tutum inde cuipiam perfugium effet. In Aquitaniam inde Rex 
caftra mouit, aliquôtque oppida quæ (ommingÿ Comitis, qui cum 
LAsrelio aufugerat, armis tenebantur, partim deditione, partim vi 
recepit. Hæc illique tam profperè fuccedentia iam tumiuueni Re- 
gi animos fecère ,vr <#wrelium etiam quocumque in loco agerct 
cllo perfequeretur. Verüm maioris res difhicultatis vifa , Regem 


_Ambafiam ad tempus quo copias auxiffet, reuocauit. | 


A 


Intereà fama vulgatur, frequentibus Principes Britannos agitare 
gonfiliis , quâ ratione LAurelium , ceterofque cius partes fequutos 
è Britannia arcerent, quos fuppetias Ducis aduerfus fe laturos ve- 
niffe conietabantur. Ed Cardinalis Burdegalenfis* Orator cum man- 
datis oportunè fuperuenit, qui Regis verbis non modo auxilia pol- 
liceretur, fed & ipfum Regem belli partem multo maximam fubi- 
turum fponderet : Multi Regis focietatem abnuere, & horrere for- 
midabilem Britonibus Gallorum poteftatem : Plures, quorum fen- 
tentia vicit, accipienda Regis auxilia, expellendôfque quauis occa- 
fione illos à Britannia, qui in fuam perniciem coniurauerint :Poffe 
Regem conditionibus obftringi, quibus nec Britanniæ imperio in- 
cubare poflit, nec patriam grauiore exercitu premere. Si quatuor 
folüum equitum centurias, peditum quatuor millia, qui nullà in- 
iurià , nullo damno incolas afhcerent, fi quæ ad viétur exigerent, 
boni fide foluerent ,in Britanniam duceret. Et demüm vbi A4ure- 
lius ceterique Galli Principes Britanniä excefliffent, exercitum om- 
nem inde citra motum extemplo in Galliam retraheret. Admiffas 
fœderis conditiones , Regifque fyngraphä obfignatas, in eâfque 
fan@tè iuratum non defunt qui afferant : Verüm timuiffeRegem ne 
{1 vtrifque forfan inferior effet, aut à fociis proderetur, aut ab ho- 
ftibus FA : Eam igitur vantis copiis pretendens occafio- 
nem, non quo pactus erat exercitu Britanniam ingreditur. Et ter- 
rorem ex mulritudine fociis, hoftibus metumincutit. Ducebatin- 
En agminis claffem Aontpen/erius, {ummæ rerum à Rege pre- 

cŒus, Anne neceflarius. Sanéfi _Andreæ* regulus fub fignis qua- 
dringentos equites , fex peditum millia trahens , alid prorupit. 
Trimolliës Baronum (ita vocant fuos Principes Britones, ) cafiris 


V.. 


ROY DE FRANCE. 269 


caftra coniunxit. Dux qui tum apud MNannetes erat, nec imparato 
_excrcitu fefe certamini opponere, nec copias facilé contrahere po- 
terat , fuorum confilio <#falefiriéfum (Caftellum eft in Britanniæ 
penè vmbilico munitiffimum ,) conceflit , quo facilius ex vlterio- 
re Britannia milices armaret, pedites cogeret, féque à primis ho- 
ftium incurfionibus fubrraheret. Duces Galli eo copias ferri iu- 
bent , Ploermellum modico à Malefriého diftans fpatio obfident. 
Triduo oppugnata vrbs in deditionem venit : Obfefforum bona 
obfidentium predæ fuère, muri folo æquati, turres deieétæ. Ea res 
Britannum , Aurelismque maximè mouit, vt extemplo Malefiriéto 
reliéto, inftantibus à tergo Gallis, W enetos * peterent: Maritima ca 
vrbs cft : Non diuturna apud Venetos mora, vrgente Gallo Britan- 
num , Aurelismque diftinuit. Nauibus cum parte rerum impofita, 
magnâ remorum remigumque vi ad Cræfacum appellunt. Hic 


* Pag. 16. 
46. 


vnam alterämue diem reficiendis corporibus immorati, remis de- 


nuo incumbunt,N annetes hinc per Ligeri oftia confcenfuri. Fu- 
gientes à tergo profequicur Gallus, Ueneros expugnat : Abftraxe- 
rat Jenctis Coerquementius magnus Britannicæ militiæ Magifter duo 


mille pri ns equites , quos ad Dinantium vbi Uenetos armis 


defendi defperarer, Amaurico Mouflaio ducendos dederat. Hos in- 
ter Dinantium & Nannetes Adrianus Hoffitalarius * clariflimus bel- 
li Dux, cum valida equitum manu palantes metüque folutos ado- 
itur , adorfus fundit, fugätque. Imperitia Re mes fexcen- 
tos à vitorum exemit violentia : Ducis clementia aliquot ab in- 
iuria cexit, eifque fe redimendi pecunià facta eft copia, Acceptæ 
cladis nuncius Ducem terruit , 4wrelium acrius pupugit, omnes 
denique Britannorum fpes fregit. Vt iam defponderent añimos, 
proferri bellum vlrenius non poffe. Cardinalis Foxenfis , qui tum 
apud NN annetes cum Duce fororis fuæ defunétæ marico fuerat, ter- 


* Pag. uit, 


rore belli perculfus, Romam proficifcitur. L4wrelius, ceterique Bri- 


tantiæ Principes, vbi fe aperto Marti impares vident, vrbem mu- 
nire, excubias pro mœnibus locare. Ec ac fi prefentes hoftes, om- 
nia timere ,in armis fuos continere, nihil non antè videre, com- 
meatum ex agris fubuehere. Albretus * Princeps per licteras follici- 
tacur, fi fuppetias ferre, fi auxilia cogere , fi fuos omnes qui Re- 
gis fequebantur militiam transfugere ad Britones veller, Briran- 
num filiam fuam plenis nubilem annis coniugio iunéturum , quæ 


* Pag.18. d 


210. 


Britannicum omne imperium , pulcherrimam dotem , allatura ef. 


fer. Mouerunt litteræ Albretum ,ob preftantis Ducatus fpem haud 
dubiam. Imperatores , qui centuriam Ælbreti nomine fub fignis 
duétabant Regiis, ad Britannum retrofpicere imperat , fefe paulo 
poft venturum maioribus cum copiis nuncians. Albreti imperium 
pars accepère , iuris facramentique obliti : Nonnulli refpuèêre , pro- 
ditionffque nomen velut peftem abhorruère , fidem cui dediffent 
rclaturi. Perlatis ad Britannos litreris , ingentis fpei “tr im- 
LI ii] 


270 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


plentur. Ec ipfe Ælbretus cum aliquot generis Hifpani militibus, 

& Vafconibus, inBritanniam tranfmittir. Ed Albreti Britanno |æ- 

tior aduentus quo & opportunus, & opinione maturiorerat. Nec 

tamen cum his copiis ne æquum cum Gallo certamen audent con- 

gredi. Dunenfis qui Anglos facile in belli partem accinéturos fpe- 

rans ,magis illis opportunitatem, quâm materiam capefcendi de- 

effe pro vereribus odiis memorac, ipfe fibi in ÆAngliam penctrandi, 

licèc omnia Gallicis latè iam tenerentur armis, fumit prouinciam. 

Ec per altiflimas tencbras, per æqua & iniqua , vno alterôue ftipa- 

tus comite, naui mare ttaieéturus, bis ad lictus, relu@antibus ven- 

tis,non fine naufragij periculo reicctus cft. Audiic intereä ingen- 

* Bas-Bre- TeMinferorum Britonum * multirudinem ,, ad tanti bellifamam, Du- 
tons. cifque obfefli prefentem necefliratem , fefe fine Duce armaffe, ca- 
put non animum deefle. His preter fpem repertis , fe volentibus 

Ducem offert. Et vt erac vir callido ingenio , ac plane Vlyffeo, 

gentem vel belli fatis auidam , maximä celeritate ad IN annetes 
pertrahit, quæ in vrbem , coto fpeétante Gallico exercitu, nec quic- 

quam mouente, recipitur. Potuit incompofita hæzc multirudo vel 

leui negotio fundi, ni vrbana pro fuis in Gallos precauenda fuif- 

fer eruptio. Vibis tædium, añnonæ caritas, ceterâque obfidionis 
incommoda ex eis plures domum breui reuocauerunt. Vroebat 

acriüs obfidio , eôque Galli infeftius bombardis mœnia quatere, 

& magis hoftiliter atque intenté omnia agere, quo hoftium vires 

auétas effe cernebant. Fuêre tamen qui à viribus ad infidias & oc- 

culta conflia mentem auerterunt. Allicitur ingenti fpe , magnis 

romiflis per cransfugas _A4wrelius, vt fi pacem quàm longum tra- 

hi bellum mallet , ad Regem noétu perfugeret : Eum non modo 

quæ illi antè ablata fuêre recuperaturum , fed auctiorem apudRe- 

gem quam pris vnquàäm promeriturum gratiam. LÆ4wrelius qui 

* L'Autheur TantO in <4nram*odio æftuabat , conditiones confiliäque afper- 
fémaniffe nabatur omnia Tum vrbis fitu ,tum fuorum potentiä fultus , ob- 
fa op fidione feflos diuturnâ Gallos difcefluros fperabat. Nec opinié 
ty de la Gou- fruftra fuit. Tracti longâ morâ Galli, cum vrbem neque oblidio- 
sprl, neque oppugnatione capi confiderent, alio figna verterunt*, 
7.38  & aliquot ab hoîitibus vrbes receperunt. Per eos dies nunciatur 
“Par. so. Rieimmi “à Rege ad Britannum defciuiffe , equitümque alam , quam 
Gr4$- {ub Ælbreri imperio Regia meruiffe ftipendia diximus, co hoc tem- 
*Pag.49. pote defecifle. Indignatus his Rex, Ancenixem * , Riei caftrum, tur- 
ribus atque altis mœnibus ereétiffimum , dedentibus his qui cufto- 

* Ibid. diæ prefucrant, folo æquauit. Cafhrum item Briandi* in Riei inui- 
diam excifum. Huius Regulus filiam duxerat, Regis pattes quo- 

ad per libertatem licuit fequutus. Hunc Rieius huréfque caftrum 

noétu circumuenit. Nondum aperta erat Riei defectio. Hic pro 

more in vrbem ad generum admiffus , fecum multos Britannici 
nominis milites noëtu introduxit, generum cum multa -nobilium 


ROY DE FRANCE. L7I 

copia menfis difcumbentem parere, atque Britannicum prefidium 
accipere ingitum, nec ad refiftendum facis porentem cogit. Britan- 
nus vero ctfi plures ex hoftibus amicos faétos intelligeret , tentat 
tamen , fi bellum aliter diflolui , fi pax componi conditionibus 
magis quäm armis pofler. Comingius fruftrà miffus omnia hoftilia 
nunciat, nullam concordiæ viam patêre. Regem Britanniam iam 
animo inuafifle , neque illius poffeflione nifi armis atque viribus 
ceflurum. Redie tamen Dunenfis * qui ab armis ad iura rem rotam * P4.50 & 
transferat , Ducem bonorum virorum arbitrium fequuturum fpon- ? 
deat. Quzæ tamen neutiquèm Gallicum diftinuêre exercicuin , quin 
Foulzeras* , vrbem potentiflimam, circumuallaret. Ad tantæ vibis *P.1.21a 
obfidionem leuandain , nihil obmittendum rati Britanniæ Princi- 

es ,à Mannetibus Foulgeras verfus coguntexercitum. 4wrelius bel- 
Ë Dux ante alios emicat. Milites Duci, Dux militibus viétoriam 
polliceri. His animis, ad ÆAndouillam * oppidum, quod inter Rhe- * Pag.s0. 
dones & Foulgeras eft, caftrametantur. Difpofirifque ibi Principum 
tentoriis, vnà parte _Aurelus , alterà Albretus, Rieih[que rabernacu- 
la fixère. Erant inter Albretum, © Aureliémque, ob Anne coniu- 
gium, fed propter lata ad prefens bellum auxilia, haëtenus diffi- 
mulati fimulcatum igniculi. Omnes enim preter Ludouicum fyn- François 1. 
graphis <4nne matrimonium cum Albreto iurauerant. rm EL de de 
< : | unois Chef 
ipfe ,cuius confilio agebat omnia <A4urelius, paéto fubcripferat. 4, cf 
Hic pacifcendarum auctor nuptiarum, cüm <A4lbretum in Britan- du Duc 
niam [pe illexiffet , cautè à Lawall Domina , Albreti forore , quæ PSS 
Principum omnium confenfum fyngraphis fulum apud fe % 0 
bat, K ras vtredderet Quo faétum eft ,vt Albretus Aurelio , cu- 
ius gratià id fecerat, infidias noéturnas ftruxerit. Excitus tumul- 
tu ÆAurelius , arma capit , fuos pro tentorij foribus adftare iubet. Lufes dif 
Interea rocus exercitus velut ad pugnam excitatur. Superuenère EE el 
ÆAlbretus , Rieïfque, equis ol , à fe deprehenfæ fraudis cul- d'Anne le 
pam auerfuri. <4wrelius Albretum infidiarum plane infimulauit. A rerc de Bre- 
verbis res pene in difcrimen ac vim tracta. Imperatorum confilio “5° 
pro nocte fopitur. Conueniunt demüm Principes fub primam au- 
roram , de communi belli apparatu difcuffuri. Nondum ferox 4#- 
relio animus quieuerat, iniuriam haud dubiè manu vlrurus, fi per 
contubernales licuiffet. Nonnulli ab Ælbrero fraudem detrahentes, 
_Aurelium refneritatis atque audaciæ pauld amplioris quàm nego- 
tium exigeret prefens damnabant. Pars dignè Aurelium facere, 
quia doli auétorem, auttorifque dolum infcétaretur. Refcdit ta- 
men Æ#wrelius , ac in omnes cum Albrero conditionis partes con- 
ceflit. Maximum quippe concordiæ vinculum , ac ftimulus, com- 
mune prefénfque * periculum. * Merus cô- 

Ad hunc modum fe res Britannie habebant , cum fedentibus mer 

ad <Andouillam* Britonibus nunciatur , Fowlgeras in Gallorum cef-* pag 110. 
fiffe poteftatem. Vrbs capta Britannos variè diftorfir. VE pote 


272 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
_quam & opere & naturà munitam Gallorum conatibus oppoñere 


auderent, & obfidionem diutiüs coleraturam crediderant. Sed ve 


acceptum incommodum in hoftes aliqua ex parte referrent ,com- 
*Pag.$.é muni omnium fuffragio Sancfum Albinum*, Gallicum quippe hic 
4 refidium erat , petere decernunt. Itaque præire exploratores iu- 
os , qui caftris locum defignent, qui omnia preuideant, ne in 
infidias precipitati circumueniantur. Subfequirur demuüm exerci- 
*P4g-50.  tus, tanto animofior quàm pris , quanto Foulgeri * captis dam- 
num nouum animis adhuc penè prefens inhæreret. Vulgarur in- 
tereà rumor Gallos aduentare, qui fine mora , fine detreétatione 
copiam pugnandi facerent. 7 Yes Britonum animos va- 
riè diftrahebant : Vincere difhcilè fperabant , vinci grauiter me- 
tucbant : Itaque facrä confeflionis expiatione fefe purgant , fum- 
ptôque panis Angelici fercylo , ad bellum fe ini craftinum NF 8 
diunt. _4urelius , Orengiäfque Principes proditionis à Britonibus 


accufantur. Fitque per totum exercitum fimilis tumultui clamor 


vociferantium Britonum , fefe à fuis Imperatoribus maximè Gal- 
lis prodi. Qui aliter fedari aut comprimi nequiit, donec abiectis 


armis, equifque dimiflis, per medium Alemannorum agmen ,æqua- 
to pugnæ genere, “Principes Alemannico habitu velitarentur. Re. 


gebat primam aciem Marefcallus Rieius, Dux — , mediam 
Albretus, in qua peditum bona pars fuit. Cafhllibriandi Regulus 
curabat , trahebäâtque impedimenta in alas conieéta. Erant in eo 
exercitu Anglorum trecenti, qui Duce Talboro , Britonum ftipen- 
dia amicitiämque , ideo quia contra Gallos bellum erat , fecuti fue- 
rant. Hos Britones Gallis terrori effe opinabantur. Sequenti verd 
die, curatis fomno quietéque corporibus, figna explicuêre Brito- 
nes ,vexilla erexère, tuba cumultum exciuit. Verum cum non fa- 
is conftaret, vbi exercitus Gallicus confediffet , caftra iuxta fyl 
uam pofuêre , ne in loco forfan iniquo & improuifo deprehen- 
derentur. Galli vero vicinum nefcientes hoftem, fine ordine, fine 
Duce, inermes, feffi de via, prædà onufti , nihil denique minüs 
fperantes, quàm tam propinquum bellum, Foslgeris egrediuntur, 
auxilia fociis lacuri , quos propediem à Britonibus obfeffum iri 
audicrant. Itaque non tam ad bellum, qum ad iter accin@i, gre- 
Bataille de gatim diuerfo agmine Santfum Albinum petentes , infrequentia fi- 


S. Aubin, en . : | ; 
Juilerress, SN linquebant, vt hos deleri modico negotio potuifle, fi ica fata 


v.p53.54.92, tuliflent , multi æftimauerint. Exercitus Gallici imperium apud 


Sat Trimolliwm fuit. Adriano Hofhitalario, viro acri, atque bellicæ rei 
petito, primam aciem tradit regendam. Ipfe cum Tacobo Galioto re- 
liquam exercitus partem fibi referuat. Impedimenta cum artille- 


* Anilkrie ria* (nouo inuento nouum nomen fingereliceat , ) in propinquum 


nounellement | - : Re : 
int, foflàrepentè duétà collocat.Nequicquam motus his Briro,{peétatori 


pag.4.  quam bellatori fimilior , liberam inftruendæ rei poteftarem facie- 
bat. His ita ordine digeftis, ferre figna iuber  #drianss : In primos 
ordinem 


| ROY DE FRANCE. 273 
ordinem turbaturus ingenti ifapetu fertur : Antequäm congreffæ 
acies , à cergo fulminales illæ machinæ ingentem vlrro citrôque 
hominunmi es dabant, fortiffimis ac ignauiffimis iuxtäiniquz : 
Inucétus cum fuis Adrianss, fortiter à primæ aciei antefignanis ex- 
cipitur : Exceptus gradum referre cogitur, atque ad fecundum ag- 
_ men inclinare : Gahrotns, hoftium oi Le ; animofque , ac vim, nec 
non loci fitum , qui maxime illos adiuuabar, contemplatus, tentat 
fi qua vi aut arte Britonem fubmoucre poflit. Nam & loci iniqui- 
cas, & cum armorum fulgore oculos perftringens folis ardor , qua- 
lis qui in magnis lulij caloribus effe folet , Gallis maximè aduer- 
fabantur. Eleétâque fortium manu à tergo aggreflus, dum Brito- 
ns loco expellit, dum fortiter , arque animosè fefe verè Gallum 
preftat,incer medios hoftium AE pe mulritudine oppreflus ex- 
pirat*. Eius mors Britonibus tam læta fuit , quàm vita antè aducr-» pag. 2.54. 
fata. Nam & cos magnä clade affecerat, & ordines ruperat: Quo & 211. 
facilius Adriano poft paulo diflipatos fundere fugaréque fuit. Vbi | 
media inclinauit acies, non pugna, fed fedes fuit. Agnitus Orengiss 
inter mortuos viuus , diffeétà rubrâ cruce , quam Anglorum inftar 
pris induerat, fagittarij cuiufdam beneficio ab omni belli incom- 
modo feruatus abducitur. &#wrelius vero inter = 4lemannos , quo- 
rum claffem ducebar, pulchram per arma mortem petens, in me- 
dium periculum ibact. Fugientes retinebat, pugnantes adhortaba- 
tur , ordines refticucbat , vtque permanerent , verbis exemplifque 
inuitabat. Iam non verbis, ne dum vi fatis poterat, obteruntur par | 
circum adftantes : Offertur deditionis nn 7 Quam accéprà d'Oflcans, 
datâque fide arripuit. Maxima peditum Gallorum virrusin Æwre- P#:93- 
lo capiendo enituit. Trimollius illum Lædouico Adriani fratri, dum 
reliqua peragerct, feruandum tradit. Ferox Princeps, cuftodiäà mi- 
litum ampliffimä , ad Sanéfum Albinum ,in tutifimam oppidi do- 
mum pertrahitur. Pedites vero in quorum verba anteà iurauerat, 
ex capto prœmium iure belli repofcentes, domum obfidione cin. 
gunt. Haud inde difceffuri , ni 1llis C##relins , vel propofita mer- 
ces æquà fide perfoluatur. Audiit {e peti LÆwreliws , ægrèque tulit, 
quod à (ordidiffimis imperium in fe D : Enfem à Lofhi- 
talario ,quo à foribus tumultum, à fe iniuriam depellat, petit: Ne- 
gat Lofbitalarius capti efle pugnarc , aut gladium accingere : Bene 
fperare iubet : Ab co iniuriam , fi quæ inferretur , ctiam morsc 

ropulfaturum dictitans. Rediit dr ès fusifque hoftibus in ho- 
Éicum Trimolkxs. Armifque depofitis, cibo läborem demprurus, 
menfis adftratis, « {wrelism honoratiore fuper fe loco , Orengism 
à latere dilcumbere facic. Ipfe ex aduerfo feder. Ian vlrima imen- 
fa adponcbatur, cüm dwos Franciftanos cœnaculum ingredi iubet : 
Omnes timor inuadit : Ét prefentem mortem opihati, illos ad fc 
perductos , qui ante aëtæ delicta vitæ audiant, arbitrantur : Con- 
ticuère omnces, mctu magis,quäm modeltià, cum -extemplô Tri- 

M m 


A —  - —— 


274 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
mollius affurgens, ita concionatur. De vobis, Principes, neque mi- 
hi poreftas eft , neque fi effec , illam in vos fum exerciturus. Ad 
Regem à me iudicium defero. Vos autem milites, qui huic bello 
materiam quantum in vobis fuit , ruptà fide, fraéto facrofantæ 
militiæ facramento præbuiftis , hodie læfi Imperij crimen capite 
luetis. Et fi quid eft quod confcientiam remordeac, habete fratres 
hos : Nec dum finierat, cum repenté damnatorum cum lachrymis 
clamor, cum eiulatibus preces exaudiebantur,, rogantium Princi- 
pes, quorum oratià in id difcrimen veniflent, vt & mortem auer- 
terent, & deprecarentur fupflicium. Commotis tanto iudicio Prin- 
cipibus neque confilium, neque verba, neque animus fuppedita- 
bant. Non multum abfimiles his à quibus rogabantur, pœnas da- 
curis. Sumpto de damnatis fupplicio , Trimollius Principes cum 
bona militum ‘manu in Galliam tranfmittit. Aurelius in amplifsi- 
mo Lufiniano caftro aliquandiu afferuatus, Bituriges tandem , aut fi- 
delioris cuftodiæ gratià ,aut loci commodioris fitu, traducitur. 
Angcbaturdiuturniore præter fpem Awrelij carcere ohanna, neque 
tumentem tum primum Regis iram verbis io cxulcerare aufa, 
E amicos qui à latere Regis erant, mariti liberationem procura- 
at. Quod cüm parüm procederer, hique qui verba auxiliümque 
pollicebantur , remifsius agerent , ac Anne inuidiam vererentur, 
ftatuit Curiæ fumum non nee præftolari : Itaque plena lachry- 
marum , vultu demiflo, vefte muratà , pedibus aduolutä Regis, 
| hanc Orationem habuit. | 
on - Stiv.ego, Clementiflime Rex, muliebres lachrymas apud viros pa- 
France au #%"efficaces : Cm ob procliniorem in his emittendis facilitatem ,tum quod 
prés du Roy fæpèob leues caufrs inremperantiäs bis ti confucuerunt : Itaque locutura 
Je sis : apud te quantum in me erie continebo lachrymas : Magis oppreff animi 
pour la deli- \ | ATEN on. 
wrance du dolore, quäm earum inopiä. Cum enim in mentem venit, quanto tempore, 
rl _. quantä rerum omnium egeffare > Vitam morte non potiorem nr es meus 
midlese. gerit Ludouicus, fingultir animus, exficcat lachrymas vehemens animi 
cufes qu'elle &Jfus , arque ita me rapir, vt quid venerim dilfura non fatis ftiami. Fate- 
4 rendde ri ne an difiter: deliétum , culpam reiicere , an agnofcere debeani. 
aconduste. | | Ph 
Accufatur, Clementiffime Rex, Ludouicus Aurelius apud te læ- 
fæ Maicftatis. Quod in Bricanniam 4d Ducem fecefferit , quod contra te 
arma. [amp{erit , atque pugnauerit , quod cum hoflibus tuis fœdus icerit, 
quod me fororem tuam, affumptä ex Britanni Ducis fanguine vxore , re- 
padiaturus fuerir. | on : 5 
NN on putauit te offendere Aurelius , + figillatim omnia refellam, fi vel 
iram aliquando Tux Maieftaris veritus, fugä faluri [ue confulerer , aut 
certe à primis illis animi motibus , qui in hominum non funt potefiate , fe- 
fe vindicaret ;: dum. in Britanniam ad'neceffarium fuum fe contulit : 
Nam cum intelligeret Annam fororem cum qua fimulrares exercuerat 
in tanta auCloritate apud te effe , vt tuto in Gallia ; fub imperiofo tam 
_potentis fœmine dominio degere non poffer , ad Britannum /e contulir: 


ROY DE FRANCE. 127$ 

Temporum turbimibas cœffurus, ac quicté manfuras , ff per tuam gratiam 

licuiffet. Fugit ,inquics , fugiffe non decuir : Fuga plus fifhicionis aber, 

uam criminis : Timuit ne per tram licentiam ire in Britanniam non da- 

retur. Adhuc bec profeétio tibé molefts effe non debet, cum in nulla re 

te offenderit. IN5 errauir forfan qui de tua bumanirare diffus , defherauir 
fe boné gratiñ affequi poruiffe quod illi ultro eras oblaturus. 

Sed hec lesia, grauiora inflant. Contre te [ampfit arma, cr ita [um 
ph, vtipfe manws curs tuis conferuerit ; fignum pugne dederir ; atque in 
aciers +055 COpiis defcenderit , dum inter Utrofque pax componi per Legaros 

wretur. Fait bec tumaltuaria magis, quäm aut cogitata , aut quefita 
pugne octafo. Nam dum sui fuis auxilio effe volunt, Britones perdita 
recaperare nithntur ; in apertuns bellum inciderunt , 4 quo regredi tutum 
non erat. Adde quod tot annos carcere inclufues , fat luit quod admififfe dolet. 

Quod autem te, gloriofiflime frater , pungit ills nupriarum recorda- 
tio : Ilum finxiffe pro rempore halenus [um opinata : Quo fibi Britan- 
num "Magis femper obffrictum , bac connubif fe in offcio contineret : Hac 
igitur neceffitatis funt , non voluntatis. Que fitta , non faita, aperté ani- 
um illius oftendurt , in ea opinivne non fuilfe, quä me repudiaret: Si in 
hoc peccauit ,me left maxime : Patere me , Clementiflime frater , ill 
culpam condonare : Patere te vinciclementiä : Vide ne nunquam liceat tibi, 

uod nunc magna cum gratis, magno hominum fauore elargiri potes : Tibi 
bebit vitam [eruatus ab iniuria, à carcere liberatus , vxori redditus Au- 
relius. Et pro te mortem oppeter , cuius arbitrio vita pependit. TN an ram 
mihi crede | magnificum tibi fuit illum copiis exuiffe ,caftra diripuiffe, quam 
Landabile, egreginm , ac omni præconio dignum erit with te mifertum ef- 
A Parentum inimicitie vt nimio plus acres fent , ita non perpetue elfe 
debent. | 

Hac Oratione fratrem commotum fenfit /ohanna , & finem fe- 
cit loquendi. | 

Ad quæ breuiter Rex : Habebis, ait, quem tantopere deperis foror : * Cela arri- 


Deus faxit ne in tuam perniciem* [eruatum aliquando volueris. pr Le 
i : . | ut quelque 
Læta refpon{o Zohaæna , tum gratias agit fracri, cum © 4wrelÿ re- fi ss as 
mifsionem follicité maturat. | présrepudiée, 


Rex etiam quo & in culpa condonanda humanior fuiffe vide- 2e si 

recur, 8 irarum , ob diuturnam in carcere detontionem veftigia, fi 

quz <ffent, nouo aliquo officio deleret ,ipfe obuiam Auaricum * w£- * Deliurance 
que Aurelio progreditur.Miflis a illum ergaftulo liberarenc: #D#40r 
Vbi in confpettum vencum et, 4#relius protinus equo defiliens, pp | 
humi fe-profternit : Quo exurgere, & equum confcendere iuflo, 

multa vtrinque colloquutis , Auaricuns des ai cft: Apparatæ tum 

cpulæ recubantibus adponuntur : Multus inver epulas fermo , tum 

Regis amicitiam reconciliantis, tum « 4wrelÿ culpam à ferciicien- 

tis : Poftquim eduliis famemexemerunt, multa demüm collaris in- 

uicem capitibus, procul ab arbitris confabulati , modo geftis, mo- 

do rifu altiüs A , veræ inter fcamicitiz fignum dederunt. 

Mm i) 


276 HISTOIRE DE ARR PIN ns 
RS erpetuo itinere ‘Twrones conténdunt , môx- 
Pofterà verô luce, perp Anna Britanni filia nuptias * 
Aarisge du que in Britanniam , ad. Reois Phed es crat. Britannia omnis di- 
Rose dilibuntur. Anne tum apud Rhedon Anna Regi , Britannica: 
nc heritiere \ | : Timebatque ne negata Ann Æ > 
Ar Phme ÈRE. MESRINE +. FHMSNSN jam a: prefens. bélli fomes ef- 
7 TUM Ierum magna Ex parte Ë igneret : Nam non quic- 
PRIE NES Data, mox à Maximiliano fucurum SIS Le Hem de 
HMaximilianum duplici iniurià : Tum QD FCPHMAr C 
so b vxorem ademptam.. Verum Britannis pilen- 
GI: tum O LR | LL an. . 
BC fliam , bI d erat : Itaque conditionibus Annecon- 
Regis metu fubleuanda CNRS DER 
tort KC£ Re bducenda Regi communi Britonum 
jugio interpofitis, in Galliam abducenda Regi commur c:con- 
Be. | magno Pontificum , Principumque 
confilio traditur : SE oppidum, duxit. <Aurelius vero 
| fium , Turonum ; ee. \ 
Dacd'Or- apud Regem in Curia fic exinde g E | 
: pu : . ne | r aïret. : 
pps" fed ab omni fufpicione alienum preftarer extemplo N eapolita- 
le Roy. ftacus in Galliis erat, cüm extemplo 1 
ere a re imè Sforrii * agente. Rex itaque co- 
Naplesala y indicitur bellum. Id maxime for a” agen L Fe 
perfuafion de 7” itum :Iple cerreftres , maritimas Æwrelius cop 2 
idouic ir exercitum : Ip | ifcauc totà ral: mam ” VENI, 
. P lbibus * cran{fmifsiäque cotà Ztalix , Ko | 
Porc 495. Tranfcenfis Alpibus*, | dies aliquot cum exerci- 
1494.77, pag. o Pontificis Alexandri metu. Rome | q , 
None Pontifice fœdus *, obfidibus:vrrinque & nn 
n : HADOIAIUSSenR fidéque muruo datà, acceprâque, tranfegir. 
241: eratis, & impetratis, fidéq SEC g : habuit 4/ 
oDuium habui 7 
or Mox continuo inde agmine ae pu . MR Re En ra 
* P.101.122. phanfi eXErCitUM : Nulla PRSien Ils partiam defenfantibue ; his 
RES TE fe acies concurrunt :  . | 
1gnIS, 1NCCT des, vtrinque 
*Pagun3. 1 i jure debi tentibus : Vtrinque cædes, 
| eDitam Iepe 4 
29.613. terram fibi dE faci us cedunt vertünt- 
Les Articles Li ]nera : Gallis fortiüs impreflionem PR ælio fe able 
Torre rga Neapolitani , maturäquefugä - 4lphonfus p: ftra 
après. que terga INecapolitar lo fequuta, vrbes, oppida, caftrâque, 
8% ir. Vidtorem omnia parts l à te * fidem recipit: Vt non ve 
non maiorc felicitate, de pe mes | 
. te ife 
ni]je , aut vidi fe > priufquam vicifs D {tari locatis , re- 
Las b fidiifaue per atiONEes ’ 
= Compofitisira Rex rebus, pre Li et NE 
| afte m : | 
FOR COLMAR PR F Tarum amnem tranfmifluro »; cum 
rerum fuccefflu precauentes , ad {'arum | EC ce ol, Sfortia 
. | hominum multitudine occurrunt: Ei : 
<< 1495. P#8: Magna SE, lium arétiflimä obfidione apud NN 0- 
107.187. € {ocia arma Iungit < Cum Aure 1 . Adadtue fe | vrequis 
ee _ karim Premeret ; ita VE commeatus inopià ETES 
6 | cogeretur : Quod vbi nunciatum Revi, | 
ad cibum vti c As iquiäs , cfque longo itinere atque fame, 
inftruit,imo exercitus reliquias ,.cafq re . 
: RS in pugnam educit. Ac exte 
iInopia attritas , in pug ue 
Fr rie seen ] 4 dine atque apparatu, ita animis , atque vi- 
lo duæ acies, vt multitudine | ? Itanc , infulrant- 
| $ xultant, infulra 
Fire impares M Ep der . Re Re crac maxi- 
Aie que,armorum arti magis quam vlui F 2. ec {e crahcbat, 
or- | | . - 1e D 
sois ma fit imprefho : Ille lecta iuuenum RÉ US 
noëe 149$. À | -fuftinentés modo , fed & refringentes, 
pag.10$.116. qui VIimM hoftium non Iu a 


ante hoftem loco fubmoucrunt, fubmo- 
au T Cum Rege fortiter pugnante hoftem 


ROY DE FRANCE. 277 
cum fugarunt , fuderüntque. Bello Dei magis quàäm hominum 
operà confeéto , in campo quo circumflixerant acies, viétor exer- 
citus pernoctauit. Prima Regi 4urelÿ obfidionc liberandi cura in- 
ceflit: Ed omnes copias euocat Sfortia : Prædam haud paruam fa- 
cere ratus, fi Awrelium in deditionem coësgiffet, qui Mediolanen- 
fium imperium ad fe pertinens repetebat : Nihil in ea expeditio- 
ne obmiffum quod ad rem pertineret. Nosariam primo 1mpetu Siege de No- 
oppugnarc decernit : Awrelins nullum boni imperacoris prætermit- uate 1495. 
tensofficium, ftationes circuit, feffis nouos fupponit, ipfe pro por-F 
tis pugnam init: Itaque cüm Sforriani vrbem capi tanto præfidio 
munitam defperarent, præfénfque ni LAurelius refticuererur fub- 
eundum cum Rege certamen effet , animis ad pacem inclinaue- 4,pudOr- 
runt. Oportunam quidem Awrelio, qui fame diuturnä preflus fe qu 2 
Nousriémque hofti pauld pot erat permiflurus. A Nouaria Aure- PET 
lius Regem fequutus, in Galliam rediit, vbi vfque ad Regis mor- 
tem tranquille degit. | 


| EXTRAIT 
DVNE HISTOIRE 

ABBREGÉE (MANVSCRITE 

DES ROYS DE FRANCE, 


RECVEILLIE PAR ALBERT CATTANEE, 


Archidiacre de Cremone. 


Principalement far le fujet des Vaudois. 


Ec filentio prxtereundumeffe cenfeo Carolum Offaunm, Ludo- Eloge du Roy 
| uici filium , veram Francorum Regum fobolem , adolefcen- Feré 
tem egregiæ indolis, inuiétique animi, fummæquehumanitatis, & 
clementiz , tantæque religionis, & continentiæ, vt maiores fuos 

omni erga Deum pietate, ne dum æquare, fed fuperare contendat. 

Qui animas Sathanis arte deceptas , in æternam mortem ruentes, 


ad fanitatem reduxit. Hærctici * hi erant, non doctrinæ excellen- *Q#eles opi- 


tià, aut fublimi ingenio præditi: Nec de procefsione Spiricus fan- pe 


&i, aliquôue alio occultiore noftrz Religionis myfterio , de qui- ceux qu'on 
bus quandéque doétifsimi viri diuerfa fensère, addubitabant. Sed id . 

nomen paupertatis preferentes , in tantum dementiæ & cæcitatis ». pag.195. 
proceflerant, vt Apoftolis, Martyribus, ac reliquis San@is, deni- Précédente. 


M m iij 


275 HISTOIRE DE CHARLES VIII 


que diuinx Maicftati debicum cultum & honorem fubtraherene, 
Quippe qui nec cempla condenda , nec laudes Deo concinendas 
putarent : Sanétos vero in tantum contemnerent, vt nihil eorum 
precibus homines iuuari poffe crederent : Et proptereà neque fup- 
plicandum ipfis , neque dies corum fefto celebrandos dicerene : 
Multa denique iuftifsima infticuta , quæ homines Chriftianos in 
Ce gx officio continere folene, peruerterent. Nam hæc fermè fenticbanx, 
cmysiem& & prædicabant, Romanam Ecclefiam domum effe mendacij. Eius 
difoientds  decreta nihil habere momenti Prefbycerum non chara@tere , & di- 
ne gnitate, fed merito cffici. Ordinem, & offcium nihil tribuere, & 
tantum quemque haberc dignitatis, quantum bonitatis, Animas 
corporibus migrances , aut in cælum ftatim euolare, aut in fuppli- 
_cia æterna demergi. Purgatorium ignem nullum inueniri. Vanum 
& fuperfluum effe orare pro mortuis, & auaritiæ facerdotalis in- 
uentum. Dei & Sanétorum Imagines delendas. Aquarum & falis 
benediétionem irridendam. Sacerdotes pauperes effc deberce , folä 
cleemofynà contentos. Liberam cuique prædicationem & concio- 
nem verbi Dei effe. Nullum peccatum , quantumuis maioris mali 
vitandi gratià, tolerandum. Nemini qui mortalis culpæ reus fic, 
parendum. Confirmationem , ne inducitur, Vnétio- 
némque extremam inter Ecclefiaftica Sacramenta non numeran- 
das. Baptifmum fluuialis vndæ nullà interie&tä facri olei mifturâ 
recipiendum. Cœmiteriorum inanem vfum, quæftus om adin- 
uentum. Qui cellure tegantur humana corpora nihil referre. Tem- 
plum Dei latè parère. Orbem terrarum illud effe. Coarétare eius 
potentiam , qui Templa, Monafteria, Sacella, conftruunc, tan- 
quam diuina bonitas magis fauens & magis propitia in illis fit. 
Sacerdotales veftes, altarium ornamenta, pallas, calices, vafa f1- 
cta , nihil momenti ad rem diuinam habere. Sacerdotem quocum- 
que loco, quocumque tempore, facrum Chrifti corpus conficere 
poffe , & petentibus miniftrare. Sacramentalia verba fola fuffice- 
re. Suffragia Sanétorum cum Chrifto in cælo regnantium fruftrà 
peti. Illos nec quid apud nos geratur fcire, nec preces audire, nec 
fi audiant poffe aliquid opis adferre. In Horis canonicis decan- 
tandis, & recitandis, teri fruftrà cempus. Nullo die ab opere cef- 
fandum , nifi feptimâ , quæ & Dominic dicitur. Solemnia fefta 
Sanétorum prorfus reiicienda. Ieiuniis ab Ecclefia inftitutis nihil 
profici. Indulgentias pri & cenfuras pro nihilo habendas. 
eo. Hz funt Pauperum de Lugduno opiniones , & deliramenta. Nec 
uresdeLion. iam fatis EL ds in conciliabulis fuæ amentiæ fociis hæc com- 
municarc, fed propaläm prædicare atque adftruere audebant : Et 
quos Catholicos in fuam fententiam fuadendo trahere non po- 
terant, variis cruciatibus & iniuriis afhcere, corümque domos di- 

ruere non dubitabant. | 
Ad hancigitur labem delendam conuerfus Zsnocentiss Pontifex, 


| _ROY DE FRANCE -..: 279 
Dei vt opinor inftin@tu , 4lbertum Cattanenm Placentinum , e4r- Albert Cat: 
chidiaconkm Cremonenfem, Pontificij & Ciuilis Iurifconfultum,quem ne . is 
ad hoc mitteret , delegit, monitifque & litreris quibus opus erat Hifoire) cf 
armauit. În primis autem Carolm Regem Francorum Chriftianif- employé con- 
fimum per EÉpiftolam docuit : Quantüm ad dignitatem Chriftia- {5 06e Par 
nifimi nominis pertineat , quantum de Deo & orthodoxa Reli- VIII, 4e 
gionc mereri poffet , fi peftis illa quæ Regnum eiusinfecetat , glo- Pape 1484. 
riam denigrabat , extingueretur. Labes enim hæc à Lugduno diffufa, 7 #7 
in Delphinatu radices egerat , in ea videlicet parte, quæ ad lacum 
Lemannum & LAllobroges pertinet. Cuius auétorem Waldenfen, ci- 
uem Lugdunenfem à quo eius Sectatores Ualdenfes nominatifunt, Vaudois ons 
fuiffe proditum eft. Is diuitiis pollens , vir modicæ literaturæ , no- ho 
uurm & vetus Teftamentum, ac nonnullas auétoritares Sanétorum 
Patrum in vernaculam linguam verti fecit. Quos minus fané inrel- 
ligens, fenfu fuo inflatus, predicationis & A poftolatys ofhcium fibi 
vfurpauit, & complures ad fimilem prefumptionem elicuit. Quos 
licèc idiotas ad predicandum , per ciuitates & caftra emifir. 1} 
multos erfores circumquaque didandences » ab L4rchiepi[copo Lug- 
dunenfi excommunicati, & contumaces, ab Znnocentio ‘Tértio in La- 
teranenf Concilio hæretici declarati, demüm ZLagduno'expulfi funt, 

Qui in Pedemontinm fines fugientes , errores ipfos latè L idem {e- 
minarunt, & pleraque loca montana huiufmodi pefte infecerunt. 
Nec Chriféanifémi Regis Francorum obfequium & pietas de- 
fuir, Nam fimul ac Pontificis litteræ ad eum perlatæ funt, Piefr- 
dibus Delphinatus mandauit,ne quä in re Alberto Archidiacono ad 
negotium ex {entencia conficiendum deeffent. Fatumque eft pro- 
prercà, ve illi Grarianopolim. (In ea enim Ciuitace ius * toti Delphi- * Parlemens 
natui redditur.) eunti Wzro de Palude Marchio Salmarum * , vir illu- yes 
ftris, & oannes Raboti* Iurifconfulrus , ciufdem Chriftianiffimi mm, 
Regis Confiliarius, mulrifque egregiè leyationibus funêtus ; quo- . 
rum vterque magnà auctoritate pollebac fefe adiunxerint. Vt fi féiler duRoy, 
fortè hæretici fpem in armis aliquam ponerent , fcirenc fibi çum / era parlé 
Rège rem efle faturam.  . ie SOS — A 
Ærchidiaconus vt à Pontifice imperatum fuerat, circummifit re- Ambagi- 
ligiofos viros, diuinæ leois peritos : Qui hæreticas quanto in er- sin} ls 
rore , & animarum .periCulo verfarentur docerent , adque verumi No 
Dei cultum, & fidem Catholicam certiffimis rationibus & auéto- 
ricatibus reuocarent.. At illi virofiffimi afpidis more auribus veri- 
cati obftrufis , quos fufcipere & venerari debebant., iurgiis, & ma- 
Icdi@is funt infeétati. Et aduocatis infaniæ fuæ ( Barbas ipfi vocant,) 
magiftris, de fuo fibi errote plaudebant. Quâ re cognitä , érchi- 
diaconus cüm iam terminus gratiæ, fiuc preftitutz dices clapfa effet, . 
{ omnia enim iuris ordine agebantur,) duos & vigintiex eis Brian 77, 
Ronÿ, & Sexaniæ capi curauit : Qui inter principes hæreticorum rare ni 
numerabantur, & expellendi à pattia illa Archidiaconwm fbipartes  * “. 


Si. 
L 1 


280 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
fumpferant. Nam cüm Zoansem Uayleri Sacræ Theologiz Magi- 
ftrum, & hereticæ prauitatis Inquifitorem pluribus vulneribus 
confeciflent, Joannémque Deuentis, & Tacobum Roberteti, luris vtriuf- 
que Interpretes, & Regios Delphinales C onfiliarios : mulrôfque alios 
_egregios viros, & fideles Catholicos, Regiéfque Offciales, cos ad 
vnitatem fidei reuocaté fatagentes opprefliflent , remoco © 4rchi- 
diacono , neminem futurum fperabant, qui illis auderet effe mole- 
ftus. Hi cüm per cormentà omnes héreticorum ftrophas, & om- 
nia quæ fuprà enumerauimus dogmata detexiflent , duobus tan- 
tm pertinacioribus fupplicio affeétis, reliquis conferuatis, & vni- 
* Vallouife tati ra reftitutis , dimifsifque rurfus in Wallem-clufonis * 
* Pragela iminignt. omnes Incolæ Prati gelati*, & circumuicinorum 
ocorum, per maiores natu ab 4rchidiacono veniam petire. Ab- 
iuratâque publicè herefi, magnâ gratulationc fidelium, fupplica- 
tionibüfque Deo habitis, Brianzonÿ. (Nam infignis locus ef re- 
ligionis illius caput , ) folemni ritu ad vnitatem fidelium publicè 
recepti funt. | | 
Ac hi qui Hentollas , Ucellos , Feneffrellas, & alia oppida ,ac pa- 
* Vallouife gos Wallis-clufônis * inbabitant , ne quid fimile faciendum ipfis efler, 
iuga montium petière , fuäfque res illuc contulère , rati inexpu- 
nabilia effe : Nam ardua preruptäque erant , & inacceffa facie- 
38 nix gelu durata atque exaggerata. His locis freti , Zoannem 
Campi, & Toannem Defiderÿ Oratores ad Archidiaconum Vronem & 
vannem Raboti miferunt. Quorum huiufmodi Oratio fuit : Weri 
fideles Vallis-clufonis vos oraros volant, Reucrendi & Magnifici Do- 
inini, re éminticorum noffrorum ‘vocibus permoucamini , nêne veritate non 
_. cognité nôs damnctis, qui Repi fideles obedienté[que fumus, er veri Chri- 
ftiani dici poffumus : Prefto erunt Lezis noffre Magifiri, vite merito , 
eo" doétrin4 infignes, qui fine in Generalibus, fine Synodalibus Concilis, 
luce clarins nou éo* veteris Teflamenti aultoritatibs probabunt | nos re- 
- ée de Chriftiana fide fentire , nec inféclatione , fed laude dignos efe. 
Les Deputez Quia tranfgreffores Euangelice Legis, longéque ab © Apoftolorum traditio- 
à rai ne recedentes fequi nolumus , ©) corum prauis infliturionibus obedire : Sed 
proféffion Pé#pertate ac innocentié deleétamur , quibus orthodoxe fides dj fundata 
deFoy,& fuit, 7 creuit. Dinitias autem , @y luxum , ac dominandi fitim , quibus 
pa 0 noffri perfecutores inhiant , afbernamur. Nam vobis flatutum elfe 
Religion. dicitis lepem er feétam noffram extinguere , videte ne “Deo inikriÿ firis, 
née cins iram in ‘vos prouocetis , co* [ub fpecie boni , ingens piacalum 4d- 
mittatis ‘ut Paulus quondam feciffe diciter :'IN os in Deo fheramus, ma- 
| gifque el quam bominibus placere ffademus : TN ec timemus eos qui corpus 
occidunt , animam autem noh poffunt occidere : Er ramen fcirore quod. fr 
* Ncophy- Dews voluerit | nibil contra nos vires valebunt svefire. Ad hæc Archi 
tus qu4fno- diacongs , fruftrà cos tergiuerfationé vti, & occulere fraudes, quæ à 
men A, trecentis Neophytis* effent deteétæ : Nec feréndum eflé ve ruftici 
plan,  & litterarum ignari homines fanam Catholicämque Ecclefiam , 
_ à qua 


ROY DE FRANCE. .__.  “18r 

à qua fidem acceperunt in fide corripiant : Et quæ doétiffimi ac 
fan@iflimi viri, vafa Spiritus fanéti , participes arcanorum Dei, 
litteris tradidère , quæ tot Conciliis ab vniuerfi orbis Paftoribus 
funt fancita, refpucre , & vanä fuperftitionc corrumpere audeant ; 
os, vraiunt in cælum poncre, & Summis Pontificibus detrahere 
non formident : Si fanæ mentis effent, f quid Chriftiani pudoris 
haberent, non in vitam Sacerdotum inquirerent , fed difcuterent Replique à 
fuam propriam : Nec attricà fronte quas non intelligunt fcripru- = sus 196 
ras interpretarentur , fed Sacerdotibus, peritioribüfque , res | 
doctrinam cæteri mirantur ,crederent. Diabolicà cos fraude fedu- 
ci, uoris & impatientiæ ftimulis agitari. In vaniloquia cffe con- 
ucrfos, qui Deum non vt Deum glorificent, fed vanis affertioni- 
bus ad gehennam ædificent, & alios in incericum trahant. Quod 
autem {e produéturos Bérbss dicerent, qui corum dagma defende. 
rent, fatis fupérque difputata, & electa efle quæ ad puritatem Ca- 
cholicæ fidei pertinent : Reuocare ea in dubium nec fas effe, nec 

er fanétorum Parrum, Chriftianifimorümque Cæfarum decrera 
Le : Proinde ad cor fi vellent redirenc, & Jnnocensÿ Ocfani Sum 
mi Pontificis , qui eorum animas ad verum lumen reuocare, & ex 
tenebris eruere cuperet, benignitate & charitate perfrui vellent: 
Si id feciffent, animæ corporifque falurem confequuturos :Sin mi- 
nus, ca pafluros quæ iuxta canonicas fanétiones Hæreticis func fub- 
eunda. Hoc refponfo territi Hæretici, cum Æ#rchidiaconum corn 
pere fruftrà rencaflent, oéto dierum inducias perière, & cum om 
ni mulcitudine , fi ramen errare docerentur , abiuraturos hærefiin 
promisère. Âtque etiam ipfis petentibus Prior Afensollarum 43: 
marus de Rupe , & Califlus Fernandi , cum prædicatoribus miff, 
qui mulcitudinis corda mollirent ac fleéterent: Quos Hæretici ma- 
le acceptos ,etiam in itinere ex infidiis adorti, vulneribus affecè- 
te: Se vera fentire , illos feductores de vociferantes. Tum demüm 
_Archidisconus omnia pris iuris ordine expertus, armorum reme- 
dio vrendum putauit : Et licèt Hæretici ca loca, quæ, vt fupra de- 
monftrauimus, in{uperabilia videri poterant , falediffent molari- 
bus per præceps miflis, omnique telorum genere vrerenrur ; Dei 
tamen virtute, & fidei ue cft, vtinterfeétis quam plu- 
tibus Hæreticis, cum Fideles eumulum qui in dorfo Afontis-fraxini 
erat, expugnaflent , quindecimque hærefiarchas fumpto fupplicio 
affeciffent, poftridie ad aliud recepraculum , quod r#pi R oderie im- 
minebat, acceflerint. Quod cm fummis viribus adorti fuiflene, 
Hærctici naturâ loci tuti, per prona montium ingentia faxa de- 
uoluences, Chriftianos repulerunt, ac nonnullis cæfis, multis ve- 
ro vulneratis , ex rupe dciccerunt. Pugnatum tamen eft fummo 
manc vique ad vefperam, magnâ contentioneanimoruin. Sequen- 
ti dic,cum machinas ad renouandam op gnationem ‘Ugo re 
rari iufhffer, Hæretici rerriti, ac fuis be difhfi, Vroni {e de- 

Nn 


* Freffinieres 
D” | rgentie- 
re. 

* La V'aux- 


pute, v.pag, 
195. 


282 HISTOIRE DE. CHARLES VIIL 
derunt : Et humi procumbentes, veniam & pacem orare cœperunt: 


Nullam moram futuram dicentes, quin abiuratä hærefi, ad vnitatem 


fantæ Romanæ Ecclefiæ,ad quam Dei nutureuocarentur,redirent. 
Atque ita impetratà ab L4rchidiacono pace , omnis mulcitudo vrt 
ab ipfo imperatum etat, Aentolls confluxit: Vbi diuinis rebus fo- 
lemni ritu peractis ,vetus fermentum exuti, & iuxta Apoftolum, 
noua confperfio faéti ,vnitati Catholicorum funt reftituti. | 

Tum Archidiaconus ad alios Hæreticos vallium Fraxinerie*, Argen- 
teriæ*, & Putæ*, duorum dierum itinere à Walle-clufons diftantes , ad 
fanitatem reuocandos , Ebredunum conceflit , vbi cum falutiferis 
monitionibus plures ad fanitatem reuocaffet, cæteros pertinaces 
armis domandos, & putrida membra ferro abfcindendaeffe, quan- 
do aliter curari non poflent , exiftimauit : Excicatis igitur iterum 
Chrifti Fidelibus, qui ad extirpationemillius labis nefandæ ex ple- 
rifque ciuitatibus Delphinatus & oppidis conuenerant, illius falu- 
bri hortatu , Ugo cum exercitu Uallem - fraxinerie , quæ peran. 
ouftis clauditur faucibus , ingreflus eft : Hærerici qui fparfis tugu- 
riis & pagis habitabant, cum fe collibus inuiis feptos elle credidif- 
fent, vc confpexerunt Fidelium agmen , in quatuor receptacula, 
cüm arte, tum naturâ ipsà munitifhima fe receperunt. Sed Deo fa- 
uente, Vgonifque in primis virtute egregià factum eft, vr cum Fi- 
deles recepraculum, quod oppido cui Ecclefis nomen eft ,immine- 
bat, per Nr montis expugnaflent, cæteri Hæretici perculfi, 
&. non fine Dei voluntate id faétum exiftimantes , de montibus 
defcendentes -A4rchidiaconi mifericordiæ fe fubmiferint : Cuius iuf- 
fu, ad veniam petendam, mifericordiämque confequendam Ebre- 
dunum petière. nn | 

Inde LArchidiaconus nullam moram interponendam ratus , ad 
Vallem-putam acceflic: Confugerant Hæretici in quendam rumulum, 
qui à perpetuis niuibus ala frigida SEE AT alimen- 
ta quæ eis per biennium fufficerent, congeflerant. Qui cüm nul- 
lis exhortationibus ad viam lucis reuerti vellent, quin imo ©4r- 
chidiaconi nuntiis rupis alticudinem metiri iuffis, fe inexpugnabiles 
effe, & pro feéta fua mori decreuiffe refpondiffent ; _Archidiaconus 
in cos Chrifti Fideles concitat: Quos in iugum montis peruadere 
conantes, fupereminentes Hæretici ingentis magnitudinis faxa per 
prona montium deuoluentes, quæ incuffa fæpius fubiacentibus 
pctris maiore vi incedebant, fauciatis quèm pluribus Chrifticolis, 
& obrutis,pedem referre coëgerunt. Poftero die, qui Dominicus 
crat, Fideles ad s#mulum accefsère, vbi pars iuuenum, qui leuitare 
corporum, & ardore animorum ftrenui erant, à tergo in cacumen 
montis per inuia & prærupta quæque eualit : Qui cum nec Hære- 
ticos lædere, proptereà quôd concauus mons tegebat sumulum , | 
nec defcendere ob illius foliditatem poflent , facto hominum ro- 
bore, validiflimis & longiflimis funibus, vlrra crecentos cubitos, 


ROY DE FRANCE. | 18; 


fuper paruula quadam rupe , quæ t#mulo Valdenfium imminebat, 
viciffim fe magno difcrimine demisère. Quod Valden/es , qui ab 
aliis Chrifticolis, aliquibus femper leuibus prækiis inferitis tenta- 
bantur, & ad eos repellendos intenti erant, non animaduerterunt ; 
Tunc Fideles fummä vi in recepraculum hæreticorum ruentes, pri- 
mo impetu #wmulum cepère : Et vltra nonaginta hæreticos præci- 
pites LA rupe datos interfecère : Cæteris venia conceffa ef. 
Capto & nn , Deco fauente, inauditä arte, & præter om- 
nium fpem fortiflimo & munirifhimo reccptaculo, hærctici Wallis- 
argenteriæ, QUI Ctiaim in fortiflimos præruptéfque montes confu- 
gerant, videntes, opitulante Altiflimi dexterà, nihil effe Cacholi- 
cis inexpugnabile , reliétis t#mulis humillime veniam petentes ad 
Archidiaconum accefsère : Cuius voluntate Ebredunum , quæ ciui- 
tas Metropolis eft prouinciz illius , petière : Vbi faétis ad Deum 
deuotis fupplicationibus , folemnibufque proceflionibus , abiectis 
tenebrarum operibus , ingenti populi gratulatione , ad gremium 
fantæ marris Ecclefié funt recepti. | 
Eodem tempore, mortuo* Edoïardo Anglorum Rege, reliétis *Edoïüard 
duobus filiis impuberibus , Richardus Edoïardi frater , qui Regni . 7. 
adminiftrationem habebar, occifis crudeliter nepotibus, Regnum nt 
vfurpauit: Hanc tantam impietatem iniquo ferens animo Carolus , 1453. 
| fm etiam nonnullorum Angliæ Procerum precibus fatigatus, rl 
exercicum in Angliam mittit : Occisôque Richardo * , Regeminilla rw fur Le 
Henricum*, Montis-diuitis Comitem conftituit. asie _. 
Agebantur hæc in Anglis feliciter, cüm inteftinis cœpit Gallia + Auquel fic 
feditionibus vexari.* _ 4ureliani enim Dux, Alibreti & Dunefij Co- «44 Henry 
mites , ac Princeps Awraice , cum multis aliis Galliæ Proceribus, Et vg 
aduerfus Petrém Bellijoci Dominum, & L4nnam coniugem, Regis mont. 
fororem coniurant, Regémque in fuam poteftarem redigere con- ré | page: 
tendunt , & exercitum parant : Sed Rex conuocatis Regni militi- 
bus, coniuratos Principatibus fuis fpoliat : Coniurati in Britanniam 
fe recipiunt ; eam ob rem, Briconibus bellum eft indi&tum : Miflus 
eft etiamin Maximiliani Præfectos exercitus , qui Francorum limi- 2##/4eS. 
| / k g Aubin l'an 
tes vexabant: Et cos fudit, fugauirque Geldrie Ducem , multéfque ;,88.»p. 63. 
alios Alemannie Proceres intercepit : Vrbémque Teroannam , quam 54.52.6211. 
Maurinenfem appellant, occupauit : Verfüfque in Britones Carolus, Des dares 
commiflo apud Sanéfum - Albinum ingenti prælio, eos fuperauit , & 7“ me. 
Aurelianenfem Ducem cum pluribus Regni Primoribus cepit. Erant Sp 
ver Britonibus Anpgli, & Alemanni coniunéti : Quare maior om- pr 4e remps 
nium opinione fuit victoria : Secundâque victoriæ vfus fortunä, pe 
multa Britannie oppida expugnat : Receprâque Comitis Alibreti, Vaudois, f 
& ciuium deditione N annerenfi vrbe , totam Britanniam fux ditio- P#"cliere- 
RE À e ment defcrite 
ni adiungit : Et maximä in hoftes clementià & Hberalitace vfus , per Catra- 
Aurelianenfém Ducem liberac*, & multis muneribus fibi aftrin- ne. 
git. | A | L'an 1491. 


Y. pag:93: 
Na ij 


284 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


RER ENEE RENE EEURENEMEEEEE » 
a en da au due 


__ EXTRAIT D'VNE 

AVTRE HISTOIRE 
| (AVSSI ABBREGÉE) 
DES ROYS DE FRANCE, 


INTITVLÉE 
FRANCORVM RECVMGENEALOGIA, 
Par SYMPHORIAN CHAMPIER, Medecin 
d'ANTOINE Ducde LORRAINE. 


VB11T ineius locum Carolus Delphinus , is quem fufceperat 

1483. ex Carlotta Sabandienfi : Cüm duas anteà puellas peperiffet. 
+ Pag.107. Quarum alteram, pater co tempore “Perro de Bellojoæw* , nunc Du- 
222. 2147. © Borbonienfi , collocarat : Alteram Ludouico Aurelianenfium Duc, 
precedentes. qui pofteà defuncto fine prole Carolo fucceflit. 
| Tam Carolus agebat annum certium decimum cüm Regnum 
*pad 207. int”. LAnnæque fororis eius , & Petri de Bellojoco cui nupta erat 

= Anna, confilio gerebantur omnia. Quod indigné ferens Ludoui- 
“Pag.109. CHS Aurelianenfis, exclufo* fe Regnum per alios adminiftrari, fociis 
quibufdam Principibus qui cum eo fentiebant, vtilitatis vt aiebac 
publicæ gratiâ , bellum mouit , auxilio Britannorum fretus. Initium 
motus in campo Aurelianenfi faétus : Cum Carolw fe recepiffer 
*ÿ.p.164. Aurelios , & ipfi Bulgenciacum * venerent , egreffus obuiam cumexer- 
precedente. Citu Carolus, Ludouicum referre pedem compulit: Is in fidem Dw- 
© *Pagaço. C Alençonÿ * confugit : Intercà dum cius 5 er vtebatur, agere 
de pace per Oratores & internuncios non definebat. Honeftis ita- 

que conditionibus impetrato reditu venit* ad Carolum. 

Verüm fibi timens , vt pofteà caufarus cft , apud eum diu non 
fuit.. In Blefiam * primo elapfus : Inde vnius diei itinere proximos 
Britannie fines petiic*. Interim ciuilium bellorum motus, Joanne 
Borbonij Duce, Engolifmensique Comite excitati, Carolum coegerunt 
adhuc adolefcentem cum copiis ad Bituricenfes * accederc : Sed ab 
armis, honeftis conditionibus vtrinque difceffum. 

Cüm Ludouicus in humanis ageret , impuberi Carolo Margare- 
tam* defponderat Maximiliani Romanorum Regis ex A{aria Bur- 
ganda filiam. Veniebant ex Britannia Carolo nuncij minus læti , in 
* Pagaes. armis efle Britannos*, omnémque belli impetum in Galliam effu- 


* Pag.165. 


* Pag.166. 
* Pag. 2167. 


* Pag:166. 


* Pag.70, 


ROY DE FRANCE 285$ 


furos : Itaque occupandum fibi ratus , Nannetenfem* adortus vr- * Pag. 269. 
bem , cum toto comitatu redegit in poteftatem : Ea res Aaximi- | 
lianum mouit in Carolum. Quôd is indignum putaret in confpectu 
pen {uo Britanniam , quam fperabat, à Carolo vexari: Quippe A42- 
ximilianus amifsà Mariä , (aroli focru, nouas nuptias cum filia Bri- | 
tannorum Ducis affectabat *. Iraque cœpit excurfionibus , & iufto * P4:276. 
exercitu Picardie fines vroere : Verüm Carolus etfi per Legatos 
bellum gerebat, - 4lemannis *tamen profigatis , eius conatus facile * Pag. 172. 
repreflit : Expeditionémque in Britannos profecutus, - 4nnam Fran- 
dif Britannorum Ducis filiam , quæ mortuo patre rerum potie- 
batur , & Maximiliani connubio per Oratores & cerros homines 
erat pa“ta , coegit imperata facere : Britannis ingenti prælio viétis 
ad Diuum Albinum* : In quo Ludouicus : Aurelianenfis * captus, ad » 74 
Carolum deductus eft. Carolus Annam * demifsà Margarerä, matri- *-p.53:54. 
monio fibi iunxit. : | ° 1280 
Pacatä iam Britannié, Andegauenfium ius in Regnum Neapoli , Ps . 
tansm, quod fibi generis ferie competeret , bello profequi flatuit. &252. ; 
Cum maximis itaque copiis, Augufti menfe *profcétus , proxi- 1491. 
mo Februario Neapoli * potitus eft, & Regno. | 1493. 
In Gallias exercitum reducenti iter intercludere Veneti Longo- 1494, 
bardique tentauerunt ad amnem Tarrum iunétis oppoliti copiis : * pag. 102. 
Avis acri commiflo * prælio , per hoftium ftrages armis iter a- *P4g276. 
eruit. . | _ 1495. 
Interea Neapolis * à Caroli fide defciuerat, & redeuntibus L4r- po 
ragonits portas aperuit. à cs 
Carolus in Galliam reuerfus, agitabat animo Regnum recupera- * Le Riy 
re : Sed cius confilia mors interrupit. Aprilis enim nocte feptimä, né * 4 
quam celeberrimus Chriftianis dies Palmarum fequitur, apople- pre ve 
xià periit * abfque liberis : Illatüfque eft ad ædem Dini Dionpfij vpn. 
propè Lutetiam Parifiorum. | G'a$. 


* 


- 


RRERMENINEIINEENENSEENTE 
EXTRAIT D'VNE AVTRE HISTOIRE. 


dont le vitre eft, Trophaum Gallorum , 
Par le mefme CHAMPIER,. 


Ou eff le T raité de Paix du Roy Charles VIII. anec 


le Pape Alexandre VI. 
B1 itaque fato conceferat Ludouicus Rex Vndecimus,Fran- ; 483 
corum Regno omni ex parte pacato, conceflit eidem diui- Complexion 


na Sapientia Carolym huius nominis Ocfanum , in Regem : Qui etfi débile duRoy 
membris ceneris * & imbecillibus erat, infurgentes ramen aduer- 7 P ne “a 
| Nan ii 


ms 


286 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
1493. fus regnum fuum quofcunque hoftes in Regni circumferentiis po- 
1494. fitos animosé debellauit , & fzpenumero pe magno Regni 

detrimento perdomuit, vt Regno pax vniuerfalis reddira fir. 
Pag-190.  Cümque à bellis quiefcere potuifler *, cura illi incefit de Si- 
cilie Regno, quod ad fe patrimonij iure pertinere contendebar, 
Nec potuic à fententia dimoueri : Nec Parifiorum Oratores eius 
rei causà ad eum miflos audiuit. Conctraétis proptereà cerrà ma- 
rique copiis, Lugduni primüm aliquot dies moratus eft : Tandem 
* P.r91.193. fuperatis Alpibas * , fequitur exercitum , cuius bonam partem præ- 
2.246 mifcrat benè inftruétam : Ec per Zraliam iver faciens, Romam ve- 
*P.ior.n2. nit * : Cuius aduentum Romanus Pontifex timens, cüm ingref- 
#3-@130. fum impedire minimé valerer,in caftellum Sanéfi Angeli, vt mu- 
nitifimum locum , fe recepit. Rex vrbemingreflus , militem à tu- 
multu temperare iuber. Quofdam qui Regis Ediéto non paruc- 
*Pag.n4. runt, vitimo fupplicio *, tribus per vrbem ere@is furcis, afficir. 
Dum paucos dies in vrbe Rex agit, nec vllus auditur militaris 
tumultus, fecurior fui Alexander ,arce egreflus, Regem ad collo- 
quium admitcit. Er inter eos contraéta cft amicitia. Edideränt- 

que nonnullos articulos , quorum fummarij func ifti. 


Traité entre le Pape & le Roy. 


ae In primis Papa remanebit bonus pater Regis, & Rex bonus 

Paix entre le filius Papæ. , . | 

Pape Ale- Item Papa contentus eft, quod Cardinalis Valentinenfs vadar 
P | » q 


xandre VI. 0. \ 
G le Roy 1 focietate Regis ; & permaneat quatuor menfes, & vltrà, ad 


Charks  beneplacitum Regis. 
te rire . Item, Papa Turcum confignabit in manus Repis; & feruabi- 
125.229. CUT per Regem in Terracina. 
precedentes: [tem , Rex in reditu fuo reftituet Turcum Pontifici. 
sd 4 Jtem,Rex pollicetur Pontifici, quod fi Turcus ei intuleritali- 
Comines4 quod nocumentum ,ipfum Pontificem iuuare, & defendere. 
HPANTE, Item, promitrit Rex Pontifici, quod faciet dare confenfum Rho- 
dianorum infra fex menfes. | 
Item , Rex pro reftitutionis fecuritate dabit Sammo Pontifici 
obfides. | 
Item, Pontifex femper recipiet cributum quadraginta millium 
ducatorum confuetum per magnum Turcum mitti. 
Item, Papa dabit Regi portum & roccam Cixitatis Verule. 
Item, confentit Rex , quod ad Vrbem aduehantur victualia, tam 
per Ofliam quim (initatem V etulam, dummodo non veniant ex 
parte inimicorum. 
Item , dabit Papa Regi Francie Commiffarios, vt cidem de via- 
tico prouideant per terras Ecclefiæ. | | 
Item , omnia fortalitia , & caftra, & ciuitates Ecclefiz Regi Fran- 


ROY DE FRANCE. 287 


cie aperientut , fi contigetit ipfummet adire, donec in tuto 
fucrit. | 

Item, redeunte Rege reftituentur Papæ omnialoca, infra qua- 

tuordecim dies poft eiufdem Regis difceffum. 

Item, redeundo reftituet Offiam in manibus Cardinalis Sancfi 
Petri ad Uincula. a 

Item, Ciwitas Vetula, & alia fortalicia remanebunt in poteftate 
Regis pro fecuricate {ua 

Item , Papa ignofcit omnibus qui feruierunt Regi , ve putà 
Aqsapendentibus , Hontiflaconenfibus*, Uiterbienfibus , & aliis. * Pag.15t. 

Item Papa reftituit ex nunc omnes Cardinales fuis libertatibus. | 
Eä lege, & conditione, quôd ipfi deinceps fint fideles. 

Item, Papa ignofcit & remictit (olonenfibus , & de Sabellis. 

Et Rex itidem ignofcit Wrfinis , & Tacobo de Comitibus : Eà con- 
ditione , quod reftituat pecunias ab eodem Rege per eum re- 
ceptas. 

Item, Rex conftituet Gubernatorem ad fui hbitum in Ciuitate 
Cefanatenfi . 

Item,Rex conftiruer Locumtenentem Legati in AMarchia LAn- 
conitana ad fui beneplacitum. 

Item, fimiliter in Legationc Patrimonÿ. 

Item, Rex conftituer in Campanis vnum Cardinalem fibi ami- 
cum. 

Item , Rex capit Dominum Wrbis Prefeclum in fui proteétio- 
nem,. Er permanebic idem Prefeëlus in priftino ftatu , & digni- 
tatc. 

Item, Dominus Cardinalis Sancti Perri ad Vincula redintegratur 
in fua Legatione « 4uinionenfi. 

Item , Cardinalis Garcenfis * recipiet emolumenta fui capelli, * FawGur- 


cam in abfentia quàm in præfentia, permanebitque in priftina di- “nf, v- 
| Comines, 


PAg: 534- 


gnitate. | 
Item , Papa reftituet Cardinalem de Sabellis in fua Legatione 
Spoleti. | | 
Item, Papa reftituet Colonenfes, & Sabellos , cum aliis amicis fuis, 
priftinis ftatibus, L | 
Item, Papa abfoluit Cardinales ab obligatione per eos fattä in 
Conclaui, videlicet de non recedendo abfque eius licentia , & con- 


fenfu: Ec fimiliter à iuramento ab eis præftito. *P.pasa8. 
Item, Rex reftituet Summo Pontifici vrbem Romam , cum cla- Fe 

uibus, & aliis munitionibus. Libertez de 
Item , Rex non requiret à Summo Pontifice Caftrum Sanéfi FE rage oh 

Angeli ’ | tion Lis : 


Item, Rex præftabit Summo Pontifici ohedientiam perfonalem*.  infolio, & 


; À C P-534. 535. de 
Item ,ipfe Rex non offendet in aliquo Summum Pontificem, 45455 


nec cidem aliquam iniuriam inferet : "Et fi quis eidem moleftus ifmenrione. 


2838 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 
fueric, vel in aliquo læferir ,tenebicur Rex ipfum defenderce. 
Item, pollicerur Summus Pontifex Regi fecuritatem ; & à Po- 
pulo Romano perfonam Regiam, vel quemquamex fuis in 2liquo 
nec offendi , nec læfum iri. | 
His inter Summum Pontificem , & Francorum Regem paétis , 
Rex ipfe cœptum icer Fe ra Et quafdam fibi refiftentes Ci- 
*Pag-276. uicates vi expugnans, N capolim* verfustendit: Eius aduentum 4{- 
phonfus , qui tum Neapolim tenebat, pertimefcens, Ferdnando fitio 
Regnum reliquit. Ipfe in Siciliam fugiens, paulo pot vit deceflir. 
Ferdinandus fugiente patre, in Cafhwm-Oni, veniente Neapolim Ca- 
rolo fe recepit: Quam ingrediens Carolas, applaudentes fibi hono- 
ratiffimos quofque habuit, & Plebem. Ferdinandas vera honeftif- 
fimam humaniflimi Regis recufans conditionem fibi oblaram , au- 
fugere coaëtus eft. Ad Caroli fecundas res fucceflit Apuka, dein- 
de Calabria ,mox etiam Lucania., | 
Tam prolperis fucceflibus inuidit Summus Pontifex , confocia- 
cis fibi Weners, & Maximiliano Romanorum Rege. Quibufcum 
acceflit Rex Hifhanus , & Ludouicus Mediolanenfis. Hi omnes ad Ca- 
rolum Legatos mitrunt , petentes NN eapolim liberam dimittat, aut 
in Turcos, ficut promififfet , copias ducat. Ad hæc fubindignatus 
Fermerépafe REX, protinus refpondens: Vos, inquit,omnes aduerfus me arctiffime 
Srefilwion coninrafhs , fed veftras conciliationes vnus irritabo : Ita vs vos, Veneti, 
me us Mercathram , non rerum imperia difcatis , me aulore , moderari. Hoc ver- 
les puifances Do, dimiffis Oratoribus , N capolitanis grauiora tributa remifit, qui- 
: 2. _ bus ab Alphonfs premebantur. | | L 
Iuy,p104.  Pacatà Neapoli, & per loca Præfectis cum valido præfidio im- 
149$, polis, fummam rerum Gilberto Monpenferio* committic. Ipfe in 
*P.104.107. Galliæm cum parte copiarum reuerti parat : Redeunti portas Vr- 
7e bis* Alexander claudit. Quam licèc foflis atque aggeribus vallaffer, 
Oruetum tamen cum Cardinalibus fe. confert. Veniens Romam Caro- 
lus , fauente Populo in ea ftationem fecit. Et quas ab 4lexandro 
vrbes habuerat , liberè dimictit, præter Ofham, & Zexymum Tur- 
cum, qui apud N eapolim vità decefferat. Inde profeus Ser.s5 * in 
fuam cutelam accepit. 

Dum Fornouum , non longè à Parma Ciuitatç appropinquar, 
nuntium accipit, Wenetos & reliquos coniuratos vias infidère, quà 
erat cranfiturus. Erant in hoftium caftris millia quadraginta ar- 
matorum. Carolo feptem ad fummum millia electifhmorum pu- 

_ gnatorum militabantc, diuturno ictinere feffa, & non minus indi- 
gentia viatico. Nam reliqui exercitus bonam partem MNespoli, & 
alibi per præfidia reliquerat. Miferat quoque Genwam , ducibus 
Pbilippo de Sabaudia , & Hugone _ Ambafiano , alteram non exiguam 
manum. Quôd fpem illi Fulianus (ardinali fecerat vrbem reci- 
piendi. Sublatus proptereà hoftis, exploratum quafi habebat ven- 
turum in fuam PES Carolum , aut reuerà vulnere aliquo Ino- 

riturum. 


Dé Pag.151. 


‘ROY DE FRANCE. | 289 


riturum. Pollicebantur etiam aduerfæ partis copiarum Duces Pe- 
netis Legatis viétoriam : Atque omnium maxime GonZiacus Dux: 
Sæpe teftatus fore, ve vnâ pugnâ, quæ inftare videbatur, Gall fuæ 
vanitatis admoniti facile intelligerent Italicam virtutem non efée, Tafres des 
vt ipf falso predicarent , omnino extinéfem. Quinquaginta alij dicunt Francois ms. 
centum millia ducatorum propofuerant illi, qui Regem vel viuum 6: à prix 
vel occifum in caftra abduxiflet. Et qui Franc caputexhibuiffer, ‘tnt lié 
præmium fex ducatorum erat conftiturum : Tali fpe militemhoftis 
Venctus animabat. Sed nihilo fegnius difpofitis aciebus Carolus ma- 
gnanimus , hoftium in fua Po FRE confidentium intrepidè 
præftolatur aduentum : Augebat etiam non parüm militibus ani- Gmndegés 
mum Regis ptæfentia : Cuius hoc tempore auétoritas plus quâm 4/4 prefén- 
reliquus valuit exercitus. | | RO 
Videntes hoftes huiufcemodi Gallorum & ordinem & inftru&io- 

nem, atque perfeuerantiam , honeftiüs ducentium fortiter dimi-- 
cando in armis mori, quâm turpiter cedendo hoftibus terga ver- 
cere ,admiräbantur quam plurimum ,atque timuerunt. Conftitu- 
tis Gallorum copiis in vna Tarri fluminis parte , Iralorum vero in 
altera, Gonxiacus Dux, vt ferox , atque ne” cupidus , hortatur 
fuos. Nec mora. Deinceps canentibus Ignis , vno tempore pluri- 
bus eft locis in Galles procurfum : Hoftéfque qui in eos fercban- 
tur, cum fremitu & clamore amnem ingrefh, : viteriorem ripam 
pertendunt. Hic tetra colluctatio orta eft , pugnäque dira com- 
_ Mmiffa. Tandem Franci quafñi leones animofi certantes Venetum per 

decliuia agunt, atque ad flumen retrocedere , atque ad fuos fe con- 
ferre compellunt. Certatum eft & à Sfortians, 2 deuicti , etiam 
præcipiti curfu Francis verga dedère. Vbi erco hoftes in Francorum 
armatam aciem nihil præualuerunt, pudore du&i, quod nihil me- 
moratu dignumesiffent,ad inermem calonum,&lixarum, aliorum- 
que qui viatica vectitabant, necnon mulionum farcinas ducentium Defaite des 
multitudinem bellicum furorem conuerterunt , atque in eos ma- ee 
ximam exercuerunt crudelitatem , quibus milites opem ferre mi- nb: ns 
nimè potuerunt : Cecidère in hoc prælio vtrinque complures ftre- v.pag.ros. 


ce pit Le Pac 
nui milites : Sed ex aduerfa parte, nullà habitâ proportioñe multo ,: PE vs 
plures. Inter quos ifti memorantur maioris tions , Rodul- + 

| Ota queces 


phus de Gonxaga , Ioannes Maria de Gonzaga , Comes Robertus de noms propres 
Bagno, Comes Galeotus de Ipoliti, Dominus 4/ftanius de Martinen- Me ape 
go, Guido de Gonzaga , Raynutius F arnefius , Comes Bernardinus de nu L a 
Montone,V'incentius Corfo, Dominus Galeotus de Coregia, Beneditfys en la page 

de (oregia, Bergamus de Verona , Hercules de Montecuculo , Bonifacins "56: Preced! 

dé Gonzaga, & permulti alij. Adattheus nothus Borbonius, inter ani- ns 
mofos animofiflimus, inter forces fortiffimus,, inter belhicofos bel. #7528°# 
licofiflimus , quafi alter Hector in hoftium armatiflimos cuneos B4fard de 

impetuofiffimè magnâ vi viam fibi aperiens ferebatur : Pluréfque ER 
ex cis cüm haftä, cum ferro profternens, nemini pepercit: At vbi a 2 


Oo 


290 HISTOIRE DE CHARLES VIIL. 
{e ftrenuè habuic, & mulea præclara ca in pugna facinora patra- 
uic, inuidit ei inconftans & volubilis forcuna tantum honorem : 
Nam equus eius cuïinfidebat, furore bellico ftimulatus , & inca- 
le{cens , fræno rupto, feflorem fuum hinc inde tandem in hoftium 
agmen tuli : Vbi vnus à quamplurimis circumdatus demuüm ca- 
ptiuus detentus fuic. | on 
Hac tam nobili Francorum exercitusinfignitus viétoriä, hofti- 
bus in fugam conuerlis,iter incœprum profequitur : Quem fecu- 
ti funt feuis equitatus hoftium milices complures : Eorum Duci- 
bus fübfequentibus, fed eminus : Ne icerüm Gallorum experiren- 
* pag.sgo. ur forticudinem. Tandem <4ffam * cum exerciru Carolus peruc- 
149$. nit: Vbi moram per dies aliquot faciens, Ludouicum Aurelianen- 
*P.102.103. ffum Ducem Nouarie à Mediolanenfibus ar@iflime obfeffum * acce- 
6177477: pit. Eius liberandi gratià Carolus cum hofte pacem iniit. Quo fa- 
V'œudu Roy Éto, em in Franciam faluus veniffet, Diui Dionyfj cæœnobium ad- 
ee uit; Vota quæ fuperis vouiffet foluturus. L | 
* Pagio7,  Redeunte in Franciam Carolo, ftatim IN eapolis à fide defecit *. 
“ibid Et mortuo Gilberto SHompenftrio * ,reliqui Præfecti ægrè fua præ- 
fidià tuentes ad Carolum fe recepère : Fcftinat Carolus terrà mari- 


. propofico obftitit. Deceflit Ambafie* , feprimum & vigelimum 
boifel7.  agens annum , anno falutis millefimo quadringenrefimo nonage- 


ms tas) atque latè patens affabilitas, omnibus ad eum exhibensaditum. 


ibid, pag. | | | | 
77 ETÉECÉESENESINCNERLETELET 


DANS LE LIVRE INTITVLE, 


Effigies Regum Francorum omnium , à Pharamundo ad 
| _ Henricum vique Tertium, ad viuum expreflæ,erc. 
SONORE MUC Noribergz*1576. page 58. | 


bergz : | | 
CAROLVS VIII R FRANCORVM LVI. 


regnauit annis quatuordecim. 


f YArRoOLvs eius nominis Oétauus, vnicus Ludouici præmor- 
cui Regis filius, fuccedit in Regno Franciæ , anno 1483. natus 
annos quatuordecim. Vnde in Statuum Conuentu Turonenfi fta- 
cutum fuit, ne quis fubftitueretur illi Regni Adminiftrator , fed 
vt negotia maioris ponderis, à Confiliariis, fub nomine Regis ex- 
| rap Ludouicus Dux Aureliz adminiftrationem Regni am- 
iens, ægrè tulit fe ab ca excludi , nihil, quo ad eam peruenire 


ROY DE FRANCE 291 
poflet, intentatum or Hinc feceflit in Britanniam , fo 
deinde prælio, apud Sanéfum Albinum , capitur ipfe, & belli fuus 
focius Princes Auranie. Mox tamen liberatur interuentu vxoris 
[uæ Joanne (qux foror Regis erat)Rex repudiatà Margaritä Flan- 


dricâ , câque ad fratrem fuum Archiducem miffà (cum quo an- 


tè paulo pacem fecerar ,reftituco illi Comitatu Arrefie) duxit 4n- 


nam, hæredem vnicam Regni Britannici, (licèe Imperatori Maxi. 


miliano defponfata fuiflet } eôque matrimonio Britannia Francie 
Regno vnita fuit. Reftituit etiam, rcligione tatus, Reg: Hifpano 
Comitarum Raffinum. Ideoô ,cüum domi omnia pacata videret , ad- 
iecit animum ad recuperationem Regni Neapolitani , quod ad eum 
fpectare dicebatur , ex fucceflione Renari Regis Sicilie , & Ducis 


_Andegauenfis, quæ res illi fucceflit ex animi fencentia, vix enim 


ftriéto gladio,Regnum occupat, Réxque coronatur; Æ4/phonfus enim 
Rex, ciufque filius Ferdinandus , ne expectato quidem Gallorum 
aduentu , Regno difcefferant. Rex conftituto Regni Neapolitani 
Gubernatore Gilberto Mompenferio , reuertitur in Franciam. Verüm 
cûm perueniflet ad Foronousm, tantâ hoftium multitudine claufus 
fuit, vt etiam vitæ periculum non mediocre adierit. Tribus enim 
Romanorum, Venetorum , & Mediolanenfium exercitibus , iter 
ipfi præclufum erat ; Rex vero hortatus fuos, generofo peétore, 


medias hoftium Phalanges, magnâ hoftium fatä cæde , armatus 


perrumpit, euadirque in Galliam , eadémque viétorià liberat Du- 

cem Aurclianenfem Mosarie obfeflum , fatä quoque pace cum 

Ludouico Mediolanenfium Duce: Auditä hinc defectione Neapo- 

litani regni , cümque ps annis quatuordecim, fpeétans in 
i 


vrbe.Ambofia Nobiles P æ lufu fefe exercentes , improuisà rai 
moritur ,anno falutis humanæ 1497. | : R\ 


EE 
DANS LE LIVRE QVI PORTE POVR TITRE, 


Omnium Regum Francorum , à Pharamundo mfque ad 


Carolum Nonum , Wite breuiter complexe , atque certis 
Epigrammatis illuffrate. Authore Henrico Pantaleone, 
Bañleæ 1574. page 60. 


CAROLVS VIII REX FRANCORVM, 


quinquagefimus fextus anno148;. prafuit ANNIS 14. 


V.NC Carolus iuuenis regnat natus Ludouici, : 
. Quem primo iuuit gnauiter ipfa foror. 
Hic Annam rapuit ftatim fponfamque Britannam, 
Cüm fponfus Cæfar Maxmilianus * erat. | 


Oo ij 


* Maximi- 
anus 


292 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 


* Ferdinan- _ ‘Tum quoque F erdnandus* Regno pellit Saracenos, 
dus Éeoggns. 78 fibi forticer afferuit. 
Icaliam (arolus regnûimque Neapolitanum 
| Armis inuañit, gloria magna fuis. 
* Neapolim. . Parthenopen * cepit , ponit legéfque ferendas, 
Ad Tarrum Proceres vicit & ipfe bonos. 
* immo , lues *  . Gallicus* heu morbus tum primüm ferpere cœpit, 
_. NÉE Occupat atque artus vadique dira lues. 
po itana. ’ | 


: # , , « « 
| = BEBE LS A AT D Gp CES CCAY AJ © 
, s PMole le) 


DANS LE LIVRE QVI A POVR TITRE, 
Epitome Geftorum Lv 111. Regum Francis ; 4 Pharamondo 
ad: vfque Francifcum Valefium. 


Epitome des Geftes de cinquante-buit Roys de France, 
depuis Pharamond s#fques au Roy François I. 


Imprimé à Lion en Latin & en François, l'an 
| 146. page 146. 


DE CAROLO HVIVS NOMINIS OCTAVO 


__ Galiarum Monarcha ,ac Imperatore Romano, 
eue Francorum KRege LV I. 

AA eee” 

UÆ ORTVO Ludonico, coronatus eft Francorum Rex Carolus 
Maine filius eius vnicus , corpore pufillo , fed ingenio | 
magno , ac maxime prouido. Prima eius cura fuit ad componen- 
dum Regnum , & fuperbos domandum. Quod vt confequerecur, 
maximum & crudele bellum geflit aduerfus Zudouicum Aurclia- 

| rum Ducem, & Francifcum Ducem Britannie, quos deuicit prope 
*C'fenBnc Sanctum Albinum apud Piétauium *, Poft obitum di&i Franci/cr , 
Fa87e: Carolus in vxorem accepit Ansam à Britannia cius filiam, & Aar- 
garetam à Flandria Maximiliani Imperatoris filiam dimific : cum 
qua reddidit Comitatum Artefienfem. Pofteà er Ducatus 
Guyennæ, Normaniæz, Burgundiæ , & Picardiæ. Richardum ex- 
pulic Regno 4nglie, quod vfurparat aduerfus Henricum , cui illud 
reddidit Carolus. Prætereà maximo confcientiæ fcrupulo motus, 
 . ds Hifpaniarum regi reddidit Ducatum * Parpiniacum & Ruffelionem. 
_ Cüm fic de fuis terris conftituiffet, traiecit in Italas cerras, vbi à 
Primoribus Imperator coronatus eft. Inde ad Siciliam iter fecit, 
quam debellauit , ac fe Regem coronari fecit. Eidem vià N eapo- 
lim cepit. Quod ægrè ferentes Mediolanenfes, Veneti, ac Roma- 
_ ni,exiftimantes eum cum fuo exercitu delere, per infidias maxi- 


‘!ROY DE FRANCE 29; 
mum cexercitum prope Furnouum parauerunt : nihilominüs tamen 
n cum fuis militibus (quanquam in fingulos plus decem ho- 


cs, venirent ) redierunt viétoriæ compotes in Franciam. Vbiin 


maxima quiete ac pace diem fuum obiit Carolus. In quo finem 
accepit directa linea Jalefiorum, quamuis multos liberos ex Aura 
à Britannia fuftuliffet , qui præmortui erant. Mortuüfque eft an- 
no regni fui x. à creato Mundo 5457. Salutis 1497. 


+ De Charles Huiétième de ce nom , cinquante- fixiéme 
Roy.de France , Monarque des Gaules, 
| e7 Empereur de Rome. 


Ovis decedé, fur couranné Roy de France, Charle Huiric- 


me fon fils vnique , homme de perire ftature ; mais en 


d'efprir, & de merueïlleule prouidence. Ses premiers labeurs furent 
à pacifier le Royaume , & reduire les rebelles. Pour ce faire eûr 
grofle ta contre Louys Duc d'Orleans , & François Duc de Bre- 
tagnc; 


cfquels furent vaineus prés Sainéf Aubin en Poitou", Aprés « cf, 


Le deceds dudit François, Charle époufa . 4nne de Bretagne fa AL. Breragne. 


le, & renuoya Marguerite de Flandre fille de Maximilien Empereur, 
auec laqnelleilrendir 1aComre d'Artois, Aprés ce, parifia les Du- 
chez de Guienne , Normandie , Bourgongne, & Picardie. Auf 


chaffa Richard du Royaume d’Anzleterre, qu'ilauoit vfurpé fur Her. 


ry, parquoy le luy rendic Charles. Dauantage , meû à crand 
fcrupnie de confcience, rendit au Roy d'Effagne les Duc 


aux Irales, où par Îles Seigneurs fnt couronné Empereur. De à 
tint le chemin de Silk , laquelle conquefta & s'en fit couronner 
Roy. Tout d'vn voyage prit Maple; dequoy non contens les Mi- 


lanois, Veniciens, & Romains, Je penfans dérruire auec Les gens 


prés Fomoie , luy preparerent grofe embufcade : Touresfois luy 
&c les fiens, combien qu'ils euffent plus de dix ennemis contre vn, 
retournerent victorieux en France ; où en grande paix finit fes 
iours. Et combien qu'il eût plufieurs enfans d'Anne de Bretagne, 
toutesfois parce qu'ils moururent les premiers , en luy faillit la 
droite ligne de ceux de Valois, l'an guatorziéme de fon Regne ; de 
la creation du Monde 5457. de noftre falut 1497. | 


pe 


OZ * de * C’e 
Parpignas & Rouffillon. Aprés auoir ainfi difpofé de {es pays, pañfa Lu 


vh 


294 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


RRREERENEREERERNEEREREREENELE EX 
DANS LELIVRE QUI ACE TITRE 
Les anciennes 7 modernes Gencalogies des Roys de France, 
 auec leurs Epitaphes x Effigies ; imprimées par Yacques 
Bouchet 1529. pages 115. & fuuantes. - | 


DV ROT CHARLES VIIL DECE NOM 


cinquante-fixiéme Roy de France. 


HARLES VIII. dé ce nom, fils vnique du Roy Lowys X1. 
CE Roy aprés fon pere le cinquante-fixiéme, & luy fucce- 
da en l'âge de treize ans ou enuiron, toutesfois ne fut couronné 
iufques en l'an mil quatre cent quatre-vingts & quatre, qu'il eût 
quatorze ans : Il fit venir les Trois Eftats à Towrs. Et aprés qu'il 
eût regné quatorze ans ou enuiron (à compter du iour du deceds 
de fon pere) alla de vie à trépas au Chafteau d’Amboife de mort fu- 
bite , le feptième iour d'Auril l'an mil quatre cent quatre-vingt dix- 


* Commen- fept; Auant Pafques, àcommencer* l’année à ladite fefte de Pafques 


cement de 


l'année a la 


ainf; qu'on fait à Pars; Et l'an mil quatre cent quatre-vingt dix- 


felle de Paf huit, à commencer l'année à l’Annonciation Noftre-Dame, ainfi 


21$. 
* Ibid. 


ques, v.pag. qu'onfait en Aquitaine *, & fut triomphamment enterré enl’Ab- 


baye Sainéf Denys en France. Dés le viuant dudit Roy Lowys fon 


lu il promit prendre à femme Marguerite de Flandres fille de 


Empereur Maximilian , laquelle pour cette caufe fut amenée en 
France. Et aprés que ‘ledit Roy Charles eut eû la victoire contre 
François Duc de Bretagne, & qu'iceluy François fur decedé, il épou- 
fa fa fille aifnée Madame Anne, & rendit ladite Harguerire au- 
dit Maximilian auec la Comte d'Artois, dont il fe content: ; il eût 
plufieurs enfans de ladite < 4nne , mais tous moururent ; parquoy 
faillit en luy la ligne direéte de ceux de Valois. Son Epitaphe. | 


Epitaphe du Roy Charles Huiétiéme de ce nom. 


À cœur vaillant il n’eft rien impofble, 
Tout eft facil”. s’il le trouue pofhble, 

Et le conduit par confeil prouident ; 

Qui fçait préuoir vn futur accident, 

Ie l'ay connu par mes nobles victoires, 
Qui font affez communes & notoires : 
Car nonobftant que n'eufle membres forts 
Pour foùcenir les belliqueux efforts, 

Et fufle Roy dés mes ans le treiziéme, 

Qui fuis nommé Charles du nom Huitiëme ; 


“ROY DÉ FRANCE 


_ Petit de corps , de vouloir nompareil, 


Toûjours garny de loüable confeil, 
Pacifiay les Princes de mon Royaume 
Qui contre moy vouloient prendre le heaume, 
Va excepté, c'eft le Duc d'Orleans 
Louys nommé, qui en {es jeunes ans 
Auec Fran alors Duc de Bretaigne, | 
Et autres #ens (dont faut que ie me plaigne) 
Encontre moy prirent lances, efcus, 

Qui furent tous à Sainéf Aubin vaincus ; 
Et là fuc pris par gens de pied ruftiques 
Ledit Louys d'Orleans prés des piques. 

Et quand le Duc Franços fût crépañlé 
Dedans fon lit, fût vn accord pale; 
En enfuiuant lequel pris fa hlke = 4nne 
Et fa Duché, puis fans que ie furanne 
le l’époufay , non pas à l'éronrds ; 

Et Harguerite à l'Empereur rendy, 
A ‘ jauois nuresfois fait promefle 
De l’époufer en ma tendre jeuneffe, 


Dont Gr a moyennant ce qu'_4rros 


le leur laiffay , qu'audit temps ïe tenois. 
Henry Septième cftant hors de fa terre, 
Fis couronner par force en Ængleterre, 
Et le rendy Roy paifible & recteur 
Contre Richard du Regne vfurpateur. 
le mis en paix Guyenne & Normandie, 
Aufhi Bourgongne, & toute Picardie ; 
Au Roy d'Efpayne auant le bout de l'an 
Rendre ie fis Rowffillon , Perpignan , 


_ Parce ” lors on me donnoit entendre, 


Que felon Dieu ie les luy deuois rendre. 
Et puis auoir de mon cas ordonné, 


Eten la France vn bon ordre donné, 


Par bon confeil duquel toûjours m'allie, 
Outrepañlay!les Monts & l'Jtalie, 
Où les Seigneurs des Villes & Citez 
Furenc (ne {cay comment) tous excitez 
Me receuoir , non. pour Roy mais Monsrque, 
En me donnant des Empereurs la marque. 
À Rome fus , & là comme humble fl 
Obciffance au fan Perc'ie fis: 
D'ilec ie pris chemin à moy facile, 
Pour recouurer mon He de Sicile, 


e & 


296 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 
Que ie conquis, dont fus couronné Roy, 
Et tins long-temps à N «ls mon arroy. 
Et au retour par vne étrange guife 
Ceux de Milan, de Rome, de Venife, 
. Et autres gens mes fecrers ennemis, 
Lefquels s'eftoient tous en embufche mis 
Pour m'affoller, & les François détruire, 
* Pag. 276. Donnent fur nous à Fornoïe * fans bruire; 
285.289. Et nonobftant qu'ils fuffenc dix contre vn, 
* Ce fèt ur Furent vaincus par nous vn iour de luin*; 
sers Al : Et fi paffay non obftant leur outrance 
v. pag.1S8. L'épée au poing en ma terre de France; 
Et de Nouare (où l’affaut ie liuray ) 
Ledit Lowys d'Orleans deliuray. 
l'aimay l'Eglife & reueray luftice, 
Et fis garder en mes Citez police ; 
le fus courtois, benin , & liberal, 
Sans pourchaffer par vengeance aucun mal: 
le fis honneur aux fuppofts de Nobleffe, 
Et ne voulus que le commun on bleffc ; 
l'euffe fait mieux fi la mort ne m’eût pris; 
Mais ie fus d'elle à « 4mboife furpris, 
Et tous mes fens d'vn caterre elle faque 
Du mois d’Auril iour feptiéme * auant Pafque 
Mil quatre cent quatre-vingt dix-fepr. 
A Saint Denys eft le corps, vn verfet 
Dites pour l'ame auec vne collecte 
A ce que Dieu là fus és Cieux la mette, 
En moy prend fin la generation 
Des de Ualois & propagation 
De la direétion & Ligne principale, . 
Dont Orleans tient la collaterale. 


LE LIVRE INTITVLE, 
CHRONIQVE ABBREGEE OV RECVEIL 
des Faits, Geffes, &@ Uies illuftres des Roys de France 
snfques 4 Charles 1 X. #mprimée à Paris 1569. 


* Pag. 185. 


HarLEs Huiciéme fils de Louys XI. luy fucceda l'an mil 
quatre cent quatre-vingt trois ; fût couronné âgé de qua- 
torze ans. Les Eftats tenus à Towrs, ordonnerent qu'il n'ÿ auroit 
| aucun 


ROY DE FRANCE. 197 
aucun Regent. Le Roy fait la guerre aux Bretons , & gagna la 
lournéc à Saint Aubin. À la requefte de fon Confeffeur il ren- 


dit au Roy d'Efhagne les Comtez de R ouffillon & Perpignan que 


fon pere auoit acquifes. Il renuoya Marguerite de Flandres à fon 
frere l'Archiduc ; & époufa Anne heritiere de Bretagne. Eftanc 
en paix , entreprit le recouurement du Royaume de Naples , 
qu’il conquit fans coup ferir : Le Roy LA4lphonfe & fon fils Ferdi- 
nand s'eftans retirez. Puis laiffa Gilberr de Monpenler Viceroy ; & 
s’en voulant reuenir en France, il fût affailly en chemin par les 
Romains, Venitiens, & Milanois à Fournoüe, où il füt en | oo 
de fa perfonne; eftans fes ennemis dix contre vn. Ce nonobftant 
il les chargea fi viuement, qu’il en remporta la victoire. Deliura 
le Duc d'Orleans aflicgé dans NN ouare. Fit paix auec le Duc de 44i- 
lin. Retourna en France, où vn an aprés il mourut à _4mboife, 
en regardant ioüer des Princes à la paume. Il regna quatorze ans, 


& giit à Saint Denys. 


EE EE 3e 


DANS LE RECVEIL DES ANTIQVITEZ 
de l'Abbaye de Saint Denys (04 font les Sepultures 
€ T ombeaux des Roys de France) il eftdit,que 


HARLES Huictième fucceda au Roy Louys XI. fon pere 

l’an mille quatre cent quatre-vingt trois,eftant âgé de treize à 
quatorze ans. ne fût toutesfoisfacré que l'année d’aprésie Diman- 
che trentiéme May, àcaufe de la diuifion qui furuinc entre les Ducs 
d'Orleans & de Bourbon, touchant le gouuernement du Royau- 
me : car ils difoient, qu’encore qu'il eût l’âge de Majorité limitée 
par le Roy Charles V. Il n'eftoit pas pourtant capable de gouuer- 
ner , tant pour fon infirmité & foibleffe , que pour n’auoir efté 
inftruit , ne fçachant pour lors encore lire : (parce que fon pere 
n’auoit pas voulu qu’il étudiaft à caufe de fa petite & foible com- 
plexion. } Ils difoienc donc qu’il luy falloit vn-Gouuerneur ; & 


1483. 
1484. 


chacun d'eux le vouloit eftre ; & ils ne le furent ny lvn ny lau- 


tre. — 

Les Eftats furent tenus à Tours auant fon Sacre, ou il fût dit, 
qu'il n’y auroit point de Regent en France , le Roy eftant déja 
âgé de treize à quatorze ans ; mais qu'ÆAnne de France femme de 
Pierre de Bourbon Sieur de Beanjeu fœur du Roy ,auroit le gouuer- 
nement de fa perfonne ; & que le Confeil d'Eftac feroit compofé 
de douze perfonnes fignalées, par l’aduis defquels (fous l'aucho- 
rité du Roy) les affaires du Royaume feroient conduites 

Louys Duc d'Orleans premier Prince de France , mal - content 
de cela, leua les armes , & fe fit Chef d'vne Ligue ; dans laquelle 


Pp 


298 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


entrerent plufieurs Princes, dont s’enfuiuirent de grands trou- 
bles, lefquels ayant efté appaifez par la Paix de Baugency , recom- 
mencerent peu de temps aprés ; & à cette fois ledit Duc d’Orleans 
s'enfuit en Bretagne , afhité pour lors de tous les mécontens de 
France. Le Roy voulant détruire cette Ligue , & châtier fes Su- 
jecs defobeïffans , entra en Bretagne auec vne puiflante Armée, prit 
lufieurs Places, & entre autres Sainéf Aubin du Cormier ; prés de 
ARTA füt donnée la Bataille l'an 1488. en laquelle furent tuez 
fix mille Bretons, & le Due d’Orleans Chef de cette Ligue pris 
prifonnier , & mené en la Tour de Bourges , d’où le Roy le deli- 
ura trois ans aprés, & le careffa comme fon propre frere ; aufli luy 
demeura-r'il toûjours depuis cres-fidele. | 
Peu aprés François dernier Duc de Bretagne mourut , laiffant 
deux filles, dont la puifnée , nommée Y/fabeas , le fuiuit inconti- 
nent ; de forte qu'il ne refta que l’aînée nommée L4nne , laquelle 
Maximilian I. Roy des Romains (fils de l'Empereur Frideric I 11.) 
veuf de Marie fille de Charles dernier Duc de Bourgongne , auoit 
époufée par procureur. Le Roy Charles confiderant de quelle im- 
portance luy eftoit le mariage de cette Princefle, fe refolut de l'é- 
poufer , & renuoya à AMaximilian , ( qui depuis fut Empereur) 


… Marguerite {a fille qu'il auoit époufée, (vray eft que le mariage 


Nombre 
comme 511- 
croyable 
d'artillerie. 


n’auoit pas efté confommé à caufe de fon bas âge ) & luy ofta 
Anne qu'il auoit époufée : Cela pourtant ne fe fit pas fans bon- 
nes pe , & de bonnes difpenfes du Pape; moyennant lefquel- 
les il époufa Anne l'an 1491 . | 

L'an mille quatre cent nonante-quatre, eftant folliciré de diuers 
endroits; & entr'autres par Ludouic, & pat les Princes des Royau- 
mes de Naples & de Sicile , qui gemifloient fous la tyrannie de 
Ferdinand & d'Alphonfe d’'Arragon, d'aller à la conquefte de ces 
Royaumes qüiluy appartenoient , à caufe que fon pere auoit cfté 
infticué heritier d'iceux par René d'Anjou qui en eftoit Roy, il re- 
folut d'y aller ; & ayant à céc effer dreflé vne puiflante Armée, en 
laquelle il y auoit deux cent quarante pieces de canon , & deux: 
mil quarante pieces de campagne ; il partit de Grenoble le se 04 
neufñème d’Aouft , trauerfa toute l’Jtalie , & {e rendit à Naples, 
où en trois mois terraffant fes ennemis de tous côtez , tant fur 
mer que Fe terre : Il entra comme triomphant dans toutes les 
groffes Villes , chacun faifant ioug à fa puiffance. Il fit fon En- 
crée à Rome en armes le dernier iour de Decembre, vid le Pape, qui 
eftoit lors _ 4lexandre VI. exerca tous actes de Souueraineté a la- 
dite Ville, faifant drefler des potences, & punir de mort quelques 
feditieux, & donnant des graces à ceux qu'il en iugea dignes. Il 
fût par ledit Pape nommé Roy de Ierufalem , des deux Siciles , de 
Naples, & Empereur de Conftantinople. Il partit de Rome pour tirer 
vers Naples le vingt-huitiéme Ianuier mil quatre cent nonante. 


ROY DE FRANCE. . 299 
uatre, toutes les Villes & Places tant fortes qu’elles fuffent, fai- 
fine ioug à fes armes, de gré ou de force. L _ 

Il ft fon Entrée criomphante dans Naples le vingt-deuxiémede 
Fevrier en pompe Imperiale, laquelle füt fi are que fes 
Valets de pied eftoient vétus de drap d'or ; aprés cela, il füt folem- 
nellement couronné dans la grande Eglife. Tandis qu’il füt là fes 
ennemis firent courir vn bruit , qu'il auoit intention de fe rendre 
maiftre de toute l/ralie, ce qui füt caufe que le Pape ,le Roy d'E- 
fpagne, les Venitiens, & autres Potencats ke cette Prouince, firent 
cous enfemble vne puiffante Ligue, & drefferent vne armée de plus 
de quarante mille pese pour l’attendre fur le chemin, & tailler 
en pieces tous les François. 

Ce genereux Monarque, quoy que bien aduerty de leurs def- 
feins, ne laiffa pas de partir de N aples le vingriéme de May mil qua- 
tre cent nonante cinq; & auec vne petite Armée, qui n’arriuoit 
pas à peine qu’à la quatriéme partie de la leur, paffa route l'Jtabe, 
& eftant à Fornoie , {ur les confins du Duché de ‘Plaifance ,où ils 
l’attendoient; non feulement il les combatit , mais les abbatit & 
mit en route ,auec perte de trois mil cinq cent hommes, qui fu- 
rent tuez fur la place ;entre lefquels furent dix-huit Seigneurs de 
remarque , fans qu’il y demeurât qu’enuiron trente François, & 
foixante ou quatre-vingt valets qui furent tuez à la fuite du ba- 

age. . 
. il arriua à Lion le feptiéème Nouembre, & y paffa l’hyuer auec la 
Reynefa femme. Durancce fejour il receût les nouuelles de la mort 
de Gilbert de Bourbon Duc de SHonpenlier, qu’il auoit laiffé Gou- 
uerneur du Royaume de Naples auec le Sieur d’Aubigny Efcoflois, 
& de la perte du Royaume de Naples reconquis par Ferdinand 
d’Arragon, dont il monftra nes’éronner pas beaucoup, projettant 


de repaller au plütoft en Italie auec plus grandes forces, & meil- 


leur ordre que la premiere fois : mais Dieu le releua de cette pei- 
ne peu d'années aprés ;car eftant à Amboife l'an mil quatre cent 


nonante fept, le feptième iour d’Auril , en vne gallerie du Cha- 


fteau, regardant des Ioüeurs de paume, & tenant quelques difcours 
{piricucls auec la Reyne, & autres afliftans, il tomba à la renuerfe 
if d’vne apoplexie : On le coucha fur vne paillaffe qui fe ren- 
contra là fortuitement, fur laquelle il demeura iufqu'à onze heu- 
res du foir, Durant ce temps-là la parole luy reuint iufquesà trois 
fois; & à toutes les trois fois il prononça ces paroles: fon Dieu, 
eg la glorieufe V ierge : Mon/cigneur Sainct Claude, © Monfeigneur 


Saint Blaife me foient en ayde ; & à la derniere fois il rendit fon 


efprit à Dieu. Les dernieres paroles qu’il prononça deuant fon 
apoplexie furent, Qw'il efperoir de n'offenfer iamais Dieu mortellement, 
ny rveniellement , moyennant [a [aincle grace. I] mourut âgé de vingt- 
fept à vingt-huicans, vn Samedy veille de Pafques-fleuries ,s’eftanc 
Ppi 


1497. 


* Opus Pa- 
ganini Mu- 
tincnfis. 


* Neapols 


* C’effoiten 
1497. felon 
La maniere 
de commen- 
ceren Fran- 
ce l'année 4 
Palques. 

* al. T'ouffa- 
nelle 


300 HISTOIRE DE CHARLES VIIL 


confeffé deux fois cette femaine-là. Telle fut la fin de ce deuot 
& religieux Prince. | 
Son corps fût apporté pete à à Paris en Er pompe, puis 
à Saint Denys, où il fût enfepulture au bas des degrez du grand 
Aurel , du cofté du Septentrion. Son fepulchre *elt le plus beau 
ui foit dans le Chœur, fur lequel on void fon cfhgie reprefen- 
tée à genoux, aprés le naturel, vne couronne & vn liure fur vn 
Oratoire ; & quatre Anges à genoux aux ut coins du tombeau, 
le tout de cuiure doré, fauf l'effigie dont la robe eft d'azur , femee 
de fleurs-de-lys d’or. _ 
Ce grand Roy fût gencreux , magnanime, affable , & orné de 
toutes les vertus "pe. 2e auffi fut-il grandement regretté de tous 
fes Sujets , & fpecialement de fes domeftiques, deux defquels tom- 
berent roides morts en Le voyant mettre en terre : La Reyne fur 
cout en füc tellement affligée, qu'elle en penfa mourir de regret, 
demeurant prés de deux iours & deux nuits fans repoler, ny 
prendre aucun aliment. Le Roy eût de cette Princefle trois enfans 
mâles & vne fille, qui moururent tous en enfance: On void fon 
Epitaphe aux pieds de fon tombeau, en vn tableau de cuivre do- 
ré, attaché à l'vn des quatre pilliers de la croifée de l'Eglife, con- 
tenant ces vers : : 
Hic Oëtaue iaces Francorum Carole Regum, 
Cui victa ef À ol Britonis ora manu. | 
. Parchenope * illuffrem tribuit captina triumphum , . 
Claräque Fornouio pugna gs folo. 
Capit cr Henricus regno depulfus auito, 
Bellare aufpiciis fceptra Britanna tuis. 
O plures longinqua dies fi fata dediffent 
Te pullus toto maior in orbe forer. 
Uixit annos 28. ohiit anno 4 Natali Domini 1498.* Aprilis 7. 
le veux rapporter icy vn rare exemple de Îa chafteté de ce 
Roy, & de la deuotion qu'il auoit à la Vierge Marie, recité par 
Feron ,& autres Hiftoriens. | 
Au retour de {fon Royaume de Naples, il prit par affaut la vil. 
le de Tuftanelle * en Toféane , qui luy refufoit les portes ; on luy 
amena vneieune Damoifelle d'excellente beauté, laquelle le voyant 
preft à lâcher la bride à fa fenfualité , fe jetta à fes pieds, & le con- 
jura par la pureté de la fainéte Vierge , de laquelle il ÿ auoic là 
vne Image, de ne la point toucher: Ce que non feulement il luyÿ 
oétroya, mais outre plus luy donna cinq cent écus, & mit en li- 
berté fon fiancé , & tous fes parens qui eftoient prifonniers de 
erre : 11 fût fort deuot au bien-heureux Sainéf François de Paule, 
à limitation de fon pere le Roy Lowys XI. quiluy porta tant d’af- 
fetion durant fa vie mefme, & eût telle confiance en fes prieres, 
qu’eftant fur la fin de fes iours detenu d'vne longue & fâcheufe 


ROY DE FRANCE 301 
maladie ; & voyant que les remedes qu'on employoit pour le re- 
couurement de fa fanté eftoient sa , 1 creût que les prieres 
de ce Sain® auroient plus de pouuoir que toutes les induftries des 
hommes ; c'eft pourquoy il pria le Pape Sixte I. de le luy en- 
uoyer; ce qu'il fit l'an mil quatre cent quatre-vingt deux : mais 
eftanc venu, & ayant fait fa priere à Dieu pour le Roy , il recon- 
nuc qu’il ne luy.vouloit pas rendre fa fanté, ains l’appeller à {oy, 
dont il l'aduertit , & l’exhorta à fe conformer au vouloir Diuin : 
Il ne laiffa pourtant pas d’eftre bien-venu en France, & y demeu- 
rer toute fa vie. | 

Nofître Roy Charla l'affeétionna fort, comme ï'ay dit, & luy 
fic bâtir vn Conuent prés le Pleflis lez Tours; & non content de 
cela ,eftant à Rome en fon voyage de Naples , il fonda le celebre 
Monaftere de la Trinité du Mont , de l'Ordre du mefme Pere, auec 
cettecondition (que le Paperatifia) qu’il n’y auroit iamaisen ce Mo- 
naftere aucun Superieurny Religieux qui ne füt François de nation. IL 
fonda aufli vn Monaftere du mefme Ordre à L 4mboife ; & au faux- 
bourg de Ueze à Lion,le Conuent de l’'Obferuance de S. Francois. 

Ce bon Roy affettionnoit grandement l'Abbaye & les Reli- 
gieux de Sainéf Denys, il confirma leurs Priuileges, & leur en don- 
na vn nouueau tres-important & profitable , qui fonc les trois 
muids de fel, pour la prouifion de l'Abbé & des Religieux , fans 
cftre fujets à gabelle ny controlle. | 

Le Roy Charles VIII. mourant fans aucune lignée, la race du 
fils aifné de Charles V. (qui fût Charles VI.) ceffa en luy. De forte 
que pour auoir vn fucceffeur legitime de la Couronrie, il fallut re- 

rendre l'autre branche de Lowys Duc d'Orleans fils puifné du- 
dit Charles. Ce Louys, affafliné par la trahifon de Ÿean Duc de 
Bourgongne, laiffa de luy , & de Ualentine fa femme deux fils qui 
eùrent lignée, Charles & Iean ; Charles fut pere du Roy Louys XII. 
appellé le Pere du peuple, fucceffcur du Roy Charles VIII. 


Extrait d’vn Liureintitulé, Stephans PafChafij Iurifconfulti, 
ac in Senatu Parifienfi Patron: , Iconswm lber. 


‘CAROLVS OCTAVVS. 


Vt vidi, vici, dicebat Zuhus ille, 
Gloria Romani ?#lius. Imperij | 
Parthenopem* vincis nondum tibi (arole vifam ; 
Cæfaris illa fuit laurea, & ifta tua. 


_ Idem. 


Aufonius Gallos, fed vifos vicerat olim; 
Gallus non vifos fubjicit Aufonios. 
Pp ii 


*N capolim 


= De — om im 


302 HISTOIRE DE CHARLES VIII. 


oo CT 


Excrait d’vn autre Liure qui a pour titre, T'heodori Pa/chafij 
in Francorum KRegum Icones, Note. 


CAROLVS OCTAVVS. 


Vulgare eft & critum omni populo illud lulij Cæfaris , Ueni, 

* N'eapolis vid , via. At reddita eft Parthenope * Carolo Otauo, pro nominis cc- 
lebritate, antequèm Campanie fines acrigiffet ; iure igitur potuit 

dicere /6 vixifle antequän venif]et , © vidiffet : Quod etiam Guichar. 


dinus.in Hiftoria fua annotauit. 

BEL LÉELSESLERES ELLES EREREESE 

EXTRAIT DV LIVRE INTITVLE, 
La Franciade, où l'Hiffoire generale des Roys de France, 


depuis Pharamond s#/ques a Louys le lufte ,m15 en vers 
François par le S' Geuffrin 1623. page 113. 


CHARLES HVICTIESME. 


E Roy qui vient aprés facré à quatorze ans 
\ 4Sc verra trauerfé par vn Duc d'Orleans, 
Qui voulant difputer le droit de fa Regence, 
Sera vrayment puny de fa grande infolence, 
 Perdant vne Bataille auprés de Sainét Aubin, 
Dont luy-mefme fera le glorieux butin, 
Et dedans Lufignan , efclauage bien rude, 
Deux ans fera gardé en cette feruitude; | 
Tant que Charles voyant fon Regne en feureté, 
De captif le mettra en Ee liberté : 
Et puis ayant mis fin à la guerre ciuile, 
De Bretagne il prendra l’heritiere & Ja fille, 
Dont l'Anglois indigné & porté de fureur, 
Voudra pour cét Hymen itriter l'Empereur: 
Mais pour le démouuoir de fa caufe entreprendre 
Charles luy renuoyra Marguerite de Flandre, 
Preferant la Bretagne aux fuperbes païs 
De la Frize & Brabant pour iamais enuahis; 
Puis allant recueillir le Royaume de Naples, 
Paffera la Terence, & les hauts monts des Alpes. 
Et receû de bon œil d’vn Prince Medicis, 
Dans Florence & dans Pife il fe verra aflis 
Au Throfne des Tofcans, puis rendant mal-habile 
“Naples Rouffillon à l'Efpagne, ira dans la Sicile* 


ROY DE FRANCE. 303 
Se faire declarer Prince de ce fejour: 
Mais dans Æmboife , à peine il fera de retour, 
Que regardant joüer, courbe fur fa feneftre . 
Vne foudaine mort luy rauira fon Sceptre, | 
Les Roys de qui lesiours vont du fort dépendans, 
Ainfi que les petits fujets aux accidens. 


LINVTESITENEETELELESETET 
EXTRAIT DV LIVRE SECOND 


des Antiquitez, © fingularitez, plus remarquables de 
Paris ; 7 environs : Recucillies par Giles Corrozser, 
Pierre & Nicolas Bonfons , & lacques du Breuil 1588. 
page 46. & 1608. pag. 70. à 395. 


DE CHARLES HVITIEME DV NOM 
| Roy de France. 


 Ovys Onziéme mort, le Royal Diadéme 
Porta comme heritier du nom Charles Huictiéme, 
Lequel petit de corps, mais d’efprit Prince grand, | 
Mit le Royaume en paix, par guerre furmontant 
Louys Duc d'Orleans, & le Duc de Bretagne, 
Qui auoient contre luy mis foldats en campagne. 
Anne aprés époufa, renuoyant Marguerite 
A <Maximilian Archiduc, fans pourfuire : 
Par vn mefme moyen rend la Comté d'Artois, 
Annexant la Bretagne à fon Sceptre Gaulois: 
Le Roy reftitua Henry Roy d'Angleterre 
Au Royaume occupé par Richard , qui grand erre 
. Se retira voyant les guerriers qui venoient, 

Et le party d’Henry à bon droit maintenoïient. 
Au Royaume d’Efhagne il rendit Roujfillon, 
Et Parpignan Comtez: puis mit hors de prifon 
Lonys Duc d'Orleans. Pour Filles Repenties 
Furent dedans Pari lors, des Maifons bafties. 
Es fauxbourgs de Lion pour les Freres Mineurs 
Il fonda vn Conuent : puis auec grands Seigneurs, 
Princes, Comtes ,Barons, & bande qui fretile, 
S'en alla conquerir NN aples & la Sie. 
Où fut couronné Roy, fans point fe defher, 
Pour Viceroy laifla Gilbert de Monpenfier. 
Les Neapolitains aprés fe reuolcerent, 
Et le Viceroy mort, Soldats fe retirerent : 


Ces vers [ont 
attribuez 4 
Pierre de 
Ronfard, 
dit le Prince 
des Poëtes 
Françors. 


304 HISTOIRE DE CHARLES VIIL. 
Au retour les Lombards, Romains, & Milanois, 
Voulurent à Fowrnoïüe accabler les François: 
Mais le Roy fut vainqueur ; auec Îa deliurance 
De Monfieur d'Orleans , il retourna en France. 

| Aprés auoir regné quatorze ans , à _Amboife 
Mourut fubitement, dont noftre gent Françoife 
Fut longuement en deüil , & honorablement 
A Sainét Denys en France eût fon enterrement. 


Le fufdit Roy Charles ayant regné enuiron rt og ans, & 
plus , trépafla de ce monde fans laiffer aucuns enfans, à Amboife 
le fepriéme Auril , lan mil quatre cent quatre-vingt dix- fepr. 
L’Aucheur des Efigies a écrit ainfi: 


Annæ /e iungir, Galle Armoricamque corone : 
Italie tremor, orbis amor, Rex corpore paruus, 
At fuperat Corpus fama : eff bec maxima fama. 


Entre plufieurs qui firent des vers fur le trépas de ce Roy, fut 
Faufte Andrelin , Poëte remarqué de fon temps, qui luy fit cette 
Epitaphe. 
Ecce trucis numen non exorabile Parce 
Florida truncanit firgentis flamina Caïli: 
Stamina Neftoream tranfcendere digna fenectam , 
Cumeam, Phrygiämque fimul : [ed flamina virtus 
Ante [hum veniens iuuenili in corpore tempus, 
This inuidiam [uperis commouit atrocem : 

Et tanto orbarunt felices numine terras : 
Fefique plaudentis decorarunt atria cali. 


En ce gentil & heureux Roy faillit la race direte des Roys de 
France, bris de pere en fils de Philippe de Valois, & tomba la 
Couronne en ligne collaterale; dautant que Charles mourant fans 
hoir ,le Royaume écheût au Prince plus proche du Sang, & for- 
ty d'vne autre fouche, quoy que de mefme famille , à fçauoir en 
Lonys XII. du nom Duc d'Orleans, & de Valois. 


TRAITEZ 


TRAITEZ 
DE PAIX, 
NEGOTIATIONS: 


 TESTAMENS, LETTRES HISTORIQUES, 
| &t autres AËtes: 


SERVANT DE PREVVES 
A L'HISTOIRE 
DU ROŸY CHARLES VIII 


Pris fur les Originaux, ou fur des CNCanufrits authentiques. 


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 NEGOTIATIONS, 
CONTRACTS DE MARIAGES, TESTAMENS, 
LETTRES HISTORIQUES, ET AVTRES ACTES, 


SERVANT DE PREVVES A L'HISTOIRE 
du Roy CHARLES VIII. 


Pris fur les Originaux , ou fur des Manufcrits authentiques, 


INSTRVCTION 
BAILLEE PAR LE ROY LOVYS XI 
| peu auant fa mort, à fon Fils & Succeffeur 
le Roy CHARLES VIIL 
ce eAmboife le 21. Septembre. 148 i. 
RÉGISTREE EN LA COVR DE PARLEMENT 
de Bourgogne, & en la Chambre des Comptes de Paris. 


Prifé fur l'Original en parchemin, communiqué par M" d'Herouual. 


” 


Fr | 
OA, 

. 
X 9 


TRES 5 Ovys par la grace de Dieu Roy de France: 
Æ : LV AIA tous ceux qui ces prefentes lettres verront, 
ini] Salut. Sçavoir faifons, que nous confiderans la 
+" Inäiffance de toutes chofes, & la fin & termi- 

| nation d’icelles ; 8 mefmement d’humaine na- 
"TÉl eure, qui en brefs iours termine fon temps, 


Ve 


TRE 


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PART 


QT E : | 
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J| grandes graces qu'il luy a pleü nous faire 
RE — n 7] Chef, Gouuerneur, & Prince de la plus no- 
CAR 4 07m * ÆCA] table Religion & Nation de deflus la terre, 
"1 qui eft le Royaume de France, dont plufeurs 
des Princes & Roys nos predecefleurs ont efté fi cres- Grands, Vertueux, 
& Vaillans, qu'ils ont acquis ce nom de Roys Tres -Chrefliens, tant en met- 


Qa 1 


— : 
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À Le : … , 5 
» FT 
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La 


1482 
V. pag. 258. 
486. ei fn5— 
nantes des 
Obferuations 


4] & que Dieu noftre Createur nous à fait de fi furies Memoi- 


res de Comi= 
nes, de l'Imr 
primerie Roya- 
le, que say 

miles au iour 
en 1649. 


1482. 


_ #P.6.dro.de 
Comines /#f- 
mentionnées, 


Y Pas. 148. du 
mefme As. 
theur. 


398$ OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


tant & réduifant à la bonne Foy Catholique plufieurs grands Pays & diuerfes 
Nations habitées parles Infideles, en extirpant les Herefies & vices denoftre- 
dit Royaume, & en entretenant le fainét Siege Apoftolique, & la fainéte 
Eglife de Dieu en leurs droiéts, libertez, & anchifes, qu’en faifant plu- 
fieurs autres beaux faits dignes de perpetuelle memoire; & tellement qu’il 
y en a certain nombre tenus pour Sainéfs & viuans écernellement en la tres- 
glorieufe compagnie de Dieu en fon Paradis; lequel noftre Royaume, & au- 
tres nos Pays & Scigneuries, nous auons graces à Dieu, & par linterceffion 
de la tres-glorieufe & benoïfte Vierge Marie fa mere, fi bien entretenu, de- 
fendu, & gouuerné que nous l'auons accreù de toutes parts à grand cure, fol- 
licicude & diligence, à l’ayde aufli de nos bons, vrays & loyaux Officiers, Ser. 
uiteurs, & Sujets, jaçoit ce que tantoft aprés noftre aduenement à la Cou- 
ronne les Princes & Seigneurs de noftre Sang & Lignage, & autres grands 
Seigneuis de noftredit Royaume; qui que ce foit, la plufpart d'iceux ont 
confbiré *, fair, conduit & mené contre nous, & la chofe publique de no- 
ftredir. Royaume, plufieurs grandes pratiques, trahifons, & confpirations: 
tellement, que par le moyen d'icelles, fi grandes guerres & diuifions s’en 
{ont fourfes & conduites, que merueilleufe effufion de fang humain, deftru- 
étion de pays, & defolation de grand nombre de peuple en font aduenus, qui 
ont duré depuis noftre aduenement iufques à prefent; qui encore ne font 
du tout éteintes, & qui aprés la fin de nos iours pourroient recommencer, & 
longuement durer, fi aucune bonne prouifion n'y eftoit donnée. Parquoy, 
Nous ayans à ce regard & confideration, & mefimement l’âge où nous fom- 
mes, & certaine maladie à nous furuenué, pour laquelle auons efté en tres-gran- 
de deuotion voir & vifiter le glorieux Corps fainét & amy de Dieu Monfieur 
Sainét * Claude, dont fommes grandement amendez & rerournez, à l’ayde 
de noftre Createur, de fa benoifte Mere, & dudit Sainét, en bonne profperi- 
té & fanté ; ayons deliberé, conclu & difpofé de, aprés le retour de noftredic 
voyage, voir noftre tres-cher & cres-amé fils Charles Dauphin de Viennoss , & 
luy remonftrer plufieurs belles & notables chofes, à l’édifiement de fa vie, en 
bonnes mœurs, gouuernement, entretenement, &c conduite de la Couron- 
ne de France, s’il plaift à Dieu qu'elle luy aduienne aprés nous. Pour lefquel. 
les chofes accomplir, & que nous auons efté de retour d’iceluy noftre voya- 


ge en noftre ville d'Amboife, nous fommes allez au Chaftel udit lieu, où 


cftoit noftredit fils le Dauphir, qui coüjours y auons fait tenir & nourrir ; & 
en la prefence de certain nombre de Seigneurs & Dames de noîftre Sang & 
Lignage, & autres grands Perfonnages gens de noftre Confeil, auons faie 
venir iceluy noftredit fils pardeuers nous, & luy auons fait & remonftré les 
chofes, paroles & remonftrances deflufdites , & autres qui s’enfuivenr. 


.…. PREMIEREMENT, aprés recitation par nous faite à noftredite fils des 


chofes deflufdites, ou de la plufpart d'icelles, Nous luy auons remonftré le 


” grand defir que nous auons, qu’il peût aprés nous paruenir à l'ayde de Dieu, 
. à la Couronne de France fon vray heritage, & qu’il le peut fi bien gouuerner 


&c entretenir que ce fuft à fon honneur & loüange, au profit & vrilité des 


_ Sujets du Royaume, & de la chofe publique d’iceluy. 


tem, Et que quand il plaira à Dieu faire fon commandement de Nous, & 
que noftredir fils feroit, comme dit eft, paruenu à ladite Couronne de France, 
nous luy auons ordonné, commandé, & enjoint ainfi que pere peut faire à 
fon fils, qu'il fe gouuerne, entretienne, & maintienne au bon regime & en- 
tretenement dudit Royaume par le confeil, aduis & gouuernement de nos 
parens & Seigneurs de noftre Sang & Lignage, & des autres grands Sei- 

neurs, Barons, Cheualiers, Capitaines, & autres gens fages, notables, de 
ni confeil & conduite; & principalement de ceux qu'il fçaura & connoiftra 
auoir efté bons & loyaux à feu noftre tres-cher Seigneur & Pere, que Dieu ab- 


a 


DV ROY CHARLES VIII. 309 
folue ,à Nous, & à la Couronne de France, & qui nous auront efté bons & Q 
loyaux feruiteurs, Officiers, & Sujets. _ 1402. 


Item , Nous luy auons aufi par exprés commande , ordonné , & enioint, 
que quand il plaira à Dieu qu’il paruienne à ladite Couronne de France, qu’il 
entretienne és Charges & Offices qu'il trouuera eftre , lefdits Seigneurs de 
noftre Sang & Lignage, les autres, Sieurs Barons , Gouuerneurs , Cheualiers, 
Efcuyers , Capitaines, & Chefs de guerre, & tous autres ayans charge, gar- 
de ,& conduite de Gens, Villes, Places, & Forterefles; & les Officiersayans 
Offices tant de Iudicature que autres, de quelque maniere & condition que 
lefdits Officiers & Charges foient , fans aucunement les muer*, changer, * 1! n'anoit pas 
décharger, ny defappointer , ny aucun d’eux ; finon toutesfois qu’il fuft , ER 
{oit trouué qu'ils , ou aucuns d’eux fuffent & foient autres que bons & senemens à Le 
loyaux,. qu’il en appere bien & deuément , & que iufte & deué declaration 5°#07#e:4 
en foit faite par Iuftice ,ainfi qu’en tel cas appartient. | plufieurs foie 
. Îtem, Etafin quenoftredir fils puifle & veüille mieux auoir à cœur ,accom- "##. Voyez 
plir & entretenir noftredite Ordonnance, injanétion, & commandement, nous ho 
luy auons remonftré les grands maux & dommages irreparables qui nous ad- # Comines. 
uinrent* peu de temps aprés naftre aduenement à la Couronne , pour n’a- * pages 19. 22. 
uoir entretenu lefdits Seigneurs 8 Officiers de noftre Royaume en leurs Eftats ; 27: 29.24 
Charges & Offices , qui bien long-temps ont duré , à la tres-grande foule, ”*"7” 
dommage, & deftruétion de plufeurs de nos Pays, & Sujets, & qui encore 
dure, fans y auoir fin de paix ; jaçoit que ce ,comme dit eft ,nous n’auons rien 
perdu de la Couronne : Mais icelle augmentée & accreuë de grandes Terres 
& Seigneuries ,efperant de bref, au plaifr & vouloir de noftre Createur, y faire 
mettre paix, tranquillité ,& vnion; & que quand noftredit fils feroit le fem- 
blable, & n’entretiendroit & continuéroit lefdits Sei “re & Officiers, il luy 
en pourroit femblablement ainf,ou pis arriuer; & que fur tant qu'ilaime le bien, 
honneur , & augmentation de luy , & dudit Royaume, qu'il y eüt bien re- 
gard, fans faire ne venir au contraire, pour quelque cas qu’il aduienne. 
Item , Er lefquelles remonftrances ainfi par nous faites à noftredit fils le 
Dasphin pour le bien de la Couronne de France ; & afin que lefdites ordon- 
nances ,commandemens & inionétions à luy faits, fortiffent effet, & en fuft 
perpetuelle memoire: nous auons demande à noftredit fils ce qu’il luy en fem- 
bloit, & s’il n’eltoit pas bien content , deliberé , & en bon propos , vouloir 
& intention de faire , entrerenir & accomplir les chofes deflus a ) & au- 
cres par nous à luy dites ; & mefmement touchant lefdites Charges & Of- 
ces ; à quoy il nous a humblement fait réponfe , & dit de bouche | que 
wes-volontiets il obeïroit, feroit & accompliroit de bon cœur, & de toutfon 
pouuoir , les commandemens ,enfeignemens , ordonnances & inionétions que 
nous luy faifions, dont tres-hum blement il nous remercioit. 
. Item, Nous luy auons en outre commande qu’il fe retiraft deuers aucuns de 
fes gens & Officiers quiillec eftoient , & parlaft à eux fur les chofes deflus dites, 
. par nous àluy remonftrées, & qu'il aduifaft bien s’il vouloit pas bien entretenir 
tout ce que nous luy auonsenioint & ordonné ; ce qu'il a fait, & puis aprés nous 
a dic celles paroles , ou femblables : Mowfeur , 4 l'ayde de Dieu , G: quand [on 
bon plaifir fera que les chofes foient € aduiennent , j'ebeyray à vos commandemens 
C° plaifirs , 67 feray , entretiendray , C* accompliray ce que mi'aucx enjoint, comman- Eva “ee _. 
dé, C enchargé , ©" ainff qu'il a effé arreffé : Eu comme nous luy auons dit, que au 
puifque pour l'amour de nous il le vauloit, qu'il leuaft la main , & nous pro- fon Pere dec. 
mift d’ainfi le faire & tenir;ce qu'il a fait. —— ri 
Item, Et aprés plufeurs autres chofes par nous à luy remonftrées , depen- joint de faire, 
dantes des chofes deflus dites | 8 aufli de plufeurs S'° nos aduerfairés , de Li sé de- 
noftre Royaume, qui toüjours auoient efté contraires à Nous & à ladite Cou- do 
ronne , dont en partie les maux & inconueniens deuant dits eftoient adue- 


Qa ii 


310 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


nus, à cequ’il y prit bien garde; Nous luy auons recommandé aucuns de nos 

bons & loyaux feruiteurs & Officiers qui illec eftoient prefens , & les aucuns ab- 

fens ; luy remonftrans que bien & loyaument ils nous auoient ferui tant alen- 

contre À nofdits aduerfaires, & alentour de noftre perfonne qu'autrement , en 

plufieurs & diuerfes manieres , donc & defquelles chofes , & de chacune d'i- 

celles , leurs circonftances & dependances ,nous auons ordonné & comman- 

dé à noftre amé & feal Notaire & Secretaire, tant durant nofre Regne que 

celuy de noftredit fils, Maiftre Pierre Parent illec prefent, en fairetoutes Lettres 

& Expeditions, Prouifions , Patentes , & chofes declaratoires de noftredic 

vouloir, commandement , & ordonnance que befoin fera, tant durant noftre 

Regne que celuy de nôtredir fils, & au commencement de fonditRegne par ma- 

niere de confirmation aufdits Officiers, en confirmant iceux en leurfdites Char- 

ges & Offices; & auons ainfi commande à noftredit fils le faire faire par ledit P4- 

rentcomme noftreSecretaire & le fien.Sr DONNONS EN MANDEMENT par ces mef- 

mes prefentes, à nos amez & feaux Confeillers les Gens de nos Cours de Parle- 

mens, Efchiquier de Normandie, Gens de nos Comptes, Generaux,Confeilfers 

de nos Finances, de la Iuftice de nos Aydes, Maiftres des Requeftes de noftre 

Hoftel , Preuoft de Paris, à tous Baillifs, Senefchaux, Preuofts, & autres nos 

 Jufticiers, Officiers , ou Sujets ou àleurs Lieutenans, fi comme à chacun d’eux 

appartiendra , qui à prefent font ou feront cy-aprés de noftre temps, & de no-- 

ftredit fils , que de nos prefens Ordonnances , Commandemens | Declara- 

tions, & de toutes & chacunes les chofes fufdites en cefdites Prefentes con- 

tenuës ; & chacune d’icelles , leurs circonftances & dependances ils faf- 

fent, entretiennent , & accompliflent, & faflent entretenir de point en point 

inuiolablement , fans enfraindre , ne aller ne venir iamais au contraire ; ores, 

ne pour le temps à venir , pour quelque caufe ou occafion que ce foit; & y 

contraignent ou faflent contraindre reaument & de fai les empefchans & 

jrs , & tous autres qu'il appartiendra , & qui pour ce feront à con- 

traindre par la prife de leurs Lettres au contraire , caffation & annullation 

d'icelles , arrefts & detention en noître main de leurs biens , emprifonne- 

mens de leurs perfonnes, & tout ainfi qu’il eft accoütumé de faire pour nos 

propres befognes & affaires | nonobftant oppoñitions , appellations , Cla- 

,. meur de Haro, doleances ,& quelconques Ordonnances faites ou à faire par 

nous ou noftredit fils, reftrinétions , mandemens , defenfes, & Lettres à ce 

contraires ; pour lefquelles ne voulons eftre aucunement differé ny le con- 

renu ,cffet , & execution de cefdites Prefentes retardé en- aucune maniere: 

Et pource que de ces prefentes plufieurs pourront auoir à befongner en di- 

uers lieux, nous voulons qu'aux Vidimus d’icelles , faits fous Seel Royal , ou fi- 

gnez par ledit Parent, ou autre de nos Notaires & Secretaires ordinaires, plei- 

_ nefoy foit adioùtée comme à ce prefent Original. En témoin de ce nous auons 

fait mettre & appofer noftre Seel à cefdites Prefentes. D'oNNE' au chaftel 

d'Amboife le vingt-vniéme iour de Septembre l’an de grace mil quatre cent 

quatre-vingt & deux , & de noftre Regne le vingt-deuxiéme ; Signé par le Roy, 

Monfeigneur le Dauphin , Monfieur le Comte de Beaujeu , le Comte du 

*Robertde Marle * Marefchal de France , l’Archeuefque de Narbonne , les Sieurs du 

PE Are Bouchage, de Precigny, du Pleflis-Bourré, de Solliers *, Iean de Doyar, 

Guyfe. v.ps. Gouuerneur d’Auuergne, Oliuier Guerin Maiftre-d'Hoftel, & plufieurs au- 

4+-#Maf tresprefens, Parent. Letfs, publicats , Cr regiffrata in Curia Parlamenti Ducatus 

ce,que ray PBurgundie Dinioni die duodecimé menfis Nosembris anno Domini millefimo qus- 
ce its dringentefimeo oëfuagefimo [écundo.  Sic fignatum , Dspuws. È 

Royalsenxess , Vne autre Expedition de ces Lettres porte fur le reply , Lecfa , publicata, 

*Palamedes GC regiffrata in Cameras Compotorum Domini noffri Regis , Parifius 7. die Nouembris 
For-bin. Anpo Domini 1482. Signé, I. de Badowilier. | | 


1482. 


ne = _———_—s - 


DV ROY CHARLES VIIL 31i 


1482, 
2907 que le Memoire /uisant foit conffamment du Regne de Louys X I. reant- 
moins commeil y a des chofes dedans qui touchent la Perfonne de Charles VIII. 
(qui fait le fujet de cette Hiffoire) lors qu'il effoit encor Dauphin , C* qui regar- 
dent fon Regne depurs qu'il fut paruens à la Couronne ; on a effimé les denoir 
icy donner, auec quelques Lettres [ur le mefme fujet ; dans la croyance que le Le- 
Cteur [çaura bon gré des particularisez d'Hiffoire qw'il y apprendra. Celle qui re- 
garde la Perfonne de ce Roy eff le pronoffic , G: le ingement auantageux que le 
. Pape Sixte LV. y fait de La vertu, Gr de la vaillance de ce Printe , lequel le iuffi- 
Jia bien depuis par l'expedition d'Avalie, qu'il entreprit en perfonne ; effant deuens * Ve pags voi. 
Roy : Maïs encore plus en la Bataille de Fornoüe*, 04 au [ten de tout le Mon- a 
de , G* au rapport de tous les Hifforiens du temps , il parut grand Capitaine, G* precedentes. 
combatit en tres-vaillant Soldat. Aufi ce Pape témoigne dans ce Memoire défirer 
fort, qu'il fut Gonfalonnier, c'eff 4 dire Proteîteur de l’'Eglife. Pour l'autre, 
qui touche fon Regne , c'eff que le mefme Pape , non feulement affuroit dans ce 
Memoire ,que l'entreprife du Royaume de Naples , que Charles V I] 1. conquit + y. pag. 195. 
depuis ; cfloit iufte * C° raifonnable, comme appartenant legitimement à la France, 212. 219. 249. 


mais mefme offroit deflors d'y aider de tont fon pounoir le Roy Louys XI. 44 cas °°" 
qu'il y voulut penfer. | 
Memoire de ce qu'ont befongné * à Rome les Sieurs de Rochechotüart ne 
© Maiftre Iean Raboc, /elon la charge que le Roy ed 
enr en à donnée. É _. 
* C'efloit Guil- 


REMIEREMENT, touchant la Tranflation del’Eve/que * de Verdun ,le- Lieu Ma 
quel le Roy defiroit eftre transferé en vn autre Siege Epifcopal en Lom- Sn 
bardie , ou autre lieu d'Italie, noftre fain& Pere le Pape, & tous Meflieurs les 3°, Pret 


;  . | : pales maï{ons 
Cardinaux l'ont accordé; & a efté transferé en l'Euefché de Vingtemille, en de Lorraine) 


la Riuiere de Gernes ; & parce que ledit Euefché eft de petit reuenu, luy ont Ur 
eftc referuez cinq cent Ducats de penfion tant qu’il viura, fur Verdun. nier dE, 
Item , Celuy qui eftoit ss de Vingtemille a efté transferé à l’Arche- ne 
uefché de Melphe au Royaume de Sicile , & l'Archeuefque dudit Melphe ha- 6, pre 
tif de Florence de la Maifon de Nicollins (qui onttoûjours efté feruiteurs du #r-de Louys 
Roy) a efté transferé à Verdun. 2 Chdeiens 


: | dans la B2 féille 
Et veut le Pape que ledit Euefque de Ferdun foit tenu de prefter ferment prés de quaror- 


folemnel, tel qu'il plaira au Roy, pour la feureté de fa perfonne , & de fon + Cafois _. 
Royaume, entre les mains de Monfieur l'Archeuefque de Tours *; ou autre per- à Bourdcille, 
fonne d’Eglife telle que ledit Archeuefque élira, fous peines comminées par 9% auoir effé 


Religiesx de 
noftredit fain& Pere le Pape. l'Orare de $. 


Item, Sera renu ledit Euefque de Ferdun d'aller incontinent à Rome en la Françiis, de. 
compagnie dudic Archeucfque de Towrs , ou d’vne autre perfonne d’Eglife Frereue 
telle que ledit Archeuefque élira , pour confirmer les fermens & promefles & ors Arche” 
qu’il aura faites au Roy és mains de noftredit fainà Pere le Pape; prefens & re . 
aîiftans Meflieurs les Cardinaux. fin Cardinal, 

Item, Et pout fupporter la penfion que l'Archeuefque de Melphe , qui eft #jours fors 


] HN affeéfionne à la 
tranflaté à Verdun , eft tenu de payer audit Euefque de Verdun tranflaté à Vingte- aÿes bete 


_ mille, a efté accordé felon le bon plaifir du Roy ,que ledic de Melphe auratout & qui auoir 


l'argent que le Roy prend audit Ferdun par chacun an, pour la garde de ladi- fé & 


auec chalcur,la 


te Ville, tant que ledit Euefque transferé à F'ingtemille viura. diérance da 
‘ Ù e ? À Ÿ . . 4 
Item, Et pour auoir la main-leuée dudit Euefche de Verdun, & les Lettres CardinalBaluë 
& del'Euefque 


de la penfion que le Roy prend fur ladite Ville, & autres prouifions que pour Verdun ; 
ce, luy font neceflaires , ledit Archeuefque enuoyera vers le Roy vn Meflager neanrmoins c5- 


| | RE 
pour les obtenir de fon bon plaifr, & les luy oétroyer. A XL 


312 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


* Jefoirneues … tem , Et pource que le Roy a eù fcrupule de confcience d’auoir detenu 
du Pape Sixte Icdit Eucfque de Ferden , & en a voulu auoir abfolution de noftredit fain& 


IV. G #4 Pere , il la luy a oétroyée , en commettant à Meflieurs les Archeuefques de 
loss Hiero{me d 


de Ruerc ou Vienne & de Tours, l'Euefque d’4/by , & le Doyen de Noyon, & à chacun 


Pre da d'eux l'ab/folution fi le Roy la demande. | 
Ruercow Ria-  dJtem, À octroyé noftredit fain®& Pere au Roy, qu’il puifle , & luy foit loi- 
rio Cardinal fible de manger de la chair en tout temps quand par les Medecinsil luy fera 
ne ordonné, & confeillé d’ainfi le faire pour le falut de fa perfonne. 

Cardinal deS.  Surlefquelles chofes noftredic fainét Perele Pape ena enuoyé les Brefs Apo- 
Pierre ad vin- : . , À 

pu ftoliques feellez /4b annulo Pifcators au Roy, & aux autres en iceux nom- 
ne dudit Pape MECZ. | 

Sixte;Ce Com Er pource que l’vn defdits Brefs s’adreffantau Roy , contient Creance fur lef- 


Hierofmee- ,. :, ‘ : : Le s: : 
fois on dits de Rochechoüard & Rabot, ils ont mifeleurdite Creance par écrit, s’il plaift 


confideration au Roy de la voir ; & femblable Creance leur a donné, pour dire au Roy, le 


auprés du Pape ER | 
alerter Comte * Herofme, qui aufli luy ecrit vne lettre contenant Creance fur eux. 


pourcequire- 
gardoit les #r- 


mes, La Creance que noffre Sainét Pere le Pape a chargé lefdits 


. Indulgences " à 

données à ceux de Rochechoïüart & Rabot de dire au Roy. 
qui pricrent 

Dieu pour le 


D ny REMIEREMENT, Noftre Sainét Pere enuoye fa Benedi@ion au Roy, 
aplufieurs Bul- & à Monfieur le Dauphin , lequel prie , & fait prier Dieu continuelle- 


les à mefme [u- / / 7 OR x : 
je dues le ENT pour leur fanté , & a oûtroyé & donné à cous ceux qui vifiteront l’Egli- 


Chartes du Îe de Noftre-Dame del Populo, & prieront Dieu pour eux, pleine * remiflion 


Roy,enfaueur &y : 
d hd & mdulgence de leurs pechez. 


Frêne. Item , Parce que noitredit Saint Pere a tres-grande eftimation de mon- 


*Cefusensi- dit Seigneur le Dasphin , & croit certainemenc qu'il fera v» #res-Vertueux 
ron l'an 1444. D FA > 


que Eugene  F'es-Vaillant, & tres-Excellent Prince, & le Pilier de l'Eglife ; & partant il defi- 
IV.fr Gonfa- re fort, s’il eft agreable au Roy, qu'il füt Gonfalonnier de l'Eglife , ainfi que le 
os a. Roy ,eftant Dauphin, le fut du temps du Pape Ewgene * ; car file Roy y prend 
Jors Dauphin, plaifir , ie Pape le fera tres-volontiers , fur quoy le prie qu’il luy en veüille 
PH 9 sal écrire fon vouloir. 

conduifit vne Item, Le Pape eùt enuoyé la Ro/e qu'il a benift la my-Carefme à mondit 
Armée ET y SCIgNEUr le Dauphin; mais parce que l’Efpée qui fe benift à Noël, eft vn don 
defrlessuifes, PIUS conuenable pour luy ; le Pape luy enuoyera ladite Efpée , afin que la 


sui . miere efpée qu’il ceindra, il l’aye du Vicaire de Dieu, lequel luy veüille don- 
mi ni “.” ° AT . 
sise pig. nef la grace de viure longuement en paix ,& en tranquillité,comme Prince 


deCharles vil. Vitorieux. 


smpreflion du s | 1 
D me. tem, Diront bien au long au Roy les plaintes, & doleances que le Pape 


* Cefà dire, fait du Roy Ferrand, afin qu'il en écriue audit Roy Ferrand en fa faueur. 
ne fe 3 Auffi luy diront, que s’il veut entendre au recouurement du Royaume 
dois du Roy € Sicile * , lequel appartient au Roy *, que maintenant il a faculté de ce faire 
ne Royaume IMICUX QUE iamais , pour les diuifions qui y font, & fans gueres de couts; & dic 
ie AE le Pape ces paroles : Nunc eff tempus acceptabile ; C tempus falusis ÿ & s'offre 
medupaye, le Pape d'y ayder le Roy de tout fon pouuoir. Pareilles offres fait ledit Com- 
ie Hierofme, qui témoigne fort defirer ladite entreprife: Toutesfois dit le Pa- 
Duc de Milan, PE , qu'il feroit befoin tant pour ce , que aufli pour le bien & honneur du 
ren el Duc de Milan , que Madame Bonne*X mere dudit Duc, laquelle à la charge, 
Ludouic  & à la foule de fon honneur , contre toute veritc , ignominieufement a efté 
* Les Litres deboutée du gouuernement de fondit fils ,retourne audit gouuernement; ce 
 . que le Roy pourra faire bien ayfement ,en écriuant * aux Seigneurs, & autres 
ferquecertere- de la Duché de Milan, vels qu'il auifera eftre à faire ; & aufli aux Venitiens. 
cérmardation Er eft bien befoin & neceffaire qu’ainfi le fafle , pour la feureté de la per- 
fonne dudit Duc de Milan; car le Pape a efté auerty que le fieur Ludowic on- 


:4 cle 


DV ROY CHARLES VIIL. 313 
ele dudit Duc auoit entrepris * de le faire mourir, pour foy faire Duc & Sei- 


: œ . ss À À 
gneur; mais le Pape, inconcinent qu'il le fceüt en écriuit, & aucrtit ceux qui 482 


ont le gouuernement de fa perfonne. * Entreprife de 
Ludouic fur la 
vie de fon ne 


… Cy font les plainres @r doleances que noffre Sainéf Pere le Pape fair  %e4 Duc de 
| du Roy Ferrand , pour les dire au Roy noftre Sire. | 


REMIEREMENT, De ce que ledic Roy Ferrand luy a refufé & con- 
credit de luy payer le tribut qui luy eft deù pour le Royaume d£ sicile, 
lequel Royaume | paris &occupe. 
_ Jtem, De ce qu’en la guerre de Florence , ledir Roy Ferrand s'appointa auec Grandes plais- 
les Florentins , par le moyen de fix mille Ducats qu'ils luy font de penfion res duPape con- 
par chacun an; & fit ledit appointement fans le vouloir & confentement du dis pri 
Pape, lequel il trompa & abandonna, qui auoit frayé pour icelle guerre en- pla. 
uiron cent mille Ducats. | 
Item, Et fe plaint auffi noftredir Sain@& Pere, de ce qu'aprés ledit appoin- 
tement iceluy Roy Ferrand fit publier qu'il y auoit Paix generale en toute 
l'Italie; & toutesfois il machina & fit entreprife auec aucunes puiflances du- 
dit pays, de conquerir & mettre en fa fujetion la Cité de Siene, & toutes fes 
Terres & Seigneuries, & aprés cela , celles de l’Eglife. 
Item, Et femblablement , de ce que ledit Roy Ferrand continuant en fef- 
dites machinations , a fait ligues & confederations auec les Florentins , le 
Duc de Milan, le Duc de Ferrare & autres, par le'moyen defquelles ligues 
il a mis la guerre dans ledit pays d'Italie , qui fera la deftruction du peuple; 
& auffi occafion que le Turc, qui a trois cent Voiles prefts à mettre fur 


mer, pourra venir plus ayfément defcendre audit pays, & aprés perfecuter la 


Foy Chreftienne. 
Item, Er aufli a induit ledit Roy Ferrand plufieurs Seigneurs, Barons, Vaf- 
faux , & Sujets de PEglife à tenir fon party, & abandonner le Pape, comme 
le Duc d'Frir, ceux . la maifon des Calommes , &c autres qu'il à fait rebel- 
les & defobeïffans au Pape leur Seigneur. 4 

Et encore s’eft fair bailler ledit Roy Ferramd des Places fortes , proche de 
Rome, d’aucuns defdits rebelles , où il a mis tant de Turcs que Chreftiens, 
garnifons qui ont couru iufques aux portes de Rome , en faifant guerre au 
Pape. | | 

Fc en maintes autres manieres il foule fans caufe ny raifon noftredit Sain® 
Pere, & les Terres de l’Eglife. 

Parquoy le Pape craignant cecy a eù intelligence auec les Venitiens, qui 
Juy ont promis & ont conuenu auec luy, de le feruir de tour leur pouuoir par 
mer & par terre , alencontre de ceux qui le voudroient greuer & luy faire 
dommage. | | 

Et pource noftredit Sain& Pere le Pape prie le Roy tres-affeétueufement, 
qu’en enfuiuant la finguliere deuotion qu’il a à Dieu , à la benoifte & glo- 
ricufe Vierge Marie, & au fain Siege Apoftolique, il veüille & luy plaife : 
écrire audit Roy Ferrawd, en luy mandant qu'il aye à fe defifter de celles ma- 
chinations, entreprifes, & voyes de fair, & ingenerations * qu’il fait alencontre » 4 ingers. 
du Pape, & des Terres de l’Eglife,en luy faifant fçauoir, que quand le Pa- rionsewms- 
pe & l’Eglife fervienc par luy foulez & opprimez, qu’en enfuiuant les geltes | | 
des Tres-Chreftiens Roys de France fes progeniteurs, il conuiendra qu'il foit 
en fon ayde & fecouts. 

Au furplus le Pape requiert au Roy , que s'il auenoit le cas que le Turc 
ou le Roy Ferrand fiflent aucun dommage à la Chreftienté , ou aux Terres 
de l’Eglife, qu'il luy plaife luy ayder & le fecouxir, comme il si certaine- 

r 


1482. 


34 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
ment qu’il fera , pour l'honneur & la reuererce de Dieu , & de la Foy Ca- 
tholique. RS : — | 


ne de. 1 
Signé, de Rochechañart. . Rabot.… 


Al auroit effé à fouhaiter que la date [e fuff trounée as Memoire cy-deffus , mas d'ef 


* Commines 
en l'Hiftoire de 
Louys XI. im 
Sao Au Los- 
are fol, 86. 


* Elles font ms- 


Jes aprés cette 


Obfernation , 
pag. 310. 


vne obmiffion trop ordinaire en France, de ce temps-là, auquel on ne voit aucune lettre 
miffiue auec la date d'année; neantmoins ce defaut peut effre affez aysément fp- 
pleé par les circonffances des chofès qui font contenués dans ce Memoire, GC con- 
clurad'abord qu'il eff auec certitude du temps de Louys XI. Pour cela il ne faut 
que remarquer ce qui y eff dit du Pape Eugene, qui fr Gonfalonier de l'Eglife 
ledit Roy effant Dauphin , dons le temps ne peut conffamment consentir qu'a celuy 
de ce Roy Lors gw'il effoir Dauphin , & non à celuy de Charles VIIL /on fils, 
Eugenc (ainf que porte l'obferuation qui precede ce Memoire) cfant mort long- 
temps auant que ledit Charles fuif nay : Et quoy que celte cérconffance pat [uff- 
re, toutesfois lon peut encor adjoñter, qu'il y eff parlé d'abfolution pour le Roy, 
au fijet d’auoir tenu prifonnier l'Eucfque de Verdun ; or sl eff conffant par tous 
les Hifloriens du temps , que c'effoit Louys XI. qui en l'année 1469. * Fasoit 
fait arreffer auec le Cardinal Baluë , G: l'auoit tens prifonnier d'Effat treize à 
quatorze ans dans la Baffille ; G* ainfi que ce n'effoit pes à Charles VIIL. 4e» 
demander l'abfolution au Pape, füpposé qW'elle fuff neceffaire ,maw # Louys XI. 
dont les [érupules conffammenteffoient grands em petites chofes ,€ petits ,ou nuls, 
en grandes. 


Et fi l'on vouloit encore plus particulierement diftuter L année du Memoire , on le 


pourroit facilement faire , par le semps que le Cardinal Baluë @ l'Eucfque de 
Verdun furent mé prifonniers, Gr par celuy de leur deliurance : Pour cela sl faut 


 €flablir ,que tous les Hifloriens du temps conuiennent, qu'ils furent arreffez., com- 


me il a effé dit, en l'année 1469. C* l'on peut efque auf affurer que ce fut au 
commencement d'Auril par la date des Levtres d'Appanage de la Guyenne, gu/ 
furent expediées à Charles frere. de Louys XI. G regifirées en ce mefme mors 
au Parlement @ Chambre des Comptes : Or comme ils furent arreffez pour amoir 
vouly diffuader Charles (par leurs lettres qui furent prifes auec le porteur) de 
changer l'Appanage de Champagne @ de Brie , qui luy auoit cffé accordé, en ce- 
duy de Guyenne, G que cette année commengoit le deuxième Auril, qui efloit le 
jour de Pafques , l’on peut conclure qu'ayans cffé arreflez conffamment en cefte 
année-là, d: lefdites Lettres d’Appanage ayans cffé expediées € regiffrées en ce 
mefme mois , ils ont par confequent cffé arreffez an mefme mois d'Auril : Or en 
contant treize à quatorze ans de leur prifon jufques à leur deliurance , cela tombe- 
roit vers La fin de 1481. 04 -aw commencement de 1482. C* cela s'accorderoit fort 
auec les Lettres * du retour à Milan de Madame Bonne de Sauoye Dwcheffe 
doisairiere de Milan , qui font des mois. de Septembre G:Olfobre 1482. bien datées; 
car en Italie l'on n'en vfoit pas ainfi qu'en France où ,consme il 4 effé remarqué 
les dates des années ne fe trouvent dans aucunes lettres miffnes : Or par ledis 
Memoire 5! y # Article, par lequel le Pape inuitoit le Roy à écrire pour le retour 
à Milan de ladite Dame Bonne de Sauoye, Gr par Le temps qw'il awoit fallu as 
Roy depuis ce Memoire ve , pour y cnmoyer Philebert de Groflaye Sieer 
d'Elyns fon Ambaffadeur, le temps fe rencontreroit fort bien. 


* Pag,148. de Ge que l'on pourroit obiecter , féroit ce que dit Comines * , que le Cardinal Baluë 


l'Hiffoire de 
Louys XI.s/n- 
prefion du 


Louure. 


fortit de prifon aprés que le Roy fut bien rétably de la grande maladie qu'il et 


en Mars 1480. fur cela l'on Le feroit refonuenir premicrement de ce que luy-mefme 


a dit du temps, de treie à quatorze ans de leur prifon, qui n'écherroit an platoff 
qu'en l'année 1481. ou au commencement de 1482. Et.cn fecond lieu, que le mors 


de Mars , auquel fut malade le Roy , effoit le dernier de l'année 14$0. l'année 


1481. commençant le 22. 4uril ; € qé ainfi aprés vne grande maladie (qu'on 


RE — 


DV ROY CHARLES VIII. 31$ 


pouuoit bien 4ffurer eftre vne apoplexiepar [es circomflances , fur tout à vne per- | 
fonne âgée comme effoitlors Louys XL.) 5! faloit bien de temps pour le rétablir; 1482. 
partant prenant fondement [ur les propres paroles de Comines , qui met que ce 
Roy les fit fortir aprés qu'il [e trouua bien à [on ayfe ; tout [e peut bien accorder : 
à l'année 1481. * > peut-cffre encore au commencement de 1482.ce qui ffaufs “+18 
confirmé par les lettres de Palamedes-Forbin Gouverneur de Prouence, qui auoit 
cffé preposé par le Roy auec le Sieur de Rochechoïüart , @ /e mefme qui aprés 
auoir cffé Ambaffadeur à Rome awec Iean Rabot , pour arreffer auec Le Pape les 
conditions de la fortie dudis Enefque de Verdun , G: autres affaires , auoit auf; 
cf commis pour regler les Sachez, & affurances que deuoiest donner Les freres 
parens dudit Euc[que , par leurs lettres fuisantes qui fans du mais d'Octobre. 
L'on peut donc conclure , que ledit Eucfque me fortit de prifon au plitoff que le fafdit 

moi d'Oéfobre, Gpeut-cffre encore quelque tcmps aprés ; car par la lettre du 18. Olto- 

bre dudit Sieur de Forbin, André d'Haraucourt ffere de cés Eucfque efhoit at 

tendu, mai por encore venw, pour donner [on Seellé en caution de [a fdelité. 
Peur dire ensore vn rot du temps as vray que le NMiemoire 4 deñ eître donné à 

ce Roy, © peur finir en méfie temps cette critique, qui deuiendrait enfin ennyeu- 

Je Si cle eïtait plus longue, il faut remarquer que lors qu'il y e5 parlé de la Role 

qui [e benist à la my-Carefme par de Pape, il eff dit que le Pape ne la voulut en- 

soyer à M° le Dauphin , #e la croyant eïfre ve don afftz conuenable pour “Pag:3ra. 

luy; mais dit qu'il luy envoyers l'Efféc qu'il benire à Noël : Ainf par tour ce que 

deffus l'on peut conclure , que lefdits Sicars de Rachechoüart & Rabot ant don- 

né au Roy le fafdit Memoire depuis la my-Carefme G auant Noël, apparemment 

en l'année 1481. * *r482. 


Les Lettres fuiuantes feruent de Preuues à quelques articles  4mezte s, 
du Memoire precedent. O&obre. 


Pierre André de Haraucourt 44 Roy Louys XI. mande qu'il eff 
preff de venir a Paris , afin d'y donner [on obligé fous fon Secl , pour 
fesorifer la fortie de prifôn de l'Euefque de Verdun fon frere, pour- 
uen que ledit Euefché luy demeure, e7° qu'un autre ne luy foit donné 
en la place. | | 


IRE, fi tres-humblement que ie puis me recommande à voftre bonne 

grace , & vous plaife fçauoir , Sire, qu’en toute reuerence l'ay receu vos 
lettres de fauf-canduit ; enfemble celles qu’il vous a ple m'écrire contenant 
en effet, que fi ie veux que Monfieur l’Eve/qwe de Verdun mon frere foir deli- 
uré, que certe fois pour toutes , me veüille tranfporter à Paris, auquel lieu : 
enuayez Meflieurs le Gowverveur de Proucuce & grawd V'eneur de France pour le 
deliurer; Sire, en toute humilité mercie voftredice grace de vofdits biens & 
aucrtiflemens : Nature me contraint par proximiré à defirer fa deliurance, & 
à certe fin ay dés-ja enuoyé par delà mon 4 fous mon Seel , auec ample 
puiffance par mon neueu , pour en befongner fur les articles à moy enuoyez ; 
par Meflieurs les Cotes de Saint Paul & Viçamte de Rochechoÿart * Commif- “Pa 12 
faires en cette partie; Ce neantmoins çn obtemperant à vofdites lettres mon- 
dit frere demeurant en fon entier Euefque dudit Verdun, ie feray moy à toute 
heure preft à me tranfporter en diligence audit lieu de Paris, pour illec de- 
rechef perfannellement faire , & pafler ledig obligé ; ie fçay que voltre cres- 
noble Éfererion peut aflez çonfiderer que fi mondit frere fe trouuoie ainf 
defnué dudit Euefché de Ferdwa pour paffer en l'Euefché de F'iggremille *, pays. * Ibid 
eftranger,& entre gens à moy inconnus, s’il venoit par sé enalteration 

t i) 


1482. 


* La parde ou 
le gouuerne- 
ment 


AMetz les. 
Oâobre, 


316 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


de fa perfonne, à quoy comme naturel il peut cftre fujet en faifant aucune- 
ment contre ledit oblige, on m'en pourroit fufciter charge, deshonneur, & 
reproche ,mefmement luy abfent , fans que moy & autres fes parens euflions 
la maniance * de fa perfonne , ou du moins l’adminiftration de fondit Euef- 
ché de F'erdun , ilnous feroit comme impoñfible y fatisfaire ou pouruoir conue- 
nablement ; furquoy plaife à voftre grace m'écrire voftre bon vouloir & plai- 
fir ,que le benoift Fils de Dieu vous conferue en fante & longue vie: Efcrie 


à Metz le huidtiéme iour d'Oétobre. Voftre tres-humble de Haraucourt. Et au 


deflus eft écrit, LA #res-Excellent ,le Tres-Chreftien Roy de France. 

Les dates de l'année que cette lettre, G les autres fiuantes, ont eSfé écrites fur 
mefine fajet , doisent eïtre toutes apparemment de l'année 1481. faisant le raifinne- 
ment m6 à la fin du Memoire que deffus. 

ES à obferuer que toutes ces lettres [ont fidelement tranfirites [ar les originales 
mefmes. 


Le fufdit de Haraucourt «4 Gouuerneur de Prouence, 4 qui il man- 
de , qu’il ne peut fe refoudre de venir à Paris, afin de donner au Roy 
Louys XI. fa promeffe @r [on fécilé pour obtenir l'élargiffement de 
fon frere l'Euefque de Verdun ,qu'af prealable il ne foit affuré d'eftre 
conferué dans [on Euefché de Verdun auant qu’effre ennoyé 4 Rome, 
er qu'on ne luy donnera aucun autre Eucefché en la place. 


ONSrEVR /e Gounerneur, ie me recommande à vous tant queie puis, 

l'ay prefentement receü lettres du Roy, auec fauf-conduit, pour moy 
traniporter à Paris pour la deliurance de Monfieur de Verdun mon frere ; fem- 
blablement ay receù les voftres, contenant qu'eftes Commis venir audit lieu 
de Paré pour le mettre en mes mains , & l’enuoyer à Rome , & qu'inconti- 
nent moy, & fes autres parens nous y voulions tranfporter , pour befongner 
des promefles & feellez ,comme defirans fa deliurance, que naturellement ie 
dois defirer, & auoir à cœur, ay dés-ja enuoyé par delà ma promeffe & mon 
feellé , fur les articles qui me furent enuoyez par Meñieurs les Comtes de 
S'aintf Paul & Vicomte de Rochechowart par mon neueu, auec ample puiflance 
de par moy, pour en befongner ; ce neantmoins , comme récris audit Sei- 
gneur , moy confiant de fa bonne grace , & defirant obtemperer à fon bon 
plaifir, demeurant mondit frere en En entier , & paifñible audit Euefché de 
Verdun , ie feray à toute heure preft moy tranfporter en diligence audit lieu 
de Parg , pour illec derechef perfonnellement iurer & pafler ledit oblige, 
receuoir mondit frere, & l’enuoyer à Rome, comme il a efté pourparlé: Mos- 
féeur le Gouuerneur ie vous tiens & repute fi difcret ,que raifonnablement pou- 
uez confiderer , que fi mondit frere fe trouuoit ainfi defnué dudit Euefché 
de Verdun pour l'Euefché de Vingtemille, pays étranger, & entre gens à moy 
inconnus, & que par alteration de fa perfonne, ou autrement, il vint aucu- 
nement contre ledit obligé ,il m'en pourroit fufciter grand’ charge, deshon- 
neur , & reproche; mefmement que luy abfent, & fans ce que moy, & d’au- 
tres fes parens euflions le maniement de fa perfonne,ou du moins l’admini- 
ftration de fondit Euefché de F'erdun, nous feroit comme impofhble y fatis- 
faire, ny danner prouifion conuenable; & auec ce, qu’en ce faifant il plaife 
à icelay Seigneur m’enuoyer fes Lettres de fauf-conduit , parce que celles 
qui m'ont efté prefentement apportées, pourroient eftre vitieufes , parce que 
ie fuis intitulé dedans ,Chesalier, ce que ie ne fuis point , Mon/eur le Gouser- 
#esr,tres-humblement ie vous recommande la matiere,& qu'il vous plaifeauoir 
regard & confideration à tout ce que diceft deflus, & y faifant tout le mieux 
que poflible vous fera, comme en ay en vous fiance ,en moy faifant répon- 


DV ROY CHARLES VIIL 317 


fe par ce porteur de voftre bon vouloir , & plaifir fur le tout enfemble; fi ie 
puis aucune chofe pour vous, ie le feray de bon cœur, & aydant noftre Sei- 1402. 
gneur , qui vous doint ce que vous Cie. fe Efcrit à Merz le huiiéme iour 
d'Oétobre : Le cout entierement Voftre , de Harawcourt. Ex au dos eft écrit, 

CA Monfieur le Gouuerneur de Prouence, à Aix. 


Louys de Lenoncourt Vicomte de Meaux , 44 Roy Louys XI. fér 169. oaobre. 
le commandement qu'il auoit receh d'aller 4 Paris, trouuer le Gonuer-. 
neur de Prouence, pour cfire 4 la delinrance de l'Enefque de Verdun 


Ç; RE, tant, & fi tres-humblement que ie puis, à voftre bonne grace me 
recommande; Sire, vous plaife fçauoir que ray receü vne lettre qu’il vous 
a pleù m’écrire , par laquelle me mandez que à toute diligence ie m’en aille 
à Paris deuers Monfeur le Gowserneur de Prouence , pour eftre à la deliuran- 
ce de Monfieur de erdun ; Sire , ie m'en fuis venu haftiuement par deçà, 
ource que ceux de la Duché de Luxembowrz me détruifoient tout le mien, 
à laquelle chofe ie pouruoiray le mieux que ie pourray , & auñli , Sire , par 
faute d'argent ; car par deçà ie n’ay rien qu'il ne me faille dépendre con- 
tre vos ennemis, & d’autre cofté l'argent m’eft deùû ; au regard de mapenfon, 
Mefieurs vos Generaux me Pont aflignée en Languedoc , dont ne puis rien 
auoir ; & de la Vicomté de Meaux Monfieur le Baftard m'en a ofte la moi- 
tié ; pour lefquelles chofes , ie n’ay pas vn blanc ; Toutesfois, Sire , ie feray 
diligence d’en recouurer en quelque façon , & à mon pouuoir feray ce qu'il 
vous plaift me commander , & feray toute ma vie priere au benoift Fils de 
Dieu , qui, Sire , vous doint tres-longue & bonne vie : Efcrit au Staslry le 
neufiéme iour d'Oétobre ; Voifre tres-bumble Gr tres-obeïffant fujet G* féruiteur 
Louys de Lenoncourt. Et au dos eft écrit, 44 Roy on Sounerain Seigneur. 


Le fnfnommé Pierre André de Haraucourt 4# Roy Louys XI. mande ,., : 
que fon neueu Gobert d'Afpremont n'ayant pe venir deuers luy , o&obre. 
ennoya vr Ualet qui fut mené à Luxembourg , qw'il efbere de r'auoir 
eg les lettres du Roy; quoy w'il en foit , qu'il viendra # Paris, pour 
recouurer l'Euefque de Verdun /6n frere ,celuy qui auoit efté ar- 
reffé prifonnier auec le Cardinal Baluë. 


IRE, en fi tres-grande humilité que faire puis, me recommande à voftre 

cres-benigne Grace, & vous plaife fçauoit , Sire , que mon neueu Gobert 
d’'Afpremont venant de deuers voftredite Grace, fes cheuaux eftans foullez , n’a 
peù venir perfonnellement deuers moy , mais a enuoyé vn fien feruiteur ,le- 
quel en venant hier, fut pris & mené vers Luxembourg, dont le cas venu à ma 
connoiffance , pource que jefperois qu’il m’apportoit le fauf-conduit ; ce 
qu’il l’'auoit chargé de faire ,ay enuoyé à toute & extréme diligence vers ledit 
Luxembourg pour effayer d’auoir ledit homme, auec fes lettres qu'il m'appor- 
toit ; & fi ie ne puis auoir ledit homme , que du moins ie puifle recouurer 
lefdites lettres ; coutesfois en cas que dedans Mardy prochain n'en aura 
quelque nouuelle , fi me mettray-ie en chemin pour aller à Pers, ainfi qu'à 
voftre dite Grace a pleû me l’écrire, ayant confiance en icelle voftre dite Gra- 
ce , & en icelle voltre dite lettre , afin de recouurer Monfeur l’Ese/que de 
Verdun mon frere; Sire, le benoift Fils de Dieu vous conferue en bonne vie 
& longue : Efcrit à Merz le treiziéme iour d'O&tobre; Voifre tres-bumble de 
Haraucourt. Et au dos eft écrit, LA #res-Excellent, le Tres-Chreïtien Roy de 
France. | 

Rr ii 


1482. 


A Metz le 13. 
Octobre. 


* confiance 


A Parisle 15. 
Odobre. 


318 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


Le mefme d'Haraucourt 44 Gouuerneur de Prouence mande , que 
nonobffant que le fauf- conduit de la part du Roy Louys XI. pour 
pounoir venir vers luy , ait effé perdu , il ne lairra pas de partir pour 


l’enuie qu'il a de la deliurance de fen frere l'Euefque de Verdun. 


ONSIEVR 4 Gounerseur, tant que puis me recommande à vous, mon 

neueu Gobert d'Affremont venant de deuers le Roy , m’apportant mon 
jauf-conduit , fes cheuaux eftans foullez pour la diligence qu'il auoit faite au 
venir , m'enuoyoit ledit fauf-conduit par vn fien feruiteur , lequel hier bien 
tard fut pris auec fes lettres en venant icy, & mené vers Luxembourg; & le 
cas venu à ma connoiflance, & afin de recouurer ledit homme ,ou du moins 
lefdites lettres , ay à route & extréme diligence ,enuoyc vers ledit Luxembowry, 
afin que j'en puifle auoir quelque adreffe ; coutesfois,en cas que en dedans Mar- 
dy prochain ie n'aye aucune nouuelle ,ie me mettray en chemin pour aller à 
Pars,ainf qu'il a pleù à la bonne Grace du Roy m'écrire, fans aucunement plus 
attendre le recouurement dudit fauf-conduit ; & ayant & fait confidence*efdi- 
ces lettres dudit Seigneur , afin queie puifle auoir & recouurer mon frere. Mos- 
ficur le Gouverneur , vous pouuez confiderer que de ma part ie defire bien l’a- 
uoir, quand, fans attendre ledit fauf-conduit, & feulement fur lettre, me de- 
libere de partir; ie vous prie qu'il ne vous plaife me renuoyer, veu ladiligen- 
ce que j'en fais: Monfieur le Gouuerneur , ie prie à noftre Seigneur qu'il foit 
garde de Vous : Efcrit à Metz le treiziéme iour d'Oë&tobre , Le tout entiere- 
ment voitre, de Haraucourt. Et au dos eft écrit, LA Monjienr le Gouserneur de 
Prouence. | 


Martin le Roy, mande au Roy Louys XI. que le Capitaine de la 
Bafhlle n'auoit vouls fe contenter de deux mil cinq cent francs pour la 
dépenfe de l'Euefque de Verdun , mais qu'il en vouloit cinq mille; 


que fuinant fon ordre, il donnera cinq cent liures audit Eucfque . 


IRE, ie me recomande à voftre bonne grace, tant & fi cres-humblement 

comme ie puis ; Sire , l'ay receu vos lettres faifant mention de contenter 
le Capitaine de la Baffille de la dépenfe de Monfieur de Verdun; Sire | comme 
pourrez eftre auerty par Monfieur de Solliers, me fuis tiré deuers luy,& mon 
General aufli , & auons parlé audit Capitaine , lequel demande pour ladite 
dépenfe cinq mille francs , & mieux, on luy a offert deux mille cinq cent 
francs pour toutes chofes; ce qu’il n’a voulu faire , & demande plus de cinq 
mille francs ; voftre plaifir foit , fur ce mander voftre vouloir , & touchant 
les cinq cent francs qu'auez mande eftre deliurez audit de Ferdws , il n’y 
aura point de faute : Sire, ie prie dieu, & Noftre-Dame qu’il vous dointbon- 
ne fante , & longue vie : Efcrit à Paré le quinziéme iour d'Oë&tobre , Foffre 
tres - humble Gr: obciffant füjet GC feruiteur Martin le Roy. Et au dos eft écrit, 
As Roy mon Sounerain Seigneur. 


# 


DV ROY CHARLES VIII 319 


Palamedes Forbin Seigneur de Solliers , 44 Roy Louys XI. auquel 1482. 
il mande les affurances er fecllez que le Capitaine de la Baftil. À Parle 
le dr luy prendront de l’Euefque de Verdun , & de is res, de 
la Maifon d'Haraucourt , auent que le mettre en liberté, fuiuant 
fon ordre. | 


[RE, lay receû vos lettres par /4 Poe, laquelle m'a auffi apporté répon- 
Die d'André d'Haraucourt, à ce que me commandaftes de luy écrire d'4m- 
boif , laquelle , Sire ,. ie vous enuoye icy inclufe , pour la faire voir à qui il 
vous plaira. _ | | 

 Sire, depuis ce qu’il écrit , fon neueu a efté depuis à Towrs aprés que vous 
m'euftes dépefché; & parla de ce qu’il ne viendroit point , eftant appellé au 
fauf-conduit Chewalier; & à cette caufe luy en fis faire autre /aaf-conduir, vout 
nouueau, & l’'emporta fondit neueu. auec lectres mifliues de vous, qu'il ne luy 
feroit fair aucune force ,ou contrainte, & ne fuis pas encores hors d’efperan- 
ce que ledit L4#dré ne vienne , veû l’aurance qu’en donnoit à Towrs fondit 
neueu ; au moins rerournera-il , ie dis ledit neueu , auec vn autre frere de 
Monfieur de Verdun nommé Pierre; & puis qu’ils font abreuuez de la Tran/la- 
tion dudit Verdun à Vigtemille , nous parlerons clairement des feellez & pro- 
mefles qu'il faut qu'ils vous donnent à la deliurance de leurdit frere, & nous 
cfforcerons le Capitaine de la Baïtille & moy à leur faire bailler leurfdits feel- 
lez plus à voftre auantage que nous pourrons , & felon voitre intention , & 
auant conclure tout , vous en auertirons ; fi donc ils n’eftoient bien contens 
de les faire tels, & que fuflions bien feurs qu’en feriez content, comme vous 
me diftes ,Sire, au departir; que fi ne pouuez auoir iceux feuretez & feellez 
qui feroit befoin, defdits freres., que fiffions le mieux que pourrions; pource, 
Sire, mandez, fi c’eft voftre plaifir qu’à prefenc le faflions, priant Dieu & fa 
Mere qu'il vous donne, $ire, tres-bonne vie & longue, & tres-bonne fanté: 
Ecrit à Paré le dix-feptiéme O&tobre, à heure de Vefpres; Sire, incontinent 
que j’auray la réponfe de l’anneaw Madame Sainéfe Marthe, fans varder vne hçu- 
re ,ie vous l’enuoieray, Feffre tres-humble, Gr obeiffant fujet G: feruiteur Palame- 
des Forbin. Ec au dos eft écrit, L4# Roy mon Souucrain Seigneur. 


Philippes l'Huillier Gouuerneurde la Baftille , «4 Roy Louys XI. Dre Bafite 


à Paru le 17. 


mande ; que le Gouuerneur de Prouence , le General @r luy ont o&rin. 
reglé la dépenfe , habillemens ; és Gardes de l'Euefque de Verdun, 4 
deux francs par iour, fe plaint de n'auoir receñ aucuns appointemens 
pour la garde du Conneftable, es autres, l'Euefque de Verdun of- » zip à que. 
fre de faire ce que voudra le Roy. | ques prime 
| fille du temps 
- j de Louys XT. 
IRE, auiourd’huy auons eftéaffemblez Monfieur le Gouverneur de Prouen- *c'effoit Louis 
AD ce, Monfieur le-General, & les Receueurs, pour la dépenfe, habillemens, 4 Euxem- 


: | , bourg ( omte 
&c Gardes de Monficur de Verdun , ie leur demande deux francs pour iour, ils ne de Sr le 


l'ont voulu faire fans vous en auertir ; aufli il y a aflez de temps ; car André "<fablederra. 


- | ’ ce, mart 1475. 
d'Haraucowrt ; ne fera icy qu'il ne foit le 27. iour de ce moisau piütoft. _ + Com US 
Sire, 11 ne me peut fembler que vous entendiez mon pauure cas tel qu’il pas 458 460. 
eft , car ie n’ay ceans nulles mortes payes, ny de prifonniers * que vous m'ayez Rs 
jamais baillé , ie n'ay eu nul appointement , ne de Monfieur Îc Conneffabli* , de Nemours 


= . CE mnt 1477 
ny de Monfieur de Roche-bourz, ne de plufieurs autres, qui s’en font alllez , 7477 


& que ay encore ceans, & de Monfeur de Nemours *, de qui j'ay fait tou- pag. 478. 479. 


= 


320 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


1482, ‘la dépenfe, voftre plaifir fuft que le Comce de Cafres qui en deuoit dou- 
. . * ze cent francs, & Fendange fix, n'en payaflent rien, & fi n’amenday * oncques 
xPoafon dé chofes qu'ils euflent. | un 
* C'effoit Le Sire ; ie fuis bien ioyeux d’auoir couleur * de vous en auertir pour m’en 
DE purs recompenfer felon vottre bon plaifir ; & fi y a que Monfieur le General * 
des Finances. me retranche l'année pañlée , & cette-cy de quatre cens francs , ce que ia- 
mais l’on n’auoit fait ; car ce n’eftoic pas voftre plaifir , & ainfi l'auiez de- 
claré. | | 
Au furplus, Sire, mondit Sieur le Gouuerneur & moy auons parlé aüdir 
de Verdun qui fera voftre bon plaifir , & felon la charge qu'auez baillée au- 
dit Gouuerneur, combien que de prime face il l’a trouué bien farouche. 
Ie prie à Dieu, Sire, qui vous doint bonne vie & longue : Efcrit en /4 Ba- 
fille le dix-feptiéme iour d’'Oûobre, Fofñfre tres-bumble [eruiteur € fujer , P. 
l’'Huillier : Et au dos eft écrit, L4# Roy mom Sounerain Seigneur. 


APalei. Dalamedes Forbin S' de Solliers Gowserneur de Prouence, mande au 
Roy Louys X I. g#’ André d'Haraucourt viendra bien-toff 4 Paris, 
qu'il promet [on feellé ; & que dés qu'il aura il le portera au Roy. 


ÎRE, LArdré d'Haraucourt viendra icy ,ainf qu’il m’écrit par fes lettres que 

je vous enuoye; & puis qu’il vient, ie ne puis croire qu’il ne fafle la pro- 
mefle & baille Lu fcellé tel que le demanderez. Incontinent qu’il fera venu 
ie feray diligence d’auoir fondit feellé, & de tout vous écriray diligemment, 
priant Dieu, Sire, auec Noître- Dame, qu’il vous doint tres-bonne vie & lon- 
gue , & tres-bonne fante : Efcrit à Parw le dix-huiétiéme d’O&tobre, Foire 
tres-bumble € tres-obeiffant fujet G* feruiteur Palamedes Forbin. Et au dos ef 
écrit, LA Roy mon Sounerain Seigneur. 


AMisnt Lettre de Ludouic, ou. Louys Sforc, furnommé le Maure , oncle de : 


ui  Tean Galeas Duc de Milan : Du S' de Palleuoifin Gouuerneur du- 


A 5 di "dit Dac, & de Philippes d'Euffache Gouuerneur de la Rocque ou 
Donjon du Chafteau de Milan , au Roy Louys XI. luy pro- 
mettant la liberté du retour en la ville de Afilan de Bonne de 
Sanoye (fa belle-fœur , à caufe de Charlotte de Sauoye fa fem- 
me ) laquelle eftoit mere & Tucrice d’iceluy Duc, fuiuant les 
affurances données au S' d’Eflins Ambaffadeur dudit Roy. 


« Lesprecdm. NOtez que le Roy eft icy traité de faiefté ; qualité qui n’eftoit 
mn alors encores gueres * en vfage enuers es Roys. 

ERENISSIME Rex & Chriftianiilime Domine , Domine nofter colendif- 

fime : Proxims bis diebus ad nos profeitus Magifter Deminus d'Eflyns Maieftatis 

“y. pags, Veftræ Orator, fégnificauit nobis quantopere Maicttas Veftra deffderet reditum * IUu- 

res © ffrifime Dominse Bonx Duciffe G fororis [us in banc Cinitatem, C quantum ctiam 

178. @ ass. Méediolanenf Principatui officiatur 5 Nos autem qui illum difceffum moleffè femper 

tulimus ; imo pro viribus vt non diféederet vna cums iluffriffimo eius Nato Dace no- 

Îfro , ac Magisfratibus cunctis operam omnem impendimus , etff putaremur reditum 

es Domine Duciffe in libera cius volunrate extitiffe. Semper tamen pro noSfra in 

aieftatem ipfam #de G: obfermantia , 6° vt ill morem geramus prout battenss fe- 

cimus Oratori veffro fidem dedimus intra dies quindecim proximèe futuros ad ip{am 

Dominam Duciffam accedendi , illamque vna cum ipfo Oratore veffro in banc Ciuita- 

PCI 


mom te 


| DV ROY CHARLES VIIL 321 
iem reducendé ; ubi à nobu Cr rcliquis émnibus eohonore , G: +4 reuerenti habcbitur, 
que merite Reg cognats @ [éreri cowueniet, pront latins in reditu Domini d'Eflyns 
plenè intelligere poterit , hoc ép{um literis bis noffris fatturos nos affirmamus Maie- 
ftati hf Veftræ , Dev dante cui nos enixè commemdamus. Ex arce Portæ louis 
Mcdiolani ultimo Seprembris 1482. 


1482. 


Colendiffimz Veftræ Maieltacis férairer, Ludouicus. . 
Item , Colendifimx Veftræ Maieltatis desorifiimus [éruitor , 
y _:; ..: Jtem,Colendiflimæ Veftræ Maicftacis demarifineu [ernirer, 
sn ct: .. Philippus de Euftachio, ébidem Caflelanue obfiripfit. 
| ALvis1vs. & ladrefle de cette Lettre *# porte, 


NT | * prifs fier l'e+ 
Serenifimo ©. Chriffienifime Regi Francorum Demiue noffro Obfernandiffimo. 


niginal. 


Lettre de Bonne de Sauoye Duchefle de Milan, mere de Jean Ga- A Abias le 4 
leas Duc de Milan, fœur de Charlotte de Sauoye femme du Roy DRE 

” Louys XT. audit Roy, le remerciant d'auoir moyenné fon re- 

tour à Hilan auprés de fes enfans. .: 


Notez qu'elle traite le Roy de Maiefié. 


ERENISSIME atque Chriftianiffime Princeps , poff bumilem G: flislem 
commendationens , &cc. gratias immortales refero Maieltari Veitræ que dignara 


eff ad me ancillam Gr feruam fism mittere Dominum * d'Eflyns Oraterem dignifi-" Philebert de 


Groflée Ssessr 


murs, qui me, prout [pero infra paucos dies ducet * apud filios meos , C7 ad hoc'exor: tin. 
tata C° confiliats [um 4b omnibus amici mes, C'ctiam Religioffs Obféruantibus , ibi--"V-pag.5ts 
| Le | « 1 1e : .  … precedente. 
que permanfurs , ucl alibi , donec vel vbi videbitur Maieltari Veftræ , qguis in 
alle volo tran[gredi mandats fus, © quando ero apud filios mcos ipfé Domiuns 
d'Eflyns omnia per ordinem dr: diflinifè notificabit per nuntios [nos Maicflaci Ve- 
Îræ, pedibus çuius proffrata me tora commendo. Ex caffro Abiatæ quarto Olfobr. 
1492. | | | | 
. Ea veftra indigna ferua 80m Ducheffa de Milan manu proprii. 
Et au dos.eft écrit , Chriffianifimo Principi., @ Excellentiffimo Domino, Domino 
mco honorandi(fmo, Domino Ludouico Dei gratis Francorum Regi. | 


Philebert de Groflée Siewr d'Eflyns, 44 Roy Louys XI. auquel il rend + De. 
compte de [a negotiation de Milan, pour le retour en icelle Ville , de 
: Bonne de Sauoye Ducheffe doüairiere de Milan, @ autres occuren. 


ces confiderables. 


S: RE, le plus humblement que faire puis,me recommande toûjours à VO- 
Jftre bonne Grace, en enfuiuant ce qu'il vous a pleù moy commander par 
vos lettres, fuis venu par decà , & 2y pale pardeucrs Madame de Milan icy. à 


LAbyat, où elle fe tient : laquelle m'eft venué au deuant * bien deux milles, 8 *receprion fai. 


m'a fait coucher au Chafteau , où elle m'a fort bien recueilly & faic de grands #2 F-4mbe/ 
honneurs pour l'honneur de Vous ; ie luy ay expofé la charge qu'il vous 2” 
pleû me donner touchant fon affaire ; dont elle fr fort ioyeufe, en vous re- chefe deMilan, 
merciant bien fort. nu : nn | Lt 

” Sire, au partir d’icy elle me fit mener par eau iufques à Milan , où le Sei- 

gneur Ladowie ;enfemble tous les Ambafladeurs des Ligues de l'Eftat de Mi- 

lan, comme Florence, Montferras , Ferrare, & Mantsüe ; mc. vinrent - en 


6 --T ŒRe- CR VER Lés . Æ. = . 


1482. 


WP. pag. 312. 


322 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


& m'emmenerent loger au Chafteau de Milan en grande magnificen- 
ce , là où toûjours m'ont fait des honneurs largement , pour l'honneur de 
Vous. | nu : L 

Sire, i'y arriuay le Ieudy, & le Samedy enfuiuant dis la charge qu'il vous 
auoit pleu me donner , à Monfieur le Duc , lequel ie trouuay au lit malade 
d’vn peu de fiéure, mais il eft guery; & y eftoient prefens le Seigneur Ladowir, 
Meflieurs Palasifin , le Caffellan, & autres. 

_ Sire, touchant le faiét de Madame n’ay pe auoir nulle conclufion iuf- 
ques à Samedy pañlé, que le Seigneur Luwdosic,Meîilieurs Palauifin, &c le Ca- 
ffellan pour l'honneur de Vous me promirent de la venir querir icy pour la 
mener à Milan dedans quinze iours , qui fera le Samedy douziéme jour de ce 
mois d'Otobre, ainfi que verrez par les lettres qu’ils vous éctiuent ; & felon 
que ie puis entendre, ne l'appointeront pas du tout, ainf que l’auez ordon- 

ne, mais ie croy qu'elle fe contentera de ce qu'ils voudront; car il n’eft rien 
qu'elle ne fit, pour eftre auec fes enfans : toutesfois quand elle fera autrement 
que n’auez ordonné , ie fie m'y trouueray point. 

Sire, touchant le fait de mener le Marquis frere du Duc de Milan deuers 
Vous, felon que ie puisentendre, ils ne leferontpoint, & m'ont fait réponfe, 
que veû la grande amitié qui eftentrele Duc & luy , ne les oferoient départir. 

Sire , au regard deeux départir de l'alliance qu'ils ont auec le Roy Dom 
Ferrand ,ie croy qu'ils n’en feront rien; car ils s’excufent, que ladite alliance 

ar voftre commandement fut dernierement refaite, & reformée entre eux 
à Naples en la prefence de vos Ambañladeurs , & que bonnement ne s'en 
peuuent départir à leur honneur ; toutesfois iei n’en ay encores point eü la 
rcponfe entiere, mais Madame eftant à Milan feray que ie l’auray. | 

Sire , touchant le mariage de Monfieur le Duc de Sasoye & de Madame 
Blanche , ie leur ay dit que n’en auez point encor parlé à ceux du pays de 
Monfcigneur de Sawoge, mais ayant parle à eux, vous leur ferez fçauoir la ré- 
ponfe dont il vous en remercient. | 

Sire, pareillement leur ay dit comme eftes déplaifant de la guerre qu'ils 
ont, & que volontiers vous employeriez à la pacification d'icelle, dont fem- 
blablement vous remercient; & iufques à ln n’en ay peü auoir autre Cho- 
fe, qui m’agardé de vous enuoyer plûtoft le prefent porteur. 

Sire , ie croy bien qu'’auez Lei comment le Duc d’Frbin eft mort, & le 
Magnifique Robert de Romeny , & le Seigneur Robert de Sainct-Seuerin à eftc 
fort malade, mais il eft guery : 11 y a vn Ambaffadeur du Roy Dom Ferrand 
à Milan, qui y demeure continuellement; il y en auoitvn autre à Gemses, le- 
quel les Genois ont mis dehors , ou donné appetit de s’en aller. Et depuis 
peu de iours en çà eft venu à Milan vn Ambaffadeur du Duc d'Auftriche, 
& n'ay encores peu fçauoir qu’il va faifant ; toutesfois n’eft-il pas du Duc 
Maximilian,ie mettray peine à fçauoir pourquoy il eft venu, & puis inconti- 
nent vous en aucrtiray. 

Sire , de la guerre, ie ne vous en fçaurois que mander; car depuis que le 
Magnifique Robert de Romeny rompitles gens du Duc de Calabres , où il eftoit 
en perfonne , n’en ay oùy dire autre chofe, fors que les gens du Duc de Mi: 
lan tiennent le fiege deuant vne Place nommée Sainéf Second en Parmefanne,. 
& dit-on qu’ils l’auronc par appointement : Les Genfdarmes qui font en Fer- 
rarois ont beaucoup perdu de leurs cheuaux , & plufieurs d’eux font malades, 
ainfi que dy oùy dire. 

Sire, Madame fera à Milan * dedans fept ou huit iours ; ce qui m’empefche 
de partir pour m'en aller deuers Vous , afin de vous auertir : tout bien au 
lon , au plaifir de Dieu , & de Noftre- Dame, Sire, auquel ie prie qu’il 
vous doint tres-bonne vie & longue , & accomplifiement de vos bons de- 
firs : Efcrit à C4byas ce Vendredy quatriéme iour d’Oétobre , Foifre tres- 


DV ROY CHARLES VIII. 323 


humble G- tres-obeiffant [ujet G* feruiteur , Philebert de Grofléc. Et au dos eft 
ecrit, L4# Roy mon Sowncrain Seigneur. 1 4 82. 


Memoire touchant les Traitez d'Arras 1482. de Francfort 1489. ex de 
Senlis 1493. inferez au long dans ce Volume, é qui feruent beaucoup 
d'éclairciflement 4 cette Hifbire. an fujet principalement du Mariage 
de Charles Dauphin avec Marguerite d’Auftriche ; de Maximi- 
lian Roy des Romains awec Anne Ducheffe de Bretagne ; es: de 
ladite Anne auec le Roy Charles VIIL ex depuis auec le Roy 
Louys XII. /on fou eg autres circonffances. 


A r le Traité d'Arras fait en 1482. qui fuit-ce Memoire , il fut traité du 
” Mariage de Charles Dauphin, depuis Roy, auec Marguerite d'Anffriche, fille 
du Duc Maximilian d'Auffriche , & fur conuenu par ce moyen , entre autres 
chofes , que le Comté de Bourgongne demeureroit au Roy. 
Ce furent ceux de Ga#d qui moyennerent en bonne partie ce Traité auan- 
tageux au Roy Lowys X 1. | 
Par le Trairé de Francfort en 1489. (mis cy-deuant pages 83. & 85.*) quel- Traité 
ques articles de ce Traité d'Arras font confirmez , ou expliquez; & plufieurs fus, of rom 
points adiourez concernans le Duche de Bretagne. en cette page 85 
Ec par le Traité de Senlis en 1493. qui eft mis cy-aprés, ladite Margwerite qui 
plufieurs années auoit efté cenué comme Reyne de France , fut renduë à fon 
pere, le Roy des Romains, & aucc cela ce que le Roy tenoit dans le Comté 
d'Artois. L 
D'ailleurs, le Mariage de Maximilian Roy des Romains auoit efté proier- 
té, & mefme accordé auec L Anne heritiere de Bretagne ; & à ce fujec il auoit 
donné Commiflion & Procuration * au Comte de Nafaw ,auec d'autres De- * certe Procu- 
putez, pour l’époufer en‘fon nom, comme fit ce Comte , mais le confente- ration «f cy- 
ment du Roy n'y eftant interuenu, ainfi qu'il eftoit requis *, ladite Princef- AE gs 
fe eftant fa vafalle & fuierte, outre que le Duc Françog fon pere auoit auffi precedentes, 
promis de ne la marier fans le confentement* du Roy; ce Mariage proietté, *. pag. sa. 
mais non confommé , demeura nul. ——- | 
Cependant L4/4in Sire d’Albret fe voyant auffi fruftré du mariage de la 
Princefle, qu’il auoit inftamment pourfuiuy , auquel le pete d’Asmeinclinoit, 
il fe rangea du party du Roy, luy rendit Nawtes, & ceda les droiéts qu’il pre- 
tendoit au Duché de er au nom de fa femme de la Maifon de Peh: 
thiénre; pour recompenfe defquels, le Roy luy tranfporta quelques Terres en 
Guyenme ; &c Anne S'eftant retirée à Renres , fon Confeil entra en diuifon fur 
fon mariage; mais aprés diuerfes contentions , enfin la Paix * entre le Roy *V:p48. 55. 
& Elle fut traitée par deliberation des Efuts du Pays au mois de Nouembre “**7* 
1491. & par ce moyen l'alliance de cette Princefle beaucoup plus fortable , 
fut accordée auec le Roy, qui renuoya Marguerite d'Auftriche au fufdit Roy 
des Romains fon pere, aprés qu’elle eüt fait fejour de neuf à dix années en 
France, mais à caufe de fa ieuneffe le mariage n’auoit efté confommé. , 
 Doncques ce mariage d’Awse Duchefle de Bretagne auec Charles Fit. fut 
preferé & l’autre improuué , comme eftant célui-cy fondé fur le bien public, 
&c fur le deffein de reünir cette belle piece de {4 Bretagne à la Couronne de 
France ; car la prudence faifoit confiderer que J’Eftar François feroit toû- 
jours menacé de grandes diuifions , fi la Bretagne tomboit en main eftran- 
cre. | SR | 
: Tous les François & Bretons qui voyoient les fondemens iettez d’vn long 
repos entre eux, par le moyen de cette Alliance ,en furent grandement fatis- 


fi) 


314 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


ra82 faits : Pour la confommation duquel mariage la Duchefle fut conduite à 
7° Langeas en Touraine, où le Contrat * fut pañlé en prefence des Ducs d’or 
*CeComrs& leans &c de Bourbon , & d’autres Princes, & Grands de France , & de Breta- 
+ ci gne. Ils furent époufez par Losys d'Amboife Eucfque d’Alby, le feiziéme De. 
nes du Loswre cembre du mefme an mil quatre cent nonante-vn;& peu de temps aprés el- 
?- 58.52 Je fut facrée & couronnée dans l'Eglife del’Abbaye de Saiséf Denys *; & par ce 
*V.ps8.96 moyen le Royioignit à fon Eftat la Bresagne, Pays d'importance & de gran- 
de étendué , contenantneuf Euefchez. 
Depuis , par le Traité de paix fus-mentionné , conclu à Senlis le vinçt- 
troifieme May mil quatre cent nonante-trois, entre le Roy Charles VIII. d'v- 
ne part, & Maximilian & Philippes d'Auftriche pere & fils, d'autre; il fut ar- 
refté que ladite Marguerite fœur de Philippes feroit renuoyée & liurée en Pi- 
cardie aux Peru pi de ces deux Princes : Que ledit Philippes ayant l'4- 
ge de vingt ans feroit hommage au Roy pour les Pays par luy tenus de fa Sou- 
ueraineté ; & que le Roy ioüyroic des Comtez de Mafconnois, Auxerrois, 
& Bar-fur-Seine , & autres poin&s. | 
Depuis LAnne de Bretagne eftant demeurée veufue de Charles VIII. Yan 
1497. aprés la diflolution du mariage du Roy Lowys XII. auec Jeanne de 
France fille du Roy Lowys XI. elle époufa ledit Roy Losws X 11. le huidié- 
me Januier mil quatre cent nonante-huit ; les Conuentions du mariage 
furent les mefmes que celles qui auoient efté accordées lors de fon premier 
mariage aucc Charles VIII. laquelle par ainfi fut deux fois de fuite Reyne de 
France ; ce qui fut vn moyen de conferuer l'uios de la Duché de Bretagne 
auec la France. LAnne mourut à Blog le neufiéme Ianuier mil cinq cent trei- 
ze , âgec de trente-fept ans , laiffant deux filles du Roy Losys XII. fçauoir 
Claude mariée au Roy Franços I. & Renéce'au Duc de Ferrare. 


De ce que deffus refulte , qu'on ne pouuoit pas [e diffenfer de donner icy ce Traité 
d'Arras (bien que du Regne precedent) 4 caufe qw'il eff entierement relatif aux 
deux autres Traitez fus - mentionnez , & fans lequet on ne les pourroit bien 
comprendre. | | 


Traité de Paix entre le Roy Louys XI. d'une part, er Maximilian 


out sue Duc d'Anffriche @ [es enfans d'autre part : à Arras*, 

s era : 

tions fur Les autrement Franchife , le 23. Decembre 1482. 

Mermoires de 

Comines ,qwe | : ; : 

d'a fait impri- Ovys par la grace de Dieu Roy de France; Sçauoir faifans à tous pre- 
a nd tie fens & à venir: Que comme pour mettre fin aux querelles , queitions, 


debats, & à la guerre meuë à certe occafon d'entre nous & noftre tres-cher & 
tres-amé Coufin le Duc Maximilian d'Auffriche,nos vres-chers & tres-amez Cou- 
fin & Coufine le Duc Philippes & Damoifelle Marguerite d'Auffriche fes enfans, 
leurs Pays, Seigneuries , & Sujets , plufieurs communications , parlemens, 
& affemblécs ayent par diuerfes fois efte tenués de nos Gens , Ambaffa- 
deurs & Commis d’iceux nos Coufins , & de leurfdits Pays ; par lefquels , 
. pour paruenir à bien de fainéte & frutueufe Paix , ont efté faites plufeurs 
ouuertures , & finalement en la ville de Frawchife aliàs Arres , en la Con- 
uention & Affemblée illec tenué , ont par nofdits Ambaffadeurs & les leurs, 
cite deliberez , accordez , & conclus plufeurs Poin@s & Articles , fur lef- 
quels ait efté faite, concluë, iurée, & publiée Paix finale, vnion & intelli- 
gence à toüjours entre nous, noftre tres-cher & tres-amé fils Charles Dauphin 
de Viennois, noftre Royaume , Pays, Seigneuries, & Sujets, d’vne part; nof- 
dits Coufin & Coufine, leurs Pays, Seigneuries & Sujets, d’autre : Et mef- 
mement, pour plus grande feureté d’icelle, ait efté confenty, conclu, & ac- 


DV ROY CHARLES VIII. 32$ 


cordé le mariage de noftredit fils le Dauphin & de noftredirce Coufine d’44- 

Jrriche ,{elon , & en la forme & maniere que contenu eft és Lettres fur ce fai- 
tes & expedices par nofdits Ambaffadeurs , & ceux de nofdits Coufins , & 
leurfdits Pays, defquelles Lettres la teneur eft telle. | 


Philippes de Crevecæur Seigneur Defquoerdes , & de Lannoy Confeiller & 


Chambellan du Roy noftre Sire, fon Lieutenant & Capitaine general au pays 
de Picardie , Cheualier de fon Ordre , Olivier de Quateman, aufi Cheualier, 
Confeiller & Chambellan du Roy noître Sire, . Lieutenant en la ville 
. de Franchife aliàs Arras, Iean de la Vacquerie Confeiller du Roy noftredic Sei- 
gneur, & premier Prefident en fa Cour de Parlement à Paris , Zean Guerin 
Maiftre-d'Hoftel , cous Ambaffadeurs Commis du Roy noftre Souuerain Sei- 


gneur ; Zean de Lannoy Abbé deS. Berthin, Chancelier de l'Ordre dela Toifon 


d'or, Philippes Abbé de S. Pierre lez Gand, Gofwis Abbé d’Afllighein, Gwi/- 
laume Abbé d'Aumont, de l'Ordre de Saint Benoift , Zean Seigneur de Lan- 


noy, de Rume, & de Sebourg , Jean de Berghes Sieur de Waïlhain , Bauduyn 


de Lannoy Seigneur de Molembais, Cheualiers dudit Ordre, Confeïlers & 
Chambellans,1eas de la Bouuerie Sieur de Bierbeque & de Wierre, Chancelier 
de Brabant, Pawl de Baeuÿf Sieur de Boirmizéele Prefident de Flandre , Jacques 
de Goy Sieur d’Auby, Cheualier, Confeiller & Chambellan , & haut Bailly de 
Gand , Zean Dawfay Confeiller & Maiftre des Requeftes ordinaire de l’'Ho- 
ftel , Gerard N'uman & Ican de Beere Secretaires en Ordonnances de noîftre tres- 
redoute Seigneur Monfeigneur le Duc Maximilian d'Austriche,Iean Pumot Che- 
ualier Bourgmaiftre, Zeas Rolland Efcheuin de la ville de Louuain, Nicolæs de 
Hetuelde , Roland Mol Cheualiers , Gort Roland Confeiller Penfionnaire de la 
ville de Bruxelles , Zeas Collegheux Bourgmaiftre ; Jean de Hymerzeelle Cheua- 


lier , Efcheuin de la ville d'Anuers , Georges de la Moere premier Efcheuin de 


la ville d’Anuers , Guillaume Ryns premier Confeiller , Zacques d'Effeemberper 


Confeiller des Efcheuins des Parchons dé la ville de Gand, Zean de Virte Sieur 


de Rudderuoirde Bourgmaiftre de la ville de Bruges, Zean de Nwenhoie Che- 
. ualier Chambellan , Giles Guiftlin Confeiller , & Zean Creüe Penfonnaire de 


la ville d’Ypre, Zacques de Landes Efcheuin , Jean Franços Confeiller de la vil- 


le de l'Ifle , Simon de Bercus premier Efcheuin , Zean de la Facquerie Confeiller 


de la ville de Doüay, Chriffofle Gautier premier Efcheuin dela ville de Mons, 


Jean Fournean Clerc du Bailliage de Haynaut, Serwaë Wandarr Confeiller de 
ladite ville de Mons , Thierry le Poyure Efcheuin , Gobert Herin Confeiller de 


la ville de Valenciennes , Robert de Manneuille Cheualier Bailly , Nicolas Da 


scrout Mayeur, Dasid Dandenfort Efcheuin, Philippes de Sainif Leger Confeil- 
ler, & Robert des Prez Procureur de la ville de Saint Omer , tous Ambañla- 
deurs , Commis & Deputez de mondit Seigneurle Duc, tant enfon nom, que 
au nom de Monfieur le Duc Philippes , & Madamoïifelle Marguerite d'Auffriche, 


fes enfans, nos Princes & Seigneurs naturels, & des Eftats de leur Pays, tant 


. pour eux, que aufli pour & au nom d’iceux Duc Philippes & Damoifelle; A 
tous ceux qui ces prefentes Lertres verront, Salut: Sçauoir faifons, Queen 
vertu des Pouuoirs à nous donnez , & cy-aprés inferez : Nous auons fait, 


conclu, accepté, promis & iuré, faifons ,concluons, acceptons, promettons 
& iurons Paix finale , Vnion , Intelligence & Alliance perpetuelle entte le 
Roy , Monfeigneur le Dawphin, le Royaume, leurs Pays, Seigneuries, & Su- 


jets, d’vne part; mondit Seigneur le Duc , Monfeigneur le Duc Philippes & 

Damoifelle Marguerite fes enfans, leurs Pays, Seigneuries , & Sujets, d’autres 

_enfemble le Traité du mariage, qui au plaifir de Dieu fe fera , folemnifera 
& parfera de mondit Seigneur le Dauphin & d’icelle Damoifelle Marguerite, 

ainfi , par la forme & maniere qu'il eft contenu & declaré és Articles fur ce 

par nous auifez ,confentis, & accordez, defquels la teneur s'enfuit. | 

1. Au nom, & à la loüange de Dieu noftre Createur , de la glorieufe 

| | il) 


_ 


1482. 


326 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Vierge Marie, & de route la Cour celefte, Paix finale, Vnion, Alliance, & 
1482. intelh gence à roûjowrs eft faire, promife, & iurée entre le Roy, Monfeigneur 
le Dauphin, le Royaume , leur Pays, Seigneuries , & Sujets , d’vne part ; & 
L Monfieur le Duc Maximilien d'Auftriche, Monfieur le Duc Philippes , & Ma- 
| damoifelle Marguerite d'Aufriche, {es enfans, leurs Pays , Seigneuries, & Su- 
jets, d'autre; par laquelle toutes rancunes, haines, & mal-veüillances des vns 
enuers les autres font mifes ius & oftées, & toutes iniures de fait & de pa- 
roles remifes & pardonnées. | 
2. Item, Pour plus grande feureté de ladite Paix, Traité, & Alliance de 
mariage eft fait, promis, confenty , & accordé entre mondit Seigneur le Day- 
phin feul fils du Roy , & hericier apparent de la Couronne , & madite Da- 
moifelle Marguerite d’Auffriche feule fille de mondit Seigneur le Duc & de 
feuëé Madame Marie de Bourgongne fille vnique de feu Monfieur le Duc Charles, 
que Dieu abfoille; & fe parfera & folemnifera ledit mariage, ladite Damoi- 
felle venué en âge requis de droit. 
3. tem , Et incontinent ladite Paix publiée , & les Scellez, Promefes, : 
Obligations , Lettres & feuretez baillées aux Ambafladeurs dudit Duc, & 
des Eftats defdits Pays, en la ville de l'Jf/e ou de Doay, madite Damoifelle 
fera en toute diligence fans metre la chofe en delay , amenée en cette ville 
de Franchife aliès LArre , & mile & delaiflée ës mains de Monfieur de Beanjes, 
ou autre Prince du Sang commis de par le Roy ; & la fera le Roy garder, 
nourrir , & entretenir comme fa fille primogenite , époufe de mondit Sei- 
gneur le Dasphin. | 
4. Item, Qu'en faifant ladite deliurance, mondit Seigneur de Beasjes ,ou 
autre Prince commis de par le Roy ayant Pouuoir efpecial à ce, en la pre- 
fence des Princes & Seigneurs qui auront conduit & amené icelle Damoi- 
felle, promettra par ferment folemnel fur le fuft de la vraye Croix & fainds 
Euangiles de Dicu, pour le Roy, tant en fon nom, que comme pere, & foy 
faifant fort de mondit Seigneur le Dauphin , que madire Damoifelle venuë 
en âge requis de droit, mondit Seigneur le Dawphin la prendra à femme & 
époufe legicime ; & procedera au furplus au parfair & confommation du ma- 
riage de luy & d'elle, felon l'ordonnance de fainéte Eglife. 
S. Item , Pareil ferment & promefle fera mondit Seigneur de Beaujeu, ou 
autre Prince commis ayant Pouuoir fuffifant à ce, de mondit Sieur le Des- 
phin, auétorife & difpenfe par le Roy de fon ieune âge, pour & au nom d'i- 
celuy Seigneur. 
| 6. Item, En faueur dudit mariage , iceux Seigneur Duc d’Auftriche, & 
les Eftats de fefdits Pays , ont confenty & mo tant en leurs noms, que 
pour & au nom dudit Duc Philippes & pour fon mineur âge , comparans en 
RÉ lee fon lieu, que les Comtez d'Artois, de Bourgongne, & les Terres & Seigneu- 
Arsicles par le Tics de Mafconnois, Auxerrois, Salins, & Bar-fur-Seine, & de Noyers foienc 
Traité de Sen- le partage , dot & portement de mariage de madite Damoifelle auec mondir 
js hé * Sieur le Dasphin , pour en ioüyr par eux, leurs hoirs mâles & femelles qui 
| iffiront dudit mariage, heritablement & à coûjours : Et en faute d’iceux , re- 
tourneront audit Duc Philippes , ou à fes hoirs. Et pource que le Roy tient 
en fa main , & occupe prefentement lefdits Comtez de Bourgongne , Maf- 
connois, Auxerrois, Salins, Bar-fur-Seine, Noyers , & la plufpart de ladite 
Comté d'Artois; il confent pour autant que la chofe luy peut roucher ,qu'i- 
celles Comtez & Seigneuries foient le dot , heritage, & patrimoine de ladite 
Damoifelle, pour en ioüyr par mondit Seigneur te Dasphis comme fon futur 
mary , par Elle , & leurs hoirs iflus de ce mariage ; & en faute d’iceux ,re- 
tourneront comme deffus. | | 
Sauf, que s'il auenoit, que lefdites Comtez, Terres & Seigneuries vinffent 
& écheüflent en autre main que de mondit Seigneur le Dasphin, ou des hoirs 


DV ROY CHARLES VIII. ja 


iflus d'iceluy mariage; en ce cas le Roy, mondit Seigneur le Dawphin , & leurs 
fuccefleurs Roys de France pourront pofleder & retenir lefdires Comtez d’4r- 
tous 8 de Besrgongne , & autres Terres & Seigneuries deflus dites, jufques à 
ce qu'il foit appointé du droi& prétendu par le Roy és Villes & Chaftelle- 
aies de l’Ife, Doiay, & Orchies , cfquelles trois Villes & Chaftellenies, fi le, 
dit cas de retour n'auient , le Roy & fes fucceffeurs ne prétendront aucun 
droiét ; mais en iouyront les Comtes & Comrefles de Flandres comme ils 
ont fait Le cy-deuant : Et fi ledit cas de retour auient , le Roy , & aufli le 
Comte de Flandres qui lors feront, feront diligence chaçun de fa part d'ap- 
pointer dudit different. Et dedans trois ans ps la venuë dudit cas ,ou 
plütoft , fi faire fe peut , que madite Damoifelle venuë en ladite ville de 
Franchife aliès CArre , fera du confentement du Roy, par mondit Seigneur de 
Beasjes , en la prefence des perfonnes des Efars d'Artois, & des autres Terres 
& Seigneuries de fon dot , qui illec feront trouuez ; lefquels , fans en faire 
autre Afflemblée , reprefenteront les sroé Effats d'Artois, venué ,receué , & decla- 
ree Comtefle d'Artois, de Bourgongne ,& Dame des autres Seigneuries; & Ai fre. 
feront mondit Seigneur le Dawphis comme futur mary d’Elle, & Elle tenus er Fee 
par le Roy pour diligens , touchant les deuoirs qu’ils feront tenus de faire 

pour lefdices Terres qui /owt de Royaume. | | | 

7. Item , De là en auant ledit Pays & Comté d'Artois , fauf la Ville, 
Chaîftel, & Bailliage de Saiséf Omer, dont cy-aprés fera touché, fera regi & 
gouuernc en fes droiéts , vfages , & priuileges accoûtumez , tant au regard 
des Corps des bonnes Villes comme du plat Pays, fous la main & nom de 
mondit Sieur le Dawphis futur mary, & bail de madite Damoifelle, & le Do- 
maine & reuenu d'iceluy Pays & Comte reduit au plus grand profit que 
l'on pourra; & les Officiers de luftice & de Recepte defdits Pays & Com- 
: Le les Loix des Villes creées & renouuellces de par luy , au nom que 

cflus. | 
_ 8. Item, Sera pareillement fait de la Comté de Bourgongne , & autres . 
. Terres & Seigneuries qui font du dot de ladite Damoifelle. 

9. Item, Sur la requefte que lefdits Ducs & Eftats font, que le plaifir du 
Roy foit mettre la ville de Franchife aliàs U4rræ en fon ancienne police & 
gouuernement fous la main de mondit Seigneur le Dawphin, en + commet- 
tanc Officiers de par luy , comme dit eft. Le Roy s’atrend à Monfeur le 
Dauphin futur mary de ladite Damoifelle, d'entretenir & traicer ladite Ville 
en fes gouuernemens & priuileges anciens & accoütumez , comme les au- 
tres Villes d'Artois. | | 
‘10. Item, Au regard de la Ville, Chafteau, & Bailliage de Saiséf Omer, 
qui eft de ladite Comté d’Artois, elle eft comprife, & tout ledit Bailliage, 
auec ledit Comté d’Artois au dot & porrement de mariage que madite Da- 
moifelle fait auec mondit Sieur le Dawphin fous les limitations qui s’enfui- 
uent : Ladite Ville, Chafteau, & Bailliage feront mis & deliurez en la pof- 
feffion de Monfieur le Dawphin & d’Elle , incontinent ledit mariage parfait 
& confommé, & non deuant, pour en iouyr par eux, leurs hoirs, & Éccef. 
dr rat de ladite Comté d'Artois, & autres Pays & Seigneuries deflus 

ites. * | L | 

11. Item , Dés à prefent lefdits Ducs & Eftats , tant en leuts noms que 
pour & au.nom dudit Duc Philigpes , remettant la garde de ladite Ville, 
Chafteau , & Bailliage , & les delaifle du tout à la garde & entretenement 
qu’en feronc & feronttenus faire les Gens d’Eglife, Nobles, Bourgeois, Manans 
8&c Habitans de ladice Ville, pour la garder & deliurer à mondic Sieur le Das- 

bin , ledit mariage confomme ; tous lefquels Manans & Habitans , & trois 
Eftats de ladite Ville , feront dés à prefent tenus faire ferment folemnel és 
mains du Roy, ou de fes Commis, de faire bonne & feure garde de ladite 


1492. 


Le j 


528 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


9 Ville durant ladite minoriré de madite Damoifelle , & non permettre ou fouf- 

1492 frir à leur pouuoir que ledit Duc d’Auftriche&ledir Duc Phihppes fon fils, 

ne autres de par eux, y ayent aucun port, autorité , ne aucunes gens, mais 

demeurera icelle Ville au gouuernement defdits des Eftats, pour [a bailler, 

rendre & deliurer en pleine obeïflance à mondit Sieur le Dawphin mary de 
madire Damoifelle, incontinent elle venuëé en âgeledirmariage confommé, 

ceffans tous contredits, excufes, ou delays. | 

12. Item, Pareil ferment feront tenus faire lefdits Habitans & trois Eftars 

à mondit Sieur le Duc d’Auftriche , de non deliurer ladire Ville au Roy, 

ne à mondit Sieur le Dawphis, ne autres depar éux, durant ladite minorité, 

&c iufques ledit mariage foit confommé. D | 

. 13. tem, Que en particulier les Prelats, Gens d’Eglife, Nobles,Maieur, 

Efcheuins, Manans, & Habitans de ladite Vilke, qui font Chefs d’hoftet, & 

autres qui viendront demeurerenicelle Ville durant ladite minorité , de quel- 

. que eftat ou condition qu’ils foienr , feront ferment fur la Croix ou fain@s 
Euangiles , d’entrerenir ledit Traité fur peine d'eitre tenus & -reputez par- 
iures & déloyaux aufdits Princes & à la Ville; & aufh comme infraéteurs & 
violateurs de Paix, eitre punis à la volonté & ordonnance de luftice, & fe- 
ra ledit ferment enregiftré en vn Liure & Revgiftre à ce feruant. 

_ 14. Ztem, Afin que ladite Ville ait mieux dequoy pour foy garder ; & en- 
tretenir ,le Domaine d’icelle Ville, banlieué,& Baïliage, tel queau Com- 
te d'Artois doit appartenir, demeurera durant Ja minorité de ladire Damois 
felle , au profit de ladite Ville pour l’entrerenement d’icelle : Et fi feronc 
Jefdites Ville, Bailliage, durant ledit temps, quittes dé leur portion de l’47- 
de ordinaire d'Artois ; & s’il leur conuient faire plus grande mife pour ladite 
Pot Roy & aufli mondit Seigneur d’Auftriche leur fecoureront & ay- 
eront. . Le. | 
15. Item , Et au regard de l'Infhitution des officiers que lé Comte d'Artois 
a accoütumé d’inftituer, comme Bailly, Sous-Bailly , Chaftelain, Burgraue, 
Aumaufter, Procureur, Receueur, Sergens, & autres ,mondit Seigneur le Duc 
comme pere de madite Damoifelle en aura durant ledir temps le eminatien, 
& Monfieur le Dasphin , comme futur mary d’icelle , l’Zxfitwtion ; & feront 
iceux Officiers tenus en obtenir Lettres de Monfieur le Daüphin ; & faire 
le ferment és mains des Eftats de ladite Ville; ainçois qu'ils puiflent exercer 
lefdirs Offices; & leur feront lefdites Lettres expediées fans frais; 8 fi ma- 
dite Damoifelle alloit de vie à trépas parauant ledit mariage confomme; la- 
dite Ville, Chafteau, & Bailliage, feront par lefdits Manans & Habitans re- 
mis en l’obeïffince defdits Ducs d’Auftriche & Duc‘ Philippes fon fils ,oufes 
fuccefleurs. | .. 
. 16. Item, Que pendant & durant la minorité de ladite Damoifelle , /4 Loy 
de ladite Ville fe fera & renouuellera par ceux d’icelle Ville en la maniere 
accoütumée ; & fi auront lefdits Majeur & Efcheuins pouuoir de creer les 
Officiers en deflous eux , &.comme ils ont fait par cy-deuant ; & fe fera la 
Iufticé en ladite Ville & banlieuë par les Majeur & Efcheuins , qui ferone 
entretenus en leurs anciens droits & prerogatiues; & au Bailliage, la Iufti- 
ce s’y fera & exercera comme il s’eft fait de cout temps & fous le reflort où 
il appartiendra; & entant que touche la garde, les trois Eftats de ladite Ville 
pourront faire telles Ordonnances & Scaruts qu'ils aduiferont eftre requis pour 
Jeur feureté; foit pourtenir, ou foudoyer Mortes - payes pour la garde de la- | 
dite Vie & Chafteau, où ils entendent en leurs confciences qu’il leur foit 
befoin ; pourront commettre & élire vn Chef entre eux pour la garde d’icel- | 
le,cel qu'ils auiferont, de l’vn d’eux , en tenant toùjours à eux La charge & 
gouuernement de ladite Ville, pour la deliurer, comme dit eft. Le 
17. Item , Quant aux Forts & Chafteaux prochains de ladite Ville, par lef- 
| quels 


 —— _ 


| DV ROY CHARLES VIII. 329 


quels ils pourront eftre tenus en aucune fujetion , ils auront les Seellez & 
Promefles des Seigneurs d’iceux Forts & Forterefles de non leur nuire; mais 
les aflifter à la garde & deliurance de ladite Ville, comme dit ef. 

18. Item, Et fi aucune guerre fortoit entre le Roy & ledit Duc d’Auftri- 
che ,ou autres voifins de ladite Ville, ils ne s’en mefleront ny ne receuront 
aucune garnifon d’vn cofté ne d’autre. | 

19. Jtem, Que les Bourgeois, Manans & Habitans de ladite Ville, ban- 
lieué ,& Bailliage, de quelque eftat ou condition qu’ils foient , pourront al- 
ler, hanter & frequenter marchandement, ou autrement, par tout le Royau- 
me de France, par les Pays de mondit Sieur d’Auftriche, Monfieur le Duc 
Philippes fon fils, & en autres Royaumes & Pays voifins : Et pareillement les 
Suiets defdits Royaumes des Pays de mondit Seigneur le Duc , & autres 
Pays voifins, pourront feurement hanter & conuerfer en ladite Ville & ban- 
lieuë, marchandement, & autrement; fans aucune reprife , ne en ce faire où 
donner aucun empefchement, pour marques, contremarques , ordonnances , 
ou defenfes au contraire. | 

_20. Item, Silefdits deS.Omer ne font contens de Lettres, Seellez & feuretez 
qui fe bailléront pour la generalité de ce Traité; le Roy pour fa part, & auf- 
fi mondit Sieur le Duc d’Auftriche pour la fienne , leur bailleront Lettres 
en particulier, & feront bailler par les Eftats de leur pays, & telles Villes & 
Communautez qu'ils requerront; par lefquelles, chacun en fon regard, pro: 
metrra entretenir, & faire entretenir tous les poinéts confentis & accordez 
touchant la garde de ladite Ville. | 

21. tem , Qu'en faifant par lefdits Manans & Habitans la déliurance & 
pleniere obeïflance de ladite ville de Sainéf Omer à mondit Seigneur le 
Dauphin & à madite Damoifelle , le mariage confommé ,comme dit ef, 
iceux Seigneurs & Damoïifelle feront ferment d'entretenir & garder ladite 
Ville , Chafteau, banlicuë , & Bailliage |, comme membre de ladite Comte 
d'Artois, & aufli icelle Comté d’Artois en leurs droiéts , franchifes & liber- 
cez , vfages & priuileges accoûtumez , comme les predecefleurs Comtes & 
Coincefes d'Artois ont fait, fans les deregler, ne mettre le Gouuernement & 
la Police de ladite Ville , ne des autres Villes d'Artois, en autre train que pat 
cy-deuant a efté. | | . Le 

22. Item , Confirme dés maintenant le Roy les Prouifions obtenués par 
ladite Ville, tant de feué Madame la Ducheffe d’Auftriche, comme auñli de 
mondit Sieut le Duc d’Auftriche,& mary d’Elle, pour la quittance & mo- 
deration des debres & rentes deuës par ladite Ville , & auffi pour le delay 
du payement d'icelles rentes, & debtes; lefquelles Prouifions demeureront 
en leur force, & leur feront valables. A 

23. Item, Les Ambaffadeurs dudit Duc d’Auftriche ontremonftre, que ladite 
defunte Ducheffe d’Auftriche, le Duc Charles fon pere, & autres predecefleurs 
poffeffeurs defdites Comtez & Seigneuries, ont emprunté plufièurs deniers, 8 
vendu rentes; & icelles aflignéesseftre payées fur le Domaine ,Rentes & re- 
uenu dudit Comté , Terres, & Seigneuries; requerant, que pour lacquit & 
décharge des ames defdits defunts, le Roy & mondit Seigneur le Dauphin pof- 
feffeur defdites Terres & Scigneuries , faflent payer lefdices charges & det- 
tes à ceux à qui elles font deuës, en obtemperant à ladite requefte ; le Roy 
& mondit Seigneur le Dauphin poffefleur defdites Terres, feront dorefnauant 
payer &c acquitter les cours des rentes deuës par es Corps des Villes, & au- 
tres qui en font nn pour lefdits defunts ; lefquels en feront rembour- 
{ez, & leur fera déduit ce qu'ils deuront par le Receueur des Domaines 
defdits Comtez. LE 

24. Item, Quant aux deniers preftez en la Comité de Bourgongne, ceux 
qui ont fait lefdits prefts , bailleront leurs lettres, enfeignemens, : affigna: 

€ 


1482: 


1482. 


330 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


tions qu’ils ont és mains de ceux qui feront commis à faire l'eftat du Do- 
maine dudit Comté, pour en faire rapport à mondit Seigneur le Dauphin, & 
les appointer comme par raifon. | | | | 

25. Item, Au regard des anciens Officiers, qui par ladite Duchefle, le Duc 
Charles, & le Duc Philippes fon ayeul, ont efté aflignez d'aucune fomme an- 
nuelle par forme de prouifion pour leur viure, à la prendre fur le Domaine 
defdits Comtez & Seigneuries ; ils y feront entretenus , & en feront payez 
felon leurfdites affignations. | 

26. Item , Sur ce aufli que lefdits Ambaffadeurs ont requis que le plaifir 
du Roy foit fäire entretenir par mondit Seigneur le Dauphin , les feruiteurs 
de feuëé madite Dame , & de mondit Sieur d’Auftriche , en Offices à eux 
donnez efdits Comtez & Seigneuries , en faifant le ferment és mains de mon- 
dit Seigneur le Dauphin, a efté répondu, que cy-aprés on pourra informer le 
Roy de l’idoneité FAT Officiers ; & en fera fait pour le mieux. 

27. Item, Que moyennant le dot & partage fait à madite Damoifelle 
des Comtez & Seigneuries deflus declarces ,le Roy au nom de Monfeigneur le 
Dauphin; & pareillement mondit Seigneur le Dauphin autorife & difpenfe de 
fon âge, comme futur mary de madite Damoifelle , promettant luy faire ra- 
tifier , Elle venué en âge ; renonçant à tout vel droit, part, & ation, qu'i- 
celle Damoifelle, & ledit Sieur à caufe d’Elle, pourroient auoir, clamer, & 
demander en Duchez, Comtez, Terres, & Seigneuries, biens, meubles , & 
immeubles quelconques, demeurez du trépas de Madame la Duchefle mere 
d’icelle Damoifelle, fi nouuelle fuccefion n’échet. 

28. Item , Que l'intention de mondit Sr le Duc, & defdits des Eftats, eft que 
le dot & partage confenty à madite Damoifelle, & en faueur & contemplation 
du mariage de mondit Seigneur le Dauphin & d’Elle ,ayt fon effet; mais s’il 
auenoit par quelque cas de mort , ou autrement, que ledit mariage ne paruint, 
lefdis dot & partage feront tenus pour non faits; & feront lefdites Comtez & 
Seigneuries deliurées , renduës & reftituées à mondit Sieur le Duc , au cas que 
fefdits enfans foient encores en bas âge ; & lefdits enfans eftans âgez ,à mondit 
Sieur le, Duc Philippes, comme heririer principal de madite Dame fa mere; 
fauf à -icelle Damoifelle fa fœur fon droiét & partage annuel tel que auoir lé 
deura par les Droiéts & Coûtumes defdits Pays & Seigneuries ; entendu auff 


qu'en ce cas le Roy feroit entier au droit qu'il pretend efdites Villes , & Cha- 


ftellenies de l’Ife, Doay, & Orchies , felon la referuation deflus-dite. 

29. Item , Que le mariage parfait & confommé , s’il auient que mondit 
Seigneur le Dauphin, à qui Dieu par fa grace donne bonne vie & longue ,al- 
laft de vie à crépas , delaiffant , ou non, enfans de madite Damoifelle, icelle 
joüyra defdits Comtez d’Artois, de Bourgongne, & autres deflus nommez, 
comme de fon dot & heritages ; & auec ce aura pour fon doëaire cinquante 
mil liures tournois par an, qui luy feront affignces; premierment , commen- 
çant au Bow-de-Vincennes, Creil, Montargé, & autres les plus belles Places & 
Demeures que l’on fçaura auifer , en Champagne, Berry ,& Touraine. . 

30. Item, Au contraire, s’il auenoit qu’elle voife de vie à trépas parauanc 
mondit Seigneur le Dauphin , les enfansiflus d’eux , fuccederont efdites Com- 
tez & Seigneuries qui font du dot & partage d’Elle : Et s’il n’y a nuls enfans, 
lefdits Comtez & Seigneuries retourneront à fes plus prochains hoirs , fauf la 
limitation deflus-dite de l’Ifle, Doüay, & Orchies. 

31. Item, Que foùs ombre de cette alliance de mariage, le Roy ,ne mon- 
dit Seigneur le Dauphin , durant la minorité dudit Duc Philippes , ne préten- 
dra auoir le gouuernement defdits pays de Brabant , Flandres , & autres ap- 
partenans audit Duc, mais les laifferont en tel eftat qu'ils feront. | 
32. Si le ieune Duc Philippes alloit de vie à trépas en minorité d'âge ,que 
Dieu ne veüille , parquoy ire Damoifelle fuccedaft aux Duchez , Come 


DVROY CHARLES VIIL 331 


tez; & Seigneuries defondic frere; en ce cas le Roy & mondit Seigneur le Dau- 
phin accordent que le gouuernement défdits Pays demeure en l'eftat qu'il 
fera trouué, tant qu'elle fera venuë en âge ,en faifant par lefdits Pays à mon- 
dir Seigneur le Dawphin au nom d’Elle, les deuoirs que ceux du pays doiuent 
à leurdit Seigneur. .. 

33. Item, Aufli s’il auenoit, madite Damoifelle eftant en âge & le maria- 
ge confomme ,que mondie Sieur le Duc Philippes mourüût fans delaiffer hoirs 
de fa chair, ou par quelque aurre cas, les Pays & Seigneuries d’iceluy mon- 
dit Sieur le Duc Philippes, vinflent à madire Damoifelle fa fœur, & les hoirs 
iflus d’Elle, & qu'ils one hericiers de la Couronne de France , le Roy & 
mondit Seigneur le Dauphin promettront & bailleront leurs Lertres pour 
eux & leurs fucceffeurs, & feront bailler par les Eftats de France à chacun 
defdits Pays; & audit cas traiter lefdits Pays felon leur nature, & de les en- 
tretenir en leurs anciens droits ,exemptions, vfages,coùtumes & priuileges, 
& les Villes en leurs priuileges, franchife, police, & gouuernement accoû- 
tumez : Et quant aux Pays qui font hors du Royaume que les Sujets d'i- 
ceux ne feront traitez par appellation , ne autrement , en la Cour de Parle- 
ment à Paris, grand Confeil du Roy, ne ailleurs hors defdits Pays. 


34. Item, Iceux Seigneurs, leurs Pays, Seigneuries, & Sujets, | la con-” 
i 


feruation de la paix, amour & vnion perpetuelle, procedant dc ladite alliance 
& mariage, ayderonc & aflifteront l’vn l'autre, comme amis, enuers & con- 
tre tous ceux qui voudront entreprendre fur l’Eftac, & perfonnes defdits Prin- 
ces , ou de l’vn d’iceux; ou auffi fur ledit Royaume, leurs Pays, Seigneuries, 
& Sujets. 


1482 


35. Item , Reconnoiflent lefdits Duc , & eftanc au Roy la Seuueraineté Sownerainer 


en la Comté de Flandres, felon ce qui a efté au temps paffé ,& promettent 
queledit Duc Philippes venu en âge, y fera les foy , hommages , & deuoirs, 
comme il appartient , & que l’on a accoütumé de faire ; & de ce bailleronc 
Lettres mondit Sr le Duc d'Autriche, & les trois Membres de Flandres. . 
36. Item, Que le Roy, de fa certaine fcience , puiffance , & authori- 
té, a confirmé & confirme tous priuileges anciens , & nouueaux, accordez 
& confirmez par icelle feuëé Dame auant fon mariage, & par ledit Seigneur 
le Duc & Elle conftanc leur mariage , tant aux trois Membres de Flandres 
en general qu’en particulier aux Villes & Communautez defdits Pays de 
Flandres , Villes , & Chaftellenies de l'Zfe, Doiay , & Saintf Omer ; enfem- 
ble cous les Droits , Loix , Vfages , & Coùtumes defdites Villes & Com- 
munautez de Flandres, Villes & Chaftellenies de Sainéf Omer, l'Ifle , Doiay, 
& Orchies. | 

37. Item, Auflia lé Roy confirmé aux Manans & Habitans de la ville 
d’Anuers les priuileges qu'ils ont dés predecefleurs Roys de France, pour la 
franchife de la Foire d'icelle Ville. | 

38. Item , Entant qu'il touche le droi& d’iffué du Royanme , impofition 
foraine, & autres droits que l'on paurroit demander pour les viures , dan- 
rées & marchandifes, qui feront amenées & conduites au Pays & Comté de 
Flandres, Villes & Chaftcllenies de l’Ifle , Doüay, & Orchies , en fera faic 
comme du temps de feu le Duc Philippes dernier, & auparauant. 

39. Item, Que les appellations des Sieges de la gouuernance de l'Ifle, 
Doüay, & Orchies fe releueront en la Chambre de Flandres ,comme Reflort 
immediat de ladite Chambre, iront en ladire Cour de Parlement à Paris ; 
& ce, tanc que lefdites Villes & Chaftellenies feront pofledées par les Com- 
ecs & Comtefles de Flandres, & fous la referuation deflus dite. 

40. Item, Que les appellations de Loix de Flandres , de la riuiere du Lys, 
qui par moyen, ou fans moyen, fe releueront en la Cour de Parlement , {e- 
ront muées & conuerties en reformation, & ce executer 1r.fuge , reparable 

c ij 


ds Roy en 
Flandres. 


332 OBSERVATIONS SVRLHISTOIRE 


par diffinitiue, à caution, felon les Ordonnances, qui pour le bien & cours de 
la marchandife audit Pays de Flandres, en ont efté faites au temps paffé. 

41. Item, Qu'en ce Traité de Paix eft comprife la perfonne de Madame 
Marguerite Duchefle de Bourgongne, veufue de feu Monfieur le Duc Charles, 
& luy fera rendué la pleine ioüyflance des Terres de Chawfins, & de {a Per- 
 — gA riere au rachapt de vingt mil écus d'or, au pays de Bourgongne; & fur ce luy 
La Perriere, v. otroycra le Roy fes Lettres patentes felon le contenu qu'elle en a defdits 
p"£ 85. pré. Ducs & Duchefle ; & s’il auenoit , que Dieu ne veüille, que Monfieur le 

ieune Duc allaft de vie à trépas , & qu’à ce moyen les Pays efquels madite 
Dame 2 fon doüaire, & autres Terres à Elle données fa vie durant, vinffene 
en la main du Roy ou de Monfeigneur le Dauphin , en ce cas promettront par 
leurs Lettres laifler iouyr madite Dame de fon doüaire , & autres Terres fa 
vie durant paifiblement à Elle, fans faire , ou fouffrir faire aucun empéche- 
ment; & fi elle 2 meftier de l’ayde, ou non, du Roy & de mondit Seigneur 
le Dauphin , iceux la conforteront en fes affaires , & ayderont comme leur 
parente & Coufine ; & aufhi entretiendront à madite Dame , audit cas, les 
traitez & paétions qu’elle a euës auec madite Dame d’Auftriche, pour la re- 
“titution du dot & des deniers de fon mariage. 

42. Item, Par cette Paix eft faite abolition generale , rapel de tous bans, 
defauts, & contumaces aux Sujets d’vn party & d'autre, de quelconques cas, 
delits,crimes , ou offenfes que l’on leur pourroit impofer; à fçauoir quele Roy, 
de fa pleine puiffance & authorité Royale , fera & fait abolicion gencrale à 
tous les Seruiteurs & Sujets tant des Pays de Bourgongne , que par decà, & 
autres, qui ont tenu le party de feu Monfieur le Duc cube Mains la Du- 
chefle Marie {a fille, de Monfieur le Duc & de Meflieurs fes enfans, de tous 
quelconques cas commis & perpetrez depuis le commencement des guerres 
audit Duc Charles , foit en ayant tenu leur party, les ayant feruy , & auoir efté 
en Ambaffade pour eux en LA#gleterre, vers le Duc de Bretagne ,ou ailleurs, 
ou eux auoir armé & feruy en guerre contre le Roy, confeillé , aydé, & fa- 
uorifé de fait, de parole, ou par écrit, la partie & querelle d’iceux Ducs & 
Ducheffe ,auoirefté contre leurs fermens , ou red Où en quelque autre 
maniere que ce {oit, ou puifle eftre, auoir ofenfe , delinqué enuers le Roy, 
& leur remet, quitte, & pardonne le Roy toute offenfe, & peine corporelle 
& ciuile; enfemble toutes peines & amendes adiugées au temps paffé ; impo- 
fanc fur ce filence perpetuel à fon Procureur, fans ce qu’il foit befoin à nuls 
defdits Sujets & Seruiteurs en obtenir aucune abolition & pardon en parti- 
culier : Et neantmoins ceux qui en voudront auoir Lettres , les auront fans 
frais; & pareille abolition offre faire & fair mondie Sieur le Duc pour ceux 
quionttenu le party du Roy : Auf pour les Manans & Habitans de la Ville, 
banlicuëé, & Bailliage de $. Omer, & particulierement eft accordé par le Roy 
LAbolition generale en relle façon, que pour chofe faite, dite ,ou refcrite pour 
le temps paffé, l'on ne les pourra iamais redarguer en luftice, ne autrement. 

43. Item, Qu'auff les Sujets & Seruiteurs d'vn party & d'autre, tant Pre- 
lats, Chapitres, Conuents, Nobles, Corps de Villes, Communautez, & les 
particuliers, de quelque eftat ou condition qu'ils foient , recourneront à leurs 
Dignitez, ess Fiefs, Terres, Seigneuries , & autres heritages, deniers 
d’heritages, rentes heritieres ,ou viageres deuës par les Princes ; comme cel- 
le deuë à Monfieur de Hamez fur le Domaine d'Amiens , que par Corps de 
Villes ou particuliers , à en iouyr & + depuis le iour de la Paix, 
en tel eftac qu'ils les trouueront; qui € à entendre , que ceux qui retourne- 
ront à leurfdits biens par cette Paix, feront renus en telle poffeilion & iouïf- 
fance de leurs Dignitez, Benefices, & autres biens, qu'ils eftoient parauant 
l'empéchement furuenu, à caufe de la guerre ,fans'ce que l’on leur peut ob- 
jicer interru ption de poffefion , ou prefcription pour le temps que la guerre 


1482. 


_ 


DV ROÔY CHARLES VIII. 333 


a duré depuis qu’elle commença du temps dudit feu Duc Charles ; & cenon- 
obftant quelconques dons ou difpofitions à temps, ou à toûjours faits au con- 
traire par le Roy en fon party , ou par mefdics Sieurs les Ducs ou leurs fuc- 
ceffeurs nonobftant quelcoriques Declarations de confifcations, de Sentences 
ou Arrefts obtenus par contumaces, qui d’vn party & d’autre pour le bien de 
cette Paix , feront mis au neant & declarez nuls; nonobftant auf quelcon- 
ques venditions d'iceux heritages, ou rachapts defdires rentés faits durant 
la guerre par ceux ,ou à ceux qui ont eù don defdits heritages & rentes. 


44. Item, Si aucuns heritages ou rentes ont efté venduëéspar Decret pour 


debres, hypotheques dont les debtes fuflenc en party contraire , lefdits de- 


biteurs , ou leurs heritiers, pourront retourner incontinent aprés ladire Paix 
A e . e . L 
à leur en de ainfi vendus , en fatisfaifant en dedans l’an , du deub, pour 


lefquels ils feroient vendus tant feulement ; & s’ils n’auoientfatisfait en de- 


dans ledit temps , le Decret demeurera en fa force , & retournera de plein : 


droit ledit-acheteur en fa pofleffion : Mais fi le proprietaire vouloit debatre 
ou foûtenir contre la debte, il y fera receü en PT. hares des deniers ,com- 
me s’il eüc efté prefent; fi toutesfois par ladite adiudication de Decrets au- 
cunes rentes auoient eftc foupites, icelles feront du iour de cette Paix remi- 
fes en leur cours comme parauant ladite adiudication. 

45. Item, Aufli fi les debtes, pour lepayement defquelles l’on auoit pro- 
cede à vendre les herirages de celuy , ou ceux qui eftoienten party contraire, 
cftoient pures dr ,non hypoteques, defquelles eût efté fait don par 
recompenfe ou party , où leur debireur eftoit demeurant , iceluy debiteur 
retournera à fon heritage ainfi vendu, fans reftituer les deniers principaux, 
ne autres chofes à l’acheteur defdits heritages ou à fon ayant caufc. 

46. Item , En toutes autres matieres Ecclefiaftiques & profanes où font 
données quelques defauts ou contumaces contre eux, eltans au party con- 
traire , ils fe pourront iugér en dedans l’an contre qui qu'ils foient obrenus. 

47. Item , Les Sujets d’vn côté ou d’autre retourneront à leurs biens & 
immeubles, à fçauoir, tant ceux dont ils ioüyfloient auant les diuifions com- 
mencées du temps du feu Duc Charles, que ceux qui depuis leur font fuc- 
cedez & écheûs; fuppofé ores que le trépas de celuy duquel viendroient lef- 
dits biens ,fücauenu, & que lefdits biens foient fituez au party contraire, 
auquel s’eît cenu fon plus prochain heritier; fans que l’on peüt objicer à l’he- 
ricier, que fon predeceffeur foit mort ennemy du Prince fous lequel il auoit 
fes biens , ou en feruice de guerre contre luy, ou audit héritier qu’il foit in- 
habile à fucceder , parce qu’il auroit tenu party contraire du :lieu où lefdits 
biens font écheüs. | | 

43. Item , Et quant aux fruits & leuées des heritages & rentes, tout ce 
qui efi donne & leué depuis le commencement des diuifions du Duc Char- 
les iufques au iour de la Paix par mandement des Princes , leurs Lieute- 


nans ou Commis, demeurera leué & donné; & n’en pourra iamais eftre fait 


pourfuites contre les Commiflaires qui s’en font entremis , ne ceux qui 
les ont receüs , ou qui en ont profité , ne aufli contre ceux qui les ont 
payez & contentez : Et quant aux arrerages des rentes & cenfes dont les 
termes font écheüs , ou pour pied coupé , que encor ne font leuez afin d’o- 
fter toutes matieres de procés, ils demeureront à ceux qui en ont le don des 
Princes. | 

49. Item, Pareillement, toutes debtes perfonnelles données par les Prin- 
ces,ou leurs Lieutenans, fuppofé, que rien ne foit leué, demeurent au pro- 
fic de celuy ou ceux qui en auront le don ; & quant à toutes autres chofes 
mobiliaires, quelque don que en ayt.efté fait , fi elles n’ont efté leuées, ou 


qu’il n’en foit procés; ce qui fe trouuera en eftre vi la Paix publice , ap- 


partiendra à celuy ou ceux aufquels lefdics biens eftoient auparauant la guer- 
Tt y) 


1482. 


; 
: 


I 48 2. 


# Marle 


334 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


re , & les pourront prendre & leuer par tout où ils es trouueront , fans ce 
que on leur puifle donner aucun contredit ou empéchement pour quelcon- 
que caufe que ce foit. | Sn 

so. Item , Semblablement eft accordé pour lefdits de Sainéf Omer, que 
pour quelconque recompenfe receué , remiflion , quittance obtenuë par le 
Corps de la Ville , & aufli par les particuliers Bourgeois , Manans & Habi- 
tans d’icelle Ville ,banlieué, & Bailliage, de quelque eftatou condition qu'ils 
{oient , ils en demeureront déchargez , & n'en pourra contre eux eftre faic 
pourfuite. _ | | 

sr. Jtem, Que fous la generalité de ce Traité mondic Sr le Duc d’Au- 
triche & fefdits enfans font & demeurent quittes & déchargez de toutes 
debtes qu’ils peuuent deuoir à ceux qui ont tenu ee àeux contraire , & nefe- 
ront lefdits creanciers pour quelque caufe quefefdits procedent, eftre iamais 
receûs à en faire pourfuites contre mondit 5" le Duc, mefdits Sieurs fes en- 
fans , ou leurs biens , fauf couvesfois des rentes & penfions à venir , qui fe 
payeront de ce iour en autre. | 

s2. Item, Que pour retourner à ce fien , l'on ne fera tenu de faire aucun 
ferment au Prince ou Seigneur fous qui lefdits biens fonc, fauf les Fieftez & 
Vaflaux , qui feront tenus de faire ferment de fidelité pour leurs Fiefs ; le- 
quel ferment fe pourra encor faire par Procureur ,ayant pouuoir fpecial. 

53. Jtem, Sut ce que les Ambafladeurs de mondit S° le Duc & des Eftats 
de fes Pays ont requis ,que Madame veufue de Meflire Pierre de Luxembourg, 
& Damoifelles Marie & Françoife {es filles retournent à leurs biens, cant ceux 
dont ont iouy en leur viuant Meïlire Lowys de Luxembourg Comte de Sainif 
Paul, Madame Jeanne de Bar fa femme , Meflire Jean de Luxembourz Comte 
de Merle * leur fils aifné , & ledit Meflire Pierre de Luxembourg ; & ce non- 
obftant quelconques Arrefts, Sentences, Declarations de confifcation , & for- 
clüfion de Fréues faites par cy-deuant ; & pareillement Monfieur de Croy 
Comte de Porcies, pour lequel ils ont requis qu'il retourne en fes biens, Ter- 
rés, & Seigneuries, dont feu Monfieur de Crey fon pere 8& Madame Margue- 
rite de Lorraine fa mere ont efté iouyflans ; & nommément à la Comté de 
Porcien , les Greniers à Sel du Chafteau de Cambar/oy , Montcornet , & autres 
appendances dudit Comté , à la Seigneurie de Bar-fur-Aube , & autres Ter- 
res en Picardie, ladite Veufue, & enfans dudit feu Meffire Pierre de Luxem- 
bourg , & ledit Sieur de Croy iouïiront du benefice de la Paix, fauf qu’ils ne 
retourneront prefentement à leurs biens, & pourront pourfuiure leur cas de- 
uers le Roy quand bon leur femblera. 

sa. Item, Quant à ce que lefdits Ambaffadeurs ont requis , que le Roy 
fafle rendre & reftituer à Monfieur le Comte de Romont fa Comté de Ro- 
mont , fon pays de Faux , & autres Terres & Seigneuries qui luy appartiennent 
au pays de Sasoye à caufe de fon partage; lefdices Terres ne font point en la 
pofleffion du Roy, ne d’autres de fa fujettion ; & quand ledit Seigneur 
de Romont voudra faire diligence à les recouurer ; le Roy en ce le fauorifera. 

ss. tem, Touchant les Princes & Princefles d'Orange ,le Comte de 10igny, 
Liepart de Chalon Sieur de Lorme , Meflire Gwilaume de la Baume Seigneur du 
Laim , Meflire Claude de Thoulongeon Sieur de la Baffye , pour lefquels lefdits 
Ambafñfadeurs ont femblablement requis ,qu'ils foient compris en cette Paix, 
a efté répondu, qu'ils y font compris, & retourneront à leurs biens où qu’ils 
foient , tant au Royaume qu’au Dauphiné & Comté de Bourgongne , fous 
la generalité comme les autres. | — 

56. Item , Parcillement les Religieux , Abbé , & Conuent d’A4chis, font 
compris en la generalité du Retour au fien , tant pour les biens de l'Abbé, 
comme du Conuent, & en auront les deffus nommez , & autres, Lettres par- 
ticulieres, fi auoirles veulent. | 


DV ROY CHARLES VIII 335 


s7. Item , Semblablement les Religieux de l’Eglife & Abbaye de Saisér 
Was d'Arre , qui fe font tenus en l’obeiflance de mondit S' le Duc d’Auftri- 
che, pour lefquels lefdits Ambaffadeurs ont fait requefte, pourront retourner 
à leur-dite L4bbaye, G° viure des biens d’icelle. 


58. Ztem, Sur ce que lefdits Ambafladeurs requierent , que les Habirans 


de la ville de Franchife alias C4rræ, qui fonc efpars & retraits en diuerslieux, 
tant en l’obeïffance du Roy, qu’en l’obeïflance de mondit S' le Duc, puiffent 
franchement retourner à leurs maifons & habitations, faire leurs Marchandifes, 
Meftiers, & Stiles, comme ils faifoient deuant la guerre, fans ce que decho- 
fe faite ou auenué en temps paflé depuis le commencement defdites diui: 
fions l’on leur puiffe rien impofer ; l’on entend par ce Traité, que ceux 
de ladite Ville qui font retraits €s Pays dudit Duc d’Auftriche, retourne 
ront à leurs biens fous la generalité de vous les autres , & pourront aller, 
conuerfer , & demeurer en ladite Ville, & y faire leurs Marchandifes & Me- 
ftiers, & és autres lieux du Royaume; & quant aux autres Habitans, qui font 
demeurez en l’obeiffance du Roy, l’on y a dés-ja pourueü. 

s9. Item , Les hericiers de ceux qui ont efté executez & mis à mort pour 
caufe de la guerre , & pour auoir tenu le party, & adheré à autres qu’à celuy 
où ils eftoicnt demeurans , retourneront à leurs biens qu’ils trouueront en n2- 
ture, & fuccederont; & aufli les veufues defdits executez , à leurs droids & 
doüaires, fi n’eftoit que telles executions ayent efté faites par procés & Iu- 
ges ordinaires. _. 

Go. Item , Pour auoir la iouyflance du fien , l’on ne fera tenu venir ou 
faire refidence en l’vn ou l’autre defdites parties ; mais iouyront ceux qui fonc 
du party du Roy, des biens qu'ils ont és Pays de mondic Sfle Duc, & Mef- 
fieurs fes enfans; & pareillement ceux qui font demeurans en pays & obeïf- 
fance de mondit S' le Duc, tant lefdits fufnommez qu’autres , de quelque 
eftac ou condition qu’ils foienc , des partys de Bourgongne , & des Pays de 
par decà, iouyront des biens à eux appartenans, ou qui leur auiendront , au 
party ou obeïfflance du Roy & de mondit Seigneur le Dauphin , fans qu’ils 
foient contraints venir demeurer & refider fur lefdits biens. | 

61. Item, Sur ce que lefdits Ambafladeurs ont remonftré, que pour re- 
foudre le Pays & Comté d'Artois , il plaife au Roy confentir & accorder 
que la ville de Franchife alias Arras, Aire, Lens, Bapaume, Bethune, les Villa- 
ges defditslieux , & la Chaftellenie de Liliers, & leurs enclauemens , foient 
tenus quittes & paifbles de l’Ayde ordinaire d’Arthoi ces premiers douze ans, 
& que nul autre Ayde,ne Taille extraordinaire ne foit leuée ce temps pen- 
dant ; & pareillement de tous les arrerages dudit Ayde ordinaire du temps 
paité , afin que les Habitans defdites Villes & Bailliages , qui la plufpart font 
inhabitées ; & au plaifir de Dieu la Paix faite, fe repeupleront, n’en puiffent 
eftre pourfuiuis , mais en foient quittes & déchargez : le Roy a quitté tous 
lefdites Aydes pour le temps paffe aux Villages inhabitez , & ceux qui ont 
delaifé à payer à caufe dela guerre; & auffi afin qu’ils fe puiflent mieux re- 
foudre & labourer , il les tiendra quitres de leurs portions d’Aydes l’efpace 
de fix ans , à compter du iour d’icelle Paix : Pource que defunte Madame 
d'Auftriche ,aprés qu’elle fut venuë à la Seigneurie, elle iouyfloit de la Comte 
d’Artois ,au moins de la ville de Franchifealiàs LArræ, a confenty & oëtroyé 
à ceux de la ville de Doay pour les Bourgeois, Manans & Habitans , bonnes 
Maifons & Hofpitaux de ladite Ville, qu'ils fuflenc & demeurent quittes, 
exempts & affranchis de payer Tailles audit pays d’Artois pour les heritages 
qu'ils ontillec , donc ils ont Lettres par forme de Chartes en lacs de cire 
verte , le Roy à la requefte defdits Ambaffadeurs , tant pour luy que pour 
mondit Seigneur le Dauphin , conformera & otroyera de nouuel lefdits Pri- 
uileges, | 


14821. 


a ee 
— me 


1482. 


336 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


62. Item, Que ceux qui rerourneront à leurs biens par la Paixne feront, 
ne aufli leurs heritages , pourfuiuibles de rentes foncieres & furcens pour 
le temps de la guerre , mais feront tenus les décharger ceux qui en auront 
iouy par recompenfe; & fi ce fonc heritages qui pour caufe des guerres ayent 
efté ruinez & fans labour, ils demeureront déchargez defdites rentes & fur- 
cens pour le temps qu’ils n’ont efté labourez iufques au iour de Noël, in- 
ftanc & inclus; mais dudit jour en auant , foit que l’on les laboure ou non, les 
rentes & furcens fe payeront. 

63. Item, Pour ce aufli que plufieurs foütiendront, qu’ils feront tenus en- 
treren la iouyffance des biens , fiefs, & heritages à eux auenus durant la guer- 
re, faire & payer les reliefs , & autres deuoirs, aux Seigneurs de qui lefdits 


fiefs & heritages feront tenus : confenty & accordé eft, que ceux qui doiuenc 


faire lefdits deuoirs auront terme & induce de trois mois du iour & date de 
la Paix, pour faire lefdits deuoirs ; en faifant lefquels ,ils 1ouyront de ce qui 
fera écheù le iour & dare de certe dite Paix , fans auoir égard à ce que lef- 
dits reliefs & deuoiis ne foient encores faits. 

_ 64. Item, Que les Nobles &.Fieffez defdits Pays de mondic S' le Duc 
d'Autriche, & de mondit S'le Duc Philippes fon fils, qui auront Seigneuries, 
&c Fiefs au Royaume, ne feront contraints à feruir que fous mefdirs Sieurs ou 
leurs Lieutenans ,ou Commis; en cas qu'ils, ou l’vn d'eux, foient au feruice 
du Roy; & fi mefdits Sieurs ,ou l’vn d'eux n’eftoient en perfonne audit fer- 
uice, lefdits Fieffez ne feront contraints deferuir en perfonne, mais pourront 
fairé feruir par autruy , felon la valeur de leurs Ficfs. | 

65. Item, Les Sentences & appointemens rendus au grand Confeil de feu 
Meilieurs les Ducs Philippes, Charles, & Duchefle, & Monfieur le Duc pre- 
fenc,& aufi en la Cour qui s’eft tenuë à Malines, d’entre les Sujets d’iceux 
Ducs & Ducheffe, ou pour heritages , contra®s , clameurs , arrefts ou fuccef- 
fions de biens lors à eux fujets, fortiront leur effet, pourueù que lefdits cens 
ne touchent direétement le droit du Roy , ou qu’il n'en y eüt queftion en 
la Cour de Parlement à Paris , ou autre Cour Souueraine , où le Procureur 
du Roy fuft adjoint auec la partie. 

66. Item ,Que les caufes & procés par cy-deuant introduits efdits grand 
Confeil, & Cour de Malines , qui encores ne font décifes , du pays d’Ar- 
tois, des reflorts & enclauemens d’iceluy, & des terres fur la riuiere de Som- 
me ; qui lors cenoient le party de feu le Duc Charles , tant celle de la pre- 
miere Inftance , qu’en cas k appel ; & femblablement les appellations de bou- 
che ou par écric , & mifes de la Chambre de Flandres , releuées en ladite 
Cour de Malines audit grand Confeil , feront renuoyces en l’eftat qu'elles 
font en la Cour de Parlement à Paris ; & y pourront ceux qui voudront 
pourfuiure leur droit , faire affigner iour à leurs parties aduerfes ; & feront 
lefdirs procés receüs, à fçauoir ceux qui font conclusen Droit, pour les iu- 
ger & décider à fin deuë ,& les autres pour les parfaire & inftruire, & y pro- 
ceder par les parties felon les retraits & derniers appointemens. | 

67. Item, Pareillementles Amortifflemens , Compofitions, nouueaux Ac- 
quefts, & Annobliffemens faits parlefdits Ducs & Ducheffe demeureront en va- 
leur , & fortiront leurs effets, en prenant par les Sujets du pays d'Artois nou- 
uelles Lettres d’annobliffement , lefquelles leur feront baillées fans frais , & 


: fans forme de finance; ou s’ils n’en obtiennent aucunes Lettres, fe pourront 


ayder de ce prefent Traité. 

68. Item , Aufli les LAbolitions , Remifes , & Pardons faits & baitlez par 
Monfieur le Duc Charles, Madamoifctle fà fille , & par mondit Sieur le 
Duc d’Auftriche & Elle, depuis fon mariage ,aux Villes & Communautez, 
& aufli aux particuliers de leur pays de Flandres, l'Ile, Doüay, Arroë, & de 
Bowrgengne , feront entretenus , en prenant par les Sujets d'Artois Lettres, 

comme 


DVROY CHARLES VIII : . 


comme en l'article précedent ; & ne fera nul receü à faire le procés pour 
reparation de mort, ou d’autres iniures contre les Corps & particuliers def- 
dites Villes. & Communautez, pour les cas contenus efdires abolitions. 

69. Item, Que pour Le remps à venir eft confenty par ces TFraitez de Paix 
que les Bourgeois, Mayans & Habitans és Villes & Pays defrontieres defdits 
Ducs d’Auftriche & fes enfans , & autres eftans fujets à la Couronne, adiour- 
nez à comparoir en perfonne en ladite Caur de Parlement ,ou pardeuant au- 
tres Juges Royaux, pour quelconque cas qu’on voudra dire auoir efté par eux 
commis , feront receüs à comparoir par Procureurs , nonobftant \efdirs ad- 
journemens perfonnels , durane le cemps & efpace de la minorité de madite 
Damoifelle : Et pareillement eft acçardé pour les Habicans de Jadite Ville, 
banlieuëé ,& Bailliage de Ssénéf Omer. | | RE 

70. Item, Que pour les dignitez aufquelles les Sujets , & tenans le party 


1482. 


de mondit Sieur le Duc , ont efté pourueüs par éleétions , graçes expeétati- 


ues , ou autres Prouifions de Cour de Rome , Benefices donnez par ledit 
Duc Charles, par feuëé madice Dame auant fon mariage; & depuis par mondic 
Sieur le Duc & Elle, confiant leur mariage & leur patronnage ; & aufli par les 
Collateurs tenans leur patty ,ou qui ont efté acceptez par lefdites graces expe- 
datiues ,ouautres Prouifions de Cour de Rome, les poflefleurs & ceux quiaine 
fiont efté pourueüs, ne pourront eftre inquietez ou erauailleg pour icelles di- 
gnitez,ou Benefices fous couleur de /4 Pragmatique, ou quelques autres cas, 
Ordonnances, ou defenfes, Loix, Statuts faits au Royaume en petitoireny en 
poflefloire;. & fi aucun Competiteur feapparoifloit ,les pourfuites s'en feront 
pardeuant luges communs, en pays dudit Duc d'Auftriche; & ne pourront lef- 
. ‘dits Sujets eftre craitez au dehors fous ombre def priuileges des Eftudians és 
Vhiuerfitez de Paris, Orleans, ou ailleurs. | L 
71. Item, En icelle Paix font compris les Villes , Bailliage de Towrney , 
Towrnefis , Sainéf Amant,& Mortagne , & les Sujets & Habitans d'icelles, & en 
iouyront entierement comme les autres Pays, Villes, & Sujets du Roy. 
72. Item , Et fi le Roy , ou autre ayant caufe de’ luy , tient aucune Plai 
ce, Forts, ou non Forts en la Duché Eh Luxembourg , 8 Comté de Chiez*, 
clles feront renduës & reftituées audit Duc d’Auftriche & Phélippes {on fils, 
ou aux Sujets aufquels elles appartiennent , nonobftant quelconques dons 
faits par le Roy, lefquels il reuoque. . 
73. Item, Les Maifons de Flandres à Paris & Conflans feront renduésau- 
dit Duc d’Auftriche & à fon fils, & la Maifon d'Artois audit lieu de Paris 
demeurera à madite Damoifelle : Et fur ce que lefdirs Ambañladeurs ont re- 
monftré , que feuëé Madame la Duchefle, pour confideration des loyaux fer- 
uices que luy auoient fait Monfieur le Prince d'Orange , & proximité de li- 
gnage de madite Dame & de Madamoifelle la Princefle ,luy donna les Sei- 
gneuries de Chaffeasbelin,Orgelet, & autres contenuës és Lettres de don, fituées 
au Comté de Bourgongne, lefquelles font anciennement partie de la Maifon 
de Chälons , dont mondit Sieur le Prince eft Chef; requerant iceux Ambaf- 
fadeurs qu’il pleuit au Roy, au nom de mondit Seigneur le Dauphin , con- 
fentir & accorder que ledit don demeure valable ; confideré que quand il a 
efté fait, madite Dame eftoit Dame & en poffeflion de ladite Comté; le Roy 
: {çaic que c'eft , & l'en pourront lefdits Princes & Princefles faire in- 
former. 
74. Item , La remonftrance que lefdits Ambafladeurs d’Auftriche ,& des 
Eftats dudit Pays ont fait, que pour l’entrecours de marchandifes , commu- 
nication des Suiets d’vn party & d'autre, & foulagement des frontieres ; auffi 
afin qu’il ne leur faille tenir garnifon fur Îes frontieres le plaifir du Roy foit 
qu’aprés que madite Damoifelle fera amenée & deliurée entre fes mains-pour 
mondit Seigneur le Dauphin , faire parcir les Genfdarmes des jus le 
u 


* Cheny ou 


SG 


14982. 


* Treucs 


# Artice 1. 


338 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Roy fera partir les garnifons de toutés lefdires Places , comme Less, l'Efclufe, 
& autres femblables : Et quant à ceux qui feront ordonnez pour la garde des 
grandes Villes fur les frontieres, à fçauoir CArræ, Bethune , CAire, Theroüan- 
ne, Hefdin, Sainét- Paul, Gayfe, C Saintt- Quentin , il lès diminuëra , & met- 
tra regle en telle façon:, que mondit Sieur le Duc, & ceux des Eftars , & 
Pays qui fonc cette Requefte, auront caufe d’eftie contens. 

75. Item, Sur ce que lefdits Ambafladeurs ont requis , que pour certains 
regards & confiderations qu’ils ontremonftré au gens du Roy , que fon plaifir 
foit comprendre en cedir Traité de Paix le Roy d'Angleterre, & le Duc de 
Bretagne; a efté répondu, que les Anglois font en. Trêue auec le Roy , & 
que ce Traité ne leur touche de rien; & quant au Duc de Bretagne le Roy 
n’y a point de guerre, & a paix finale & ferment entre le Roy & luy ,que le 
Roy de fa part veut entretenir. 

76. Item , Sur ce que lefdits Ambaffadeurs ont requis , que le plaifir du 
Roy foit declarer par cette Paix , qu’il ne fera, ne fouffrira bailler par quel: 
rt direéte ou indirecte, aucun ayde , fecours , ou afliftance de gens ou 

argent à Meflire Guillaume d’Aremberc & Liégres adherans à luy., faifant 
guerre au Pays & Duché de Brabant, ne à ceux de Cleses & de la Cité de 
Trefihe* , faifant guerre contre ceux de Gweldres & de Hollande; & mefme: 
ment , que fon bon plaifr foit, mettre hors de fon feruice, & abandonner 
ledic Meflire Gwillaume; a efté répondu ; qu’en enfuiuanclarticle* cy-deflus, 
faifant mention des amitiez & alliances , le Roy , la Paix faite , afiftera & 
aydera à mondit Sieur, à ceux de Brabant , & autres des Pays dudie Duc 
contre tous ceux qui leur voudront nuire. | | 

77. Item, Que-pour feureté des Pays & Suiets d’vne part & d'autre , qui 
fonc fur la cofte de la Mer en bonne uit , en façon que les Suiets d’vne 
part & d'autre y pourront feurementlabourer; & eux y tenir pour pefcher ,ou 
quelque autre negotiation faire, & aufli pourront feurement& fauuemental- 
ler, venir , hanter, frequenter à cout leurs nauires, denrées , & marchandifes, par 


€ 


. ladite Mer& par Eaué douce du Royaume, és Pays & Seigneuries de.mondit 


Sieurle Duc & de Meflieurs fes enfans, audit Royaume de France, & autres 
Pays & Royaumes, feiourner, demeurer és Portes, Ports & Havres en aucun 
defdits Pays, & eux en partir à tout leurfdits nauires, viures, &marchandifes à 
leur plaifir & volonté, fans ce que aux Suiets du Roy foit fairaucune offenfe, dé- 
ssl ,ou empéchemens par les Officiers & Suiets dudit Duc d’Auftriche, 
ny aux Suiets d’iceluy Duc parles Officiers & Sujets dudit Royaume ; ainçois 
feront léfdits Officiers & Suiets toute amitié ,ayde, & affiftance l’vn à l’autre. 

78. Item, Encores eft confenty, fi aucunes prifes ou détrouffes fe faifoient 
en la Mer en aucuns Ports ou Havres d’iceluy , depuis la publication de la 
Paix; en ce cas , le cout fera entierement rendu & reftitué à celuy ,ou ceux, 
fur lefquels ladite prife fera faite , nonobftant que les Facteurs ou Preneurs 
ne fuflent auertis de ladite publication ; & fera chacun de fa part inconti- 
nent ladite publication faite , auertir ceux de fon party , afin de faire ceffer par 
ladite Mer ,comme par la Terre, tous exploits de guerre. 


/ 


79. Item, S'il âuenoit aprés ladite Paix publice, que aucuns malfaiéteurs 


- feretinflenten vn party ou l’autre pour eux garentir ,ayant commis quelques 


delicts , ceux du party où ils auront delinqué en feront l'information ; & ce 
fait, en auertiront les prochains Iuges du lieu où l’on apprendra qu’ils feront 
refugiez , lefquels feront tenus prendre & apprehender lefdits delinquans fi 
faire fe peut, ou auertir les autres Iuges fous lefquels ils entendroient eftre 
lefdits malfaiéteurs, pour par eux les prendre & punir felon l'exigence des cas, 
ou les rendre aux luges du party fous qui les delits auroient efté commis. . 

80. Item’, Pareillement les infrateurs & violateurs de cette Paix, fi au- 
cuns s’en trouuent, de quelque party ,eftat ou condition qu'ils foienc, feront 


‘ 


_. DV'ROY CHARLES VIIT.. 339 
punis fans deporc ou diflimulation des peines ordonnées de droit, à l'exem- 
ple de rous autres en lieux où ils feront trouuez & apprehendez, fans en fai- 
re auCuR renuoy ; & fi aucuns pour eux cuider fauuer s'abfentent ou refugient 
d'vn party à l’autre , l’on fera cenu-au party où ils feront refugiez les pren- 
dre &-apprehender , .& fur les affirmations qui feront renuoÿces du party 
dont ils feront abfencez en faire ka Juftice. ES 

81. Item, Et neantmoins , fi à celle Paix eftoir cy-aprés contreuenant, que 
Dieu ne veuille, en‘ auduns de fés Points ,‘vn ou plufeurs, par qui que ce 
foit, pourtant ne fera-r'elle tenuë ne reputée eftreenfraiate, mais fera incon- 
tinent les entre-faites ,reparée; &: {ous couleur d'aucune enfraince , ou de la 
juftice & reparation non fake , l'on ne pourra proϾder par voye de fait ou 
| Couruange, marque du côntremdrque, ny retourner à la guerre, que premie- 
rement les Ambaffadeurs du Roy & de mondit Sieur le Duc, Monfeut le 
Duc Philippes fon fils,&c des Eftats de leurs Pays n'ayent epfemble parlement, 
attendu les debats & difcords qui feront , pour les appaifer atmiablement, fi 
faire fe peut. | sn 

82. Item, Que fi par ce prefenc Traité le Roy, mendit Seigneur le Dau- 
phin d'vne part, & mondict Sieur le Duc , & Monfour le Duc Phihippes fon 
fils d'autre, demeurent entiers en autres chofes noncomprifes en iceluy , pour 
les pouuoir demander & pourfuiure par luftice, & non autrement. .… 

83. Item , Madite Damoifelle amenée en la ville de l’Ifle ou Doiuy, 
prealablement & auant qu'elle foit amenée en la ville d'Arras aliàs Franchife, 
& deliurée és mains du Roy, feront faites & baillées aufdits Ducs & Eftars 
pour l’entrecenement & accompliffement de ce que dir eft, les. Scellez, 
Promeffes, & feuretez qui s’enfuiuent; Que s’il auenoit, que Dicu ne veuil- 
le, que madice Damoifrle venuë en âge , mondit Seigneur le Dauphin ne 
voulfif proceder au parfait ou confommation dudit mariage , ou que ledit 
mariage rompift par le Roy, meondit Seigneur le Dauphin, ou autre de leur 
part, durant la minorité de ladite Damoifelle ,ou aprés, en ce cas madite Da- 
moifclle fera aux dépens du Roy ou de mondit Seigneur le Dauphin, ren- 
duë ,remife *, & reftiuée à mondit Sieurle Duc fon pere, ou à Monfieur le x ces srrins 
Duc Philipes fon frere franchement & liurément déchargée de tous liens de #épwis de la for. 


1482. 


te, çe mariage 


mariage, & de toutes autres obligations, en l’vne des bonnes Villes des Pays pnses jo 
de Brabant, Flandres, Hainaut, en lieu feur eftans lors de l’obeïflance d’iceux «ft, comme il 
Ducs ; & audit cas, le Roy pour luy, mondit Seigneur le Dauphin, & leurs Fu 7 
fuccefleurs en la Couronne , fe foûmettront & psomettront dés maintenant , * 
pour lors, de eux départir de la détention & occupation des Pays & Comté 
d'Artois , & de Bourgongne, Charolois , Mafconnois , Auxerrois, Scigneu- 
ries de Salins, Bar-fur-Seine, & de Noyers ; & d’iceux audit cas, Duo 
& laifferonc iouyr Monfeur le Duc ,au nom de mondit Sieur le Duc Philippes 
fon fils, eftant en bas âge, & iceluy mondit Sieur le Duc Philigpes venu en 
âge comme fon vray & ancien hericage , fauf.& referué feulement au Roy 
& à fes fuccefleurs le Réflort, Souueraineté, & Droits qui en dépendent. 

84. Jtem , Et parcillement , au cas fufdit de la rupture d’iceluy mariage, 
le Roy, pour luy & fefdits fuccefleurs Roys de France, renoncera, & renon- 
ceau rachapr des Villes 8& Chaftellenies de l’Ife, Doay , & Orchies, & con- 
fentira qu’elles demeurent à perpétuité aux Comtes & Comtelles de Flan- 
dres; fans que audit cas foit plus auant enquis ne connu du droit prétendu 
par le Roy efdites Comtez & Scigneuries deflus-dires , ne parcillement ef- 
dites crois Villes & Chaftellenies par rachapt, ne autrement. - . . 

85. Item , Que le Roy pour luy, mondic Seigneur le Dauphin, & fefdits 
fuccefleurs Roys de France , par fes Lettres patentes en lacs de foye de cire 
verte, confentira ; ratiffers, approuuera, & confirmera tous.les poinéts & arti- 
cles cy-deflus declarez ,& en parole de Roy les proméettra entretenir, garder 
Vu :ij 


1482. 


* Les Roys de 
France ne peu- 
sent effre con- 
traints par 
Cenfures. 


* le bois 


* Fninerfité de 
Pari, 


340 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


& obferuer ; & pour l’obferuation d’iceux foùmettra fa Perfonne , celle de 
mondit Seigneur le Dauphin, & fon Royaume, à toutes coérétions & cenfu- 
res Ecclefiaitiques , nonobftant le priuilege qu'il a de non | ue eftre , & 
pareillement fon Royaume abftraints & contraints * par cenfures. 

86. Item, Mondit Sieur le Duc , pour luy & Monfieur le Duc Philippes 
fon fils , & aufh les Eftats des Pays, eu & feront de leur part pareille con- 
firmation & ratification de ce prefenc Traité fur cenfures, & en toutes autres 
telles forme & maniere que le Roy, Monfeigneur le Dauphin, leurs gens, 
& Commis le requerront. 1e 

87. Item , Que encores le Roy & mondit Seigneur le Dauphin , authorifé 
& difpenfé de fon ieune âge ,en la prefence des Ambafladeurs & Commis de 
mondit Sieur le Duc ; & iceluy Monfeur le Duc en la prefence des Am- 
bafladeurs & Commis de par le Roy , iureront folemnellement fur le pre- 
cieux Corps de noftre Seigneur , fur le fuft * de la vraye Croix , Canon de 
la Meffe , ou fain&s Euangiles , entrerenir ce prefenc Traité de Paix & de 
Mariage en fes poinéts & articles, & non iamais aller , ne fouffrir eftre allé 
au contraire, par quelque voye & moyen que ce {oit. 

83. Item , Que pour plus grande feureté , ce prefent Traité de Paix fera 
entheriné , regiitré, & verifié en la prefence & du confentement du Pro- 
cureur du Roy en la Cour de Parlement de Paris, Chambre des Comptes, 
& du Trefor. | 

89. Item, Ec fe fera le Roy bailler & dépefcher Lettres par les trois Eftars 
de fon Royaume , lefquels promettront, & par ordonnance & commandement 
du Roy, s'obligeront d’entrecenir cedit Traité , & tous les points & articles 
y contenus; & s’il auenoit, que Dieu ne doint , que le Roy ou mondit Sei- 
gneur le Dauphin, ou leurs fucceffeurs + de France, y contreuinflent;en 
ce cas, ils ne les ayderont , affifteront, & fauoriferont, ainçois au contraire, 
porteront route ayde,faueutr & affiftance à mondit S'le Duc , à fon fils, & à {es 
Pays pour l’entretenement dudit Traité; & outre ce, fera le Roy bailler à mon- 
dit Sfle Duc, & aux Eftats de fes Pays les Lertres & Seellezen particulier des 
Meffieurs les Ducs d’Orleans,d’Angoulefme,de Bourbon, Cardinal de Lion,du 
Comte de Neuers, de Monfieur de Beaujeu & de Vendofme, comme Princes 
du Sang fubrogez au lieu des Pairs, dns ar & Duc de Reims , des Euef- 
ques & Duics de Laon & de Langres,& des Euefques & Comtes de Noyon, Chä- 
lons, Beauuais Pairs de France, de l’Vniuerfite * de Paris, & des Villes, Ci- 
cez, & Communautez de Paris, Roüen , & Orleans, Tournay, Lion, Troyes, 
Bourdeaux, la Rochelle Angers, Poictiers, Touloufe, Reims, Amiens, Ab- 
beuille, Montreüil, Sain& Quentin, Peronne, Franchife aliàs Arre, Hefdin, 
Theroüenne, Aire, Bethune, Boulongne, Salins, Dole , Poligny, Arbois, 
Prelats & Nobles defdits Comtez d'Artois & de Bourgongne; tous lefquels 
promettront par leurs Lettres & Seellez entretenir ledit Traité en tous fes 
points & articles y eftans, & fpecialement en ce qu'il touche , que parmon- 
dit Seigneur le Dauphin fera procedé au parfait du mariage de luy, & de 
madie Damoifelle ,icelle venué en âge, & que iamais ne fe confentironten 
autre mariage; & au cas que ledit mariage ne paruint, de rendre madite Da- 
moifelle franche, libre, & déchargée de tous liens de mariage, & autres obli-: 
gations , en la puiffance dudit Duc d’Auftriche fon pere , felon l’article 
deflus touché , de ce faifant mention ; & pareillement les articlés qui tou- 
chent lareftitution des Comtez & Seigneuries baïllées en dot à ladite Da- 
moifelle, au cas que ledit mariage ne paruint , & que icelles écheuflent à 
retour fur mondit Sieur le Duc Philippes , ou fes hoirs; & encor que mon- 
dit Seigneur le Dauphin & madite Damoifelle ne pretendront , ne querel- 
leront jamais autre droit , fi de nouuelle fucceflion n’échet en Pays & Sei- 
gneuries venans de madite Dame la Duchefle Marie ; aufli entant que tou- 


DV ROY CHARLES VIII. 341 


che ce poin® & article, que fi par faute d’hoire iflu de mondit Sieur le Due 
Philippes , les Pays de Brabant, de Flandres, Hainaut, Holande , Zelande, 
&c autres qui luy appartiennent fuctedaflenc fur madite Damoifelle , ou fes 
hoirs iflus d'elle heritiers de 13 Coùronne , que le Roy les traitera en leur an- 
cienne nature , fans de rien les déregler, comme il eft contenu cy-deflus; & 
encor que de la part du Roy , de mondit Seigneur le Dauphin ,ouautre de pär 
eux, ne fera faire aucune entreprife ou pratiqueau contraire du Traité & feu- 
retez accordées aux trois Eftats de la ville de $. Omer, durant le cemps de la 
minorité de madite Damoifelle, & qu’en ce ils les ayderonc & aflifteront par 
effet, & generalement de ayder &affifter à l’entrerenement de tous les autres 
points & articles cy-deflus fpecifiez & contenus audit Traité ; & que s’il 
aucnoit que de la parc du Roy, & demondit Seigneur le Dauphin y eütaucu- 
ne enfrainte ou contrauention, de ,en ce cas, eftre aydans & confortans mondit 
Sieur le Duc, Monfeur le Duc Philippes fon fils, & leurs Pays; & à cetrefin, le 
Roy dés maintenant leur accorde & ordonne audit cas ainfi le faire, & les a 
déchargez & décharge de leur ferment. | . 

90. Item, Seront baillces de la part dudit Duc d’Auftriche, & des Eftats 
defdits Pays pareilles feuretez, des Prelats, Nobles, Villes, & Communau- 
tez , des Pays & Duchez de Brabant, Limbourg , Luxembourg , Gueldres , 
Comtez de Flandres, de Haynaut , Holande , Zelande , Namur , que le 
Roy voudra auoir. 

91. Item, Quelefdits Habitans de S. Omer bailleront leurs Lettres & Seel- 
Jezau Roy, & à mondit Seigneur le Dauphin futur mary demadite Damoifel- 
le, par lefquels ils promettront & s’obligeront par leur foy & ferment fur leur 
honneur, de bien & loyaument garder lefdices Villes & Chafteaux durant la- 
dite minorité de madite Damoifelle,& de non fouffrir & permettre que du 
party ou quartier de mondit Sieur le Duc ,ou de Monfieur le Duc Philippes 
fon fils, foit fait, procuré, ou pratique diretement ou indireétement aucu- 
ne chofe au préiudice du Traité; & que madite Damoifelle venuë en:äge, 
& le mariage de mondit Seigneur le Dauphin & d’Elle confomme, ils bail- 
leront par effet, ceflans tous contredits & excufes, ou delais au contraire, lef- 
dites Villes & Chaftel en la pleine & entiere obciflance de mondit Seigneur 
le Dauphin, comme mary d'Elle. 

92. Item, Etpareillement lefdits de Sainif-Omer bailleront leurs Lettres & 
Seellez à mefdits Sieurs les Ducs, & aux Eftats de leurs Pays, par lefquels 
ils promettront & s’obligeront par leur foy& fermenc, & fur leur honneur, que 
durant ladite minorité, & iufques à ce quele mariage de mondit Seigneur le 
Dauphin foit confommé, ils ne déliureronrlefdites Villes &Chafteau au Roy, 
ne à mondit Seigneur le Dauphin, neà perfonne de par eux ; mais les tiendront 
en bonne & feure garde; & outre ce , que s’il auenoit que ledit mariage ne par- 
uint , pat la mort de mondit Sieur le Duc ( que Dieu par fa bonté veuïlle 
garder ) ou par quelque autre cas procedant du fai& du Roy , ou d’iceluy 
Monfeigneurle Dauphin, ou autre de leur part ; ou aufli par la mort de ladite 
Damoilzlle durant fa minorite,de,& en chacun d’iceux cas,rendre lefdires Villes 
8&c Chaftel, pour & au nom de mondit Sieur le Duc Philippes fon fils, ou àmon- 
dit Sieurie Duc Philippes s’il eftoit en âge. Lequel Traité de Paix & mariage 
en tous & finguliers les poinéts & articles cy-deflus contenus , nous auons 
promis & promettons loyaument & de bonne foy , fous noftre honneur ; Nous 
lefdits Ambañladeurs du Roy, au nom d’iceluy,& nous les Ambafladeurs de 
mondit Sieur le Duc, de nofdits Sieurs fes enfans, & des Eftats de leurfdits 
Pays , ou nom d’iceux , fournir , & entretenir , & accomplir de poinét en 
poinét , & les faire ratifier , confirmer , greer , & approuuer par iceux Princes 
&c lefdits des Eftats; & de ce, en faire bailler , & deliurer leurs Lettres pa- 
tentes en forme deué & fufhfance d’vne part & d'autre. 
| Vu uüj 


1482. 


1482. 


* al, Défcordes 


342 OBSERVATIONS. SVR LHISTOIRE 
“SENSVIVENT LES POVVOIRS. 
de Pouuoir ds Roy. LL. 


_ Ovys par la grace de Dieu Roy de France; A tous ceux qui ces pre- 
fentes Lertres verront , Salut : Comme pour trouuer moyen de Paix f- 
nale en noftre Royaume, Pays, & Sujets; & noîftre tres-cher & amé Coufin 
le Duc Maximilian d’Auftriche, & aufli noftre tres-cher & tres-amé Coufin 
le Duc Philippes {on fils ,les Pays de Brabant, Flandres, Haynaut. Holande, 
Zelande, & autres leurs Seigneuries, & Sujets ,paroles ayent efté ouuerres & 
pourparlées entre aucuns nos Ambaffadeurs &les Ambañladeurs de noftredit 
Coufin , du mariage de noftre tres-cher & tres-amé fils Charles Dauphin de 
Viennois, & de la fille aînée d’iceluy noftre Coufinle Duc d’Auftriché & la 
Ducheffe fa feué femme ; pour traiter & conclure lequel mariage, afin deparuc- 
nir à ladite Paix , foic befoin commettre & ordonner de noître part aucuns 
grands Perfonnages à nous fours & feables , qui ayent puiflance de Nous, de 
befongner plus à plain en cette -matiere auec noftredit Coufin , {es gens, & 
Ambafñladeurs , & les gens des Eftats des Pays de Brabanc, Flandres , Hay- 
naut, & autres; Sçauoir faifons, que pour la grande & finguliere , & entie- 
re confiance que nous auons des perfonnes de nos amez & feaux Confeillers 
& Chambellans Philippes de Creuccœur Seigneur des Qwerdes * noître Lieute- 
nant general en nos Pays de Picardie & d'Artois , Cheualier de noftre Or- 
dre , Oliuier de Guetman noftre Lieutenant en noître ville de Franchife , Ieass 
de la Vacquerie premier Prefident en noftre Cour de Parlement à Paris y & 
Jean Guerin noftre Maiftre-d'Hoftel , & de leurs fens , loyautez, & bonne di- 
ligence à iceux , pour les caufes & autres à ce nous mouuans , auons donné 
& oëtroyé, donnons & oëtroyons par ces Prefentes plein pouuoir, authorité 
$ puiflance de traiter , conclure & accorder auec noftredic Coufin le Duc 
d'Aüftriche , ou fefdits gens 8& Commis , & lefdits gens des Eftats defdits 
Pays-de Brabant, Flandres, Haynauc, & autres, tant en leursnoms que com- 
me au nom dudit Duc Philippes & de ladice fille aînée-ledic mariage de no- 
ftredic fils le Dauphin de Viennois , & d’icelle fille de noftredic Coufin le 
Duc d’Auftriche , de promettre, bailler & accorder les chofes qu'ils verront 
eftre à faire pour traiter & conclure ledit mariage , faire , prendre, & iurer 
Paix finale entre Nous, noftredit Royaume, Pays, & Sujets; ledit Duc d’Au- 
triche, ledic Duc'Philippes fon fils, & lefdits Pays & Etats de Brabanc, Flan- 
dres , Haÿnaut, & autres leurs Terres, Scigneuries, & Sujets; & icelle Paix 
faire crier & publier par tout où il appartiendra ; & generalement de faire 
befongner , traiter , promettre, conclure & accorder toutes chofes touchant le- 


dit mariage & Paix deffus dice,tout ainf que fetions & faire pourrions fi prefëns 


en noftre Perfonne y eftions, fans auoir de Nousautre charge, pofé qu'il yeûc 


aucune.chofe qui requît pour ce, mandement plus efpecial romettans de bon- 
P ) » 


ne foy, & en parole de Roy par ces Prefentes fignées de noftre main , te- 


air & entretenir tout ce que par eux fera fait & befongné, conclu .. accor- 


dé, promis & iuré, couchant les chofes deflus dites, & les faire entretenir & 


accomplir par noftre tres-cher & cres-amé fils Charles Dauphin de Viennois, 


&c de tout cé que par eux fera fair & befongné , en bailler nos Lettres de 


confirmation, ratification , & approbation, telles & fi amples, & en la forme 


& maniere qu'il appartiendra , fans iamais aller , ne venir , ne faire aller ne 
‘venir allencontre en quelque maniere que ce {oit : En témoin de ce nous 


auons fait mettre noftre Seel à cefdites Prefentes. Donné au Pleffis - du- 
. 9 . ? 

Parcq lez noftre ville de Towrs le quatriéme iour de Decembre l’an de grace 

mil quatre cent quatre-vingt deux , & de noftre Regne le vingt-deuxiéme. 


Dv ROY CHARLES VIIL 343 


Ainf figné, Lovys : Ec fur le reply, Parle Roy, les Seigneurs du Rowchage, 
de Rochechoÿart, de Courfay, de la Roche, Maiftre lacques de Triétier Prefident 
des Comptes, & autres prefens, Parent. | | 


Suit le Pouuoir de Maximilian C4rchiduc d'Auftriche , Ge. qu'on obmet pour 
. bricucté. | | | 


Ratification * du fafdit Traité par le Roy. 


Ovs ayans,comme Roy Tres-Chreflien, pitié & compañion du pauure 
peuple , voulons à noftre pouuoir éuiter les maux innumerables que 

ce la guerre fourdent & enfuiuent , auons en l'honneur & reuerence de 
Dieu noftre Createur, Prince & autheur de paix, & de fa tres-glorieufe Me- 
re agrec,, lotié , confirmé, &-approuué, & par ces prefentes fignées de noftre 
inain ;agreoris ,loüons, confrmoms & approuuons, & en bonne foy & parole de 
Roy promertons entretenir, & faire entretenir ledit Traité de Paix & de ma- 
riage en tous & chacuns les poinéts & articles cy-deflus accordez ; & ce tant en 
noître nom, que. pour & au nom de noftredic cres-cher fils le Dauphin, du- 
quel, pout fon ieune âge ,nous nous fommes faits & faifons forts ,& auili de 
au nom de nos fucceffeurs Roys de France, fans iamais aller par Nous, noftredit 


1482. 


XV, Articlès 
So. 85 É 84. 


fils , ou nofdits fuccefleurs Roys de France, au contraire dudit Traité , ou au- 


cuns des poinéts & articles cy-deflus accordez ; & pour ce confirmer , & in- 
uiolablement tenir ,auons fubmis & fubmettons Nous, noîtredit fils, nos fuc- 
ceffions , & noftre Royaume, à routes coërétions, peines, & cenfures * Eccle- 
fiaftiques, nonobftant le pruilege qu'auons, que Nous , nofdits fuccefleurs. 
&c noftre Royaume , ne pouuons & deuons etre fubmis ne adftraints par Cen- 
fures; & s’il auenoit que , ja Dieu ne veüille, que par Nous, noftredir fils, 
nos fuccefleurs , ou autres de par nous füt contreuenant en aucuns des poinds 


&c articles cy-deffus accordez, nous confentons, voulons ,ordonnons, & enioi- 


gnons aux Princes eftans de noftre Sang, Pairs de France , &-Trois Eftars de 
noftre Royaume , que route ayde, faueur & affiftance foit par eux ,audit cas, 
baillé , donné & porté par effet à nofdits Coufins, & aux Eftats.de leurfdits 
Pays, & contre Nous, noftredit fils, & nos fuccefleurs, à ce que ledit Trai- 
té en tous & chacuns fes poinéts foit accomply & entretenu; & que lescon- 
trauentions & entre-faux , fi aucuns en font, foient reduites, reparées, & re- 
miles; & pour ce pouuoir mieux faire fans aucune note ou reprife ,auons au 
dit cas, lefdits dé noîftre Sang, Pairs & Gens des Eftats de France, qui par 
noftre Ordonnance ont baillé &baillent leurs Seellez ,abfouls & relaxez , ab- 
foluons & relaxons de leurs fermens. Sr DONNONS EN MANDEMENT 
à nos amez & feaux Confeillers les Gens de noîftre Parlement à Paris, Gens 
de nos Comptes , & Treforiers de France, à tous nos Baillifs , Senefchaux, 
Preuofts, luges, ou Officiers, ou à leurs Lieutenans, & à chacun d'eux fur ce 
requis ; & fi comme à luy appartiendra, que les Prefences ils verifent ,entlie- 
rinent, & enregiftrent ,ou faflent & fouffrent verifier, encheriner, & enregi- 
ftrer en leurs Cours, lurifdiéions, Sieges, & Auditoiresen la maniere accoû- 
tuméc, & tout le contenu enicelles gardent, & faflenc garder & obferuer de 
poinét en poinét, fans aller ,ne fouffrir eftre alle au contraire en quelque ma- 
niere que ce foic : Car ainfi nous plaift-il , voulons & ordonnons eitre faic, 
& pource que de ces Prefentes l’on pourra auoir affaire en plufeurs & di- 
vers lieux , nous voulons qu’au vidimus d’icelles , ou extrait d’aucuns des 
points & articles y contenus , fait fous Seel Royal, ou autre Scel autentique, 
foy y foit adioütée en lugement & dehors, comme à ce prefent origtial; & 
afin que ce foit chofe ferme & ftable à toujours , auons fait mettre noftre 
Seel à cefdites Prefentes , fauf en autre chofe noftre droit , & l’autruy en 
toutes, Donné au P4fé dm Parc lex Tours au mois de Ianuier l'an de grace 


Par. 340: 


344 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


100. mille quatre cent quatre-vingt deux, & de noftre Regné le Mag -Eyent res 
ASE sic frnatum fab plité,Lovyxs, : [pra plicam , Par le Roy en fon Confeil, 
v.p.s. œss. Charpentier. Vifa, & fuper eadem plica foriprum, Leëfa, publicata , Gr regiftra- 
de certe Hiffos- 44, de a € confentiente Procuratore generali Regis. CAium in Parlamento à. 
ee * die Februärÿ anno 1482. Sic fgnatum , Chaftellier. - 
Traité. Collatio faifa eff cum originali, reddito Magiffro Voanni Dauffai ; alteri Ambaxis- 
torum , Sic fignatum, Chaftellier.. _.— 
Extrailum à Registris Ordinationwm regiffratarum in Curis Parlamenti, Sic figna- 
- sam, du Tillet. L | je | .: 


l 


urine. Lettre du Roy Louys XI. contrefignée, Charpentier, 4 Pierre de Bour- 

Hi bon Seigneur de Beaujeu fon gendre ; auquel il mande de figner Le 

_* Ratification du Traité d'Arras en la forme qw'il luy ensoyoit , €7° 
de luy renuoyer incontinent aprés. 


ON FILS, l'ay prefentement receü Lettres demes Ambañladeurs qui 
ont traité la Paix & le mariage de Monfieur le Dawphin & de la fille 
* y, Articles 4. du Duc d’Auftriche, & 4 effé dit * d’vne part & d'autre , que les Seigneurs 
5. 80.3; & de mon Sangles Pairs de France, & Gens des Trow Effars de ce Royaume 
Me Tr on feyont ladite Paix & Traité de mariage felon la forme queie vous enuoye, 
. & leur ay promis & accorde de ainfi le vous faire faire, & à tous les autres 
+ qu'ils ont nommez audit Traité ; & pource que la chofe eft fort haftiue , ie 
vous prie qu’incontinent ces lettres veuës, vous dépefchiez ladite ratification 
fclon ladite forme fans y rien changer ne muër, & ainfi que vous dira Jean de la 
Grange porteur de certes , que ie vous enuoye expreflément pour cette caufe, & 
par luy la m'enuoyrez en toute diligence fur tout le plaifir que me defirez 
faire, & qu'il n’y ait point de faute , & adieu #0» fs : Efcric au Pleffis-du- 
Parcq lé vingt-vniéme iour de Decembre. Mo» fils ie vous prie ne differez 
point'à pafler ladire Ratification ; car ie ne veux que la dépefcher ainf écrite 
comme deflus. Signé, Lovys, & plus bas, Charpentier. Et à l’adrefle eft 
écrit, CA'won fils Monficur de Beaujeu. 
Pris [hr l'original en papier. ; 


“y. Aides 3. Suisent les _ Ales de conféntement ex Ratification“ du füfdir Traité 
ie par les Trois Eftats des Pays-Bas ; € premierement 
PAR par le Clergé 


16. Mars 1482. CTE par lequel Gwiladine Abbé de Bowdelo en Flandres confent au 
, \ Traité de Paix du vingt-troifiéme Decembre mil quatre cent qua- 
cre-vingt deux , entre le Roy & fes Sujets & Eftats ; & le Duc Maximilian 
d'Auffriche, Philippes & Marguerite {es enfans , leurs Sujets & Eftats, & au Trai- 
té de mariage de Charles Dauphin auec ladite Marguerite ; & que la ville de 
Sainéf-Omer foit gardée pour ladite Princefle; & en cas de contrauention de 
la où dudit Duc, fon fils , ou gens de fa part, declarent qu'ils font relaxez par 
ordre dudic Duc & des Eftats , du ferment qu’ils luy doiuent, & iufques à 
l'entier accompliffement, qu’ils doiuent affifter le Roy, & ainfi le promettent. 
Notez qu’en parlant du Roy, ils le qualifient moÿfre Sosuerain Seigneur, &le 
Dauphin, Monfeigneur le Dauphir. 
Notez auf, que par ce Traité le Roy auoit defirele confentement de tous 
les Eftats dudit Duc ,& de fon fils,en confequence dequoy le prefent A&e 
auoit efté fait. | 


Novs 


DV ROY CHARLES VIIL 24$ 

) TOvs Grilladise par la permifhon diuine Abbé de Bosdelo en Flandres, 

_N À tous ceux qui ces prefentes Lettres verront , Salue : Comme par la 
Paix magveres faite, conclute, & accepréc par les Gens & Ambafñladeurs du 


Roy mon Sounerain Seigneur , & les Ambañladeurs de mon tres -redouté Sei-. 


gneur, Morieur ke Duc 2fewimilian d'Aufriche , Monficur le Duc Philippes 
8: Madamoïfelle Marsuerire d'Auftriche , mes Princes & Seigneurs naturels, & 


les Gens des Eftats de leurs Pays & Seigneuries; entre le Roy ,fon Royaume, . 
Pays , Seigneuries., & Suiets, d’vñe part ; mondir Sieur le Duc ,mefdirsSieurs 


fes enfans;teurs Pays, Seigneuries, &Sujers , d'autre ; & aufli par le Fraité de 
mariage fait , confenty, & accordé pour plus grande feureté de ladite Paix, 
8 qui au plaifir de Dieu fe fcra & folemuifera en fainête Eglife , de tres- 
haut & urés-puiflane Prince mon tres-redousé Seigneur Monfeigneur le Daw- 


phin {eut fils du Roy, & heritier appzranc de la Couronne de France, & de 


madite Damoifelle d'Auffriche, ayent efté &foient confentis, paflez & accor- 
dez plaficurspoinéts &atticles meurement , & à grande deliberation de Con- 
feitauifez , tant pour le feur entrecenement de ladite Paix, que dudit Traité de 
mariage , au long declarez & fpecifiez és Lettres defdires Paix & mariage, & 
il foit que mondittres-redouré Seigneur Monfeigneur le Duc d'Aufriche ait 
promis de fa part faire gréer & confentir lefdits Traité de Paix & mariage par les 
Seellez & Lettres des Princes & Seigneurs de fon Sang, par tels Prelats, Nobles, 
Villes, Communautez de fes Pays, & des Pays de mondit Seigneur le Duc 


Philippes teis que le Roy le requerra; & le femblable ayent promis les Gens 


des Trow Esfats & trois Membres de leurfdirs Pays ; comme ces chofes font 
plus à plain contenués cs Lertres d’iceluy Traité, en date du vingt-troifiéme 
iour de Decembre dernier pafñlé , de ce faifant mention; & en enfuiuant ce, 
Je Roy ait entr'autres requis auoir nos Lertres & Seellé ; & mondit tres-re- 
douté Seigneur Monfeigneur le Duc nous ait ordonné & énioint ainf .le 
faire; Sçauoir faifons, que nous deuëmént acertenez de tout le contenu au- 
dit Traité ,& des chofes par iceluy auifées , confenties, & accordées auons 
tous chacuns & finguliers les poinéts & articles y contenus, tant ceux con- 


1482. 


cernans le bien & feureté de ladire Paix , & des prouifions auifées à cette 


fin; & ceux qui touchent & regardent ledit mariage, dot ,& portement d’i- 
celuy , confenty G* accordé à madite Damoifelle & ieune Princefle ; que auf 
les poinds & articles contenus & auifez pour la garde & feur eftat de la vil- 
le 2 Saint-Omer, durant & conftant la minorité de madite Damoifelle ; le 
tout ,comtme fi iceux poinéts & arcicles fuflenc en ces Prefentes repris & re- 
petez de mot à autre, iuré & promis, iurons & promettons en bonne foy gar- 
der, fournir, & entretenir de poinét en poin® ; fans en aucuns d’iceux faire, 
aller, ne venir, ne fouffrir eftre fair ,allé ou venu au contraire; & que dé la 
part de mondit tres-redouté Seigneur Monfeigneur le Duc, Monfeigneur le 
Duc Philippes ,ne defdics Gens des Eftats, ne autres de par eux,ne fera faic 
pratique ,ny innoué quelque chofe au contraire : Et s’il auenoit, que, ja Dieu 
ne vélille, que par mondit cres-redoutc Seigneur Monfeigneur le Duc, & 
Monfeigneur le Duc Philippes fon fils ,mon Prince & Seigneur naturel, ou 
aucuns particuliers defdits des Eftats y füc contreuenu , nous par charge & 
ordonnance exprefle d’iceluy mon tres-redouté Seigneur , & d’iceux des 
Eftats , qui ainfi le nous ont ordonné faire; & à cette fin,nous ont audit cas 
relaxé & abfouls par ledit Traité de Paix du ferment que en ce leur pouuons 
deuoir ,auons iuré & promis, iurons & promettons en ce ayder & aflifter le 
Roy, mondit Seigrieur le Dauphin ,le Royaume, leurs Pays & Seigneuries, 
le tout iufques au plein fourniflemenct & accompliflement dudit Traité; & à 
ce auons foûmis & obligé, foûmettons & obligeons, nous, nos Terres, Sei- 
gneuries , & biens quelconques : Et pource que de ces prefentes l'on pourra 
auoir affaire en diuers lieux , nous voulons qu'au vidimws du” fait fous 
X 


346 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
8) Seel authentique, Foy foit adioûtée comme à l'original. En témoin dece fous 
1492. ouons fair metrre noftre Seel à ces Prefentes. Donnéà noftre Abbaye de B0s- 
delo Yan mil quatre cent .quatre-vingt deux, le vingt-fixiéme iour de Mas, 
deuant Pafques. . ... | 
Pris fur l'original en parchemin , feelé du Sean d'icelle LAbbaye en cire verte. 
28.Marsram.  A€te femblable ,par lequel Frere Pierre Abbé de Noître- Dame de Lez , de 
” Ordre de Cifteaux,au Diocefé de Tournay ,confent au Traité du 23. De- 
cembre 1482. & Mariage du Dauphin auec Marguerite d'Austriche , & que la 
ville de Sainét-Omer luy fera Pr ,@c+. Pris far l'original mefine en par- 
chemit. | si 
Le:8 Mars A&e pareil, par lequel Philippes Abbé de. Sainéf Pierre lez Gand , confent 
+ au Traité du 23. Decembre 1482. & au mariage du Dawphin auec Marguerite 
| d'Aaffriche, & que la ville de Sainéf Omer luy fera conferuée , Ge, CAuff für 
_ Loriginal en parchemin, [eellé, h 
. da , Autre de mefme fubftance, par Guillaume Abbé de Sainéfe Rictrude de Mar- 
nes ler. Auri . : . & à | z 
183. aprés chiennes, Ordre de Saint Benoift, Diocefe d’Arres, Gr. le 1. Auril 1483. après 
EE ; Pafques ,@c. idem. | 
ne Autre, par Frere Girard Deilre Abbé de Florette, Ordre de Premonftré, en 
A Namur le2. Ja Comte de Namur, &c. idem. | 
PT Autre, par Louys Franch Abbé de Noftre-Dame de Filers en Brabant, de 
Auril148. l'Ordre de Cifteaux, Diocefe de Liege, &c. idem. | 
A Malines. … Autre, par Leuys Wirnier Abbé de Noftre-Dame de Tongherloo, de lOr- 
Aura. dre de Premonftre, Diocefe de Cambray, &c. idem. | 
AS. Vuinnoc Autre, par Jean Abbé de Sainéf Winnoc à Berghes , de l'Ordre de Saint Be- 
ni noift, Diocefe de Therogenne, &cc. idem.” | 
Le 4 Auril Autre, par Jean Abbé de Noftre-Dame à Middelbourg en Zelande, del'Or- 
1483. dre de Premonstré, &c. idem. | | 
Le 4, Awril Autre, par Jean Abbé de Sanéf Michiel d'Anuers, de l'Ordre de Premonffré, 
HSE Diocefc de Cambray, &c. idem. | | 
*al,S.Nicolas Autre, par Wowitre Abbé de Sainit Nicolay* de Furnes , &c. idem. 


pate # Autre, par Thierry Abbé du Parc lez, Lousain , de l'Ordre de Premonitré , 
Leio. Auril_ Dioccfe de Liege, &c. idem. . 
RP Autre , par Raphaël Abbé de Saint Bauon lex Gand , de l'Ordre de Sainét 


Benoift, Diocefe de Towrnay , &c. idem. 


Suiuent les Actes de C onfentement CA Ratification 
par la Nobleffc. 


Lea. Mars ° TE par lequel Lowys de Bruges Seigneur de La Grunthunze*, Comte 


14 Gruthufe de Vhinceftre , Prinche* de Sréemhunfe , & Capitaine general de la 


*Prine Ville de Bruges ,confent au Traité du 23. Decembre 1482. & au mariage du 


Dauphin auec Marguerite d'Austriche, & que la ville de Sainét-Omer luy fera 


conferuée; & en cas de contrauention de la part dudie Duc fon fils, ou gens 
de fa part, declarent qu'ils font relaxez par ordre dudit Duc & des Ejfats, du 
ferment qu’ils luy doiuent, & iufques à l’entier accompliffement, qu'ils doi- 
uentaflifter le Roy, & ainfi le promettent. 


Notez qu’en parlant du Roy ils le qualifient noffre Souverain , & le Dau- 


phin, Monftigueur le Dauphin. 

_ Notez de plus , que par ce mefme Traité le Roy auoit defiré le Confente- 
ment de tous les Eftars dudit Duc, & de fon fils; en confequence dequoy le 
prefenc Atte auoit efte fait. | 
N Ovs Louys de Bruges Seigneur de la Grunthunfe , Comte de Vhince- 

à ftre , Prinche de Stéenhunfe, .& Capitaine general de la ville de Brw- 
ges , & des appendances , À tous ceux qui ces prefentes Lettres verront, 


DV ROY CHARLES VIIL 347 


Salut : Comme par la Paix nagucres faite, conclute , & acceptée par les 

Gens & Ambafladeurs du Roy mon Souuerain Seigneur , & les Ambafñladeurs 

de mon cres-redouté Seigneur Monfeigneur le Duc Maximilian d’Auftriche, 

Monfeigneur le Duc Philippes, & Madamoifelle Marguerite d’Auftriche mes 

Princes & Seigneurs naturels , & les Gens des Eftacs de leurs Pays & Sei- 

 gneuries , entre le Roy, fon Royaume, Pays, Seigneuries, & Sujets, d’vne 
part; mondir Seigneur le Duc, mefdits Seigneurs fes enfans, leurs Pays, Sei- 
gneuries ,& Sujets, d'autre; Ec aufli par le Traité de mariage fait, confenty, 
& accorde, pour plus grande feureté de ladite Paix ,& qu’au plaifir de Dieu 

fe fora & folemniféra en fain@e Eglife, de tres-haut & cres-puiffant Prince 

mon tres-redouté Seigneur Monfeigneur le Dauphin feul fils du Roy, & he- 
ritier apparant de la Couronne de France, & de madite Damouifelle d'Au- 
ftriche , ayenc efté & foient confentis , paflez & accordez plufieurs poinâs 
&c articles meurement & à grande deliberation de Confeil auifez , tant pour 
le fcur entrecenement de ladite Paix, que dudit Traité de mariage , au 
long declarez & fpecifiez és Lettres defdites Paix & mariage; & il foit que- 
mondit tres-honoré Seigneur Monfeigneur le Duc d’Auftriche ait promis de 
fa part faire gréer Ge confentir ledit Traité de Paix & mariage par les Secllez 
& Lettres des Princes G Seigneurs de fon Sang par tels Prelats, Nobles, Vil- 
les 8 Communautez de fes Pays, & des Pays de mondit Seigneur le Duc Phi- 
dippes , rels que le Roy le a ae & lefemblable avent promis les Gens des 
trois Etats & trois Membres deleurfdits Pays, commc ces chofes font plus am- 
plement contenuës és Lettres d'iceluy Traité, en date du vingt & troi- 
fiéme iour de Decembre dernier pañlé, de ce faifant mention ; & en enfui- 
uant ce , le Roy aycentreautres requis auoir nos Lertres & Seellez, & mondict 
tres-redouté Seigneur Monfeigneur le Duc nous ayt ordonné & eniointainfi 
le faire; Sçauoir faifons , que nous deuëément.acertenez de tout le contenu au- 
dit Traité, & des chofes pariceluy auifées , confenties & accordées auons tous 
chacuns & finguliers les poinéts , & Ariclesy contenus , tant ceux concernans le 
bien & feureté de ladite Paix & des Prouifions auifces à cette fin, & ceux qui 
touchent & regardent ledit mariage, dot, & portement d'iceluy , confentÿ & ac- 
cordé à madite Damoifelle & ieune Princefle , que auffñ les poinéts & articles 
conceüs & auifez pour la garde & feur eftat dela ville de Sainéf-Omer durant 
& conftant la minorité de madite Damoifelle ; le tout, comme fi iceux points 
& articles fuflent en ces Prefentes repris & repetez de mot à autre , iuré & 
promis, iurons & promettons en bonne foy garder, fournir, & entrecenir de 
point en poin& fans en aucuns d’iceux faire ,aller ,ne venir, ne fouffrir eftre 

faic, allé ou venu au contraire; & que de la part de mondic tres-redouté Sei- 
eur Monfeigneur le Duc, & Monfei pee le Duc Philippes ,ne defdits Gens 

: pa Eftats, ne autres de par eux , ne fera fait, pratiqué , ny innoué quelque 

chofe au contraire ; & s’il auenoit que, ja Dieu ne veuille, que par mondit 

tres-redouté Scigneur Monfeigneur le Duc, & M'le Duc Philippes 3e fils mon 

Prince & Seigneur naturel , ou aucuns particuliers defdics des Effass y füt con- 

treuenu; Nous par charge & ordonnance exprefle d'iceluy , mondit tres-re- 

douté Seigneur , & d’iceux des Efats , qui ainfi nous ont ordonné faire; & à 

cette fin ,nous ont audit cas relaxé & abfouls parledit Traité de Paix du fer- 

ment que en ce leur pouuons deuoir , auons iuré & promis , iurons & pro- 

mettons en ce ayder & affifter le Roy , mondit Seigneur le Dauphin , leur 

Royaume, leurs Pays & Seigneuries, le tout iufques au plein fourniffement 

& accompliflement dudic Traité ; & à ce, auons foumis & obligé, foumet- 


tons & obligeons Nous, nos Terres, Seigneuries, & biens quelconques : Et 


pource que de ces prefentes l’on pourra auoir affaire en diuers lieux , nous 

voulons qu’au vidimws d'icelles , fair fous Scel authentique , foy foit adioû- 
LI e. ’ d e 

tée comme à l'original. En témoin de ce nous auons fait mettre noftre Scel 


. XX ij 


1482. 


348 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
| à ces prefentes le vingt-quatriéme iour de Mars-lan mil quatre cent quatre- 
1482, vingt deux. nn | s | 

Pris fur l'original en parchemin [eellé de cire rouge. _. 
23 Mars148.  Ate femblable, par lequel Lowys Gaultier de le Gracht Cheualier , Seigneur 
de Morfelle, de W enelenghien, Beclenghien, & de Volandre, Confeiller 
& Chambellan de Maximilian d’Auftriche confentau Traité du 23. Decembre 
1482. au mariage du Dauphin auec Marguerite d’Auftriche, & que la ville 

de Sainét-Omer luy fera conferuée, dc. a 
Dernier Mars Ale pareil, pat Jean de la Gruthufe Seigneur Deffierres , Confeiller & Cham- 
nn bellan dudit Duc d’Auftriche, & Grand-Veneur de Flandres, & Capitaine 
ques. de fon Chaftel de le. | 


2. Auril 1483. 
à Namur. 


Autre de mefme fubftance, par Zean de Lomchamp Cheualier, Seigneur de 

Feruemont. | ù + 

3 Awilr48x, Autre, par Jean Seigneur de Hamez, de Santgatte, de Bettencourt, Dan- 
dinfer, de Bonduës, & de Linfelles. | 

3 Awril148 Autre, par Henry de Horne Seigneur de Prowes, de Dufle ,de Waelhem, 
de Gheele, &c. idem. 

3. Anrili487, Autre, par CL Adrian Vilain Cheualier , Seigneur de Raffenghien, de Sain&- 
Jean-la-Pierre,&c. Confeiller, Collateur de Affenode, & de Affenodambacht, 
&c.Confeiller &Chambellan du Duc Philippes d'Auftriche, Capitaine desVil- 
les & Chaftellenies de Gard , & premier Commiffaire de Flandres pour re- 


nouueller les Loix, sdem. | 


* Engilbert de er : 
Naf Autre , par Engleberr * Comte de Naffaw & de Vyanne , Seigneur de Bre- 
A Gandke18. da . idem. 

Aurilr1483. /  *k ‘ | 

248 Autre, par Wolfar Comte de Grandpré & de Boucain*, Seigneur de la 


Bouchsin  Véere, de Phalaix, de Fleffinguhe‘ s & de Braweishauen , idem. 

A Gr le26. Autre, par Pierre de Henin Seigneur de Bowffur, de Bleangies de Gamerai- 

de ges& de Chauenfy, Confeiller & Chambellan du Duc d’Auftriche , & 

1483. grand Bailly des bois de fon Pays, & Comté de Haynaut , idem. 

Is 4. May Autre, par Charles de Croy Comte de Chimay, Vicomte de Limoges, & Sei- 
gheur de la Boüe , Confeiller & Chambellan du Duc d’Auftriche, idem. 

Autre, par Jean Seigneur de Ligne de Bailloel ,de Monftroel , & de Rely, 

Confeiller & Chambellan du Duc d’Auftriche, idem. & figné , Jean de Ligne. 


NS uent les _ Actes de Confentement cr Ratification 
des Villes e7 Communautez. 


Le24. Mars CTE par lequel les Bourgmaiftre , Efcheuins , 8& Confeil de la ville 


Re de Dunkerte en Flandres confentent au Traité du vingt-troifiéme De- 
CIKC. 


cembre mil quatre cent quatre-vint deux, au mariage du Dauphin auec Mar- 
guerite d'Auftriche , & que la ville de Sainé7-Omer luy fera conferuét ; & en 
cas de contrauention de la part dudit Duc fon fils , ou gens de fa part, de- 
clarent qu'ils font relaxez par ordre dudit Duc , & des Eftacs , du ferment 
qu’ils luy doiuent , & iufques à l’entier accompliflement , qu'ils doiuent 
afifter le Roy, & ainfi le promettent. | | 

Notez enparlant du Roy, qu'ils le qualifient soÿfre Sounerain Seigneur, &c le 
Dauphin, Monftigneur le Dauphin. | 

Notez de plus, que par ce Traité le Roy auoit defiré le Conféntement de tous 
les Eltacs dudit Duc , & de fon fils,en confequence dequoy le prefent A@e 
auoit efté fair. | 
O vs Bourgmaiftre, Efcheuins , & Confeil de la ville de Dunkerte fur 
lameren Flandres, A tous ceux qui ces prefentes Lettres verront, Salut; 
Comme par la Paix nagueres faite, conclute, & acceptée par les Gens & Am- 


2::DV ROY CHARLES VIIL 349 
baffadeurs dû Roy soffre Souverain Seigneur , & les Ambafñfadeurs de noître 
tres-redouté Seigneur Monfeigneur le Duc Maximilian d'Auftriche , Mon- 
fieur le Duc :Philippes & Madamoifelle Marguerite d’Auftrichenos Princes & 
Seigneurs- naturels, 8 les: gens des Efars de leurs Pays & Seigneürics; entre 


le Roy ,fon Royaume, Pays, Seigneuries & Sujets , d’'vne part; noftredit Sei- . 


gneur le Dug; nofdics Seigneurs {es enfans, leurs Pays, Seigneuries, & Su- 
jets , d'autre; & auffi parle Traité de mariage fait, confenty, & accordé pour 


plus grande feurece de ladice Paix, & qu’au plaifir de Dieu fé fera & folem- . 


nifera en faincte Eglife , de tres-haut & ttes-puiffant Prince, noftre tres-re- 
doute Saignewr Manfeigneur le Dauphin feul fils du Roy, & heritier appa- 
rant de la Couronne de France , & de noftredite Damoifelle d'Auflriche. 
ayent cflé, & foient.cônfentis, paflez, & accordez plufieurs points & arti- 
cles meurement , & à grande deliberation de Confeil auifez , tant pour le 
feur entretenement de ladite Paix, que dudit Traité de mariage aulong de- 
clarez & fpecifez és Lettres defdites Paix & ‘mariage; & il foic que noftre- 
dit tres-redouté Seigneur Monfeigneur le Duc d’Auitriche ayt promis de 
{a part faire gréer @ confentir ledit Traité de Paix & mariage par les Seellez 
& Lettres des Princes & Seigneurs de fon Sang ,par tels Prelats, Nobles , Vil- 
des CG CommanauteZ de fes Pays , & des Pays de noftredit Seigneur le Duc 
Philippes , vels que le Roy le requerra; & le femmblable ayent promis les gens 
des‘trois Eftats & trois Membres de leurfdits Pays , comme ces chofes font 


plus à plein.contenuës.és Lettres d’iceluy, Traité, en date du vingt-troifiéme : 


jour de Decembre dernier paffe , de ce faifanç mention; & en enfuiuant ce, le 
Royaytentre autres requis auoir nos Lertres & Seellez ; & noftredit tres-redouté 
Seigneur , Monfeigneur le Duc nous ayc ordonné & enioint ainf le faire; 
Sçauoir faifons, que nous deuément acertenez de tout le contenu audit Trai- 
te, & des chofes par iceluy auifées, confenties, & accordées, auons tous cha- 
cuns & finguliers les poinèts & articles y contenus , tant ceux concernans 
Je bien & la feureté de ladite Paix , & des Prouifions auifées à cette fin, & 


I 482 


ceux qui touchent & regardent ledit mariage, dot , & portement d'iceluy, 


confenty G accordé à noftredite Damoifelle & ieune. Princefle; que auf les 
points & arcicles conceüs & auifez pour la garde & feur eftac de la ville de 
Sainéf-Omer durant & conftant la minorité de noftredire Damoifelle, Le.tout 
comme fi iceux poinéts & articles fuflent en ces prefences repris & reperez 
de mot à autre, iuré & promis, iurons & promettons en bonne foy garder, 
fournir, & entretenir de poiné& en poin&, fans en aucuns d'’iceux faire , aller 
ne venir, ne fouffrir eftre fait, allé ou venu au contraire; & que de la part de 


noftredit tres-redouté a: pr Monfeigneur le Duc, Monfeigneur le Duc 


Philippes ,ne defdits gens des Effafs, ne autre de par eux, ne fera fait, prati- 
qué, ny innoué quelque chofe au contraire; & s’il auenoit que, ia Dieu ne 
veuille, que par noftredit tres-redouté Seigneur Monfeigneur le Duc, M' le 
Duc Philippes {on fils noftre Prince & Seigneur naturel, ou aucuns particuliers 
defdits des Ejfats y für contreuenu, Nous par charge & ordonnance expref- 
fe d’iceluy noftre tres-redouté Seigneur , & d’iceux des Effats qui ainfi le 
nous ont ordonné faire; & à on 5 nous.ont audit cas, relaxez & abfous 
par ledit Traité de Paix du ferment que en ce leur pouuons deuoir ; auons 
iuré & promis, iurons & promettons en ce ayder & aflifter le Roy, mondic 
Seigneur le Dauphin, leur Royaume, leurs Pays & Seigneuries, le tout iuf- 
ques aù plein fourniflement & accompliflement dudit Traité ;& à ce, auons 
oumis & obligé, foumettons & obligeons Nous, nos Terres, Seigneuries & 
biens quelconques : Et pource que de ces prefentes l’on pourra auoir affai- 
re en diuers lieux , nous voulons qu’au vidimus d’icelles.. fait fous Seel au- 
thentique, foy foit adioütée comme à l'original. En témoin de verité auons 
Bourgmaiftre, Efcheuins, & Confeil deflufdits, ces prefentes Leatres feellées 


Xx 11) 


350) OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


. du Scel aux Caufes de ladite ville de Dunkerke le vingt-quatriéme jour de 
1491+ Marsl'an de grace mil quatre cent quatre-vingt deux. Signé fur le reply, | 
*al de Tifch. de Vif. 
Pris fur l'original en parchemin, feellé du Sean de ladite Ville en cire verte. 
24-Mars1482  A@e femblable, par les Efcheuins de la ville de l'Zfe en Flandres. | 
Ale pareil, par les Aduoé, Efcheuins , & Confeil de la ville de ailieul 
en no. | x = 
1. Aurili4s,  A@e demefmefubftance, À a les Maieur, Efcheuins, lurez, Confeil , Bour- 
geois, Manans & Habitans de la ville de Bowvigne. 
3 Aurilrasx,  Augre Ate , par les Maieur , Efcheuins , & Confeil de la ville de Grage- 
linçue. | 2: : | 
3. Auril 1483. Par les Bourgmaiftres, Efcheuins , & Communauté de la ville d’oofesde, 
femblable hote | : 
6 Awiluss. Par l’'Aduoé, Efcheuins, & Confeil de la ville d'Tpre, pareil A&e. 
28 Awril is, … Pat les Bourgmailtres, Efcheuins ,& Confeil de la ville de Berghes-Sainér- 
>Bergues. Wénnoc, mefme chofe. | ; 
7 Ma. Pat les Preuoft, lurez, Efcheuins, Confeil , & Communauté de la ville de 
Valenciennes , pareille chofe. | 
Cette Lettre, tranftrite fur l'original mefme, communiqué par M' d'Herouual, ef 
trop confiderable pour ne la pas inftrer dans cette Hiffoire , fur tout ayant le rapport 
«Elhefimife  quellea à l'Instruction * Caux Remontrances faites par le Roy Louys XL. 2 
en lapag. 307. Charles Dauphin /os fs ; G* contenant dés-lors de tres-grandes cfferances de La 


0 


hé Vertu naiflante de ce ieune Prince. 
Cette Lerrre, Essrevrs vous plaife fçauoir que és prefences de . . . Senefch. . . 
SRE ; M'le Chancelier, . . . Dauphin d’Auuergne,le Bailly de Roïüen, les 


en partie dés le Capiaines des . . . Preuoft de l'Hoftel ,. ... Marefchaux , & plufeurs 
commecemene, autres grands Perfonnages tant de Confeil que de guerre: Et és prefences de 
HXx enarosts : Q 

iey marquer Meñlicurs de Beaujeu , Marefchal de Marle* , le Prefident des Comptes, le 
par des poin&s. Sieur de Grawille, Capitaine de Meulan , & plufeurs autres de l'Hoftel; le Roy 
"288.39 noftredit Seigneur , remonftra en declarant en grands & hauts rermes, 
comme il eft bien aifé de ce faire ; Comme pour le profit & vrilité de fon 
Royaume, & à la décharge de fa confcience, & comme vray pere, eft renu 

& doit inftruire & enfeigner fon fils, afin de tenir fon Royaume en paix & 
tranquillité , & les Seigneurs en vnion & concorde. Il auoit remonftré à 
Monfeigneur le Dasphin {on fils, plufeurs points & articles qu’il deuoit faire & 

tenir, en luy priant & commandant de les entretenir, ER 4 & accomplir; 

*cefèdir, ce que mondit Seigneur le Dauphin liberalement & de meur*, & comme 
TS nu obeïflant fils ,accorda , promic, & iura de ce faire. Ec afin que lefdices Re- 
monffrances {oient publiques , manifeftes, & connuës, le Roy noftredit Sei- 

gneur compofa & nomma icelles Remonffrances, poinéts ,& articles ; lefquel- 

les furent redigées par écrit , & leuës és prefences des deffufdits : Et ce 

faic , commanda & ordonna à Meñlieurs de Beanÿjes ; Chancelier , & autres 

deflus nommez , aller incontinent , & ledit iour , à L4wboife deuers mondir 

Seigneur le Dawphin , & porter lefdits articles , & les expofer à mondit Sei- 

gneur le Dawphin , & luy requerir de les accorder , promettre , & tenir : Et 
incontinent partirent mefdits Sieurs en grand nombre, es arriuerent celuy 

jour enuiron trois heures aprés midy , en grand ordre chacun de fon deyré 

deucrs mondit Seigneur le Dauphin ; & illec par mondit Seigneur le Chancelier 

és prefences dé Madame de Beswjes , Monfeur l’Admiral , les deffusnommez, 

& de tous les Officiers & Seruiteurs de mondit Seigneur le Dawphir , furent 

les Remonftrances 8c articles leuës de mot à mot; & mondit Seigneur le Daw- 

phis qui mettoir toute peine de iceux écouter & entendre , & qui monftra 

bien auoir fouuenance; & retenu les enfeignemens & Remonftrances que le 


DV ROY CHARLES VIII. 351 


Roy luy auoitautresfois faites; incontinent les larmes luy cheûrent des yeux. Et Q 
aprés, de fon propre mouuement , & non pas commeenfant, mais d’vne grand’ 7400 
audace, ferme & haut courage répondit, & dit ces paroles : L’aymeroë mieux mou- 
rir que avoir defobey à Monftigneur mon Pere , @ que plétoff me donnaït Dics la 
mort que asoir pensé 4 y defobeir. Et voyant la grand’ obedience, humilité ferme, 
& haut courage , & bonne affeétion de mondit Seigneur le Dawphin, il n'y 
eût celuy de l'aflemblée à qui les larmes ne tombaffenc des yeux ; & ces cho- 
fes ainfi faites ,mondit Seigneur le Dawphin de fon propre mouuement accor- 
da lefdits articles ,s#ra & promit de les garder & entretenir ; & l'original dont 
il requit auoir le dewble, figna de [a main, & Yenuoya au Roy; lequel ,lamer- 
cy Dieu & Noftre-Dame, fait bonne chere, ioyeux & halerte * de fa perfonne; »slsigre 
Dieu par fa grace le y veuïlle maintenir. Et deuifa mondit Seigneur le Des- 
phin particulie-:emenc à vn chacun ; & aprés mefdits Sieurs prinrent congé, 
& fe departirent. 

Mefieurs , ie vous afleure que c’eft Le plus beau Prince le plus [age , audacieux, Grands sun. 
G conffant, € merucilleufement atrempé ; 8 de ce , & des autres grandes ver- #84 sus 
tus qui font en luy ,deuons en ce Royaume generalement & particulierement e . 


harles Dau- . 


rendre les grandes graces & loüanges à Dieu noftre Createur , & à {a tres- phin, depuis 
glorieufe Mere. | Mate ps 
Suiuant les autres Articles que fçaurez cy-aprés, & qui feront publiez, mon- France. 
dit Seigneur le Dasphin confirme * tous les Offices de ce Royaume; ie le vous 
écris par le commandement du Roy, auili que ie fçay qu’en ferez bien ioyeux ; 
en vous priant, Mefieurs, que me commandi=z vos bons plaifirs, pour les ac- 
complir de tout mon pouuoir, à l’ayde de Dieu, qui vous donne tout ce que plus 
defirez. Efcrit à Tours le x1. iour de Oftobre 1482. Le tout , Voftre ferui- 
teur Euffache de Sanfac. Et tout au bas de certe lettre eft écrit, CApportée le 2x. 
Octobre 1482. L'adrefle d’icelle , porte , C4 mes tres-honorez Seigneurs Mef”: 
des Comptes. 


*p.p Juiuante. 


Extrait d’vn Regiftre de la Chmbre des Comptes, cotté S. M. Le 30. Auf 
| communiqué par M. d'Herouual, folio :. MA 


Obitus Regis Ludouiti XI. huius nominis. 


Ominvs REX Francis Ludouicus huius nominés Vndecimus , diem [uum 
claufit extremum in domo [ua vocata gallice les Morilz *, éuxta Turonis, die * Montils 
S'abatti trigefima menfis Auguffi circa horam nonan: poff meridiem , anno Domins 1453. 
C: 23. anno Regni [ui,@ die Sabbati fexta Septembrs proxime [equenti: corpus cin [dem 
Regis fuit inhumatum cum [ilemnitate qu& decuis in Ecceffa de Clariaco prope Au- Lou, xt in. 
relianis,po/f celebrationem V'igiliarum , Orationum , Miffarum , G* aliarum obfequia- buméà Clery. 
rum ibidem [olemniter celebratarum , cuius anime parcat Deus, G requiefiatin pace. Cv 
Amen. Et eidem fucceffit in Regzno Carolus fflius eius vnicus Oéfauus huius nominis. [on filsluy fuc- 
Les Curieux voudront bisn fçauoir que le Pape Sixte P. conceda audit s4s sReyas- 
Roy Louys XI. & à fes fuccefleurs Roys de France, d’eftre Chanoines de No- ji 
ffre-Dame de Clery , de fieger dans le Chœur d’icelle Eglife , & au Chapitre 
au deflus du Doyen, & de porter le Surplis , la Chappe , & l'Omus ; & ac- 
corda que lefdits Roys Chinoines feroient dorcfnauant appellez Protho-Ca- 
#onici, en cofideration de ce que ce Prince auoit éleü fa fepulture dans la- 
dite Eglile. = 
Les lettres de ce Pape fur ce fuiet , contenans plufieurs beaux Eloges de 4 Rome le o. 
nos Roys, font datées, À Rome le 9. Mars mil quatre cent foixante & on- Mars147r. 
ze, la teneur defquelles tranfcrices fur l'original en parchemin, eft telle. 


1483. 


. Nora. 


Nets. 


* Aulmuce 


e  1471° 


352 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Ixrvs Ertscorvs, Seruus feruorum Dei, 44 pérpetuam rei memoriam, 
Sacerdos inaternuns Dominws noSter lefus Chriftus dem in carne vifibiliter effes 

in mundo Regem fe nominari vüluit, [firifwalis femporalibus ihdigere ,  temporalis 
Piritualibus adinuari poffe demonftrans, Gin veteri Lege buius viciffitudinis fimilit- 
dine precedente , non folum Sacerdotes , [éd efiam Reges vmgchantar : quod infigne 
pieconiunttions argumentum Reges Francorum imprimss tanquam Chriftianiflimi 


_ & inuidiffimi Chriftianx Réligionis Propugnatores, per longs tempora innio- 


labiliter obferuantes , facra in eorum primerdi ilinisnrur vnilionc ,vnde ctiam di- 
serfi predeceffores noStri Roman Pomtifices bac inter céïcra conffderatione dutfi , ut ve. 
rifinriliter colligs poteft, prafatos Reges in diuerfis Ecckefis Regw iploram Canonicos 
effe debere fatnerunt , vt, qui temporali fulgerent culmine dignitatis , [piritualibus 
#n teffimonium ip{orm finceritatié C° fides ergé Romain Ecclefiai ,zanderenr [e 
titulis infignitos. Hinc eff quod nos charifimi in Chriflo fil noïfri Ludouici 
Francorum Regis illuffrs , deuoris in hac parte fupplicationibus inclinati, asthoritate 
CApoñolica tenore préfentiwm ffatuimus , decernimus, G ordiramns , quod tam ipfe 
Ludouicus ex nunc, qguâm Reges Francorum gai erunt pro tempore, ffatim pos 
Sceptri Regalis adeptionem , Canonici Ecclefiæ Beatæ Marix de Cleriaco 44 
Romanam Eccleffamn nulo medio pertinentis , nulius Diæcefis, in qua prefatus Lu- 
douicus Rex fuam , vs affenit, elegit fepulcuram , «b/qwe alia Creatione ,fès Col- 
latione, vel Prouiffone per nos, vél fucceffores noffros Romanos Pontifices ,aut gnof- 
#15 alios defuper facitnda , cum plenitudine luris Canonici fint, 6: effe cenfeaniur, 
& Protho-Canonici #ominéntur; ëta quod quotieftumque Ludouicus & alij Re- 
ges & fucceflores præfati ad lim perfonaliter accefferint , Superpellicium cum 
Cappa& Almutia  ,aliffque Canonicalibus indumentis & infigniis deferre, 
ac primum ftallum in Choto, & locumi in Capitulo, etiam fupra Decarum 
iplus Ecclefix , de confenft tamen Decani C° Capitali cinfdem , habere poffint € 
debesnt , nonobffantibas ConStitutionibus LApoïtolicis , ac de certo Canonicorum 
numero dite Ecclefie, necnon eiufdem iuramento confirmatione Apoñtolica , Vel qua- 
cumque firmitate aliä roboratis , flatutis € confuctudinibus , caterif[.ue contrariis 
quibu[tamqnc. Naulli erge ominino bominum liceat banc paginam noffre Ordinationis, 
Statuti, Constitutionis infrin ere , vel ci auf temerario contraire. Si quis autem 
hoc attemptare prafwmpferit ,indignationem Omnipotentis Dei ,ac Beatorum Petri C 
Pauli_Apoffolorum cius [e noucritincurfurum.Datum Romzæ apud Sanëtum Petrum 
anno Incarnationis Dominice millefimo quadringénteimo [eptuazefimo primo, fepti- 
mo Idus Martÿ , Pontificatus noffri anno primo. Et au bas elt écrit , Gratis , de 
mandato Domini noffri Pape. A. Traphini. P. de Monte. G. de Putco. N. de 
Caftropio de Bulions. Et fur lé ne: , Gratis , de mandato Domini noffri Pa- 
pe. M. Millinus, folio cxxx. (ou) fol. verfo xxx. Et fur le dos eft écrit, 


al. Hifinibus Canonisätus Beatz Marie de Cleriaco. Ya. de Kifonibus *. 


À Amboix « Ordonnance du Roy Charles VIII. ce que Meffeurs des Comptes 


ax. Septembre 


J483j. 


" 


trauaillent é3° continuent # exercer leurs O fices iufques a ce que 
autrement en foit ordonné. | 


E PAR LEROY, Nos amez Gr fétux; Noûs auons oliÿ ce que vos De- 

putez nous ont dit & remonftré touchant lé fai& & éxércice de noftre 
Crmbre des Comptes ; & pource qué au müyen du trépas de feu noftre 
tres-cher Seigneur & Pere , que Dieu abfolue , qui puis nagueres 2 efté, 
comme vous auez pù fçauoir , nous n’auons encore pû auifer à tous. les af- 
faires de noiître Royaume; Nous voulons & vous mandotis, que vous conti- 
nuez à befongner & expedier les matieres & chofes qui furuiendront en no- 
ftredite Chambre , tout ainfi que vous atex fait du _ de noftredit Sei- 


gneur & Pere; & iufques à ce que par Nous y foic plus à plain pourueü & 
ordonné 


ee 


pv ROY CHARLES VIIL 353 


ordonné ; & tellement que tout foit fi bien gouuerné ê&c entretenu, qu'aucun 148 
inconuenient n'en auienne. Donné à Amboife le onziéme iour de Septem- Li à 
bre. Ainf figne , CHarLes. Petri. Et en la fuperfcription defdites Lec- 

tres eft écrit, 4 #05 amez Cr feaux les Gens de nos Comptes à Paris. & au def- 

{ous de la fignature d'icelles Lettres eft écrit , L4pporté le vingt-deuxiëme Se- 

péembre mil quatre cent quatre-uinst trois. 


Leitres du Roy Charles VIII. portans reuocation du Domaine aliené. 4 Amboif le 


22. Septembre 
14383. 


; Enmargede 


les Trefariers de Framce , Salut & dileétion. Comme nagueres aprés le tré- 12 feüille eft 

pas de feu noftre tres-cher Seigneur & Pere *,à qui Dieu pardaÿnt, en crai- écrit ,Prafins 
tant des befongnes & affaires de noftre Royaume ,auec les Seigneurs de no- PE, 
ftre Sang, & plufieurs grands & notables Seigneurs tant d'Eglife que Laïcs, fxtra folio fe- 
ayons entre autres chofes efté bien amplement aucrtis & informez des grandes 4ère, Louys 
alienations quiont par cy-deuant efté indeuëment faites de noîftre Domaine, XI. 
cant à aucunes particulieresEglifes de noftre Royaume, & hors d’iceluy, que 
à plufieurs gens Laïcs, qui les tiennent par les dons qu’ils en onc obtenus de 
noftredit feu Seigneur & Pere pat leurs grandes importunitez, & autrement ; 
tellement que de prefent par tels moyens , qui font hors des termes de rai- 
fon , noftredit Domaine nous eft deuenu comme de nulle valeur ; & à cette cau- 
fe , confiderans aufi les grandes charges & oppreflions que noftre Peuple a 
par cy-deuant longuement porté ,& porteencores de prefent; lequel defirons Bons morifs 
de tout noftre cœur foulager ,comme raifon eft : Eû fur ce l'auis & delibe- Fu de. 
ration defdits Seigneurs de noftre Sang, & autres Seigneurs déflufdits, eftans” 
à prefent à l’entour de nous, vous mandons , & pource qu'il eft queftion de 
noftredit Domaine, dont à vous appartient la connoifflance , commandons & 
expreflement enioignons, en commettant, fimeftier eft, par ces Prefentes à cha- lb 
cun de vous , que tantoft & fans delay , vous ou yos Commis & Deputez ti pe 
quant à ce, vous vous tranfportiez par tous les Bailliages, Villes , Lieux & Iu- parsinr à la 
rifdiétions de noftredit Domaine ,chacun en fa Charge, &illec vous informiez ne 
$& enqueriez , ou faites informer & enquerir le plus diligemment que poffi- | 
ble vous fera, quel Demaine y auoit & prenoit feu de bonnememoirc leRoy 
Charles noffre Ayesl,cui * Dieu pardoint, à caufe de fon ancien Domaine; Scpareil- + à qui 
lement quel Domaine nous y eft acquis , auenu & écheü au viuant. de noitredit 
feu Seigneur & Pere; & parauant en quelque maniere que ce foit, & quelles 
alienations en ontefté faires, à qui, & comment, en appellant, pour ce faire, auec 
vous nos Baillifs, Procureurs, Receueurs ordinaires, & autres nos Officiers Moyexs ordon- 
tels, & en rel nombre que verrez eftre à faire ,ou leurs Lieutenans & Com- 7 2 
mis en leur abfence; lefquels nous voulons & entendons y vacquer & enten- 4larccherche 
dre diligemment. Et pource que durant cette Commiflion prefente, lefdits a 
Gens d’Eglife ,& aurres qui detiennent ainfi noftredit Domaine le pourroiéent äliené du remps 
toüjours prendre & appliquer à leur profit, Nous vous mandons & commet- FES 
cons derechef par cefdices prefentes, que vous preniez, /aififiez & arreffiez, 
ou faites prendre, faifir & arrefter , & mettre en noftre main toutes les par- 
ties de noftredit Domaine que trouuerez auoir efté ainfi alienées & feparées, 
foit à Epglifes, ou autres quelconques, par la maniere deflufdite; & les deniers 
& autres chofes qui en viendront, & y feront faites dorefnauant, prendre & 
leuer par nofdits Treforiers & Receuceurs ordinaires, chacun en leurfditesRe- 
ceptes , iufques à ce que pe Nous autrement en foit ordonné , en contrai- 

nant ou faifant contraindre à ce faire & foutfrir ; c’eft à fçauoir, lefdits Gens 
d'Elife par la prife de leurs temporelsen noftredite main, quelque parc qu'ils 
{oient fituez en noftre Royaume & obeïflance ; & les Laïcs par prife de 
leurs corps & biens , & autrement comme il eft accotumé de faire pour 


Yy : 


C: ARLES par [a grace de Dieu Roy de France, C4 #05 amez d feaux 


354 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


148 3 nos propres debtes, befongnes, & affaires ,nonobftant quelconques dons  &C 
* autres enfcignemens qu'ils , & chacun d'eux en ayent obtenus de noftredic 
feu Seigneur & Pere ,oppofitions, & appellations quelconques, pour lefquel- 
les ne voulons.eftre differé : Et afin que de toutes les chofes qui concernent 
noftredit Domaine foyons mieux & plus feurement acertenez, faites , ou fai- 
ces faire fur bons & loyaux Regiftres & enfeignemens; pour iceux eftre par 
vous apportez ou enuoyez pardeuers Nous , afin d'y prendre finale conclu- 
fion : Et outre, pource que les limitations de vofdites Charges font longues, 
& de grande érenduë , parquoy ne vous feroit bonnement pofible d’aller par 
cous les endroits d’icelles , Nous voulons que y puifliez commettre chacun 
en fon endroit telles gens fuffifans & idoines que verrezeftre à faire; lefquels 
y puiflent belongner pour & au lieu de vous, & yeftre obeïs comme fi vous 
y eltiez en vos perfonnes ; & voulons qu’au vidimws de ces Prefentes, faires 
fous le Seel Royal , foy foir adioütée comme à ce prefent original; de ce fai- 
re vous donnons plein pouuoir , authorité , commifion & mandement ef- 
pegçial : Mandons & commandons à tous nofdits Senefchaux, Baillifs, Pro- 
cureurs , Treforiers, Receueurs, & autres nos Officiers & Sujets, que à vous, 
vofdits Commis & Deputez en ce faifant , obeïflent & entendent diligem- 
ment, & vous preftent & donnent confeil, confort ,ayde, faueur , & Prifons, 
fi métier eft, & fi par vous ou vofdits Commisrequisen font. Donné à 4"- 
boife le vingt-deuxiéme iour de Seprembre lan de grace mil quatre cent qua- 
tre-vingc & trois , & de noftre Regne le premier. Ainf figné, CHARLES. 
__. Parle Roy en fon Confeil, auquel eftoient Meflieurs les Ducs d’Oreans, & 
ons _de Bourbon , Comtes de Clermont, Dauphin d’Auuergne & de Dunoé * , Vous *, 
nos. les Sieurs de Chaffillon, de Torcy, & autres prefens, C4. Charbonnier. 
Res Les Lettres que deffus, font extraites du feüillet 9. d'un Regiftre des Memoriaux 
| de la Chambre des Comptes communiqué par M° d'Heronual , ainff que l'o- 
riginal de la Lettre du Roy Charles V TITI. 4 la Chambre des Comptes, pour le 
reconurement dudit Domaine Royal aliené. 


EPARLE Roy, Nos amez € feaux; Nous auons receü vos lettres, 

A Blois le 28. par lefquelles nous écriuez , que aprés auoir ve par vous nos Lettres 
Oéobre1485. Parentes pour remettre en nos mains le Domaine aliené du temps de feu no- 
ftre tres-cher Scigneur & Pere, on vous à prefenté depuis plufieurs Lertres 

 Patentes ds dons, tant dudit Domaine, Greniers , que autres chofes touchant 

noftredic Domaine , pour en iouyr par les Donataires par leurs mains, qui 

cft direétement venir contre noftre Ordonnance, & l’ordre de nos Finances; 

& vous fçauons bon gré de nous en auoir auerty : Et pource que nous defi- 

rons que noftredite Ordonnance touchant le recouurement de noftredit Do- 

maine foit entierement obferuée ; Nous vous mandons, & exprefflément en- 

joignons , que au préiudice defdices Lettres Patentes par Nous oétroyées , 

pour remettre noftre Domaine en nos mains , vous ne verifiez ne confentiez 

cftre verifiées aucunes Lettres de don ; mais les faites entretenir de poinét 

en point felon leur forme & teneur ; & qu'il n’y ayt point de faute. Don- 

né à Blois le vingt-huictiéme iour d'Oftobre. | | 

| CHARLES. Petit. 


| CApporté le quatrième Nonembre mil quatre cent quatre-vingt trou. 


DV ROY CHARLES VIII. 355 


Lettres de Confirmation des Prinileges des Habitans de la ville de 1483. 


A Amboi[e en 


Compiegne, pour leurs droicts ex vfages Sepremb. 1483. 
dans la Forest de Cuife. 


HARLES par la grace de Dieu Roy de France; Sçauoir faifons à tous reilerspy de 
prefens & à venir, Nous auoir veu les Lettres Patentes de feu noftre 74:4# Regifire 
: ; {we -mentionné 
tres-cher Seigneur & Pere, que Dieu abfolue, en forme de charte, efquel-4 1 chambre 
les font incorporées certaines autres Lettres de feu , de bonne memoire , le 4e Compres, 
Roy Charles Septième noftre ayeul ,auec certaines Lettres extraites de la Cham- nn 
bre des Comptes ,o@troyées 4 #05 chers @ bien-amez les Bourgeoë, Manans G: * cette prefen- 
Habitans de noëtre ville de Compicgne, dont la ceneur cft telle : Lovys par la É . …- 
grace de Dicu Roy de France, Sçauoir faifons , érc. Item, Louys * @c. Ex- giftrée , auec 
tratlum à Regiftré Camere Compotorum Regis , cum quibus ad inffantiam Procura- l'expédition de 
toris Habitantium ville Compendij , colatio fit die decimä-quarta Ianuarÿ, anno . AP 
Domini millefimoquadringentefimo [eptuageimo, Perme, Ain ligne 1. Badouuilliers. feuilles 3x. 
Item, Aignan Viole Licentié en Loix, Aduocat en Parlement, & Lieutenant un af 
general és pays de France, Champagne, & Brie ; pour noble & puiffanc Sei- Louys, ef/em- 
gneur M de Montauban Admiral , Maïître Enquefteur, Grand-Maiftre , & es 
General Reformateur des Eauës & Forefts du Royaume de France, 4 row Lure M feuit- 
ceux qui ces preféntes Lettres verront, Salut; Sçauoir. faifons, que ja pieça nous #15. 
fifmes crier & publier en la Chaftellenie de Compiegne, que tous ceux quife 
difoient auoir droi®s, vfages , panaiges, bois, palturages, & autres droits en 
la foreft de Cuife, qu’ils apportaflent pardeuers mondit Seigneur le Maiftre, 
ou nous pour luy,coutes les Lettres , Titres, Priuileges, & autres enfeigne- 
mens ; au moyen defquels, ils difoient lefdits droits , ou aucuns d'iceux, à 
eux competer & appartenir , fur peine de les mettre en la main du Roy no- 
ftre Scigneur ; & de la partie des Bourgeois , Manans & Habitans de la ville 
de Compiegne fe fuflent traits pardeuers nous, & nous euffent requis aux Iours 
derniers par nous tenus audit lieu de Compiegne , que leur voufiffions donner 
fouffrance de iouyr & vfer des Priuileges & droits qu’ils difoient auoir en 
ladite foreft de Cuifé, iufques à certain temps ; pendant lequel temps, ils fe- 
roient diligence d’auoir confirmation du Roy noftre Seigneur de leurf- 
dits Priuileges ; ce que leur fut lors par nous oétroyé iufques aux pro- 
chains iours aprés enfuiuans ; depuis lefquelles chofes , lefdits Bourgeois, 
Manans & Habitans fe feroient traits pardeuers le Roy , & ayent obtenu 
Lertres de confirmation de leurfdits Priuileges , feellées en lacs de foye & cire 
verte , auec l’expedition d’iceux de nofdits Gens des Comptes , iufques à 
certain temps, comme par leurfdites Lettres & l’expedicion attachée aufdites 
Lertres de confirmation, peut apparoir. Et depuis , pour auoir ample deli- 
urance de leurfdits droiéts, vfages, & panaiges qu’ils onten ladite foreft de 
Cuife, & autres droits ; fe foient derechef traits pardeuers le Roy noftredit 
Seigneur lefdits Bourgeois, Martans & Habitans dudit Compiegne , & ayent 
obtenu mandement ; par lequel eft mandé à nofdits Seigneurs des Comptes 
faire iouyr lefdits Bourgeois , Manans & Habitans entierement de leurfdits 
droi&s, vfages, & panaiges, & autres droits, le tout felon la forme & teneur 
de leurfdits Priuileges & confirmation d’iceluy ; lequel mandement ils ont 
prefenté à nofdits Seigneurs des Comptes, afin d’enauoir expedition plenie- 
re felon fa forme & teneur ; en obtemperant auquel mandement, nofdits 
Seigneurs des Comptes ayent écrit au dos dudit mandement pour l’expedi- 
tion ce qui s'enfuit : Leéfa, publicata, regiffrats, G expedits in Camera Compo- 
torum Domini noftri Regis Parifius, die vigcfima fecunda Septembris , anno Domini 
mille/imo quadringentefimo [exagefimo tertio. Ainfi figné , 1. de sa" NS com- 
| Y 1) 


1483. 


Wal, Agnan 


al, Adum 


356 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


me toutes ces chofes peuuent plus amplement apparoir ; aufquelles Lettres 
de confirmation, expedition, & mandement defdits Priuileges, ces Prefen- 
tes fonc attachées fous le Seel de l'Office defdites Eauës & Forefts. Pour- 
quoy ,nous, veuês lefdires Lettres & expedition d’icelles ,aufdits Bourgeois, 
Manans & Habitans dudit Compicgne auons deliuré & deliurons leurfdits 
droits, vfages, panaiges, & autres droiéts qu’ils ont en ladite foreft de Cui- 
fe, contenus & declarez efdites Lertres d'expedition ; pour par eux & leurs 
fucceffeurs iouyr & vfer, ainfi qu’ils ont accoütumé de iouyr & vfer, pour- 
ueû qu’ils foient tenus d’en vfer fans excés & abus , felon les Ordonnan- 
ces Royaux faites fur le fai des Fauës & Forefts. Si donnons en mande- 
ment, par ces mefmes Prefences , au Garde de ladite foreft de Cifé , ou 
fon Lieurenant, & à tous autres Iufticiers , Officiers , & Sujets du Roy no- 
ftredit Seigneur, que lefdits Bourgeois , Manans & Habitans de ladite ville 
de Compiegne faffent , foutfrent, & laiflent iouyr & vfer de leurfdits droids, 
vfages , panaiges , & autres droits contenus & declarez efdites Lettres cy- 
attachées , comme dit eft par la maniere deflufdite , pleinement & paifible- 
ment, fans leur donner, ne mettre, ne fouffrir eftre fait , mis ou donné au- 
cun deérourbier ou empéchement au contraire : Et l’Arreft , fi aucun yen 
auoic mis ,au moyen denoftre Commiflion ou commandement efdits droiés, 
vfages, panaiges, & autres droits, nous par cefdires Prefentes le mettons à 
pleine deliurance. Donné audit lieu de Compiegne fous ledit Seel ,le douzié- 
me iour de Septembre l'an mil quatre cent foixante quatre. Ainfi figné, Bou- 
teiller. Item , Colart le Here Lieuvenant de la Garde de la foreft de Cwife ,àtous 
les Sergens & Ofhciers du Roy noftre Seigneur en ladite foreft, & à chacun 
de vous, Salut. Srawoir faifons, que nous auons receü & veü les lettres de ho- 
norable homme & fage Maiftre Adam * Viole Licentié és Loix, Aduocaten 
Parlement , Lieutenant general és Pays de France , Champagne , & Brie, 
pour noble & puiflant Seigneur Monfieur de Montauban Admiral , Maiftre 
Enquefteur ; & General Reformareur des Eauës & Forefts du Royaume de 
France, attachées fous le Seel aux Caufes dudit Office , à certaines Lettres 
de confirmation & cexpeditions des Priuileges que ont en ladite foreft les 
Manans & Habicans de la ville de Compiegne ; & entre autres chofes , des 
droids , vfages, franchifes & libertez qu’ils ont en icelle foreft , & panaiges 
de pourceaux , & autrement; par lefquelles Lettres de mondic Sr le Maiftre 
nous a efté & eft mandé , que nous fouffrions & laiflions lefdits Habitans 
iouyr & vfer de leurfdits droiéts, vfages, 8 panaiges par la forme & manie- 
re plus à plain contenuë & declarée efdites Lettres, aufquelles ces Prefentes 
font auffi attachées ; en obtemperant au contenu defquelles Lettres , vous 
mandons , & à chacun de vous endroit foy, que lefdits Manans & Habitans 
de Compiegne faites , fouffrez & laiflez iouyr & vfer plainement & paifible- 
ment defdits droiéts, vfages, & panaiges qu’ils ont en ladite foreft, felon la 
forme & teneur declarée en leurs Chartes , de ce faifant mention , fans leur 
donner aucun détourbier ou empéchement au contraire, pourueû qu'ils en 
vfent fans excés ou abus. Donné fous noftre Seel le treiziéme iour de Se- 
ptembre l'an mil quatre cent foixante quatre. Ainfi figné I. Ducque. Item, 
Aignan * Viole Licentié és Loix, Aduocat en Parlement, & Lieutenant ge- 
neral és pays de France , Champagne, & Brie , pour noble & puiffant Sei- 
gneur Monfieur de Chasfillon & de Fremoerin, Grand-Maiftre & General Re- 
formateur des Eauës & Forefts du Royaume de France. LA rowsceux qui ces pre- 
fentes Lettres verront, Salut ; Sçauoir faifons. Que par l'ordonnance & man- 
dement de mondit S' le Maifire nous auons fait crier , publier , & fait fça- 
uoir à tous ceux qui fe difoient auoir droiéts, vfages, bois, paftures , & au- 
tres droicts en la foreft de Cuife, & ailleurs en la Chaftellenie de Compiegne, 
touchant le fai& defdites Eauës & Forefts , qu’ils apportaflent pardeuers mon- 


DV ROY CHARLES VIII. 357 


die S' le Maiftre , ou nous pour luy , audit lieu de Compiegne , ce iourd’huy 
toutes les Lettres, Titres, Priuileges , & autres enfeignemens ,au moyen def- 
quels ils difoient lefdits droiéts ,ou aucuns d’iceux, à eux duire , competer, 
& appartenir , fur peine de les mettre en la main du Roy noftre Seigneur ; 
& de la partie des Bourgeois , Manans & Habicans de la ville de Compiegne 
fe foient craits pardeuers nous , & nous ayent fait apparoir de plufieurs Ler- 
tres de confirmation du Roy noître Seigneur qui à prefent eft , & Lettres 


1483. 


d'expedition de nos Seigneurs des Comptes, & deliurance du Maitre jadis 


defdices Eauës & Forefts ; par lefquelles Lettres de confirmation ledit Sei- 
gneur veut & mande que lefdits Bourgeois , Manans & Habitans de ladite 
_ ville de Compiegne iouyflent de leurs droiéts, vfages, & panaiges qu’ils onten 
ladice foreft de Cui/e ; Pourquoy , nous , veù lefditces Lettres de confirmation 
& expedition & deliurance, aufquelles ces prefentes font attachées fous le 
Seel de l'Office defdites Eauës & Forefts, auons deliuré & deliurons aufdits 
Manans & Habitans de la ville de Compiegne leurfdits droi&s, vfages, panai- 
ges, & franchifes qu’ils ont en ladite forcft de Csife , contenus & declarez 
efdites Léttres; pour par eux & leurs fucceffeurs iouyr & vfer ainfi qu’ils ont 
accoütume le Eire , fans excés & abus ; & que par eux les Ordonnances 
Royaux faires fur le faiét defdites Eauës & Forefts y foiententicrement tenués 
& gardées. Si donnons en mandement, par cefdites Prefentes ,au Gruyer de 
la foreft de Cuife , & autres Officiers illec , que lefdits Bourgeois , Manans 
& Habitans de ladite ville de Compiegne, de leurfdits droits, vfages, panai- 

es & franchifes faflent, fouffrent, & laiflent iouyr & vfer par la maniere def- 
Pfdite plainement & paifiblement, fans leur donner , ne mettre, ne fouffrir 
eftre fait, mis ou donné aucun détourbier ou empéchement au contraire; & 
fi aucun arreft ou empéchement leur eftoit , ou auoit efté fur ce mis au 
moyen de noftre Commiflion; nous par ces mefmes prefentes les mettons à 


plaine deliurance. Donné audit lieu de Compiegne fous ledit Seel ,le Vendre-- 


dy vingt-deuxiéme iour du mois de May l'an mil quatre cent foixante & 
fept. Ainf figné Bouttilier. Item, A tous ceux qui ces prefentes Lettres ver- 
ront, Antoine des Effars Seigneur de Thieux , de Lye en Berry, & de Glatigny 
ou Vau-de-Galye , Confeiller & Chambellan du Roy noftre Seigneur, Maïiftre 
& General Reformateur des Eaués & Forefts dudit Seigneur en France, 
Champagne, & Brie, des Bailliages de Vermandois, Senlis, Mante , Melun*, 
Chartres, Montargis, Sainét-Pierre-le-Monftier, Lionnois, Mafconnois, & 
des Reflorts d’Auuergnc, & Bailly de Meaux, Salut ; Comme par noître or- 
donnance & commandement la foreft de Cwife , & les droiéts des Vfagers, 
& aucres ,eux difans auoir droits & franchifes en icelle, euffenc efté empé- 
chez iufques à ce qu'ils euflent fait apparoir des drois & vfages deflufdits, 
& de leurs Priuileges , de ce faifant mention ; pour lequel empéchement 
s'eft auiourd’huy trait deuers nous le Procureur des Habitans de la ville de 
Compiegne, qui nous a fuffifamment fait apparoir de leurs Chartes & Priui- 
leges , faifans mention des droits, vfages, & franchifes qu’ils ont en ladite 
foreft de Cuife , & des deliurances & expeditions fur ce à eux faites par nos 
predecelleurs ; veués lefquelles Lectres & Priuileges , nous auons ofté & 
oftons l’'empéchement mis pour la caufe deflufdite és droits & vfages def- 
dits Habitans. Si donnons en mandement, par ces prefentes,au Gruyer ou 
Garde de ladite foreft , ou fon Lieutenant , que d’iceux droi@s & vfages 
foutfrent, & laiflent paifiblement iouyr lefdits Habitans; c’eft à fçauoir, d'a- 
uoir & prendre en ladite forelt par les mains des Officiers en icelle , du bois 
vif pour reparer les Ponts de ladire Ville , & leurs manoirs & maifons , qui 
à l’occañon du fieye mis deuant ladite Ville par les ennemis lors du Roy 
noftredit Seigneur ,en l'an mil quatre cent & trente, & autrement ont éfté 
détruires & abattuës. Ztem', du bois mort, gifant & fec , en l’oftant pour ar- 
| | Y y 1 


* Meulan 


1483. 


358 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


doir. Item, de y mettre en panaige deux pourceaux par chacun defdits H2- 
bitans. Ztem, Le pafturage de leurs beftiaux ainfi, & par la forme & manie- 
re qu'ils ont accoütume d'en iouyr & vier, & que le contiennent leurfdites 
Chartes & Priuileges , fans leur donner dérourbier ou empechement au con- 
traire en tout; & les Ordonnances Royaux faites fur le fai& defdites Forefts, 
entierement gardées ; En témoin de ce, nous auons feellé ces Prefentes de 
noitre Scel à ce ordonné. Donné audit dr le quatriéme iour de Iuil- 
let l'an mil quatre cent foixante & dix-neuf; Ainf figné, Dwcques. Lefquelles 
Lettres deffus tranfcrites , pour confideraiion de la bonne , vraye , & entiere 
obeiffance que lefdirs Bourgeois, Manans & Habitans de noftredite ville de 
Compiegne ont coüjours euë & demonftrée par effet enuers nos predeceffeurs 
Roys; & afin qu’ils ayent mieux caufe & vouloir de ainf le faire & continuer 
enuers nous & nos fuccefleurs, & pour autres caufes & confiderations à ce 
nous mouuans, Awons loiées,ratifiécs, approuuées, & confirmées ; & par ces Pre- 
fentes de noître grace efpeciale, pleine puiflance, & authorité Royale; & par 
l'auis & deliberation de plufieurs Princes & — de noftre Sang & Li- 
gnage, & Gens de noftre Confeil loüons , ratiñons , approuuons $& confir- 
imons; & voulons que lefdics Bourgeois , Manans & Habitans prefens , & à 
venir , iouyflent dorefnauant, #0/fre vie durant feulement , des chofes contenuës 
& declarées efdites Lettres; en enfuiuant toutes voyes, la verification d’icel- 
les par nofdits Gens de nos Comptes & Treforiers, en tant & fi auant qu'ils 
en ont par cy-deuant iouy & vfé. Si donnons en mandement par ces mef- 
mes prefentes 4 nos amez, C feaux Gens de nos Comptes G* Treforiers à Pars, 
Generaux Confeillers par nous ordonnez fur le fait & gouue:nzment de 
nos Finances ,de la Juftice de nos Aydes à Paris , au Bailly de Sexls , Mai- 
ftre des Eauës & Forefts en nos pays de Champagne & Brie , & à tous nos 
autres Jufticiers & Officiers , ou à leurs Lieutenans prefens & à venir , & à 
chacun d’eux fi comme à luy appartiendra , que de nos prefentes Graces & 
Confirmation faffent , fouffrent & laiffent lefdits Bourgeois, Manans & Ha- 
bitans, & chacun d’eux & leurs hoirs & fuccéfleurs iouyr & vfer pleinement 
& paifiblement , soifredite vie durant , par la maniere deflus declarée , fans 
leur faire, mettre ou donner, ne fouffrir eftre fait , mis ou donné aucun dé- 
tourbier ou empéchement au contraire; mais fi fait, mis ou donné leur auoit 
cfté ou eftoit, le faflent, chacun d’eux endroit foy incontinent & fans delay, 
reparer & remettre au premier eftat & deu: Car ainf nous plaift-il, & vou- 
Jons eftre fait ; nonobftant quelconques Ordonnances ,mandemens ou defen- 
fes à ce contraires. Et pource que lefdits Habitans, & chacun d'eux endroit 
foy , pourront auoir affaire deces Prefentes en plufeurs & diuers lieux, nous 
voulons & nous plaift, que au vidimws d'icelles, fait fous le Seel Royal, foy 
foit adioùrée comme à ce prefent original : Et afin que ce foit chofe ferme 
& ftable à toûjours , nous auons fait mettre noftre Seel à cefdites Prefentes, 
fauf en autres chofes noftre droi& , & l'autruy en toutes. Donné à A4mboife 
au mois de Septembre l’an de grace mil quatre cent quatre vingt & trois. 
Ainfi figné, Par le Roy, les Comtes de Clermont, & de Dunos, le Gouuer- 
neur de Touraine, le Sire de Baudricourt, le Bailly de Meawx, & autres pre- 
{ens. Mefme, &c. vifa, contentor , Defmares. 


Fol.77.dumef- Suit le Mandement du Roy pour expedierlefdits Priuileges , nonobffant qu'ils ne [oient 


me Regiftre. 


Jignez d'un Secretaire des Finances. 
Puis fuit l'expedition de la Chambre des Comptes fur lefdits Priuileges. 


ee + 


DV ROY CHARLES VIII 359 
Confirmation du Bailly de Saint-Pierre le Monftier. : Je, 
Regiftre du 


VERINVSLE GRoinc, Miles s0%frmatus Bailliuus Sani Petri Mo- Pr. 
nafterij, per Litteras Domini noïtri Regis datas UAmbafis die fecundä Oéfobris 4 Amboife te 
1483. fgnatafque Par Ie Roy en fon Confeil, Monfeigneur le Duc de Bowrbon, 2 24obr. 1483- 
les Comtes de Clermont & de Dunos , le Sire de Torcy, l’Euefque, d'Alby, & comtes deCier- 
autres prefents , Robertet Preffitit iuramentum [olitum in manibus Domini Can- mont & de 
cellarij die duodecimé menfis Ocfobris anne Domini 1483. necnon receptus eff ad us 
Ojficium Bailliui, @ folitum preffitit iuramentum. CAtlum in Parlamento vigefimä Le Chancclier 
féptim& Maÿ 1484 Chaftellier. Item praffitit iuramentum in Camera Compotorum ri . 
Domini noïtri Regis Parifius die decimä tertiä Iulÿ 1484. 


Lettres Patentes du Roy Charles VÜIL. contenant Prouifion 4 Iean Duc Ales 
de Bourbon & d'Auuergne, de la Charge de Conneftable, ex 
Lieutenant General par tout le Royaume. 


© ARLES par la grace de Dieu Roy de France, A sons ceux qui ces pre- nee . 
fentes Lettres verront , Salut ; Comme aprés le trépas de feu nofire tres- &62. de l'Hi- 
cher Seigneur & Pere, que Dieu abfolue,& que par aucuns grands Seigneurs de PUS vs 
noftre Sang & Lignage, & autres notables Perfonnages de noftre grand Con- sures offisiers 
feil, eftans prefentement entour de nous , ayons efté auerty de plufeurs gran- #*!# Couron- 
des affaires de noftre Royaume; entre autres chofes nous ayt efté par eux re- fai ie 
montré , que pour le bien de nous, feureté & entretenement de noîftre Royau- # Leuure. 
me,& de toute la chofe publique d’iceluy , & conduite de nos Gens de guer- 2. | ol 
re, attendu noftre jeune âge ,eltoic tres-neceflaire ,conuenable, & expedient ren 
pouruoir à l’Eftar & Office à Conneffable de France ; duquel Eftat & Office nous 

ayons trouué notre Royaume dépourueü ; & à cette caufe ayt efté auifé parles 

deflufdits ,que audit Office & Eftat foit par nous pourueü de Perfonnage de 

grande auétorité, prudence, & longue experience tant és faiéts de la guerre, que 

ésautres plus grands & principaux matieres & affaires de noftredit Royaume, 

à nous Se a feur & feable; Sçauoir faifons, que aprés que cette matie- 

re a efté debatuë entre lefdits Seigneurs de noftre Sang & Lignage, Prelats, 

Barons, & autres notables Perfonnages en noftredit grand Confeil , & que par 

l'opinion detouseux conuenans enfemble en grand nombre , reduifans à me- 

moire la confanguinité , affinité , & proximité de Lignage , quitoûjours a efté 

entre nos predecefleurs Roys de France, & les Ducs de Bourbonnois & d’Au- 

uergne , qui fonc d:fcendus de noftre Maifon , de nos predecefleurs Roys 

de France , en la lignée de Monfeigneur Sain@& Louys noftre predecefleur, 

& dont nous attienc & eft prochain noftre tres-cher & tres-amé oncle & cou- 

fin Zeas Duc de Bourbonnois & d’'Auuergne, Comte de Foreft & del’Ifle, Sei- 

gneur de Chaftelchinon, de Roche, & de Nonnay, Pair, & Chambrier deFran- 

ce ,noftre Lieutenant general & Gouuerneur en noftre pays de Languedoc, 

les fens, prudence, vaillance , longue & bonne experience, qui font, & onteité 

en fa perfonne dés fon ieune âge tant en fai des guerres, que autres gran- 

des affaires de noftre Royaume; & aufñli les hauts, loüables & recommanda- 

bles feruices que noftredit oncle & coufin a faits par cy-deuant; en enfuiuant 

comme vray imitateur des memorables fais & grandes vertus de fes prede- 

cefleurs & anceftres, dont les aucuns font morts, & autres efté pris des An- 

g lois anciens ennemis de noftredit Royaume, pour la tution & defenfe d’iceluy ; 

& mefmement que noftredit oncle & coufin a faits depuis fa ieunefle à feus nos 

tres-chers ayeul & Pere , és Conqueftes des Duchez de Normandie & Guyen- 

ne, efquelles il s’eft grandement & vaillamment porté ,tant en la Bataille de 


1483. 


360 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

Fromigny gagnée fur nofdits ennemis , où ileftoit Lieutenant general & Chef, 
ayant la principale charge & conduite de l Armée & Gens de guerre de no- 
ftredit feu Seigneur & ayeul , que en plufieurs autres Batailles & rencontres 


_ defdies ennemis, Sieges, & autres Aëes de guerre , où il s’eft tres-vertueu- 


fement & continuellement employé de tout fon pouuoir, fans y épargner corps 
ne biens; tellement qu'il a bien merité d’en eftre de Nous & de toute la chofe 
publique de noftredit Royaume , reconnu d'honneur & de preéminence; par- 
quoy entre les autres Princes & Seigneurs de noftre Sang & Lignage eftoit di- 
ne & fuffifant d’auoir & obrenir de nous ledit Office & Eftat de Conneffable de 
Patti mines confideration des chofes deflufdites,en reconnoiffant les {er- 
uices dont deffus eft faite mention, faits par noftredit oncle & coufin , & qu’il 
nous fait de prefent en la conduire & direétion des plus grands & plushaurs 
fais & affaires de noftre Royaume, & de coute la chofe publique d’iceluy; 
en quoy, depuis noftre nouuel aduenË£ment à la Couronne, il s’eft tres-affe- 
tueufement employé en grande cure, diligence, & follicitude, & efperons 
que toüjours fafle le cemps à venir, confiant par ce fingulierement & entie- 
rement de fes grandes & loüables vertus: Iceluy pour ces caufes, & autres à ce 
nous mouuans , & par l’auis & deliberation des déffufdies auons fait, conftitué, 
eftably & ordonné, & pat ces Prefentes faifons ,confticuons , eftabliffons & or- 
donnons Connesfable de France ; & ledit Office de Conneïfable uy auons donné 
& o&royé, donnons & oétroyons de grace fpeciale par cefdites Prefentes; pour 
iceluy Office de Connestable de France auoir, venir, & dorcfnauant exercer par 
noftredit oncle & coufin ; enfemble, & auec ledit gouuernement de press 
& autres Eftats, gages ,penfions , & bienfaits qu'il a de prefenc, & pourra auoir 
cy-aprés de Nous, aux honneurs, prérogatiues, preéminences, faculrez, droi&s, 
gages, profits, & autres quelconques émolumens accoutumez , & audit Office 
appartenans ; & auec tels pouuoirs, jurifdiétons & auétoritez que les Connesta- 
bles de France qui par cy-deuant ont efté fes predecefleurs audit Office ont 
pour raifon d’iceluy eù, & accoütumé d’auoir; & voulons & entendons auili 
& ainfi nous plaift eftre fait ,à ce qu’en toutes chofes raifonnables il Juy foit 
mieux obey par tous nos Sujets, & qu’il puifle mieux & plus conuenablement 
pouruoir à toutes les chofes où befoin fera, pour le bien , feureté , & tran- 
quillité de nous, & noftre Royaume , qu’il ayt faculté & puiflance de vfer par 
cout noftredit Royaume de l'auttorité & pouuoir de Liestenant General de par 
nous, pour pouruoir én noftre abfence, à toutes les chofes où il verra befoin 
éftre pour le bien de nous, de la chofe publique, foulagement. repos & tran- 
quillité de nofdits Sujets ; & auquel Eftat de Liewtenant de par Nous , par tout 
noSfre Royaume , V'auons ordonné & conftitué , ordonnons & conftituons par 
cefdices Prefentes, fans préiudice toutesfois du pouuoir & autorité de Lieu- 


tenant pat nous baïllé & oétroyé en aucunes contrées particulieres de no- 
ftre Royaume , à aucuns des Seigneurs de noftre Sang & Lignage , & autres 


quelconques; & entendons qu'efdits lieux où il y a Lieutenance particulie- 
re, à l’occäafion de ces Prefentes ,aucune chofe ne foit dérogée; ainçois que 
quand le cas y écherra , noftredit oncle & coufin , & les autres Seigneurs 
de noftre Sang & Lignage , & autres quelconques à qui auons baillé lefdi- 
tes Lieutenances particulieres, puiffent vfer les vns auec les autres en bonne 
amour & vnion chacun en fes fins & metes en tout ce qu’ils verront eftre à 
faire pour au bien.de Nous & de nofdits Royaume & Sujets. Si donnons en 
mandement par ces mefmes Prefentes à nosamez & feaux Confeillers les Gens 
de nos Parlemens à Paris, Thoulouze, Bourdeaux & Dijon;aux Gens auffi 
de nos Comptes à Paris, Treforiers de France, & Generaux Confeillers par 
nous ordonnez fur le fait & gouuernement de toutes nos Finances, chacun 
ainfi que à luy appartiendra; Que defdits Office & Eftar de Conneïfable de Fran- 
ce, &c Lieutenance Gencrale par noffre Royaume ,ainf que deflus eft declaré, : faf- 

| ent, 


St Ed Cr erinr Fe a 


DV ROY CHARLES VIII. 361 

fent,fouffrent & laiflent chacun en fon endroitnoftredit onclé & coufin duquel 

auons pris & receü.le /érmest dr hommage pour ce à nous deubs ,&entelscas ac- 1 433. 
coûtumez ; & lequelauons mis &inftitué en poflefion & faifine de par nous 
_defdirs Offices & Eftars ; enfemble des honneurs, prérogatiues, preéminences, 
facultez , droits, profits, & émolumens deflufdits jouyr & vfer pleinement 

& paifiblement, & à luy obeïr & entendre de tous ceux, &ainfi qu’il appar- 
tiendra és chofes couchans & regardans lefdits Eftats & Offices. Man dons 
en oucre aufdics Freforiers & Genceraux Confeillers fur le fait & gouuer- 
nement de toutes nos Finances, que les gages audit Office appartenans , ils 
faflent des deniers de nos Finances cant ordinaires qu’extraordinaires payer 
& deliurer à noftredit oncle & coufn ,ou àfes Commis & Deputez par ice- 
luy ,ou ceux de nos Receueurs qu'ils auiferont ,aux termes & en la maniere 
accoütumée ; Et par rapportant ces Prefentes ou vidimss d’icelles, fait fous Seel 
Royal pour vne Lis. &c quictance fur ce fuffifante de noftredit oncle & coufin 
tant feulement : Nous voulons lefdits gages eftrealloüez& comptez & rabatus 
de la Recepte d'iceluy ou ceux de nos Receueurs qui payez les auront , par 
Jefdits Gens de nofdits Comptes ; aufquels nous mandons ainfi le faire La 
difficulté. Mandons aufli & commandons à rous nos Capitaines & Condu- 
éteurs de nos Gens de guerre, tant de noftre Ordonnance que autres mis ou 

à mettre fus de par Nous, Capitaines des Places, Villes, Chafteaux, & Forte- 

reffes de noftre Royaume, & à tous nos autres lufticiers, Officiers, & Sujets, 

&c à chacun d’eux ,que à noftredit oncle & coufin ,fes Commis & Deputez, 

en faifant & exerçant les Offices & Eftats deflufdits par nous à luy baillez , ils 

obeïflent 8& entendent diligemment , luy faflent ouuerture defdices Places 

quand le cas le requerra; & donnent confeil, confort, ayde, faueur, & pri- 

fons, fi métier eft , & requis en font. Et pource que on pourra auoir affaire 

de ces Prefentes en plufeurs &diuers lieux , nous voulons que au vidimus d'i- 

celles , fait fous Seel Royal, foy foitadioùtée comme au prefent original. En 

témoin de ce nous auons fait mettre noftre Seel à cefdites prefentes. Donné 

_ à Blole 23. iour d'Oëtobre l’an de grace mil quatre cent quatre-vingt & trois,& 

de noître Regne le premier : Et fur lereply defdires Lettres ef écrit ce quis’en- 

fuit, Parle Royen du Confeil, Méfleigneurs les Ducs d’Orleans & d'Alençon, 

les Comtes d’Angoulefme, de Clermonr, Comte Dauphin d’Auuergne, d'Al- 

bret, de Bagié Seigneur de Brefle, de Vendofme, de Monfort, de Dunois, 

de Rouffillon Admiral , & de Comminge , Pow *, les Archeuefques de *Efpar an 
Rheims, & Euefque de Langres Pairs de France, les Eucfques d’Alby , de ‘°%%#* € 
Conftances , & de Perigueux , le Grand-Maiftre , les Seigneurs de Chaftil- 

lon , de Torcy; de la Trimoile, de Richebourg , de Curton, Defquerdes, & 

de Gyé Marefchaux de France, de Chaftillom , de Touteuille, de Moyon, 

de Maulny ,de Montrefor, de Genly,de Boify, de Monteil, & autres pre- 

fens. Ainfi figne, @c. Perir. & font fecllées à double queué de cire jaune. 


Pris fier les Lettres originales en parchemin , communiquées par M: d'Herouual, 


fur le dos defquelles est écrit , Lertre de l'Office de Conneffable de France pour 
Monfeigneur le Duc. 


Lettres du Roy Charles VIII. portans , que aucune expedition ne fois F#:5-v%rh. 
foire par Mefieurs de la Chambre des Comptes fur les dons quife  Siers 
pourroient faire du Domaine éo° des Greniers 4 Sel. | 


+ ARLES par la grace de Dieu Roy de France ,LA nos amez Cr feaux les 

Gens de nos Comptes à Paris , Salut Gr diletfion : Pource que entraitant des 

befongnes & affaires de noftre Royaume auec les Seigneurs de noftre Sang & 
. Zz 


362 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


ARS ef . . 
1483. autres Seigneurs & Gens de noftre grand Confeil, ayons entre autres chofes 
cftéaucrtis, & amplement informez des grands & expreflifs dons que aucuns 
particuliers ont par cy-deuantc obtenus de feu noître tres-cher Seigneur & Pere. 

tant de noftre Domaine que du Reuenu des Greniers à Sel par nous établis en no- 

firedic Royaume, qui eftoienc & font les meilleurs, & plus clairs deniers d’i- 

celuy; defquels dons ils ont par long-cemps ioüy & vfé, & pourroient enco- 

re faire par leurs grandes importunitez , ou autrement : Now voulans y donner 

prouifion vous mandons & commandons bien expreffément, que d’ores-en- 

auant vous n’expediez ,ne donniez vos confentemens aux Lettres qui auroienc 

efté par noftredit feu Seigneur & Pere, ou celles qui feroient parnous ordon- 

| nées & commandées touchant les dons que aurions ou pourrions auoir faits 
| | de noftredit Domaine & Greniers à quelconques perfonnes ,ne pour quelcon- 
ques caufes que ce foient; mais fi aucune chofe y auoit par vous efté faire ou 
expedice au contraire , faites qu'elle ne fortiffe aucun effet : Car ainfi nous 
plaift-il eftre fait, nonobftant quelconques Lettres qui en auroient efté im- 
petrées tant de noftredit feu Seigneur & Pere, que de Nous. Donné à 3/4 

le vingt-neufiéme iour d'Oëtobre l'an de grace mil quatre cent quatre-vingt 

& trois, & de noîftre Regne le premier. Ainfi figné , Par le Roy, les Com- 
ces de Clermont, & de Dunow , l'Euefque d’Ælby, le Sire de Torcy , & autres 
prefens , 4. Charbonnier. Leëts & publicata in Camera Compotorum Domini 
noffri Regis, Parifius quartä die Nouembré anno quo fupra , Badouiller. Collatio 
fit cum original, per me, le Blanc. 


« 


ABagele Lettres du Don fait par le Roy Charles VIIL. à François d'Orleans 


13. Nouernvre : ; ; ? 6 

1483 Premier du nom Comte de Dunois, de trois mil neuf cent foixante 
Dacats par an, que doinent les Habitans de Briançonnois, a# pays 
de Dauphiné. 

* 1108 dis On- ( | 7 ARLES par la grace de Dieu Roy de France, Dauphin de Viennois, 

cle 4 coufe qu. Comte de Valentinois, & de Diois; 4 tous ceux qui ces prefentes Lettres 

il auoit épousé | 


Agnes de Sa- Verront ; Salut : Sçauoir faifons , que pour confideration de la proximité de 
uoye fur de Ligrage dont noftre tres-cher & tres-amé Oncle * & Coufin François d'Orleans 
re deceRoy, Comte de Dunors & de Longuenille, noftre Lieutenant general & Gouverneur de 
v. pag. 142.  NOfdits pays du Dasphiné, Comtez de Valentinois & de Diois, nous attient 
précédente, à jceluy ; pour ces caufes , & afin qu’il ayt toüjours mieux dequoy grande- 
ment entrétenir fon cftat , & fupporter les grands frais & dépenfes que faire 
& foütenir luy conuiendra à l'exercice dudit Office , & autrement ; & aufii 
pour luy ayder à fupporter ce qu'il luy a conuenu & conuient faire & payer à 
noftre cher & feal coufin Cefar de Chaffillen , pour le recompenfer du droi€t 
qu’il precendoic audit Eftat d'Office de Gowuerneur du Dauphiné, dont il auoit 
aucresfois eù don de feu noftre tres-cher Seigneur & Pere , que Dieu abfol- 
ue, & pour autres caufes & confiderations à ce nous mouuans, 440#s, outre 
les autres bienfaits qu'il a , & pourra auoir de Nous, donné & donnons par 
ces Prefentes la fomme de trois inil neuf cent foixante Ducats, que nous 
doiuent & font tenus payer par chacun an, le iour & fefte de la Purification 
Noftre-Dame, dite Chandeleur , fecond iour de Feurier , à noftre Treforerie 
du Dauphiné les Manans & Habitans de noître pays de Briançonnoës , audit 
pays du Dauphiné ; & icelle fomme de trois mil neuf cent foixante Du- 
cats auoir, prendre & receuoir par noftredit Oncle & Coufin , par fes mains 
& fimples quittances, ou de fes Commis & Deputez, dorefnauant par cha- 
cun an , le premier terme & entier payement commençant à ladite fe- 
fte Noftre-Dame de Chandeleur prochain venant mil quatre cent quatre- 
vingt trois , ledit iour inclus, fans qu'il luy foic befoin en auoir autre ac- 


pv ROY CHARLES VIIL 363 


quit que cefdites Prefentes, que nous auons pour ce fignées de noftre main. | 9 
Si donnons en mandement } nos amez & feaux les Gouuerneur , ou fon Lieu- * 4° 3° 
nant, Gens de noftre Cour de Parlement , & de nos Comptes à Grenoble, 
Gencral Treforier, & Receueur general de nos Maifons audit pays de Dau- 
phiné; 8 à chacun d’eux comme à luy appartiendra, qu’en faifant & laiflant 
. noftredir Oncle & Coufin iouyr de noftredit prefent Don ; ils luy fouffrenc 
& laiflent auoir, prendre, & receuoir par fes mains & fimples quitrances, ou 
de fefdits Commis , ladite fomme de trois mil neuf cent foixante Ducats do- 
refnauant par chacun an, au terme, & ainf que deflus eft dit; & par rappor- 
tant cefdites Prefentes; ou du moins, widimes d’icelles fait fous Seel Royal, 
ou Dauphinal pour vne fois, & quittance ou reconnoiflance fur ce fuffifan- 
te, de noftredic Oncle ant feulement , nous voulons noftredit Treforier pre- 
fenc & à venir en eftre tenu quitte & déchargé par nos amez & feaux les 
Gens de nos Comptes à Paris ,aufquels nous mandons ainfi le faire fans dif- 
ficulté : Car ainfi nous plaift-il eftre fait , nonobftant quelconques Ordon- 
nances, reftriions, mandemens , ou defenfes à ce contraires. En témoin de 
ce nous auons fait mettre noftre Seel à cefdites Prefentes. Donne à Beuzes- 
ep le treiziéme iour de Nouembre l'an de grace mil quatre cent rte à 
trois , & de noftre Regne le À ma Signé , CHarLes. Ec fur le reply, 
Par le Roy , Dauphin , Mefleigneurs les Ducs d'Orleans & de Bourbon , les 
Comtes de Clermont, & de Marle, l'Eucique d'A4/by, le Seigneur de Torry, & 
autres prefens. Ain figné Zrises auec paraphe. Et plus bas eft écrit : Cos- 
tionnpé à l'original en parchemin ; Ce fait, reuds par les Notaires Garde-netes du 
Roy noftre Sire au Chaïtelet de Pari foubs-figmez , ce iourd'huy vingt- cinquiéme 
May mil fx cent [oixantc-bait. Signé Pauyot, 8 Rousier. 


Teflament de Charlotte de Sauoye P femme, 67 veufue du Roy  Amboif le 
Louys XI. dans lequrl elle prie le Roy Charles VIII. {on fils , com- +0 
me Roy , @ luy commande comme Mete ; de maintenir tous [es Off- äe Bordcille, 
ciers [fçamoir d'El) en leurs eflats , ibertez, Prinileges eg franchi Tease 
nomme Exccureurs de fon Teftamenc l'Arcewefque de Tours * ;ué une. 
fôn fils de Beaujeu*, /ôn frere de Dunois*, & Iean Tiercelin ; tran- en 
férit [ur vne Expédition originale en forme. | Duc de Bour- 

bon ,v. pag. 6. 


V nom de Dieu, du Pere, Fils,& Sain® Efprit , & de la tres-glorieu- nn. 

L Afe Vierge Mere de Dieu , & de toute la benoifte Cour Celeftielle de NC ape 
Paradis , Nous Charlotre par la grace de Dieu Reyne de France | mere du 4 4 Ages 
Roy Charles à prefenc viuant, confiderant noîftre pauure fragilité , & qu'il de 
n'ef plus rien certain que lamort, & plus incertain que l'heure d'icelle, à pre- a 
fent detenue par infimité de maladie ; combien que foyons par la grace de preced. @ pes. 
Dieu faine d’entendement & bonne memoire , voulant viure & mourir en de 
la foy Cacholique , & defirant de tout noître cœur difpofer de nos biens & Vir. quciay 
facultez ,à ce que ne mourions imsefkate Ÿ , auons fait , dit & declaré de no- Je dit 
ftre certain & vray propos ,noftre Ttfamemt , & noftre detniere volonté en la » cefsie, 
maniere qui s'enfuit. | | rs Te- 

En premier lieu , nous recommandons à Dien noftre Pere Omnipotent, | 
{on benoift Fils au Sain@ Efprit, & à la Vierge Marie ,mon Aine ,à ce qu’il 
. Îeur plaïfe ordonner eftre mile encre les mains du benoift Archange Saint 
Michel , pour la prefenter deuantlatres-Sainéte Trinité quand elle partira de 
mon Corps. | 

Hem, Nous élifons noftre fepulture à la difcrerion de nofîre wesicher &c 
tres-amé fils Le Roy, & de nos Execureurs cy-deflous nommez. 

fem, Nous voutons & vrdonrons nos debres eflre loyaument & iufte- 

Z 1) 


364 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


ment payées; & mefmement ce que deuons à C4/exandre Blandis, tant pour 

1483. le fait de noftre Argenterie, comme pour lesgages de nos Officiers & liurées 
de nos femmes à argent, du temps de feu Meflire Pierre CArtaslr dont ledic 
Alexandre renoit le compte ; & generalement toutes nos autres debtes, & 
icelles auoir , pour prendre fur le plus beau & meilleur de tous & chacuns 
nos biens meubles. | 

Item ; Donnons à noître fille d’Orleans la fomme de deux cent marcs d’ar- 
gent de noftre vaiflelle , pour luy ayder à foy emmenager. 

Item, Noulons & ordonnons que la fomme de fix mil écus d’or foit don- 
née & diftribuée par les mains de nos Executeurs à nos Officiers ant hom- 
mes que femmes. | 

Item, En outre ce, donnons à la Dame de Bufüieres la fomme detrois mil 
écus d’or pour luy ayder à marier fes filles ,en recompenfe des feruices qu’el- 
les nous ont fait. | 

Item , Donnons à LAnfoine d'Antezime noîftre Efcuyer d'Efcurie la fomme 
de dix mil écus d'or, pour les feruices qu’il nous a longtemps faits, & mef- 
mement durant noftre maladie. 

Item, Donnons à Marie noftre femme de chambre la fomme de deux mil 
écus d’or, pour luy ayder à marier fes filles. 

Item, Donnons aux filles de Jamet Hublin noftre Huiflier , pour luy ayder 
à les marier, la fomme de cinq cent écus. 

Item , Donnons au Conuent de Sain& François d’Amboife pour ayder à 
le paracheuer ,& à ce que les Freres d’iceluy foient plus enclins à prier Dieu 
pour le falut de noftre Ame, la fomme de mil écus. 

Item, Donnons à la veufue de feu Jeas le Perrier en faueur de ce qu’elle a 
nourry l’vn de nos enfans, & fait plufieurs autres feruices, pour luy ayder à 
marier fes filles, la fomme de cinq cent écus. 

Item , Donnons aux deux filles de Maïiftre Jean de Leféau pour ayder à les 
marier , la fomme de mil écus, à departir par moitié. | 

Item, Nous prions & requerons /e Rey noftredit fils comme Roy, & luy com- 
mandons comme Mere, qu’il veuille entretenir tous & chacuns mes Officiers 
en leurs eftats & offices , & ainfi qu'ils font de prefent , lefquels leur auons 
donnez'& nommez, & qu’il leur a confirmez; & aufli qu’il les entretienneen 
leurs libertez, priuileges & franchifes, celles qu'ont accoütumé iouyr les Ofi- 
ciers des Roys & Reynes. : 


Item, Nous prions le Roy noftredit fils, qu’il ayt pour fingulierement re- 
None, Commande le Conuent des Freres Mineurs de PObféruance; mefmement ceux 
d'Amboife & de Tours, que de nouuel noftre tres-cher feu Seigneur que Dieu 

abfolue ,a fait reformer & mettre en Obferuance. 


Item, Pour faire & accomplir toutes les chofes deflufdites , nous élifons : 


nos Executeurs de ce prefent noftre Tefament & derniere volonté ,l’Arche- 
François 1, ucfque de Tours , noftre fils de Beazjes , noftre frere de Dunos, & noftre fer- 
Comse de Du- uiteur Jean Tiercelin, & Scigneur de Broffes, aufquels nous obligeons tous & 
ir chacuns nos biens meubles iufques au parfait payement & accompliflement 
ce Teftament, de l’execution de ce prefenc noftre Tefament. Et fi nofdirs biens meubles 
en n'eftoienc fuffifans pour accomplir noftredit Teffament ,nous prions noftre fils 


tri. qu'il le veuïlle faire entretenir & accomplir. 
Item , Ordonnons que nofdics Executeurs notifient au Roy noftredit fils 
certe prefente noftre Ordonnance & derniere volonté, afin qu’il n’ayt caufe 
d'ignorance de l'accomplir & faire accomplir. 
AAmboifel Fait ce prefent Teffamenr au Chaftel d'Amboife le premier iour de Decem- 
premier De-_ bre l'an mil quatre cent quatre - vingt & trois, es prefences de Jean Tiercelin 
cmbret48 EfGuyer Seigneur de Broffes, Pierre le Breton, &c Iean d'Aux Maiftres d'Hoftel, 

LAntoine d'Antefime Efcuyer d'Efcurie, & Maiftres Adam Fumée , Robert du 


DV ROY CHARLES VIII. 165 
Lion, Benard Chaufide, Iean Millet Do@teurs en Medecine, Philippes Raymond . 
Dotteur en Loix , Pierre Burdelot Treforier , & autres Confeillers de ladite 02 
Dame. Signé, le Maye. 


Sur le dos eft écrit, Teffament de la Reyne Charlotte, Reyne de France. 
Pris fur l'original. 


Memoire des noms des Officiers , Dames 7 Damoifelles de Pre 
La feuë Reyne Charlotte de Sauoye, femme de dé 
Louys XI. & de leurs gages. 


Y-APRES s'emfuinent les noms des Officiers ordinaires , G* des Dames dr: Eli de la 


Damoifelles de la feuë Reyne Charlotte (4 qui Dieu pardoint) € auffi les ga- pp ras 
ges qu'ils prenoient de ladite feuëé Dame. Jotte de Sa- 


Et premierement , Maisfres-d'Hoffels, Oliuier. Guerin Preuoft , & Pierre 
le Breton , à chacun fix cent liures. Iean d'Aux cinq cent liures. Pierre gin4l. 
Cloiec, deux cent quarante liures. Panneterie, Girault Daucezanne , Euftache 
Meuloite, à chacun deux cent quarante liures. Iean Doudineau Sommelier , 
Herué Lefcoublé auili Sommelier, Coppin Bretin, & Hauot Mignon auf 
Sommeliers , à chacun cent vingt liures. 

Efchançonnerie. Caftellan de Sazilly Efchançon , & Pierre du Perchechacun 
deux cent quarante liures. Îean de Villemace, Iean Chambellan, & Iean du 
Bougier Sommeliers, chacun cent quarante-quatre liures. Iean le Pré, dit Gre- 
lin, & Mathelin du Bois Bariliers, chacun foixante liures, Iean du Mefine, 
& Aquille Girault 4ydes en Efchançonnerie , chacun trente-{ix liures. 

Cuifine. Denys Brufle Hañfeur de Cuifine, cent quarante-quatré liures. Mi- 
chau Moifnard Potager, Iean de Seulin aufli Potager, Pierre le Royen, & Pin- 
char Cahien Efcuiers deCuifine., chacun cent vingt liures. Pauler Fumée £/f. 
cuyer de Cuifine cent quâtre-vingt liures. André Louys Sawlcier, quatre-vinge 
quatre liures. Louys du Bois Sawlcier | Antoine Regnault Galopin , & Pierre 
Orlin Souffleur, foixante liurés. Iean Fontené Porteur, quarante-lix liures. Pier: 
re Fournier Hwiffier de Cuifine crente-fix liures. Iean Gauner Sawlcier, Guile- 
gucran Souffleur, Robin Torletet & Iean Lys Poragers ,foixante liures, 

Fruiclerie. Eftienne Roufleau & Ican lAifné Fruicfiers , chacun quatre- 
vingt liures. Martin le Guenays Ayde de Fruiterie, quarante-huit liures. 

Efturie. Antoine d’'Antezenne E/cayer d'eféurie fix cent liures. Guillaume 
d'Antezenne E/féuyer trois centliures. Nicolas Calonnat E/csyer deux cent qua- 
rante liures, Pierre Bertrand & Guillon Pafquier Palets de pied, Xean Penin, 
dit. Flatheriniette, Jean Ginquenc, & Iean Brimereau 4ydes en efturie , Tho- 
mas Charles & Ilean de Linqual Farlers de pied , ean Mauflion, dit Petit-Pier- 
r&, Jean le Paige & Odin Quineret Charctiers , chacun quatre.vingt quatre 
liures. Jacques Bourgeois & Berchelin du Voyer Charetiers , chacun foixante  , 
liures. André Quinent Charetier,lean Viau , Iean Garnicr, Pierre Champion 
& Cardin le Franc Charetiers, & Pierre Bigot Valets de pied, chacun quatre- 
vingt quatre liures. Jacquet Fournier Cheuauwcheur d'eféurie {oixante liures. 

Fourricre. \ean Tiercelin S' de Brofle, Confeiller de ladite Dame, & Ca- 
pitaine de Chinon & Martin du Bois Maiftre de Chambre aux deniers, cha- 
cun fix cent liures. Maiftre Philippes Remon Confeiller de ladite Dame, 
Maiftre Iean Millet Medecin, Maiftre Louys Iuré Secretaire ordinaire de 
ladite Dame, à chacun trois cent liures. Maiftre Iean de Leflau aufli Secre- 
taire deux cent liures. Pierre Bourreau Clerc des Offices , A. Liffart , dit 
Coulomner ,aufli Clerc d'Office, à chacun cent vingt liures. Jean de Mau- 
feul autre Clerc, & Meffire Gabriel Preftre & Chappelain de ladite Dame, 
à chacun foixante liures. Guillaume de Sauzay Clerc de ” Dame, cent 

z iij 


uoye. 
Pris fur l'erigi- 


1483: 


366 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


liures, Meffñré Ièan de la Foufle Chappelain quatre-vingt quatre liures. Pierre 
Je Maye Someliér deladire Chappellé nonante liures. Maifire Iean Sauua- 
ge auffi Sommelier , Guillaume Coquelourt Varlet de chambre , Eftien- 
ne Boutet Tapiflier , & Varlet de chambre, Antoine Boutet aufli Var- 
let de chambre , à chacun cent vingt liures. Guillaume Verrier Clerc de 
Chappelle , & Martin Lailly Libraire , à chacun foixante liures. Jean 
d'Amboife Concierge du Chafteau d’Amboife , Iean Pauillon Varlet de 
chambre , Guillot Regñault Huiflier de chambre , & Guillaume Cuuier, 
à chacun auffi foixante liures, fean Lencêthieu Tailleur de robbes no- 
nante liures. Iean de Patis auñfi Varlét da Chambre, Pierre Iouflelin Huif. 
fier de chambre, à chacun fix vingt liures. Iean Hubelin auffi Huiflier no- 
nante-fix liures. Iean Gueltoitiÿ ÂApoticaire cent vingt liures. Louys Alais 
Marefchal des Logis deux cent liures. Eftienne Pafquier, Foutrier cenc qua- 
tre-vingt liures. Pierre Grandin autre Foutrier cent vingt liures, Antoine le 
Gréc loüeur de luth cinquante liutes. Jean Beiron, Iean Charbonneau Var- 
lets de Fourrieres, & Martin Engenart Huiflier de Sale feprance-deux liures, 
Robert du Puy Patifliet , & Herué Blanchet Clerc d'Offices cent quatre- 
vinst liures. Piétte Réilhac Cordonniet , & Iean'de Briode Sellier trente- 
fix liutes. Laïnbert du Sey Otfévre , & lfabeau Michelle Lauandiere cenc 
quatre vingt liures, Fouquet Hauart Pottier du Chafteau d'Amboife qua 


rante-huit liures. Marie de Verdun Nourrice de Madame & Beanjen , 8c 


Guichon du Bois femme de chambre de madite Dame cinquante liures, 
Catherine de Brücélles femme de chambre de madire Dame , la Nourrice 
de Madame Jxanne de Fränie ,leanne Garniere Nourrice de feu Mf Fremçog , 
auffi cinquante liures. Añhe Vetriere Nourtice de Madame Losy/é de France 
cent liures. Michau de Seueuille Valet de chambre de Madame d'Orleans qua- 
rancé liurés. Maiftre Louys le Maye Cossroleur d Secretaire des Finances de 
ladite Dame quatre cent liures. Henriette Ganderre Cawrrvlewr de la Trefürerie 
cent quatre-vingt liures. Mefite Pierre Burdeloc Trr/orier fix cent liures. 

Autres Officiers ancitrs de ladite Dame , demeurans ch leurs maifons. Meflire 
François Deure Cheualiet Seigneur dudit iieu Deure , & Guillaume des Au- 
bins Maiffres-d'H heffel de ladite Dame , Chacun cent vingt liures. Yuon de Ca- 
raminan E/Cwyér Pannetier, Blaïe de Sauary Efchançon, Thibaut de Marücil 
Efcuyer Maittre-d'Hoftel, à chacun deux cent quarante liures. Maiftre Adam 
Quœux de ladite Dame nonante liures. Mathurin Cailleteau Efcuyer de la- 
dite Dame cent quatre-vingt livrés. Iean Renault Varlec de Fourriere, Lean 
de Brion aüffi Varlet de Foutriere foixante liures. 

Cy-aprés s'enfuiuent les noms des Dames  Damoifellls de ladite feuË Dame, 
que Dick pardoim. Premiereent, Françoife de la Foreft Dame de Bufficres, 
de l’Hoftel de ladite Darne deux cent liures. Louve des Biars Damoifelle, 
feinme äe Ieannot de Tardes, Louyfe de Boulac Damoifelle, Dame de Bois- 
Freflon , Catherine Girault Damoifelle , femme de Iean Puigher Efcuyer 
Tranchanc de ladite feuë Dame, Marguerite de W'ilon Dimoifelte de l'Ho- 
ftel de ladite Dame, Louyfe de Vere, Matie de Vaux, leanne de Chafferon, 
Marie Daufer Damoifeltes , & Marie veufue de fea Hemart de la Latre, 
à chacune cent vinyt dliures. Louyfe Canée , fille de ladite Marie. vingr- 
huiét liures. Claude d’Orliére Damoïifelle ,& Ieanne femme d’Eftienne Paf- 
quier feptante - fix liures. leañne de Meneton femme de Mathurin du Font 
cinquante liures. Marie de Cordan Damoifelle de ladite feuëé Dame cent 
lures. 


D VROY CHARLES VIII. 367 


Suit l'Inuentaire des biens de la feuë Reyne Charlotte de Sauoye, fe- 
conde femme du Roy Louys XI. fait par le commandement de Ican 
Tiercelin fon Maiffre-d'Hofkel , x l'un des Executeurs de fon Te- 
ffament ; lefquels biens furent depofex 4 Tours en la maifon de Sire 
Iean Briçonnet Bourgeois, demeurant à Tours. 


NvENTAIRE fait par nous Pierre Chäduin & Guillaume Bourdaize Notai- 
| fes lurez des Contraëts Royaux de Towrs , des biens de la feuë Reyne 
Charlotte , que Dieu abfolue , à la requefte & par le commandement de #e- 
ble homme Iean Tiercelin Seigneur de Broffes , Maiftre-d’'Hoftel de ladite feuë 
Dame , & l’vn des Executeurs de fon Teftament & derniere volonté ; lef- 
quels biens ont efté apportez en l'hoftel de Sire Jean Briçonner pour les in- 
uentorier , & faire eftimation & appreciation; lequel Inucntaire , apprecia- 
tion & eftimacion onc efté faits par les Perfonnes cy-aprés nommées par le 
commandement dudit Seigneur de Broffes, & en fa prefence, & dudit Bri- 
gonnet , & de Iean Pauillon Varlet de Chambre & Garderobe de ladite feug 
Dame, & de nous Notaires deflufdies , ce qui en a peü eftre eftimé &appre- 
cié par les iours, & en la maniere qui s'enfuit. 

Et premieremenc, le huiétiéme iour de Januier l’an mil quatré cent qua- 
tre-vingt trois | 

Tous lefquels biens deflus declarez , ledit Sire Zean Briçonner a confeflé 
auoir eûs & receüs en la prefence de nous Notaires deflufdirs, & en promet 
ténir compte où il appartiendra. Signé, P. Chawuin. G. Bourdaize. 

Le dix-ncufiéme iour de Decembre lan mil quatre cent quatre-vingt 
trois , Nous Geoffroy Euelque de Perigueux, Hardoüin Seigneur de Maillé, & 
Monfieur de Fou Confeiliers & Chambellans du Roy noftre Sire, Commif- 
faires de par ledit Seigneur, à faire l’Inuentaire des biens qui appartenoient 
à la feuë Reyne Charlotte, que Dieu abfolue , auons: en la prefence des No- 
caires cy-deflus écrits, baillé des biens contenus audit Inuentaire , qui eftoient 
en noftre garde, à tres-Reucrend Pere en Dieu Monfcigneur l’Archeuefque 
de Tours , comparant en la perfonne de Maiftre Pierre Bourreau fon Promo- 
teur, à cres-haurs & tres-puiflans Seigneurs , Meflicurs les Comte de C/erment 
& de la Marche, & Comte de Duno, és perfonnes de Maiftre Jean d'Aumont 
Secretaire de mondit Seigneur le Comte de C/ermonr, & de Louys Lobbez fer- 
uiteur de mondit Seigneur de Dunes , 8 à Iean Tiercelin feruiteur de ladité 
feué Dame, comparant en fa perfonne , tous Executeurs du Te/ament de la- 
dite feué Reyne, les parties qui s’enfuiuent: L | 

_ Premierement , En vn fac de toille vieille , qui a efté ciré d’vne boëtte, 
douze cent écus. 

Plus ,en vne bourfe de cuir noir, compris feize mailles au char, la fomme 
de trois cent nonanté-neuf écus. | 

Item , En vne autre bourfe noire deux cent écus. | 

Plus, en vne bourfe de fatin rouge foixante-fix écus & demy. 

Plus, en vne autre bourfe de cuir blanc, en demy écus, cent douze écus 
& demy. | 

Plus ,en vne autre bourfe de cuir blanc , trois cent foixante-huiét écus & 
demy. | 

Plus, en vne autre bourfe de camelot, deux cent écus & demiy. 

Plus ,en vne autre bourfe rouge & iaane nonante-hui& écus. 

Plus,en vne autre bourfe de cuir blanc, cinq cent deux écus d’or au Soleil, 

Nota que les E/us d'or he valoient en ce temps-là que crente- quatre fols. 
picce. | 


e 

1483: 
Le 8. lanuiker 
1483. 


363 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


Des Saluts à trente-cinq fols piece , la fomme de quatre mil quatre cent 


14 8 L nonante-fix liures dix {ols. 


4 Nofire-Da- 
me de Clery le 
4. Décembre 
1483. 


Plus, en vne bourfe noire quatre-vingt vn Ducats & Saluts. 

Plus, a efté baillée vne cedule de Maiftre Pierre Burdelot Treforier , mon- 
tant la fomme de fix cent écus d’or. | 

Plus , deur a efté baillé quatre-vingt quatre pieces d'or eftrangeres , tant 
grandes que petites, pefans enfemble deux marcs, deux onces , quatre gros. 

Item, Vn collier à patenoftres & bourdons, pefant vn marc deux onces. 

Item, Vn collier à camail émaillé de rouge & noir , pefant vnze onces cinq 
gros. | ._ 

Plus , vn collier pefantc deux marcs deux gros , compris pierres, perles, 
ëêc or. 

Item, Vne ceinture à patenoftres, pefant deux marcs. 

Ttem , Vn CAgnus Dei garny de tables de diamans , qui pend à vne petite 
chaîne d’or. 

tem, Vn anneau d'or où il y a vn ruby dedans, prifé cent écus. 

Item, Vne Fleur-de-lys faice de diamans, enchaflée en or, pefanten tout 
fept gros. 

Item , Quatre chaînes d’or ; l'vne faite à cordeliere , l’autre à petites bou- 
cles pleines , l’autre à petites coquilles de Sain& Michel , & l’autre faite à 
patenoftres , où il y a vingt-quatre patenoftres de jais. 

Tsem , Soixante-cinq anneaux, dont il y en a trente-huit, où il y a diamans, 
rubis, jacintes , & autres pierreries. 

Plus, vn diamant à faces, eftimé quatre-vingt écus. 

Item, Vn diamant à vne lozenge à faces ,eftimé trente écus. 

Item, Vne turquoife valant vingc écus. 

Item, Vn ruby cabochon , valant quinze écus. 

Item , Plufeurs eftreus d’or ,où il y a des tablettes d'or garnies d'images. 

Item , Vn petit coffret d'argent , où il y a trois petites croix à Crucifix 
dedans, @c. | . | 

Pour abreger , on a paffe dans cét Inuentaire quantité d’autres pierreries 
de routes manieres & façons, & des ouurages d’or & d'argent. 

Puis il y 4, Lefquels Executeurs comparans comme deffas en la prefence 
defdits Notaires , ont baillé lefdites parties à Sire Jean Briconner Bourgeois 
demeurant à Tours en garde; lequel Brisonnet, par l'ordonnance defdits Exe- 
cuteurs , a baillé à Maiftre Pierre Burdelo Treforier & Receucur general des 
Finances de ladite feuëé Dame, la fomme de cinq mille cinq cent feize liures 
quinze fols tournois en argent content, felon les parties contenués au pre- 
mier fouiller , & dont ledit Bwrdelor luy en a fait À cedule. Signé, Rouet, 
I. Guillon. CAix. 


Don aux Trelorier és Chanoines de la Saincte Chappelle 
du Palais 4 Paris, du Renenu des Regales. 


{ “HaRzes par la grace de Dieu Roy de France , CA #0 ceux qui ces 
prefentes Lettres verront , Salut : L'humble fupplication de nos chers & 
bien amez les Treforier & Chanoines de la Sainife Chappelle en noftre Palais à 
Paris auons receuë, contenant que pieça, feu noftre tres-cher Seigneur & 
Pere, que Dieu abfolue, confiderant, & bien auerty de la grande diminution 
que eftoit & eft à l’occafon des guerres , qui par cy-deuant ont eû cours en 
noftre Royaume, de plufieurs rentes , reuenus , terres , heritages , & poflef- 
fions eftans en la fondation & dotation de noftredite Saiséfe Chappele x velle- 
ment qu'elles ne fuffifoient pas à fournir aux charges & neceflitez d’icelle 
| S'ainite 


DV ROY CHARLES VIII. 369 


Saincte Chappelle, & des perfonnes ordonnées en icelle; donnaaux dits Thre- 
forier & Chanoines / vie durant tous & chacuns les fruits, profits, reuenus 
& emolumens quelconques qui viendroient, fortiroient & efcherroient des 
Regales & droits d’icelles qui appartiendroient & pourroient appartenir & 
efchoir à noftredit feu Seigneur & Pere en quelque maniere que ce fuft de 
& en toutes & chacunes les Eglifes tant Metropolitaincs & Cathedrales de 
noftredit Royaume, & en & par tout iceluy noftre Royaume pour les con- 
uertir & employer {+ moitié à la continuation & entretenement dudit diuin 
Seruice en ladite Suincée Chappelle, & l'autre moitié en ornemens & vefte- 
mens d’Eglife, & en linge pour ledit diuin Seruice, & à fouftenir & entre- 
tenir les verrieres & autres reparations d’icelle, lequel don eft expiré & 
failly par le deceds & trepas de noftredit feu Seigneur & Pere, parquoy 
lefdits Supplians n’ont plus dequoy fournir aufdites neceflitez d’icelle Sairéfe 
Chappelle ne au viure, entrecenement & eftac des perfonnes faifans & con- 
tinuans jour & nuit ledit Seruice en icelle , lequel par ce moyen feroit en 
aduanture d’eftre difcontinué & mal’entretenu, parquoy nos Predeceffeurs 
Fondateurs d’icelle pourroient eftre fraudez de leur intention fi par Nous 
n'eftoit fubuenu à icelle Saiséfe Chappelle, ainfi que lefdits Supplians Nous 
ont fait remonftrer humblement, requerant que enfuiuant l'intention de 
noftredit Seigneur & Pere, & de nos Predeceffeurs & Progeniteurs il Nous 
plaife leur continuer #offre vie durant, & fur cc leur impartir noftre grace. 
Scauoir faifons, que Nous, ces chofes confiderées, defirans de tout noîftre 
cœur icelle S'ainéze Chappelle, qui eft noftre principal & folemnel oratoire Royal 
en noftre Royaume, en laquelle repofe & refplendit le tres-precieux & tres- 
digne threfor & les tres-dignes Enfeignes de la benoiftc Paflion de noftre 
Sauueur & Redempteur Jefus-Chrift, auxquelles Nous auons cres-fer- 
uente & cres- finguliere deuotion , eftre bien & grandement entretenuë & 
augmentée de plus en plus, & le Seruice diuin qui y a accouftumé eftre fait 
tant de ioër que de nuit eftre continué & entretenu de bicn en mieux à 
l'honneur & louange de Dieu noftre Createur, & à la gloire & manificence 
de nos Predeceffeurs Roys de France, de Nous, & de noftredit Royaume; 
Aufdits Threforier & Chanoines de ladite Sainéfe Chappellé, pour ces cau- 
fes, & par l’aduis & deliberation de plufeurs Princes de noftre Sang & 
Lignage fpigneurs, & Gens de noftre Confeil, & pour autres grandes con- 
fiderations à ce Nous mouvans, & mefmement que Nous fommes tenus de 
fouftenir & entretenirledit diuin Seruice, & autres neceflitez & charges 
d’icelle Sainéfe Chappelle, auons donné & oétroyé, donnons & oétroyons de 
grace fpeciale par ces Prefentes tous & chacuns les fruits, profits, reuenus 
& emolumens quelconques , venus & efcheus depuis noftre aduenement à 
Ja Couronne, venans & yflans, & qui viendront & efcherront des Regales & 
droits d'icelles qui Nous appartiendront & pourront competer, appartenir & 
efchoir en quelque maniere que ce foit, de & en routes & chacunes les 
Eglifes tant Metropolitaines & Cathedrales de noftredit Royaume, & en 
& par tout iceluy noftre Royaume & Seigneurie où lefdites Regales ont lieu, 
& à caufe d’icelles & des droits d'icelles noffre vie durant, à les auoir & 
prendre dorefnauant chacun an soffredite vie duranr à quelque valeur & efti- 
mation qu'elles fe pourront monter par les mains du Receseur Gencral d'icelles, 
tout ainfi qu'ils ont fait de visant de noftredit feu Seigneur & Pere, pour 
les conuertir & employer /4 moitié à la continuation & entretenement dudit 
diuin Seruice en ladite Sainte Chappelle, & l’autre moitié en ornemens & 
veftemens d’Eglife, & en linge pour ledit diuin Seruice, & à fouftenir & 
entretenir les verrieres de Jadite Sainéfe Chappelle, & autres reparations d’i- 
celle, lefquelles reparations , neceflicez, & autres charges deflufdites Nous 
conuicndroit autrement fournir de nos autres propres deniers; & moycn- 
Aaa 


1483. 


14383. 


370 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


nant & parmy ce nous entendons demeurer quittes & defchargez de tout 
ce qui nous pourroit eftre demande, tanr à caufe dudit Seruice diuin, com- 
me auffi defdices reparations, & autres charges & neceflicez deflufdites »9- 
ffredite vie durant pour autant que monteroit au profit de ladite Sairéte Chap- 
pelle, & defdits Threforier & Chanoines, & autres perfonnes d'icelle S'uinéze 
Chappelle, faifans & continuans, & qui feront & continueront ledit diuin 
Seruice en icelle lefdits fruits, profits, reuenus & emolumens defdites Re. 
gales. Si donnons en mandement par ces mefmes Prefentes à nos amez & 
feaux Gens de nos Comptes & Threforiers à Paris, que lefdits Threforier & 
Chanoines de ladite Sainte Chappelle ils faflenc, fouffrent & laiflent iouyr 
& vfer pleinement & paifñblement de noftredit don & o&roy, fans leur y 
faire mettre ne foufhir eftre fait, mis, ou donné aucun deftourbier ou em- 
pefchement; mais fi fait ou mis y eftoic par importunité de requerans, ou 
autrement en quelque maniere, ils faenc incontinent & fans delay 
ofter & lever au profic de ladite Sainte Chappelle, & defdits Threforier 
& Chanoines, en faifant & confentant audit Receueur General defdires 
Regales ou fes Commis, qui pour lors ou le remps à venir feront commis 
à ladite Recepte, auoir, cueillir & leuer entierement tous lefdits fruits, pro- 
fits, reuenus & emolumens d’icelles Regales noftredite vie durant, & les 
bailler & deliurer. C’eft à fçauoir, comme dir eft , la moitié auxdits Thre- 
forier & Chanoines pour conuertir & employer à la continuation & entre- 
tenement dudit Seruice diuin de ladite Sainéte Chappelle, & l’autre moitié 
conuertir & employer 1 ledit Receueur General, par l’aduis toutes voyes 
& ordonnance de nofdits Gens des Comptes & Threforiers, ou de l’un 
d’eux à ce deputé de par eux, & defdits Threforier & Chanoines de ladire 
Sainte Chappelle, ou leurs Commis & Depurez, en ornemens & veftemens 
d’Eglife, & enlinge pour le diuin Seruice, & à fouftenir & entretenir lefdi- 
tes verrieres de ladite Sainéte Chappelle & efdires autres reparations deladi. 
te Sainéte Chappelle. Et en rapportant ces Prefentes fignées de noftremain, 
ou vidimus d’icelles fait foubs le Seel Royal pour vne fois, & quittance def. 
dits Threforier & Chanoines touchant leurdite portion pour lentretene- 
ment dudit diuin Seruice, & aufli quittance des ouuriers qui auront fait 
lefdits ouvrages ou reparations, & des aucres qui auront fourny auxdites ne- 
ceflicez & charges, ou d’aucunes d’icelles, & certification quant aufdits 
ouurages, reparations, neceflirez & charges de ladite Sainte Chappelle, de 
nofdits Gens des Camptes & Threforiers ou de leurfdits Depurez, & def- 
dits Threforier & Chanoines, ou leurfdirs Commis & Deputez, en tant que 
à chacun d’eux appartiendra: voulons ledit Receueur General & fes Com- 
mis , & chacun d'eux demeurer & eftre tenus quittes & dechargez des 
fommes de deniers, que pour les caufes deflufdites, ou d’aucunes d’icelles, 
ils auront comme dit eft payé & baillé &icelles fommos de deniers & de 
chacuns d’icelles eftre allouées es Comptes. dudit Receueur General defdi. 
tes Regales, & rabatu de fa Recepte par les Gens de nofdits Comptes, 
auxquels nous mandons que ainfi le faflent fans aucune difficulré. Et s’il 
auenoit le temps à venir, que Nos, non records de noftredir dan & aëtrov, 
aucuns dons & oëtrois touchant lefdits fruits, profits, reuenus & émolu- 
mens defdites Regales, ou d'aucunes d’icelles, ailleurs ou à autre, ou au- 
tres perfonnes eftoient par Nous faits par importunité de requerans ou au- 
trement, que auxdits Threforier & Chanoines de ladite Sainte Chappellc: 
Nous voulons, ordonnons & declarons dez maintenant pour lors tout ce 
que par Nous ferait fair ou ordonné au contraire de noftredit prefent don 
& oétroy, eftre nul & de nul cffer & valeur. En temoin de ce Nousauons 
fait mettre noftre Seel à cefdires Prefentes. Donné à N'ffre-Dame de Clery 
le quatrième iour de Decembre, l'an de grace mil quatre ceus quatre vincts © trcw, 


DV ROY CHARLES VIII. 371 


& de noftre Regne le premier. Ainf figné Charles, par le Roy en fon Con- 
feil, Monfeigneur le Duc de Bosrbos, le Comte de Clermont & de la Marche, 
les Evefques d'A/by & de Conflans *les Sires des Guerdes * & de Baudricowrt, 
du Lau, & autres prefens. Primaudaye. 


Enregiftrement en la Chambre des Comptes. 


Ovs Les Gens des Comptes du Roy noîftre Sire à Paris, veués les Lettres 
N Patentes du Roy noftredit Sire fignées de fa main, auxquelles ces Pre- 
fentes font attachées fous l’vn de nos Dies par lefquelles & pour les cau- 
fes dedans contenuës, il donne aux Treforier & Chanoines de la Sainére 
Chappelle du Palais Royal à Paris cout le profit & emolument qui durant Ja 
vie efcherra à caufe des Regales à luy appartenans és Eglifes Merropolitai- 
nes & Cathedrales de fon Royaume, à l’auoir & prendre par les mains du 
Receueur General defdites Regales , ainfi qu’ils ont fait du. viuant de feu le 
Roy fon Pere que Dieu abfoille, pour eftre conuerti & employé, c’eft à {ça- 
uoir la moitié à la continuation & entretenement du Seruice diuin en ladi- 
te Sainte Chappelle, & l’autre moitié en ornemens & veftemens d’Eglife, 
&c en linge pour ledit diuin Seruice, & à fouftenir & entretenir les verrieres 
de ladire Sainte Chappelle & autres reparations d’icelle, & moyennant le- 
quel don il entend demeurer quitte & defchargé de cout ce qui luy pour- 
roit eftre demandé tant à caufe dudit Seruice diuin, que defdites repara- 
tions & autres charges & neceflitez de ladite Sainéte Chappelle fa vic du- 
rant pour autant que montera ledit emolument, comme plus à plein le con- 
tiennent lefdites Lettres, & confideré que dez le viuant de feu Charles VII. 
cui Dieu pardoint, lefdits Threforier & Chanoines de ladire Sainte Chap- 
pelle ont eu de luy femblable don defdites Regales par diuerfes fois &an- 
nées, & aufli que iceluy don eft à l’acquit & decharge du Roy noftredit 
Sire, confentons l’enterinement defdites Lettres, pourueu que fi la fonda- 
tion dudit Seruice diuin eft cy-apres reduite à fa valeur, la moitié dudic 
don qui eft ordonné pour la continuation d’iceluy, rertournera d’illec en auant 
au Roy noftredit Sire, & fera prife à fon profit. Donné'à Paris le quatorziéme 
iour de Feurier. Badouiller. Extrait d'un Regiftre de la Chambre des Comptes. 


Circonflances particulieres de La vie es des emplois du Chancelier 
Guillaume de Rochefort. | 


VizzaAvMeE de Rochefort, Seigneur de Pluuaut, Cheualier, Chance- 

lier de France, duquel il eft parlé en plufeurs endroits de cetre Hif- 
toire, eftoit Chambellan du Duc LS Bourgogne. En 1464.1l fuiuit le Comte 
de Charollois à la guerre, dite dy bien public. En 146$. il fe trouua à la bataille 
de cAontlhery donnée foubs le Roy Louis XI. En 1477. il aflifta au Siege 
de Nancy auec le Duc de Bourgogne, lors qu’il y fut tué. Apres fa mort il 
s’attacha au party de la Princeffe Maric fa fille vnique, & fut l’vn de ceux 
quiluy confeillerent l’alliance du Dauphin de France (depuis Charles VI EI.) 
Ayant efté pour cét effet enuoyé vers Louïs XI. Le Roy qui reconnut fon 
merite & fa capacité le retint à fon feruice en qualité de Maiftre des Re- 
queftes de fon Hoftel, & en fuite fur la fin de fon Regne il le créa Chan- 
celier de France. Ses Prouifions font données au Pleflis du Parc lés Tours 
le 12. May 1483. 11 fucceda en cét Office à Pierre Doriole qui en auoit efte 
pourueu en 1472. Ses Lettres ne furent néantmoins regiftrées au Parlement 
que le 12. Aouft 1483. encore qu'il y euft pris feance dés le 8. du mefme 
mois : il eft vray que pour la forme il fut lors deliberé que fes Lettres fe- 
roient leués au premier iour. Aprés la mort de Louis XI. il fut retenu & 

Aaa i 


. 


8 3: 
# al. Couffon. 
ces. 
# 2]. Querdes 
ou Dares. 


1483. 


8. Aouf 
1483. 


Æ Anmboile 
de 22. Sept. 
348 3j. 


377 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


confirmé dans l'Office de Chancelier par fon. fils Charles VITE qui luy 
donne le vitre de #offre Chancelier G* de noffre Royaume, GC noffre Confiillex 
fheciel par fes Lettres du 22. Seprembre 1483. qui font fondées fur les def- 
fenfes qu’auoit faites le Roy Louis XI. de le deftiuer, fur le defir qu'a. 
uoit la Reyne Mere de Charles VIII. que cét Office luy demeuraf, & fur 
ce qu'il eftoit recommandable par fa probité & fainte vie, Aprés la bataille 
de Saint Aubin du Cormier qui fut gagnée par les François fur les Bretons 
en r488. il confeilla au Roy auant d'encreprendre ke Siege de Rennes & 
la Conquefte de Bretagne, de faire examiner le droit qu'il pouvoir auoir 
fur cette Prouinee, Ce confcil fur trouue iufte, & fu fuiuy ; la Paix en fu 
faire, & le Mariage du Roy conclu auec l’heritiere de Bretagne: ce qui fait 
dire à d’Argentré qu’il fe trouua encorc en France vn homme de bien qui 
procura par fon confeil la Paix des deux Eftats. Guillaume de Rochefore 
eft nommé au Contrat de Mariage du Roy auec la Duchefle de Bretagne 
en 1491 Il fut Chancelier iufques à fa mort arriuée en 1492. le 12. Aouft, 
ainfi qu'il paroïft par fon Epitaphe qui eft aux Celeftins de Paris, Il eftoie 
bomme de guerre auf bien que de confcil, & il s’eftoit crauué en plufeurs 
occafions dans lefquelles il auoit beaucoup paru. Il eft nommé Cheualiez 
dans plufieurs Aëtes importans, & Philippes de Commines en parle com- 
me d’vn tres-vaillant homme. Il auoit efpoufe Anne fille de Louis Premier 
de la Trimouïille, & de Marguerite d’Amboife, heririere de la Vicomré de 
Thouars. L'on a cru que fa reception au Parlemenc, & les Lettres de con- 
firmation qui luy furent accordées par le Roy Charles VIII. en 1483. me- 
tioient d’eftre données au public : c’eft pourquoy l’on les à inferées parmy 
les pieces qui feruent de preuue à cette Hiftoire. 


Le Chancelier Guillaume de Rochefort vient pour L premiere fois 4 la Cour 
de Parlement. 


E ious eft pour la premiere fois venu à la Cour Monfeur Meflire 

Guillaume EN Rochefort, Cheuallier, Chancetier de France, lequel a 
expofe à la Cour que il auoit pleu au Roy noître Sire luy donner l'Office 
de Chancelier de France, & a apporté Lettres à ladite Cour contenant 
creance touchant le Procés du Comté du Perche & autres, lefquels 
font au Criminel pour ee qu’il eft queftion de crime que on dit eftre ca- 
pical ; & s’eft aflis ainfi que ont accouftumé faire les Chanceliers de Fran- 
ce, & aprés peu de cemps s’en eft departy, & ce fait la Cour a deliberé 
que les Lettres de don dudir Office de Chancelier feront leuës en Juge- 
ment prima dâc. 


Lettres du Roy Charles VIII. par lefquelles il retient & con- 
firme Guillaume de Rochefort en l'Office de fon Chancelier, & du 
Royaume de France, dont il auoit efté pourueu par le Roy 
Eouys XIE, 


@: AROLVS Dei Gratia. Fraucarum. Rex. Ad regnorum Gr regnantiums cedis 
fPlendorem , quod. in figribus officin > dignitatihus praficiantur viri, gencre, 
moribus, docfrira. con/picué, quodque ii maguifics titulis € bonoribus extollantur, 

ni Regum lateribus affiffunt, ut eorum exemplo ceteri inuitentur ad. vinistem 
Fute glorke. Cum. itaque cariflimss Dominus G* genitor noffer, cuius avima in pate 
quicfiat , dudum in fuum Gr sr Cancellarinen elegeris, dilecfum C fidelem 
noffrum Guillelmum de Rochefort milisem , ewmque nobis magnapere commen- 
dirit, dum vitam agebat, quin imo morti proximus in ‘vlims voluntate [ua «x- 


DV RoY CHARLES VIIl. 373 


prefè C fpecialiter edixerit me pato vÜo prafatum Guillelmum defltueremus à 
Cancellariatus Officie, in quo fideliter, probè, diligenter, purè, fanilè , Gr iuffè 
verfatus eff, adeo etiam vt carif]irwa domina © genitrix noffra hoc ipfum velit 
cupiat vehcmenter. Notum igitur facimus, quod nos attendentes [unemam ipffus 
Guillelmi de Rochefort integritatem, fidens, conffantism, vigilantiaxs , cxperien- 
tiam, prudentiam, doifrinam C° iufhitiom , eum , ex confilio Privcipum fanguins 
noffri, G* aliorum procerum , atque Confiliariorum noffrorum, elegimuws, fecimus , 
ordinauimus, © retinuimus noffrum ac Regni noffri Franciæ Caucellarium, & 
Confiliarium fpecialem: dates, G* tenore prafentiuns concedentes prefato Guil- 
lelmo plenam poteffatem, authoritatem , C7 mandatum fpeciale agendi, ordinandi 
Gr exercendi omnia que ad Officiwm Cancellarii Francis buiufnodi [pecfant quo- 
modolibet , G* ei incumbunt : volentes quod ipfe Guillelmus buin/modi officio Can- 
cellarÿ plenè, pacificè G* integrè vtatur GC gandeat, ad vadia, falaris, & fi- 
pendia ordinaris @ extraordinaria, G* ad alia jura, honores, vrilitates, profif- 
ua, precminentias , © emolumenta confheta, qua alÿ Cancellarg Francis perci- 
pere G habere confheucrunt modo G* forma quibufiumque. Quocirca dileifs dé 
fidelibus Confiliariis noffris gentibus Parlamentum noffrum Pariiis tenentibus, om- 
pibufque aliis Jufficiariss, Officiariis, € Jubditis noffres quibuftumque , cuiufcum- 
que authoritatis, [fatus, dignitatis, aut conditions exiffant, per eafdem prefentes 
mandamus, quatemus praditto Guillelmo de Rochefort, Confiliario noffro, tanquam 
Cancellario Francie, à quo folitum recepimus iuramentum, pareant G* diligenter 
intendant ; mandantes infuper gentibus Camera Computorum, © Thefaurariis noffris 
Parifiis, vt vadia, falaria € fipendia fupradicta, ad ditum Officium pertinen- 
tia, prefato Guillclmo, aut eius certo mandato, tradi © perfolui faciant, modo € 
terminis confuetis, que fic foluts in foluentium computis prefentes , aut earum 
vidimus /wb figille Regia confecfum, fimul cum quittantia reportando, allocari, 
CG de corum recepta dednci, fine vla contradictione volumus, € iubcmus , ordina- 
tionibus [en mandatis non obflantibus quibufcumque. In cuius rei teflimonium f- 
gillum noffrum prefentibus Litters duximus apponendum. Datum Amba/fij, die 22. 
menfis Septembris, anno Domivi 1483. Regni vero noffri primo. Sic fignatum, 
per Regem, Domine Duce Anrelianenfÿ, Comitibus Claromon'enf, € Breffie, Ept- 
féopo Albienf, Domino Caffilons, Gubewnatere Turonis, Cr aliis prefentibu. 


I. Mefme. Leéta, publicata, G* regiffrata Pariffss, in Parlamente die 17. Nonembris 
anno 1483. Sic fignatum, Chartelier. 


*Ox ne doit pas obmettre en cét endroit que dans quelquesRepiftres 
L & A&es importans, la qualité de Garde des Sceaux de France eft don- 
née à Adam Fumée, Cheualier, Seigneur des Roches, & premier Mede- 
cin des Rois Charles VII. Louis XI. & Charles V III. Philippes de Com- 
mines en parle en plufeurs endroits ; & il fe trouve fur la porte des Efco- 
les de Medecine de la Ville de Montpellier vne infcription, dans laquelle 
il cft qualifié Chancelier, & qui eft telle. Apam FVMEE Patria Turo- 
nenfis tan gravitatss quam mobilitati çloris inclitums C* clarum Medicine Docto- 
rem Vniucrfitas Montifhefullana aluit, qui cuns primo Conjiliarim Magificrque 
Requeflarum ordinarius ac Medicus primus Caroli VII. Ludouici XF. atque Ca- 
roli VIII. Francoruwm Regum fuit, tanta probitate effulfit, quod Franci.e Cancel- 
lariws merito tandem effects fit, dumque dierum maturus effet Lugduni animam 
cxhalasit M.D. Dans les Regiftres du Parlement de l'année 1493. des 8. 
9. & 1r. Juillet, ileft dic que le Roy eftanc allé au Parlement faire lire 
quelques Ordonnances, Meflire Adam Fumée premier Maiftre des Requef. 
tes fit entendre à la Cour en prefence du Roy fes volontez : en fuirte la 
Chancelerie ayant efté vaccante , & eftant demeurée fans eftre remplie 
depuis le 12. Aouft 1492. que deceda Guilanme de Rochefort, iufques au 
30. AOUÉ 1493. que Robert Bricennet, duquel il fera cy 7. parlé, en fur 

A aa À) 


1483. 


Adam Fumée, 
Garde des 
Sceaux de 
France. 


mn) 


1483. 


4 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


pourucü, Adam Fuméc fut nommé ou pluftoft reftably en la dignité de 
Garde des Sceaux de France, qu’il auoit defia exercce auant Guillaume de 
Rochefort. Il en faifoit les fonétions en 1493. ainfi que le iuftifient deux 
extraits des Regiftres du Parlement, l'un de la fin du mois de Iuillet où 
font ces mots, La Cowr 4 ordonné €* ordonne qu'elle eférira à Meflire Adam 
Fumée Garde des Sceaux ; l'autre du 14. Aouft de la mefme année en €es 
termes, Ce sour a cffé deliberé que la Cour cfcriroit à Melfire Adam Fumée, 
Chevalier , Seigneur des Roches, Garde du Sécl. Il eft nommé Garde du petit 
Séel au compte de Nicole Herbelot Changeur du Trefor de l'an 1494. 
Meñlire Adam Fumece Confiliarius Regis G Magifier Requeflarum fui hofhitit * 
per ipfum regem commiffus ad cuflodiam fui figilli in abfentia magni ordinati 
Loco defuniti Guillelmi de Rupeforti, mwper Cancellarii Francis , ad vadia 
que funt ab antiguo 2000. librarum per annum G: totidem pro penfione annus, 
nibil hic, co quod ab aliquo tempore citra foluuntur de denaris dicti figilli, 
fed tamen de fui minutés iuribus omnium Sandlorwm, Robbe C° lignorum fi 
fibi computus & folutio inferius. 


Lettres de confirmation du Roy Charks VIII. des Priuileges 
accordez par le Roy ZLouwys XI. aux Marchands 
de la Hanfe Teutonique trafiquans en France. 


CES Lettres portent 7! y aura vne paix perpetuelle entre les 
Rois de France & ceux de la Hanfe T'eutonique; Que les anciens 

riuileges de la Hanfe feront renouuellez & confirmez; Que les 
os & marchandifes qui leur ont efté prifes leur feront renduës 
promptement ; Qu'ils ne feront pas plus chargez de péages, droits 
d'entrée & de fortie, mefme pour le sr que les François; 
Qu'ils ne feront fujets au droit d'Aubeine, & pourront difpofer de 
leurs biens comme les François; Qu’advenant gucfre entre les Rois 
de France & les Villes Hanfeatiques, les Sujets de ces Villes au- 
ront vnan, pour emporter leurs marchandifes , & exiger leurs 
dettes; Qu'il leur fera pourueu de lieux pour leurs fepultures en 
terre fainte; Qu'ils pourront trafiquer en pays ennemy de la Fran- 
ce fans empefchement, à condition que les François auront le 
mefme pritilege & qu'ils pourront aufl trafiquer librement en 
pays ennemy des Villes Hanfeariques; Que ceux qui renonceront 
à la Hanfe ne jouïront des priuileges accordez par le Roy; Que 
les Articles cy-deflus feront interpretez favorablement ; Qu'il fera 


nommé des Conféruateurs de la paix & Juges des differends de la 


Hanfe; Que leurs caufes & procez feront jugez fommairement 
fans procedure ny appel, & qu'ils s’obligeront à l'entretenement 
& obferuation de la paix accerdée par le prefent Traité. 


CE Traité de Paix eft vn ouurage’du Regne du Roy Louis XI. 
Mais comme il ne fut conclu que : M l'extremité de fa vie & de 
fon regne, & qu’il n'eut fon effet que par la confirmation que 
Charles VIII. en fit auflitoft aprés fon advenement à la Couron- 


DV ROY CHARLES VII. 375 


ne, l’on a cru, & auec raifon, qu'il deuoit faire partie de l'Hiftoi- 
re de ce Roy. C'eft pourquoy eftant inferé tout au long dans les 
Lettres de confirmation , l’on n’en a rien retranché , & l’on a 
mefme adjoufté la piece fuivante, qui eft la ratification quien a 
efté faice par les Proconfuls de Lubec & des autres Villes Han- 
feaciques. 


LE: Villes Hanfeatiques font des villes d'Allemagne qui s’allierent en 
- 126 0. * pour fe defendre contre les piraterics des Danois & des Nor- 
mans, & firent un Traité de Commerce qui s’eft entrerenu jwfqu’à pre- 
fent. Elles font diftinguées en quatre Prouinces, Lubec Capitale de tou- 
tes , Cologne, Brunfwic, & Dantzic; & elles comprennent foixante- 
quatre autres Villes. 


AroLvs Dei gratia Francorum Rex. Ouoniam gr'auiffimé virorum 
Iluffrium Sententiss nulam rem pro Regni noffri tuitione magis neceffariam 
| quam Pacem C concordians cum finitims fouere » Compertum habemus ea profeéto 
qua à maioribus noftris pro acquirenda exterw cum Natiosibus Pace, @ amicitia 
aititata fuêre, arélo ratification vinculo roborare cenfuimus. Quippe cim Pare d 
concordia res minimas in dies Jemper augeri, difcordia vero dilabi, ezdem eti:m, 
(qua fola quietem peperit) bomines feliciser vinere manifcffum fit. Notum iv1- 
tur facimus vniuerfis præfentibus, & futuris, 4:04 cèm nuper cariffimus quou- 
dam genitor noffer, (anima cuius cum Chriffo fémper quicfiat) Paccn € concor- 
diam perpetuss temporibus duraturam, pro fe » Juifque Jaccjforibus Frañcorum Re 
gibus, ac Regno, Dominifs, > fubditss noffré , modern, atque Poflerss, cum Pro- 
confulibus, Confulibus, Mercatoribus, G* incolw totius Han: Theutonice iniuerst 
JSws patentibus Litteris, tenoris fubfequentss. 

Ludouicus Dei gratia Francorum Rex. Prifcos illos famma fapientia Cr inte- 
Sritate Préncipes, potiffimwrs Sereniffimos progenitores noffros Francorum Reg:s 
Chriffianiffimos, cifé ên multis maximifque rcbus, que pro Reipublice Regnorum 
Juorum © dominiorum vtilitate aique incremento oportusa fore confpicichant , fol: 
licitos Jemper fuife cognouimus, cirea tamen ea que ad componendas bellorum ini- 
micitias inter fibi finitimas cxtcras Nationes quouts quefite colore exortas, praci- 
Pua cura, exacfaque diligentia femper incubuifle conffat, quo tandem duo cinfdem 
Reipublice fundamenta, Pax fcilicet G concordia fubfiquerentur. &a vidclicet que 
nihil fimultatis haberet, nec [editions admixtum, [ed fimplex effet, G immaculata, 
quäque foucrentur omnia vite neceffaria, Chriffani, ut arbitramur, precepti me- 
mares, Nam Salwator nofler, qui de [upremo cælorum [clio ad ima deftendere non 
abnsit, quo ilius original dcliéfi Gr perpetue culpa reumn inexpiabili favinore li- 
beraret, Ja difipuls, ficratiffima Euançelice leétion teffanre Hifforia, ot in 
quamcunque domum introirent, buic Pacem dicerent, precipier dum curauit, per- 
aifoque tam preclari myflerg curfs afccnfurus ad Patrem, nullum eifdem maioré 
 gratit donum quèm Pacem cenfuit relinquendam. 

1. Notum igitur facimus vniuerfis præfentibus & futuris. Qudd cèm fa- 
perioribus anni vannulls inter Nos, Reguumque , dominis © fubditos noffros, ex. 
vua,  Magaificas vires , amicofque noffros precariffimos, Proconfules , Confules, 
Mercatores, @ incolas Ciuitatum de Hanfà Teutonica , partibus, ex altera, bello- 
tum inducie, féu treuge palle, G inite fuerint, ut tandem Pax firma GC perpe- 
{ua fqueretur, ipfique Praconfules, Confules, nec non Aldermanni, @ Seniores 
forums Iurati, is communi Mercatorum Oppido Brugenfi in Flandria refidentes, 44 
nos ea de canfa bi dicbus Oratores, viros quidem fpeéfatiffimes, G fibi, ut ad nos 
Scripférust, fideliffimos, videlicet Magiftres Antorium Delouf, in Iwre Ciuili Li- 
Géatistum, @ Gucrardum Bruyns, in Iure Canonico Baccalaurenm , tranfinitten-! 


1 48 3. 


* Quelques. 


Vns siennent 
que c'ift on 
1206. (r d'au. 
tresen 920. 


A Amboife 
au mois de 
Sept. 1483. 


Aouft 1484, 


— QC 0 a 


D ons VU FR ee ne ee EU, RS PS D em CAE 0 COS Cou DE 


1483. 


376 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


dos curanerint. Quibus audits, in omnibus bis quead communem Reipublice vt;. 
litatem conducere uidebantur, habitaque defuper deliberatione plorimorum Regni 
noffri Magnatum nobis fanguins vinculo, © ajfnitate coniuniforum, aliorumque 
Procerum magni noffri Confilij famma virtute praditorum, cum cifdem Proconfis- 
libus, Confulibus, Aldermanns, Mercatoribus, Gr incols pradittarum Ciuiratum, 
CG Communitatum ipfius Hanfe Teutonics , pro Nobs, cariffimoque filio noffro 
Delphino Viennenfi, aliifque fuccefforibus noftris Francorum Regibus, Regno, Do- 
miniis , fubditifque nofiris prefentibus, 6 futurs, vt tandem res Publica hinc inde, 
que omnibus longe carior ejfe debet , quam priuata , non modo fuflentetur, vcrèm 
ctiam felicibus Jemper incrementis augeatur, pacem, amicitiam , beneuolentiam, ce 
concordiam firmam , ffabilem , perpetuifque temporibus duraturam, certa [cientis fe- 
cimus, inibimus, C concluimus, fasimufque, inimus, C* concludimus per prejin- 
tes, ac de Regis poteffars plenitudine fpecialique gratis omnia C fingula Priyile- 
gia cifdem Proconfulibus, Confulibus, Aldermanné, Mercatoribus, @ incolx per 
05, predecefforefque noffros, fub guocumque verborum tenore conceffla, ac ff de 


. verbo ad verbum prefentibus forent inftrta, laudamues, ratificamus, C confirmamns, 


ac de nouo in quantum opus eff, concedimus. 


IL. Volentes etiam, CG concedentes, ut ipfi omnium GC: fingulorum bonorum, 
pauigiorum , aliarumque rerum cifdem bactenus per fabditos noffros occafione dif: 
Jentionum prateritarum, vel aliès, quouis modo, vi, G* ultra corgm velle, Gr no- 
uilfimis durantibus treugi ablatarum roflitutionem corèm nobi, € quibufcunque 
Zudicibus noffris liberè G+ licitè point, tam coniunétim quim dinifim profiqui. 
Quibus Indicibus, aut eorum loca tenentibus prefentibus, G: futurs diffrictiès 
Pracipimus, vt cifdem Proconfulibus, Confulibus, Aldermannis, Mercatoribus, de 


eéncols de rebus, bons, G: mercantiis ab cifdem iniuffè G: indebitè predicra treuga 


duranse ablatis réflitutionem plenam G* integram faccre, G* partibus auditis celeris 
Tuflitie complementum miniftrare curent. 

TT. Concedentes infuper pro Nobis, € Succefforibus noffré Francorum Regi- 
bus, eifdem Proconfulibus, Confulibus, Aldermanns, Mercatorilus, @ incoli præ- 
dits, G cuicunque corum , qui in Regno@ Dominiis noffrés pradictis moram [fs 
incolatum facient, vt ipfi pro fe, Juifque omnibus mercantiis, aliifque, nauigiis, 
Nauclers, bonilque fus quibulcunque, Gin quocunque ipfius Regni G* Dominio- 
rum noffrorum loco cffe contigerit, ab omni impofitione, gabela, alioque tributo, 
C onere, Franci, quitti, @ penitus immunces perpetuo exiflant, quemadmodum 
fabditi noffri bactenus fucrunt, funt, G erunt, in fururum. Quodque 3/5 ad cau- 
Jam mercantiarum fiarum que ponderari oportbit, mais quèm fubdiri noffré 

Solucre foliti funt emolumentum, nequaquäm foluere deinceps tencantur. 

IV. Vleriës, quod dicti Proconfules, Confules, Aldermanni, Mercatores, dr 
incole, corumque Naucleri, qui, ut dicfum eff, in Regno, © Dominiis noffris pre- 
dicfis moram trahent, de [uw bon mobilibus aut immobilibus ibidem acquifités, 
acquirendis, ac donatione inter vinos, tefflamentariave, aut aliàs qwomodocunque 
et/dem libserit, difponere po ff, corsmque haredes predicfa bons apprehendere , 
cifdemque vti, gaudere, atque potiri perinde atque fi naturales Jabditi, ac ex #aftro 
Regno oriundi ceffent. | 

V. Deinceps, fi cafs aliguo, {quod tamen Deus auertat,) Pax buinfm odi quo- 
#5 diffentionx ©* controuerfie pratextu infringeretur, ita vt aliguod genus bel 
#nter Nos, fuccefforefque noffros Francorum Reges, Regnum , Dominia, G: Jubdi- 
105 noffros, @ pradictos Proconfules, Confules, Aldermannos, Mercatores, €: in- 
colas oriretur; volumus, G* concedimus, ut ipft nihilominus, G eorum finçuli in- 
fra annum, polf eiufdem belli [eu diffentionum initium, omnes &: Jingulas mercan- 
tias , nauigia, Naucleros, aliaque bona [ua quacunque in Regno @ Dominiis nof= 
tris exiffentia afjortare, G: ad Ciuitates Gr: loca fus deuehi facere, pecunias, aliaf- 
que res per [ubditos noftros fibi debitas exigere, G* id faciendo totiens guotiens eis 
oportunum fucrit, coder anno durante ire, redire, morari, @: deinde ad propria 

reuerté 


D —— = — 


DV ROY CHARLES VIII. 377 
reucrti tuto, liberè, Gr quictè poffint, @ valeant. Abfque co quod vlum in corpo 
ribus, nasigis, Nauclerë , mercantiis, bons , rebufque fais predicfis aliquod dam- 
sm, impedimentumve, ant alis quasis inquictatio aus moleflia vlatenus inferri 
debeat. ; | Re FU US AT | 

. VL Zafuper dileétos Gr fideles noftres Arthicpifiopos, & Epifcopos, Regni nof 
tri Curatos, G alios vires Ecclefaffices ,. curam G°.regimen animarum habentes, 
Ut dum aliquens ditfe Hane in Regno, Gr dominiis moffré mortem.obire contige- 
rit, talium morientium cadauera in terra benedicfa, "ur noffri fubditi veri Gr in- 
.dubitati Catholici decedentes [epeliri folent, fepeliantur, exhortari curabimus. 
= VIT. Zafuper, fi nobrs contingat in futwrum cum quouis Rege, aut Principe, aliif° 
«ve exteris Nationibs bellam gerere, aut aliquas hoffiles inimicitias aut diffentio- 
-#es habere, ipff tamen Proconfules, Mercatores, CG incole, cum eorum nasibus, 


, 1483. 


Nauclers, bons , C* mercantiis quibufiunque penes corumdem Regum, Principum, 


< Nationum Ciuitates, Portes, loca, G diffriéfus, quibas eifdem fore oportunum 
videbitar, pro fau mercantiis , alifque ncgotiis exercendis ire, morari, & deinde 
redire totiens quotiens ci[dem placuerit liberè, cé quierè, quo ad nos, G fubditos 
moffros attinet, poterunt, abfque co quod huiulie Pacs , amicitie, G beneuolentie 
perpetua infratfores cenferi, nominarive aut reputari debeans quouis modo. Quod 
£tians in co cas omnibus fubditis noffris fimili modo dicebit. | 

VIIL. Pretcres, fi.cafus contingeret aliguem few aliquas cx principalioribue 
-vel aliis preditfa Hanfe Cinitatibus,. G° oppidis « Corpore, Communitate, Gr Liga 
cisfdem Hanfe deficere, feu Aldermannis predicfis rebelles effe, pofteaquam ea de 
te à Proconfulibus, G Mercatoribus.Cinitatis Lubecenfis, (qua tpfiws Lige obtinet 
Principatum, ) nec non ab Aldermannx preditfs informui fucrimus, Mercatores, 
-Naucleros, aljofque earumdem Cisitatum, GC oppiderum fic deficientes, hac pra- 
fenti Pace, G concordis, aliifque Priuilegiis, € libertatibus per Nos, €* Prede- 
Géffores noffros Francorum Reges Chriffiani[fimos eidem Lige € Communitati con- 
<effis pullatenus gaudere permittemus, quo vfque tamem ab eadem Ciuitate Lube- 
senfi certiores effecfi fucrimus cofdem fic defcientes, eidem Lige GC Communitati 
reconciliatos fuiffe, eidemque de omnibus damns , intereffé, C* grasaminibus «b 
eifdens occafionc ipfus defetions paflis, G fuflentis; plenè Gi integre fatis- 
-fecerint. |  : 7. Re | 
. IX. Et fi aliqua obfiuritas ant amhiguitas fuper Articulis preditle, aliifque 
Jfuperius contents in futurum oriretur , iplas clarioribus, G* luculentioribus verbis 
ÿ à Sententiis in favorem G* vtilitatem preditfe Communitatis G* Hanfe Teute- 
#ice fuorumque Mercatorum Cr incolarurs nos interpretaturos C* declaraturos [ew- 
-per pollicemur. | RS L nu 

X. Er demum rt ejufmodi perpetua Pax, concordia, amicitia , C* beneuolentia 
facilins G.felicins obfeructur, cisfdem Conféruatores perpetuos decernimns, faci- 
US, CONffituimus, GC ordinamus, videlicet Admiraldum Francie, nt Admirat- 
-dum , Baillijuum Rothomagenfem , Sencfcthalles Aquitanie, Lugduni, ce Ponties, 
-Gubernatores Rupelle, Arthefii, € Bononie pro tempore exiflentes, vel eorum 
doca tenentes, quibus, @ corum tuilibet, pro vt ad eum pertinucrit, plenarian œ 
-omnimodam poteflatem, ac fpeciale @ generale mandatum damus Gr concedimus de 
“omribus © mgulss Bribus contronerfiis inter fubditos noftros, predittofque Pro- 
Confüles, Mercatores,C* incolas prataife Hanfe Theutonics in futurum moucndis, 
S: oriendis cognoftendi, difternendi, judicandk , @ terminandi, abfque eo quod ipfi, 


nec corum aliquis coram aliis Iudicibus G Officiariis conuentri, nec in caufam trabi 


#8 prima inflantia quouis modo poffint , fine debcant. Quibus quidem Comferuate-. 


ribus, [ex eorum Loca tenentibus mandamus, C* conmittimus, Partibus ipfis audi- 
&is fummariè, G* de plano , G ablque ffrepits G° figurs ludicii celeris Inflitist 
complementuns miniffrare curent. . | | 

- XI. Promittentes bona fide, verboque Regio, ( quod [olemne jufivrandur 
apud .Reges femper cÜfe confucuit ,) predilfam bencuolensiom, nr per- 


1483. 


3778 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 
pérmamque Paccm, € omnia @ Jinçula faperias enarratà,? por nôs Conieffs, #° 
tiolabiliter obferare, d obférmari fatere. Esdemque onrnsà per-curi[fimrum Him 
noffrum Delphinun Viennènfèm ratà grataque habert;" fuifque patentibus Lrteris 
<onfirmare. Ita tancen quod predicti Proconfules, Copfules, Aldermanni, Mercz. 
tores, © incole, de cadem Past, amicitià © beneuvlentia pariter; Yÿuähtimt ces, 
À tora fuam Communitatem Concernit y Jos pdèntes Litieras in débits valida- 
que forma, Siçillo magne Cinitatis Lubecehffs roboratäs, infrè drum Aannum pro- 
sim go nobis tradere, © realiter exhibere temebnñtar. rs 
XII. Quocirea dilefis © fidedlibns noffris Ctatius Confiliariis Parlamenti 
noffri Parijius , vniuerfifque © fingulis nofiis loca renentibui, Marefihaliis, 
Admiraldo, Viceadmiraldo, € Gubernatoribus, Sevefthaliis, Bailinis; Prepojitis, 
Capitaneifque, G* Ductoribus Milishm, Gr Armigtrerdn; ai Civitatun, Oppiab- 
rw, Portunih, Pohtimn, aliorwmanc locernr , ca diffriéfuum Cfodibss; alsif- 
que Iuflitiariis @: Officiariis noffris prefentibus, € fütwris ; © orum vuilibes ha 
rum [eric pracipimus, G mandaus, quaïenas bas hoffras prejéntes Litreras in 
omnibus Curiis, Auditorits , alisjque [uis locis ad hoc nricffariis pablicare ; feu 
publicari facere, prediifamaque amicitian, confœderationem ; C: perpetanm Paceri, 
© concordiam; ac omnia Gr finguls fuperins deilarite, dr per nos concefli inuio- 
dabiliter obferuent, G° obferuari faciant, nibil pehiths 3n tontrerinm Agcndo, nec 
attensando. Qudd fi foriè aliqua afa aut attentats forent, ça reparare, [ès repa- 
vari C° ad prifinum € debisum flatum redaci té mass » éndilate compet. 
dendo ad hoc, appellatione fémots, viriliter @ drbivè compellendes, infrattores 
quoque , fi qui fint, pæna debita G publics ie Et ut vmnia CO: Kinçuls 
prainférta perpetuz firmitatis robur obtincant , bis noffrus Litserss, ÿuxram Vide, 


Jen tranfumpto uno, vel pluribus, [5 opus fuerit [ib Sivillo Regio confeétis indu- 


diam fidem veluti buic Originali volumus adhibers, magni Sicilli noffri munimine 
fecimus roborari. Datum in Montiliüs propè Turônes,.in Menfe Auguiti, 
anno Domini 1483. Regni verd noftri 23. Pi/a. Sigxatwm Per Regem Co- 
mitibus de Claromonte, & de Marchia, Domino d'Elquerdes , magno $o- 
Nnefchallo Normanniæ, Gubernatore Antifiodorenf, Senefchallo Ruthe- 
nenfh, Magiftris Iacobo Louet, Chartarum Thefaurario, Guillelmo de Ce- 
rifayo, & aliis præfentibus. De Villechartre. Nos qui Reipublice felix éncre- 
mentum. 1054 animi noffri mentce [emper opus, prainfertas parèntes Livéras, 
omnis O fineula in cifdem contents, ratas, © gratus, rataque , C grata haben- 
des, stque cac, G° ea plurimorum noffri Sanguinis Principe, atque Comitum, atio- 
vumque Magnatum majoris noffri Confilii deliberatione lsudavimus, approbanimus, 
ratificauimus, © phayr héa. i laudamufque, approbamus , ratificems, Cr ton- 
firmamus , ac in quantum opus ff, de nono conceffims , C° conccdinms per prèftr- 
ses. Quarum ténore nniuerfis © fingulis loce tementibus, Mercfhalis, Admireldo, 
Vicesadmiraldo, Gubernatoribus, Baïlliuis, Senefthallis, Prepefitis | Capitamcif- 
que, © Ducforibus Armigerorsm, nec non Vrhium , Cinitathm, Oppidor“m, Pon- 
Sum, Portsum , albiorumque locorum, diffrifoum Cuffodibus, varcrifque Infitis- 
riis, Officiariis C° fubdbitis noffris prefentibus, @ futuris, pracigimus ; CG manda- 
ons, quatenus prefentens nofframs Ratifitationcm , Approbstowem , Confirmatsa- 
sens, C° Concellioncm in snikerfis Iurifdictionum fuarum  Audstoriis , aliifque 
docis, quibus opportunum fuerit, inftribant, publicess, Cr inuiolabiliter obfirucnt, 
Jeu inféribi, publiceri, G* ebfermari faciant, nihil penîtus ÿn contrarium agende, 
«ut istentando, agine aut intentari faciendo, vel permittende, Scd ff que forfitar 
airs auf intentata forent , illa reparare, [eu réparari © sd priffiinum €: dehitum 
ffatun cxtemplo reduci facere curent. Et ut pramiffa ommia perpesne firmitatis 
robur obtineans , noffrum prafentibus Litteris fecimus appons Sigilum. Datum 
Ambañæ, Menfe Septembris, anno Do. 1483. 8& Regni nofkri primo. Sic 
Signatum, Per Règem, Comitibus de Claromonte, de Marchia, & de Dom- 
nomaruino, magno Magiftro Hofpici) Francix , Domine de Torcy, Ma- 


DV RoY CHARLES VIII. 379 


giftro Guillelmo de Cerifay, & aliis præfencibus. De Villechattre, 75/2 
Ec fupra plicam eft fcriptum. Leéfa, publicata, © regiftrata Parifius in Parla: 
mento 23. die Decembris, anno Domini 1484. Sic fignatum. De Gerifay, Et in 
dorfo. Leéfa, publicata in Scacario Ducatus Normannis tento Rothomagi, in ter: 
mino Sancti Michaelis, anno Domini 1 48 4. die 27. Menfis Ocfobris, in prefen- 
dia Procuratoris Regis nom sontradicentis , @ regiffrata in Regiffro Curie dicfi 
Scacarii, Sic fignatum, 4. Charbonnier. | 


Confirmation des mefmes Alliances par les Proconfuls & la 
Communauté Imperiale de la Cité de Lubec, & des Villes 
de la Hanfe-Theutonique. , 


N Os Proconfules, @ Confules totins Confulatus C7 Communitatis Imperia: 
lis Civitatis Lubicenfis* ceterarumque Civitatum, Burgorum , Communium, 
Oppidorum , Villarum G° locorum totins nf Theutonicæ 4d infra fcripta fa- 
ciendum fPccialiter authori{ati atque Plexipotentes Oratores x Nunt pro earuwm: 
dem Ciuitatwn , Burçorum, Communium, Oppidorum, Yillarum € Locorum dicfz 
Hanfe, G ex cis vbicumque exiffentium Mercatorum C* perfonarum quiete procu- 
curanda, communique vtilitate in ipfa énclita Ciuitate Lubicenfi perfonaliter 4 
gregati, notum facimus vninerfis @ fingulis, quorum confbectibus prefentes Litre- 
ras contigerit exhiberi, poffquam 1 prie annis inter quondam Chriffianiffi: 
mu potenti[fimumque Principem GC Dominum Dominum Ludouicum, diuina fa 
sente clementis tunc Francorum Kegem Dominum metucndi[fimum », Regnum- 
que, dominia € fubditos f[uos ex vna , G* nos fupra dicfos totius Hanfe homines 
pradecefforefque noffros parte ex altera, bellorum inducie, [eu Treuge patte € inita 
fucrint, ut tandem pax firma G* perpetua fequeretur , ipfeque Rex Chriffianiffi- 
sus nobiftum ac. cateris Proconfulibus, Confulibus , Aldermannis , Mercateribus 
Cr incolis pradifarum Ciuitatum G* Communitatum ipfius Hane Theutonice, pro 
Je cariffimoque cius filio tunc Delphino Viennenff, aliifque [ucefferibus Franco- 
rum Regibus, Regno, Dominiis, [ubditifque fuis prefentibus G futuris pacem, 
amicitiam , bencuolentiam G* concordiam firmam, [labilem , perpetuifque tempori- 
bus duraturam certa [us [tientia fecerit, inierit © concluferit , prout ex innata 
virtutis [us clementia pro re noffra publics bec G* alia gratiosè nobis condonats 
Suis patentibus Regiis Litteris defuper datis lucidius continentur , ilafque-ac omnis 
C" fingula in cifdem contenta, extreme die funcfo Rege [upradicfo, idem cariffi- 
mus cius filius, quo nec [uz prolis quidem quidquam gratins acceptiufque vnquam 
praeffari nobis porerat, quam bunc vti piiffimam cius fobolem, quam quod Deus 
omnipotens tanta regis ffirpis fui fuccejforem largitus eff, ctiam fuis patentibus 
Regis Listeris Princeps quidem C* Dominus metuendiffimus Dominus Carolus diuina 
prouidentia Rex Francorwm Chriffianiffimus ratas C7 gratas, rataque Cgrata habens 
eus C ca plurimorum [ui confilii deliberatione laudauerit, approbaucrit, ratifica- 
serit C confirmamerit, ac in quantum opus fuerat de nouo concefferit, € idcirco 
nos @ facceffores noffros pari pacis fœdere, amicitie, beneuolentie C concordis 
ën perpetuum obligari volentes , cum codem fereniffimo Principe C Domino Domi- 
no Garolo Ghriffianiffimo Francorum Rege moderno, pro fe fuifque fuccefforibus 
Francorsm Regçibus, Regno, Dominiis, [abditifque fuis prefentibus C futuris, vni- 
aerfis atque fingulis omnino confimilem pacem , amicitiam , beneuolentiam C7 con- 
cordiam firmam, ffabilem , perpetuifque temporibus duraturam pro nobis Alder- 
mannis, Mercatoribus G incolis, noffrorumque ac illorum omniwm [ucce[foribes 
pradictarum Ciuitatum , Burçorum , Communium, Oppidorum , Villarum Gr Loce- 
runs ip/îus Han[ze prefate ex certa noffra fientia fecimus, iniuimus G* concluf- 
mus, facimufque, inimus C concludimus per prafentes; ac deinde omnibus GC fin- 
gui ciufdem metuendiffimi Domini Regw moderni, Regni C* re a ein 
1) 


148 3e 


à. Anril 
1484: 

* Lubec ef 
Capitale dei 
Villes Anfos- 


tiques. 


1 48 4 


33o OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 

omnibus G fingulis Mercatoribus , nauium Magiftrs, Nauclers, G* quibufliber 
adiss cuinfcumque flisus, aut precminentis, aut conditions extiterint , per nos, 
predeceforefque noffros omnia G* fingula [ub quacumque verborum forma conceffa 
prinilezia quecumque fucrint, ac fi de verbe ad verbum prafcntibus forent inférta, 
daudemus, ratificamus C confirmamus, ac de nouo, in quantum opus cf, concedi- 
eus ; volentes ctiam C* concedentes vt ipfi emnium G fingulorum bonorum , raui- 
giorum, aliarumque rerum eifdem haëfenus per fubditos noffros, aut quofcumque alios 
dicfe Hanfe bomines occafione diffentionum preteritarum , ucl alias quouis modo, 
vi C vltra eorum velle, G nouiflims durantibus Treugis, allatorum reflitntionem 
coram antefats Proconfulibus & Confülibus totius Confulatus C Communitati 
Imperial Ciuitatis Lubicenfis, aut quibufcumque ali ceteraram Ciuitat um, Bwr- 
Lorum, Communium , Oppidorum, Villaram, CG Locorum [upra ditfe Hanfe Iudici- 
bus libere © licitè poffirt, tam coninnéfim quam diuifim profequi. Quibus Iudi- 
cibus, aut corum loca tenentibu, prefentibtes C7 futurs diffricfius pracipimus, vt 
jifdem prefati Domini Regu, Regni @ Deminiorwm cins, Mercatoribns, vauium 
Magifhré, Nauclerss, C ais de rebix bonx Cr mecanicss ab cifdem iniuflè Cr 
éndebitè, preditfa treuga durante, ablatss reffitutionem plenam Cintegram faccre, 
C partibus audits celerrs Iuffitie complementuns miniffrare curent. Concedentes in- 
Super pro nebis € fuscefforibus nofiris fupradicte Hanfe antefaris cifdem dilfi Do- 
mini Regis, Regni C Dominiorum cius, Mercatorious, nauiums Magifiré, Nasr 
cles, G alin predilfis, © quicumque corum qui in [wpra tatfs Hanfe Ciuitati- 
bus, Communibus, Oppidis, Villis CG Locw morans Jen incolatum facere velint, vt 
àpfi pro fe faifque omnibus mercantins, aliifqwe nauigiss, Nauclers , bonifque fus 
quibufcemque, € in quocumque ipfius Henfe loco cffe contigerit, ab omni impofs- 
tion Gabelle, alicriufque tributi G oncre Liberè, quieti © penitss imnsunes perpe- 
#no exiflant, quemadmodum communes #affri Mercatores haëfenus fucrunt, funt 
SG erunt in futurum : CG quod ipfi ad caufsm mercantierum fuarum que pende- 
rari oportcbit, mains quan noffrates foluere foluti funt emolumentum , nequaquans 
foluere sencantur, slicrinfque ipfins Domini Regis, Regni G° Dominiorum ciss, Mer- 
catores, naninos Magiffri, Naucleri, G alii fupradicfi, qui, ut dictum eff, in fupre 
dite Henfe Cixitatibus, Communibus, Oppidis, Vills @ Locis moram trabant, 
de fus bons mobilibus © immobilibus ibidem acquifitis © acquirendis, ac dons- 
fionc inter “vinos, teflamentariaue, aut alias quomodocumque cif[dem libucrit, difho- 
ere poffint, corumque harcdes praditfa bons apprebendere, cifque vti, gaudere, 
aique potiré perinde atque ff ipfi noffrates ac ex Dorminiis noffris oriandi cffent. 
Deinceps ff cafu aliquo, quod temcn Deus aucrtat, pax huinfmodi quouis diffen- 
éionis C controuerfie pretextu infregeretur, ita vt aliguod genss bedli inter predi- 
um fereni[fimem Dominum Regem fuofque [ucceffores Francorum Reges, Regnum, 
Dominia C Jubdisos corun CG nos fupradiétos fuccefforefque noffros, Ciuitatum, 
Bargorum , Communium, Oppidorum , Villarum GC Locorum ipfius Hanfe bomines 
oriretur, volnmus C conccdimus vt ipff nibilominus, € corum finguli infra 4n- 
sum poff cinfdem bei [eu diffentionum initium omnes C* fingulas mercantiss, n«- 
igia, Naucleros, aliaque boua [ia quecumaque in Dominiis G* difhritfibus noffris 


. #xiflentia afbortant, G ad Ciuitates @ loca fus deuchi faciant pecunias, aliafque 


res per noffrates fi ‘debitas exigere, CG id faciendo toties quoties cis oportunuræ 
fucrit codem anno redire, morari, © dcinde sd prapria reserti tute, liberé Gr quicrè 
pollint ° valeant, abfque eo quod ullum in corporibus, nauigiés, Naucleru , mer- 
sentis, bons rebujque fuu preditfis aliquod damnums , impcdimentumue , aus 
Alia quans inquictatio aut moleffis vlatenus inferri debeat.Inféper reucrendiffimos 
 reucrendos Patres noffros Dominos Archicpifcopos , Epifcopos, Cr alios quoftuws- 


que viros Ecclefsafficos curam C° regimen animarum babentes, vt cum aliquems 


 Francigenarum in Dominiis G* in diffricribus noffris mortem obire cantigerit, quod 
‘ alim moricntinm cadauera in terra bencdiifa, vti noffrates veri Gr indubiteti 


Catholici décedentes [epcliri folent, fépelientur exbertari curabimus. Infaper fi no- 


DV ROY CHARLES VIII 381 
bis contingat in futwrum cum quouss Rege féreniffimo » auf alio Principe, Exterif. 
ue Natioribus belum çerere, ant diffentiones babere, 1pfe tamen Rex Jupradicfss 14 8 4 
Juique fuccéffores Francorum Reges, Regnique G Deminierum [uorum fébditi cuxs 
corum nauibus, Nanclers, bons Gmercantiss quibuftumque peues corumdem Regum, 
Principum GC Natienruwm Ciuitars, portes, loce C° diffritfue quibus cifdem for 
oportanun videbitur pro Jus mercantis aliifque REGOIIS exerCeR ASS , êre , romorari; 
© deinde poterunt redire toties quoties eifdem placucrit, liberè quicté quad nos 
bominejque € frbdites noffros attinet, abque eo quod buisfce pacs, amicitis © 
beneuolentie perpetue infratfores cenferi, vominarine, aut reputari debeant, quouis 
node; quod ctiam in co cafu omnibus noffratibus fimili modo licebit. Et JF aliqua 
obfcuritas aut ambiguitas fuper articalis pradilfis, aliifque füperiks contents in 
futurum oriretur, ipfas claricribus Gr laculentioribus vbs C fensentie in pradi- 
ét Domini Reçu fucccfforumque cius Francorum Regum, Regni, Dominiorum Gr 
fabditerum » Corumdem fanorens © vtilitatem nos snterpretaturos © declaratnros 
Jemper policcmur. Et demum vt buiuf{modi perpetua pax, concordia, amicitia & 
beneuolentia felicias © faciliss obférucrur, oferente [e caf de gquibufiumque liri- 
bus G cantrauerfis per quoftumque cixfdem Domini Regis, Juccejjorumque cius 
Francorum Reçum, Regui C Doviiviorus prediéforwm fibditos contra quoflibet 
noffrss in Dominiis C* diffrétfibus Mercatores G° incoles pretatfe Han(e Theutonice 
än futurum mouendis CG oricndis : velurmsss , confhituimes, decernimus © ordina- 
ms “ut adfor in loco res primo cawfam fxam profequendo experiri debcbir, quam fi 
$n huisfmodi prima inffantia conféqui son poterir, quod tuxc coram Proconftlibus 
C Confulibus totiss Covfulatus Jfupraditfe Ciuitatis Labicenfis , prafentibus C: fu- 
durs partibus hinc inde audits, per cofdem funmariè C: de plano abjque ffrepits & 
figura indicis celerss infhtie complementum miniffretur ; promittentes bons fide ver- 
boque sveritats predicfam bencuolestiem , concordiam, amicitiam , perpetuamque 
pacem, € amnie & fingula Juperius euarrats, G: per nos fatta, insiolabiliter per- 
petuo nos vclle obféruare G: abférwari facere, emni dolo & fraude femoris. Æuocirca 
éotises Jupradicte Hanfz, G* cinfden confæderationis hominibus, vniuerfifque € fin- 
gulis noffris Capitaneis © Gubernatorihus , eorumdem lacs tenentibus, Iufliciariss , 
Offciaries , Vafalis ligis, fubicctifque diletis © fidelibus, ac aliis cuisftumque 
flatus ant conditions exiflentibus, prefentibus G* futurs, G ipfirum cuilibes bs- 
ru ferie fipplicamus , precipimus CG mandamus gatenus bas noffras Litteras pre- 
fentes in omnibus Curis, auditoriis, aliifque locis fuis ad hoc seceffariis publicare, 
fés publicari facere, predittamque amicitiam , covfæderationem GC: pacem perpe- 
fuam aïque concordiam , ac omnia @° fingula fuperius declarats, faéfa G enarrata 
inuiolabiliter obféruent G obferuari faciant, nibil penitws in contrarium açendo nec 
attentando : CG quod fi foriè aligua atfe aut attentata forent, ea reparare, és repa- 
rari, Gad priffinwm & debitum flatum reduci facere ffudeans indilatè ; compellese 
dos ad hoc, appellatione femota, viriliter G debitè compekendo infratteres que. 
que, fi qui Ê%. pœns debita @ publica plefendo. Er ut omnia G* finguls prain- 
Jêrta perpetue firmisatis robur abtineant, bas noffras Listeras , quarum vidiffé, feu 
sranffumpto uno, vel pluribns, ff opus fucrit, [ub antefate Imperialis Ciitatis Lu- 
bicenfis fecreto figillo confectis, indubiam fidem vclusi buic originali volumes ad 
biberi, eiufdem Ciuitatis Lubicenfis magni figilli munimine fesimus roborari. Dat. 
ann0. Domini millfimo quadringenscfimo olfnagefimo gwarto , die vero quarts 
menfis Aprilis. | 


Lettres du Roy Charles VIII. touchant l'hommage à luy fait | 
de la Terre & Baronnie de Joinuille en Champagne 
2 par René II. Duc de Lorraine. | 
CE ARLES par la grace de Dieu Roy de France , à nos amez & feaulx 4 Amboife te 
VoGens de nos Comptes & Treforiers à Paris, aux Baillifs de Troyes , 27: Des. 1484. 
| Bbb ii] 


\ 


382 


/ 


OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Sens, Chaumont & Vitry, nos Procureurs & Receveurs efdits Bailliages- 
& à tous nos autres Jufticiers & Officiers, ou à leurs Lieutenans, fadut G 
dileëfion, Sçavoir vous faifons que noître tres-cher & tres-amé coufn René 
Duc de Lorraine Nous a ce jourd’huy fait en nos mains les foy & hom. 
‘mage que tenu Nous eftoit faire à caufe de la Terre & Baronnie de Join- 
aille fur Marne, de la Senefchaulcée hereditable de Champagne, à luy appar- 
tenant à caufe de fadice Baronnie de Joinuille, des Terres & Seigneuries 
d'Eftlairon, Curuille, Troisfontaines, la ville de Humbecourt & de Corbey, & 
leurs appartenances & appendances, tenus & mouuans de Nous à caufe 
de noftre Comté de Champagne; enfemble de toutes les autres Terres, 
Ficfs & Scigneuries Er tient & peut tenir de Nous à caufe de noftre 
Couronne : aufquels foy & hommage nous l’auons receu, fauf noftre droit, 


_&c l’autruy. Si vous mandons & enioignons, & à chacun de vous, fi comme 


# Clery, Dé. 
sembre 1483. 


à luy appartiendra, que LS caufe defdits foy 8 hommage non faits vous 
nc bies ni donniez ni 
noftredit Coufin, ainçois & fadite Terre & Baronnie de Joinuille fur Mar- 
ne, Senefchaulcée héreditable de Champagne, Terres & Seigneuries d’Ef- 
clairon, Curuille, Troisfontaines, la ville de. Humbecourt & de Corbey, 
& autres deflus déclarées , leurfdites appartenances & appendances fonc ou 
eftoient pour ce prins & mis en noftre main, mettez-les-luy ou faites met- 
cre incontinent & fans delay à pleine deliurance, pourueu qu’il baille fon 
defnombrement & adueu par efcrit , dedans temps d’vn an, à noftredite 
Chambre des Comptes , & fera & payera les autres droits & deuoirs pour 
ce deuz & accouftumez, fi faits & payez ne les à, Donné à Amboife le 27. 
jour de Décembre, l'an de grace 1483. & de noftre Regne le premier. 
Au defloubz, Par le Roy, Monfeur le Cardinal de Bourbon, les Comtes 
de Clermont & d'Albert, l'Euefque d’Alby, les fieurs de Baudricourt, de 
Vatan, & autres prefens. 4inf figné, 1. Mefmes. 7 | 
Colation a efte ire aux Lettres originales cy-deflus tranfcriptes par nous 
foufcripts Auditeurs en la Chambre des Comptes à Bar, tefmoings nos 
fcings manuels cy mis , le 23. de Feburier, l'an 1497. Signé, Dupuis & Pc: 
Cnidee. auec paraphes. | ie | | 


Confirmation des Priuileges accordez à la Ville de la Rochelle 
par le Roy Charles VIII. 


AROLVS Dei Grafia Francorum Rex, 4d perpctuam re memoriam. Rega 


lem decet magnificentiam eus pracipuë follicitudine, priuilegirs © muneribus 
donare perfonas, G* quas fama referente, © comprobatis meritis in vigils gratuits, 
Jeruitiorumque exhibitione continua nouerit liberaliores. Sicut igitur accepimus tx 


parte dileiforwm ac fidelium noffrorum Maiorw, Scabinorum, Confulum, Parium 


Ville noftre de Rapella, bone memoris Ioannes Rex quondam ac predeceffor noffer 
éuxta noffram Pitfauie Cinitatem à noffri G Coronz noffre inimicss noffrx vetuffif- 
fémis Anglicis capitur, tumque Rupelle Villam cum pluribus Pictavie ac Xantonie 
Comisatuum Caffris @ Villis pro [ui redemptione predictis Anglicis celfit cum iuris 
plenitudine, iurifditfionis G* refforti Juperioritate remifit, tranfhortauit, G tranf- 
tulit, habitatores earumdem proprio ex debito fibi fuifque fuccefforibus fideliratis 
Gr obediientie facramento vna fimul relaxauit. Quod attendentes predicti Maior, 
Scabini, Confules G+ Pares noffre iam dicfe Rupella, [e in diéforum inimicoruw 
noffrorum f[ubicëtionem , pro fuorum priuilegiorum conferuatione diu plufque quam 
tricnnium fubmittere diffulerunt ; quo ad hoc pluribus viis per eundem noftrum 
pradecefforem inducerentur, licet in fuorwm prinilegiorum non modicum G* graue 


. preiudicium. Quapropter ipff Maior, Scabini G* Pares, caterique habitantes nof- 


tre Ville de Rspella, fab ditione, poteffate , iurifditfione, imperio G* cohercitione 


d 


ouffriez eftre fait ou donné aucun empefchement à 


a age 


PP TR = 


DR 


DV RoY CHARLES. VILLES 3% 
dictorurs inimicersn per decenrinn Gr onpliss extitcrunt iäncipati, qui cam 9 
-extere nationi, fine culpa, voluntate aus canfénfu, Ançlorums potestatui can(bicerent 1:49 ÿ: 
proflisutos , cϾperant de core libertate ah boffili ess graui fcruitute prepeu/iue co- 
gitare : gai tandem depuifix de Ville naffra predicfe vificribus is Anglicé, @ 
hoffibus liberi atque immsnes gratuite fauore , Iobenni sam dico Regi G: ditioni 
Corona Francia iteruam: f6 fubmiforunt Ob qued predicius Tobenues mulra cifdem 
merite priuilegis conceffs,:concefaque famduduns per predeselfores. fus. appro- 
Dauit Fxéoner rs s songes s dicre dbiiffes, Caralus ciss fflisee Rex ec prades 
<dfor noffer virtatum penfans merisa, quibus facto digni prediéfi de Rapells com- 
anendabantur, prinilegia per genitoren [aum, quomodo sm diéfum 1ohannem, & 
adios Francormm Reges ac Dominos de Rupee conceffs confirmant ; approbauir, 
wéque iscvune, fi. opus foret, cum pluribus aliis fimul dedit Ge conceffit, vt in fut 


= 0m 


.conceffionis charts vberims declarater ; cademgue prinilegia pariter Rex Carolis 


fextus cifdem de Rupcle cenfiremauit : Gulterius stiendens quod fupra diééi Majar, 


Svabini, Goufules G° Pares à continus féruitié cerça cum G fuos regni Francis 


predeceffores vires © perrimonia nullaiewss relaxaruvt, Ob quod cé conceffun per 
-priuilcginm extiterat guod. in pofferum ads impofitio, fubuentio, colleéfs , fsbf- 
-dium , ant aliud deucriuns fager css, aut eerum bons, fine eorum conftnfù minivse 
émponentur. Esfdem Majerem , Scabines, Confules G° Pres accerfuit, vt cwiuf- 
dam deucrii impotionc, quod is pridits Vida impenere ‘volucrat, videlicet de- 
cem pro sonclo, © quinque folideram turoncnfinn pro pipps vins in preditfs 
pile, guhtrnamento C Xastonsnff paris oncrates confentirent, que nonobffan: 
sibus corum jans dits prinilegiis [ao fauorc feceruns. Hoc attendens antedict 
Carolus, © quod fie voluntati, licet privilegiati, minime reffagarentur, ei[dem 
Maiori, Scabinx, Con/iibus;@ Paribus pre reparationitus, caterifque necr[fisasibs 
diéfa Vila noftra, que continuo maris. proccllarum G* yenti rabic ivsaditur, muro- 
pums atque turrinn ruinem Grandem minante, dedit œ concefff quartam partens 
denariorum ex praditto deuerio traifo proncvientiunn, tam in Jepedifs Vila, gue 
dernamento, quèm Xawtonenfi patrie, volens wvt cam guartam partem baberent, 
tenerent G° pofiderent qguemdiu praditfa traifs ibidens turfuns haberct, plurima 
prinilegie es vlira largiendo, quibus qauifi Gr Uf font gacificè dun. preditfas 
Carolus vitam duxit in bumanis : poff cujus deceffum cariffiswns noffer auus cadem 
priuilegia. confirmauit, donauit Gr approbauit 5 que. pariter defuntius 46 ceri[fimss 
Dominus Gr geuitor mefler gratificans comprobauit , dedit aigue confirmsit, in/n- 
per  alia plura de momo dargiens, veluitque is de quibus minime in fériptss docere 
(Rets dum samen is rfi fent per modum prixilegii amsodo is perpetuum uts- 
rensur: vlreriufqse ipff Maior , Scabini, Parcs Gr Conules prediam quartem 
partem ous conceffäm dicte traite per manum Jam, aut fuorums receptorum , ul 
corum quistanciam in poferum acciperent @* pacificè tenerent. Pretcreaque ipf de 
 Rapella pre preditfe noffre Ville reparationibus © ali urgeutibus nrastiss vique 
-wd fammam. duarum mille librarum turenenfium auno quolibet fuper mercantis 
 éstrantibns praditfamn noffram Villars , sut ex ea exeuvtibus imponers poffent, ve- 
. duit atque permifit, ac perpcins conceffis cifdem infwper Juas nobilitases, @ alia 
confirmando flatuts, lenças obférnanties, confuctadines, vfus, franchilies, Liber 
states, prinilegia, dons, cunceffiones, © catera quecumaque ca per predrcefferes pis Co 
 fuos Reges Francie, ant alivs ufquam conctf[e approbaudo, quibus pariter vf [ant france Duc ds 
u/Gacdum pradiGfus Deminus ac geniter noffer Ÿ at paci inier cum C7 quondemn set . 
 Carolum pdt four Aquitanie Ducens init, guerraranque Œ difordiarum Goronns ous 
morarum @ moneri ferstarum leusretur occafio, C* fédarentur infultus, pradi- rime fi de 
em Villam de Rupells, citra tamen confenfum predicforuss Maïors , Scabinorues nn 
CG Parium , fermato fibi dumtaxat [uperioritatis refforée , dedit edems Carole, ceffif, meurus ps 
vemifit, quitianit, G° omnino tranfportauit poteflate plenaris, anthoritate regis, © os di 
ex certa Jéientia. Que pariter prisilegia per ditfum Deminue ac genitorens nof- jus: 4 
trum cifdom de Rupclla pat” tdens Carolus nofler pasruus canceffis © approba- 1473. 


148.3: 


334 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 

ait, Cquattnus indigerent, is dedit © contalir, quibus: pariter "vf. fent quicrd 
#C pacificè quouque idem Carolus diem funtfus ct extrevsum, tuise dectffn predi- 
a noffra. Villa de Rupclla Domisnio noflro G'noffire dstfa Cvrons iterum fuit uni- 
44 : atiendenfque idem Dominus ac geniter nofier imrwcnÿz\ fidelitat insiolabilens 
contisentiam © debite obedientie erzs exm G predecefiores. noffros priflationens 
éndeffè, G pluribus aliss femalatibus. fr reddiderunt praflantes, cifdem Maiori, 
Scabins, Confulibus ac Paribus.naffre: Ville de Rapellas prisilegis emais per pre- 
dictum Carolum atque dies Reges Francis, ant alios:Dominos de -Rupcla conceffe 
ana cum prisilegis , franchifin, libertatibus, ffatates, vfantiis G: lonçus ob[eruxs- 
tin, dons atque conceffionibus approbauit, caque medio iuramento.pro fe Gr fns- 
gefforibus fui pollicitus eff fermare,sam in preditfis priuilegins quim in Communi- 
date, Iuri[ditfione, Colleçio, iuribus, pertinentiss, deucrix, prouentibus, conce{ffioni- 
dus, don, Greater quibafumaque, G* infüper medio, vr-fupra féribitur, inramente, 
atque is vero regio promifit dicfan Villam cum vefforto nufquam à cetero pro 
queuss camfs cambii, matrimonii [eu appanagii fhoruns. liberorum , fratrum aut 
Janguineorum ; ‘vcl alierum, ctiam pro [ue © fuoram perfonaram captione Cr re- 
demptione, extra manum fuam G* Corome Francis, aliemare vel ponere; G fi pra- 
dicfam Villam contingeret ab inimici obfedi, ipfe cam pro poffe ctiam perfonaliter, 
fé opus foret, faccurrere, ac sidem auxilium GC iuuamen impertiri,. ot in carte 
praditfs Domini.ac genitorss fo figillo fils cerifew munita vberius, prout fertur, 
declaratur. Nos igitur pradecefforam noffrorum veffigiw inherentes, confiderantes 
énfsper quod erga predilifus Deminum ac genitorem noffrum, aliofque Reges © 
pradeccffores noftros, predifi Maior, Scabini, Confüles @ Pares noffre predicle 
Wille plurimum manjerunt commendati, quodque erçs nos fe peramplins offrant 
sons, vt cxperientis nos docuis, pre viribas, annuere tas de caufis © «lis pluribrs 
Æanimuns noffrum ad hoc iuffè monentibus, de certa noffra fientis, plenaris potefla- 
ve d° authoritate regis , de noffrorumque confançuineorum confilio, pradicfa prini- 
degia, C-omnis quecumque alia , de quibus conjiterit in [criptis, aut ctiam mini- 
me.conffabit, dum tamen vf fint per modum priuilegii cifaem Majori, Scabints, 
Confilibus GParibus, caterifque moftre Ville babitatoribus , una cuns omnibus [xs 
pracminentiss , Commurtitate ,-Collegio, Iurifdiéfione, mobilitate, frenchifis , liber- 
‘#atibus, pracminentis, prerogatins, ffatutss ; confuetudinibss , ordinationibus, 
vfantiss @ longi obferuantin, dons , conceffianibes » officiés , deueriss proucntibuf 
que confirmamus, ratificamus C° approbamus , eaque perpetui roboré firmitatcm 
-obtincre volumus GC decermimus : ac cadem omis Gr fingula priilegia per predi- 
um Dominsm geuitorem noffrum, aut alios Reges C- predecefflores noffros, vtl 
alios Dominos de Rapells conceffa, ipfamque Communitatem , Collegium, Iurifdi- 
ionem, nobilitatem, una cum franchifiu, libertatibus, preeminentiss, preregs- 
tiuis, flatusis, confhctudinibus, ordinationibus , vfantis GC long obferuantiss, 
donis, conceffionibus, quibuftumque deucriis , tam dilfe quarts partw traite vi- 
serum in predicfa noffra Villa, gubernamento, quim patris Xantonenfi oncrato- 
rom, de noffré certa [tientia, authorisate regia G plenaria poteffate de nouo con- 
ferimus, concedimus G: donamus per prefentes: volentes etiam .quod ipff Major, 


… Scabini, Confules &' Pares per manum [uam, aut faorum Thefaurariorum «el 
Receptorum quittanciam Jimplicem tencant, recipiant, pofideant ac babeant .predi- 


Fam quartam partem.traifa pacificè G quictè. Promittentes infuper in verbo regio 
pro nobis C* fucccfforibus neffris quod nunquam preditfam Vilam extra manum 


… .#0ffram G*Corons Francie, ac réffortoruns noffri Parlamenti Parifius, inxta corurm- 


dem prinilegis ponemss, trademus, ant guacumque caufa alicnabimus, fine matrime- 
nii _ ac n0ffrorumliberorum appanagii, noffrorum fratrum aut confanguincorum, 
dotifue gratis, aut ex quauis alia en in cifdem fui priuilegiis concef]a : que 
prinilegia C dons barragii, baptifagii, balifagii, deleffagii in predithus, ceteraque 
contenta prinilegis firma. G inuiolabilis effe per omnia perpetno decernimus, a 
Ji de verbo.ad verbuns de itfdem prinilegiss aut dons, © de guolibet corum ant 


sn 


:DV ROY CHARLES.VIIE :  38s 
in ess. coñtenforuis fieret fhecialis Cr expreffe mentie,. cl infererentur eadem de 
verbe ad verbum in iis féripti, nonobffantibus quibufcumque interruprionibus, 
in cifdem pradiéfis Maiori, Scabinss , Comfulibns, ac Paribus per predeseffores nof° 
tros, aut [uos Officiarios .fathis , C* quibafiwmqne inribas. in corpore iutu., vel 
extra, que hic baberi pro repctitis volumu conffitutionibus , reffritfionibmn , man- 
dat, flatutis, ordinationibus, aut aliis gnibuftumque in contrarium facientibus. 
Er ff praditem Villam, quod abfis, ab hoffiam incarfibus inuadi contigerit, ipfams 
pole tenus; etiam perfonaliter, JE expedierit tueri, déffendere, ivuare, ac cidens 


148 3e 


a4xiliune impertiré promittimus, iuxta corsmdem priuilegiorum contents. Quo- 


circa dilechs ac fidelibus Confiliariis noffris , Gentibus prefens noffrum tenentibus, 
G* qui fufurum tenchunt Parlamentum parifius , necnon Compateram. G Tbe[au- 
rariis gencralibufque Confiliariis Juper facto € regimine financiarum noftrarum, 
secnon Gabernatori de Rupella, caterifque fuffitiariis ©. Officiariis noftré, fe 
eorum loca tenentibus prefentibus © futurs, aut corum cuilibet , prout ad cum 
fhecfaucrit, committimus, © mandamus quatenus pradictos Maiorem , Scabinos, 
Confules, Pares , babitatorefque dicfe Ville de Rupella, C7 corum fucceffores nof[- 
ènrs prefentibus ratificatione CO approbatione, confirmationc ampliationeque, Con- 
ceffione G* gratia vti C gaudere pacificè faciant © permittant abfque impedimento 
quocumque, quatenus rite C reciè vfi funt: © quia valde difhcile G quafi im- 
poffibile cffet ubique de corum sriginali docere ei[dem conceflimus, quod tranfcripso 
exemplo, vel vidimus originalium prediclarum Litterarum , aliorum [uorumque 
priuilègiorum, confeifo fab figilo Regio, € etiam omnibus © fingulis clasfusli 
contestis in iifdem extracfis, CG redacfis in feriptis [ub dicta figillo Regio, ei[- 
dem tranfiripte exemplo, Vidimus , claufulis, G cuilibet ipforuns refpettinè ot 
originali pradicfo in Iudicio, vel extra, adbibeatur plena fides. Quod vf firmum 
© fabile perpetso perfeseret, prafentibus noffrum ficillum duximus apponendum, 
noffre in aliis, G° in omnibus alieno iure femper [aluo. Datum Clerisci in menfe 
Decembris anno Domini millefimo quadringntelimo ofuagefimo-tertio, © Regni 
moffri primo. Sic fignatum /épra plicam, Per Regem in [uo Confilio, in quo Vos *, 
Dominus Defquerdes, € plures alii erant, A. Brunon. Lefa, publicats Œ re- 
giftrata Parifins in Parlamento.vicefima [éptima die Iulii anno 14 84. Sic figna- 
um , Chartellier. Lecfa fimiliter, publicata C regifrata in Camera Computo- 
rum Domini nojfri Regis Parifius 12. die Augufli, anno quo fupra. Badouillier. 


Enregifirement an Bureau des Treforiers de France. 


Es Treforiers de France: eyés par Nous les Lettres Patentes du Roy 

noftre Sire en forme de Chartes jufquelles ces Prefentes font atta- 
chées foubs ln de nos fignets,impetrées & à nous prefentées de la partie 
des Maire, Efcheuins, Pers & Confeillers de la Ville de la Rochelle, fai- 
fant mention comme ledit Seigneur leur a confirmé & confirme les Priui- 
legesà eux donnez & oétroyez par les predeccfleurs dudit Seigneur. Nous, 
aprez que lefdites Lettres ont efté leuës, publiées & expediées & enre- 
giftrées en la Cour de Parlement & en la Chambre des Comptes, con- 
fentons l’enterinement & accompliffement defdites Lettres, & que lefdics 
de la Rochelle joùiffent du contenu en icelles pour les caufes & tous ainf 
que le Roy noftredit Seigneur le veut & mande. Donné foubz nofdits f- 
gnets le 9. jour de Septembre 148 4. Signé, Courtin. 


* Enregifirement au Bureau des Generaux des Finances. 


Es Generaux Confeillers du Roy nofte Sire fur le fait & gouverne- 

ment de fes Finances. Vewës les Lettres patentes du Roy noftredic 

Seigneur , auquel ces Prefentes font attachées foubs l’vn de nos figners, 
CCc 


* C'eff le 
Chancelser. 


9. Septemb. 


1454 


10. Septemb. 


336  OBSERVATIONS'SVR L'HISTOIRE 
: 483 imperrées., & à nous preféntées de la partie des Maire, Efcheuins, Pers 
"V2" & Confcillers de la Ville de la Rochelle, faifans mention comme ledit Sei- 
gneur leur a confirmé & confirme :les priuiteges-à.eux donnez & oétroyez 
par fes prédecefleurs Rois de France. Nous, aprés qu’il nous eft apparu 
lefdites Lettres avair efte leuës, publiées, expediées & enregiftrées en la 
Cour de Parlement... & aufli en la Chambre des Comptes, confentons, en 
æant que:à nous €ft,.l'enterinement & ‘accompliflement defdites Lettres, 
&. que lefdirs de la Rochelle iouiffent du contenu en icelles, pourueu tou. 
tesfois .que dorefnauant ils payeront les Aydes 04 Equinalent, ainfi qu’ils ont 
faic par cy-deuant, & mefmement. és années dernierement pañlées. Donné 
fous l'un de nos fignets le 10. iour de Septembre 1484. Sigré, Morelet. : 


re onfentemens du Gouverneur de la Rochelle à l'enterinement des Prinileges 
oo, © de la Ville de la Rochelle. oi 


x 7. luilles Hyriirpes de Creuecœur, Cheualier de l'Ordre du Rey noftre Sire, 


OL DA Z Scigneur Defquérdes * & de Launoy, Confciller & Chambellan du 


des, depuis Roy noftredit Seigneur, fon Lieutenant & Capitaine general en fes pays 
Ronthal de de Picardie & d'Artois, Gouuerneur & Capitaine de la Ville de la Ro- 
rance. 6 tn ë . | 
_ thelle, Chaftellenie & reflort d’icelle, S4/ur. Receu auons les Lettres pa- 
tentes du Roy noftredit Seigneur en forme de Charte, fcellées en cire 
verte & lacs de foye, données à Clery au mois de Décembre lan mil qua- 
tré cens quatre-vingt-trois ,à nous prefentées & baillées de la partie des 
‘Maire, Efchevins, Confeillers & Pers, & autres manans & habitans en 
ladite Ville : par vertu & auchorité defquelles, & du pouuoir à nous par 
icelles donné & commis , & en enfuiuant le contenu en icelles, par lef- 
quelles le Roy noftredit Seigneur leur a ratifié, confirme & approuué tous 
& chacuns leurs Priuileges, Statuts & longues Obferuances, en tant que 
à nous cft & touche, en aüons confenti & confentons par ces Prefentes 
lenterinement, & d’abondant par tant que meftier eft, leur auons ente- 
riné & enterinons, & en icelles enterinant auons ordonné & ordonnons 
qu'ils iouïiront de tous & chacuns leurs Priuileges, Statuts & longues Ob- 
{cruances, fans en iceux leur eftre fait aucun deftourbier ou empefche- 
ment, & touc ainfi & par la forme & maniere que le Roy noftredit Sei- 
gneur le veut, & mande eftre faic par lefdites Lettres. Donne à la Ro- 
chelle fous le Scéel dudit Gouuernement le dix-feptiéme iour de Iuillet 
1485. M. Barnage. Par Monfeigneur le Lieutenant, Beronneau. 


Lettre de Iean Cardinal d'Angers , autrement dit le Cardinal 
Balluë, depuis Legat en France, au Roy Charles VIII. par 
laquelle il affeure le Roy qu’il aura foin de s’acquiter de Îa 
charge des affaires dont il luy a donné le foin, & qu'il luy 

| enuoyera un portrait de la Ville de Rome. | 


À Rome IRE, ie me recommande à voftre bonne grace tant & fi tres-humble- 
4. Mars S ment comme ie puis. Et vous plaife fçauoir, Sire, que l'ay receu vos 
ss Lettres par Monfieur de Faucon , lequel m’a bien amplement déclare la 
| charge qu’il vous a plu luy donner pour me communiquer. Il a eu bonne 
& benigne audience de noftre Saint Pere, qui l'a volontiers veu & ouy. 
Sire, de ma part és chofes dont mondit fieur de Faucon m’a parlé, & en 
toutes autres, ie mettray peine de vous feruir loyaument & diligemment 
_de mon petit pouuoir, Luy & moy vous'aduiferons fouuent de la difpo- 
fiion de toutes chofes pardecà. Plaife vous, Sire, toufiours me mandet 


DV ROY CHARLES VIIL 38 
& commarnidet vos bons plaifirs pouf lés accomplit dé rout mon poudoit, 
aydant Dieu, qui vous donne , Sire, acéompliffethént de tous vos délirs, & 
bonne vie & longue. £féris à Rome ce 4. jout de Mars. | 

7: Sire, vous m'auez efcrit pat Monfieut de Faucon que ie vous faffé pein: 
dre Rome; ie le vous enuerraÿ Île pe brief que fe pourta. 1e fe fais faite dé 
manicre que vous la puifliez entendre comme fi vous eftiez fur lé lieu. Voftré 
tres-bumble & tres-obéiffant feruiteut & Suier, Jean Cardinal d'Angers. Et 


: : 


au dos eft cfcrit, L46 Roy mon fonuerain Seigneur. 


Lettres du Roy Charles VIII. par lefquelles il ordonne que 
. Jean & Louis d’Armagnac iouïront des Terres & Seigneuries 
de Guife en. Thierafche, Nouion, Chaftelraut, Mayenne & 
autres , venants de la fucceflion de Charles d'Anjou Roÿ dé 
Sicile, prétenduës par lefdits d'Armagnac à caufe de leur mere 
Louife d'Anjou, fœur & heritiere dudit Roy de Sicile; & ce 
par prouifion, & en attendant la defcifion du procez qui 
cftoit entre le Roy Charles VIII. & lefdits d'Armagnac au 
fuiet de cette fucceffion. | 


| C7 RLES par la grace de Dieu Roy de France: À tous ceulx qui ces 
Vu préfentes Lettres verront, Sels Comme tantoft aprez le trefpas dé 
feu noftre tres-cher Seigneur & Pere, que Dieu abfolue, & noftre ioyeux 
aduenement à la Couronne, Nous eftant en noftre Chaftel d’Amboife éuf- 
fions mandé venir pardeuers Nous plufieuts grands Princes & Scigneurs 
de noftre Sang & Lignage, pour affifter entour de Nous & de noftre Per- 
fonne, & entre autres nos ttes-chèrs & tres-amez Coufns Ichan & Loys 
d’Armaignac; lefquels peu de temps aprez leur venué Nous euffenc hum- 
blement fait (applier & réquetir en la préfeñce de plufieurs Séigneurs de 
noftre Sang, Prelats d’'Eglife, & autres gens de nioftre Grand Confeil, que 
noftre bon plaifir fuft leur faire deliurer les Terres & Seigneuties qui leut 
cftoienc efcheuës & aduenuës par le trefpas de feu noftre tres-cher & tres- 
" ‘amé Coufin Charles d'Anjou, en fon viuant Roy de Sicile & Comte du 
‘Maine, leur Oncle maternel, & dont il eftoit mort faifi & veftu , non re- 
nuës en Pairie & Appanage de France, ni venuëés de noftre Domaine, ap- 
partenans audit Jehan & Loys d’Armaignac, Cathetine & Charlote fœurs, 
comme enfans de noftre tres-chere & tres-améé Coufine Dame Loyfe 
d'Anjou, fœur de noftredic Coufin & fa feule heritiere : c’eft à fçauoir, les 
Comté, Chaftel & Seigneurie de Gaife en Thietache, ou Bailliage de Ver- 
mandois , Preuofté de Ribemont ; la Terre, Chaftel & Seigneurie 4 
Nouyon audit Bailliage; la Terre & Seigneurie de Chaffeleraud , au Comté 
de Poidtou; les Tetres & Scigneuries de Le Ferté-Bernard, Maine-la-rhhés cr 
Sablé, au pays & Comté du Maine; les Terres & Séigneuries 4 Nogent-le- 
Rotros, Sion, Mommiral, Anton, la Bafache, Rinery, la Ferriere, Montlandon, 
Montigny, Alluye, Pierre-coupe, aflis au pays & Cérhté du Perche & pays 
Chartrain; les Terres & Séigneutiés de Élairen & de Conterbache, aflis préz 
la Rochelle er la Senefchaufice de Saimronge; les Térres &'$rigneuries 
de Longinmel & Chaily, en la Prévofté de Paris, -& une maifon aflife és 
Fauxboôurgs de Sainc Marceau prez Paris, & autres plus à plein par eux 
declaréés, atrec leurs appartenances. Sur quoy auôns voulu ov'ir noftre Pro: 
cureut , qui Nous a fait dite & remonfirer ictlies Terres & Seigtieuries 
pat nofdits Coufiris démandées Noûs'competer & appatrenir À éaufé de là 
Coutonne, mefmretmerit lés aueutires & ls autres M ir +" suis 
| Cci 


1 48 3. 


Au Pleffis lez 
Tours s, Mars 
z p à 8 3. 


388 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


2483. 


LS 


faic par noftredic Coufin Charles d'Anjou Roy de Sicile ; par lequei teits- 
ment il auoit inftitué fon heritier vniuerfel noftredic feu Seigneur & Pere. 
Apres lefquelles chofes ainfi par noftredit Procureur prapolces cuft eftc dt& 
repliqué pour la partie de nofdits Coufins, que lefdices Terres & Seigneu- 
ries n’eftoient de noftre Domaine, ni aufli tenués en Pairie ni appanage 
dela Couronne , declarans expreflément qu’ils n'entendoient aucune chofe 
demander ou requerir en ce que noftredit Coufin Charles d'Anjou auoi 
tenu en Pairie & Appanage , ni femblablement à ce qui feroit trouué eftre 
de noftredir Domaine : & au regard dudit ceftament, difoient que felon 
les Couftumes généralement gardées és lieux & pays où lefdices Terres & 
Seigneuries font affifes, infticurion de heritier ‘n'a point de lieu, & s'en 
rapportoient à ce que notoirement en eftoit fceu’ & tenu par tout .efdits 
lieux & pays. Lefquelles parties ainfi ouyes par Nous& les Princes de nof- 
tre Sang, & autres gens de noftre Grand Confeil, euft efte appointé qu'el- 
les bailleroient leurs faics & raifons par vn brief intendit d’vn coufté & 
d'autre, poar fur iceux faire inquifition par thaniere d’enquefte , qui feroit 
rapportée en dedans deux mois lors fuiuans, & pradüiroient tout ce que 
bon leur fembleroit , pour le tout veu, en-eftre ordonne & fait droit ainf 
qu’il appartiendra pat raifon. Et en oultre, fut-appointé que nofdits Cou- 
fins , tant pour lËur demeure que pour leur viure & conduite de ce procez 
auroient deflors les Chaftel, Ville & Manoir de Chañtelleraud, & la fom- 
me de fix mille liures tournois , à la prendre & perceuoir fur le reuenu & 
plus clairs deniers des fufdites Terres par eux demandées, Enfuiuant le- 
uel appointement, & par vertu d’autres nos Lettres fur ce données, nof- 
dits Coulins ont à toute diligence fait befoigner en ladite inquifition & 
enquefte, noftredit Procureur deuement appellé; laquelle enquefte 2 efté 
rapportéc deuers noftredit Grand Confeil : & aufli ont produit nofdits 
Coufins leurs Lettres & Tiltres au témps fur ce préfix, Mais noftreditPro- 
cureur a toufours dilayé , tendant afin que ladite caufe & matiere fuft ren- 
uoyce en noftredice Cour de Parlement à Paris. A quoy de la partic de nof- 
dits Coufins fut dit que ladite. matiere fe pouuoit vuider par leur enquefte 
& produétion; car les chofes propofées par noftredit Procureur n’eftoient 
que fuites ou nyances, &.pour ce requeroient que les deflufdites Terres 
& Seigneuries leur fuflenc entierement deliurées, du moins par maniere 
de prouifion dés maintenant pendant lefdits procès, atendu qu’ils n’auoient 
de quoy viure, & que de la prouifon de fix mille liures dont deflus eft faite 
mention, il n’auoient pu recouurer aucune chofe, & fi auoient frayé 
beaucoup pour obtenir l'exécution d'icelle, & par ce ne leur eftoit venu de 
ladite prouifion que tout dommaige, & leur voulfift miculx que iamais ne 
Jeur euft.efté donné, ainf qu'ils difoient; & il foit ainfi que aucuns Princes 
de noftre Sang complaignans l'affaire de nofdits Coufns, Nous ayent fait 
pour iceux nos Coufns cres-inftantes requeftes, & femblablement les Gens 
des trois Eftats de noftre Royaume, lefquels en la publique Affem- 
blée d’iceulx Eftats Nous ayent par deux fois humblement fupplié que 
voulfiffions auoir pitié du fait de nofdits Coufns : SÇCAVOIR FAISONS 
qu eu à cs dices Requeftes, veu & vifité ledit procez par les Gens 
de noftredit Grand Confeil, 8 oy leur rapport, & aufli l’aduis & opinion 
de pluficurs Princes & Seigneurs de noftre Sang, & autres de noftre Con- 
feil eftanc alentour de Nous, confideré tout ce que fait à veoir.& confde- 
fer en cette partie, & mefmement pour aucuns piteux & charitables re- 
gards, auec la proximité de lignage. à quoy nofdits Coufins Nous atrien- 
nent & Nous 2 iceux nos Coufns, de pleine puiffance & autorité Royale 
Jeur auons baillé & deliuré, baillons & deliurons lefdites Terres & Sei- 
gncuries venuës de la fucceflion dudit feu Roy Charles d'Anjou, leur oncle 


DV ROY CHARLES VIII 389 
maternel.à caufe de noftredite Coufne leur mere; c’eft à fauoir, la Comté 
de Guife en Thierache au Bailliage de Vermandois, Prevofté de Ribemont; 
la Terre, Chafteau & Seigneurie de Nouyon audit Bailliage; la Terre &c 
Seigneurie de Chaftelleraud , au Comte de Poiétou; les Terres & Seigneu- 


1483: 


rie de Mayene-la-luhes, Sablé & la Ferté-Bernard, aflifes au Comté du 


Maine; les Scigneuries de Nogent-le-Rotrou, Bion, Montmirail, Anton, 
Barache, Riuery, la Ferriere, Montlandon, Montigny, Alluye , Pierre- 
Coupe, aflifes au pays & Comté du Perche & pays Chartrain; les Ter- 
res & Seigneuries de Clairon & Coulerbache, aflifes prez la Rochelle en 
la Senefchauflée de Saintonge; les Terres & Scigneuries de Chailly & 
Longiumel, en la Preuofté de Paris, & vne Maifon aflife és Fauxbourgs 
de Sainc Marceau prez Paris, auec leurs appartenances , pour en iouïir 
pleinement & paifiblement par maniete de prouifion fous noftre main iuf- 
ques à ce que par noftre Cour de Parlement à Paris, parties ouyes, autre. 
ment en foit ordonné : réferué que Nous pourrons pouruoir & commettre 
à la garde des Places fortes & principales d’icellefdites Terres & Seigneu- 
ries, fi bon Nous femble; & auons renvoyé & renvoyons à icelle Cour de 
Parlement ladite caufe & procez , enfemble les parties en l’eftat qu'ils 
fonc, pour proceder fur le principal de ladite matiere au premier iour du 
mois ke luing prochain venant : moyennant laquelle prouifion prefente 
nofdits Coufins ne pourront demander aucune chofe à caufe de l’autre 
rouifion fors iufques àla datte de ces prefentes de fix mille liures, nonob- 
ant quelconques dons faits à quelques perfonnes que ce foit par feu nof- 


tre tres-cher Seigneur & Pere, & par Nous confirmez & donnez de nou- 


uel, oppofitions ou appellations quelconques faices ou à faire, & fans 
préiudice d’icelles. Si DonNnons en mandement à noftre ame & feal 
Confeiller en noftre Grand Confeil Maiftre Charles de Bayencourt, aux 
Baills de Vermandois & de Chartres, Prevoft de Paris, Senefchal de Poi- 
tou, & luge du Maine, ou à leurs Lieutenans, à vng chacun d’eulx à qui 
il appartiendra, & à tous nos autres Jufticiers & Officiers, que noftre pre- 
fente Ordonnance & Prouifion ils fouffrent & laiflent ioïr. &: vfer pleine- 
ment & paifiblement nos Coufins, fans fur ce leur donner, ou fouf- 
frir eftre donné aucun deftourbier ou empefchement, en contraignant à ce 
faire tous ceulx qu'il appartiendra par toutes voyes & manieres deués & 


raifonnables , nonobftant comme deflus. En tefmoing de ce Nous auons 


fait mettre noftre Scel à ces Prefentes. DONNE 44 Pleflis du Parc lez Tours 
le cinquiéme iour de Mars, l'an de grace mil quatre cens quatre-vingts 
&c trois, & de noftre Regne le premier. Sic fignatum füpra plicam, Par le 
Roy en Jon Conftil, auquel eftoit Monfeigneur le Duc de Bourbon Con- 
neftable de France, les Comtes de Clermont, d’Albret, & de Dunoys, 
Vous *, les Euefques :d’Alby, de Perigueux & de Conftances, les Sei- 
gneurs de Gyé & Defquerdes, Marefchaux de France, de Torcy & de 
Comminges , de Richebourg, de Baudricourt, Argenton, de Genlyÿ , de 
la Roche, de Vaten &' de l’Ifle, Maiftres Bernard Lauret premier Pre. 
fident de Tholoufe, Iehan Chambon, Pierre de Safñerges, Guillaume 
de Cambray, Philippes Baudot, & autres prefens. Petit. 


Traité de confirmation & renouuellement des Alliances 
: de Franc & d'Efcoffe. L 


"ACOBVS Dei gratia Rex Scotorwm, vninerfis © finguls ad quorum noti- 
tias prefentes Littere peruenerunt, Salutem in Domino noffro Iefu-Chriffo qui 

ef omnium vera falus, pax lets C* gloris Jempiterna. Sacris credimus cloguiis vt 
fraternitatu fœedue G vinculum charitati, tamquam lg go perfecrie- 
| CCc 1) | 


# C'ef le 
Chancelier, 


AEdimbourg, 
less. Mars 
146% 


399 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
fabilem columnam, que nanquam excidit, iuxta nobis commiffum onus 
ipf Jollicitè perfequemur, Ce qui Jub auttore pars imperant Reges , & domi- 
nañtur Principes ad vnitatem [firites Bnceram dileffionrm, per quam Regum amor, 

x popalorum filioram bereditas, O° fhes aterni Regni confermantur aïcuratif]- 
mè jufitemu. Sanè cum Juperni Regis prosidente clepientie, mulns euvluti an- 
serum curriculis, inter inclitiffimarum recordationum vita funitos Francorum ex 
vna G Scotorwm guondam Reges partibas ab altera certè confæderationes, lige, 
smicitie, paëtiomes, fraternitates, vonsentiones G* inteligentie ex antique ritè 
srdinnie, concepte, contrafe, inite, compaif. fuerunt, firmate, renesate, abfo- 
due de inuiolabiliter confersate pro [e, fuifque beredibus, [en faccelforibus in Juis 
Regnis lrgirimè fhccflures , Regnis, Dominiis , ditionibus, fubdité, amicis Cr 
denenoks fuis fibi adherentibus CG adhafuris, ac omnibus quorum intererat, aut 
éntercfle poterat, ficut per Regum ipforum Litteras patentes C autienticas lucu- 
calentins poterit apparere, quarum originalis in vtrisfque parti Archiuxs non 
immerito accurata [ollicitudine conferuantur. Nos eapropter maïorsm noffrorum vef- 
sigiis inbarentes, © anime noffro renoluentes quam [alubre, quam [iane, quam 
Selutiferumque [emper extiterit is vnitatis amore vinculum charitatis, pacis € 
amicitie inuiolabiliter obferuare qua Jia virtutis efficacia, Ecclefie membra, folidè 
ad inuicem coniclfa cum Chriflo Saluatore coniungir, coque modo ot fémel perficrè 
coniun(Yos aliquando fegregari aut dinortiari non finat, nec in mutni auxilii, ro- 
boris G wirium comributione deficere , alisfque innumeras vtilitates G incffabilia 
rememorantes bencfcia, qua retro lapfis temporibus prefatss Regnis, Regnicolis, 
ditionibus G fubditis ex antiquis ligis € confederationibus huiw/modi prosenc- 
vunt, ferantes in Domwine omniurm Saluatore, quod preditfarum confæderationnm 
vértus Gr: efficacia commiffis wirinfque Regni Regibus, populis perpetue chariratis 
iafunder amorem. Vnde GC Regum ip/orum felicitas, © Regnorsm [norum robur 
© fortitado validius femper accrefies cum excellentiffimo inuittiffimoque Principe 
Gerolo moderno, Dei gratis Chriffaniffime Francorum Rege, fratre d- confæderato 
soffro charifimo sppunéfuamus, concordemus G: concledimus in modum C for- 
sam fhbféquentes. Ne 0 

I. Quia ex prifto G longe tempore vltra omnixm hominum memoriam amici- 
tie, ligz G confæderationces falfe facrunt inter fanctiffine memoris Francorum 
Reges, haredes , fucceffores, Regna, Terres, Prouincias G fabditos [sos, G Nos, 
baredes, fucceffores, Regna, Terres, Preuincias C* fabdites noffros, ideo in pre- 
fenti tunc tratfatur, concluditur C* concerdatur inter eundem Chriffsani[fimum 
Principem, G Nos per lincam vnionis, confæderationis Gr amicitie, in bons fide 


_ eadens coxfæderationes G: amicitie, 0 Jernentur NE in perpetuwm; C 


ab ipfo tempore in antes perpetuis futuru temporibus, C* nos amorem diéfo Reg 
Francis, [is haredibus C fuccefforibus fersabimus , GC cifdem auxilium , confi- 
Gwm G: folames, vt fidelis amicus confæderatus dabimus C preffabimae. 

IL Et primo. Qsia Rex Anglit © [as predeceffores fepensmere nixi, cr conati 


* faut tota {na potentis Francis C* Scotie Regnis damna G difpendis violenter is- 


ferre, capropter Chrifiianiffimnus Francoru»s Rex, fni heredes + facceffores, 
Nos, noffri beredes GC fucceffores Scotorum Reges adinuicem obligati exiffimus ; 
$x cum obliçati erimus Anclicorum damnis, grauationibus G° iniuriis obsiam ire, 
GC" cifdem pro viribus obfiffere, bac via, modo CG forma, G omni tempore quo 
Chriffianiffimus Francorum Rex, [ui heredes G fucceffores fupradicti cgebunt au- 
xilio, few confilio, tempore guerrarum ant paris contre Angie Rrgem Nos, here- 
des Gr faccefores noffri antediti, moffri fubditi G* Communitates Chriffianiffimo 


Francorum Regi confilium GC auxilium dabimus in quantum poterimus noffra- 


. Sum genéium côpiis € pecuniarum fmbfidiis, © ir. perfônis propriis y fe fit opus, 
. C° ctiam aducrjis omnes aduerfaries infra G* extra Francie Rega, qui Vimere 


+ S mori pafani, vclati fdelis vonfæderatus fo confaderato fasere debeat © te- 


HEUINT, 


re comptent TES © 


| 


DV ROY CHARLES VIII" 39 — 


: AIT Et idem Rex Francie, [ui beredes G* fuccefforer, C-eorum Commhhitatés 


fmili nodo.omni tempore quo Nos;‘noffri beredes & \fcceffores Jubditi G Com, 


munitates egebunt auxilio G confilio guerrarum aut pacis tempore, contra Anglie 
Regem fuosberedes 6 fücceffores dabunt nobis anxilium d confilium ; in quan- 
sur potcrunt j Jharum gentium copiis © pecuniarum fubfidiés ‘Gin perfonis “pro: 
préis , ff apus' fit : C7 ctiam aduerfus omnes aljos adnerfarios extrà &'infra yofire 
Regna, qui vivere CG mori poffuns ; veluté fideles confæderati. faceré confæderasd 
dehesnt.C tencaniur, RE 
“EV:Secundo, 55 guerre mote fuerñnt, feu:moucantur inter tumdem Chriffisni[à 


fimum::Erincipem Frañcorum Regem , | PTE haredrs &.flcceffore sy ŒR egens An 


gli à fuos.heredes C fucceffores , Nos, noffri baredes r'fucceforesvesebimur , 
tenebuntur., obligabimur , C* obligabuntur: querram: facere pro totznoffra potentis 
faper Réegem. Ançglis, fuos heredes & fucceffores , quam.cito de môtiore ditfarum 
gserraram nos certiores per fcripturam fufficientem fecerir, feu fecerint, ant “per cer- 
tam relationem, few per vocem communem fuerimus certificati, treugis nibilominus 
vaptis @° pendéntibus inter Chriffianiffimum Francorum Regem G'Anglie Régem 
fnitis, vel per quemcumque alium modum, per factum dittorum Anglicorum raptis 
C.annullatis. CE — HUE _S nn 
- V. Et pariformiter fi guerre contra Nos, noffros beredes C° fucceffores per  An- 
glie Regem:, fuos beredes Gr fucceffores mote fuerint , few moueantur , sunc Chrif- 
tianiffimus Francorum Rex, fui heredes & fucceffores tenchuntur © obligabuntur. 
guerram facere pro tota [ua potentia Juper Regem Anglie, fuos baredes G facce[- 
fêres, quam cito de motione dicfarum gucrrarum dilfus Chriffianiffimus Franco- 
rum Rex, fui heredes G fucceffores per fafficientem [exipturam fuerint certificati , 
ant per certam relationem, vel vocem communcm , tTeucts ribilominus captis, © 


nunc pendentibus inter nos, noffros heredes Gr fucceffores, € Regem Angie, fées: 


beredes @ fucceffores, ut dictum eff, finitis, vel aliquem modum per Ançglicorum 
factum ruptis, aut quomodolibet annullatis. es DL - 
- VI. Tertio, Nos, heredes noffri G facceffores: Scotiè Reges, non pcrmittemus, 
patiemur, nec fuffinchimus via aliqua aliquem ex noffris fubditis praeffare vel do- 
nare auxilium , confilium aut fauorem Regi Anglie, fuis beredibus € fucceffori- 
bus, confæderatis, feu auxiliatoribus cinfdem, ncc ire aut effe in auxilio per ffipen- 


dia, aut fine ffipendiis aliquo modo aut Via quacumque cum dicto Rege Anghiz, 


ant cum aliqua perfona quacumque, qua fit inimica, aduerfaria, aut rebells dicfo 
Chriflianiffimo Francorum Regi, fuss baredibus aut fuccefforibus, Regno ho, fuifue 
Communitatihus in grauamen, preiudicium aut damnum ditti Francorum Recw, 
fhorum heredum , [ucceforum , fubditorum € Communitatum fuarum. 

VIT. Er pariformiter Chriffianiffimus Francorum Rex, fui heredes  fucceffo- 
res non permittent, patientur, ncc'aliquo modo aut vis füffinchunt aliquem ex 
Jus fabdité dare aut praflare aliquod auxilium, confilium, vel fanorem Regi 
Anglie, fus heredibus © fuccefforibus, confæderatis, aut auxiliatoribus, vel ire, 
aut cffe in auxilio cum flipendio, aut fine ffipendio, aliquo modo aut via cum ditfo 
Rege Anglie, vel cum aliqua quacumque perfona, qualifcumque fuerit, inimica, 
aduerfaris, aut rebellis Nobis , noffris heredibus € fuccefforibus, noffro Regno, 


_moffris Communitatibus in granamen, preiudicinm aut damnum nobis GC noffris 


<: ess - 


1483 


beredibus er [uccefforibus, vel noffris fubditis € Communitatibus : C° fi poft inbi- 


bitioncm, vel generalem prohibitionem defuper faifam aliquis ex dilfw Francie G* 


Scotis Regnis compertus fuerit, qui aut in preterito fecit, aut in prefenti vel in. 


füturo fecerit , hic capictur, @ punictur avt traditor €* rebells contre fuum Prin- 
cipem © Regnum , fine gratia, faucre , ant remiflione defuper cidem indul- 
enda. LT | 
VIIL Quarto. Qwod aduerfarii @ manifefli rebelles Chriflianif]imi Franco- 
rum Regw, fuorum hberedum. & faccefforum nullo modo recipientur per Nos, here- 
des G* fucceffares .noffros Scotis Reges, nec manutenebuntur publicè nec prinarè 


Ÿ s 
KW 


148 3. 


393 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 

infra Regnum noffrum aus Dominium Scotis, quam cito, C* ab ea.temporé quo 
per nn Francorum Regem Nos fucrimus, ant ipfi fuerint fuper bec 
requifiti. + ji cu 

TX Et pariformiter Chriffiani[fimses Francorum Rex, fui beredes. & fucceffo- 
res nullo modo recipient adserfarios G manifefles rebelles noftros, nec massteme: 
bunt publicé vel prisatè, quam cito, G: 4b co tempore quo dictus Chriflianiffimns 
Princeps, fui.beredes G fucceffores per Nos, noffros baredes © fucceffores fuerit, 
vel fuerint requifitus, aut requifiti : quin imo Nos Francis Cr Scotiæ Reges, meffré 
baredes € fucceflores, obfersabimus G* obfernabunt honorem , ntilitatem ‘ins, 
prévilegium C* immunitates Regum aliorum , fuorum beredum C° fuccefforum, Cr 
inducemus C.inclinabimus ad totam noftram potentiam uoffros amicos, confæde- 
ratos in amorem Cr auxilium mutuwm corumdem Regum , hercdum G [ucceffo- 
ram fuorum Regnorum GC Communitatum , C* fcandalum , vituperationen 
dampum alicrins Regis aut Principis alter alteri, pro [wa aucforitate @ poteffate 
tolles C delcbit. | | 

X. Quinto. Nos, noffrique fucceffores , non poterimus nec valebimus, prteruns 
vel valehuns treugas inire cum Rege Ançglie, [us bercdibus C fuccefforibus abfque 
conjenfs Chriffianiffimi Francoram Regw, fuorum beredum G* fuccefforam, ant 
Jaltem quod dilfws Chriffianiffimus Fraucorum Rex, fusm Reçnum € Communi- 
tates fins in treugu comprehenfi, niff ita fit quod ipfe Frarcorum Rex, fui bare- 
des, fucceffores C* Communitases noluerunt in treuçis comprehendi. * 

X I. Et fimili modo ipfé Chriffianiffimus Francorum Rex, füi beredes  fuc- 
ceffores treugas inire non poterunt, aut valchunt cum Roge Anglie, fus beredi- 
bus S fuccefforibus abfque confenfs noftro , noffrorum heredum € fuccefforum , ant 

Jeliem quod Nos, noffri heredes ant fuccelfores | Regnum GC Communitates im 
éremgss fuerimus comprebenfi ; vel niff ita esencrit, gwod Nos, noffri heredes C7 [uc- 
cefféres, Regnum C* Communitates, soluerimus GC noluerint in cifdem treugis com- 
prehendi ; in quo cafu alter Principum confæderatorum debet fignificare Principe 
Cr" confæderato comprehenfo , infra nouem menfes poffquam dicfe treuge Jint inite, 
ad notitiam GC cognitionem Principis cas ineuntis deucnerint, quod confæœderarus 
Jaus fit in cifdem treugis camprehenfus. Verum fi Princeps confœderatus in treuçu 
comprehenfhs', [ua vtilitati pro tempore confulens, manifeffaucrit Cr declaraueris 
fe nolle in treugis comprehendi, tunc Princeps treugas iniens, in treugis rema- 
sens, fuo confæderato in guerris cxiflenti iuxta vim € formam confæderationsm 
antc faifarum [ubucniet, vt bonus CG fidelis confæderatus facere debeat [no confe- 
derato, G tencasur, fic G* co modo quo omni tempore confæderationes veteres is 
Juo robore C° firmitate permancant. | | 

XII. Sexto. Nos, noffri heredes CG fucceffores Scotorum Reges, non valebimus 
ec valebunt pacem facere cum Rege Anglie, fuis beredibus © fucceforibus abf 
que expreffo confenfu Chriffiaviffimi Francorum Regis, fsorum hæredum © fuccef- 
Jorum ; aut faltem abfque co quod ipfe Chriffianiffimus Francorum Rex, fus hare- 
des G fucceffores , fenm Reznum C° Communitates fJint integraliter compre- 
ben fi. 

* III. Er fimiliter Chriffianiffimus Francorum Rex, Jhi beredes G fucceffores 
non valebunt Pacem facere cum Rege Anglis, fuës heredibus G fuccefforibus abfque 
soffro confenfs, noffrorum hercdum G* fuccefforum ; vel faltem abfque co, quod 
Nos, noftri heredes Gr fucceffores, nofirum Regnum CG Communisaies integraliter 
fucrimus G: fucrint comprebenfi. 

XIV. Septimo. $5 cafw emenerit, quod Deus awertat , Nos, noffros bercdes 
Ce facceffores in fata deccdere abfque bberw de noffri corporibus legitimè procrea- 
#15, ff contentio, dinifio, aut diftordia füuper iure facceffiorw noffri Regni Scotie 
inter contendentes mouecatur, in hoc cafs Chriflianiffimus Francorum Rex, [us 
beredes € fucceffores non fabuenient contendentibus, nec per fe patientur vt g8a- 
ditercumque partibus fubueniatar ; verum buisfmodi lits G- debate decifo fret per 

Regni 


= —__…— 


DV ROoOY CHARLES VIlIli. 393 =" 


Regni noffri Prelatos, Magnates @ Proceres, fecundum tenorem Legum, Iurium . 14 8 3: 
G Statutorum ciufdem G* hereditarÿ Iurw, C Chriffianiffimus Francorum Rex; 
féi heredes Gr fhcceffores eum pro Rege amico fwo €: confæderato habchant € re- 
putabunt, qui inre hereditario per Regnum aut partem cins maiorem approbabitur. 
Et fi aliqui cius aduerfarii per poteffatem Reçw Anglie; [aorum heredum GC fuc- 
cefforum guerras contra eum moucrint, qui modo premiffo pro Rege approbabitur, . 
Chriffianiffimus Francis Rex, fui hercdes G* fucceffores manutenchunt € defen-. 
dent eumdem fic approbatum contra fuum aducrfarium , G* fibi adherentes C* 44- 
xiliatores in vim G* formam confœderationum anteditfarun. | | 
XV. Et pariformiter fi contigerit, quod Deus auertat, Chriffiani [firm Fran- 
corum Regem , [uos beredes & fucceffores in fata decedere abjque libers de corpori- 
bus fins legitimè procreatis, ff contentio, diuiffo aut diftordia fuper iure fucceffio- 
nis Regni Francis inter contendentes moucatur, in hoc cafx Nos, hercdes noffri 
facceffores contendentes non fubueniemu:, nec fubuenient, nec per Nos patiemur ut 
qualitercumque partibus fubueniatur : verum buinfmodi lins G debate decifio fies 
per Regni Francie Prelatos, Magnates G Proceres, [ecundim tenorem Legum , Iw- 
rium G* Statutorum ciufdem © hereditarg iuris. Et Nos, noffri heredes G fucceffores 
cum pro Regé amico noffro G confederato habcbimus © reputabimus , qui iyre he- 
reditario per Regnum aut partem cius maiorem approbabitur. Et ff aliqui cius ad- 
nerfarii per potcfiatem Reg Anglie, fuorum beredum € faccefforum guerras con- 
tra cum moscrint, qui modo premiffo pro Rege approbabitur, Nos, noffri hercdes 
Gr" fucceffores manutenchimus © deffendemus eumdem fic approbatum contra fium 
aduerfarinm, CO fibi adherentes Cr auxiliatores in vim G* formam confæderatio- 
num antedicfarum. | | | 
- XVI Otavo. Quod dicfe confæderationes approbabuntar , ratificabuntur G: 
confirmabuntur per Sanctiffimum Dominum noffrum Papam , G* quod Chriflianilf- 
mus Francorum Rex, fui heredes G facceffores, nec Nos, noffri heredes & fuccef- 
{ores Stotie Reges clèm nec apertè faciemus, aut facere procurabimus , aut procu- 
yabunt per Nos Francie G* Scotis Reges noffros beredes € fhcceffores, Regns, aut 
füabditos, Nos à iuramento faéfo aut fiendo abfolui fuper obféruatione € perfrita 
cuflodia confæderationum antedilfarum. | | 
XVII. Nono. Si Sanfiffimns Dominus noffer Pontifex Maximus proprio ve- 
dit motu , aut perfone alicuiws induction Chrifianiffimwm Francorum Regem , fuos 
baredes G fucceffores , aut Nos Scotie Regem, noftros heredes cr fucceffores, Regna 
aut fubditos à iuramento [apraditfo abfüluere, vel buiufmodi iufiurandum annul- 
bare, nec Chriffianiffimus Rex Francorum, Jui heredes CG fucceffores , nec Nos, 
#offri heredes @ fucceffores , uti poterimus, aut:poterunt, debchimus, aut debchuns 
vla via buinfmodi abfolutionss bencfcio ; quin imo Nos, Reges, beredes noffri G 
fucceffores fruabimus G* férmabunt, C° inuiolabiliter cuffodiemus G: cuffodiens per- 
petuis futurs tensporibus verè G: fanétè buiufmodi confæderationes in omnibus ar- 
ticulis G membre abfque dolo Gr: malo ingenio, fine aliqua ve in contrarium agen- 
da, fic G co modo ac fi ditfa abfolutio inramenti, G huiufmodi annullatio à Ssm- 
mo Pontifice nunquam fuiffet emanata. | 
XVIII. Decimo, & nouifhimo. Nos lacobus Scororum Rex , pro Nobis, bare: 
dibus € fuccefforibus noffris Regno GC Dominiis, Terris C fubditw, confæderatio- 
nes, traifatus, compofitiones , patrionces , ligas, fraternitates, amicities initas inter 
Nos G Chriffianiffimum Principem Carolum Francorum Regem modernum frde- 
ya, ac omnia O° fingula in prediciss confæderationsm , ligarum C* amicitiarum lit- 
ter contenta, concordata C° declarata, € cas in fPeciali qua poff tempora deceffus 
olim fanéfe memorie Caroli Regis Francie@ Nauarre, @ Roberti Scotorum Re- 
gis fui nominis Primi, @ Carol Francis Regw fui nomini Septimi treuge inuio- 
labiliter fuerunt, Gr fine contrarictate aliqua inter Principes obférvat.e in omnibus 
fs punitu, articulss CG membris, landamus , acceptamus , ratificamus, validamus, 
roborams Gr approbamus , iterumque Cr de nono traitamns, pas fisiruss » 60h- 


/ 


39924 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 
148 3. #rabimus G frmamus: promittimns infuper bons fide, € ceffante dolo G malo in. 
éo pollicemur G inramas fuper Sanita Dei Evançgelis per Nos corporaliter taëfa, 
*AL Awbigny. préfentibus nobili G potenti Domino Beraldo Steusard , Domino de * Albigny, G- 
Magiffro Petro Millate vtrinfque lurss Doéfore, Ambaxiatoribus, Legatis, Commif- 
Jfariss, Oratoribus, Nuntiss  Confülibus Excelentiffimi » Inuicfiflimi @ Chriffia- 
néffimi Principé Carol Francorum Regis modern frasré CG confæderati noffri 
amantiffimi, fab obligatione Gr bippotecha omnium bonorum noffrorum, beredum Ge 
fnccefforum prefentium C futurorum , Nos omnia C fingula premiffa modis G vis 
quibus Jupra firmata, inita compalfa traifataque funt tencre , G de panito ad 
nitum implere € inuiolabiliter obférsare. In quorum omnium premifforum fidem 
Cr teffimonium prefentibus Litters noffris magnum figillum noffrum apponi feci- 
mus apud Edinburghum wicefimo fecundo die menfis Martii, anno Domini mille- 
fimo quadringentefimo ocfuagefimo sertio, C7 Regni noffri vicefimo quarto. Sic 

fignatum , lAMES. 


Lettres du Roy Charles VIII. par lefquelles il furçoit les appel< 
lations des Ilugemens rendus par les Iuftices des Villes 
& Pays de Flandres. 


À Nofre-D- 1 ARLES par la grace de Dieu Roy de France : 4 som ceulx qui ces 
me de Clery, prefèntes Lettres verront, Salut. Noftre tres-cher & tres-aimé frere & 
&sDectmbre coufin le Duc Philippe d’Auftrice, Comte de Flandres, Per de France , Nous 
si a, pat l’aduis de ceulx de fon fang , & gens de fon Grand Confeil eftans & 
ordonnezlez luy,& à la requefte des trois membres de fondit pays de Flan 
dres, fait dire & remonftrer que ledit pays de Flandres eft pays fort hanté 
&c frequenté de Marchands cffrangers plus que nul pays qui foit deçà la mer 
Occeane, & cft fort pesplé G habité tant dedans les bonnes villes que par 
le plat pays. Et foit ainfi que les crois principales de la Langue Flamengue 
qui font Gand, Bruges 8 Tpres, que l’on dit les trow membres de Flandrespar 
lcs Preuileges, Couftumes & pe Ex dudit pays, ont de toute ancienneté 
cfté regies & gouucrnées tant au fait de la Police d’icelle que de la Juftice 
qui fe fait & adminiftre entre les inhabitans & les Marchands qui y han- 
tent & conuerfent par les gens de loy defdites Villes qui ont cognoiffance 
de tous cas ciuils & criminels de leurs Bourgeois & inbabitans, & d’autres 
dont ils ont accouftumé cognoiftre, & que de toute ancienneté ils ayent 
*AL FÆfs, pretendu & maintenu que pour le bien & cours dela Marchandife, l’effre * 
& entrerenement defdices Villes & de leur Police, ils n’eftoient appellables 
ne refformables en cas ciuils, ne en cas criminels, & que pour le differend 
qui en ce a cfté au temps pañle, feu noftre oncle le Duc Philippe de Bour- 
gongne Comte de Flandres obtint en l’an 1445. de feu noftre cres-chier 
Seigneur & ayeul le Roy Charles, que Dieu abfoilue, Lettres Patentes par 
Icfquelles toutes les caufes & procez qui pourroient venir pardeuant luy & 
en fa Cour de Parlement à caufe des jugemens faits par lefdites Loix ,en 
cas d'appel, & fouueraineté, furent lors mifes en eftar & furfeance l'efpace 
de neuf ans prouchains enfuivans, fans plus auant y eftre procedé aucune 
ment durant ledit temps, & fans ce que par ladite furfeance aucun preju- 
dice fuft porté, fait ou donne à noftredit ayeul, ne aufli à noftredit oncle 
au droit de reflort & de fouueraineté qu’ils pretendoient au contraire, ne 
aufdites Loix en leurs pofleflions, droits, vfages, franchifes, libertez, & 
* C'ef à dire couftumes deflufdites, toutes voyes lefdits des Loix * de Bruges & d’Ypres 
ne © font bien contens de recognoiftre à noître frere & coufin le reffort en cas 
Vibes. civils de toutes Sentences & appointemens rendus par lefdites Loix felon 
la nature & preuilege des Reformations dont l'en ufe notoirement oudie 


bv RoY CHARLES VIII 39$ 
pays de Flandres, & confirmé par la paix. Mais en tant que couche les cas 
criminels, banniflemens & relegations dont lefdits de Bruges cognoiflent 
en la forme que l’on dit Les Framches Ferisex *, & d’eftre mandez d’eftre à la 
V'ierfchare *, & aufli en cas criminels dont lefdics d’Ypres ont cogneü & co- 
ghoiffent, ils dient & maintiennent qui ne fut jamais veû parauant ledit an 
45. qu'il en cuft efté appellé ne refformé, & que le bien & l’vtilité publi- 
que dudie pays de Flandres eft grandement que ainf foit faic & obferué: 
car pour ce que l’on trouue fouuentgens facinereux qui de tres-legier font 
cnclins à murmurer contre les Officiers du Comte ,ou contre ceux qui font 
en la Loy, & à inuencer & mettre auant chofes nouuelles qui feroient tres- 
prejudiciables au Comte & au pays, il eft bien neceflaire, & ainf a efté 
fait de tout temps, de proceder contre tels par banniffemens & relegations 
à certains ans, cfquels ainfi bannis ou releguez, s’ils eftoient receus à en 
appeller, mettroient à grande inuolution de procés lefdires Loix, & feroie 
facile occafion de troubler tout ledit pays, dont à moindre caufe fontfou- 
uent forties gucrres & diuifions en iceluy pays. Et pour ce que lefdits de 
Bruges & d’Ypres ont fait certains banniflemens & relegations contre plu- 
fieurs , les aucuns ont obtenu Lettres en cas de refformation de Loy des 
gens de noltredit frere & coufin de fa chambre par luy ordonnée en Flan- 
dtes,& d’aucuns appointemens interlocutoires rendus & commiflions bail- 
liées par lefdits du Confeil, lefdits des Loix de Bruges & d’Ypres fe font 
conftituez appellans, depuis lefquelles appellations, dont les aucunes font 
releuées ou anticipées en noftre Cour de Parlement, autres non les deputez 
des trois membres dudit pays de Flandres fe font trouvez devers noftredit 
frere & coufin, ceulx de fon fang & de fon Grand Confeil, par lcfquels, 
afin d’eviter tous inconueniens, troubles & diuifions inceftines, mefmement 
au prejudice de la paix dernierement faite entre Nous, noftre Royaume, 
noftredic frere & coufin, & fes pays, a efté auifé pour le mieux de mettre 
toutes lefdites matieres, tant celles desja venués audit Confeil de Flandres, 
comme autres qui en cas femblable pourroient.venir en eftat & furceance 
jufques à dix ans que lors noftre frere & coufin aura fon plein aage, Mais 
noftredit frère & coufn, lefdits de fon Confcil confiderant que pour ce 
pourroit toucher #o/fre reffort € founeraineté » #'ont en ce vouls conclure, ne 
prendre fin arreffée, fans fur ce auoir de nous noffre ocfroy, plaifir cr sec to 
ment, en Nous fuppliant tres-humblement vouloir confentir & accorder la- 
dite furceance : ScavorrR FAISONS que Nous defirans complaire à nof- 
tredic frere & coufin, & aufdits crois membres de Flandres , afin aufli que 
lefdites Villes de Bruges & d'Ypres foient entrerenués en bonne obéiffance 
cnuers noftredit frere & coufin, & entre elles auec ladite ville de Gand 
en bonne amitié & union, auons de noftre certaine fcicnce, pleine puif. 
fance & authorité Royale, confenti & accorde, confentons & accordons 
que toutes les appellations & refformations faites ou à faire en cas crimi- 
nels de ban & de relegations de ladite Loy de Bruges, qui fe iugent és 
jours que l’on dit Franches-Veritez, & d’eftre mandez d’eftre à droit à la. 
dite Vierfchare, & pareillement celles À faire efdits cas de crime de ban 
&c de relegations de ladite Loy d’Ypres, qui font desja commencées en la- 
dite Chambre de Flandres, & les aucunes releuées ou anticipées, & autres 
non en noftredite Cour de Parlement ,que autres cy-aprés pourroient four. 
dre & venir en cas pareil, foient & demeurent en eftar & furceance, juf- 
ques à dix ans prochains venans, continuels & enfuiuans l’un l’autre , à 
compter du iour & date de ces Prefentes; lequel temps durant Nous auons 
voulu & ordonné, voulons & ordonnons que efdites caufes desja meuës, 
ou autres à mouuoir, lefdits des Loix de Bruges & d’Ypre prefens & ad- 
uenir en corps ou en particuliers * ne faifoient ou puiflent ss arr 
F 


1483. 


* Franche Ve. 
rité eff ce 
qu'on appelle 
Affifes. 

* Vierfchare 
ef une luftict 
criminelle. 


*AÏ. se fois, 


396 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


148 3. refpondre ne proceder en noftre Cour de Parlement, & ce fans preisdice | 


des droits de noffre Rdffort  Souscraineté, & aufli des Poffeffions , Preuileges, 
Ffages C Couflumes difdits des Loix, lefquels en autres cas feront tenus reffortir 
pardesant noftredit coufîn en fa Chambre de Flandres, G: en Souveraineté en nof- 
‘tredite Cour de Parlement. Si donnons en mandement à nos amez & feaux 
Confeillers les Gens tenans & qui tiendront noftre Cour de Parlement à 
Paris, & à tous nos autres Jufticiers & Officiers, ou à leurs Lieutenahs ou 
Commis, & à chacun d’eux, fi comme à luy appartiendra, que de nos pre- 
fens, grace, voulonté, & ordonnance & furceance ils faifent, fouffrent & 
laiffenc noftredit frere & fefdics fuiets iouïir & vfer pleinement & paifible- 
ment ledit temps durant, fous les conditions & en la maniere deflus decla- 
* Le Chance- rée: Car ainfi Nous plaift-il eftre fait, nonobftanc quelconques Ordonnan- 
ire ces. reftrinétions, mandemens ou deffenfes à ce contraires. En tefmoin de 
« A1 Defquer. CC Nous auons fait mettre noftre fcel à cefdites Prefentes. Donné à Clery 


ner le cinquicefne iour de Decembre, l'an de grace mil quatre cens quatre-vingts G: trou, 
es, Philippes 


or Confeil, auquel Vous *, Monfcigneur le Duc de Bourbon Conneftable de 
& Lime France, les Comtes de Clermont, de Dunois, de Merli, & de Commin- 


sardie & Ar- GUE, les Euefques d'Albi & de Couftances , les Sieurs * des Guerdes, 
sois. d'Argenton, du Lude, Brandicourt de Vatan, & autres eftoient 4. Brinon. 


ayement des gages des Cent Lances des 


Eftat & Roolle du 
'Hoftel du Roy pour la + apr de fon corps, 


… Gentilshommes de 


cftant foubs la charge & conduite de Mefhire Claude de Mont- 


feucon, Cheualier, Seigneur d’Anglas, pour un an entier, com- 
mençant le premier iour d'Oétobre 1 48 3. & finiffant le dernier 

_ iour de Septembre enfuiuant, l’an revolu 148 4. ledit Roolle 
fait à Amboife le s. Auril 1483. 


1481. EssrrEe Claude de Montfaucon, Cheualier, Seigneur d’Anglas , Ca- 
pitaine .‘. ... . Bertaud de Mets, Meflire Gabriel de Montfaucon, 
Meflire Bertrand de Saint Chamand, Chatard de Rochedragon dit Mar- 
fillar , Iean Baftard de Saint Gilles, François Fowcaulr, lacques Dachier, Pier- 
te de Vantadour, Helion Dars, Loys de Montejan, François Berard mis en 
fa place du premier Juillet 1 48 4. Guyot de Dinteuille, Gilles Carbonnel, 
Anthoine de la Tour, Meflire Bertand de la Jaille, Louis Guenant, Ber- 
trand de Pontbriant mis en fa place du premier Auril 1 4 8 4. Robert de Luxe, 
Jean de Sufanne, Maurice Very, Guillaume de Severac, Iean Doilhac, 
Pierre de Gorjat, lean de Sorbieres, René de Sorbieres, Anthoine de la 
Foreft, Meflire Philippes Troufleau, Pierre de Chandio, Alain de Mont- 
faucon , Pierre de Launay, Jeannot des Barres, Olivier des Habatans, Iean- 
nequin Carrion, Anthoine de la Roche, Sauxin de Hurtebie, Carbon 4 
Montpefat, Iean de Touges dit Rouyn, Iean de Brebancois dit Charmon- 
eaux, Jean de Bournonuille, Martin Abaron, François de Pinmarch, Ga- 
briel de Grolce, Gabriel de /a Chaffre , Iean dù Pertuis, Anthoine de la Croix, 
Jacques de la Croix , Iean Louan, Sauuage des Bouës, Guillaume de Cor- 
nallin, Pierre de Langlade, lean de Poix, Antoine de Moyencourt, Ber- 
pard de Nawailles, Pierre de Nasailles, Nicolas de Brifay, Iean Nozille, Clau- 
de de Poifieu dit Capdorat, Rene Crefpin, Richart Ahamer dit Lallement 
Oliuier Baraton, Iean Duigny, François de Mainbier ; Pierre de la Boifhere, 


Louis de Bron, Artus de Bron, Louïs Baftard de Valence, Ican du Barry,, 
® Robert de Monigommery, lacques Yfozé, Charles du Pleflis, Iean duPleflis, 


& de noftre Regne le premier. Ainli figné fur le reply, Par le Roy en fon 


DV ROY CHARLES VIII. 397 
Pierre de Monteynart, Patrix Aloze mis en fa place du premier luillet 1484. , , 9 
Jean de Roffais, lean de Valence, Iean de Mareüil, Iean de Lefpare, Olivier se À 
de Mauny, Yuon Amon, Antoine #Graily, Iean Baptifte Difquénne, Pier- 

re de Nouice, Guillaume de Pontuille mis en fa place du premier Auril 148 4. 

Iean de Leftang , Iean le Voyer dit Pefchere, Gilles Gamarde, Guyor de 

Saint Genis en fa place du premier Auril 1 4 8 4. Hue de Torquefne, Pierre 
deMauille, Meflire Robinet le Beuf mis en {a place du premier Auril 1 4 8 4 

Jean Chenu, Iean Daloigny, Metlire Louis Rouffet Cheualier mis en fa pla- 

ce premier Auril 1 48 4. Louïs d’Auerton dit Vireton, Pierre de Launay dit 
Lefcorcheur , Guillaume Bertrand de Marteau mis en fa place premier Auril 

148 4. Iean Darblade ,Iean Bourat de Brezé, Pierre Daupin, Honoré Ade- 

nur, Lope Loreda mis en fa place du premier Auril 1 484. Colin Barbe, Col- 

loin de Vie, Yuon le Coq, Ortfoigne Daflus mis en {a place du premier 

Auril 1 48 4. Floques de Launay, Gallois Geoffroy mis en fa place du 22. Auril 

148 4. Mahieu Baftard d’Iuort, Bertrand de Las, Jeannot de 4 Farre mis en 

{a place du premier Auril 1484. Guillaume Grofparmy. | 


Au Roolle du payement des gages des Cent Lances de la mefme Compa- 
gnie pour un an, commençant le premier Oétobre 1484. & finiflant le der- 
nier Septembre enfuivant 1 48 5. fuiuantl’Ordonnance du Roy, & de luy f- 
gnée à Montargis le 12. lanuier 1484. il n’y a point d’autre changement, 
finon que Guillaume Duffel, Guillaume Pocquieres dit Bellarbre, & Porus 
de Lannoy font adjouftez au Roolle; & Antoine Deaux mis en la place 
d’Oliuier Baraton du premier May 148 5. Collin de Silly mis en la place de 
Guyot d'Inteville du premier Auril 1485. & Georges de Caftellane dit 
Ragufe mis en la place de Richard d’Ahamer dit Lallement du premier 
Tuillec 1485. | 


1484. 


Au Roolle du payement des gages de la Compagnie pour un an entier, 
commençant le premier Oëtobre 148$. & finiflant le dernier Septembre en- 
fuiuant 1 486. figné, Par le Roy, Iean de la Primaudaye Secretaire des Fi- 
nances, à Melun le 19. iour de Decembre 1 485. aux gages de 390. liures par 
an pour chacun defdits Gentilshommes, & 1200. liures pour l'eftar & entre- 
tennement du Capitaine; il n’y a rien de changé, finon que Raoul de Saint 
Romain Seigneur de Vallorge eft mis en la À su de Louïs de Rouffet du 
premier Juillet 1486. Geoffroy de Villars dit le Defert, en la place de 
Jacques Yfore, pour l’année ; Iean de Brebançois hors en 148 6. Jacques’ 
Dachier, au lieu de Guillaume Duffel pour l’année entiere, Olivier Hemon, 
au licu de Gallois Geoffroy, du premier lanvier 148 5. Lance en poing eft 
le dernier employé dans l’Eftat pour toute l’année. | 


12485, 


Appellatorins aëfus “Procuratoris Regii à prouifione facts, [eu nées 
a Sixto IV. “Papa de Epifcopatu Tornacenfi, fine confen u Reg. 


N nomine Domini, Amen. Tenore prefentis publici inffrumenti, cundfis pateat ; nevrmire 
À csidenter G fit notum, quod anno cinfdem Domini 1483. éndicfione fécunda, 1453. 
menfis vero Nouembris die 19. Pontificatus Sancfiffimi in Chriffo Patré G* Domi- 
ni noffri Domini Sixti dinina Providentia Pape IV. anno 13. coram R° in Chriffo 
Patre ac D. D. Francico * miferatione divina Awrelianenfi Epiftopo, in Ecclefia"C po 
Collegiata Sancti Lephardi de Magduno Juper Ligerim Aurclianenfis Diæcefis,meque Lib ur 
Notario publico G* teffibus infra fcriptui , perfonaliter conflitutus venerabilis ac 
circumfhectus vir Magiffer Petrus de Sacierges, Chriffianiffimi Principis ac Domins 
#oftri Demins Karoli Dei gratis Framcorum Regis Procurater nb" er in fui 
ii) 


1433. 


393 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 
manibus quoddam papiri folium ftriptum animo G* intentione prouocandi €: ap- 
pellandi, ac prouvcando d* appelando à Sanififfimo D.N.P. Sixto moderno, C à 
prouifione feu promotione per ipfum Sanctiffimum D. N. de Epifcopat Tornacenfi 
cuidam afferto Ichanni Mouiffac, de partibus Hannonie orinndo ; ac de omnibus 
cenfurss , procelions, fulminationibus faitis C inde fiendy, inxta ilius folis teno- 
rem, ficut dixit, proteffatus eff, pronocauit CO appcllauit , apoffolos pctist, G fe 
Jabmifit; cuius quidem folii tenor fequitur, € eff talis. FYERVNT prouocationes 
G* appellationes, G* à Legiflatoribus noffrés adinuente, ut gravati C* oppreff}, gra- 
sari veriffimiliter releuarentur, & andacia, imo veriss temeritas fic opprimendi 
reprimereiur. Cum itaque ciuitas Tornacenfis fuerit , prout adhuc eff, [nb obedien- 
dia Chriffianiffimi D. N. Francorum Regis, C* fuorum primogenitorum , ac ab omni 
auo fucrit de Regno, abundetque populi multitudine, Gr in confinibus Regni fita fit, 
prebeatque Regis Matcffatt opportunitate loci commoda multa C magna, interfitque 
plurimum Serenitati [ue in ca ciuitate que [ua eff, Epiftopum prefidere [ue Su- 
blimitati fdum € acceptum, C* ob hoc omnes huis glortofiffirri Regni Prefules 
facramentum fidelitatis Regi preflare confucnerunt ; nec ad huiufmodi Ecclefias 
praficiuntur, nifi de Regno, aut per Regem fatfa priss diligenti inquifitione de 
corum fidelitate probati C* accepti fuerint. Hi tamen non cbffantibus , dicbus fupe- 
rioribus vacauit ditfa Ecclefis Tornacenfis per vbitum quondam D. Ferrici dum vi- 
veret ultimi G pacifici Prefuls ; inconfulté in graue preindicinm Regni ac ipfius 
Chriflianiffimi Domini noftri Regw, G directè veniendo contra decrets Concilio- 
rum Conffantienfis C* Bafileenfis , ac Pragmatice Santiions, Dom. N. Sixtus 
Papa IV. de vire ignoto , C ipfi Domino Regi ac Regno prorfus infideli, C* non 
accepto, prouidere dicfe Ecclefse Tornacenfi, ut fertur, non erubuit, videlicet de 
quodam Iohanne Mouiffac de partibus Hannonie orinndo extra Regnum , C* qui 
Jfiperioribus anni [uw exigentibus meritis per Arrefflum C* Editfum Curie Parla- 
guenti de Regno exulatus * banitus fuit. Quapropter ego Petrus de Sacierges Pro- 
curator, © Procuratorio nomine ipfius Chriffianiffimi D. N. Regis pro [e C* fus ad- 
berentibus ac adherere volentibus, fentiens ipfum Dominum Regem ob hoc fuiffe Gr 
ejfe _—— lefum , tuns primo quod ipfe Sanitiffimus D.N. prouifionem de di: 
cfa Ecclefia Tornacenfi inconfulto Gr irrequifito dicfo Rege feciffe fe iatauit, quod 
Jecundum Iurw difbofitionem , ac Regni conffitationem © concordata facere non po- 
terat; um quia de perfona ipfi Domino Regi incognita é prorfus infideli » CO n0N 
grata nec accepta, quod de neceflitate Iurw requiritur, maximè in ciuitatibus li- 
mitrophis prout eff bac ciuitæs G- Ecclefia Tornacenfis, in qua ex antigua € ap- 
probatiffima confuetudine Regaliam, tam in (biritualibus quam in temporalibus ba: 
bet ipfe Dominus Rex, adeo quod frucfus G emolumenta didfi Epifcopatus facit [uos, 
C° collationem habet Beneficiorum , donec ille qui eff ad diéfam Ecclefiam promotus, 
suramentum fidelitatis ipfi Domino Regi fecerit, item etiam quod ille qui eff Epiftopus 
illius ciuitatis habet arces € fortalitia ex quibus [candala C* grauïis incommods 
oriri poffent ipfi D. Regi, * fuo Regno, fi dicfus Mouiffac ditfe Eccleffe Torna- 
cenfi praficeretur, C* ali quamplurimis de caufis fuo loco G* tempore diclaran- 
dis, à prouifione feu promotione per ipfum S. D..N. ficut prefertur nulliter de di- 
éFo Mouiffac faits, fic inquantum opus eff, coram vobs R°inh Chriffo Patre ac 
D. Francifto miferatione divina Aurelianenff Epifcopo, tanquam authentica per/ona 
prouoco € appello, ac de omnibus cenfuris, procefibus € tel: facts € 
inde fiendis contra quofiumque Jubditos tam Ecclefiafficos quam feculares cuiuf- 
cumque gradus aut dignitatis exiflant, fine contra quaftumque ciuitates C com- 
munitates ant oppida ipff Domino Regi fubdita, ad illum vel illos, ad quem vel 
ad quos bec mea prefens appellatio poteffé debes de iure aut confhetudine deuolui : 
petens inffanter, inffantins € inflantifimè à vobis apoffolos mihi dari, proteffans 
de ciufmodi mea appellatione profequenda, intimanda © notificanda, corrigends, 
augmentanda € minuenda, ac in melius reformanda , fhbmittens me, dicfum Do- 
minum Regem cr eius in bac parte adharentes, @ adharefiere volentes, € adhs- 


DV ROY CHARLES VIII. 399 

faros tam Ecclefiaficos quam feculares , tuitioni, protecfiont G- defenfioni Santfe 14 8 3. 
Sedis Apoffolice , ac illius feu illorum, ad quem [en ad quos dicfa appellatio & 
cas[à À uDlus poterit: € infuper bé à vobss D. Epi{cope Aurelianenf prediéto Apof- 
tolos, @ à te Notario inffrumentums [en inffruments num vel plurs mihi fieri G* 
dari peto © requiro, affantes inuocando in tefles. Qui quidem D. Epifcopus vie 
G leifa dicfa appellatione despoflolis feu petiti refjoudende eidem Procuratori Re- 
gio apoflolos dedit , in quantum de iure potuit Rewerentiales concefits de G fu- 
per quibus premiffis omnibus G* fingulis, prefatus Procurator & me Notario pu- 
blico inffrumentum , [ès inffrumenta vnum vel plure mihi fieri petiit  requifiuis, 
quod ei concefÿ. Acta fucrunt hec in diéfs Ecclefia Sancfs Lephardi de Magdune 
faper Ligerim , fub anno, inditfionc, menft, die, G* Pontificatu pradicfis, prefen- 
tibus ibidem venerabilibus C difcretis viris Dominis © Magiffris Chriftophoro 
de Brilhac, Archidiacono Balgenfi in Eccleffa Aurelisnen/i, c Srephano Gaftelin, 
Ecclefiarum Carnothenfis @ Aurclianenfis Caronico, teftibus ad premif[a vocatis, 
Pecialiter G rogatis. Et quis ego Dionifius Paris, Presbiter Carmotenfis Diæcefis, 
publicus Authoritate Apoffolics Notarins, premiffis omnibus G: Jinçulis dum, ut 
fupra féribuntur, adfis, dicfis Gr faétis, wnè cum ditfis teffibus prefens fui voca- 
tus, Crea fieri vidi Œandisi; € ideo buic publico inffrumento mans propris [cri- 
pto fignum meurs publicuns , quo in talibus utor, appofui in idem Cr tcffimoniwm 
pramifforums, requifitus G rogatus. Sic fignatum, PARIS. 


Lettre de Lois Duc d’Orleans au Duc de Bourbon, qu'il appelle 
fon bon pere, luy mande qu'il fçait bien pourquoy il a prefenté 
les Requeftes au Roy pour la tenuë des Eflars, qu'il croit, _ 
defire aufhi que les chofes aillent à bien; le prie de luy faire 
fcavoir fur ce fes intentions. 
nfieurmon bor pere, ieme recommande à vous tant comme ie puis. 4 pannes, le 
E Vous fçauez les caufes pourquoy j'ay fait les Requeftes à Monfei- r3.Mers 1483. 
gneur le Roy touchant /es Efars du Royaume, & comment l'intention de 
Chacun de nous eftoic pour venir au bien du Roy & du Royaume, laquelle 
ie n’ay muée, & croy aufhi que tel vouloir y auéz, & que defireriez bien 
queles chofes vinffent à bien. Pour ce, Monfieur mon bon pere, vous prie que 
me veilliez faire fçauoir de voftre intention, & me tenir pour voftre bon 
parent & amy: car tel coufours me trouuerez, ainfi que vous dira ce por 
teur, priant Dieu, Monfieur mon bon pere, qui vous doint bonne vie & lon 
gue. Efcrit à Fanmes ce 12. iour de Mars. offre bon fils Loys. Et fur l’a 
drefle : 4 CHonf, mes bon pere CMonf. le Duc de Bourbon. 


L'ordre tenu & gardé en l’Affemblée des Trois Eftats reprefen- 
. tans tout le Royaume de France, conuoquez en la ville de 
Tours par le Roy Charles VIII. pour né les abus qui 
fe commettoient dans l'Eftat, & donner prouifion au Gouuer- 
. nement du Roÿ &' du Royaume. 


’AN.1484. au mois do Juillet, les trois Eftats du Royaume furent fuite 149 
appellez à Tours pour donner prouifion au Gouuernement du Roy & 
du Royaume, où chafcun defdits Eftats fit fes plaintes. Et aprés y auoir 
pourueu & aufli à la Regence, fur ordonné qu'il n’y auroit aucun Regent 
en France ; mais que Madame Are de France fœur aifnée & Efpoufe du 
Scigneur de Beasjes, qui eftoit fage, prudente, & vertucufe, auroit le Gou 


_ 


400 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 
1484. uernement de fon corps tant qu’il feroit jeune , en enfuiuant la volonté du 
Roy Louys fon Pere. 

Philippes de Commines celebre Hiftorien parle de ces trois Eftats tenus 
à Tours, qu'il met en l’an 1483. où fuiuant fon ordinaire il fait des refle- 
xions politiques fort confderables, & dignes d’eftre leués. 

La petie Chronique Latine de du Tillet Evefque de Meaux met cet- 
te -Affemblée en 1484. | 


Noms des Seigneurs qui affifierent à l'Affemblée des trois Eflars tenus 
à ‘Tours, l'an 148 4. | 


OnNseicnever le Cardinal de Bourbon Archeuefque & Comte 
V1 de Lyon, le Cardinal Archeucfque de Tours, Mefleigneurs les Prin- 
ces du Sang, en ce compris Monfcigneur le Conneftable, MM. les Pairs 
de France Ecclefiaftiques & Prelats, les Chefs des quatre Ordres prin- 
cipaux, Meflieurs les quatre Officiers principaux, & les Cheualiers del'Or- 
dre joignant d’eux, | | 
Les Nobles qui ont cfté au banc à l'oppofñite des Prelats, C’eft à fçauoir 
MM. le Comce de Candale & de Breuandes , le Comte de Ponthieure, 
de la Trimouille, Comte de Benon, de Pons, de Sancerre, de Roufy, 
de Brayne, de Leftrac, de Mauleurier , de Caftillon, Comte de la Vaur, 
François Mr de Luxembourg Vicomte de Martigue, le Vicomte de Pouli-. 
gnac, M: de Clermont de Lodeue Vicomte de Neboufan, le Vidame de 
Chartres, le Comte de Joigny, le Vicomte de Turenne, le Vicomte de 
Combour Seigneur de Trignac, le Seigneur de Montmorency premier Ba- 
ron de France, M: des Granges fils du Comte de Ventadour, M: d’Ef- 
touteuille , M: de Crouy, M' d’Yury Prevoft de Paris, les Gens du Grand 
Confeil du Roy, les Gens des Finances, le premier banc des Nobles, le 
- {econd banc des Nobles. | | 
S’enfuit l’ordre qui fut gardé touchant ceux qui fe vindrent prefenter, 
pour les appeller chacun en fon degré, Premierement la Ville, Prevofté & 
Vicomté Paris, MM. les Efleus & Deleguez des trois Eftats des Pays, 
Terres & Seigneuries-de la Duché de Bourgongne, premiere Pairie de Fran- 
ce, compris en ce ceux d’Autun & les Comtez de Charolois, & de Bar- 
fur-Seine, membres dépendans de ladite Duché, MM. les Efleus & Dele- 
guez des trois Eftats du Pays & Duché de Normandie, MM. les Efleus & 
Deleguez des trois Eftats A Pays, Terres & Seigneuries de la Duché de 
Guyenne, Meflieurs les Efleus de la Comté de Champagne, en €é compris 
les Bailliages de Chaumont & Vitry, MM. les Efleus de la Senefchauflée 
de Touloufe, Beaucaire, & Carcaffonne. Les Gens des crois Eftats de Flan- 
dres, Bailliage de Towrnay & T gg le Bailliage de Fermandois, le Bail- 
liage de Sens & fes Enclaues , le Bailliage de Macon & fes Enclaues , la 
Senefchauflée de Ponthies, la Senefchauflce d'Anjou & le Pays de Lodunois, 
la Sencfchauflée dy Maine, le Bailliage de Touraine, le Bailliage de Berry, le 
Bailliage de saint Pierre le Monffier, le Bailliage de Montferrant, le Pays de 
Bourbonnoës & de Foref}s, le Bas-Pays d'Auvergne , 1e Haut - Pays d'Auver- 
gne , la Senefchaufléc de Rogergne, la Senefchauff£e de Lyon, ceux de la 
Comté de Rouffillon, ceux de la Comté de Sardaigne, le Bailliage de Char- 
res, la Ville & Gouvernement de 4 Rochelle, le Bailliage de Mante, la Ville 
d'Orleans, & es trois Eftats du Pays, le Bailliage d'4ençon & du Perche, 
le Bailliage Ÿ Amiens, les trois Eftats du Pays #'4rro#, les trois Eftats du 
Pays de Ponthieu, le Bailliage de Senlis, le Bailliage de Saint Quentin, le 
Bailliage de Hefdin, le Baïlliage de Meaux, le Bailliage de Montargis, le Bail. 
liage de Melun, les trois Eftats du Pays de Nivermow 8& de Rhetelow, le 
u 


———- 7 


DV ROY CHARLES VIII. 401 


du Damphiné, en ce compris Valentinois, Péenmois, & les Montagnes, les 1 4 8 4. 
Trois Éftats de Prouence, le Bailliage de Dole, & les autres des Trois Eftats 
de la Comté de Bourgongne , les Trois Eftats de Boulenois, les Trois Eftats 
d'Auxerre, les Trois Eftats de Parpignen *, la ville de Puifardein, Terre & * 41. perpé 
Seigneurie de Sardaigne. : | guen. | 


Noms Co furnoms de cœux qui ont efté vrdonnez ex éleus par les Villes, 
 Prounces @y Bailliages dudit Royaume, pour venir aux Efars 
LS | a Tours. | 


L£ Premofié de Paris, L'Abbé de Saint Denys en France, Euefque de 
Lombez, Maiftre Iean Henry, Chantre de Paris, Maiftre Iean de 
Rely ,'Chanoine de Paris, Monfeigneur de Montmorency, Premier Baron 
de France, Loys Sanguin, Nicolas Porier, Gauchier Hebert. 
. Les Efleus des Trois Effats de Bourgongne, en ce compris ceux d'Authun, Cha- 
rollois @ Bar-fur-Seyne, Meflire Anthoine Euefque de Chaalons, Iean Petit, 
Jean Saunier, Dampt Sebaftien Rabutin , Iean de Tenay Efcuyer, Maiftre 
Eftienne Tut, l'Abbé de Cifteaux, Mefire Philippe Pot, Cheualier, Sei- 
gneur de la Roche. | | 

Pour la Duché de Normandie, le Bailliage de Rouën. Meflire Iean Maffelin, 
Meflire Georges de Cleré, Cheualier, Iacques de Cramaire, Pierre Daguenet. 
à : Bailliage de Caen. Maiftre Pierre Dargouges, Philippes de Vañly, Ican 
‘ac ocns, | 

Le Bailiage de Caulx. Maiïftre Iean de Blanc-Bafton, Meflire Nicole de 
l Croix, Cheualier, Ican Nepueu. 
. Le Bailliage de Coffentin. Maiftre Ican Pauely, Meflire Raoul de Briuilly, 
Cheualier, Maiftre Iean Poiflon. | | 

Le Bailliage d'Eureux. Maiftre Roger de Tournebeuf, Charles d'Efpoy, 
Efcuyer, Geoffroy Portes, Iean des Planches... 

Le Bailliage de Gifors. L’'Abbé de Noftre-Dame de Morte.- Mer, Monfci- 
gneur de Ferieres, Robert du Vieu. EE 

La Duché de Guyenne. L’Archeuefque de Bordeaux, Meflire Gafton de Foix, 
Comte de la Vaur, Maiftre Henry de Ferraigues. | 
. Le Comté de Champagne, €* Bailliage de Troyes. Maiftre Nicole de la Place, 
Meflire Philippes de Poytiers, Cheualier, Iean Hanequin laifné, Maiftre 
Guillaume Huyart, EL _ | 
- Le-Bailliage de Vitry, L'Abbé des Trois Fontaines, Galiache de Brandebec, 
Maiftre Remy Martin. : | | 

Le Bailliage de Chaumont. L' Abbé de Monftier en Dern, Meflire Iean de 
Chafteau-Vilain, Cheualier, Maiftre Pierre de Gyc. 

LeComté de Thouloufe. L'Evefque de la Vaur, Meflire Oudet Balchier , Che- 
ualier, Oudinet le Mercier. | 
; La Seneféhauffée de Beaucaire. L'Euefque de Nifmes, Monfeigneur le Vi- 
comte de Poulignac, Meflire Guillaume de Cauiffon, Cheualier. 
. La Scpefchau[ée de Carcaffonne. L Abbe de Saint Froide, Meflire Iean de 
Leuis, Cheualier, Mefire Pierre de Saint André, Cheualier , l’Euefque de 
_ Carcaflonne, | 


Li 


« 


Le Bailliage de Tournay G* Tournefis. Meflire Simon de Preufy, Prochono- 
faire du Pape, Meflire Euftache de Sauary, Chéualier ; Iean Maure. 

Le Bailiage de Vermandois. Maiftre Guillaume Boulle, Maiftre Jacques de 
Thuicy, Iean de Harfillemont ,  Anthoine de Meftaing ; Maiftre Iean de 
Reims, Maiftre Iean Gruyer, : De ue _ 

€ 


148 4- 


402, OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 

Le Bailliage de Sens. Maïftre Guillaume Ichannart, Heëtor de Salefart, Lu- 
bin Rouffeau, 

Le Bailliage de Mafcon. Mefire Jean de Malhafelon , Claude Seigneur de 
Surtes, Maiftre Y mbert Surcallier. 

La Senefe chauffée de Poitou. Les Eucfques de Poitiers & de Luçon, Maiftre 
Hugues de Baufac, le Fe de Saint Loup, & de Pigny, Maiftre Mau- 
rice Claucurier, Jean Laider 

La Senefi Ghanffée d’Anios. L'Abbé de Saint Florent , le Seigneur de la Tour, 
le Seigneur de la Caille, Maiftre Ican Binel, Iean ‘Barault, .. | 

La Senefchauffée du Maine. L'Eucfque du Mans , l'Abbé de Saint Calés, | 
Mäiftre Jean Bordier, François de Lefparuier, Jean Berf, Maiftre Raoul 
Guierlauaine, Henry Cornileau , Jean Chambart, 

Le Bailliage de Touraine L'Abbé de Marmouftier , Monfeigneur de Maille, 
Iean Briçonet. 

_ Le Bailliage de Berry. Monfcigneur l’Archeuefque de si a MaiftreRe- 
naud le Roy, Robert de Bar, Maiftre Pierre de Bruel. 

Le pays de BourbonnoisC de Ferefl Maiftre Pierre de la Porte, Meifire Jean 
de Vienne, Cheualier, Maiftre Iean Cardier, 

Le pays d'Artois. L Euefque d'Arras, Monftigreur de Creuccœur, Maif- 
tre Cibere d'Aulier. 

La Senefchauffée d'Aunergne. Maiftre Anthoine de Langlar, —. de le 
Queille, Barthelemy de Neffon 

Le Bailiage des Montagnes d' pe Frere Pierre de Vicilfae Abbé de 
Vezclay, Meflire Pierre Iuon, Cheualier, Maiftre Jacques de Mas. 

La Sencfhanfée de Rouergue. L’ Euefque de Rhodés ,Damp d’Aulbrac, Mef. 
fire Guy d’Arbigou, Cheualier, Iean Boifliere , Anthoine Marcoux, Maiftre 
Guillaume Polumezade, Bernard Canfonne. 

Le Comté de — on G: de Sardaigne. L'Euefque de Rieux , l'Abbé de ba 
Grace, Maiftre Élize de Bechefort , Meflire Berchelemy lobert , Chei 
ualier, 

Le Bailliage de Chartres. Maiftre Charles Dilyer, Michel de Crouy, Ma- 
chery de Billon, 

Le Bailliage de Mante. Maifre Guy le Gentilhomme, Pierre d’Aumale’ 
Robert de Nefmes. . 

Le Bailliage d'Orleans, @ les Trois Effats du pays. Meflire Sanfon Corme: 
reau, Maiftre Robert de Fauille , Maiftre Richard Nepueu, Iean Compains, 

Le Bailiage d'Alençon, & le Comté du Perche. Maiftre Eftienne Coupillon, 
Oliuier le Beauuefñen, Guy Vibert, Iean de Sahurs, Iean de Rion. 

. Le Bailliage d'Amiens. Maiftre. Iean de Cambran, Doyen d'Amiens, Mef- 
fire Artus]de Longucual, Cheualier, Baillif d'Amiens , Maitre Iean de 
Saint Delits. 

La Senefchauffée de Ponthieu. Maiftre André le Barequier, Adrien de Hen 
nyeres, Scigneur de Bonicourt, Maiftre Pierre Gaudc. 

Le Bailliage de Senlis. Maiftre Guillaume le Fuzier. 

Perone, Roye,G Mondidier. L’Abbé de Saint Martin au Boys, Mefire Lean 
Seigneur de Sailly, Maiftre Ican de Bellencourt. | 

Le Bailliage de Meaux. Maiïftre Iean de Berhencourt, Morelet de l'Ernée, 
Maiftre Philippes Bataille, Iean Durant. 

Le Bailliage de Montargis. Meflire Ican Gumain, Loys de Saint Ville, Maif- 
tre Jean Preuoft. 

Le Bailliage de Melun. Maiftre Gilles Bomier, Georges de la Rochelle, Maif- 
tre Denis de Campnay. 

- Le pays de Ninernois @ Rethelois, L'Abbe de Seruon, Meffire Jean de la 
Riuire, anni Maiftre Hugues Fouchier. . | 


ER TU ED RS 


A 


DV RoY CHARLES VIIL 40; 


Le pays de Frouence. L'Eucfque de Grafle, Meflire Gauchiér, Cheualier, 1 4 8 4: 


François, Seigneur du Chafteau de Toutes, Maïftre Iean André de Gre- 
ualde, 

La Senefthauffée de Boulenois. Monfeigneur l'Abbé de Long-Villier, Mef- 
fire Pierre de Moncy, Cheualier, Iean le Grant. 

Le Bailliage d'Auxerre. Meflire Iean de Chaftellun , Gheualier, Meflire 
Ican du Pleflis, Jean Regnier. | 

Perpignan. Laurens Pollet pout l’Eglife, 

La Ville de Puifférda, G: la Terre de Sardaigne. Anthoïne Mercadez, Vicaire 
& Capitaine de ladite Ville. | 

La Ville G Gowuernement de la Rochelle. Frere Pierre dé Norillac, Maiftre 
Marfault Bernaige, René Ragot, Maiftre Iean le Flamant, Monfeigneur de 
la Trimouille, Monfeigneur Duré. 

La Senefchauffé de Loudun. L'Euefque de Poitiers, Ioachin Senglier, Maif- 
tre Jacques Cholet, Pierre Chonet. 
| Le pays de Foreft. Frere Pierre de la Bacie, Iean de Lenis, Maiftre Jacques 

e Biry. | 
, Le . Comté de Lauräguetz. Meflire Iean Vefins, Cheualier. 

La dé d'Angoulmois. L'Eucfque d’'Angoulefine, Maiftre Pierre 
Lombat, | | | 

La Senefchanffée de Lymofin. Maiftre Guillaume Barton, Meflire Iean de 
Pompadout , Cheualier , Iean Audier, Pierre Charreyon. DE 

Le Bas Lymofin. L'Euefque de Tulle, l’Abbé d’Vferche, les Seigneurs des 
Granges & de Trignac, Maïftre Iean Goufté, Eftienne Mellier. 

La Senefthauffée de Xaintonge. Maiftre Iean Michereau, Meflire Charles 
de Coitiuy, Seigneur dé Taillebourg, Maiftre Amaurry lulien, Maitre Iean 
Mefchineau. | 

La Senefthauffée d' Agenois. Mefire Chriftophle, Vicaire d'Agen, Charles de 
Monpefat, lean de Gaillets. LL 

La Senefchanffte de Perrigord. L’'Euefque de Perrigord, Bertrand de Carfai- 
gné, Monfeigneur de Grigneux, Maiftre Iean Tricatt. 

La Senefthanffée de Bazadois, Mefire Anthoine de Faounet, Maiftre Tho= 
mas Farré. | | 

La Ville @ Cité de Condom. Simon de Imperibus, Jean le Sage, Pierre de 
Porteria, | 

Le Pays &+ Scigneurle de Querty, L'Euefque de Cahors, le Seigneur de 
Chaftelnau de Bretenous, l Vicomte de Bruniquec, François Mercy. 

Le Pays du: Danlphiné. L’ABbE de Saint Anchoine de Viennois, Meflire 
Laurens de Solez, Doéteut en Décret, Maiftre Claude Gaillart, Meflire 
Claude de Clermont, Seigneur de Monlefon, Haymart de Groflce de Blef- 
fier, Hubert de Saint Matcel, Seigneur de Maner, Philebert d’Arfes, Sei- 
gneur de la Baftie, Meflire Claude de Berthelemicn, Iourdan Soncuëur, 
Vial de PEglife, Meflire Anthoine de Monthenu , Eftienne de Pifeux, Mef- 
fire Jean Motet, 

* La Comté de la Marche: Le Curé de Beaumont, le Scigneur de la Borne, 
Maitre Ieañ Taquenot, Iean Raguet , Anchoine de Marfilhac. 
. Le Pays de Beawjoloys. L' Abbé de Joux- Dieu ; Pierre de Saint Romain, 
Mcflire Hennemont Payen. | 
- La Senefchanfiée dé Lyoh. Méflire Claude Gafcon, Doyen de Saint Iean 
dudit Lyon, Guichart d’Albon, Efcuyer Seigneur de Saint André, fubro- 
gé au lieu de Mefire Henry d’Albon, Meflire Ieañ Parmier, Doéteur és 
Droits, Bertrand de Sallcftanque, Préuoft de Lyon, Antoine du Pont. 
. Le Pays @ Comté de Fezenzac, Le Seigneut de Monthault, Maiftre Ma- 
thurin Moliuelly,  ‘: | | 

EEe ij 


404 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


14842 Les trois Eflats de Flandres. 
| Le Bailliage de Hedin. | 
Le Bailliage de Saint Pierre le Monffier. 
. Le Bailliage de Montfort. 
Le Bailliage de Dion. 
. Le Bailliage de Chaalons. 
Lè Bailliage d'Auxoix. 
Le Bailliage de la Montagne. 
. Le Bailliage de Dole. | 
Le Bailliage d'Amont. | | 
. Le Baïlliage d'Aual. | | . 
Le Bailliage de Viennos. 
Le Bailliage de Valentinou. 
Le Bailliage des Montaignes. 
La Senefchaufée d'Armignac. 
. Le Bailliage de Saint + per . 

Cy eft le Cahier qui fut prefenté au Roy & à fon Confeil par les trois 
Eftats du Royaume de France, touchant le bien, vtilité & profit du Roy, 
& de la chofe publique; contenant les griefs, opprefions & moleftations 
que fouffre le pauure peuple de France, comme il appert par les Chapitres 
& Articles cy-aprez declarez par ordre, Et puis aprez fe trouuera ce qui a 
efté refpondu par le Roy & fon Confeil fur \cbAits Articles ay foulage- 
ment du peuple. 


Chapitre touchant l'eflat de l'Eglife. 


E premier Article eft au fujet du Sacre du Roy, que les Gens des 
crois Eftats fupplient eftre fait auec le plus de À me que faire fe 
our ra, | 

; 2. Outre femble aufdits Eftats, que la conferuation & entretenement 
des fainéts Decrets de Conftance & de Bafle, conformes aux Decrets 
des fainéts Conciles anciens, & l'acceptation & modification d’iceux qui fuc 
en la Congregation de l’Eglife Gallicane à Bourges, prefidant en icelle /e 
Roy Charles VII. que Dieu abfolue, Et le bien, vtilite, & conferuation 
des libertez & franchifes de l’Eglife dudit Royaume & Dauphiné , & 
par confequent que tous les trois Eftats reputenc les nobles fondateurs & 
augmentateurs des Eglifes, & les Archeuefques & Euefques, Collateurs, 
Abbez & Prefentateurs des’ Benefices, & les Chapitres qui ont droiét d’ef- 
lire, & le menu peuple qui porte tout le faix & charge di aydes de pecu- 
ne extraite de ce Royaume , ont Crus intereft que rien ne foit faiét au 
prejudice defdits fainês Decrets, foit par referuations ou prouifions Apof- 
toliques, graces expectatiues, au preiudice des eflettions & collations or- 
dinaires, ou par expeétation de vacans, annates, menus feruices, & finan- 
ces de ce Royaume, ou par Citations en Cour de Rome, Cenfures Eccle- 
fiaftiques, qui pourroient eftre caufe de la diftraétion & vagation des fubjets 
du Roy au preiudice des Collateurs luges Eccleliaftiques , & du chapitre 
De caufis, contenu éfdits Decrets: mais depuis le trefpas du Roy Charles 
VII. que Dieu abfolue, grands inconueniens & entreprifes ont efté faites 
par plufieurs de ce Royaume, fur toutes les chafes fufdiétes, au preiudice 
des libertez & franchifes de l'Eglife de ce Royaume & Dauphiné. Et ia- 
çoit que le Roy, à caufe de fa Couronne, tant de droit commun , com- 
me pour la deliberation & la requefte de toute l'Eglife de France & de 
Dauphiné, foit comme eftoienc fes predeceffeurs Roys, proteéteur & def- 
fenfeur des fain&s Decrets, libertez & franchifes de l'Eglife de fondit 
Royaume & Dauphiné , neantmoins à efté faiét par noftre fain& Pere en 


DV ROY CHARLES VIII. 40$ 


cedit Royaume au contraire, dont fe font enfuiuis grands inconueniens, 
parquoy il eft bien neceffaire comme il femble aux Gens defdits crois Ef- 
cats , auoir recours en cette neccflité au Roy noftre fouuerain Seigneur, 
comme protecteur & deffenfeur des droiéts & libertez de l’Eglife £ fon. 
dir Royaume & Dauphiné. Et pource luy fupplient en toute humilité, que 
fon plaifir foit de non les abandonner, & qu’il veuille comme il a cle 
donner ayde, port & faueur, tout ainfi, & par la forme & maniere qu’onc 
fair fes predecefleurs Roys, c'eft à fçauoir le Roy Choux, Saint Loys, Phi- 
dippe le Bel, le Roy Ican, Charles V. Charles V I. & dernierement Charles 
VII. que Dieu abfolue , qui tous ont à leur pouuoir deffendu les droiéts 
& libertez de ladite Eglife, tant au faiét des efle&ions, collations, poftu- 
lations, prouifions, confirmations & caufes, que à garder l’euacuation des 
pecunes par Mandement & Prouifion de leur Chancelerie,& Remonftran- 
ce aux fainéts Conciles qui ont confirmé & approuué lefdirs Droits & li- 
bertez. Autrement fi le Roy ne prent-la deffenfe pour eux, attendu la qua- 
lité de leurs perfonnes, la puiflance & auétorité . Saint Siege Apoftolique, 
ne pourroit reffter aux entreprifes & empefchemens que aucuns fubjects 
de ce Royaume & autres ambitieux de Benefices feroienc aux eflifans, col- 
lateurs, & aux pourueus par efleétion ou collation ordinaire par cenfures 


1 48 4. 


Apoftoliques. Et par ce de brief tout ce Royaume (qui eft ia bien pauure) z, mat qui 


neroient comme ont ia commencé en ruyne. Et ce peu d’honnefteté Ec. 
clefaftique, & difcipline reguliere qui eft demeurée en aucuns lieux peri- 
toit, tant au moyen des Commandes oëtroyées par noftre fainé&t Pere le 
Pape à gens feculiers & autres, 6s dignitez & benefices reguliers, defquelles 
Commandes procedent autres grands, innumerables & irreparables maux 
& inconueniens qui feroient longs à reciter, comme par les moleftes & 
contraintes faiétes à plufeurs Prelats, & autres Beneficiez en ce Royaume. Et 
pour les penfons dont font chargez plufieurs defdits benefices. Aufli pour 
le deffaut & negligence que les Conciles prouinciaux n’ont efté celebrez 
és prouinces & lieux religieux dudit Royaume. Et pareillement plufieurs 
perfonnes moleftez par citations, referuations & autrement. En proteftanc 
toutefois par les Gens defdits trois Eftats, qu'ils n’entendent eux defpar- 
cir de la filiale obedience de noffre faintf Pere: efquels comme enfans de l’E- 
glife le veulent cognoiftre comme Vicaire vniuerfel d’iccluy Sauveur & 
Redempteur Jefus-Chrift, qui eft le Chef de l'Eglife, & pource qu'il ne 
repugne pas à obedience filiale, que fi lefils fe fent greué du pere, qu’en 
bonne crainte & reuerencene puifle faire fa plainte à autre pour en aduertir 
lePere, Les Gens defdits trois Eftats qui fe fentent grandement auoir efté 
greucz par leur Seigneur Pere fpirituel, communiquant leur plainte & do- 
leance 44 Roy noffre fouserain Pere temporel, protecteur C° diffenfeur contre 
tous ceux qui voudroient les empcfcher en leurs droiéts & libertez contre 
& au preiudice des faints Decrets, & des fainéts Conciles. Et pour ce re- 


_feroit denué & defpouïllé de ce peu de pecune qui refte des euacua- pourroit ad 
tions precedentes. Aufli feroïent, comme auons ia veu, gens non lettrez ni 
Ecclefiaftiques pourueus aux Benefices , & les Monafteres & Eglifes tour- 4e 


senir faute 
de garder les 


Ghions. 


Supplication 


quicrent & fupplient lefdits Gens defdits crois Eftats, au Roy noftre fou- faiäe #4 Rey 
uerain Seigneur & fils de l’Evlife, qu’il luy plaife par fes Ambafñfadeurs me éd 


commis exhiber l’obedience filiale à noftredit fain& Pere, luy faire remonf- 
trer la pauureté de ce Royaume, & les grands empefchemens qui ont efté 
donnez depuis le crefpas du feu Roy Charles VIT. aux droiéts & libertez 
defdices Eglifes de France & Dauphiné, par aucuns impetrans des refer- 
yations ou prouifions au preiudice dudit droiët d’eflire, en faflent ceffcr du 
tout toutes penfons & commandes de Benefices feculiers & reguliers, & 
aufli remonftrer la grande finance qui eft partie de ce Royaume, & qu'il 
EEe ii] 


——. 406 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
1 48 4. ne luy foitpoint à defplaifit fi ledit Royaume & Dauphiné deformais vfenc 


des fain&ts Decrets, & de leurs droiéts & libertez, & qu'il luy plaife auoir 


. » , 
pitié & compaflion de l’extrefme pauureté & neceflité de fes humbles en- 


fans, qui toufiours ont fecouru de leurs perfonnes & de leurs biens le 


fainét Siege Apoftolique, quand a efté befoin entendre à la reintegration 


L'offre faie 
par les trois 
Eflats to# - 

chant laPrag- 
Matiqhe San- 

on. 


d’iceluy. En luy offrant que s’il fe fent aucunement greué, & fon auétorité 
bleffée, en la Pragmatique defdirs Decrets, acceptation & modification 


d’iceux, lefdits crois Eftats défdits Royaume & Dauphiné font prefts de 
eux en fubmettre & s’en fubmettent au diét & ordonnance du prochain 
fainé Concile aduenir deuément aflemblé au lieu qui a efté deputé par le 
dernier Concile. Proteftans que au cas que noftre fainét Pere voudroit au- 
cune chofe faire au preiudice de l’Eftar, droicts & libertez dudit Royau. 
me & Dauphiné, d’auoir leurs recours audit prochain Concile aduenir, 
Auquel fainé Concile & derermination d’iceluy, fe fubmetrent cous lefdics 
crois Eftats en cefte matiere, Et aufli fi noftredit fain& Pere vouloit en- 
treprendre , ou dire aucune chofe au preiudice de la reformation qui fut 
faite de toute l'Eglife vniuerfelle, en chef & membres aux fainéts Con- 
ciles de Conftance & de Bafle, ou qu’il voudroit acune chofe entrepren: 
dre fur les droiéts & preéminences du Roy & de fa Couronne, d’en auoit 


_& pourfuiure reparation en temps & lieu, 


Touchant les 


francs-fiefs, 


Co nouneaux 


acquefts. 


Nobleffe eff le 


nerf & force : 


du Rrraume. 


3. Et combien que le Roy de France & le Royaurne foient diéts Tres- 

Chreftiens pour l’excellence, foy, & reucrence qu’ils ont eu à Dieu & à 
fainéte Eglife, laquelle ( felon leur vray nom) ils oft entretenu en fes pre 
rogatiues , priuileges, droits, immunitez, libertez & franchifes : & tan- 
dis que ainfi ont faiét, eux & leur pays ont eu paix, & abondance de rous 
biens, & renommez pat deflus tous autres : neantmoins depuis certain 
temps, mefmement depuis le trefpas du feu Roy Charles VII. l'Eglife a 
eftc grieuement troublée, empefchée, dirninuée, & blefléc en fes droitts, 
franchifes & libertez: car par cy-deuant le temporel de ladite Eglife plu- 
fieurs fois fans caufe & raifon, & par faux rapports, a efté empefché & 
mis en la main du Roy. Et foubs ombre de ladiéte main-mife ont efte pri- 
fes les dixmes, oblations, & autres droits fpirituels de ladite Eglife. Auffi 
a eftc entrepris & exploité contre les droits & immunitez d’icelle Egli: 
fe, & fi ont efté les gens d’Eglife vexez, par les abus qui ont efté faits par 
les Commiflaires des francs-fiefs & nouveaux acquefts, lefquels les ont 
contraints à payer finances de leurs anciennes fondations, & autres gricfs 
qui leur ont efté faits en plufieurs 8& maintes manieres. 
4. Pourquoy femble aufdits des trois Eftats en enfuiuant fes tres-no- 
bles progeniteurs, & reteénant le nom Tres - Chreftien, doit remedier aux 
chofes deflufdiétes, & pat Edié& general ordonner que deformais tous les 
droiéts, libertez, franchifes, pretogatiues & imihunicez de l’Eglife,inrebses 
C* perfons , foyent loyaument & entierement gardées & entretenues , ainfi 
que ladite Eglife a efté du temps du Roy Charles VII. & de fes prede- 
cefleurs, Et que le temporel d’iceux Gens d’Eglife ne foit dorefnauant 
faifi ni empefché, fors que pour caufe iufte & raifonnable. Et que s'il 
aduenoit au cas deflufdit aucune faifine en èftre faiéte, que les dixmes, 
oblations, & autres chofes fpirituelles n’y foient aucunement comprifes. 
Ec fupplient lefdits trois Eftats hutnblement au Roy, noftre fouuerain Sei- 
gneur , ainf le faire. ei note | 


| Chapitre touchant l'eflat de la N obleffe.: 


1. Ovrce que l’Eftar de la Nobleffe eft neceffaire À la tuitiôn, gar: 
de & deffenfe de la chofe publique, car c'eft le nerf & force du 
Royaume, eft befoin auoir regard que eux & leurs biens & heritages foient 


Dv ROY CHARLES VIII 407 


cftretenus , gardez & obferuez en leurs franchifes , libertez, preéminen- 1 4 8 4. 
ces , droiés, priuileges, iurifdiétions & prerogatiucs, mefmement comme 
ils eftoient du temps du Roy Charles V II. & au precedent, & iouxte les 
Ordonnances faites par les Roys touchant les priuileges de la Nobleffe, 
Et pource que lefdits Nobles par cy-deuant one efté fort oppreflez en 
plubeurs manieres, tant pour la multitude des bans & arrierebans qui one 
cÂté fais, dont plufeurs ant vendu leurs patrimoines & heritages, & 
font cheuxen grandes pauuretez, comme autrement femble aufdits Eftats, 
que dorefnauant ils ne doiuent eftre fi fouuent mandez efdits bans & arrie… 
bans, s’il n’eft befain & neceflité de ce faire pour la deffenfe & tuition 
de ce Royaume, & par meure deliberation du Confeil ; & quand iceux 
Nobles feront mandez, qu’ils foyent flipendiez & payez de leurs gages 
chacun raifonnablement {lon fon cftat, afin qu'ils n’ayent befoin de ui 
ure fur le peuple. 

a. Item, s’il aduenoit que le Roy noftredit Seigneur pour le bien & vti. . 
lité de fan Royaume, fafle aller lefdits Nobles en aucuns mandemens de 
ban & arricreban, femble aufdics Eftats que les Seigneurs qui foubs eux ont 
gens nobles, & autres tenans ficfs fubiets à aller éfdits bans & arricrebans, 
ayent & meinent auec eux iceux, qui foubs eux tiennent fiefs pour les ac- 
compagner & eftre auec eux éfdics bans & arrierebans, fans que les Bail- 
lifs & Senefchaux Royaux puiffent contraindre leurfdits tenans fiefs à fer- | ° 
uir le Roy aillieurs que en leur compagnie, 

3. Et pource que à caufe & pour les guerres, plufieurs ont vendu rentes 1, moins 
lors rachetables à dix pour cent & autrement, efperant dequoy auoir les qui assiens 
racheter dans le terme du rachapt, ce qu'ils n’ont pu faire, pouree que te ( é 
toufours font allez en declinant, & appauuris à caufe defdites guerres, & b,poreques 
de la pauureté de leurs hommes, femble aufdits Eftats que le Roy doit "#sr#68s 
permettre àun chacun defdits Nobles pour leur entretenir & feruir efdites sin semps. 
puerres, que ceux qui ont vendu rentes fur eux racheptables depuis le tref. 
pas du Roy Charles VII. foyent receus dedans deux ans prachainement 
venans à rachepter icelles rentes & hypotheques, feulement en payant le 
{ort principal auec les arrerages & loyaux couftemens defdites rentes hy- 
pothequées, feulement tout ainfi qu’il euft pu faire dedans le temps dudit 
rachapt, & le fupplient ain le faire. 


4. Et combien qu’il foi licite aux Nobles de chaffer à routesbeftes fauua- pes dri@ di 
gesen leurs bois, & en la grurie du Ray, & combien qu'’ainfi en ont vie du corse | 
temps du Roy Charles V IL. & auparauant, ncantmaips aprés fon trefpas onc “” °°" 
efté empefchez en leurs droits, & fai@ contre eux & für eux merucilleufes 
executions par Commiflaires & gens de petit eftac, dant fe font enfuiuis 
plufieurs maux, & entre les autres grands degafts de blez par les heftes 
fauuages, aufquelles on n'ofoit toucher, & eftayent les béftes plus fran- 
ches que les hommes : & pour ce femble que lefdits Nobles :doiuent eftre 
entretenus en Jeurs anciennes prerogatiues & priujileges. Et fupplient au 
Roy lefdirs Eftats ainf le faire & permettre. nn. | | 

s. Item, & pource que les Grands-Veneurs du Roy en pluñeurs Pro. 
uinces de ce Royaume veulent chafler & prendge leurs deduits aux Bois 
&c Forefts des Nobles & haues lufticiers, cout ainfi comme fi le Roy y 
eftoit: femble aufdics Eftars qu'ils ne le peuuent ou doiuent faire, ni auf 
contraindre les hommes defdits Seigneurs en chofe qui touche cette ma+ 
tiere, pour leur ayder, fi ainfi n’eftoit que le Ray y fuft en perfonne, de 
qui la puiflance s’eftend par cout ledit Royaume, ou qu’il fuft prez du lieu 
où lefdices chafles fe feroienc, & que la venaifon qui feroir prinfe luy puft 
eftre enuoyce ou portée, | | | 

6: Item, & pour euicer aux dangers qui peuuent & pourroient aduenir Qwe ds fer- 


408 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

1 4 8 4. au Roy & au Royaume, Dauphiné, & pays adjacens, à caufe que les chaf- 
tes Places des teaux, forterefles & places fortes aflifes fur la mer és pays de frontiere & 
ne autres pays font entre les mains d’aucuns eftrangers, car il eft aduenu par 
aire ls les guerres des Anglois que aucunes places eftans és mains d’aucuns cf 
frontieres des trangets, ont par iceux efté baillées aux ennemis: femble aufdirs Eftars, 
. a 4 ” que efdiees places du Royaume & Dauphiné pour plus grande feureté 
hors de leurs Ent eftre mifes hors des mains defdics eftrangers , & baillées à garder 
ésine aux Seigneurs & nobles hommes des pays où lefdites places font afifes, 
Semble auffi aufdits Eftats, que les Seigneurs & Nobles hommes du Royau- 
me & Dauphiné chacun és pays & contrées dont ils font, doiuent eftre 
preferez aux grands eftats & offices du Royaume & Dauphiné , comme 
Capitaincries de gens d’armes, Senefchauflées, Bailliages & autres offices, 
chacun felon fon cftar & qualité. Et requierent lefdits Eftats, qu'il plaife 
au Roy ainfi le faire, car lefdits Seigneurs & Nobles hommes feront plus 
curieux de faire garder ordre & police aux gens d’armes, & plus attentifs 
à garder lefdits chafteaux, & en pourront mieux refpondre, & fi ne fe. 
ront pas au peuple les moleftes, pour les prouifions des places & autres 
chofes, comme ont fait & fonc lefdits eftrangers. Et fi auront plus à cœur 
l'exercice des offices ; & de la Iuftice, que les eftrangers, pour profit & 
guain auoir, | 


, 
= . 


C bapitre faifant mention du Commun. 


E premier article traite de la pauureté du Royaume , dont les cau- 
fes font enoncées dans les articles fuiuans, 

2. La premiere fut du temps des Papes Alexandre & Martin, qui telle- 
ment euacuerent cedit Royaume en quatre ans, que durant iceluy temps 
tirerent ainfi qu’il fut lors cftimé la fomme de plus de deux millions d’or. 
Et pour cuider eftancher la merucilleufe euacuation des pecunes, furent 
faits certains concordats auec le Pape Martin, mais l’on ne fceut fi bien 
lier la playe, par concordats, que la fubilité Romaine n’ouurift la playe & 

* Al Premen. CICAtrices par #osobffances Gr antéferts *, tellement qu'infinie fomme d’or 
sions. & d'argent alla en Cour de Rome, dont furent conduites les guerres d’I- 
talie entre les heritiers du Pape Martin. | 
DePutilitéde -‘ 3, ° La feconde maniere qui affoiblit ce Royaume fi piteufement qu'il 
PA cuida perir, fut la guerre & diuifion qui fourdit dés l'an 1407. & dura 
Go, iufques en l’an 4 5 o. laquelle guerre futcaufe dela deftruétion, depopulation, 
& quafi de toute la ruyne & defolation de ce pauure Royaume. Et le 
Royaume eftoit bien affligé d’vne part, & fa cheuance & perfonnes diui. 
fées par les guerres d’autre part, fut encore lors durant fon affliétion l'ar- 
gent euacué par courtifans , par colleéteurs de decimes & penfions Apof- 
coliques, & les fubieéts vexez & trauaillez en Cour de Rome, rellemenc 
que fi le Roy Charles VI. n’y euft donné prouifion par fes Ordonnances 
qu’il fit l'an 1406. & l’an 1418. par l’auis de gens des trois Eftats, n’y 
fuft rien demeure. | | | 

4. Chacun fçait en quelle pauureté eftoit ce Royaume l’an 1450. que 
le Roy Charles reduit tous les pays en fon obeïffance, Et à la verité fi la 
ab ae qui fut receuë & accordee à Bourges l'an 1438. n’y euft re- 
medié, & que le Roy n'euft mis Iuftice fus, & difcipliné fa Cheualerie, 
ce Royaume euft efte à totale perdition, fans iamais fe pouuoir refoudre. 

‘ $. Mais moyennant l’ayde de Dieu, & la bonne prudence & conduiéte 

dudit Seigneur, on tint fi bien la main. à ce que les pecunes ne partiffent 

hors du Royaume, & le mit en telle paix, que la playe fut clofe, & ne 

-7,%%+7 vuidoit pas la finance à f grande abondance, parquoy fut aucunement le 
corps 


\ 
DV ROY CHARLES VIII. 409 
corps de ce Royaume reduit à aucune conualefcence, combien qu’il duraft 1 4 8 4: 
fi peu que à peine eut-il temps ne loifir de renforcer. aucune portion de. 
fes membres, câr au bout de dix ans que ledit Seigneur trefpaffa l'an 1461. 
fe reprit le corps de ce Royaume à perdre fa fubftance fans efperance de 
ramaïis la recouurer. RS 

6. Pareillement s’eft vuidé grande finance de ce Royaume, & eft efcou- 4n Royaume 
lée en Cour de Rome par cette grande playe que fit le Cardinal d’Alby, 4 Frence y 4 
quand il porta la lettre du Roy defunét :que Dieu abfolue, obtenuë par ft à 
mauuaifc fubiection , par laquelle le Roy foufmettoit tout le fair de l'E- plus de rois 
glifé, & les biens d’icelle à la volonté de noftre Saint Pere pour vfer en ne 
ce Royaume her vellet. Sans auoir efgard aux libertez de l’Eglife Galli: Consenswels. 
canc, dont eft efcoulé infiny or & argent à Rome, car en cedit Royaume 
y a cent & vn Euefche, & n’en y 2 pas trois qui depuis le trefpas du Roy 
Chafles VII. n'ai vacque, & plufieurs deux ou trois fois. Et n’y a celle 
Pyne-portant l’autre qui n’ait vuide plus de fix mille ducats, c’eft fix cens 
mille ducats. Et quant aux Abbayes & Prieurez conuentuels, qui font 
plus de trois mille, n’y a gueres celle qui n'ait vacqué à cinq cens ducats 
 lune'‘portant l’autre; lefdices fommes font merueilleufes & innumerables. 

_ 7. Outre à caufe des indulgences, decimes, difpenfes , & autres voya- 

es en Cour de Rome eft party grande quantité d’or & d'argent. 

8. Semblablement depuis ledit temps font venus trois ou quatre Le- De ne rece. 
gats qui ont donné.de merucilleufes euacuations à ce pauure Royaume, & se Legat e9 
voit on mener les mulets chargez d'or & d'argent. Et pource femble auf. 
diëts trois Eftats que le Roy ne doit receuoir le Cardinal d'Angers, ne 
permettre luy ou autre Legat en ce Royaume ; ‘cer ( Dieu mercy) cedicé 
Royaume eff fi en bon cflat, vnion , G: difhofition, qu'il n'a befoin de Leçat pour 
de prefent : & pour aucunes autres caufes iuftes & raifonnables que l'on pour. 
roit alleguer en cefte partie. | 2. 

9. Item, à caufe des draps de foye & des foires de Lyon, & cranfport 
du billon n’a ceffé puis vingt ans de couler of & argent de ce Royaume. 
10. Et auecques ce, cft l'argent efcoulé en Angléterre, & és guerres 
de Barcelonne & foulde d’eftrangers genfd’armes ; & tellement eft ce 
Royaume denué d'or & d’argent, qu’il n’y en 2 comme point, excepté ce- 
luy qui eft és chaifnes d'or, & és bourfes de ceux qui prenoient les gran- 
des pnfons, confifcations & profits, pour donner congé & licence de ti- 
rer l'or & l'argent de ce Royaume, & par autres exquis moyens, & en ap- 
pert afez: car en cedit Royaume ne voit-on auoir que monnoyes eftranges, 
- & le marc d’or & d'argent eft tellement haulfé, que c’eft pitic; &1à où l’on 
fouloit bailler argent pour auoir la monnoye d’vn efcu, maintenant fe fait 
le contraire. | | 

11. Et par ce moyen les gens d’Eglife & les nobles ont perdu par cha- 
cun le quint & plus , de tous leurs revenus, & n’ont pu à grand peine eftre 
payez du demeurant, à caufe de la pauureté du peuple. 

12. Îtem, & quant au menu peuple, ne fçauroit imaginer les perfecu. 
tions, pauuretez & miferes qu'il a fouffert & fouffre en maintes manieres. 

13. Au fuiet des paflages & feiours des gens de Guerre qui vivent fur 
le peuple, | 

14. Le pauure peuple fouffre & paye tout. 

14. Les paflages des gens de Guerre ruynent les Laboureurs, 

16. Le peuple ne fe confole que par la patience & l'efperance d’eftre 
foulagé. 

17. Touchant les Tailles & fubfides dont le peuple eft furchargé. 

18. Des Tailles de Normandie & autres pays qui ont fait fuyr le peu- 

le en pays Eftrangers. | | 
P Pay 8 FF£ 


I 4 8 4. 


4io OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
19. Touchant l'abus dans la leuce des Tailles, & les frais que l'on fait 
fupporter au peuple. FR n | 

20. Les gens des trois Eftats demandent la reunion du Domaine, & 
la reuocation des dons & alienations qui en ont çfte faices à plufieurs pet: 
fonnes, mefme aux Eglifes, & que l’on entretienne feulement les fonda. 
tions ancicnnes. Cu 

21. Le Domaine ne doit eftre aliené. | .: | 

22. Les deniers du Roy feront leuez par les Treforiers & Receucurs or- 

dinaires & non en vertu de commiflons. : 
23 Ceux qui ont des penfons du Roy feront priez de n'en. plus pren- 
dre à l'aduenir, & de viure de leurs biens & reuenus. Lu à 
_ 24. Les Offices fuperflus feront retranchez, & les gages exceflifs des 
Officiers moderez. nn ; 
25. Reduire la Gendarmerie en l’eftat qu’elle eftoit fous Charles VII, 

26. Charles VII. auec fa Gendarmerie & fa Noblefle feulement, fans 
ban, & arriereban, ny troupes extraordinaires , chaffa les Anglois de fon 
Royaume, & fit de belles conqueftes.. : 

27. Item, femble aufdics trois Eftats que touchant lefdi&s Genfd’ar- 
mes d'ordonnance, eft befoin dé pouruoir à deux chofes. La premiere eft, 
que lefdiéts Genfd’armes foient baillez à gens & Capitaines, defquels on 
puiffe auoir raifon & iuftice, fi faute y a efdi@&s Genfd’armes, L’autre,eft 
que lefdies Genfd’armes gardent les Ordonnances, & s’ils fonc griefs-au 
peuple, foyent punis par les Juges ordinaires, Et en tant que poññble fora 
que l’on y mette gens nobles & difpofez aux armes, en preferanr éfdiétes 
Ordonnances les nobles qui font des pays des frontieres & extremirez du 
Royaume. | : L 

28. Pour mettre ordre à la police de la Gendarmerie, le Roy doit com: 
mettre deux Gentilshommes dans chacune des provinces où ils feront. 

19. Les gens de Guerre ne prendront rien fans payer. 

30. Touchant les defpen£es du Roy & de lEftat. | 

31. Sile Domaine ne fuffit pas, il fera mis fur les pays des impoñrions 
moderées autres que les Tailles, dont le nom eft odieux au peuple, | 

32. Les Tailles & autres impofitions feront abolies. 

33. S'il arriue fuiet de guerre, les gens des crois Eftats offrent de fub- 
uenir à la neceflité du Roy & du Royaume de tout leur pouuoir , & au 
contentement du Roy, des Seigneurs de fon fang & gens de fon Confeil. 

34. Item, le commun peuple a efté mis en neceïlite de vendre fur au- 
cuns de leurs heritages tant en general qu’en particulier, & conftituer ren- 
tes racheptables à certain temps ia pale, fur eux, leurs biens & villages, 
pour fubuenir au payement des tailles, & obuier à la miferable diftraction 
de leurfdits heritages & detention de prifon. Pourquoy femble aufdits 
crois Eftats qu’il doit eftre permis & donné faculté à ceux qui ont vendu 
lefdiétes rentes & hyporecques eftant en nature de chofe dedans trois ans, 
en rembourfantle fort principal, arrerages & loyaux couftemens, ainfi qu'ils 
euffent pu faire dedans ledit temps dudit rachapt. Et fupplient lefdics 
Eftats ainfi le faire. 

35. Item, & combien que lefdiéts gens du commun Eftat ne foient te- 
nus aller ou enuoyer aux arrierebans, ne pour ce ils puiflent eftre impo- 
{ez à aucune fomme de deniers: ce neantmoins on les a contraints de ce 
faire par prife de corps & de biens, en quoy ils ont efté grandement inte- 
reflez & endommagez, & aucuns totalement deftruics, nonobftant qu'ils 
ayent payé les tailles, finances , & indemnitez des fiefs par eux acquis. 
Pourquoy lefdits Eftats requicrent & fupplient au Roy, que dorcfnauant 
les deffufdits , auffi les veufues & orphelins ne foient à ce contraints, finon 


DV ROY CHARLES VIITH. All 
que les Ordonnances du Roy Charles VII. le contiennent, & que par la 
nature de leurs fiefs ils y foient tenus, felon les couftumes du pays. 

36. Îtem, fupplient lefdits Eftats au Roy, qu’il luy plaife confirmer 
les libertez, priuileges , franchifes, prouifions & iurifdiétions des gens d’E- 
glife, nobles, citez, pays & villes de ce Royaume, Dauphiné & pays ad- 
iacens , & en iceux les entretenir & garder, & leur accorder que la con- 
firmation qui en fera maintenant, vaille & ferue aufdits gens nobles, pays, 
citez & villes, fans qu'il foit befoin au temps aduenir d’auoir, ne obtenir 
autres lettres, impcetrations, ou confirmations. | 


Chapitre de la Iuffice. 


1 A Iuftice eft la premiere & la principale de toutes les vertus. 
| 2. La Juftice par laquelle la France s’eft renduëé recommanda- 
ble auprez des Eftrangers, n’a pas toüiours cfté bien gardée. 

3. _ Pour la rendre, feront commis gens de bien, experimentez, & payez 
par le Roy. | 
_ 4 Le Roy Charles VII. ordonna qu'il feroit pourueñ aux Offices par 
voye d’efleétion, | | 
. . Ce qui depuis fon trefpas n’a feruy que pour en abufer. 

6 Les Vicomtez, Vigucries, & autres Offices, ont efté donnez à gens 
de Guerre, eftrangers, inconnus , & non lettrez, 

7. Et pour ce femble aufdits Eftats, que en accompliffant & mettanc 
à cffe& le bon vouloir du Roy, lequel il a faiét declarer par Monfcigneur 
le Chancelier d’idminiftrer iuftice à fes fubieëts, fon plaifir foit de pour- 
ucoir par efleétion {comme dit eft)à rousles Offices Royaux de fon Royau- 
me, Dauphiné, & pays adiacens, foit de Procureurs, d’Aduocats, Lieute- 
pans gencraux, des Baillifs, Senefchaux, Chaftelains, Efleüs, Vicomtes, 


Officiers, & Viguiers, des Chambres.des Comptes , Generaux, Confeillers 
* fur le fait de la iuftice des Aydes, de la iuftice du Trefor, Confcillers & 


Examinateurs au Chaftelet, & és Cours fouueraines de Parlement, & au- 
tres Officiers de iudicature, car iuftice ne peut eftre adminiftrée finon par 
gens iuftes. | | L 

8. Semblablement pour ce qu'il n’eft rien qui tant excite vn Officier ou 
feruiteur à bien loyaument & diligemment fcruir, que d’eftre affeuré de 
fon eftat & de fa vie, en bien & loyaument feruant fon maiftre , & exer- 
çant fon Office, femble aufdits Eftacs eftre bien raifonnable chofe, que en 
cnfuiuant les Ordonnances Royaux fur ce faites, vn Officier Royal en 
bien exerçant fon Office foic afeuré de l’eftat de fa vie & d’eftre continué 
en iceluy, & s’il ne fait faute, il ne doit eftre priué ne debouté, & n’en doit 
eftre defapoin@é fans caufe raifonnable, luy fur ce ouy en Iuftice, car au- 
trement il ne feroit vertueux ne fi hardy de garder & bien deffendre les 
droiéts du Roy, comme il eft tenu de Fo & fi feroit plus aigu & in- 
uentif à trouuer exactions: & pratiques, pource qu’il feroit tous les iours 


__ en doute de se fon Office. 


. 9. Item, femble aufdiéts Eftats que ceux qui auoient don du Roy Louys 
de leurs Offices à bon &. iufte ciltre, & qui ont efté defapointez fans cau- 
fe , doiuent eftre reintegrez en leur poffeffion, ou à tout le moins qu'ils 
foyent receus à les pourfuiure en luftice, & leurs parties receuës à leur def- 
fendre au contraire, … ï NS | | 

_10. Jtem, touchant les Offices extraordinaires qui par cy-deuant ont efté 
créez, femble aufdits Eftats qu’ils fonc à la grande charge du peuple. Car 
multiplication d’Offices, eft augmentation de gages; & s'ils ne font à ga- 
ges, ils ont pratiques extraordinaires, à la foule & detriment de iuftice; & 
pource foient de tous points abolis.. ne 

| FF£ i) 


1 48 4. 


De pourueir 
aux Offices 


par voye d'ef- 


leition [eule- 
mens. 


Qu'un Off. 
cer ne foit 
priné de fon 
Office Jens 
caufe rai[on- 
nable, 


1 4 8 4. 


Que nul ne 
peut tenir 
qu'un office 
Royal. 


De ne faire 

exaiion ex- 
scfine de l'é- 
molument du 
Ssens du Roy. 


gaz OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


r. Item, plufeurs inconueniens font aduenus au Roy, & à la chofe 
publique, à l’occafon de ce que plufieurs ont tenu & occupé deux ourrois, 
ou quatre Offices Royaux, tant de iudicature que autrement, & en ont prins 
les gaiges & profits fans defleruir ne exercer lefdits Offices, & ont com- 
mis pour l'exercice d’iceux gens non fçachans , & defquels ils prennenc 
profit, & par ce moyen le deuoir de Iuftice n'a efte accomply, & ont ce- 
nu, tiennent & occupent le lieu de plufeurs gens de bien qui euffent 
ferui en perfonne: pour obuier aufdirs inconueniens & defordres , fem- 
ble aux gens defdits Eftats, que le Roy doit ordonner, que nul à prefenc 
& dorefnauant ne tienne plus d’vn Office Royal, & que par l'impetration 
du dernier, le premier foit di& vaccant. | 

12. rem, & pource qu’auec les chofes deflufdites, eft neceflaite au Roy 
noftre Sire , auoir auec luy fon grand Confeil de la IJuftice, auquel font 
fouuent traitées des grandes matieres, tant des droidtures du Roy, com- 
me des procez des grands perfonnages, & autres de tous eftats: femble aux 
Eftacs qu'il feroit neceflaire de mettre auec Monfcigneur le Chancelier cer- 
tain nombre de notables perfonnages de diuers eftats & contrées de ce 
Royaume , bien renommez & experts en adminiftration de Iuftice , fça- 
chans les vfages & couftumes des pays , pource que continuellement plu- 
fieurs Baillifs , Confeillers & Officiers Royaux, & autres fans ordre & fans 
nombre entrent audit Confeil, & fouuent aux pourchats des parties, afin 
de conclure és procez & matieres efquelles ils n’ont pas efté prefens à les 
demener , dont fouuentefois les conclufons & fecrets defdits Confeils 
pourroient eftre reuelez , lefquels Confcillers feront les fermens à. ce ap- 
partenans , & feront raifonnablement ftipendiez, & nuls autres n’y feront 
receus. | | 

13. Item, femble aufdits Eftats que l’on doit mettre ordre & proui- 
fion à la grande exaétion qui eft au fceau, car fi plufieurs font impetrans, 
fuppofé qu'ils foyent confors en leurfait, fouuentefois leur faut payer plu- 
fieurs fceaux, qui n’eft de raifon; & quand c’eft communité, l’on leur fait 
payer fomme excefliuc. Et cft aduenu que puis n'agueres pour le fceau de 
la confirmation d’vn priuilege de ville a efte exigé la fomme de quatrecens 
efcus d'or, à caufe que les Secretaires qui prennent profit audit -Sceau, 
en fonc iuges & raxeurs, & n’y a moderation ni ordonnances gardées, Et 
pour ce pluficeurs pauures habicans delaiflent à pourfuiure leurs droits, & 
ayment mieux laifler perdre le leur, que payer fi grande fomme d'argent 
dudi&t fceau. | 

14. Item, au regard des Secreraires, femble aufdiéts Eftars, que l’on 
doit pourucoir aux exactions qu’ils font fur ceux qui impetrent lettres du 
Roy, ou de luy don, office , ou quelque expedition |, mefme quand les 
communitez des pays & villes renouuellent leurs priuileges , ou impetrent 
aucune chofe touchant leur communité, ou autrement, à l’occafion de ce 
qu’ils fe conftituent iuges de leurs falaires , & en prennent fi grande fom- 
me qu’il ne feroit poflible d'y fournir, Et fouuent aduient que le pauure 
quitte le don que le Roy luy a fait, ou la pourfüite de fon droi&, pour éui- 
cer le prix excefif du Secretaire. Et puis nagueres ont prins & exigé d’au- 
cunes villes fept-vingts efcus d’or pour le Secretaire. Et pour ce femble 
aufdits Eftats, que les anciennes Ordonnances faites par les Roys Charles V. 
& Charles VIT. & autres leurs predecefleurs Roys touchant le fair de 
la Chancelerie, & ce que l’on doit prendre pour'fceau & droit des Secre- 
taires, doiuent eftre veués & regardces; & que ceux qui ont faiét telles 
exactions foyent punis , & contraints à refticuer comme il appartiendra. 
Et fi lefdites Ordonnances ne font aflez exprimées, que l'on doit donner 
prouifion, & taxer le falaire d'iceux Secrevaires, c’cft à fçauoir, combien 


DV ROY CHARLES.VIILI : 41 
ils prendront d'yne lettre d'office & d’autres expeditions de letttes, qu’ils 
feront & figneront, taht pour les particuliers, que la communauté: des vil- 


les & pays, foit lettres en fimple ou double queuëé, chartres, ou autrement. 


1.43 de 


Et quant aux lettres de la Chancelerie, fi les Secretaires ne les ont faites, 


mais feulemenc fignées, ils n’en doiuent rien prendre pour l’expedirion d’i-. 
celles ce ru 


‘15. Et pour ée que par cy-deuant l’on 2 donne Offices de Secretaires. pume de 
à aucuns non:experts en l'Office, ont efté fignées arm lettres, en mau-:pesrsoir sun 


uais ftile & forme, contenans plufieurs caufes d’iniuftice. Et y a aucuns 


Offices de See 
cretaires ds 


Secretaires qui ne font pas experts, pourquoy leur conuient auoir clercs, Ro. 


qui font plus forts à conténter que ne font leurs maiftres,.& qui eft dou- 
ble .couft aux parties. Semble aufdits Eftats que le Roy doit ftatuer & 
ordonner que dorcfnauant quand il vacquera vn Office de Secretaire, 


Monfeigneur le Chancelier, enfemble auec luy les Maiftres des Requeftes . 


fuiuant la Cour, & les gens du Confeil, nomment au Roy deux ou trois 
idoines aufdirs Offices, defquels le Roy par l’auis & deliberation des gens 
de fon Confeil eflira le plus propre pour luy bailler ledit Office vacquant; 
& fi c’eft de Secretaire des ane ts appellez les gens des finances, 

16. Item, combien que appel foit vray remede pour releuer les opprimez 


 & greuez par les Juges fubiets, & à ce principalement eft ordonné la 


puiflance Royale & fouueraine , pour recourir à icelle fouueraine auétorité 
&c refuge, & remede quand l’on fe fent opprimé, & que raifonnablemenc 
à aucuns ne doiuent eftre defniées lettres d’adiournement en.cas d'appel, 
tant en la Chancelerie, que en Parlement, toutefois ledit refus à. efté fair 
au temps pallé , pourquoy font demourez infnis griefs & oppreflions faits 
au pauure peuple de ce Royaume, fans reparation, & mainte bonne maifon 


deftruite, & pauurés innocens faits mourir, & pource qu’il a pleu au Roy fai- | 


re offrir iuftice, laquelle ne peut eftre trouuce, f l’huys pour paruenir en 
icelle n’eft ouuert, qui eft oë&troy de lettres d'adiournement en cas d’appel, 

17. Semble aux gens defdits Eftats que ainf fé doit faire, & enioin.' 
dre à tous ceux qui auront le fceau de la Chancelerie, que à nul ne foic 
clos l’huys de iuftice, ny defniées lefdiétes lettres d’adiournement en cas 
d'appel interjeté de Iuges, ou Commiflaire, ou autre perfonne; & fi aucun 
appert eflre defnié en La Chancelerie à Paris, ou aïlleurs où il y.a Cour fou. 
ucraine, que les Cours de Parlement les baillent, fans attendre le terme 
de venir deuers le Roy en La Chancelerie, & que ceux qui n’ont pu rele 
uer leurfdites appellations au fuiet de la vacation dudit relief, foient receus 
à pourfuiure leurdit appel tout ainfi qu'ils euflenc pu faire dedans letemps 
introduit pour-relcuer leurfdites: appellations, : : . ...  … :. 

13. Empefcher l’euocation des caufes & procez au Confcil du Roy. 

- 19. Que les Officiers du Parlement feront. gens notables’; bien quali- 
ficz, d’aage fuffifant, de bonne litterature, uns aq & confcience, & ef 
leus par les Cours. | 

20. 21. De n'appellet ny releuer appel, owiffo msdio. . : 

22, Et pour ce que plufieurs criminels appellent fouuent des. Sentences 
données contre eux par:les Juges. Royaux, par quoy il conuient les enuoyer 
éfdites Cours de Parlement, dont les Receuceurs. du Roy different de faire 
les mifes neceflaires par deffaut de defcharge, femble aufdits Eftars que le 

Roy doit ordonner & commander de: faire lefdices mifes par lefdits Rece- 
ueurs raifonnablement telles qu’elles feront ordonnces par lefdits Iuges , & 
par ce les contraindre par la prife: de leurs biens: :" ..  . 

23. 24. Touchant les Confeillers des Requeftes du Palais, du Chaftelec 
de Paris, & autres qui fonr eux-mefmes les cnqueftes fans les. adrefler aux 

Officiers des pays où elles fe font. | | 
FFF ii 


14:8 4. 
De tenir les 
grands Iours 
par les pays 
@ contrées ds 
Royaume. 


- n°4 
« NS 


— 1". 


414 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 
.25. De moderer les excefliues defpenfes des enqueftes. : 
26. Et pour obuier aux pilleries que feroient lefdits Comimiffaires à 
mettre ordre & iuftice par chacun pays, eft bon & conuenable ordonner 
les grands Iours eftre tenus, ainfi qu'anciennement auoit aécouftumé, par 
ceux des Parlemens & Cours fouueraines chacun an, & vne année en vne. 
contrée du pays, & l’autre année en vne autre. Et qu’il foit charge à ceux. 
qui tiendront lefdits Jours à vacquer certains iours de la femaine à ladite 


-Fcformation , &c taxer les falaires des Greffiers, reformer les abus, & cour 
.mectre par ordre , nonobftant oppoftions ou appellations quelconques. 


27. Et parcillement foit tenu l'Efchiquier de Normandie chacun an, 
comme ileftoit anciennement du temps du Roy Charles V IL ainf qu’il plut 
audit Seigneur l’accorder , en faifant la redu&ion de la cité de Rouën; & 
pour ledit Efchiquier tenir, foient commis Prefidens & Confeillers cognoif. 
fans les couftumes & vfages du pays, pour loyaument decider les caufes & 
matieres qui y font & feront pendantes. | ENS ce 

28, Item, femble aufdits Éftats, que bon eft d’ordonner que nuls Off- 
ciers ayent leurs Committimus aux Requeftes, s’ils ne font vrais ordinaires 
& commenfaux, & qu'ils ne puiflent faire adiourner | vertu defdits Com- 
#ittimus aucunes perfonnes pour maticres recles,ou Esp de realite, 
ne auñfi pour matieres perfonnelles non excedantes.la fomme de vingt liures 
tournois & audeflus , & que cfdits Committimus ne foient point mifes les 
caufes d’adionétion & de renuoy felon les Ordonnances. | | 
29. De l'abus des priuileges de Scolarité par ceux qui ne font point. 
Efcoliers. " PS 
. 30. Des tranfports faits aux Efcoliers. oo Lx 

31. Item, femble aux gens defdics Eftats que le Roy doit ordonner que 
nul de fes Baillifs, Senefchaux ou Lieutenans generaux, & aufli fes Procu- 
reurs ne prennent aucuns gages ou penfons des fubiets du Roy; ou leurs 
Senefchauflces ou Baillrages , & que nuls d’eux ne foient luges , Chafte- 
lains, ou Baillifs des Iufticesifuiettes & reflortiffantes à leurs Sieges. 

_32. Des gages des Lieuténans generaux des Bailliages & Senefchauf. 

es ” l ne EN 

5 33 Offices Royaux de Iudicature feront donnez à gens experts, par l'a- 
uis des Baillifs, SenefchHaux; leurs Liewtenans & autres Officiers. | 

. 34. Les Maiftres des Eaux & Forefts n’entreprendront rien fur Ja Iufti- 
ce temporelle des Eglifes, nobles, & autres iufticiers. 

35.  Preuofts des Marefchaux ne connoiftront que du fait de la Guerre. 
36. Leurs Licutenans n'exerceront aucun Office Royal. | | 

37. De reduire le nombre des Sergens: #ors qu’ils font qualifiez gens 
oifeux & excommuniez. ._. 

38 Les Reccueurs des Tailles ne commettront pour recouurer.les de- 
niers du Roy que des Sergens Royaux, & non leurs valets,ou gens dé: 
neant. | 7 
39. Les obligations & foumiilions fous le petit fcel de Montpellier fe- 
ront oftées, | | 

40. Les biens des deffunts ne feront faifis ,fous pretexte d’aubeine ,où 
autrement, fans information prealable, ; 
= 41. Des caufes qui feront plaidées par Procureurs. …- . 

"42. De ne prendre par execution les beftes de labeur & outils de la= 
bourage... | | | . ; 

43. 44. De ne tranfporter les perfoñnes & biens: arreftez & faifis hors. 
de leur reflort. . ne . | 
+ 45. 46. Contre Îles cxaétions des Baulangers, Cabarctiers,. Barbiers , & 
autres, . 7. au + 


DV ROY CHARLES VIITL 45 
47. Officiers des Finances reduits au nombre & gages qu’ils auoient 1 4 8 4: 
fous Charles VII. : LS SAR nu 
48. 49. Les Couftumes feront redigées par efcrir. 
so. Les Ordonnances feront gardées & obfornées. 
sr. Que les criminels feront iugez par les Iuges ordinaires, & non pas 
par Commiflaires, te re : 
sa. Que les Commiflaires & Juges extraordinaires qui fe trouueront 
auoir mal verfe, feront punis. M RE | 
. ÿ3 De n’achepter aucun Office de Iudicaeure: * 7 : .. 
‘54. Les commiflions cy-deuant accordées pour le fait de la ville d’Ar. 
tas feront renoquées., + | DU re | 
ss. Ainñ que les bourfes * communes de k mefme ville, * 1l faut que 
s6. Item, requicrent les gens defdits Eftats, eftre rembourfez de plu. %,/* HE 
fieurs formes de deniers, lefquelles ont efté par exaion leuées, 8 par ri- ré, on lieux 
goureufes contraintes: payées à auçuns Coimmiffaires particuliers, pour le reel 
fait du fel, & autres:illicites exaétions, &:que lefdirs Commiffaires par. fer Le 
ticuliers foienc centrainrs à refticuër lefdites fommes; & pour l’iniufte exa- £‘”: 
étion d’iceux foient punis à l'arbitration-de JIuftice , à l'exémple des autres, 
afin querelles exaétions dorefnauant n'ayent lieu, L 
. 57. tem, & contre tout droit, raifon & le priuilege des'gens d’Egli- 
fe & nobles en plufeurs lieux. de cé Royaume, aucuns gens d’Eglife, no. 
bles hommes & autrés, ont efté contraints à eux s'obliger de refpondre 
our ceux qui porterèient fel; qué Fon homrhe communément Saulniers, 
Lande obligation eft contre toute difbofition de droiét. 
_ 58 ÆEtpour ce femble aux Eftars que ladite obligation doir eftre caf. 
fée, abolie, & renduë aux obligez,& eux tenir quitres, defchargez, & defo- 
bligez de ladite obligation. Re | ci 
. $9. Irem, auffi femble aufdits Eftars que le Roy doit abaolir'toutes con 
fifcations, donations, venditions , tranfports & ceflions d’icelles , adue- », ne donner 
nuës du-temps du feu Roy-Loys, & depuis du temps du Roy Charles; 8 #mcunes con. 
auffi tous bannifflemens faits contre & au prejudice des fubiets du Roy, fémriemdr. 
lefquels & autres deflufdits n'ont efté connus ne adiugez & declarez par 
Juges ordinaires, ou des Parlemens, parties ouyes, & bien communiquez.en 
jugement contradiétoire; & chacun foit remis en fon droi& & eftat com- 
me il eftoit auparauant : aufli que reparation en fait faite aux parties inte- 
reflées. Semble aufdits Eftats qu'en enfuiuant le traité de Paix, ledit Sei- 
gneur doit faire & bailler entiere & paifible iouyflance de chacun de fes 
biens, heritages, droicures & poflefhions, ainf qu’il eft contenu audit crai, 
té, & faire entreçenir les abolitions contenuës en iceluy traité, en debou- 
tant tous detenteurs çontre ladite paix. 
60. Item, que dorefnauant ne foient permifes telles canffcations, ne 
données ou oétroyées fans caufe, parties non ouyes en Iuftice. 
61. Item, pource que plufeurs Seigneurs, & autres font venus deuers 
lefdits Eftacs, & en pleine affemblée ont fait plufeurs requeftes & remonf- 
trances, requerans eftre reftituez en leurs droits, feigneuries & poflef- 
fions, defquels ils difent auoir efté iniuftement deboutez, & ne peuuent 
jouvyr. 
pa Semble aufdits Eftats qu’ils doiuent eftre ouys en iuftice , laquelle 
_ doit eftre adminiftrée, & fupplient lefdits Eftars qu'il plaife au Roy ain 
le faire. | | 
63. Et pource que Dieu noftre createur, duquel le fainé& Nom doit eftre De punir les 
reucré & honoré en toute humilité & deuotion, par fermens & iuremens 6/4?hems- 
execrables eft eres-fouuent blafpheme & vilipendé, pourquoy feroient 2 
donner gricfues punitions, comme autrefois pour femblables cas font ad- 


1484. 


adiacents. | , 


Sans mar. 
chandife le 
chofe publi - 
que ne fepent 
entretenir. 


416 OBSERVATIONS SVR L'HISTOÏRE 
uenues: femble aufdics Eftats , que en enfuiuant les Ordoñnances faites 
par les Rois Sainét Loys, & autres fes predeceffeurs Roys de France, tels 
fermens, iuremens, & blafphefmes execrables doiuent eftre expreffémenc 
deffendus, & les blafphemateurs diretement punis & corrigez ; iouxte les 
Ordonnances, & felon les peines inftituces en icelles. RE, 
64. Item, femble aufdirs Eftats, que pour le bien & reformation du 
sp oo ne & pays adiacents, & que bon ordre foit tenu; & -pour 
paruenir aux affaires du Roy noftredit Seigneur, fi aucuns en furuiénnent, 
ledit Seigneur doit declarer & appointet que lefdits Eftats defdits Roÿau- 
me, Dauphiné &:pays:adiacents, feront affemblez. au temps'& tèrme de 
deux ans prochainement venans, & aufli continuez de deux'anis’ en deux 
ans, efquels Eftats feront reformez'lefdits Royaume , Dauphiné *& pays 
j eos RS D 
65. Et pourra-t-on pourucoir à rout ce qui fera nétéffaire pour lé bien & 
vtilité dudit Seigneur, & de fes. pays & feigneufrièsi Et: fupplient lefdits 
Eftats audit Seigneur , qu’il luy plaife ainfi Pordonnér-& declarer.i : ‘i : 
66. Et auec celuy fupplient, que fen plaifir foit dériier audiencé à cha: 
cun pays & prouince, & particulierement, afin qu’il féit'aduerty des plain< 
tes, doleances, clameurs, pauuretez & miferes que fon pauure peuple por- 
te, & qui font à vn chacun defdits pays & prouinces:: qu'il plaife’à:fa tres. 
noble Maiefté & clemence, fur tout donner ordre &-prouifion, PAL 


Chapitre rouchant le faiét de La Mar an ap . ne 


I Ovcnanr le fait de marchandife, qui eft caufé & moyen de faire 

venir riches & abondance de tous biens en tous Royaumes, pays & 
fcigneuries, & fans laquelle la chofe publique ne fe peut bonnement en: 
trecenir : femble aux gens defdits Eflats que le cours de la marchandife 
doit eftre entretenu franchement & liberalement par tout ce Royaume, & 


-qu'il {oit. loifible à tous marchands de pouuoir marchander tant hors le 


* Marque, 


c'eff reprefsi- 
de. 


De changer 
les foires de 
Lyon. 


Royaume és pays non contraifes au Roy, que dedans par mer & par terre: 
Et qu'il plaife au Roy faire mettre fus toutes: fes nauires pour aller en mer, 
tant pour la feureté du Royaume, que aufli des marchands. | | 

2. Tous acquits, trauers & peages feront revoquez. 

3. Semble aufli aufdits Eftats, que nulle marque * ne contre-marque né 
doit eftre baillée fans grands avis & connoifflance de'caufe, & que les fo- 
lemnitez de droit en tels cas requifes foient gardées, & que celles qui au- 
trement ont efté par cy-deuant données, foient annullées. 

4. Semblablement, pource que multitude de foires font preiudiciables 
à ce Royaume, & au moyen des foires de Lyon (qui eft quatre fois l'an) 
fe tire grands deniers de ce Royaume, tant pour draps dé foye qui fe dif- 
tribuent, que pour le cours volontaire des monnoyes qui fe fait par les 
marchands fur les monnoyes eftrangeres , & apportées par les Eftrangers 
contre les ordonnances. 

s. Semble aux gens defdits Eftats, que lefdites Ordonnances doiuent 
cftre entretenués & gardées en tous les pays fubjers & obeyffans au Roy. 

6. Et que mieux feroit que lefdices foires ne fe tinffenc que deux Bis 
l'an , c’eft à fçauoir Pafques & Touflaints, & en autre ville que Lyon, 
pource qu’elle eft trop prés de l’extremité de cedit Royaume, à caufe de 
laquelle extremité plufeurs fraudes y font commifes, & grands inconue- 
niens s’en peuvent enfuivre. 

7. Pareillement foit pourueu touchant les grands deniers tirez & re- 
ceus par aucuns puis quatorze ans En Ça, tant en la ville de Paris, que en 
plufieurs licux de ce Royaume, au moyen des grandes & excefliues tailles 


qui 


DV ROY CHARLES VIII. 417 


qui ont efté mifes fur les gens d’Eglife , communautez , & marchands 1 4 8 4. 
populaires. 

8. Et auffi des bleds qui ont efté prins pour l’armée du feu Roy, & que 
ceux qui en feront trouuez chargez, foient contraints à rendre compte, & 
payer le reliqua à ceux à qui il appartiendra. 

9. Et au regard de l’impofition foraine * & refue qui fe leue tant à+ 4], pesare 
Paris que ailleurs dedans le Royaume : femble aux gens defdits Eftars, ». 
que veu le crauail & vexarion qui fe fait aux marchands de cedit Royau- 
me par les commis à cucillir ladite impofition, en contraignant iceux mar- 
chands qui meinent dedans ledit Royaume, & autres plufieurs abus & ve- 
xations que lefdits commis font aufdits marchands, doiuent cefler, & que 
ladite impofition foraine, refue & caution que l’on baille pour icelle, doi- 
uent cftre leuées, prinfes & receués par les fermiers ou commis és fins 
&c extremitez de ce Royaume, & non ailleurs. 

10, Semblablement touchant les hauts paflages, lefquels fe baillent à 
ferme, & par les fermiers femblablement font aufli faits grands trauaux 
aufdits marchands: femble aufdits Eftats que lefdites ne foraines, 
haut & bas paflages, ne fe doiuent point bailler à ferme; au moins s’ils fe 
baillent, ce Éir à gens de bien: & des abus & procez, que les Iuges Royaux 
ordinaires des lieux en ayent la connoiffance , pour en difcuter fommaire- 
ment, & de plein, fans ns de procez. 

1. Semble aufli aux Eftats, que l’on doit mettre & donner ordre fur 
le fait des monnoyes, en telle maniere que les monnoyes du Roy ne 
foient plus tirées hors du Royaume, comme ils ont efté, & aufi que les 
monnoyes eftranges foient mifes & prinfes chacune pour fon prix & va- 
leur, & non plus, fans toutefois faire nouueau pié de monnoye. 

12, Jtem,en ce Royaume y a plufieurs ponts, paffages, & chauflées, pour 
l'entretenement defquelles fe cucïllent & font payez , couftumes, acquits, 
trauers & peages; & neantmoins lefdiêts ponts, pafläges & chauflées fonc 
en ruine, du tout/rompus & abbatus, & à cette occalion font aduenus & 
aduicnnent chacun iour plufeurs inconuenients, & s’y font perdus & noyez 
plufeurs perfonnes & beftes, & fonc les villes prochaines d’iceux ponts, 
paffages & chauflées comme inhabitées. Et pource femble aufdits Eftats, 
que lefdits ponts, paflages & chauflées doiuent eftre mis fus, & entrete- 
nus en cftat bon & fufhfant, tellement que fans danger l'on y puifle paf- 
fer, & que les reparations & entretenement foienc faits aux defpens de 
ceux qui y font tenus & fubiets, & aufli que quand aucuns marchands 
auront payc le peage & acquit en aucune rerre & fcigneutie, que les Sei- 
gncurs à qui font lefdits peages & acquits faflenc cenir lefdits marchands 
en feurete és terres, pour raifon defquelles ils leuent & cucillent lefdits 
peages. Et femble aufdirs Eftats, que fe contenu cy-deffus doit eftre mis 
à execution. 

13. Jtem, femble aufdits Eftats, que les Officiers tanc de Iuftice que @se es of. 
de Recepte, & autres aufquels par les Ordonnances Royaux a efté incer- 7 ras 
dit & deffendu fai & exercice de marchandife pour eux, ne autre pour nr Labs te 
eux. Et requierent au Roy qu'il luy plaife ainfi l’ordonner , & faire garder 
lefdites Ordonnances qui fur ce ont autrefois efté faites par les Roys Char- 
les V. & Charles VII, & leurs predecefleurs, fur les peines contenués 
en icelles. 


GG£g 


\ 


———— 418 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1484. 


Le Chapitre du Confeil contient huit Articles qui concernent 
principalement les rangs & l'entrée qu'ÿ doiuent auoir les 
Princes du fang, & les perfonnes qui y feront appellées. 


La derniere conclufion es oétroy fait par les Eflats au Roy. 


I. E Roy eft fupplié de faire incefflamment depefcher & accorder les 

articles contenus au prefent Cahier. | 

2, Les Eftats oétroyent pour deux ans pareille fomme que celle qui fut 
leuée du temps du Roy Charles V II. fans qu’elle puiffe cftre appellée 
Taille. 

3. Outre cela , les Eftats accordent au Roy trois cens mille liures, à 
caufe de fon ioyeux aduenement, & pour les frais de fon Sacre, auquel ils 
le fupplient de trauailler inceffamment. 

4. Les Eftats commettront quelqu'vn pour afflifter à l’impoftion des 
fommes qu'ils accordent. 

s-_ L'impofition fera faite auant que les Eftats foient feparez. 

6. Les Eftacs feront aflemblez dans deux ans. 

7. Aucune impoñtion ne fera mife fur le peuple fans leur confente… 
ment, 

8. Proteftation des Eftats d’eftre toufiours prefts de trauailler pour le 
bien du Roy & du Royaume. 


Ce font les Refponfes faites par le Roy, fur le C bapitres eg Articles 
deuant contenus en vn Cahier, qui luy a efté prefenté 


par les gens des trois Eflars. 


E T premierement fur le Chapitre de lEglife, n’a efte donné aucune 
refponfe, à caufe de l’oppolition faite fur aucuns des Articles conte- 
nus audit Chapitre, par Meflcigneurs les Cardinaux & Prelats. Et eft la- 
nr refponfe demeurce indecife, iufques à ce que ladite oppofñtion foit 
vuidée, 


Le Chapitre de la Nobleffe. 


OvcHaAnT le premier article dudit Chapitre où il traite de plufieurs 

vexations qu'ont eusles Nobles, qui fe commence audit Cahier: Pource 
que l'effat de la Nobleffe eff neceffaire, éc: Refponfe. Le Roy confidere l’eftat 
des Nobles, & leur accorde & concede volonciers l'effct du prefent ar- 
ticle. 

Touchant le fecond article, qui fe commence, Zrem, s'il aduenoit que le 
Rey, Gvc. Refponfe. Ilen fera fait au bon plaifir du Roy, & y pouruoira 
quand le cas y efcherra. | 

Touchant l'autre article qui fe commence, Es pource que à caufe que, Cr. 
md Le Royde fa grace oëtroye que les Nobles qui ont pour le ferui- 
ce dudit Seigneur vendu rentes fur eux depuis l’an 1464. racheptables à dix 
pour cent, les pourront rachepter dedans 4 ans prochainement venans, 
en payant les arrerages & loyaux couftemens, comme ils euflent pu faire 
dedans le temps dudit rachapt. 

Touchant l’autre article,où les Nobles fe plaignent qu’ils n’ont ofe chaf- 
fer, qui fe commence, Et combien qui foit licite aux Nobles de chaffér, x. 
Le contenu en ce prefent article eft par le Roy accordé, & permis aux No- 
bles ainfi qu’ils ont requis. 

Touchant l’autre article qui fe commence, rem, > pource que les grands 


DV ROŸY CHARLES VIII. 419 —— 


Veneuri, dc. Refponfe. La requefte contenué en ce prefent article a efté 1 


oétroyée par le Roy aux Nobles hauts Iufticiers, & leurs hommes, | 
Touchant l'autre article, qui fe commence , Item, G: pour euiter aux dan- 

gers, Ge. Refponfe. Quand le cas efcherra le Roy y aura bon regard aux 

faucurs des Seigneurs , & des Nobles, & fuicts de fon Royaume, 


RE Ed. Chapitre du Commun. 


S Vr les remonftrances & requeftes contenués és articles precedens, de- 
puisle neufefme iufques à l’article commençant, £s ce faifant offrent 
les gens defdits trois Effats, en ce comprus, rc. Refponfc. Le Roy a ia pour- 
ucu tant par la reünion de fon domaine que autrement au mieux qu'il a 
efté poflible, 8en ce qui refteroit ledit Seigneur a bon vouloir d’y faire 
roufours ainfi que le temps & le lieu le requerront. | 

À l’article enfuiuant commençant, Item, le commun peuple, crc. Kefpon- 
fe. Le Roy a trouué en fon Confeil qu’il n’eftoit point expedient ne con- 
uenable d'accorder le côntenu en cét article par la maniere qu'il eft cou- 
ché ; mais bien accorde-t-il de fa grace, que. ceux qui pour les tailles 8z 
fai& du.Roy fon pere, que Dieu abfolue , auront vendu rentes fur eux, de- 
puis l’an 64. racheptables à dix pour cent, les puiflent rachepter dedans 
deux ans prochains venans, en payant les arrerages & loyaux couftemens, 
comme ils cuflent peu faire dedans le temps dudit rachapt. 

À l’article commençant, Jtem, * combien que lefdits gens du commun, Gr. 
Refponie. Le Roy concede & accorde ce prefent article & requefte, & 
eut que les Ordonnances du feu Roy Charles VII. foient.en ce obfer- 
UCESs, . : | SNL | 

A l’article commençant, Item; .fupplient lefdits Effats an Roy, rc. Refpon- 
{e.'Le contenu en ce prefent article eft accorde par le Roy, pour en eftre 
fait comme il eft accouftumé d’ancienneté..& ainf qu'ils en auront deuë- 


ment ioüy & vie. | ne | .i 


Le Chapisre de Iufice. 
T5 ‘ ‘ f 


| A L’arTicLe premier, fecond & tiers commençant, Æ4 souchant la 


Iuffice, qui ff Dame, Cc. & finiflant, Dauphiné, pays adiacens. Ref: 


ponfe. Le Roy a bonne volonté & intention de faire, & faire adminiftrer 
bonne Iuftice par tout fon Royaume, comme il efttenu.. : 
.: Touchant les 4. articles fuiuans, donc le premier commence, Ez pource 
que Le Roy en perfonne, rc. le fecond, Neantmains. depuis Le treffas, Grc. le 
ticrs, Item, l'on.a veu, Grc. le quart, Er pour ra aufdits Effats , Cc. 
Refponfe aufdits articles. Le.vouloir & plaifir:du Roy eft,.qué le contenu 
éfdits articles foit obferué.& gardé felon les Ordannances du Roy Char- 
les VIT, contenant que les eflcétions fe feront de motables & bons perfon: 
nages, fans faueur ne fubornation à l'honneur de-luy, & entrerenement 
de fa Iluftice. RE . 
A l'autre article commençant, ere gone nr Ed k'eff rien, dc. 
Refponfe. Pource que ce prefent article eft raïfonnable , que nul Officier 
ne foit deftitué de fon Office. & eftar, finon par mort, refignarion , ou for- 
faiure, declaration prealablement faite par Iuge competent ,. l'Officier 
ouy deuément appellé, le Roy l’a accorde, & veut qu’il foic entretenu & 
obferué dorcfnauant. : SE | | 
. À l’augre article comménçant, Ztem,.fémble aufdits Effats, rc: Kefponfe, 
Le Roy en fera à fon bon plaifir: neantmoins pour pourueoir aux faits 
defdits Offices, a ordonné euoquer pardeuant luy:en fon Grand Gonfeil 
| GGg ji 


4 8 4: 


nn 


1.4 8.4. 


go OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
courtes les caufes qui en font meuës, afin que fommairement Iuftice foit ad: 
miniftrée aux parties. "2 2 2  ‘. Ur 
- À: Pautre article commençant, Ztem, touchant les'Offices extraordinaires, Gx. 
Refponfe. Il a plu au Roy accorder ce prefenc arcicle; toutefois quand 
ledit Seigneur voira où il. y aura pitié, il y.pouruoira à fon bon plaifr. 

A l’article commençant , Item, 7 inconueniens , Crc. Kefponfe, 
Sur ce qu’aucuns tiennent plufeurs Offices Royadx,le Roy y aura aduis,& 
n’en difpofera point fans grande caufe. 

A l'article commençant, Jrem, pource que “auec, dre. Refponfe. : Sclon 
Pauertiflement de ce prefent article ié Ray.pouruoira:fi bien, ‘que le Con- 
feil auec Monfeigneur le Chancelier fera garni de bons perfonnages, & 
gens de bien. : nn RE 

A l'arcicle commençant, Zrem Tree anfdits Effets, Gs. Kefponfc. Par 
l'Ordonnance du Roy. de Monfcigneut le Chancelter , les Maiftres des 
Requeftes pourüoiront conuenablement au fair de ce. prefenr article com- 
me il apparticndra, & defia eft la chofe entrain... : … 
- À l’autre article commençant, Item , G* au:regard.des Secretaires, G:c. Ref: 
ponfe. Il fera pourueu comme au prachain precedent article: : 3 
- A l’autre article commençant, Es powrce:que par cy-deuuns, Gr. Refpon- 
fe, Par mondic Seigneur:le Chancelier & Mefleigneurs les Maiftres des 
Requeftes il y fera pourueu , comme defflus cit ditaux prochains precedens 
articles. | NS en à A 

À l'autre article commènçant , Ztew, G: combien que appel foitvray, dc. 
Refponfe. la efté ordonné que dorcfnauant nulles lettres ’adiourne: 
ment, en cas d'appel, ne féroient refufées en la Chancelcrie, finon que ce fuft 
par bonne & grande déliberation du Confeil , que appel fuft notoirement 
non receuable felon difpofition de. droit. D 


6 
+ 


A l’autre article commençant, Item, G on 4 veu par cy-denamt Gr: Ref: 
ponfe. : Par Ordonnance :ia faite par le Roy à Clery , en cette ville dé 
Tours , a efté pourueu à l’effet de ce prefent article, lefquelles Ordonnan. 
ces font és mains de Maiftre Eftienne Petit, Notaire & Secretaire dudic 
Seigneur, & dont les parties en paurtont auoir L copie pour eux en aider 
quand & ainfi que mefticr fera. 

. À l'autre ärticle commençant, Æt combien que les Cours de Parlement, &. 
Refponfe. Le:Roy a concedé ce prefent article, & veut qu'il foit doref- 
nauant obferuc, en enfuiuanc tes Ordonnances du Roy Charles VII. 

A l'article commençant ; Semble. audits Effats qu'il doit effre, dc. Rel- 
ponfe. Les Ordonnances fur ee. faices feront dorefnauant obferuées ; ainf 
la voulu & ordonné le Roy. 2e RSS NA in 

. À l'article commençant, Er auec ce.qu'il foit enioipt, @c. Refponfe. Com- 
me au prochain article. fera fait par inionétion :8& commandement, &c. 

A l'article commençant, £s pource que. plufieurs criminels, Gc. Refponfe, 
Le: Roy fera pouruoir au contenu dé l’article pour le bien de iuftice. | 
- À l'article commetçant, Er aff fémble Grc. 8 à l'autre, Et.au cas, Gt. 
Refponfe. Touchant ces deux articles , il y a Ordonnances fur ce faites, 
lefquelles le Roy veur & ordonne eftre obfcruces &-gardées. à 

A l’autre arucle commençant, Item, G* pource que de prefent, Gc. Rel 
ponfe. Il eft appointé fur ce prefenr article, comme aux precedens. : : ! 
: A l'autre article commençant , Et pour obuièr aux pilleries, @c. Refpon- 
fe,. Le Roy veut & ordonne, que dorefnauant ainfi fe faffe par la meil: 
leure forme & maniere que faire fe pourra. FM; ER 
A l’artitle commençant , Er pareillement [oir l'Efchiquier, Gc: Refponfe. 
Ce prefent'article de l'Efchiquier a efté accordé par le Roy eftre executé', 
ainfi que par ceux de Normandie eft requis. 5. ‘©, . .. 


_ 


e 


-s…de 


se 


DV ROY CHARLES VIIE :: 41 
:.. À l'ausre article commençant, Item; femble aufdits Effats que bon ef, 
Refponfe. Le Roy eft content du contenu en l’article des Commitimus, 8e 
l'â ainfi oroyé & accordé, fauf à appointer fur la requefte de Meffei. 
gncurs les. Prélats. du Royaume, Re 

A l’article commençant , Er pource que les grandes vexations , Gr. Ref: 
panfe.. Oxdonne a eflé & accorde, que dorefnauant le contenu en ce pre- 
{ent article foic fait & entretenu, fans fouffrir aucuns tels grands abus x 
ledit article fait mention. . 
“A l'autre article commençant , Er outre que nul Efcolier par trañfport , G. 
Refponfe.: Comme :au precedent article a efté conclu & ordonné, que 
femblables.abus foient reiewez, &.non foufferts. —.— | 

A l'autre article commençant , Jtem, femble. aux gens defdits Effats Gr. 
Refponfe. Le Roy veut &-entend fur cette:mariere, que les Ordonnan- 
ces faires du temps du: Roy Charles V IL. foient gardées , lefquelles fonc 
bien raifonnables, & en fera parle aux Threforiers de France. pour les en 
fuiuir & faire garder de leur part. ie | 
:. À larricle ae ve > Semblablement .aduiennent plufieurs inconue- 
siens, Gi. Refponfe. Le Roy veut & entend, que és Offices de iudicatu+ 
re foit pourueu dorefnauant de gens notables, comme il eff contenu en 
l'article précedent. | : 

- À larticle commençant, Aaffi fémble aujdits Effats, Ge. Refponfe. 
En enfuiuant les ru pe faites feront données les prouifions, 
& faits les commandemens neccflaires , comme. eft requis par ledic 
AITICIÉ. 0 2 55 4202 ua à PR à 6 EH Late, OR n 

A l’autre article commençant , Er pareillement fermble aufits Effats, que les 
Presoffs, Gc. Refponfe, Il a.cfté.deliberé & conclu que les Preuofts des 
Marefchaux n’exerceront aucune iuftice que celle qu'ils doiuent faire , ne 
par confequent leurs :Lieutenans, .c’eft à fçauair couchant le fait de la 

uêrre. 5 PA OR ARESRSE ET ne s “alert ABS | 
ds A l’article commençant , Et quant és Sepeens,'qui font les moindres off- 
ciers, Gc. Refponfe. Pource qu'il y a Ordonnances faites touchant cette 
matiere, le Roy les fera conferuer & garder comme il appartient. 

A l’article commençant , Er posrce que plufurs':Receucurs des tailles, dc. 
Refponfe. Seront dorcfnauant entrecenuës 8gardées les Ordonnances 
faites fur le fait des Receueurs & Sergens dés tailles & aydes ; ainfñ le veut 
le Roy & ordonne. RE 

A l’autre article conuuençant:,: rw, que les obligations dr Jubmiffians [ous 
le pete fil de Mentipelicr, Ge. :Refponfe. Les obligärions faiccs fous. le 
feel feront moderées:fèlon le contenu-en J’actisle,& fera mande aux Caurs 
des Parlemens corriger les abus ;.&Cormiflaires ordongér pour y. be. 
fon ner. re er 1 DR De Done | sé ts ‘3 fit LA 
| EE articie commençant, vies, Les: Officiers du Roy .0s leurs iom- 
mé, ii Refponfe. En enfuiuanties Ordonnances Royaux faites paè'cy- 
deuant foi. dorefnauane obferué le-contenu en ceprefentarticke. 1. 

A l’autre article commençant, Item, femble audits Hffats que les caufes 
ciniles , Ge: Refponie. Accordé par Le Roy, & veut. que: dorefnauant Ainfi 

D Si st 


fe faflé..: : :. RE ee 


* 


U . , 
\ à, 


A l’article commençant, tem, & aaf]i Jemblé sfdits Effuts effre prpfta: 
ble, de. -Refponfe.. Le Roy eft content que'les arncles ml sit 4 &c 
dorefhapane” obfermezs ‘ : tit, à naiss psg IX 0e Rs. 
-‘ iA‘Farticle comfiençant } "Er combies :qa'il'foit probibé pan lez Ordonnancei 
Royaux, dc. Refponfe. Ordonné a cfté fur le prefenc article, que dorefs 
nauant fi au lieu où fe feront lefdites executions n’a bonne ville ou lieu de 
marche, les biens prins feronc enuoyez à la plus prochainc ville ou mar- 
| GGg 


à 


CC. 148 4 


1:48 4: 


422 OBSERVATIONS. SVR L'HISTOIRE 
ché du lieü où feroit faite ladite execution, pour. obuier aux inconubrriens 
remonftrez audit article. » oo :: . 

A l'article commençant , Jem, @* pource que a l'occafion ; @c. Refponfe;: 
Le Roy fera furfcoir les executions iufques à ce qu’il foit plus amplemen 
informé. | | CS dd 

A l'article commençant , Item, femble aufdits Eflats que tous Officiers, @c. 
Refponfe. Ainl a mn pr le Roy eftre. fait dorefnauant comme l’article 

ofte, OR 
à A l’article commençant, Z#em, qu'en —— G* accompliffant, Ge. Kef- 
ponfe. En enfuiuant l'Ordonnance autrefois ainf faire par le Roy Char: 
les VII. le Roy veut que la chofe foit mife à execution, le plus conuena: 
blement que faire fe pourra. | | . 

À l'article commençant , ‘Item, G pource que les Ordonnances des défunti 
Roys,@c. Refponfe. Les Ordonnances des Roys. deffunts feront recueil. 
les, & en fera fait comme eft requis au prefent article. | 

Es deux articles enfuiuans, le premier commençant, Zrem , Ge 44 temps, rc 
le fecond, Er auec ce, @c. Refponfe, Le Roy a concedé que le contenu 
efdits prochains articles, pour le bien de luftice, foit obferué, à l’extirpa- 
tion & correction des crimes & delits. : | 

À l’autre article commençant, Item, femble audits Effats pour les abus, rc: 
Il eft pourueu à l'intention de cedit article, par Ordonnances fur ce ia fai- 
tes, lefquelles le Roy veut eftre obferuées & gardées. : 

Aux deux articles, le premier , Item, depuis, rc. le fecond , Et outre, cre. 
Refponfe. Le contenu en ces deux prochains articles a efté accordé & 
concedé par le Roy & veur que ainfi fe fafle. is ee 

A l’autre article commençant , Ztem, requierent,@r. Refponfe. Le Roy 
ordonnera Commiflaires pour eux informer des abus commis en la matieré 
dudit article, & en faire correétion comme il appartient. | 

A l’autre article commençant , Item , contre droit G* raifon, rc. Kefponfe. 
T1 a efté ordonne par le Roy, que le contenu en ce prefent article fera fait 
&c.accomply. ©”: : L. | . : 

À l'autre article commençant , Ztem, auffi fémble aufdits Eflats, que le Roy 
doit, Gc. Refponfe. Quant aux confifcations, donations, tranfports & cef- 
fions qui n’ont efté deuément faites, connués & adiugées par luges compe- 
tens, le Roy a accordé l'article. : - ne 

A l'autre article commençant , Item , que dorefnauant, Cr. Refponfe. 
Qu'il fe doit faire ainf que le prefent article porte, parties appellées & auïes 
fommairement & de plein, fans grand procez; & ainf l'accorde le Roy. 
-. À l'autre article commençant , Ztem; pource que plufieurs Seigueurs Gr au« 
tres, Ge. Le Roy fera toufours oùir.en iuftice ceux qui la luy demande 
ront, & la leur fera adminiftrer comme il appartiendra. Le LA 
‘À l'autre article commençant, Er pource que Dies noftré Createur, ét. Ref- 
ponfe. Le Roy comme Tres: Chreftien, pour l'honneur & reuerence de. 
Dieu noftre Createur, a commandé & ordonné qu’on fafle obferuer & gar 


der les Ordonnances fur ce faites.  . ,. L 

: : À l'autre article commençant, tem, femble aufdits Effats que pour le bien; 
Gc. Refponfe. Le Roy eft content que les Eftats fe tiennent dedans deux 
ans prochains venans, & les mandera. ht 

"- À l’autre artide commençant , Er auec ce luy fapplient.que [on plaifir foit ; 
Gc. Refponfe. Il 2 efte ainfi ordonné & fait à tous çeux des pays particu- 
liers .venus pôur les Eftats, qui ont voulu faire remonftrances de leurs do- 
5: 


‘ 
LU CRE 


DV ROY CHARLES VIIE 43. 


3j 
Le Chapitre touchant le fait de Le marchandife. 


V premier article de ce prefent chapitre, commençant, Touchans Le 
A fait de la marchandife, Gt. Refponfe, Le contenu en ce prefenc arti- 
cle a efté accordé par le Roy, & veut que dorefnavant ainf fe fafle pour 
le bien de fon Royaume & de fes fuiets, 
= À l'autre article commençant, 4 Pource que depuis le trefbas du Roy Char. 
les féptiefme, dc. Refponfe. Le Roy eft content que le contenu en ce pre- 
fenc article foic fait, & que certaines Ordonnances faites touchant les mar- 


148 4. 


ques *, foient gardées pour le bien de la marchandife, commeau fubfequent + Marque, 
article eft couché, c'eff reprefail. 


A l’autre article RE » Semble aufdits Effats, érc. La refponfe de 
ce prefent article eft auec Îa refponfe du precedent. Et ne fera donnée 
marque que par le grand Confeil du Roy, ou par les Cours de fes Par- 
lemens. 

À l’autre article commençant, Semblablement pource que multitade de foi- 
res, Gc. Refponfe. Le Roy veur que les Ordonnances defquelles il eft 
touché en ces prefens articles foient entretenuëés, & aduifera lieu conue- 
nable autre que Lyon pour tenir les foires dont audit article eft faic 
mention. | | 

A l’autre article commençant, Pareillement [oit pourues touchant les grands 
deniers, @c. Refponfe. Accordé & concedé a efté par le Roy le contenu 
en l’arricle, | 

À l'autre article commençant, 44 regard de limpolition foraine, dc. Le 
Roy veut que tous abus foient oftez, & que le contenu en l’article foit 
gardé & tenu, fauf à ceux de Paris leurs Priuileges, s’aucuns en ont. 

À l'autre article commençant, Semblablement touchant les baults pal£ges, Cv. 
Refponfe. L'article prefent eft accordé par le Roy, & veut que les fer- 
mes ne foient baillées que à gens de bien, & les abus corrigez, & les pro- 
cés faits par les Iuges Royaux des lieux où feront faits lefdirs’abus. 

À l’autre article commençant, Semble auffi aux Effats que l'on doit met- 
tre, Gc. Refponfe. Par les gens du Confeil, des Finances, & Generaux 
Maiftres des Monnoyes, à ja efté befongné en cefte matiere, comme bref 
fera public, tout au bien & proufit du Roy & de la chofe publique de fon 
Royaume, a | | 

À l'article commençant. Jtem, en ce Royaume 4 plufieurs ponts, Ge. Ref-: 
ponfe. Tout a efté ordonné par le Roy, que le contenu de ce prefent ar- 
ticle foit entretenu & mis à execution. 

A larticle commençant, Item, femble audits Effats que les Officiers, Crc. 
Refponfe. Il y a Ordonnances long-temps à fur ce faires, lefqueiles le Roy 
veut eftre obferuces & gardées, &c. 


Le Chapitre du Confeil, 


"HF OvcHanr tous les articles contenus en ce prefent chapitre du 
T Confeil (qui font huit articles) & des perfonnages qui en labfence du 
Roy prefident, c'eft à fçauoir Monfeigneur d’Orleans premier, Monfei- 
gneur de Bourbon Conneftable de France aprés, & aprés Monfeigneur de 
Beaujeu fon frere, &c. 

Le Roy en la pleine afflemblée defdits Eftats en la grande falle de lAr- 
cheuefque de Tours, en fit la refponfe de bouche, & par Monfeigneur 
le Chancelier de France, en leur oétroyant & accordant lefdits articles 
& requeftes, | | | 


414 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


148 4. 
#°# Circonftances notables qui concernent les Eftats de Tours, tenus 
en 1483. ou 1484. 


Tonchant les penfions de quelques Princes ex Seigneurs. 


Es Ducs d'Orleans & d'Alençon, les Comtes d’Angoulcfme & de 
* C'efoit Dunois , & autres donnerent charge à l’Eucfque de Laon * de dire 
Charles de aux Eftats que pour le foulagement du peuple ils eftoient prefts de quit- 
Luxembourg, e : : : 
Fils de Louis Ut les penfons qu’ils receuoiegt du Roy, & que pour leurs interefts parti- 
ee , culiers ils ne deuoient point eftre contraints dans leurs opinions qu'ils de- 
## F#%*_ uoient donner librement & qu'ils deuoient nommer des gens de bien 


pour le Confeil du Roy; il fut traité fommairement de ce point. 
Sur quelques pretentions du Duc de Lorraine. 


E Duc René de Lorraine enuoya aux Eftats fes Deputez remontrer 
Li. feruices par luy rendus à la France, & particulierement en la viétoi. 
re qu'il auoit remportée proche de Nancy fur Charles dernier Duc de 
Bourgogne; qu’il auoit pris à ce combat plufieurs. Grands prifonniers, en- 
tre autres Charles frere naturel de ce Duc qui promettoit pour fa rançon la 
Comté de Bourgogne; qu’à la priere du Roy il lavoic deliuré gratuite- 
ment: que nonobftant cela par l’artifice de fes ennemis il eftoic tombé dans 
les mauuaifes graces du Roy, iufques-là qu’on luy auoit ofté le Duché de 
Bar qui eft fon heritage & fon patrimoine; qu’à prefent qu’il en a demandé 
la reftitution, on luy a fait une refponfe qui ne se femble pas raifonnable; 
fçauoir que le Roy cftoit mineur, que par les Loix il ne pouuoit tranfiger, 
& qu'il falloit attendre qu'il euft l’âge legitime, & qu'il euft pris le Gouuer- 
nement de fon Royaume: qu'il demande donc à prefent que l’on luy baille 
par prouifion une penfon. ( | 

Il leur fut refpondu qu’à prefent ils traitoient aux Eftats du general 
du Royaume; que quand l’on en viendroic au particulier, ils auroient efgard 
à la demande du Duc de Lorraine. 


Les mefmes circonftances font plus amplement déduites dans 
l'Hiftoire des Eftats efcrite par Iean Maflelin Official de Roüen 
l'un des députez, en ces termes. 


V ENERVNT etiam & Duce Lotharingie Nuncii, qui docerent Statusm Le- 
gatos quibus offciis, quibufque rebus memoratus Princeps Reçem Regnum- 
que profécutus fit. Is enim infefiffimum Ludouici Regis hoflem Ducem Burçus- 
dis Carolum dbellavit , cum fuarum guidem rerum vitaque periculo, hoc fils 
quidem eo iwcundius atque gloriofius contigiffe ratus, quod tam latam vicforiam 
zon fibi modo prodeffe, verum ctiam Regno gloris GC honori fore credebat, Cr 
quam fémper magis Reg potentie quam fus viribus aftripfit. In eo quoque pre- 
lio quo dilfus Carolus occubuit, plures Burgundis Magnates captisati fuere, magrà 
profeifo rationibus redimendi , inter quos naturalw dicfi Caroli frater, quem 
magnum baflardum dicunt, comprehenfus, [ua pro redemptione Burgundie Comi- 
tatum tradere promittebat. Verum Regi volenti atque petenti gratis ab ipfo Duce 
cum aliy dimif]us eff, fémper enim Dominus fupplicans co erga Regem anima fuir, 
ut cupierit quam maximè © res ci facere gratas, C* cius parere imperiw , uipote 
Le Duc de  Quod ei fanguine pr os effet , + ob aliquas terras etiam fubicétus. Nes 
ES SN fruffra quidem , [6 fuiffet Duci poteffas , Rex ab eo maiora aut fortiora poffulaffet. 


1er du Roy. É ; Re : : : 
Et quamsw ob tanta officia Je crederet optimè de Rege meritum, € .fibi gratifica- 
rl 


— _——__—…——— , = 


£ ——— 


DV ROY CHARLES VIII 425 


ri debere, inimicorum tamen fuorum maledicentia atque fatfione, Reers non [olum 
gratia aucrfa eff, verëm ctiam ira concitata. Qua profecfo non faté fuit nihil 
profuifle benè merenti, [f non in perfons rerumque [usrum rocumentum odium f- 
que procederet ; Barri ff quidem Ducatus ei ereptus eff, C* Prouincia occapata, 
fes quidem vers CG indubitate hereditates, quarum reffitutio Jepius © bumi- 
liter petita, femper dencgata fuit , exigui tamen vigors quafito titulo. Et quan- 
quam ab hoffibus Regis crebro follicitaretur, ut [e illis fœdere iungeret, G arm 
tentaret res vendicare Juas, non tamen VRqHAMN induci aut moseri potuit, quo m4 - 
gus caritatem officiumque [uur erça Regem illibatum féruaret. Poff obitum 4s- 
tem Regis Ludouici, buc coram Rege atque Confilio perorauit, rogauitque aut [145 
fibi poffeffiones reflitui , aut fi quid iuri Rex in es pratenderet, quaffionem 
breuiter Iurifperitorum terminari sudicio, proborum quidem © ad banc rem fPe- 
cialiter eleéforum. Verum fibi non rectè nec legaliter refhonfam aut prouifum ar- 
bitratur : cum omni pace dicfum fit. Aiunt enim Regem in minoribus agere , nec 
per legem pole tranfigere, vel pacifti, G imo expeitare conueniat, quo vfque per 
atatem legitimam Regni regimen affumpferit : interim vcro Domino fupplicanti 
Japer Prouincie redditibus annus dabitur penfio. Vos teflatur omnes quod bac fibi 
faifa refhonfio nec aqua eff, nec admittenda , G* fe per eam iuris [ui iaéturam 
magnam fuffinere: cui profecto refellende multa fuffraçgantur multaque fupplican- 
tem inuant , fed que nunc amplè dicere neceffariwm non cff que alias integrè co- 
pioftque deducentur. AJF quoniam vos [tit ob id a Rege Vocatos , Ut veflris ordi- 
nationibus atque confilis res Regni meliores C emendatiores fiant, in magnam 
fPem hic clariffimus Princeps adducitur ui quam petit iuffiffime rei confequendi 
cfeitum. Orat igitur omnes atque precaïur, quatenus sveffra ope liceat huius 
ŒQuaflionés Iudicium non differri, quod omni tempore, inquit lfalmiffa , fieri 
debes. Et ob eam rem non folèm Regi Regnoque. magis officiofus erit, verum hoc 
veffrum confultum G: nobile corpus, vofque fingulos [emper amabit, laudabit, bo- 
noribufque profequetur. | 

His ficut & als refponfum eft. Nenc nos generalia tracfare , aff vbi de 


particularibus agetur, Domini Ducis caufam in primis commendatam habituros,tum' 


ob claritadinem fanguinis , quo [atus eff, tum ob cius dignitatem, ffrenuitatem, € 
merita. Et enfuite. Cancellario G Dominx Confilii profetis ex Aula [oli re- 
manfimus , vbi primèm declarata eff C* nuntiata Congregatio poff meridiem f#- 
tura. * Dchinc quoniam Dominus Dux Lotharingie iam ter Nuntios ad Status mi- 
férat. Primüm, #t faum de Provincia ius per nos Regi commendaretur. Secun- 
dd, cm erat in manibus Recÿ Confilÿ negotium , fuimus à [ho Oratore perfuafi 
de fua claritudine fançuinss, deque [ua virtute, C meritis, quatenus inter Con- 
Jules cum Regÿ Sanguins viri in ipfo poffet adeffe Confilio. Tertid, paulo antes 
quam Supplicationum 4 nobis commendationes Regi five Principibus fierent, in- 
quiens non effe tunc iuri fuo commendatione opus, quod breuem trafum GC finem 
alia via conféqui fperabat, offerebat nihilominus omnem flatibus preffare fauorem, 
quod intellexerat cos fibi deditiffimos fuiffe. Ido ut illi baberentur gratie, G* di- 
ceremus nos ci femper obfequi paratos, ac noffra commendaremus confilia, Reique 
puvlice flatum , nofler Prafidens G quidam alii ad cum miff funt. Hi vero in 
huius Congreçationis exitu narrauerunt fe memorato Duci res predicfas deduxiffe, 
C fibi tunc ab co fuiffe refponfum, Nullam à Statibus fibi debcri gratiam , ur pote 
qui nibil ei inféruiffet, verim cam Statibus, quorum im operam GC: beneficium 
fenferat fe referre oporteret. Et ideo prater gratias à Juis Nuntiss habitas nunc 
etiam per Je; ipfe G* copiofius agit. Qui ad oblatum per nos obfequium fperabam, 
snquit, st ante mcum a Curia difceffum mca de Prouincia Qu«ffio aut finem ca- 
peret, aut faltem certum aliquem ffatum. Verum non ita eucnit , quoniam nunc 
agor magnis C* urgentibus caulis in Lotharirgiam proficifci , lite adhuc intaifa. 
Praterea V0s or, ficut © alias oraui, infliffimas buius caufe mes partes commen- 
dites Regis Maieffati facite. De Reipublice vero ffatu quem optatis mibi commen- 


nl 


1 4 8 4. 


Le Duc de 
Lorraine de. 
mande d'effre 
du Confeil du 


Rey. 


416 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4 8 A. dari, volo fciant omnes natione pariter CG animo me fémper Francigenam faille 

co Ducde profefum. Nec falso quidem, quoniam inde natinitatis locus Andegauis eff. Nec eff 
0 \ L) \ L] . : 

Lorraine né à opus memorare labores, qu0s alias Regis bené placito, non fine Gallie € Gallice 


ADgers, 


quidem Reipublice fructu, fuflinui. Regem quoque modernum santa reuerentis co- 
Lo ,tanta caritate, imo veriss %elotypia diligo,  amplexor, nt credam maritum 
non magis uxorem amare fuam. Et ff quis cé aducrfêtur , vel Regnum infcffet, 
feram quidem auxilinm cum mille virorum exeriitu ; C fi opus haber, mMaiores 
etiam ducfabo copias. Pofiquam dixit, Gratis rurfus inquiwnt 4 nobis aife funt, 
G fes lité commendande promiffio faifa. Nofler tum Prafidens bis expolitw, 
quafivit fi noffer Orator , qui proxima Oratione loquetur, Regi Principibufque pre- 
fatam caufam collandaret. Sed vifum eff atque conclufum , quod CH) HUNC Çra- 
sem materiam G° totius penè conuentionis preciphum C magis intentum finem 
tracfemus , non cxpedit ill; quicquam immifcere ; verwm id poffea per opportunits- 
tem facere licebit, hoc etiam roborante ipfius Principis difieffu. Res igitur #[- 
que ad diem Reg profefionis dilata eff. 


Sur le pounoir des Eflats. 
Il L y eut de grandes difputes fur le pouuoir des Eftats pendant la mi- 


norité du Roy. Les uns fouftenans que toute lauthorité refidoit en eux, 
& qu'ils ne deuoient point ufer de prieres & de fupplications, mais de 
commandemens & ordonnances , au moins jufques à ce que le Confeil qui 
deuoit eftre nommé par les Eftats fuft eftabli. D’autres difoient que de 
droit la difpofition de PEftac & 1e Gouuernement du Royaume apparte- 
noient aux Princes du Sang comme tuteurs legitimes, & qu’à la rigueur 
le confentement des Eftats n’y eftoit requis que pour la levée des impo- 
fitions. | 

Ils refolurent que le Roy eftant proche de puberté & de tres-bon efprit, 
tout fe deuoit faire fous fon nom & commandement; que dans les Lettres 
de juftice & de grace qui feroient accordées il parleroic luy-mefme; & 
qu'ils n’entendoient pas neantmoins qu’il puft donner ny conclure chofe 
importante fans la plus grande & meilleure partie du Confeil. 

Le Chancelier leur expliquant là-deflus les volontez du Roy, leur die, 
Rex juxta ‘ueffrus deliberationes probat, @ confirmat G: nunc erigit & cohffituis 
fusm certum C7 indubitatum Confilium, volens nihilominus probos viros ficut pe- 
tiiflés ex corpore flatuum reliquis Confiliis aggregari. Cui quidem Confilio vult 
intelligit datam fore poteflatem ffatuendi G* pracipiendi quecumque ad Reipublice 
stilitatem viderint expedire, [eruata tamen [emper ci iubendi C [no nomine cunca 
faciendi dignirate. Demum in reliquis materiis ex veffro cœts folertes C* experti 


viri famentur qui cum prafato Confilio prouideant atque commodum G* falubrem 
finem imponant. 


Touchant la mort du Comte d’ Armagnac @ de [a femme. 


E Roy eftanc afflemblé auec les Eftats, Charles d'Armagnac fe jeta 
L à fes pieds, & demanda permiflion de parler: ce qui luy fut accordé. 
Vn Aduocat parla pour luy, & reprefenta au Roy le mauuais traitement qui 
auoit eftc fait à la maifon d'Armagnac; que le Frere du Suppliant, qui eftoit 
Comte d’Armagnac auoit efté faufflement .accufe deuant le Roy ; que le 
Comte de Dampmaïtin auoit efté auec une armée dans l’Armagnac, & 
auoit contraint le Comte d’Armagnac de fe renfermer dans Lairoure, & 
luy ayant demandé permiflion d’enuoyer vers le Roy pour fe juftifier, il la 
luy auoit defniée; que pour cela il s’eftoit rangé du parti d’Efpagne; que 
£out fon pays auoit efté rauagé par le Comte de Dampmartin , lequel auoit 


= RS 8 et ee M 


DV ROY CHARLES. VIIL 417 — 
emporté tout ce qu'il auoit trouué tant és Eglifes qu'ailleurs; que s’eftanc 1 4 8 4. 
retiré en Efpagne, il ne put obtenir du Roy aucun pardon, ny rentrer dans 
fon Comté qu’en prenant Lettres d’abolition & de grace par.efcrit, com- 
me conuaincu de perfidie ; qu'il auoit demandé d’eftre iugé par la Cour dt 
Parlement, à quoy l'on n’auoit voulu auoir aucun efgard: ce que voyant il : 
auoit cfté par le monde miferable & fans aucun fecours. Enfin pouflé par 
le defefpoir, refolu de rentrer dans fon bien, & voyant que les fiens luy 
endoient les bras, il feroit entré par furprife dans Laitoure, d’où il chaffa 
La garnifon.du Roy fans luy faire aucun mal. Peu aprés une grande armée 
le vint aflicger dans Laitoure, ruina tout fon pays; & encore qu’il fuft bien 
fort dans la ville, & que rien ne luy manquaft, il fut confeillé de traitter 
auec le Lieutenant du Roy, & il fuc conuenu qu'il fe retireroit, luy, fa fem- 
me, fa famille & fes biens hors du Royaume, fans jamais y retourner. Les 
gens de Guerre entrerent auili-toft dans la Ville, & am A qu'il mettoit. 
fes affaires en ordre, pour fe retirer le lendemain de la capitulation, Roberr 
de Balzac neueu du Comte de Dampmartin, Guillaume de Montfaucon, Pierre 
le Gorgias Archer, & autres, vinrent au logis du Comte d’Armagnac, & le 
trouuerent dans une chambre auec fa femme. Lors de Montfaucon dit à 
PArcher qu'il euft à faire ce qu’il deuoit & aufli-toft il tua le Comte d’Ar- 
magnac de plufieurs coups en prefence de fa femme. Aprés cela il fit de 
grandes violences aux femmes qui eftoient dans la maifon, puis ils mene- 
rent la Dame d’Armagnac * la veuue en un Chafteau à trois lieuës de Lai- * Elle efois 
toure, Elle eftoit prefte d’accoucher. Le Seigneur de Caffelnan , Oliuier le nets 
Roux Secretaire du Roy, & autres, entrerent en la Chambre où eftoit cette 
Dame. Ils auoient mené un Apotiquaire auec eux. Ils firent prendre à cette 
Dame & par force un breuuage, & deux iours aprés elle & fon part mou- 
rurent. Le ficur d'Armagnac Suppliant, frere du deffunt, qui.eftoit en l’une 
de fes maifons, fut pris & mené lié à Paris, & mis en prifon, où ilaefté 
quatorze ans maltraité de toutes manicres. Il a efté changé en diuerfes 
EE & enfin mis à la Baftille entre les mains de Philippes Lhuillier, 

omme tres-cruel, Capitaine d’icelle. Là il fut mis en une baffe foffe pleine 
d'eau,& ne fut nourry que de pain & d’eau. L'on luy arracha les dents, & 
fut fouuent fouetré jufques au fang : enfin il fut déliuré plus prés de la 
mort que de la vie fans aucun bien, & luy fut feulement ordonné quel- 
que peu d’argent pour fon viure. Et pour chaftier ceux qui ont commis 
ant de cruautez, le Comte d’Armagnac a prié le Roy de lc renuoyer au 
Parlement, & qu'il luy plaife luy faire refticuer fon bien. | 

Le Chancelier en ayant demandé aduis au Roy & aux Princes, prononça 
qu'il feroit fait juftice au Comte d’Armagnac, & aux enfans de Nemours, 

ui s’eftoient adreflez aux Eftats; & pour plus grande connoiffance de l’af- 
faire, elle fut renuoyée au Confeil du Roy. 

Comme le Roy fortoit, le Comte de Dampmartin dit tout haut que ce 
qui auoit efté fait au Comte d’Armagnac auoit efté bien fait, ayant eftc 
traiftre au Roy. Le fieur de Comminges & autres amis d’Armagnac dirent 
que le Comte de Dampmartin en auoit menti par fa gorge, & les efpées 

rent tirées, & y cuft eu du mal fans la prefence du Roy qui l’empefcha. 


- Sur l'execution du Traité d'Arras; 60° touchant le Comte de Romont, 
©r le fieur de Crouy. 


Es peuples de Flandres & de Brabant fuiets de Philippe & de Maxi- 
L milian leurs Ducs demanderent aux Eftats que le Traité de paix der- 
nier fait fuft execurc ; qu’ils auoient charge d’en faire demande, primo au 
Roy, puis aux Eftats, & aufli de faire inftance que le Comte ss Marle & 

HHkh :i] 


t 


418 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


autres terres fuflent reftituées au Comte de Romont *oncle du Roy; ces 
/ e 
us fa femme: & aufli que le Comte de Porcian, 


uës au fieur de Crouy. 


1484. 

* Jacques de terres luy cftoienc venués 

Sameye:9%14- Croy & Ranty fuflent ren 
e. 


soit efpou[e 


Marie fille de | | Ne | 
Pierre de Lu- 37 L fembleroit neceffaire d’inferer en cet endroit la relation du Sacre & 
xembourg Couronnement du Roy Charles VIII. puis qu'il fait vne des principales. 


Comte de : . : ! 
Saint Paul. aétions de fon ve M ru comme cette piece €ft PRE qu’elle fe 


V. <y-2prés. crouue imprimée dans le premier volume du Ceremonial, l'on fe contente- 
ra de dire à ce fuiet qu'il fut couronné à Reims le Dimanche 30. May 1484: 
par l’Archeuefque Pierre de Laual, le Roy eftant lors âge de prés de qua- 
corze ans. Cinq Princes du Sang , auec le Comte de Brefle Philippes de 
Sauoye y reprefenterent les fix anciens Pairs feculiers ; le Marefchal de 
Gié de la Maifon de Rohan y porta l'efpée au lieu du Conncftable; & cette 
ceremonie fe fit auec toute la magnificence poflible, & en prefence d’vne 
tres-grande quantité de perfonnes de toutes qualitez. Ce que le Leéteur 
pourra voir, s’il veut recourir à la leéture de la Relation inferée dans le 
Ceremonial, laquelle eft extraite d’un manufcrit tres-fidelle, & qui a pour 
titre: Cy-aprés s'enfuit la venué du Roy Charles VIII. de ce Now à Reims, pour 
receuoir fon faint Sacre G* Couronnement, C les chofes qui y furent faites; enfim- 


ble le md du faint Sacre G Couronnement des Roys de France. | 

Il eft bon d’obferuer pour la conciliation des dattes qui femblent auoir 

quelque contradiétion , que par le premier article du cahier prefenté au 

Roy lors des Eftats de Tours, le Roy eft fupplié de fe faire facrer & cou 

ronner auec le plus de diligence qu'il fe pourra , & que ces Eftats fonc 

Mezeray dit communément mis en 1484. au mois de luiller, ce qui femble oppofé à ce 

que c'en qui vient d'eftre dit touchant le Sacre & Couronnement du Roy Char- 

mie # lan- les VIII. qui fut fait le 30. May de la mefme année, trois mois aupara. 
485 4. » , . , . 

ne les Eflars uant les Eftats de Tours. L'on ne peut accorder cette difference qu’en di- 

AA “m- fanc que les Hiftoriens contemporains ne conuiennent pas entre eux du 

mais ins temps que ces Eftats ont efté tenus. La plufpart des manufcrits que l’on 

pas pris garde en a, difent que c’eft en 1484. Du Tillec les a fuiuis; mais Philippes de 

a Commines les met en 1483. fans en remarquer plus particulierement le 

lers qu'à Pa. MOis ny le jour. Ce que l’on peut dire eft que le jour du Sacre & Couron- 

ques, nement du Roy eft certain non feulement par la Relation manufcrite im- 

primce dans le Ceremonial, mais encore par la piece fuiuante, laquelle en 

fait mention, & qui eft dattée à Reims au mois de May: 484, Ainf l'erreur, 

s'il yena,n’eft pas autemps du Sacre du Roy, mais à celuy des Eftats te- 

nus à Tours dont l’on ne conuient pas precifement ; fi ce n’eft que pour 

Concilier ces dattes on ne veuïlle croire que le cahier ou remonftrance des 

Eftats eftanc dreflé auant que le Sacre du Roy ait efté fait, il a efté pre- 

fenté fans reformer l’article par lequel les Eftats fupplient le Roy de le 


faire auec le plus de diligence qu’il fe pourra. 


Vnion faite par le Roy Charles VIII. de la Baronnie de Mondoubleau 
an Comté de Vendofme ; exemption de l'hommage € obcïflanæ des 
Duché d'Anion 9 Comté du Maine; C9' prinilege à l'heritier prin- 
cipal de la Maïfon de Vtndofme, de n'eftre fuiet au droit de bail pen- 


dant [a minorité. 
# Reims le | 
pr 7 HarLeEs par la grace de Dieu Roy de France. Sçauoir faifons à tous 
| y) prefens & à venir, Nous auoir receu le iour de noftre Sacre & Cou- 


ronnement l’humble fupplication de noître tres-cher & amé coufin Fran- 
çois de Bourbon, Comte de Vendofme, Seigneur & Baron de Mondou- 


DV ROY CHARLES VIII. 419 

bleau , contenant que ledit Comté eft tenu de: Nous à foy & hommaige, à 
caufe de noftre Duché d’Aniou, & ladite Baronnie de Mondoubleau, 
à caufe de noftre Comté du Maine, par la couftume defquels .Du- 
ché d’Aniou, & Comté du Maine, quand aucun homme ou femme 
noble vont de vie à trefpas , & laiflent leurs enfans mineurs , & en bas 
âge , lefdits enfans font tenus en bail, & prennent à leur profit celuy ou 
ceux aufquels par ladite couftume appartient iceluy bai, tous les fruits 
& reuenus des heritages defdits mineurs, pendant & durant leur mi- 
norité, & aufli tous les meubles demeurez dés le decez des predecef- 
feurs defdits mineurs. Parquoy quand lefdits mineurs viennent en âge, & 
hors de bail, ils ne fe trouvent aucuns meubles, & ne tourne la perte & 
- le dommaige defdits mineurs fur ce à aucun profit & vrilité de {a chofe 
publique, mais au profit particulier de perfonnes priuces, qui n’ont eu 
DT labeur & peine de acquerir lefdics biens. Et eft aduenu fouvente- 
ois que les grandes & riches Maifons defdits Duché & Comté :en 

ent efté fort diminuées, & lefdits mineurs combez en grande neceñlite, & 
mefmement la Maifon de noftredit coufin fuppliant, qui puis nagueres a 
efté en bail, apres le crefpas de feu noftre coufin le Comte de Vendofme fon 
pere. Et pareillement ont efté fondit pere, & autres fes predecefleurs en 
bail, & au moyen de ce priuez & fpoliez de tous meubles, & des fruits & 
reuenus de leurs Terres & Scigneuries, dont tres-grand: domimaige eft 
aduenu à ladite Maifon , laquelle en à fouffert & fouffre de prefent de 
grandes neceflirez, & eft en voyc d’encore plus faire , ainfi que noftre- 
dic coufin nous a dit & remonftre , en nous humblement requerant pour 
l'honneur & folemnifation de noftredit Sacre & Couronnement , que at- 
tendu que ladite .couftume eft de foy totalement: defrogeante & contraire 
à cout droit & équité, & de tres-mauuaife & perilleufe confequence, ainfi 
qu'il eft afez évident, & notoire, il Nous plaife icelle fupprimer & abolir 
à toufours pour le bien & entrertenement de ladite Maifon de Vendof. 
me, & obvier pour l’aduenir aufdits maux & ‘inconuenicns, Et pour rele- 
ver noftredit coufin & fes fuccefleurs des-peines & crauail qu'ils pour. 
roient avoir cy-aprés de faire deux hommaiges en diuers lieux, pour rai- 
fon defdits Comtez de Vendofme, & Baronnie de Mondoubleau, lef- 
quelles font ioignans & enclauées l’vne dedans l’autre, il Nous plaife dif- 
traire & feparer lefdits Comté de Vendofme, & Baronnie de Mondou- 
bleau, & leurs appartenances, & les exempter defdits hommaiges, & obéif: 
fance de nofdits Duché d’Aniou & Comté du Maine, pour eftre vnis 
enfemble, & les tenir de Nous & nos fuccefleurs Roys de France à touf: 
ours, & fans moyen aucun, à vne feule foy & hommaige, à caufe de nof: 
tre Couronne, & fur ce luy impartir noftre liberalite, & grace. Pour- 
uoy nous inclinans fauorablement à la fupplication & requefte de noftre. 

dit coufin , laquelle nous auons fait voir & vifiter bien au long par les 
gens de noftre Confeil; pour confideration de la proximité du lignaige en 
quoy il nous attient , & aufli des grands , loüables , profitables & re- 
commandables fervices que fefdits predecefleurs Comtes de Vendof- 
me ont par long-temps faits à nofdits predecefleurs Rois, & .à la Mai- 
fon de France, en diuerfes manieres , & que noftredir coufin nous 
a ja faits depuis noîftre aduenement à la Couronne, à l’entour de noftre 
perfonne, & auili en faueur de noftre Sacre & Couronnemenit, auquel 
il nous a aflifté & ferui, pour vn des Pairs de noftredit Royaume, & 
continué chacun jour en noftredit feruice, en grand foin, cure & dili- 
gence, à la conduite & ‘direétion des plus grandes affaires de noftredie 
Royaume, & cfperons que plus fera cy-apres ; voulans enuers luy recon- 
noiftre lefdics feruices, qui font dignes de grande recommandation, & 

Hh ii 


1 48 4e 


Lo 


430. OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


1 4 8 4. fauorifer, efleuer, augmenter, & accroiftre en honneurs, dignitez & pre- 


rogatives ladite Maifon de Vendofme, pour le bien & entretenement d'i- 
celle, & la relever & les Seigneurs d’icelle de toutes charges, dommaiges 
& inconueniens à noftre pouvoir , ainfi que bien connoiflons que raifon- 
nablement faire le devons : pour ces caufes & confiderations & autres 
iuftes & raifonnables à ce nous mouuans, avons par l'advis & delibera_ 
tion des Princes & Seigneurs de noftre fang & lignaige, & gens de nof— 
tre Confeil pour ce aflemblez en grand nombre, lefdits Comté de Ven- 
dofme & Baronnie de Mondoubleau, qui par cy-devant eftoient tenuës 


de Nous à deux hommaiges, comme dit eft, de grace fpeciale, pleine puif= 


fance & autorité Royale , iointes , vnies & incorporées, joignons, vnif- 
fons & incorporons infeparablement, & à vn feul hommage, pour eftre 
dorefnauant enfemblement dites, cenfées, & reputées vn feul corps de 
Comté, nommé & appellé le Comté de Vendofmois, & cenu de Nous & 
de noftre Couronne à vne feule foy & hommaige, que noftredit coufin, & 
fes fuccefleurs Comtes de Vendofmois Nous feront tenus faire à chacune 
muance de Seigneur & vaflal, quand le cas y efcherra, fans ce que par. 
partages, sg , ne autrement ils puiflent eftre feparez d’enfemble, ne 
qu’ils puiflent eftre aucunement tenus à foy & hommaige de nofdits Duché 
d'Aniou, & Comté du Maine, defquels & de chacun d’iceux Nous les 
avons, en faveur de noftredit coufin, difioints, eximez, & feparez, difioi- 

nons, eximons & fcparons à toufourfmais perpetuellement; & lefdits 
By & hommaige à nous deus defdits Comte de Vendofme & Baronnie 
de Mondoubleau d'ancienneté, comme dit eft, à caufe defdits Duché 
d'Aniou & Comté du Maine , avons fupprimez & abolis , fupprimons & 
aboliflons par cefdites prefentes. Et s’il aduenoit que au temps à venir 
lefdits Duché d’Anjou & Comté du Maine, ou l’un d’iceux fuflent mis 
hors de nos mains, & de la Couronne de France, &baillé en autres mains, 
foit pin des enfans de France, appanages, engagemens, ou autre- 
ment, à quelque perfonne que ce foit , les Ducs & Comtes d’iceux, ne 
l’vn d'eux, ne pourront aucune chofe reclamer, quereller ne demander éf- 
dits Comté de Vendofme, ne Baronnie de Mondoubleau, ainfi ioints & 
vnis que dit eft, ne en l’vn'd’iceux, ne leurs appartenances , par droit de 
hommaige, ne par defaut de foy & hommaige, ne autres droits & devoirs 
Seigneuriaux à eux non faits & non payez, les prendre ,arrefter, ou empef- 
cher, ores, ne pour le temps aduenir, pour quelque caufe, couleur & oc- 
cafion que ce foit. Et de noftre plus ample grace avons donné & oëtroyé, 
donnons & oétroyons par ces Prefentes priuilege fpecial à noftredit cou- 
fin fuppliant, & à fefdics fucceffleurs Comtes de Vendofmois, que doref- 
nauant toutesfois qu’il efcherra que l’heritier principal de ladite Maifon de 
Vendofmois parviendra & demeurera en minorité & en bas âge, iceluy 
mineur aura & prendra tous les meubles de fes predecefleurs, & tous les 
fruits & reuenus de fes heritages , cout ainfi qu'il feroit, s’il n’eftoit mi- 
neur, fans ce que aucuns au moyen & fous ombre dudit bail & couftume. 
d'Anjou, ou autrement, en puifle aucune chofe prendre ou appliquer à leur. 
profit. Ainçois fera iceluy heritier & autres nu mineurs de ladite Mai- 
fon gouuerné fous tutele, & curarele , aufquels, ou à leurs heritiers, les 
tuteurs & curateurs feront tenus rendre compte & reliqua de leurs biens, 
eux venus en âge legitime , nonobftanc ladice couftume defdits païs 
d'Aniou, du Maine, & de Vendofmois, laquelle nous auons par l’aduis 
qu deffus de nofdites grace & autorité, & pour confideration des chofes 

euant dites, en tant que touche noftredit coufin & fes fucceffeurs, abo- 
lie, fupprimée & annullée, aboliflons , fupprimons & annullons, & met- 
tons à ncant par ces mefmes prefences. Si donnons en mandement à nos 


- d 


DV ROY CHARLES VIII. 431 —— 


amez & feaux Confeillers les gens ténans & qui tiendront noîftre Parle. 4 8 4 
ment, gens de nos Comptes, & Treforiers à Paris, Scnefchaux & luges 

d’Aniou & du Maine, & à tous nos autres lufticiers, ou à leurs Lieute- 

nans prefens & à venir, & à chacun d'eux, fi comme à luy appartiendra, 

que de nos prefens, grace, vnion, don, ceflion , fuppreffion, abolition, exem- 

ption, & adnullation , & de touc le contenu en ces Prefentes, ils faffent, 
fouffrent, & laiffent noftredit coufin fupplianc, & fes fuccefleurs Comtes 

de Vendofmois ; Seigneurs de Mondoubleau, iouït & vfer pleinement & 
paiñblement, fans foufftir aucun empefchement leur eftre fait, mis ou don- 

né au contraire. Et en rapportant ces dites Prefentes fignées de noftre main, 

ou vidimus d’icelles fait fous feel Royal pour une fois, & reconnoiffance de 

noftredit coufin , ou de fes fuccefleurs tant feulement, Nous voulons les 
Receueurs ordinaires d’Aniou & du Maine en eftre perpetuellement tenus 

quittes & defchargez par nofdits gens des Comptes, aufquels nous man- 

dons derechef ainfi le faire, fans aucune difficulté , nonobftanr comme 

deffus les Ordonnances & reuocations par Nous faites & à faire touchant 

la difionétion de noftre Domaine, & autres quelconques reftriétions, man- 

demens, ou défenfes à ce contraires. Et afin que ce foit chofe ferme & 

ftable à coufiours, Nous auons fair mettre & appofer noftre fcel à cefdires 
Prefentes, fauf en autres chofes noftre droit, & l’autruy en toutes, Don- 

né à KRheims au mois de May, l’an de Grace mil quatre cents quatre- 
vingts-quatre , & de noftre Regne , le premier. Sic fignatum fub pli- 

ca, CHARLES. Et /upra plicam, Par le Roy en fon Confeil, où Meflieurs 

les Ducs d’Orleans, & d'Alençon , les Comtés de Clermont & de Du- 

nois, vous *, les Euefques d’Alby, de Perigueux & de Lombez, les fieurs *re Chancs- 
de Richebourg , de Baudricourt, & d’Argenton, Maiftres Simon Dauy, l#r. | 
Guillaume Dauuer, Pierre de Sacierges, & Charles de Potos, Maiftres 

des Requeftes, & autres prefens. Primaudaye. Vifa. Contentor. du Ban. 

Lecfa , publicata, G* regiffrata Parifius in Parlamento, penultima die Decembr, 

s0n0 Domini millefimo quadringentefimo oéfuagefimo quinto. Chartelier. 


Lettres de fhrannation [ur les Lettres cy-deffus. 


Lo par la grace de Dieu Roy de France: A nos amez & feaux 4 onteams 1. 
Confeillers tenans.& qui tiendront noftre Cour de Parlement, gens Seprembre 
de nos Compres, & Treforiers, Senefchaux & luges d’Aniou,& du Mai- *°* 
ne, & à tous nos autres Jufticiers, où à leurs Lieutenans, faluc & dileétion. 
Pource que nos autres Lettres patentes en forme de Chartre, aufquelles 

ces Prefentes font atrachées fous le contrefcel de noftre Chancelerie, par 

Nous oétroyces à noftre tres-cher & tres-amé coufin le Comte de Vendof- 

me fonc furannées, vous pourriez faire difficulté de proceder à la publica- 

tion, verification & te Se d’icelles, Parquoy elles luy feroient illufoi- 

tes, & de nul cffet. Nous memoratifs de l’oétroy par Nous fait à noftredie 

coufin de nofdites Lettres, & des caufes iuftes & raifonnables qui nous 
meurent à les luy oétroyér, voulant par ce, qu'elles fortiflenc leur plein & . 
entier effet, vous mandons, commandons, & expreflement enioignons, & 

à chacun de vous endroit foy, & comme à luy appartiendra, que vous pro- 

cediez à la publication, enterincement & verification de nofdites Let- 

tres cy-attachées; & du contenu en icelles faites, fouffrez, & laiflcz noftre- 

dit coufin iouyr & vfer pleinement & paiñblement tout ainfi que eufliez 

fait & peu faire, & que feriez & faire pourriez fi elles vous euflent efté 
prefentées dedans lan & jour de la datte d’icelles : Car cel noftre plaifir, 
nonobftant que nofdites Lettres foient furannées , que ne luy voulons 
nuire, ne preiudicier en aucune maniere, mais en tant que meftier cft, ou 


NN 


—— 43, OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 

1 4 8 4. feroit, l'en auons releué & releuons par ces Prefentes, & quelconques au- 
tres ordonnances, reftriétions, mandemens, ou deffenfes à ce contraires. 
Doxxe' à Orleans, le quinziefme iour de Septembre, l’an de grace mil 
quatre cens quatre-vingts & cinq, & de noftre Regne le croificfme. Sic 
fignatum, Pax le Roy, Mcflieurs les Ducs d'Alençon & de Lorraine, le 
Bailly de Meaux, & autres prelens. Primawdaye. 


Extrait d'vn Liure intitulé, De Republica Heluetiorum, par Simlerus, 
dans lequel il traite des alliances des Roys de France 
auec les Suifes. 


ORRO flius Ludowici Carolus VIII. anno 148 4. paternum fœdus cum 
| Heluetiis renouauit G* corum milite vfus eff bello quo Franciftum citerioris 
Britannis Ducem vicit, potiffimum vero bello Neapolitano fortem € fiaclem ope- 
ram militis Heluetÿ multis in loc expertus off. 


a AS 4. 


Extrait d'un manufcript intitulé, La premiere Alliance des Suifes 
auec la France, en laquellele Roy Charles VIII. les recoit 
en fon amitié perpetuelle. 


PRES le deceds du Roy Louys XI. les Suifles traiterent alliance de 
paix, amitic, bonne vnion & intelligence auec le Roy Charles VIII. 
tant pour eux que ee leurs hommes & fuiets, pour ne donner pañage, 
ayde, fecours, ny faueur à leurs ennemis, reciproquement aller & venir, 
& commercer librement és pays l’vn de l’autre, fans, parler du mutuel fe- 
cours, ny que le Roy leur doiue payer aucune penfion gratuite : les Lettres 
de ce données à Lucerne le quatriefme Aouft mil quatre cens quatre- 
vingts-quatre , confirmées par Sa Maicfté à Vienne le vingt-quatriefme 
Novembre enfuiuant. | 
Neantmoins onze ans aprés, Kçauoir l’an 1495. autre alliance fut trai- 
tée entre eux aux mefmes conditions portées par celles du Roy Louys XI. 
horfmis que le fecours qu'ils promettent par cette-cy eft à leur bon plaifir 
& volonte , & eft dit que le Roy ne pourra tirer leurs hommes à fa folde 
fans leurs confentemens. | 


Ce qui fi PZTIÉ an Parlement de Paris pour l'Entrée du Roy Charles VTIT. 
| en 1484. au retour de [on Sacre. 


Extrait des Regiftres du Parlement. 


Da Lundy 28. luin 1484. 


ss.luis1484, QYVR ce qu'il a efté mis en deliberation, à fçavoir en quel ordre iroiene 
a  n S les Procureur & Aduocars du Roy nofître Sire au-deuant d’iceluy Sei- 
socats du Rey, SNeUt, quand il fera fa nouuelle Entrée en cette ville de Paris, pour ce 
w’ils difoient qu'ils deuoient aller incontinent aprés Meffieurs de la Gran- 

de Chambre , & auant Meflieurs de la Chambre des Enqueftes, ou chacun 

d’eux auec l’vn des plus anciens Confeillers en ladite Chambre des En- 

queftes ; lefdits Confeillers des Enqueftes difans le contraire. La Cour a 

ordonné que lefdits Procureur & Aduocats du Roy iront en leur ordre; 

c’eft à fçauoir aprés tous les Confeillers & Officiers de ladite Cour: & au 

furplus, fur l’ordre qui fera tenu à aller au-deuant dudit Seigneur à fa nou- 

N uelle Entréc, pour maintenant, & pour le temps aduenir, quand la Cour 


ira comme Cour, a ordonné ce qui s'enfuit. 
| C'eft 


ST 


DV ROY CHARLES VIII. 433 


C'eft à fçauoir , que tous les Huifhiers d’icelle Cour partiront du Pa- 1 4 8 4e 
lais en ordre deux à deux: & aprés qu’ils feronc en la rué, A. de la Croix, 
G. Barbin, YŸ. Branhon , & H. Beauclerc demeureront deuant deux à 
deux; Pompon , Paris, Macher , Bonnet demeureront pour garder le 
rang des Confeillers, afin qu’ils ne paflent l’vn à l’autre, & files garde- 
ront de prefle, & pour ce faire cheuaucheront loin l’vn de l’autre à cofté, 
comme au long du ruifleau; & derriere demeurcront E. Bonnet, I. Soul- 
lerte, N. Rouffelin, I. Guerreau, pour les garder de la prefle, & fe tien- 
dront prés des Procureurs & Aduocats du Roy, pour faire venir aprés 
eux les Procureurs tous en bel ordre. Aprés les Huifliers qui iront de- 
uant, feront les quatre Notaires deux à deux, honneftement veftus , gar- 
nis d’efcritoires & de chapperons fourrez. Aprés feront les Greffers des 
Prefentations & Criminel enfemble , habillez & garnis comme deflus, 
Aprés eux le Greffier Ciuil aucc fon Epitoge fourré. Aprés lequel fera le 
premier Huiflier auec fon bonnet fourré & fa Verge en la main. Et aprés 
feront Meflieurs les Prefidens deux à deux, veftus ; c’eft à fçauoir Mon- 
fieur le Premier Prefident, de {on Manteau à lambeaux fur les efpaules 
& amigaux, & vn chapeau rond de veloux noir bordé d'or ; & Meffieurs 
les autres Prefidens, de leurs Manteaux, ayant un chacun d’eux des chap- 
perons fourrez , & des chappeaux ronds de veloux. Et confequemment 
feront aprés, les Confeillers deux à deux, vn Clerc & vn Lay, veftus hon- 
neftement, & chacun en chapperon fourré, felon leur ordre & antiquité. 
Et fubfequemment feront les Aduocats & Procureur du Roy, qui auront 
deuant eux deux Huifiers , fi bon leur femble; & aprés eux feront les Ad- 
uocats de la Cour deux à deux, felon leur antiquité, & aprés, les Procu- 
reurs auffi deux à deux. Et eft ordonné que nul n'aura de feruiteur à che- 
:ual, bien en pourra-t-on auoir deux à pied. Et défend la Cour à tous 
que nul ne pafle fon ordre, & qu’on foit toufiours deux à deux jufques à 
la Chappelle Saint Denis ; que l’on pañlera pardeuant le Roy, fans foy ap- 
procher quand Monfieur le Prefident parlera, car tous pafleront proche 
du Roy, & s’en retourneront jufques en l’Eglife Noftre- Dame de Paris: 
& quand on fera de retour deuant le Paruis Noftre - Dame, chacun s'en 
retournera par les ruelles , fans reuenir par où on fera pañlé, Et fera 
deformais cét ordre gardé à routes Entrées des Roys & Reynes, & 
autres Princes & Princefles quand le cas y efcherra; excepié qu'aux au- 
tres Entrées que celles des Roys , on ne portera point Manteaux ne 
Chapperons fourrez, ainfi qu'il eft vfité, s’il n’eft aduifé qu’à l’'Entrée des 
Reynes faire fe doiuec, 


Du Lundy cinq Zuille 148 4. 


A ViovrD'Hvy s'eft affemblée la Cour au Palais entre vne & deux s. ruites 
heures aprés midy, pour aller au deuant du Roy noftre Sire Char- ‘++ 
les VIII. lequel cedi iour faifoit fa noble Entrée en cette ville de Pa- ?* à 
ris, Et eftoient Meflieurs, chacun felon fon eftat veftus; c’eft à fçauoir, ,# imprimée 
Meflieurs les Prefidens chacun de Robes d’efcarlate, & de leurs Man- ésrss premier 
| volume du 
teaux, auec leurs Chapperons fourrez en formes, & les Chappeaux de ve- Cemeniel, 
Joux noir deflus; & auoir Monfieur le Premier Prefident des lambeaux fur porte que certe 
fon Manteau à trois bandes d’or garnies de coetices, & à fon Chappeau 7 
| : ; d \ s'eft faite le 
de veloux vne bordure d’or par haut ; & cous Meflieurs eftoient aufli vef- 8. Iuiles. 
tus d’efcarlate, Sémblablement y eftoienc les Greffers, & deux des qua- 
tre Secretaires du Roy, Notaires de la Cour , les autres deux Notaires 
eftans abfens , pour ce qu'ils eftoient occupez autour de la perfonne du d 
Roy noftre Sire. Iceux Confeillers, Greffiers & Secretaires, Notaires de 


Jii 


434 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 
1 48 4. la Cour prefens , ayans aufli tous Chapperons fourrez; & le Greffier Ciuil 
cftant veftu d’un Epitoge d’efcarlate, Et eft partic ladite Cour du Palais 
pour aller au deuant dudit Seigneur , & a-t-on efte par le grand Pont des 
Changes, & par la ruë Sainc Denis iufques à la Chappelle Saint Denis où 
eftoit ledit Seigneur, en l’ordre qui s'enfuit, felon la Deliberation qui auoit 
efté concluë le vingt- huitiefme Juin dernier. | 
C’eft à fçauoir tous les Huifliers ayans chacun fa Verge en la main, 
partirent les premiers du Palais ; & quand furent en la ruë, demeurerent 
quatre defdits Huifliers qui eftoient commis à ce, ayans leur Verge pour 
aller au deuant deux à deux. Aprés furent lefdirs deux Secretaires du Roy 
Notaires en ladite Cour les premiers , eux deux enfemble veftus honnefte. 
ment , ayans leurfdits Chapperons fourrez, & belles Efcritoires dorées à 
leurs ceintures. Les Greffñers des Prefentations & Criminel enfemble 
aprés lefdits Notaires, & le Greffer Ciuil feul veftu de fon Epitoge, com- 
me diteft. Le Premier Huiflier aprés, ayant fon Bonnet fourré & fa Ver- 
ge en la main. Meffieurs les Prefidens deux à deux confequemment, & 
fubfequemment tous Meflieurs deux à deux, vn Clerc & vn Lay enfem- 
ble en l’habit que defflus. Aprés eux cftoient deux Huifliers, & aprés eux 
les Procureurs & Aduocats du Roy aufli veftus d’efcarlate , ayans leurs 
Chapperons fourrez , car ainfi auoit-il efté ordonne. Et aprés eftoient les 
Procureurs deux à deux; & cheuauchoient quatre autres Huifiers tout au 
long, pour faire garder à chacun fon ordre & rang. Et en tenant ledit 
ordre , fut ladite Cour iufques à ladite Chappelle Saint Denis, deuant 
l'Hoftel où eftoit ledit Seigneur, lequel defcendit de fa Chambre iufques 
à la porte pour voir ladite Cour. Lors defcendirent de cheual Mefficurs 
les Prefidens, aucuns des plus anciens Confeillers, & ledit Greffier Ciuil: 
& par mondit fieur le Premier Prefident fut dit audit Seigneur, que fa 
Cour de Parlement luy eftoit venu faire la reuerence, & obeiffance tres- 
ioyeufe de fon ioyeux aduenement, & que fes tres-humbles & tres-obeif= 
fans fuiets les Gens de fon Parlement eftoient prefts d’expoler corps & 


biens à fon feruice , ainfi que tenus y eftoient, en le fuppliant tres -hume 


blement qu’il euft fa Cour en fa bonne recommandation & grace, | 
Le Chancelier Et par Monfieur le Chancelier fut refpondu, de par ledit Seigneur, qu'i- 
de art . à celuy Seigneur eftoit tres -ioyeux de larvenué de fadite Cour, & la voyoit 
ls Cour de volontiers, difant que fi ladite Cour auoit bien fait le temps pañlé, qu’elle 
Parlement. fift encore mieux à l’aduenir , & que ledit Seigneur l'auroit en fa bonne 
grace & recommandation. À tant prit congé ladite Cour, & fe départit 
en l’ordre deffufdic, & retourna par où elle cftoit venué iufques audit Pa- 
lais , & ne fut iufques à Noftre - Dame pour la prefle des Gens & des che- 
uaux qui eftoient par les ruës , car ceux de Meflieurs qui eftoient inuitez 


au fouper du Roy n'euflent fceu retourner audit Palais, & par la Ville y 


auoit de moult belles Hiftoires, jeux, & efbatemens. | 
Et pource qu’on trouua en chemin le Preuoft de Paris, & ceux du Chaf- 
tele, qui alloient faire la reuerence au Roy aprés ladite Cour , en entre- 
prenant fur l’auchorité de ladite Cour, & dela Chambre des Comptes, 
pource que ledit Preuoft deuoit aller auant eux, & immediatement aprés 
la Ville faire la reuerence , plufieurs de Meflieurs l’en blafmerent, & fu 
dit que prima die feroit aduifé de la reparation qu’il en feroit: de toutes 
lefquelles chofes m'a efté commandé faire regiftre, (car on ne trouuoit en 
nel ordre ladite Cour auoit accouffumé aller) pour garder ledit ordre quand 
es y efcherra; lequel ordre a efté trouué moult beau, louable & imita- 


ble. Aprés vint ledit Seigneur accompagné de plufieurs Ducs & Comtes 


& Princes de fon Sang, Barons, Chevaliers, Efeuyers, fes Gentilshom- 
mes & Archersbien parez de grands & riches joyaux, & alla en l'Eglife 


pv ROY CHARLES VIIL 435$ 


de Paris faire fon Oraifon, modo confueto ; & d’illec retourna fouper au- 
dit Palais. | 


Du Mardy fixiême Zuillet 1484. an Refeétoir des Augaftins où effoiens 
Meffeurs de la Cour nommez au Rergifire. 


VR la requefte faite à la Cour par le Procureur General du Roy, di. 
fant, que combien que de tout temps & ancienneté, quand les Roys 
font leurs nouuelles Entrées en cette ville de Paris, ait toufiours efté gar- 
dé vn ordre entre les Corps & Iurifdiétions de cette Ville, pour leur al- 
ler au deuant, & faire la reucrence & obeïflance; & 2-t-on accouftumé al- 
ler en l’ordre & maniere qui s'enfuit. 
C'eft à fçauoir , le Preuoft des Marchands & Efcheuins auec les autres 
de l’Hoftel de Ville les premiers. | 
Lequel ordre a efté gardé à toutes Entrécs des Roys , Reynes, Dau- 
phins & Dauphines, & autres Princes & Princeffes quand le cas s’y eft 
offert, fans qu'aucune chofe ait efté faire au contraire. Ce nonobftant hier 
à l'Entree nouuelle du Roy noîftre Sire , le Preuoft de Paris, fes Lieute- 
pans, & autres du Chaftelet, qui ne peuuent pretendre ignorance dudit 


1 4 8 4. 


En telles von. 
coutres, le pre 
mier YADÇ € 
Le moins heno- 
roble. 


ordre , peruertirent iceluy en non gardant l'honneur qui appartient au. 


Roy noftredit Seigneur ; & pour ce a requis ledit Procureur du Roy à la- 
dite Cour qu’elle y pourueuft. Sur quoy, la matiere mife en déliberation, 
la Cour a ordonné & ordonne, que par Iean Delinrea premier Huiflier, le 
Preuoft de Paris, fes Lieutenans Ciuil & Criminel, & aufli les Procureur 
& Aduocats du Roy audit Chafñtelet, feront adiournez à comparoir en 
perfonne en ladite Cour au premier iour plaidoyable, pour refpondre au 
Procureur General du Roy comme il appartiendra, | 


Du ILendy buitiefme Juillet 1484. 
hr ce que par Ordonnance de la Cour Mardy dernier faite, & pour. 


ce que le Preuoft de Paris & autres du Chaftelet auoient efté apres la 
Cour pour faire la reuerence au Roy noftre Sire'à fa nouuelle Entrée en 
cette ville de Paris, en peruertiflant l’ordre qui de tout temps a accouftu- 
mé eftre gardé aux Entrées des Roys, Reynes, Dauphins, & autres Prin- 
ces & Princefles, & en attribuant par ledit Preuoft, & lefdits du Chafîte- 
let à eux l'honneur qui appartient au Roy & à ladite Cour , ledit Preuoft 
de Paris, fes Lieutenans Ciuil & Criminel, les Procureur & Aduocats du- 
dit Seigneur audit Chaftelec auroient efté adiournez à comparoir en per- 
fonnce en ladite Cour au premier iour plaidoyable , pour refpondre au Pro. 
cureur General du Roy, & proceder outre comme il appartiendroit. Au- 
iourd’huy font comparus perfonnellement ledit Preuoft de Paris, fes Lieu- 
cenans Ciuil & Criminel, & lefdits Procureur & Aduocats dudit Seigneur 
audit Chafteler; & de leur part, par la bouche dudit Preuoft, a efté dic à 
la Cour es toute humilité, qu'ils ne deuoient pas aller au deuant dudit Sei- 
gncur aprés ladite Cour, mais deuoit aller la Ville la premiere, ledit Pre- 
uoft apres, les Gens des Comptes fubfequemment , & la Cour la derniere; 
& que de la part defdits du Chaftelet, ils ne voudroient rien faire contre 
l'honneur, ne lauthorité de la Cour ; & auffi que de leur part y auoit gran- 
de excufation, car le Marefchal de Gic auoit fait fçauoir audit Preuoft que 
l'heure eftoit differée de partir, & par ce ne s’eftoit tant hafte; & ainfi que 
ledit Preuoft auoit enuoyé devers ceux de I: Ville deux ou trois des Ser- 
ens du Chaftelet, & n'en auoit fceu auoir refponfe certaine; & fembla- 
ose quand iceluy Preuoft auoit cuidé partir, /es cheuaux s'effoient défer- 
| lii i] 


436 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


1 48 4.rez.. Et pour ce fupplioic la Cour qu’elle tint les deffufdits pour excufez, 


offrant faire telle réparation qu'il plairoit à la Cour ; & difoit iccluy Preuoft, 
que luy & les deflufdirs pour rien ne voudroient entreprendre ne faire 
chofe contre l’authorité d’icelle, Et coft aprés font venus en ladice Cour, 
Maiftre Antoine de Pompadour, Pierre FOrfebure, Maiftre Guy Auril- 
lot Maiftre Clerc , Ican Egret Procureur du Roy, Iean de Baldonuillier 
l'un des Scribes de la Chambre defdits Comptes , difans que le Preuoft 
de Paris & autres du Chaftelet auoient grandement entrepris fur la 
Chambre des Comptes d'aller aprés eux deuers ledx Seigneur à fa nou- 
uclle Entrée, & en peruertiffant l’ordre; & qu'il eftoit venu à la connoif- 
fance de la Chambre des Comptes, que lefdits Preuoft & autres deflufdirs 
auoient efté adiournez à comparoir en perfonne-en la Cour pour ladite 
caufe, & que ceux des Comptes auoient enuoyc.lefdirs de Pompadour, 


\lOrfebure, Aurillot, Egret,& de Baldonuillier, pour en requerir à la Cour 
la refponfe de par eux. Parquoy fupplioient & requeroient à la Cour de la 


part de la Chambre des Comptes , -qu'icelle Cour fift faire refponfe con- 
digne fur ce que dit eft, à icelle Chambre des Comptes. - | 
. Lefdits Preuoft de Paris, Lieutenans, Procureur & Aduocacs au Chafte- 
let , perfeuerans en leur excufe, office & requefte comme deilus. Sur quoy 
par le Procureur General du Roy la matiere mife en déliberation, & con- 
fideré ce que fait à confiderer. | n 

La Cour, pour cette fois, 4 pardonné l'ofenfe deffufdite aufdits Preuoft, 
Lieutenans, Procureur & Aduocats du Roy, & autres du Chafteler; & a 
défendu & défend au Preuoft de Paris, fes Lieutenans , Procureur & Ad- 
uocats du Roy, & autres du Chaftelet, que dorefnauant aux Entrées nou- 
uelles des Roys, Reynes, Dauphins & Dauphines , & autres Princes & 
Princefles, quand le cas .y efcherra, ils ne foient fi ofez ni hardis d'aller 
aprés ladite Cour, ni la Chambre des Comptes, mais voifent aprez la Vil- 
le, ainfi que de tout temps a efté accouftumé, fur peine d'amende arbitrai- 
re, & autre telle que la Cour aduifera, & le cas le requerra, s’il y efchet. 


Entrée duRoy Jean Moliret qui mourut l'an 15 0 7. effant Chanoine dans Valanciennes , en [on 


Charles VIII. 


& Paris. 


Hiffoire des chofes plus memorables aduenuës és Pays-Bas, depus l'an 1474. 
sufques en 1505. du temps de l'Empereur Maximilian 1.@ de fon fils l'Archiduc 
Philippes , en trois volumes non encore imprimez. Le Dimanche 30. May 
1484. le Roy Charles VIII. fut facré à Reims par l’Archeuefque Pierre 
de Laual, & le $. luillet enfuiuant fit fon entrée à Paris, à laquelle il eftoic 
accompagné des fieurs de Beauieu , de Brefle, & autres, & armé de har- 
nois d'argent bel & clair, & audeflus vne hucque garnie de pierres pre- 
cieufes, fur la tefte vn chapeau blanc, & deuant luy vn cheualicr portant 
fon heaume , fur lequel eftoit vne couronne de fin or & de picrtes pre- 
cieufes, & au milieu d’icelle couronne, vne fieur-de-lys d’or, & eftoit 
monté fur une hacquenée blanche couuerte de drap d’or. A fes deux cof- 
tez auoit deux valets de pied veftus de hoquetons batus d’or, tenans par 
la refne ladite hacquenée ; & pardeuant luy cheuauchoient douze . 
d'honneur veftus de hucques batuës d’or; & lors fe partit accompagné des 
Princes deflufnommez , & tirerent vers Paris, fa Garde deuant tres-ri- 
chement habillée, aprés laquelle venoienc Clairons, Trompettes, Roys d’Ar. 
mes , & Heraux, chacun portant les Armes de fon Prince: & deuant 
luy marchoit un Courfier que l’on menoit par la refne couuert d’vn drap 
de veloux femé de fleurs - , fur lequel eftoit le grand Sceau du Roy. 
Puis venoic le Chancclier de France habillé comme vn Homme de Iufti- 
cc, &c. 

Item, le Roy eftant deuant Noftre-Dame, trouua Meflieurs les Prelats, 
l'Eucfque de Paris , celuy de Neuers & celuy de Meaux, l'Archeuefque 


L à 


CN Ut à PCM 


_. DV ROY CHARLES VIIL:  47— 
de Narbonne, les Doyen & Chanoires de :leans reucftus de richés Chap- 1 4 8 4. 
pes, & en leur prefénce fic le ferment fur lés faints Euangiles, & iura es- «., promefes 
sretenir fainte Eglifé en fes libertez © franchifés , qu'il défendroit noffre fainte {ons les mef- 


Foy Catholique contre tous Infideles, Gr qu'il chafféroit toutes Herefies hors de [on “1% font 


| Re Ë É | les Rois à leur 
Royaume. Item, il iura entretenir les Nobles, Laboureurs & Marchands sp 


en leurs bonnes: couftumes, & faire Tuftice au petit & au grand, garder 

fon peuple d’eftre foulé .des ennemis. Et cela fait, furent ouuertes les 

portes de l’Eglife, le Roy ‘entra leans, & on chanta Te Deus laudamus. 

Item, le Roy alla deuantle grand Autel de Noftré-Dame paré de riches 

joyaux, où ledit Archeuefque fit une notable propoñtion. D'illec fe partit. 

le Roy, & alla fouper au Palais, où il cinc Cour Royale, & y fur ioyeufe- .. 

ment entretenu d'inftrumenis, efbatemens. & ieux , & eftoit le drefloir 
chargé de väiflelles à grand nombre. Le Roy eftoit aflis au milieu de la. 

£able , & à deux chaires prés de luy eftoient du cofté dextre les Ducs d’Or- 

lcans & d'Alençon, auec le fieur de Beauieu , & le Dauphin d’Auüuergne;  . 
& du ‘fenetre coftc eftoïetit le Cardinal de Lyon *, Monfieur le Duc de * c'efois 
Bourbon, & Monfeur de Breffe, * | us ce 
HAS ne é  GUE LARSE — : ” bon, Archeuef. 
.. Extrait des grandes C broniques de France imprimées 4 Paris LH È Len 
| É La IfI4 ! . | De | 
js L ie LE D Fr PE 

T AN mil quatre cens quatre-vingts & quatre, le Tres-Chreftien Roy P%° 4 3er 
L Charles, eftant en l'aage de quatorze ans, fut par les tres-nobles Sei- , philippe ; 
gneurs de fon fang le Duc d’'Orleans, le Comte d'Angoulefme, le Comte de seigneur de 
Foix,le Comté de Vehdofme, le Seigneur de Beauicu, le Seigneur de Du- .. pi 
nois, le Duc de Lorraine; & plufieurs autres Princes, Capitaines, Cheualiers &  . A 
notables Seigneurs, conduit .& mené en la ville & cité de Rheims, pour illec m4trrmal du 
gftre facré de l’onétion:de la fainête Ampoulle. Là où il fut parcillement “? 
accompagné des douze Pairs de France, ou par leurs Commis, lefquels tous 

d'vn commun accord comparurent en iceluy lieu pour l'affifter ,.& le fer- 

uir,vn chacun endroit foy, felon fon Office, & comme en tel cas eft accouf- 

tumc. Et aprés que l'Office de ce fainét Sacre fut parfait en la perfonne 

dudit Roy Charles en la cité de Rheims, là où il fut moult honorablement 

reccu, & en grand triomphe auec tous les autres Princes & notables Sei- 

gneurs, aucuns jours aprés euolus il fe partit de Rheims, & fe difpofa 

d'aller voir plufieurs bonnes villes illec à l'entour , efquelles il fut moult 
louablement receu, & en grand honneur, C’eft à fçauoir , que les ruës d’i. 

celles eftoient tenduës & parées de tapifleries ; le Clerge & autres eftars, 

auec le commun populaire, chacun endroit foy , s’efforçoient, & eftoient 

employez de tous leurs courages à luÿy demonftrer bon figne d'amour & 
obeyffance, comme à leur fouuerain Seigneur, faifans efbats & feux de 

ioyc à fa venué & reception. 

Confequemment aprés ledit Sacre en la vie de Rheims , iceluy Roy 
Charles fe conduit & amene en la ville de Sainét Denis en France, pour 
illec prendre la Couronne, & faire les deuoirs accouftumez, ainfi que droit 
cft; & de ce lieu de Saint Denis, fut femblablemenc par lefdits Seigneurs, 
conduit & amené en fa bonne ville & cite de Paris, pour illec faire fon 
Entrée en la maniere qui s'enfuit. 

Le fixiefme jour de Juillet lan que deflus 148 4. pour aller audeuant du 19 ef dis e- 
Roy à fon Entrée & reception, iffirent de ladite ville de Paris tous les ne 
Eftats d’icelle, & par bel ordre, vn chacun habitué felon fon eftat, pour fais 4 5. & 
venir trouuer le Roy venant de la ville de Sainét Denis, afin de luy faire {# Relation 
honneur & reuerence, comme à luy appartenoit. Et en l'Affemblee de no, 
cette iflué eftoic l’Euefque de Paris auec aucuns de fon Clergé, la Cour 4e Cersmenisl 

Ii ii 


——— 438 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 
1 4 8 4. de Parlement, le Preuoft de Paris, la Chambre des Comptes, les autres 
1 Chambres, & tous Officiers, le Prevoft des Marchands & Efcheuins tous 
asnet le 8. du 2 | | 
mefine mois; 8 chacuns d’iceux moult honorablement veftus & habillez felon leur qua- 
se gwiefun lité, Et ranc marcherent auant lefdirs Preuoft des Marchands & Efcheuins, 
7 ne qu’au lieu dit la Chappelle pardelà Sain& Ladre , vindrent trouuer le Roy, 
SX erdinai. accompagné des tres-nobles Princes & Seigneurs de fon fang , Monfci- 
se deni cé gneur le Duc d’Orleans , auec les deflufnommez, & encore pluficurs au- 
il femble que tres notables Seigneurs. Et aprés que lefdits Preuoft & Efcheuins furent 
lon dise ainfi venus audeuant du Roy, ils luy firent l'honneur & reuerence comme 
LT ADP appartenoit ; & là luy fut dit & propofé pour ladite ville, en luy prefen- 
giffres du Per- tant les clefs de la porte de Sainét Denis par où il fit fon Entrée, & con- 
ess D fequemment luy firent tous la reuerence , en luy propofant aufli leurs affai. 
Relations que LES, en eux offrant à fon feruice & commandement chacun felon fa facul. 
fi ss suoir té, Et ce fait, ils fe retirerent tous à part, pour marcher & entrer en ladire 
cciteCere- . 
movie, ville felon le train de leurs degrez. | | 
Et en cette maniere entra le Roy Charles V I I I. de ce nom dans la 
ville de Paris moult richement veftu & accouftré de drap d’or, auec autres 
riches parures, armé d’vn riche blanc harnois, excepté fon armet d’hon- 
neur, lequel eftoit triomphamment porté deuant’ luy fur'un Courfer de 
prix accouftré de mefme; & au lieu d'iceluy armet, auoit un chapeau fur 
fon chef, & vne moult riche couronne d’or fin & precieufes pierres, com- 
me foy monftrant eftre Roy. Et deflus luy aufi eftoit porté vn tres-riche 
ciel de drap d’or; & pareillement eftoient tous les Princes Seigneurs de 
fon fang , & autres Seigneurs & Capitaines moult richement & honora- 
blement accouftrez, & bien armez de toutes pieces deflus leurs cheuaux, 
defquels plufeurs eftoient bardez, & moult notablement parez de diuerfes 
forces & façons, pour luy faire honneur en fon Entrée, Et aufli y eftoient 
les Gentilshommes & Pages d'honneur tres-richement appointez à cheual, 
& autres en fi grand nombre qu’il eft impofible de dire, lefquels il faifoit 
tous beau voir, Pluñeurs mifteres, hiftoires & efbatemens eftoient demonf- 
trez par la ville à l'honneur du prenommé Roy, qui feroient.longs à reci- 
ter: chacun crioit Noel & Vive le Roy. Toutes les ruës pa où il devoit 
pafler cedit jour, eftoient tenduës & parées de riches tapifferiéeS de plufeurs 
& diuerfes manieres. A tous les paflans faifant ladite Entrée & autres fe- 
journans, eftoit plantureufement donné à boire de toutes manieres de vins, 
& fi y auoit diuers Commis pour en général donner à manger & boire à 
tous paflans & repaflans. Bref, chacun fe parforça de faire en tous cas fon 
deuoir par amour & de cœur cordial pour l’honneur du tres-noble Roy, 
lequel ainf fut receu honorablement auec tous ceux du Clergé de ladite 
. ville, lefquels pour la plufpart luy eftoient venus audeuant en proceflion, 
reueftus de cres-riches chappes, & en moult grand nombre, portans plu- 
fieurs Saints Reliquaires & diuers ioyaux, & fut droitement conduit & mené 
en la grande Eglife de Noftre-Dame de Paris. Affez prés du coin de la ruë 
Neuue Noftre-Dame, eftoit attendant le Reéteur de l’Vniuerfté, honnefte- 
ment accompagné de plufeurs Doéteurs & autres fcientifiques perfonnages, 
lequel illec . reuerence au Roy, en luy propofant fa harangue, & puis 
il le conduific iufques à ladite Eglife où il fit fon oraifon. Et de ce lieu il 
fut conduit en fon Palais Royal en ladice ville, là où fut fait un tres-ma- 
gnifique & plantureux fouper en la grande Salle dudit Palais , auquel il 
eftoit en tres-excellent triomphe, accompagné de plufeurs Princes de fon 
fang & autres notables Seigneurs, & il coucha cette nuit en fon Palais. 
Et aprés cette Entrée, le Roy tint le Siege Royal au Parlement, & fe- 
iourna plufieurs autres jours en icelle ville de Paris, où il demonftra cha- 
cun iour auoir bon zele & affection à la chofe publique, & à la cres-noble 


Dv ROY CHARLES VIII. 439 


Couronne de France de laquelle il eftoit defcendu: caril fut fi bien inftruit r 48 A. 
& maintenu en fa jeunefle, qu'il a efté toufours bon Catholique, & bien 
aimé de tout fon Peuple. | 
Eftanc donc le Roy Charles ainfi accompagne des Princes de fon fang, 

&c garni de gens fages en fa ville de Paris, furent plufieurs chofes confide- 
rées, & mifes en confeil pour le bien & foulagement du Royaume & de 
tout le Peuple; & entre plufieurs autres chofes fut diligemment regardé 

ue le feu Roy Louys fon pere decedé peu de temps auparauant , auoit 

ait & concedé aucuns grands dons fuperflus en plufeurs lieux, & diuerfes 
manieres *. Lefquelles fuperflués donations, toutes raifons confiderées, en * p. Le cahier 
y mettant droit & raifon, furent reuoquées & remifes à la ‘bourfe & au Pré/enté «n 
droit du Prince, pour toufiours foulager fon Peuple. Dee 


Et ainfi toutes chofes bien ordonnées & reduites au droit, furent faits 
jouftes & tournoyemens fomptueux pour le ioyeux aducnement du Roy en 
{a ville de Paris. | 

Or aprés pluñeurs chofes politiques ainfi bien decidées, & mifes en or- 
dre par droit & juftice , le Roy Charles VIII. fe partit de fa bonne ville 


de Tours. 


de Paris, pour aller vifiter plufieurs autres lieux de fon Royaume, comme 


Roüen, Troyes, Orleans, & autres bonnes villes & citez, éfquelles il fit 
fon Entrée, toufiours accompagné de la plus grande partie des tres- nobles 
Princes de fon fang , & autres notables Seigneurs & vaillans Capitaines. 
Efquelles bonnes villes il fut, auec fa compagnie, honorablement receu, & 
luy furent faites plufeurs bonnes cheres & loyaux feruices de la part de 
chacune d’icelles villes, & des habitans à qui mieux mieux, eux employans 
en tous efbats, triomphes & magnificences pour l'honneur de luy & des 
fiens; car il eftoit tant doux & plein de bonté, qu’il eftoit craint, aimé, & 
honore de tout fon Peuple. 


Extrait de l'Hifhoire du Roy Louis XII. par Iean de [aint Gelais, 
Seigneur de Monlieu, mife en lumiere par M. T. Godefroy. 


L ’A N 1434. Monfcigneur le Duc d'Orleans * fut mandé s’en venir 
, au Sacre du Roy Charles V III. & mit la meilleure diligence qu’il 
put de s’y trouver , combien qu’il fallut qu’on l’attendift deux ou trois 
jours. | 

_ Le Roy fur ‘couronné en la forte & maniere qu’on 2 accouftumé de 


* Depuis Roy 
Louis XII. 


couronner les Roys de France, qui eft un aëte qui ne fe fait pas fans grand 


triomphe ; & y cftoient tous les Seigneurs de ce Royaume, excepté Mon- 
feigneur d’Angoulefme , qui n'y put eftre pour aucune occafon raifonnable 
qui l'en garda; & depuis le Roy alla à Paris faire fon Entrce, qui fut belle 
& triomphante, ainf qu’elles font volontiers en tels cas. Et faut entendre 
que de toutes les Iouftes & Tournois & belles entreprifes qui fe firent en 
France depuis la mort du Roy Louys X I. tant à Tours, à Paris, que autre part, 
mondit Seigneur d'Orleans en fut l'entrepreneur, & luy en eftoit toufiours 
donné l’honneur & la gloire; & eftoit en la grace du Roy tout ce qu’il 
eftoit poffible, & c’eftoit raifon, car à fon occafion il auoit de plus beaux 
pafle-temps que par le moyen de nul autre. Le Roy s’en alla de là à Mon- 
targis, où fe firent de beaux & grands banquets à merueille ; & mondic 
Seigneur demeura à Paris. Puis, pour quelque occafion raifonnable, falluc 
qu'il en paruft, & s'en alla à Alençon. on 


e ELA 


1 48 4. 


ÆA Paris 5. 
Aouft 1484. 
# C'effoit Iu- 
lion de ls 
Ronere,neunen 
du Pape Six- 
te IV. depuis 
Cardinal, & 
Pape Jess le 
Nom de Is- 
des II. 


# Jean de la 
Groflaye de 
Villiers, qui # 
efté Cardinal, 
G Abbé de 
Saint Denis. 


440 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Memoire de ce qui fe pal] en France au fuiet du Cardinal de la Balluë 
Legat à latere. 


Extrait d’vn Regiftre du Confeil d’Eftat du Roy Charles VIII. 


Du 5. iour d'Aouft 1484. a Paris, aux Tournelles, au marin. 


Voir Confeil a efté remonftré par M. de Conftances *, comment 
Am le Cardinal Baluë Legar à latere en France de noftre Saint Pcre 
eftoit prés de cette ville de Paris de cinq ou fix lieués, venant aucc luy M. 
le Cardinal de Foix, tous deux enfemble de retour de leur voyage qu'ils 
auoient fait en Bretagne devers le Duc, & que ledit Legat eftoit deliberé 
d'entrer dans Paris auiourd’huy, à tout petit nombre de gens, qui ne le 
voudroit receuoir comme Legar, ou de differer fon Entrée iufqu’à demain, 
fi on le vouloit receuoir comme Legat, comme il appartient à Legat de 
noftre Saint Pere. Ec outre a efté par luy dit, que ledit Legat auoit enuoyé 
au Roy & à Meflcigneurs les Princes & Seigneurs de fon fang, fes Bulles 
de fa legation, & routes les facultez des charges & pouuoirs qu'il a de nof- 
tre Saint Pere , lefquels mondit fieur de Conftances auoit pardeuers 
luy en fes mains , & defquelles en ont efté leuës aucunes audit Confeil, en 
aduertiffant lc Roy que felon le fcellé, modification & obligation que picça 
dés le commencement de fa venuë de Rome, il baïilla au Roy ou à l’Euef- 
que de Lombez * & autres Deputez de par le Roy, de n'ufer de cenfu- 
res, & facultez quelfconques fors felon le bon plaifir du Roy, il eft encore 
delibere d’ainfi le faire fans aucunement y contreuenir ; & que afin que le 
Roy & lefdits fieurs en foient mieux acertenez, qu'il leur enuoye lefdites 
Bulles de fa legation & de toutes fes autres facultez, deliberé de n’en vfer 
s'il ne plaift au Roy,en maniere que ce foit, comme celuy qui ne veut eua. 
cuer de ce Royaume la pecune, mais y faire le profit & honneur du Roy, 
& bien de fon Royaume. Et fur ce a efté mis en deliberation, fi ledit Le- 
gat entreroit dans Paris pour eftre receu comme Legat , ‘ou fimplement 
comme Cardinal & Ambaffadeur du Duc. En quoy a efte prife conclufon, 
que confiderc l'honneur que noftre Saint Pere a fait au Roy & au Royaume, 
d'enuoyer pardeçà un Legat 4 /atere, comme cft ledit Cardinal, pour foy 
employer en toutes les chofes profitables & vriles au Roy & au Royaume, 
&c que ledit Legat a eftc receu par le Roy comme Legat fous aucunes mo- 
difications à l’entrée de fon Royaume à Lyon, & depuis en la prefence du 
Roy au bois de Vincennes, cum infignis, fous le feellé & promefle de n’v- 
fer de faculté quelconque que felon le plaifir du Roy. Confideré auffi 
qu'il offre, declare , & promet derechef de n’vfer autrement de ladite lé- 
gation, que ainfi qu’il a promis & qu’il a enuoyé fes Bulles de fa legation 
&c des autres facultez liberalement au Roy. Confideré aufli qu'il vienc de 
deuers le Duc, de par lequel il dit auoir charge de parler au Roy, & afin que le 
Duc ne penfe qu'il foit mal recueïlli, que ce fuit pour deplaifir du voyage 
qu'il auoit fait deuers luy, parquoy femble eftre expedient pour garder que 
le Duc ne tombe en cette imagination qu’on nedoit receuoir à moindre {o- 
lemnité qu’on a fait au commencement qu’il entra en France, Confideré 
aufli qu’il a fait fçauoir au Roy qu'il eft preffé de noftre Saint Pere de s’en 
retourner deuers luy, & qu'auant fon retour il eft bien honnefte qu'il 
prenne congé du Roy, & que le Roy le luy oétroye, & luy tienne bons ter- 
mes à l'heure de fon partement, afin que parcitlement noître Saint Pere foit 
enclin de receuoir honncftement à Rome les Ambaffadeurs que le Roy doit 
enuoyer deuers luy en bref pour luy faire l’obeyffance filiale, 

| Pour 


D mé de 
| 


| 
| 
| 
| 


DV ROY CHARLES VIIL 4ur —… 

Pour ces caufts 8 autres confiderations a efté concla qu'en cette ma- 1 48 4 
niere l'entrée dudit Legat ne peut eftre preiudiciable, & qu'il entrera de. 
dans-Paris somme Leger... ., fans auoir puiffance d’vfer de {à Legation, & 
qu'à luy conme Legat feront faits les honneurs & reuerences celles èu'il 
appartient à vn Legat 4 /atere, ainfi que fut fait à Monf. le Legat Saint 
Pierre ad Vinculs, qui entra dedans Paris du vivant du Roy Louys, que Dieu 
abfoïlle , dmpsa Facultate vtendi...... ali facultatibss, 

Toutefois a efté aduife que pour ce que Meffieurs de la Cour de Parle- 
ment & de da Ville de Paris pourroient faire quelque murmuration, où 
faire quelques proteftations & tefiftances , penfans s'ils n'éftoient aduertis 
des chofes deflufdices, que ledit Cardinal voulfiffé vfer de fadite Lepa- 
tion, & aufli qu’on Îes voulfift contemner , afin de contenter lefdits fieurs 
de Parlement & de la Vilk, qu'aprés difner M. le Chancelier fera venir 
certain nombre de Prefidens & Confeiïllers de ladite Cour audit Confeil du 
Roy, pour les aduertir de toutes les taifons deflufdices, & declaration faite 
par ledit Cardinal Legat, de n'vfer de fefdites facuitez, finon ainfi qu’il 
plaira au Roy, en enfuiuant fon premier fcellé & promefle, Et au furplus 
couchant la forme de la recéption, a efté conclu que l’on en communique- 
ra aprés difner audit Confeil auec lefdits Gens de Parlement & ceux du 
Confeil du Roy, pour aduifer la forme & maniere de le receuoir honnefte- 
ment, fans préiudicier en tien à l’autorité & préeminencé du Roy, & qu’en 
outre feront oùis M. de Dunois, M. le Gounernenr de Limofin, & autres qui 
furent députez du viuant du feu Roy Louys ,à faire receuoir en ladite Vil- 
le de Paris le Cardinal de Saint Pierre 44 Pinculs , comme Legat, afin d’eftre 
par cux aduerty de leut aduis fur la forme de la reception qui fut tenué à 
fon Entrée, pour faire pareillement audit Cardinal Ballué Legat reception 
honnefte pour l'honneur de noftre faint Pere & du faint Siege Apoftolique, 


Du 17. iour d'Aouft 1484. & Paris. 


VR la maticre mife en termes par M. le Chancelier, de ce que requiert 

Dr Cardinal Baluë Legat, eftre expedié honneftement pour honneur du 

int Siege ; tant fur le Fe de fa Legation dont il n’entend vfer que felon 
le plaifir du Roy, que aufli touchant fon retour à Rome deuers noftre faint 
Pere, a efté conclu que pour l'honneur de noftre faint Pere, attendu que 
par le Roy il a efté receu à Lyon auec les infignes de Legat, & sa a cn 
{a prefence venu aucc lefdits infignes, comme la Croix, vfant de donner 
bencdiion & autres chofes, & qu’il eft ainfi entré dedans Partis, que le 
Roy, pour contenter noftre faint Pere, & afin qu’il foit plus enclin de re- 
æeuoir plus honneftement fes Ambafladeurs qu'il enuoye deners luy à 
Rome, que le Roy fera par M. /e Chancelier, M. de Periguenx *, M. de Loms- * Guoffrey à 
De, le Tiers Prefident de Touloufe, appellez auec eux aucuns de la Cour Pompadour 


de Parlement de Paris, vifiter fes facultez, & icelles lay cftre rapportées, CRE 


pour aduifer fi ce fera fon plaifir, qu’il vfe de celles qui ne luyÿ peunent Francs, qui 


Lo | : “dE .1« fuinit lo Duc 
porter preiudice ne à fon Royaume; &c au furplus touchant fon retour , que d'Orleuns , & 


‘puis qu'on na fair difficulté de le laïfler venir com énfigribus Legati ; QUE duquel il fera 


femblablement on ne doit differer de l’en haiffer retourner en celuy pareil p+réo-aprér. 
honneur qu'il a efté receu, confideré qu'il eft venu par refcriptien du Roy. 


Da 17. jour d'Aouft 1484. à Paris, au logis de M, de Bourbon. 


Esrs' conclu, aprés qu'il a efté recité que Meflieurs de Parlement 
auoient fait crier à fon de trompe, fans commandement du Roy, que 
M. le Cardinal Bafuë Legat ne fuit receu ne reputé Legat, & rs de 
k : 


14 84 


442 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


ne porter la Croix deuant luy, que afih l'honneur de noître faint Pere 
foit gardé en cette partie, que ledit Cardinal baïllera les facultez qu'il a à 
vifiter-à M. le Chancelier, M, de Lombez, M. de Perigueux, & le Tiérs Pref- 
dent de Thouloufe, appellez auec eux aucuns Prefidens de la Cour de Par- 
lement, afin de aduifer comment pour l'honneur du Pape ; ledit Cardinal 
pourra vfer d’aucunes pour le temps qui fera aduifé, mefmement de celles 
qui ne porteront preiudice au Roy ) NE aux droits de fa Couronne; & 
afin que’ fon honneur foit reparé, qu’il portera comme il a accouftumé la 
Croix, & vfera de donner la benedi&ion, & de toutes autres chofes con- 
cernans les honneurs qu'on doit faire à vn Legat, & en doiuent parler 
M. de Beauieu & M. de Dunvis au Roy, Et au furplus, que le plultoft qu’il 
fera poflible on le dépefchera honneftement pour s’en retouiner à Rome 
deuers noftre faint Pere, & luy feront baillez deux notables perfonnages 
pour l'accompagner iufques hors le Royaume , & durant iceluy retour il 
pourra vfer defdites facultez, qui ne coucheront le Roy, ne fon autorité, 
tout ainfi qu'il luy aura efté permis à Paris. | 


Du 18. iour d'Aouft 1484 


A PRE’s que la matiere du pattement du Cardinal Ba/uë & du fait 
d'vfer de fes facultez a efté bien debatué, & que la plufpart des af. 
fiftans audit Confeil ont efte d’opinion que ladite matiere doir eftre com- 
muniquée à la Cour de Parlement : a efté conclu que M. Ze Chancelier, 
M. de Lombex, & M. de Torcy, iront deuers ladite Cour leut communiquer 
cout ce qui a efté dit & mis en termes , & ce fait en viendront faire leur 
rapport au Roy & audit Confeil. Se | 


Du Lundy 23. jour d'Aouft r 4 8 4. à Paris , aux Tournelles. 


Ç Ve la Requefte faire par M. le Cardinal Baluë, requerant, attendu le 
S crefpas du Pape, congé de s’en aller vifiter pour aucun temps fes Bene 
fices pour receuoir argent pour faire le retour de fon voyage, où s’il ne 
plaift au Roy qu'il aille fur fes Benefñces qu'il veuille, en luy donnant congé 


de s’en aller, luy donner quelque fomme d’argent pour fon retour, attendu 


qu’il a dépenfé beaucoup à venir par-deçà à la requefte du Roy, fans auoir 
vfé ne eù aucun profit de fa Legation: a efté conclu qu'il prendra auiour. 
d’huy congé du Roy pour s’en retourner à Rome, & qu'aprés ledit con: 
ge il s’en partira de Paris pour fe mettre à chemin dedans deux ou crois 
jours, auquel chemin il pourra porter en s’en retournant la Croix. Et outre 
ce a cfté ordonné que le Roy luy fera deliurer par les Gens des Finances, 
pour luy aider à fon voyage, la fomme de sÿ/ efius d'or comptant, attendn 
qu'il n’a point vfé de fa Legation, & qu'il eft venu par-decà à grands frais, 
& à la requefte du Roy. | | . 

Le 24. du mois d’Aouft le Cardinal Ballué a pris congé du Roy pour 
s’en retourner à Rome, & a eù charge & commandement du Roy de faire 
fon expedition fur le contenu en fes Requeftes, Maiftre Antoine Cheble- 
my Notaire & Secretaire du Roy. 


Dv ROY CHARLES VIIE 443 


Contraét de Mariage de Gilbert de Chabanes, Seigneur de Cur- 
con & de Rochefort, Gouuerneur de Limoufin, & de Cathe- 
rine de Bourbon, fille de Iean Comte de Vendofme. 


Ladite Cathérine à en mariage la fomme de onze mille liures tournois, er 
renonce à toutes fuccelfions efcheuës gr à efchoir au profit de François 
Comte de Vendofme @r fon autre frere; € il eff flipulé que fi les en- 
fans de ce mariage viennent à la fuccefion du Comte de Vendofme, ce- 
© duy des heritiers ou heritieres de Gilbert de Chabanes à qui telle fucce[- 
fion aduiendra prendra le nom €° les armes de Vindofme. Nota, que 

. Gilbert de Chabanes auoit un fils d'un premier mariage qu'il auoit con- 

tracé auec une fille du Comte de Boulogne. 


A Tovs ceux qui ces prefentes Lettres verront, lacques d’Eftoute- 


1 48 4. 


A Paris 20. 


uille, Cheualier, Seigneur de Beiue, Bauri, d’Yury,& de Saint Adrier 4ouf 148 4 


en la Marche, Confeiller, Chambellan du Roy noftre Sire ,& Garde de la 
Preuofte de Paris, Salut. Scawoir faifons que pardeuant Axrhoine Satun &- 
Pierre Pichon, Clercs Notaires du Roy noftredit Seigneur, de par luy efta- 
blis en fon Chaftelet de Paris, furent prefens, & comparurent perfonnelle- 
ment Haut & Puiflant Prince Monfeigneur François de Bourbon, Comte de 
Vendofme, pour luy en fon nom d’vne part, & Noble & Puiffant Seigneur 
Meffre Gilbert de Chabanes, Cheualier , Seigneur de Curton, de Rochefort, de 
Madic & d’Auriere, Senefchal & Gouuerneur du Haut & Bas Pays du 
Limoufn, pour luy & en fon nom d’autre part; lefquelles parties, de leurs 
bons grez, propres mouuemens & liberales volontez, fans faire fraude, 
circonuention & deceuance aucune, fi comme elles dirent reconnurent & 
confeflerent en la prefence & pardeuant lefdits Notaires, comme parde- 
uant Nous en droit iugement, auoir fait, firent & font enfemble de bonne 
foy l’une d’elle auec l’autre les traitez , accords ,'promeffes, conuentions, 
& autres chofes contenués & efcrites en un cahyer de ne contenant fix 
feuillets de papier, dont les cinq font efcrits d’vn cofté & d'autre, & le 
fixiefme d’vn cofté feulement, à cette fin baillé aux Notaires, & duquel la 
teneur cft telle. 

Pour paruenir au Mariage, qui au plaifir de Dieu fe fera & parfera en 
face de fainte Eglife, entre Mcflire Gilbert de Chabanes, Cheualier, Seigneur 
de Curton, de Rochefort, de Madic & d’Auriere, Senefchal & Gouuer- 
neur du Haut & Bas Pays de Limoufin,d’vne part; & Damoifelle Catherine de 
Bourbon , fille de feu haut & puiffant Prince Mos/cigneur Le Comte de Vendofme, 
& unique fœur de Monfeigneur François de Bourbon Comte de Vendof- 
me , qui à prefenc eft d'autre part. Iceluy Monfeur le Comte de Ven- 
dofme & ledit Meflire Gilberc de Chabanes , ont fait & accordé entre eux 
les promefles, traitez, accords, paétions & conuentions cy-apres decla- 
rées. C’eft à fçauoir, que mondit fieur le Comte a promis & promet de 
donner & bailler en mariage à ladite Catherine de Bourbon fa fœur audit 
Meflire Gilbert de Chabanes, qui icelle a promis & promet prendre à femme 
& efpoufe, fi Dieu & fainte Eglife y accordent. En faueur duquel Mariage 
ê&c pour le bien & augmentation d'’iceluy Monfeur le Comte de Vendofme 
fera tenu & promet bailler à Madame Damoifelle Catherine de Bourbon fa 
fœur la fomme d’vnze mille liures tournois, payables, c’eft à fçauoir la fom- 
me de trois mille liures tournois dedans vn an aprés la confommation du- 
dit Mariage, & le réfidu de ladite fomme chacun an mille liures tour- 

| KKK :i] 


/ 


444 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


1 4 8 4. nois iufques à fin de payement. De laquelle fomme d'vnze mille liures 


tournois la fomme de huit mille cinq cens liures tournois , fortira nature 
de propre héritage de ladite Damoifelle; & le furplus, c’eft à fçauoir deux 
mille cinq cens liures tournois, fortira nature de meuble. Et moyennant 
icelle fomme renoncera ladite Damoifelle à tout partage & droit fuccefhf 
qu’elle pourroit auoir, ne & demander és fucceflions de feu M. le 
Comte de Vendofme fon pere, au profit dudit M. le Comte de Ven- 
dofme fon frere & de fes hoirs , en fera tranfport dés à prefent à mondic 
fieur le Comte en tane que befoin fera, & parcillement renenceta és fuc- 
ceflions de mondit fieur ie Comte fon frere, & de fes autres freres & fœurs, 
& à toutes autres fucceffions collarerales qui luy pourroient efchoir au 
temps aduenir, fans qu’elle y puiffe rien pretendre ne auoir, tant que 
mondit fieur le Comte ou Louys Monfeur fon frere viuront, ou auront he- 
ritiers iffus de leur chair. Mais s’il aduient que mondit fieur de Ven- 
dofme & fondit frere aillent de vie à crefpas fans pofterité, en ce cas ma- 
dite Damoifelle, ou les defcendans d’elle leur fuccederont en tous leurs 
biens prefens & à venir, felon les couftumes des pays. Toutefois s’il ad- 
uenoit que ladite Damoifelle allaft de vie à crefpas fans hoirs procréez 
de fon corps dudit Mariage, furuiuant ledit Meffire Gilbert de Chabanes 
fon futur cfpoux , en ce cas ledit de Chabanes fera feulement reftituer 
aux heritiers de ladite Damoifelle , où à leurs ayans caufe, de ladite fom- 
me d’vnze mille liures tournois, la fomme de huit mille cinq cens liures, 
qui eft reputé heritage, & le refidu de ladite fomme montrant à deux mille 
cinq cens liures qui cft reputé meuble, demeurera & appartiendra à luy & 
aux fiens, fans que les heritiers d’icelle Damoifelle y puiflent rien preren- 
dre, quereller , ou demander, Laquelle refticurion de huit mille cinq cens 
hures, aux cas qui auroient efte baillez & payez, fera faire, c’eft à {çauoir 
trois mille liures tournois dedans vn an aprés le crefpas de ladite Damoi- 
{elle ou dudit Mefhre Gilbert, & de là en auant d’an en an la fomme de 
mille liures par chacun an, & en la derniere année cinq cens liures iufques 
à plein payement & reftitution de ladite fomme. Et en defaut depayemenc 
defdites crois mille liures pour ladite premiere année aprés lefdits crefpas, 
& des autres fommes par chacunes defdices années enfuiuantes, ledit de 
Chabanes a dés à prefene conftitué & conftituë fur luy pour chacun mille 
lures qui refteroic ou defaudroit dudit payement cent liures de prinfe & 
de preftation annuelle par chacun an, que ledit de Chabanes ou fes heri- 
tiers feront tenus de payer à ladite Damoiïifelle, fes heritiers ou ayans caufe, 
&c autant prorata de ce qui reftera à payer par chacune defdites années juf- 
ques à ce que ladite fomme de huit mille cinq cens liures foit entierement 
sit & reftituée: par laquelle prinfe ou preftation annuelle ne fera rien ra- 
acu ou defalqué du principal, Ecpour ce faire a obligé & hiporecqué ledit 
de Chabanes fpecialement 4 rerre &c fcigneurie de C eg laquelle fe 
prendra ladite prinfe ou preflation annuelle, & generalement fur tous Îles 
autres biens meubles & immeubles, cerres & fcigneuries où qu'ils foient, 
à prendre ou à vendre par Iuftice. Et en payant par ledit de Chabanes, fes 
hoirs ou bien-tenans, ladite fomme de huit mille cinq cens liures , enfem- 
ble ou par partie à ladite Damoifelle, fes heritiers ou ayans caufe, pour les 
termes & années, & ainfi qu’il eft declaré deffus. ou aprés, quand ils auront 
faculté, ladite prinfe ou preftation annuelle ceffera, c’eft à fçauoir pour mille 
liures cent liures & prorata, en payant les arrerages qui en feronc deus en 
defaut de payement fans rien defalquer du principal. Et au cas que ladite 
Damoifelle furuiue iceluy fieur de Chabanes, ledit de Chabanes luy a 
donné & donne par forme de douaire deux mille liures de prinfe, & mille 
liures de rente en afiette d’Auuergne, aux choix & efleétion de ladite Da- 


DV ROY CHARLES VIII 44$ 


moifelle, Pour fi demeure, elle aura les places & feigneuries de Rochefore 1 4 8 4. 


& d’Auriere, auec le circuit & pourpris defdites places, fur le reuenu def. 
quelles fera aflife ladite rente felon la couftume du pays, & fur le reuenu 
des autres terres dudit de Chabanes, de prouchain en prouchain , au cas 
que le reuenu ne fuffroit pour parfournir & payer lefdires deux mille li- 
ures de prinfe & mille liures de rente, pour iouyr par elle des chofes def- 
fufdices, tant & fi longuement qu’elle demeurera en veufuage fans eftre 
remariee, En laquelle prinfe ou afliette ne fera faite aucune appreciation 
defdites places, circuits & pourpris. Et au cas que ladite Damoifelle fe re- 
marieroit en fecondes nopces, elle aura & prendra feulement pour tout 
droit de douaire à elle donné & conftitué par ledit de Chabanes douze 
cens liures de prinfe & fix cens liures de rente à fon choix; & à la place 
d’Auriere, fur le reuenu de laquelle fe prendront lefdites douze cens li- 
ures de prinfe & fix cens liures de rente par afliette comme deflus, & de 
prouchain en prouchain,au cas que le reuenu d’Auriere n’y fourniroit, non 
compris en ladite afliette ladite place, pourpris & circuit d'icelle; &auec ce 
aura & prendra ladite Damoifelle, aprés le deceds & trefpas dudit de Cha- 
bancs, fes biens meubles prefens & aduenir,où qu’ils foient, & dont il fera 
feigneur & poffeffeur au temps de fondit si Et a promis &iuré ledit de 
Chabanes par ferment folemnel de n’en frauder ou fruftrer ladite Damoifelle, 
de ladite moitié de fefdits biens meubles prefens &aduenir; 8 ce en outre 
hdite fomme de huit mille cinq cens liures, donc deflus eft fait mention. 
Et femblablement aura ladite Damoifelle ou fes ayans caufe par heritage, 
en outre ladite fomme de huit mille cinq cens liures, la moitié des con- 
quets qui fe feront pendant & durant ledic Mariage. Mais s’il aduenoit 
que ladite Damoifelle aille de vie à trefpas fans hoirs auparauant ledit de 
Chabanes, tous fes meubles appartiendront audit de Chabanes, fans que 
les heritiers de ladite Damoifelle, ne ceux de fon cofté & ligne y puiflenc 
pretendre ne reclamer aucun droit, fors la fufdite fomme, laquelle ledit de 
Chabanes eft tenu de reftituer comme deffus, enfemble la moitié des con- 
quefts. Lefquelles chofes deflufdites auront lieu incontinent aprés le Ma- 
riage confommé , fuppofé Sa aucune chofe n'ait encore efté payce par 
mondit fieur de vais e ladite fomme d’vnze mille liures, parquoy 
aucune chofe ne pourra eftre oftée ou defalquée à ladite Damoifelle def- 
dits meubles, douaire ou conquefts aprés ledit Mariage confommé. Eten 
outre a efté accorde par ce prefent Traité, & en faueur ou contemplation 
dudit Mariage, que lefdits conioints durant 8 conftant leurdit Mariage, 
pourront difpofer & donner Fvn à l'autre de leurs bicns meubles & con- 
quefts, & femblablement de leurs propres herirages, & des chofes qui for- 
tiront nature de propre heritage, tout ou partie, à leur plaifir ou volonté, 
le cout ainfi que bon leur femblera, nonobftant quelconque couftume, dif. 
penfe de droit ou vfage eftant au contraire, à quoy lefdites parties au- 
roient & ont dés mamtenant & pour lors renoncé & renoncent, en vou- 
lant par exprés, nonobftant iceux, cette prefente paétion faire comme dic 
eft, en faueur & contemplation de ce prefent Mariage, fortir fon plein & 
entier effet, tout ainfi que fi la donation euft efté faite parauant ladite con- 
fommation dudit Mariage. Et pour ce que ledit de Chabanes de fon pre- 
mier Mariage a vn fits,& que de fon fecond Mariage duquel à prefent eft 
queftion, pourta auoir d’autres enfans mafles, il a efté convenu & accordé 
entre lefdites parties que ledit de Chabanes ne pourra avantager en herita- 
ges fondit premier fils iffa de fondit premier Mariage outre & plus auant 
quechacun des autres mafles qui viendront dudit fecond Mariage, finon au 
cas, c'eft à fçauoir où l'enfant ou enfans mafles dudit fecond Mariage fe- 
roient i2/fén/ex , difformes, ou mutilex, parquoy conuint de ne .. de Re- 
ii) 


D" 


1 4 8 4 


446 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


ligion , ou autrement les pourvoir de leur vie, à La difcretion toutefois 
dudit de Chabanes: auquel cas ledit de Chabanes gi avantager le: 
quel de fes enfans qu'il luy plaira par l’aduis toutefois & confentement 
de mondit fieur de Vendofme ou de fes heritiers en la ligne de ladite 
Damoifelle. Et au cas que d’iceluy fecond Mariage ne naïftroient que fil- 
les, ledit fils ja né viuant ou aucune iffué de luy, ledit de Chabanes pour- 
ra marier fefdites filles, & donner à fon plaifir & volonté raifonnablement 
& honneftement, felon leur qualite, & eù égard au lieu dont ils feroient 
defcendus. Eten cas que lefdites filles fuflent encore à marier aprés le 
deceds & trepas dudit de Chabanes, & que par fon teftament ou autre- 
ment il n’euft aucunement difpofc & ordonné de leurdit Mariage , fon fils 
& les defcendans de luy les marieront , & doteront par l’aduis, delibera- 
tion & confeil de mondit fieur le Comte de Vendofme ou de fes fuccef- 
feur, appellez les parents dudit de Chabanes. Et au cas que ledit de Cha- 
banes allaft de vie à crefpas, fans hoirs mafles, un ou plufieurs : en ce cas, 
les filles qui viendront dudit Mariage luy fuccederont en tous fes biens, 
& feront fes hcritieres, & n’en pourra inftituer d’autres, ne autres excef- 
vement difpofer de fefdits biens au préjudice defdites filles; & fi le fils ja 
né dudit de Chabanes de fon premier Mariage, va de vie à trefpas, foit en 
pupillarité ou majeur d’ans, fans hoirs defcendans de luy en loyal Maria- 
ge, les enfans dudit fecond Mariage, fi aucuns y a, luy fuccederonc en tous 
fes biens. Et s’il aduenoit, ce que Dieu ne veuille, que ledit de Chabanes 
allaft de vie à trefpas fans enfans defdits premier ou fecond Mariage, le- 
dit de Chabanes à promis & promet d’avantager en fes biens ladite Da- 
moifelle fa future efpoufe, outre les promefles deflufdites; le tout neant- 
moins à fon bon plaifir & volonté, & tout ainfi que bon luy femblera, 
nonobftant quelconque difpofition de droit & couftume à ce contraire. Et 
pource que les enfans defdits futurs efpoux pourront venir par faute de 
plus prochains à la fucceffion de ladite fcigneurie 8& Comté de Vendofme, 
à caufe de ladite Damoifelle leur mere, il a efté conuenu & accordé par 
ce prefent Traité, que celuy ou celle defdits enfans ou leurs ayans rs à 
qui telle fucceflion & efchoitte fera aduenué ou efcheué, fera cenu de pren 
dre le nom & les armes de ladite Comte de Vendofme. Er fi ladite fuccef- 
fion vient à fille, elle & fon mary feront renus de prendre lefdits noms & 
armes. Et au cas que de ce faire feroient refufans , au plus prochain d’2- 
prés qui voudra prendre & accepter lefdits nom & armes; &auec ce, outre 
les chofes deflufdites, a promis & promet ledic de Chabanes, que quelque 
fomme qu'il aye quitrée à M. le Comte de Boulogne pere de fa premiere 
femme, à caufe du mariage de feué Madame fadite premiere efpoufe, & 
fille dudit fieur de Boulogne : que fi fon fils ia né du premier Mariage 
ou autre en faifoit a À à ladite Damoifelle, ou aux enfans qui pour- 
roient venir & naiftre dudit fecond Mariage ou à leurs ayans caufe, iceluy 
Monfieur le Gouuerneur veut & entend, que ladite Damoifelle & fes en- 
fans n’en foient en rien tenus, & veut expreflément qu'icelle fomme foit 
totalement prife fur la part & portion des heritages de la fucceflion qui 
pourroit appartenir à fondit fils ia ne, fans que les enfans dudit fecond 
Mariage , ni pareillement ladite Damoifelle , puiflent eftre contraints d’en 
payer aucune chofe. Ec s’il eftoit trouvé par droit ou autrement, que ladite 
Damoifelle ou fes enfans y puiflent eftre contraints, mondit fieur le Gouuer- 
peur donne dés à prefent à icelle Damoifelle & à fefdits enfans par preciput 
&c auantage autant de fon nr à comme fe monte ladite fomme , outre 
la parc & portion qui aufdits enfans pourroit competer & appartenir de la 
fucceflion de leurdit pere. Et promettent lefdices parties, chacune endroit 
foy, faire ratifier ee prefent Contrat à ladite Damoifelle deuanc & aprés 


x 


nm + 


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bDv ROY CHARLES VIII 


447 CRT RS EE 


le Mariage confommé, toutes les chofes deffufdites. Et en ces prefentes 1 4 $ 41 


Lettres contenuës & efcrices lefdites parties deflus nommées & chacune 
d’icelles endroit foy, pour tant que celuy touche & peut & pourra toucher, 
promirent par leur foy & ferment de leur corps, pour ce pat elles baillez 
& iurez corporellement és mains defdits Notaires, auoir bien agreable à 
toufours, & icelles entretenir, enteriner & accomplir direétement de point 
en point felon leur forme & teneur, fans iamais aucunement contreuenir, 
fut & foy par voye d'erreur, d’ignorance & citconuention ou deceuance. 
Neantmoins comment que ce foit ou puifle eftre,ainçois promettent rendre 
& payer à plein & fans aucun plaid, queftion ou procez, tous coufts, frais; 
mifes, iournées, falaires, defpens, dommages &interefts, qui faits, eus, fouf- 
ferts, fouftenus , & encourus feroient, par defaut des chofes deflufdites où 
d’aucunes d’icelles, non faites, tenuës, entretenués & accomplies deuë- 
ment , ainfi & par la maniere que dit eft , fous l'obligation de tous leurs 
biens & de ceux de leurs hoirs, meubles & immeubles, prefens & aduenir, 
qu'ils & chacun d’eux endroit foy foufmirent & foufmettent, ‘ts ce du 
cout à luftice vendre & exploiter par Nous, nos Succefieurs , Preuofts de 
Paris, & par toutes autres luftices & Iurifdiétions où ils pourroient eftre 
fceus ou trouvez. Et renonceront en ce faifant: expreflément lefdites par- 
ties par leurfdits fermens & foy, à toutes exceptions, & deceptions, fa - 
des, barats, cautelles, cauillations , à tout droit efcrit & non efcrit, canon 
& ciuil, vs, files, couftumes des villes, places & lieux, & à toutes autres 
chofes generalement quelconques que l’on pourtoit faire, dire, propofer ou 
alleguer contre ces prefentes Lettres, l'effet, teneur & execution d'icelles, 
& au droit difant, generale renonciation non-valoir. En cefmoin de ce 
Nous, à la relation defdits Notaires, auons mis le fcel de ladite Preuofté 
de Paris à ces Prefentes, qui furent faites & pañlées doubles, l'an de gra- 


ce mil quatre cens quatre-vingts-quatre, le Vendredy vingtiefme Aouft. 


Ainf figné, A. Satun & Pichon. 


Confirmation des Prinileges des Capitaines , Chappelains , Concierges, &° 
autres Officiers du Chaftean gy° Bois de Vincennes. 


és par la grace de Dieu Roy de France: Sçauoir faifons à 
tous prefens & à venir hous auoir receu humble fupplication des Con- 
cierges, Chapelains, Capitaines, Gatenniers, Sergens, Portiers, & autres 
Officiers de noftre Chaïtel, Parc & Garennes du Bois de Vincennes, & 
des Religieux, Prieur, & Conuent des Bons-Hommes dudit Parc, conte- 
nant , Que dés long-temps a aucuns de nos Predeceffeurs Roys dé Fran- 
ce, pour l'amour & affeétion qu’ils auoient audit Chaftel & Parc, firent & 
ordonnerent pour les Officiers qui demouroient audit lieu pour la garde 
d’iceluy, pluñeurs beaux Priuileges defquels la teneur s'enfuit. Charles 
par la grace de Dieu Roy de France : Sçauoir faifons à tous prefens & à 
venir, Nous auoir veu les Lettres de feu noftre ttes-cher Seigneur & Pere 

ue Dieu abfoille, contenant la forme qui s'enfuit. Charles par la grace 

e Dieu Roy de France : Sçauoir faifons à cous prefens & à venir, Que 
nous confiderant que noftre Chaîftel & Garenne du Bois de Vincennes 
prés de Paris, ont efté édifiez & ordonnez ‘par nos Predeceffeurs Roys de 
France, & que en iceluy lieu nofdits Predecefleurs leurs Compagnes & 
Enfans, nous & iceux de noftre Sang d’ancien temps auons eué fpe- 
ciale affeétion , y conuerfer & repairer fouuentesfois, & plufieurs d’iceux 
y ont efté nez & nous aufli y fumes nez, & y prifmes & receufmes le: 
dit Baptefme. Confiderans aufli que ledit lieu à efté & eft un des nota: 
bles & principal.lieu de la demoure & refidence de nofdits Predeceffeurs, 


148 4 6ù 
Aonf. 


443 OBSERVATIONS SYR LHISTOIRE 
148 4. &le a principal lieu qu'ils ayent eh & que nous ayons pour réfidence 
prés de noftre bonne Ville de Paris; & il Toit ainfi que audit lien ayent 
cfté & foient ordannez plufeurs Officiers, comme Concierge, Chapelains, 
Garenniers, Sergens , Portiers, & autres Officiers ; & les Religieux, Prieur 
& Conuent des Bons-Hommes, lefquels il fau de iour 8 de nuit vacquer & 
entendre à l’execution de leurs Offices, Ordonnances & Gouuernement 
de noftredit Chatel, & pour ce Nous, à la fupplication defdits Concier. 
ge, Chapelains, Garenniers, Portiers, Sergens, & autres Oficiers & Reli- 
gieux, qui par Ordonnance Royale ont efté au temps pañlé, & feront au 
temps à venir mis, cftablis & inftituez en noftredit Hoftel, tant feulemenr 
en leur faueur , & à ce que plus diligemment & loyaument eux entendent à 
leurs offices, & à ce que commis leur eft & fera au temps à venir de nof- 
tre grace fpeciale, certaine fcience & authoriré Royale, & en noftre ioyeux 
aduenement, ayons d’abondant prins & mis, prenons & mettons en nof- 
tre fauuc & fpeciale garde & proteétion, & leur auons oétroyé & oétroyons 
par ces Prefentes, que eux & chacun d'eux, & leurs fuccefleurs Officiers 
dudit lieu de ladite Ordonnance, tant feulement foient & feront francs, 
quittes & exempts de toutes tailles, feruitutes & exactions, & autres rede- 
uances quelconques, & aufli des impofitions, cinquiefme du fel, treiziefme 
du vin, ou autres aydes & fubuentions quelconques ordonnées ou à ordon- 
ner, tant pour la deliurançe de noftre tres-cher Seigneur & Pere , donc 
Dieu ait l'ame , comme de fes hoftaiges de faire genfdarmes ou autres che- 
yauchées quelconques de durées, 8 marchandifes que eux vendront ou 
ont vendu de tout le temps pafilc iufques auiourd’huy en noftredit Hoftel, 
& appartenances, fans & que eux & leurs fuccefleurs deflufdits puiflenc 
cftre ou foient contraints par quelque maniere aux chofes deflufdites, ne 
à aucunes d’icelles, par les commis &' deputez ou à deputer, cueïllir & 
receuoir, ne par quelconques autres nos gens ou Officiers, ou de nos fuc- 
ceffeurs, nonobftant autres graces, priuileges ou libertez oftrayez par nos 
predeceffeurs ou Nous aufdeflus nommez. Si donnons en mandement par 
ces Prefentes à nos amez & feaux Conftillers les gens de nos Comptes à 
Paris, les Gençraux, Treforiers ordonnez ou à ordonner fur le fait def- 
dites impofitions , fubfides & autres chofes deflufdites, & à tous autres 
il appartiendra , que de noftre prefente grace & o@roy, faflent & laif- 
ent iouyr & ver paifiblement les deffufnommez & leurfdits fucceffeurs 
cfdits Offices, & contre la teneur d'’icelle, ne les moleftent ou contrai. 
gnent au temps à venir en aucune maniere. Et pour ce que ce foic ferme 
chofe & ftable à toufiours, Nous auons fait mettre à ces Lettres noftre 
fcel, fauf en autres chofes noftre droit & l’autruy en toutes, Donné en 
noftre Hoftel prés Saint Pol lez Paris, l’an de grace mil crois cens quatre, 
au mois de Luin; lefquelles Lettres deflus tranfcrites & tout le contenu en 
icelles Nous auons agreables , & icelles louons , greons , ratifions & ap- 
prouuons, & par la teneur de ces Prefentes de grace fpeciale, pleine puif- 
fance & auhorité Royale confirmons, en oétroyant de nouuel audit Con- 
cierge, Chapelains, Capitaine, Garenniers , Sergens , Portiers & autres 
Officiers de noftredit Bois de Vincennes, & aufdits Prieur & Conuent des 
Bons-Hommes , que eux & chacun d’eux & leurs fuccefleurs, qui pour le 
temps à venir feront demourans en noftredit Bois & Chaftel, foienc francs, 
quittes & exempts de routes tailles, impofitions , quatriefme, & d’autres 
aydes & fubuentions. quelconques qui ont eù, ont & auront cours pour le 
fait de nos guerres, & autrement en quelque maniere que ce foit, fans 
qu'ils foient ou puiffenc eftre tenus ou aftraints d'en payer aucune chofe, 
ne y contribuer aucunement; & de ce par ces mefmes Lettres iceux & 


chacun d’eux declarogs: eftre ou auoir eftc au temps pañlé francs, quittes, & 
exempts, 


DV ROY CHARLES VIII 449 


exempts, & encore en tant que meftier eft; les en affranchiflons, quittons 14 8 4. 


& exemptons entierement. Si donnons en mandement à nos amez & feaux 


- Gens de nos Comptes & Treforiers à Paris, aux Generaux fur le fair def. 


dits Aydes , aux Efleus à Paris fur ledit Ayde, & à tous nos autres Iufti- 
cicrs, Officiers, & Suiets prefens & à venir, & à chacun d’eux, fi comme à 
luy appartiendra, que de noftre prefente grace, quittance , donation, de- 
claration & exemption faflent, fouffrent & laiflent nofdits Officiers, ferui- 
tours, & autres demourans, & que pour le temps paflé prefent & à venir, 
ont demouré, demourent & demoureront en noftredit Chaftel & Bois de 
Vincennes, iouyr. & vfer pleinement & paifiblement, fans les contraindre, 
ne fouffrir eftre contraints, moleftez ou empefchez , ou mis en noftre 


. main, leur mettent ou faflent mettre tantoft & fans delay à pleine deliuran- 


ce. & hors de tous plaids & procez meus & à mouuoir, & pendans en 


._ quelque Cour, ou en quelque maniere que ce foit, & autres empefche- 
mens, s’aucuns en auoit à la caufe deflufdite, defquels plais & procez les 


oftons & mettons hors par ces mefmes Prefentes, & auecque ce à tous nos 
Jufticiers & Officiers fur ledit fait, interdifons toute la connoiffance, fans 
que plus ne s’en entremettent en aucune maniere , en impofane fur ce 
filence perpetuel aux Fermiers, Commis, à noftre Procureur ; & à tous au- 
tres.orcs & pour le temps à venir. Et afin que ce foit ferme chofe & fta- 
ble à toufiours, Nous auons fait mettre noître féel à ces Prefentes, fauf 
en autres chofes noftre droit & l’autruy en toutes. Donné à Paris au mois 
de Juin , l'an de grace mil quatre cens quatre , & de noftre regne le 
vingt - quatre. Lefquelles Lettres deflus tranfcriptes & de cout le contenu 
en icclles ayant agréable, Nous les loons, ratifions & approuuons, & par la 
teneur de ces Prefentes de grace fpeciale, pleine puiffance & authorité 
Royale, confirmons , loons.& ordonnons que lefdits Concierge , Chape- 
Jains, Capitaine, Garenniers, Sergens , Portiers, & autres Offciers de 
noftredit Bois de Vincennes, & les Prieur & Conuent des Bons - Hom- 
mes dudit Bois, 8 chacun d'eux & leurs Succefleurs , qui pour le temps à 
venir feront demourans en‘noftredit Chaftel, ioyflent: & hot pleinement 
&pailiblement és temps à venir defdits Priuileges , franchifes, libertez, 
& autres chofes en icelles contenuës, comme ils en..ont jouy & ufc le 
temps pañle juftement & deuément. Et afin que ce foit ferme chofe & fta- 
ble à toujours: Nous auons fait mettre noftre Séel à ces Prefences, fauf en 
autres chofes noîftre droit, & l’autruy en toutes. Donné à Paris au mois 
d'Oétobre, l'an de grace mil quatre cens quatre-vingts-un, & de noftre re- 
gne le vingt-neuuiéme. Lefquels Supplians depuis noftre aduenement à la 
Couronne & Nous eftans audit Chaftel & Parc Nous ont humblement fait 
fupplier & requerir que lefdits Priuileges ainfi par nofdits prédeceffeurs à 
cux donnez, aumofnez & confirmez leur voulfffions de nouuel donner 
& confirmer, & les chofes en iceux Priuileges auons pour agréables, Pour- 
quoy nous les chofes deflufdites confiderées , inclinant fauorablement à la 
fupplication & requefte defdirs Supplians, voulans iceux eftre entretenus 
$& gardez en leurfdites franchifes, libertez & Priuileges, à iceux Supplians 
auons les Priuileges deflus declarez , confirmez & confirmons, & louez, 
ratifiez & approuuez, louons, ratifions & approuuons:de noftre grace fpe- 
peciale, pleine puiffance & auchorité Royale, & tout le content en iceux 
auons: pour agreable, pour par lefdits Concierge , Chapelains, Capitaine, 
Garenniers, Sergens , Portiers, & autres Officiers de noftredit Bois de 
Vincennes, & les Prieur & Conuent des Bons-Hommes d’iceluy Bois, 8 
chacun d'eux & leurs fucceffeurs qui pour le temps à venir feront demourans 
en noftredit Chaftel, Parc & Bois jouyr,& vfer pleinement & paifiblement, 
comme ils en ont joui le temps palfé, iuftement & deuément. Ê ss en 


——— 450 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
1 4 8 4. mandement par ces mefmes Prefentes à nos amez & feaux Gens de nos Com- 
ptes & Treforiers à Paris,aux Généraux & Efleus furle fait des Aydesaudic 
Paris, & à tous nos autres Jufticiers, Officiers & Subiers prefens & à venir, 
& à chacun d’eux, fi comme à luy appartiendra, que de nos prefens, grace, 
don, confirmation & ratification, & de tout le contenu éfdits Priuileges 
faffenc, fouffrent & laiflenc lefdits Supplians & leurs fuccefleurs, & chacun 
d’eux iouyr & vfer pleinement & paifiblement, fans leur faire mettre ou 
donner ni fouffrir eftre fait mis ou donné ores ne pour le temps à venir 
aucun ennuy, détourbier ou empefchement au contraire, ains s’aucune cho. : 
fe auoit efté ou eftoit faite au contraire, ils le reparent, ou faflent répa- 
rer, ramener & remettre tantoft & fans delay à pleine deliurance & au 
remier eftac & deu. Etafin que ce foit chofe ferme & ftable à toufours, 
Nous auons fait mettre noftre Seel à cefdites Prefentes, fauf en autres cho 
fes noftre droit & l’autruy en toutes. Donné en noftre Hoftel des Tour- 
nelles à Paris au mois d’Aouft, l'an de grace mil quatre cens quatre-vingts: 
uatre, & de noître regne le premier. Ainfi figné, Par le Roy en fon Con- 
| il Les ficurs de Maille &‘de Boifly,le Bailly de Meaux, & autres prefens, 
Brimon. Vifacontentor Guibereau. Lecfs ad Burellum in Camera Computorwm Do- 
mini noffri Regis Parifius, @ per Dominos ibi cxpedits in quantum fupplicantes 
rite Cr juffè uff funt, die decima escnfis Nouembris, anno Domini millefimo qua- 
dringentefimo oifuagefima quarto. 


Lettre de Louys Duc d'Orleans, depuis Louys XII. & Tean Defouuille, 
fieur de Torcy, auquel il mande que René Duc de Lorraine le fait 
poufer par le Roy, ge ce n'eft qu'une querelle du Duc anec luy, CJ° non 
du Roy; il le prie de ne s’y point laiffer farprendre, € de l'affiffer com 
me fon parent en [es iufles querelle. 


à Boifgeney M ON Coufin, ie me recommande à vous. Le crois que entendez aflez 
+ au des pieça les paroles que Monfieur de Lorraine a coufiours dites de 
moy , dont les effets, s’enfuiuent à fon pouuoir : tellement que à fon pour: 
chas il a amené 4 Roy dedans Orleans, & tellement l'a preffé contre fa 
volonté, qu'il a fait défendre à ceux de ma Ville d'Orleans de non me 
mettre dedans, auquel lièeu me voulois trouuer deuers luy: il s'eft vanté 
d'amener le Roy en cette Ville & à Blois, & de m'en jetter dehors. Et 
afin qu’il n’cuft cette peine de mener le Roy en tant de lieux, ie fuis party 
de Blois, & fuis venu en cette Ville de Baugency, deliberé de feruir & obli- 
ger le Roy: mais de mon pouuair ie me garderay que Monfieur de Lor- 

raine ne me iettera plus de mes places. 
Mon Coulin, ledit fieur de Lorraine & ceux qui font auec luy vous pour« 
roient faire efcrire par le Roy, & vous donner à entendre plufeurs chofes 
&c autres que veritables comme auez pu connoiftre qu'il à fait par cy- 
deuant : je vous prie que n'y vouliez adioufter foy,& entendre qu'il n’eft 
queftion que de partie à partie de Monfeur de Lorraine & de moy. Ie vous 
prie & requiers comme mon coufin 8 amy que me veuilliez porter & fa- 
uorifer à l'encontre dudit fieur de Lorraine & en coutes mes bonnes que- 
relles, ainfi que autrefois m’auez promis : car au regard de moy, ie ne fis ia- 
mais ny ne voudrois faire chofe qui fuft contre le Roy. Mon coufin, ie prie 
à noftre Seigneur qu'il vous doint ce que vous defirez. Ecrir à Baugency le 
trentiéme jour d’Aouft. Voître bon coufin Los: Er fur l'adreffe, 4 mon cow- 
fin Monfieur de Torcy. : D RE | | 
| .". Pré.for l'original. 


14 
D % 


mm « 


DV ROY CHARLES VIII ASI 
Autre lettre de Louys Duc d'Orleans, depuis Louys X°II. Roy de France, 


2 


1 48 4. 


au Sencfchal de Carcaflonc , qw'il prie de l'affifier contre René II. 


Duc de Lorraine, e5 l'affeére qu'il ne fera aucun traité qw'il n’y foi 
compris. oo 


ONSIE VR le Senefthal,ie me secommande à vous. Ie vous prié 
M que veuiïlliez venir deuers mon coufin de Bosrbon ,ou deuers moy, 
pour nous ayder contre les entreprifes du Duc de Lorraine, qui tellement 
nous menace, Car vous venu nous feruirons bien le Roy, & de voftre fait 
tenez vous {eur que ic l'auray à cœur comme le mien mefme, & ne feray 
traité que vous n'ayez eftac & charge, meilleur que celuy que vous auez, 


_ Er s’il aduenoit, ce que iene voudrois, que Monfieur de Comminges allaft 


de vie à crefpas, ie vous promets que ie tiendray la main, que vous aurez 
tous fes Eftats, à quoy j'ay intention de paruenir, & fuis deliberé d'y em: 
ployer le corps & les biens ; & pour toutes vos affaires j'y feray toüiours com- 
me pour l'un de mes plus grands amis. Monfieur le Sencfchal, ie prie à 
noftre Seigneur qu’il foit voftre garde. E/crit à Beaugency le cinquième iour 
de Septembre, le Duc d'Orleans, de Milan & de Valois. Bien voftte, Zoys. 
Et plus bas, Hernouës. Et au dos cftoit efcrit: 4 Mon/iceur le Senefchal de Car: 
re” | 
Pris fur l'Original. 


Promelfe de René Duc de Lorraine au fieur € Dame de Beanieu de pren- 
dre le parti du ieune Roy Charles, ex de l'en féruir enuers &° contre 
tous, excepté la perfonne du Roy @ du fier d'Albret, fe déportant de 
tout autre traité qu'il pourroit auoir fait auec autres Princes, on qu'il 
posrroit faire. | — 

Eng’ Duc de Lorraine & de Bar, &c. Comme 1e dés mon icune âge en 

enfuiuant mes prédeceffeurs, j'aye eu bon vouloir & affc&ion au bien, 

profit, & honneur de la Couronne de France, & par effet l'ay demonftré 
dés le viuanc de feu Monfcigneur le Roy Louys que Dieu abfolue, depuis 

Le crefpas duquel me fuis trouué en perfonne pardeuers mon redouté Sei. 

gneur mon Seigneur le Roy Charles, pour continuer tehfours en mon bon 

vouloir, & luy prefenter mon feruice, 8 moy eftant deuers luy & par ef- 
et apperceu la grande affcétion & amour que mon tres-cher Srigneur & 
coufin Monfcigneur de Beauieu Comte de Clermont & de la Marche, & 
ma tres-honorée & redoutée Dame Madame Anne de France fa. fem- 
inc, Dame & Comcefle defdits lieux , ont & portent à la perfonne de 
mondit Seigneur & au bien de fon Royaume, pour ces caufes & princi- 
palement tendant toufours au bien de mondit Seigneur & de fondit Royau- 
me, ayant regard à fon bas âge, & pour mieux im'employer de route ma 
puiffance au bien & deffenfe de fa perfonne , ay pris & prens bonne, loya- 
le & perfeucrante amitic, intelligence, confederation & ferme alliance à 


mondit tres-cher Seigneur & coufin , & madite tres - hoporce & redouée 


Dame & eulx auffi à moy pour enfemble feruir 8 obcir mondic. Seigneur 
ke Roy, & m'employer auec eulx detoute mapuiflance au bien & deffenfe de 
luy & de fon Royaume, & conferuation de l'autorité de fi Couronne, pro- 
mettant de les ayder enuers & contre couf ceux qui peuuent vise & mou- 
Tir, excépté lu pétfonne de mondit Seigneur 1e Roy, fi aucuns y auoit qui 
voulfffent greucr, porter préiudice ou sons id mul vn-"x4r ue ou 
LLIli 


A Boifgency 
s. Septembre 


148 4; 


A Bar le 29e 


Septembre 
1484. 


452 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4 8 4. de moy, ou entreprendre fur nos terres, pays & Seigneuries, & de pour. 


# Malherbe 
Septembre 
1484. 


chaffer le bien, honneur, eftat & profir l’vn de l'autre de tout mon pouuoir 
par tous moyens bons & raifonnables. En moy deportant de toutes autres 
conféderations & alliances que pourrois auoir euës par cy-deuant, ou que 
pourrois faire pour laduenir à quelques Princes, ou autre perfonne que ce 
foit, qui fort ou pourroit eftre préiudiciable à mondit Seigneur le Roy ,ou à 
la teneur de ces Prefentes. Et entends comprendre en cefte prefente con- 
federation, amitié & alliance mon tres-chèr & amé coufin le Seigneur d’Al- 
bret, & promets luy en baïller mes Lettres au cas qu’il me voudra bailler 
Lettres pareilles. Promets aufi & iure par la foy & ferment de mon corps, 
fur mon honneur, & en paroles de Prince, de tenir inuiolablement, garder 
&c accomplir tout l'effet & contenu de ces Prefentes , fans iamais varier ne 
contreuenit en aucune maniere : lefquelles Lettres pour atteftation de veri- 
té, l'ay figné de ma main, & fait féeller de mon Sécel, armoyé de mes ar- 


mes. Donne en ma ville de Bar le penultiéme iour de Septembre, l'an mil ‘ 


quatre cens quatre-vingts-quatre. Signé, René. Et Séellé. 
Eretfion d'une Foire franche en la Ville de Dunauerque. 


@ H ARLES par la grace de Dieu Roy de France. Sçauoir faifons à tous 
prefens & à venir, Nous auoir reccu l’humble fupplication de noftre 
tres-chier & tres-amé oncle & coufin Jacques de Sauoye, Comte de Ro- 
mont & de Saint Pol, Seigneur de la Ville & Seigneurie de Dunquerque 
au pays de Flandres, contenant que fadite Ville de Dunquerque où il a touc 
droit de Juftice & Seigneurie, eft belle, grande, & notable, clofe, auironnée & 
deuëment fortifiée 2 murs, tours, foflez & autres manicres de fortifica- 
tions, bien populée, & garnie de gros & riches marchands, bourgeois & ha- 
bitans, aflife & fituée en pays bon & fertile, au paflaige, chemin, & apport 
de plufieurs groîfes Villes, & fur grand Port & À so de mer, auquel abor- 
dent & defcendent grand nombre & multitude de denrées, .matchandifes 
& richefles, qui par Tefdits marchands & autres, tant de noftredit Royau- 


_ me que d’ailleurs frequentans ladite Ville, font pañléès, tirées, & menées, 


tant par mer que par terre, en diuers pays & contrées, & à pluficurs foi- 
res & marcher, & à cette caufe, & aufli afin que lefdites denrées, marchan- 
difes & richeffes foient en plus grand nombre defcenduës & menées par 
ledit pays, pour la plus ample prouifion & fourniture d’icelles, le fait & 
entrecouts de mathaelifeé mieux, & en accroiflance & multiplication en- 
tretenu & contenu, chofe eonuenable, vrile & profitable feroit à noftredit 
oncle & aufdits habitans, & toute la chofe publique defdices villes & pays 
que en icelle Ville de Dunquerque y euft par chacun an une foire franche 
ainfi que noftredit oncle & coufin nous a dit & temonftré en nous hum- 
blement requerant’, -qu'atendu ce que dit eft, il nous plaife luy oétroyer &c 
créer en fadite Ville ladite foire à icelle eftre cenué par quinzeiours, à com- 
mencet au jour & fefte de Monfieur Saint Remy, & que la franchife, droits 
& priuileges de ladite foire, en tant que touche la venué & retour des mar- 
chandifes d’yne part, autres quinze jours auant le commencement, & au- 
tant aprés la fin d’icelle foire, & fur ce en impartir nos graces & liberali- 
tez. Pour quoy Nous ce que diceft confideré, defirans le bien_& tranquili- 
té de ladite chofe publique, & accroiftre & augmenter à noftre pouuoir de 
profit, auantages, prérogatiues & prééminences les terres, Seigneuries 8 
Villes de noftredit oncle, en faueur de la confanguinité & proximité de li— 
La € en quoy il nous attient, & confideration des grands & recomman- 


ables feruices qu'il Nous a faits, faic & continué chacun iour, & que ef: 


perons qu'il Nous fera cy-aprés. Pour ces caufes, confderations & autres 


rs Le 


DV ROY CHARLES VIIl. 45} — 


| grandes à ce nous mouuans, inclinans liberalement à fa fupplication & re- 1 48 4. 
quefte ,auons fait, créé, eftably, & par la teneur de ces Prefentes, de nof. | 

we grace fpeciale, pleine puiflance & autorité Royale, faifons, créons & 

eftabliffons vne foire générale, franche en ladite Ville de Dunquerque, à 

icelle y eftre cenuë par chacun an manifeftement & publiquement, & qui : 

durera par quinze iours entiers continuels & confecutifs , à commencer 

audit iour & fefte de Monfeur Saint Remy: voulans & oëtroyans de nof- 

cre plus ample grace & autorice que les franchifes, liberrez & priuileges 

, de ladite foire durent par ledit temps & efpace de quinze iours aupara- 

uant le commencement, & quinze autres iours aprés la fin de ladite foi- 

re: en tant que touche la venué & retour des marchands & autres perfon- 

nes qui y viendront & s’en retourneront , & leurs denrées, bagues & mar- 

chandifes, & que à icelle foire toutes manieres de denrées & marchandi- . 

fes licites, honneftes, & non défenduës, & celles que l’on a accouftumé 

de mener, vendre & diftribuëér és autres foires des bonnes Villes dudit 

pays de Flandres , & par quelconques marchands ou autres perfonnes 
foient menées, conduites ou apportées, & en icelles généralement ven- 
duës, achetées & diftribuées fans contredit ou empefchement aucun : aufli 

ue les folemnitez, ftatuts & ordonnances anciennes accouftumées de gar- 

er & entretenir éfdices autres foires defdites bonnes Villes foient à icelle  .° 
foire, tenant & pendant le temps de ladite franchife de quinzaine parauant, 

&c aprés ladite foire inuiolablement obferuées & entretenués felon la forme 

_& maniere que d'ancienneté on a accouftume de faire.éfdites autres foi- 
res, & auec ce que lefdits marchands ou autres perfonnes quelconques 

Fr appartiendra, menans , conduifans , retournans , ou emportans, ou 

| aifans mener , reconduire, retourner , ou emporter de ladite foire leurf- 
dites denrées & marchandifes, ioïffent & vfent dorefnauant de tels priui- 
eges, franchifes & libercez qu’on vfoit d'ancienneté éfdites foires defdites 
autres bonne Villes, durant & pendant le temps de ladite foire de Dun- 
querque, & par lefdits quinze iours parauant & autant aprés le commen- 
cement & fin de l’afliette & tenement d’icelles ; & oultre que noftredir on- 
cle & coufin ait & prenne fur lefdites denrées & marchandifes tels droits 
& profit que font les autres Seigneurs ayans foires & marchez audit pays, 
pourveu qu'il n’y ait à quatre lieués à la ronde autres foires aufdics iours. 
Si donnons en mandement par ces mefmes Prefentes aux Baillifs d’ Amiens, 
de Tournay & Tournefis, & à tous nos autres lufticiers & Officiers ,ou à 
Icurs Lieutenans prefens & à venir, & à chacun d’eux, fi comme à luy ap- 
partiendra, que de nos prefentes grace, création, eftabliffement, volonté, 
oë&roy, & de tout le contenu en cefdites Prefentes ils faffent, fouffrent &z 
laiffent noftredit oncle & coufin & fes fuccefleurs Seigneurs de ladite Vil- 
le de Dunquerque, iouyr & ufer pleinement & paifñblement, perpetuelle- 
ment & à toufours, fans leur faire mettre, ou donner, ni fouffrir leur eftre 
fait mis ou donné ores ni pour le temps à venir aucun deftourbier ou em- 

*_ pefchement contraire , lequel fi fait, mis ou donné leur eftoit, faffent 
ofter & mettre incontinent & fans delay au premier eftat & deu, & faf- 
ent crier & publier audit lieu de Dunquerque , & par tous les autres 
Jieux où befoin fera, à fon de trompe, ou autrement , deuément ladite 
foire , & eftablir en icelle lefdits priuileges , libertez & franchifes en 
la forme & maniere que deflus eft dit: car ainfi Nous plaift-il eftre fait, 
nonobftant quelconques ordonnances, reftrictions, mandemens , ou def- 
fenfes à ce contraires. Bt afin que ce foit chofe ferme & ftable à couf- 
iours, Nous auons fait mettre noftre féel à cefdites Prefences, fauf en 
autres chofes noître droit, & l’autruy en toutes. Donnc au Boys Malles- 

_ Herbes au mois de Septembre , l'an de grace mil quatre . quacre- 
| ii) 


454 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
1 48 4. vingts & quatre, & de noftre Regne le fecond. Et fur le reply eft ef 
crit , Vifa. | 

Pres far l'original. 


 Commiffion an Cardinal de Foix çy à l'Eucfque d'Alby d'aller en Foix, 
pour accommoder le differend [ur la prétention de Iean de Foix , Vicomte 
de Narbonne, à la Comté de Foix, Bigore ér'c. contre Catherine Reyne 
de Nauarre [a niece. | 


Du premier jour d'Oéfobre 1484. à Montargs. 


V. cy-aprés en Es rs’ derechef conclu le partement de Monfieur /e Cardinal de Foix, 

l'année 1455. parcillement de Monfeur d’4/by pour aller en Guyenne, pour lap- 
paifement du differend de Madame la Princefle & de Monfieur de Nar- 
bonne, & fe doiuent rendre lefdits Cardinal & Euefque d’Alby à Tholo- 
fe dans le vingt-troifiéme iour de ce prefent mois, pour traiter l’appointe- 
ment d’entre lefdites parties felon leur pouuoir , & articles: defquels pou- 
uoir, articles & feüreté du Roy la teneur s'enfuit. 

: Le Roy dés-à-prefent prend en fa main le differend eftant entre fa tan. 
| »° Madame la Princefle de Vianne , & fa fille fa coufine d’vne part, & fon 
Wooufin Meflire Jean de Foix Vicomte de Narbonne d’autre. 

Et feront tenués lefdices parties acquiefcer à l'appointement & Ordon- 

nance qui s’en donnera par lefdits Eftats, & par iceux Ambafladeurs fera 
referé au Roy ce qui aura efté fait en cette maciere: & à celuy à qui par 
lefdits Eftats aura efté dit, ap 
le Roy à icelles parties tiendra la main de tout fon pouuoir, pour faire 
obéir, tenir & accomplir lefdits appointement &iugement à iceluy qui au- 
ra tort en cette partie, & baillera à ladite partie ayant léuident droic la 
main forte de Gens-d’armes, d'artillerie, & autres chofes neceflaires, en 
maniere que lefdites fentences & appointement fortiront leur plein & en- 
cier effet , tant de ce qui eft dans le Royaume que dehors: & ainf l'a vou- 
lu, ordonné & promis faire le Roy ; & en bailler fes lettres de feureté, & 
parcillement Mefieurs d'Orleans & de Bourbon. 

Item,le Roy pendant ladite année baillera foubs fa main l’une defdites 
cinq places audit de Foix pour la demeure de Madame fa femme; & four- 
nira & baillera madite Dame la Princefle trois mille liures pour l’entrete- 
nement de ladite Dame femme dudit de Foix durant ladite année que fe 
vuidera le differend, & fans préiudice du droit des parties, defquelles trois 
mille liures le Roy en baillera mille, 

Item, lcfdites parties viendront aufdits Eftats en leur fimple.eftat, & 
fans aucuns habillemens de guerre ni autres baftons nuifibles, 

Item , le Roy contraindra réellement & de fair lefdites parties à te- 


nit ce prefent appointement , & principalement celle qui n'aura voulu ” 


obéir, 

Item, de ce qui eft dans le Royaume le Roy veut & ordonne que la con- 
noiffance du differend fe vuide pardeuant luy, pour amiablement les appoin- 
ter fi faire fe peut; & au cas qu'il ne fe puifle faire , fera où fera faire auf- 
dites parties raifon & iuftice dedans vn an prochain venant, par la Cour 
de Parlement de Paris. | | | 


Item, 8 en tant que touche les cinq Places de 4 Comté de Foix, dont 


eft procede l’Arreft donné au Grand Confeil du Roy, en enfuiuant iceluy 
Artef, lefdices Places préalablement feront mifes en la main du Roy, & 


deliurées és mains de tels perfonnages qui feront aduifez par Monfeur le . 


ointé, ordonné & iugé, auoir l’euident droit; : 


me en — tes Um moe 


Cardinal de Foix & Eutfque d’Alby, pour les garder, par ledit Seigneur, 1 4 8 4. 

iufques à Senténcé définitiue. | | 
Et au regard de Bearn, feront aflembles les Eftats, & en la préfence 

des gens notables que le Roÿ de fa part y commettra, féront les enfäns de 

la maifon, pour oùit ledit differend, lequel & le dtoit de chacuñe defdiées 

parties, fera iugé par lefdits Eftats; & féront lefdits Eftacs en liberté celle 

qu'il appartient à Iuges, & en maniere qu'ils n’ayétit caufe de dourer de 

nulle des patties, & tenus en vne Ville bien féure audit pis de Bearn. Et 

pendant que lefdits Eftats fe tiendront pour decider de là matiere, il n’y 

aura point de Gens-d'armes , nÿ dé garnifon audit païs de Bearn; mais de- 

meurera le pays en la forme qu'il a accouftumc eftre en témps de paix; & 

feront les parties tenuës en bonné feureté par lefdits Eftats, & bailleront 

aufli lefdites parties bonne feuteté l’une À l’autte ainfi qu'il féra aduifé. 


HaRLES pat la grace de Dieu Roy de France : A tous céux qui ces 4 Menrargé 
6: refentes lettres verront, Salut. Comme par plufieurs fois foit venu Hi 
à ie connoiffance , que aù moÿén du differend eftant entté noftre tres- 
chere & tressamée tanté la Princefle de Viane & fa fille noftre coufine, 
d'vne part, & noftre trés-cher & ame coufin Jeari de Foix, Cheualier, Vi- 
comte de Narbonne, d'autre, plufeurs grands maux, latcins, pilleries, & 
autres infinis inconueniens foient aduenus en noftre Royaume, pays, Sei- 

neuries & fubiets ; & pour y obuier ayons pat cy-deuän! faic prendre, fai- 
FA & mettre en noftre main les places dont ledit differend-eft encomimen- 
cé entre lefdites patties, & depuis interdit & defendu à icélles parties tou- 
tes voyes de fait, & otdonné qu'ils retiraflent leurs gens, & les enuoyaf- 
fenc en leurs maifons, afin de faire cefler la pillérie que par les genfdits te- 
nans les champs, de leur authorité ptiuée, & fans noftre fceu & Ordon- 
nance, & qui auouent le fait, & continuent chacun iour de plus en plus, 
au moyen de quoy noftre pauure peuple eft fi fort oppreffe & foulé que 
plus ne peut: néantmoins nofdits tante, coufine fa fille, & coufn de Foix 
& leufdits gens n’ont point ceflé, ni differé de faire la guerre les vns con- 
tre les autres; mais là font & continuérnit chacun tout plus afpté que tamais, 
&c fonc lefdirs maux, laréiris & voyes de fait, pilletiés, aflemblées de gens 
fans authoricé de Nous, &c autres excés en voye dé pullulér & iultiplier 
en noftredit Royaume, dont la totale deftruétion de nofttedit pauure peu- 
_ple fe pourroit du tout enifüiure, fi par Nous n'eftoit fut cé promprement 
pourueu. Povravoy auôns par l'aduis & deliberation de plufeurs Sei- 

neurs de noftre fang & lignage, & Gens de noftre eftroit Confeil , con- 
clu, aduifé, & delibere enuoyer deuers lefdites parties aucuns grands no- 
sables petfonnages , de grande autorité, fages, ptudens &r difctecs, ayane 
puifancé de nous dostaiver & faire condefcendre lefdites parties à quel- 
que bon appointement, & plufieurs autres chofes requifes .& feruant en 
cette matiere, Sçauoir faifons, qué Nous defirans voir icélles pilleries & 
voyes de fair cefler, & lefdites parties viure en bonne paix, amour & 
vnion ; enfernble pont [4 cres-grande, parfiice & entieré confiance que 
Nous auons des perfonnés de héftre rtes-chier &c cres-athé ébufii le Gar 
dinal de Foix, & de noftre arné a feal coufin l'Euofque d’Aïby , & dé léuë 
fens, difcretion, expérience , coriduire ; l6yané, préudHômmié & bénne 
diligénce, à-icoux pour ces Caufés & aucfes à éé Nous motuans, & par 
Paduis & délibération que deflus , auons donié & donfibns pat cés Prefeh- 
tés ,pleif pouuoir& auchôrité dé eux ttanfpoftet pardeueïs' les perforinés 
de nofdits tartes, la Princelle fa fille noftté toufihe & lédit. Meflite Iean 
de Foix noftre coulin, pour par éux, & appéllez auéc eux, s'il voyeht qua 
bon foie , écl ombre de Gens, tant de noftre Coùr :de-Parlémont dé Tho- 


456 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1.48 4. lofe, que autres qu’ils aduiferont, traiter, appointer , tranfiger & accorder 


2484. 


l'appointement final de cout ce dont eft queftion entre lefdites parties ou 
tel autre appointement qu'ils pourront & qu'ils aduiferont pour le mieux, 
d’abolir, quitter, remettre & pardonner tous cas, crimes & malefices quel+ 
conques, qui à caufe dudit differend , & depuis iceluy encommencé, fe 
font ou pourront eftre enfuiuis ; de rendre & faire rendre & reftituer les 
places, maifons, cheuances, & biens-meubles , à ceux à qui l'on les auroit 
oftez, pris & rauis tant d’yn party que d'autre depuis ladite guerre com. 
mencée, & à caufe d’icelle. Et au cas qu'ils ne pourront faire condefcen.… 
dre lefdites parties à faire lefdics appointemens tant final que autre, les fe. 
ront condefcendre à entretenir l’appointement par efcrit contenu en cer- 
tains articles fignez de noftre main, que Nous auons baillez à nofdits cou- 
fins les Cardinal de Foix & Evefque d’Alby. Toucefois quand ils feront 
pardelà, s'ils trouuoient que lefdires parties fiflent quelques difficulcez fur 
aucuns poinéts contenus éfdits articles, ou fur tous iceux articles enfem- 
ble, Nous entendons qu'ils en faffent & appointent tout ainfi qu'ils verront 
en leur confcience eftre à faire pour le mieux; & à iceux nos coufins, Nous 
auons donné & donnons derechef plein pouuoir & authorité par cefdices 
Prefentes, en cas de refus, de faire entierement obéir lefdites parties à ce 
qu’ils auront aduifé & appointé; enfemble de faire vuider & ms 2 les 
gens de Guerre, & les enuoyer en leurs maifons auec telle conduite que 
bon fera, foit par main armée, affemblée de nos gens de Guerre, de nos 
Ordonnances, Arriere-ban, gens de Plat-Païs, de Charroy, artillerie, vi- 
ures, & toutes autres chofes en cels cas requifes, & qui par eux feront ad- 
uifées, tellement que la force & autorité Nous en demeure, & généralement 
faire en cette matiere entierement ce qu’ils verront eftre à faire pour la pa- 
cification & appaifement d’icelle , en maniere que en l’une des façons cy- 
deffus concenuës ledit differend foit appaife , la pillerie oftce, & lefdits 
Gens-d’armes enuoyez, & tout ainfi que ferions , & faire noie. fi pré- 
fens en propre perfonne y eftions, promettans en bonne foy & parole de 
Roy auoir agréable, ferme & ftable cout ce que nofdits coufins & dé- 
putez aura efte fait en cette partie, fans jamais aller ou venir, ne faire aller 
ou venir aucunement au contraire, & de confirmer, ratificr & approuuer 
toutes fois que meftier fera ou requis feront. En temoin de ce Nous auons 
figné ces Prefentes de noftre main, & icelles fair feeller de noftre féel. 
Donné à Montargis le deuxiéme iour d'O&obre, l'an de Grace mil. qua- 
tre cens quatre - vingts- quatre , & de noftre Regne le deuxième. Ainf 
figné, Charles. Et I. Mefme. | 


Articles de François Duc de Bretagne apportez 44 Roy Charles VIII. 
> par Monfieur de Vienne, par 4 uels sl offre au Roy de renouueller les 
| traitez faits auec luy, s'il le iuge neceffaire-pour fon [éruice. 

2. re/ponfe que le Dac she 6 fait au Roy. Dit que pour ce quelque 
mauuais rapport qui luy aic efté fait du Roy, il n’a point veü d'effet au 
contraire des appointemens faits & iurez entre eux. Il defiretoufours auoir. 
la bonne grace du Roy, & eftre fon tres-humble féruiteur. . . 
_ Etfile Roy à eu imagination, ou doutoit que de la part du Duc y eufi, 
eù aucune faulte ;le Duc pour plus grande confirmation defdits appointe- 
mens, & monftrer fon ban vouloir enuers le Roy, eft content que denou- 
ucau lefdits appointemens foient d’vn cofté & d’aultre renouuellez & iurez 
tout ainf qu'ils onc efté faits premierement, A 
.. Et quand il plaira au Roy enuoyer deuers le Duc aucun qui foit feable, 
au 


: DV ROY CHARLES VIII  257- , 
au Roy, ou que le Duc luy enuoye quelqu'un de fes gens pour l'informer . 1 4 8 4. 
plus à plein de l'incention du Roy;,le Duc le fera volontiers. .&c laura trés. 
agréablé.. 2"; ES Vu er — 
. Et fi.ce fait il plaift au Roy faire aucune demonftratiôn de fiance & de 
bienpeillance au Duc, & fon plaifir foit l’employer en quelque chofe, le 
Roy le trouuera toufours difpofé de luy faire. tout plaifr, & feruice. 
| cuirs co: A Pré fur POrigimal 1 


Traité entre le Roy Charles VIII. és les Seigneurs ex Eflats de 
_. 2 Bretagne pour le ‘confirmation de leurs Prinilegess 
( HARLES per la grace de Diéu.Roy de France. Comme à noîftré Sa: 4 monergis 
y cre, en. enfuiuant les Jouables, couftumes. & anciennes obferuations de D AR 
nos predecefleurs Roys de France, Nous auons-promis .& iuré folemnel: Fr 


vingts-hormmes d’afmes dudit pays, defquels Seche" v I charge 
# n M m 


458 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


44 8 4. aufdits Seigneurs, Jm, Pour le gouuernement principal dudit pays & 


a | 


Duché, Nous ordonnerons & eftablirons vn notable perfonnage par l’ad- 
uis & confentement des Eftats dudit pays. rem, Que à la garde des prin. 
cipales places & forterefles dudit pays Nous mettrons & deputeronsles Sei. 
gneurs & Nobles d'iceluy tout ainfi que | lefdits fieurs & Eftats dudit 
pays fera aduifé, lefquels Nous feront ferment de bien & loyaument les 
Nous garder. Item, Au cas que la Duchefle furuiue aprés le trefpas du 
Duc, Nous luy entretiendrons, deliurerons, & ferons iouir paifiblement de 
tel douaire & eftac qu’il fera aduifé par les Seigneurs & Eftats dudit Du- 
ché de Bretaigne: aufi promectons d'entretenir l’eftat des Duchefles fem- 
mes des Ducs precedens ainfi qu'il a efté accouftumé, & qu'il fera aduifé 
par lefdits Seigneurs. & Eftats dudit pays, Jrem , Que aux filles du Duc 
Nous conftituerons & donnerons bon & grand mariage, comme il appar- 
tienc à filles de telle maifon, ou plus grand qu’il n’eft de couftume, & ainfi 
que par lefdits Seigneurs fera aduife. Jr, Si le cas prefuppofé auenoir, 
Nous promettrons & iurerons à noftre entrée à Rennes d’entretenir & gars 
der les points & chofes deflufdites & autres que les Ducs ont atcouftumé 
de iurer; & au cas que bonnement ne pourrions Nous tranfporter audit 
lieu, Nous à ce faire enuoyerons & ordonnerons aucun Prince de noftre 
Sang, ou autre grand perfonnage pour faire ledit ferment, & accomplir 
les chofes en tel cas requifes, lequel aprés Nous ratifierons & confirme- 
rons és mains d’iceux qui par lefdits fieurs & Eftats feront enuoyez de- 
uers Nous tout ainfi & par la forme & maniere que par eux fera aduifé. 
Et au cas que Nous ou nos fucceffeurs aurions plus d’un fils, Nous auons 
voulu & déclaré, voulons & déclarons que l’vn d’eulx fuccede à ladite 
Duché de Bretaigne ainfi que par lefdits Seigneurs & Eftats fera aduifé, 
Item, S'il y à aucunes autres chofes que les deffufdices qui foient necef- 
faires & vtiles pour le bien defdits pays & Duché, Nous auons promis & 
promettons les accorder & pañler ainfi qu’il fera aduifé par les deflufdits 
prefens & autres Seigneurs dudit pays & Duché abfens & Eftats d’iceux 
Er befoing & meftier en fera. Toutes lefquelles chofes & chafcune 

icelles, Nous par la foy & ferment de noftre corps & en paroles de Roy 
auons promis & promettons entretenir , garder & accomplir, fans pour 
quelconque caufe venir au contraire du contenu en ces Prefentes, lefquel- 
les Nous auons fignées de noftre main, & fait féeller de noîftre féel fe- 
cret. Donné à Montargis le vingt-deuxiéme iour d'O&tobre, l'an de Gra- 
ce mil quatre cens quatre-vingts-quatre , & de noftre Regne le deuxiéme. 
Signé, CHarLes. Et féelle, & en queuë, Lebert. | 

Prés fur l'original en parchemin. 


Promeffe de diners Seigneurs de Bretaigne faite au Roy Charles VIII. 
de le reconnoifire pour Souuerain aprés le deceds du Duc François , à 
condition d'etre maintenus en tous leurs droits, libertez éx° franchifa. 


À Nantes 28. JE An Sire de Rieux, Iean du Perrier Sire de Sourdiac, Piere de Ville. 


Oâobre 1484. 


Blanche Sire de Bront, & Iean le Bouteillier Sire de Maupertuis. Com- 
me Nous foyons deuément informez que noftre fouuerain Seigneur le 
Roy doit fucceder à la Duché de Bretaigne en deffaut d’hoirs so ve aprés 
le trefpas du Duc qui eft de prefenc, & ce par bon & iufte titre & évi- 
dent droit , & que ladice Duché, Seigneurs, Nobles, & autres habitans 
d’icelle pourroient eftre,le cas auenu, en grands & merueilleux affaires & 
necefhrez, fi de bonne heure & par bons auis & moyens n’eftoit à ce pour- 


_ ucu, Et Nous ces chofes confiderées, defirans de tout noftre pouuoir le bien, 


DV ROY CHARLES VIIL 459 
authorité & prééminence de ladite Duçhé, aufli les droits, libertez & fran- 
chifes des Seigneurs, Nobles, villes & habitans d'icelle, & generalement de 
tout le pays. & Duché de Bretagne, eftre gardées, entresenués & inuiola- 
blement obferuées; & aufli bien faichans & auertis que foubs la main, gou. 


uernement, proteétion & feigneurie naturelle de noftredit fouuerain Sei- 


neur le Roy auquel Seigneur ladite Duché doir appartenir comme il a efté 
ke. feront iceux Duché, Seigneurs, Nobles & habitans mieux entretenus 
& guidez : pour certe caufe, Nous fommes tirez vers ledit Seigneur, & luy 
auons remonftré l’eftat & affaires dudit Duché, comme il eft plus à plein 
contenu es articles fur ce par Nous baillez audit Seigneur, luy fuppliant 
tres-humblement qte pour les caufes deflufdites &: autres fon quil fuft 
Nous accorder le contenu d’iceux: ce que de fa grace, par grande & meu- 
re deliberation ledit Seigneur Nous a liberalement concedé , comme il 
peut apparoir par les Lettres qu’il a commande Nous eftre fur ce depef. 
chées. Ercomme il foit tres-raifonnable & pour le bien des ........ expe- 
dient & neceflaire que Nous declarions audit Seigneur le defir & affection 
que Nous auons de le feruir & obéir en toutes chofes à Nous poffibles, 
mefmement à paruenir à ladite Duché & poffeflion d’icelle au cas deffuf. 
dic: Nous Iean, Scigneur de Rieux, Marefchal de Bretagne, Iean du Per- 
rier Sire de Sourdiac, Pierre de Ville-Blanche Sire de Bronx, Iean le Bou. 
teillier Sire de Maupertuys ...... auons iuré & promis, iurons & promet- 
tons par la foy & ferment de noftre corps la leauté, obciffance & feruice 
que nous deuons au Roy noftre Souuerain Seigneur, que Le cas fuppofe ad. 
uenu Nous mettrons nos corps & nos biens, & emploirons tous nos alliez, 
amis & fuiets & toute noftre puiflance au feruice dudit noftre Souuerain 
Seigneur, & mefmement à l’enfaifiner & faire iouir comme vray Duc & 
Seigneur de la Duché & pays de Bretagne aprés le crefpas du Duc qui 
eft de prefenc en deffaut de hoir mafle defcendant de luy , & aufli que 
noftredit Souuerain Seigneur Nous tiendrons & reputerons pour noftre 
naturel Seigneur & Duc de Bretagne , & comme à tel obeirons de tout 
noftre pouuoir comme bons & loyaux fuiecs font tenus deuément fai. 
re vers leur naturel & Souuerain Seigneur, fans iamais dire ny faire le con, 
traire. Et s’il aduenoit que aucun Prince, Seigneur, ou autre voulfift d’icelle 
Duché prendre le titre ou nom , ou par quelque moyen ou couleur s’ef- 
forçait ke s’en cnfaifiner, Nous en ce cas auons iuré & promis, iurons & 
promettons fur noftre honneur, & obligeons nos corps & tous nos biens 
comme deflus, que Nous luy refifterons de tout noftre pouuoir, & par tous 
moyens à Nous poffibles, fans iamais entendre ny confentir à luy, ou luy 
donner aueu, ny obeïr pour quelque raifon ou caufe que ce foit. Promet. 
tons aufli & iurons comme deflus que par quelque appointement que Nous 
faifions auec le Duc, Nous ne enfraindrons aucunes chofes des deflufdites, 
& pour quelque raifon ne Nous departirons de la promefle que Nous auons 
faite & iurée au Roy. Toutes lefquelles chofes & chafcune d’icelles Nous 
auons iuré &c promis, iurons & promettons comme deflus entretenir, gar- 
der-pour Nous & pour ..... fans iamais venir au contraire, En tefmoin de 
ce Nous auons figné ces prefentes Lettres de nos mains, & faic fécller du 
féau de nos armes, Donné à Nantes le vingt-huitiéme iour d'O&obre 
mil quatre cens quatre-vingts-quatre. 

Pris fr une ancicune copie eférite du temps mefin. 


AL) 


MMn F 


1 48 4. 


460 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


ne À SE à Lettres d'amitié, confederation e9° alliance entre Pierre fieur de Beanien c9* 
fe femme Anne de France, & ceux des Trois Membres de Flandres. 


A Montargis IzrRrE de Bourbon, Comte de Clermont & de la Marche, Scigneur 
$ Le de Beauieu, & Nous Anne de France , Comtefle de Clermont & de 
jé Ja Marche, Dame de Beauieu, Comme nos tres-chers & tres-fpeciaux amis 


ceux des Trois Membres de la Comté de Flandres puis nagueres ayent fait 
declarer la finguliere affcétion qu’ils ont de feruir & obeïr noftre tres-re- 
doute & Souuerain Seigneur le Roy, & noftre tres-redoutée & Souucraine 
Dame la Royne, comme feurs bons & leaux fubiets, pour le bien de noftre- 
dit Seigneur & Dame, du Royaume, & de noftre tres-honoré Seigneur & 
tres-amé neueu le Duc Philippes Comte de Flandres, & de ce ils veuïllent 
bailler leurs Lettres d'obligation & fcellé, ce que ledit Seigneur a eù tres- 
agreable, Comme du tout auons efté à plein informez, & toft aprés les def- 
fufnommez Nous ayent fait fçauoir qu'ils defirent auoir & entrer en bon- 
ne amitié, intelligence & alliance auec Nous, & qu’il foit ainfi qu'entre les 
autres Seigneurs & Puiflances du Royaume lefdits Trois Membres de Flan- 
dres puiffent autant eux employer au feruice de noftredit Seigneur le Roy, 
au bien aufli & entrctiennement de fa Couronne, que autres grands Per- 
fonnages dudit Royaume, Pour ces caufes , & afin que Nous auec eux, 
& eux auec Nous puiflions mieux nous employer au feruice du Roy, bien 
& vtilié de la chofe publique du Royaume, dont fommes defirans & 
deliberez fur toutes autres chofes de ce monde, aufli faire plaifir, & 
Nous employer pour noftredit tres-honore Seigneur & tres-amé neueu le 
Duc Philippes, Comte de Flandres, en toutes chofes poflibles & raifon- 
nables , Nous auons pris & prenons auéc eux wraye G bonne amitié, in- 
telligence G* confederation ferme G ffable alliance, 8 eux auec nous, pour en- 
femble feruir & obéir noftredit Seigneur le Roy & le Royaume, & Nous 
employer au bien & honneur de noftredit tres-honoré & tres-amé neucu. 
Jurons aufli par la foy & ferment de nos corps, & promettons en parole 
de Prince & de Princefle que de tout noftre pouuoir Nous entretiendrons 
noftredit neueu le Duc Philippes Comte de Flandres, aufli nos tres-chers 
& tres-fpeciaux amis lefdits des membres & le pays de Flandres en la 
bonne grace, vnion & recommandation du Roy, & les aiderons, fauorife- 
rons & aflifterons enuers & contre tous ceux qui s’efforceront faire ou por- 
ter dommage à noftredit tres-honoré neueu luy eftant en bonne obeïffan- 
ce, amitié & intelligence auec le Roy; ou à fon pays & Comté de Flan- 
dres, & aufdits des Membres, ou qui par quelque voye ou moyen que ce 
foit voudroient entreprendre fur la Garde & Gouuernement de luy & du- 
dit pays contre la volonté & intention d’iceux defdits Membres. Promet- 
tons aufli & iurons comme deflus que toutes fois que requis en ferons, 
nous declarerons amis & alliez des deflufdits des Membres & pays de 
Flandres tous Princes , pays & communautez dont par lefdits de Flan- 
dres feront requis, & d’aider l’vn de nous à l'autre enuers & contre tous 
eux qui peuuent viure & mourir, excepté toutcfois la perfonne dudit 
Seigneur, fi aucun en y auoit qui voulfiffent greuer & porter preiudice ou 
dommage à nos perfonnes, biens , honneurs & eftar, & neantmoins de 
pourchaffer l’accroiflement du bien, honneur & vtilité les vns des autres 
comme bons amis & alliez doiuent & font tenus de faire par tous moyens 
poflibles & conuenables. Et s’il vient à noftre notice aucune chofe qui foit 
ou puft cftre au preiudice defdits dès Trois Membres nos amis & alliez, 
icelle Nous leur notifierons à coute diligence. Réferuons aufli exprefié- 
ment que fi en cette amitic, confederation & alliance aucuns des Princes 


Dv ROY CHARLES VIIL 46 
hbs älliez & confederez veulent entrer & eftre comprins, que du bon: gré 
& confentement defdits des Trois Membres nos alliez, ils y foient recèus 


I 4 $'4 


dedans le terme d’vn an, À commencér du date d’auiourd’huy, en eux oblis 


geant & baïllant leur féellé éomme Nous, & léfquels en cé cas Nous y re- 
ceuons. Lefquelles chofes & chacune d’icelles Nous iurons & promettons 
par la foy & ferment de noftre corps, en parole de Prince & de Princeffe, 


_ tenir, obferuer, & inuiolablement accomplir & garder tout l'effet & con- 
. tenu de ces Prefentes, fans sa quelque occafion ou caufe y contreuenir, 


lefquelles pour plus grande fermeté Nous auons fignées de nos mains, & 
fait féeller du Sceau de nos armes. Donné à Montargis ce vingt-cinquiéme 
jour d'O&tobre l'an mil quatre cens quatre-vingts-quatre. Signé de la main 
propre, Pierre, Anne de France. Lefdites Lettres féellées de deux petits 
Scaux de cire rouge pendans à bandes de parchemin remplis des efcuffbns 
des armoiries de France & de Bourbon. | | . 

 Türé des memoires de la Chambre des Comptes de l'Ifle. 


Lettre de Charles VIII. Roy de France 4 Maximilien Duc. d'Anfri. 
che , par laquelle il luy declare que far l'auis qu'il a ch qu'il tafthoit de 
s'emparer du pays e° des villes appartenans à Philippe Comte de Flan- 
dres pour auoir la Gardenoble de ce Prince, il s’eff uni d'amitié y con- 
féderation auec luy, contre tous ceux qui voudroient entrepréndre [ur [a 
perfonne , ex [es L® , © en mefme temps le fomme de remettre les cho. 
fes. en l'eflat qu'elles effoient anant la furprife faite de la ville de Terre 


monde. 


CC HaARLESs par la grace de Dieu Roy de France, &c. A noître tres- 


A Montaryis 


cher & tres-amé pere & coufin Maximilien * Duc d’Auftriche, falue 27: Décembre 


& dileétion. Noîftre tres-cher & tres-amé frere & coufin le Duc Phi- 
lippe Comte de Flandres, par l’aduis & déliberation de ceux de fon Sang 
& de fon Confeil Nous a Éi remonftrer, comme en faifant & concluant 
le Mariage de Nous & de noftre tres- chere & tres-amée compagne la 
Royne voftre fille, ait aufli efté traité fait, conclu & accordé paix perpe: 
tuclle, amour & union entre feu noftre tres- cher Seigneur & Pere, que 
Dieu abfoille, Nous, nos Royaumes, Pays, Seigneuries, & fuiers d’vne 
part, vous noftredit frere & coufin, voftre fils, & les Eftats des Pays & 
Seigneuries à luy appartenans d'autre part, par lequel traité ait efté ex- 
prefflément dit que vous, nous & noftredit frere & coufin le Duc Philip- 
pe Comte.de Flandres , ferions tenus de nous aider, fecourir & aflifter 
l’un à l’autre enuers & contre tous ceux qui quelque chofe voudroient en- 
treprendre fur l'Eftat & perfonnes de nous & de noftredit frere & cou- 
fin le Duc Philippe Comte de Flandres, aufli fur noftre Royaume, ou fut 
les Pays, Terres & Seigneuries & Sujets de l’un ou de l’autre de Nous. 
Et depuis, à l’occafon de certain differend qui eft furuenu entre vous & 
ceux dudit pays de Flandres touchant la Mainbournie * de la perfonne 
& biens de noftredit frere & coufin le Duc Philippe & de fondic Pays & 
Comté de Flandres qui font de noffre Royaume, fuicts de Nows C* de la Couron- 
ne de France, comme de leur Souuerain Seigneur, iceluÿ voftre frere & 
coufin, lefdits de fon Sang & du Confeil & Membres de fondit pays de 
Flandres , par l’aduis defquels, fous le nom de noftredit frere & coufin le 
Duc Philippe, fe font & defpefchent, & ont accouftumé fe faire & def- 
pefcher toutes les affaires dudit pays de Flandres, vous ont offert & fait 
offrir la voye de iuftice, c’eft à fçavoir que fur tout ce que voudriez pre- 
cendre, demander & quereller auditpays & Comté de dre , foit droit 
m ii) 


148 4. 
* N« Duc, @ 


non Archiduc. 


* AI. Gardéa 
noble. 


1484. 


Souueraineté 
du Royaume 
de France [ur 
le Comté de 
Flandres. 


Suvprile de 
NES à 
par Maximi- 
den en 1484. 


462 OBSERVATIONS SYR LHISTOIRE 

de Mainbournie de la perfonne & biens de noftredit frere & coufin ie 
Duc Philippe, ou autre droit quelconque que voudriez pretendre, ils of. 
froient en refpondre, & efter à droit pardeuant Nous C7 les Pers de France, 
vu en noftre Côur de Parlement, aufquels la cognoiflance & reflore en 
appartient & dois appartenir, atrendu que lefdits Pays & Comté de Flan- 
dres font du Royaume de France, yne des principales & anciennes pair. 
ries d’iceluy f#iets en Souueraineté 4 Nous G° 4 noffre Ceuranne. Confideré auffi 
que feuëé notre mere & coufine Marie mere de noftredit frere & coufin 
le Duc Philippe, & de laquelle il eft principal heritier, eft allée de vie à 
trefpas en la ville de Bruges, qui eft de la Souueraineté & reflort de nof. 
ré ns Cour de Parlement & de noftre Royaume. Lefquelles offres vous 
ont fouuent efté faites & réirerées de bouche & par efcrit en aflemblées 
publiques en la ville de Bruxelles par nos Ambañladeurs envoyez deuers 
vous & noftredit frere & coufin le Duc Philippe, & depuis à laflemblée 
de Terremonde où eftoient aucuns Cheualiers de la Toifon d’or, & au- 
cuns vos Commis & Ambaffadeurs : laquelle voye de juftice vous n’auez 
voulu accepter , mais auez commencé & attente voye de fair, en fouftra- 
hant & vous efforçant de fauftraire la ville de Terremonde & autres de 
l’obeïflance de noftredit frere & coufin plufieurs Villes & places fortes: 
de fondit Pays & Comté de Flandres. Nous ait auffi efté remonftré com- 
ment ceux du pays de Flandres ont efté la caufe principale defdits traitez 
de Paix & de Mariage, & font ceux qui de leur part les veulent & defi- 
tent entretenir, & auec ce il eft bruit aflez commun que aucuns de vos 
Gens fement & font courir voix & parole que fi vous auiez une fois fub- 
iugué ledit pays de Flandres, que voftre intention eft de recouurer par 
force & puiflance d'armes, à l’aide des ca nos anciens ennemis, les 
Pays & Seigneuries qui par ledit traité de Paix appartiennent à nous & à 
noftredite compagne la Royne. Pour lefquelles confiderations, & pour 
obuier aux inconueniens qui en pourroient auenir, & poutueoir à la feu- 
reté cant dudit pays de Flandres que des autres parties de noftre Royau- 
me, nous auons derechef puis nagueres pris & receu en union, amitié & 
conféderation auec vous noftredit frere & coufin le Duc Philippe pou 
luy, ceux de fon Sang & de fon Confeil, enfemble lefdics trois Membres, 
ê& generalement tout fon Pays & Comté de Flandres nos Suiets, & auons 
promis leur aider, aflifter & donner faueur & fecours de gens, & autre- 
ment contre tous ceux qui par voye de fait voudront entreprendre fut 
l'eftar & garde de la perfonne de noftredit frere & coufin le Duc Philip. 
pe, & fur le Gouvernement de fondit pays de Flandres ; lefquelles pour 
tant qu’il nous peut toucher comme Seigneur Souuerain, Nous auons par 
nos autres Lertres eù agreables, approuué & auétorifé en tant que befoin 
en feroit. Nous ont encore auec ce remonftré que la querelle par vous 
pretenduë d’auoir la garde & Mainbournie de la perfonne & biens de nof- 
tredit frere & coufin touche direétement noftredite Compagne , qui eft 
feule fœur & heritiere apparente de noftredit frere & coufin en tous les 
Pays , Seigneuries & autres biens éfquels voulez pretendre & quereller 
droit. Et combien que comme Seigneur Souuerain dudit Pays & Comté de 
Flandres euflions tant à vous que aufdits de Flandres par nos Lettres à vous 
prefentées par Lyonnois noftre Officier d’Armes, defendu la voye de fair, 
neantmoins depuis aucuns briefs iours en çà aucuns de vos gens, par voftre 
charge, font venus en ladite Ville de Terremonde eftant de l'ancien he- 
ritage & Domaine de noftredit frere & coufin, & par emblée ont trouué 
moyen de gagner la porte & entrée de ladite Ville; & incontinent vous 
en perfonne, à grande compagnie de gens de pied & de cheual, y eftes en- 
tré à puiflance d’Armes, & y auez fait & fouffert faire cous exploits de 


DV ROY CHARLES VIlli. 46; 
guerre & hoftilité, tuer 8& meurtrir plufeurs dès pauures habitans, buti- 
ner & piller leurs biens & maifons, combien qu’ils ne doutaflent eftre en 


DES 


1 48 4 


guerre ni inimitié contre vous, & que iamais n’euflenc efté par vous fom- . 


mez & requis. Et difent en outre lefdits de Flandres eftre bien informez 
que tendez à leur nuire & porter dommage le plus que pourrez par voye 
. fait & exploit de guerre, fans vouloir reparer ce que par vous &:vos 
gens y a efté fait, en Nous requerant humblement, veu qu’ils font de 
noftre Royaume & nos fuiets, que Nous, enfuivant jes traitez deflufdits, 


leur veuïllions donner faueur , fecours & ayde. Pourquoy Nous ayans re: 


ard aux chofes deflufdites, lefquelles confiderées, & mefmemenc l’éffre 
& la iuftice où ils fe font mis, ne pouuons, fauf noftre honneut, aban: 
donner noftedit frere & coufin,ni ceux dudit pays de Flandres, par l’ad- 
uis & deliberation des Princes & Seigneurs de noftre Sang & gens de 
noftre grand Confeil, vous aduertiflons des chofes deflufdites , & vous fi- 
gnifions & declarons par ces Prefentes que Nous auons pris & receû, pre: 
nons & receuons noftredit frere & coufin pour luy, lefdits de fon Sang & 
Confeil eftans lez luy, & les gens des Trois Membres, & le General de fon 
pays & Comté de Flandres, en noftre vnion, amitié & confedefation en- 
uers & contre tous ceux qui entreprendront par voye de fait fur l'Eftat & 
garde de la perfonne de noftredit frere & coufin, & le gouuermement de 
fondit pays de Flandres. Si vous prions @* requerons, G neantmoins [ommons 
par ces Prefentes, que vous defiftiez defdites voyes de fait, & ne attentiez, 
ne faites ou fouffriez attentér chofes quelconques qui font contre ni au pre- 
iudice de noftredit frere & coufin & de fondit re ni contre l’'Eftar & 
garde de fa perfonne, ni dudit gouuernement de Flandres qui s’eft fait 
ou fera pour le temps à venir fous fon nom, & par l’aduis defdits de fon 
Sang & Confeil & des deflufdits des Membres de Flandres, & que ce que 
par vous ou les voftres aura efté fait, attenté, ou innoué, tant en la furpri- 
fe de ladite Ville de Terremonde que en toutes autres voyes & exploits 
de Guerre, & tout ce que par vous ou les voftres ou fous voftre adueu 
s’en feroit enfuiuy, le repariez & remettiez en toutes chofes au premier 
cftat. Et fi par voye de iuftice vous pretendez aucun droit de Mainbour- 
hie ou autres fur la perfonne & biens de noftredit frere & coufin, Nous 
vous offrons de vous adminiftrer ou faire adminiftrer fi bonne & briefue 
juftice, que par raïfon vous deurez eftre content: & fi autrement le fai- 
tes, & continuez en ladite voye de fait, ou differez de faire reparer ce 
qui a efté attenté à la furprife dudit Terremonde & autrement, Nous vous 
fignifions & declarons dés maintenant & pour lors que en Nous acqui- 
tant ainfi que tenus y fommes par les moyens deffufdits, Nous donne- 
rons ayde, fecours & faueur de tout noîftre pouuoir à noftredit frere & cou- 
fin & ceux de fon Sang & Confeil, & defdits Membres & pays de Flandres 
contre vous & tous ceux qui en cette maticre vous aideront & aflifteront. 
Sur quoy Nous vous requerons nous faire refponfe par Guyenne ce pre- 
fent porteur , lequel enuoyons expreflément pardeuers vous pour cefte 


caufe. Donné en nofître Chaftel de Montargis le vingt-feptiéme iour de 


Décembre. Signé, CHARLES. Et plus bas, Gemont, auec paraphe. 
Tiré des memoires de la Chambre des Comptes de l'1fle. 


Reuocation du Domaine alienë. 


HarLes par la grace de Dieu Roy de France: À nos amez & feaux 
C Confeillers les Gens de nos Cours de Parlement & de nos comptes, 
Threforiers de France, & à tous nos Baillifs, Senefchaux, & autres nos iuf- 
ticiers & Officiers, ou à leurs Licutenans ou Commis, falut & dile&tion. 


A Montersh 
27. Decembre 
148 4. 


1484. 
Pareilles Let- 
tres eh 1483, 
V. p. 353. 


464 (OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Comme tantoft aprés noftre nouucl âduenement à la Couronne, en trai- 
tant des faits & affaires de noftre Royaume auec les Princes & Seigneurs 
de noftre fang & lignage & autres grands & notables perfonnages de nof- 
tre Confeil, Nous aduertis des grandes alienations qui du viuant de feu 


_noftre tres-cher Seigneur & Pere que Dieu abfoille auoient eftc faires ‘de 


noftre domaine, dont par ce moyen plufieurs grandes charges & oppreflions 
cftoient aduenuës à noftre pauure peuple, euflions par l'aduis & delibera- 
tion des deflufdits voulu & ordonné reprendre & remettre en nos mains 
toutes les parties & chofes qui auoicnt efté ainfi alienées de noftredit Do: 
maine du viuant de noftredit feu Seigneur & Pere, & depuis le trefpas de 
feu de bonne memoire le Roy Charles VII. noftre aycul, dont Dieu ait l'a 
me, nonobftant quelconques dons qui auparauant en auoient efté faics à per: 
fonnes quelconques, où pour quelques caufes ou occafons que ce fuffent 
ou puflent eftre, & fur ce euflions décerne nos Lettres Patentes lefquelles 
ayent cfté bien & deuëément executées & notifices en maniere que nul n’en 
peut pretendre iufte caufe d’ignorance : mais neantmoins puis nagueres- Nous 
auons entendu que plufeurs de ceux qui auoient eù don de noftredit ‘feu 
Seigneur & Pere defditeschofesaliences, par Icursgrandes importunitez og 
autrement, ont trouué moyen de obtenir de Nous certaines Lettres, les 
aucunes confirmatiues de leurfdits dons, & les autres pour :auoit la iouyf- 
fance d’iceux à certain temps, & aufli aucunes autres ont obtenu nouueaux 
dons d’autres piecés de noftredit Domaine. Et pource que vous gens de 
hofdires Cours de Parlement, de nos Comptes & Threforiers,cn vous con- 
duifant vertueufement, & acquittant vos fermens & loyautez enuers Nous 
comme vous deuez pour le bien de Nous & de noftredit Domaine, en 
ardant &.entretenant noftredite Ordonnance, n’auez voulu verifier lefdites 
Le & dons, alienations ou confirmations d’iceux, les aucuns des defluf: 
dites qui n’entendent que à leur profit particulier ont, comme l’on dit, dere- 
chef obtenu autres Lettres reiceratiues des premieres, lefquelles ils ont feu. 
lement dirigées & fait adrefler à aucuns de nos Confeillers de nofdites 
Cours de Parlement, de. vous Baillifs & Senefchaux, vos Lieutenants , où 
autres Commiflaires particuliers à pofte, & fous ombre & couleur d’icel- 
les qui font contre les Ordonnances faites fur le fait de noftre Domaine .& 
de nos Finances, s'efforcent encore tenir & occuper pluleurs des Terres, 
Seigneuries & membres de noftredit Domaine, & qui plus eft fe ingerenc 
pouruoir & nommer à plufieurs de nos Offices éfdites Terres & Scigneuries 
tant de iudicature, recepte,que autres, en entreprenant grandement con- 
cre nos droits & authorite, & auec ce de iour en jour font couper, vendre 
&c adenerer nos Bois & Forefts, prennent & rauiflent le plus apparent re- 
uenu defdites Terres & Seigneuries , tellement que par ce moyen elles 
feroient en voye d’eftre par long-temps comme de nulle valeur, laquelle 
chofe eft direétement venir contre noftredite Ordonnance, & icelle ren- 
dre illufoire & de nulle efficace & valeur à noftre grand intereft & dom- 
a SL & plus feroit fi prouifion n’y eftoit par Nous fur ce faite & donnée 
ainfi que dit & remonftré Nous a efté. Povraovoy Novs, ces chofes 
D noftredite Ordonnance auoir lieu, & fortir effet pour le 
bien de Nous & de nos Royaume, pays & fubiets, & fur ce derechef eù ad- 
uis & confeil auec lefdits Princes & Seigneurs de noîftre fang & autres gens 
notables en grand nombre toutes & chacunes les Lettres deffufdices par 
lefquelles pourrions auoir confirmé, continué, ou donné de nouvel aucu- 
nes des Terres & Seigneuries, membre & portion de noftredit Domaine 
alienées depnis le trépas dudic Charles VII. noftre ayeul à quelques per- 
fonnes que ce foit, & pour quelconques caufes, occafons, tiltres & moyens 
qu'elles ayent efté oétroyées, font à perpetuité, à vie, à temps, ou autre- 

ment, 


bDv RoY CHARLES VIII. 46$ 
ment, enfemble l'effet & contenu d’icelles, & tout ce qui s’en cft enfuy, 
jons reuoquées , caflées & adnullées , reuoquons, caflons & adnullons, 
& mettons du tout au neant de noftre pleine puiffance & authorité Royale 
par ces Prefentes; & aufli auons café & reuoqué , caflons & reuoquons 
toutes commiffions qui auroient efté ou {eroient par Nous adrefces à quel- 
ques perfonnes particulieres autres que nofdires Cours de Parlement, Cham- 
bres des Comptes, & auons adnullées & adnullons toutes execurions qui 
auroient cfté ou feroient cy-aprés faites par vertu d'icelles , fans ce 
que au moyen, ne fous couleur defdites Lettres pofé ores * que les aucu- 
nes par inaduertance ou autrement ayent efté verifiées, ou expediées , au- 
cuns fe puiffent attribuer droit ne titre éfdites chofes, ne les fouftraire de 
noftre main , ains icelles, autant que befoin eft, y auons derechef & d’a- 
bondant repris & remis, reprenons & remettons de noftredite pleine puif- 
fance & authorité Royale, & aufli voulons & ordonnons que tous lefdits 
dons &'nominations qui ont efté faits de nofdirs Offices par les defluf: 
dits, enfemble les dons par Nous faits à caufes d’icelle nominations, foient 
& demeurent nuls & de nulle valeur. Si vous mandons & enioignons à 
chacun de vous, en commettant où il appartiendra , que tout le conte- 
nu en cefdices Prefentes vous gardiez &c envreteniez de point en point felon 
leur forme & teneur , fans enfraindre, ne venir au contraire en aucune 
maniere, & en ce faifant faites par nos Threforiers & Receueurs ordinai- 
res qu'il appartiendra prendre & receuoir Îles deniers & reuenu defdites 
Terres & chofes deffufdites tout felon & ainfi que fait a efté d’anciennete, 
8 mefmement auparauant le trefpas dudit feu Charles VII. & à ce faire 
& fouffrir contraignez & faices contraindre réâument & de fait tous ceux 
qui pour ce feront à contraindre par toutes voyes & manieres accouftu- 
mées de faire pour nos propres befognes & affaires,en y procedant en ma 
tions ou appellations, clameurs de Haro, & doleances quelconques faites 
ou à faire, pour lefquelles ne voulons eftre aucunement differé. Et au 


es = ; 


1 4 8 4» 


* al. encore: 


niere que l’authorité Nous en demeure nonobftant ce que deflus, et | 


furplus faites lire & publier cefdites Prefentes chacun ‘de vous en vos 


Cours & Iurifdiétions, &c ailleurs où il appartiendra, en.maniere que nul 
n'en puifle pretendre caufe d'ignorance, voulans que au Vidimus de cef- 
dites Prefentes foy foit adiouftée comme au prefent Original. Donné à 
Montargis le vingt-feptiéme iourmde Decembre, l'an de Grace mil quatré 
cens quatre-vingts & quatre, & de noftre Regne le fecond. Ainf figné, 
Par Le Roy en fon Conjtil, Monfeigneur le Duc de Lorraine, les Comtes 
de Clermont , de Brefle, de Vendofme; les Sires de Grauille, de lIfle,& 
d’'Argenton, Meffieurs Eftienne de Vefc Bailly de Meaux, Pierre d'Orio- 
le premier Prefident, & Jacques de Contier Viprefident “des Comptes, 
Jean Bourre, Jean Denoir, & Charles d'Orgemont, Cheualiers, Threfo- 
ricrs de France, Maiftres Pierre l'Orfeure, Iean Martin, Oliuicr le Roux, 
Maiftres defdirs Comptes, & pluñeurs autres. Pierre Robineau, Leéfa, pm- 
blicata G* regiffrata Parifius 1" Parlamento decima die Ianwarit 4n70 Domini 
millefimo quadringentefimo otuagefimo quarto. CHARTELIER- Similiter let, 
publicata G* regiffrata in Camera Computorum Domini nofiri regis Parifius die de« 
cima quarta menfis Januarii anno fapradicto Le Blanc. 


En 


NNa 


— 466 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1484. 
sé Remonftrances du Duc d'Orleans , depuis Louys XII. du nom, Roy de 
France, faites an Parlement par la bouche de fon Chancelier , con- 


tre les defordres de l'Eflat @r le Gounernement de Madame de 


Beauies. | 
Extrait des Regiftres du Parlement. 


Du Lundy 17. Iansier 1484. 


lement afflemblées, les Maiftres des Requeftes de l’hoftel , les Gens 
des Requeftes du Palais, & les Aduocats & Procureur General du Roy 
vindrent en la Cour, Monfeur /e Duc d'Orleans , Monfieur le Comte æ 
Dunow, & le Sieur de Richebourg, lequel Monfieur Duc d'Orleans dit qu’il 
eftoit venu en la Cour pour luy remonftrer aucunes chofes, lefquelles il 
auoit chargé à Maiftre Des le Mercier fon Chancelier d’expofer à ladite 
Cour. Ce fait iccluy le Mercier dit, comme mondit fieur le Duc d’Or- 
leans eft la feconde perfonne du Royaume, le plus prochain parent du 
Gouuernemers Roy , & fon tres-humble feruiteur ; auffi que le Roy l’a inftitué Lieutenant, 
gen Due Capitaine & Gouuerneur de Paris, de l’Ifle de France, & de Champagne 
voit dans 8 Brie, & qu'en ladice charge & autres chofes qui or toucher le 
 Ryssme. Bien du Roy & de fon Royaume, il a efté & s’eft coufiours deliberé de fe 
conduire par le bon confeil de la Cour, & d'y feruir loyaument de cour 

{on pouuoir. | 
… Et pour ce qu’il void aucun defordre és matieres qui font de prefenr, 
dit que toft aprés le decés du feu Roy, mondir fieur d’Orleans , Mon- 
fieur de Bourbon, les Ambafladeurs du Duc de Bretagne , & autres Prin 
Eflats Geme. CES & Seigneurs fupplicrent au Roy qu’il fift affembler les trois Eftats de 
+ #45 4 fondit Royaume, pour par leurs aduis, confeil, & deliberation , donner 
ordre & prouifion aux chofes touchant & regardant le bien, feureté, & en- 
trecenement du Roy, & de fes Suicts en vous eftats, laquelle Affemblée 
fut fort empefchée par aucuns qui vouloient, comme encore veulent auoir 
le Gouuernement du Royaume, & de la perfonne du Roy. Les Eftats de 
tout le Royaume affemblez à Tours, fugent follicicez par ceux qui vou- 
loient auoir le Gouuernement & toute l’authorité, cendans à leurs fins par- 
ticulieres: mais pour ce qu’on vit leur bon vouloir, & qu'ils vouloient al- 
ler droit en befongne, ils furent depuis menacez, dont mondit fieur d'Or. 
lcans, quand il le fceut, fut tres-déplaifanc, & fit dire aux Gens defdits Ef- 
tats qu'ils ne craigniflent rien, & deliberaflent faintement pour le bien du 
: Royaume, tant fur le fait de la Juftice, pour les libertez de l'Eglife, & 
d'empefcher que l'argenc ne fuft porté à Rome comme on auoit Fait aupa- 
rauant , que pour le foulagement du peuple, & qu'ils n’cuflent regard qu’à 
bien faire pour chofe qu'on leur ER , ou perfuadaft , & par le moyen 
de mondit Seigneur lefdit Eftats firene de grandes, belles & profitables 
Betsrefte. CONClufons,ainfi que chacun fçait. Ils cindrent le Roy pour aagé, & fut dit 
sions des Ef. QU'au Royaume il n’y auroit autre Gouuerneur que le Roy, & qu’il com- 
Fam sb manderoit par la deliberation de fon Confeil toutes chofes neceflaires tant 
ail de Iuftice & Finance, qu’autres chofes. Mais il n’en a efté rien tenu, ains a 
cfté le tout rompu, & n’a efté le Roy obey, mais a efté le tout fait par 
Madame de Bcauieu & fes adherans, laquelle s’eft vantée qu’elle tiendra 
le Roy en Bail, & en aura la garde & le gouuernement iufques à ce qu'il 
ait vingt ans accomplis, & fe fonde fur aucunes Couftumes qu’elle die 
cftre celles qu’vne fille de douze ans & audeflus peut tenir fon frere en 


48 4. 


17. lanuier CC E iour Meffieurs les quatre Prefidens, & toutes les Chambres de Par. 


| 


DV ROY CHARLES VIII. 467 


Bail iufques à ce qu'il ait vingt ans accomplis, lefquelles Couftumes elle dit 1 4 8 4e 
eftre en aucuns des pays de ce Royaume; & pour mieux vfer de fon authori- 

té a mis en fes mains tout le fait des Finances. Etcombien que les fommes 

des Tailles oétroyces par les Eftats tenus à Tours , ayent efté fpecifiées & 
declarées,& que l’on ne puft ni deuft affeoir fur les peuples, autres ni plus 

grandes fommes que celles qui auoient efté otroyées & accordées, & que les 

gens defdits Eftats euflent dez l’année pañlée donne au Roy, outre la fomme 
-accordée, trois cens mille liurestournois, pourluy fubuenir à la defpenfe qu'il 

luy conuenoit faire pour fon Sacre & Couronnement,& autres fes affaires : sacre du Roy, 
neantmoins la defpenfe de l’année paflée monte trois à quatre cens mille p. s-#efw. 
liures tournois plus que tour le reuenu de ladite année. Ainf pour y four- 

nir & aux penfons & bienfaits qu'a oétroyez madite Dame de Beauieu, 

qu'elle veut entretenir, pour ce a conuenu & conuiendra affeoir fur le peu- 

ple ,outre l'oétroy defdits Eftars, dix ou douze cens mille francs, & feront 

par ce moyen les Tailles prefque aufli grandes qu’elles eftoient au temps 

paflé. De plus madite Dame de Beauieu a pris le ferment des Gardes, ce 

qu’elle ne doit faire, & ne doiuenc les Gardes auoir ferment qu’au Roy Les Gardes du 
feul, & fonc cellement animez & conduits, que nul Prince ni Seigneur che 
n’ofe approcher la perfonne du Roy, & tient le Roy en fubiection , & n’eft 1 fout 
point en fa liberté, A cette caufe mondit Seigneur d’Orleans s’eft retiré 

en cette ville de Paris où eft la Cour de Parlement & la luftice fou- 

ueraine du Roy, & à efcrit au Roy qu’il s’en vienne en cette ville où 

il fera en liberté , & où il pourra auoir bon & notable Confeil felon 

lequel il pourra conduire toutes fes affaires ; & fi aucun le veut empef- 

cher de venir en cette ville, & d’eftre en fa liberte, il eft deliberé d’em- 

ployer fa perfonne, tous fes parens, amis, & alliez, & tous fes fuiets pour 

mettre la perfonne du Roy en liberte, & l’ofter de fubietion ; 8& pour ce 

mondit Seigneur d'Orleans requiert & prie la Cour qu’elle veuille auoir 

égard en cette matiere au bien du Roy & de fon Royaume, & faire telle- 

ment que le Roy vienne en cette ville de Paris, & qu’il fafle & ordonne 

des faiéts du Royaume par le Confeil de la Cour , & des autres notables 
Scruiteurs des Roys fes Pere & ayeul. Et afin que la Cour connoifle que 

mondit Seigneur d’Orleans ne veut & ne defire auoir le Gouuernement du. 

Roy, ny du Royaume, fi madite Dame de Beauieu fe veut reculer d’en- 

tour la perfonne du Roy de dix lieuës, il eft content de s’en retirer de qua- 

rante, & ne delire finon que les chofes foient conduites par bon confeil , 

& ne veut point eftre à l’entour du Roy, ou s’il plaift au Roy qu'il voife 

auprés de luy, il ira à tout un Page feulement, ou s’en ira en fon pays au 
bon plaifir du Roy; & feroit bien vrile que fi meftier eft que le Roy fift af- 

fembler derechef les Eftats de fon Royaume pour par leur Confeil donner 

fur tout bon ordre & prouifion. Et ne fe doit la Cour émerueiller fi mondit 

Scigneur d’Orleans fait dire ces chofes, car l’on a ofté au Roy fes Cham- 

bellans qui luy auoient efté baillez par le feu Roy fon pere, & par la Rey- 

ne * fa mere que Dieu abfolue, & l’on a voulu les outrager, & attenter à + Chariots 
leurs perfonnes iufques en la Chambre du Roy , & qui ne cft on à ma- ée Sans. 
chine en la perfonne de mondit Seigneur le Duc d’Orleans, ainfi qu'il fe- 

ra bien prouué & monftré quand temps & lieu fera ; & qui plus eft le feu 

Seigneur du Lait dic & declara qu’il auoit eù commandement & charge de 
tuer mondit Seigneur d'Orleans , & dit que mondit Seigneur d’Orleans en 

a efcrit au Roy, & en enfuiuant l'offre qu’il a fait à l'Hoftel de ville de 

Paris, fera volontiers bailler à la Cour par efcrit les remonftrances qu'ila : 

fait faire prefentement, & fignera de fa main ; & requis ledit le Mercier à 
mondit Seigneur d'Orleans qu’il aduouaft ce qu’il luy auoit fait dire, ce que 
fit mondit Seigneur d'Orleans. | 


Se 
® nÆ: 


Nan i] 


1 48 4. 
Refponfe du 
Parlement. 


Paroles de 
François Com- 
te de Dunok. 


363 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 
Par Monfeur le premier Prefident à efté dit que le bien du Royaume 
confifte en la paix du Roy & de fon peuple, qui ne peut eftre fans l'vnion des 


membres dontles grands Princes font les principaux, à quoy Monfieur d'Or 


Jeans doit bien auoir égard. Par quoy, & non pas pour refponfe, mais par 
exhortation, à dit à mondit Seigneur d’Orleans, qu’il doit bien .penfér en 
ce qu'il a fait dire & propofer, & aduifer que la maifon de France foit par 
luy maincenuë & entretenuë fans diuifion, &-ne doit adioufter .foy aux 
rapports qui luy pourroient eftre faits, Et quant à la Cour , elle cft infti- 
tuée par le Roy pour adminiftrer luftice, & n'ont point ceux de la Cour 
l'adminiffration de guerre, de finances , ni du fait G gounernement du Roy, ni 
des grands Princes; 8 font Meflieurs de la Cour de Parlement, gens Clercs 
&c lettrez pour vacquer & entendre au fai& de la Juftice; & quand il plaie 
roit au Roy leur commander plus auant, la Cour luy obeiroit; car elle à 
feulement l'œil & regard au Roy qui en cft le chef, & fous lequel elle eft; 
CG par ainfi venir faire [es remonffrances à la Cour, C faire autres exploirs 
Jens le bon plaifir € exprés confentement du Roy, ne fe doit pas faire. Et en 
en enfuiuant l'offre faite de bailler par efcrit, s’il plaift à mondit Seigneur 
d'Orleans, il le fera, & ce fait la Cour bien afflemblée y deliberera, & au 
furplus y fera felon la deliberation qu’elle en aura faite. 

Ledit Maiftre Denys le Mercier a dit, que Monfeigneur d’Orleans eft 
venu à la Cour comme à la iuftice fouueraine, qui doit auoir l'œil & re- 
gard fur les grandes affaires du Royaume ; & que la Cour doit tant faire 
que le Roy s'en vienne en cette ville de Paris, & qu'il foit en [on liberal 
arbitre, hors de toute fubietion, de tous les Princes, & de Madame de 
Beauicu, & n'entend point qu’on ofte rien à Madame de Beauieu, mais 
qu’elle ait des biens beaucoup; & entend Monfcigneur d'Orleans que la 
Coùr aduertifle le Roy de ces chofes, & pareillement madite Dame de 
Beauieu; & peut-eftre quand elle fera bien aduertie par la Cour, quelle 
fe retirera, & ne veut mondit Seigneur d’Orleans pañler plus auant fans 
auoir le confeil de la Cour, & prie la Cour qu'elle veuïlle trauailler pour 
le bien du Royaume, & obuier à tous inconueniens , 8 qu’il foit feeu du 
Roy s’il eft content d’eftre ainfi qu'il eft. 

Mondit Seigneur le Comte de Dunois a dit, que la Cour a bien connu 
&c connoift la maifon d’Orleans & les Pere & Ayeul de mondit Seigneur le 
Duc d’'Orleans, & les Parens de fa maifon, & les grands feruices qu’ils 
ont faits au Roy & à la Couronne de France, & y ont employe corps & 
biens; & iamais n'eft aduenu au Royaume guerre, diuifion, ni autres in- 
conueniens par la maifon d’Orleans, & a mondit Seigneur le Duc d’Or- 
leans & tous ceux de fa Maifon auffi bon vouloir de feruir le Roy & fon 
Royaume , que Prince qui foit viuant ; & quand il plaira au Roy que 
mondit Seigneur d’Orleans voife deuers luy, il y ira auec un Page feule- 
ment, & ne demande auoir aucun Gouuernement ny authorite, & eft con- 
rent de s’en aller en fa maifon, & n’approcher de la perfonne du Roy, iuf- 
ques à ce qu’il ait vingt ans accomplis qu’il pourra commander & ordon- 
ner des affaires du Royaume, & eft & fera toufiours preft de bien & loyau- 
ment feruir le Roy. Et dit que les chambellans qui avoient efté baillez au 
Roy, luy ont efté oftez, & s’ils ne fe fuffent abfentez, ceux des Gardes les 
cuflent outragez, & en furent menaflez; & encore fur dic que fi mondit 
Seigneur d’Orleans les vouloit fouftenir, qu’on attenteroit à fa perfonne, 
qui ne fonc pas chofes à tolerer ny fouffrir, & à quoy l’on doit bien met- 
tre ordre & prouifion; & peut bien connoiftre la Cour que mondit Seigneur 
d'Orleans a bien caufe de faire ces remonftrances, & ne demande autre 


_ €hofe finon que le Roy foit en fa liberté, & que les affaires du Royaume 


foient traitées & gouucrnées par bon & notable Confeil; & ne pourroit-on 


Pia Re mm me — 


me —_— 


DV ROY CHARLES VIII. 469 


micux faire pour tout appaifer, qu'afflembler les Eftats du Royaume, & les 1 4 8 4. 
bons feruiteurs des feus Rois Pere & Ayeul du Roy, que Dieu abfolue, & | 
pouruoir à cout par leurs aduis & deliberations, 


Du dix-neuniéme Tanuier 148 4. toutes les Chambres affemiblées. 


Er iour a eflé leu en pleine Cour lé rapport fait par le Greffier de 
Jeans, de ce que propofa Lundy dernier Maiftre Denys le Mercier 
Confeiller du Duc d’Orleans , en la prefence dudit Duc, & a efté deliberé 
qu’auant que faire aucune refponfe , la Cour éferita au Roy noftre Sire, 
Pauertira , & luy enuoyera ledit rapport figné dudit Greffier, & que pour 
éette caufe iront vers ledir Seigneur Meflire Iean de la Vacquerie, Cheua- 


. Hier, Premier Prefident, Guillaume de Cambray, Iean Simon , Raoul Pi- 


chon, & Ican Petlieu Confeillers, & Robert Thibouft Aduocact du Roy 
cn ladite Cour. 


Lettres de Roy Charles VIII. par lefquelles il veut que Lacques de 
Sanoye, fieur de Romont, Marie de Luxembourg [a femme, € 
Frangçoife de Luxembourg [œur de Marie, [oient compris an Traité 
d'Arras. | 


Eee LES par la grace de Dieu Roy de France: A rous ceux qui ces 4 mrelum as. 
_j préfentes Lettres verront, Salut. Srawoir faifons que comme puis na- 1ansier1454. 
guctes,en traitant par Nous de plufieurs grandes matieres & sites de 7: 9. 
noftre Royaume où cftoient pluñeurs des Seigneurs de noftre Sang & Li- 

gage & gens de noftre Confeil, noftre tres-cher & tres-ämé oncle & 

coufin Jacques de Sauoye, Comte de Romont & de Saint Paul, & noftre 
tres-cheré & tres-amce tante * & coufine Marie de Luxembourg fa com- * Elle eftois 
paigne, tant pour eux que pour & au nom de Francçoïfe de Luxembourg fl de Marie 
noftre coufine, lefdites Marie & Françoife filles & heritieres de feu noftre PA 
coufin Pierre de Luxembourg & de Marguerice de Sauoye noftre tante, lorre mere du 
en leurs viuans Comtes de Saint Paul, de Ligny & de Brienne, Nous ayent Rey 
fait dire & remonftrer que à caufe de droite & legitime fucceffion leur 
competent & appartiennent les Comtez dudit Saint Paul, Brienne, & plufeurs 

autres Comtez, Terres & Seigneuries queleurs | hr dont ils ont le 

droit & aétion ont par cy-deuant tenués 8 pofledces, & que iaçoit que en fai- 

fant le traité de la paix dernierement faite entre feu noftre tres-cher Sei- 

gncur & Pere que Dieu abfoille pour nos Royaume, pays, Seigneuries & 

fubiets d’vne part, & noftre tres-cher & tres-amé pere & coufin le Duc 
d’Auftriche, noftre tres-cher & tres-amé frere le Duc Philippes fon fils, 

les gens & eftats de leurs pays & cerres euflent par les Ambaffadeurs 

& deputez defdics Ducs & Eftafs de leurfdits pays requis & prié noftre- 

dit feu Seigneur & pere,que ladite Marguerice dé Sauoye noftre tanre & 

tefdites Marie & Françoife de Luxembourg fés filles fuffent comprinfes 

audit traité, & que en ce faifant elles rerournaflent à teurs biens; & que 
ncantmoins par les députez de noftredie feu Seigneur & Pere, au moyen 

des ports & faucurs que auoient enuers luy & lefdits deputez les dggten- 

teurs des biens des deffufdits, & à ce que iceux deprenteurs eufenc 

encore la iouïffance defdits biens, fat differé, & refpondu que nofdites 

tante & coufne veufue & fille dudit feu Pierre de Luxembourg noftre cou- 

fin ioiroient du benefice de la paix, referué que pour lors ne retourne- 

roient à leurs biens, mais en pourroient faire pourfuite deuers noftredit 

feu Seigneur & Pere & Nous quand bon leur fembleroit: pour laquelle 

| Se NNai 


470 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


1 4 8 4. poufuite faire, & pour obtenir deliurance defdits biens, nofdits pere & 


frere d’Auftriche & les gens de leurs pays & Seigneuries Nous ont depuis 
tres-inftamment fupplié & requis par grands & notables Ambaffadeurs 
qu'ils ont enuoyé par deuers Nous pour cette matiere, Nous fuppliant & 
requerant que en ayant regard à la proximité, fanguinité & lignage’ donc 
iceluy noftredir oncle de Romont & ceux de la maifon de Luxembourg, 
à laquelle eftoit allié par Mariage auec ladite Marie de Luxembourg noftre 
tance, & aufli aux dons & tranfports tant de confifcation que autrement, 

ui par feu noftredit Seigneur & Pere auoient cfté faits defdics biens, & 
Le noftre coufin le Duc Charles de Bourgongne, tant à la conclufion de la 
treue de neuf ans faite auec luy que à la prinfe dudit feu Loys de Luxem- 
bourg, que aufli aprés L'Arreft , declaration de conffcation & Sentence 
prononcée contre ledit feu Loys de Luxembourg, defquels dons & tranf- 


_ ports ainfi faits par noftredit feu Seigneur & Pere defdits biens à feu nof- 


tre coufin de der LE 208 pour luy & les fiens dont il ioït iufques à fon 
trefpas, qui les laiffa à feu noftre coufine Marie de Bourgongne fa feule fille 
& heritiere, dont nofdits oncle & tante de Romont ont le droit & ation, 
au moyen d’autres dons & tranfports, que d’iceux biens, elle confideranc 
les alienations & tranfports faits à feu noftredit coufin le Duc fon Pere 
tous & chafcuns iceux biens en quelque maniere qu’ils luy puflent com- 
peter & appartenir, ou que aucun droit où ciltre luy fuft acquis en iceux 
tant & au moyen defdies dons , que à caufe defdits Ja que feu noftre- 
dit coufin le Duc Charles de Bourgongne fon pere y prerendoit, donna, 
ceda, quitta, & tranfporta à feu noftredit coufin Pierre de Luxembourg 
&c à ladite Margucrice de Sauoye fa femme pere & mere de noftredite tan- 
te de Romont, heritiers dudit feu Loys, pour en ioïr entre leurs hoirs, 
fuccefleurs & ayans caufe comme ils firent de ce apparoir par les Lettres 
d'icelle noftredite coufine , au moyen defquels dons , tranfports & autres 
droits acquis & appartenans à nofdits oncle & tante de Romont & à la- 
dite Françoife pour ce qui luy peut toucher,leur competent & appartiennent 
lefdites Comtez de Saint Paul, de Brienne, & toutes & chacunes les autres 
Comtez, Villes, Terres, Places, Maifons & Seigneuries quelconques qui 
furenc & appartindrent aux deflufdirs feus Loys de Luxembourg, Iean- 
ne de Bar fa femme, & Jean & Pierre de Luxembourg leurs enfans, lef- 
quelles Terres noftredit oncle de Romont Nous a humblement fait fup- 
plier & requerir luy faire rendre, reftituer & deliurer & à noftredite tante 
fa femme, & d’icelle leur ofter tout trouble & empefchement & main mi- 
fe qui foubs couleur defdits dons & confifcations ou autrement y pour- 
roient par nofdits feu Seigneur Pere, ou par Nous y auoir efté mis ou 
appofez, en les declarans eftre compris audit traité de paix en corps & en 
biens, pour en ioïr tout ainfi que ont fait & font les fubiets d’un parti & 
d'autre qui y ont efté comprins, & fans auoir regard à ladite referuation, 
& comme fi elle n'y euft efté mife, & fur ce en ayant agreables lefdits 
dons & tranfports faits de tous & chacuns lefdits biens, tant par feu nof- 
tredit Seigneur & Pere , que par ladite Marie de Bourgongne nof- 
tre mere & coufine, leur impartir noîftre grace & liberalité. Powrgwoy Now, 
ces chofés confiderées , inclinans fauorablement à leurs prieres & requeftes, 
defirant nofdits oncle & tante de Romont & ladite Françoife traicer en 
toute grace & douceur, tant pour la proximité & confanguinité de ligna- 
ge dont ils Nous attiennent, que en faueur & contemplation de nofdits 
frere & coufin & des gens de fes pays, que aufli en confideration des 

rands & recommandables feruices que noftredit oncle de Romont Nous a 
fa fais en pluñeurs nos principaux affaires & de noftre Royaume, fait & 
continue chacun iour, & que efperons qu'il fafle au temps aduenir. Pour 


| DV ROY CHARLES VIII. A7I 


ces caufes & autres juftes & raifonnables à ce Nous mouuant, auons par 48 4. 
l'aduis & deliberation defdits.Princes & Scigneurs de noftre Sang & gens 
de noftre Confeil eftans entour Nous, voulu, confenti, declaré & accor- 
dé, & par ces Prefentes, de noftre grace fpeciale, pleine puiffance & au- 
thorité Royale voulons, confentons, declarons, & accordons que nofdites 
tante & coufine Marie & Françoife de Luxembourg & née oncle de 
Romont comme mary & efpoux de ladite Marie noîftre tante ioïflent du 
bencfice de la paix en tous les points & articles contenus en icelle, tout 
ainfi & par la forme & maniere que en ont ioï & ioïflent les autres fub. 
icts d’un parti & d'autre, & qu'il a efté requis de la part de nofdites feuë 
tance Marguerite de Sauoye & coufines de Luxembourg fes filles, en fai- 
fant ledit craité de La paix , nonobftant ladite referuation, qui pour lors 
en fut faire, & laquelle ne leur voulons nuire ny preiudicier en quelque 

_ maniere que ce foit, & comme fi elle n’y euft oncques efté mife ne appo- 
fée, Et de plus ample grace, noftre main mife, & tout autre empefchement, 
qui par cy-deuant pourroit auoir efté mis & appofé éfdirs Comtez de Saint 
Pol, Brienne, & en quelconques autres Comtez, Terres, Villes, Places, 
Maifons & Seigneuries, leurs apparcenances & dependances quelconques, 
quelque part qu'elles foient firuces & aflifes en noftre Royaume & obéif- 
fance, qui par cy-deuant ont efté & appartenu tant aux deflufdits feus 
Loys de Luxembourg que à Jean & Pierre fes enfans , & defquels nofdits 
oncle & rante de Romont & ladire Françoife ont le droit, foit à caufe 
defdits dons tant de confifcation faits par noftredit feu Seigneur & Pere 
& noftredit feu coufin de Bourgongne, ou autre quelconque, & à quel- 
que perfonne que ce foit, ou autrement, auons leuez & oftez, & par ces 
Prefentes leuons & oftons pour & au profit de nofdits oncle & tante de 
| Romont & de ladite Françoife de Luxembourg leur fœur, pour dorefna- 
_uant en ioïr eux, leurs hoirs, fuccefleurs & ayans caufe à coufiours comme 
de leur propre chofe & vray heritage, nonobftant lefdites conffcations, 
dons & declarations qui s’en pourroient eftre énfuiuis, alienations & verifi 

| cations qui d’icelles Villes, Comtez, Places, Maifons Terres & Scigneuries 
pourroient auoir efté faices par noftredit feu Seigneur & Pere, Nous, ou 
autres quelconques & à quelconque autre perfonne que ce foit, & lefquel- 
les en ce de nofdits oncle & tante de Romont & pour les caufes def. 
fufdites Nous auons de prefent caflées, reuocquées & annullées, & par 
cefdites Prefentes caflons , reuocquons & annullons, & icelles Comtez, 
“Villes, Places, Maifons , Terres & Seigneuries reftituons & deliurons à 
leur profit & utilité & de leurfdits fuccefleurs & ayans caufe. Si donnons 
en mandement par ces mefmes Prefentes au premier des Maiftres des 
_-Requeftes de noftre Hoftel, Confeiller en noftre Cour de Parlement, aux 
Preuoft de Paris, Bailly d'Amiens, Vermandois, Chaumont, Troyes, Sens 
ê& Vicry, & à tous nos autres lufticiers & Officiers,ou à leurs Lieutenans, 
& à chacun d’eux qui fur ce fera requis, que du contenu en cefdites Pre- 
fentes, & defdites Comtez, Terres, Villes & Scigneuries cy-deflus decla- 

| rées & de chacunes d’icelles, leurs appartenances & dependances ils faflent, 
fouffrent & laiflent ioir & vfer nofdits oncle & tante de Romont, leurf- 
| dits hoirs & ayans caufe, fans leur faire ny fouffrir eftre fait, mis ou donné 
| aucun deftourbier ou empefchement au contraire, & à ce faire & fouffrir 
contraignez reaulment & de fait tous ceux qui detiennent & occupent lef- 
dites Comtez, Terres, Villes, Places & Seigneuries à s’en departir, & en 
laiffer ioïr nofdits oncle & tante de Romont, & ce par prinfe, venduë & 
exploitation de leurs biens 8 main forte fi meftier eft, & autrement, ainf 
qu'ils verront eftre à faire , nonobftant comme deffus & quelconques op- 
poftions & appellations faites & à faire, releuées & à releuer, & fans pre- 


1484. 


Æ Paris 5. 
Fevrier 1484. 


472 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


iudice d’icelles, & Lettres impetrées ou à impctrer à ce contraires. En tef- 
moin de ce Nous auons fait mettre noftre féel à cefdites Prefentes. Don- 
né à Melun le vingt-huitiéme iour de Ianuier, l'an de Grace mil quatre 
cens quatre-vingts & quatre, & de noftre Regne le fecond. sic Signatum, 
Par le Roy, Monfeur le Duc de Lorraine, les Comtes de Clermont, de 
Vendofme, & de la Roche en Ardenne, les Euefques de Perigueux & de 
Lombes , les fieurs de Grauille, de l’Ifle, le Bailly de Meaux, & autres 
prefens. Damont. 

Prés fur »n ancien Vidimus efcrit du temps mefme. 


Lettres de Charles VIII. Roy de France, par lefquelles il reçoit , comme 
Sounerain Seigneur, les Flamans en fon amitié, ex promet les 


ayder €9 affffer enuers @) contre tous. 


Harzes par la grace de Dieu Roy de France: A tous ceux qui ces 

prefentes Lettres verront, Salut. Comme depuis noftre aduenemenc 
À la Couronne aucuns defirans le bien, paix & tranquillité de Nous & de 
noftre Royaume, aufli la paix, repos & entretenement en feureté de nos 
tres-chers & bien-amez les manans & habitans du pays & Comté de Flan- 
dres & des trois Membres d’iceluy, Nous ayant dit & expofc la finguliere . 
amour & affection & loyale ,obeïflance que lefdits du pays & Comté de 
Flandres ont & defirent auoir enuers Nous & la Couronne de France 
comme à leur Souueraif Scigneur, & l’efperance qu'ils ont en Nous de 
les porter, ayder, fouftenir & deffendre en toutes leurs affaires comme Sou- 
uerain Seigneur doit fes bons & loyaulx fuiecs, & pour mieux nous afleu- 
rer de l'amour , loyaulté & obeïffance qu'ils defirent nous garder , auffi 
pour donner à cognoiftre à ceux dudit pays de Flandres le bon vouloir, 
fingulier amour & dilection que auons à eux ait pas les deflufdits efté fai- 
te ouuerture de fur ce bailler Lettres & féellez d’vne part & d'autre, en 
communiquant defquelles matieres ceux dudit pays de Flandres & des Mem- 
bres d’iceluy ont dit, declaré & offert que s’il Nous plaift fur ce leur bail- 
ler nos Lettres, & icelles leur baillant ils Nous bailleroient leurs Lettres 
patentes & féellez autentiquez & en forme deuë, par lefquelles ils promet 
cent & iurent de eftre bons, feurs, vrais & loyaux fuiets à Nous & à la 
Couronne de France comme à leur Souuerain Seigneur, & de entretenir 
auec les fuiets, manans & habitans de nos Royaumes, pays & Seigneuries 
bonne, feure, ferme & perpetuelle amitié, hantife & communication mar- 
chandamment & autrement, & de ne donner ou porter à nos ennemis, 
quelconques ils foient aucune faueur , adherence, ni quelque fecours ou 
affiftance de gens, ny autre ayde en quelque maniere que ce loit, ny iceux 
recepter, ou les fouffrir, prendre ny auoir leur refuge ou defcente eftans 
en habillemens ou Nauires de Guerre, en aucuns lieux, Villes, Places, Ha- 
ures ou Ports dudit pays de Flandres contre Nous, nos Royaume, pays & 
Seigneuries ou fuiets. Et encore plus promettent & iurent par leurfdires 
Lettres de donner à nous & à noftre tres-chere & tres-amée compaigne 
la Royne, ayde, fecours, faueur,adherence & feruice de gens & autrement 
de tout leur pouuoir contre tous ceux qui contre noftre perfonne de nof- 
dite compaigne la Royne ou l’Eftar de noftre Royaume, pays & Seigneu- 
ries voudroient quelque chofe entreprendre, fans que pource toutesfois 
ceux dudit pays de Flandres faflent ou foient tenus faire aucune rupture 
de l’entrecours de la marchandife des pays voifins. SCAvOrR FAISONS 


que Nous ayans confideration à ce que ledit pays de Flandres eft vn des 
plus 


DV ROY CHARLES VIII 4; 
plus pulffans pays de noftre Royaume, ancienne & naturelle Pairrie dé 1 48 4. 
France, reduifans à memoire le bon amour & affe@ion qu'ils Nous ont par 
cffer monftrée dés le viuanc de noftre tres-cher Seigneur & Pere que Dieu 
abfoille en traicant le mariage de: Nous & de noftre compagne la Rey-. 
ne, & la paix qui dernierement a efté faite,ayans auec ce regard à la loyale 
& bonne affcétion qu’ils ont à noftre tres-cher & ctres-amé frere & coufn 
le Duc Philippe Comte de Flandres leur naturel Seigneur, defirans entre 
tous autres auoir ledit pays de Flandres & tous les Eftats, manans & ha- 
bitans d’iceluy en cordiale amour & fpeciale recommandation, & en toutes 
chofes leur donner port, faucur, fouftenement & ayde, auons eù & auons 
lefdices ouuertures tres-agreables, & auons accepté & acceptons l'offre def: 
dites Lettres & féellez que lefdits de Flandres nous ont offre en la maniere 
deffufdite. Et au furplus voulans de noftre part leur bailler fur ce nos Lettres 
ainfi qu'il a efte dit & accorde, Nous, par grande & meure deliberation de 
plufeurs Seigneurs de noftre Sang & Gens de noftre Grand Confeil, pour les 
confderations deflufdites & autres à ce Nous mouuans, auons accordé, 
oétroyé, promis & iuré,accordons, oétroyons ,promettons & iurons par ces 
Prefentes, par la foy & ferment de noftre corps & en parole de Roy, de don- 
ner à ceux dudit pays de Flandres & des Membres diceluy ayde, confort, 
fecours & afliftance de gens & autrement, contre tous ceux qui quelque 
chofe voudroient entreprendre fur la perfonne de noftredit frere & cou- 
fin le Duc Philippe Comte de Flandres, frere germain de noftredite com- 
pagne la Reyne, ou fur la garde de fa perfonne & gouvernement dudit 
pays de Flandres, ou qui en autres manieres s’efforceroient faire & porter 
dommage au general dudit pays, aufdits des trois Membres, où aucuns 
d'eux, ou voudroient ep D fur leurs priuileges, franchifes ou vfa- 
ges a eux confirmez par ledit Traité de Paix, & que depuis iceux, ou les 
aucuns d'eux ont obtenu de feu nvoftre tres-cher Seigneur & Pere, que 
Dieu abfoille, lefquels , en tant que befoin eft, auons derechef confirme & 
confirmons. En tefmoin defquelles chofes Nous auons figné ces Prefentes 
de noftre main, & à icelles fait mettre & appofer noftre grand féel. Donné 
à Paris le cinquiefme iour de Feurier, l'an de grace mil quatre cens quatre. 
vingts-quatre, & de noftre regne le deuxiefme, Signé, CH ARLES. Er fur 
le reply efloit eftrit, Par lé Roy, Monfieur le Duc de Lorraine, le Comte de 
Clermont & de la Marche, fieur de Beauieu,le Comte de Vendofme, l'E: 
ucfque de Perigueux, le Comte de la Roche grand Baftard de Bourgongne, 
les ficurs de la Trimouïlle, des Guerdes, de Grauille, Du Bouchaige, de 
Piennes, & de Lille, Meflire Jean Bourre, Cheualier, Threforier de Fran- 
ce, le Bailly de Meaux, & autres prefcns. Es plus bus, Signe, Parent, auec 
paraphe, | 

Tiré des mumoires de ls Chambre des Comptes de l'Ifle. 


Déclaration du Roy ” portant exemption de Ban, Arrierchan; € de 
bailler déclaration de Fiefs ;en faueur des Officiers du Parlement 
de Paris, leurs veunes Co enfans, pendant leurs minoritez. 


| H ARLES par la grace de Dieu Roy de France. eu faifons à tous 4 Paris, F4. 
prefens & à venir, que Nous eftans en noftre Cour de Parlement, *#7:#°# 

traiétans des plus grands & vrgens affaires de noftre Royaume, confide- 

rans les grands, loüables, vertuels, affiduels & recommandables feruices 

que nos amez & feaux Chancelier, Prefidens, Maiftres des Requeftes or- 

dinaires de noftre Hoftel, Confeillers, Greffiers, Ciuil, Criminel & des 

Prefentations , les quatre Notaires, nos Aduocats, Procureur General & 


OOo 


LL d 


1 4 8 4. 


— 4374 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Huiffiers de noftre Cour de Parlement, faifant & reprefentanc enfemble le 
Corps d’icclle noftre Cour, ont de tout temps faits à nos tres-Chreftiens 
progeniteurs Roys de France, à Nous, & à coute la chofe publique de nof- 
tre Royaume, en plufieurs loingtains voyages, ambañlades & legations, en 
journées , aflemblées & conuentions, où plus continuellemént leurs pre- 
deceffeurs & eulx ont efté enuoyez comme deleguez par nofdits Progeni 
teurs & Nous, que autres quelfconques Officiers de noftre Royaume fonc 
chacun iour en l'exercice de leurfdits Offices & autrement en maintes ma 
° / » . , 
nieres, & que leurs predecefleurs éfdits Offices ont fai le temps pañle à 
nos Predeccefleurs, & efperons que enioint eux & leurs fuccefleurs en iceux 
Offices faflenc à nous & à nos fuccefleurs Roys de France ou temps à ve- 
nir. Voulans enuers eux vfer de grace & libcralité, & les conferuer, gar. 
der & entretenir en tous leurs anciens droits, priuileges, franchifes, liber- 
tez, prerogatiues & préeminences, dont ils & leurs predecefleurs éfdits 
Offices ont accouftumé de ioïr de tout temps & d'ancienneté, eximer, 
garder & relcuer de toutes follicitudes, trauaux & defpenfes, à ce que 
plas liberalement & curieufement ils puiflént cotidiennement vacquer & 
entendre à l'exercice de la luftice diftributiuc, fouueraine & capitalé de 
noftredit Royaume, & aux autres grandes charges, commiflions, legations 


& affaires qui de par Nous leur feront commandez & ordonnez, & pour 


autres grandes, iuftes, & raifonnables caufes & confiderations qui à ce nous 


ont pu & deu, peuuenc & doiucent raifonnablement mouuoir : auons 


de noftre certaine fcience, propre mouuement, grace fpeciale, pleine puif- 
. / 

fance & authorité Royale, voulu, déclaré & ordonné, voulons, déclarons, 

& ordonnons & Nous plaift, que nofdits Chancelier, Prefidens , Maiftres 


des Requeftes ordinaires de noftre Hoftel, Confeillers, Grefhers, Ciuil, 
Criminel & des Prefentations, les quatre Notaires, nos ‘Aduocats, Pro- 


cureur & Huifliers de noftredite Cour de Parlement prefens & futurs 


foient pour le temps à venir, francs, quittes & exempts, d'aller ou en- 


uoyer nous feruir en nos ban & arriercban, & pareillement leurs femmes 
duranc leurs viduitez, & leurs enfans durant leurs minoritez feulement, 
fans ce que à l’occafion, ne par vertu des commiflions ja expedices, & par 
Nous commandées, ne de celles qui cy-aprés feront expediées par noître 
ordonnance, & commandé de Nous & de nofdits fuccefleurs Roys de 
France, nofdits Officiers de noftredite Cour de Parlement deflufnom- 
imez, nc leurs fuccefleurs éfdits Offices, ne pareillement leurs femmes & 
enfans , durant leurfdites viduitez & minoritez feulement, puiflent eftre 
contraints d'aller en leurs perfonnes, ne d'enuoyer autres perfonnes, pour 
& au licu d'eux , ne d’aucun d’eux nous feruir en nos guerres, ne en 
nofdits ban & arriereban, ne pour ce finer, ne payer aucunc fommée de de- 
niers , ne pareillement bailler par déclaration leurs Fiefs, Terres, Sei- 
gncuries, rentes & reuenus, ne que leurfdits Ficfs, Terres, Seigneuries, heri- 
tages & reuenus puiflent pour ce cftre prins, faifis, ou mis en noftre main, 
ne les fruits en eftre traitez, regis & gouucrnez par Commiflaires, ne au- 
trement empcfchez, prins, leuez, ou AE Vo à noftre profit, & fans ce 
que nofdits Officiers d’icelle noftre Cour de Parlement deflus exprimez 
& nommez, & leurfdits fuccefleurs éfdirs Offices, & pareillement leurf- 
dites femmes & enfans, durant leurfdites viduitez & minoritez feulement, 
en puiflent eftre contraints, executez, tauxez en aucunes amendes, ne au- 
tement moleftez, trauaillez, ou empefchez en leurs perfonnes, en leurs 
biens-meubles, ne és fruits & reuenus de leurfdits Ficfs, Terres, Seigneu- 
ries & hcrirages en quelque forme ou maniere que ce foit: ainçois de nof- 

edite certaine fcience, ne mouuement, pleine puiflance, & de nof- 
tre plus ample & plus abondante grace, liberalité & aucorité Royale, 


= ee Rem “en 


e 


DV ROY CHARLES VIIL 47; ——— 
auons tous nofdits Chancelier, Prefidens, Maiftres des Requeftes ordi- 1 4 8 4. 


naires de noftre Hoftel, Confeillers, Grefñiers, Ciuil, Criminel & des Pre- 
fentations , les quatre Notaires, nos Aduocats, Protureur General & 
Huificrs de noftredite Cour de Parlement, faifans & reprefentans le Corps 
d’icelle noftre Cour, & leurs fuccefleurs éfdits Offices, exemptez, quittez & 
affranchis , & par ces mcfmes Prefentes, par fingulier & fpecial, perpetuel 
& irreuocable priuilege, exemptons, quittons & affranchiflons de tous nos 
bans, arrierebans, ofts, armes, cheuauchées, & de nous venir ou enuoyer 
feruir au fait de nofdites guerres, en quelque maniere que ce foit; ne pa- 
reillement leurfdites femmes, durant leurs viduitez , & leurfdits enfans, 
durant leurfdites minoritez feulement. Et afin que aulcuns n’en puiflenc 
ou dient ou temps aduenir pretendre caufe d’ignorance , & que ledit 
priuilege & la grace & liberalité que leur faifons puiflent eftre notoires, 
voulons en outre & Nous plaift que cefdites Prefentes foient leués, pu- 
blices & enregiftrées en noftre Cour de Parlement , & és lurifdiétions 
& auditoires de tous Baillis & Senéchaux de noftre Royaume , où 
il appartiendra, & meftier {era. Si donnons en mandement à noftre 
tres-cher & tres -amé oncle & coufin, le Duc de Bourbonnois & d’Au- 
uergne , Conneftable de France ,; à vous nos Lieutenans , Marefchaux, 
Admiral, Maiïftre des Arbaleftriers, & grand Senechal de Normandie, 
aux Preuoft de Paris, Baillis de Vermandois, de Rouën, Amyens, Tou- 
raine, Berry, Caux, Caen , Conftantin, Eureux , Gifors, Sens , Troyes, 
Chaulmont, Vitry, Senlis, Meaux, Mantes , Melun, Chartres, Mafcon, 
Diion, Auxois, Chalons, Auxerre, la Montaigne, Saint Pierre le Mouf- 
tier, Monferand , Tournay & Tournefis, Aunis, Viuarais , Velley, Gue- 
uaudan, & les Montaignes d’Auuergne, Senéchaux de Guyenne, Poitou, 
Aniou, le Mayne, Xainétonge, Lyon , Toulouze, Beaucaire, Carcaflon- 
ne, Artois, Ponthieu, Limoufin, Deflannes, Roüergue, Quercy, & Peri- 
gorr, à tous Chefs de guerre, Capitaines & Commiflaires par Nous com- 
mis & à commettre pour le fait de nofdits Eftats, armes, cheuauchées, 
ban & arriereban, & à tous nos autres Jufticiers , Officiers prefens & adve- 
nir, où à leurs Lieutenans ou Commis, & à chacun d’eux endroit foy, & 
comme à luy appartiendra, que tous nofdits Officiers du corps de noftre 
Cour de Parlement deflus fpecifiez, nommez, & defignez, & leurs fuc- 
cefleurs éfdits Offices, leurs femmes, durant leurfditez viduitez,& enfans, 
durant leurfdites minoritez feulement, ils & chacun d’eux endroit foy, faf- 


fent , fouffrenc & laiflenc ioïr & vfer dorefnauant & à perpetuité de nofdites 


graces & exemption & affranchiflement, & de cour l'effer & contenu en cefdi- 
tes Prefentes, fans leur faire mettre ou donner'ne fouffrir eftre fait, mis ou 
donné ores ou pour le temps aduenir aucun ennuy, Arreft, deftourbier, ou 
empefchement en leurs perfonnes en aucuns de leurs biens, Fiefs, Rentes 
& heritages, ne autrement en quelque forme ou maniere que ce foit:ain- 
çois s’aucuns de leurfdits Fiefs, Terres, Seigneuries, rentes ou heritages 
ou de lcurfdits biens auoient cfté ou eftoient pour ce pris, faifis, arreftez, 
ou empefchez les leur mettre, ou faflent mettre incontinent & fans delay 
à pure, pleine & entiere deliurance, nonobftant nos Ordonnances, cris 
publics, & proclamations, qui le temps paflé ont efté & font pour le pre- 
fonc, & qui pour le temps à venir feront faites fur l'effet de nofdits ban & 
arricreban, ofts , armées & cheuauchées, & que pour nos Lettres, mande- 
mens où commiflions qui font ou feront enuoyez à cette caufe de par Nous 
& nofdits fuccefleurs Roys , foic expreflément mandé Bénmte. toutes 
manieres de gens exempts & non exempts, priuilegez & non priuilegez, 
quelque exemption ou priuilege qu’ils ayent de Nous ou nofdits Proge- 
nitcurs, Cfquelles commiflions & mandemens quant donnez, publiez, exe- 


OOo:i) 


476 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4 8 4. éutez feront, ne voulons & n’entendons nofdits Officiers de nofdites Cours 
de Parlement deflus nommez eftre aucunement comptins ni entendus, ne 
par vertu d'icelles éonctraints à nofdits ban & arriercban,.ofts, cheuauchées 
8&c armées en quelque forme & maniere que ce foit, & quelconques autres 
Ordonnances, mandemens & reftrinctions ou deffenfes faites ou à faire, fous 
quelque couleur ou forme de paroles que ce foit ou puiffent eftre, contrai- 
res au contenu & effet de cefdites Prefentes, lefquelles ne voulons valoir 
he fortir aucun effet contre ne au preiudice du contenu en cefdites Pre- 
fentes; & quant à ce impofons filence perpetuel à tous nos Procureurs En 
fens & à venir. Et pource que de ces Prefentés on pourra auoir à befon- 
gner en plufieuts & diuers lieux, Nous voulons & ordonnons en outre que 
au vidimns d'iccllés fait fous fel Royal , ou à la copie d'icelles collarionnée 

en noftredite Cour de Parlement, pleine foy foit adiouftée comme à ce 
prefent Original. Et afin que ce foit chofe ferme & ftable à toufiours, Nous 
auons fait mettre noftre féel à cefdires Prefentes, fauf en autres chofes nof- 
tre droit, & l’autruy en toutes. Donné à Paris en noftredit Parlement au 
mois de Feurier, l’an de Grace mil quatre cens quatre-vingts & quatre, & 
de noftre Regne le fecond. sic fignatum , Par 1e Roy en fa Cour de Parle- 
_ ment, Meflieurs les Duc de Lorraine, Comtes de Clermont & de ta Mar. : 
che, de Brefle, de Vendofme, Vous, les Archeuefque de Bordeaux, Euef- 
ques de Paris, Perigueux & Lombes,les Sires de Gyé Marefchal de Fran- 
ce, de la Tremouille , des Guerdes, de Grauille, de Beyne, Preuoft de Pa. 
rit, de Monteil, Dargenton, du Bochage, Meflire Pierre Dorille premier 
Prefident des Comptes, & Iean Bourré Threforier , Cheualiers, & autres 
prefens, Deccrifay. Vifa, regiffrata Parifins in Curia Parlamenti prima die Mar- 
#55, anno millefimo guatercentefimo ocfnagefimo quarto, Chartelier. Et plus bas, 
Collarione facfa cum originale. Ainû figne, Charcelier. | 


Traité des Droits des Rois de France au Royaume de Siale, Comtez | de 
_Prownce er de Forcalquier @ Terres adiacentes. 


ts P£: r temonftrer, & pour donner à entendre au Roy, à Meflcigneurs 
Voy «y-aprés les Princes de fon Sang, & à Mcffcipneurs de fon Grand Confeil, les 
raté de Droits tous clairs & apparens que ledit Seigneur a en fon Royaume de Si- 
r # Roy ‘. , | . 
Charles vrii. Cile & èn fes Comcez de Prouence, de Fortalquier & verres adiacentes : 
sé cp voicy ce qui a efté trouué & porté des Archiues d’Aix, enfemble laduis 
sile & Arr. ‘CS gens du Confeil dudit Seigneur eftans en Prouence, & pour la def 
go, fair en charge de ceux qui ont apporté lefdits Droits, eft premieremenc à prefup- 
ne pofer pour principal fondement defdits Droits, & valider l’intentian de ceux 
qui difent que premier. Le Royaume de Sicile , les Comtez de Prouence 
&c de Forcalquier vindrent en la maifon d’Aniou par mains de filles; ce 
qui n’eft vray, car par les enfans de France mafles Comtes d’Aniou, lefdires 
or Scigneuries font paruenués à iceux , & Charles Martel enfant de France 
France. & Comte d’Aniou conquit Prouence , Forcalquier, Arles, Auigron , & 
autfes appatftenances, & vainquit & tua Marentin, Duc pourlors de Pro- 
uençe, & chaffa les Sarazins que icdit Maréntin auoit mis aufdics pays de 
Prouence & Auignon, pour les faire encrer. dans le Royaume de France, 
comme appert clairement par les Chroniques de France, & autres plufieurs 
authentiques efcritures, 8 fuc icdit Charles Martel Seigneur paiñble def- 
dites Comtez. ne —. | 
Charles d' An. Charlès Comte d’Aniou & du Maine, fils du Roy Philippes, & frere 
Ant ” de Saint Louïs, qui depuis fur Roy de Hongrie, Hé par le Pape Vr- 
Louys, 1 X.du.bain IV. à l’aide & faueur de l’Eglifé, vanquit & défic Manfret, herctie 
dé que , rcbcîle au fiege Apoftolique, interdit, & excommunié, qui_.par. force 


Dv RAY CHARLES VIII. 477 


& tyrannie detenoit le Royaume de Sicile, & l'vfurpoit fur le Siege Apof- 1 4 8 4e 
tolique, & auquel il auoit mis grand nombre de Sarazins, que ledit Char 
les chaffa hors du Royaume , duquel fuc inuefti par ledit Pape Vrbain 
1V. & fur Roy de Sicile & de Hongrie, ainfi que de ce en plufeurs lieux, 
endroits , chroniques & efcritures aurentiques appert : parquoy eft claire- 
ment prouué , que les Comtez de Prouence & de F PR, a & terres ad- 
. jacentes , & aufli le Royaume de Naples , font fouuerainement venus en la 
maifon d’Aniou par les fils de France Comtes d’Aniou, qui les ont con- 
quifes, & non point par moyen de femmes. Mais pour parler des deux 
Genealogies plus prochaines depuis le .remps de Charles Martel, afin de 
connoiftre de fucceflion en fucceflion , & de Genealogie en Genéalogie , que 
lefdits np oner-g Comtez & Scigneuries fonc venus & appartiennent .au Tefamenr 
Roy, le fait eft cel, en verité. Ildefonfe Roy d’Arragon, Comte de Pro: 7 
uence & de Forcalquier, fic fon teftament, & laiffa à Berenguier fon fils Coms de Pre 
les Comtez de Prouence & de Forcalquier. Ledit Comte Berenguier fuc- ##6+. 
ceda éfdites Comtez audit Ildefonfe fon pere; & eut ledit Comte Beren- 
guier quatre filles, Marguerice, qui fur Reyne de France, femme de Saint 
Louys, Eleonor, qui fut Reyne d’Angletetre, Sence, qui fut Comceffe de 
Blois , & Beatrix, qui fur efpoufée à Charles d’Aniou, frere de Saint Louys, Téfemens de 
dont deflus eft fait mention. Ledit Comte Berenguier venant fur fes der. ÉmrETr 
niers iours fic fon teftament, par lequel il faifoit fes trois premicres filles sens. 
nommées , heritieres particulieres en argent, & à Beatrix Comtefle d’An- 
. ou laiffa les Comtez de Prouence & de Forcalquier, en luy fubftituant : 
le premier né de fes enfans mafles, & au deffaut du premier , le fecond 
mafle, & ainfi de mafle en mafle, gardant l’ordre de primogenicure, tous 
autres fils & filles de ladite Beatrix exclus. Et fi ladite Beatrix mouroit fans 
enfans maîles, & une de fes fœurs auoit enfant mafle, il fubftituoit ce 
male , exclufe la fille de ladite Beatrix; & fi aprés la mort dudit Comte Be- 
renguier, il n’auoit point d’enfans mafles, il le faifoit fon heritier, en caf- 
fanc Ja fubftitution de ladite Beatrix. MES 

Ladite Beatrix, Comtefle d’Aniou, fucceda éfdires Comtez au Comte Rd 
Berenguier fon pere, & venant au déclin de fes iours ; fit fon Teftameng, sf d'dnion 
par lequel à chafcun de fes enfans, dont elle en auoit plufcurs, laiffa par é: de Preuen- 
droit d’inftitution certaine chofe de laquelle vouloir qu’ils fuflent contens, 
fans pouuoir plus rien demander ; & Charles d’Aniou fon fils aifne fut fon 
heritier vniuerfel en fes Comtez de Prouence &"de: Forcalquier, en luy 
fubftituant, s’il mouroit fans hoirs, fes freres mañles, l'ordre de primoge- 
nicure toufours gardé; & fi cous mouroient les enfansi mafles qu’elle au- 
roit aprés fa mort, fi point en auoit, cn “gra l'ordre de primogeniture, 
en defaut de tous mafles, fubfticua fa fille Blanche. Ledit Charles fils de 
Charles & deladite Beattix, aprés la mort de {es peré & mete fucceda 
à ladite Beatrix éfdices Comtez de Prouence & de Forcalquier, & à fon 
pere audi Royaume, & fut ledit Charles nommé én là Genealogie de Pro- 
uence & du Royaume Charles fecond, & fur intitulé Roy de Sicile , car 
Beatrix fa mére ne fes predeccfleurs n’auoient iamais rien eu audit Royau- Teflament de 
me. Ce Charles venant fur fes derniers iours fit fon Teftament , par lequel Gares I 
il fit {on-hcritier vniuerfel en rous fes Royaumes .& Comte de Prouence & dd 
. de Forcalquicr Robert fon fils, & aprés luy fes enfans miafles ; l'ordre de 
primogeniture obferué; ordonnant qu'en cas que le Royaume , en faute de 
mafle , vinft en mains de filles, que iamais pour ice ne vint, mais que 
les mafles exclufiffence les filles, non feulement.en ligne droite, mais en li- 
gne tranfuerfalc, & que le fils du frere vince à la fatceflion, forcluant la fil. 
le , toufiours l’ordre de primogeniture garde, en prohibant coute détraétion 
de quarte Trebellianique. on pin | 


i 


OOo ii 


1 4 8 4. 


Donation , 
adoption, d 
snfeodation en 
faneur de 
Louys Due 
d'Aniou. 


473 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 

A Charles 1I. fucceda le Duc Robert fon fils, lequel Robert eüt Char: 
les Duc de Calabre, nommé Charles 111. & de Charles Duc de Calabre 
vint Jeanne, qui eüt plufeurs enfans; & luy viuant, Charles fon fils mou- 
rut, furuiuant ladite Jeanne. Le Roy Robert venant à la mort fit fon Tefta- 
ment, auquel fit fon hefitiere ladite Ieanne, fille de fon fils, en tous fes 
Royaumes & Comtez de Prouence & de Forcalquier, & ordonna que le 
Royaume de Naples & la Comté de Prouence fuflént toufiours vnis en-. 
fcmble. Zrem, que le pays de Prouence jamais ne fe puft diuifer , encore 
qu’ils fuffent beaucoup d’enfans en la fucceffion d’iceluy, & fubftitua à la- 
dite Icanne vne autre fœur qu’elle auoit, en prohibant detraétion de toute 
quarte Trebellianique. 

Aprés la mort dudit Robert, fucceda ladite Jeanne, & fut intitulée Rey- 
ne, pource qu’il n’y auoit autre en ligne defcendante & collaterale qu’el- 
le & fa fœur qui luy cftoit fubftituée, & en cette Icanne finit la premiere 
Gencalogice de la lignée de Saint Louys. Or aduint que eftant ladite Iean- 
ne en faifine dudit Royaume & defdites Comtez, Terres & Seigneuries, 
dautant que filles par les Ordonnances deffufdites n’y pouuoient fucceder, 
où eftoit mafle, & parce que elle qui eftoir femme & deux nieces qu’elle 
auoit n'eftoient pour deffendre lefdites Seigneuries , lefquelles Charles 
de Duras fon parent & fuiet enuahifloit comme rebelle au pays, adherant 
à l’Antipape, & entretenant le Schifme pour & afin qu’elles ne vinffent en 
diuifion , efclandre de guerre, & autres grands inconuenicns, afin aufi de 
les retourneren main d'homme, & qui fuit delaligne Royale dontelle eftoit 
parue, qui cft de la maifon de France, comme par la déduétion ja dite ap- 
pert, elle arrogea & adopta Louys Duc d’Aniou & de Touraine Comte du 
Maine, & fils du Roy Ican de France, lequel elle fit fon fils & heritier apres le 
deffaut d’elle en fefdics Royaumes & Scigneuries, & en deffaut dudit Louys, 
nommé premier en cette Gencalogie, Louys d’Aniou fecond, fon fils, & 
{es fils, l'ordre de primogeniture gardé, de laquelle arrogation auec lefdi- 
tes conditions, le Pape Clement en fit l’inueftiture pout lefdits Royau- 
mes, Comtez & Sèigneuries, audit Louys | manie ainfi qu'appert: &c par 
ainfi ladite Royne Ieanne, en fuiuant FOrdonnance & volonte de fes pre- 
deccficurs, remit & retourna ladite fucceflion en main mafle, en en for- 
cluant fes propres nieces, filles de fes enfans. Le Roy Louys premier fuc- 
ceda éfdits Royaumes & Comtez par vertu de ladite adoption, & eüt un 
filsnommé Louys II: encette Genealogie, qui par vertu de ladite adoption 
fucceda au Roy Louys premier fon pere. | | 

Le Roy Louys II. eût quatre enfans, Louys qui fut nommé Louys IIT. 
René, Marie Reyne de France, & Charles d’Aniou. Ce Roy Louys II. 
venant en fes derniers iours fit fon Teftament , auquel il fit fon heritier 
vniuerfel Louys III. & s’il mouroit fans hoirs, fubftitua René & les fiens, 
& aux autres laiffa infticution particuliere, Ce Teftament du Roy Louys II, 
a efté coufiours en l’Archiue d'Aix, iufques à ce que le Roy de Sicile der- 
nier trefpaile le fit prendre pour bailler à l Archeuefque d’Aix dernier tref- 
paflé pour le confulter, & ledit Archeuefque l’a toufours | gs iufques à 
fa mort, & peu auant fa mort commanda qu’on le cherchait, pour le ren- 
dre, ainfi que de ce appert par les informations deuëément receüës par l'Or- 
donnance du Cônfeil du Roy, par Meflire Jean de Toubieres, Mcflire 
Ican Macheron , Maiftre Iean Renati , Confeillers & Procureur dudit 
Seigneur, cfcrites par Richelin Secretaire dudit Seigneur. Or eft ainfi que 
mort ledit Archeuefqué d’Aix, lAdminiftrateur & autres du Chapitre de 
ladite Eglife ont pris les clefs dudit Archeuefque , & des meubles & ef- 
critures, ce qu'ils ont.voulu, & dudit Teftament n’en a efté crouué aucu- 
ne nouuelle, Mais peu aprés Monfcigneur de Lorraine l’a prefente &c pros 


Ld 


DV ROY CHARLES VIIL 459 —— 


duit au Roy, qui parauant n’en auoit iamais eù que vne apparence, qui eft 1 4 8 4 
clairement à entendre qu'il a eù ledit Teftament par la main de ceux de 
lEglife d’Aix. Et eft à noter que viuant le Roy Louys I I. Ieannelle qui fut 
fille de Charles de Duras, fe mit dans le Royaume de Naples comme plus 
_ prochaine de la Reyne Ieanne fon amiee *, combien que toute la lignée *a1. 4 rawrs 
dudit de Duras en eftoit forclufe par les raifons deflufdites, & depuis ayant P#erneir. 
remors de confcience, & en fuiuant la volonté de ladite Ieanne bn amite, 
& de fes predeccfleurs, pour retourner & remettre ledit Royaume en la 
main de l’Hoftel d’Aniou & de la Couronné de France dont elle eftoit if- 
fuë, adopta ledit Roy Louys III. fon fils & fuccefleur, lequel Roy Louys 44ption dé 
111. fut inuefti dudit Royaume par le Pape Martin, & devint Roy & pai- re di 
fible Comte de Prouence & de as aprés la mort du Roy Louys Leuys 111. 
fon pere & de ladite Ieannelle, iufques à fa mort. Il deceda fans hoirs & Ds #' Aniow. 
fans Teftament, furuiuant René, Marie, & Charles *, René luy fucceda + c'epoient fes 
éfdits Royaumes, Comtez, & Seigneuries, gardant l’ordre de primogeniture, fers: 6 fæsr. 
& comme aifné, à qui par difpofition de fes predecefleurs , & la teneur ; 
de l'adoption & infcodation, de droit la fucceflion eftoit deuolué. 
Ledit Roy René fuccefleur éfdits Royaumes , Comtez & Seigneuries, & 
defdites Comtez paifble iufques à fa mort, approchant fes derniers iours 
en fuiuant le M 2e & ordonnance de ceux dont il auoit caufe, mort le 
Duc Iean de Calabre fon fils, & mort le Duc Nicolas fon neueu *, n’ayant * C'eois fon 
enfans, & Madame Yolan Duchelffe de Lorraine & la Reyne d'Angleterre ?'"#-fl: 
qui eftoient fes filles n’eftant admiflibles à ladite fucceflion, comme dit eft, 
reftant de fa lignée feule Monfieur Charles d’Aniou, fils de Monfieur 
Charles d’Aniou, Comte du Maine fon frere, Chef aprés ledit Roy René . 
& {on fuccefleur du nom & des armes d’Aniou, fiten fon viuant ledit 
Monfeur Charles fon fils arrogatif * & legitime , le declarant fon heritier , ,, Adopsif, 
vaiuerfel , & l’intitula Duc de Calabre, & comme à tel auanc fa mort lors 
comme pour aprés luy fit prendre & recevoir les hommages & fermens de 
fidelité par les gehs d'Eglife, Nobles & Communes de Prouence, auec les 
folemnitez en cels cas requifes & accouftumées. 
Ledit Roy René, pour plus clairement remonftrer fon vouloir, & mieux 
enfuiure le vouloir & la difpofition de fes predecefleurs, fit fon Teftamene © sfamens 
en la prefence de plufeurs gens de bien en bonne forme & deuëé, auquel 4 rapporté 
il fic fes filles heritieres particulieres,en defendant que autre chofe ne puf- Lehgri S 
{ent demander , Monfieur de Lorraine fils de fa fille aifnée fon heririer soire #e Phi. 
particulier en la Duche de Bar; & en vous fes Royaumes, Comrcez, Terres, lite: ne 
& Seigneuries, droits & aétions, & autres biens quelconques fit fon he: ps ie le 
ritier général & uniuerfel ledit Monfieur Chärles d’Aniou Duc de Cala-fewr D. Gode. 
bre, fon neueu & fils; & en ladite volonte non feulement perfeuera iuf fre page #69. 
qu'à la mort, mais peu auant qu’il trefpaflaft, iaçoit qu’il euft fait fon Tef- 
tament en bonne fanté de corps & d’entendement, declara de fa bouche 
en prefence de plufieurs gens de bien ledit Monfieur Charles Duc de Ca. 
labre fon heritier vniuerfel, comme dit eft. | 
Mort ledit Roy René, ledit Charles luy fucceda éfdirs Royaumes, Com: 
tez & Scigneuries: defdites Comtez ptit la faifine & rcelle poffeflion, & en 
receut les foy & hommages de fidelité des gens dudic pays, tant en particulier . 
comme en general, & fut pofleffeur defdites Comtez iufques à fa mort; & ve: 
nant ledit Roy Charles à mourir, fit fon teftament, par lequel fic fon heritier 
vniuerfel le Roy Louys XI. du Nom, Pere du Roy Charles VIII. & aprés L'Exrrais de 
ledit Roy Charles VIII. lors Dauphin & la Couranne de France , coni « téffamens 
noiffant que ladite fuccefion appartenoit à ladite Couronne, _ .  :: ne 
Mort ledic Roy Charles de Sicile, le Roy Louys XI. que Dieu abfola me Onvrage 
ue, comme hcritier uniuerfel au premier lieu, fucceda & prit la faifine 8 ? 47° 


4380 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4 8 4. réelle pôfleifion defdites Comtez de Prouence, de Forcalquier, & Terres 


adiacentes, & receut des gens defdits pays les foy & hommages de fideli- 
té, tant en general comme en particulier, par le moyen de Monfieur de 
Souliers, pour lors fon Lieutenant General & Commiflaire à ce député, 
& defdités Seigneuries & Comtez a efté paifñble pofleffeur jufques à fa 
mort. | 

Mort ledit Roy Louys de bonne memoire, a fuccedce Éfdites Scigneu- 
ries le Roy qui eft à prefent, comme Roy de France , & comme heritier 
inftitué au fecond lieu pat le Roy de Sicile , & éfdites Comtez, a eu & tient 
la faifine & paifible poffeflion , & a receù les hommages & fermens de fi- 
delité des gens dudit pays tant en general comme en particulier, qui pour 
ce faire font venus deuers luy en France, & il les y a benignement receus, 
en leur confirmant leurs priuileges & libertez, & autrement en difpofant 
comme de fon propre heritage, & comme tel l'a tenu, tient & poflede 
paifiblement & fans contradiétion. | 

Par lefquelles raifons &.caufes confiftant en fait, vrayes, & clairement 
prouuées, eft apparent & notoire que toute ladite fucceflion de la Mai 
fon d’Aniou, & du Roy Charles de Sicile dernier trefpañle de ladite Mai- 
fon, eft & appartient par jufte titre au Roy & à la Couronne de France, 
& non à autre, 

Et pource que viuant Madame de Lorraine, & encore depuis fa mort, 
fes gens ont voulu dire, que puifque les Comtez de Prouence & de For- 
calquier font venués fouuerainement à la Maifon d’Aniou par femme, c’eft 
à fçauoir par Beatrix fille du Comte Berenger ,au moyen du mariage qu'’el- 
le eur auec Charles d'Aniou fils du Roy Louys VIII & frere du Roy 
Saint Louys. Jrem, que depuis finie la lignée du Roy Saint Louys , cetre 
fucceflion eft venuëé & retournée, enfemble le Royaume de Naples à la 
Maifon d’Aniou, par l'adoption faite par la Reyne Ieanne, à Louys premier 
Fils du Roy Iean de France, & que par confequent elle doit & peut venir 
à la fufdite Madame de Lorraine fille du Roy René, veu que ledit Roy 
René n’auoit enfant plus prochain, & qu'elle cft fon aifnce, puifque Bea- 
trix & Ieanne qui fonc femmes y ont fuccedé; & pour plus fortifier leur 
raifon à ce qu'ils puiflent conclure à leur intention , que encore qu'il y 
cuft cü mafles, fille y a herité, difans que du temps de la Reyne Ieanne, 
Charles de Duras, & Lencelot eftoient en eftre, qui eftoient mafles, & 
de la fouche en ligne tranfuerfale , & coutefois la Reyne Jeanne fucceda: 
difans de plus que le Roy Louys II. fic teftament , auquel il fit heritier fon 
fils Louys III. & luy mourant fans hoirs fubfticua Renc & les fiens, & 
que au nombre des fiens eft Madame de Lorraine, qui doit fucceder com- 
me plus prochaine, & difent que ledit René fucceda par vertu dudit Tef- 
tament : encore difent que fi le Roy René a faic fon heritier le Roy Char- 
les , au preiudice de la fubftitution du Roy Louys fon pere, & de la fufdite 
Dame de Lorraine, il ne l’a pù faire. 

Au premier & fecond defdits points eft ja affez refpondu, parce que dit 
eft de Charles Martel qui conquit Prouence, & de Charles d’Aniou qui 
conquit le Royaume de Naples fur Manfred, auquel Royaume Beatrix n'a- 

. Woit iamais rien eù non plus que fes Predeceffeurs, & Ieanne encore n’eftoit 
pas née, tem, quand Beatrix fucceda és Comtez de Prouence, ce fut par 
teftament & par faure de fils, & par telle condition que fi le Comte Bc- 
_ renger auoit fils, ou l’une de fes autres filles fils, elle eftoit priuée de ladite 

inftitution, ce que ont enfuiuy tous les autres iufques à la Reyne Ieanne, 
& depuis elle eft venué de mn à en mafle, en fuiuant la difpofition & volonté 
des Teftareurs, & de droit commun qui deffend que fille ne puifle fucce- 


der is feudum, 8 femblablement fucceda la Reyne Icanne au Roy Robert 
{on 


DV ROY CHARLES VIIL. 481 


fon grand-pere par Teftament, par deffaut de mafles. Au tiers point tou- 148 4 
chant Charles de Duras, & Lencelot,en alleguant leur droit, ils dechaffent 
la Reyne Ieanne, & par confequent leur droit, car ils ne peuuent prendre 
caufe que d'elle; & fe peut refpondre en outre qu'ils eftoient herctiques, 
rebelles au Pape, tenus & réputez ciuilement morts, & incapables aufdites 
fucceflions, comme appert par inuefticure dudit Pape Clement: & par ainf 
ladite Jeanne fucceda pat Lo de mafles & par Téftament de fon grand 
pere, combien que ledit Duras luy eñ fift guerre. Et s'ils vouloient induire 
que ladite Reyne Ieanne ne put difpofer defdits Royaumes, Terres, Com: 
tez & Scigneuries, comme elle a fait, ils argueroient contre eux-mefmes, 
car ils n’y peuuent attendre aucun droit , finon par ce moyen; &: s’ils con- 
fcflenc qu'elle le pouuoit faire, ils n’y ont doncques rien par l'Ordpnnan: 
ce du Roy Charles II. dont deflus eft faire mention, qui en ce fuiuoie 
les volontez du Comte Berenger fon grand-pere & de Madame Beatrix 
fa mere,& par les conditions inferées & adoptionsdes Roys LouysI.& If. 
où Jeanne deice fes propres nieces: parquoy eft aflez cuident que fes 
predeccffeurs ny elle n’euffent voulu que les filles ou nieces de fes fuccef. 
feurs euffent fuccedé plus que les leurs propres; & en ce a fait fon deuoir, | 
en fuiuant la volonté de fes predécefleurs ladite Ieanne , en fe confor- : 
mant à droit commun. Au quart point du Teftament du Roy Louys IL. il 
ne porte point de preiudice au et Pi ne releue en rien Monfieur de Lor. 
raine: car fi le Roy René, au preiudice de ladite fübftitucion faite par le Roy 
Loûis 11. en preiudice de Madame de Lorraine, qui eft au nombre des 
fiens, n’a pü ny deù faire heritier Monfieur Charles. d’Aniou fon neueu 
& fils adoptif, contredifant par la mefme raifon.le Roy Louys IL. contre 
l'Ordonnance du Comte Berengier , de Beatrix, Charles II. le Roy Ro- 
bert, & Ieanne fes predeceffeurs, & de droit commun, au preiudice de 
{es enfans mafles d’Aniou fes fucceffeurs , ex vtroque latere, n'a pü faire 
ladite fubfticution , & par confequent elle ne vaut rien, car il ne pouuoit 
plus transferer de droit en autruyÿ qü’il n'auoit. fem , Le Roy Louys II, 
fuc troublé audic Royaume par ladite Ieannelle , laquelle eftoit fille de 
Charles de Duras, comme deflus eft déduit. Depuis elle adopta le Roy 
Louys III. du nom, lequel fucceda éfdits Royaumes & Seigneuries, non 
point par vertu du Teftament du Roy Louys fon père, mais par les fubfti- 
tutions de fes predeceffeurs, & par l’arrogation de ladite Ieannelle; & par 
ainfi gardant l'ordre de primogeniture, fuccedant ledit Roy René audie 
Roy Louys fon frere, il n’a pù ny deù difpofer comme il a fair; car auffi 
quand il en euft difpofe, la fucceflion venoit de droit audit Roy Charles 
de Sicile. Mais préfuppofé ce que dic eft, que la fubftiturion faite par le 
Roy Louys II. euft lieu, ce qui n’eit pas, il fe peut dire que par la raifon 
que auroit Madame de Lorraine à fucceder à fon pere René, feroit auffi 
admife la Reyne Marie à fon frere Louys IIL. mort fans Teftament: 
femblablement Charles d'Aniou fon frere, pour deux paîties, ainfi à 
René n’en feroit déuolu que la tierce partie en laquelle la Reyne d’Angle- 
terre y auroit la moitié comme des fiens ; & parce que le Roy fuccede 
aufdits Marie ; Charles, & Reyne d'Angleterre, ladite Dame de Lorrai- 
ne n’auroit en ladite fucceflion que la fixiéme part, & le Roy les cinq. 
Or eft ainfi que par difpofition de droit commun, & par les Teftamens 
&c adoptions defdics Roys & Reyne Robert & Jeanne, les Scigneuries def- 
fufdites font indiuifibles, & les hoirs inftituez ne doiuent auoir nom de 
hoir en vain: s'enfuit par confequent que ladite Dame de Lorraine n'y 
a rien; & préfuppofé qu'elle y euft ladite fixiéme partie comme Duchefle 
de Lorraine, elle eft attenuë *# au Roy pour grandes fommes de denicts, «4 engagée. 
vanc pour argent baillé par le feu Roy Charles VII. pour la conquefte 


P p 


482 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


1 48 4, du Royaume de Naples au Duc Iean , à luy par le Roy Louys pour la 
conquefte de Catalongne, à luy pour le Mariage de Madame Anne aucc 
le Duc Nicolas, tant en Languedoc, Thouars, Pefenas , que ailleurs, à 
Monfieur de Lorraine qui eft à prefent pour le recouurement de fa Du. 
ché, que Monfieur de Bourgongne luy auoit leuée, qui montent auffi plus 
que ne povuoit valair ladiee fixième partie. Et fe elle vouloit dire que les 
fommes fufdires font hors de ladite fucceflion, & que fur ce faut inten. 
ter aétian., n’y empefchent en rien Le droit de ladite fucceffion; on peut 
refpondre , que fi Madame & Monfieur de Lorraine auoient aucun droie 
é(dits pays, par les forces 8 violences qu'ils ont faites en iccluy viuanc 
le Ray Charles, 8 y faifans entrer apport d'armes aucc leur cry & ban. 
nieres, fans fommer, ne requerir par iuftice ledit Roy Charles, fi aucu: 
nes chofes luy vouloient demander, par la couftume dont lefdites Com. 
tez fe gauucrnent, ils ont perdu leur droit fi point y auoient: & auec ce 
l'on leur refpond, que le Roy eft faifi defdires Comtez, pays, & terres 
adiacentes, & en cft en paifible poffeflion. Mais outre ce que dcflus eft 
® LeContra de dit, le Roy peut quereller & demander à Madame & Monleur de Lotrai- 
ET ne ce qui s'enfuit, Il eft vray que aprés la mort du Roy René, Monfieur 
die rrouver À Euefque de Toulon dit au Roy Chärles de Sicile, que aprés que ledie 
en ls Cham. Roy René de Sicile eut .vne fois fair fon Teftament à Saint Remy en 
.. 2. ni Prauence, il y eût aucun qui luy demanda s’il auait oublie fa fille La Rey- 
Bar ne d'Angleterre, & il refpondit que ouy, car il n’anoit dequoy La pauruoir: 
& l’autre luy dit, Sire, au moixs ne pousez-uaus que de luy laiffer [à vie du 
raut L: Daché de Bar. Et lors il dic qu'il fe dautoit que aprés fa mort la. 
dite Duché retournefoit à la Couronne, car feu Monfeur le Cardinal de 
Bar le luy auait dannée auec cette condition, en faifant le Mariage d'en. 
tre luy & la Reyne Ifabetle fille du Duc Charles de Lorraine, def. 
quelles paroles le Ray Charles de Sicile, par fes Ambafladeurs , en. 
yoya aucrtir le Roy .Lauys, auquel ils dirent prefents Monfieur le Ma. 
fcfchal de Gié, & autres gens de bien, depuis aprés que le Roy qui 
cft auiourd’huy à mandé qu'on luy portaft de Praucnce cour ce qui fe 
roit pour fes droits , on a enuoyé audir Euefque de Toulon pour en 
auair la iuftification, & il en a refpondu par efcrit autant de mot à mot, 
comme deflus dit eft. La verité s’en doit crouuer par le Contraét de Ma- 
riage lequel doit eftre en la Chambre des Comptes à Bar: & fi le Concraét 
de Mariage porte ladite donation, le Duché de Bar eft au Roy; & s’il ne le 
porte, à cout le moins le Roy a ation fur ledit Duché pour la reftiturion du 
Mariage de la Duchefle de Bar, qui fut fœur du Roy Charles V. de Fran- 
ce, pource qu'elle mourut fans hoirs, & fans Teftament, comme an dx; 
& dit-on que ledit Mariage et de bien grande fomme. J'em, Au moyen 
du Mariage fait entre le Roy René & la Reyne Ifabeau fa femme, fille du 
Duc Charles de Lorraine, pour ladite Duché defendre, le Roy René eût 
guerre auec le Comte de Vaudemont, Antoine frere dudit Duc Charles 
de Lorraine, en laquelle fur truc Meffire de Barbanfan & ledit Roy Rene 
prifonnier, au moyen de laquelle prifon il perdit le Royaume de Naples, 
la Ville du Val-de.Caffel fituce en Klandre , la penfon que ie Duc de 
Bourgongne luy faifoit, & paya grande rançon, defquelles chofes Mada- 
me & Monfeur de Lorraine feroient tenus au Roy comme heritiers de 
la maifon d’Aniou. Plus eft à noter que le Roy Charles de Sicile depuis 
trefpañlé, prit à femme Madame Icanne de Lorraine, fille & fœur de Ma- 
dame & de Monficur de Lorraine, auquel , comme appert par Contraét 
paffe fous les Sceaux de la Ville de Troyes en Champagne, ils promirent 
pour le Mariage de ladite Dame trente mille efcus, donc ils en payerent 
dix mille. Plus promirent trois mille liures de rente en Chaftellenies , Iu- 


EE ue = ES 


DV ROY CHARLES VIIL ‘ 48; — 

rifdi@tion , haute, moyenne, & baîfe de prochain en prochain au Royaume 1 4 8 4 
de France, le cout reuenant franc à ladite fomme, frais, aumofhes, &c ga- 
gcs d'Officiers payez, & iufques au payement défdites chofes , & aflignaft 
de ladite rente payer certaine penfion; moyennant laquelle conftiturion ellé 
renonça à biens patctnaux & matérnaux auéc la condition qui aprés s’en- 
fuiura, tefquelles trois mille liures fe deuoient bailler incontinent aprés la 
mort de Madame do Harcourt ; & en cas de refus ou delay, aprés deûës 
fommations, ledic feu Roy Charles, où fes heriticrs, fuccefleurs & ayans- 
caufe de luy, pouuoient demandet partage en bièns patérnaux & matet- 
naux, nonobftant ladite renonciation. Et pource que les penfiohs h’ont ns 
poinc efté payées, ny l’aflignation de trois mille liures baillée, & que la faire sg” 
fommation a efté deuément faicé à mondit fieur de Lorraine par ledit Ro Ray Charles 
Charles, veü que ladice Reyne Icanne de Sicile eft trefpañlée, fait par élle re as 
premierement Teftamenr, où elle fait hericier le Roy Chatlés fon mary à de Lorraine. 
elle furuiuanr, & ledit Roy de Sicile a faie fon heririer vniuerfel lé Roy, il 
peut demander partage en Lorraine, Vaudemont, Harcourt, & auttes biéns 
parernaux & materriaux de ladite Reine de Sicile pour autanc qu'il luy en 
pourtoit. coucher tant de droit que de couftume. 

Et pource que ceux qui ont apporté ces droits font’partis de Prouen-: 
ce, & qu’ils ont efté auertis que le Roy d’Efpagne enuoyôit deuers le Roy 
pour luy demander le Rouffillon, ils ont haftiuement fait extraite des Ar- 
chiues d’Aix aucuns petits menus articles qui font à.h fin de ce Liure, & 
l'un d’eux a fait vn petit difcours en cermes Latins, enfemble les Atbres 
des Gencalogies dont cy-deflus eft fait mention; lefquelles chofes ils pre 
fencent en coute humilité, fupplians qu’il plaife au Roy & à Meffeigneurs 
leur donner le recepiflé de ce qu'’its leur tte. pout leur defcharge. 
LApporté de Proucnce en La Chambre des Comptes à Paris au mox de luillet 14544 


Respon/e aux prétentions de René II. Duc de Lorraine {sr les Duchez 
d'Amon, Connez de Prouence €9 du Maine, €9' auttes Seigneuries. 


or inueftit Charles de France, Roy de Sicile fon frere, des Com- r. . de «fl 


Aniou & du Maine, fans autre charge ny condition que Fhommage en 
& reflort. : | | Fier des Ef- 
A ce Charles fucceda fon fils de mefme noms, Roy de Sicile, Comte #45: de Tours, 
d'Aniou & da Maine. Celny-cy ceda & tranfporta lés Comitez d’Aniou 
& du Maine à Charles de France, Comte de Valois, f6ñ coufin & fon 
gendre, pour auoir efpoufé Marguérire de Sicile fa fille, afin de iotfir par 
Juy defdits Comtez , comme s'ils lny eftoient efcheüs par fucceffion., foit 
qu'il euft enfans de ce mariage, où non, Mais luy venarie 2 déceder fans 
enfans , lefdits Comtez retourneroient au Roy, à la charge que lédit Char: 
les renonceroit au droit qu’il auoir au Royaume d’Atragon, & de Valen- 
ce ; & au Comté de Barcelone, En faueur d’'Alfonfé, fils de Pierre Roy 
d'Arragon, Marie heritiere du Royaume de Hongtie ; & rnere de cette 
Comtefle Marguerite, renonça au droit qu’elle pouuoit preténidre aufdits 
Conxez d Aniou & de Maine, par un acte dé fan 129$. Ce Charles paifible 
defdits Comrez mourut en l’année 1325. Son Fils Philigpes de Valois Iuy 
facceda, qui en iouir comme parriculier iufqués en Fannée 1327. qu'il fut 
Roy; & pa fon aduenemenc à la Couronne, lefdits Corhrez furenc réunis 
au Domaine Royal iufqu'au 17. Féurier 133 r. que Hedit Roy Phikippes de 
Valois le donna en appanage à lean de France fôn fils, pour en iouïr en 
Pairie, à la charge de reuerfion à la Couronne, au cas de déceds dudit 
Tcan fans mafle; ; que pour les files qu'il pourtoic aüoir ; og sai 
P ÿ 


L E Roy Saint Louys, fuiuanc le Teftamene du Roy Louys VIII. fon 1#°# 


> “ 


1495. 


484 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


pourveüés en atgent. Le pa Jean venu à la Couronne l’an 1350. lefdits 
Comcez furent encore vne fois réunis au Domaine jufques au mois d'O- 
étobre 1360. que ledit Roy Iean le donna, par donation pure & fimple, à 
perpetuité, à Louys de France fon fecond fils, & à fes enfans mafles, nez 
& à naiftre, ou engendrez de fes enfans mafles, nez en loyal mariage, 
fauf & réferué au Roy les droits de Regale, la foy, l'hommage, & le ref- 
fort, les monnoyes, & autres droits de Souueraineté. Au mefme temps 
ledit Roy continuant fes faueurs enuers fon fils, érigea ledit Comté d’An- 
iou en Duché, & fut le premier qui prit le titre de Duc d’Aniou; & de- 
puis ce Prince ayant efté adopté par Jeanne I. Reyne de Sicile, il fut Roy 
de Sicile, & Comte de Prouence. | 

Ce Roy de Sicile Louys I. Duc d’Aniou, Comte du Maine & de Pro- 
uence, eüt pour fuccefleur fon fils Louys II. & celuy- cy fon fils Louys 


LIL. qui mourut fans enfans en l’année 1 434. Tellement que cette grande 


fucceffion vint à fon frere René, qui auoit efpoufé Ifabeau Duchefle de 
Lorraine , de laquelle lors de fon déceds qui fur en l'an 1480. n’ayant 
qu’une fille nommée Yoland, ledit Duché d’Aniou, & le Comté du Mai- 


ne, fuiuant Pinueftiture de lan 1360. & par la Loy des appanages, retour- 


. luy accorda le Duché de Bar : mais pour le regard de la Prouence, quil 


na par droit de réverfion à la Couronne, du Regne du Roy Louys XI. 
Mais, comme il n’y a chofe fi certaine & claire, qui ne reçoiue de lop- 
pofition , René Duc de Lorraine ( qui eftoit fils de ladite Yoland & de 
Ferry de Lorraine, Comte de Vaudemont, & defquels font iflus les Ducs 
de Lorraine qui l'ont fuiui iufques à prefent) fic demande au Roy Char- 
les VIII. dudit Duché d’Aniou, fans parler des autres grandes Seigneu- 
ries, pour raifon defquelles il auoit fait de grandes pourfuites. Philippes 
de Comines dit que le Duc de Lorraine René demanda raifon au Roy 
Charles VIII. des Duchez de Bar & Comté de Prouence ; que le Roy 


en feroit iugé, & cependant que ledit Duc auroit cent lances aux def- 
pens du Roy, & vne penfion. de trente-fix mille liures quatre ans durant. 
Les luges, qui furent les Seigneurs de Comminges , du Lau, & ledit de 
Comines , declarerent par leur jugement que le Duché d’Aniou & le 
Comté de Prouence appartenoient au Roy, lequel en confequence de ce 
fuc -defchargé de cette penfion. Ce iugement fi folennel eftoit fondé fur 
l'ancienne Couftume & obferuance de France, qui eft qu’il n’y à jamais 

“un heritier pour receuoir fucceflion du Royaume, qui eft le premier 

ls, & plus prochain heritier du Roy dernier decedé: que pour le regard 
des autres enfans mafles puifnez, ils ne peuuent demander aucun partage 
au Royaume , mais feulement telle part & portion qu’il plaift à lheritier 
luy bailler, plus ou moins, ainfi que bon luy femble; que les enfans maf- 
les defcendus des Roys de France fe doiuent chacun tenir contens de la 
portion qui leur eft baillée, & que la portion de celuy qui décede n’ac- 


-croift point à l’autre fon coheritier, mais retourne de ne droit à la Cou- 


ronne, foit qu’il y ait plus prochain hoir mafle du defcendant que n’eft le 
Roy, comme il fut iugé par Arreft tres -folennel pour le Comté de Poi- 
tou l'an 1283. 

Ce qui fe pafla pour le Duché d’Aniou aprés la mort de René Roy de 
Sicile & Duc d’Aniou, eft notable. Il auoic laiflé fon neueu Charles 
Comte du Maine, qui ne penfa iamais à luy fucceder au Duché d’Aniou, 
qui fut réuny à la Couronne, ayant ledit Charles eû le Comté du Maine 
pour fon partage. Ledir Comté fut auffi réuny à la Couronne par le de- 
ceds dudit Charles décedé fans enfans, à l’exclufion de Louyfe d’Aniou 
fa fœur, marice en la Maifon d’Armagnac. Yoland fille du Roy René 
ne fc prefenta point pour remonftrer ce qui eftoit de fes pretenfons, par- 


DVROY CHARLES VIIEI 48, 


ce qu’elle n’y en auoit aucunes; & fi l’on s’en poutoit imaginer quelques- 
“vues, elles eftoient du tout contraires au droit François. : | 
Quand ces luges euflent efté deftituez de cette Couftume eftablie de- 
puis tant de fiecles, & qu’ils n’euflent eû que la donation, ou pluftoft l'in- 
ueftiture de l'an 136@ ils ne pouuoient iuger aütfement, car elle eft en 
faueur des miafles feulemenc nez & à naïftre, & des mafles iffus des maf. 
les, fans porter vn feul mot des filles, ny des mafles defcendans des fl 
les: par confequent ladite Yoland & fes defcendans n’y pouuoient rien 
pretendre. | à | 
:: Le Comté de Prouence fut enfin adiugé à Louys XII. contre les pre- 
tentions dudit Rene Duc de Lorraine, ainfi que l’on peut voir dans l’hif. 
toire de ce Roy, efcrite par Claude de Seyfel Ârcheuecfque de Turin, & 
mife en lumiere en 161$. par T. Godefroy. L’on trouuera aufli au mefme 
endroit le Teftament de Charles d’Aniou Comte du Maine, du 10. De- 
cembre 1481. 


Eflat des Gentilshommes de l'Hofkel du Roy nofire Sire , eflans [ous 
pe le charge de Michel Marquet en 1485. f 


EÉ T premicrement ceux de la nation de Frante, René de Clermont, lean de 
Brizay, Oliuier des Abatans, Georges Geoffroy , Iean de Thouars, lean 
Nouzille, Charlot Rime, Archambaut de Villars, François de Mayeu- 
bier, Iean de Ioigny, Gigonde Sully, Bertrand de Bats, Marc de la Brof. 
ficre, Iean d’'Arblade, Icannet de Caftelnau, Iean de la Barde, Chrifto- 
phle de Breffay, Edouart de Brutails. | a | 

Picars. Yeannet Defprez, Meflire Adam de la Hargerie, Raoulquin de 
Fontaines, le Baftard d’Ardentum, Ramaige de Boullers , Antoine de He- 
rigniers, Y{ambert Dupuis, Nicolas de Vaucelles, Dauid le Queux, Petit. 
Jean de Villiers, Pierre de Villiers, Iacotin Maciot, le Baftard de Beauffort, 
VWalléran de Oftain, lacques de Saint Omer, Antoine de Calonne, Peroquin 
Dabois, Rafec de Vignacourt, Claude Cordon, lacques de Carnin , Iean 
de Bonual, Iean du Coureil, Guillemin d’Albingan, Louys de Fontaines, 
Louys Coruille, Noteual le Roy, Baftard de Montioye, Monc Roze, 
Lyonnet Malleuault, Jacques de Fillieures, Anthoine Dechefnay, Guiot 
de Habinc, Amotin le Sauxier , Perrinet Clabault , Perrot de Ciuray, 
Claude de Metra. 

Gaftons. Iean de Rüuiere. | 

Bretons. Brieu Goyon, [can Duhel, Bertrand Goyon, Louys Goul. 
lart. | . | 

Bourguignons. Iean de Baffay, Louys Dechamure, Vrbain Mallet. 

Sasoyens. Amc de Burciam, Michel de Burciam. 

Suiffes. Georges Mayor, le Capitaine Galles. 

Lombarts. Colle de Vic. 

E/coffos. Montgommery. 

nn na ro » Loys Defprez. 


Kefponfé des Seigneurs aux articles du Duc de Breta gne, tant [ur ce qui 
| a cffé entrepris an Chafleau de Nantes, que pour les places 
defquelles on s'eft faifs » 9° autres différends. 


Over ce que au premier article que les Seigneurs auoient enuoyé 
P cftoient contenuës les caufes qui les auoient meus de faire Pentrée 
au Chafteau de Nantes, ce que le Duc & Meffeigneurs de {on Confeil 
n’ont pas eù agréable pour cette caufe. Pareillement DU ui ac 

P u} 


1485. 


1485. 


douf 1485. 


148$. 


486 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

veulent pas mettre qu'ils entrerent audit Chafteau à port d'armes , ainfi 
qu'il eft contenu audit premier article ; & s’il plaift au Duc qu’il foit die 
qu’ils entrerent audit Chafteau à port d'armes, fupplient au Duc que pa- 


reillement foir mis les caufes pourquoy ils y entrerent ainf, s’il ne veuc 


que tout foit ceù, & qu'il n’en foit point park. + 

Et pource que à cedict premier Article ont répondu qu’ils declareront 
leurs ferviteurs & autres fujets qui veulent avoir grace , & lauront. ch2- 
.cun particulierement, ils en prendront pardon ceulx qui voudront, & par 
ainfi qu'il fera baillé un pardon général, afin qu'il n’y ait perfonne qui 
ne foit eh feürcté; car par default de la généralité s'en pourroit enfuiure 
-plufieurs maux & inconueniens par hayne ou enuie que les hommes au- 
ront les vns fur les autres. | | | | | 

Touchant l'Article qui parle de feruir Mefdames fes filles & leurs ma- 
+is, il leur femble qu'ils ne pourroient faire plus grande obligation que 
de bien feruir mefdites Dames; car en bien fervant les femmes ; on fert 
bien lesmaris. 

Pour le frxiéme Article, auquel eft répondu qu’il n’eft pas raifonnable, 
pource que tefmoings les Officiers de luftice du Duc, ont plufieurs proces 
& diffcrends auec lefdirs Seigneurs & fubjets touchant les faits de leurs 
Terres & Seigneuries , leur femble qu'il eft bien raifonnable : car à l’occa- 
fion de ce qui a efte fait, les Officiers du Duc les pourront molefter, & leur 
donner de grandes vexations, coufts & dommages foubz ombre de juftice; 
& pour ce a efté mis audit Article que les Officiers n’entreprendronc fur 
les perfonnes, ni iniuftement ne feront aucune chofe en leur préjudice, 
& n’entendent rien demander touchant les droits & prééminences du 
Duc , que les Officiers ne les puiffent querir & demander, ainfi qu'ils 
ont accouftumé. | 

Au regard de l'Article qui parle touchant la garde des Places, les Sei- 
gneurs ont refpondu que les Capitaines commis de par eux, feront fer- 
ment au Duc que bien & loyaument ils garderont les Places qu'ils au- 
ront en garde; & ne feront defdites Places, ni nuls de ceulx qui feront 
fous leurs charges, chofe qui foirt au dommage ni au préiudice du Duc 
ni de fa Duché : mais en bien feruant & gardane ta Place 2 leur Maitre, 
feruiront le Duc & fon pays bien & loyaument; & en feronc ledit fer- 
ment fur telles Reliques qu’il plaira au Duc leur bailler, & fupplient lef- 
dits Seigneurs au Duc qu'il luy plaife s’en contenter. 

Touchant la place d’Ancenis, Monfieur de Rieux promettra & iurera 
de bien la 5 par luy & fes hommes, & d'en fervir le Duc & fon 

ays. | 

; Et pource que ceux à quiles bois & maïfons ont efté abbaruës, de 
mandent etre récompenfez , fupplient au Duc tant humblement qûe 
peut faire, que fon plaifir foir de les faire defdommager defdirs abba- 
vois , à ce qu'ils ne demeurent ainfi grandement endommagez de la per- 
te qu'ils ont en ce; & aufñli touchant les meubles & levées. de leurs 
terres que le Duc 2 fait faire, ils entendent les recouvrer cn faifanc ledit 
appointement. | | 

" . Et quant eft de leur allée de par de-là, ils feront contens que és fois 
que les Ennemis defcendront au pays pour courir fus au Duc, & endom- 
mager fon pays, qu'ils s’obligeront d’aller feruir en perfonne. Mais rou- 
chant les Eftats, & autres mandemens du Due, luy fupplient en eftre 
cxcufez par Procureurs, & demeurer en leurs franches hibersez. 

Pra de l'Original. 


DV ROY CHARLES VIII 487 


I _ | 1148 fe 
Traité de Mariage de René II. Duc de Lorraine, c3° dd Madame he. 
UF. Pbilippes de Gueldres. 

Toys ceux qui ces prefentes Lectres verront, Anthoine Roillard, li. se. Auf 
À so és loix,. Garde de Ja. Preuofté d'Orleans, Salur. Sçauoir fai- 7+55. 
fons que entre tres-hauc & puiffant Prince Monfcigneur Remé Duc de Lor: 
raine , & de Barrois, Comte de Vaudemont & de Harcourt d’vne part, & 
haute &° puiflante Damonfelle, Madcmoifelle :Phifippes de Gueldres dauire 
part , ont criourd'huy pardeuant Pierre Nobler_ &. Barthelemy Senin No- 
caires jugez du Chaftelet d'Orleans, appellez & requis pour faire & pafler 
lectres & inftrument de ve qui s'enfuit efté fait, pailé, & accordé les Traité 
de Mariage, Douaire, Dot, Promelles, Conuenances ,& chofes qui s’eni 
fuiuent, C'eft à fair que mondit Seigneur de Lorraine, de bon vouloir 
© plaifir du Roy, pat les parens & amis defdits Scigneurs & Damoifelle, 
comme ils difent, prefens hault & puiflant Prince Monftigneur Pierre de 
Bourbén , Comte de Clermons & de la Mirche, Scigneur de Beauieu, & tres: 
haulre & puiflante Dame, Madame Anse de France, Comtefle de Clermont 
& de la Marche, Dame de Beauieu, a promis & promet prendre à femme 
& Efpoufe madite Damoifelle de Guecldres, & madite Damoifelle pareil- 
Jement 4 promis & promet prendre mondit Seignèur de Lotraine à mary & 
Efpoux, f Dieu & Sainte Eglife l'accordent; & par ledit Traité de Maria- 
ge mondit Seigneur de Lorraine promet prendre & rcceuoit madite Da- 
moifcelle auec tous fes droits & actions, fucceffions & demandes qui font 
 & appartiennent de prefent, & qui pour le cemps aduenir feront & pour- 
ronc appartenir à madite Damoifelle tant paternels , maternels, que frater- 
nels, & de ligne collaterale, pour & à caufe de Conftitution de Dor. Et 
en outre mondit Seigneur le Duc de Lorraine donne & conftitué à ma- 
dite Damoifelle,en cette confideration, & pour fon Douaite,la fomme de 
quatre mille liures Toufnois de rente à l’afliette de Normandie, & au Com- 
re de Harcourt auec le Titre de ladite Comté, 16 Chafteau dudit Har- 
court pour fa demeure, auec toute telle Seigneurie de iuftice & exercice 
d’icelle comme elle eft audit Harcourt. Et fi pat procés ou aucun debat 
ou querelle ledit Douaire ne fe pouuoit fcüurement affcoir fur ladite Com- 
té, fera ledit Douaire afligné en bon lieu & competent au plus prochain 
lieu dudic Harcoott en ladite Duché de Normandie, ou ailleurs, en bons 
& competens lieux. Seront mondeflufdit Scigneut de Lorraine & madite 
Damoifelle de Gueldres communs en meubles & acquefts; & au cas qu’elle 
furuefquift à mondir Scigneur, lefdirs meubles & acquefts demeureront & 
apparticndront à madit Damoifcile felon la couftame & vfage du pays de 
Lorraine. Et ont iuré & promis lefdits Seigneur & Damoifelle par les foy 
& ferment de leurs corps, pour ce corporellement & manuellement mis & 
baillé és mains defdits Notaires, non iamais venir contre les Traite de Ma- 
triage, Promefle, Dot, Conuentions & chofes deflus contenues, ni contre 
aucune d’icelles,ainçois les auoir agreables & tenir à toufiours fermes & fta- 
bles fans aucune infraétion, fous obligation d’eulx & de rousleurs biens meu- 
bles & immeubles prefens & aduenir où qu'ils foient, & pour ce foumis à 
la iurifdiétion & contrainte de ladite Preuofté d’Orleans, & À toutes au- 
tres, renonçans lefdits Seigneur & Damoifelle par leurdire foy & fermenc 
à toutes chofes & priuileges quelconques, qui tant de fait comme de droic 
aider , feruir & valoir leur pourroient aduenir contre ces Prefentes, & le 
contenu enicelles, aufquelles en tefmoin de ce Nous garde deflus nom- 
mé, à la relation defdits Notaires Iurez, auons fait mettre & appoler le fécl 
aux Contraéts de ladice Preuofté d'Orleans, tefmoin à ce prefent Reue- 


483 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


1,48 $\ rend Pere en Dieu Meflire Geoffroy de Pompadour *., Eucfque de Perigueux, 
* y. sy-aprés. Mcflieurs fean de Mas, Seigneur de l'Ile, Bailly de Conftantin,Ieañn Ville, 


25. Auf. 
: 1485. 


de Gerbeuiller Bailly de Lorraine, tous: Gheualiers, François de Razay, 
Efcuyer, Seigneur dudit lieu, Ce fut fait & pañlé à Orleans le vingt-huirie- 


me jour du mois d’Aouft, l'an de Grace noître Seigneur mil quatre cens 


quatre-vingrs-cinq. Ainf figne, P. Robert, & B. Senin. Sécllées d’vn fée] 
de cire verte fur double queué. À ne . 


A Tovs ceux qui ces prefentes Lettres verront , Anchoine Roillard, 
licengie és Loix, Garde de la Preuofté d’Orleans, Salut. Sçauoir fai- 

{ons que tres-haulr & tres-puiffanc Prince Mefire René Duc de Lorraine 
de Barros , Comte de Vaudemont & de. Harcourt, a ce iourd'huy. parde- 
uant Pierre Noblet & Barthelemy Senin Notaires Iurez du Chafteler d’Or- 
leans, appellez & requis pour faire & pafñler Lettres & inftrument de ce 
qui s'enfuit, connu & confefle de fa bonne volonté que oultre & pardeflus 
Je Douaire de quatre mille liures tournois de rente donnée & conftituée 
par mondit Seigneur de Lorraine à haulce & puiflante Damoifelle, Made- 
moifelle philippes de Gueldres ,ainfi que plus à plein eft contenu & déclaré 
es Lettres de Traité de Mariage defdits Seigneur & Damoifelle, ce iour- 
d'huy fair & paflé par lefdits Notaires, prefens tres-hault & puiffant Prin- 
ce Monfeigneur Pierre de Bourbon, Comte de Clermone & dela Marche, 
Seigneur de Beauieu, & tres-haulce & tres-puiflante Dame, Madame Anne 
de France, Comtefle de Clermont & de la Marche, Dame de Beauieu, 
mondit Seigneur de Lorraine auoit & a donné, cedé & tranfporté, & par 
ces Prefentes donne, cede & tranfporte à madite Damoifelle de Gueldres 
à ce prefente & acceptante, la Baronnie, Chaftellenie, .& Seigneurie de 
Vannes au Diocefe & Bailliage d'Amiens, auec tous fes droits, iurifdi- 
étions , cens, rentes, hommages, reuenus, poffeflions , & routes fes appar- 
tenances & dépendances quelconques , où qu'ils foient, fans en rien ex- 
cepter ne-retenir, pour d’icelle Baronnie , Chaftellenie & Seigneurie de 
Vannes, droits, appartenances & dependances quelconques iouïr , vfer, 
& poflcder par madite Damoifelle dé Gueldres, aprés le trefpas de mondit 
Seigneur de Lorraine, comme Douairiere, le plein cours de fa vie durant 
feulement, fauf touresfois & referué que fi mondit Seigneur de Lorraine 
alloit de vie à trefpas, delaiflez de madite Damoifelle aucuns hoirs def- 
cendans de leurs propres corps & de leurdit Mariage & elle procedoit à 
fecondes nopces, en ce cas, & non autrement , ladite Seigneurie Ba- 
ronnie & Chaftellenie reuiendra & appartiendra à leurfdits hoirs, un ou 
plus. Et aufli outre les chofes contenuëés audit Traité de Mariage en lar- 
ticle cy-deffus efcrit, a promis & promet mondit Seigneur de Lorraine à 
madite Damoifelle, que fi les places & Scigneuries à Sable , Maine, là 
Iuhez & la Ferté Bernard luy font adiugécs par la Cour de Parlement, & 
pour raifon defquelles eft à prefent Procés pendant & indécis en ladite 
Cour de Parlement entre mondit Seigneur de Lorraine d’'vne part & 
Meflieurs de Nemours d'autre part , madite. Damoifelle les aura auec 
leurs droits,reuenus & appartenances, & en ce cas les luy a donné & tranf- 
porté mondit Seigneur de Lorraine, pour en ioïr & .vfer par madite Damoi- 
{elle le plein cours de fa vie durant feulemenc, comme dit eft deflus , aux 
conditions deuant déclarées; & a iuré & promis mondit Seigneur de Lor- 
raine pat les foy & ferment de fon corps, pource corporellement & ma- 
nuellement mis & baillé és mains defdits Notaires, non iamais venir contre 
les don, tranfport, promeffles & chofes deflus contenuës, ni contre aucu- 
nes d’icelles, ainçois les auoir agreables & tenir à toufiours fermes & fta- 
bles, fans aucune infraëtion, fous l'obligation de luy & de taus.fes biens- 
meubles 


ee ue 


DV ROY CHARLES VIII 489 
meubles & immeubles prefens & aduenir, où qu'ils foient, pout ce foumis 1; 48 $: 
à la iurifdiétion & contrainte de ladite Preuofté d’Orleans & à toutes au- 
tres, renonçant ledit Seigneur de Lorraine par fefdits foy & ferment à 
toutes Arr &. priuileges quelconques, qui tant de fait comme de droit 
ayder, feruir & valoir luy pourroient aduenir contre ces Prefentes , & lé 
contenu en icelles : aufquelles en tefmoin de ce Nous Garde deflufnom: 
mé, à la relation defdits Notaires Iurez , auons fait mettre & appofer le 
{éel aux Contrats de ladite Preuofté d’Orleans, eefmoins à ce prefens Re- 
uerend Pere en Dieu Meflire Geoffroy de Pompadour Euefque de Peri- 
gucux, Meflicurs Iean du Mas, Seigneur de Ffle, Bailly de Contantin, 

Jean Vifle de Gerbeuiller, Bailly de Lorraine, Thomas de Paffenhafen, 
Sencfchal de Lorraine & Bailly de Vaudemont, tous Cheualiers, & Fran: 
çois de Razay Efcuyer, fieur dudit lieu. Ce fut faic & pafñle à Orleans le 
vingt-huitiefme jour du mois d’Aouft, l'an de noftre Seigneur mil quatre 


. cens quatre-vingts-cinq. Ainfi figné, P. Nobler. B. Senin. Scellées d’vn fecl 
de cire verte fur double queué, | 


EN par la grace de Dieu Roy de Ierufalem, d’Arragon, & de Si: 4 Moufen 
R cile, Duc de Lorraine & de Bar, Marquis du Pont, Comte de Pro- .. o 
uence, de Vaudemont, de Harcourt, &c. À tous ceux qui ces Prefentes É 
Lettres verront, Salur, Comme en traitant le Mariage de Nous & de nof- 
tre tres-chere & cres-amée fœur & compagne Dame Philippes de Gueldres 
noftre efpoufe, ayant auec fes parens & amis & és prefences de nos tres- 
cher fieur & Dame es Ducs € Ducheffe de Bourbon G d'Auvergne, & au: 
tres, par iceluy Traité de Mariage promet & donne à icelle Dame Philippes 
de Gueldres noftre efpoufe pour fon Douaire, au caÿ que irions de vie à 
trefpas deuant icelle, & que Douaire y efcherroit la fomme de quatre mil. 
le liures tournois, à les prendre par chacun an fur. noftre Terre & Sei- 
pneurie de Harcourt, comme peut apparoir par les Lettres fur ce faices & 
paflces, & depuis pour certaines caufes à ce Nous mouuans luy euffions 
femblablement, pour accroiffement de fondit Douajre ,. donne & affigné 
noftre Terre & Chaftellenie de Vannes, ainfi que partillement peut appa- 
roir par autres nos Lettres dedans, & auec lefquelles ces Prefentes font infi- 
xécs'; & foit ainfi que depuis certain temps, aprés lefdites promefles & affi- 
ions faites , mefmement en l’an mil quatre cens quatre-vingts-fix quo 
cliberafmes aller pour recouurer noftre Royaume de Sicile , lequel lors 
occupoit & de prefent occupe /e Baffard Ferrand d’Arragon , pour lequel re- 
couurement fifmes grands amas de biens & d'argent, à caufe de quoy Nous 
fur de neceflité engager plufeurs nos Terres & Seigneuries, & par efpe- 
cial charger nos Terres & Seigneuries de Harcourt & de Vannes de plu- 
. fieurs & grandes fommes de deniers, laquelle icelle Dame noîftre efpaufe, 
connoiffant le grand defir qu'auions dudit recouvrement, liberalement & 
de bon cœur Nous accorda,iaçoit que auparauant luy euflions dorfné & hy- 
potequé pour fon Douaire, comme dit eft. Srawoir faifams que Nous qui 
defirons icelle noftredite efpoufe & compagne ne demourer impourueué de. 
Dowaire, fi le plaifir de noftre Seigneur Dieu eftoit. de nous appeller de- 
uant elle & que Douaire y efcheuft; ayant égard à. ce que liberalemenc 
elle fuft contente foy gefñifter defdites Terres & Seigneuries, & que de- 
puis elle s’eft toufiours bien..& honneftement conduite & gouuérnée en« 
uers Nous, 8 comme bonne femme doit auec fon mary &. sg , & 
quéd’icelle auonseù plufeurs beaux enfans, voulans ainfi vfer de libera- 
lité, & faire comme bon Prince & Seigneur doit faire: à fa loyale compai 
gne & cfpoufe: pour ce & autres iuftes &'raifonnables-caufes à ce Nous 
mouuans, voulans aufli enfuiure Jcdit Traité de Mariage, & foprnir à nos 


14595. 


490 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


promeffes à elle faices, de noftre certaine fcience, propos & aduis & meu- 
res & longues deliberations fur ce eüës, auons auiourd'huy, date de ces 
Prefences, donné, oétroyé, afligné, hyporequé & obligé, & par ces mefmes 
Prefentes donnons, oétroyons , aflignons, hypotequons , & obligcons pour 
Nous, nos hoirs, fuccefleurs & ayans-caufe, à ladite Dame Philippes de 
Guecldres noftre efpoufe & compagne pour fon Douaire,au cas que Douai. 
re y efcherra, & au lieu & change des aflignations à elle faites par cy-de- 
uant, tant en traitant le Mariage d'elle & de Nous, comme autrement, nos 
Terres & Scigneuries cy-aprés ms & défignées ; à fçauoir premier 
noftre Marquifac, Cité & Ville du Pont-à-Mouflon, & le Chafteau dudit 
Mouffon , auec toutes leurs appartenances & dépendances ‘en routes Iu- 
rifdiétions & Seigneuries, haulte, moyenne, & bafle, cens ; rentes, reue. 
pus & droiture d'or, d'argent, de bled, d'auoine, de vin, de chapons, ge. 
lines , cire, poiure , porcs & efpices, gruries de bois & d’eau, & de toutes 
autres rentes quelles qu’elles foient,.& que on les puifle nommer, fpecifier, 
ou défigner, fans aucune chofe en réferuer,obmettre, ou retenir. Ztem., Et 
femblablement luy auons donné & afligne, donnons, & aflignons comme 


 deflus pour fondit Douaire noftre Comté de Vaudemont, les Villes & 


8 sl. Vexelay. 


Chafteau d'icelle, noftre Ville de Vezclife*, & generalement toutes autres 
Villes & Villages dudit Comté, toutes leurs appartenances & dépendances, 
pour en iouïr & vfer, fa vice durant, en la forme & maniere que de prefent 
les poflcdons en toutes iuftices haultes, moyennes & bafles, cens, rentes, 
droitures d’or, d'argent, de bled, de vin, d’auoine , chapons, gelines, ef- 
pices, cires, & droitures de bois & d’eau, & generalement de toutes au 
tres rentes & reuenus appartenans audic Comte, fans aucune chofe en ex 
cepter, Encore & d'abondant, pour les caufes que deflus, auons donné & 
donnons d'icelle Dame Philippes de Gueldres noftredice compagne & ef. 
poufe pour fon domicile & accroiffement de fondit Douaire, & afin queicelle 
puifle micux entretenit fon eftat, nos Villes, Places, Chaftel, Terres & 
Seigneuries de Gondreuille & de Condé fur Mozelle , pour les auoit 
& tenir fa vie durant, auec tout le reuenu d'icelles, foit en Chaftellenie, 
Preuofté, Bourgeoilie, Iuftice haute, moyenne & bafle,rentes & reuenus 
d'or, d'argent, de grains, de vin, de cire, de bois, d'eaux, de chapons, 
de gelines, & de toutes autres rentes quelconques , comme on les puifle 
dire , nommer , fpecifier ou defigner , fans aucune chofe réferuer, hors 
mettre, ou retenir, pour de toutes & chafcunes les chofes deffufdites, leurs 
circonftances & dépendances en ioïr, vfer. & exploiter felon le droit & 
couftume de Douaire, exercer , faire exercer , prendre , receuoir par qui 
bon luy femblera, fa vie durant, à fon bon plaifir, fans que nofdits hoirs, 
rade ds , Où ayans-caufe y puiflent ou doiuent aucune chofe contrarier 
pour l’auenir, Et pour ce que par icéluy Traité de Mariage fut lors accor. 
dé que les biens-meubles & acquefts feroient communs entre Nous &icels 
le noftredice compaigne & cfpoufe, Nous auons voulu, declarc & dela 
rons | mefmes Prefentes, que nous auons entendu & entendons que 
s'il aducnoit que noftre Scigneur Dieu fift fon commandement de Nous 
auant que d’elle, & qu’elle demeuraft Douairiere, qu’elle tienne & poffede 
cous les meubles, &acquefts par la forme & maniere que les Dames Douai. 
ricres'ont accouftumé de prendre de cout entieremant, és Duchez de Lor- 
raine & de Bar felon la condition des lieux où les biens font & feront aflis 
au jour que Douaire y efcherra, réferué toutesfoisles anciennes gageries & 
obligations à nous obtenués par nospredeccffeurs Ducs &:Gomtes deldires 
Duché & Comté. Si 'auons promis, iuré & :accordé ,:8cpar ces Prefen. 
tes promettons, iurons & accordons en parole de Prince pour Nous & tous 
aos hoirs, d’auoir & faire auoir ,cenis & accamplir cout le contenu cy-deflus 


d 


pv k O Y CHARLES VIIE 491 == 


bon, wlable, ferme & eftable, fans. faire mettre, où donger, ni fouffrit 
eftre faic, mis ou donné aucun deftourbier où empefchement au contraire 
en maniere que ce foit, fous l’expreffe hypoteque & obligation de tous nos 
biens meubles & herirges prefens & aduenir, lcfquels pour ce Nous auons 
foumis & foumettons aux Iurifdiétions , forces & contrainres de toutes 
Cours fpirirueles & temporelles, pour par aucune d’icelles eftre contraints 
& compellez à l’obferuation & entrerenement de toutes les chofes deflufdi- 
tes & de chafcunes d'icelles. En £efmoin de ce Nous auons ces Prefentes 
fignées de noftre main , & à icelkes fair appendre noftre fé Donné en 
noftre Ville de Mouffon le quinziéme ionr du mais de Seprembre, Fan 
mil quatre cens quarre-vingrs-sreize. Ainf figné, RENE. Es fur le reply 
cf eféxit, Par le Roy de Sicile, &c. Duc de Lorraine & de Bar, &c. Pour 
Secretaire. 10. Eudd. Regiffrata , Chafteauneuf. Séellées d’vn féel de cire 
rouge fur double queuë. | | 


Bulles de difpenfe À René II. Duc de Lorraine, pour la diffolu- 
” tion de fon mariage auec leanne d'Harcourt, & pour la con 
firmation de fon fécond mariage auec Philippes de Gueldres. 


rTNNOCENTIVS Epiftopus, feruss féruorum Dei, ad futuram vei memo- 
riam. Si que indicia rite  recte terminantur , fixnea debent € illibata per: 
fiffere ; @ ne in refiduo cantemptionss férupulum rclabantur Apoffolico conuenit 
refidio communire. Sane pro parte dileéti filii nobilé viri Renati Herrici Du- 
cis Lotharingiæ mobs muper exhibita petitio contincbat , qued olim ipfe, qui cum 
dileëta in Chriflo filia nobili maliere Xoanna de Harcuria, ixcola loci de Einuilla, 
Tullenfis Diæcefss , matrimoniums per ve ba de prefenti contraxerit, @ per qua- 
suor annos CG ‘vltra rei coniugali operam danda cum illa cobabitaucrat, prapter 
quoddam impedimentums corporés prefate Joanne quod medicorum artificio rolli 
nequibat, matrimonium huisfmodi carnali copula ordinarie non potuerai confum= 
mare, @ per alios quatuor anues à cobabitations çum illa abffinuerat , cupiebat- 
ne pater effici liberorum, 6 cum aliqua alia muliere matrimonialiter copulari; cum 
À nounallis fimplicibus affererctur ipfom prefate loavva vinculo matrimoniali a[- 
srictum fore, Ô* cum alias maliere matrimonium contrahere nop polle, © fi con- 
sraberet, pralem legitimam non effe : ad obffruendum ora loquentium venerabili fra- 
sri noffro Epifopo Tullenfi, velcius 5n fpiritualibus Vicario Generali, vt f vo- 
Cats dite lobanna G: alé vocandi, confarer, preditta vera eff, C* per affertio- 
nem duorum medicorum 4c quinque mAfrOUATHU ip arie exRertarN M CUIR iuramsen- 
to diéfam Iobanvam erdinarie carnaliter coguofei, nec artiféio medicarum ad viri- 
des amplexus aptam reddi polfe, Gr de alixs expolitis declararent ipfum Busem premif- 
forum occafione , prafatæ Joanna nullo vinculo matrimanii adffricium effe, € 
fibi premifis son obffantibus cum alis vxore matrimonium canérabere, C* in co 
poffquam contraitum foret libere de licite, alio fibi non obfayte, canonice remanc- 
re polfe declararent, per litteras Pænitentiariæ noffre mandari obtinuit. Quarury 
œwigore dileétus filius Aulricus Briclli Archidiaconus de Vozxago iv Ecslefis Tullenff 
sunc Vicarius Venerabilis fratris noffri Epifcopi T ulenfis in Spiritualibus Genc- 
ali, ad earam executianem , illarum forma feruata, procedns ; prefatam loban- 
nam non cffe neque fuiffe idoneam ad amplexus viriles, vi pofet cum ea matri- 
monium ordinarie confummari, GC matrimonium inter ipfos Renatym GC Iaan- 
nam alias contraëtum , fuiffe G effe nullum G: inaligum ipfamque Renatum il- 
dius pratextu diits Ioanna nullo matrimonii vinculo affrictum fuifle € fe, € 


eidem Renato licere cum alia muliere matrimonium çantrabere, Cr in eo, poflquams 


contraëfum foret, libere Gr licite, alie fibi non ebffante, cavonice remanere de iure 
poffe, prolemque fufcipiendam ex illo legitimam fore per [am CLÉ declara- 
q 1) 


—_ = RE 


148 ÿ: 


21. lanwiv 
148 8. 


1485. 


r6. Septembre 
1485. 


492 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

sit, prout in ile plenius continetur ; Cuius tenorem bic pro expreffo babems. 
Quare pro parte ditfi Ducs afferenté fententiam pradié am nuls pronocatione 
Jejpenfem in rem iudicatam tranfiuifft, & fe pofimodum cum alis mulicre ms- 
trimoniuns contraxiffe, ac carnali ve confensmalfe , obus fuit bumiliter [applis 
catum , vt fententie praditfs C inde fecutw pro Jubjifientia firmiers robur noffre 
confirmation adiicere, aliafque in premilfis opportune prouidere de benignirate 
Apoffolics dignaremur, Nos igitur , qui votis ciufdem Dncis rationalibus C ho: 
neffs libenter annsimws, GC: fententiam predifam , babitumque coram dits Vi. 
cario viçore dicfarum litterarum por diligenter infpici © examinari feci- 
mus, buiufmodi [upplicationibus inclinati, lifteras Pænitentiarie praditas,  il- 
larum vigore habitum proceffim latamque féntentiam buis[mods aucforitate Apoffo- 
lica , ficut pronide Canonice iuffeque lata eff, preféentium tenore approbamus 
confirmamus, ac prefentis fcripti patrocinio roboramus , fipplemufque omnes € 
finçulos defcitus tam iuris quam facti, fi qui, forfan ex inordinato proccffu «nt 
alias quomodo libet interuenerint in ci[dem , contraitumque pofimodum per cums- 
dem Dacem Matrimonium predicfum cadem anoritate bencdicimus, illadque ca- 
monice contratfum , fufceptamque , fi que fit, ac fifpiciendam ex eodem matri- 
nio prolem legitimam decernentes, non obffantibus Conffitutionibus G Ordinationi- 
bus Apoffolicis, caterifque contraris quibuftumque. Nalli erço omnino hominum 
liceat banc paginam noffre approbation , confirmationé , roborations , fsppletie- 
ni, bencdicfions , @° conffitutionss infringere, vel ei aufs temerario contraire. 
SÈ quis autem hoc attentare prefumpferit , indignationem omnipotenti . Dei, 4c 


Beatorwm Petri  Pauli Apoftolorum cius [e noucrit incurfurum. Datum Roma 


apud Sanfum Petrum, anno Incarnationis Dominice millefimo quadringentefime 
ocfuagefimo otfauo, pridie Kal. Februarii, Pontificatus noffri anno quinte. | 


Arreff contre le Duc d'Orleans, qui ordonne qu'il [era proædé contre 
luy © autres qui [e font mis en armes, par adiowrnemens perfonnels, 
fous peine de confifcations de corps de biens. 


Ds 16. Septembre 1485. 


Y Vr les Lettres efcrices par le Roy à la Cour, par lefquelles il a faie 
S fçauoir que pour obuier aux affemblées de gens en armes qui font à 
Baugency & és enuirons, iceluy Scigneur auoic par deliberacion de fon 
Confeil enuoyé audit lieu de Baugency où eft le Duc d’Orleans, les ficurs 
de Dunois & de Narbonne aucc Îuy & autres, pour icelle faire fçauoir & 
fignifier par Normandie Herault qu'ils fe départiflent, & depuis par Mont- 
joye Roy d'armes. Mais lefdirs Normandie & Montioye n’auoienc pü exe- 
cuter leurs charges & mandemens, & qui pis eftoit auoigne les deffufdics, 
comme on difoit, fait prendre François de Poncbriant Capitaine de Loches, 
Louys Marrapfin, & Rigaulc d'Oreille, que ledit Seigneur auoic enuoyé à 
Tours, & a mandeé ledit Seigneur à la Cour que fur ce elle auifaft ce qu’il 
feroit befoin de faire, pour garder l’authoriré & fouueraineté dudit Sei- 
gneut, & que fur ce ladite Cour auertift ledit Seigneur. La matiere mife 
en deliberation ,a efté conclu que l’on efcriroit Lettres audit Seigneur, par 
lefquelles la Cour le remercioit; que fi fon bon plaifir eft, il pluft décerner 
Lettres patentes adreffantes aux Baillifs & Iuges Royaux de fon Royaume, 
pour faire proceder contre les delinquans, par prinfe de corps,adiournemens 
perfônnels en la Cour de ceans, & autrement, fous peine de confifcaion 
de corps & de biens ; & auñfi, que fi fon plaifir eft que aucuns des Prefidens 


& Confeillers de la Cour voifent deuers luy, ils feront prefts d’y aller , 


pour le feruir , lefquelles Lettres ont efté expediées par le Grefher Cri- 
minel, | 


= te —. 


PRE OR. ES mm Ne ll EE CT | 


= Ru = 


DV ROY CHARLES VIIL 49 


Ds 19. Septembre 1485: 


C Ve les Letiies par le Roy eferites à la Cour le feiziéme de ce mois, 14 seprembre 
S par lefquelles ledit Seigneur à mande & fait fçauoir à icelle Cour, que :#55. 


combien qu'il fe fuft mis en deuoir de faire mettre bas les armes aux gens 
ui s’eftoient affemblez à Tours & Baugency, & que pour mettre Dieu de 

e ° ? 9 e e . 
bn cofté il euft differé d’y pouruoir, ce neantmoins eftoient venus en ar- 


mes le Duc d'Orleans, les Seigneurs de Dunois & de Narbonne, accom- 


gnez de plus de huit cens hommes de guerre au Port de Saint Mefmin, 
my-voyc d'Orleans , où eftoit ledit Seigneur, & de Clery, & auoient efte 
tuez trois ou quatre pionniers qui auoient efte prins en defarroy; defquel- 
les chofes ledit Seigneur aduertifloit la Cour, afin que s’il procedoit con- 
tre les deflufdits comme ils auoient merite, la Cour ne aultres ne s’en 


” donnaffent merucilles, & afin aufli que ladice Cour de fa part, entanc qu’el- 


le pourroit faire par le train de luftice, y fift ce qu'elle verroic & connoif- 
troit que faire fe deuroit. | | 

La matiere mife en déliberation, a efté deliberé que on efcrira Lettres 
reïteratiues audit Seigneur, pour le remercier de ce qu'il luy plaift faire 
fçauoir de fes nouuelles à ladite Cour, & que les Prefidens & Confeillers 
dudit Scigneur en icelle qui demeurent és vacations, aflifteronc, & com- 
muniqueront auec les Preuoft des Marchands & Efcheuins de la Ville de 
Paris & autres du Confeil dudit Seigneur en la Chambre du Confeil prés 
la Chambre des Comptes, pour aduifer fur les affaires d'iceluy Seigneur à 
la feüreté de la Ville, & y pouruoir, & aduertir ledit Seigneur de ce qui fera 
à faire. Faiten Parlement le dix-neuuiéme iour de Septembre l’an mil quatre 
cent quatre-vingts-cinq. 


Extrait du Procez verbal fait fur l'hommage du Marquifat de 


Saluces, entre les Officiers du Roy & du Duc de Sauoye. 


OvERINT vriuwerf,quod anne Domini millefimo quatercenteimo otfua- 

gefimo quinto, die prima menjis Decembris, apud locum Moirency, in quo tunc 

ob peffem in ciuitate Gratiopolitans wrecntem infignw Curis Parlamenti Delphina- 

tus refidebat, videlicet in Conuents fratrum Minorum ciufdem loci Moirency,in ca: 

mers clecfa proféripto confilio cinfdem curie tenendo qua erant nobiles..….….. | 

Diéta die vero craffine, vltima fepeditfi menfis Septembris, audientes prenomi- 
wati domini Officiani Sabaudie.... 

Primo. Dixerunt notorium effe, diéfum Dominum Ducem Sabaudie, tam pr Je, 
quam fuos predeceffores, ex antiquitate C° vfque ad tempus prafens, fore € effe ins 
pafeÎione Feudi G Homagii Dominiique direlfi, dilfi Marchionatus, ex qua pof- 
feffione se ared O" arçuitur Titulus ctiam nullo alio edutfo Titulo. 

Secundo. Dixerunt quod iwrs difhofitione, dignitates, Ducatus, Marchionatus 
@ Comitatus dependent ab Imperatore : itaque [olius Imperatoris eff, tales digni- 
fates concedere G conferre. Et quia, vt dixerunt, Imperator conceffit ditfo Mar- 
chioni Salucisrum dignitatem Marchionatus, ipfa dignitas 4b codem Imperatore 
dependet, ita ut de iure communi idens Imperator fit fundatus, ut dici debeat ip- 
Jam cffe direifum ©: Jupremum Dominum ipfius Marchionatus C° inris Vafalagii 
cinfdem ; ipféque Marchionatus ex hoc eff de eius diretfo Dominio Cr feudo. Et cum 
ipfé Imperator concefferit, vt dicebant, G remiferit ira que babebas G habere po- 
terat in diéfo Marchicnatu Saluciarum , Domino tunc Duci feu Comiti Sabaudis 
Gr ou db » êpfe Marchionatus eff G mouctur de feudo G: direéfo Dominio 
cinfdem Domini Ducis Sabandie, qui babes cius fundatam intentionem de inre cons- 


mani, ficut Imperator. _ 
QQa i) 


+ + =. 


148 5: 


Septembre 


148$: 


494 OBSERVATIONS SVR EMHISTOIRE 
Tertio. Dixerunt quod ipfe Dominus Dux Sabaudie, non modo ex conceffione 

Imperiali, fed ex antiquiffims tituli G: recognitionibus facfs, necnon féntentiis 

arbitralibus latis inter quondam Duces feu Comites Sabandie > quondam Marchio- 


ges Saluciaram , ctiam per fexaginta annes , ante. recognitiones € bomagia, vt 


prateuditur, faitas per Marchiones Saluciarum defuncfis quondam bons memeris 
Dominis Delphinis predecefforibus Domins noffri Regis Delpbini moderni, G de- 
mums vfque ad tempora nouifima continuatas, habuit G* habet cius intentioncm 
fundatam.. In quarum recognitionsm. antiquarm praiudiciuxs: non licuit eiden 
Domino. Marchioni fe fwbmistere diéfo Domino noffro Delphino, Gr. ipfüm in eisx 
Dominuw. recognoftere , nec homagium C° fidelitatem. fibs praflare. 

Quarto. Dixerunt quod ex quo. quod diffus Dominus Marchio Saluciarum re- 
<ognouit, @ fhi predeceffores recognoucrunt ex antiquo C* per tempora trecentorum 
anDorumn nouiffime CG huc vfque decurforum, fe effe Faffalos diéfs Domini Ducis & 
Juorum predecefforum , G: de didfo Marchionatu feceruns G* préfbiterunt homagia 
GC recognitiones , i pfe Dominus Dux Sabundie Gr fui pradeceffores prafcripferuns 
spfan. feudum G* ius direiti daminii diéfi Marchionatus Salucigrun. 

Quinto. Dixcrunt fententiam allegatam parte Delphini, per infignem Curiam 
Parlamienti Regii Parifiws prolatam., vitio. nullitatss fubiacere ; tum. quia fuit lara 
per Regem , Delphinum C cius Curiam, GC fic in caufa propria, ob quod non va- 
duit, nec valet, fécundum. iuris communis diffofitioncm ; tum quéa nan potuit pro- 
rogari Iurifdicfio ditfi Domini nofhri Regw, per Ducem Sabandie, in preindiciur 
Imperatorë  cius Iurifdictionis, iure 114 diffonente ; tum quia conflat infframen- 
1 publicis puohibitum, fuiffe dicfo Domino Duri [eu tunc Comité quondam qui di. 
citur prorogafe ditfam. Iurifdicfionem in didfum. Dominum noffrum. Regem C* cius 
Curiam per Imperatorem , quod non baberet facere praditfam prorogationem , nec 
Je Jabmittere indicio Regio ; tam G° quia difta prorogatio non potuit, nec valuis 
Jieri in praiudicium [ucceforum dicfi Domini Ducis Sabaudie, ficuk nec alienatio: 
ideo diéfa prorogatio  [ententia preren(a fubfecuta G* lata non preiudicant [uc- 
céfforibus dicti Comitis feu Ducis Sabande, nec aduarfus, ditfus Dominus nofler 
Rex Delphinus poteff illis [e iusare ; tum € poffremo quia effluxi funt anni ocfus- 
ginta à ditfa fententia citra, quo tempore durante , diéfi Marchiones Salucicrum , 


- pradicta fententia nonobflame, recognoucrunt predsi}um Domisum Ducgm Sabas- 


dis modernum, C* cine pradkccffores , decem vel duodecim vicibus, in veros Domÿ- 
nos [4os, cifdemque prefliterunt homagiuns C* fidelitatis facramentum : ob quod 
dereçatum JE ipf fententis, G* aduerfus eam prafiriptum , prout deroçari © pre- 
févibi patuit. 

_ Quas rariones in quinque Capitulis fupra proxime [criptis contentas. .…. 

Diéta vero die Sabbati craflina, prima menfis predicti Oéfobris,mane, circa ho- 
ram Ocfauam.... | 

Et primo dixit @ propofuit prafatus Dominus Prafidens Delphinatus , verba 
fus dirige#do dicfs Domins Officiariis Ducalibus. Magnifice Domine Prxf- 
dens, vofque cæceri clarifimi Domini, die hefferna plura fucrunt fundaments 
veffra ex parte deduits, ad iuflificationcm intentions C* iwris pretenfi iluffriffims 
Domini Ducé Sabaudis, C ad encruationem iurium [treniflimi Principis Kegis 
Declphini Domini noffri, qu« potius videntur Œ cenferi debent palliata C* colora- 
ta, quam in veritate iyris [ubfiffentia, cum reucra ik nallo derogare babeant in- 
teutioni Delphinali, nec adiuuare intentionem prefati Domini Ducis Sabaudis, af 
ex Jequevtibus € dicendis per me apparebir. 

In primis, gwia prefatus Dominus noffer Rex Delphinss habet cius intentionem 
fundatsm ex notorietate faifi. Nam votgrium ff qued Marchiosatus Saluciarum 
ff C mouctur de hamagio € feudo Delphinali, ut iyflificatur CG probatur pluri- 
bus inffrumentis C° documentis authenticis antiqué fuper preflatione € rccogni- 
tionibus feudi CG homagii dicti Marchianatus facfis, èx quibus arguitur O* pxa- 
batur notorietas , Vt dicicur per Imo. &alios Do&. in C. ex infignatiqne &e 


DV ROY CHARLES VIIL 49$ —-—— 
Appcll. in C. per tuas de Tefli. per Angel.in L. Si pars ff. deInoff,Teftam, 1 4 8 fe 
& in L. fin. ff. de Petit. hered. & per Glo. in L, ubi paétum C. de Tranfat, | 
Etiam Notorictas juffificatur per féntentiam in fauorem Domini noffri Regis Del- 
phini latam, de qua infra latius mentio habetur, qua facit ius C notorium ; nt cff 
cafus in L. Emptorem in Princ. ff, de ation. Empri, 
Secundo. Quia Dominus noffer Rex Delphinus fuit @ cf fuique predeccffares 
wersnt in antiqua poffeffione diéforem homagii d feudi à tempore anni mile fimi 
ducentefimi decimi citra Gr qua hatenus wjque ad tempora prefemtis fuit © cf 
continmata, ut de iure continuare G: durare prefumitur, prout decidit Bald, in 
L. Si de proprietate, C. Si non a compet, lud. fent. efle dic.. 1f4 vr paffeffie 
nous pratenfa ex aduerfo violenta dicatur, debuerirque ce debeat ipfe Dominss 
poffer Rex in quantum reperiretur [ua pofelfionc corporali C reali prinatus, is 
ipfa reponi cr reflitui. Faciunt pro hac parte etiam Imo. Hofti. Panorm. in 
GC. Licet caufam, de Prob. 
© Tertio. Quis fententia fuit lata per Dominum noffrum Regem ciufque magnifi- 
cum Parlamentum Parifienfé, in vim prorogationis facf.e in Regem ipfum © iuffi- 
tiam fai Regni, per guondam Comitem Sabandis pradecefforem Domini moderni Du 
cs Sabaudie agentem ex Vna, Ge Dominum tunc Marchionem Saluciarum ac Pro- 
curatorem Generalem Delphini reos G fe défféndentes ex alia, partibus : per quam 
quidem fententiam dicfi Marchio @ Procurator Delphinals , qui impetchatur ab co 
dem tunc Comite pro ditfo feudo, abfoluti fuerunt ab impetitione ciwfdem Comitis, 
cum reportationc damnorum, intereffe G ex enfarum , fuitque diifus Marchio Sa- 
duciarum declaratus homo GC vaffallus pis Domini noffri Regis Delphini, que. 
fententia fecit ins, NT D.L. Emptorem , jte vé ditfus Marchio dicatur G* dici de- 
beat homo Gr: vaflalus ciufdem Domini noffri Regis Delphini, pofito etism, non 
tamen conceffo , quod proprins 0m cffet, prout tamen erat talis ,. L. Ingenuum #, 
de ftatu hom. Adwerfus quam fententiam non licuit dilfo Domino Duci, neque 
fuis fucceffribus venire, cum tranfiserit in rem indicatam , nulla appellatione [en 
“fapplicatione vel recurf G reclamatione falbenfa, L. fin. C. Ve lit. pend. L. r. 
C. de re Ludic. 1» vins cuius Arreffi ac in execationem ipfius, dittus Dominus 
Marchio fecit homagiuwm Gr" praffitit fidelitatis facramentuns prefsto Domino noffro 
Regi Delphino, ipfmque Dominum G° faperiorem yum recogmouit G* fic non po- 
#eff dici quod ditfus Marchionatus non fit C° moucatur de fendo € homagio Del- 
inali. : 

Quarto. Nos pofens obffare parti Delphinali per partem Ducalem [uperins de- 
duéta © declarata : nam bi deducitur diéfum Dominum Dacem Sabaudis 
ex antiguitate efe in pofeffionc feudi Gr homagii ditri Marchionatus, hoc non re- 
peritur fore verum ; nec recognitiones G fententias arbitrales parte preditfa Ducali 
allegatas facere intentionem cinfdem Domini Ducs, ut ex illis ipfa intentio pol]is 
dici logitime fundara , cum per preditam fententiam infignw Curie Parlamenti 
Parifius fuerint declarate minus valide Gr incficaces, G: vmnis que nunc parte 
Ducali deducuntur ; déduita facrant in caufa © proceffu agitato G* formato Pari- 
fus, faper quo fuit Lars ditfa fententia, C* fic non cer illa ulscrius deducere ne- 
que allegare. Iura ad hoc Junt vulgaria, nec vwerifimile eff quod diffus Dominus 
Sabandie Dux tempore late fententie G* inchoations proceffus preditfi, fuifes ir 
pofefione feudi G: homugii Saluciarum , cum ipfe Dominus Dux Jen Comes turc 
Sabaudie querelaucrit G: fucrit actor in dicfo procefw Parlamenti Parifius, © dy 
fi Marchio G: Procuraÿor Delphinalis fuerint rei, ss | 

uinto. Nos ef verwm quod dignitas Marchionatus dependeat à folo Impera- 
tore , nec quod foliws Imperatoris fit concedere tales dignitates.: quoniam ad Re 
Francia qui nullum fuperiorem recognofcit , NT cft Text. in C. Per venerabilem 
qui fil. funt legit: efiams fpelfat conferre tales dignitates, Bal. in c, 1. de Nat. 
feud.. jmo etiam ad omnes alios Reges qui non recognoféunt féperiorem [feëat 
tales dignisates concedcre, quis habens omnis inra iviperis:, NE KCRCE Panor. in 


r 


496. OBSÉRVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4 8 5. diéto C. Per vencrabilem , & voluit Ia. de Alue. in C. 1. de feud. Mar, 
| Duca. & Comi. & in C. 1. Quis dicatur Dux, Marchio. Twm eriam quia 
talis dignitas ff prafers ptibilis y maxime tanto fempore cuis non [fat memoria in 
contrarim : quia omne quod eff conceffibile per priuslegium poteff prefcribi, L. Qui- 
cunque, C. defini. limit.l. x r. C. Super quibufdam, (. præterea de verb. figni, 
c. 1. de præfcrip. in 6., pro quo facit quod dicit. Bal. in Tit. Si de inueftitura 
lis oriatur,$. Cumautem, wbi dicit quod ff vaffallus ignoret à quo habuit feuduns 
vel nomen feudi, fuffcit eidem quod probet antiquitatem. \dem dicit Dom. 
Antho. Debuf. in C. cum dileétus, de off. Ordi. Zrem non fequitur, ad [olurs 
Imperatorem fheétat concedere tales dignitates in Imperio [uo, ergo ipfa dignitas 
mouctur de feudo Imperatoris, quis concellio talis y non arguit rem feu- 
dalem. Nam in Imperio multa funt allodialis, vx decidic Hen. Boyc..in C. Si 
diligenti, de præfcrip. Wbi dicit quod omnia regna procefferunt per vférpationem, 
Gr fic tantum prefcriptum , quantum poffefum , excepto tamen Regno Francis, cum 
per cleétionem proce]is, G* inde per fuccefionem : G* qualibet res prefumitur libers 
& féruitute, homagio & feudelitate [eu feudo, nifi probetur impo/itam féruiturem, 
L. Altius, ff. Si Êr. vendic & L. Loci Corpus, $. Competit, & L. Sicut $. Si 
quæratur hoc titulo, & ff, de noui oper. nunci. L. Si prius,& Bal, in Terminis 
in Tic. Si de feudo controu. fuerit. in C. 10. in princ. Nec res prefumitur feu- 
dalis, nifi probetur talis, diéto C. 1. & 2. Si de feud. contro. fuerit, vhi Bal, 
Item G* fic conceffio pretenfa fatfa per Imperatorem Duci [eu Comiti Sabaudia 
de feudo diéfi Marchionstus, in nullo prodeff eidem Duci , cum ipfe Imperator non 
potuerit plus iuris transferre quam ipfe baberet. | | 
Sexto. In quantum [ententis praditfa per dicfum infigne Parlamentum Pa: 
réfius lata, arguitur de nullitate rationibus parte ducali fuperius allegatis, illud non 
poteff prodeffe intention ditfi Domini ducs nec parti Delphinali obeffc; cum de ta-. 
di Gr tanta [ententis lata per tam magnificum Gr infigne Parlamentum , ac indi- 
cium Regis  Regni fui, pro qua indubie ge iron eff, non liceat ambabus 
artibus difputare, prout nec facere intendunt ipfi Domini Officiarii Delphinales, 
{ed falua huiufmodi preffatione, ne videantur diéfis rationibus ex aduerso parte 
ducali deduitss affentire & fe deuittos fore, duxerunt breuiter [ubfequentis dedu- 
cere. Primo, quia Dominus noffer Rex qui nullum fuperiorem recognofiit mec reco- 
gnoftere debet, per iura füperius allegata, potuit Cr porcft eff: index in caufa pro- 
pria: ram Papa GC Imperator ac quicunque alii fuperiorem non recognofcentes, 
poffuns indicare de rebus C7 canfis proprirs fibi fpectantibus , Vt rex. in L Proxi- 
mc, dig. de his quæ in teftam. delentur, vb; Joannes de Imo. dicit idem effe fi- 
cut de Impcratore C quocumque alio non recognofcente fuperiorem, prout eff Rex 
Francia; tum C° quis ipfe Dominus noffer Rex non fuit [olus index , [ed ctism 
cius curia C7 iuflitia fuprema [us Regni, in quam partes confenférunt, qua con- 
Jucuit de cauis fifcalibus Cr patrimonialibus cix[dem.Rega cognoftere  decidere : 
um ctiam quia dicfa partes contendentes potucrunt Cr debuerunt [e fibmittere 
iurifdictions C° iuflitie dicfi Domini noffri Regx G* fui Regni, cinfque inri[di- 
ctionem C fui Regni prorogare , attento quod ambo erant vaffalli G homines ligii 
ciufdem Domini noffri etiam pro ali feudis, videlicet ditfus Dominus Dux tunc Co- 
anes,pro Baronnia Faulfigoiaci € Vallis-bone ac Gomitatu de Mauleurier, Gr diffus 
Deminus Marchio nedum , preditfo Marchionctu Saluciarum , [ed ctiam pro Baro- 
gia Anthons Ce aliis pluribus terris quas tencbat in Regno Francis C Delphinats, 
G° quam prorogationem potuerunt facere dicfe partes non obffante preten[a prohibi- 
tione Imperatoris ex aduerfo. allcgata, de qua tamen non confltit ; ciam pofito 
guod de ip[a probibitione conffarct , ubi dicfus Marchionatus non off nec mouctur 
de feudo Imperatoriss tum quia diéfus Dominus Dux qui eff fucceffor ditfi Domini 
Comitis qui pradittam prorogationem fecit , eff € cenferi debet una C° caders per- 
Jona ficut € ditus fuus predeceffor qui ditfam prorogationem fecit, ut deciditur 
in Au, de iureiuran, or poteff arçguere dicfam prorogationen . C* faitfum fuum 
… feu 


em 


DV ROY CHARLES VIII AO mi 


feu fui pradicti pradeceforis nullam [eu sullum,per decifa in 1, Cum Dominus, &, 
Filius, ff. de Pecul. Leg. ÿbi deciditur quod faciens vnum acfumlicet actus ilenoz 
valeat, © fit nullus quoad alios, valet quoad feipfum , vt non poffit etiam de nuli- 
tale arguere. Tum eiiam quia ditfus Dominus Dux madernus qui eff Jfaccefor & 
bares diéfi Domini prorogantis, licet mediatus , non potuit, nec debuit facfum diéfi 
prorogantis fui predeccfforé impugnare [eu G° contrauenire, tum @ Jic potuit 
valuit dicfa prorogatio dicfo Domino Daci moderno @ aliis Juis predecefforibus € 
Juccefforibus pradiéfi prorogantis preiudicare; sum @ maxime quis dicfus Dominus 


Comes potius vfus eff turifditfionc ordinaria diéti Domini noffri Regis ordinarii 


ditti fcudi , quoniam dilfus Dominus hic Comes Sabaudi., qui fuit G* erat querelans 
Cr afor contra Piocratorem Delphinalem ex eo quod Dominus Delphinus tevebat 
G poffidebat feudum ditfi Marchionatus in preiudicum pretenfim ipfius Comitis 
debuit Cr debebat ditfum Procuratorem Delphinalem G* etiam Dominum Märchio= 
nem S'aluciarum conueniri facere, G fuas querelas proponere coram Iudice ordinario 


dicforum Procuratoris @ Marchsonis , videlicet coram dicfo Domino #offro Rege Del- 


phino, qui erat € eff Index ordinarius dicfi Procuratoris Fifcalis, ac etiam predicti 
Marchionis. Ad quæ faciunt decifa in c. Cæterum , de Iudic. in c. Ex tranf- 
mifla, & in c. Verum,de for. compet. Et ifta ctiam decidit Io. Rey, in &. fin. 


de prohib, feu. alie. per Freh. in fuis combinationibus, 


Septimo. AWegatio prefériptionis ex aduerfo allegata non potuit dicfam partem 
Ducalem in aliguo iunare. Tum quis ille qui primo dicitur procuraffé Gr feciffe fibi 
Jfieri affuvptas recognitiones ditfi feudi ex aduerfo allegatas poff dicfam fenten- 
tiam , fuit G* crat ille idem qui fupra ditfam prorogationem fecerat , Gr: contra quem 
ditfa fententia fuerat lata G procurata exequi, @ qui violenter diéfam execu- 
tionem impediuit per captionem € incarcerationem executorum , Jic fuit in ma- 
la fide ob quod non potuit its praféribere,. Auë. malz fidei poffeflor, C. de 
Præfcrip. x. vel xx, ann, C. Si diligenti, & C. Fin. de præfc. Neque ctiam 
diclus Dominus Dux modernus GC alii ciu[dem Domini Comitis prorogantis [uc- 
ceffores vninerfales , tum GC quis interuencrunt poff diéfam féntentiam plures & 
dinerfe fummationes © requifitiones fact tam diéfo Domino Sabaudie, quam 
Marchioni predifo Saluciarum, de quibus legitime per plura C° dinerfa authen- 
tica inffrumenta G* documents conffat que ditfam pretenfam prefériptionem legi- 
time interruperunt : fum Cut fuperins ditfum eff, prefatus Dominus Marchio 
Poff dittam féntentiam G exccutionm ipfius recognouit fe efe hominem G: vaffat- 
dum ditfi Domini noffri Regis Delphini, cum praffitit homagium G- fidelitatis fa- 
éramentum : ob quod non potuit inde ipfe Marchio, nec cius fucceffores potueruns 
recognofcere dictum Dominum Ducem in [hum Dominum. neque Jibi facere homa- 
gium © fidelitatem in préiudicium Regis Delphini Domini noffri, diéfarsmque 
fertentie © recognitionis. Tum quia per aliam féntentiam , exccutorialem dira 
Curie Parlamenti Parifius ; ordinatum fuit non debere currere tempus aduerfus 
executionem dite fententis, attentis contradictionibus , rebellionibus & violentiss 
faits executoribus ciufdem Jententie, G alié vis faiti; © fic vbi tempus non 
currit, nec prefcriptio habet locum. 

Ipfa autem die hora prima... pralocuti Domini officiarii Sabaudie primo 4d 
verba prorumpentes dixerunt, quod poffquam ipfa die ante prandium difcejferant us 
Sperins à [ape locutis Dominé Officiaris Delpbinalibus partisipato confilio inter fe 
ipfos readuifÿ deliberaucrunt € concluférunt quod ipfi non exhiberent nec offende- 
rent ditlis Dominis Officiariis Delphinalibus iura fua , videlicet, remifionens Im- 
peratorss , prohibitionens fatfam dicfo Domino quondam Comiti Sabaudie de non 
prorogando iurifditfionem in prefatum Dominum noffrum Regem Delphinum, neo 
208 quandam fententiam per Imperatorem, vt afferchant, latam, per quam dicfus 
Imperator confifcaserat fibi dicfum Marchionatum , G* inde illum remiferat C* 
#nfeudauerat dicfo Domino Duci feu [uis pradecefforibus , ctiam quoddsm aliad 
Enfitumentum. continens limites G* diuijiones Regni C Imperii , rs affere= 

rc 


148 fe 


1485: 


49% OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


bant conffare quod Rex Dominus noffer non poterat aliquid acquirere nec babere 
extra diétos limites, que inra C* documents dicebant habere penes fe: nifi tamex 
cum conditione videlicet quod ante omnia dicfi Domini Officiarii Delphinales eos 
affecurarent Gr certos facerent, quod vifs Cr vifitaté per cos ipfis quatuor docu- 
mentis , ipf Domini Officiarii Delphinales frarent C frabunt ils C quod vlierins 
non proccdatur ad executionem ditfe fententie, mec aliqua executiones œ expleta 
ant ab inde in antea ex parte regis G Delphinali contra ditfur Demitum Mar 
chionens Saluciarum , neque quercla aliqua feres ex ipfe parte rcgia C° Delphinali 
Super ipfo homagio Marchionatus Saluciarum , dicentes ulseriss quod penes [ etians 
babebant alia decumenta que parati erant abjque alia affecuratione, nifi de illa ei 
. reflituendo exbibere , vt pote homagis € recognitiones y VI afferebant, fatfas d 
faits per Dominos Marchiones Saluciarum Dominis Ducibus S'abandie » 4H ante 
diéfam [ententiam in Parlamente Parifienfi latam , quam ctiam poff illam, nec 
non quedam alia documenta per cos ibë verbo tenus defignats; qua oblatione facts 
dicti Domini Officiarii Sabaudie flatim offcnfionem fecerunt de certis papyris ir 
quibus dicebant contineri C copiata efe authentice dilfas recognitiones, bomagis 
Cr alis documents, que vt fuperins realiter fe obrulerunt exhibere; exceptis aliis 
quatuor documentis qua obtulerant vt fuperins exhibere, cum conditione affecura- 
tionis fiperins pradeclarate, afferentes originalia diéforum documentoram in pre- 
dicfis papyré copiatorum C° contentorum cffe, Cr exifiere apud Chamberiacum Ge: 
in Camera Computorum Sabandie; qgn.e Originalia obtulerunt monfirare deflisando 
Jeu deffinandis ex parte Delphinali apud locum Chamberiaci. 
Ad quæ reffonderunt fépefati Domini Officiarii Parlamenti Délphinatus , pri. 
mo quoad affecurationemn per ipfof Dominos Officiarios Sabaudie poflulatam de 
Sando dicfis quatuor inffrumentss, remiffionis, prorogationis, fententie Imperatoris 
C* limitationis Regni cum Imperio, G° de non proccdendo ad execntionem fénten- 
tie Parlamenti Parifins Gr alias executiones C* expleta parte Regis G Delphinali 
ad casfam dicfi homagii, G* dixerunt quod ipfé ad boc nullum mandatum, nul- 
lamque poteffatem habebant, [éd [olum iura G*° documents ambarum partinm vi- 
dere G vifitare, ac tandem veritatem facfi fideliter referre , G* qued propteres 
ip{am affecurationem non darent neque faccrent. 
Refpeëtu vero recognitionum G* bomagiorum aliorumque documentorum que 


® #pf Domini Officiarii Sabaudie fe obtulerunt exhibere abfque ditfs affecura- 


tionc , C quas ac qua dicebant contineri G copiatas qfe in diéfs papyré per cos 
monffratis, ipfis tamen femper in [uis manibus exiffentibus, dixerunt prefiti Do- 
mins Parlamenti Delphinatus quod ex defignatione verbali per cofdem Dominos 
Offciarios Sabaudie faire ipf intellexeruns aperte fore ila que alias products fue- 
Tunt 3n Parlamento Parifius ante dicfam [ententiam ibi laram, exceptis recogni- 


Sionibus G* homagiis pretenfis fubfécatis , © quod ipff Demini Parlamenti Del. 


phinatus de ipfis documentis in dicfo Parlamente Parifias produitis tantumdem 
penes fe babebant, ut etiam apparcbat quadam defignatione [én parcella ibidem per 
alierum ex diéfis Dominis Offciariis Delphinatus leëta, G: quod de ipfis que ante 
dicfam fententiam Parlamenti Parifius erant G corum viribus jen cognituns per 
Jententiam ipfam C* LArreffum extiterat, quod ob ideo non erat opus vifione Gr 


_Véfitatione illorum. 
_ Quo vero 44 pratenfas recognitiones G homagia diéfam [ententiam € Ar- 


reffum Jubfecutas, fi de ill confict, dixerunt pariter [e non curare vifione illa- 
74m, Cum proceferunt , vt dicebant , per vim , violentias CG metum, conffanti- 
bus informationibus , proceffibas G- alixs expletis poft ditfem fententiam G° Ar- 
reffum Parlamenti Parifius Jumptés GC faëti, per guos proceflus d: explera, mec 
#on mulfiplices interruptiones Japer hoc contra Dominos Duces Sabaudie faites, 
<lare apparet nullam prefériptionem locum habuiffe nec habere, prout ex aduerfs 
Parte Ducali afferitur locum habuiffe, minufque tempus pracurriffe quominus dicts 
Sententis G Carreffum exequi, feu eins execusio continsari pofis,inxts ctiem for- 


DV ROY CHARLES VIII 499 


mars CG tenorem fuarum executorialinm dicfa fententie, ac mandita @ iuffa per 
prefatum Dewinum noffrum Kegew Delphinum modernum, quos proceffus uerba- 


des explcta, € interruptiones ipfi Domini Parlamenti Delphinatus fe obtuleruat 


cum alim docnmentis exhibere @ communicare diéfis Domins Officiariss Sabaudie, 
f6 ilos videre veluiffent, ui es clare G aperte confferet de ipfis vi, violentiis, 
vis faëéfi C interraptionibus, paratos , mec mines [6 offerentes ipfi Domini Officiari 
Delphisatus videre € vifisare alis quacunque documents, fi qua ipff Demini Of- 
ficiarii aellent cxhibere qua alias nen fucrunt exhibisa, G de quibus per dictam 
féntentiam © Arreflum Parifius non fucrit cognitum, nec ven ip/am fententians 
CG Arrcflum , emniaque alia iura C documents [ua ci[dem Domins Offciaris Sa- 
bandis exhibere @ communicare legends G vifitanda per cos, + tandem ipfis 
vifs C@ uifitatis qualibet diéfarum partium poffet de veritate ciufmodi negotis 
Dominum G Principem feu clare C* ad plenum informare ac veridicam rela- 
tionem facere. | 

Et quia 5pf Demini Officiarii Sabandie poff bec renuerunt alias document 
niff cum conditionc fupra fcripta exbibere , quam ea de quibus iam per dicfam 
fententiam GC: Arreffum Parlamenti Parifius cognitum extiterat , per quam fue- 
runt pronwntiata inualids G affumptas Des seigr @ homagia poff dicfam fen- 
tentiam [ubfecutas que viribus non fubfiffcbant, prout parte Delphinali pratendi- 
tar, obffantibus vi, violentiis Gr viis fatfi G* interruptionibas preallegatis: € 
pariter renuerunt expreff[a videre G vilitare iura @ documents parte Delphinali 
eis exhiberi realitér eblara, nuls fuerunt iura G* documents partium vifa G viji- 
tata,  Verwmtamen ipfi Domini Parlamenti Delphinales narraserunt ibidem cif= 
dem Dominis Officiars Sabaudie ore tenus pridiilas violentias C7 vias facti, par- 


te ducali Sabaudie per fepcdiéfam fententiam Parlamenti Parifins faifas Cilata 


Deminw Marchionibus Saluciarum, nec non Qffiariis cinfdem Parlamenti Parifien- 
Jas executoribua ipfius fententie, per ques violentias, @° per vim ac metum , pro- 
ceflums extitit ad homagia affumpts poff diéfam fententians Parifins Domino Duci 
Sabaudia per Deminas Marchiones Saluciarum , fi de ipfis homagiss conflict C* ci- 
tra iloruwm apprebationem aligualem, exbortantes ob ideo ex parte Regis C* Dcl- 
phinali ipfum Dominum Ducem Sabaudie, € pariter eofdem Domines Prefiden= 
tem C* alios Officiaries ibi prafentes C* cateros abfentes Officiaries ipfius Domini 
Duc, in perfonas tamen ditforum Dominorum Prefidents Chamberiaci G alio- 
gars Officiaricrum Ducalisms ibi prefentiuns, ne ad aliquas violenties C° vies fais 
ac moleflias G executiones, ditfum Dominum Marchionem Saluciarum in corpore, 
rebus C* bons [us procedere prefumant, minufque ipfum impedire attentent, quo- 
minus bomagium G° fidelitats iwramentum de fuo Marchionatu Saluciarum € ad 
caufam illius iuriumque © pertinentiarum ciu[dem Sereniffimo Principi Regi Del- 
phino Demino moffre, vü Delphino fuciat @ praffet ixxta formam GC: mentem 
prediéfa fénientis © Arreffi Parlamenti Parifims, C litteras per ipfim Domivum 
noffrum moderaum nuper fuper hoc mandatas, prout ctiam pof dilfam [ententians 
GO is cxecutionem illius alias fatfum € praflitum extitit, conffantibes inffru- 
ments fes litters © documentrs legitimus, penes ipfos Dominos Parlamenti Del- 
phinatss exiflentibus, que pariter fe obtulerunt realiser exhibere eifdem Dominis 
Ofhciariis Sabaudia ibi prafentibus. | 
_ Ad quæ verba prefati Domini Prefidens C* ah Oficiarii refpondentes dixe- 
rant ,adhsremdo femper am cut fupra per eos dicfs Cr alegans , quod ipfi nulls in- 
ra Ge documents prafusi Domini naffri Regs Delphini volcbant, nec curabant vi. 
dere, fed gifs per eos cum diéfis Dominss Officiariis Delphixabibas [ua Principi 
tantummode enarrare, dicestes nec minus quam nullo paito diéfus Domirus Dax 
Sabandie Cr fui Officiarii permittent, quod ditfus Demirus Marchio aliquod bo. 
magçium de ipfo juo Marchionatu faciat ipfi Domino roffre: fubiungens prediéfus 
Dominus Philippus Cheurerii Preffdens Chamberiaci , quod ex parte diéfi Do- 
mini Ducis Sabaudie fucrunt amota GC euulla arma Sd ob » qua a ducbns 
tri] 


1485. 


soo OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
I 4 8 5. menfibus citra fucrant per fuperius nominatum Dominum Iohannem de Ventes 44 

* hoc commif[um , appofita G affixs ex parte Regis G* Delphinali in dilfo Marchio- 
natu Saluciarim. : 

Quæ audiens /épernominatus Dominus Claudius Laterii Adwocatus Fifca- 
lis Delphinalis , proteftatus fuit illico folemniter nomine Delphinali de iniuria, dam- 
nis € intereffe prafati Domini noftré ac dicéi Domini Marchions Saluciarum fui 
vaffalli, faitis C7 illatis, fibi maxime diéfo Domino noffro in amouendo GC: cuel- 
lendo ipfs arms Delphinalia que de iuffu C* mandato expreffo eisfdem Domini nof- 
tri appofita Gr affixs extiterant in ditfo Marchionstu Saluciarum fanéte C inffe ac 
matura deliberatione precedente, petens de confelfione ipfius Domini Prafidentis 
Chamberiaci © dicfis per cum fuper amotione C* cuuljionc dictorum armorum, 
ac de buiufmodi proteflationc ua ipfius Domini Aduocati Delphinalis inde faëta, afa, 
feu inffrumentum publicum , G° litteram teffimonialem fibi fieri per nos dicfos 
Notarios @ Secretarios Delphinales fubfignatos, prefentes pro teflibus inuocando, 
Gr fie nulle alia conclufionc recefferunt à loco illo diéfi Domini Officiarii Delphina- 
les À Sabaudie. 


Ex libro Generationis Marchionum Salluciarum. 


DD ON1IFACIVS fins, Marchio de Vaftho, G. Primus Marchio Sallucia- 
AD rom gloriofus. 

Hic Bonifacius duss habuit vxores , [ed fécunds magni fuit pretii, Adlayda ft. 
licer, filia Comitis Pedomontiwm fratris Guigonis Delphini Viennenfis. Hec Adlayda 
4nnQ 1210. fecit Homagiwm Ligium de Marchionats , dstfo Guigoni Patruo [uo, 
C fuit primuns Homagiuwm failum Delphinis à Dominis Sallucisrum. Hic Co- 
mes duas tantum filias babuit, quarum vnam habuit [ecundo-genitus Comitis 
Mauriane, qui G Sabaudie, diuifsque terra Pedemontium fuit, vnam partem ac- 
cepit cius fecundo-genitus, dicfufque eff Princeps Pinerolii; altera pars tradita cf 
Bonifacio qui tamen nomen Marchioné mutare noluit, in Comitem coatfus eff ut 
ipfa Adlayda Comitiffa vocarctur. Et fic fignatur in prefens. Genuere ipji felices con- 
suges quinque filios. 

Pris fur une ancienne copie efcrite du temps mefme. 


Ordre de Jean Duc de Bourbon Connefable de France au Comte d' An: 
goulefme, éx* à toute la Nobleffe du Ban ex Arriercban | 
d’Angoumois d'aller FTOUHET le Roy. 


… Fu. Ean Duc de Bourbonnois & d’Auuergne, Comre de Clermont & de 
1485. Forefts, Seigneur du Chaftel-Chinon & de Villars, Pair & Chambe- 


rier Conneftable de France , & Lieutenant Général de Monfeigneur le 
Roy: À noftre cres-cher & tres-amé coufin le Comte d’Angoulefine , ou à 
fon Licutenant, Salut & dileétion. Comme prefentement auons efté man« 
dez par ledit Seigneur aller en aucunes fes affaires en compagnie de grande 
quantite de Genfd'armes, tant de fes Ordonnances que d’ailleurs , pour ce 
eft-il que Nous vous mandons de par ledit Seigneur & nous que incontinent 
& à la plus grande diligence que pourrez, vous, auec voftre compagnie & 
autres gens de guerre que vous pourrez amafler, vous tiricz pardeuers nous 
quelque part que foyez pour aller au feruice dudit Seigneur. Donné en nof- 
tre Ville de Bourbon le dixhuitiefme iour de Septembre, l'an mil quatre 
cens quatre-vingts cinq. Ainfi Signé, Par Monfeigneur le Duc, Lieutenant 
& conneftable, Domes. Et féelle en cire rouge. 


vie 


Dv ROY CHARLES VIII. fol 
Publication de l'ordre cy-deffus. 143 5: 


N FAIT A sçaAvoIR de par le Roy noftre Sire & Monfeigneut de 
O Bourbon Lieutenant General dudit Seigneur, & Conneftable de Fran- 
ce, à tous Nobles & autres fuiets dy Ban G° Arricreban du pays & Comte 
d’Angoumois & autres gens de guerre, que incontinent ils fe mettent en 
armes felon leurs facultez & puiffances, & foyent tous prefts à partir le 
vingt-fix de ce mois, pour aller en la compagnie de Monfeigneur le Com- 
te Annie , & aller feruir le Roy noftredit Seigneur fous le Connef 
table, & ce fur peine d’eftre tenus & reputez rebelles & defobeiffans au 
Roy noftredit Seigneur, & confifcation à corps & biens. 


Lettre de Iacques d'Aubulfon à Pierre de Beanien Comte de Clermont 
€ de le Marche , par laquelle il l'affenre qu'il prend bien garde aux 
affaires du Roy e7° aux fiennes [ur le fuiet de la Ligue qui fe formois 
par Monfieur d'Albres gr le Comte d'Angoulefme, contre le feruice. 


| ON TRES-REDOVTE SEIGNEVR, Si tres-humblement que faire Ds la Bofme 
M puis à voftre bonne grace me recommande, Monfeigneur plaife vous * So 
fçauoir que j’ay receû les mandemens & lettres du Roÿ, enfemble les vof- ” 
tres qu'il vous a plu m’enuoyer, & que ie me donnäfle garde des affaires du 
Roy & des voftres de par-deçà. Monfeigneur, vous pouuez tenir feur que ic 
vous y feruiray de corps & de biens, fans y rien efpargner. Et depuis eft 
venu vn des Officiers du Roy nommé Grefjin de par-deçà, qui a apporté 
vne autre commiflion pour fe donner garde que les gens de Meffieurs d’Al- 
bret & d’Angoulefme * ne pañlaflent en Bourbônnbis, & hier fus aduerti » poses 
que Monfieur de Fimarcon pañloit à tout trois ou quatre cens hommes cant #orissss, 
de pied que de cheual, & fufmes au-deuant de luy par-delà Felefin là où il #9 2% 77 
: Æ | | : fois L. 
pañloit, & parlafmes audit fieur de Fimarcon: il nous dit qu’il auoit efcrit au j 
Roy, & nous monftra le double des Lettres, & lequel fe eft venu à la Bof- 
me auec moy, deliberé de feruir le Roy & vous, luy & fes gens, & vous | 
fupplie qu’il vous plaife vous feruir de.luy, car pour autre chofe n’eft-il 
venu; & a fait prendre ledit fieur de Fimarcon la Croix Blanche à 
tous fes gens incontinent, & au furplus, Monfeigneur, nous a aduerty que 
Monfieur de Me& amene de Gafcogne iufques au nombre de fix à fept 
cefis hommes, & fommes deliberez Greflin & moy de voir fi nous les pour- 
rons faire bons Chreftiens comme les autres. Monfeigneur, vous me com- 
manderez vos bons plaifirs , pour iceux accomplir à mon pouuoir, priant 
noftre Seigneur qu’il vous doint bonne vie & longue, Efcrit à la Bofne ce 
vingticfme iour d'Oëtobre. Le tout voftre tres-humble & cres-obéïffanc 
feruiceur & fuiet, Jacques d’Aubuffon. Et fur l'adrefle: C4 mon tres-redouté 
Scigweur, Monfeigneur le Comte de Clermont G* de la Marche. | 
|  Tranfirit fur l'Original. 


Placard » portant que la Trêne a effé accordée entre le Roy 7° le Roy d és: 


gleterre, à commencer le 17. Décembre 1485... 


Premier Dé. 
cembrer 485. 


L_° N vous fait à fçauoir de par le Roy noftre Sire, & de par Monfei- 
gneur le Gouuerneur de Guienne que Treue & abftinence de guerre 
ont eftc prifes & accordcés & concluës entre le Roy noftredit Souuerain 
Seigneur, & cres-hault & tres-puiffant Prince le Roy Henry d'Angleterre & 
leurs fuicts par le terme de trois ans, à commencer le dix-fepriéme iour du 
mois de Decembre, l'an de noftre Seigneur mil quatre cens quatrevingts. 
cint, & finiffant le dix-feptiéme iour du mois de Januier ;foleil couchant, 
RR rt üj 


1485 


6. lanuier 
1485. 


A Melun 
#8. Decembre 
1483. 


oz OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

que l’on dira mil quatre çens quatre-vingts-huit, durant lequel temps def- 
dits crois ans routes guerres & hoftilicez cefleront tant par terre que par 
mer & par eaux douces entre lefdirs Rois, leurs Royaumes, pays & fuiers; 
& pourront lefdics fuiets, de quelque eftat & condition qu’ils foient , aller 
& venir par terre, nauiger par mer & par eaux douces , marchander de 
l’vn parti à l’autre, & retourner tant par terre, par mer, que par eaux dou- 
ces, aucc leurs biens & marchandifes, fans doute d'aucun arreft ou empef- 
chement , foit par marque ou contremarque, repreflaille, ou autres reftrin- 
&ions quelconques, fans qu’il leur foit befoin d’auoir ni obtenir pour ce 
faire aucun faufconduit general ou fpecial. 

Plus vous fait-on à fçauoir de par mondit Seigneur le Gouuerneur, que 
s’il y a aucyns VAT 2 Anglois ou autres à qui ayent efté faites aucunes 
extortions ou exaétions indeüés , viennent pardeuers mondjt Seigneur le 
Gouuerneur, & parties ouyes fommairement & de plein,il leur fera fait rai- 
fon & iuftice. | 

Et afin que lefdits Marchands dorefnauant ne foient vexez ni molcftez 
fous ombre des droits & deuoirs qu’ils font tenus payer tant au Roy nof- 
tredit Seigneur que à autres, mondit Seigneur le Gouverneur a ordonne 
que lefdits droits & deuoirs ferone mis par efcrit en vn beau tableau au 
Chafteau Royal de Lombrieu, & autres parts, & feront commis & dépu- 
cez de par mondit Seigneur le Gouuerneur aucuns notables hommes qui 
auront la charge & commifljon touchant cewe matiere, & expedieront & 
Pa expcdier lefdirs Marchands de main à main fommairement & 

e plein. 


 Auis du Bailly dé Caën au Roy fur [es Letrres patentes du 8. De- 
cembre 1485. touchant l'augmentation de [es gens de guerre 
pour la feñreté du Royaume. 


V Roy NosTR& SOVVERAIN SEIGNEVR. Alain Gouyon Ef- 

euyer, Seigneur de Thieuuille & du Mefnil-Garnier, voftre Confciller 
& Chambellan, Bailly de Caën, & Commiflaire en cette partie, eres-hum- 
ble reugrence & obéiflance. Noftre Souucrain Seigneur, plaife vous fça- 
uoir que pour accomplir le contenu en vos Lettres patentes, defquelles la 
teneur çnfuic: 

CHanzes par la grace de Dieu Roy de France: Au Bailly de Caëh. 
Comme pour entretenir noftre Royaume en bonne paix & tranquilité, en 
extirper , ofter, chaffer routes pilleries & pillards, cocrcer les rebel- 

‘les, deffendre de routes oppreffions le pauure peuple & nos bons fuiers, 
& en iceluy noftre Royaume maintenir, & faire regner bonne iuftice ainfi 
que de tout noftre cœur defirons & auons delibere faire, ayons connu pat 
experience de fait que le nombre de gens de nos Ordonnances que auons 
à prefentc eft moindre de beaucoup que celuy que auoit feu noftre tres- 
cher Seigneur & pere que Dieu abfoille, & ne foit affez fuffifanc, & par ce 
Nous ait femble & aux Princes & Seigneurs de noftre lignage qu'il feroit 
bon, neceflaire & expedient auec les gens de guerre de nofdires Ordon- 
nances qui font tous à cheual, auoir , mettre fus , & entretenir quelque 
nombre de gens de guerre à pied cel que feroit aduife, attendu que gens 
de chçualne ep aifément faire grand exploit fans gens à pied, laquelle 
chofé toutesfois n’auons voulu faire fans premier eftre Confeilé comme ai- 
fement il fe pourroit faire & conduire. Sçauoir vous faifons que Nous, de- 
firans en ce que dit eft pouruoir & donner ordre par bon confeil, confians 
à plein de vos fens, fuffñfance, loyauté, prud’hammie & bonne diligence, 
vous mandons & enioignans que appellez nes Efleus fur le faic des Aydes 


DV ROY CHARLES VIII. 303 
en voltre lurifdiétion & autres nos Officiers, &:auec eux quatre ou vin 
perfonnages, Cheualiers ou Efcuyets des plus gens de biens & prud’hom- 
mes que fçaurez en voftre lurifdiétion ou és lieux prochains connoiflans & 
experts en telles chofes, & iceux auec vous afliftans , vous conuoquiez & 
appelliez des habitans d’icelle voftre furifdiétionen nombre fuffifant, & auec 
_ eux vousenqueriez & informiez comment, & en quelle maniere, & à la moin. 
dre foule & charge du peuple que fe pourra, la chofe fufdire fe pourroit 
faire & conduire, & l'information que faire en aurez auce les deffufdirs : 
enfemble voftre auis & le leur, Nous enuoyer feablement clos & féelté, 
pour aprés y faire ainfi que trouuerons pour le mieux: de ce faire vous don- 
dons pouuoir, authorité, commiflion & mandement fpecial. Donné à Melun 
Je huitiefme iour de Décembre, l'an de grace mil quatre cens quatre-vingts: 
cinq. Ainf figné, Par le Roy, le Comte .: Clermont, Seigneur de Beauieu, le 
Seigneur de Grauille, & autres prefents, Parewr. Nous auons fait venir parde- 
uers nous en cette voftre Ville de Gaën les Officiers de voftredic Bailliage. 
C'eft à fçauoir Louïs de Fougieres, Efcuyer, Vicomte dudit lieu, Richard des 
Hayes voftre Aduocat en ladice Vicomté,lean Artur Lieutenant Général de 
voftre Vicomte de Bayeux, Iean Comet voftre Aduocat en icelle Vicomté, 
Robert le Cheualier Lieutenant General de voftre Vicomté de Vire, Tho- 
mas Taittiere voftre Aduocar en ladite Vicomte, Pierre du Pont Lieuce- 
nant particulier de voltre Vicomte de Falaife, Richard Bellot & Roger 
Chreftien Lieutenans de vos Efleus audit Caën, Louys le Brun Efcuyer 
voftre Efleuaudit Bayeux, [ean Deuines fon Lieutenant, Iean Grefelle Lieu. 
tenant en voftre Eleétion de Falaife, Iean Chaftel Lieutenant en l’Efle&ion du 


dit lieu de Vire, Iean Samet & Guillaume Deftigny Bourgeois dudit lieu 


de Vire, Guillaume Vauchin Bourgeois de ladice Ville de Bayeux, Iean 
Danois , Robeït Bigot, Bourgeois de ladite Ville de Falaife, Meflire Artus 
de Vireuille, Cheualier, Baron de Creuilly, Louys de Tourncbu, Efcuyer, 
Baron de Cynloniez, Guillaume de Vañy, Efcuyer, Vicomte de Fontenay, 
Ican Grofparmy , Efcuyer, Seigneur de Benfuille , Robert Pelleuey, Ef- 
cuyer , Seigneur d’Ecuilly, Euftache Richart, Michel le Saonnier, Maiftre 
Robert le Briant, Maiftre Iean de Cauuigny, Guerin Rouxel, Maiftre 
Pierre Noel, Guiïlliume de Bourgneuille, & plufeurs autres des habitans 
dudit Caën, aufquels par nous conuoquez & appellez auons fait exhibi- 
tion de vofdites Lettres, & icelles par eux veuës, & la matiere bien prife & 
entendué, en leur confideration ont tous par bonne deliberation fait tres- 
humble regratiation à voftre Royale Maicfté de la tres-noble curiofité & 
fouvienance que-:auez perfeueramment à la cônferuation, paix & vnion de 
vos tres-humbles fuiets,dit & rapporté en leurs auis & confciences pour le 


bien de vos Royaume, pays & fuiers La garde, tuition & deffenfe d’iceux. 


pour le temps auenir, & qu’il eft tres -expedient & neceflaire, multiplier & 
accroiftre le-nombre de vos gens de guerre, metcre fus & entretenir nom- 
bre de gens de pied pour fubuenir aux gens de guere de vos Ordonnan- 
ces, & pour l’entretenement de vofdits fuiets en bonne iuftice paix & tran- 
quillité ainfi que en vofdites Lectres deflus inferées 2e mention, & 
que pour. l'accompliflement & execution des chofes deflufdites, deuez fai- 
re prendre un homme de pied en-chafcun nombre de ÿ$. feux fur les 
habitans de vos Efleétions au choix, regard & efle&tion defdits habitans, 
ou de la plufpart d’iceux, de la moyenne efchelle des contribuables qui à. 
ce foit propre & fufhfant, lefquelles gens de pied feront pour la premiere 
fois fournis d’habillemens de gucrre, à la charge defdits habitans, & def- 
lors en auant feront tenus iceux gens de pied d’eux entretenir & fournir 
leurfdits ‘habillemens à leur defpens fans plus en ce regard en porter quel- 
que charge par lefdits habitans, lefquels feronc cenus fournit à chafcun 


: + o = ï > 


q 148 $e 


504 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

148 5. defdits gens de pied ainf choifis & efleus , la fomme de foixanté fols tour. 
nois par chacun mois qu'ils feront feruice en vos guerres ,& feront pour le 
temps auenir francs, quittes & exempts des deniers de vos tailles , ordon- 
nez pour la guerre tant feulement à la charge defdits habitans, lefquels pre 
fenteront les gens de pied à celuy ou à ceux qui fous voftre authorire en 
auront la charge & conduite, & lefquels gens ainfi choifis & efleus, fe- 
ront intitulez & infcripts gens de pied ou autrement, laquelle deliberation 
de tous les deflus nommez 2 efté ainfi faite & conclue, en remettant le cour 
à voftre tres-noble plaifir & ordonnance, & icelle pour tefmoin de ce par 
Nous figné le fixiefme iour de Ianuier , l'an de Grace mil quatre cens 
quatre-vingts-cinq, Signé | Alain Gouyon. Et à l'adrefle eft cfcrit, C4# Roy 
sofire Souserain Seigneur. 

Il ya de (emblables auis du Bailly de Troyes du 26. Ianuier , du Bailly 
de Vermandois du $s. Féurier, du Bailly de Coftentin du 17. Mars mil 
quatre cens quatre-vingts-cinq. 

Pris fur les Originaux. 


Lettre de Guillaume de Supplainuille, lequel mande à Madame de 
Bcauieu La refolution prife en Bretagne d'y receuoir le Comte 
de Dunois, &° s'il eff befoin de luy enuoyer du [ecours. 


a ADAME, ie me recommande à voftre bonne grace, tant & fi tres: 
148$. | humblement que faire puis. Vous plaife fçauoir Madame que moy 


arriué en cette Ville, jay dit à Monfieur Ze Comminges la charge qu'il auoic 
s Menfeur de lu à Monfeigneur *, 8 à vous me donner, & mefmement de vous faire 
| Éauoir à quoy en font les matieres pardeçà, & aufli quels fermens & à 
quelles fins les Scigneurs auoient fait enfemble, aufli de Monfieur 4 Ds- 
æois, & ay follicité mondit fieur de Comminges le plus que ay pù de vous 
auertir de tout. | oi | 
Madame, mondit fieur de Comminges vous efcrit, & enuoye memoire 
“@-sr&. par Monfieur de Marfan *, pour vous dire & declarer bien au long ce qui 
cit & a efté faic iufques icy fi c’eftoic voftre bon plaifir. 
. Due de Madame, à ce que jay pu fentir & connoiftre pardecà, /e Duc *, & la 
#%  plufpart des Seigneurs fonc deliberez de recueïllir Monfieur de Dunois 
s'il vient par deçà, & auec ce de luy enuoyer fecours fi befoin en a. Ma- 
dame, ie vous en ay voulu auertir, & le feray de ce que ie fçauray, afin que 
au tout y aduifiez à voftre bon plaifir,. Madame, ie prie à Dieu que par fa 
fainte grace il vous doinc tres-bonne vie & longue. E£/érit à Nantes le hui- 
ticfme iour de Ianuier. Voftre tres-humble & tres-obeïflant Seruiteur Gwi/- 
laume de Supplainnille. Et à l'addrefle, C4 Madame. | 
Pré fur l'Original. 
Avis donné à Monfieur & Madame de Beauieu, de la part du 
fieur de Comminges, qu'il a appris par le Bailly de Montargis 
. les deffeins qu'ont les fieurs de Laual, de Rohan & d’Auau- 
gour de fecourir le Duc, & de chaffer le Cardinal de Foix, le 
Prince d'Orange, le Chancelier, & autres. 
Memoire à Marfan de ce qw'il dira à Monftigneur de Beauien @ à 
. Madame de par Monfrur de Comminges, [ur ce que le Bailly 
de Montargis luy 4 dit de par eux. | 
er P REMIEREMENT leur dira que auant la venué de Meffieurs de La: 


V. cy-defue. ual, de Rohan & d'Auaugour, en chemin ils ont faic ferment en- 
7 femble 


bv ROY CHARLES VIII. 
fermble d’eux entre-aider les vns les autres contre tous coux qui mal leur 1.48 <: 
voudroient faire, refervé lé Duc *,_ nn A dd 
— Item, Et auec ce l’entteprife qu’ils auoient de chaffer Meflicurs les Car. * De Bretagne 
dinal de Foix , Prince d'Orange, Chancelier , & autres. | 

Item, En apres leur venué, lefdits fieurs de Laual & d’Auaugour ont fait 
ferment au Duc, à la Duchefle, & à Mefdames fes filles, de les fecourir, 


sos PCR 


défendre, & les fouftenir à leur fucceffion de la Duché. 
Item, Er auant ma venué tous les autres Seigneurs l’auoient pareille. 
ment fait. . A PE ; 
Item, Dira comme Monfeur d’Auaugour à fort prié Monfieur de Co : . : 
minges qu'il fit auec. le Duc qu'il fe condefcende, qu’il prenne l’ordre du 
Roy que l’on luy veut bailler; ce qu’il a fait, combien que le Duc ne l'a- 
uoit Le fort agreable, & aprés a demande des Lettres du Duc de recom- 
mandation. Mais pourceque Monfieur de Cominges n’en eftoit aduerty de 
mondit fieür de Beauieu & Dame, ne s’y eft voulu employer, & luy a efté 
faic refponfé Fin n'en aura point, | : 
Item , Meflieurs de Rohan & d’Auaugour ont prie Monfieur de Comin- 
ges, qu'il voulfift parler au Duc pour le Mariage dudit fieur d'Auaugour & 
de la fœur dudit fieur de Rohan; ce que le Duc n’a voulu confentir. 
Item, Au furplus dira comme depuis peu de iours, l’on à dit au Duc 
que le Roy faifoit approcher gens d'armes par-deçà, & que c’eftoit pour 
courir fus à Monfcigneur de Dunois, & pareillement à mande l’Arriereban 
de Poitou. S'il eft ainf,le Duc eft deliberé de aider & fecourir ledit Mon- 
feigneur de Dunois, & le recucïllir, & me femble que feroit mieux fait de 
ne le contraindre venir icy. | | 
Item, Touchant la diflimulation du Mariage, i'y ay fait & feray toufours 
le mieux que ie pourray. | . 
| Pris fur l'original. 


Lettre de Louys Duc d'Orleans, depuis Louys XIE. à Pierre de Ro 
ban Marefchal de Gic, par laquelle il mande que fuinant l'inflante 
priere que luy à faire le Duc de Bretagne, il va deuers luy , qu'il en 
a efcrit an Roy, l'affeñre e S'il fait plaïfir au Comte de Dunois, 
qu'il le repatera comme à luy fait. 


MS COVSIN,le merecommande à vous tant cornme ie puis. Auiour- A Bis 
d’huy aprés difner, le Duc * m'a enuoyé vn meflage, par lequel il %7 29% 
m'a mandé, & fait fçauoir que fur tous les plaifirs que ie luy veu'lle iamais . nd 
faire , iem’en voife incontinent deuers luy, ce que jay deliberé de faire. prerogne. 
Mais auant mon partement en ay bien voulu auertir le Roy auquel j'en ef- 
cris bien au long, & luy enuoye les Lettres que le Duc m'a efcrites. Tou- 
tesfois ie vous prie que ne laifliez point à befoigner, s’il vous eft potlible, 
touchant ce que ie vous ay dit, car j'ay efperance de retourner icy bien 
brief; & fi vous faites aucune chofe pour mon coufin de Dunais ,ie m'en 
reputeray tenu à vous. Mon coufin, noftre Seigneur foit voftre garde. Eférit à 
Blois le 11: iour de Ianuier. Voftre coufin Loys. Et plus bas, Hondoyer. Et 
fur l'adrefle, C4 m0 coufin, Monfieur le Marefchal de Gié. | | 

| Pru fur l'original. 


eZ AA. 


SS£ 


| 506 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
149 $+ Lerre de Jean de Chalon, Prince d'Orange, 44 Roy Charles VIII, 
Al luy mande l'arriuée du Duc d'Orleans vers le Duc de Breta- 
nc, qu'il a efté an-deuant de ley, C7 n'a pas reconnu que ce Voya ge 
FT à autre fin que de wvifite. L n 1 


ANetn (TIR E, Le plus tres-humblement que faire puis, ie me recommande en 
14 18887 1) voftre bonne grace, & vous plaife fçauoir, Sire , que hier au foir bien 
. tard arriua en cette Ville Mon/igneur d'Orleans , & m'enuoya Je Duc *%* 


# 

- ir : au-deuant de luy entre cy & Cliffon auec les Gentilshommes de fa mai- 
__ fon. l’ay longuement deuifé auec mondit Seigneur, & à ce | j'ay pü ti- 
rer de luy, il n’eft point pour dire ny faire chofe qui vous deuft deplaire, 
mais feulement pour voir le Duc; & quand ie reconnoiftray qu’il on fai- 
re ou dire chofe qui foit au preiudice de vous ou de voftre Royaume, 
foyez feur, Sire, que ie vous en auertiray, enfemble de toutes chofes qui fur- 
uiendront, à l'ayde du benoift Fils de Dieu, qui, Sire, vous doint tres-bonne 
vic & longue, auec l’accompliffement de vos tres-haults & tres-nobles de. 
firs. Efcris à Nantes le 14. iour de Januier. Voftre tres-humble & tres. 
obéiffant feruiteur, z. de Chalon. Etfur l'adrefle, 44 Roy mon Souwerain Seigneur. 
| Pris fur l'Original. 


Lettre de François Comte de Dunois, 4 Louys Baftard de Bour- 


bon, Comte de Rowffillon € de Ligny, Admiral de France. II le 
prie de venir trouuer le Duc d’Orlcans, pour donner fon confeil dans 


les affaires du Roy. 


A Paris M: N BON COVSIN, le me recommande à vous tant que ie 
. é Z puis. Vous pouuez connoiftre par les Lettres que Mon/feigneur * vous 
“rep  Ctit, la bonne volonté qu'il a de feruir le Roy, & de le mettre en eftat 
d'Orlesss. les gens de bien puiflent auoir loy de’ parler pour fon bien, & le bien 
eruir. Fay grand regret que n’auez efté en lieu où iaye pü parler à vous, 
* Le Duede CAT le Duc *Y auoit grande fiance en vous, que en cette matiere vous y con. 
Breragus.  duiriez & aideriez Monfeigneur à y faire toutes bonnes chofes pour le 
Roy. Auffi Monfeigneur s’y attendoit bien; & quand il fceut que eftiez 
vn peu malade, il fut fort déplaifant. Toutesfois À vous Vous pouuez trou- 
uer bien, eflayez-vous de venir, afin que par voftre faute on ne laiffe à fai- 
re beaucoup de bonnes chofes, lefquelles par faute d’vn bon homme au- 
cunes fois fe delaiflent; & à ce que ie crois vous efuerturez, car i'ay toù- 
jours veu que n’auez eù l’œil que auffi au Roy nuëment fans regarder ail- 
lieurs. Ce porteur vous dira le furplus , vous priant que me veuilliez man- 
der de vos nouuelles en bref. Mon bon coufin, ie prie noftre Seigneur qu’il 
vous doint ce que defirez. Efcrit à Paris ce 25. iour de Ianuier. Le tout 

voftre coufin Francois. Et au dos, _4 mon bon coufin Monficur l'Admiral, 

Pris fur l'Original. 


Lettre de Iean de Chaalon Prince d'Orange , «4 Duc de Bourbon 
Zean II. Connefable de France. Il luy mande que ceux qui l'ont ac- 
cufe de la venuë du Duc d'Orleans en Bretagne, @r de l'Affemblée 
qui s'y tient, en ont menty, @ qw'il ne fera iamais rien contre le [erus- 
ce du Roy ny du Royaume. 


ee 


A Nantes O x tres-redoute Seigneur, Le plus tres-humblement que faire puis, 


19. Fesriey - : | + 
le me recommande à voftre bonne grace, Monfeigneur, il vous a plu 


485. 


—# 


ES 


DV ROŸY CHARLES VIIL ÿo7 
fl’efctire que auez efté auerty de la Cour que j’auois dit comme mal ad- 
uife & fans raifon nulle que leftois caufe de l'allée de Monfeigneur d'Or- 
Jeans, & de l’Affemblée qui fe fait par-deçà, & que ie voulois bien que lé 
Roy le fceuft & chafcun-aufli, & que eftiez trop efbahy de cecy, veu les 
belles paroles que ie manday dernierement au Roy & à vous, du vouloir 
que j’auois dé le feruir, & maintenant eftre fi-toft changé fans le vous efcri- 
re, & faire fçauoir : cela vous fait refuer: 

Monfeigneur, quant à la venué de Monfeigneur d’Orleans , ceux qui 
vous. ont fait feauoir ce que me mandez, referuc ce que ie dois, ont fauf- 
fement & defloyalement menty,& le peut-on voir par ce que Monfeigneur. 
d'Orleans mefme en a cfcrit & mandé au Roy. En ce qui touche les belles 
& honneftes paroles que ie manday au Roy & à vous par Saint Marcel, ie 
les aduoué, & n’4ÿ point changé de vouloir, cat tout feruice honnefte luy 
voudrois faire, non pas de la nu qu'en fus requis par ledit Saint Mar- 
cel, lequel ie crois, Monfeigneur, vous auoir ainfi dit, car ceux qui vous 
feront ouurir pratique fi deshonnefte n’auoient l'honneur & ia confcience 
du Roy, de vous, ni de moy;& vous fupplie cres-humblement penfer que 
tel fuis enuers le Roy que ay dir, & le penfe feruir en ce que luy, vous & 
la gencralité des gens de bien du Royaume de France me commanderont, 
non pas à l’appetit des particuliers qui voudroient me faire requerir de cho: 
fe deshonnefte ny mauuaife. 

Monfeigneur de ce que me mandez de Monfeigneur de Cominges, ic 
le tiens fi fage & fi honnefte, qu'il fe gardera bien de dire ny faire chofe 
enuets le Roy ny le Royaume qui ne foit bonne & honnefte. Mon tres- 
redoute Seigneur, plaife-vous toufiours me mander vos bons plaifirs, pour les 


” accomplir à l’aide du benoift fils de Dieu, qui vous doint bonne vie & lon- 


gue. Efcrit à Nantes le 19. iour de Feurier, Voftre cres-humble & 
obéiffant feruiteur, De Chaalon. Et fur l'adrefle ,C_4 mon tres-redouté Seigneur, 
Monfeigneur le Duc de Bourbon G* d'Aunergne , Conneïtable de France. 

| Prés fur l'Original. 


Le Comte de Dunois mande 2 ...,.... que Madame de Beanien mene 


le Koy en Guyenne, pour offer au fieur e Cominges fon gounernements 


Caux Seigneurs d'Angoulefme co d'Albret les places qu'ils tiennent, 
ce qui le fait le prier de [e ioindre aux Ducs d'Orleans @ de Lorrai- 
ne pour fe mettre en campagne, é9* de palfer la riniere d'Oife pour venir 
à Paris, co de faire palfer les Lorrains par la Champagne Gr Brie, 
pour empefcher l'effet de ce voyage. | 


Oxs1E ver le Gouuerneur, Chafcun éfperoit que Madame fe deuft 
M icy arrefter fur moy: coutesfois elle a paflé- outre, &: mené le Roy 
en Guyenne, pour defaire Monfeigneur de Cominges de fon Gouuerne- 
ment de Guyenne, & luy ofter les places qu’il tient, & aufli pour defaire 
Monfeigneur d’Angoulefme & d’Albrer, fi elle pouuoit, Vousentendez bien 
qu'elle a affemblé plus de forces qu’elle a pu pour la grande affeétion qu’el- 
le a de nous defaire, & auec ce mené le Roy en perfonne, qui eft fa 
principale force. Elle fait femer, & aller par le Royaume, difant qu’elle à 
treuc auec vous, & que Lorraine eft pour elle, au moyen de ce que nos 
amis dedans le Royaume ne fe ofent declarer, ni les Genfd’armes n'ofent 
hifler leurs Ordonnances pour venir à vous, dautant que nous laiflez baci- 
ler. Parquoy, Monfieur, eft befoin pour autant que defirez venir à chef 
de l'entreptinfe, & que aymez tous vos parens, amis & alliez & feruiceurs 
de par-decà, que vous vous tiriez aux champs; & eft re . par-deçà 

S{i 


QG. 


Énvnese TORRES 


1485 


Fénuris? 1453; 


—— 58 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

1 4 8 5. que deuez tirer à Guife, à Soiflons, & paffer la riuiere d'Oife au deffus de 
Compiegne, & que fafliez marcher Lorraine par la Champaigne, & au pays 
de Brie fe joindre auec vous pour tirer deuant la Ville de Paris, auquel 
lieu fe tirera Monfcur d'Orleans.Et fi Madame fe retire de Guyenne alors 
que vous ferez marchez tous entre nous de ce quartier de Guyenne, irons 
aprés à toute grofle puiffance, car la prefence du Roy oftée dehors, tous les 
pays nous füiuront ; & fi ainf eft qu’elle demeure toufours és pays de Guyen- 
ne, elle eft enclofe, & nous encore mieux au deflus de noftre entreprife, 
car vous pourrez franchement marcher iufques à nous, Monfeur d’Orleans 
auec nous, & le Duc de Lorraine. 

Pris fur l'Original. 


Le Comte de Dunois au Duc d'Orleans, luy mande qu'il s’eff engagé anec 
fe amis pour fon feruice; que l'on eff eflonné de ne point receuoir de 
fe nouuelles ; © que la Guerre eft en Guyenne. 


Flurierr48s. ONsEIGNEVR, Îecroy que auant que fuffe détruit ni perdu, que vou- 
Mi vous exploiter pour moy. pour caufe que ie me fuis mis plus 
auant fous voftre parole pour vous faire feruice, & qui plus eft plus grands 
pcrfonnages que moy beaucoup à mon pourchas, &en les affeüranc de vous, 
{e font mis à l’effet,ce qu’ils n’euflenc fait fans cela: car fous voftre ombre 
& puiflance les chofes fe peuuent conduire, & non autrement. Pour ce vous 
fupplie que veillez garder à voftre pouuoir qu'ils n’en cheoïient point en 
inconuenient eux ny moy, Car Ÿous pouuez entendre que auec le dommage 
que jy aurois de perdre le mien, fi cherroye en deshonneur , ce qui en- 
cores plus me deplairoit, Ie fçay que ne voudriez faire autremenr que vn_ 
Prince d'honneur & de vertu tel que vous eftes doit faire en cel Cas ; mais 
ce ic vous efcris pour vous donner à entendre qu'il eft temps, & que 
les matieres requierent que neceflairement ces chofes icy fe faflent. 

Monfeigneur vous pouuez entendre que ie parle à vous franchement & li- 
brement, ainfi que ie vois que la chofe le requiert; & s’il ÿ a aucune cho- 
fe qui ne vous plife, vous me pardonnerez, car l’affedion que i'ay que vos 
befoignes & les noftres fe portent bien, me fait ainf parler, & vous affeu- 
re que ie vous en mande toute la verité fans y mettre ny plus ny moins: car 
il me femble que ce font termes qu’on doit tenir à cels perfonnages que vous 
qui cftes pour ne les prendre, finon à bon fens, vous fuppliant que voftre 
bon plaifir foit de me mander bien au long voftre vouloir & deliberation. 

Le grand homme qui eft au Sergent des Boys, qui efk de parde-là vous 
donnera tout cecy à entendre, | | 

L'on eft couc efbahy de par-decà, que ne faites autrement fçauoir des nou- 
uelles, & pource faites-nous en fçauoir à toute diligence, car la guerre cft 
de parde-çà & en Guyenne. | 

Tiré de l'Original. 


Lettre de Iean de Chaalon, Prince d'Orange, é> de Oder d'Aidie, Com- 
te de Cominges, à Jean 11. Duc de Bourbon, Conneffable de 
France, auquel ils tefmoignent qu'ils defireroient qu'il vonluft prendre en 
main les affaires du Duc de Bretagne pour les. accommoder. 


' | 
. Lire ie ONse1GNEVR, Nous nous recommandons tres-humblement à vof. 
* Mr Mide tre bonne grace, & vous plaife fçauoir que nous efcriuons à Mon- 


Beauies. * \ : p 
fieur voftre frere * & à Madame, que voudrions bien que vous & eux prif- 


Bretagne. liCZ en main les matieres pour le bien du Roy & du Duc *; & ü voftre plai- 


? 


Re CR me si _— ne mr — 


| DV ROY CHARLES VIIL: so9 —— 
fir eft d'y entendre, faites-nous fçauoir voftre volonté, & nous y trouuerez z 495$. 
tels que nous deuons eftre, Monfeigneur, nous prions Dieu qu’il vous doint | 
bonne vie & longue. Efcric à Nantes le vingt-quatricfme iour de Iuin. 
Vos tres-humbles & obeiffans Iean de Chaalon, Odet d’Aidie. Et fur l’a- 
dreffe, A noftre eres-honoré Seigneur, Monfeigneur le Duc de Bourbon & 
d'Auvergne, Conneftable de France, | | 
. Pris fur l'Original. 


Lettre de Odet d'Aide , Comte de Cominges , 44 ffre d’AIb rer: 


Comte de Dreux, qu'il exhorte de [e tenir dans le party é feruice 
du Roy; luy mande la tennë des Eflats de Bretagne. 


ONSEIGNEVR, Je me recommande humblement à voftre bonne 4 Nsnre 
grace, & vous plaife fçauoir que j'ay receù les Lettres qu'il vous à : ‘: Seprembre 

plu m’efcrire par Monfeur de Liflac, & par luy fceu de vos nouuelles , le- ** 
quel demeure icy pour befoigner en vos affaires. Au furplus, Monfeigneur, 
ie n’ay point eu de refponfe des Lettres que reéfcriuis en Cour à voftre par- 
tement d’icy: mais depuis peu de iours Madame * m'a fait fçauoir que r'en- » dame de 
uoyafle deuers vous, pour vous faire fçauoir toutes nouuelles, & femble Beswis». 
qu'on vous veut contenter, Monfieur de Liffac m'a dit que vous deuez al- 
ler deuers Monfeigneur le Conneftable, pour mettre fin au differend d’entre 
la Reyne de Nauarre & Monfieur de Narbonne. Monfeigneur, ie vous prie 
qu’en ce qui touche le fair du Roy, vous vous conduifiez & gouuerniez fi 
bien que perfonne ne vous en puifle reprendre, & me femble que le de- 
uez bien remonftrer à mondit Scigneur le Conneftable, 

l'ay efcric à madite Dame, que j'ay enuoyé deuers vous, ainf qu’elle m'a 
fair fçauoir , & l'ay affeürée que vous ne ferez chofe dont le Roy & elle 
fe doiuent malcontenter. Aufli luy ay efcrit couchant le tort que l’on a 
fair à Monfeigneur de Nemours, & que vous ne vous en pourriez con- 
tenter, fi l’on ne le réparoit. | | 

le vous enuoye des nouuelles qui font venuës d'Anglecerre, qui font 
vrayes; ie ne fçais fi vous les fçauiez. Les Eftats de Bretagne fe tiennent; 
& aprés qu'ils feront acheucz, ie m’en iray faire un tour en voftre quartier +. 


_ de Gafcogne. S'il vous plaift, vous me fercz fçauoir de vos nouuelles & de 


celles de mondic Seigneur le Conneftable, auquel ie w’efcris point, priant 

Dicu, Monfeigneur, qu'il vous doint tour ce que voftre noble cœur ps 

Eftrit à Nantes le feiziefme iour de Seprembre. Voftre humble feruiteur, 

Odet d'Aidie. Et au dos : 4 Man/ftigneur d'Albret, Comte de Dreux © de Perigor 
Pré fur Foriginal. 


cé 
® 
N 
! 


Traité d’Alliance entre les Roys de France & de Portugal. NE 


OHANNES, Dei gratia Rex Portugalie © Algarbiorum , citra Cr ultra Hs Re 
mare in Africa, vniuerfis G Jingulis bas noffras patestes literes inSbecturis; Lu 
falutem in Domino qui effomninm vera [alus. ProSberorum facccfuum falicis in 
crementa, Regum © Principum geffa nulla in re verius laudari probarique folent, 
#ihil fane maius aut praclarins videri foler quam fi Jnorum maïoram cvefligis 5n- 
harentes , ea, que hereditario quodam jure faccefferunt, colant, imitentur € probent, 
prefértim ff faorum fubditorum quictem , profcétums C7 conmodum ovini ex partt 
refpiciant, tucantur, Cr foueant. Hinc eff quod prefhiciecntes nos, ac anime valutan- 
tes fingularem dileéfionem G* amorem gv4 iam dudum extitrunt inter poreniiffi- 


os inclitiffime recerdationis Reges pradeceffores noffros, dum in humanis agcrent, 


Sereniffimwm Principe Ludosicum Chriflisniffimum Francorum ” cajus D6- 
| | L SST ii) | 


—— go OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


148$. min geflarum rerum gloria G° accumulata lande mirifice recreamur , necnon Domi- 


num Alphonfam Portugalenfium inclitiffimum Regem genitorem noïfrum :que res 
inuicem non modo noffris Regnicolis attulit non mcdiocre commodum tranquille at- 
que amice vincndi, féd praclarum G* fingularce exemplum. Quorum gloriofiffimorum 
Regum inflitutis refragari, aut quidquam detrahere indignum cffe ducimus , fi off- 
cia qua abunde Patres inter fe exhibucrunt prafliserantque, nos qui filii fumus op- 


timo ire imitars, profequi debeamus; quibus fit vt noffro nomine Regnorum Subdito- 


rumque noffrorum, gentium © incolarum confolidemur realiter , G* cum effétu in 
codem amore CG beneuolentie fecuritate cum potentifimo Domino Carolo moderno 
Gallorum Chriflianiffime Rege vonfançuineo nostro chariffimo, G* cum omnibus [ub- 
ditis G vaffallis fus in quibus Patres noffri dum vinerent éxtiterunt, dantes C con- 
cedentes cifdem fubditis G* fais rebus, nauigii, nauibus  nauté; naucleris cr 
mercibus plenam Cr integram fécuritatem veniendi, flandi G redeundi per terram 


aut per mare, ficut illis milius G* expediens videatur, comcandi G* remcandi, naui< 


gandi CG ffandi in noffris Regmw, cisitatibus , locis, villis © oppidw , portubus ac 
litoribus, vendendi, mercandi G diffrahendi libere @ fecure omnes C* fingulas mer- 
ces quas ducere , emere, comparare 4c diffrabere confieucrunt tempore inclitiffimo- 
sum Regum noffrorum Patrum, féruatis fémper antiquis noîtris confederationibus 
 aliis conftitutionibas, ordinamentis , inribus  obligationibus Regnorum noïtro- 
. rum, quibus in aliqguo non intendimus derogare,aut preindicium facere, ficut cas 
Jemper firmas G* flabiles tencre G° obféruare decreuimus. Et fi quando, quod abfit, 
alteri noffrorum Regum videatur expediens ab hoc concordia C° commercio [ubfiffe: 
re, pars defiffere volens , debeat Cr tencatur alteri parti ante quatuor menfes notans 
facere talem defiftentiam , fèu difcordiam, ut [his rebus confulant, ne fui fabditi, ref- 
que fus fab fide pablica € iuflo clipeo periclitentur , in cuius rei teflimonium veri- 
fatis permittimus bas noffras literas manu propria fubfcripta © noffri figilli pen- 
dentis robore communitas. Dafas in oppido noffro Montis maiotis féprima die men- 
Jis Ianuarii, anno falutis millefimo quadringentefimo oifuagefimo-quinto. Sic fi- 
guatum. El Rey. | 
_ Tire des Regiftres de la Chambre des Comptes. 


Confirmation de la Foire de Saint Germain des Prex. 
À Paris Fi. (> HaARLES par la grace de Dieu Roy de France : Savoir faifons à 


mrier 1485. tous prefens & à venir,nous auoir receué l’humble fupplication de nos 
bien -amez les Religieux, Abbé & Conuent de l'Eglife & Monaftere de 
Saint Germain des Prez lez Paris , contenant que au mois de Mars l'an 
mil quatre cens quatre-vingts- deux ; feu noftre tres-cher mis &c 
Pere, que Dieu abfoille, leur oétroya fes Lettres Patentes èn forme de 


Charte, defquelles la teneur s'enfuit 


_ du du Ovrs par la grace de Dieu Roÿ de France : Sçauoir faifons à tous 
arc, dexz A ° . 
D den prefens & à venir, que nous confiderans comme feu de tres- noble & 


de Marsïysz. Donne memoire le Roy Childebert, en fon viuant Roy de France, noftre 
_ progeniteur, pour la grande & finguliere deuotion qu'il auoit à Dieu 

noftre Createur, & pour aucunes grandes.caufes qui à ce Le meurent, fon- 

da en fon viuant l'Eglife & Abbaye Monfeigncur Saint Germain des 

Prez lez noftre bonne ville de Paris , laquelle il doùa de plufieurs belles 
Seigneuries, rentes & reuenus, & en icelle ordonna faire dire & celebrer 

certain bel & notable Seruice diuin, pour lequel dire, celebrer & conti- 

nuer il ordonna certain nombre de Religieux, & depuis alla de vie à tref- 

pas, & s’eft fair inhumer & enfepulturer en ladite Eglife. Aprés le trefpas 


duquel, le Roy Saint Charlemagne, pour la grande & finguliere deuoriorr - 


qu’il auoit à icelle Eglife, tant pour les grands miracles qui auoient efté 


+ 


DV ROY CHARLES VIII. sil 


faits fur fa perfonne par le moyen dudit glorieux Saint Germain qui re- 
pofe en icelle Eglife, que aufi pour la continuation dudit Seruice diuin, 
pour lequel faire il accrut & ordonna en ladite Eglife plufeurs Reli- 
gieux outre ceux qui y eftoient de la premiere Fondation, donna à icel- 
le Eglife plufieurs belles Terres, Seigneuries , Cens , rentes, reuenus, 
joyaux, & autres biens, pour eftre participant és prieres d’iceux Reli- 


gieux & dudit diuin Seruice d’icelle Eglife, depuis lequel temps lefdits . 


Religieux ont toufiours fait, continué & entretenu ledit Seruice diuin, 
Mais au moyen des guerres & diuifions qui ont efté par plufieurs & diuer- 
fes fois en noftre Royaume, mefmement du temps des Infidelles, lefquels 
par plufieurs & diuerfes fois, & aufli les Anglois anciens ennemis de 
noftre Royaume , ont efté deuant noftredire ville de Paris à puiffance 
d'armée , ladite Abbaye a efté bruflée & deftruite, enfemble tous leurs Til- 
tres, Chartes, enfeignemens, & autres chofes quelconques qu’ils auoienc 
des rentes , reuenus, & droits d’icelle Eglife, ledit reuenu d’icelle Ab. 
baye a efté & eft fort diminué, & tellement que lefdics Religieux, Abbé 
& Conuent d’icelle Abbaye en font grandement diminuez & appauuris, 
lefquels à ces caufes nous ont humblement fait fupplier & requerir, que 
pour aucunement les recompenfer de leurdite perte, & accroiftre leurdie 
reuenu , il Nous plaife leur oétroyer certaines Foires franches comme ont 
nos chers & bien-amez les Religieux, Abbé, & Conuent de Saint Denis 
en France, & fur ce leur impartir noftre grace. Pour ce eft- il que Nous 


‘voulans & defirans entretenir ladite Eglife en fes droits & libertez, & les 


augmenter à noftre pouuoir, à ce que de plus en plus foyons participans 
és bienfaits, prieres, oraifons, & Seruice diuin qui fe font, dient & ce- 


Iebrent iour & nuit en ladite Eglife, & que lefdits Religieux, Abbé & 


Conuent d’icelle Abbaye foient plus enclins à prier Dieu noftre Crea- 
teur pour la profperité & fanté de noftre Perfonne, & de noître tres-cher 
&c tres-amé Fils le Dauphin de Viennois audit lieu & Abbaye de Sainc 
Germain des Prez: pour ces caufes & confiderations & autres à ce nous 
mouuans ; leur auons donné & oétroyé, donnons & oétroyons femblable 
Foire franche, comme ont ceux de ladite Abbaye de Saint Denis en Fran- 
ce, & icelle y auons créé, inftitué , ordonné & eftabli, & par ces Pre- 
fentes de noftre propre mouuement, grace fpeciale, pleine puiffance & 
autorité Royale, creons, inftituons, eftabliffons & ordonnons pour icelle 
Foire franche auoir & faire tenir par chacun an durant huit iours en- 
tiers, commençant le premier iour d'O&obre, & finiffant le huitiefme iour 
dudit mois aprés enfuiuant lefdits iours inclus, voulons & nous plaift 
que dorefnauant perpetuellement & à toufiours ladite Foire franche foit 
par chacun an tenuë en ladite terre & lieu de Saint Germain des Prez, 
où lefdits Supplians verront eftre à faire pour le mieux durant lefdits huic 
jours , & que iceux Religieux Abbé & Conuenc dudit Saint Germain en 


iouïflent, enfemble des droits, prouffits & émolumens qui y appartien- 


nent, tout ainfi que font & ont accouftumé faire lefdits Religieux, Ab- 
bé & Conuent de Saint Denis en France d’icelle leur Foire, & que tous 
Marchands & autres gens quelconques qui en icelle Foire afflueront & 
frequenteront, foient francs, quittes & exempts de toutes aydes, peages 
& tributs quelconques, & y puiflent vendre , adenerer, reuendre & ef- 


changer toutes denrées & marchandifes licites , & ioïr & vler de tous tels 
& femblables droits , franchifes & libertez dont ils iouïflent , & ont ac 


couftumé iouïr & vfer en allant, venant, feiournant, frequentant, & mar 
chandant en ladite Foire eftablie en la ville & Abbaye Monfcigneur Saint 
Denis en France, comme dit eft. Si donnons en mandement par ces 
mefmes Prefentes à nos amez & feaux les Gens de nos Comptes & Tre- 


14935. 


ga OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 49 $. foriers à Paris, & les Generaux Confeillers par Nous ordonnez fur le fait 


& gouuernement, tant de nos Finances que de la luftice de nos Aydes, 
au Preuoft de Paris & Efleus fur le fait defdites Aydes en l’'Eleétion dudit 
Paris, & à tous nos autres lufticiers, Officiers & Subiets, & à chacun 
d'eux fi comme à luy appartiendra, que de ladite Foire, durant lefdits huie 
jours , ils faflent, fouftrent & laiflent lefdits Religieux, Abbé & Conuent 
de Saint Germain des Prez iouir & vfer perpetuellement & paifible- 
ment, fans leur faire ou mettre ne fouffrir eftre fait ou mis ores ne pour 
le temps à venir aucun deftourbier où empefchement au conttaire ; lequel 
fi fait mis ou donné leur eftoit , mettent ou faflent mettre incontinent & 
fans delay à pleine deliurance, &,au premier eftar & deu. Er afin que la- 
dite Foire foit notifiée & fait à fçauoir à la connoiflance de tous Mar- 
chands & autres quelconques, Nous voulons que icelle Foire franche ils 
faflent crier & publier en leurs Cours, lurifdiétions & Auditoires, & par 
tous autres lieux où l’on a accouftumé faire cris & publications, en fai- 
fant iouïr & vfer les Marchands frequentans ladite Foire de tels & fem- 


blables priuileges, franchifes & libertez qu’ils ont accouftumé jouir & | 


vfer és Foires dudit lieu de Saint Denis en France ; & voulons & Nous 
plaift que pour tenir ladite Foire, les Religieux , Abbé & Conuent de 
ladite Abbaye puiflent faire mettre fus & drefler confiftoire, édifier hal- 
les, eftaux & loges à leur clos de ladite Abbaye, ou autre lieu où fera te- 


nué ladite Foire, & où bon femblera aufdits Religieux, Abbé & Con- 


uent dudit Saint Germain, comme dit eft : Car tel eft noftre plaifir; 
nonobftant que les Priuileges dont ont accouftumé iouïr & vfer lefdits 
Marchands éfdites Foires de Saint Denis ne foient cy expreflément fpe- 
cifiez ne declarez, & quelconque autre Ordonnance, mandemens, ref- 
trinétions ou deffenfes à ce contraires. Et afin que ce foit chofe ferme & 
fable à toufiours, Nous auons fait mettre noftre féel à cefdites Prefentes, 
fauf coutesfois en autres chofes noftre droit, & l’autruy en toutes. Et pour 
ce que de ces Prefentes lefdits Religieux, Abbe & Conuent pourront 
auoir à befogner en plufieurs & diuers lieux, Nous voulons que au Vidi- 
mus d'icelles fait fous féel Royal, pleine foy foit adiouftée comme à ce 
prefent original. Donné au Pleflis du Parc lez Tours au mois de Mars, 
l'an de grace mil quatre cens quatre-vingts - deux , & de noftre Regne le 
vingt - deuxiefme. Signe fur le reply, Par le Roy, Robert. Etefcrit ce que 
s'enfuit. Leéfa ,publicata, G regiflraia in Camera Computorum Domini noffrs Re- 
gts , G° ibidem expedita impofitionibus G fabfidis vinorum G° animalium pedem 
forcatum babentium prafato Domino Regi referuatis. Aifum die vicefimd - tertia 
Aungufli,anno Domini millefimo quadringentefimo olfogefime-tertio. Et figné, De 
Badouillier, Vifa contentor, Texier. Et au dos defdites Lettres eft efcric 
ce qui s'enfuit: Leuëés € publiées en l'Auditoire des Efleus à Paris fur le fit 
des Aydes ordonnez pour la Guerre, le Sarredy trentiefme © penultiefme tour 
d'Aouff, l'an mil quatre cens quatre-vingt-trons. Signé, Audry. Lefquelles 
Lettres deflus cranfcrites furent bien & deuëment verifiées & expediécs 
par les. Gens de nos Comptes & Treforiers de France, aprés enquefte fur 
ce faite, & les folemnitez en tels cas requifes gardées & obferuées, & lef- 
dites Foires criées & publiées, dont lefdirs Religieux de Saint Denis, pour 
ce qu’ils difoient que les iours éfquels ladite Foire defdits Supplians fe 
deuoit tenir par lefdites Lettres , eftoit durant le cours de ladite Foire 


Saint Denis, par quoy leur eftoic préiudiciable, fe porterent pour appel- 


lans, & fur ce fe meut procez en noftre Cour de Parlement entre lefdits 
de Saint Denis d’vne part & lefdits Supplians d’autre, où tant fut proce- 
dé, que par Arreft d’icelle Cour ladite Foire a efté tenuë par deux années; 
c'eft à fçauoir la premiere année au mois d’Oétobre lan mil quatre cens 


quatie- 


| 


DVROY CHARLES VIIE $ÿ 
quatre-vingts & trois, & l’année enfuiuant le lendemain de la fete Saine 1 48 fa 
Martin d’hyuer, lan mil quatre cens quatre-vingts & quatre. Er depuis 
par autre Arreft de ladite Cour, lefdites parties ay long ouyes, &aprés en- 
quefte faite fur l'interet que lefdirs de Saint Denis pouuoient auoir à 
l'oétroy de ladite Foire defdits Supplians , fur dic que iceux Supplians 
tiendroient leurdite Faire déflors en auant le lendemain de la Fefte de la 
Purification Noftre- Dame & les iours enfuiuans, ainf que plus à plein 
on dit eftre contenu audit Arreft, au moyen duquel ont lefdits Supplians 
depuis fair tenir leurdite Foire ledit iour de lendemain du iour Noftree 
Dame en ce prefent mois de Feurier. Mais ils doutent que à caufe de ce 
que lefdites Lettres d'Oftray ne furent expediées par les Generaux des 
Finances, comme mandé leur eftoit, & que les iours declarez en icelles 
Lettres ont cfté muez & tranflatez par noftredite Cour à autres iours, 
ainfi que deflus eft dit, que au temps à venir on leur voulfift donner em- 
fchement en la iouiflance d’icelles Foires, & que par ce moyen ledit 
Don 8 O&troy à eux fait par noftredit feu Seigneur & Pere leur fuft illu« 
foire & de nul effer , qui feroic à leur pu grief, préiudice & domma- 
ge, ainfi qu’ils Nous ont humblement fait dire & remonftrer, requerans 
noftre grace & prouifion conuenable leur eftre imparties. Pour quoy Nous, 
les chofes deflufdites confiderées, & mefmemene les caufés qui meurent 
| noftredit feu Seigneur & Pere à faire lefdits don & oétroy de ladite Foire 
aufdirs Supplians, voulans & enfuiuans fon bon vouloir &intention, & in- 
| clinant liberalement à leur fupplication & requefte, afin qu’ils faient plus 
| enclins à prier Dieu pour les ames de noftredit feu Seigneur & Pere, de 
feuëé noftre tres-chere Dame & Mere, de nos autres Predecefleurs Roys 
| de France, & aufli pour noîftre profperité & falut, union & cranquilité de 
noftredit Royaume, & pour autres caufes & confiderations à ce nous mou- 


uans, lefdites Lettres de don & oétroy deflus tranfcrites, & routes & cha- 
cunes les chofes en icelles contenués, eù fur ce l’aduis & déliberation de 
plufieurs des Seigneurs & Princes de noftre Sang & lignage , Gens de. 
goftre Grand Confeil, & autres notables petfonnes, auons eù & auons 
agréables & icelles louées, ratifiées & approuuées, louons, ratifions & ap- 
prouuons de nofître grace fpeciale, pleine puiflance & autorité Royale 
par ces Prefentes , & voulons & Nous plaift que iceux Supplians iouifs 
fent des otroys, priuileges, libertez & fränchifes contenuëés en icelles, 
pleinement & paifiblement, felon la teneur dudit Atreft de noftredite Cour 
de Parlement, tout ainfi & par la forme & maniere que f les iours de- 
clarez en iceluy pour faire feoir & tenir ladite Foire dorefnauant, euflent 
efté où eftoienc defignez , & nommément declarez en icelles Lettres 
d’oûroy de noftredit feu Seigneur & Pere , & aufquels iours, en tant que 
meftier eft ou feroit, Nous auons ordonné & ordonnons ladite Foire eftre 
tenué aux droits, prérogatiues, libertez & fratichifes dont en icelles Let- 
tres de don & oétroy fut par noftredir feu Seigneur & Pere deflus tranf- 
crites, comme dit eft , faite mention. Si donnons en mandement par ces- 
mefmes Prefentes À nos amez & feaux les Gens de nofdits Comptes & 
Treforiers à Paris, Generaux Confeillers ordonnez cant fut le fait & gou- 
uernement dé nos Finances que de la luftice de nos Aydes, aux Preuofts 
de Paris & Efleus fur le fait : nofdites Aydes, & à tous nos autres fufti-. 
ciers, Officiers, ou à leurs Lieutenans, & à chacun d’eux, fi comme à luy 
appartiendra, que nos prefens, grace & confirmation ils faffenc crier, pu 
blier & notifier és lieux & ainfi qu’il appartiendra, & que en tel cas eft 
accouftumé de faire, & d’iceux faflenc, fouffrent & laiflent lefdits Sup 
plians & leurs fuccefleurs Religieux, Abbé & Conuent dudit Saint Ger- 
main, jouir & vier pleinement & paifñblement à coufiours, ._ en ce leuf 
ct 


148 5. 


s4 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


faire mettre ou donner, ni fouffrir eftre fait, mis ou donné aucun deftour. 
bier ou empcfchement au contraire, fous ombre de cé que l'fdites Lettres 
d'o&roy de noftredit feu Seigneur & Pere ne furent verifiées en fon vi. 
uant par les Generaux defdites Finances, & que lefdits iours ordonnez à 
tenir: ladite Foire par noftredit feu Seigneur & Pere ayent efte muez 8 
tranflatez par noftredice Cour à autres iours, ainfi que deflus eft dit , ni 
autrement, en quelque maniere que ce foit; & fi aucuns ttoubles ou empef: 
chemens leur auoient efté ou eftoient donnez, les oftent & mettent, ou faf: 
fent ofter & mettre incontinent & fans delay à pleine deliurance, & au pre 
mier eftat & deû : Car ainfi Nous plaift-il eftre fait, nonobftant comme 
deflus, & quelconques Ordonnances , reftriétions ou défenfes à ce con- 
traires. Et pource que lefdits Supplians pourront auoir à befogner de cef. 
dites Prefentes en pluñeurs & diuers lieux, Nous voulons que au Vidimus 
d'icelles fait fous féel. Royal, foy foit adiouftée comme à ce prefent Origi- 
nal. Et afin que ce foit chofe ferme & ftable à toufours, Nous auons fait 
mettre noftre {cel à cefdites Prefentes, fauf en autres chofe noftre droit, 
&c l’autruy en toutes. Donné à Paris au mois de Feurier, l’an de grace mil 
quatre cens quatre-vingts & cinq, & de noftre Regne le troifiefme. Ainf 


| figné , Par le Roy, le Comte de Clermont & de la Marche fieur de Beau. 


A Roms a 5. 
Féurier 1485. 
y. L'hifloire 
de Cypre d'Ef- 
tienne de La. 
£ign4n, dans 
laquelle il o 
parlé de cette 
Donation, 


ieu , Vous , le Sire de Grauille , & autres prefens, Parent. Vifa conter. 
tor. I. Muftrecolle, . - | 

_ Lecta, publicata, regiffrata, G: expedita in Camera Computorum Domini noffri 
Regw impofitionibus C fubfidiis vinorum G* animalinm pedem furcatum baben- 
.finm prafato Domino noffro Regi, prout antea reféruatis. Datum die nons Septem- 
bris anno Domini millefimo quadringentefimo oéfuagefimo-fexto. Badouillier. 


Donation du Royaume de Cypre par Charlotte Royne de Cypre 


à Charles Duc de Sauoye fon neueu. 


L ÂVRENTIVS Campegius Dei gratia @ Apoflolice Sedis Epifcopus Cefénaten- 
fs S.D.N. D. Vrbani diuina prouidentia Papæ VIII. dééfæque fantte 
Sedé apud Sereniffimum D. D. Carolum Emanuelem Sabaudiæz Ducem, 
Pedemontiums Principem Nuncius: Vniuerfis facimus manifeflum , quod nos vidi- 
mas, tenuimus, legimus, C* palpauimus , ac per Secretarium Curie noffre Apoflolice 
Nanciature infra [triptum videri, teneri, legi, G: palpari fecimus , Originale inf° 
trumenti donations Regni Cypri per Sereniffimam D. Carlottam Dei gratia Hie- 


- rufalem, Cypri & Atmeniæ Reginam fase D. D. Carolo Sabaudiæ Duci 


eins nepoti, pro fe fuifque heredibus  fhccefforibus quibuftunque, rogatum ut in co 
degitur [ub die 25. menfis Februarii anno 4 Naïiuitate Domini 1 48 5. Creceptum, 
ac fübfiriptum per D. D. Ioannem Bomartinm de Ranzo Cinem Verflenfêm, dr 
loannnem Cahonardi de Pelicano Impcriali aucioritate. Notarios ; non vitiatum ; 
nec canccllatum , nec in aligua illius parte [ufpetum, [cd omni prorfus vitio Gr fuf° 
Picione carens, nobis pro parte memorati Sereniffimi Caroli Emanuclis ad effeitum 
ind in prafens publicum GC: authenticum tranfumptum redigendi prefentatum , cu- 
sus quidem donationis inffrumenti tenor de verbo ad verbum féquitur, G* eff tal, 
videlicet. 0 ner ne 
In nomine fanéfe @ indinidue Trinitatis , Patris , G Filii, G* Spirits 
Sani, amen. Huius publici G anthentici inffrumenti tenore cuncfys fiat mani- 
fefum > quod anno 4 Natiuitate Domini Jumpto 1485. Inditfione tertis, Pon- 


f5ficatus vero D. N. Innocentii , diuina Prosidentis Papa VI 11. anno primo, C die 


25. menfis Fchruarii in preféntis R. R. in Chriffo Patrum @ D.D. luliani Epi- 
{copi Oftienfis ,Tis. Santis Petri ad Vincule, & Dominici de la Roucre , Tir: 
Sancti Clementis Presbyteri, S. R.E. Cardinalium , nec non R. R. D. D. Caroli de 
Seiffello Preceptoris Sanéti Antonii de Camberiaco, Diecefis Gratianopolitanenfis, 


OR et dmtle mm : 


DV RoŸ CHARLES VIIL sis 
Hugonis de Saxo Canonici Lanfanienfis, Andres de Prouani ex Domini Lanei 148 $. 
Apoflolicorum Protonctariorum, Vencrabilé Domini Ioannis Chafforicii Confefforis, 
© JPeitabilis Jasabi Anglici Goufliaris Sercniffime Reginæ Cy pri, «amborum de 
Nico/fa de Cypro omninm propter infra aéfs peragenda pro teffibus vocaterum Pe-. 
siéliter ° ragatorum consiituti,  Videlicet Sereniffinsa D. Cerlotta dei gratis .Hies 
rufalem , Cypr G* Armenie Regina ex uns parte, GR. in Chriffo Pater D. 104n- 
mes de Verax , Epiféopus Bellicenfis, Frater Merulus ex Comitibus Plorajqui , miles 
Aicrofolymitanns , Admiratus Rhodi, G Magnificus Dominus Philippus Cherrerii 

1. V. D. Sabawdis Prefidens, Procmratores G° Procuratoris nomine Un friffinsi Prin. 

cipis @ D. D. Caroli Sabaudiæ, ce. Ducis ex alter : pla fiquidem Carlesss 

Regina Sereni{fima de iuribus fais ad plenum certificats, confiderans @- attendens, 
bnmanitates ,curialitates, benemerits G fubuentiones babitss & reccptas à pradiéfo 
fffrifimo D. D: Carolo Sabaudie, G*c. Duce, cius nepote cariffimo ,ex quibus non. 

fmmerito orta eff obligatio antidotalis, G que merita fo mediante ivramente taéis 
Sacrefanitis Dei féripturis afféris fore vera, G: à talium probationc buius inffrs- 

menii tenore vuls cundem Principem 1luffriffimum relesatum effe G exempiuns , (je 

vans infuper maiora in futurum confiqui, in memorians ctiam reuoluens proximi- 

fatem fançuinis qua inwicem conisncfi font; cupiens preteres prefatum D. D. Du- 

cem Iluffriffimurs fuum neposems cariffimam tanquam bene meritum tisulo ce digni: 

fate Regal infignire ° decorare , confiderans precipue quod ditfum Regnum Cypri 

v$, armis ; @ potentia Vemctorums occupatur, C7 ipfi Regina Serenifime penitus ef? 

én fracfuo/um , pro quo recuperando tot fujfinuit labores expenas,quod fere viri- 

bus C° potentis prorfus remanfit exhauffa; propter qu4 non vi, non delo, mets , 

Jraude, aut aligua machinatione féduia, aut in aliquo circonnents, [éd ex cins Jiten- 

#54 certa, fpontanca voluntate animoque deliberato maxime ob diffs bene meriss ; 

pro fe © fuis heredibus C fuccefloribus quibufcunque , dat, donat, cedit, tranfc 

fert G* concedit pure, mere, libere G fimpliciter, donatione pra, mera, fimplici 

C* irreuocabili qua dicitur inter vinos nullo vnquam tempore, occafione, vel can. 
fa reuocands Bne fe vlierius rehabendi prelibato Principi Iluffrifimo D. D. Carol 

S'abaudie Duci,in quo tanquam flio cariffime ffbi vnicam aique sotalem faam re- 

pofuit PPem pro fe fuiljue heredbus G fuccefforibus quibafcunque lices abfénti, di 

dtis famen Reucrendis © Magnificis D. D. Procuratoribus @ nobis in afrafcriptis 
Notariis, @ Secretaris prafentibus, flipulantibus, G recipientibas vice @ no. 

mine Principis Iluffrifimé ciufque bercdum & uccefforum quorumcunque quorum 

éntereff, éntererit, aus intereffe porcris quomodolibet in futurum Regni Cypri cnrs 

omnibus @ fingulis auchionibus, © direbfis  viilibus, realibus G- perfonalibue 

sam fimplicibus quam mixtis, ques ipfa Serenifiims Regina in ipfo Regno quo- 

cunque îure diretfo, vel vtili, babuit, babere poruit, babetque, @ babere poteff, 

Una cum mixto imperio CO omnimods isrifdicfione, Regalibuque, vrbibus, vil. 
dis, oppidss, caffris, terris, territoriis, hominibus, homagiis , aquis , aquarum de- 
cur FA » péfcationibus , veuationibus, G* omnibus aliis dicto Regno quomodolibet 
pertinentibus , € pertinere valentibus nibil iuris, aéfionis, rationis , portions , di- 

retfure aut dominii in pramiffis retinendo, féd à [€ prorfus Cr in totum abdicando, 

Ce in prefatum D. D. Ducem Iluffrifimum cinfque beredes Jacceffores confe= 

rendo, & fe per traditioncm vnius annali quem dedit in «306 pralibati D. Phi- 

pps Cherreris, Prafidentis Sabaudie, alterius ex Procuratoribus pradictis deuefien- 
do; ivwrans eadem Sereniffima Regina taélis corporaliter Jacrofanétis [cripturis run 
quem fe feciffe nec fatturam aliam donationem , cefionem, vel remiffionem de praæ- 
dis Regno Gr pertinentiis fupra donatis, [aluis tamen Cr referuatis in principio,;medio 
© fine preféntis contraëtus infra fcriptis : [ilicer, quod dicta Sereni[fina Regina ad 
cius vitan naturalem poffis C valeat hoc nomine, dignitate Regina Cypri verbo © 
Jriptis appellari. Quam quidem nominationem, G appelationem, ffbi expreffereférast 
vt fupra , non obffante prafenti contraëiu , citra tamen préindicium ilius € deroga- 
Bones ita  taliter gnod nonobffante bac reféruationc polis Nr 1 riffs 

ci) 


1485: 


516 OBSERVATIONS.SVR LHISTOIRE | 
Princeps Ge Dux prelibatus ; prout fibi videbitur, vodem titulo ; nomine C° digai- 


state, verbe Gr fériptis ,uti, frui, G* gaudere, ponens ipfa Sereniffima Regina It- 


luftriffimum D. Ducem prefatum in locum faum, ir®quod ab inde in wvlira virte- 
te dite donations poffis  valeat wvti G* experiré, omgpibus acfionibus, direcis , vrs: 
libus,, realibus , perfonalibus ; meris fiuc mixtis xduerfus quafunque per[ones tam 
Bcclefiafficas quam fêculares, ac Potentatus quofiunque G* premifforum occafiont in 
judicio, @ extra, agere G experiri, @: de dicfo:Regno pro fus voluntati libite 
facere G* difponcre, etiam de ipfius Regni fruétibus € intraris, preterisw, prafenti- 
bus, Cr futuris, de expenfis ctiam , damnws CG intereffe, Pacis ci donare, Ô compo 
sexe, Gconcordare, illa omnia petere, procurare, ad premifla conflituere omniaque alia 
G fingula facere Gr exercere que preditto Iuffriffimo D. Duci neceffaria facrint & 
opporiuna,prout G* qaemadmodum ipfs Sereniffima. Regina ante prefentem donatio: 
mem facere poterat G* valebat, conffituens [e tencre: 6 poffidere nomine prefati 1E 
bufriffimi D. Ducis , donec G quonfque decodem Regno corporalem apprehenderis 

cilioncm, G* buis/modi donationem ; ceffionem ;: G*-remiffionm promifit Sacro- 


fanétis féripsuris corporaliter taëfis nunquam reuocare;vel contra candèm venire de 


jure vel de faifo ex quacunque rationce vucl cau[a; nunquamque émpetrare abfolutio- 
mem à itramento ad finem contraveniendi Donationi © remiffiont Jupra faite, vel 
aliquibus in ea contentis, G* quatenus impetrancrit fe diéfa impctrationc non iuwa- 
re, vel illa vti; renuntians infuper dicfa Regina Sereniffima, mediante iuramenio; 
tacfis corporaliter féripturis, per cam praflito exceptsons doli mali, vis,metus, C° iu- 
ri dicenti contraéum reftindi debere f? dolus dederit can fans contratfui, aut inciderit 
in contratfum , iuri dicenti donationem excedentem quingentos aurcos nom valere, 
wifi fucrit infinuate , iuridicenti contraëtus facilitate mulierum celebratos refindi 


pole» iuré dicenti Donationem faétam ex caufa ingratitudinis vel immenfitatis .re= 


socari,.inri dicenti gencralem renuntiationem non valere, nifi precefferit Shecialis, 
G* gencraliter omnibus aliis exceptionibus, iuribus Canonicis C7 ciuilibus, quibus 
aduerfis premiffà, vel corsm aliquo'quoquo modo contraenire pol]it , de omnibus 


renuntiafsonibes C7 reliquis füpra fériptis prius informata, aduifata G* certificats, 


per nos Secretarios @ Notarios infra fériptos vulçari fermone, interueniente inter- 
prete.D. Iacobo Engliia de Nicofia de Cypro ciufdem Regina Screniffime Confiliario 
G° familiari , qui Linçua Greca in preféntia teffium fupra Cr infra notatorum ei- 
dem Sereniffime Regine G: partibus omnia füpra féripta figillatim Gr articulate ex- 

lanauit, interpretatus cff, @ retulit.. Et guatenus requireretur alicuius Juperioris 


_ confenfus, propter defectum cuius prefêns donatio Jiue contraëfus inualidarctur , an- 
- sullaretur, aut alias fieret aliqua feudi aperturs, vel commif]io, valt c expreffe Je= 
 Jéruat prefats Regina Sereniffima dim confénfam € bencplacitum , C* ita illo 
_reféruato preféntem donationem celebrat , dr non aliter, nec alio modo, [ed ditfam 


donationem ilo non interueniente vult effé refalutam, € pro infecfa habitam. Si 
vero alicuiss faperioris non requiratur confénfus, vult,expreffe isbet, Cr ita aifum 
ef G conucutum inter partes,quod prafens claufula G reféruatio de prafenti dona- 


_tione tollatur, G amoscatur, G: quam ex nunc G: café ipfa Regina Sereniffime 


toit G amouct, G* ad maiorem roboris firmitatem requirit quoféunque indices tam 
Ecclefiaflicos quam féculares ,quatenus prefenti donations auctoritatem  decretum 
énterponcre dignentur. _ACts fucrunt bec in vrbe Roma; in Eccleffa maiori fantii 
Petri, in capella prope facriffiam,prafentibus prefatis Rencrendiffimis Patribus it 
Chriffo D D. luliano Epiftopo Offienfi Tir. Sancti Petri ad Vincula, 6 Dominico de 
Roncre, Tit. Sancti Clementis, S. R.E. Cardinalibus,nec non Reuerendiffimis D. D. 
Carolo de Seiffello Praceptore Santfi Antonii de Cambcriaco, Hugone de Saxo Cano- 
nico Lawfanienfi, Andrea de Prouanis ex Dominis Laynci Apoffolicis Protonotarits, 
Vencrabili D. Ioanne Chaforicii Confeffore, & fPeétabili Iacobo Anglici, Confiliario 
prelibate Sereniffime Regine , ambobus de Nicofia de Cypro teffibus, ad premilfa ad- 
flantibus, vocatis fpecialiter G* rogatis. Et ego loannes Bommartins de Ranzo, ciuis 
Verfelenfis publics Imperiali auiforitase, G prelibati iluïtriffimi D. D. Dacis Sa- 


LS 


D 


DV ROY CHARLES VIII. FT7 


baudie Secretarius, premiffis omnibus © finçulis, dum fic Ut premmittitur agerentu?, 1 À 8 $» 
vna cum diths R.R. Dominis teffibus, G* Notario ac Secretario infra fcripto inter- 
fui, Japra Jériptum inffrumentum ; aliens licet mans [criptwm , aucforirate qua 
fangçor in bac parte, cum .ditfo Notario C Secretario ro gatus, tam parte prelibate 
Sereniffime Regine quam ditforum D. D. Procuratorum, Procuratoris nomine qua 
Jupra recepi, C7 ii me fub/Gripfi curs foliti figni mei Tabellionatus in fidem @ tef. 
SIMON premi orurm appefirionc A R270. Et ego. pariter loannes Cohonardi de 
Polliaco ,Gebennenfis Diwcefis , Imperiali autoritate Notarius, prelibatique Illuffrifc 
fimi D. D. Ducis Sabaudie Secretarius , una cum-prelibaté Reuerendiffimis dr 
D. D. teffibus G Notario * Secretario fubfcripff, premiffis omnibus G fingulis in- 
serfui, hocque inffrumentum alicna manu Jériptums rogatws recepi, illudque [ubftripf 
mans mea propris, © figno meo folito fignaui in robur Cr teffimonium veritatis 
premifforum, Cohenarde. | | 
Et quia fadta per nos € coram nobis de prefénti prainferti Donationis initrue 
menti quod fieri fecimns tranfumpto debits collatione C aufiultatione cum eodem 
originali inffrumento , altero legente ; C altero aufiultante, vtrumque filicet exem- 
plum & exemplar predifa ad inuicem concordare snuenimus, ninil addito, dempto, 
vel mutato quod faéti fubStantiam in aliquo mutet fèu intellefum variet. Ideo buic 
prefenti tranfumpto tantam fidem in iudicio G extra fore C* cffe adhibendam decla- 
rauimus G* declaramus quanta cidemmet originali inffrumento adhiberetur. 1n quon 
œum fidem bas noffras mans propria firmatas fieri C* fubfiribi, figiloque noïtro de- 
bite communiri inffimus G fecimus. CAtfum C° datum Taurini die decima ocfaua 
 menfis Septembris anno millefimo quadringentefimo otfuagefimo quinto. L. Epifco- 
pus Crfénatenfis, Nuntius Apoflolicus, Poncet. . 


Ovs Claude de Maurini, Marquis de Bourg;franc, Confeiller de Sa Ma- 

iefté Tres-Chreftienne en fes Confeils d'Eftat & Priué, fon Cham- 
bellan & Ambafñfadeur ordinaire auprés de fon Alteffe Sereniflime de Sa- 
uoye : Atteftons d’auoir veu & leu & manié l'Original de la: Donation fuf- 
idimie par Monfieur le Nonce de Sa Sainteté, qui eft entierement confor- 
me. En foy de quoy nous fommes fignez & mis le Sceau .ordinaire de 
nos armes. C4 Turin le vingtiefme Septembre mil fix cens vingc- fixe 
Signé, Claude de Mawrini. Er fcelle. | | 


. Entrée du Roy Charles VIII. en la Ville de Troyes. 
L: Roy CHARLES VIII. eftant parti de Paris au mois de May de rr. My 


l'année 1486. en intention d'aller vificer le Comté de Champa- : #56 
gnc, fe refolut de faire fon entrée folemnelle, notamment en la Ville de 
Troyes qui en eftla Capitale. Auparauant le Preuoft des Logis accompa- 

né des Fouriers fut marquer les plus commodes logemens des habirans de 
A Ville, pour y receuoir ceux de la fuite du Roy. Le onziefme iour dudit 
mois de May Sa Maiefté arriua par vn fort beau temps au Village de Saine 
Lyc, efloigné‘enuiron de deux lieuës de ladite Ville, où plufieurs des Ci- 
toyens furent dans la curiolité de le voir, cependant que les autres faifoient 
danfes, feftins & feux de ioyes pour la rciouïffance de la nouuelle de cette 
venué, Entre autres, l'Euefque . Troyes nommé Jacques Raguier, accom- 
pagné de fon Clergé & de plufeurs autres notables Ecclefiaftiques, tous 
bien parez & veftus, & montez fur Mules, paflerent par la is du Bef. 
froy, qui eft le grand abord de Paris, pour aller au-deuant de Sa Maiefté. 
Suiuoient aprés les Lieutenant General, Procureur, Auocat, & Reccueur 
au Bailliage, tous en belle ordonnance, qui furent iufqu’au lieu de Pouïil- 
ly , qui eft à vne bonne demy-lieuë de la Ville, pour faire offre de leur 
obéiffance au Roy. Enfuite les Confcillers, Praticiens, Notaires & ‘Auo- 

T Tci 


148 


18 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


6, cats, tous veftus felon teurs Eftats, auec le Preuoft reueftu d’écarlate, & 


les Sergens Royaux reucftus d'vne belle liuree, comme aufli les Efcheuins 
montez fur de beaux Courfiers, & ayans robes de drap d’efcarlate, fuiuis 
de plufieurs Nobles Efcuyers, Marchands, Bourgeois, tous magnifique- 
ment veftus & bien montez, furent femblablement au-deuant de Sa Maief- 
té, qui au marin partit dudit lieu de Saint Lyé, eftant au milieu des Prin- 
ces & Seigneurs de fa fuite, d’où il rencontra en chemin les deflufdits, qui 
luy firent d’abord , ainfi qu'il appartenoit , tres- humble reuerence; ou- 
tre que le fufdir Euefque l’affeura d’obéiffance & de fidelité pour tous les 
autres, par vne harangue qu’il luy fit, à la fin de laquelle il luy prefenta, au 
nom de tous, les Clefs de la Ville. Aprés ces chofes faites, le Roy prit fon 
droit chemin vers la Ville, enuironné des Princes, Ducs, Comtes, Che- 
ualiers & autres Seigneurs qui eftoient au cour de luy en grande abondan- 
ce & magnificence, auec les Archers de fa garde en armes, & paruinc iuf- 
ques au Prieuré Saint Anchoine , qui eft cout proche les murs & remparts 
de cette Ville dudit lieu de Saint Anthoine. A l’abord de Sa Maiefté tous 
les Religieux fortirent, donc l’vn des plus anciens harangua Sa Maiefté, 
Jaquelle il inuita enfuite auec les principaux de fa compagnie de difner en 
cette maifon, où defia auparauant vn Maiftre d’'Hoftel du Roy auoit efté 
donner auis du deffein de cette venuë,. 

Aprés le difner tous les gens d’Eglife & de la Ville allans en Procef- 
fions , portans leurs Croix & Reliques , & reueftus de leurs plus beaux 
Surplis. & Chappes en grand honneur furent derechef au-deuant du Roy 
pour l’accueiïllir en leur Ville. Ils eftoient précedez dudit Euefque, qui aprés 
ce retourna en l'Eglife Cathedrale, ayant la Mitre en tefte & la Crofle à 
Ja main, pour y attendre & receuoir le Roy lors qu'il y aborderoit. Les 
grandes ruës eftoient au fuiet de cette entrée toutes parces de tapifferies 
& draps de foye, & eftoient couuertes de beaux Mays & ionchées de ver- 
dures, Sur ces draps eftoient affichées plufieurs Hiftoires en l'honneur & 
Jouange du Roy. Au mefme temps que deflus, fçauoir aprés le difner, les 
Cheualiers & Barons du Pays, les Nobles, Marchands , Bourgeois , Ef- 
uyers, les Lieutenant, Preuoft, Efcheuins, Sergens, & autres Officiers 
dcffus nommez, auec les Confeillers, furent derechef par ladite Porte du 
Beffroy au-deuant de Sa Maiefté. A: donc le Roy entra dans la Ville, où 
proche de la porte il vit là reprefentation du petit Dauid terraffant auec vne 
fronde le Geant Goliat, auquel il crancha la cefte, pour monftrer qu’encore 


.. que le Roy fuft ieune pour lors, Dieu luy feroit toutesfois la grace de venir 


à bout de tous fes ennemis, ainfi qu’autrefois il l’auoic fait audit Roy Dauid. 
Le Roy prit grand plaifr à ce miftere, auprés duquel eftoit dreffé vn beau 
verger rempli de gazons & herbe verte parfemée de fleurs. Plufeurs grands 
Mays cftoient dreflez autour , fur lefquels eftoient des cages remplies de 
toutes fortes d’oyfeaux chantans agreablement. Tout proche eftoit vne ban- 


de de belles & ieunes filles faifans bouquets qu’ils prefentoient au Roy & 


à ceux de fa fuite, & chantoienc melodieufement belles chanfons à l’hon- 
neur du Roy, outre vn ieu d’Orgue qui fonnoit parmy leur concert, Vne 
entre autres tenoit vn tableau remply de huit vers, comprenant la ioye que 
Les filles de Sion firent paroiftre à la venué de Dauid, ce que ce Prophete 
en vn de fes Pféaumes temoigne en cette forte, Filie Sion in rege exultent. 
De plus cette aflemblée de filles demonftroit encore que Troyes eft ornée 
& enrichie de plufeurs corps de Saintes Vierges , comme de Sainte Helei- 
ne qu'on peut voir encore route entiere, de Sainte Maftie, de Sainte Hoyl. 
de, Sainte Maure, Sainte Sauine, Sainte Sire, & plufeurs aurres qui fonc 
reputées comme les Patrones & Protectrices de la Ville. Eft à noter qu’en 
cette iournée de l’encrée du Roy, le cemps fut coufiours eres-beau & fe 


EE mi 


DV ROY CHARLES VIIEL sr9 
rein fans aucun nuage. Au deflus de la méfme porte eftoic efleué vne ef- 
chafauc, fur lequel eftoit reprefenté le Myftere de la Sainte Trinité. Il y 
auoit auprés des Orgues qui fonnoient, & vn ieune enfant reueftu en for- 
me d’Ange qui defcendit par fubrile inuention de cét efchafaut deuers le 


Roy, auquel il prefenta vne Croix d’Argent, ainfi qu’on rapporte qu'vn 


Ange fic iadis à Conftantin, en luy annonçant qu’il vaincroit dorefnauant 
en ce Signe.. De plus céc enfant bailla au Roy vn efcu, fur lequel eftoic 
efcrir le nom de Iefus en lettres d’or, & vne Couronne d’efpine au deflus, 
luy difant que cét efcu reprefentoit l’ancienne Oriflamme, pour l’empef- 
cher d’eftre iamais. vaincu. Cette reprefentation de la Trinité demonftroit 
que Troyes eft vne Cité vnie. dont l’etymologie du nom prouient de trois 
anciens Chafteaux , defquels , par tradition de temps, & felon l'opinion 
commune , elle a jadis efté compofée, eftant, fuiuant la figure fufdite, ap= 


1 4 8 6. 


pellce, par comparaifon, Totius Trinitatis nobile Triclinium. Sa demeure au 


refte eft plaifante &. agreable. Quant à la Croix Blanche, elle fignifioit 


‘qu'ayant autresfois efte par la Prouidence diuine enuoyée miraculeufement 


du Ciel au Roy Charles VIT. proche la Ville de Bayonne, pour feruir de 
terreur & d’épouuante à fes ennemis, elle pouuoit femblablement feruir de 
bon augure à Sa Maiefté prefente, pour en tirer ayde & confort contre fes 
aduerfaires. Ces figures d'Anges parcillement fignifioient que toufiours Dieu 
en a enuoyé au befoin, pour la proteétion & conferuation fpeciale de la 
France, ainfi qu’on en a reffency les effecs en diuers rencontres. Pour l’efcu, 
il demonftroit que Iefus-Chrift le Roy des Roys n’auoit voulu entrer en 
la Cité Celefte que par fa Paflion, & la fouffrance de plufieurs douleurs : 
à quoy le Roy fe deuoit refoudre, & y penfer fouuent, auec efperance de 
paruenir enfin à un fouuerain & éternel repos, aprés les cribulations de cet- 
te vice. De plus paroifloit vn eftendard de raffetas chargé de trois fleurs de 
Lys d’or fur champ d'azur. | LE | 
Or pour reuenir à l’ordre de l’Entrée,les Gens d’Eglife allerent tous les 
premiers en Proceflion dans la Ville. Aprés eux les Bourgeois & Mar- 
chands en leurs habits, dont eft cy-deflus fait mention; puis le Preuoft, 
ayant aux enuirons de foy tous les Sergens auec leurs belles liurées. Sui- 
uoient Monfieur de Troyes, monté fur vne Mule bien fellée, le Lieure- 


nant, les Officiers, Confeillers, Praticiens, Notaires. Les Gardes du Roy 


marchoient aprés en bonne mine, tous veftus de brigandines , beaux ho- 
quetons, & mailles argentées, ayant la troufle & l’arc à l’un de leurs cof- 
tez, à l’autre des efpées ou braquemars , & deflus leurs teftes des falades 
ou capelines. Enfuite paffa l’eftendart du Capitaine de la Garde Efcofloife 
long d'vne roife, & peint de trois couleurs, fçauoir rouge, blanc , & vert. 
Sur iceluy eftoit dépeint vn Saint Michel ancien Proteéteur de la France, 
& vn Soleil d’or auprés. Puis venoient les trompettes & clairons fonnans 
de temps en temps. Le Roy peu aprés fuiuoit, monté fur vn beau Che- 
ual de poil moreau, tout le peuple redoublant cependant à merueilles les 
cris de Wine le Roy pat tout où il pafloit. Les quatre Efcheuins de la Vie 
reueftus de robes d’écarlate & fatin, portoient fur le Chef de Sa Maiefté 
vn Ciel ou Dais de fin drap d’or luifant, efleué fur quatre piliers, dont 
les pans eftoient entremeflez d'or & d'azur. Ainfi que cette noble compa- 
gnie vint a pañer deuant l’hoftellerie dite des Trois Vifages, il y auoit deux 
cens ieunes garçons tous âgez d’enuiron fix ans au plus, & tous veftus de 
mefme couleur; fçauoir de rouge auec vn chapeau blanc, affis en bel or- 
dre & apparence fur diuers cftages d’efchafauts qui fe mirent à crier Noel, 
Noel, lors du paflage. En la grande place où fe bled fe vend vulgairement, 


dite le grand Marché au bled , eftoir vne Fontaine faite bien po 


par fitions de crois Pucelles, qui rendaient par leurs mammelles du vin de 


so OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4 S 6. trois couleurs en abondance à tous venans qui en vouloient prendre. Au 


deflus de leur cefte eftoir vn efchafaut remply de Meneftriers & trompet- 
tes qui iouoient inceffamment..........….. Au lieu, dit l’Eftape au vin, ef- 
toit conftruit vn efchafaut tout plein d’enfans veftus de violer, qui crioient 
inceffamment, Vive Le Roy. Sa Maiefté, auec fa compagnie, pourfuiuant toù- 
jours fon chemin, entra dans la grande ruë, où eftant paruenu iufques à la 
Sereine, trouua vn autre efchafaut dreflé fort proprement, où eftoic la re- 
prefencation d’vne fleur de Lys faite au on ; de laquelle fortoit un fort 
sn Roy veftu de drap d’or paroïffant auoir enuiron l’aage de dix ans. Là 
auprés eftoic vne fille couuerre de Damas blanc auec vn vifage ioyeux & 
de pareil aage que le Roy, à qui elle faifoit voir & comme prefentoit fon 
cœur durant le fon melodieux des Orgues, defquelles iouoit auprés vne au- 
tre belle fille, tandis qu'vné autre pucelle de l’aage feulement d’enuiron 
huit ans, les foufloit, & de cette forte adminiftroit les vents à fa compa- 
gne. La premiere fille fignifioit que cette grande & peuplée Ville de Troyes 
offroit au Roy comme à fon Souuerain Seigneur, en toute humilité, fon no- 
ble cœur. Ce Roy cenoit vn efcriteau, dans lequel il fembloiït exprimer auec 
affcétion, & dire à cette fille, Prebe mibi mobile cor tuum, laquelle de la mef 
me façon & de noble volonté luy refpondoit, # soro corde mes exquifiui te. 
La feconde fille qui iouoit des Orgues, & chantoit deflus vn agreable 7e 
Deum , exprimoit la ioye & la liefle que reffencoit le peuple de voir fon Roy. 
Quant à la troifiefme fille qui fournifloit le vent, elle denotoit la memoire 
que la Ville deuoit éternellement auoir des bienfaits fouuent receus de Sa 
Maiefte , auec l'attente d’autres encore plus grands, qu'il luy auoic plu 
par fa bonté leur promettre à fa venuë. Cette belle Compagnie auançanc 
toufiours chemin paruint deuant l’Hoftel du Cygne, où eftoit encore vn 
cfchafaut rempli de ieunes enfans bien veftus, faifant continuellement re- 
tenir l'air de leurs cris d’allegrefle de ÿive le Roy. La Proceflion vint iuf- 
jai au puits de Saine Pierre, proche l’Eglife où elle fit fation, & Mon- 

eur l’Euefque ayant la Mitre & la Croffe attendoit, ainfi qu’il doie, prés 
ladite Eglife Saint Pierre, qui eft la Cathedrale, la venuë de Sa Maiefté, 
pour l’y receuoir. Audeffus de la porte d’icelle Eglife eftoit drefle vn Ciel 
ou Pauillon fort riche en forme de rente de guerre, femé de fleurs-de-lys. 
En iceluy y auoic affemblée de fept Geans, & vn Roy au milieu: ce qui f- 
gnifoit le Pauillon Royal de la Paix, pour monftrer que le Roy, fans les 
doux fruits dicelle,ne feroit pas proprement regnant, ains auroit quelque 
contredit. Autrefois le Prophete Ifaye predit fur la venuëé en ce monde de 
lefus-Chrift, qu'il feroit Parer futuri feculi, Princeps Pacw. Et de fait, fa 
naiflance arriua au temps d’vne Paix vniuerfelle dans ce monde, laquelle 
Natiuité fut annoncée par les Anges mefmes, en chantant, Er in terra pax 
bominibus. La tente Royale de Paix eft comme la maifon du Soleil, qui ef- 
tend fes gracieufes influences, & fe fair reflentir par tout en general; de 
laquelle paix la foy, prudence, force ,efperance ,iuftice, charité , temperan- 
ce, perfeuerance, qui font de cres-belles & louables vertus, & fur cout la 
charité, font comme les Gardes & Protecteurs reprefentez par les Geans 
fufdits. Ce myftere fut d’abord contemplé du Roy & de tous les Scigneurs 
de fa fuite qui en approuuerent l'inuention. 

Le Roy eftant proche de l'Eglife mit pied à rerre de bonne grace, & 
auffitoft fuft humblement & affeétueufement receu par l’Euefque , auec le- 
quel il entra dans l’Eglife. Ses Gardes cependant refterent à la porte, en 
attendant qu'il fortift. Il fit deuotement fon Oraifon prés le Grand Aurcel, 
laquelle finie, il retourna monter à cheual, pour aller loger dans fon Hoftel. 
Pendant que Sa Maiefte eftoit à l’Eglife, les Orgues entonnerent melodieu- 
{ement, auec les Chantres, le Te Deum landamas, & les Cloches carillon- 

nerent 


ns ve 


DV ROY CHARLES VIII sr 

nerent toufiours. Le. Roy donc arriua au Palais iadis magnifiquement 
conftruit proche l'Eglife Collegiale de Saint Eftienne par les anciens Com- 
tes de Champagne, & eft for ample, fpacieux & de grande nobleffe, le. 
quel ioint à quatre belles Eglifes, fçauoir Saint Eftienne, Noftre-Dame, 
les Jacobins & l’Hoftel-Dieu-le-Comte, & par derriere eft laué de la ri. 
uicre de Seine qui y court fans cefle prés le verger, où font les buttes fur 
lcfquelles les Arquebufers vont parfois s'exercer à tirer. 
. Tous ceux de la fuite du Roy nu enfuite difperfez & logez çà & à, 
dans les meilleures maifons de la Ville qui leur auoient efté ordonnées, 
cfquelles ils trouuerent les nappes mifes & chargées de vins & viandes, 
qui leur furent gratuitement offertes en quantité & auec grande ré- 
jouiffance. 


Exemption de Taille en faucur des Habitans de la Ville de Troyes. 
@ HARLES par la grace de Dieu Roy de France: A tous ceux qui ces 


Cneee nmieUn  5AN 


1486 


A Toytà 


prefentes Lettres verront , Salut. Srawoir faifons Nous auoir receu 1: M4 


lhumble fupplication de nos chers & bien-amez les Manans & Habitans 
de noftre bonne Ville & Cite de Troyes, contenant qu’en l'an 1419. aprés 
les fieges de Montargis & Orleans mis & tenus par les anciens ennemis de 
noftre Royaume les Anglois, & que par la grace diuine , bon confeil & 
conduite feu de bonne. memoire noftre tres-cher Seigneur & ayeul le 
Roy Charles que Dieu abfoille, fe mic fur les champs en armes, pour ve. 
nir à fon Sacre & Couronnement , reduire, recouurer, & mettre en fon 
obéïffance les Villes, Citez & pays detenus & occupez par cefdits anciens 
ennemis & aduerfaires, 8 que en venant depuis la Riuiere de Loyre iuf- 
ques à la Riuiere de Seine en noftredite Ville de Troyes il ne trouua Vil- 
le ni Cité qui à luy fe voulfift reduire: incontinent qu'il fut arriué deuane 
noftredite Ville de Troyes, & que les Habitans d’icelle, dont plufieurs y 
a encores en vie, eurent de luy connoiffance,.le receurent comme leur 


vray, naturel & Souuerain Seigneur, & comme tel, & les premiers, fans quel: 


conque contrainte , refiftance ou difficulté , luy firent pleine, entiere & 
vraye obéïiffance, en mettant en fa main & puiflance noftredice Ville, com- 
mc fes bons, vrays & loyaux fuiets , contre la volonté de plufieurs Capi- 
taines & Chefs de Guerre fes aduerfaires eftans en ladite Ville; au moyen 
de laquelle reduétion & obéïffance plufieurs autres. bonnes Villes & Citez, 
tant de nos pays & Comté de Champagne qu’autres ,gconnoiffanc que nof- 
tredite Ville de Troyes, qui eft la Ville Capitale d'iceux nos pays, auoiç 
fait obéiffance , à l'exemple d’icelle furent facilement reduites en fon obéif- 
fance. Et fut caufe noftredite Ville de Troyes, que noftredit feu ayeul 
fans grands empefchemens nirefiftance paruint à fondit Sacre & Couronne. 
ment, laquelle obéïffance les fupplians ont depuis gardée & entrerenué, 
fans flechir ni vaciller pour quelque aduerfité de guerre, ni autre chofe qui 
{oit furuenué, & en ce faifant, & pour plus feurement garder & défendre 
noftredite Ville en noftredice obéiffance, contre plufieurs ennemis & ad 
uerfaires de noftredit Royaume & de noftre Couronne, lefquels par. plu- 
fieurs fois fe font efforcez par armes & ‘autres moyens la mettre en leurs 
mains & hors de noftredite ob£iffance, en venant, pallant, repaflant, 8e 
demeurant par fong-temps auprés 8 deuant d’icelle.Vitle, lefdics fupplians 
fe font continuellement occupez à la reparation & fortification de ladice Ville, 
tant en murailles & couuertures , eflargifflement & pärfondiffement des fof- 
fez, comme en artillerie.où ils ont employé cres-grande fomme de deniers 
de grande & bonne affeétion & fans aucune contrainte ,.& auec ce. pour 
toulfiours contiquer & açquiter leurs Joyaucez enuers nous, ont durant les 


VVu 


1486, 


_ 


_ 48 6. 


522 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


guerres & diuifions qui par cy-deuant ont eù cours en noftredit Royaume, 
fecouru & aidé à toutes les Villes, Chafteaux & Forterefles à l'enuiron, de 
viures , gens, pouldres, artillerie, & parcillement fe font employez de corps 
& de biens à la reduétion & recouurement en obciflance de noîftre Cou- 
ronne de plufieurs Places, Chafteaux, Villes & Pays prochains de noftre- 
dite Ville, detenus & occupez ‘par les ennemis aduerfaires d’icelle , & 
pour ces chofes parfaire & accomplir ont grandement frayé & defpen- 
du, dont ils font demeurez endettez & ges enuers plufeurs perfonnes 
en grandes rentes & fommes de deniers, aufquelles ils n’ont pù ny pour- 
roient bonnement fatisfaire , ny eux acquiter, & leur eft impoflible de ce 
faire fans auoir fur ce de nous aide, grace & prouifion,,en nous humble. 
ment requerans , que attendu ce que dit eft, & afin que ladice Ville, la- 
quelle aux caufes deflufdites, & aux charges qu'elle a euës à fupporter, 
s'eft fort depopulée de bons Marchands & autres gens de bien fe puiffe 
refaire & repopuler, & aufh que lefdits fupplians fe puiffent acquiter des 
rentes & obligations en quoy ils peuuent eftre tenus, & continuer les repa- 


* æations & fortifications de ladite Ville, il nous De les quitter, exempter 


& affranchir de tailles & impofts qui feront dorefnauant mis fus de par nous, 
& fur ce leur impartir noftre grace. Powr go, Nous les chofes deflufdites 
confiderées,mefmement que nous auons efté deuëment informez des bons, 
grands, louables & agreables feruices faits par lefdits fupplians & leurs 
predeceffeurs par la maniere deflufdite, & autrement connoiflans leurs 
bonnes affe&tions & loyautez,enfemble les grandes charges, frais, mifes & 
defpenfes par eux fupportées par cy-deuant, & defirant à noftre pouuoir 
les foulager, & les pouruoir de noftre grace, à ce que de bien en mieux ils 
puiflent continuer au bien, fortification & entretenement en bon eftac de 
noftredie Ville en noftre ob£iflance. Peur ces cafés, & en reconnoiffance 
de ce que à cette noftre premiere entrée & venué en noftredite Ville lef_ 
dics fupplians nous ont tres-grandement & ioyeufement de leur bon amour 
& affcétion receus, & nous faifant vraye, cotale & enciere obéiflance de 
noftredite Ville & de leurs corps & biens, tant & fi auant que bons, vrais 
& loyaux fuiets peuuent & font tenus de faire, & autres bonnes & gran- 
des caufes & cenfiderations à ce nous mouuans : Nous, par l’aduis & deli- 
beration de plufieurs des Princes & Seigneurs de noftre fang & lignage 8z 
gens de noftre Confeil, auons lefdits fupplians, corps & communauté de 
noftredite Ville dudie Troyes quittez, affranchis & exemptez, quittons, 
affranchiflons & exemptons par ces Prefences de toutes tailles & impofts 
qui dorefnauant feront mis fus de par Nous, tant pour le fait & entretene- 
ment de nos gens de guerre que autrement, en quelque maniere que ce 
{oit, fans qu'ils y foient ny puiflent eftre dorefnauantc affis ni impofez, ni 
contraints à en payer aucunc chofe en aucune maniere, & tout ainfi que 
font les autres Villes & Citez franches de noftre Royaume. Sr DONNONS 
EN MANDEMENT par ces Prefentes à nos amez & fcaux les Generaux, 
Confeillers par Nous ordonnez fur le fait & gouuernement de toutes nos 
Finances, & de la Juftice de nos Aydes aux Efleus fur le fait des Aydes 
ordonnées pour la guerre en la Ville & Efleétion de Troyes, & à tous nos 
autres Zlufticiers & Officiers, ou à leurs Lieutenans où Commis, & à cha- 
cun d'eux fi comme à luy appartiendra , que de nos prefentes grace, quit- 
tance, affranchiflement & exemption il faflence, fouffrenc & laiffent lefdits 
fupplians ioir & vfer pleinement & pailiblement, fans leur faire, mettre, 
ou donner, ny fouffrir eftre fait, mis où donné ores ni pour le temps adue- 
nir aucun trouble où empefchermenrt en corps ni en biens en aucune manie. 
re; ainçois fi aucuns d'eux ou leurs biens eftoient pour ce pris, faifis, arref: 
tez ou empefchez, les leur mettent ou Fiflent méttre cantoft & fans delay 


, 


DV ROY CHARLES VIIE jy; 
à pleine deliurance, nonobftant que par nos Lettres, mandemens & com- 
miflions pour mettre fus nofdites tailles 8 impofñts, foit expreflément man- 
dé, d'y afleoir, & impofer routes manieres de gens exempts & non exempts, 
priuilesiez & non priuilegiez, en quoy ne voulons lefdits fupplians eftre 
Compris, ny entendus ,& quelques Ordonnances , mandemens ou défenfes 
à ce contraires. En tefmoin de ce nous auons fait mettre noftre féel à cef- 
dites Prefentes, au vidimus defquelles fair fous feel Royal, voulons foy 
eftre adiouftée comme à ce prefent Original. Donné en ladite Ville de 
Tioyes le dix : huitiefme iour de May, l’an de grace mil quatre cens quatre- 
vingts-fix, & de noftre Regne le troifiefme., Er far le “= » Par le Roy, Mon- 
fieur le Duc d’Orleans, les Comres de Clermont, de Brefle & de Vendof- 
me, vous ,les Eucfques de Verdun , de Perigueux & de Montauban, le 
Comte de la Roche grand Baftard de Bourgongne, le Seigneur de Gyé 
Marefchal de France, les ficurs de Curton & de Grauille, de Pyennes, de 
l'Ile , de Grimault, de Saint André, de Champeroux, du Pleffis Bourré Tre- 
forier de France, Maiftre Iean de Saint Jean, Eftienne Pafcal, Charles des 
Pofteaux & autres prefens. Ainf figné, Robimeau. Et féellé, ne 


Relief d'adreffe à. le "Chambre des Comptes. 


HarLes par la grace de Dieu Roy de France: A nos amez & 
C feaix les Gens de nos Comptes à Paris, Salut & dileétion. Receuë 
auons l’humble fupplication de nos chers & bien-amez les Bourgeois, Ma- 
nans & Habitans de noîftre Ville & Cité de Troyes, Chef & Ville capi. 
tale de noftre pays de Champagne, contenant que dés le 18. iour de May 
l'an 1486. Nous eftanc en noftredite ville de Troyes, pour confiderarion 
des bons, grands, louables & agreables feruices que lefdits Supplians & 
“leurs Predecefleurs ont par cy- deuant faits à feus nos Drolceftones Roys 
de France que Dieu pardoint, & des grandes charges, frais, mifes & def- 
penfes par eux fupportées, tant pour le fair des Guerres & diuifions qui 
ont eu cours en noftredit Royaume que és reparations, fortifications & 
emparement de noftredite Ville, & en reconnoiffance aufli de l’humble, 
gracieux & cordial recueïl qu'ils Nous firent en noftre premiere entrée en 
icelle Ville, & autres caufes & confideratiens à ce Nous mouuans , Nous, 
par l’aduis & déliberation de plufeurs des Princes & Seigneurs de noftre 
Sang & lignage, & Gens de noftre Confeil, leur oëtroyafmes affranchifle. 
ment & cxemption à toufours de toutes tailles & impofts qui deflors en 
auant feroient mis fus de par Nous en noftredit Royaume, tant pour le fait 
&c entretenement de nos Gens de Guerre, que autrement en quelque ma- 
niere.que ce foit ; ainfi que plus amplement eft contenu en nos Lettres 
 Patentes fur ce oétroyées ,aufquelles ces Prefentes font attachées fous nofe 
tre contreféel, au moyen defquelles & de‘lexpedition d’icelles fur ce faite 
par nos amez & feaux les Generaux de nos Finances , lefdits Habitans 


miioqh 


L 43 6. 


A Chinons36 
Fénrier 1488 


Supplians ont toufours depuis ledit temps iouy dudit affranchifflement, & 


en iouïflent encores de prefent paifiblement: mais pour ce que icelles Let. 
tres d’affranchiflement ne font fignées de noftre main , ne à vous adreffees 
& expediées de vous comme faire fe doit, à caufe que ledit affranchifle. 
ment eft fans prefixion de temps, ils doutent cy-apres eftre- troublez 8 


empcfchez en la jouiflance de l'effet d’icelles, & à cette caufe Nous ont  : 


- fait humblement fupplier & requerir leur oétroyer fur ce nos Lettres & 

prouifion conuenables. Pour quoy Nous confiderans les chofes qui nous 

.meürent à faire ledit oétroy qui font iuftes & raifonnables, voulans lefdies 

. Supplians entierement jouir de leurfdits affranchiffemens , & en ce &c au- 

tres leurs affaires eftre fauorablement traitez comme gt êc. loyaux 
Vu i 


1 48 6. 


16. Murs 
1488. 


\ 


524 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
Suiers, vous mandons & exprefflément enioignons que nofdites Lettres 
d'affranchiflement & exemption cy-attachces, vous expediez & entheri- 
niez, & du contenu en icelles faites, fouffriez & laiffiez lefdits Supplians 
jouir & vfer pleinement & paifiblement, tout ainfi & par la forme & ma- 
niere que fi elles eftoient fignées de noftredite main , & à vous adreflées 
& expedices par vous ainfi que dit eft, & lefquelles en tant que meftier 
eft ou feroir Nous auons quant à ce validées & auchorifées, validons & 
auchorifons par cefdices Prefences que Nous auons pour ce fignées de nof 
tre main. Car ainfi Nous plaift-il eftre fait , nonobftant que nofdites Lec- 
tres d’affranchifflement & exemption ne foient fignées de noftredite main, 
À vous adreflées ne expediées par vous comme dit eft , & aufli qu’elles 
foient furannées, dont Nous auons lefdits Supplians releuez & releuons de 

race fpeciale par cefdites Prefentes, & quelques ordonnances, reftri- 
&ions , mandemens ou défenfes à ce contraires. Donné à Chinon le 
vingt - fixiefme iour de Féurier, l’an de grace mil quatre cens quatre-vingts 
& huit, & de noftre Regne le fixiefme. Signé, CHARLES. Par le Roy, Mef- 
fieurs les Ducs d'Alençon & de Bourbon , le Comte de Montpenfier, 
vous, les Sieurs d’Auaugour, de Curton, de Baudricourt, du Bouchaige, 
de Grimault, Eftienne Pafcal, Philippe Vaudont, & autres prefens. Ainf 
figné , Robineau. 


Ovs les Gens des. Comptes du Roy noftre Sire à Paris: Veuës les 
N deux Lettres Patentes du Roy noftredit Seigneur , attachées en- 
femble fous fon contrefcel aufquelles ces Prefentes font attachées fous 
l'un de nos fignets, obtenuës & à Nous prefentées de la part des Manans, 
Habitans de la Ville & Cité de Troyes, par les premieres defquelles qui 
fonc données audit lieu de Troyes le 18. iour de May 1486. & pour les 
caufes dedans contenués il affranchit, quitte & exempte lefdits Manans & 
Habitans, Corps & Communauté de ladite ville de Troyes de toutes tail- 
les & impofts qui dorefnauant feront mis fus de par luy, tant pour le fait 
& cntretenement de fes Gens de Guerre que autrement, en quelque ma- 
niere que ce foit, fans qu’ils y foient ny puiflent eftre affis ny impofez, 
ny contraints à en payer aucune chofe , & tout ainfi que font les autres 
Villes & Cicez franches de ce Royaume; & par les fecondes, qui font don- 
nées à Chinon le vingt-fixiefme iour de Féurier dernier, paffces & fignées de 
fa main, il nous mande expedier lefdites premieres, nonobftant qu’elles ne 


” foient fignces de fadite main, ny à Nous adreffantes, & aufli qu’elles foient 


A Troyes en 
Inin 1486. 


furannces dont il les releue, comme plus amplement le contiennent lef- 
dites Lettres : confentons l’enterinement dudit affranchifflement de tailles, 
ur en iouïr par lefdits Manans & Habitans, Corps 8: Communauté de 
dite Ville & Cité de Troyes , tant & ainf qu’il plaira au Roy noftredic 
Scigneur. Donné à Paris le feiziefme iour de Mars, l'an mil quatre cens 
quatre - vingts huit. Ainf figne , de Badoüiller. 


Effabliffement en ls Ville de Troyes des Foires de Champagne cr de Brie, 
qui efivient ordinairement tenuës en ls Ville de Lyon. | 


C HARLES par la grace de Dieu Roy de France : Sçauoir faifons à 
tous prefens & à venir comme chofe notoire, foit que ‘os Foires de 
Champagne C° de Brie furent anciennement fondées, créées, inftituées & 
eftablies par nos Prédeceffeurs, pour le bien, honneur, authorité, & pro- 
fit commun de Nous, noftre Royaume, & plufieurs Pays & Nations ef- 
tranges, & pour iceux remplir & garnir de toutes denrées & marchandi- 
{es neceflaires, & à la fondation, creation & eftabliflement defdites Fol- 


F À ds ni 


LUTTER D NN EE, et Ne Tue 


D NS ne RS CN 


DV ROY CHARLES VIIL. s2$ 


res, & aux ordonnances, vfances, ftils, priuileges, contraintes &.couf: ! 


tumes d’icelles, fe accorderent, & confentirene plufieurs Princes, Barons 
& Seigneurs, Chreftiens & Mécreans, en eux foumettans à Ia! Turifdiétion 
d'icelles Foires, & y donnerent confentement & obeïflance, pour lefquel« 
les chofes furent données & eftablis priuileges , franchifes &.libertez aux 
Marchands frequentans:icelles Foires, & aufli aux Gardes y Chanceliers, 
Officiers, Notaires & Sergens lurez eh icelles , afin que abondamment 
Jefdits Marchands & marchandifes y. puflent venir de toutes parts & de 
vous pays, & iceux Marchands eftre fecourus & aydez en leurs marchan- 
difes & affaires , & défendus & gardez de violences & oppréflions paï 
lefdits Officiers, defquelles Foires, qui fonc fix en nombre, en furent or: 
données & eftablies deux en noftre Ville & Cité de Troyes, qui eft Chcf 
& Ville Capitale d’iceluy Pays & Comté de Champagne , deux fois en 
l'an, c’eft à fçauoir l’une d’icelles Foires, nommée la Boite chaude Saint 
Jean de Troyes, qui eft liurée & toufiours commencée le Mardy d'aprés 
la quinzaine de la Saint Iean -Baptifte; & fi ladite Fefte Saint Iean eft 
au Mardy il y a trois femaines, & dure ladite Foire iufques à la Saint Mi- 
chel en Septembre; & l’autre Foire eft nommée la froide Foire Saint Re 
my de Troyes , qui eft liurée & commencée le lendemain de la Touf: 
fainc, & dure iufques au lendemain de 1a Saint Anthoine: par le moyen 
defquelles Foires qui fouloient le temps paflé eftre de grande valeur, re 


uenus & profit à Nous & à toute la chofe publique de noftre Royaume; 


noftredire ville de Troyes eftoit bien populée & habitée de plufieurs 
grands, notables Marchands, & d’autres gens en grand nombre : mais 
lefdites Foires ont efté mifes en non-chaloir & non frequentées dés long: 
temps, tant pour les guerres & diuifions qui ont efté en noftredit Royau: 
me, que pour ce que dés enuiron trente ans y a feu noftre tres- cher Seia 
gneur & ayeul que Dieu abfolue, ottroya & eftablit en la ville de Lyon 
trois Foires l'an ; & depuis feu nofître tres- cher Seigneur. & Pere que 
Dieu pardoint y en adioufta vne, lefquelles quatre Foires ont encore efté 
audit lieu de Lyon iufques peu de temps aprés le trefpas de noftredie 
Seigneur & Pere, que par l’aduis & déliberation de plufeurs Seigneur$ 
de noftre Sang & Gens de noîftre Confeil, & pour le bien, profic & vris 
lité de Nous & de noftredie Royaume nous les auons annullées & aboc 
lies , & declaré qu’elles feroient tranflatées & eftablies en autres Villes 
qui feroient aduifées plus proficables à Nous & à la chofe publique de 
noftre Royaume, defquelles quatre Foires les deux ont efté depuis mifes 
&c eftablies en noftre ville de Bourges. Et ayans efté aduertis & informez 
que en cette noftredite ville de Troyes , les deux autres y feroient bien 
affifes , & conuenables autant qu'en Ville de noftredit Royaume: pour 
quoy Nous, ces chofes confiderées, & la bonne loyauté & vraye obeïflan- 
ce que nos chers & bien-amez les Gens d’Eglife, Nobles, Bourgeois, 
Manans & Habitans de noftredite ville de Troyes, & leurs Predeceffeurs 


ont toufiours exhibez & gardez enuers nofdits Predecefleurs; & nous afin : 


auf de fubuenir à la pauureté en quoy eft conftitué le peuple du plat- 
pays de noftre Comté de Champagne, à caufe des grandes foules, per= 
tes & dommages qu'il a fupporté durant lefdites guerres & diuifions, & 
continuer nofdites anciennes Foires de Champagne & de Brie. Pour ces 
caufes & autres plufieurs bien raifonnables à ce Nous mouuans, & par 
l'aduis & déliberarion des Princes & Seigneurs de noftre Sang & Gens 
de noftre Confeil eftant à l’entour de Nous, auons de noftre authorité 
Royale, pleine puiffance & grace fpeciale, pour le bien, profit & vrilité 
de Nous & de noftredit Royaume & des Pays voifins d’iceluy, conftitué, 
erdonné & eftabli, conftituons , ordonnons & sans par ces Prefene 
Vu ii] 


486 


. 
Ë 


5126 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


1 4 8 6. res en itelle noftre Ville & Cité de Troyes deux Foires par an perpetuel- 


les & publiques, dont la premiere fera liurée le lendemain de l Apparition 
de Noître- Seigneur , & aduancera audit iour prochainement venant, & 
durera quinze iours ouuriers prochains enfuiuant; & la feconde, le fecond 
jour du mois d’Aouft aufli prochainement venant, & durera autres quinze 


‘ours ouuriers, & ainfi d’an en an confecutiuement, qui eft le temps où 


cnuiron defdites deux Foires de Champagne & de Brie anciennement 
eftablies en noftredite ville de Troyes. Et afin que tous Marchands tant 
de noftre Royaume que d’autres Pays foient plus enclins de venir aufdi. 
tes Foires, les continuer ; frequenter; & y amener, vendre & exploiter 
leurs denrées & marchandifes, & y en achepter ou efchanger d’autres, 
Nous icelles Foires auons declaré & declarons par cefdites Prefentes, fran- 
ches & quittes pour ous Marchands, de quelfconques Pays & Nations 
qu'ils foient, & pour toutes denrées & marchandifes qui viendront & fe. 
çont amenées & conduites, & qui y entreront & y feront venduës & ef- 
changées, ou autrement exploitées durant icelles Foires, de toutes char- 
ges & droits quelfconques , tant de noftre Domaine, que des Aydes, im- 
ofts , tailles , fubfides , impofitions , couftumes , maltotes , boifeaux, 
rares hauts paflages, is de Royaume, vingtiefme Forain, & au 
tres charges & cruës ordinaires & extraordinaires quelconques impofées 
ou à impofer en quelque maniere que ce foit; & aufquelles Foires pour 
ront aller & venir tous Marchands quelfconques tant de noftredit Royau. 
me que d’autres Pays & Nations, & y amener, vendre, deftailler & exe 
ploiter toutes denrées & marchandifes quelconques, franchement & quit- 
tement, fans que durant lefdites Foires & chacunes d’icelles, & aufli du. 
rant quinze iours aprés chacunes d’icelles Foires, lefdits Marchands, leur 
or & argent monnoyé & à monnoyer, marchandifes, & autres leurs biens 
foient ny puiflenc eftre pris, faifis, arreftez, ou aucunement empefchez 
our marque, Contre-marque, ny autre occafion que ce foit. Et fi iefdits 
archands ou aucun d’eux auoient delaiffé aucuns leurs biens & mar+ 
chandifes dedans noftredite Ville, ils les pourront faire vuider, & en dif. 
pofer à leur plaifir, nonobftant que par aucunes guerres & diuifions qui 
pourroient furuenir en noftredit Royaume, iceux Marchands fuflent des 
pays à Nous contraires & defobeïflans, & fans aufi que aufdits Habitans 
de Troyes ny autres quelfconques frequentans lefdites Foires en puiflené . 
aucune chofe eftre imputée ny demandée, voulans & oétroyans en outre 
que fi aucuns defdirs Marchands vont de vie à trefpas en allant, venant 
& féiournant aufdites Foires, ou eux en retournant d’icelles, leurs enfans, 
à heritiers leur fuccedent en tous leurs biens & marchandifes qui feront 
en noftredit Royaume , tout ainfi que fi iceux Marchands & eux en. 
æftoient natifs, fans que éfdits biens & marchandifes leur foit donné au« 
cun deftourbier ouempefchement. Auons aufli ordonné & ordonnons que 
Jefdites Foires, les Ofhciers d’icelles, & tous Marchands allans, venans, 
demeurans, & féiournans en icelles foient priuilegiez de tous autres pri- 
uileges & contraintes dont ont efté & font priuilegiez lefdites Foires. de 
Champagne & de Brye, & lefdirs Marchands & Officiers fuiets & iufti- 
Ciables touchant tous faits & aétions de Foire, & aufli routes autres per 
fonnes qui durant le cours defdites Foires & de chacune d'icelles pour 
toient faire ou commettre aucuns crimes & delits, du Garde & Chance- 
Lier defdites Foires de Champagne & de Brye, & non d’autres en premiere 
inftance, & ainfi que d’ancienneté ont efté felon les Ordonnances defdi- 
tes anciennes Foires, & lefdits Officiers, Marchands , & toutes autres 
sis allans & venans, retournans, demeurans & féiournans éfdites 
Foires auec leurs valets, feruiceurs, & familiers, denrées, or, argent, mar 


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qe mcm 
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DV ROY CHARLES VIII. 527 


chandifes, & biens quelfconques qui feront amenez, vendus ou autre- 
ment exploitez éfdites Foires, auons-pris & mis, prenons & mettons par 
cefdites Prefentes en noftre fauuegarde, protection & feureté fpeciale & 
conduite. Si donnons en mandement par cefdites Prefentes à nos amez & 
feaux Gens de nos Comptes & Treloriers Generaux fur le fait de nos Fi-' 
nances & de la Iluftice de nos Aydes à Paris, aux Preuofts de Paris, Bail. 
lifs de Vermandois, d'Amiens , de Troyes, Sens, Berry, Montargis ,' 
Chaumont, Vitry, Meaux , Mafcon , Chartres , Touraine, Saint Pierre 
le Monftier, & des Montagnes d’Auuergne, Senefchaux de Lyon, Tho- 
lofe, Carcaflonne, Beauquaire, Xaintonge , Poitou , Aniou, & du Mai- 
ne, Garde & Chancelier defdites Foires de Champagne & de Brye, & à 
gous nos autres Jufticiers & Officiers, ou à leurs Lieutenans ou Commis 
prefens & à venir, & à chacun d’eux fi comme à luy appartiendra, que 
nos prefentes conftiturions & ordonnances, eftabliflement, oétroys, con- 
cefions, affranchiflement, priuilege, grace, & autres chofes deflufdites, ils 
faflenc lire , crier & publier par tous les lieux notables de leurs lurifdi- 
étions & ailleurs où il appartiendra, & dont requis feront, & d’iceux faf- 
fenc, fouffrent & laiflent iouïr & vfer pleinement & paifiblement lefdits 
Habitans de Troyes, & rous Marchands & autres allans, demeurans, fé- 
journans, & retournans éfdites Foires, enfemble leur or, argent, denrées, 
marchandifes,& autres biens quelfconques, fans leur faire, ne fouffrir eftre 
fait aucun arreft, deftourbier ou empefchement au contraire; mais fi-faic 
leur eftoic , les reparent & oftent, ou faffent reparer & ofter fans delay, 
en contraignant ou faifant contraindre à ce faire, & fouffrir tous ceux qui 
pour ce feront à contraindre reaulment & de faitcomme pour nos propres 
affaires, nonobftant oppofitions , appellations , doleances & clameurs de 
harro quelfconques faites ou à faire, pour lefquelles ne voulons y eftre au- 
eunement differe, & en faifanc auili, ou faifant faire inhibitions & défenfes 
de par Nous à tous Capitaines de Gens d'armes & de trait & autres, de 
quelque eftat ou condition Le foient , & aufquels auffi defendons par 
cefdites Prefences qu’ils ne faflent ni fouffrent eftre mis ou donné aucun 
deftourbier ou empefchement en corps ni en biens en quelque maniere que 
ce foit aufdiès Marchands, leurs faéteurs ou feruiteurs, & autres allans, ve- 
nans, fiournans éfdiees foires & retournans d’icelles; maïs leur donnent 
& faffent donner, pour eux, leurs marchandifes & biens quelconques, feu- 
reté, conduite & viures à leurs defpens raifonnables, aide, ouuerture & 
paflage par toutes leurs iurifdiétions & deftroits, & autrement les gardens 
& conferuent , chacun endroit foy , & Île contenu en cefdites Prefentes 
faffent fortir fon plein & entier effet felon fa forme & teneur, en puniflant 
Jes tranfgrefleurs venans à l'enconere des chofes deflufdites, ou d’aucunes 
d'icelles, comme infraéteurs de noftre fauuegarde, tellement que ce foie 


cm 


1498 6. 


éxemple à tous, nonobftant comme deflus & quelconques ordonnances, 


reftrinétions & défenfes à ce contraires, car ainfi nous plaift- il eftre fair. 
Et afin que ce foi chofe ferme & ftable à toufiours , Nous auons figné cef- 
dites Prefentes de noftre main , & à icelles fait merere noftre f6el, fauf en 
autre chofe noftre droit, & l’autruy en toutes, voulans que au Fidimus d’i- 
celles fait fous féel Royal pleine foy foit adiouftée comme à l’Original, 
Donné Troyes au mois de luin, l'an de grace mil quatre cens quatre- 
vingts-fix, 8& de noftre Régne le croificfme. Ainf figné, Charles: Et fur le 
reply éftoit efcrit, Par le Roy, Monfieur le Duc d’Orleans, le Comte de 
Clermont , Vous , les Sires de la Trimoïlle , dé Grauille, de Fifle & de 
Grimaut, & autres prefens. Sign Robinean. Et au deflous dudic fécl eftoic 
ccric, Fifa contentor. Signe F. Ferier É nus 


C7 " 


eee ces ee 


1 48 6. 


A Paris 
26. Isis 
Pi +5 Fe 


8 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Es Gens des Comptes & Treforiers du Roy noftre Sire à Paris. A tous 
ceux qui ces prefentes Lettres verront, Salut. Comme de la partie des 


_ Gens d’Eglife, Nobles, Bourgeois, Manans & Habitans de la Ville de 


Troyes nous ayent pierà efté prefentées Lettres Pacentes du Roy noftredic 
Seigneur en forme de Chartre, & fignées de fa main, données audit lieu de 
Troyes au mois de Juin mil quatre cens quatre-vingts-fix, aufquelles ces 
Eee at {ont attachces fous l’un de nos fignets , par lefquelles & pour les 
caufes dedans contenués il ordonne & eftablit en ladite Ville & Cité de 
Troyes deux foires par an perpetuelles & publiques, dont la premiere fera 
so le lendemain de l’apparition noftre Seigneur , & durera quinze jours 
ouuriers prochains enfuiuant; & la feconde, le fecond iour du mois d’Aouft, 
& demeurera autres quinze tours ouuriers, qui cft le temps ou enuiron des 
deux foires eftablies audit Troyes du nombre des fix foires anciennes de 
Champagne & de Brie, lefquelles deux nouuelles foires il declare franches 
& quittes de toutes chofes, & y fait plufeurs graces & o&roys, comme 
plus à plein le contiennent lefdites Lettres, veuës lefquelles, nous en ayons 
enuoyé la copie collationnée à l'original au Baïllif ou fon Lieutenanc, Pro- 
cureur & Receueur ordinaire du Roy noftre Seigneur audit Troyes, & par 
nos Lettres du 27. iour de Januier dernier aff , Cfcrites au deffous d'i- 
celle copie, mande appeller les Efleus & Receueurs defdites Aydes en l’Ef- 
leétion de Troyes, & communiquer enfemble fur chacuns des points de- 
dans contenus, & fur l’incercft du Roy noftredit Seigneur, tant en fon 
Domaine que en fes Aydes & autrement, & aufli fur le profit ou domma- 
ge de la chofe publique, & generalement fur tout ce qui fait à confiderer 
en tette partie , & le tout Nous renuoyer auec les aduis fur ce d’eux & 
defdits Efleus & Receueurs fur le fair defdites Aydes, en leurs confcien- 
ces & loyautez, Samir faifons que, veu le procez verbal fur ce fait par eux 
& à Nous envoyé auec leurfdits aduis, & fur tout eué bonne & meure dé- 
liberation, Nous confentons l’eftabliflement defdites deux Foires nouuel- 
les audit lieu de Troyes, & l’ufage defdites graces, oétroys 8 exemptions 
d’icelles , ainfi qu'il s'enfuit. Premierement , qu'elles foient franches du 
droit des deux anciennes Foires qui font affermées enfemble par commu- 
nes années enuiron fepc vingt liures tournois , en ce compris vingt-cinq li. 
ures dix fols ou enuiron que le Roy noftredit Seigneur prend chacun an 
fur certaines maifons & eftaux qui doiuent ladite fomme , que les Fermiers 
ont accouftumé leuer durant lefdites anciennes Foires ,pourueü que lefdics 
impetrans, pour l'intereft du Roy, & la diminution qui en peut aduenir à 
fon Domaine , feront tenus payer à fa recepte ordinaire dudit Troyes la 
{omme de dix liures tournois à la fin de chacune defdites Foires, tant 
qu’elles auront cours, rem, qu’elles foient franches des impofitions & du 
vingtiecfme du vin vendu en gros accouftumé eftre leué durant douze 
jours ou enuiron qui font hors & outre le cours de la Foire Saint Remy, 
l'vne defdites deux anciennes Foires, durant lefquelles deux anciennes 
Foires lefdits impetrans en font francs d’anciennete, & laquelle exemption 
defdits douze jours ou enuiron, durera tant que lefdites nouuelles Foires 
auront cours, & non autrement; & au regard des droits des haults pañlages 
& de l'impoftion foraine , ils fe leueront & receuront ainfi qu’il eft ac- 
couftumé: mais s’il aduient que les Marchands qui auront amené ancien-. 
nes denrées & marchandifes éfdites deux nouuelles Foires, ne les y puif.. 
fent vendre, & les veulent, ou partie d'icelles ramener és lieux ou ils les. 
auront chargées, en ce cas faire le pourtont fans payer aucune chofe def. 
dits droits, pourueû que ce foit fans fraude ny abus, fur peine de confif. 
cation defdites denrées & marchandifes, Jtem, confentons que tous Mar- 

chands 


DV ROY CHARLES VIIE 529 


chands ,tant de ce Royaume que d’autres Pays & Nations, puiffent aller & 1: 48 6. 


venir aufdites Foires, & y amener, vendre & deftaller toutes denrées & 
marchandifes quellefconques , franchement & quittement ,ainfi que cy-de- 
uant eft declare, fans que durant lefdites Foires & chacunes d'icelles, & 
auffi durant quinze iours deuant 8 autres quinze jours aprés, icelles, eux 
leur or , argent , monnoyé & à monnoyer, marchandifes, & autres leurs 
biens, foient, ny puiflent eftre prins,ny aucunement empefchez pour mar- 

ue, contrematque, ny autre occafñon que ce foir, à la referue routefois 
5 ph obligations faites en Foires, dont ils feront contraints par le Chance 
lier & Garde defdites Foires anciennes : mais au regard des autres obliga- 
tions faites hors Foires, ils ne feront point contraints, finon qu'ils aycné 
exprefflément promis payer aufdites Foires, & s’en fera la contrainte en ce 
cas par l’'Ordonnance dudir Chancelier & Garde. rem, confentons que 
lefdits Marchands puiflent vuider leurs marchandifes qu’ils auront laifées 
en ladite-ville de Troyes, & en difpofer à leur plaifir, nonobftanc que par 
aucune guerre qui pourroit furuenir en ce Royaume, lefdits Marchands 
fuffent des pays contraires & defobciffans au Roy noftredit Seigneur, fans 
que aufdits Manans & Habitans de Troyes, ny autres frequenrans lefdites 
Foires, en puifle aucune chofe eftre imputée ny demandée. 1m, confen- 


torts que fi aucuns defdirs Marchands, foic en allant, venant, & féiournant, 


vont de vie à trefpas , leurs enfans & heritiers leur fuccedent en tous 
Jeurs biens & marchandifes qui feront en ce Royaume,tout ainfi que fi lef: 
dits Marchands & leurfdits enfans en eftoient natifs, fans que éfdits biens 
& marchandifes leur foit donné aucun deftourbier ou. empefchement, 
1tem, touchant la Iurifdiétion defdites Foires, ledit Chancdier & Garde 
Pexercera, ainf qu’il a fait par cy-deuanc durant lefdices anciennes Foires : 
& pour décider des differends qui pourroient aduenir entre lefdits Mar- 
chands, il appellera les Officiers du Roy audit lieu de Troyes, & deux 
notables Marchands experts & connoiflans és marchandifes dont il fera 
queftion, & mefme és matieres qui {crong de grande importance, rem, 
& s’il aduient que dudit Garde ou Chancelier foit interietté appel, il fe 
décidera en cette ville de Paris par deux de Nous, & deux Confeillers de 
la Cour de Parlement. ztem, lefdits Officiers , Marchands, & toutes autres 
pcrionnes, allans, venans & retournans, demeurans & féiournans éfdites 
Foires auec leurs valets, feruiteurs & familiers, denrées, or, argent, mar- 
chandifes & biens quelfconques qui feront amenées ,vendués & exploitées 
éfdites Foires, feront & demeureront en la fauuegarde , protetion, feu- 
reté & conduite du Roy noftredit Seigneur. 1#w, quant au Greffe def- 
dites deux nouuelles Foires, il fera baïllé À ferme de deux ans en deux 
ans par lefdics Receueurs ordinaires de Troyes, appellez auec ce les Ofi- 
ciers du Roy noftredit Seigneur illec., comme les autres fermes de fa re- 
_ cepte au plus offrant, à homme fuffifant & idoine, deuément plége & caw 

tionné,& qui fera ferment de bien & loÿaument l'exercer. rem, les Noraii 
fes defdites Foires qui à prefent font, exerceront:& receuront durant leurs 
temps les Gontraëts éfdires Foires, &à l’iflué de chacune d'icelles baïlle- 
ront audit Receueur ordinaire la declaration de tout ce qu'ils auront fait 
durant icelles, pour en faire le compte auec le Garde & Chanceliér def 
dites Foires qui reçoit Fémolument du feel, lequel Garde & Chancelier 
fera tenu de bailler à la fin de chacune année Les fingulieres parties par 
roole, de tout ce qu’il aura receu de l’émolument dudit féel audit Rece- 
ueur ofdinaire, tant defdites deux Foires de Troyes que de celles de Pro- 
uins, Lagny fur Marne, & Bar- fur - Aube, ainfi que d'ancienneté a efté 


ait, tem, & quant aux Sergens-defdites Foites , ils feront au nombre ac: 
couftumé , inftituez par ledit Garde & Chancelier , és mains duquel! ils 


XX x 


148 6. 


Æ Troyes 25. 
May 1486. 


go OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


promettronc & iureront exercer bien & loyaument leurs Offices, & paye- 
ront le droit de renouation ainfi qu’ils doiuent, & que faic a efté le cemps 
paflé, Si donnons en mandement audit Baillif ou fon Lieutenant, Procu- 
reur & Receueur ordinaire 'Efleu & Receueur fur le fait defdites Aydes à 
Troyes, & à tous autres lufticiers & Officiers du Roy noftredit Seigneur, 
ou à leurs Lieutenans prefens & à venir, & chacuns d’eux endroit foy, 

ue du contenu éfdites Lertres de Chartres , ils faflent , fouffrent & kaf- 
nc lefdics Gens d’Eglife, Nobles, Bourgeois , Manans & Habitans de 
Troyes, & tous autres qu’il appartiendra, jouir & vfer pleinement & pai- 
fiblement felon la forme & ceneur de nofître prefent confencement. Donné 
à Paris le feiziefme iout de Iuin l'an mil quatre cens quatre-vingts & fept. 
Ainf figné , 4. Debadoüillier. 

Tiré des Regiffres de la Chambre des Comptes. 


Lettres du Roy Charles VIII. par lefquelles main-leuée ef} donnée 
à Claude de Doyac, en confequence du ferment de fidelité par luy 
prefté an Roy à caufe de l'Euefché de Saint Flour. 


HaRLes par la grace de Dieu Roy de France: C4 nos amex G feiux 
C Confeillers les Gens tenans noftre Cour de Parlement, Gens de nos 
Comptes & Confeillers à Paris , aux Baillifs des Montagnes d'Auuergne 
& de Montferrand, Procureurs & Receueurs éfdits Bailliages, ou à leurs 
Lieutenans , Salut @ dileétion. Noïtre amé G feal Confeiller Claude de Doyac, 
nous a fait dire & remonftrer que dés pieçà s’eft meu procez en noftredite 
Cour entre ledit expofant efleu Euefque de l’Euefché de Saint Flour, par 
les Chanoines & Chapitre de l’Eglifc dudit lieu d’vne part , & noftre amé 
&c féal Me Charles de Ioyeufe, foy-difant aufli Euefque dudit Euefché de 
Saint.Flour d'autre part, pour raifon dudit Euefché , auquel procez tant a. 
efté procedé entre lefdices parties , que par Arreft & appointement de: 
oftredire Cour , ledit Euefché 2 efté adiugé audit expofant pour en iouïr 
& ver ,enfemble de tous & chacuns les fruits, profits , reuenus & émolu- 
mens à iceluy appartenans, tant du temporel que du fpirituel, pendant le- 
dit procez, par maniere de prouifion, & fans preiudice du droit defdites 
parties au principal , en Nous faifant toutesfois le ferment de fidelicé à 
Nous deù pour raifon de la temporalité dudit Euefché, pour lequel faire 
luy a efté enioint de par noftredite Cour en faire la diligence enuers 
Nous; en obtemperant auquel Arreft & appointement ledit expofant eft' 
yenu deuers Nous, & nous a humblement fupplié & requis que le voulfif- 
fions receuoir audit ferment de fidelité en fuiuant ledit Arreft, & fur ce 
luy impartir noftre grace.  Srawoir vows faifons que noftredir Confciller 
Claude de Doyac expofant, Nous a auiourd’huy fait en perfonne le fer- 
ment de fidelité qu’il nous eft tenu de faire à caufe de la cemporalité du- 
dit Euefché de Saint Flour , auquel nous l’auons receu, fauf noftre droic & 
l'autruy, & fans préiudice du droit defdices parties. Si vous mandons & 
enioignons, & à chacun de vous, fi comme à luy appartiendra, que par de- 
faut dudit ferment de fidelité à Nous non fait, vous ne faites, ou donniez, 
& fouffriez eftre fait; mis ou donné à noftredic Confeiller expofant ; au- 
cun trouble ou empefchement au contraire , ainçois fi le temporel dudic 
Euefché eftoit pour ce prins, faiff, € arreffé, où empefché, le luy mettez 
ou faites mettre fans delay à pleine deliurance, & au premier eftar & deü, 
pourueu que ledit expofant nous fera & payera les autres droits & deuoirs, 
fi aucuns Nous en font pour ce deüs, & fi faits & payez ne les a. Donné 
à Troyes le vingt-huitiefme iour de May, l’an de grace mil quatre cens 


DV ROY CHARLES VIII ss 
quatre-vingts - fix, & de noftre 1 2 le croifiefme, Sic fenatum, Par le 
Roy, l'Euefque de Montauban, le fieur de Grauille, M. Iean Darly * Con: 
feffeur, Maiftre Eftienne Pafcal Maiftre des Requeftes de l'Hoftel, & au: 
tres prefens, Damont. Et in der/o eff fériptum : Regiffrata in Guria Parlamenti 
ex ordinationc ipfius 2. Iunii. Sic gr Chartellier. 

L'on peur voir dans les Regiftres du Parlement plufieurs Arrefts, par 
lefquels il a efté fait main - leuée du temporel des Euefques , à caufe du 
ferment de fidelité par eux prefté : il s’en trouue deux inferez parmy les 
preuues des Libertez de l’Eglife Gallicane chapitre 16. léfquels font donnez 
fous le regne de Charles V III. Par le premier, qui eft du 26. Féurier 1493. 
la Cour fait main - leuée du temporel de l’Euéfché de Chartres à Meñire 
René d’Illiers, lequel à la verité n’auoit pas prefté le ferment de fidelité, 
mais qui s’eftoit mis en eftac, & auoit fait plufeurs diligences pour cela: 
c’eft pourquoy la main - leuée luy eft donnée , à la charge de faire le fer- 
ment de fidelité quand il plaira au Roy l’y receuoir; & par le fecond, du 
13. Auril 1496. il eft dit que les Euefques doiuent faire le ferment de f- 
delité en perfonne:ce qui marque que ce n'eft pas une fi grande nouueau- 
té que quelques-uns ont entrepris de le dire dans ces derniers temps. 


Infiruétion à Monfcigneur le Comte de Vendofme, que le Roy enuoyé 
deners Monfeigneur le Duc de Bourbon, @r en Je compagnie Gau- 
tier Defcars Senefthal de Perigord, de ce qu'ils auront 4 dire & mondit 
Seigneur de Bourbon. | 


DD RemMiEREMENT, aprés la prefentation des Lettres & Salutations 
requifes & accouftumées, dira à Monfeigneur de Bourbon que le Roy 
a receu. fes bonnes Lettres, par lefquelles il luy déclare fon bon vouloir 
qu'il a à luy faire feruice au bien de luy & de fon Royaume, en luy don- 
nant confeil & aduertiflement de la maniere qu’on peut tenir à mettre fus 
les deniers pour l’entretenement de huit ou dix millé hommes. pour la dé- 
fenfc de fon Royaume, & autres bons confcils & aduertiflemens qu'il luÿ 
donne par fefdites Lettres dont le Roy le remercie. 
Er pour la grande & finguliere amour, dilcétion & confiance que le Roy 
a à luy, & le cient de fes plus grands, finguliers & fpeciaux parens & amis, 
il luy a toufiours voulu.& veut communiquer de fes plus grandes affaires 
& hauts faits de fon Royaume, pour par luy & fon bon confeil fe con« 
duire & gouuerner. . L | 
Et comme nagucres eft aduenu que aprés les traitez de paix & alliances 
faites & paflées entre le feu Roy que Dieu abfoille, le Roy qui à prefenr 
cft, & le Roy des Romains, & le Duc Philippes fon fils Comte de Flan- 
dres, ont promis & iuré par foy & ferment, & fur l’honneur defdits Sei- 
gneurs de les entretenir pour eux, leurs Suiets & Eftacs de leurs pays, ainft 
que bien fçait mondit Seigneur de Bourbon, . | 
Et iaçoit que le Roy dernicremenñt eftanc à Melun, ledit Roy des Ro: 


1 48 6. 


*AL. de Rely: 


A Troyei 
le ro. Iuih 
1486 


mains, quand:il voulut aller en Allemagne, enuoya fon Efchançon Philip:, 


pe de Halle par - deuets luy , par qui luy efcriuit , en le priant & reque- 
rant qu'il vaulfft pour luy & fes Suiers entretenir & faire garder & ob 
feruer lefdits traitez de’paix & alliance,en luy offrant & promettant que de 
fa part il les entretiendroit & feroit entretenir poûr luy, fes Suiers & les 
Eftacs de fefdits pays fans les enfraindre, dont lé Roy n'eut oncques vo- 
lonté de faire le contraire, & cres- volontiers le luy accorda, defirant la 
par autant ou plus que luy, & entretenir l'amour: & l'alliance prinfe auec 
edit Roy des Romains, -8c a coulours ledit Roy-diffgré tant qui luy a efté 
| | X Xxi} 


- 


.148 6. 


32 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
poflible de faire cheuaucher fes gens-d’armes, & de mettre gens fus pour le 
fingulier defir qu’il auoit de non greuer fon peuple, & pour le bien & fou- 
lagement d’iccluy, & aufli qu’il ne vouloit pour rien que de fa parc fuft pre- 
mierement aucune guerre commencée, 

Mais ce nonobftant, depuis nagueres ledit Roy des Romains a bien monf- 
tré & donné à chacun à connoiftre que ce qu’il en faifoit n’eftoit que diffi- 
mulation pour couurir & celer fon encreprife & mauuaife volonté qu’il auoit 
confpiré contre le Roy & fondit Royaume, & que cependant qu’il alloit 
en fon voyage en Allemagne, le Roy ne penfa à luy donner ni faire chofe 
contraire à fon intention. | 

Et depuis que ledit Roy des Romains eft retourné de fondit voyage, il 
a fait tenir au Roy paroles de iournée amiable, & que gens d’vne part & 
d'autre fe trouuaffenc enfemble pour traiter & appointer des queftions & 
differends qui pouuoient eftre entre eux : à quoy le Roy entendoit tres 
volontiers, & le defiroit pour toufours fuyr la guerre qu’il a commencée, 
& fe mettre entierement en tout deuoair & voye de querir paix. 

Mais cependant que le Roy entendoit de bonne foy au bien de paix, le- 
dit Roy des Romains , fans aucunement en aduertir le Roy, & au defceu 
d’iceluy venant contre fefdits foy , hommage & promefle, & aufli contre 
les anciennes alliances , firmées par cenfures & contraintes Ecclefaftiques 
eftans entre les Roys de France & des Romains, a par emblée & fur- 
prife, prins ou fait prendre fur le Roy les Villes & Chaftel de Mortaigne 
& Cite de Therouënné qui font du propre ancien heritage & domaine de 
la Couronne de France; & continuant cn fa mauuaife volonté , le Roy a 
efte aduerti que ledit Roy des Romains fait d’autres entreprifes au Roy & 
à fon Royaume tres-dommageables & preiudiciables, & pour les mettre à 
execution aflemble armée ,& met fus gens, & quiert alliances de Princes & 
Seigneurs, s'efforce d’auoir fecretes intelligences à Nobles & à Villes de 
ce Royaume pour entrer en iceluy, enuahir villes, chafteaux & pays, fur 
Ilefquels il a proietté fon entreprife. | | | 

Mondit Seigneur de Bowbon f{çait que pour l’entretenement de la paix, 
& alliance, accompliflement & fermeté d’iceluy, luy & plufieurs Princes & 
Seigneurs, Eftats des pays & bonnes Villes de ce Royaume, ont baillé leurs 
promefles & féellez, & font eux & les leurs obligez à la conferuation & 
entretenement defdits traicez , lefquels le Roy de fa part a toufiours vou: 
lu , veut & defire encore entretenir, & par luy ny de fa part n’eft venu & 
ac viendra rapture. ce ou 

Et pour obuier aux entreprifes dudit Roy des Romains fes adherans & 
ennemis du Roy, à fait eftablir & affcoir en fes frontieres gens cant de 
cheual que de pied , & ainf eft au nombre que mondic Seigneur de Bour: 
bon pourra voir par le papier que le Roy luy ennoye, & par ce pourra mon: 
dit Seigneur de Bourbon reconnoiftre que la necrffxé quele Roy 2 de met. 
tre fus gens de pied en plus grand nombre qu’il ne fait, & pour cetre heu: 
re entre lefdits dix mille hommes dont monñdit Seigneur de Bourbon a 
par fefdites Lettres donné confeil au Roy, ledit Seigneur n’en a:mis par 


tout fon Royaume que deux mille dauanrage, qui fonc en fomme tou 


douze mille hommes de pied. Bien eft vray que le Roy, pour fubuenir aux 
affaires de fon Royaume, prend fix mille Suifles qu'il fera payer à fes coufts 
& defpens , & aufquels il fera cenir bon ordre & police de payer, en 
maniere que le peuple n'aura par eux aucune foule ni charge. .. | 

Mondit Seigneur de Bourbon entendra clairement que ces matieres & 
affaires font des plus grandes qui pêuuent furuenir au Royaume, & pour ta 
finguliere amour & confiance que le Roy a à mondie Seigneur de Bour- 
bon, & pour les fens & experience qu'il fçaic eftce en mondic Seigneur de 


DV ROoY CHARLES VIEIL fi —— 
Bourbon , le Roy defire qu'il foit auee y pour fe conduire & gouuerner. | 486: 

| par luy & par fon auis & confeil. n: 

Et luy prie & requiert le Roy pour tres-grand & fingulier plaifir & fer- 
uice à luy cres-agreable, & à fondir Royaume tres-profitable & neceflaire, 

"it s’en veuille venir par-deuers luy pour ke feruir, accompagner & con- 
Ghiller cn fes affaires : en quoy faifant il luy fera & au Royaume feruice,. 
que le Roy aura a roufiours en memoire & fouuenance, | L 

Et cependant que mondit Seigneur de Bourbon ne peut fitoft & prefte. 
menx venir, le Roy luy prie que en route diligence il faffe marcher fa com:: 
pagnie, & l’enuoye pour accompagner le Roy: car il conuient au Roy ap- 
procher la lifiere & pays de fronticre, & pouruoir & fecourir aux villes & 
pays frontoyens de Picardie, Champagne, Bourgangne, & autres, ainf que: 
mondit Seigneur pourra voir par ledit papier qu’on luy enuoye, s’il eft necefi. 
faire faire cheuaucher les me <r. des Ordonnances, & les eftablir pour 
pouruoir promptement aux a aires qui d'heure en autre peuuent furuenir. 

Prie aufli le Roy mondit Seigneur de Bourbon qu'il faffe diligenter en. 
fes pays, à mettre fus les deniers ordonnez eftre leuez felon les commif: 
frons enuoyées par le Roy, & au furplus qu'il veuille monftrer brieuement 
& par effer le bon vouloir & affeétion qu'il a au feruice, bien & honneur 
du Roy & de fa Couronne, dont le Roy a en mondit Seigneur de Bour- 
bon fa orale & parfaite fiance. | | 

Et en enfuiuant le bon confeil que mondit Seigneur de Bourbon don- 
ne au Roy par fefdires Lettres de bien craiter les grands, bons & notables: 
perfonnages de fon Rayaume, ledit Scigneur l’a toufiours fait iufques icy, 
& encore pour l’aduenir eft en vouloir & propos le faire; & quant aux: 
Seigneurs, ils le font autant ou plus que furent oncques leurs predeceffeurs, 
& en bien feruant le Roy, il les traitera de bien en mieux par le bon con-' 
feil de mondit Seigneur de Bourbon, en maniere qu'ils s'en deuront con- 
tenter. Fait à Troyes le dixiefme iour de luin milquatre cens quatre-vingtss 
fix. Signé, CHarLes. Et foufligné, Damont, a 

Pris fur l'Original. 


Teflament de René 11. Duc de Lorraine. 


| N vom De Disv, AMEN. Sachent tous que tres-haut, tres:excel-:ar. 14/68 
| L lent, & cres-puiffant Prince noftre tresedouté & Souuerain Selgneur'*#* 6 
| Monfeigheur René Dwc de Lorraine, de Bar C* de Calabre, Mavqué du Pour, 
Comte de Prosence ; de Vaudemont @: de Harcour, Ge. Confderant que com- 
| me pour l'entreprife de la conquefte du Royaume de Sicile fon vray heri- 
| tage maternel, à laquelle il s’eft difpofé & prerend s’acheminer .& tranf- 
porter À nine ae hors de fes pays de Lorraine &c de Barrois, il ait à 
| s'expofer en plufeurs dangereux perils, tant par mer, comine par terre, 

en l’exécution d'icelle. Afin donc qu'il ne foit preuenu de more, fçachane 

qu’il n’eft chofe fi certaine comme d’vne fois moërir, ny moins certaine 

que l'heure qu'il conuient crefpafler de ce monde, puis qu’il eft en fon 

bon fens, memoire & entendement, il a fait fon Teftament, Ordonnance 


& derniere volonté en la maniere qui s'enfuit, " . ." ." | 
Premier; Mondit Seigneur dés maintenant, & pour lors qu’il plaira à 
Dieu Fappeller de ce monde, luy-recommande fon ame ; implorant deuo- 
tement l’interceflion de la glorieufe Vierge Marie, de Monfieur Saine Mi: 
chel Archange, de tous Saints & Saintes de Paradis, afin que par leuts me: 
rites Dieu noître Seigneur l'appelle eh fon Saint Royaume de Paradis... 
tem; S' deccde eh quelque lieu deçà les Monts, il veut que fon corps 
foit ramenc en fa Ville de Nancy , pour cftre inhumé en l’Eglife de Mon- 
| XX x ii 


148 6. 


{ 


# C'ef à dire 
gerdenoble— 


54 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 
fieur Saint Georges auec Mefleigneurs fes prédecefleurs Ducs de Lorrai- 
ne; & s’il trefpaffe de là, qu’il foit inhumé en l’'Eglife principale du lieu où 
le cas aduiendra. | 0 
Item , Il veut & ordonne que toutes fes dettes foyent payées, & fes torts 
faits amandez,où que fes .exécureurs cy-deflous nommez connoiftront qu'il 
y foit tenu. | 
Item, Il veut & ordonne que tous fes feruiteurs, de quelque eftat qu'ils 
foient, tant Nobles comme autres, foient bien payez & contentez de cout 
le cemps qu'ils l’auront feruy, ainfi que raifon eft, & que tous fes Ofh- 
ciers demeurent chafcun en fon Office, fes vies durant, s'ils ne forfont. 
Item , Si cas aduenoit que noftre tres-redoutée & Souucraine Dame Ma- 
dame Philippe de Gueldres, Duchefle, &cc. fa femme & efpoufe le furuiuoir, 


il veut qu’elle ait & tienne par maniere de Douaire, toute fa vie durant, le 


Comté de Vaudemont auec toutes fes appartenances, tant en titres com- 
me en profits, enfemble la Ville, Place, Terre & Seigneurie d’Amuille, 
à la charge de quatre mille liures de rente; & fi lefdits Comté & Seigneu- 


‘rie d’Amuille ne les valoient, il veut & entend que ce qui en reftera fe paye 


des plus clairs deniers de fon Duché de Lorraine, lequel il a pour ce hipote- 
que & obligé à madire Dame. Auec ce il veut que madite Dame ait & ücn- 
ne toute fa vie durant le Marquifat du Pont auec toutes fes appartenances 
en toutes iurifdiétions , profits & émolumens, pour & en récompenfe de la 
Seigneurie de Vannes, laquelle en faifant le traité de mariage d’eux, il luy 
auoit sa A fa vie durant, le cout felon le contenu des Lettres de l’affi- 
gnation dudit Douaire fur ce faites dernierement par mondit Seigneur, 
lcfquelles il veut fortir leur plein effet. 

Item, ]] entend, veut & declare que l'enfant, foic fils, ou fille, dont 
noftredice Souueraine Dame fe deliurera brief au plaifir de Dieu , foit & 
demeure audit cas fon heritier vniuerfel en-toutes fes Terres & Seigneu- 
ties , tant deçà les monts que par de-là, & que noftredite Souueraine Da- 
me , tant qu'elle fe tiendra en eftat de veuuage, ait le Bail, gouuernementc 
& mainbournie * d’iceluy auec deux des hauts hommes defdires Duchez 
de Lorraine & de Barrois, qui feront pource efleus & commis par les 
Eftats d’iceux, CS — | 

Item, Audit cas mondit Seigneur ordonne & veut que ledit enfant ou 


_ autre fon heritier qui fuccedera éfdites Duchez, foit cenu de bien-& hau- 
_‘fement pouruoir en eftat de mariage, nos tres-redoutées Damoifelles Mar- 


guerite & Yoland fes fœurs, & qu'il leur baille & afligne mariage, ou, s’il 
eft requis, partage tel qu'il appartient felon le droit & couftume def- 
dits pays. RUE | 

Item , Pour ce que feué la Reyne de Sicile fa Mere que Dieu abfoille, & 
mondit Seigneur ont pieçä, viuant ladite Dame & Reyne, propofe & deliberé 
faire vne Chapelle en l'Eglife de Monfieur Sainc George dudit Nancy, à la 
charge d'yne haute Mefle & d’vne baffle chacun iour, qui fe diroient alcer- 
natiuement, l’vne baffe & l’autre haute, de l’Annonciation Noftre-Dame &. 
de la Magdeleine, mondit Seigneur qui defire ladite Chapelle eftre faire, 
conftruité & douée, veut, que s’il eftoit preuenu de mort auant la fonda- 
tion d’icelle, que ladite Chapelle foit en ladite Eglife de Saint George, 
faite, douée & pourueuë de rentes fuffifantes ainfi qu'il appartient pour cel. 
Jes Chapellcnies fonder, & parcillement que l'Hofpital de Ioinuille {oit 
pourueu de ce qu’il en defaur, ainfi que feu Monfeigneur 4 Comte Ferry 
pere de mondit Seigneur l’a voulu & ordonné de fon viuant. | 

Item , Mondit Scigneur veur, eflit & nomme pour executeurs de fou pre- 
fent teftament noffredite Souueraine Dame , enfemble le K. P. en Dieu M. 
Ph. Guillaume de Haraucours Eucfque de Verdun, Meflire Philippes de Lisan- 


LE. 


DV ROY CHARLES VIII 35 


ges Bailly d’Alemagne, Mefle ofœuals Comte de Tirftein fon Marefchal, 


& Mcflire Thomas de Paffenhouen Cheualier, Senefchal de Lorraine, & au 


/ 


1486. 


rechainge * ou defaut de l’un d’eux qui ne voudroit ou pourroit prendre le + A1. refw. 


faix & charge de certe execution autres en leurs lieux feront nommez & 
dépurez par les Gens de fon Confeil. 
:_ En tefmoin de ce mondit Seigneur le Duc 2 figné les articles prefens. 
de fa main 4 21. iour de luillet 1486. \efquels il a mis par maniere de 
notte és mains de fon Secretaire & Tabellion Iuré 1Zohannes Lud , voulant 
que les Lettres en foient faites en forme au Didié des Saiges fous le ftile 
du Tabellionnage de fa Cour de Nancey, par la ftipulation qu'il en a faire 
cn fa main. Signé, René. | 

Ce prefent Teftament a efté leu & publié pardeuant & en la prefence de 
mondit Seigneur le Duc, de fon ordonnance & commandement, prefens 
Reuerend Pere en Dieu, nobles & honnorables Seigneurs Méikre Mc 
Jean de Lamballe, Prothonotaire du Saint Siege Apofñtolique, & Comman- 
dateur du Prioré Noftre- Dame de Nancey, Meflire Philippes Comte de Li. 
sanges, & de Dagfparg, Bailly d’Alemagne, Meflire Ofwuals Comte de Tirf- 
sein , Marefchal de Lorraine, Meflire Thomas de Paffenbouen, Cheualier, Se- 
nefchal de Lorraine, Philbert de Laigue , Seigneur d'Oraifon, Senefchal de 
Barrois, Meflire Harduin de la laille, Mefire 1ean Vuiffle de Gerbeuillier, Che- 
ualier, Bailly de Nancey, & Maiïftre Jacques Meruaut, Procureur Général de 
Lorraine, tefmoins à ce appellez, lan & iour deflufdits. Ainf figné, 10. Lud. 
auec paraphe. 


* Lettre du Roy aw fuiet de la Nomination du Duc de Lorraine à P Office 


de Grand Chambellan. | 
DE PAR LE ROT. 


Os amez & feaux, Nous auons pieçà retenu noftre tres-cher & tres- 
| amé coufin le Duc de Lorraine en l'Office de Grand Chambellan, 
aux gages & préeminences qui y appartiennent, & pour ce que noftre vou- 
loir eft qu'il en iouïffe entierement, vous mandons & ordonnons expreflé- 
ment que à noftredit coufin, ou à fes gens & commis vous bailliez par 
declaration tout ce que pa le paflé les Grands Chambellans de France ont 
accouftumé auoir, tant de gages, prééminences, que autrement, à caufe du- 
dit Office, & n’y faites. aucuns refus ou delay. Donné à Senlis le feptiefme 
jour d’'Aouft. Signé , CHARLES. Et plus bas, Damonr. Et au dos: C4 n0s 
amez, Gr féaux les Gens de noffre Chambre des Comptes à Paré. Apporté le 8. 
Aouft 1486. | _ 
: Pris fur l'Original. : 


Lettre de l'Archeuefque de Vienne à Monfieur de Langeac, au fuiet des 
affaires de Naples »s © de la paix entre le Pape © 
| de Roy Dom Ferrand. 


Ox tres-cher Seigneur & bon amy, À vous de tres-bon cœur me 
recommande. le ne doute point que vous n'ayez bien entendu la 
paix auoir efté faire entre noftre Saint Pere le Pape & voftre parent & affin * 
Le Roy de Naples. Mais pource ” par auenture n'eftes pas aduerty des 
moyens par lefquels ils fonc condefcendus à faire & traiter ladite paix,ie les 
vous ay voulu efcrire & fommairement raconter, Depuis que vous efcriuis 


vne Lertre à laquelle vous cres-fagement me fiftes refponfe, aduint que 


7. Aoùff 1486, 


8. Septembre 
1486. 


* Al. adié, 


nm. Un Not 0e SOUSSE DUR SP — mm 


1486. 


536 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
Monficur le Prince de Tarente voftre frere luy eftant en Calabre, à l'encontre 
du Prince de Bifignan en champ de bataille deuers l'Ifle de Sicile, vin- 
drenc quatre cens hommes d'armes armez de legeres armeures au fecours 
dudit Monfieur le Prince, & les autres pafloient continuellement le Far. 
Etce voyant,ledit Prince de Tarente, d'vn tres-canftanc & vaillant courage, 
afaillit le Prince de Bifignan, qui tres-vilainement luy tourna le dos, & 
s'enfuit: à caufe de cette viétoire,a eu beaucoup de Chafteaux & Places du 
Prince de Bifignan, ledit Prince de Tarente. Cependant le Prince de Ca: 
poué voftre neueu afliegeoit la place de Saint Seuerin, qui eft à quatre lieuës 
de Salerne, dont fe renomment les Princes de Salerne, Bifignan & vous au. 
tres de cette maifon, laquelle place promit par appointement fair & oftages 
baillez, de eux donner au Roy Ferrand, fi dans huic iours elle n’auoit fe- 
cours : dont quand il vint au huitiefme, le Prince de Salerne accompagné 
des gens d’armes de l’Eglife, defquels eftoit Capitaine le frere de Mon- 
fieur le Cardinal Sanéfi Petri ad Vincula, & aufh des gens des Geneuois, 
defquels eftoit Capitaine Meflire Auguftin de Campo Frezofo, auec encore 
vne autre grande multitude de gens à pied, & vindrent en bataille contre 
ledit Prince de Capouëé: tellement que quand vins que l’on batailloit ame 
rement en ambigué & douteufe fortune, enfin fallut que ledit Prince de 
Salerne tournaft le dos vilainement, & s'enfuit, & la place de Saint Seue- 
rin lors fe donna au Roy Ferrand, & là fut bleflé amerement Meflire Aus 
guftin de Campo Fregofo, dont aprés en eft mort. Deflors fe retira le Prin- 
ce de Salerne dans Salerne, là où il faifoit doute de feurement demeurer 
par la rumeur qui eftoit en la Cité, veu que tout le peuple difoit qu’il ef- 
voit las de la guerre, & qu'ils demandoient la paix. Ce temps durant Mon 
fieur le Duc de Calabre voître frere reduific & affembla toutes les troupes 
de la Ligue d'Italie, fe ioignit auec les Vrfins, alla prés des portes de Ro- 
me, fit vn Pont fur le Tibre, & mit le camp du cofté duquel on entre à 
Rome venant de Naples, où il ne peüt arrefter pour la grande quantite 
de mouches, & fut force qu’il leua le ficge; & fi deflors ne luy euft cite 
force de le leuer, la paix euft eftc plütoft faice qu’elle n’aefté; & cependant 
ke Duc de Calabre ne fit nul dommage aux Romains, à celle fin qu’ils 
n’euflent caufc de eux plaindre de luy. Et aduint que dans l'entreremps le 
Seigneur Robert de Saint Seuerin, Capitaine du Pape , alla parler’ auec le 
Duc de Calabre, fans le féeu du Pape, de quoy le Pape fut fort troublé, & y 
enuoya vn Gentilhomme nommé Monlieur de Faucon de Prouence , qui 
eftoit allé à Rome pour Monfieur de Lorraine, pardeuers ledit fieur Ro- 
berto, pour luy dire que fa Saintete eftoit moule troublée, & s’émerueilloic 
de ce qu'il eftoit allé parler fans fon fceu & confentement à fon ennemy, 
auquel Monfieur de Faucon, le fieur Roberto refpondit qu’il atoit enten- 
du que fa Sainteté craitoit la paix, & luy doutant qu’il ne le laiffaft ÿ auoit 
voulu preuenir, combien qu’il fe garderoit bien de faire chofe qui fuft con- 
tre l’exiftimation de fa Sainteté: & huit iours aprés ledit fieur Roberto 
s’en alla deuers le Pape, feignant, comme l'on dit, d’auoir mal à vne iambe, 
& demeura au Palais du Pape bien huit iours; & difent aucuns que ce fut 
luy, qui perfuadoit au Pape faire la paix, & autres difent que non fit. Fi- 
nalemenc il fe partit de Rome; & retourna aux champs, & cependant le 
Duc de Calabre opprefloit moult la chofe Ecclefiaftique, & aufli les rebel- 
les du Royaume de Naples eftoient fort opprefiez, car les fecours qu'ils at- 
tendoient d’ailleurs demeuroient trop à venir: par quoy le onzicfme iour 
d’Aouft, à quatre heures aprés foleil couché, la paix & accord fut conclu & 
paflé entre le Roy de Naples & le Pape, combien querelle heure ne me plaift 
pas fort; & incontinent que le Roy de Naples entendit la conclufion de la 
paix auoir efté faice , fit prendre prifonnier fon Secretaire, qui , comme 
bien 


— = 7 Dre # 


DV ROY CHARLES VIIL.  ÿ37 — 
bien fçauez ; auoit.-efté au Roy bien-vint ans, Meflire Æwelo:Archamosd, 1 438 £: 
qui auoit:efté Ambaffadeur pour le Roy Ferrand à Rome bien l’efpace de | 
quinze;ans où ilauôir-gagné vn granditrefor, per fas vel nefes) & Meflire 
François Coppula des Grntilshommes du Siege de la Porte-Neuue de Nas 
ples, &-Meflire Po Cathalan qui'anoit.efté Corfaire & Patron d’vne Ga- 
lerc,& maintenant effoi-Prefident 3x: Sommaris, que l’on dit les Comptes, 
lefquels pris Les a mis’ en: force prifon, & reduit les biens d’iceux à fes mains, 
defquels, comme l’on djit,en aura.en argent comptant plus de quatre cens 
mille ducars: Les caufes!pourquey:ils les a mis prifonniers, font-plufeurs. 

La premiere eft qu'il:craignoit le Duc de Calabre, car il leur fembloic qu'il 7 
les menaçoir. Si aduiferenc les Seigneurs du Royaume, que s'ils ne fe gar+ 
doient, le: Roy les feroit. prendre &-bouter en-prifon l’vn aprés l’autre; & 
qu'il déuoif commenter:au Comte de Montorio ainf; qu’il a efté fait, L'au 
tre cafe eft;comme l'on.dit , que ceux icy continüellement éfcriuoient au 
Pape qu'il ne fift point paix auec le'Roy Ferrand, car le Roy de Naples-ef- 
toit fi defnue d'argent qu'il n’en poyuoit plus, & ne pouuoit plus foufte- 
nir Ja guerre; & beaucoup d’autres chofes que pour maintenant ie ne ra: 
gonte:point. Entre vant le fieur Roberto Capitaine du Pape enuoya vn fien 
Secretaire deuers Mon/ieur de Lorraine qu'il rencontra à Montargis auec Let- 
res de- créance , & aprés beaucoup de vaines promefles dit ledit Secretai- 
te à mondit Seigneut de -Lorrainé dé par fondit Maiftre, que. hardiment 

| pouuoit aller ledit Düc de Lorraine à Rome, & combien que la paix fuft 
faire, que fondic Maiftte fieur Roberto luy promettoit le mettre dans le 
Royaume de, Naples, lequel il auroit en peu de temps. Or donc quand, 
comme deflus ay dit, ledit fieur Roberto alla à Rome, & qu’il y demeura huit 
jours, s’il traita la paix ou la guerre, j'en laifle le jugement aux Sages. Mon- 
fieur le Cardinal d’Angers * a efcrit depuis que la paix a efté acceptée du +07 care 
Pape par faute de bons Capitaines, & que fi Monfieur de Lorraine y al- disal le Bal. 
Joit, encore feroit-il quelque chofe;& à Monfieur le Cardinal Sanéi pee 
fri ad Vincula, qui eftoit ces iours deuant paflez venu-à Gennes pour folli- 
citer Monfieur le Dw de Lorraine & les Geneuois contre le Roy Ferrand, 
on Juy a retenu la charge pour fon honneur d'aller Legat au Royaume, ap- 
pointer les Seigneurs di Royaume auec le Roy: fille voudra accepter ou 
non, ie ne fçais. Il me femble que voftre Seigneurie s’il vous plaift deuroir 
efcrire au Roy de Naples, au Duc de Calabre, & au Prince, ou à l’vn 
d'eux, en les coniouiffant de la paix & viétoire par eux euëé & enfuiuie, & 
vous prie que leur efcriyiez comment ie fuis leur bon & loyal feruiteur, & 
autres chofes que vous femblerez d’efcrire, Me recommandant toufiours à 
vous, à Madame voftre femme, @ henedico familie-veffre; & fi leur voulez 
efcrire,me pourrez enuoyer les voftres, car ie les enuoyeray feurement, ai- 
dant noftre Seigneur qui vous ait en fa garde. Efcrit à Paris le huit Se- 
ptembre mil quatre cens quatre-vingts-fix. Derechef vous.prie que s’il ne 
vous plaift d’efcrire aux autres, que au moins efcriuiez à Monfeur le Prin- 
ce, car j'ay meffager pour enuoyer les Lettres, fi me les enuoyez. Torus vef 
3er Angelus Cato, Archiepiftopus © Comes Vienne. 
. — | Pris fur l'Original. 


mm 


7: .Réinion du Comté de Prouence 4 la Couronne. | 
Hanzes par la grace de Dieu Roy de France, Comte de. Prouen- 
CC ce, de Forcalquier & Terres adiacentes. Scawoir faifons à tous prefens 4 Compiegne 
& à venir,que comme nos tres-chers & bien amez les gens du General Con- «« mi d'0- 
feil des trois Eftacs de nofdits pays & Comté de Prouence, de Forcalquier *”* *#%4- 
& Terres adiacentes , en continuant de plus en plus le grand, fingulier & 
_ entier defir & affedion qu’ils -ont soufours eu, & mefmement depuis que 


Ty 


" 


—— ÿ38 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


14 8 6. 


nofdics pays & Comtez fonc aduenuës & efcheués és mains de feu noftre 


tres-cher Seigneur & Pere que Dieu abfoille & és noftres par le -trefpas de 
feu noftre Coufin le Roy de Sicile, Charles dernier trefpañie, en fon viuant 
Comte & Seigneur defdices Comtez & Terres adiacentes , & monftrent 
Cuidemment par effet le bon vouloir qu’ils ont à ce qu’ils foient & demcu- 
rent à toufiours infeparablement fous noftre Couronne, ayent : puis nague- 
res faic dire & requerir à nos deleguez, commis & deputez , & qui pour 
nous & de par nous onc ailifté aux Eftats dudit pays tenus en noftre Ville 
d'Aix au mois de Mars déynier paflé; que pour le bien & feureté dudit 
Pays, & afin que dorefnauènt toutes entreprifes, inuafñons & autres dom- 
maiges & incurfions qu’aucuns pourroient precogiter & s’efforcer de faire 

ar voye d’hoftilité & autrement contre les manans & habitans defdits 
Pays &z Terres adiacentes, & pour autres iuftes & raifonnables caufes, nof. 
tre plaifür fuft de cenir fous noftre main & la Couronne de France nofdits 
Pays, Comtez & Terres adiacentes, & lefdirs manans & habitans en iceux, 
fans iamais les aliener , transferer , permuer, ni defmembrer en autres 
mains par nous ou nos fuccefleurs Roys de France, en quelque manieré 
que ce foit , mais à ce les adioindre, vnir, & incommutablement annexer 
à nous & ladite Couronne de France, en gardant & obferuant leurs priuile. 

es, libertez, conuentions, chapitres de paix, couftumes, loix, & autres 
E rchifes & vfages de viure; laquelle chofe leur a efté accordée par nof- 
dits Commiffaires. Pour kquelle caufe iceux defdits Eftars derechef affem- 


blez au mois d’Aouft dernier pañlé en noftredite Ville d’Aix, afin d’auoir & 


obcenir fur ce & autres affaires dudit Pays plus amples & valables proui- 
fions, iouxte la volonté & intention de nous & defdits manans & habitans 
d'iceux pays, ayent commis & ordonnez nos amez & feaux Bapriffe de Pon- 
senes , Efcuycr, ficur de Cotinyac, & Maiïftre Raowlin Barthomies , licentie en 
<hafcun droit, leurs Procureurs & Ambaffadeurs pour venir deuers nous 
& nous faire plus au long lefdites requeftes & remonftrances fur ce ne- 
_ceflaires : ce que iceux Ambaffadeurs ayant depuis fait, & en la prefence 
des Seigneurs de nofîftre Sang & Gens de noftre Confeil nous ayant dere- 
chef dit & remonftré les chofes deffufdites, en nous fuppliant & reque- 
tant tres-inftamment pour & au nom de tous lefdits manans & habi- 
tans defdits pays, cafil doté plaife faire ladite adionétion & vnion def- 
dits Pays , Comrez & Terres adiacentes par la maniere deflufdite; & tous 
leurs priuileges, chapitres de paix, conuentions, libertez, franchifes , droits, 
vfages & couftumes concernans gens d’Eglife , Nobles , Villes, Chaf- 
teaux, Communes, & autres quelconques confirmer, iurer, & approuuer, 
tant en commun comme en particulier , & fur ce leur impartir noftre gra- 
ce & liberalite. Pour quoy nous, ouyes lefdites remonftrances & humble re- 
quefte ainf à nous faite par lefdits Ambafladeurs & Députez defdics Gens 


" des crois Eftats reprefentans generalement tout le peuple, tant Gens d’E. 


glife, Nobles , que autres quelfconques de nofdits pays, Comtez & Terres 
adiacentes, confiderant encore la grande amour & loyauté qu’ils ont par cy- 
deuant eué, obferuée,entrerenué & gardée, & entendent fermement & in- 
uiolablement obferuer, entretenir, garder , & continuer dorefnauant en- 
uers nous & la Couronne de France, fans varier: voulans par ce leur don- 
ner à connoiftre par effet que en cette prefente & autres iuftes & raifon- 
nables Requeftes, nous fommes & ferons roufiours prefts de leur fubuenir, 
& les preferuer & garder de tous inconueniens & dommages ainfi querous 
Roys & Princes Souuerains doiuent & font tenus de faire enuers leurs 
bons & naturels fuiets. Pour ces caufes 8: autres à ce nous mouuans, & par 
l'aduis & deliberation defdits fieurs de noftre fang & lignage & Gens de 


noftre Canfcil refidens entour nous, Nous awews pour nous & nos fuccef. 


DV ROY CHARLES VIIL ÿ39 


Be gras dei nn. 


feurs Roys de Francé voulu & voulons auoir & tenir nofdits Pays & Com- 14 8 6 


tez de Prouence, de Forcalquier & Terres adiacentes, fous nous & nofdirs 
fuccefleurs à ladite Couronne de France perpetuellement & infeparable- 
ment comme vray Comte & Souuerain Seigneur d’iceux, fans que iamais 
ils en puiflent eftre alicnez , permuez, ni transferez à quelconque perfonne, 
ni pour quelque caufe ou oceafion que ce foit où puifle eftre, en cout, ni 
en partie, & quant à ce feulement les auons adioints & vnis, adioignons & 
vniflons à nous & ladite Couronne, fans que à icellé Courénne ni au Roÿyäu- 
me ils foient pour ce aucunement fubalternes pour quelque caufe ou occa- 
fion que ce foit ou puiffe eftre ores ni pour le temps auenir en aucune ma- 
nicre, ni aufli pour ce aucunement nuire, pteiudicier ny déroger à leurfdits 
priuileges, libertez, franchifes, conuentions, chapitres de paix, loix, couf- 
tumes, droits , ftatuts, polices 8: manieres de viure éfdits pays, qui leur ont 
efte otroyez & confirmez en general & particulier, foit à Gens d’Eglife, 


Nobles, Villes, Citez, Communes, & autres perfonnes quelcohques, tant 


par les feus Roys,Reynes, Comtes & Comitefles d’iceux pays ,ceux qui par 
cy-deuant ont efte leurs Lieutenans, Gouuerneurs & grands Senefchaux, 
que par nous; mais iceux leur auons de nouuel & d’abondant, par l'aduis & 
deliberation que deflus, confirmez, loùez & approuuez, confirmons ,louons 
& approuuons de noftre certaine fcicnce, grace fpeciale, pleine puiffance & 
authorité Royale par cefdites Prfentes fignées de noftre main, par lefquel- 
les promettons en bonne foy & parole de Roy, & iurons les leur garder, 
_obferuer & entretenir, enfemble ladite vnion & adionétion infeparablement, 
perpetucllement, & à toufiours, & voulons que iceux habitans deffufdics en 
iouïflent pleinement, fans aucun contredit ou empefchement, nonobftanc 
quelconques autres Lettres, Chartres, ou mandemens qui pourroient auoir 
eftc faices & oétroyées à ce contraires, lefquelles, fi aucunes en eftoient cy2 
aprés trouuces, qui aucunement puiflent préiudicier à cefdites Prefentes, 
Nous auons quant à ce de noftre certaine fcience & plus ample autorité 
reuoquées & caflécs, reuoquons & caflons , & icelles dés maintenant 
pour lors declaré & declarons nulles, & de nul effet & valeur, pofé ores 
qu'elles ne foient cy-exprefiees. & fpecifiées, nonobftant aufi quelconques 
autres Ordonnances, Statuts , reftriétions, mandemens ou défenfes à ce 
contraires. Si donnons en mandement à nos amez & feaux le grand Senef- 
chal de Prouence, Gens de noftre Confeil Royal, Maiftres Rarionaux & 
Archiuaires de noftre Chambre & Archif d'Aix, nos Auocat & Procureur 
audit pays, & à tous nos autres Jufticiers & Officiers, ou à leurs Lieute- 
nans ou Commis, prefens & à venir, & à chafcun d’eux, fi comme à luy 
appartiendra, que cefdites Prefentes ils faflent lire, publier & enregiftrer 
en noftredit Archif d'Aix & autres Cours & Auditoires de leurs Iurifdi- 
ions , afin de perpetuelle memoire, & ladite vnion, enfemble leurs liber- 
cez & priuileges, & tout le contenu en cefdires Prefentes obferuent & gar- 
dent, faflent obferuer & garder de point en point fans les enfraindre. Ec 
auffi afin que de ce on ne puifle pretendre caufe d’ignorance, Nous vou- 
lons que cefdites Prefentes foient leués, publiées, & enregiftrées en noître 
Cour de Parlement & Chambre de nos Comptes à Paris; & pour ce que 
de ces Prefentes on pourra auoir à befoigner en plufieurs lieux, Nous vou- 
lons que au Pidimus d’icelles fait fous féel Royal, foy foit adiouftée comme à 
ce prefent Original , auquel, afin que ce foit chofe ferme & ftable à couf- 
iours, Nous auons fait mettre noftre {cel, fauf en autres chofes noître droit, 
& l’autruy en toutes, Donné d Compiegne au mois d'O&obre, l’an de Grace 
mil quatre cens quatre-vingts-fix, & de noftre Regne le quatriefme. Signé, 
CHARLES. Par le Roy Comte de Prouence, Meflieurs les Ducs d'Orléans 
& de Bourbon, les Comtes de Clermont, de sine jar & de Vendof- 
Yyi 


540 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4 86. me, vous *, l'Archeucfque de Bordeaux, l'Euefque de Perrigueux, les Si: 
*cfl TS de la Trimouïlle, de Grauille, de l'Ifle, & de Grimault, Maiftre Pier- 
Chancelisr, re de Sacierges, Charles des Potaux Maïftres des Requeftes, Guillaume 


Briçonnet, General des Finances, & autres prefens. Signé, Robincas. 


Lettre du Roy Charles VIII. an fieur de Boffut, qu'il doué de œ qu'il 
n'a pas vouls bailler [a place ai Duc d'Aufiriche, l'exhorte de demeurer * 
dans la fidelité qu'il dois à la Couronne de France. 


DE PAR LE ROT. 


A Vinceunes OsrRe aAME' ET FEAL, Nous auons fceu que auez efté tres-fort 
Sa N requis par le fieur de M 2 | de bailler voftre place & Chaft:l de 

| Boffur en l’obéiflance du Duc d’Aultriche, laquelle chofe fi ainfi euft efte 
nous cuft pu porter grand dommage, attendu qu'elle eft aflife en pays de 
frontiere, & que quelque priere ou requefte qui vous en ait efté faite, ne 
vous eftes à ce voulu confentir, donc vous fçauons bon gré, & vous prions 
que en gardant le ferment que auez à nous, & en fuiuant la bonne loyaute 
que vous & les voftres auez touliours demonftrée auoir euë à nos prede- 
cefleurs & à nous, vous veuillez toufours tenir noftre parti, & fi bien gar- 
der voftredite place, que inconuenient ne nous en aduienne, & nous y fer- 
uir ainfi que auons en vous noftre parfaite fiance; & au regard des biens 
& hericages que auez par-deçà, & autres vos affaires, nous les aurons en 
bonne recommandation, & ne vous fera touché en vofdites terres, & ne 
vous bougez encore de voftre maifon pour la feüreté de vofdites places, 
car là nous pouuez faire autant de feruice que pourriez faire icy. Au fur- 
plus aduertiffez-nous fouuent de ce qui A 0 par-delà, & vous nous 
ferez plaifir & feruice tres-agréable. Donne 4x bois de Vincennes le qua- 
triefme jour de Iuillet, Signé CHARLES. Et plus bas, Damont. Et au dos 
eft efcrit: LA noffre ame 7 feal Conféiller € Chambellan le fieur de Boffur. 

| Pris fur l'Original. | 


AGES 5. &@ 6. Parles Lettres que deffus l'on peut affez connoiftre 
l'arrogance du Duc d’Auftriche. 

LA4nnotation. Elle fe peut encore mieux connoiftre par Îles refponfes 
que Maximilien Roy des Romains & ceux de fon Confeil firent à cel- 
les qui leur furent rendués dé la part du Roy & de la Ville de Paris au 

mois de Seprembre mil quatre cens quatre-vingts-fix. L'on a iugé à propos 
de les inferer icy tout au long. | | 


Lettre du Roy des. Romains au Roy Charles VIIT. au fuit des 
differends qui efloient entre eux à canfe de la furprife de Mortagne, 
| Theroñënne, € autres Places. 
ee M Ax1MiLian par la grace de Dieu Roy des Romains, toufiours 
augufte , tres-haut & tres- puiffant Prince : À noftre tres - cher & 
tres-amé Frere Charles, par la mefme grace Roy de France , falut & 
tout amour. Tres-haut & tres-puiffant Prince, tres-cher & tres-amé 
frere, nous auons ne receu par Monioye voftre Herault certaines 
Lettres de par vous, faites & forgées, comme croyons, par ceux qui à tort 
& fans caufe nous ont en haine & malueïllance , comme vous auons 
aflez donné à connoiftre par nos Lettres que vous auons efcrites parauant, 


Dv Roy CHARLES VIII GA ——ûm 


aufquelles nous auez refpondu, & la plufpart d’icelles interpreté tout en 
autre fubftance qu’elles ne contenoient, Ainfi n’auons point trouué eftre 
conuenable & honorable à nous de vous y refpondre , en tant mefmement 
que vous eftes laiflé confeiller de nous vilipender par vofdites Lettres; 
mais auons baille eus à aux Gens de noftre Confeil d’y faire refponfe, 
& aprés ce iourd’huy fommes déliberez de non plus vous efcrire, ou fai- 


‘re nommer comme il appartient à voftre Royale dignité, au cas que per- 


feueriez en telles derifions & infolences enuers Nous. Mais pour ce que 
en la fin de vofdites Lettres, concluez que n’eftes pas en fi bas âge, ny 
n’auez fi petite experience, que ne connoifliez qui vous fait bien ou mai, 
& que ne foyez bien deliberé de le rémunerer, nous vous auons bien de 
nous-mefmes voulu à ce refpondre , & vous declarons que à voftre per 
fonne n’auons iamais voulu que tout bien, & toufiours auons defiré de vi« 
ure auec vous, comme noîftre bon frere & allié. Mais vous connoiflez afs 
fez qu’en ce monde n’auons rien que noître honneur, noftre corps , nos 
enfans & biens mondains ; & fi fur touc ce que dit eft auoris efté offen- 
{ez, foulez & trauaillez par ceux de voftre Royaume, par les moyens 

ue vous auons aflez autrefois declarez, & fait parte en refpondant à 
vofdites Lettres, quelle offenfe nous pouuoit-on faire plus grande ? Et fi 
par cy-deuant nous fommes trouuez en plufeurs dangers de guerre de 
noftre perfonne pour obuier aux torts & griefs que nous faifoient ceux 
de voftredit Royaume , & maintenant pour pouruoir à l'indemnité de 
Nous & de nos Pays & Suiets, nous foyons armez contre eux , qui nous 
en pourra par droit & raïfon blafmer ou reprendre ? Certes nous ne de- 
firons fors que en enfuiuant la fin & conclufion de vofdites Lettres , vous 
puifliez bien entendre qui vous fait bien ou mal, & que vous le rémune- 
rerez à ceux qui en font la caufe, comme connoiftrez cy-apres qu'ils 
l'auront merite & deferuy. Et iufqu’alors ne fommes déliberez de prendre 
contre voftredite perfonne quelque haine ou malueïllance veu voftre 
jeune âge, et mauuais confeils que puifliez croite ou vfer contre 
nous.  Defquelles chofes vous auons bien voulu encore auertir pour 
noftre defcharge ; & pour noftre derniere requefte vous requerons de les 
tenir en voftre memoire & fouuenance: car nous efperons, fi Dieu‘plaift, 
que fi vne fois, foit toft ou tard, aprés la guerre auons paix, nous pour- 
rons ces chofes & autres interpreter par enfemble, & lors aurez meilleur 
jugement & experience pour difcerner & connoiftre la faute & innocen- 
ce d’vne part & d'autre: & à tant, tres-hauc & tres-puiffanc Prince, tres- 
cher & tres-amé Frere, le Saint Efprit vous ait en fa faince garde. 

Tiré de l'Original. 


Refponfe faire per les Princes, Seigneurs, € autres du Confeil du Roy 
des Romains noffre Souuerain Seigneur eflans entour luy , cs par [on 
Ordonnance €9° commandement , aux Letrres 4 luy prefentées par Mon- 
ioye, de par tres- haut @r tres-puiffant Prince le Roy de France [on 
Maifire. : : 

REeMIER. Pour ce que par lefdiges Lettres ne luy eft donné le ti. 
tre cel qu’il appartient à vn Roy des Romains, qui eft le Chef des 

Roys Chreftiens *, il a efté meu de non les receuoit, & trouue en fondic 

Confeil de femblablement vfer enuers ledit Roy de France, fans luy bail- 

ler titre, s’il auenoit qu’il luy efcriuift cy - aprés, car luy & fondit Confeil 


148 6. 


S'eptembre 
1486. 

# Na Chef des 
Roys Chref- 
t16ns, quali- 
té imaginaire. 


ont aflez efté aduercis par l'Ewc/que de Perdus, qui au cemps de l’eflcétion Guilsums de 


YYyù 


— 5412 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4 8 6. faite de la perfonne de noftredit Seigneur en Roy des Romains & Em- 
Harauceur, Pereur futur eftoit Ambaffadeur dudit Roy de France deuers l'Empereur 
duquel if & les Princes Eleéteurs de l'Empire en la ville de Francfort , en laquelle 
RE DEà ladite Eleétion fut faite tant folemnellement & d’un commun accord 
prs. É fi. "par vous lefdits Princes Eleéteurs & de fon Sacre & Couronnement en 
vantes, fa ville d'Aix, éfquels lieux ledit Euefque de Verdun a toufiours efté pre- 
fent en tous les aétes & folemnitez qui y ont efté faites, par quoy n’en 
peuuent pretendre ignorance. 
Quant à ce qu'il dit lefdites Lettres eftre iniurieufes & deshonneftes, 
noftredit Seigneur n’entend pas auoir efcrit aucune iniure audit Seigneur. 
S'il l’a au vray auerty & informé des torts, griefs & iniures que luy ont 
faits les Seigneur & Dame de Zrauieu  & le fieur des Querdes, lcfquels 
tort & grief il a offert par lefdites Lettres, & offre encore verifier & prou: 
ucr pardeuant tous les Princes & Eftats de fon Royaume. un: 

. «4# regard d’auoir.efcric & proferé finiftres paroles à la charge du feu 
Roy Louys, lefdites Lettres efcrites contenoient les mots qui s’enfuiuent. 
A fçauoir, que lefdits Seigneur Dame de Beauicw auoient prins argent de ceux 
de Gand. G: autres rebelles fuiets de noffredit Seigneur , & s’eftoient alliez auec 

_eux contre luy, difant qu’ils le deuoient ainfi faire en enfuiuant lallian- 
ce faite par ledit feu Roy auec lefdics rebelles Suiets , en chargeant par 
ce l'honneur & l’ame dudit feu Roy; lefquels mots & paroles ledit Sei- 

 gneur & fon Confeil peuuent interpreter comme il leur plaift. Mais il 
eft vray que Icfdits rebelles Suiets ne furent aidez ny afliftez dudit feu 
Roy tant qu’il vefquit, & toft aprés fon deceds lefdits Seigneur & Da- 
me s’allierent auec eux contre noftredit Seigneur, comme il leur fera ap- 

#p. ey-depus paroir par leurs féellez * qu'il recouura en reduifant ladite ville de Gand 
p 460. en fon obeiïflance. ee | z 
Quant aux iniurieufes & vilaines paroles que ledit Seigneur dit eftre 
contenuës éfdites lettres, éfquelles il répondra en temps & lieu: puifqu’il 
les dit eftre vilaines, le Confeil du Roy noftredit Seigneur entendroit vo- 
lontiers comme l’on pourroit defcrire vn mefchant fait en nobles paroles 
& efcritures. | |  - 

_ Et quant à ce que ledit Seigneur n’cft pas délibere d’efloigner de prés 
fa perfonne lefdits Seigneur & Dame de Beauicu , ni auffi le Seigneur 
des Querdes, qui tant luy fait de feruices , mais leur bailler plus grand 
credit & authorité qu'ils n’eurent iamais , le Roy n’a aucun regret aux 
biens que ledit Seigneur leur fait; mais que ce ne foit à fon préiudice, & 
auffi que l’on luy repare le tort & grief qui luy a efté fait au long declaré 
éfdites lettres, car il n'entend pas de le laiffer couler fous diffimulation, 
mais d’en pourfuiure la raifon, puifque ledit Seigneur enuoya par-deçà Mon. 
fieur le baftard de Bourgogne , Monfieur l’Euefque de Rieux, & autres, 
pr luy faire la raifon de fefdits rebelles Suiets, qui detenoient Monfieur 

‘Archiduc d’Auftriche fon fils comme prifonnier , pour laquelle dénega- 
tion de Iuftice noftredit Seigneur pourroit. dire & maintenir ledit Sei- 
auoir perdu fa Souueraineté , fi aucune en auoit, au pays de Flan- 

res. ; 

.… Ec aprés ladite guerre, de luy réparer le tort que lefdits Sieur & Dame 
de Beauieu & Seigneur des Querdes luy auoient faits en eux, allant au 
nom dudit Seigneur, & donnant afhiftance des Gens-d’armes de fon Royau- 
me aufdits de Flandres, à l'encontre de luy, qui fut la caufe de ladite re- 
bellion & detention de fondit fils, dont tant de maux font auenus audit 
pays de Flandres, & autrespays du Roy noftredit Seigneur. . 

Et de ce que ledit Seigneur s’efmerueille que l’on luy fait la guerre, fi 


| pv RoY CHARLES VIII. $4 =. 


Île Roy s'eft fait fort, pour obuiet aux entreprinfes de fes enhemis, il a bien 1 4 8 6: 
eù matiere de ce faire; car fefdits ennemis non contens defdits torts & 
griefs à luy faits durant ladite guerre de Flandres, fur ce que en allant és : 
Allemagnes, il enuoya Philippes Daules fon Efchanfon deuers ledit Seia 
gneur & ceux de fon Confeil, luy fignifier qu’il auoit commandé & ot- 

. donné à fes Lieutenans & Capitaines qu’ils ne fiffent rien au contraire de 
la paix durant fon abfence, afin de fçauoir fur ce l'incention dudit Sei- 
gneur , & fi de fa part il la vouloir entretenir, fans toutesfois le prier de 
nulle chofe , ledit Seigneur s’accorda aufli à l'entretenement d'icelle, 
mais ce nonobftant noftredir Seigneur eftant éfdites Allemagnes , ledit 
Seigneur luy efcriuit Lettres qu’il garde deuers luy, par lefquelles il luy 
fignifioir qu'il eftoic allié & grand amy defdits de Liege enuers & con- 
tre tous , fans auoir égard à ce qu'ils eftoient fes ennemis ouuerts, & {ei 
faiets comme Roy des Romains, en contreuenant par ce à l’ancien trais 
té & intelligence d’entre les Empereurs Roys des Romains & les Roys 
de France, par lequel ils ne doiuent rien entreprendre les vns fur les 
autres. | … rs 

Et quant à la prinfe des Villes de Mortaigne & de Teroüënne, dont | 

mention eft faite éfdites Lettres , les Lieutenans, Capitaines, & autres 

qui ont eù la Garde & Gouuernement des Pays de noftredit Seigneur du 
rant fon voyage d'Allemagne, aduertis de la declaration que ledic Seis 
gneur auoit faite par fefdites Lettres, d'aider & aflifter lefdits de Liege; 
comme fes alliez, enuers & contre tous, & aufli d’autres pratiques qui 
fe confpiroient & machinoient contre noftredit Seigneur & fon honneur, 

| & auancement par fefdits ennemis, dont il fera apparoir en temps & lieu, 

fe doutant qu’en reduifant lefdits de Liege à fon obeïffance , ilne fift la 

| 


guerre pour eux contre luy & fes pays, ou que eux teduits il ne lés vou- 

luft remettre à leur premiere erreur, trouuerent façon * de prendre fur Le- * mom. 
dir Seigneur lefdites villes de Mortaigne & de Teroûénne pour la feure- | 
tæ de es pays de Flandres & Hainaut , aufquels lefditer Villes fais 
foient frontiere , lefquelles noftredit Seigneur aduoûa depuis pour les 

camfes & raifons deflus rouchées, & a permis de faire Ne sara exploits 

de Guerre fur les Suiets dudit Seigneur & de fon Royaume , & fera 

encore tant & iufques à ce qu'il fera reparé comme dit eft. 

© Si donc le Roy noftre Souuerain Seigneur a de tout ce que dit eft auer- 

ty ledic Seigneur par fefdites Lettres bien au long, afin d’y donner proui- 

_ fon en luy offrant d’enuoyer fes Ambafadeurs deuers luy s’il vouloit af- 
fembler les Princes, Prelats & bonnes Villes de fon Royaume qui ont 
juré & promis par leurs Lettres &c {£ellez d'entretenir & faire entretenir 
ledic traité de paix, il ne s'eft pas feulement mis en deuoir, mais plus que 
deuoir, & fi ledit Seigneur euft efté fi bien confeillé de ceux de fon Con- 
feil qu’il efcrit à noftredic Seigneur par fefdites Lectres, il n’euft pas fouf- 
fert fi facilement violer ny enfraindre ladite paix , qui eftoit tant com- 
mode à luy & fondit Royaume; laquelle paix noftredit Seigneur ne fur 
jamais confeillé de rompre ou enfraindre, ny aufli fondit Confeil n’a point 
entendu qu'il ait eû volonté de ce faire : mais puifque par les caufes & 
moyens deflus couchez la guerre luy a efté encommencée , il a efté coni- 
craint de s’en défendre, & faire de fon mieux. | _.. 

Plufieurs autres chofes pourroit-on licitement refpondre au contenu 
defdites Lettres, ne fut que ceux qui les liroient ou efcouteroient pour- 
roient iuger qu’elles procedaffent de gens tels que ceux qui ont confeil= 
lé & induit ledit Seigneur d’efcrire, & enuoyer à pero 


it me er les 
Lectres deffus couchées , à fçauoir paflionnez. d'ouïr leurs corts fufpeéts & 


544 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


148 6. partiaux en la mariere, veü la deshonnefte forme & maniere d’efcrite À 


V. p.140 


vn tel Roy. qu'’eft le Roy des Romains. HS sis —— 
Mais quand ledit Seigneur voudra-en fa perfonne, ou par. les’ commis 
& députez de luy & de, fon Royaume non fufpeits entendre Ja verité & 
le fonds: de.certe matieré , le. Roy noftredit Seigneur l'en fera informer 
& auertir au vray par fes tommis & députez , qui auront charge de met- 
tre auant'plufeurs autres chofes iuftes, ue & raifonnables au bieri 
dudit Seigneur & de fon:Royaume & aufli de noftredit Seigneur, de fon 
Fils, leurs Pays & Seigñeuries, tellement & par telle maniere 'que à luy 
ne ciendra que bonne:paix ; amour & union ne foit & demeure à cou. 
iours entre lefdits Roys.& leurs päys & fuiets.. .: RE LME 
.. Et fur-ce dernier point & article, Thoifon d’or porteur de cetre en- 
tendra l'intention dudit Seigneur &. de fon Confeil, & y demandera ref- 

onfe de pat le Confeil de noftredit Seigneur , lequel infiftera enuers luy 
A ce qu'il entende en tout.ce qui pourra toucher l'amour, vnion, & ré- 
conciliation, defdits deux Roys, moyennant que ledit Seigneur y entende 
auffi de fa part, & commette perfonnages des Eftats de fon Royaume non 
fufpeëts ; comme dit eff : car autrement noftredir Seigneur-ne feroit pas 
con{eillé de befongner auec. gens qui ont efté caufes defdites alliances es 
tes contre luy, dont fe font meus les differends deflus declarez, & mef. 
memerit ont induit & donné confeil-audit Seigneur d’efcrire lefdites ler- 
tres deshonneftes & diffamatoires. , DS LE Ses LEA 
d 


_DAGE 5. à la fin. Le Seigneur de Grauille, qui eftoit un des princi+ 
Æ  paux au tour de la perfonne du Roy. | à 5 
… À s’'appelloit Louïs Mallet, Seigneur de Grauille , & il eftoit lors en.ef: 
fet l’un de ceux qui auoientc le plus de credit & d’auchorité prés du Roy, 


.* & qui agifloit plus puiflamment en l’adminiftration de l'Eftat. Il eftoic 


fils de fean, Mallet, Seigneur de Grauille, de Marcouflis , & de Montaigu, 
Grand -Maiftre des Arbaleftriers de France, & de Marie de-Aontaubax 12 
premiere femme, laquelle eftoic fille de Guillaume de Montauban, & de Bonne 
Viféomte, celle-cy niece de Tadée Viftomte, Duchefle de Bauiere, qui eut 
pour fille la Reyne 1/abeau de Banicre, mere du Roy Charles VI11I. dont par 
confequent Louis de Grauille eftoit proche parent. | : 

Il poffeda l’affetion & la faueur de ce Roy auec tant d’auchorité, que 


lOffice d’Admiral eftant venu à vacquer par la mort de Louïs de Bour- 


bon, il y fut preferé à beaucoup d’autres Seigneurs qui le pretendoicnct 
fuiuant le tefmoignage de noftre Auteur. Iean de faint Gclais parlant de 
la prife du Duc d’Orleans, dit que le plus fort du Confeil qui. eftoit en 
ce temps-là auec le Roy, eftoit FAdmiral de Grauille. . ‘© é 
. Il poffedoir outre les Terres de Grauille, de Marcouflis, & Montaigu, 
celles de Cheureufe, de Malesherbes, de Milly en Gaftinois, de Chaftres, & 


plufieurs autres, qui aprés fa mort pañlerent en des Maifons eftrangeres. 


Il poffeda les Gouuernemens de Picardie & de Normandie, & il fut ex- 
tremement enrichy des graces & liberalitez de fon maiftre. Auant fa mort 
ce Seigneur qui-abondoit en richefles, fit une aétion qui merite une me- 
moire eternelle: il auoit prefté quatre-vingts mille liures au Roy Louys 
XII. & pris en engagement des Terres du Domaine, par fon ceftament, 
H declara qu’il ne vouloit point que fes heritiers repetaffent cette fomme, 
& neanmoins il ordonna que les terres qu’il cenoit en EN: va fe. 
roient renduëés au Roy, le fuppliant tres-humblement de defcharger de 


… pareille fomme les Bailliages de fon Royaume les plus chargez de tailles 
 & d’impofts, afin que ce legs reuinr au foulagement du peuple, en con- 


fideration 


DV ROY CHARLES VIIE  ÿ4; = 


fideration des bienfaits qu'il auoit receüs du Roy fôn Maiftre. Ilmou- 1 4 8 6. 
rut à Marcoufis âgé de foixante & dix-huit ans le 30. Oëtobre 1516. Il 
fuc inhumé aux Cordeliers de Mallesherbes qu’il auoit fondez. 


P AGE 7. Pour refifter au Duc d’Auftriche, le Roy auoit en Picardie 
le Seigneur Defcordes Marefchal de France, 

. Ce qui fe iuftifie par l’ordre fuiuant, dans lequel il n’eft point qualifie 
Marefchal de France , parce qu’il n’auoit pas encore cette qualité. 


Ordre du Roy touchant les Gens de Guerre effans en Hi 
| e9' Picardie. à à 


D E PAR :1E Rov%. Nos ame% © faux , Nous auons receu vos ACrril16. 
Lettres, par lefquelles auons veu la diligence que vous faites en cha 141497: 
cune Ville d'Artois & Picardie pour le fait de la montre -& du payemeùc 
des gens de pied, dont & aufli des nouuelles que nous efcriuez, vous re- 
mercions,& vous en fçauons tres-bon gré, en vous priant que veilliez 
parfaire voftre commiflion ainfi que l’auez encommencée , & aduifez bien 
les prouifions qui feront neceflaires pour la feureté de chacune Ville & 
Place, par l’auis & confeil de noftre ame & feal Confeiller & Cham- 
bellan le fieur Defquerdes , & aufli par ce que verrez qui fera requis, don- 
nez - y bonne prouifion pour ladite feureré. Nous vous enuoyons cy-de. 
dans le double d’un auis qui éftoit en une lettre que le fieur Defquerdes 
nous a efcrite , datée du iour precedent des voftres, par lequel pourrez 
voir l’auettiflement qu’il nous fait des affaires de par- delà. Il nous ef- 
crit que luy faflions enuoyer vingt mille liures, qui eft le payement d’vn 
mois de quatre mille hommes de pied, & qu’il aflemblera incontinent en 
trois ou quatre jours lefdits quatre mille hommes , lefquels il fera feruir 
fix femaines pour ledit payement d’un mois Nous vous enuoyons dix 
mille francs, afin que, fi voyez que le Duc d’Auftriche entraft au pays, 
les fafliez départir & employer aux gens de pied que. ledit Seigneur 
Defquerdes pourra faire aflembler, & felon: que l'affaire furuiendra. Aufi 
s’il n’y entroit,ne feroit point befoin de les dépendre; & pour ce feruez- 
nous-y ainfi que à vos partemens vous difmes bien au long touchant la 
defpence des autres deniers dont auez eu charge, laquelle vous auez tres- 
_ bien conduite, & en fommes bien contens, & faites faire ladite defpenfe 
par vos certifications & acquits, le tout ainfi que en auons en vous en- 
tiere fiance. Et couchant les prouifions dont vous, Guinot, nous efcriuez, & 
qui-vous font neceflaires pour le don que vous auons fait en Armagnac, 
E nous les auons commandéesà Robineau. Donné à Creil le feiziefme iout 
\ de Juillet enuiron neuf heures au foir. Signé, CHARLES. Et au dos 
. eft efcrit: 4 nos amez G feaux Guinot de Lozieres, noftre Conférler & Maiffre 
, d'Hofiel,  Maiffre Pierre Parent noffre Notaire G Secretaire. Et à coftc: Lettres: 
“ du Roy receuës à Hefdin le Mardy 18. iour de luillet 1486. par Antoi- 
ne Richard Cheuaucheur d’Efcurie. 


| AGE 7. à la fin. Ceux de Saint Omer fauorifoient plus le Duc d’Auf. 
à Z triche que le Roy. | | 

| Ce qui eft iuftifié par le traité qui fuit, & que les Habitans de cette 
| Ville firent auec le Roy des Romains peu de temps aprés, 


: | cz 


1486. 


* 26. ]lanuier 
4486, 


$46 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Traité entre le Roy des Romains @' les Habitans de Saint Omer. 
V Ev les entreprifes faites par les Gens du Roy de France fur les 


Suiets de certe Ville, Banlieuëé & Bailliage en enfraignant leur neu- 
tralité, dont reparation n’a efté iufques à ores faite, quelque pourfuite ou 
diligence que à plufieurs fois l’on en ait fait deuers le Roy & fes Com- 
mis, auiowrd'huy 26. de lanuier 1486. fur. la Requefte faite par /e Roy des 
Romains noftre Sire, tendante afin que ceux de cette Ville fe declarent de 
fa part, & luy faflent ferment comme Suiets naturels de Haut & Puiffant 
Prince & noîftre tres-redôuté Seigneur Monfeigneur le Duc Philippe fon 
Fils. Les Gens des Trois Eftats de ladite Ville fur ce ont refpondu qu’ils 
font contens de au cas que en dedans trois femaines prochainement ve- 
nans ils ne. puiflent obtenir du Roy de France Declaration entiere , fans 
quelque limitation de leur franchife, de pouuoir aller par tout marchan- 
dement & autrement à Therouenne & par tout ailleurs, & refticution & 
reparation pleniere & prompte en dedans ledit temps de trois femaines, 
de tous les dommages, intereits & torts faits qui ont efté faits par les Gens 
du Roy de France au preiudice d’icelle | enfemble que toutes les places 
dudit Bailliage & autres mentionnées au traité de Saint Omer ne foienc 
vuidées & mifes en leur entier ainfi comme elles eftoiefit auparauant la 
prinfe de ladite ville de Therouenne , de defmaintenant faire fermenc 
de le receuoir lors, & luy faire ou à fon Commis la declaration telle 
comme il l’a demandé; & durant ledit temps le Roy tant pour le raui- 
taillement & fecours de fa ville de Therouenne, que pour autres fes af- 
faires, aura entrée & iflué à tous fes Gens, en tel nombre qu'il les a de 
prefent en ladite ville de Saint Omer, & y pourra faire cueillir, prendre, 
acheter & leuer tous viures & autres chofes neceflaires pour ladite ville 
de Therouenne. Powrwes que le Roy des Romains, comme il a offert, leur 


-promette que iamais il ne les fouffrira feparer de la Maifon de Bourgon- 


gne. Secondement, de non faire traité qu'ils n’y foient comprins, & qu'ils 
n'ayent enticre iouiflance de leurs biens. Qu'ils n'auront Capitaine finon 
tel qu'il leur fera agréable, & tel nombre de gens dont ils fe contenté- 
ront entretenus & payez deuëment de trois mois en trois mois. Tierce= 
ment, que le Corps de la Ville & les Habitans d’icelle foient entretenus 
en leurs priuileges, franchifes & libertez, enfemble du Tonlieu, fpeciale- 
ment de Grauelinghes, & fes Officiers en leurs Eftars & Offices. Qwarte- 
ment , que tous ceux de cette Ville qui voudront demeurer & aban- 
donner leurs biens qui font fcituez en party contraire , il les recompen- 
fera auant tous autres des terres & herirages ou autres biens eftans en {on 
obeïflance, appartenans à ceux qui tiennent ou tiendront party contraire. 
Quintement, que tous ceux qui s’en voudront aller, enfemble leurs fem- 
mes, enfans, biens & cheuances quelfconques, le pourront franchement 
en dedans un mois d’huy, & que tous ceux qui voudront venir demeu- 
rer en la Ville ioïront des priuileges & franchifes de ladite Ville, & que 
toutes chofes faites ou dites durant ladite neutralité l’on n’en pourta rien 
demander, & que l’on expediera Lettres d’abèlition generale & particu- 
liere à ceux qui en voudront auoir , & defquelles chofes fournir & ac- 
complir le Roy fera tenu de bailler fes Lettres. Semblablement bailleront 
Lettres Monfeigneur Philippes de Cleues, Monfieur le Prince de Chi- 
may, Monfieur le Comte de Naflau, les quatre Membres de Flandres, 
les trois Eftats de Brabant, Haynnault, Hollande &' Zelande , lefquelles 
lettres & féellez feront de la part du Roy, defdits Princes de fon Sang, 


pv ROŸY CHARLES VIII. 


& defdits Membres de Flandres baillées auant qu'ils faffent lefdites de- 1 4 8 6, 
clarations , & les autres féellez par dedans fix femaines d’huy. | 


Tiré de la Chambre des Comptes de l'I Île. 


| PES E p. vers la fin. Pour ce que les Seigneurs de Culant & d’Argen- 
ton cftoient des principaux, Monfeigneur de Bourbon leur donna 
congé, & les efloigna de luy auec tous ceux qui eftoient de leur incelli. 
gence. Er page 14. auffi à la fin. Le Roy fut auerti que les Euefques de 
Perrigueux & de Montauban , & les Seigneurs d’Argenton & de Bucy 
auoient intelligence auec Monfeigneur d'Orleans. 
Non-feulementc il les fit arrefter , mais il leur fit encore faire leur pro- 
cés ainf qu'il fe verra par la fuite, j 


AGE 25. Au mois de Mars 1 486. le Seigneur de Romont qui auoit 
efpoufé la Comteffe de Saint Paul, alla de vie à trefpas. | 
11 s’appelloit Jacques de Sauoye ; Comte de Romont, & la Comreffe de 
Saint Paul Marie de Luxembourg. Il l'auoit efpoufée malgré elle & fes pa- 
rens. Aprés fon deceds elle fut mariée à François de Bourbon, Comte de 
Vendofme, bifayeul du Roy Henry IV. Leur Contrat de Mariage fera 
rapporté Cy-aprés. 


Leirre de Marguerite d'Anfiriche à Anne de France, Dame de Beanien, 


qu'elle qualifie [a tante, la prie de luy laiffer vne fienne coufine 
pour fon diuerriffement. 


ADAME w»4 bonne tante *, il faut bien que ie meplaigne à vouscom- 4 ass 
me en celle à qui l'ay mon efperance, de ma coufine que l’on m'a r7. Mrs 
voulu ofter, qui eft tout le pañle-cemps que ay, & quand ie l’auray perdué . 
ic ne fçay plus que ie feray. Parquoy ie vous prie que veuïlliez tenir la oo 
main pour moy qu'elle ne me foit oftée car plus grand déplaifir ne me sure 
fçauroit-on faire, Lachauls eft venu qui a apporté Lettres adreffantes à mä- ,f d'un file 
dite coufine, par lefquelles le Roy luy efcriuoit qu'elle s’en allaft : coutefois Jewmi. 
ie ne l’ay pas voulu fouffrir, iufques à ce que vous en eufle aduertie, en ef- 
perant que m'y feriez en aide, comme ray en cela & en autre chofe ma 
parfaite fiance, vous priant, Madame ma bonne tante, que quelque part que 
ie foye ne parte point de voftre bonne grace, car toufiours en auray.ie be. 
foin , à laquelle bien fort me veux recommander. Monfieut de Molitarr m'a 
dit que voulez que ie fois mieux traitée que ie ne fus oncques, qui eft vne 
chofe qui m'a fort refiouie, puifque auez encore fouuenance de moy, 
vous difant adieu, Madame ma bonne tante, que ie prie qu’il vous doint le 
plus aimé de vos defirs. Efcric à Melun le dix-feptiefme iour de Mars. of 
tre bonne humble Gr leable nicce, Marguerite. Et au dos cft efcrit: C4 Madame 
ma bonne tante. 


Pris fur l'original. 


AGE 28. vers la fin. Entre les autres Villes du pays d'Attois, Saint- 
Omer eftoit neutre, & deuoit ainfi demeurer. Er peu aprés. Ils ne de- 
uoient porter faueur à l’un ny à l’autre party; ce qu'ils n'obferuoient pas. 
Au contraire, ils auoient faic vn traité auec Maximilian Roy des Romains, 
le vingt-fix Ianuier mil fix cens quatre-vingts-fix, par lequiel ils s’obli- 
geoient à le feruir, mcfme contre le Roy Charles VIII. & de porter des 
viures à Therouenne, Le traité eft imprime cy-deflus, & il eft aifé de con- 
noiftre que cettte Ville ayant pris party au préiudice de la neutralité qui 
luy auoic efté accordée, la prife en fut tres-iufte, 


Z Z7 ij 


mn eut, 1 #- 2 


148 7. 


A Ancenis 
Isillet 148 7. 
V. cy-deff{ns 
2. 469 


Xffats de 
Tours, 


548 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


Declaration du Roy Charles VIII. en faueur de Marie &r Françoife 
de Luxembourg, par laquelle il accorde co confent qu'elles retournent à 
tous les biens de Louys de Luxembourg, Comte de Saint Paul, Con- 
neflable de France ; Leanne de Bar [4 femme, € Lean cr Pierre 


leurs enfans, 


| C HaARLES par la grace de Dieu Roy de France; Sçauoir faifons à tous 


prefens & à venir,que comme entraitant la paix faire & concluë en nof- 

tre Ville d’Arras entre feu noftre tres-cher Seigneur & pere que Dieu ab- 
folue, & nous d’vne part, & nos tres-chers & tres-amez beau-pere, frere 
& coufins,le Duc Maximilian d’Auftriche, le Duc Philippes fon fils, & les 
Eftars des Pays de noftre ftere d’autre part: Sur ce que les Ambaflideurs 
de nofdirs beau-pere, frere, & de leur dits Pays requirent que feu Mar- 
guerite de Sauoye noftre tante, lors veuue de Pierre de Luxembourg, Com- 
te de Brienne, & nos coufines Marie de Luxembourg fa fille aifnée, la. 
quelle depuis a efté allice par Mariage à feu noftre oncle Jacques de Sa- 
uoye, Comte de Romont, & Françoife fa fœur, fuffent comprinfes audit 
Traité de paix, pour retourner à tous les biens dont auoient ioùy en leur 
viuant feus Louys de Luxembourg, Comte de Saint Paul, Ieanne de Bar 
fa femme, Iean de Luxembourg, Comte de Marle leur fils aifné & ledic 
Pierre de Luxembourg leur fecond fils; & ce, nonobftant quelfconques 
Arrefts, Sentences, Declarations de confifcations , ou forclufions de treues 
precedences, fut par exprès dit & refpondu, que nofdites rantes & coufi- 
nes iouyroient du benefice de la paix, fauf que pour lors ne retourneroient 
à leurs biens, & pourroient pourfuiure leur cas deucrs noftredir feu Sei- 
neur & pere & nous quand bon leur fembleroit. Sous laquelle efperan- 
ce lefdics Ambaffadeurs confians que au temps à venir noftredit feu Sei- 
gneur & pere & nous quand bon leur fembleroit, bicn informez des me- 
rites de la chofe, ladite requefte leur feroit accordée, fe confentirent audit 
traite de paix, qu'il eft vray-femblable à croire que autrement n’euflent 
fair. Et depuis ceux qui furent ordonnez par lefdirs Ducs d’Auftriche & 
Eftats defdits pays, pour venir deuers noftredic feu Seigneur & pere au 
Pleflis lez Tours, & deuers nous en noîftre Ville d’Amboife, pour confir- 
mation de ladite paix; & auffi ceux qui depuis furent commis pour amener 
noftre tres-chere & tres-amée compagne la Reyne en noftre Ville de Hef- 
dein , eurent charge de pourfuiure l’expedition de ladite Requefte & au- 
tres points referuez par ledit traité de paix; ce qu'ils ffrent, mais encore 
pour lors fut ladite matiere renuë en fufpens; & tantoft aprés, & auant la 
fin de l'an, noftredit feu Seigneur & pere alla de vie à trefpas. Depuis le- 
quel, & que fommes venus à la Couronne, noftredit oncle L Romont, ma. 
ry de ladite Marie de Luxembourg, fille aifnée, & à laquelle la chofe tou 
che principalement, a fait plufieurs Requeftes & diligences deuers nous. 
Comme aufi ont fait en fa faueur les Ambafladeurs de noftredic frere & 
coufin le Due Philippes , & des membres de fon pays de Flandre, qui fu- 
rent enuoyez deuers nous en noftre Ville de Tours. Tellement que aprés 
les chofes bien entenduës & confiderées, Nous,par laduis & deliberation 
des Princes & Seigneurs de noître fang, & Gens de noftre grand Confeil 
eftans entour nous, eué confideration à la proximite de lignage que nous 
attenoit noftredit feu oncle de Romont, & noftredite tante fa compagne, 
&c aufli aux grands & recommandables feruices que nous a faits & faifoic 
noftredit oncle en plufieurs nos principaux affaires & de noftre Royau- 
me, voulufmes, confentimes, & accordafmes, que feuë noftredite tante Mar- 


DV ROY CHARLES VIII... 
-gucrite de Sauoye , nofdites coufnes Marie, & Françoife fes filles, feu 
noftredit oncle de Romont, comme mary & efpoux de ladite Marie, iouyf. 
fent du benefice de 12 paix en tous les points & articles contenus en icel- 
le, tout ainf & en la forme & maniere que en ont ioùy & iouyffent les 
autres fuiets d’vn party & d'autre, & qu'il auoit eftt requis de Îa part de 
noftredite feué tante & coufine fes filles ,en faifant ledit traite de paix, 
nonobftant ladite referuation qui pour lors en fut faite, laquelle ne leur 
voulions nuire ni preiudicier en quelque maniere que ce fuft, & comme fi 
elles ny euft oncques efté mife ni appofce. Et de plus ample grace leuaf- 
mes & oftafmes noftre main & tous autres empefchemens qui parauant 
pouuoient auoir efté mis & appofez aufdits Comtez de Saint Paul, Brien- 
ne, & en quelfconques autres Comtez, terres, places, maifons & Seigneu- 
ries, leurs appartenances & appendences quelfconques , quelque part qu’el- 
les foient fituées & aflifes en noftre Royaume & obéiffance, qui par cy- 
‘deuant auoient appartenu tant aux deflufdirs feu Louys de Luxembourg, 
que à Jean & Pierre fes enfans, Defquels feu noftredit oncle de Romont, 
& noftre tante fa compagne, & Françoife de Luxembourg auoient le droit, 
fuft comme enfant & heritiers dudit feu Comte Pierre, ou au moyen de 
certain don de conffcation fait par noftredir feu Seigneur & pere à feu 
noftre coufin le Duc Charles de Bourgongne. Lequel don depuis fon tref- 
pas, feuë noftre belle-mere la Ducheffe d’Auftriche, fille & heritiere du- 
dit Duc Charles, auoit delaiffé & tranfporté audit feu Pierre de Lu- 
xembourg, pour de toutes lefdites Comtez, Terres & Seigneuries iouyr 
par noftredic oncle & tante de Romont, & Françoife fa fœur , leurs 
hoirs , fuccefleurs & ayans caufe, à toufours, comme de leur propre 
chofe & vray heritage, nonobftant lefdits confifcations , dons & decla- 
rations qui s’en pourroient eftre enfuiuis , alienations & verifications, 
qui d’icelles Villes, Comtez, Places, Maifons, Terres & Seigneuries pour- 
roient auoir efté faires par noftredit feu Seigneur & pere, nous ou autres 
quelfconques, & à quelque autre perfonne que ce fuft. Et lefquelles en fa- 
ueur de nofdits oncle & tante de Romont, & pour les caufes deflufdites, 
caffafmes & reuoquafmes, & lefdices Comtez, Villes , Places, Maifons, 
Terres & Scigneuries reftituafmes & delaifflafmes au profit & vrilité de 
nofdits oncle & tante, leurs fuccefleurs & ayans caufc, ainfi que toutes 
ces chofes font plus au long contenués en nos Lettres Parentes fur ce expe- 
diées , données à Melun le vingt-huitiefme iour de Ianuier mil quatre cens 
quatre-vingts-quatre, par vertu defquelles, & en dedans l’an de la date d'i- 
celles, nofdits oncle & tante ont recouure la iouyffance de la plufparc def. 
dites Comtez, Terres & Scigneuries. Mais pource que de ceux qui dete. 
noient & occupoient lefdites Comtez, Terres & Scigneuries, par dons qu’ils 
ou ceux dont ils ont caufe, s’en difent & pretendent auoir eu de noître- 
dit feu Seigneur & pere, ou de nous, ont appellé, ou fe font portez pour 
appellans de nofdices Lettres, ou des executeurs d'icelles, & que icelles 
ne contiennent expreflement claufe de nonobftance de l’Arreft rendu par 
ladite Cour de Parlement, parties ouyes, à l’encontre dudit feu Louys de 
Luxembourg au mois de Décembre mil quatre cens foixante & quinze, 
& que nofdites Lettres ne fonc affez amplement declaratiues de noftre ins 
tention, plaifir & volonté , combien que deflors noftre intention eftoit de 
remettre nofdits oncle & tante en la iouyffance de leurs biens, nonobftant 
ledit Arreft, iceux nofdits oncle & tante fe font trouuez en grandes inuo- 
lutions de proces en noftredite Cour de Parlement; mefmement fous om- 
bre de ce que lefdites parties, ou ceux dont ils ont caufe, fe difent auoir 
iouy ou efte poficfleurs defdices Terres durant les dernieres gueres, & de- 
puis ledit crairé de paix iufques au temps de l’oétroy de nofdites Lettres 


ZZzii 


148 7. 


Elles font ey- 
deffusp. 469. 


3 Q 


148 


559 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


6. du vingt-huitiefme iour de lanuier, & que ils fe difent eftre fpoliez par 


noftredit oncle & tante. Par quoy requierent & demandent lefdices parties 
aduerfes eftre reintegrées & remifes en la poffeflion & iouyffance defdites 
Comtez & Terres, durant lefdits procés , ainfi qu'ils eftoient au temps de 
l'oétroy de nofdites Lettres, laquelle chofe, fi elle fe faifoit, la grace que 
auons faite à nofdits feu oncle & tante ne leur feroit d'aucun fruit ou effce, 
& ne iouyroient pleinement dudit traité de paix, par lequel eft dit que aux 
fuiets d’vn party & d’autre qui retourneront à leurs biens, l'on ne pourra 
obiicer aucune poffeffion pour le temps que la guerre a duré, depuis qu’el- 
le commença du temps dudit feu Duc Charles, qui fut en l'an mil quatre 
cens foixante & dix. Par quoy à nofdits oncle & tante qui retournent à 
leurfdits biens en vertu dudit craité de paix, & en faueur d’iceluy leurfdites 
parties aduerfes ne peuuent obiicer la pofieflion ou detention qu'ils ont eu 
defdits biens, depuis lefdites guerres commencées audit an foixante & dix. 
Pendant lefquels procés, qui encore font indecis, noftredit oncle de Romont 
cft aile de vie à crefpas, delaiffant noftredite tante fa compagne en bien ieu- 
ne sage, laquelle, aprés ledit trefpas, gardant la loyauté qu’elle nous doit, s’eft 
vertueufement & foigneufement aquirée à la garde de fes places de Han, 
Bouhain, Beaureuoir, Oyfy, Saint Paul, Tingry, Hucqueliers, Villepernes, 
Feruens, Ligny fur Cauche, & autres qu’elle a en noftre obéïflance, fur les 
frontieres des Pays de Flandres & de Hainaut, en façon que graces à 
Dieu n’en eft venu aucun danger ou inconuenient, Et auec ce, pour te- 
nir noftre party, & demeurer en noftredite ob£iffance, elle a abandonné 
les biens qu'elle a éfdics Pays de Flandre, Hainaulc & Brabant , en valeur 
de vingt à trente mille francs de reuenu par an: Pour lefquelles confidera- 
tions, & aufli que defirons la tenir entour nous en noftre party & obeif- 
fance, tant pour le bien d'elle, amour & affeétion que auons à fa perfon- 
ne, que aufhi pour le bien & feureté de nous & de noftre Royaume, en 
tant qu'elle a lefdites fortes places fur les froncieres de noftre Royaume, 
tres-vtiles & fecourables; & auffi que audit pays de Flandre elle a de fon 
ancien patrimoine & heritage les Villes, Places , Chafteaux , Haures & 
Ports de mer de Dunkerque, Bourbourg & Grauelingues, à deux lieués prés 
de Calais; & éfdits pays de Hainault & de Brabant, plufeurs autres fortes 
places qu’elle à bien intention de recouurer, & nous en faire feruice, Nous 
l’auons fait requerir qu’elle veuille prendre party en mariage, qui nous foit 
feur & loyal. Et luy auons efcrit, fait dire & promis, que au ‘cas que en 
ce elle nous vouluft complaire, nous la ferions iouyr entierement dudic 
craité de paix, felon la requefte qui lors en fut faite; & luy donnerions tel- 
le prouifion qu’elle demeureroit feure & paifñible au retour à fefdits biens, 
& ferions cefler tous procés meûs ou à mouuoir, pour empefcher ledit re- 
tour & recouurance defdits biens. À quoy np tante, de fa bonne & 
franche volonté s’eft inclinée, & à noftre requefte & faueur, & fous ladi- 
te promefle, a confenty de prendre à mary & efpoux noftre tres-cher & 
tres-amé coufin Françoë de Bourbon, Comte de Vendofme, nous requerant & 
fuppliant tres-humblement que auf noftre plaifir foit, en fuiuant ce que 
nous luy auons efcrit, fait dire & promis, la tenir paifible en la iouyffance 
€ pofleffion de tous fefdits biens, Terres & Seigneuries, abolir & mettre 
tout au neant les procés meüs & pendans, & qui fe pourroient mouuoir à 
l'encontre de noftredit feu oncle & d'elle, & aufli à l'encontre des Ofi- 
cicrs, feruiteurs & fuiets defdites Terres qui les ont aydé, adheré, affifté 
& fauorifé au retour & recouurance defdits biens. Pour ce eft-il, que nous 
ces chofes confiderées ,ayans regard à la Requefte faite à noftredit feu Sei- 
gneur & pere & à nous par les Ambafladeurs de nofdits beau-pere, frere 
& Eftats de leurs pays, voulans aufli traiter bien & fauorablement noftre.. 


DV ROY CHARLES VIIL sn 


dite tante ,cant en faueur de la proximité de lignage dont noftredit coufin 
& elle nous attiennent, & le grand feruice qu'elle nous a fait en la garde 
de fefdites places, & efperons qu’elle fera de bien en mieux, que auffi pout 
1e plaifir & honneur qu’elle nous fait & porte de foy volontairement ac- 
corder & confentir au mariage de noftredit coufin & d'elle; & mefme- 
ment pour le grand bien & feureté qui de ce peut aduenir à nous & à la 
chofe publique de noftre Royaume, & le danger qui au contraire euft pu 
enfuiure, fi elle fe fuft alliée au party à nous contraire, auquel elle a la pluf: 
part de fefdits biens; confiderans aufñli les grands, louables & recommanda- 
bles feruices que noftredit coufin de Vendofme 2 faits dés fon ieune aage 
à feu noftredit Seigneur & pere, & à nous fait & continué chafcun iour, 
& que efperons que encore plus il fera au temps aduenir, & autres iuftés 
caufes & confiderations à ce nous mouuans: Nous, en vfant du droit, pou- 
uoir & faculté qui par ledit traité de paix eftoient referuez à feu noftredit 
Seigneur & pere & à nous fon fucceffeur à la Couronne, de pouuoir ap- 
pointer fur la Requefte faite par les Ambaffadeurs de nofdits béau-pere & 
frere, & gens des Eftats de leurs pays, & pour donner à connoiftre à nof- 
dits beau-pere, frere & Eftars defdits pays, que de noftre part auons touf. 
jours efte & fommes enclins à toutes chofes qui tendent au bien, entrete- 
nement & feureté dudit trairé de paix; en faueur aufli & contemplation 
dudit mariage , auons de noftre propre mouuement, certaine fcience, gra- 
ce fpeciale, pleine puiffance & autorité Royale par forme d’Edit perpetuel 
de paix, & par l’aduis & deliberation des Princes & Seigneurs : noftre 
fang & Gens de noftre grand Confeil eftans lez nous, voulu, confenty, ac- 
ps & declaré, voulons, confentons, accordons & declarons noftredite 
tante, tant pour elle que pour ladite Françoife fa fœur noftre coufine ,eftre 
pleinement & entierement comprifes, & lefquelles nous comprenons audit 
traité de paix , & leur auons accordé & confenty, accordons & confentons 
qu’elles retournent à tous & quelfconques les biens, Terres & Seigneuries 
qui furent aufdits feus Louys de Euxembourg, Ieanne de Bar fa femme, 
Ican & Pierre leurs enfans , nonobftant quant à ce ledit Arreft donné au 
mois de Decembre à l'encontre dudit feu Louys de Luxembourg, & quelf- 
conques autres Arrefts, Sentences , Declarations, confifcations au contrai- 
re, ou forclufions de treues precedentes, ainfi & par la maniere que par 
lefdirs Ambaffadeurs auoic efté requis. Ec icelle leur Requefte enterinant, 
& de noftre mefme grace, pleine puiffance & autorité, voulons que ce foir 
de telle force, valeur & effet, comme fi lors que fut fair ledit traité de 
paix, l'article & Requefte defdits Ambaffadeurs leur euft efté confenty & 
accordé purement, fans referuation aucune, & que le cout euft eftc deflors 
confirmé par noftredit feu Seigneur & pere, & par nous fon fucceffeur , & 
deflors verific & enregiftré en noftredite Cour, & en nos Chambres des 
Comptes & du Trefor, comme fut ledit traité de paix, & voulons que ce 
membre & article foit tenu aufli valable que les autres points & articles du- 
dit traité de paix lors accordez, & outre que toutes les dihgences faites 
par noftredic feu oncle & tante en dedans an, enfuiuant nos Lettres du- 
dit vingt-huitiefme lanuier deflus mentionnées, pour les biens defia par 
eux recouurez, & qui fe feront pour les biens qui encore font à recou- 
urer, foient de tel effet, force & valeur , que fi faites euflent efté dedans 
l'an dudit traité de paix, & en vertu d’iceluy, nonobftanc lefdits dons, alie- 
nations & verifications d’iceux, & quelque poffeilion ou iouïflance qu’en 
pourroient auoir euës ou pretendre ceux aufquels lefdits dons ont efté 
faits depuis ledit an foixante & dix, au moyen des conffcations deffufdi- 
tes, & la reintegration par eux requife, lefquels dons & confifcations auons 


declaré & declarons non deuoir fortir aucun effec, fauf coutesfois que les 


1487. 


— 55 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 
1 48 7. fruits & leuces qui par cy-deuant ont efté pris & receus à vitre defdits 
| dons & confifcations , ne feront aucunement rendus ni reftituez à nofdites 
tante & coufine, mais demeureront à ceux à qui les dons en auoient cfté 
faics. Et au furplus, en interpretant plus clairement nofdites Lettres du 
vingt-huitiefme Ianuier , auons pareillement declare & declarons eltre 
noftre intention auoir compris par icelles feu noftredit oncle & noftredite 
tante audit traité, auffi amplement que deflus eft dit. Et afin que icelle 
noftre intention fortifle fon plein & entier cffer au profit de noftredite 
tante, & qu'elle ne foit fruftrée de noftredite grace, ny de ce tenuë en 
procés , Nous, en vfant du pouuoir & faculté que deflus, auons de noître 
grace fpeciale, pleine puiffance & autorité Royale, pour le bien de ladite 
paix, & aufli pour nous acquiter de la promefle que luy auons faite, en 
faueur & contemplation dudit mariage, & pour le grand bien & feureté 
qui à cette caufe peut aduenir à nous & à noftredit Royaume, aboly & 
mis, aboliflohs & mettons du cout au neant,tous & chafcuns lefdits procés, 
leurs circonftances & dependances éfquels noftre tante, fes feruiceurs, 
Officiers & fuiets defdites Terres font en caufe, foit contre partie, ou con- 
tre noftre Procureur , en quelque eftat qu'ils foient, & comme fil'eftat d’i- 
ceux eftoit plus au long mis & declaré en ces Prefentes. Et fur ce auons 
impofc & impofons filence perpetuel à noftredit Procureur & aufdites par- 
ties , leurs hoirs & ayans caufe , & à tous autres, le tour en enfuiuant ledit 
traité de paix, & la Requefte qui lors en fut faite, Si donnons en mande- 
“ment par ces mefmes Prefentes à nos amez & feaux Confeillets les Gens 
tenans noîftre Cour de Parlement à Paris, Gens de nos Comptes, & Tre- 
foriers de France, & à tous nos autres Iufticiers & Officiers, ou à leurs 
Licutenans, prefens & à venir, & à chafcun d'eux fi comme à luy appar- 
tiendra, que de tout le contenuen ces Prefentes ils faflent, fouffrent & laif- 
fent iouyr & vfer noftredite tante Françoife fa fœur, & noftredit coufin 
de Vendofme, futur mary d’icelle, noftre tante, leurs hoirs & ayans caufe, 
pleinement, paifiblement , & entierement, fans aucun contredit ou diffi- 
culté. Et afin que ce foir chofe ferme & ftable à roufours, Nous auons fi- 
gné ces Prefentes de noftre main, & à icelles fait mettre noftre feel, Donné 
à Ancenis au mois de Juillet, l’an de grace mil quatre cens quatre-vingts- 
fept,& de noftre Regne le quatriefme. Sic Jignatum fub plica, CHARLES. Ef 
; Le Chance. fyper plicam, Par le Roy,les Comtes de Clermont & de ge Se vous *, 
nn les Seigneurs de Grauille Admiral de France, de Curton, de Piennes, de 
| Lifle, de Grimault, & autres prefens, Damont. Vifa. Et ejf fériptum Lette, 
pablicats, € regifirats, abfque praiudicio iurium Ludouici de Luxemburço. Et ad 
ons oo partium sntereffe habentium , fécundum quod €* quibus per 
Curiam ordinabitur fiende. Acfum in Parlamento decima Jeptima die Decembris , 
to 2 millefimo quadringentefimo olfuagefimo fêptimo. Sic fignatum , 

artelier, + 4 


Procuration donnée par François Comte de Vendofme à Louïs de Bourbon 
_ Euefque d'Anranches, pour efpoufer en fon nom Marie de Luxembourg, 
| file du deffuns Conne fiable de Saint Paul, : 


A Clifon le F Rançois DE BovrBon, Comte de Vendofinois, Seigneur d'Ef. 


3. Aouft | | 
1487. pernon & de Regnialart : À tous ceux qui ces prefentes Lectres ver- 


ront , Sal. Comme paroles ayent efté traitées par Monfeigneur le Roy 
du mariage de noftre tres-chere & tres-amcée coufine Marie de Luxem- 
bourg , Comteffe de Romont, & de Nous, laquelle chofe nous a efté & eft 


tres-agreable, tant pour les vertus & bonnes mœurs de noftredite couli- 
: nec » 


| 


Dv ROY CHARLES VIII 553 


ne, que pour l'alliance que defirons auoir & prendre à fa Maifon : Sçauoir 
faifons que pour la finguliere & entiere confiance. que nous auons de la 
perfonne de noftre tres-cher & amc frere Meffire'Loys de Bourbon Euef: 
que d'Auranches, iceluy pour ces caufes auons fait, Aomme, conftitué, or- 
donné & eftably, & par la teneur de ces Prefentes' faifons, nommons, 
conftituons, ordonnons & eftabliflons noftre Procureur General, & cer- 
tain Meffager fpecial, feul & pour le tout en fon abfence nos chers & bien- 
amez Iean de la Bechere, & François de Fauieres nos Maiftres d'Hoftels, 
&c Maiftre Leon Tudert noftre Confeiller, aufquels & chacun d’eux Nous 
auons, en l’abfence de noftredit frere comme dit-eft , donné & oëroyé, 
donnons & oëétroyons par cefdites Prefentes, pleine puiflance & auétorité, 
de traiter, conuenir, appointer & accorder auec noftredite coufine de Ro- 
mont, touchant le traite dudit mariage d'elle & de nous, & de fur ce paf- 
fer en main de Notaires Lettres bonnes & valables fous telles formes de 


paroles, fceaux & Contrats que befoin fera pour la feureté de noftre- 
dite coufine & de nous , promettant en bonne foy &r fous l'obligation & 


hypotheque de tous & chacuns nos biens, meubles & immeubles prefens 
& à venir,auoir agreable, ferme & ftable à toufiours tout ce que par nof. 
dits. Procureurs & chacun d’eux fera fait, befogné, conuenu & accordé en 
la forme que dit eft, auecque noftredite coufine ou fes gens, & comme 
ayans d'elle pouuoir fuffifant quant à ce, & le ratifierons, confirmerons & 
approuuerons toutes les fois que meftier en fera, & requis en ferons, & 


voulons qu’il foit de tel effet, vertu & valeur comme fi fait, pañlé & accor. 


dé auoit efté par nous-mefmes, iaçoit qu’il y euft chofe qui requiert man- 
dement plus fpecial. En tefmoin de ce Nous auons figne ces Prefentes 
de noftre main, & fait féeller de noftre féel. Donné à Cliflon le troifiefme 
jour d’Aouft l’an mil quatre cens quatre-vingts-fept. Signé, FRANçors. 
Et fur le reply eft efcrit, Par Monftigneur le Comte Loys, Monftigneur de Beur- 
bon, G* autres prefens. Signe, De Vendofme. 

Fe Pris fur l'Original. 


(ontract de Mariage d François de Bourbon Comte de Veñdofme, 
auec Marie de Luxembourg Comteffe de Saint Paul @ de Romont. 


Tovs ceux qui ces prefentes Lettres verront ou oiront. Iean de 
Vendeüil Licentié en Loix, Garde de par le Roy noftre Sire du Séel 
Royal de la Baillie de Vermandois, eftably de par iceluy Seigneur à Saint 
uentin , Salur. Sçauoir faifons que pardeuant Nicolas Deflus - le - Mouf- 
cier, & Pierre Lafcherois Tabellions Royaux en la Preuofté dudit Saint 
Quentin, demourans à Ham, lurez & Commis en ce cas , font comparus en 
leurs perfonnes Reuerend Pere en Dieu Monfeigneur Louÿs de Bourbon 
Eucfque d'Auranches , au nom & comme Procureur de Haut & Puiffant 
Prince Monfeigneur François de Bourbon Comte de Vendofmois, Seigneur d’Ef- 
pernon, accompagné de Nobles hommes Meflire François de Fauieres, Che- 
ualier, Seigneur dudit lieu, [ean de la Befchere, Seigneur de la Fertiere, 
& Maiftre Leon Tudert Aduocat en Parlement, Ambafladeurs d’iceluy 
Scigneur ,fondez par Lettres de Procuration, & commiflion cy-apres infe- 
rées d’vne part; & Haute & Puiffante Princefle Madame Marie de Luxem- 
bourg, Comteffe de Romont, de Saint Paul, de Liney, de Conuerfän, de Veyenne, 
de Marle, @ de Soiffons, Vicomreffe de Meaux, Dame d'Anguien, d'Oify, de Ham, 


de Bohaing, de Beauuoir, de Dunkerque, de Bourbourg, de Graucligne, de Rodes, 


de Luceu, de Tingry, Hucqueliere, de Venduel , d'Aily fer voye, de Faily, des 

Thonlieux en Bourges, G Chaff:llenie de l'1ffe, accompagnée de Reuerend Pe- 

re en Dieu Monfieur Charles de Luxembourg, Euefque & Duc de Laon, 
| À À aa 


1487 


A Ham f#, 
Septembre 
1487. 


1l faut roi. 
er ces Titres 
dans l'Hifloi. 
re de Luxem. 
bourg de Vi. 
£gnser 50 4 


148 7: 


554 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Pair de France fon oncle, de Madame Jacqueline de Luxembourg , Com- 
ceffe de Portian, Dame de Croy & d’Arfcot fa tante, & des gens de fon 
Confeil eftans léz elle d’autre part, lefquelsen la prefence de Meflire Louys 
de Halluin, Cheualier , Seigneur de Piennes, de Hunguenaur, & Cham- 
bellan du Roy noftre Sire à ce Commis, & enuoye de par luy, ont reconnu 
les traité & conuentions de Mariage, qui au plaifir de Dieu fe parfera d’en- 
tre mondic Seigneur le Comte de Vendofme,& madite Dame de Romont, 
our eftre fait, confenci, & accordé entre icelles parties fous les deuifes, 
ais & maniere & conditions qui cy-aprés s’enfuiucut. Er premierement 
lefdices parties fe font renués & viennent contentes des perfonnes, Eftars, 
biens, cheuance, & vaillant l’vn de l’autre, Jrem, Que mondit Seigneur a 
fait & conftitué , & par ces Prefentes mondit Seigneur d’Auranches au 
nom & comme fon Procureur, fait & conftitué Doüaire à madite Dame 
de Romont, au cas qu’elle furuiue ledit Seigneur , de la fomme de quatre 
mille liures, vingt fols tournois pour la liure , de rente en afliere de terre fe- 
lon les vz & couftumes du Pays, par chacun an, la vie d’elle durant , auec 
maifon & place pour la demeure & Eftat de madite Dame, pour lequel 
Douaire, au cas que cy-aprés il ait lieu, mondit Seigneur de Vendofme l'a 
afligné & affigne fur les Chafteau, Ville, Chaftellenie, Terre & Seigneu- 
rie de Montoire au Comté de Vendofmois, & fur les fruits, profits & re- 
uenus defdites Ville & Chaftellenie, auec les appartenances d’icelles, lef- 
ses à fruits & reuenus feront baillez à madite Dame par prifée de gens à ce 
connoiïflans pour l’afliete defdites quatre mille liures tournois de rente, 
par an, au cas qu'ils foient trouuez tant valoir, & de ce qu’ils feront 
trouuez moins valoir defdires quatre mille liures tournois de rente, ma- 
dite Dame fera aflignée par afliete de cerre, & prifée de gens à ce con- 
noiffans fur les autres biens, Terres & Seigneuries de se | Seigneur de 
Vendofme telles qu’elle voudra choifir hors la Comté de Vendofmois. Si 
toutesfois les fruits & reuenus dudit Montoire eftoient trouuez valoir moins 
de deux mille liures tournois de rente par an, l’on parfournira à madice 
Dame iufques au parfait defdites deux mille liures fur les autres Terres au- 
dit Comté de Vendofmois, au choix des heritiers de mondit Seigneur , & 
les deux autres deux mille liures fe prendront en ce cas fur les autres Ter- 
res dudit Seigneur, hors ladite Comté de Vendofmois, à iouyr de ladite 
Place, Chaftel, Ville & Chaftellenie & Seigneurie de Montoire, fruits, 
profits & reuenus d’icelle, pour autant qu'ils feront prifez & baillez en 
aflicte felon ladite couftume, & pareillement des autres Terres & Secigneu- 
ries qui feront baïllez pour parfournir lefdites quatre mille liures de ren- 
te par madite Dame comme Dame Douairiere, & par fes mains en tous 
honneurs, droits, profits , infticutions d'Officiers , À de Patronage, & 
difpofition de Benefices fi aucuns y auoit, la vie de madite Dame durant, 
& non plus. Jem, Que pour confideration que le Roy noftredit Seigneur, 
en faueur & contemplation de ce prefent Mariage a fait, confenty & ac- 
cordé à madite Dame, Lettres & prouifions bien amples pour la feureté & 
recouurement des Terres & Seigneuries, qui furent aux Predecefleurs de 
madite Dame, annulation & extinétion des procés que pour cette caufe 
elle auoit en cette Cour de Parlement à Paris, lefquelles Lertres font en- 
core en la main du Roy, & que mondit Seigneur de Vendofme à promis 
éc fera tenu de les bailler & deliurer és mains & poffeflion d’elle auant au- 
cuns fiançages ou cfpoufages, & aufli en faueur de mondit Seigneur, & du 
Douaire qu’il luy a conftitué. Madite Dame a pareillement confenti & ac- 
cordé, confent & accorde à mondit Scigneur de Vendofme, au cas qu'il la 
furuiue, pareil Douaire de ladite fomme de quatre mille liures, vingt fols 


tournois pour la liure chacun, la vie dudit Seigneur durant, aucc place & 


DV ROY CHARLES VIII. 


maifon telle qu'il voudra choifir, fauf & réferué les Chafteaux &c Villes de 1 4 8 7 
Saint Paul & de Ham, pour lefquelles quatre mille liures de rente, ledic | 
Seigneur prendra par prifée & afliere de terre felon les couftumes du Pays, 
& par dire de pens à ce connoiffans, le reuenu de ladite place qu'il choifira, 
&c des pieces prochaines iufques à deux mille liures de rente; & pour les 
deux autres mille liures les prendra fur les autres biens, Terres & Sei- 
neuries de madite Dame tels qu’il voudra choifir, fauf & referué le reue- 
nu defdites Comtez de Saint Paul & de Ham, & iouyra mondit Seigneur 
de Vendofme par fes mains des Terres & Seigneuries, fur lefquelles fe 
prendront & affcéront lefdices quatre mille liures de rente, en tous droits 
&c profits, inftitution d’Officiers , droit de Patronage,& difpofitions de Be- 
nefices, la vie de luy durant tant feulement. J1e# , Encore pour confidera- 
tion des peines, trauail, frais, mifes & defpens que mondit Seigneur dg 
Vendofme aura pour le recouurer des biens, Terres & Seigneuries de ma- 
dite Dame, qui font detenus par autruy, & pour la pacification & extin: 
ion defdits procés, madite Dame a confenty & accordé, au cas qu’il la 
furuiue, qu’il ait & prenne outre & pardeflus lefdites quatre mille liures de 
rente à fa vie, la fomme de feize mille liures pour vne fois, fur ous & quelf- 
conques les biens, Terres & Seigneuries de madite Dame. Et fi pour la re- 
couurance defdites Terres & Scigneuries, lefquelles prefentement font és 
mains d’autruy, mondit Seigneur de Vendofme faifoit plus grandes mifes & 
defpenfes excedans ladite Eu de feize mille liures tournois, madite Da- 
me y aura tel regard qu’il appartiendra, & pourra récompenfer mondit Sei- 
gneur de Vendofme, Z#em, Et pource que madite Dame eft prefentement 
chargée & pourfuiuie de plufieurs dettes, tant de feu Monfieur le Comte 
de Saint Paul Conneftable de France fon grandpere, Monfieur le Com- 
te Pierre fon pere aufquels Dieu abfolue, que d’autres contraëtées para- 
uant ce prefcnt mariage, a efte confenty & accordé que les biens & che- 
uances de mondit Seigneur de Vendofme ne feront chargez des dettes, 
rentes & arreragcs pretendus & demandez par Madame Catherine dé 
Luxembourg, Duchefle de Bretagne, Madame Helcine de Luxembourg, 
Comrefle de Geneue, Monfeigneur Louys de Luxembourg, le Seigneur de 
Mailly, foy-difant auoir le droit de Made de Rabodanges, ni aufli des 
rentes, dettes, charges & hypoteques aflignées fur les biens, ‘Terres & 
Scigneuries de madite Dame de Romont, ni de quelconques autres dettes 
réclles , perfonelles, ou hypotequaires deuës & contraétées par madite Da- 
me ou fes predeceffeurs auant ce prefent Mariage, fi auant que toutes lef- 
dites dettes enfemble excedenñt la fomme de douze mille liures tournois. 
Et parcillement les biens, Terres & ne nds de madite Dame ne fe- 
ront chargées des dettes deuës par mondit Seigneur de Vendofme, quel- 
les qu’elles foient auant ce prefent Mariage, excedans enfemble ladite fom- 
me de douze mille liures tournois, pour les dettes deuëés & contraëtces 
auant ledit mariage confomme, & aufñli pour les dettes qui feront contra- 
êtées par lefdites parties depuis ce prefent mariage confommeé femblable. 
ment. Quant aux acquefis &e meubles qu'ils auront & conquefteront conftant 
ce prefent Mariage, Le cout fera commun entre eux, & fera party par moi- 
tié entre le furuiuant d’eux-deux & les heritiers du premier mourant. /tem ; 
& fi pour le payement & acquit des dettes deflus déclarées, d’aucunes d'i- 
celles, ou d’autres contraétées par madite Dame de Romont ou fes prede- 
cefleurs auant ce prefent Mariage , dont par l’article precedent les biens 
de mondit Seigneur de Vendofme ne dojuent eftre chargez, ledit fieur 
vendoit par exécution de Juftice, ou autrement, de fa volonté, pour éuiter 
pire marché, aucunes de fes Terres, ou les engageoit, il &c aprés luy fes vrays 
heritiers en aura & en auront leur recours fur les Terres & Scigneuries de 
. A A2 i} 


sé OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


1 4 9 n madite Dame, dautant qu’il apparoïftra mondit fieur de Vendofme auoir 


vendu ou engagé lefdites Terres 2. le payement defdites dettes; & en- 
core en ce cas,mondit Seigneur de Vendofme,au cas qu'il furuiue, madite 
Dame pourra retenir aucunes des Terres d'elle, referue Saint Paul & 
Ham, tant & iufques à ce qu'il foit remply du prix des Terres, qu’il au- 
roit efté contraint vendre ou engager pour le payement ou aquit defdites 
dettes, en faifant deuëment apparoir, & par les Lettres, de la contrainte & 
du prix defdites vendition & engagement, & en deduifant par mondic 
Seigneur les fruits, reuenus & leuées defdites Terres, qu'il retiendroit fur 
& tant moins de ce qu'il auroit payé defdites dettes. Jrem, Et pource que 
madite Dame de Romont a defa vne fille de fon premier Mariage, a efté 
auifé que fi du Mariage de mondit Seigneur de Vendofme & de madite 
Dame ne demeuroient que filles vne ou plufeurs, où s’il y auoit aucuns fils, 
lefquels allaffent de vie à trefpas, fans hoirs de leurs corps, tellement que 
Mademoifelle de Romont, fille de madite Dame demeuraft heritiere princi- 
pale d’icelle Dame fa mere, & des biens de la maifon; en ce cas les filles 
dudit fecond mariage pour leur prouifion & auancement de leur mariage, 
auront & pretendront fur tous & quelfconques les biens, Terres & Sci- 


.gneuries de madite Dame de Romont leur mere, outre & pardeflus cel 


droie naturel & couftumier qui leur competeront & appartiendront à l’en- 
contre de madite Damoifelle Françoife leur fœur aifnée; A fçauoir fi du- 
dic fecond mariage ne demeuroit qu’vne fille, elle aura & prendra fur 


cous lefdies biens serre fon droit naturel & couftumier la fomme de. 


crois mille francs, feize fols tournois pour le franc, de rente, ou la fomme 
de foixante mille francs dite monnoye pour vne fois; & s’il y a deux filles 
ou plufieurs elles prendront fur tous lefdits biens, la fomme de fix mille 
francs pour an, ou la fomme de fix-vingts mille francs dite monnoyÿe pour 
vne fois à partir & diftribuer lefdites rentes par an, ou fomme pour vne 
fois, à l'Ordonnance & difcretion de mefdits Seigneur & Dame leur pere 
& mere, ou du furuiuant d'eux. Et pareillement s’il aduient que dudit ma- 
riage forte vn fils ou plufeurs qui foient viuans au iour du trefpas de ma- 
dite Dame de Romont leur mere & que Mademoifelle de Romont ne foi 
heritiere principale des biens de la maifon; en ce cas , icelle Damoifelle 
pour la prouifion, bien & aduancement de fon mariage , aura & prendra 
fur tous les biens, Terres & Seigneuries de madite Dame fa mere, outre 
& pardeffus fon droit naturel & couftumier,la fomme de trois mille francs 
cels que dits font de reuenu par chacun an, ou la fomme de foixante mille 
francs monnoye deflufdite pour vne fois, dont dés maintenant à la venuë 
dudit cas , madite Dame de Romont pour l'amour & affcétion qu’elle à à 
ladite Damoifelle Françoife fa fille, luy a faic don & auancement , lequel 
auancement de madite Damoifelle Françoife ceflera au cas qu'elle foit he- 
ritiere principale; & font à entendre les prouifions faites pour les filles dudic 
premier & fecond mariage, au cas que du viuant de mefdits Seigneur & Dame 
leur pere & mere elles ne fufflent autrement pourueués & defa alliées par 
mariage, auquel cas lefdices prouifions pour elles aduifées ceffcront. Et fi 
madite Dame auoit fait, ou faifoit auant la confommation de ce prefent 
mariage aucuns auantages à Mademoifelle Françoife de Romont Ê fille, 
pardcflus lefdits trois mille francs de rente, & il aduint que madite Da- 
moifelle de Romont foit & demeure heritiere principale de madite Dame 
fa mere & des biens venans de fon cofté, ledit auancement à elle fait ou à 
faire , ou recompenfe bonne. & fuffifante, en pareil Titre, Seigneurie & 
valeur, fera & appartiendra à la fille aifnée dece prefent mariage. Item, Eft 
traité & conditionné que mondit fieur de Vendofine ne pourra vendre, 
Charger ne aliener les Terres & Scigneuries venans du cofté de madite Da- 


mo must M 


DVROY CHARLES VIIL s5; —— 
me, Hi ce n’eft pour fournir aux dettes, charges & affaires procedans d’el- r 48 7 
le , pour redemprion de fa perfonne, au cas qu’il fuft prifonnier, ou autre 
grande & vrgente neceflité, Touresfois par cér Article lon n’entend pas 
ue Madame de l’authorité de mondit Seigneur fon futur mary ne puifle 
difpofer de fefdites Terres & Scigneuries, pour en faire partage ou proui- 
fion à fes enfans, tant du premier que du fecond mariage, à Mademoifelle 
. de Saint Paul fa fœur, à Melieurs fes oncles & trantes, ou aufli en faire 
don à aucuns fes feruiteurs & bien mericans, les efchanger, ou autrement 
en difpofer à fon plaifir & volonté, dont madite Dame, par l'autorité que 
deflus a retenu & retient en elle la faculté & puiffance. 11m, a efté aduifé, 
s'il y a plufeurs fils nez de ce prefent mariage, que le fecond d’aprés le 
crefpas de madite Dame, prendra titre de la Comté de Saint Paul, & aura 
pour fon partage, & au lieu de fes droits naturels, ledic Comté, & ce au 
cas que lefdits Seigneur & Dame n’en ayent conftant leur mariage autre- 
ment ordonne & difpofé. Tous lefquels points & articles deflus efcrits, & 
le contenu en iceux mondit Seigneur l'Euefque d’Auranches au nom & 
‘comme Procureur de mondit Seigneur de Vendofme, & madite Dame de 
Romont en fa perfonne, ont gréé, confenty & accordé, gréent , confen- 
tent, accordent & promettent les entretenir l'vn enuers l’autre, leurs en- 
fans nez & à naiftre, leurs hoirs & fuccefleurs, & ce fous l'obligation de 
tous & quelfconques les biens, Terres & Seigneuries de mondit Seigneur 
de Vendofme & de madite Dame, de leurs hoirs prefens & à venir, que 
quant à ce mondit fieur d’Auranches au nom que deflus, & madite Dame 
; en ont foumis, obligé & hypotequé, foumettent, obligent & hypotequent, 
accordent pour feureté d’eux, de leurfdits enfans, & de leurs hoirs, la 
main du Roy noftre Sire par forme de nantiflement eftre mife & ailife fur 
toutes leurs Terres, Seigneuries, heritages & biens quelfconques pour l'ac- 
compliflement des chofes deflufdites, & de chacunes d’icelles, & les dé: 
fenfes eftre faites aux fieurs Baillifs ou Lieutenans, defquels leurfdites Ter: 
res & Seigneuries font tenuës & mouuantes, de n’en faire ou receuoit aue 
| cune deffaifine, ou desheritement que ce foit à la charge des points & articles 
| cy-deflus confentis & accordez, renonçans lefdites parties par leur foy & 
| 
| 


ferment à toutes chofes quelconques qui aider & valoir pourront à eux 
pour aller faire ou venir contre la teneur & effec de ces Prefentes, & au 
droit, difant generale renonciation non valoir. Fait, paffé, confenty G accordé 
par lefdites parties au Chafteau de Ham, en la prefénce defdits nommez 
cy-deflus, & des gens du Confeil de madite Dame , auquel eftoienc 
Meflieurs Anthoine. d’Ailky fieur de Varennes , Charles de la Vicuuil- 
le Seigneur de Freftoy Senefchal de Saint Paul, Gerard Dathieu, fieur 
de Moyencourt, Capitaine de Ham, Cheualier , Maiftre Iean Dauffay, 
Laurent fieur de Chalus, Iean d’Eftauaire, Gouuerneur de Marle , Iean 
de Honnecour Maiftre d’Hoftel, Bailly de Dunkerque, Maiftre Raoul le 
Normant, tous Confeillers de madite Dame, le huitiefme iour de Se 
pcembre , l'an mil quatre cens quatre-vingts-fept. En tefmoin de ce, 
Nous Garde deffufnomme, à ka relation defdits Commis Jurez, auons mis 
à ces prefences Lertres le féel Royal de Baillie, Ce fur fais l'an & jour que 
deflus. Signé, Lachero , & de Suflemontier. Sur le reply, Signé, de Goufew 
cour, Et fecllces de cire verte. | | 
Pr de l'original, 


cire 


AAaa ii 


148 7. 


A Rouen 18. 
Nouembre 
1487. 


V4 
* C'eft le 
traitée d'Ar- 
vu. V.p. 324. 
* Frere,à cau- 
fe du mariage 
du Roy #uec 
[a jœur Mar. 
guersre, qui 
n'eut posnt 
d'effet. 


553 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


Lettres du Roy Charles VIII. par lefquelles il veut que Marie de Lu- 
xembourg ,veune de Jacques de Sanoye Comte de Romont , @ Françoife 
de Luxembourg [a fœur, foient comprifes au Traité de Paix fait entre 
Louis XI. fon Pere € le Duc Maximilian d'Autriche er Phi- 
lippes fon F ils Comte de Flandres | dj que les biens de Louïs de Lu- 
xemborg Comte de Saint Pol éx Conneflable de France leur foient 
rendus Qr reffituex. 


Harzes par la grace de Dieu Roy de France. A nos amez & 

feaux Confeillers les Gens tenans noftre Cour de Parlement à Paris, 
Salut Gr: dileétion. Comme par nos autres Patentes en forme de Chartre 
données à Ancenys au mois de luillet dernier pañlé , & pour les caufes à 
plein contenuës & declarées en icelles , mefmement pour confideration de 
ce que noftre tres-chere & tres -amce tante Marie de Luxembourg, — le 
“oh Le de feu noftre oncle Zacques de Sasoye , jadis fon mary, en fon vi- 
uant Comte de Romont, s’eftoit foigneufement acquitée pour Nous en 
noftre Royaume, à la garde des places de Ham, Bobain, Beawreuoir, Oifÿ, 
Saint Paul, & autres qu’elle tient en noftre obcïflance , dont autrement 
fuffent aduenus grands dommages & inconueniens à noftredit Royau- 
me, veu les guerres & diuifions qui en iceluy ont efté fufcitées par au- 
cuns nos rebelles & defobeiffans Suiets. Nous, pour le bien & feureté prin- 
cipalement de noftredit Royaume, auons de noftre propre mouuement, 
certaine fcience, grace fpeciale, pleine puiffance & authorité Royale, vou- 
lu, confenty, accordé & declare noftredite tante, tant pour elle que pour 
noftre tres- chere & amée coufine de Luxembourg fa fœur , eftre pleinement 
& enticrement comprife au traité de paix * fait entre feu noftre tres-cher 
Seigneur & Pere que Dieu abfolue & nous d’vne part, & le Duc Maxi- 
milian d’Auftriché & noftre tres-cher & tres-amé frere * & coufin le 
Comte de Flandres fon fils, & les Eftats des pays de noftredit frere & 
coufin d’autre part, & leur auons accordé & confenty qu’elles retournent 
à cous & quelfconques les biens, Terres & Seigneuries qui furent à feus 
nos coufins & coulines Louïs de Luxembourg , Ieanne : Bar fa femme, 
Iean & Perrenet leurs enfans, ainfi que par nofdites lettres lefdites chofes 
& autres apparoiflent plus amplement, lefquelles nos Lettres auons voulu 
eftre par vous enterinées. Mais à l’occafon de ce que aucuns fe vantent 
donner empefchement & contradiétion fous couleur de certains dons, qu'ils 
precendent à eux auoir efté faits par noftredit feu Seigneur & Pere, il eft 
aduenu que ceux qui verront volontiers le trouble & le dommage de nof- 
tredit Royaume , s'efforcent de faire fuborner noftredite tante, & de luy 
donner à entendre que nofdites Lettres ne feroient point enterinées, ob- 
ftant ladite contrauention, & par cela cuidant induire à changer la bonne 
volonté & affection qu’elle a de renir noftre party, & garder lefdices pla- 
ces pour nous, & auec ce l'exhortent de foy allier par mariage ou autre- 
ment ailleurs que en noftredit Royaume, ainfi que bien fommes aduertis: 
ce qui pourroit eftre caufe de grands maux, dommages & inconueniens, 
attendu & confideré la fituation d'icelles places, & la guerre que auons 
prefentcement, fi prouifion n’y eftoit donnée, Pour quoy nous bien recors 
de l’oétroy de nofdites autres Lettres, & des caufes qui à ce nous ont 
meu, & mefmement & principalement pour le grand & euident profit & 
feuretc de nous & de la chofe publique de noftredir Royaume, & afin 
de Cuiter aufdits dommages & inconueniens, pour ces caufes & autres 


DV ROY CHARLES VIII 559 
grandes, & iuftes confiderations à ce nous mouuans , & fur ce aduis & 
deliberation efés auec les Princes & Seigneurs de noîftre Sang & lignage 
cftans lez nous & Gens de noftre Confeil: vous mandons , & pour ce que 
nofdites autres Lertres font à vous adreflantes, commettons & expreflé- 
ment enioignons que vous procediez à l’enterinement de nofdites Lettres, 
& au furplus appellé noftre Procureur, & ceux qui feront à appeller ar_ 
bitrez en vos loyautez & confciences la recompenfe telle que us droit 
& raifon deura eftre faite aux parties pretendans auoir droit éfdites places 
au moyen defdits dons ainfi qu’il appartiendra, fans toutesfois pour ce re- 
tarder ne differer l’enterinement de nofdites autres Lettres, laquelle re- 
compenfe nous leur ferons faire fournir , bailler & deliurer bien & deué- 
ment ainfi que par vous fera aduifé, en faifant nofdites tante & coufine 
jouir & vfer entierement, pleinement & paifiblement du contenu éfdites 
Lettres felon leur forme & teneur, fans fouffrir ou permettre aucun def- 
tourbier ne empefchement leur eftre fait mis ou donné au contraire, en 
quelque maniere que ce foit : Car ainfi Nous plaift-il eftre fait. Dos- 
né à Roüen lc dix -huitiefme iour de Nouembre l'an de grace mil quatre 
cens quatre-vingts - fepr , & de noftre regne le cinquiefme. C4inf 
figné, Parent. Par le Roy le Comte de Clermont & de la Marche, Sei- 
gneur de Beauieu, vous *, Admiral , les fieurs du Bouchaige, de Lifle, de 
Grimaulc, & de la Roche, Bailly de Mafcon, & autres prefens. 

Pris fur un ancien Vidimus eftrit du temps mefme. 


_eÆArreft du Parlement de Paris en faueur de Marie ex Françoife de 

Luxembourg ; qui ordonne que les biens qui anoient appartenu a Louïs 
de Luxembourg leur pere, leur feront rendus ex refiituexz en 
confequence des Lettres ä eux accordées par le Roy Charles VIII. 


Cét Arreft eft contre Gwy Pot Bailly de Vermandois, & Charles 
d'Amboife Seigneur de Chaumont, qui auoient obtenu la con- 
fifcation de ces biens. Il y auoit encore d’autres Donatai- 
res, qui eftoient Georges de la Trimouille, Seigneur de Craon, 
Pierre de Rohan Seigneur de Gié , Marefchal de France, 4n- 
thoine Baflard de Bourgongne, Louïs de Grasille, Seigneur de Mon- 
taiou, Jean Bloffet Sicur de Saint Pierre, & Jacques de Luxem- 
bourg, Seigneur de Richebourg, frere du deffunt Conneftable. 
Mais il n'y eut aucuns de ceux-là Le s’oppoferent à l’en- 
terinement des Lettres accordées par le Roy. Ainfi l’Arreft 
qui fuic n’eft rendu que concre les deux premiers. 


AROLVYS, Dei gratis Francorum Rex. Vniserfis prefèntes litteras inf: 

peiturës , Salutem. Notum facimus quod cum in prolocutione tracfatws pa- 
cis in villa noffra Attrebati inter bone .memorie defunifum cariffimum Dominum 
G* progenitorem noffrum G* nos ex una parte, C cariffimos dileüfiffimofque con- 
Jangçuincos Ducem Maximilianum Auffric focerum, Ducemque Philippum eius f- 
lium fratrem noffros, G gentes flatuum, patriarum ditfi fratris noffri ex altera 
facte © conclufe faper eo quod dicerent Ambaxiatores dilforum foceri € fratru 
noffrorum fsarumque patriarum, quod defunéfa amita noffra Margareta de Sa- 
baudia tunc relicfa fun: auunculi noffri Petri de Luxemburgo , Comitis de 
Brienna, nec non dileéfa confanguines noffrs Mari& de Luxemburço cius filia pri 


148 7. 


* C'eff le 
Chancelier. 


10, Feuriers 
z # 8 8, 


géo OBSÉRVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4 8 7. mogenitä, que pofiea cum defunéto aunncwlo pofiro Iacobo de Sabandia Comite de 
Romont nupta fucrat, 46 Francefra cs Joror, in © fuper dit tratfatu pacis 
pro ad omnia bona de quibns defunéfi Ludouicus de Luxemburgo, dum viueret, 
Comes Sanéti Pauli, ac Conneftabularius Francie, C° Joanna de Bar dudum eius 
uxor, Ioannes de Luxemburgo corum filius primogenitus , Comes de Merls, cd 
diffus Petrus de Luxemburgo fécundo genitus vita corum comite, nf fuerant € 
ganifi, reuertendo , fên ila apprehendende poneretsr © comprehenderetur arreffss , 
féntentiis, confifcationibus, declarationibus , feu treugarum féclufionibus preccden- 
jibus, nonobffantibus quibuftumque, requilicrant € fupplicancrant diéte amita dr 
confanguince noffre , ut ditre pacis bencficio uterentur gauderent, ita amer quod 
ile tunc dicfe confanguines noffrz ad fua bons minime reuerterentur, verum guod 
earum materiam few cafum erga dilfum defunéfum Dominum ° progenitorem nof° 
trum G nes dum foret opportunum profequi poflent C* valent, diifum fuiffét ex- 
prefe  refponfum. Sub qua [pe œ fiducia dicti Ambaxiatores , fherantes in fu 
surum dictum defunéfum progenitorem noffrum ,nofque cum primo de meritis re- 
rum informaremur, diéte fupplicationi fine requeffle annuere ad ditéum pacs tra 
étatum fe condefcendiffent, G deinde deffinati Jeu per ditfos confançguineum G- [6- 
cerum noffrum Ducem Auffricie C* flatus dicfarum patriarum ad erga dicum def: 
fonttum Dominum progenitorem noffrum nofque pro ditfa pacs confirmationc ve. 
niendum fèu tranfportandum deputati , necnon alii pofia ad carifimam confôrtem 
noffram Reginam in villa de Hefdino adducendam commiffi , onus pro expeditione 
dicfe Requcffe aliorumque punitorum fes articulorum 7 dicfum pacts traifatum 
reféruatorum proféquenda G terminanda babuiffent C* faficpifent, & faper bis 
diligentiam adhibaiffent pole tenus. Verum buiufcemodi materia in fufbenfo G fu- 
perfédentia tenfa , G ante reuolutionem anni ditfus défunitus G cariffimus Do- 
minus progenitor nofier dieu fuum in Domino claufiffet extremum , poff cuius obi- 
tum, C° quod regni gubernacula Jaféepimus , ditfus auunculus noffler Comes de 
Romont, diéfe Maris de Luxemburgo amite noffre maritus, cui principaliter bu- 
iu/modi negotium tangebat, ctiamque in eius fauorem Ambaxiatores difi fratris dr 
confanguinei noffri Ducis Philippi , ac membrorum patrie Flandrenfis, apud nos 
Turonis tranfmiffi foper premiffis complendis € concladendis preces nobis pôrre- 
xiffent multiplices, G* taliter quod nos ex deliberatione principum noffre profapie 
ac gentium noffri magni confilii, babitaque confiderationc ad gencris proximitatem 

* Marie de qua dichi auunculus G amita noffra * nos attingebant, ad magnaque € norabilis 

. n féruitia que diétus auunculus nofler pluribus in agendis noffri € regni impende- 

du Roy Char- rat , quod ditfa defunits amita noffra Margareta de Sabaudia, ditfeque confangai- 

ls VIIL, pee noffre Maria C Francefia [ua filie, ditfus defunifus auunculus noffer Comes 

D % de Romont, tanquam dicte Maris fponfus féw maritus fape ditfo pacs bencfcio in 

Sauoye fon omnibus punctis, articulis [eu capitulis in codem contentis prout, ac modo € for- 

mary ; 7. ma qua alii fabditi atriufque parti ufi C gauifi fuerant, C quemadmodum ex 

bien dise ami. parte dicfarum defuntfe amite noffre confanguinearumque noffrarum cius filiarums 

NE diéfum tralfatum pacis faciendo nobis fucrat Japplicatum uterentur G gauderent, 
dits reféruatione pro tunc facfa (quod in nullo cis minime ob@fe, noccre, prain- 
dicare quoquo modo, ac fi nunquam in dicfo trailatw adicéfa [en pofita Ages) 
nonobffante, voluiffemus G* declarauiffemus , manum noffram © omnis impedimen- 
ta in Comitatibus Sancti Pauli, Brienne, C ali quibuftumque comitatibus, ter- 
rés, plateis, Domibus G Dominiis , faifque pertinentis C° appenditiis , in quacum- 
que parte regni noffri G obedientie noffre fituatis, que tam dits defunéfi Ludo- 
sico de Luxemburgo quam Ioanni  Pctro cius liberis, quibus dicti defunéfus 
ausnculus G: amita noffra tunx cius uxor, nec non Francefia de Luxemburço, fi- 

se liberi G haercdes defuncti Comitis Petri, feu medio certi doni confifcationis per 
dictum defuwnélum Dominum progenitorem noffrum defunifo pro focero CG confan- 
guineo nojfro Carolo Burgundis Duci. Quod donum ex poff cius deceffum defun- 
éfa ctiam cariffima focrus noflra Duciffa Auffricie, filia @ heres dif Caroli, di- 
, TL) 


> — 


DV RôOŸY CHARLES VIII. jé 


RE 


éfo defunéfo Petro de Luxemburgo cefftrat € tranfbortaucrat, fpetancrant G per: x 4 8 7: 


_sinmerant, appofitam C appofita tollentes € amoncnies pro de omnibas locis, co: 
mitatibus , terris C* dominsis per dicfos auunculum G° amitam noffros ac France: 
fiam diife amite noffre fororem eorumque beredes fucceffores [ex caufam bhabentes 
in perpetuum tanquam re [ua propria C° vero heritagio utendo GC gaudendo, non- 
obffantibus dictis conffationibus , donis O* declarationibus jis que potuiffent effe; 
alienationibus © verificationibus forfitan per ditium dominum defuntfum proge- 
witorem noffrum C° nos qaibufiumque perfonis fachis,quas in fauorem ditforum 
assnculi G amie noffrorum ob caufas predictes caffaffémus CG renocaffèmus ; predi- 
édos comitatus , villes, platess , domos, terres © dominis 4d vtilitatem dicforum 
suunculi G amite noffrorsm fuorumque füacce{forum € caufäm habentium reffi- 
tuentes C amonentes, prout de iis omnibus in litteris noffris patentibus apud Me- 
lodunum 23. die Ianuarii anno 1484. datis C expeditis, lucidins conffare pote- 
yat, virtate quarum noffraram litterarum GC infra annum à data ipfarum dicfi 
ausnculus C7 amita noffri gaudentiam maivris partis dilforum comitatuum , ter: 
rarum G dominiorwm recupcraffent @* babuiffent. Verum eo quod nonnulli qui di: 
os comitatus , terras ° dominisa ex donis fibi à ditfo defuniio progeniterg noftre 


fes à nebis faitis tenebant poffidebant ab executoribus dicfarum litrerarum nof= 


trarum ad ditfam curiam certes appellationes , ut ferchbant , emiferant, co etiam quod 
dicfe. littere caufes nonobffantie Arreffi in dilfa curis noffra partibus auditis contra 
dicfun defunéfum Ludouicum de Luxemburgo menfe Decembri anno 1475. dati 
fes prolats ex preffe son continchant ; noffrarumaquc intentionis, voluntatis  bene: 
placiti fatis ampliter non crant declaratorie ( quamuis codem inffanti intellexiffe- 
mus , dictos auunculum © amitan in gaudentiam ditforum bonorum reponcre C 
reponi facere ,arreffo pradicte nonobffante) tam dicli awunculus C amita noffri in 
magna multitudine À she cn in noffra Parlamenti curia praditfa fuiffent inuo- 
luts, potiffimum fab umbra buius quod dicfe partes, aut alii à quibus canfam [6 
babere dscebant dilfas terras durantibus vltimis guerris G° ex poif dilfum traita- 
um utrinfque ad tempus conceffionis dilfarum liticrarum dilfe 28. diei menfis 


Janwarii non poffédiffe, ac per dsétos auunculum G* amitam noffros fe fpoliatos ex. 


fitiffe dicebant , G* in poffeffionem Cr gaudentiam dilforum comitatuum © terrarum 
ditfis proceffibus durantibus, prout C' quemadmodum tempore conceffionis diéfarum 
litterärum erant , reponi C* rcintegrari petebant € requirebant ,que fi hoc non ba- 
beret , preditta conceffio per nos dittis auunculo G amite noffris faifa nulliue effet 
effeétus, nec diéfo pacis tratfatu integre potirentur, licet ex illo fhecialiter caucatur, 
quod fubditis vtriufque partis ad fa bona reuertentibus, aliqua extranea pafeffo 
pro tempore gucrrarum habits minime obici poffet , @ ob boc dits auunculo Gr 
amita noffris ad diéfa [ua bona vigore ditfi tratfatus pacis reucrtentibus, 6 in fa- 
norem ipfius tractatus corum partes aducrfe pofféffionem fu detentionem quas de di- 
is bonis ex poff diclss guerras 4nno preditto 1 #7 0. inchoatss habuerunt, mini- 
me obiicere potuerant sut debuerant. Quibus proceffibus in difa noffra curia in- 
decifim pot serie dictus aunnculus nofler preditfs amita noffra cius conforte in 
suucnili state relicfa obiiffet, poñt cuius obitum feu decefflum diffs amita noftra fi- 
delitatem qua nobis affringebatur virtuofé GC curiofe conféruans , circa cuffodiam 
farum platerarum de Ham, Bohain, Beaureuoir, Oify , Sanëti Pauli, Tin- 
gri, Huclieres, Bellæ, Pernes, Freneuch, Ligny-fur-Aÿne, @ aliarum ter- 
rarum in obedientis noffra füper fwndis limitrophis patriarum Flandris Han: 
nonis exiffentium, adco quod nullum damnum C inconueniens obucnerat debite 
Je preparalfet ; faque bona in ditiis patriis Flandrie, Hannonie @ Brabañtis de 
valore vigenti feu triginta millium Francorum per annum cxiflentis, pro G: in nof- 
tra obedientis fe tenendo, G* in eadem remanendo prout fe bacfenus tenuifftt, G 
ob hoc nos huiufmodi confiderationibus  aliis rationibus moti predilfam amiram 
noffram ob amorem quem erga cam gerimus , ac ctiam pro noffra G regni noffri 
fécuritate retinere volentes, d cum dicla amita noffra adharentes, an ipfa cum alique 


= ° 


1487: 


56 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


pobis fideli ad nupties conuslare vellet proloqui fecifémus , cidemque firipfifemss, 
ac dici @ promitii fecifflemus quod in café quo nobis in hoc complaceres ; candem 
diéto trallatu pacis fécundum prenarratam requeïlam gandere faceremes., fibi- 
que taliter ad regrefum faorum dicforum bonorum , nt fécura GC pacifics remanc- 
res progideremas , «6 omucs proceffus pro impedimente dicéi regreffus motos C* mo- 
sendos omnino ceffare faceremns , ad qua dits auyncula noîtra fva mera GC: libers 
voluntate inclinaifit, ac in noïtri fauorem fabque dicfa promiffionc cariffimum ai- 
um confançuineum noffrum Franciféum de Borbonio Cemitem Vindocinenfem in 
faum maritum Gr ponfum accipere confénfiffet, nobis humiliter Jüpplicando quate- 
aus premila inféquenies cam in gaudentiam Gr poffeijionem omninm dicforum bo- 
uorum , terrarurm C> dominiorum pacificam tencremus , proceÎfufque contra cam & 
dicfum defunctum auunculum noffrum ; C etiam officiarios , feruitores C fubaitos 
diéfarum terrarum cum eis adbaientes motos G moucndos adnullaremus C abo- 
leremus. Quamobrem nos ad ditfam + rayer an G requeïfam ditfo defunite 
domine progenitori noftro nobifque per ditfos Ambaxiatores faéfam inclinantes G: 
annuentes, fauore proximitatis qua dicfi amita G Comes de Vindocino confangui- 
Bei n0Shri cum nobis inngehantur , necnon grata C7 laudabilia feruitia per ces nobis 
impen(s ad memoriam reducentes, aliifque iuStis cauffs C rationibus ad hoc ani- 
mum noffrum mouentibs, nos facultate G poteflate per ditfum pacss tracfatum 
fäper diéfa requefta dilfo Demino pregeniteri noffra ac nobis aitributis ac referua- 
tis nti debite volenses,ex noffra proprio mots, certaque ftientia, gratia fpecials, 
plens potetate, C* authoritate regia per formam Edicéi perpetui, pacis , ac ex de- 
liberatione principum C° deminorum noïfre prafapis gentiumque magni confilis di- 
élam amitam Pt y#ams pro ca ,quam pro dicfa Francefia cius Jurore confangai- 
nea noffra in diéfo traétatn pacis plene GC integraliter comprehendi voluiffemus, 
conceffiffémus G accordaffimus, G quod nonobitantibus preditfo arreïfo.ditle Curia 
no$tre diéfo menfe Decembris contra dicfum defunétum Ludouicum de Luxemburgo 
dato, aliifque arreffis, fenteutiis , confifcationum declarationibus 15 contrarism , 
Jeu treugarum feclufionibs ad omnis C7 quecumque bons, terres CG dominis qua 


_ ditfis defunétis Ludoujco de Luxemburgo, laanne de Bar cius uxori, Ioanns œ 


Petro corum liberis competierant G* pertinuerant , prout Cr quemadmodurs per 
dicfos Ambaxiatores requifitum cxtiterat , © corum requeflam integrando , reuerte- 
rentur in tanto G tali valore ac fi articulus G° requeffa ditforum Ambaxiatorum 
pure C* abjque referuationc dicfum traëfatum pacis faciendo accordati feu concluf 
per dicfum defunéfum Dominum progenitorem noïtrum G* nos confirmati, verifi= 
cati , O* prout ipfêmet traclatus paci in noffra Parlamenti Curia, Cr in camerw 
Compatorum @ Thefasri noffrorum regiffrati extitiffent, ac quod omnes diligentie 
per dictos defunéfum anunculum C amitam #offros infra annum ditfarum littera- 
rum noffrarum à 28. die lanuarii prediéti, quo dicfe littere conceffx fucrant, pro 
bonis iam per cos refumptis few recuperatis fatfe, alisque pro illis bonis qu« adhuc 
reffabant reçuperanda fiende effent, salis effeétus G° valoris , ac ff infra dicfum an- 
num dicfi traitatus pacis G* vigere ipfius complete extitiffent, nonobffantibus [f- 
militer predictis donis , alienationibus , ipforum verificationibus , depoffiffionibus 
C gaudentiis illis quibus ditfa bons ex poff annum preditfum 1 4 7 0. medio ante 
dicfarum confifationum ,capta C recepta dilfe amite noffre minime redderentur, 
Je reflitucrentur, quin imo illis quibus diéfa Dona faila fucraut remanerent, or- 
dinafemus @ decreuiffémus , G: infüper dictas litteras diéfe 28. dici menfis I4- 
#uarit lacidins interpretantes, buius nos intentions cffe per dicfas litteras noffras de- 
funclum auunculum G amitam noffros in dicfo traëtat pacis ita ampliter prout 
diciums eff comprehen[os extitiffe declaraffimus, ut ditfs noffra intentio ad urilita- 
tem ditfe amite noffra-cfeétum fortiretur, nos faculrate € poteflate pradils .uten- 
fes, @ noffre mberiori gratia, plena pateffate G* authoritate regia pro bono dicta 
pacis pro etiam nos, de promilione per nos in fauorem GC contemplationem dif 
matrimonii faits, acquitando Cr exonerando, adque fecuritatem nofiri reçni inten- 


. 
L 


DV ROY CHARLES:VIILS  y56 
dende emnes & fingulos proceffus predicfos sum corum circunautis G dependensiis 
per gmos amits nofira ciufqus fautores, Ofbciarii Cr jubaiti dilfarurs ierrarum in 
cau/ae tréhsbantur , tam contra partes finçulares guam procuraiorens noflrum in 
troduitos in quocumque. flaën cffent , C prout corum flatus adexprimeretur, abo+ 


_ dentes G* amuse adaulleutes perpetuum dilfo procuratori noffro filentiumn, Cr als. 


quibufumque impo/uifféonws:, C7 .bec totum praditfum pacis tratlatum ac requef- 
Jam tunc faitam inféquentes © foper iis nos biteras noffras cditii mans noffra fi- 
guatas apud Ancnoisw menfe 1ult anmo 1 487. conceffiffemus , mandantes diletis 
CG fidebibus Confilierixs noffrss gentibus Parlamentum paffrum tenentibus , Came= 
rajque Computorum nofirérurs G ThékGuri noffri caterifque iufiicierié € Officis- 
ris regni noffri, vel eorum loca tenentibus, prefentibus G futuris, quod promif* 
fs © fingalis didos anitaw © Frepscfiam cius fororem ditfumque confançui- 
neum nofirum Comitem Vindocinenfim coruns heredes G: caufam habentes plens- 
rie, pacifice G integre abfque diffculiate quacumqne uti * gaudere fincrent € pa- 


terentur, quas quidem listeras necnon alias litieras noffras Rothomagi 15. die No- - 


sembris anus prediéto.r #3 7. conceffas, per ques mandabamws diife curie noffra 
ed interivationem diéfarum tterarum noffrarum procedere ; necnon vecato diéfo 
procuratore. offre .G° alis cuocandis talen recompenfationem que fecundum iue 
G rationem , partibus ius medio ditforum bonorum in premifis pretendentibus 
fr Eare debebat, abjque retardationc iuterinationis diéfsrum litterarum arbitra- 
fi, Ge. Tandem vifs per diétam cüriam noftram fpradiéfis edidii @ aliis 
recompenfe fieseris per nos 18. dic Nowembris anno 1487. Rothomagi concéf]is; 
Arrefto aiéte curis noffre Juper interinatione dilfarum ltierarum 27, die Decem- 
bris anno predicfo dato, predicto diéfæ paris trattatn , aliis litteris reflitationis 
faper ditto traëfatu pacs fundatis, dicfo defuntfo auvnculo noffro Comiti de Ro- 
most pradiétaque amitz GC confanguince noflre Marie de Luxemburgo tuvc cine 
sxori tam pro ipfa quam pro dilfa Francefia cius forore 28. die Lanvarii anne 


l48 7: 


1484. cocelfis, demandis, defenfionibus , replicis @ duplicis per dittas partes 


féripto tenus iraditiss proceffibus ditfarum partiwm penes dilfam iuriem noffram 
exiflentibus , G° aliis per cas penes dicfam noffram curians traditi © productis: 
ac confideratis confiderandi , C* que curiam noffram in has parte moucre porerant 
G+ debebant , præfata curia moftra per fuum Arrcftum gwod im/équendo dicfas 
litteras reShtutionis  ediéfi in Curia noffra letfas, publicates G° regiffratas, 46 
défi traéfetss pacis virinte dicfi confanguinei noffri Comitis de Vindocino 
Marie de Luxemburge punc tius , © peraniea dicfi Cemitis de Romont vxoris 
tam pro fé quam pre ditfa Francefie cius forore nunc dileéfi noffri Philippi de ka- 
saffin militis Demivi de Wivandale coniuge ad caufém carumdem vxorum dein- 
ceps > de poff pablicationibs ditfaium litterarum cdicti omnibus C° fingulis co 
mitatibus, terris , dominiis Gr aliis bon qua didfo defunitfo Ludouico de Lu- 
xemburge dum viucret Comiti Sancti Panli G Conncflabulerio Francis, diéta 
Joanna de Bar cius prime vxori, Ioanni CG Petro corum liberis fuerant G perts- 
nuerant stentur @ gaudebunt, tanquam fuo vero G* proprio bereditagio , ablque 
praimdicéo proceffus ratione G° ad caufam dicfi Comitatus de Linaio C aliarum 
Serrarum inter dicfum confanguineum Ludouicum de Luxemburgo inniorem dicti 
defuncti Conneflabularii G defuncie Marie de Sabawdia cius vliime vxors filiws 
aitorem d dicfos Comiten Vindocinenfèm GC cius vxorem defenfores pendentis 
ordinauit & ordinat. Et refhpectuw recompen/arwm per diéfos defenfores requi/ita- 
rum C petisarum, infequendo verificationem diéfarum litterarum cdiéfi donorum- 
que fibi de nonnulis terris ditfi defuncfi Conneffabularii fattorum frutfuumgse 
gescnatarum ipfarum diéta noftra curia atque nos ditfum Guidonem Pot quin- 
decim vero liberos dicti defunéfi Caroli de Ambala, de quinque milium libra- 
rum turonenfium fumms pro reïlitutionc fraéfuune, profcéfuum , Cr reucnurarurm 
diélarum terrarum cr dominiorum quas dicfi Guido Pot > Carolus de Ambafia, 
senchant. per via faëti sc nonobffantibus appelationibus ad mr ro n0f- 
| i) 


Gui Por 
Charles 
d'Amboife dos 
marais" 


— 564 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


148 7. tram intericétis, de quibus procefus im ditta curia noffra tam in materia appelle 
quan fPolasionts antediéfarum litteraram cedicfi publicationem pendebat , capto- 
rum © perceptorm ; recompenfare faciemus , G* hoc infra annum unum proximo 
faturum; CG quod in café defeifus ilico ditfo rempore clapfo diéfi Guido Pot 
bberi G beredes diéfi defunéti Caroli de Ambafia executioncm pro dittis fummis 

| d qualem fuper terris defuncti Conneflabularii quas dicfi Pot G de Ambafis 
refectine. poifidbant, babchunt, Jalue dicforum defunéforum Conneffabularii , 
necnon diéfi de Romont heredibus [no recarf[à vni contra alierum, G'c. In cuius 
rei teffimonium noffrum prefentibus fecimus apponé figillm. Datum Parifius in 
Parlamento nofiro, decima die Februsrii, «no 1488. G regni noffri fexto. . 


Permifhon au Sei gneur @r Dame de Beauien de fe faire telles donations 
| LAN qu'ils vokdroient. | 


: | 
Auf 1487. Harzys par la grace de Dieu Roy de France : A tous prefens & 
(CC à venir. Comme noftre cres - cher & tres-amé frere & coufin Pierre 

de Bourbon, Comte de Clermont & de la Marche, Seigneur de Beauieu, 
& noftre tres-chere & tres -amée fœur Anne de France fon efpoufe, Com- 
tefle & Dame defdits lieux, nous ont expofé que pour la grande & fin- 
gulicre dileétion & amour qu’ils ont enfemble, voulant icelle entretenir & 
continuer de plus en plus; & aufli confiderant que de leur mariage iuf. 
ques icy ne font procréez aucuns enfans, & pour autres iuftes caufes à ce 
les mouuans, is ont intention, & defirent augmenter le bien l’un de l’au- 
tre, & faire donation ou donations d’un à l’autre, foit à vie, perpetuite, ou 
autrement, tant des biens, meubles, heritages, Terres & Seigneuries qu'ils 
ont de prefent, que de ceux qu’ils pourront auoir cy-aprés, foit par eon- 
quefts ou à faire conftant leur mariage ou autrement, Mais pour ce 
qu'on pourroit dire que lefdites donations nous toucheroient aucune- 
ment, mefmement du cofté de noftredite fœur , à laquelle, fi elle n’auoit 
enfans, deurions fucceder, & aufli que icelles donations feroient immenfes 
ou contre droit & la couftume des lieux éfquels les chofcs font aflifes, & 
que par ce fans noftre vouloir ou confentement lefdites donations ne de- 
uroient valoir ni fortir effet: ils nous ont humblement fupplié & requis leur 
oétroyer & confentir qu’ils puiflent faire & pafñler lefdites donations celles 
que bon leur femblera à quelque valeur & eftimation que lefdits biens puif- 
fent monter , & fur ce leur impartir noftre grace, Srasoir faifons, que nous 
reduifans à memoire les tres-grands & louables feruices que nofdits frere 
ê&c fœur nous ont depuis noftre auenement à la Couronne faits en grand 
foin ; cure & follicitude, fonc & continuent chafcun iour , tant autour nof- 
tre Perfonne couchant la feureté d’icelle & de noftre Eftat, que à la défen- 
fe de noftre Royaume & conduite des plus grandes affaires de nous & de 
noftre Couronne. Pour ces caufes & autres iuftes confiderations à ce nous 
mouuans, eù fur ce auis & deliberarion des Princes de noftre fang & ligna- 
ge & gens de nofîftre Confeil, inclinans liberalement à la fupplication & 
requefte de nofdics frere & fœur, à iceux auons o&royé, confenti & accor- 
dé, & par la teneur de ces Prefentes, de noftre grace fpeciale, pleine puif- 
fance & authorite Royale, oétroyons, confentons & accordons, voulons & 
nous plaift ,que de tous & chafcuns leursbiens , meubles, heritages, Terres 
*& Seigneuries, ant de ceux qui par eux ont efté & feront acquis, conftant 
leur mariage, que d’autres qui leur competent & appartiennent, ou deuront 
leur competer & appartenir en quelque maniere que ce foit, ils puiflent & 
leur loife faire l'vn à l’autre telle donation ou donations mutuelles ou perpe- 
tuclles qu’ils voudront ou bon leur femblera, foit de la proprieté d’iceux 
biens perpetuellement & à coufours, foit de l’vfufruit à vie ou autrement, 


DY ROY CHARLES VIII. 565$ 


à quelque valeur que puiffent monter ou eftre prifez lefdits biens; & vou- r A87e 
ons & nous plaift que les donations foient valables, tiennent & fortiflent 
leur plein & entier effet, iaçoit que on vouluft dire que éfdites donations 
aurions quelque intereft, mefmement du cofté d’icelle noftre fœur, en tant 
comme dit eft, que luy pourrions cy-aprés fucceder, ou aufli qu’elles fuf- 
fent immenfes ou contre difpofition de droit & de couftume , à quoy ne 
voulons auoir aucun efgard , mais par ces Prefentes y auons derogé & dé- 
rogeons expreflément; & dés maintenañt pour lors & deflors pour mainte< 
nir icelles donations en quelque maniere que par nofdics frere &-fœur, 
elles foyent entre eux ou puiflent eftre pañlces & faites, auons euës & auons 
agreables, & les auons authorifées , & de noftre grace fpeciale, pleine puif- 
fance & authorité Royale authorifons par ces Prefentes, -nonobftant tous 
droits & couftumes que l’on pourroit alleguer au contraire, & que lefdites 
donations fuflent immenfes & non infinuées , & toutes autres raifons que 
nous pourrions auoir & prétendre maintenant, & pour le temps à venir en 
iceux biens, fuft par voye d’aétion, de refcifion, ou deception, ou autrement, à 
toutes lefquelles aétions, refcifions & exceptions nous auons renoncé & re- 
nonçons, promettant de bonne foy &en parole de Roy ne venir iamais à l'en: 
contre de ces Prefentes par nous ny parautres direétement ou indireétement 
enaucune maniere. Si donnons en mandement à nos amez & feaux les gens de 
nos Comptes.& Treforiers, & à tous nos autres Tufticiers & Officiers, ou à 
leurs Lieutenans prefens & à venir, que du contenu en ces Prefentes ils 
faflent, fouffrent & laiflenc nofdits frere, & fœur, iouyr & vfer pleinement 
& paifñiblement, fans leur faire, mettre ou donner ny fouffrir eftre fait, mis 
ou donné ores ni pour le temps à venir aucun deftourbier ou empefche- 

ment au contraire, lequel fi fait, mis ou donné leur auoit efté ou eftoit, 
le reparent, & mettent ou faflent reparer & mettre fans delay à pleine deli- 
urance: car ainf nous plaift-il eftre fait, nonobftant comme deffus, 8e quelf. 
conques Ordonnances, Edits, ftatuts, reftriétions, ufages, rigueur de droit, 
& Lettres à ce contraires. Et afin que ce foit chofe ferme & ftable à couf. 
jours, Nous auons figné de noftre main ces Prefentes, & à icelles fait met- 
tre noftre féel, fauf en autre chofe noftre droit, & l'autruy en toutes. 
Donne à Ancenis au mois-d’Aouft, l’an de Grace mil' quatre cens quatre- 
vingts-fept, & de noftre Regne le quatriefme. Ainf figné, CHARLES. 
Par le Roy, les fieurs de Lifle, de Grimaulr, & autres prefens, Robineau. Vifa € 
expedita in Camera Computorum Domini noffri regis, Gr ibidem libro chartarum buins 
temporis regiffrata. Scriptum in prefats Camera quarts lanuarii anno 1 487. Bureau. 

is Tiré de l'original. 2 | 


Réunion au Domaine de” Le Terre e7 Se: gneurie de F ontenay le Comte 
| en Poitou. | | 


An DE GRACE mil quatre cens quatre- vingts-fept, le Vendredyÿ xs. Février 
quinziefme iour de Féurier,à moy Iean de la Croix, sa A ordinaire 1457. 

en la Senefchauffée de Poitou,en la Ville de Poitiers, me furent baillées 

par Maiftre Eftienne Bonney Receueur ordinaire pour le Roy noftre Sire 

en ladite Senefchaufite, certaines Lettres Patentes dudit Seigneur auec 

fes Lettres Mifliues de Meffeigneurs des Comptes du Roy noftredit Sire à 

Paris, enfemble les Lettres execuroires ddnnées par Monfeigneur le Senef: 

chal de Poitou, dont les teneurs s’enfuiuent. | 


HarLes par la Grace de Dieu Roy de France: À nos amez & feaux #6: assie 
gens de nos Comptes, & au Senefchal de Poitou,ou à fon Lieutenant, ES 
Salus & dikétion. Comme feu noftre tres-cher Seigneur & ds que Dieu 
| | BBbb ni 


” ‘ 


D Ho So — 


566 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
1487. abfolue , eût en fon viuant donné & delaiffé à noftre tres-cher & feal cou- 
fin Confeiller .& Chambellan, le fewr de Gie, Marefchal de F rance, en ef- 
change de la Vicomte de Fronflac qu'il difoit à luy appartenir, la Terre & 
Seigveurie de Fontenay le Comte, auec fes appartenances ëc appendances, 
fruics, profits, reuenus & emolumens d’iceux, pour les tenir, & Ca iouyr par 
iceluy naître coufin en recompenfe d'icelle Vicomte de Fron/ac, iufques à ce 
que ladite Vicomte & Scigneuric fuft mife encre fes mains, ainfi que plus à 
plein eft contenu és Lettres de don,bail & tranfport fur ce oétroyées, laquel- 
Je Seigneurie de Fontenay noftredit coufin a toufiours depuis tenué & pof- 
fedéc; & foit ainfi que puis nagueres Nous luy auons mis & fait mettre 
en fes mains ladite Vicomté de Fronfac, & la tienr & poflede & en prend 
Je reuenu, Par quoy icelle noftre Seigneurie de Fontenay le Comte doit 
retourner & cftre réunie à noftre Domaine, ainfi que d'ancienneté à couf- 
jours efté. Pourlaquelle caufe, Nous qui de tout noftre cœur defirons reduire 
moftre Domaine en fon:ancien eftat & valeur, vous mandons, & exprefle- 
ment <nioignons par ces Prefentes & à chafcun de vous, que ladite Terre 
& Seigneurie de Fontenay le Comte, fefdices appartenances & dependan- 
ces quelfconques, ainfi qu’elles fe comportent, & qu’elles luy furent bail. 
les, données & tranfportées par noftredit feu Seigneur & pere, vous re- 
mettiez & reuniffiez en nos mains & Domaine, en faifant dorefnauanc 
prendre , receuoir & tenir le compte des fruits, reuenus & efmolumens 
d’iceux par noftre Receveur ordinaire.de Poitou,ainfi que des autres chofes 
eftans d’iceluy noftre ancien Domaine, & que fait eftoit auparauant ledit 
don & tranfport fait par noftredit feu Seigneur & pere, & à ce faire & 
fouffrir contraigniez & faires contraindre tous ceux qu’il appartiendra par 
toutes voyes & manieres deués & accouwftumées de faire pour nos propres 
befognes & affaires, nonobftant oppolitions ou appellations quelcanques : 
Car tel eft noftre plaifir. Donxé à Paris le vingt-fixiefme iour de lanuier, 
l'an de Grace mil quatre cens quatre-vingts-fept, & de noftre Regne le 
* Le Chamss- Cinquicfme, Ainfi figné, Par Le Rey, le Comte de Clermont, vous *, Mef- 
lier. fire Ican de la Vacquerie, premier Prefident, les ficurs de la Trimoille, de 
Piennes & de Grimaud, Meflire Jean le Vifte aufll Cheualier, Maiftre 
Martin Belleface, & autres prefens, Robineau. Et fécllées de cire jaune à 


Émple queué. 


au D) E par Les Gens des Comptes du Roy noffre Sire 4 Paris: Au Senefihal de 

Poitou , Aduocat, Procureur, G* Receueur ordinaire du Roy noffredis Sire, 

ou leurs Licutenans, Commis G Subflitut en ladite Senefihasf[ée. Nous auons 

ce jiourd’huy receu les Lettres Patentes d'iceluy Seigneur, que vous en- 

uoyons par ce prefent porteur, & vous mandons & à chafcun de vous que 

la Terre & Seigneurie de Fontenay L' Comte, & fes appartenances dont men- 

tion y eft faite, vous preniez & mettiez incontinent & fans delay en la main 

dudit Scigneur, & vous Receueur faices en recepte des profits & reuenus, 

tout ainfi que ledit Seigneur le veut & mande par fefdices Lectres, & nous 

refcriuez de la reception de ces Prefentes. Noftre Seigneur foit garde de 

“vous, Eféris à Paris le fixicfme iour de Féurier. Ainf figné, Le Blanc. Et 

fur la fubfcription eft efcric ce qui s'enfuit: 4sx Senefthal, Adsvcat, Procu- 

reur CO Reccueur du Roy noïfre Sire em Poitos, on à leurs Lieutenans, Commis C 
Subffitut. Et féellées de quatre petits fignets de cire rouge. 


N“ 


VIOVRD'HVT en la Cour de ceans, où eftoient aflemblez les Offi- 
ciers du Roy en cette Sencfchauflée, ont efté prefentées par Jacques 
de Chaffac Sergent à Cheual du Roy noftre Sire en fon Chaftelet à Paris, 
certaines Lettres Pacentes données à Paris le vingt-fixiefme iour de lanuier, 


ed 


2 


| 
| 
| ; 
| 


DV ROY CHARLES VIII 567 


lan prefent mil quatre cens quatre-vingts-fept, auec certaines Lettres miffiues 
de Noffeigneurs des Comptes, en date du 6. iour du prefentmois de Féurier, 


par lefquelles & pour les caufes dedans contenués la Terre & Seigneurie 


de Fontenay 1e Comte a efte remife & réunie és mains 8&s au Domaine, Veuës 


_defquelles Lettres tant Patences que mifliues , en obremperant à icelles, la- 


dite terre a efté par lefdits Officiers prife & mife en ladite main dudit fieur, 


148 7. 


& ont efte lefdites Lettres baillées à Maiftre Eftienne de Bonney Receueut 


ordinaire, pour, fi meftier eft, les faire publier où il appartiendra, & faire re: 
cepte des fruits, reuenus & émolumens de ladite Terre, ainfi que mandé 


eft par icelles Lettres, en donnant en mandement au premier Sergent pa | 


fur ce requis de icelles Lettres publier, & faire à fçauoir à cry public & à fon 
de trompe & autrement, ainfi & és lieux qu’il appartiendra Donné & fait 
en la Cour ordinaire de la Senefchauflée de Poitou, tenuëé à Poitiers 
le Vendredy quinziefme iour de Feurier , l'an mil quatre cens quatre- 
vingts-fept. Ain figné, Richard, Commis. Et féellé en fimple queué en ci- 
re rouge. | | 

Nu defquelles Lectres deffus efcrices, ie Sergent fufdit me tranf- 
portay le fciziefme iour dudit mois de Feurier , en la compagnie du- 
dit Receueur de ladite Ville de Poitiers en la Ville de Fontenay le Com- 
te, pour illec faire publier lefdices Lettres, auquel lieu de Fontenay le lun- 
dy enfüuiuant dix-huiticfme iour dudit mois de Féurier fis crier & publier 
par cry public & à haute voix par Macé Garnier lefdites Lettres ,ainfi que 
contenu eft cfdites Lettres extraordinaires de mondit fieur le Senefchal, 
ou cftoient prefens à voir faire lefdices chofes, Maiftre Guillaume Grion 
Affeffeur de mondit fieur le Senefchal de Poitou audit Fontenay, Pierre 
Cailler Chaftelain , Lieutenant du Chaftel dudit lieu, lacques Sufannet 
Commis de l’Aduocat audit lieu, Robin Bufchaie, Iean Charriere, Fran+ 
çois Bufchaie, Lucas Gaultier, & plufeurs autres, en la compagnie duquel 
Receueur ic feiournay, tant en allant audit lieu de Fontenay le Comte, 
fciournant illec pour faire ledit cry, que retournant audit lieu de Poitiers, 
par l’efpace de cinq iours entiers , pour lefquels ledic Receueur m'a payé 
# fomme de foixante - quinze fols tournoïs, dont ie me tiens pour con: 
tent & bien payé. En + nee de verité j’ay ligné ces Prefences de ma main, 
& fécllées de mon fécl, le vingt & vniefme iour dudit mois de Féurier, 
Jan & iour fufdits. Ainf figné, J. de la Croix. Et féellées en cire rouge 
à double queuc. _ 


Contract de Mariage de Charles de Vallois, Comte d'Angonlefme , peré 
dy Roy Françoÿ I. Co de Louyfe de Sauoye. 


| Tovs ceux qui ces prefentes Lettres verront. Jacques Deftouteuil- 
À le, Cheualier, Seigneur de Beyne, Baron d’lury & de Saint André 
en la Marche, Corfeiller, Chambellan du Roy noftre Sire, & Garde de 
Ja Preuofté de Paris, Salur. Sçauoir faifons que pardeuant Anthoine Satin 


& Pierre Pichon Clercs, Notaires du Roy noftredit Seigneur par luy efta- 


blis en fon Chaftelet de Paris, furent prefens en leurs perfonnes haults & 
puiffans Seigneurs & Princes Monficur Charles Comte d’Angoulefme, pour 
luy & en fon nom d’vne part, & Monfieur Philippes de Sauoye Comte de 
Baugié, & Seigneur de Brefle , en fon nom, & à caufe de Damoifelle 
Louyfe de Sauoye fille de luy & de haute & puiffante Dame Marguerite 
de Bourbon iadis fa femme d'autre part, lefquellés parties de leurs bons 
rés, bonnes volontez, propres, mouuemens, & certaines fciences, fans for- 


- ce, fraude, erreur, contrainte ou deceuances aucunes, fi comme elles di- 


foient reconnurent & confeflerent en la prefence defdits Notaires, com- 


A Paris 
16. Fénrie? 
& 4 8 7 


——— 56% OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4 8 7. me pardeuant nous, en droit , igement, comme du gré, vouloir, & con- 

7 Re | | 
fentement du Roy noftredit Seigneur, auquel lefdires parties attiennent 
par proximité de lignage, & par l'aduis, confeil , & deliberation de plu. 
fieurs Princes & Seigneurs leurs parens & amis, elles auoient & ont fait en- 
femble les traité, accords, Douaires , promefles , conuenances, & autres 
chofes cy-aprés déclarées pour raifon du Mariage de mondit Seigneur le 
Comte d’Angoulefme & de ladite Damoifelle Louyfe de Sauoye fa future 
efpoufe; c’eft à fçauoir ledit Monficur de Brefle auoir promis & promet don- 
ner & bailler à Ds & efpoufe icelle Damoifelle Louyfe de Sauoye fa 
fille, franche & quitte audit Monfieur d'Angoulefme, qui icelle a À Fons 
& promet prendre par nom de Mariage le pluftoft que bonnement faire ce 
pourra, & dedans le temps qu'il plaira au Roy noftredit Seigneur , fi Dieu 
& Sainte Eglife s’y accordent, En faueur & contemplation duquel Maria- 
ge, iceluy Monfieur de Brefle fera tenu, promet & gage payer , & bailler 
audit Monfeur le Comte d’Angoulefme, ou au porteur de ces.Lettres pour 
luy , la fomme de #rente-cinq mille liures tournois en cette maniere: c’eft à 
fçauoir quinze mille liures tournois dedans le iour des efpoufailles defdits 
mariez futurs, dix mille liures tournois au iour Saint Iean Baptifte pro. 
chainement venant en un an qu'on dira mil quatre cens quatre-vingts- 
neuf, & le refidu montant autres dix mille liures tournois au iout de Saint 
Ican Baptifte enfuiuant, qu’on dira mille quatre cens quatre-vingts-dix , & 
defdites deux fommes montans à vingt mille liures tournois , ledit Mon- 
fieur de Brefle baillera bon pleige & caution, & ce pour tout tél droit de 
fucceflion quelconque , qui à icelle Damoifelle Louyfe eft defia venu & 
cfcheu par le trefpas & fucceflion de fadice feué mere, & aufli pour tel 
droit de hoirie & fucceflion qui luy pourra competer & appartenir par le 
trefpas dudit Monfieur Philippés de Sauoye fon pere, & aufquelles fuc- 
ceflions & hoiries de fefdits pere & mere, ainfi que deflus eft dit, & aufli 
à coute autre fucceflion collaterale qui luy pourroit efcheoir & aduenir du 
cofté paternel , tant feulement iceluy Monfieur le Comte d’Angoulefme 
pour luy, & ladite Damoifelle Louyfe de Sauoye fa femme future a renon. 
cé & renonce par ces Prefentes;au profit dudit Monfieur de Brefle & de fes 
hoirs mafles, tant qu’il y aura hoir mafle defcendant de mafle, & en fit & 
fait ceflion & tranfport à iceluy Seigneur de Brefle , de laquelle fomme de 
trente-cinq mille liures tournois , les deux parts feront conuerties & em 
ployées en heritages, qui fera le propre de ladite Damoifelle Louyfe de 
Sauoye & de fes hoirs de fon cofte & lignée, & le tiers fortira nature de 
meuble, Et au câs que lcdit Monficur d’Angoulefme, ou ladite Damoifelle 
Louyfe de Sauoye alloient de vie à trefpas fans hoirs dudit Mariage, aupara- 
uant que les deux parts de ladite fomme euflent efté employées en herira- 
_ ges,en ce cas ledit Monfieur d’Angoulefme ou fes heritiers, feront tenus de 
rendre & refticuer lefdices deux parts de ladite fomme de trente-cinq mille 
liures tournois dedans l'an aprés enfuiuant à ladite Damoifelle de Sauoye 
fi elle eft viuante , ou à fefdits hoirs tenans fon cofté & ligne; & à faute de 
payement, mondit fieur d’Angoulefme dés maintenant comme deflors pour 
manutention conftitué,afliet & afligne mille liures tournois de rente fur tou- 
ces fes Terres & Seigneuries, & fur chafcun lieu, piece, partie ou portion 
d'iceux , pour le tout qu’il en chargea & charge, oblige & hypoteque du 
tout aux cas deffufdits enuers ladite Damoifelle de Sauoye, & fefdits hoirs 
tenans fon cofté & ligne pour ladite rente de mille liures tournois, à faute 
de payement & reftitution defdites deux parts de ladite fomme de trente- 
cinq mille liures tournois, rendre, payer, fournir & faire valoir bonne, fol- 
uable & bien payable par chafcun anlors erifuiuant, fans aucun defchet ou 
diminution, & iufques à plein payement entier, & faic à vne fois Me 
| efdices 


0. 


— 


DV ROY CHARLES VIII. sé 
defdites deux parts de ladite fomme de trente-cinq mille liures, & fans en 
pouuoir diminuer ou rabatre aucune chofe pout raifon de la perception de 
ladite rente, Et outre ce que dit eft, & en accroiflement & augmentation 
dudit mariage, difoienc lefdites parties que le Roy noftredit Seigneur, pas 
fes Lettres Patentes, confiderant qu'à fadite requefte & pourchas ledié 
graicé de Mariage a cfté craicté & accordé, la grande proximité de lignage 
dont lefdites parties luy attiennent, les feruices qu'ils luy ont faits & fonc 
chacun iour, & aufli afin qu’au moyen de ladite alliance icelles parties foient 
plus enclines à fon feruice, de procurer fon bien & de fon Royaume, & 
pour donner courage à fes bons vrays parens & feruiteurs de bien & loyau- 
ment le feruir, & autres caufes à ce mouuans, a donné & donne aufdits 
mariez futurs, en faueur dudit Mariage, la fomme de vingt mille liures 
tournois pour vne fois, & en feureté d’icelle fomme il:a donné & tranf. 
porté à iceux mariez futurs la Terre & Seigneurie de Melle fituée & aflife 
au Pays de Poitou, fes appartenances & appendances, pour eux & leurs 
hoirs, à la faculté de rachapt, pour ladite fomme de vingt-mille liures tour- 
nois à vn feul payement, & aufli que le Roy noftredit Seigneur auoit & à 
donné & cranfporté aufdits mariez futurs la faculté de pouuoir auoir & 
retraite pour & au nom de luy la Chaftellenie & Seigneurie de Chifey, ap- 
partenances & appendances quelfconques d’icelles, que tient & occupe de 
prefent Monfieur le Duc de Nemours & fes coheritiers, pour onze mille 
deux cens trente Royaux d’or ,comme l’on dit, ainfi que tout ce lefdites 
parties difoient à plein eftre contenu és Lettres de don données & oétroyées, 
& qui fe donneront & oëtroyeront par le Roy noftredit Seigneur; & que 
s’il aduenoit que lefdites Terres fe rachetaflent par le Roy noftredit Sei- 
gneur, la moitié dudit rachat appartiendroit à ladite Damoifelle & aux fiens. 
Et au furplus ledit Monfieur d’Angoulefme a donné & donne par ces Prefen- 
tes à ladite Damoifelle Louyfe de Sauoye fa femme future, la fomme de trois 
mille liures tournois en afliece de terre aux vs & couftumes des Pays où les 
Terres cy-aptês declarées fonc ficuées & afifes, les Chafteaux & Places pour fa 
demeurance pour rien comptées en l’aflicte defdites crois mille liures, à ice- 
luy Douaire auoir & prendre fi-toft & incontinent que Douaire aura lieu, 
{ur les Terres, Places & Seigneuries de Romorantin & Chafteauneuf fur 
Charente qu'il en charge, oblige, aflied & hipoteque du cout enuers ladite 
Damoifelle Louyfe de Sauoyce. Et au cas qu’elles ne pourroient fournir le- 


dit Douaire, & que afiere n'en puft eftre entierement faite, mondit fieur 


d’Angoulefme veut & confent que ladite Damoifelle les prenne de prochain 
en. prochain fur fes autres Terres & Seigneuries , tellement que ledic 
Douaire luy foit entierement acquis & afligné, Et s’il aduenoit que ledit 
Monfeur d’Angoulefme allaft de vie à trefpas , auparauant Madame fa 
mere qui tient de prefent lefdices Seigneuries, & qu’à certe caufe ladite Da. 
moifelle Louyfe de Sauoye ne puft iouyr defdites Terres de Romorantin, 
Chafteauneuf ,& autres Terres pour fondit Douaire ; en ce cas iceluy Sei- 
gneur dés maintenant pour lors & deflors pour maintenant confent que ladite 
Damoifelle Louyfe de Sauoye ait & prenne pour fondit Douaire la Terre & 
Seigneurie de Coignac., & autres Terres circonuoïfines, iufques à ladice 
fomme de trois mille liures tournois par chacun an en afliete comme deflus, 
& fi elles ne fuffifoient, que ce qui s’en faudra luy foit baillé fur le reuenu. 
de fes autres Terres de prochain en prochain : & aprés le trefpas de Mada- 
me d’Angoulefme , lidite Damoifelle Louyfe de Sauoye prendra fondit 
Douaire fur lefdices Ferres de Romorantin & de Chafteauneuf, iufques à 
la valeur d’iceluy, felon les formes deflufdices, & delaiffera ledit lieu de 
Coignac. Et aufli a promis & promet ledit Monfieur d’Angoulefme faire ra- 
tifier, confirmer & approuuer ce prefent traité par madice Dame fa mere, 


CCcc 


OURS = 


148 7. 


#—— j70 


OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


148 7. & confentir que les enfans qui ifferont dudit Mariage, fi elle füruit ledic 


Monfieur d’Angoulefme, viennent à la fucceflion, en reprefentant leur pe- 
re; & fi a efté accordé entre lefdites parties, en faïfant ce prefent traité, 
que lefdits futurs efpoux feront tous ioints ,& communs en biens, meubles, 
& conquefts immeubles qui fe feront durant & conftant leur Mariage fe: 


| lon la couftume des lieux. Er a promis en outre ledit Monfeur d’Angoulef: 


29. Fénrier 
1#8 7. 


me faire ratifier & approuuer le contenu en cefdites Prefentes par madire 
Damoifelle Louyfe de Sauoye fa femme future, & de luy faire faire lefdi 
tes renonciations, ceflions & tranfports, incontinent aprés que ledit Ma- 
riage fera confommé & accomply, & en bailler à mondic fieur de Brefle 
Lettres de ratification’ d’icelle Damoifelle, Toutès lefquelles chofes defluf- 
dites & en cefdites Lettres contenuëés & efcrites ledit Monfieur le Comté 
d'Angoulefme & Monfieur de Breffe promirent en paroles de Princes, & 
par les foy & fermens de leurs corps pour ce par eux baillez, & iurez cor- 
porellement és mains defdits Notaires, à auoir, chacun endroit foy, à 
bien agreable, les tenir fermes & ftables à toufours, icelles entretenir & 
accomplir de point en point felon leur forme & teneur, fans jamais aucu- 
nement venir à l'encontre, fut, & foit par voye d'erreur, d'ignorance de 
fait, circonuention ou deceuance, ou autrement comme que ce foit, ou peur 
cftre, ainçois rendre , payer & reftituer à pur & à plein, & fans aucun 
plaid ou procés, tous coufts , frais , mifes, ris , dommages & interefts 
ui faits & encourus feroient par defaut des chofes fufdices par eux non 
aites , tenuës & accomplies spa ainfi 8: par la maniere que dit eft, 
fous l'ebligation de tous leurs biens & de ceux de leurs hoirs, meubles & 
immeubles , prefens & à venir, qu’ils en foufmirent & foufmettront, cha- 
cun endroit foy, pource du tout à la iurifdiétion & contrainte de ladite 
Preuofté de Paris, & de toutes autres luftices & Iurifdiétions où trouuez 
feront pour l'accompliffement du contenu en cefdites Prefentes; & renon- 


cerent en ce faifant expreffément par leurfdits fermens & foy à toutes ex- 


€ccptions de deception, fraude, barats, cauteles , cauillations, raifons, dé. 
fenfes, oppofitions, à tout droit efcrit & non efcric, canon & civil, vs, ftils 
& couftumes, eftabliflemens de Villes & lieux, & à coutes aurres chofes 
gencralement quelconques que l’on pourroit faire, dire, propofer ou alle- 
guer contre ces prefentes Lettres, l'effet & ceneur d’icelles, & au droit, di- 
fant Le renonciation non valoir. En refmoignage de ce Nous, à la rela- 
tion defdits Notaires, auons mis le féel de ladite Preuofté de Paris à cef- 
dites Lettres, Pafñlées & accordées furent doubles, Fan de grace mil 
quatre cens quatre-vingts-fept , le Samedy fcizicfme iour de Février, 


Signé, Satin, & Pichon. 


Arreff du Parlement , portant enregifrement des Lettres accordées par le 
Roy au Comte d'Angoulefme touchant fon mariage, auec Damoifelle 
Lonyfe de Sauoye, fille du Comte de Breffe. 


V Ev par la Cour les Lettres oétroyées par le Roy au Comte d’Angou. 
 V lcfme touchant le Mariage de luy & de Damoifelle Louyfe de S2- 
uoye, fille du Comte de Brefle, lefquelles furent hier leués. Oy fur ce le 
Procureur du Roy : La Cour a ordonne & ordonne que lefdites Lettres fe- 
ront enregiftrées , & que fur icelles fera mis: Leéfa, publicata, dr regiffrars, 
ad onus confignationt in promptu, vocatis vocandis vbi per curiam ordinabitur 
fendis, proceffufque de quibus in albo cauctur. Fait en Parlement le dix-neuvié- 
me jour de Février , l'an mil quatre cens quatre-vingts-fept, Signé, Ds 
Titles. Collation eft faite. | | 
Pris fur l'Expedition originale de sét Arrefi. 


h mi cE-e À 


DV ROY CHARLES VIIL GT — "me 
P AGE 43. au commencement: En ce mois de Féurier le Roy eftoit à Pa. sd 
ris ; & combien qu'il fuc contraint de pourfuiure Monfieur d’Orleans, 
le Duc de Bretagne & leurs complices par voye d’hoftilité, coutesfois il y 
vouloir bien proceder par voye de iuftice. 
Les pieces qui fuiuent iuftifieronc ces pourfuites, c’eft pourquoy l’on a 
cru les deuoir inferer parmy les preuues de cette Hiftoire, 


Arreft de la Cour de Parlement ; par lequel il eff ordonné que Meffre 
George d'Amboife, Euefque de Montauban, prifonnier en La groffe Tour 
de Corbeil, fera changé de lien à caufe de [on indifbofition, x à néant- 


moins gardé par ceux que le Roy Ja commis. | 


Ve la Requefte baillée à la Cour le dix-neuuiefme iour de Iuillet par 24 Iuilet 

S Meflire Georges d'Amboife Eucfque de Montauban, prifonnier detenu en la "*°” 
groffc Tour de Corbeil, par laquelle il requeroit eftre amené en cette Vil- 
le de Paris, ou en lieu ou il | sg auoir Medecins pour eftre panfé de cer- 
taine maladie qu'il dit luy eftre furuenué. Veu par la Cour ladite Requefte, 
le Rapport de Maiftre René Hangrand & Michel de Creil Docteurs 
en Medecine, qui par Ordonnance de ladite Cour fe font tranfportez 
audit lieu de Corbeil & en la prefence de deux Confeillers d’icelle Cour à 
ce commis, ont veu & vifité ledit Euefque de Montauban, & la chambre 
en laquelle il eft detenu, par lequel rapport iceux Doëteurs en Medecine 
ont declaré les maladies furuenués audit Euefque , & affirmé que au 
moyen d'icelles il eft en danger de mort, s’il n’eft mis hors de ladite 
Tour, & en plus grand air,& panfé de medecines conuenables. Veu auffi 
le Procés verbal defdits Commiffaires qui ont veu & vifté ladite Tour & 
Je Chaftel dudit lieu de Corbeil, & tout confideré: La Cour a ordonné & 
ordonne que ledit Eucfque de Montauban durant fa maladie, & iufques à ce 

ue par le Roy ou fadice Cour autrement en foit ordonné, fera mis hors 
L ladite grofle Tour, en l’vne des Chambres dudit Chaftel, deuément 
clofe, fermée, & treilliffce de treillis de fer,en laquelle il fera gardé pat le 
Capitaine ou fon Lieutenant, ainfi que par le Roy a efté commandé, & il- 
lec panfé & fecouru de Medecins conuenables pour fa fanté; & à ce faire 
feront contraints lefdits Capitaine & Lieutenant, & rous autres qu’il appar- 
tiendra, par toutes voyes deués & raifonnables, nonobftant oppolitions ou 
appellations, Et pour mettre à-exécution ce prefent appointement & Or- 
donnance, la Cour a commis & commet Maiftre Robert de Queteuille Con- 
{ciller du Roy en icelle Cour. | 


Infiruélion donnée par le Pape Innocent VIII. 4-fes Nonces l Enefque 
de Treguier 7 Antonio Flores ennoyez vers le Roy Charles VIII. 
touchant le procés de Geoffroy de Pompadour Euefque du Puy,er au- 
parasant de Perigueux , € George d'Amboife Euefque de Montauban, 


TTENDENS in primi fa Sanclites,de Regie Maicffatu falute anxis, * Greffrey de 
cul G gloriofo Dee odiofifimum cfle,in minifires Dominims- #7? ER 
pertc ofiffimuns, 4 d . f ff: és Cs5n iffres ue mn ne{que de Pere 
nus iniicere, cum propteres somplures Principes diuino mucrone percuffos fuiffe, tam rigueux. 1l 
veteres quam noui hifloriaræm f6riptores aperie teftentur; ac ideo veritus Sanctiffimes : a si . 
Dominus noffer, ne propter Reucr. Patrum Anicienfis * ç@& Montifalbani * Epif- du Puy. 
COpOTUMS CAPÉUTAM ; fi laicalu indiciés manu coerceantur, dinina iuffitis aliquid ad- pati 
merfi contra cundem Regem ffatsat ( gwod Deus aucrtat ) tamen cifi Rex ipfé nun- 


CCcci 


1487. 


572 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

tium ad faam Sanéfitatem de caufa capture huiufmodi plence inflruéfum féripfilit fe 
miffarum, cui adbuc rei graui forfan concurrente negotiorum multitudine euentus 
defuit , idcirco pro debito Pafforalis Offci ac faluti Regie confulere volens (ca Epif 
coporum caufam prout tenetur non negligere, [upra dichys nuntis pracipit, vt 4 pre» 
diéto Chriffianiffimo Rege requirant perfonas ditforum Epifcoporum vna cum eorums 
bons, vt ipfi Épiftopi compareant coram Sanétiffimo Domino noffroin Romana Cu- 
ria, vbi poÎ]is per fuam Sanctitatems Gr Jacrum Collegium D.D. Cardinaliwm decorum 
innocentia vel culpa cognofii, vt dicfis nuntiss iidem Epifcopi committantur, ad 
Ciuitatem Auinionenfêm fub fida cuffodia traducendi, ibique detincantar etiam fub 
idonei Cautionibus , ac fûper abicütis criminibus proceffus iuxta inris diSbofitionem 
per cofdem nuntios los, vel vna cum Archiepiféopo Bituricenfs firmari poffit, vf 
que ad féntentiam exclufine. Quos proceffus remittant ad S. D. N. vt [ua Beatitu- 
do in Confifforio cum Reserendiffimis Dominis Cardinalibus caufam terminer, vel 
decidat. Verum fi de tranfmifione dicforum Epifcoporwm ad loca preditfa nihil 


" poffit feri, inffandum eff quod faltem ad cinitatem vel locum aliquem dicfis nun- 


# à]. Brete 


#Æ Tours 
+4. Oobre 
4 487. 


tiis gratum deducantur., 


Lettre de Iean Boete *, Beneficier à Tours, au Roy Charles VIII. 
_tonchant le procés des Euefques de Perigueux & de Montauban. 
Se plaint qu'il n’a encore rien receu pour [es voyages; dit que les Arche- 
uefques de Tours ne peuvent connoiffre des caufes Ecciefiaftiques hors 
de leur’ Diacefe. | | 


Ox Souuerain Seigneur, à voftre bonne grace ant & fi tres-hum- 
blement que faire puis me recommande. Si vous plaife fçauoir, mon 


_ Souuerain Seigneur, que auiourd’huy ay receu les Lettres qu'il vous a plu 


m’enuoyer pa vnde vos cheuaucheurs d’efcuries, données à Laual du pre- 
mier jour de ce mois, par lefquelles m’efcriuez que faille à Paris pour le 
fait de Mefleigneurs les Eucfques de Perigueux @ de Montauban. Mon Sou- 
ucrain Seigneur, quant au regard de cette, ie crois que vous auez veu les 
Brefs que noftre Saint Pere a enuoyez à Monfeigneur l’Archeuefque de 
Tours, par lefquels eft mande à mondit Seigneur l’Archeuecfque m’appeller, 
uand il voudra proceder à l’exécution dudit Bref; & parce ne puis rie 
ie de moy, que premierement ne fois appellé par mondit Scigneur PAr- 
cheuefque : mon Souuerain Seigneur ,mondit Seigneur l'Archeuefque a en- 
uoyé querir lefdits Brefs, & ie les luy ay renuoyez. 
- * Mon Souuerain Seigneur, pour cette maticre:il vous plut m'appeller 4 
Chinon, & aufli m’enuoyer 3 Loches auec Mefleigneurs de Parlement, & 
n'ay ricn eu pour la defpenfc que j'ay faite, où j'ay vaqué par l’efpace de 
plus de crois femaines, combien qu’on m’euft affez promis fe men bailler. 
Cum labor in damno eff, crejcit mortal egeffss. Îe vis au mieux que ie puis de 
deux petits Bencefices que ray à Tours; & quand ie fuis abfent, ie n’y prends 
rien. Mon Souuerain Seigneur, ie prie le benoift Fils de Dieu qu'il vous 
doint profperité & fanté , Paradis à la fin. Efcrit 4 Tours le quatriefme 
sonr d'Ocfobre. | : | 
Mon Souuerain Seigneur, il fe trouue par les Saints Canons vieux & 
nouueaux, que Monfcigneur de Tours, ni autres, par vertu defdits Brefs,ne 
peuuent ny ne doiuent, fans le danger de leurs ames, connoiftre de ladite 
maticre hors du Diocefe de Tourraine, & de ce pourrez fçauoir par voftre 
Confeil. Voftre tres -humble & tres-obéiffant Juict © feruiteur, 1. Boetc*. Et 
fur la fuperfcription eft cfcrit: 44 Roy mon Sounerais Seigneur. 


ZE 


DVROY CHARLES VIIL : 573 


cArref contre les Emfques de Perigueux ex. de Aostnbor is 


# 


: V faites, les expofñitions d’icelles , & autres pieces apportées & mifes: 


deuers la Cour par Meflire Iean de la Vacquerie, Cheualier, Premier Pre- 


fident en ladite Cour, & autres Confeillers d’icelle:; Commiflaires:en cet-. 
te partie, à l'encontre de Meflire Geoffroy de Pompadèur Euefque-_de Peri- 
gueux, Confeiller & Aumofnier du Roy;& Prefident en fa Chambre des 
Comptes à Paris, Melflire Georges d’'Amboife, aufi Confeiller du Roy &Euef- 
que de Montauban, Meflire Philippes de Commines, Cheualier, fieur d’Ar- 
genton, Georges Gaffon , Guillaume Boisboiffel, & autres ; fur plufieurs mauuai- 
fes & damnées entreprifes confpirations & machinations illicites qu’on 
dit par eux auoir efté faites contre le Roy & fon authorité : Véeués auflf 
plufieurs autres lettres contiefaites:, aüec les expofirions d’icelles, infor- 
mations & confeflions depuis apportées. en icelle Court par Ordonnance 
du Roy, & tout confideré :. Ladite Cour a ordonné que commiffion fera 
baillée adreffante à Maiftre Martin de Bellefaye & Iean le Vifk Confeillers 
du Roy en icelle Cour, & à chacun d’eux, pour interroger, examiner, & 
fi meftier eft, recoller tous ceux qu'ils verront eftre à faire , & qu’ils con- 


. noiftront fçauoir aucune chofe defdites confpirations, machinations & en- 


treprifes, auec compulfoire pour recouürer & prendre tous féellez, Let- 
tres, & autres chofes feruans à la matiere, & poix prendre & âmener de- 
uets ladite Cour tous coupables & prifonniers, ainfi qu’ils verront eftre 


à faire par raifon. Lu. 2, 


Deux Lettres, par lefquelles le Roy Charks VIII. mande à Monfieur 
de Beauien, Comte de Clermont y de la Marche , de [e trouuer au 


Parlement, pour affifier au procez des Ducs. d'Orleans és de Bretagne. 


[@ HARLES par la grace de Dieu. Roy de France : A: noftre tres+ 
: cher & tres-amé frere. & coufin le Comte de Clermont & de la 
Marche, Seigneur de Beauieu, Pair de France , Sales @ dileëtion. Com- 
me par nos Lettres Patentes données à Ancenis le 23. iour du mois de 
luillec dernier pañlé , Nous ayons adiourné, & par nos. autres Lettres don- 
nées audit lieu le 12. ibur de ce prefent mois d’'Aouft, prorogé ledit ad- 
journement , & fait afligner iour à’noftre frere & coufin /e Duc 4'Orleans, 
Pair de France, à comparoir perfonnellement pardeuant Nous, nos Com- 
mis & Députez pour. Nous en noftre Cour de:Parlement à Paris, fuf- 
famment garnie de Paifs, au premier iour plaidoyable de noftre prochain 


Parlement à venir, qui commencera le lendemain de la fefte Saint Mar- 
tin d’hiuer prochain venant, nonobftant que les parties ne foient pas des 


jours dont l’on plaidera lors, & fur ce peine d’eftre atteints & conuain- 
| . DR e / , 
cus des cas & crimes de leze- Maiefte & autres, port d'armes , force pu- 


blique, voyes de fair, rebellions & defobcïffances enuers Nous à Iiy im- 


pofces, pour efter à droit fur lefdits cas & crimes, refpondre fur ce à nof- 


tre Procureur General, à telles fins, demandes, requeftes & conclufions 
que contre luy il voudra prendre & eflire, proceder & faire en outre ainf 
que de raifon, auec les incimations, fignifications & auétorifations en tels 


cas accouftumées. Pour quoy foit befoin que foyez & compariez audit iour 
en noftredite Cour de Parlement, pour y aflifter, & nous confeiller ainfi 
que tenu vous y eftes, & que à vous appartient à caufe de voftre dignité 


CCcciÿ 


RE NS 


1 4 8 7. 


Ev par la Cour les charges, informations & procez, letties -contre-:, 4er. 


A Chaflesn. 
Briant, le ze. 
Aoufi 1457 


74 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4 8 7+i de Pairie: Nous vous adiournons audit premier iour plaidoyable de nof: 


A Paris le 
83. lanuier 
2487. 


tredit Parlement à venir, & neanmoins vous mandons, commandons, & 
expreflément enioignons que vous foyez perfonnellement audit iour en 


noftredice Cour, pour en icelle aflifter, & nous confeiller, à ce qu’elle foit 


garnie de vous & des autres Pairs , & vous fignifions que en voftre de- 
faut & contumace l’on procedera contre vous ainfi que de raifon, & qu'il 
eft accouftumé faire en tels cas, fi gardez que en ce n'ait faute. Donné à 
Chafteau - Briant le vingtiefme iour d’Aouft, l'an de grace mil quatre cens 


quatre-vingts -fept ; & de noîftre regne le quatriefme. Signé, Par le Roy 


en fon Confcil, Parens. | 


HARLES par la grace de Dieu Roy de France : À noître tres. 

cher. & tres-amé frere & coufin le Comte de Clermont & de la 
Marche, Pair de France , Salut d dileifion. Comme pour raïfon des cri- 
mes de leze- Maiefté, apertes rebellions, defobeïflances, guerre ouuerte, 
& autres grands crimes , excez & delits, dont nos frere & coufins Loys 
Duc d'Orleans, & François Duc de Bretaigne, Pairs de France, ont efté trou- 
uez chargez tant par informations deuëment faites que par notorieté & 
euidence de fait & autrement: Nous, par grand aduis & meure-délibera- 
tion , ayons pieçà commandé nos Lettres Parentes d’adiournement en 
Pairie, par vertu defquelles auons adiournez leldits Loys Duc d'Orleans, 
& François Duc de Bretaigne, Pairs de France, à comparoir en perfonne 
pardeuant Nous ou hos Commis & Députez en noîftre Cour de Parlement 
garnie de Pairs, fur peine d’eftre atteints & conuaincus defdits cas, cri- 
mes & delits, à certain iour auquel ou autres continus & dépendans d’i- 
celuy, lefdits Loys Duc d’Orleans & Ffançois Duc de Bretaigne Pairs de 
France , ont efté deuëément appellez à la requefte de noîftre Procureur 
General pardeuant Nous en noftredite Cour de Parlement fuffifamment 
garnie de Pairs, vous entre autres prefens , auquel, noftre Procureur ce re- 
querant, auons donné defaut allencontre d'eux & de chacun d'eux, & de- 
puis ait iceluy noftre Procureur mis & baillé deuers Nous & noftredite 
Cour garnie comme deflus, fa demande en’ profit de defaut, laquelle 
auons differé de luy adiuger, & ordonné que lefdits Loys Duc d’Orleans 
& François Duc de Bretaigne , Pairs de France, & chafcun d’eux feront 
adiournez à comparoir en perfonne deuant Nous ou nofdits Commis & 
Deputez, en noftredite Cour de Parlement fuffifamment garnie de Pairs, 
pour voir adiuger à noftredit Procureur General les demandes & conclu- 
fions ciuiles qu’il a baillées par efcrit pardeuers Nous & noftredire Cour, 


ou telles autres que de raifon, 44 14. iour d'Auril prochainement venant, 


auquel eft neceflité que foyez perfonnellement en noftredite Cour, pour 
nous confciller, & y aflifter ainfi que tenu y eftes à caufe de voftre dignité 
de Pairie. Posrce eff il que Nous vous adiournons à comparoir deuant 
Nous ou nofdits Commis & Deputez en noftredite Cour de Parlement 
audit 14. iour d’Auril prochain venant, pour aflifter en icelle, & nous 
confeiller en ladite matiere, circonftances & dépendances d’icelle, ainfi 
que faire le deuez, & qu'il eft accouftumé de faire en tels & femblables 
cas. Donné à Paris en noftredite Cour de Parlement fuffifamment garnie 
de Pairs, le vingt-deuxiefme iour de lanuier, lan de grace mil quatre 
cens quatre-vingts & fept, & de noftre regne le cinquiefme. Signé, Par 
le Ro en fa Cour de Parlement fufffamment garnie de Pairs, P. De Cerifæ. 


vzèe 


| 


FU 


Dy Ro CHARLES VIIL  ÿ75-— 


©Arreff contre François Comte de Dunois, par lequel il eff declaré criminel 
de lexze- Maicfté, ex comme tel auoir confifqué [es coms er biens, fans 

_ Preindice du droit de [ubffitution pretendu par [es enfans en la Comté de 
Longueuille @ Seigneurie de Parthenay. | 


ral du Roy, demandeur à l'encontre de François Comte de Dunois, 
défendeur & defaillant, adiourné à comparoir en perfonne en ladite Cour 
par Ordonnance d’icelle, fur peine de banniflement de'ce Royaume, de : 
confifcation de corps &”de biens, eftre atteinc & conuaincu des cas, crie 
mes, rebellions & defobeïiffances à luy impofez, pour refpondre audit de- 
mandeur à elles fins &-conclufions que contre luy il voudroit prendre 8& 
_ €flire, pouf raifon de ce que, par information contre luy faite, & autre- 
ment deuément, il eft trouué chargé d’auoir fait, confpiré & machiné plu- 
fieurs fedirions, faétions, rebellions & defobeïflances contre le Roy nof- 
tredit Sire à port & -puiflance d'armes , & fait aflemblées de Gens de 
guerre, fait & conduit plufieurs mauuaifes & damnces entreprifes contre 
l'autorité du Roy & le bien du Royaume , & encore de prefent petfeue- 
re en aperte rebellion & defobeïflance, la demande & profit contre luy 
fait & baillé en efcrit par ledit demandeur, les informasons fur ce faites 
par Ordonnance de ladite @Gour , les Requeftes baillées à icelle Cour 
tant par Dame Agnes de Sauoye femme dudit Comte de Dunois, com- 
me par Agnes, Charles, & Louïs ieunes enfans , afin de conferuer à la- 
dite Dame Agnes fon droit de doüaire, & que prouifion luy foic faite. 
pour la vie , entretenement & nourriture d'elle & de fes enfans, & de 
conferuer aufdits Agnes , Charles & Louis, le droit de retour par eux 
pretendu en la Comté de Longueuille, & en la Seigneurie de Parthenays 
les proteftations faites par Dame Ieanne de Harcourt, fille & heritiere 
du feu Comte de Tancaruille, Chatles Comte ‘de Tonnerre, Mefire 
Charles de Beaumont, Cheualier, Seigneur de Breflure, & le Comte de 
Roufv, pour raifon de certains droits par eux pretendus fur les biens du- 
dit defaillant , les appoinremens de la caufe, & tour confideré : Dir a effé 
que Îa Cour a declaré & declare lefdits defauts eftre bien & deuémenc 
obtenus, & que au moyen d’iceux & autrement icelle Cour a adiugé & 
adiuge RTS, voile General du Roy demandeur, tel profit; c’eft à fça- 
uoir que ledit François Comte de Dunois défendeur eft priué, forclos & 
debouté de toutes iuftificarions & défenfes, tenu & reputé atteint & 
conuaincu des cas, crimes , faétions , apertes rebellions & defobeïflances 
à luy impofées ; & mefmement le declare ladite Cour criminel de leze- 
Maicfté, & comme tel auoir forfait & confifqué corps & biens enuers le 
Roy , fans preiudice routesfois des droits pretendus par ladite Dame 
‘Agnes de Sauoye pour fon doiaire, & par lefdirs Agnes, Charles & Louïs 
fes enfans, pour caufe de retour & aurrement fur lefdits biens, touchant 
lefquels droits ledir Procureur General du Roy ouy, fera fait -& ordonné 
droit ainfi que de raifon. Et cependant la prouifion faite par ladite Cour 
à ladite Dame Agnes le douziefme Ianuier dernier pafñlé, tiendra & for- 
tira fon effer iufques à ce que par ladite Cour autrement en foit ordonné, 
fans preiudice aufi des droits precendus fur ladite Terre & Seigneurie de 
Parthenay par ladite Dame Ieanne de Harcourt, fille & heritiere du feu 
Comte de Tancaruille, par Charles Comte de Tonnerre, Sieur de Saint 
Aignan, par Meflire lacques de Beaumont Cheualier, Sieur de Breflure, à 


; À J Ev par la Cour les quatre defauts obtenus par le Procureur Genex 27. Ms gs, 


————— 576 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


148 8. 


23. May 1488, 


2 4. Mars 
1 48.8. 


caufe de deux cens liures de rente & de plufeurs arrerages, & par le 
Comte de Roufly, pour raifon de douze mille efcus d'or , &..des pro. 
cez pendans en ladite Cour, pour raifon des droits & chofes deflufdi- 
tes ; & au Procureur General du Roÿ fes défenfes au contraire: Pro- 
moncé le vingt-ttoificfme May mil quâtre cens quatre-vingts & huit. 


Signé , De Liure. 7 ne 


Æreft contre le Comte de Comminges , le Gounerneur d'Auxerre, @ 

7 es Domefiques des Duc. d'Orleans, Cr Comte de Dunois. 

e | SE en de fnrer à | ) 
V Ev par la. Cour les quatre defauts obcenus..en. icelle par le Procu- 
.V  reur General du Ray. demandeur à. l'encontre. d'Olinier. Coërmain 
Gouuerneur d'Auxerre & Gapitaine d'Arras, Oder Daidie fisur de Com 
minges &.de Lefcun Sencfchal &, Admiral de Guyenne , Capitaine de 
Biaye, Chafteau- Trompetge, la Reolle, Saint Seuer,. Acqs & Bayonne, 
pour le Roy, Guillaume,de Supplainuille, Bailly-de Montargis fon ferui+ 
teur, Jean Boutet Controotleur, Nicolas Peam Seigneur de. la Perriere; 
François de Villebetron,, Philippes. de Cantiers, Îean de Lain, Robert de 
Fremezielles, Guillaume Cheurier, Melleart Hermite:, & Gobert feruiteurs 
du Duc d’Orleans & du Comte de Dunois, Iean Pierre Porcher, Meflire 
Maurice Deu. Senefchal, des fieurs de Dammartin & de Cefures, qu’on dit 
eftre au Duc de Lorraine, Anthoine d’Argnies Seigneur en partie de Dom- 
pierre, défendeurs , & defaillans, adiournez à comparoir en perfonne en la- 
dite Cour par l’Ordonnance d'icelle & autremeñr,; fur peine :‘d'eftre at- 
teints & conuaincus des ças, crimes ,;rebellions &'defob£iflances à eux 
impofées, pour refpondre audit Procureur General du'Roy à telles fins & 
conclufions que contre ‘eux il voudra prendre & .eflire, pour refpondre de 
ce que par informations: contre eux faites, ils font trouuez chargez d’a- 
yoir fait, confpité. & maghiné plufieurs feditiqns;. factions ;' rebellions &e 
defobéïflances à port d'armes contre de Roy noftredit Seigneur, fon: auchorité 
& le bien du Royaume; nonobftant les défenfes & commandemens du Roy, 
pris les armes , affemblé gens de guerre enuoyez par les ennemis du Roy & 
du Royaume pour refifter au Roy, fair efcrire, & enuoyé plufeurs féellez 
& Lettres. étranges à plufieurs Princes, tant fuiers du Roy que autres 
fes ennemis, la ol A & profit de defaut contre eux faire & baillée par 
efcrit par ledir Demandeur, les informations & -examens fur ce fajrs, & 
tout confideré, dir aeflé, que la Cour a declare & declare lefdits defauts eftre 
bien & deuément obtenus, & que au moyen d’igeux & aufrement icelle 
Cour a adiugé & adiuge audit Procureur General du Roy cel profit; c’eft à 
fçauoir que les defendeurs & defaillans font priuez , forclos &: deboutez 
de toutes.iuftifications & défenfes, encourus és peines à eux indites, re- 
nus & reputez atteints & conuaincys des cas, crimes, rebellions & de- 
fobéïiffances à eux impofez, mefmement les a declarez & declare ladite 
Cour Criminels de crime de leze-Maieftc, &,comme tels auoir forfait 
& confifqué corps & biens enuers le Roy. Promocé le. vingt-trois May 
mil quatre cens quatre-vingts-huit.: Signé , De-Liure. | 


Arret du Parlement contre Meffire Philippes de Commines. 


VJEGES par la Cour les charges, informarions & procés fait à l'encon- 


tre de Méeffire Philippes de Conmises, Chgualier , prifonnier au Palais 

à Paris ; pour raifon de ce qu’il cftoit chargé d’auoir eü intelligence , adhe- 
fon & pratique par paroles , meflages, Lettres de chifre, & autremenc, 
aucc 


DV ROY CHARLES VIII. $77 — 


auec plufieurs rebelles &.defobéiffans fuiers du Roy, & d’autres crimes & 1 4 8 8, 
malefices. Les confeffions dudit de Commines faites tant pardeuant aucuns | 
Commiffaires ordonnez par le Roy que depuis en la Cour de ceans, lefdi. 

tes Leres de chifre, confrontations & autres chofes eftanc audit procés, 

& tout confideré: dis a effé, que ladite Cour,pour reparation & punition 

defdits cas, a condamné & condamne ledit . Commines à eftre relegué 

iufques à dix ans prochains venans en vne des maifons, Terres & Sei-' 
gneuries de luy ou de fa femme, telle qu’il plaira ay Roy luy ordonner, dont 

il ne partira durant ledit remps ; promettra &iurera ledit de Commines, que 

par lettres, meflages, ni autrement, il ne communiquer, n1 pratiquera auec 

aucuns qu'il fçache vouloir entreprendre aucune chofe contre l'autorité 

du Roy & le bien de ce Royaume, & fi aucune chofe il en {çait, en aduer- 

tira ou fera aduertir le Roy, fur peine d’eftre tenu & reputé comme eux 

de crime de leze-Maiefté, & comme tel puny; & neantmoins de ce faire 

baillera bonne & fuffifante caution, iufques à la fomme de dix mille -efcus 

d'or; & fi a declaré & declare icelle Cour la quarte partie de tous les biens 

dudit de Commines eftre acquife & confifquée au Roy, & ce fans preiudice. 

du droit pretendu par Iean Seigneur d’Orual en la Comté de Dreux. Pre- 

noncé le vingt-quatriefme iour de Mars, l’an mil quatre cens quatrc-vingts= 

huit. Collation eft faice. Signé, De Wigmacourt. | 


P< E 47. 44 commencement. En ce mefme mois de Mars, le Comte de 
Vendofme efpoufa la Comrefle de Sainr Paul, veuue de Jacques de 
Sauoye, Comte de Romont. DRE | | | : à 

Le Contrat de Mariage eft rapporté cy-deflus page 553. ainf que les 
Lertres de don & remife des biens confifquez fur le defunt Conneftable de 
Luxembourg, qui ne furent accordées qu’en confideration de l'alliance 
que la Comtefle de Romont prit auec le Comte de Vendofme. L'on peuc 
icy obferuer qu'il y a de l'erreur au temps que ce mariage eft marqué. Guil- 
laume de Ialigny le met au mois de Mars: cependant le Concraét eft du 
huit Septembre precedent; & l'on iuftifie par des memoires aufquels on 


doit aioufter foy, que ce mariage fut celebré & confommé peu de temps 
aprés. ’ | CN 


Acte d'appel interietté par le Procureur General ; d'un Monitoire que le 
| Pape Innocent W'III. auoit decerné contre les Flamans | 
| fiers du Roy. | 


N nomint Domini, Amen. Noucrint univerfi prefens publicuns infirumentum 1. May 
infpeturi G° audituri, quod anno cinfdem Domini 1 #88. indiiione féxta,men- 1455. 
fs vero Maij die decims oûlaus, Pontificatus Sanififfimi in Chriflo Patrés © 
D. N. D. Innocentii Désina Prouidentis Papa VIII. anwo quarto, in noffrorum 
. Notariorurs ac teffiums infra fériptorum prafentis, coram veucrabili ac circunffeife 
vire Magiffro Stephano Lopin, in Legibus Licentiato, Ecclefie Turonenfis Cansore 
G Canonice, Vicario Generaliin fhiritualibus Gr temporalibus Reucrendiffimi in Chrif 
to Patré D. D. Roberti *Y,miferatione dinina Turonenfis Archiepiftopi, à füis cini- * C'efoit Ro- 
tate C Diecefi abfentis, G in remotis notorie agents, perfonaliter conffitutus , na- do un 
gna circumpectionts © féientie vir Magifler Petrus Courthardi, 4doocasus Do- 
mini noffri reg in f“a Parlamenti Curia, qui nomince procuratorio ciw/dem Dom. 
moffri regis Caroli regnantis, dixit fé prouocare G appellare, prout Prosocauit é 
| appellauis , preuocas GC appellat ab codem S. D. N. Papa, GC contra ip/um ad cum- 
| dem D. N. Papam, [ès ad illum vel iles, ad quem svel ad ques prouscare potcf C 
debet , ex @ pro caufis atque grauaminibus in quadam cedwla ee" in fu 


148 8, rencbar manibus , 


578 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 
nobifque notariis Jubfériptis tradita continctur € déclaratur, cu- 
jus quidem cedule papireæ tenor Jequitur, Gr eff talu. Cum à Sanétis Patribus, 
G> iuris conditoribus fuit adinuentum appellationum remediurs ; ad prefidium © 
kuamen opprefforam CG granaioram ; G* nuper allate fucrunt à Romana curia qu+- 
dam monitorii fpecialis littere falfe; nulle, mendofe, faltem inciuiles, ininriofe; 
fandalofe, iniufle, G* inique, nullam inris formam pre [6 ferentes, ex quibus ex va- 
gum occafione, Sereniffimus ; Excellentiffimss , G@ Chriflsaniffimus Dominus mcus 
remus Dominus Carolus Dei gratia rex Francorum, G vafalli, fubditi, com- 
mendati, adherentes, ac confæderati [ai multipliciter grawentur, vtr ex ipfarum lit- 
terarum infpeéfione, Gr alii que paulo poff fubiicientur, poterit apparere. Idisrco 
coram vobis vencrabili viro D. Stephano Lopin, Eccleffe Turonen. Cantore G Ca- 
nonico, R. D. Roberti Archiepiftopi Turon. Vicario Generali tanquam awthenti- 
ca perfona, in prafentia notariorum G° teffium infra fériptorum conflitutus, Gr 
Petrus de Courchardi, diéhi D. N. Reg Confiliarius, © in fuprema Parlamen- 
ti curia Regis Aduocatus, de mandato G ex ordinatione expreffa ipfius fapremi 
D. N. regis G procuratorio nomine fuo, ac vaffallorum , fubditorum , commerdato. 
rum , adherentinm, @ confæderatorum füorum , C* omnium quorumcumque alio- 
rum , guos boc negotium direite vel indireële, communiter Jeu coninnétim aut di- 
sifim, nunc aut in pollerum tangçere poffet, & fhecialiter Brugenfium , Gandenfium, 
Iprenfium, G aliorum Flandrenfium appellaui G prouocans, appello C* prouoco, is 
bis féripti modo, via C* forma, quibus de iwre mclius pofum Ce debeo, prout in hoc 
guaterno continctur à préfatarum litterarum conctffione, proceffu , executione, decla- 
Jatione, monitione Cr fulminatione quacumque carum , ad Sanéfiflimum D. N. Pa- 
pam modernum nobis informandum , d Sancfam Sedem Apoflolicam , feu adeum , 
vel eos ad yuos de iure pronocare svel appellare poffim Gr debeo. 1n primis pro gra- 
saminum cxplanationc, dico #omine quo pe quod Proconfules, Confules, Scabi- 
ni, Burgimagifiri, Decani magificriorum , © vninerfitates buiufmodi Brugenfium, 
Gandenfium C* Iprenfium oppidorum, Gr aliorum locorum comitatus Flandrie, Tor- 
nacenfis, G Morinenfis Diecefium , nulum alium recognofiunt Juperiorem, quim 
Chriffanifimum D. regem Francorum, qui eff corum direéfus C° fpremus Dominus, 
babens in eos G fuper cos omnem fupremam jurifdictionem C omne Japremum im- 
perium, ficuti in alios fuos fubditos, € regnicoles , quoniam comitatus Flandrie cf, 
CG fimper fuit de regno Francie, G: Comes quicumque ill fucris vel fit, tenctur. pref- 
tare fidelitatem G: homagium ligium prefato Domino regi, cuius ipfe eff vaffallus 
€ fabditus, G de numero Parium Francie, nec alium recognofiit fuperiorem quam, 
Dominum four regem Francorums, qui habet etiam in cum C* Jiper cum omncm f4- 
premam iuri[dictionem , G* omnce fupremwm imperium , G° hinc patet litteras prads- 
tas manifeflum expreffumque errorem continere, quantum in ils exprimitur, quod 
Bragenfes, Gandenfes @ Iprenfès fans iuremento adffricfi iluffrifimo Duci Auftriz 


- Maximiliano / afférenti Regem Romanorum, cui nec funt adffritfi, ciiam pra- 


textu nllius adminiffrationts, nec adffringi potuerunt, maxime in preindicinms ipfiue 
Domini Regis Francorum , qui ef} corum Dominus direlfus G* fupremus , C* à quo. 
dependent libertates G* prinilegis eorum, * quidquid habentinrifditfionss. Item dico 
god prafatus Dux Maximilianus limitibus fus non contentus, excefit longe terminos 
fuos;  multa tentauit G* perpetrauit in ipfo comitatu Frandrie contra authorita- 
tem G* faperioritatem fupremi D. mei regis, C* ctiam contra libertates, priuilegis © 
$wra conceffas G conceffa per Chrisfianiffimes reges Francorum Brugenfibus, Ganden-. 
fibus, Iprenfibus, G alis Flandrenfibus ; voluit enim in omnibus ufurpare fibi au- 
thoritatem omnimodam, perinde ac fi Flandria fuiffét proprium patrimonium fuum ,. 
quod facere non debuit, nec potuit. Ier dico néhil effe faifum contra tuffitiam per. 
Brugenfés, Gandenfès, G Iprenfés, qui reëta intentione C* fano confilio mot ad. 
Salutem reipublice, G* vtilitatem 1luffrifimi Domini Comitis Flandrie mentes ocu- 
lofque conserterunt, vt bonos, probos, C* magnanimos decet, quis cum Dux ipfe 
Maximilianus opers malorwm bominum cos affligeret vehementer, deffrucrerque 


DV ROY CHARLES VIII. 579 ——_—— 


@ corroderet mirum in modum patriam ilam Flandrenfim, Jeirerque pafim in |, 489 
malsos, © debaccharetur in bon, fabflantis, € fanguine innocentis populi, fuit LD 
pro conféruationc patrie  sutels incolarwm tot affliéfionibus G- f(andalis occurre- 
re: nam Flandria ante ducis Maximiliani aduentum abundans erat G: diues pPum » 
immo vlra ceteras prouiniies locupletifima, féd per eum  füos miniffros depas- 
perata fuit, exbanfla, C* deformata in granifimum preiudiciuns Domini noffri re 
gis  regni fai, C procul dubio Brugenfés , Gandenfis, € Iprenfés, aliique Flan 
drenfes ducuntsr folo ffudio C defiderio pacs quam ipfi iuraucrunt G Jigillane- 
runt, ideo voluns ilam obféruare, vt tencntur. Cum igitur ebligati fint Domino 
noffro regi Francorum duplici inramento, fidelitatis videlices G pacis per cos iurate, 
on eff férendum id quod in pradiifis litteris monitoriis contra veritaten cauctur , 
eos fiilicet iuramento cÿfe adffrilfos preditto duci Maximiliano tanquam adminiffras 
sors: qui ctiam vbi cidem Maximiliano aliquid iurauiffint, quod minime comperie= 
tur, tamen priors iuraments cffent obfermands , nec teneres poïtremum iuramentuns. 
Preterea in tali inramento fémper intelligitur reféruata füperioris authoritas , C> er- 
rant qui putant Ducem Maximilianum potuiffe fibi vindicare [ub pratextw admi- 
niffrationss vel cuinfhis inramenti illam poteffatem qua plane abufus eff. em dico 
quod Dax Maximilianus eff notorius G manifeffus infratfor G* violator pacis, nam 
contra proprium iuramentum fuwm G* contra traifatum tot cenfaris cr pænis robo- 
ratuns , quem ipfe propris mans fignauit, ac figilo proprio figillari fecit, atque con- 
#ra conuentiones, promiffiones, Gr legationes fuas, paîfa C firipta [ua , clancu- 
lum per infidias, nulla deuuniiatione precedente, impudenter aggreffus eff bello Chrif 
tianiffimwm Dominum regem , nihil tale tunc cogitantem, G* Morinenfèm, Comitatens 
antiquam regni , 0CCHpauif, © prater illam oppidums ac arcem de Mortagne, qu4 
loca funt de antiquo patrimonio corone Francie, @ ad nulum aliurs Principem 
temporalens unquam pertinucrant quan ad Cbrifiianifimes reges Francorum.  1p/{0 
pratcrea Dux Maximilianus coegit ad huiufinodi belum Brugenfés , Gandenfes, 
Iprenfes , € alios Flandrenfés inuitos, qui nunc per litteres ilius pœænalis monitorii 
snffimalantar, non ob alias caufam, quis pacem, infiurandum, G paëts feruare defi 
derant, quoniam paci fludent, CG pacis zelatores maximi funt. Non ergo debue- 
rant ftandalixars G° lapidari de bona opere , aut quesis pailo verféri in fauo- 
rem Ducis Maximilians C* fhorum miniffrorum , qui pacems non modo turbauc- 
runt C violarunt , [éd cam ctism adhuc impcdire totis conatibus intendunt , nt 
wniuerfèm orbem Chriflianum belis inuoluant. Item quod f Brugenfés, Gan- 
denfes © Iprenfes incendiffent omnes Bafilices @ Templa omvia vrbis Rome, ip= 
Jam denique vrbem , GC cammififens quicquid peius dici poreff, litiere pre- 
dicfe monitoris uen coutinerent plus acerbitatis, amaritadinis G vindicte, quan 
babent. Et profeito miranduns cf quod repense Cr in momento tam impetuofum ful. 
men emiffürm fucrit cx ika fêde que extitit foper exemplum, domicilium @ fons 
fotins clementie , benignitatis, manfüctudinis , G duliedinis, Non crat cquidem 
fic procedenduss contra Chrifiianifimum regnum Francie, cuius opibus, fédoribes, 
daboribus ; periculis,  fanguine Scdes ipfa fépenumero adiuta fuit: nam vi fape- 
rius diéfum eff, Comitatus Flandrie ef} de Regno Francie,  notabilis portio $p- 
fus Regni. em dico gwod littere predi£fe exorbitantiffime, fine cau[2 cognitio- 
ne, C* fine vla inquiftionc veritatis emanarunt , quod fieri non debuit, quonians 
Per iles de grasiffimo anivarurs multarum periculs agitur, € belle concitantur ne- 
fandiffims, armanturque in prelis fratres Chrifiians. Item dico quod non erant 
expediende ille littere mot proprio ad nulius partis inffantiam, vi fuerant escpes 
dite,quia index regulariter impartiri non debes officium [sum nifi requifitus, nec ifle 
cafses eff de numero eorums in quibus index poteff motu proprio procedere, 6 quamqwams 
pofl ininriofam occupationem ciuitatis Morincnfis, poffque fracfam fidem, pacem © 
énfisyandi religionem, Sancfiffimus Dominus noïter potuiffés mots proprio contra 
Ducem Maximilianum , C7 tanti fécleris autfores procedere, quis cafus ile longe di. 
merfus ef} ab eo de quo in litteris monitoriis fit meniie; MT a ur ma con 
1) 


ges iaintdrhmeren tit En 


1488. 


So OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


quieuit pror[us » O° de cenfnris in tratlatu pacis appofitis, quas Dux Maximiliansus 
incurrerat, nullam demonffrationem fecit, licet Chriffianiffimus Dominus Rex effet 

racipue frucndus, quia minor annis, patre orbatus G* matre. Item dico, guod per 
cinfmodi litteras in quibus omne impetrationis C malediclionis genus congeffum efl, 
fauctur nimis apertè aggrefforibus , inuaforibus, raptoribus, C* facibus bib, c in = 
fertur iniuria perpctua Chriflianifime Regi lacefito C° prouocato, qui nalli vn- 
quam fuit iniuriofus C meleflus, cum fir innocentiffimus. Item dico , quod de 
emni caufa, quaeffionc, lite, vel controuerfia orta, vel que exoriri polfer in Co- 
mitatu Flandrenfi inter laicos , cognitio G* deftifio fuprema ffiétart ad Maicffa- 
fem ipfius Domini Regis, fiue quaffio illa fit cinilis , Jiue criminalis. Et pre. 
terea fi de café prefenté Sancfifimus Dominus nofler veles cognofcere, pore- 
ret falcem in melem alienam , G faceret iniuriam Domino Regé, prafirtim 
cum bac caufé non fit Ecclefiaffica, nec de Ecclefiafficis perfonis agatur. Iicm 
dico procedendo svlserius ad alis granamina , quod executio predittarum lit- 
terarum non debuit mandari Reucrendiffimo Domino Colonienfi , qui femper 
egit caufam Ducs Maximiliani , tanquams propriam , @ de bac re féripfit ad fan- 
iffimum Dominum noffrum 51 fesercm ipfins Ducss. Itcm dico quod ad infli- 
gendum illas execrabiles pænas C* cenfuras haïicnus in tali cafu inauditas , ttrmi- 
nus trium dierum in dicfi litteri appofitus non eff competens: Xiem dico quod 
ex pradihis conffat, non effe verifimile Sancfiffimum Dominum noffrum ip lit- 
seras conceffiffe , prout de vere non conceffit, G anquam de mente G* confientia 
fe Sanélitaté procefferunt , quis de diretfo fant aduerfe, contrarie, € oppofite 
boneflati, iaffitie, charitati * vnioni. fidelinm. Quare non eft dubitandum 
eus prater fcientiam G* confenfum Domini noffri Sanctiffimi fuiffe fabricatas , à ma- 
dignis aliquorum hominum fpiritibus , qui ex bellis, diuifionibus € [chifmatibus 
contendunt [ha commoda comparare , ficut alias accidit, G poteff aliquando acci- 
dere. Et præterea dixi atque iterum repeto, lirteras ip/as effe falfas, quia de 
mente [ancfiffimi Domini noffri non procefferunt , vel quia Sanctitas [ua fuit cir- 
cumuents, ut offenditur ex multis veris G conuincibilibus rationibus C* argumen- 
tis. Primo, /aniffimus Dominus noïffer non confueuit Ps sg procedere, 
G prefértim in boc negotio nurquam fic proceffiffet aduerfus Chriffianiffimum 
Dominsm Regem Francorum , ad cuins maicflatem feripfit codem ferme tempore 
breuia nonnulla [ub annulo piféatoris in faëfo regni Romanorum , que predittis lit- 
seris funt contraria. Secundo, cum fit omnium pater commuanis, nulls ex cau[a 
vellet Je monffrare partialem. Tertio, fanctiffimus Dominus nofter oratoribus re- 
gi pro filiali obedientia praffanda ad fam Santfitatem miffis C verba facienti- 
bus de priuilegiés regum, Cr regni Francis, maxime in articulo Ecclefsaffici in- 
serdicti, reSbondit C pollicitus eff quod nullo tempore intendebat terras que funt 
de regno Francie fapponere interdiéfo, faltem inconfülto Domino Rege, C quidems 
bene , iufle, C clementiffime reffondit quod Chrislianiffimi Reges Francorum © 
regnum ipfum hoc habent ex priuilegio antiquiffimo. Quarto, fanéiffimus Do- 
minus noffer per plerofque Oratores C* Nuntios fuos , G* per multa Breuss [ua hor- 
satus cf} fémper in bunc ujque diem Dominum Regem ad pacem , qui affidue decla- 
rauit fe paratiffimum cffe, C* ideo non potcif ffare cums verisate quod fancfiffimus 
Dominus noïter contra verba mcliflua C* commiffiones Oratorum GC Nuntiorum . 
Juorum, contraque Breuium tenorem, concef]iffet prediéfas litteras ex quibus con- 
flantur bella grauiora primis , € obruitur pax, de cuius felici conclufione non erat 
dubitandum , niff buiufmodi littere ilam impediuiffent. (Que omnis pradicfa cum 
êta Je habeant, G* inde pateant horrenda granamins mulia : ego Procurator & 
procuratorio nomine, per/éflendo in appellatione de qua fuprs, peto inffanter, in- 
Jfantins, C* inffantiffime apoffolos mihi dari in forma iris, fubmittens me pro- 
#cibione appellationis mes, C offerens ffare iuri, ac parere iuflitie fine ulla contu- 
macis C ofenfa. Pofl cuius appellationis interpofitionem prefatus ciwfäem Do- 
m5n$ noffré regis Procurator , quo fäpra nomine, petit ab codem Domino Vicario de 


DV ROY CHARLES VIIL. 581 

GC fuper dicéa appellatione apoftolos, feu reSbonfionem loco ipforum, fibi dari G: con. 
sedi. : Qui quidem Dominus Vicarius vifs per eum diéfa ccdula paires, dixit fe 
in quantum potuit, potefique G debct, apoffolos renercatiales de € füper dicta 4p- 
pellatione fibs dare G* concedere , prout dedit € conceffit. De & fuper quibus œ 
premiffis omnibus € fingulis prefatus Procurator, quo Jupra nomine, petit à no- 
bis notariis [ubfériptis «num vel plura, publicum [en publics inffrumenta , fibi fieri 
aigue dari. Alta fuerunt hæc in Vefhario Eccleffe Turonenfis fub anno, menfe, 
die, inditfione , Gr Pontificatu pradictis » prefentibus venerabilibus diféretis 
wviris magiffris Ioanne Falaifeau ivdice Turonenfi, Toanne Goyet & Petro 
Bureau, 57 leçibus licentiatis, Turonis commorantibus, teflibus ad premiffa vo- 
catis Sbecialiter G* rogatis. —- 
Et ego Petrus du Ban, Clericus Turonenfis diæcefis, publicus , apoïfolica € 
smperiali authoritatibus, Curisque Turonenfis Notarius iuratus , quia pramil]is 
omnibus © Jfingulis dum fic, ut premittitur, dicerentur ; agerentur, © fierent, 
una Cum prœnominatis teflibus GC Notatio fabfGripto prefens interfui , casque fic 
feri vidi G audiui; idcirco huic prefénti publico inifrumento manu alterius fide- 
liter feripto, fignum meum appofui confuctum , in fidem , robur, G teffimonium 
veritatis omnium G° fingulorum premif[orum ; requifitus C* rogatus. | 
Et ego Michael le Large, Turonenfis Diæcefis, in inre Ciuili Baccalaureus pu- 
blicus, Apoñtolica G Imperiali anthoritatibus, Curieque Metropolitans Turonen/fis 
Notarius, quis premiffe appelationis interiectioni , proteffationi , apoffolorum peti- 
fioni, G.corum dationi , caterifque premif]is omnibus G fingulis , dum fic, nt 
premittitur , dicerentur, agerentur, C* ficrenr, uns cum Notario publico G teiti- 
bus fupra fériptis prefens fui, caque fic fieri vidi G* audiui, hinc ideo prefenti 
ublico inffrumento manu alterius fideliter féripto, fignum meum publicam , hoc 
me Jubfcribente , appofui folitum , in fidem ac teïlimoninm omnium Gr fingulorum 
premillorum , requifitus Gr rogatus. Sic fignatum , M. Le Large, | 


Lettre du Roy Charles VIII: au Pape Innocent VIII. au aies à 
1 Monitoire dont il eff parlé en Acte precedent. 


Res-SainrT PERE, les Gens des trois membres des Pays & Comté 
: À de Flandres, nos bons & loyaux fuicts & feruireurs ont nagueres en- 
uoyé pardeuers Nous aucuns de leurs Députez, par lefquels Nous ont fait 
dire & remonftrer, comme pour raifon & à caufe de la tutelle, Mainbour- 
nie *, & Gouuernement de la perfonne de noftre beaufrere & coufin le 
Duc Philippes. Comte de Flandres noîftre fuiet, que le Duc Maximilian 
d’Auftriche fon pere s’eftoir & s’eft efforcé entreprendre, & que par voye 
de fait & puiffance d'armes, il a entrepris contre le traité de Mariage fait 
entre luy & feuë noftre coufine la Comtefle de Flandres fa femme, & con- 
tre les loix, vfages & couftumes dudit Pays de Flandres, & aufli du grand 
defordre que nofdits fuiets difent ledit Duc Maximilian auoir tenu audit 
Comté & fes gens & Officiers , tant en impofant tailles, tributs, & em- 
prunts, iufques à cres-excefliues fommes de deniers, que en faifanc plu- 
fieurs autres actions, griefs, opprefhions & violences, le tout fous ombre & 
couleur defdires Tutelles, Mainbournie, & Gouuernement, & en enfreignant 
le traité de paix fait, pañlé, conclu & accordé entre feu noftre tres-cher 
Seigneur & pere que Dieu abfoille & ledit Duc Maximilian, & nofdits 
peuple & fuiets dudit Comté de Flandres. | 
Iceux Gens defdits trois membres d’iceluy Comté, tant pour eux que 
pour leurs adherans ont appellé à Nous leur Souuerain Seigneur, & à noftre 
Cour de Parlement, en laquelle, ainfi qu’il a efté & eft accouftumé de faire 
de toute ancienneté, ils ontbien & deuément releué & introduit leurdit ap: 
pel; nonobftant lequel, & combien que contre ni au op d'iceluy, ni 
| ii} 


1 48 8 


22. Ofsbre 
Z 4 8 8, 


* C'eft à dire 
Garaenoble. 


148 8, de la fouuerainet 


58 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

£ à nous appartenante fur ledit Comté & peuple d’iceluy 
aucune chofe ne deuft auoir efté faite ,attentée ou innouée par ledit Duc 
Maximilian ni autres, neantmoins iceluy Maximilian, & fes gens & Ofi- 
ciers perfeuerans en ce que dit eft, fe font efforcez leuer & exiger, & de 
fait derechef ont exigé & leué infini argent fur nofdits peuple & fuiers, 
8 comme ils difent deliberé de piller la Ville de Bruges, & mettre à l'épée 
tous ceux qui y contrediroient, pour laquelle caufe au mois de Féurier der- 
nierement pale, ledit Duc Maximilian a voulu maintenir auoir efté arrefte 
en ladice Ville de Bruges, duquel cas il n’eft point de doute que à nous feul 
& à noftredite Cour Souueraine de la Cour de Parlement, la connoiflance 
en deuoit & doit appartenir, mefmement que combien que ledit Duc Ma- 
ximilian voulfift dire qu’il ne fuft, ne foit noftre fuiet en fa perfonne , tou- 
cesfois en la qualité qu’il eftoir audit Pays de Flandres, qui n'eftoit comme 
Duc d’Auftriche, mais comme pretendant auoir ladice Tutelle, Mainbour- 
nie, & Gouuernement dudit Pays de Flandres; il eftoit & eft notoirement 
noftre fuiet, & le fuft ou non, puis qu'il maintenoïit les habitans des Vil- 
les dudit Comté de Flandres nos fuiets auoir delinqué, iceluy Duc Maxi- 
milian en deuoit auoir recours à nous, & non à autre. 

Tres-Saint Pere, il eft affez notoire, que nonobftant tout ce que dit eft, 
& certain traité de | gs depuis fait, paffé, accordé & conclu, & folennel- 
lement iuré pour ledit cas, par, & entre ledit Duc Maximilian & nofdics 
fuiets , il a contre ledit traité & en iceluy cnfreignant fait guerre cruelle 
audit Pays de Flandres, en laquelle a efté l'Empereur d’Allemagne fon pere 
eñ fa perfonne, le Lieutenant & gens de l’Archeuefque de Cologne & 
autres Princes d'Allemagne, iufques à tres-grand nombre de gens de guer- 
re, RE ra par hoftilité ont inuadé nofdits Pays, peuple & fuiets , & com- 
me ils dient, les ont pillez, & depredé, auffi pluñeurs Eglifes & Monafteres 
d’iceluy Pays, re ils ont bruflé & mis à feu & flambe grande partie, 
forcé & violé plufeurs femmes, tant de Religion que autres, tué & occis 
infinies perfonnes dudit Pays, fans épargner la Sainteté des lieux, fexe, ne 
âge. Et voyant ledit Duc Maximilian, que par armes ne pouuoit vaincre 
ne fuperer nofdits fuiers , il a trouué moyen par fon donné à entendre de 
obrenir de votre Sainteté certains Briefs & Bulles, qu’il a fait adrefler au- 
dit Archeuefque de Cologne, lequel s’eft apparemment monftré & decla- 
ré ennemy de nofdits peuple & fuiets,rant éfdites Guerres que autrement, 
& incontinent, & fans garder la forme, qui tant de droit commun, que par 
les Saints Conciles & ordonnances de nos predecefleurs fe doit garder en 
tel cas, a excommunié, aggraué, reagraué, & anathematife nofdits peuple 
& fuicts, & qui trop pis cft a fur eux & ledit Comté de Flandres Jaxé in- 
ccrdit general, en voulant contraindre nofdits fuiets par telles cenfures Ec- 
clefiaftiques faites contre nous, & le vouloir dudit Duc Maximilian,en ve- 
nant diredement contre les grands Priuileges que nous & noftre Royaume 
auons, que l'on n'y peut mettre interdit, voulant aufli &-s’efforçant Icdic 
Archeuefque qui eft eftranger de noftredit Royaume, tirer direétement 
hors d’iceluy nos fuiets contre noftre autorité, & les Ordonnances de nos 
predeccffeurs & de nous, qui eft le plus grand abus & la plus grande entre 
prife fur nous, noftre Couronne & Royaume que l’on fçauroit faire, & qui 
plus vifoeralement nous touche, defquels torts & griefs comme abus notol- 
res, faits, entreprins, & attentez contre droit, raifon, noftre autorité & 
iurifdiction temporelle par ledit Archeuefque de Cologne , & leurs fauceurs 
& adherans, nofdits fuiets ont derechef appellé à nous & à noftredite Cour 
de Parlement, en adherant à leurdit premier appel, & ne leur auons pu 
ny deu denier la prouifion de iuftice fur ce requife & neceflaire, pource 
que ladire Comté de Flandres eft ancienne Pairie de noftredit Royaume , 


DY ROY CHARLES VIIL 58 


renué de toute ancienneté à foy & hommage de Nous & de noftredite Cou- 1 488, 


ronne, & fi nous auons audit Pays de Flandres, & fur les fuiets d’iceluy la 
Souueraineté ; au moyen de laquelle, fi aucun debat ou queftion fe meurt 
entre le Comté de Flandre & les fuicts dudit Pays,à Nous feul & à noftre- 
dire Cour Souueraine de Parlement en appartient la connoiffance , & fe 
trouueront plufeurs Arrefts donnez par noftredite Cour, par lefquels plu- 
fieurs Comtes de Flandres ont efté condamnez en grandes amendes pour 
aucuns excés qu'ils auoient faits aux fuiets dudit Comté; & femblablement 
par autres Arrefts lefdits fuiers ont efté condamnez en grandes amendes, en. 
femblables cas d’excés enuers lefdits Comtes, fans que le Sainc Siege Apof- 
tolique , ni autre [uge Ecclefiaftique s’en foient iamais aucunement meflez, 
ni qu'ils y ayent que voir ni que connoiftre en quelque façon ni maniere 
que ce foic. Si vous aduertiflons volontiers, tres-Saint Pere, de ces chofes, 
afin que plus dorefnauantne pululent, & tant pour la confequence que pour 
l'incereft de nous & de noltre auchorité & nofdits Royaume, Couronne, 
peuple & fuiets, que auffi des autres Princes Chreftiens en cas femblables, 
prians & requerans voftredite Sainteté, tant affetueufement & de’ cœur 

ue faire pouuons, qu'il plaife, pour la feureté, falut & repos du peuple, 
pers par fes Bulles & Lettres Patences toutes & chafcunes lefdites cen- 
fures d'excommuniment, d’interdit, & autres, ainfi que dit eft, nullement 
données, promulguées & fulminées contre nofdits Pays, peuple, fuiets & 
Comté de Flandres & leurs adherans en cette partie auoir efté & eftre nul 
les, & qu’elles foient tenuëés pour non faites & non aduenuës, car nous ne 
pourrions croire que lefdites Bulles & Bricfs ayent procede de l'intelligen- 
ce & certaine fcience de voftredite Sainteté. Et en ce faifant, icelle voftre: 
Sainteté nous obligera de plus en plus à toufiours eftre à elle & au Saint 
Siege Apoftolique , auquel auons toufiours eu & auons bonne affeétion & 
tres-finguliere deuotion, & encore defirons auoir, en priant Dieu par di- 
gne grace qu’il luy plaife préferuer icelle voftre Sainteté longuement au 
bon regime & gouucrnement de fa Sainte Eglife. E/érit à Baugé ce vingt- 
deuxiefme iour d'Ociobre. : DE , 


D 4GE #5. De cette armée eftoit lors chef & Lieutenant pour le Roy 
| le Seigneur de la Trimouille. | 
Cette armée ne fut en eftat d’agir que vers la fin du mois de May mil 
quatre cens quatre-vingts-huit, & la Lettre qui, fuit monftre affez que le 
fiege de Chafteau-Briant ne fut entrepris que dans ce temps-là. L'on peut 
voir à ce fuiet fon hiftoire imprimée cy-deflus page 207. 


Lettre de Louis Seigneur de Le Trimouïlle au Roy Charles VIII. tou- 
| chant l'eflat des affaires de Bretagne. 


CIRE, tant & fi cres-humblement comme ie puis me recommande à 

voftre bonne grace. Sire, plaife vous fçauoir que ray receu les Lettres 
qu'il vous a plu m’efcrire que ie fifle ferrer les Genf-d'armes de la compa: 
gnie de quoy il vous a plu me donner la charge. | nu 

Sire, paflé à fix femaines en auois ja efcrit, & efpere que à cette monf. 
tre qui fe fera, le Commiffaire verra la faute qui y eft, qui ne fera pas gran- 
de fi Dieu plaift, & ceux qui ne fe trouueront peuuent bien chercher au- 
tre parti, car ils ne feront jamais en la compagnie, fi ce n’eft voftre plaifir 
de les y remettre: tautesfois j’ay efperance d’y eftre moy-mefme, & croy 
que le Commiffaire trouuera que la compagnie eft en eftat de vous fai- 
re feruice. | a | 


Sire, ü a efté grand bruit par- deçà fept ou huit iours des Anglois, ge 


A Thouari 
19. May 
1488. 


.« 


1488. 


* al. Berques. 


584 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


de quelques quatre-vingts ou cent Nauires qui eftoient fur la Mer, & s’ap 
arurent aux fables d'Ollonne: mais il s’eft crouuc que ce n’eftoir que Hur- 
ques *, qui venoient charger du fel en Guerrande , Brouage, Ifle de Ré, 
& Noirmouftier, & en eft defcendu quelque nombre en Brouage. Il eft 
bien venu des nouuelles du Croife, comment les Anglois faifoient vne 
groffe armée, mais il fembloic à celuy qui apporta les nouuelles qu'ils n’ef. 
toient point # prefts à defcendre que l'on pourroit bien dire : routesfois, tant 
pluftoft donnerez prouifion pour leur defcence, la volonté leur viendra touf- 
iours moindre de la faire. | 
Sire, il vous plaira me mander & commander vos bons plaifirs pour les 
accomplirau plaifir noftre Seigneur, auquel ie prie, Sire, qu'il vous doint bon- 
ne vie & longue. Efcric à Thoüars Le dixneufuicfme iour de May. Voftre 
tres-humble & tres-obeïffant fuiet & feruiteur, De La Trimosille. L'adrefle 
ct: As Roy mou Sonncrain Seigneur. | 
Tranférit fur lOrigisal. 
AGE 49.48 commencament. La capitulation de Chafteau-Briant cft in. 
fcrée touc au long dans l’Hiftoire de Bretagne de d’Argentre, 1. 13. 
chapitre 43. 


AGE 51. an commencement. Le Roy d'Angleterre ne vouloit & ne 
pouuoit fans ingratitude rompre le ferment qu'il auoit enuers le Roy. 

Il y auoit lors treue entre ces deux Couronnes, au preiudiee de laquelle 

il ne laiffa pas d’enuoyer de grands fecours au Duc de Bretagne, qui ne 
produifirent pas grand cffet. | | 


AGE 53. Monüeur d'Orleans y fut pris prifonnier. Et Page 54. Mon: 
fieur d’Orleans fut mené à Sable, 

Ce fut par les ordres de Madame de Beauieu Ducheffe de Bourbon, 
afin de l’auoir en fa difpoftion, & d’empefcher que le Roy ne luy donnaft la 
liberté, comme il fc trois ans aprés de fon propre mouvement, & fans en 
confulter Madame de Bourbon fa fœur. Les Lectres qui fuiuent, iuftifienc 
. auoit encore béaucoup de éredit, puis que la Duchefle d'Orleans 

a fœur ne s’adreffa qu'à elle pour La liberté de fon mary. #. Pages 92. 93. 
273. © fuisantes. 


Jeanne de France, femme de Louys Duc d Ordre prie La Dame de Beauieu, 
= Ducheffe de: Bourben fa fœur, de contribuër à le delisrance de [on mary. 
A Soeur, ie me recommande voufours bien fort à vous, pour ce 


que inceffamment.je penfe à la deliurancc de Monfeigneur mon 
mari, mc fuis aduifée de mettre par elcrit la forme par laquelle on pourroit 


* duoir paix, & mondit mary deliuré, & refcris au Roy, & le vouc verrez. Ie 
_ Vous prie que teniez la main que les chofes puiffent venir en bon effer, & 


vous obligerez mondit mary 8 moy à vous à toufours, & fur ce vous dis à 
Dicu, ma fœur, qui vous doint de vos defirs Le parfait. Efcrit à Sais Martin 
de Gande ce Mardy au foir. | 
Ma fœur, ic vous prie que vous teniez la main, que iaye en bref ref- 
ponic. Poffre bonne Jœur Jeanne de France. Et au dos eft cfcrit: L4 4 fœwr. 
Pris fur l'Original. | 
Aatre Letrre [ur le mefme fuicr. 


A Soeur, ie me recommande bien fort à voftre bonne fouuenan- 
cc en laquelle ie vous prie que ie demeure, & me faices ce plaifir de 
fouuenc 


ne “Re Ce = RO me 


DV ROY CHARLES. VIII 58 — 
foutent me faire fçauoir de vos nouuelles, Il m'eft bien arriué en mal : 48 8 
._ de ce que ie ne vous vois plus. Ma fœur,ie vous remercie de voftre litiere; 
de laquelle ie me fuis bien trouuée, & n’eufle pas tant attendu de le faire, 
mais l’homme s’en alla ; & n’en fceus rien. Touchant,ma fœur, les paroles 
que eufmes vous & moy, tout va bien: on vous auoit dit autrement que 
n'auoit efté. Ie le vous eufle pluftoft efcrit, mais il me femble que penfiez 
bien que les chofes alloient aux fins que le vous manday. Ma fœur, ie 
vous prie qu’ayez le fait de Monfieur mon mary pour recommandé, & 
uen veuilliez efcrire à mon frere *, nonobftant qu'il s’y acquitte bien, » ;, Ro. 
En fommes bien obligez à luy & à vous,ma fœur, priant Dieu qu’il vous 
doint ce que defirez. Voftre bonne {œur, Jeanne de France. Et au dos cit ef. 
Crit ; CA m4 fœur. | 
Pris für l'Original. 


l- AGE 56.4u commencement. Or combien que ce Duc ne lauoit pas ap- 
pellé /ôn Souuerain Seigneur, & dans la foufcription n’auoit pas mis 

S'uset. | 

. Le droit de Souucraïineté des Rois de France eftoit pourtant bien établi, 

tant par l’éreétion en Pairie faice en 1297. fous Philippes le Bel, que pat 

les hommages qui ont efté rendus en diuers temps , & principalement 

par Pierre Duc de Bretagne, decedé en 1457. 


AGE 57. Ces Articles tels qu'ils furent paflez à Sablé le 20. Aouft 

A 83. | or | 
 D'Argentre & la plufpart des Hiftoriens veulent que ce Traité ait efté coni 
clu le lendemain 21. Aouft feulement: mais l’on doit eftre perfuadé du 
contraire par la leëture de ce Traité, Quy qu'il en foit,le Duc de Bretagné 
ne vefquit pas long-temps aprés : car il deceda le neuf Septembre enfuiuant; 
& fur cncerré à Vennés en l’Eglife des Carmes. | 

Il eft bon d’obferuer encore en cét endroit, que cé Traité fut conclu pat 

l’auis du Chancelier de Rochefort, qui eut affez de-credit pour perfuader 
au Roy qu’il deuoit faire examiner fi fon droit {ur la Bretagne eftoit auffi * * 7.2. #. 
jufte & aufli-bien établi que l'on le pretendoit-dans fon Confeil, Ce que la 
Dame de Beauieu ne put empefcher, quoy-qu'’elle fuft fort incerefflée dans 
cette paix, à caufe que le Roy luy auoit fait don du Comté de Nantes, 


P AGE 5 9. Pour contemplation des mariages d’'icelles Dames, par l’auis, 
confeil & confentement du Roy. Eÿ Page 80. S'il aduenoit que lefdi- 
tes Dames fuflent. mariées fans le confentement, auis & confcil du Roy. - 

Le confentement du Roy eftoit neceflaire, tant à caufe de fon droit de 
Souueraineté fur la Bretagne, que parce qu’il pretendoit la Gardenoble de 
ces Princefles; ce qui n’eftoit pas nouueau dans la maifon des Ducs de 
Bretagne, puis que par Traité entre le: Roy Charles VII.& Iean VI. Duc 
de Bretagne, le Duc promet au Roy que le Mariage de Pierre de Bretai 
gné fon fils auec.la fille de Louys d’Amboife ne fe fera point fans le fceu 
& confentement du Roy, ce que le-pere & le fils promirént encore par 
efcritenr43r. D’Argentré, dans fon Hiftoire de Bretagne, dit que le Roy 
l'autorifa, & que le Duc appointa: depuis fon fils aifné & Pierre fon fe, 
cond fils fur le debat de fa fucceflion future ; en forte qu’elle . vint entie- 
remént à Pierre du confentement du Dauphin prefomptif: heritier da 
Roy... UN TR f 


“DDAGES 2. 63. 64. 65. Au fuiet de l'Ambalfade du 
conduire de Zizim. és. Terres de l’'Eglife. . - :.. 


) 


Turc & de Ja 
EEce 


— 586 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1488. Les pieces qui fuiuent feruiront à iuflifier à quelles conditions le Roy 
y confentit. | 


Anthoine d'Aubulfon, Commandeur de Malte , mande au Roy Charles 
VIII. qW'il a enuoyé [es gens au-deuant des Consmandeurs qui onf 
charge d'amener Sultan Zizim : n'oubliera rien pour l'accompliffement 


de La volonté du Roy. 


30. Nounbre CIRE, tant & fi tres-humblement comme ie puis me recommande à vof- 
1488. tre bonne grace, & vous plaife fçauoir que à cette heure par Monfieur 
voftre Maiftre d’Hoftel Rigault ay receu les Lettres qu'il. vous a plu m’ef- 
crire , & oùy la créance qu'il vous à plu luy charger me dire; & inconti- 
nent ay enuoyé mes gens audeuant des Commandeurs qui ont la charge 
d'amener Le frere du Turc, & leur ay fait à fçauoir voftre bon plailir & vo- 
lonté, & de moy leur ay efcrit tout ce qui fe peut efcrire & mander, & 
croy bien qu'il n’y aura point de faute que voftre bon plaifit & volonté ne 
foit accompli, & me femble que auez pris tres-fagement cette matiere pour 
le bien & honneur de vous & de voftre Royaume commc plus au long oi- 
rez, Sire, par voftredit Maiftre d'Hoftel, lequel vous fupplie que croyez 
ce qu'il vous dira de par moy. Et en cela & toutes autres chofes fuis deli- 
beré & preft de vous obéir & feruir comme ie dois, & fuis tenu, priant 
noftre Seigneur, Sire, qu'il vous doint bonne vie & longue, & tout ce que 
defirez, Efcrit à Pont-à-Mouflon le vingtiefme iour de Nouembre. Sire, ray 
tenu ma place de Cambolas en Roüérgue douze ans fans y auoir noife .ni 
debar, & iufques à ce que vous l’ayez baillée au Marquis de Canillac ,au 
pourchas & requefte du grand Maiïftre Chabanes, Le Marquis de Canil- 
lac eft crefpañlé de l'épidemie ; & pour ce, Sire, s’il vous plaift me rendrez 
madite place, & encore me la donnerez derechef: carie la delire, & la tien- 
dray de vous nuëment, & s’il vous plaift m'en commanderez mes Lettres. 
Voltre tres-humble & tres-obciffanc fujer & ferureur, Asshoine d'Asbuffon, 
. Et au dos cft cfcrit: L4# Roy mon Souurrain Seigneur. 
- Pré fur l'Original. 


Commiffon du Roy au feur de Blanchefort @r à Anthoine Gimel pour Le 
conduite de Sultan Zizim és Terres de l'Eglife. 


@ Harzes par la grace de Dieu Roy de France: À nos amez & feaux 
Anthoine de Rlanchefort, Cheualier ,noftre Chambeilan , & Anthoine 
nr a de Gimel, Marefchal de nos logis, Salut d dileétion. Comme par 
noftre commiffion, congé & licence, Zirim Saltaæ, frere du grand Turc, eut 
cfté amené en noftre Royaume par ceux de la Religion de Rhodes pour y 
eftre plus feurement gardé, ce qui a cfté faic par certain temps, pendant 
lequel noftre Saint Pere le Pape, & aufñli le Grand-Maiftre, & ceux de la- 
dite Religion de Rhodes auroient enuoyé deuers nous à ce que ledit Zi- 
zim fuft tiré hors noftredit Royaume, pour eftre mené és Terres de l'Egli. 
fc, & en faire quelque bon & grand feruice à la Chreftiencé, comme les 
. Ambañladeurs de noftredit Saint Pere & de ladite Religion de Rhodes qui 
en auroient efté chargez l'ont affirmé en leurs confciences : par quoy auons 
volontiers confenti & accordé que ledit Zizim foit emmené flics Ter- 
res de l'Eglife à la fin deffufdite, moyennant toutesfois que lefdirs Ame 
baffadeurs à ce commis & deputez de par noftredit Saint Pere & d'icel- 
le Rdligion ont promis & fe font obligez que ledic Ziziat direétement 
ou indircétement en maniere quelconque ne fera mis en main d’aucuns 


US Re RE RE “menant 


DV RÔY CHARLES VIIL 58 


nos ennemis ou haineux & malueillans, & que aufli iamais n’en aduiendra 
aucun dommage à nous, à noftré Royaume, ni à ladite Chreftienité, ainf que 
par Lettres, & féellez defdites promefles à nous baillez, ces chofes & au- 
tres apparoiffent plus à plein. En enfuiuanc léquel noftre confentement les 
Ambaffadeurs commis & deputez que deflus ont intention ; & pretendent 
mener & conduire éfdites Terres : l'Eglife iceluy Zizim, pour laquelle 
chofe faire eft befoin commettre & députer aucunes perfonnes à nous feu: 
res & feales. Sranoir vous faifôns,que nous voulons iceluy Zizim eftre feu- 
tement mené fans deftourbier, & pour la bonne grande, & entiere confian+ 
ce qu'auons de vos perfonnes, & de vous; pour ces caufes & autres à ce 
Nous mouuañs, vous ou l’vn dé vous en l’abfence de l'autre, auons commis 
& députez, & par ces Prefentes commettons. & deputons pour mener & 
conduire ledic Zizim és Terres de l’Eglife. Commandons & expreflément 
enioignons à tous nos Marefchaux, Admiral, Vice-Admital, Sencfchaux, 
‘Baillis, Preuofts, Capitaines de Genfdarmes & de trair, Commandeurs, 
Confuls & lurez de bonnes Villes, Chafteaux, Forterefles , Ponts, Ports, 
Paflages, lurifdiétions & détroits, & à tous nos Jufticiers, ou à leurs Lieu- 
tenans ou Commis, & à chacun d’eux endroit foy, que ledic Zizim & ceux 


de fa compagnie & nation, & autres qui auec vous le meneront & condui. 


ront iufques au nombre de quatre cens perfonnes & autant de cheuaux, 
& au deffous, ils fouffrenr, laiflent & permettent aller, venir, demeurer, 
feiourner , pafler & repafler par eau, mer & cerre de iour & de nuit, & en 
tel temps & manicre que aduiferez, par tous & chafcuns les lieux de leur 


pouuoir, paflages & iurifdiétions , fans donner ,ny fouffrir ou permettre ef. 
> PaIlag , > NY 


tre fait, & donné aucun arreft, deftourbier ou empefchemenr en quelque 
manicre que ce foit; mais fi fait auoitefté, le reparent & remettent fans de- 
lay à pleine deliurance, & vous donnent force, confort & ayde: car ainfi 
Nous plaift-il, & voulons eftre fait, dont vous donnons plein pouuoir, au- 
chorité, commiflion & mandement fpecial....." 

| | Pré for l'original. 


148 8. 


 DAGE 63. Au fuiet de a de l'Empite des Turcs par Baise 


| feth II. fur Sultam Zizim fon frere aifne. 

L’Hiftoire en eft amplement décrite dans Calcondile, & dans plufcurs 
‘endroits de l’Hiftoire de Philippes de Commines. L’on voit page 525. de 
limpreffion du Louure, l'inftruétion donnée par le Pape Alexandre V I. au 
Nonce par luy enuoyé au Turc, auec cinq Lettres du Sultan au Pape, par 
la derniere defquelles il le prie de faire mourir fon frere, luy promettanr 
pour recompenfe de ce feruice, Ducatorum trecents millis ad emenda filis 
fais aliqua Dominia. Ce que le Pape accepta. V, pages 252. 307. & 534. 
du mefme Hiftorien, & page 285. cy-deflus. 


tDDAGE 66. Il eft vray qu'en faifant le Traité de ceux de l’Ifle, Douay 
Æ & Orchies. | RSS Ë 

Il femble que ce foit le Traité de Bruges, duquel il eft rs dans ce- 
‘luy du premier Oë&tobre mil quatre cens quatre-vingts-neuf imprimé cy- 
aprés, page 590. & qui eft icy nomme le Traité de l’Ifle, parce qu'il eff prin- 
Cipalement en faueur de ceux de cette Ville, | : 


For te 6 8. L'Euefque de Perigueux & celuy de Montauban furent ar- 
reftez prifonniers. . 

Leur procés fut commencé à inftruire, mais il ne fur pas pourfuiui. Voyez. 
Cy-deflus pages 69. 74. & 571. 


EEce ij 


mr tt 


148 8. 


- 588 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


DD AGE 73. re de Sens ne fut pas pluftoft arriué vers le 
Roy, que les Anglois furent debarquez en Bretagne. 

Ce fut en.confequence d’vn Traicé fair en la Ville de Rennes au mois de 
Féurier 1488. Ce Traité eft rapporté en fubftance par d’Argentré dans fon 
Hiftoire de Bretagne, & il n’y eft parlé en aucune maniere du Roy Char- 
Jes VIII. ni de la France. Mais quoy-que Guillaume de Jaligny s’ctforce 
de dire que le Roy d’Anglererre, par vn motif de reconnoiflance, n= vou- 
Jut pas rompre auec le Roy de France, il eft aifé de connoiftre qu’il vou- 
loit empefcher fon agrandiffement; ce qui fe voit encore dauantage par le 
Traité conclu à Oking entre luy & le Roy des Romains, le 11. Septembre 
3490. lequel eft imprimé cy-aprés. 


AGE 74. Le Grand-Maiftre de Rhodes, furnommé d'Aubuffon, fut 
P créé Cardinal, @ gnfuite la deliurance du Turc és mains du Pape 
en fut la caufe. | L 
.. Voyez pages 63. 65. & 285. cy-deflus, &c pages 2$2. 307. 525. 528. 
& 534. de Philippes de Commines, impreflion du Louure. 

_ En la mefine page. Au mois d’Auril fut donné Arreft contre le Seigneur 
d’Argenton. | 
_ Ileft du 24. Mars 1488. & il eft imprimé cy-deflus page 57. 


L 


D AGE 74. & 75. Sur ce que l’année ne commençoit en ce temps 
Z Là qu'à Pafques. 

Ce fut au mois de Januier 1,63. que le commencement de l’année chan- 
gea,. & fut comptée du premier lanuier: mais cela ne fut pas exécuté gé. 
péralement par tout le Royaume, car le Parlement de Paris ne receut ce 
changement qu’en l’année 1567. Voyez l'Hiftoire de Charles VI. de l’im- 
preflion du Louure, page 604. nn | | 

En la mefme page. Au fuiet de l'hommage du Marquifat de Saluces. 

Dans les Regiftres du Parlement de l’année 1486. il ya vn auis don- 
né au Roy par les gens du Parlement touchant la reception du Marquis 
de Saluces à foy & hommage, & cy-deflus page 4 93. eft imprime le procés 
verbal fait le premier Septembre 1495. & iours fuiuans, qui contient les 
conteftations d’entre les Officiers du Roy & ceux du Duc de Sauoye, au 
fuiet de la mouuance & droit de Souuerainete & reflort du mefme Mar- 
quifat pretendus refpeétiuement par le Roy & le Duc, & qui eft quel- 
que ro de different de la conteftation formée en 1489. fur le mef- 
me fuier. | | 


AGE 75. vers La fin. L'Archeuefque d’Auch, | | 
C'eftoit François de Sauoye, fils de Louys Dut de Sauoyé & d’An- 

ne de Chypre, Oncle du Roy. Ce fut pour luy que la Ducheffe de 
Bourbon demanda auec tant d’empreflement vn Chapeau de Cardinal, 
À luy fur promis, mais ik n’en jouit pas, tant parce que le credit de Ma- 
dame de Bourbon commença deflors à beaucoup diminuer , que parce 
qu’il preuint par fa mort fa promotion. Meflieurs de Sainte Marthe, dans 
leur Gallia Chrifliana, difent qu'il deceda le 3. O&tobre 1490. Voicy vne 
Lettre qui peut iuftifier les pourfuites qui furent faices à Rome pour luy 
faire obtenir le Cardinalar: 


mu ne 


Dv RoY CHAR LES. VITE": 58 
Le Cardinal Alerien Ardieni de la Porta mande à Madame de Bourbon 


que le Pape by à promis de faire Cardinal François de Sauye 
| Archenefque d'Auch fon oncle. " * 


à 


CE 
, 
CE e 


+48 9 


- à 


LrusTrissiMA Domina.. Per alias noffres tertii huius menfis litté- 11. Decembre 
ras fecimus IUafriffimam Dominationon veffram. certiorem, gued quanquim ‘+? 


Sanfiffimus Dominus nojler fe valde dificilem preffabas ad faciendam hoc tempore 
Cardinalium promotionems : nos tamen, poff maltos férmones inter [sam Sanclitatens 
C me hinc inde habitos in bona She promoucndi reuerendiffimi Domini Archie. 
pifcopi Auxitani auunculi füi,rebiqueras. Hodie vero cum denuc de bain fimodi pra- 
motionc prafati Domivi auynculi fui [ue Sanétitati locuti fuerimus, @ ça poff mul- 
+a tandem aperte nobis promiferit fe eundem Dominum Auxitanuns omnino in prè- 


m4 Cardinalinm promotione promoturum, bec [cribenda duximus IMafiriffime De 


minations veffre, féientes ill: cidem gratiffima-fore. Quod vero ad hos aftinet, épfs 
nunc interea folicitabimns quantum poicrimus , ut quo celerius fieri poffit : hoc st- 


dafiriffince Domsvationis vcffre defiderium cftltui mandetur, nec in co aliquid à 


nobis pretermitictur quod à vero crga prafatuns Dominurms Archicpifcopum @ il 
duffriffimam Dominationem veffram amico poffit G* debear merito defiderari. Qse 


filix valear. . Ex vibe wndecima Ne anno millfimo quedringentefime 
nn 


oëfuagefimo nono. V. Ex. À. Cardinalis Alerien. 
Tiré de l'Original. 


| AGE 73, 46 commencement. Le Roy de Cafille & d’Arragon leuoic 
| vne armée pour entrer dans le Rouflillon. | | 

Cette arméc tourna du cofté de Bretagne, fi l’on en croit d’Argentré 
dans fon Hifoire, & ce fut apparemment pour y réfifter que le Roy Char- 
Jes VIII. conuoqua le ban & arriere-ban de fon Royaume: mais com- 
me ces circonftances ne font remarquées par aucun autre Hiftorien, il eff 
bon de ne s’y pas arrefter abfolument. | 


P AGE 84. à la fin. Pour donner fin à la guerre de Bretagne, 

Z L'occafñon en eftoit lors fort fauorable, car la Duchefle eftoit en 
défiance du Roy d'Angleterre : c’eft ce qui l’obligea de conuenir d’atbi- 
tres. & d'enuoyer à cet effet une députation ou ambaffade au Roy, de L- 
quelle fut chef Monfieur le Comte de Dunois. V. page 90. | 


| AGE 89. 44 commencement. Pour traiter l'accord des Flamans & de 


leur adherans. 
. Ce Trait cft confiderable. Le Roy le fit non pas comme Mediareur, 
mais comme Souuerain, Il fut conclu en execution.du Traité de Francfort. 


Traité de Paix entre le Roy des Romains ex: l'Archiduc Philippes LL fils 
: d'une part, @ ceux du pays de Flandres d'autre. 


© À Tous ceux qui ces prefentes Lettres verront. lacques d’Eftoutteuille, 
Cheualier, Seigneur de Beyne, Baron d'Yury & de Saint Andry 
en la Marche, Confeiller & Chambellan du Roy noftre Sire ,& Garde de 
la Preuofté de Paris, Salur. Sçauoir faifons que nous, l'an de grace 1489. 
& le Ieudy 31. & dernier iour de Decembre, vifmes un cahier de papier 
contenant quatre feuillets, contenant la forme qui s’enfüit. | 


; ET D) 
EEce ii] 


gr. Decembre 
1489. 


bre 1480. 


go OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
1489. | 
À Montils lez 
Tours,r.0%o- 


( . ARLES par la grace de Diew Roy de France: À tous ceux qui cès pre- 


fences Lettres verront , Salur. Comme nagüctes nous ayons faic 

bonne, loyale & perpetuelle paix , amitié & alliance aucc tres-haut & 
° . / 

tres - puiffant Prince noftre tres - cher & tres-amé frere & beau- pere le 


Roy des Romains , tant -en fon nom que pour & au nom de noftre tres- 


cher & tres-amé frere & coufin l’Archiduc Philippe d’Auftriche Comte 
de Flandres fon fils ; ainfi que plus à plein eft contenu au Traité d’icelle 
paix faite & concluë en la ville de Francfort, par lequel Traité entre autres 
chofes a efté appointé & entendu que pour la pacification des differends 

ui pouuoient eftre entre eux d'vne part, & ceux du pays de Flandres 
ut , lefdits de Flandres députeront gens ayans toute puiffance d’y be- 
{oigner , & à cette caufe noftredit beau-pere aye prefentement enuoyé 
pardeuers nous noftre cher & amé coufin Engelbert Comte de Naffau, 


Cheualier, fon premier Chambellan, & nos chers & bien-amez Philip- 


pes de Veron, dit la Mouche, premier Efcuyer d’Efcurie de noftredit frere 
& coufin l’Archiduc , Maiftre François de Buftaydin Preuoft de Liege, 
Confciller & Maiftre des Requeftes de l’Hoftel de noftredit beau-pere, 
{es Ambañffadeurs , & auec cux Maiftre Paul de Bacuft, Prefident de la 
Chambre du Confeil en Flandres , Philippes de Contay fieur de Foreft, 
Maiftre Iean Sauuage, fes Confeillers , & Maiftre Louis Courroy fon Se- 
cretaire, & il foit que pareillement lefdirs de Flandres nous ayent enuoyé 
leurs deputez , c’éft à fçauoir nos chers & bien-amez Raphaël Euefque 
de. .... Abbc-de Saint Bauon, Louis de Bruges, Seigneur de la Gruthuze, 
Cheualier, Prince de Stechuze , Adrian Villan fieur de Reffeghen, Iean 
de Menbbenhoué aufli Cheualier , Maiftre Pierre de Liguo , Preuoft de 
Roüais, Anthoine de Fontaines, Maiftre Iean de Bure, lean de la Val- 
le... Sçauoir faifons, que nous ce confideré, & la grande & finguliere 
amour, confiance & feureté que noftredic beau-pere prend en nous, ainf 
que lefdits Comte de Naffau, Philippes de Veron, & le Preuoft de Liege 
fes Ambañladeurs nous ont certifie & affirmé, & attendu que defdits diffe- 
rends lefdits de Flandres fe font entierement foumis à Nous comme à leur 
Sounersin, ainfi qu’il nous a apparu par le pouuoir donné à leurfdirs Dépu- 
tez , lequel tenons pour fuffifant. Nous, pour ces caufes & autres raifons à 


ce Nous mouuans, & mefmement pour le bien de paix, & afin d’efuiter 


aux innumerables maux & inconueniens de la guerre, auons par l'auis & 
deliberation des Princes de noftre Sang & Gens de noftre Confeil fait 
conceuoir & rediger par efcrit certains articles de paix, en quoy a efté tel- 
lement befoigné, que aprés plufeurs grandes & notables communications 
fur ce tenuëés par les Gens de noftredir Confeil, tant auec lefdits Ambaf- 
fadeurs d’iceluy noftre beau -pere, que auec lefdits Deputez de Flandres, 
a cfté fait, pañle & conclu un Traité de paix en Ja forme & maniere qui 
s'enfuit. | | | DE 

C'EST 4 Traité de paix fait à la loüange de Dieu noftre Createur, & 
pour l'honneur & contemplation de tres-haut , tres-excellent & tres- 
Puiffanc Prince le tres - Chreftien Roy de France, entre tres-haut & tres- 


 puiffant Prince le Roy des Romains, tant en fon nom, comme pour & au 


# AI. Garde 
moble. 


nom de Monfeigneur l’Archiduc Philippes d’Auftriche, Comte de Flan- 
dres fon fils mineur d’une part, & ceux du païs de Flandres d'autre part. 

. 1. Et premicrement, ledit Seigneur Roy des Romains fera reintegre plei- 
nement & paifiblement en la Mainbournie* & cutelle de mondie Scigneur 
l'Archiduc Philippes fon fils Comte de Flandres, & en ce nom aura plein, 
paifñble & entier Gouuernement dudit Pays & Comté de Flandres, en tel 
cftat, authorité & obeïflance qu'il auoic auart le commencement defdits 


Lee; sd 


” CA —_ _  — — — 


DV ROY CHARLES VIII. s9: 
differends entre luy & ceux de Gand, Bruges, Ypres, & leurs adherans, 
2. tem, ceux qui depuis le commencement defdits differends ont efte 
en Loy*cfdites Villes . Gand, Bruges, & Ypres, fupplieront en toute 


reucrence & humilité audit Seigneur Roy des Romains, en fa prefence, . 


ou de celuy qui à ce fera de par luy commis, que le plaifir dudit Seigneur 


foic de les receuoir en fa grace, & leur pardonner toute l'offenfe qu'ils: 


pourroient auoir faite & commife enuers luy & mondit Seigneur l’Archi. 
duc fon fils, & diront que s’ils l’auoient à faire, ils ne le feroient. iamais : 
laquelle requefte fe fera en chacune defdites Villes ou au deuant des por- 
tes d’icelle Ville, ainfi que mieux plaira audit Seigneur Roy des Romains, 
& par chacun defdites loix féparément. Et feront ceux qui la feront, veftus 
de noir, defceints, nuë cefte, & à genoux. | . | 

3. Item, fur ce que les Ambañladeurs dudit Seigneur Roy des Romains 
ont demandé la maifon de Cracimbourg aflife fur le marché de Bruges, 
eftre démolie, à caufe que iceluy Seigneur y fut detenu , & que en ce lieu 
fut conftruite vne Chapelle auec cettaines fondations, il a efté aduifé que 
ce point & article fera remis à la veuë * des deux Rois, dont mention eft 
faite au traité de Francfort, lefquels Seigneurs alors aduiferont ce. qui en 
deura eftre fait pour le bien & feureté d’icelle paix, & femblablement ad- 
uiferont fur certaines auttes fondations que lefdits Ambañladeurs aduife. 
ront eftre faites éfdires villes de Gand & Bruges, pour le remede des ames 
de ceux qui ont efté executez durant lefdits oi, ur 

A. Item, pour faire vuider les Gens de guerre d’iceluy Seigneur Roy des 
Romains hors du pays de Flandres , & pour recouurer fa bonne grace, & 
auffi pour confideration des grandes pertes, dommages & interefts que 
iceluy Seigneur & mondit Seigneur l'Archiduc fon fils ont eu,en ce qu'ils 
n’ont iouy dudit pays de Flandres durant lefdits differends, duquel pays 
ils n’ont cependant receu aucuns profits, ceux _d’iceluy pays de Flandres 
paycront audit Seigneur Roy des Romains la fomme de trois céns mille ef- 
cus d’or, de crente-fix fols Parifis piece, reuenans à la fomme de cinq 
cens vingt-cinq mille liures tournois, ou à la. valeur mt feront payezà la 
monnoye ayant cours audit pays de Flandres, felon la reduétion qui fera 
faite des monnoyes par ledit Seigneur Roy des Romains, & les Eftats d’ic 
celuy pays, à laquelle reduétion lefdits de Flandres dés à prefenc confens 
tiront, dont le payement fe fera à trois ans & à trois cermes pour chacun 
an; c’eft à fçauoir à Noël, Pafques, & Saint Ican, qui eft pour chacun an 
le ciers de ladite fomme, fauf que pour pluftoft faire partir lefdits Gens de 
guerre hors d’iceluy pays de Flandres les payemens des deux premiers ter. 
mes fe feront à Noël prochainement venant, de laquelle fomme de cinq 
cens vingt-cinq mille liures tournois mondit Seigneur l'Archiduc aura fix- 
vingts mille liures tournois, & Madame la Duchefle Marguerite Doitairiere 
vingt & un mille liures tournois pour les dommages qui luy ont efté faits 
pendant lefdics differends , à laquelle Dame fera payé pardeflus vel refte 
qui luy peut eftre deù par lefdirs de Flandres , à caufe de la compofition 
par eux faite en l’an quatre-vingts-cinq. Et à l’efgard de ceux qui ont elté 
endommagez hors exploit de guerre, pour lefquels les Ambaffadeurs du> 
dit Seigneur ont faic doleance, ils auront auffi la fomme de quarante mille 
liures tournois, qui feront diftribuées & départies entre eux par l'Ordonnan: 
ce & bon plaifir dudit Seigneur. Roy des Romains. dr Fi 
! g. 11m, que le Domaine dudit Pays & Comté de Flandres fera remis 
& reduit à ce qu'il eftoit du viuant des :feus Ducs Philippes 8 Charles 
Seigneurs d’iceluy paÿs, fauf les parties venduëspar eux 8c par feuë Ma- 
dame la Duchefle Marie Comtefle de Flandres leur fille. 
? 6. 18m, Que lefdits: de Flandres accompliront. ce qui eft:contenu en 


148 9. 


* * Al. Oni ont 


exercé les 
Charges de 
Ville. 


# Al. Entre- 
DLTE 


1489 


$97 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


. certain article dudit traité de Francfort, faifant mention de la deliurance 


des prifonniers qui furent menez à Gand, le tout felon ledit article, & 
comme s'il fuft icy inferé ; & demeure Meflire Volfang de Polham quitte 
de la foy qu'il peut auoir donnée aufdits de Flandres ou autre pour eux. 

7. Item , que fur le payement de ladice fomme de cinq cens vingt-cinq 
mille liures, fera faite à ceux de la ville d’Ypres touchant leur cotte & por- 
tion , telle moderation & déduétion que l’on a accouftumé quand aucuns 
deniers font impofez & mis fus audit pays de Flandres, & ce qui leur fera 
ainfi modere & rabatu fe recouurera fur les autres villes & quartiers con- 
tribuables , en laquelle fomme de cinq cens vingt-cinq mille liures ne con. 
tribueront aucunement ceux des villes d'Oudcnarde, Alloft, Tenremon. 
de, Hulft, Nicuport , Furnes, Dixmude, Dunkerque , Bergues, Bour- 
bourg, Grauelines, Furnes Ambacht, Bergues Ambacht, Bourbourg Am- 
bacht, Loo, & Lombardic; & au cas que és Villes qui contribueront en 
ladite fomme foit fait afliete par ceftes, ceux defdites Villes qui fe feronc 
retirez en l’obeïffance dudit Seigneur Roy des Romains durant lefdits dif- 
ferends n’y ferone aflis. 

8. 1tem, & pour le bien & feureté de cette paix eft faite pleine, gene. 
rale & entiere abolition & pardon à tous ceux qui fe font meflez defdits 
differends depuis l’an 1482. Et à l’efgard d’aucuns qui furent referuez par 
Ja paix de Flandres faite en l'an 1485. ils feront & font compris en cette 
prefente paix pour l'honneur & reuerence de ce qu’il a plu au Roy en faire 
inftance , & que le Roy des Romains fon beau- pere luy voudroit bien 
complaire en plus grandes chofes. 

9. 1tem, que tous banniflemens, de quel party qu'ils ayent efté faits, mou- 
uans des differends, partialité & gouuernement defdits Pays depuis ladite 
paix de l’an 1482. feront & font mis au neant, & toutes rancunes, iniures 
& malucillances pardonnées , réferuc ce dont il y a procez; lefquels pro- 
cez feront renuoyez où il appartiendra felon le Traité de ladite paix de 
1482. & l’article qui cy-aprés fera touché, | | 
_ 10, Ztem , que chacun d’un party & d'autre retournera à vous fes biens, 
quels qu’ils foient, aflis en l’Empire, au Royaume, & és Pays de mondit 
Séigneur J’Archiduc, felon les articles & prouifons de ladite paix de l'an 
14 82. & dudit Traicc de Francfort. 

11. Item, que tout ce qui a cfté donné, leué & quitté des frais & reue- 
nus des heritages ou arrerages des rentes, tant fur les corps des Villes, 
que fur particuliers appartenans à ceux qui eftoient pour lors en pays con- 
craire, demeurera ainfi quitte, & ne s’en pourra faire pourfuite; & fi les 
perfonnes, biens ou marchandifes des D 8 Manans és Villes du 
party des deux Roys ou dudit pays de Flandres qui deuoient lefdices ren 
tes, cftoient de prefent ou au temps à venir arreftez ou empefchez pour 
lefdits arrerages donnez, leuez ou quittez, ledit empefchement fera in. 
continent oftc. | 

12, Jrem , que ledir Seigneur Roy des Romains comme Procureur & 
Mainbourg de mondit Seigneur l'Archiduc fon fils, fera donner tel ordre 
& police audit pays de Flandres, que marchandife y aura cours feur & pai- 
fible, & que ceux de Flandres qui feront en pays voifins ne feront point 
empefchez en corps ny en biens par Gens de guerre ny autrement, pour 
fouldes, ou chofes aucunes du temps pañlé. 

13. Item , que pour fatisfaire aux fommes de deniers qu’il conuiendra 
fournir à caufe de ce prefent Traité , ledit Seigneur Roy des Romains 
comme Procureur & Tuteur de mondit Seigneur l’Archiduc , confentira 
& confent que lefdites villes de Gand, Bruges, Ypres, & autres contri- 
buables à la fomme deflus declarée , puiffenr vendre rentes fur elles, & 

à ce 


RE Ur 


DV ROY CHARLES VIII. 593 


à ce dés-à- prefent ledit Seigneur les authorife, & aufli les venditions 1 4 3 9° 


dés rentes qui ont efté paflées par icelles Villes durant lefdits differends, f 
auant que le peuple y aura confenty en la maniere accouftumée. | 
14. Item, pareillement tout ce qui a efté fair durant lefdits differends 
au nom de mondit Seigneur l’Archiduc, en iceluy pays de Flandres par 
Monfeigneur Philippes de Clieues fon Lieutenant, la Chambre du Con- 
(else: demeurera fait, & n’en fera rien retraété , fauf en tanc qu'ils 
pourroient auoir engagé ou aliené aucune chofe du Domaine ou des 
droits appartenans à mondit Scigneur l’Archiduc, & fur ce que mondit 
Seigneur Philippes de Cleues a fait requefte pour eftre receu à rémonftrer 
en tout honneur & reuerence fes iuftifications, & aufli qu’il foit entretenu 
en fes Eftats , Offices & penfions qu’il a toufiours eus d’iceux Roy des 
Romains & Archiduc , defquels il s’eft continuellement tenu & tient 
tres - humble feruireur & fuiet, a efté dit que ledit Monfeigneur Philip- 
pes eft compris audit Traité de Francfort, & que le Roy tres-Chreftien 
parlera de cette requefte au Roy des Romains quand ils fe verront. | 

15. ltem , 2e l'eftaple de Bruges & les Nations feront pour le bien 


de la marchandife gardez & entretenus comme ils ont efté de tout temps 
en ladite Ville, | 


16. Item , que les procez qui font au Grand-Confeil defdits Seigneurs 
Roy des Romains &'Archiduc fon fils, pour raifon des perfonnes ou des 
biens eftant du reflort de la Cour de Parlement à Paris, feront renuoyez 
felon l’article de ladite paix de l'an 1482. & à faute de renuoy, les par- 
ties à qui il couche fe pourront pouruoir par iuftice là où il appartiendra. 

17. Item , que des Sentences renduës par deffaut & contumace d’vne 
part & d'autre, durant lefdits differends, fera fait tout ainfi qu’il fut en 
pareil cas ordonné & aduifé par ladite paix de 1482. 

18. Item , que les prifonniers de guerre d’vn party & d’autre qui ont 
payé leurs rançons feront deliurez, & ceux qui ne l’ont encore payée fe- 
Font mis à gracieufe finance & rançon, & moyennant icelle deliurez. 

19. Jtem , & quant au fait des priuileges , les Deputez de Flandres ont 
tefpondu qu’ils n’ont aucun pouuoir de befoigner en cette matiere, mais 
au contraire ont charge expreffe de requerir la confirmation de tous & 
quelfconques leurs priuileges felon & en enfuiuant ladite paix de 1482. 
Il a efté appointé que lefes de Flandres font entretenus és priuileges & 
ufages dont ils ont iouy du viuant des feus Ducs Philippes & Charles, 
&c auparauant du temps de leurs Predecefleurs Comtes de Flandres; & en 
tant que touche les nouueaux priuileges qu’ils ont obtenus depuis le tref- 
pas dudit feu Duc Charles, à la prochaine veuë & aflemblée defdits 
deux Seigneurs Roys, ils enuoyeront leurs gens & députez ayant pouuoir, 
inftruétion & charge fuffifante pour befoigner fur la moderation defdits 
priuileges nouueaux, en ce que l’on trouuera que aucune moderation en 
deura eftre faite; & par ce prefent Traité & appointement de paix, eft 
mis au neant le dernier Traité & appointement fait en ladite ville de Bru- 
ges l'an 1488. & en feront rendués les lettres comme caflées & de nulle 
valeur. - | | | 

20. Item , que lefdits Seigneurs Roy des Romains & Archiduc bail- 
leront leurs Lettres Patentes au Roy tres-Chreftien & aufli à ceux de 
Gand, Bruges, & Ypres , par lefquelles ils promettront & iureront fur 
leur honneur, & en parole de Roy & Prince, entretenir aufdits de Flan- 
dres, & faire entretenir tant en general qu’en particulier ce prefent Trai- 
té, & ladite paix de 1482. en tous fes points & articles y contenus con- 
cernant le fait de Flandres , fans jamais aller, ny venir, ny ET aller au 


1489. 


594 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
contraire en quelque maniere que ce foir. Et feront iceux Seigneurs bail- 
ler femblables promefles par les Ducs de Cleues & de Juliers, & par les 
Prelats & Nobles que lefdirs de Flandres pour leur feureté voudront & 
requerronc auoir: & s’il eftoit contreuenu audit Traité, ce que Dieu ne 
veuille, le Roy tres-Chreftien, comme Souucrain dudit pays de Flandres, y 
ouruoyra, & pourra donner confort pour faire reparer ce qui aura efté 


aie contre ledit Traité; & aufli fi aucune declaration ou interpretation 


eftoic à faire cy - aprés, il le pourra faire au bien & entretenement de cet- 
te paix. . 

- Lequel Traité de paix a efté par plufieurs fois veu, vifiré & examiné 
emment.en tous fes points & articles par lefdits Ambaffa- 


bien & dili 
deurs de rie beau-pere, & autres affiftans auec eux, & par lefdits 
Deputez de Flandres. Et finalement aprés que leéture d’iceluy Traité leur 


a cfté publiquement faire en prefence de Nous, des Seigneurs de noître 
Sang, & Gens de noftre Confeil, ils ont tous d'vn mefme accord, fran- 
chement, purement, liberalement, & de leur franche volonté, tant par 
vertu & authorité de leur pouuoir, & eux faifans fort de leurs Seigneurs 
& Maiftres, & autrement en la meilleure forme & maniere que faire fe 
peur, confenti , agréé, homologué ,approuué, & receù ledit Traité de paix: 
laquelle paix au nom de leurfdits Seigneurs 8 Maiftres ils ont folemnel- 
lement en noftre main & aux faints Euangiles de Dieu, promis faire gar- 
der, tenir & accomplir loyaument & de fait, perpetuellement & à touf- 
jours, & tout le contenu en iceluy Traité de point en point felon fa for 
me & teneur, fans jamais aller au contraire ; & aufli de le faire ratifier 
fufifamment comme jl appartient. Er pour ce faire iceux Ambaffadeurs 
de noftre beau-pere feront tenus de fournir Lettres de ratification de 
noftredit beau - | mi bonnes & valables en forme deué , lefquelles Lettres 
feront portées dans nos mains à cette fin dans Noël prochain; & aufñf 
l'ont promis à Nous & aufdirs Ambaffadeurs de noftredir beau - pere, les 
Deputez de Flandres: & au furplus ont voulu & confenri lefdits Ambaf- 
fadeurs & Deputez d’vnge part & d'autre, que au vidimw de certes fous 
fcel authentique, foy foit adiouftée comme à ce prefenc original, le roue 
fans fraude, barat, ny mal engin. En tefméin de ce Nous auons fait met= 
tre naître féel à ces Prefentes. Donné-a# Mentils lez Tours , le premier 
Otobre l’an mil quatre cens quatre-vingts-neuf, & de noftre regne le 
{eptiefme. Ainfi figné , Per Le Roy, le Duc de Bourbon, le Cardinal de 
Bordeaux ,les Comtes de Bauge, les Scigneurs de Brefle & de Vendofme, 
l'Archeucfque de Sens, le Vicomre de Rohan, le Marquis de Rochelin 
Marefchal de Bourgogne, les fieurs d'Orual, de la Trimouiïlle, Defquer- 
des Marefchal de France, de Curron Gouuerneur de Limoufin, de Bau- 
dricourt Gouuerneur de Bourgogne, de l’Ifle, du Bouchage, de Grimaut 
Prefidenc des Comptes, de Piennes, d’Aniou, Defcars , de Champeron, 
de Mourillon, du Pleflis Bourré, Maiftre Pierre de Sacierges, Eltienne 
Pafcal , Charles Defpontoz Maiftres des Requeftes, & plufieurs autres 
prefens , Parenr, Et Nous en tefmoin de ce auons mis à ce prefent tranf- 
cript ou vidimus le feel de ladite Preuofté de Paris l’an & iour defluf- 


dits. Signé, Reavfils. 


Pris for de Vidimus original. 


cata 


.ce en diminution de fa penfon. | 


DV ROY CHARLES VIIL so; 


affaires qui fe traitoient lors. 


TE Roy de Naples remerçie L Ro de la bonne affiftance & faueur r3.oœ5r 
qu’il a donnée à Meflire Camille. Pandouëé fon Orateur, quand dernic- :+#». 
rement il fut par- deçà, & du :bon vouloir & bienveillance qu’il a à luy, rene l'a op, 
ainfi que luy à rapporte ledir Meflire Camille , dont il louë & regracie ER “a 
Dieu, & pour ce &-autres fes faits & affaires, il renuoyce par-deçà Ze4#- open 
Baptiste, requerant ledit Seigneur l’ouir, & le croire, : qu'il adnife 
Le fieur de Ferriéres efcrit que fon frere, fous couleur de lettres eferites as Fe 
par le Roy à noftre Saint Pere le Pape, le veut traicer en Cour de Rome zaris. 


contrée les Ordonnances Royaux, & qu’il a obcenu un mandement adref- x monfeur le 


fant au Grand Senefchal de Normandie, pour l’authorifer à ce faire, Sup- Chewelier, 


plie ledit Seigneur que fon plaifir foit refcrire audit Senefchal' & à fes pour y auifer, 


Commis, qu’ils luy gardent fon droit fans faucur, & que rien ne foit fait 


au preiudice defdites Ordonnances , & que ladite matiere demeure par- 
deçà en premiere inftance. | | 


Le Mayne Bloffet efcrit que en enfuiuant ce que le Roy luy à mandé, il zrRoy ef cons. 


fera diligence d’aflembler les Gens d'armes de fa charge, mais il doute ** Je di-, 


qu'ils fe puiffenc fi-coft aflembler ,parce qu’à caufe de la mortalité qui puis ue Pr 
n’agucres s’eft prife à Bethune où ils eftoient en ‘garnifon , fon Lieutenanc /°#"6 Pas 
depuis fon partement a efté contraint, pour obuier à inconuenient, auffi sésmis. 
que aucuns eftoient morts , de donner congé aux autres, de quoyila bieg - 
voulu auertir ledit Seigneur ; afin qu’il ne penfe point que luy & fondic 
Lieutenant l’ayeng fait à autre caufe, & fupplie ledit fieur,puis que la paix 
cft, donner à fefdits Gens d’armes quelque logis dedans les Villes de fon 
Bailliage de Caux, où ils viuront à meilleur marché, & qu'ils ont bon mef- 
tier de bien pour les pauuretez qu’ils ont eués. er | | 
Le Baffard de Cardonne cfcrit qu’il fait toufours bon guet & garde de la LR lu es 
Cité d'Arras, & que à la verité il en eft bien befoin, & qu'il ne faut poine./# 4 sré. 
prendre fiance à fes voifins,& qu'il enuoye deuers le Roy Michel Dedons 
pour fes affaires, fupplie l’ouir & croire, & le faire dépefcher, 
Item , requiert qu’il plaife au Roy luy donner la Baronnie de Lyons en Etés /urple 


: ) . . faut parler 
Normandie pres Gifors, qui vaut enuiron deux ou trois mille francs, & 4. Trefo- 


nn riers @ Gens 
Item , le faire appointer du reculement de fa penfon qui luy a efté re. #Fimavess. 


/ / Par Monfieut 
tranchce cette année. du Dnchre. 


 cHonfigneur de Foix efcrit au Roy Lettres de créance, le priant de croire Le Roy oire 
Ican d'Anglade fon Maiftre d'Hoftel & porteur defdites Lettres, de ce /: Gers. & 
u’il dira audit Seigneur de par ledit fieur de Foix, comme foy-mefme, no 
touchant aucunes fes affaires, & en toutes fes autres befognes l’auoir pour 
bien recommandé, | | 
CMeffire Branque Dvria efcrit au Rov que depuis que dernierement de z. Roy luy eh, 
luy il prit congé, & qu'il a efté arriué en fon quartier, il n’a pas mis en /fsis ben gré, 
oubly de faire incontinent ce dont ledit Seigneur l'auoit chargé, c’eft à Er le : 
fçauoir d'entretenir fa Maifon de Gennes, enfemble toutes les autres te- 46/2 qu'il con. 
nant la querelle d’iceluy Seigneur. Et pour ce que toufours il luy auoit #*°° ne : 
cité deffendu par le Duc de Milan, n’entrer , ny fe trouuer au pays fur 
eine de la vice, & aufi qu'il n’a ofé efcrire Lettres pour doute qu'elles ne 
fent trouuées, pour cette caufe y a enudyé homme bien fuffifant &-féal, 
par lequel il a auerty ceux de fadite Maifon & autres tenans le party du- 
dit Seigneur du bon vouloir qu'il a toufiours eu, & encore a d’eftre leur 
Seigneur ainf que de droit luy appartient. Parcillement les a auertis des 


FFE ij 


396 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


148 9. promefles que touchant cette matiere le Roy luy a faites : defquelles chofes 


Il s'en fans 
enquerir, 
s'iln'y apoint 


effé pournen. 


A Movfonrle 
Chancelier, 
pour y pour. 
soir. 


comme il a fteu par l’homme qu'il y auoit enuoyé, ils ont efte tres-loyeux, 
defirans plus que iamais de ce l’accompliflement & fin ,& femble audit Do. 
ria qu'il ne refte qu’à y mettre la main. | 

Ledic Doria a charge defdits de Gennes, bons & loyaux fuiets du Roy, 
de recourner deuers luy pour le folliciter dé cette matitre, laquelle chofc 
il ne fera iufques à ce que ce foic le bon plaifir dudit Sergneur le luy mans 
der, cat autrement il luy femble n’eftre conuenable à leur cas; car ils ont 
mandé à iceluy Dori4 en fecret, dire aucunes chofes audit Seigneur de 
bouche, & neccflaires à leurdite matiere, lefquelles ledit Doria n'oferoit ef- 
crire à iceluy Seigneur pour plufieurs caufes qui pourroient porter domma- 
ge à leur fait: mais quand ce fera le bon :plaifir d'iceluy Seigneur, iceluy 
Doria le dira de bouche. © : | | 

Réquérant au furplus iceluy Doria audit Seigneur l’auoir en fouuenan- 
ce s’il aduenoit que fes galeres de Prouente s’armaflent, difant que au 
plaifir de Dieu il ft homme pour y feruir iceluy Seigneur , aufli-bien & 
loyaument que perfonne dudit pays, confideré qu'il eft nourry tout le temps 
paflé deflus la mer. _… ee 

Mon/fieur l Admiral efcrit au Roy en faueur du fieur de Neftier touchane 
vne Capitainerie vacante comme il dit en la Comté de Comminges, à la. 
quelle n’a encore: efté pourveu, afin de par iceluy Seigneur la donner au- 
dit de Neftier, qui l’a bien’ feruy, & eft vn tres-bon Gendarme. 

Les Iurats de la Ville de Perpignan efcriuent au Roy, que à l’occafon des 
differends & partialitez qui fonten ladice Ville, lefquelles comme ils difenc 
viennent toufours'en accroiflant, pource que prouifion n’y eft donnée par 
les Confuls & autres leurs adherans, ont efté oftez à Maiftres Iean Mau- 
re & Jean Vrefan les Offices de Clerc & Sous-Clerc de la maifon com- 
munce de ladite Ville fans le fceù defdirs de la Ville de Perpignan & au- 
tres anciens & principaux d’icelle, ce: qui, comme ils difent, iamais ne fut 
fait, pource que lefdits Offices par ancienne couftume font à vie, ni ia- 
mais iceux Confuls ñe les y ont voulu réftituer, combien, comme ils difenc, 
qu'il l'ait efté par ledit Seigneur commandé, requerans tres-humblement 
ledit Seigneur que fon bon plaifir foit declaret fon intention fur ladite caufe, 
êc faire ‘garder & obferuer les anciennes couftumes , afin que par malice ni 
haine d'aucun ne foit rien fait contre: ni au preiudice d’icelles, iniure ni 
dommage aufdits Maure & Vrefan, ni autre, eñ aduertiffant en outre ledit 
Seigneur, que fi lefdits Offices n’eftoient 4 vie, feroit le grand dommage 
& preiudice de la chofe publique de ladite Ville. 

Plus faut parler à Monfieur le Chancelier de ceux de Bayonne, & figner 
la confirmation de leur appointement par fon auis. | 

Commandé aux Montils lez Tours, le 1 4. iour d’'Oëtobre 1489. pre- 
fens à ce le Duc de Bourbon, les Comres de Brefle & de Vendofme, le 
Vicomte de Rohan, François Monfieur de Luxembourg, les fieurs de La- 


“ual, Marefchal de Bourgogne, les Marefchaux des Querdes & de Gié, le 


Gouuerneur de Bourgogne, les fieurs du Bouchage & d’Efcars, Maiftre 
Charles des Poncoz Maiftre des Requeftes, & autres. | 
| Pris fur l'Original. 


) AGE #9. Le Seigneur de Grauille fur dépefché en Normandie. £+ 
re enfaite. Le commun bruit eftoir que la Cour commençoit à fe lafler 
ce luy. | 
Il fauc que cela foit arriué dés le mois de Juin, ainfi que la Lettre qui 
fuit le peut iuftifier, Quoy qu'il en foit,la faueur de ce Seigneur eftoir beau- 
coup diminuée, ainfi que celle de la Ducheffe de Bourbon, dont le Roy 


Dv Roy CHARLES VIIL 5972 
commençoit à fe laffer , à quoy aidoient fort les rapports qui luy eftoient 1 4 8 9. 
faits par ceux qui la voulojenc ruiner dans fon efprit. Non 


Le fieur de Grauille au Roy Charles VIIL lu demande quelques 
Genf-d'armes” pour ls garde de ls Normandie. . 


IRE, le me recommande à voftre bonne grace, tant humblement com- 4 Magny 
Jme ic puis. l’ay receu la Lettre qu’il vous a plu m’efcrire , qui Contient :* 1 
que pour le brouïllis qui eft en Angleterre, & aufli des Lettres que. vous 7°” 
a cfcrites Monficur, & Rohan, les Genf-d’armes que vous auez ordonnez Le 
pour venir en. Normandie ne peuuent encore bouger de: là. _ 
Sire, Vous en ferez venir en Normandie, ou toft ou tard, ainfi qu’il vous 
plaira, car de moy ie feray toufours bien content de ce que vous eri vou- 
drez ordonner, pource que voftre ordonnance emporte mon acquit: tou- 
tesfois j'ay fceu que Meflire Jean du Beflay ct defia en Normandie, & fa 
compagnie auffi ; mais foyez feur que ie ne l'ay mandé venir ni luy ni 
autre, ose | | : is 
Et au regard de ce qui vous a efté efcrit de la Rochelle, touchant laui- 
taillement, Sire,ie ne tiens point voitre argent qui en a efté baillé en 
grande feureté, pour beaucoup de raifons;fi voudrois-ie bien qu’il en prift 
mieux que iene penfe. "+ 
Sire, Vn Nauire de Dieppe qui. eftoit alle en Guerre, a pris vne Nef de 
Bretagne, où il y auoit 2. Anglois dédans, qui venoient tout droit de Lam- 
balle, & difent qu’ils s'en retournoient tous fans. congé excepté vn Gentil- 
homme malade d’auprés Wxeftre, qui n'eftoit point de la bande des au- 
tres, & porte fon congé par efcrir de fon Capitaine à caufe de fa maladie ; 
& fonc tous les autres Anglois du pays de Galles. Ils difent qu’il y a eu de- 
bat entre les Capitaines defdits Anglois , & qu'à cette heure Monfiéur 
Chefnay s’eft tiré à part à tout fa bande d’enuiron huit tens hommes, & 
s'eit logé en vn Village à quatre lieués de Dinan. Ils difent outre qu'ils 
n’ont point de charge, ni ne fonc dcliberez-de mettre fiege, ni de comba+ 
cre les murailles, Ie cioy, Sire, que vous eftes mieux ‘auerty de cela que 
ke ne fuis. un | _ 
… Sire, Ceux de la Ville de Dieppe m'ont auiourd’huy enuoyé vn homme 
qui vient tout droit d'Angleterre, qui dit pour vray que le Roy a efté en 
perfonne iufques-là où le Comte de Nortomberlant a efté tué, & qu'il a 
fait couper enuiron cinquante tetes des plus coupables, & dit que ledit 
Roy s'en reuient droit à Londres raffembler des gens, car nonobftant l'ex- 
ploic qu'il a fait, fi n’eft pas demeuré le pays en grande feureté pour luy, 
&, Sire, de tout ce qu’il me fouuiendra roufrours vous en auertiray, Vous 
m'efcriuez que vous m'enuoyez le double de: là Lettre de Monficeur de 
Rohan & de Meflieurs les Senefchaux qu'ils vous ont’ éfcrite, mais elle 
n’eft point au paquet qui m’a efté baillé. oo 
 Sire, Plaife vous me mander & commander toufours vos bons plailirs, 
out les accomplir s’il plaift à Dieu, Sire, à qui ic prie qu'il vous doint tres- 
ses vie & longue. Efcrit à Maigny le treiziefme iour de Iuin. pofre 
; tres-bumble dr tres-obeiffent féruitenr C* fuict, Louys À. de Granille. Et fur le 
dos : L4w Roy mon Souuerain Seigneur. | "+ a: 
Pré fur l'original. 


etre 


6: 


# 


1438 D» 


Æn Moïtils 
Lez Tours 
21. Ilwin 

s 489. 


593 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Le Roy Chaos VIII. à Anne de France ; Ducheffe de Bourbon fa 
feur. Luy mande que l'on ne luy 4 rien rapporté œntre elle: 
| er que quand on l'euft fait , il ny auroit 
‘ _ adiouffé aucune foy. 


À SONNE SOEUR M'A M18, le me recommande bien fort à vous. 

À Loys du Pefchin m'a dit que vous auez fceu, que aucunes chofes 
m'ont cfte rapportées contre vous qui touchent voftre honneur : à quoy luÿ 
ay fait refponfe que rien ne m'en a efté rapporté; & ie vousaffeüre que l’on 
ne m’en ofcroit parler , car en quelque façon que ce foit n’y voudrois ad- 
joufter foy, ainfi que iefpere vous dire quand nous ferons enfemble, & que 
ledit Loys vous en pourra aufli aduertir, par ce que ie luy en ay refpondu. 
Vous difant à Dieu, ma bonne fœur m’amie, qui vous ait en fa garde, 
Elcrit aux Montils lez Tours, le 21. iour de Juin. Signé, CHARLES. Et 
plus bas, Bohier. Et au dos cft efcrit: C4 me bonne Jœur ls Ducheffé de 
Bosrbon  d'Auuergne. 
; Pris for l'Original. 


Cette piece eft fi finguliere, que l'on auroit lieu de douter qu'elle fuff wveri- 
table, fi l'on n'en auoit ne copie png » © qui ne peut paroi[_ 
tre [ufpeéle : c'e? po autant pour la rarcté que pour faire con. 
ME genie , éd , l'on . qu'elle pan effre Le icy. 
Elle merite affex de curiofité pour n'effre pas negligée; @) quoy-que ce 
fôit svne piece de deux cens années, elle paroifira [ans doute aufh nou. 
uelle que rare. : | 


V'Ensvrvenr le nombre des Feftes éfquelles, outre les Dimanches, 
S tres-noble Dame Madame Anne de France, Duchefle de Bourbonnois 
& d’'Auuergne, a puiffance & faculté, elle & dix perfonnes celles qu’il luy 
plaira de nommer, de fe faire abfoudre de tous pechez, & gagner plenie 
re remiflion, . 


As mois de Tenuier. 


Le iour de la Circoncifion, premier de ce mois, 

Ec iour de Sainte Gencuiefue, croifiefme. 

Le iour de lEpiphanie, 46 des Roys, fixiefme. 

Le iour de Saint Vincent le martyr , vingt-deuxiefme. 

Le jour de la Conuerfon de Saint Paul, vingt-cinquicfme. 


An mois de Feurier. 
Le iour de la Purification de Noftre-Dame, de de la Chandeleur , fe- 


cond du mois. 


Le iour de Saint Mathias Apoître, vingt-cinquicfme. 


® Noffre-Da- 


An mois de Mars. 


ms, à prefint Le jour de Saint Gregoire, le douziefme. 


de 35. Mars, 


Le iour de l’Annonciation de Noftre Seigneur *, le vingt-fepticfine. 


pv ROY CHARLES VIIL 59 
Au nois d'Auril. … _ 148% 


Le iour de Saint Ambroife, le. quatriefme. 
Le iour de Saint Marc Euangelifte, le vingt-cinq. 


_ 4h mois de May. 
Le iour de Saint Philippes & Saint lacques , le premier, 
Au mois de Lun. 


Le jour de Saint Barnabé Apoître, le vnziefme. 
Le iour de Saint Ican Baptifte, le vingt-trois. 
Le iour de Saint Pierre @& de Saint Paul, le vingt-huit. 


Au mois de Inillet, 


Le iour de la Vifitation de Noftre-Dame, le deuxiefme. 

Le iour de Marie Magdelaine, ving-deuxiefme. . 
Le ioug de Saint Jacques le Maieur Apoître, vingt-cinquiefme, 
Le iour de Saint Anne mere de la Vierge Marie, vingt-huit. 


Au mois d'Aouf. 


Le iour de Saint Laurent, le dixiefme. 

Le iour de l’Aflomption Noftre-Dame, le quinziefme. 

Le iour de Saint Barthelemy, le vingt-cinq. 

Le iour de Saint Auguftin Doéteur de l’Eglife, le vingt-fix. 


Au mois de Septembre. 


Le iour de la Nativité Noftre-Dame, huitiefme. 

Le iour de Saint Mathieu Apoñtre Euangelifte, vingt-deuxicfme. 
Le iour de Saint Michel, vingt-neufuiefme. E 

Le iour de Saint Ierofme Doéteur de l'Eglife, trentiefme. 


An mois d'Oélobre. 


Le iour de Saint Denis, neufuicfme. 
Le jour de Saint Luc Euangclifte, dixneufuiefme, 
Le iour de Saint Simon & Saint Iude Apoftres, vingt-huitiefme, 


Au mois de Nouembre. 


Le iour de la fefte de tous les Saints, premier. 

Le jour Saint Marcel Euefque de Paris, troificfme. 
Le jour Saint Martin, vnziefme. 

Le iour Sainte Catherine, vingt-cinquiefme. 

Le iour Saint André Apoftre, le trentiefme. 


Au mois de Décembre. 


Le iour Saint Nicolas, fixiefme. 


1 4 8 9. 


22. Féurier 
T 489. 


6ao OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 

Le iour de la tres-Sainte Conception de la Vierge Marie, huitiefme, 
Le iour Saint Thomas Apoñtre, vingt & .vn. . 

Le iour de la Natiuité Noftre Seigneur, vingt-cinquiefme. 

Le iour de Saint Eftienne, vingt-fixiefme, D NE «e 
Le iour de Saint Ican Euañgelile, vingt-feptiefme. sn 
Le iour des Innocens, vingt-huitiefme. 


© Autres iors Gr Fefles mobiliaires. 


Le jour de la Refüurre&tion, alies de Pafques. 
Le iour de l’Afcenfon Noîftre Seigneur. . . 
Le iour de la Pentecofte. 
Le iour de la Trinite. 
Le iour du Saint Sacrement, 
Pris fer Ün ancien memoire efcrit du temps mefme. 


Contract de Mariage d'Enyelbert de Cleues, co de Charlotte de Bourbon 
[œur du Comte de Vendofme. 


A Tovs ceux qui ces preféntes Lettres verront G* oirônt. Abraham May: 
nac, luge du Roy noître Sire, & garde du Séel Royal aux Contra&s 
pour les exemptions d’Auuergne", par le Roy noftredit Seigneur à Cuffec 
en Auuergne eftably, Sa/ss. Comme le iour d’hier Lundy vingt-deuxief- 
me iour de Féurier, l’an mil quatre cens quatre-vingts-neuf ait efté baillé 
en la Ville de Saint Pourfain, entre les mains de Jean Girardet Notaire 
du Roy noftredit Sire & de ladite. Cour & Chancelerie de Cuflet, paf 
Monfeur Meflire Guillaume de Rochefort, Cheualier , Chancelier de Franz 
ce, certains articles , lefquels auoient efté accordez dés Dimanche dernier 
pafle,en la prefence du Roy noftredit Seigneur audit Saint Pourfain, &c 
de haut & puiffant Prince Monfeigneur le Duc de Bourbonnois & d’Au- 
uergne, Madame la Ducheffe de Bourbon, Madame la Douairiere de Bour- 
bon , Monfieur de Vendofme, Monfieur le Marquis de Rothelin, Maref- 
chal de Bourgongne, mondit fieur le Chancelier, le fieur de Curton, Gow 
uerneut de Limofin, Monfieur de lIfle, Monfieur le Bailly de Meaux, 
Monfieur de Candale, Monfeur Defcars , & Maiftre Eftienne Petit No- 
taire & Secretaire du Roy noftredit Seigneur, contenant ce qui s'enfuit. . 

C'ef à Scauoir: Que le Roy noftredit Seigneur , en faueur du maria- 
ge fait, traité & accordé entre hault & puiflant Seigneur Monfeigneur 
Engelbert de Cleues & Mademoifelle Charlotte de Bourbon, fœur 
de haulc & puiflant Seigneur Monfeigneur François de Bourbon, Com- 
te de Vendofmois, de Saint Pol & de Marle, auoir donné en dot & ma- 
riage à ladite Damoifelle Charlotte de.Bourbon la fomine de trente mille 
liures cournois, pour vne fois, fortifflant nature d’heritage, au profit d’el- 
le & fes hoirs procréez de fon corps, laquelle famme il auoit mife & met- 
toit dés maintenant en apparent aflignac en & fur la Comté d'Auxerre & 
appartenances d’icelle, tout ainfi qu’elle s’eftend & comporte de long & de 
large, foient Villes, Chafteaux, Forterefles , Juftice haute, moyenne & baf- 
fe , hommages, ficfs, arrierefiefs, prez, vignes, terres, bois, buiflons, ef- 
tangs, riuieres | garennes , moulins, cens , rentes, tailles , bourdelages, 
hommes & femmes, ferfs & dé ferue condition, rentes, redeuances, fruits, 
profits, reuenus & émolumens, & autres droits quelfconques appartenans à 
icelle Comté quels qu’ils foient , & où qu'ils foient fituez & aflis, fauf & 
réferué audit Seigneur le Reflort & Souueraineté, pour d’icelle Comté & 


chofes deflufdites en ioyr à caufe & titre de doc, iufques à la fomme de 
deux 


DV ROY CHARLES VIIL 6ot 


deux mille liures cournois de rente, & iufques à ce que ledit Seigneur auroit 
payé à vne fois, en deniers comptans, ladite fomme de trente mille liures tour. 
nois ; & fi ladite Comté auec fes appartenances eftoient de moindre reuenu, 
le Roy noftredit Seigneur ferôit fournir le furplus de prochain en prochain; 
& aufh fi ladite Comté & appartenances deflufdites vallent plus de deux 
mille liures tournois de rente, le furplus feroit & demeureroit audit Sei- 
gneur, & pourroient les deflufdits Monfieur Engelbert & Damoifelle 
Charlotte en ayant ladite Comte comme dit eft, mettre & commettre en 
icelle Comté, pour & au nom d’eux, Gouuerneur, Bailly, Capitaine, Pre- 
uoft, Receueur, & tous autres Officiers tels que bon leur fembleroit, & au- 
ront la nomination de tous les Offices Royaux de ladite Comté, comme 
de la greneterie, contrôlle, mefurage des greniers à Sel, Ele&ion,& au- 
cres Offices Royaux d'icelle quels qu’ils fuient, pour d’iceux Offices eftre 
donnez par ledit Seigneur à Icur nominatior, quand le cas y écheroit que 
lefdits Offices Royaux ou aucuns d’iceux ee “aa Ec s’il aduenoit que 


1 4 8 9. 


ladite Damoifelle Charlotte allaft de vie à trefpas fans hoirs de fon corps, 


furuiuant mondit Seigneur Engelbert de Cleues,en ce cas le Roy noftredic 
Seigneur auroit voulu & vouloir que ledit Monfcigneur Engelbert de Cleues 
iouiffe de ladite Comté fa vie durant, & auroit efté accordé que ledit Seigneur 
ncpourroitracheter niretirer ladite Comté fors feulement en baïillanc & deli. 
urant comptant entierement & à vne fois ladite fomme detrente mille liures, 
fans que pour raifon & à caufe des fruits, profits , reuenus & émolumens 
de ladire Comté, qui auroient efté leuez, pris & perceüs, ledit Seigneur, en 
retirant à luy ladite Comté, puft aucune chofe déduire, rabatreou défalquer 
de ladite fomme de trente milleliures. Et s’il aduenoic que ledit Seigneur re- 


ciraft ladite Comté des mains defdits Monfeigneur Engelbert & Damoifel- 


le Charlotte, ladite fomme de trente mille liures, qui pour ce feront bail- 
lées, feront employées en heritages, au profit de ladite Damoifelle & de 
fes hoirs procréez de fon corps; & s’il aduenoit qu’elle allaft de vie à cref- 
pas fans hoirs procréez de fon corps furuiuant mondit Seigneur Engelbert de 
Cleues, il ioyra fa vie durant defdits heritages ainfi acquis, comme dit ef, 
Item. QE tous les deniers qui feront receüs par ledit Monfeigneur En- 
gelbert de Cleues, de ladite fomme de c'Énce mille liures feront par ice- 
luy Monfeigneur Engelbertaflignez bien & fuffifamment à la raifon du denier 
quinze, pour 10yr dudit affignat par ladite Damoifelle &c fes hoirs procréez 
de fon corps, au cas . la refticution dudit dot ait lieu: & à defaut d’elle 
& de fefdits hoirs, ledit aflignat retournera au’ Roy noftredit Seigneur à 
faculté del’acquiter & décharger en rendant & rembourfant les deniers re- 
ceùs de ladite fomme de trente mille liures. Et en outre ledit Monfeigneur 
François de Bourbon frere de ladite Damoifelle Charlotte auroit donné & 
conftitué en dot & mariage de fon cofté à ladite Damoifelle Charlotte, ou- 
tre les fommes defflufdites, la fomme de vingt mille liures tournois, qui fe- 
roit payée à ladite Damoifelle Charlotte fa fœur és termes qui s’enfuiuent, 
C’eft à fçauoir dedans cinq ans prochains enfuiuans cinq mille liures tour- 


nois, & le furplus d’an en an, chafcun an deux mille liures cournois, iuf- 


ques à fin de payement defdites vingt mille liures, & defquelles vingt mille 
liures feroient acquis heritages au profit de ladite Damoïfelle Charlotte & 
de fes hoirs & ayans caufe d’elle : laquelle fomme de Me À mille liures, ou 
ce qui fera receù par ledit Seigneur Engelbert , iceluy afignera à la raifon 
du pr quinze ,au profit de ladite Damoifelle Charlotte & fes hoirs fuc- 
. ceffeurs & ayans caufe, pour ioyr dudit affignat par elle, fefdits hoirs, fuccef- 
feurs, & ayans caufe, toutes les fois que refticution dudit dot 8: mariage aura 
lieu ; & au cas que Douaire ait lieu, & que ladite Damoifelle Charlotte fur- 
ucfquift ledit Monfcigneur Engelbert, en iceluy cas a Char- 
| 8 8 


1 48 9. 


6027 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


lotte fera douée de quatre mille liures tournois de rente, à les prendre fur 
les terres, Seigneuries & heritages appartenans prefentement à mondit Sei. 
gneur Engelbert, & qui cy-aprés luy pourront appartenir par droit fuccefff 
ou autrement, pour ioyt de ladite rence la vie durant d’icelle Damoifelle 

r maniere de Douaire. Item. Et fera tenu ledit Monfeigneur Engelbert don- 
ner à ladite Damoifelle Charlotte ioyaux nuptiaux felon fon eftar, defquels 
ioyaux elle pourra difpofer à fon plaifir; & ferontau furplus lefdits Monfei. 
gneur Engelbert & Damoifelle Charlotte uns & communs enfemble en tous 
biens meubles & conquefts faits durant & conftant leur mariage chafcun 


par moitié. Et moyennant lefdites chofes ainfi données à ladite Damoifelle, 


icelle Damoifelle doit renoncer à route fucceflion & efcheute de pere & 
de mere, de freres & de fœurs, au profit de mondit Seigneur François de 
Bourbon, comme tout ce lefdices parties cy-aprés nommées ont dit & affir- 
mé eftre vray pardeuant ledit Notaire Receueur des prefentes, & les té- 
moins cy-aprés nommez. Et depuis fe fuflent lefdires parties tranfportées 
en la Ville de Ganat auiourd’huy date des prefentes. Srawoir faifons que 
auiourd’huy audit Ganat, pardcuant ledit Ican Girardet Noxaire Iuré du 
Roy noftredit Sire, de ladite Cour & Chancelerie & le noftre, auquel quant 
à oyr & receuoir le contenu en ces prefentes Nous auons commis noftre 
voix, force & pouuoir perfonnellement eftabli ledit Monfeigneur Engel- 
bert pour luy & les fiens d’vne part, & ledic Monfeigneur François de 
Bourbon & ladite Damoifelle Charlotte pour eux d'autre part, lefdices 
parties de leurs bons grez & bonnes volontez par leur bon vouloir, plailir, 
& confentement du Roy noftredit Seigneur, comme lefdites parties ont 
dit & affirme, ont connu & confeffé auoir parlé & traité mariage à faire & 
accomplir en face de Sainte Mere Eglife dudit Monfeigneur Engelbert & 
de ladite Damoifelle Charlotte de Bourbon, & fur ce faits les accords, 
quittances, conuenances & promefles de mariage qui s’enfuiuent. 

C'eft à ffauoir, Que ledit Monfeigneur Engelbert, du vouloir, plaifir & 
confentement que deflus,comme il à dit, a promis de prendre pour femme 
& cfpoufe ladite Damoifelle Charlotte ; & femblablement ladite Damoi- 
felle, du plaifir vouloir, & confentement que deflus aufli, comme elle a dit, 
a promis de prendre pour mary & cfpoux ledit Monfeigneur Engelbert de 
Cleues, fi Dieu & Sainte Mere Eglife s’y accordent. Et pour faueur & contem- 
plation dudit mariage, & pour iceluy faire & accomplir, ledit Monfeigneur 
François de Bourbon à donné & conftitué, donne & conftituëé en doc & 
mariage de fon cofté à ladite Damoifelle Charlotte fa fœur prefente & ac- 
ceptante, outre lefdires chofes données par le Roy noftredit Seigneur, la- 
dite fomme de vingt mille liures tournois fortiffant nature d’heritage ; la- 
quelle fomme de vingt mille liures ledit Monfeigneur François de Bourbon 
a promis & promet par ces prefentes de payer à ladite Damoifelle Charlotte 
fa fœur, efpoufe à venir, és cermes qui s’enfuiuent. C’eft à fçauoir d’au- 
iourd'huy en cinq ans prochainement venans la fomme de cinq mille li- 
ures tournois, & le furplus d'an en an, chafcun an deux mille liures tour- 
nois iufques à fin de payement defdites vingt mille liures, comme dit eft, 
&c de laquelle fomme de vingt mille liurestournois, feront acquis heritages 
au profit de ladite Charlotte & de fes hoirs & ayans caufe d'elle; & la- 
quelle fomme de vingt-mille liures, ou ce qui fera receü par mondit Seigneur 
Engelberc, il affignera à la raifon du denier quinze au profit de ladite Da- 
moifelle Charlotte & fes hoirs, fuccefleurs & ayans caufe, pour ioyr dudic 
aflignat par ladite Damoifelle, fefdics hoirs, fucceffeurs & ayans caufe, rou- 
tes les fois que reftitution dudit dot & mariage aura lieu; & au cas que 
Douaire air lieu, & que ladite Damoifelle Charlotte furuefquift ledit 
Monfeigneur Engelbert, en iceluy cas ladice Damoifelle Charlotte fera 


Dpy RoY CHARLES VIIL 65; 


douée de quatre mille liures tournois de rente à les prendre ainf que diteft 1 4 8 9. 


deflus, fur les terres, Seigneuries & heritages à luy appartenans prefentement, 


& qui cy-aprés luy pourront appartenir par droit fucceflif de Monfeur le 
Comte de Neuers fon ayeul, ou autrement, pour ioyr de ladite rente la vie 
durant de ladite Damoifelle Charlotte par maniere de Douaire, Et outre a 
promis & fera tenu ledit Seigneur Engelbert de bailler à ladite Damoifelle 
Charlotte efpoufe future deux places pour fa demeure,bonnes & honneftes, 
pour les cenir par ladite Damoifelle Charlotte par maniere de Douaire , au 
choix & ordonnance de mondit Seigneur le Duc de Bourbon & de Madame 
la Duçheffe de Bourbon, lefquelles deux places ne feront aucunement com- 
prifes aufdits quatre mille liures tournois de rente, & lefquelles deux places 
ladite Damoifelle Charlotte fera cenuëé d’entretenir en bonne & fufffante re: 
paration, Ztem, Serarenu ledit Monfeigneur Engelbert donner à ladite Damoi- 
felle Charlotte. ioyaux nuptiaux felon fon eftat, defquels ioyaux elle pour- 
ra difpofer à fon plaifir; & feront au furplus en faueur que deflus lefdics 
Monfeigneur Engelbert & Damoifelle Charlotte uns & communs enfemble 
en tous biens, meubles & conquefts faits durant & conftant leur mariage 


chafcun par moitié, au moyen de ce qui a efté accorde entre lefdites par. 


ties en faueur que deflus: & au cas que ledit Monfeigneur Engelbert ira 


de vie à crefpas, fans hoirs procrécz de fon corps, ladite Damoifelle furui- 
uant, clle aura & prendra tous lefdics biens meubles; & femblablement au 


cas que ladite Damoifelle ira de vie à trefpas, fans hoirs procréez de fon 


corps, furuiuant Jedit Monfeigneur Engelbert, audit cas aura & prendra 


tous lefdits biens meubles, Et moyennant lefdites chofes ainfi données & 
promifes comme dit eft ,icelle Damoifelle Charlotte, fous l'authorité dudit 
Monfcigneur Engelbert, en tant que meftier feroit, a quitte & renonce, quit- 


te & renonce par ces prefentes à touce fucceflion & efcheure de pere, de 
mere, de freres & fœurs au profit dudit Monfeigneur François de Bour- 


bon fon frere, fes hoirs & ayans caufe de luy, attendu ce qui a efté accor- 


dé en faueur que deffus. Et au cas que ledit Monfeigneur François de Bourbon 


& Monfeigneur Loys fon frere iroient de vie à trefpas fans hoirs defcendans 


de leurs corps en loyal mariage, audit cas ladite Damoifelle Charlotte vien 
dra à partir en leur maifon comme l’vne de fes autres fœurs, en rapportant 


ce qu'elle aura eu, car ainfi a efté accordé entre lefdites parties & chafcune 


d’icclles de leur vouloir & confentement, & en faueur que deflus.. Et par 


ainfi ont promis &.iuré lefdices parties & chafcune d’icelles , en tant que à 
chafcune d’elles touche & peut toucher & appartenir, par leur foy & fer- 
ment, & fous l'obligation & hipoteque de tous & chafcuns leurs biens, meu- 
bles & immeubles, prefens & à venir quelfconques, les chofes deflufdites, 
& chafcunes d’icelles tenir, garder, accomplir, & contre non venir, ni faire 
venir, & qu’elles n’ont fait, ni feront chofe, pourquoy les chofes defluf- 
dites & chafcunes d’icelles n’ayent & obtiennent à toufiours pleine & per- 


petuelle fermeté & valeur, mais icelles garderont, obferueront, accompli- 


ront, & feront obferuer, garder & accomplir, fans venir, ni faire venir par 
elles ni autres au contraire du contenu en cefdites prefentes, & rendront 
& reflitueront l’vne partie à l’autre tous defpens, dommages &interefts, que 
à l'vne defdites parties par defaut de l’autre conuiendroit faire & fouftenir en 
quelque maniere que cc foit, pour caufe & occafon des chofes deflufdites 
ou aucunes d’icelles non obferuées & accomplies toutes aétions,exceprions, 
déceptions, allegations, raifons & défenfes de fair & de droit à ce contraires, 
ccffans & arriere mifes, renonçant au droit, difant generale renonciation 
non valoir: & ont voulu & veulent lefdites parties & chafcune d’icelles en 
tant que à chafcune touche & peut coucher elles & leurs heritiers & fuc- 


. Cefleurs, & qui d'elles ont ou auront caufe au temps adugnir, pouuoir & 


GGggi 


_— 604 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 48 9. deuoir eftre contraintes, gagées & compellées par nous ou celuy qui fera 


A Infpruch 
20. Mars 
14659, 


‘torité, pouuoir & puiflance de 


en lieu de nous au temps aduenir par la prife, vente & exploitation de tous 
& chafcuns leurfdics biens, meubles & heritages, prefens & à venir,en les 
(oumettant à la iurifdiétion & contrainte de ladite Cour fans congé, licen- 
ce & monition precedens. En cefmoin defquelles chofes deffufdites, nous, 
à la relation dudit iuge, lequel nous a relate lefdites chofes eftre vrayes, 
& ainfi que dis eft pardeuant luy auoir efté faites & paflées, auquel & à fa- 
dite relation nous adiouftons pleine foy ,auons mis & appofe à cefdites pre. 
fentes Lettres criples, ledit Séel Royal que nous tenons. Fait @ donné, pre: 
fens à ce & pour tefmoins appellez mondit Seigneur le Duc de Bourbon, 
Madame la Ducheffe de Bourbon, Monfieur le Gouuerneur de Limofin, 
Maiftres Eftienne Petit & Iean Damont Notaires & Secretaires du Roy 
noftredit Seigneur, & Iean Vachot valet de Chambre de mondit Seigneur 
le Duc de Bourbon, le Mardy vingt-troifiefme iour de Féurier, lan mil 
quatre çens quatre-vingts-neuf. : 

Noble & puiflant Seigneur, Meflire Antoine de Chabanes, Cheualier 
nommé comme deflus, & depuis le Ieudy enfuiuant vingt-cinquiefme iour 
dudit mois de Féurier l’an Lfardis mil er cens quatre-vingts-neuf, 
en la Ville de Aigueperfe, ladite Damoïifelle Charlotte procedant fous 
Y'aucorité dudit Monfeigneur y fon mary prefent, & luy donnant l’au- 

aire & pañler le contenu en ces prefentes, 
&c ledit Monfeigneur Engelbert, en tant que luy touche, lefquels & chafcun 
d'eux, de l'autorité que deflus, de leur bon gré ont ratifé, loué, agréé, con- 
fenti & approuuc, & par ces prefentes nue. louent, agréent, confen- 
tent & approuuent toutes & chafcunes les chofes deflus efcrires en cefdi- 
tes prefentes en la forme & maniere qu’elles font deflus efcrites , pro- 
mettans par leurs foy & ferment, & fous l'obligation que deffus de ne ia- 
mais venir, ni faire venir par eux, niaucun d’eux au contraire, ains ont voulu 
& veulent qu'elles foient & demeurent en la forme & maniere qu’elles font 
deflus efcrites, & voulu eftre contraints par les compulfions deflus efcrites. 
Fait G donné, prefens à ce, & appellez pour tefmoins nobles hommes Eynay 
de Lay, Efcuyer, Seigneur de Bellegarde, Chambellan de mondit Seigneur 
Engelbert de Cleues, Iean Tabout, Efcuyer, Iean Trouflcbois, Efcuyer, 
Pierre Coufinot, Efcuyer, Maiftre d’Hoftel de hault & puiflant Seigneur 
Monfeigneur le Comte Porcian, Seigneur de Crouy, Loys de Hedouuille, 
François de Mery, & Jean Galle, Efcuyers , les iours & an deffudits. 
Sign. GIRARDET. 

Tiré d'une ancienne copie collationnée d expediée le 3 r. Decembre 1495. 


Procuration de Maximilian Roy des Romains, pour traiter du mariage 
d'entre luy 7 Anne Duchefle de Bretagne. 
AXIMILIAN par la grace de Dieu Roy des Romains, toufours 


augufte, Archiduc d’Auftriche, Duc de Bourgogne , de Lothier, 
de Brabant, de Lymbourg, de Luxembourg & de Gueldres, Comte de 


Flandres , de Tirol, d'Artois, de Bourgogne , Palatin de Hainaut, de 


Hollande, de Zelande, de Namur, de Zutphen & de Malines, Marquis 


du Saint Empire, Seigneur de Frife & de Salins : A tous ceux qui ces 
prefentes Lectres verront, Sa/wr. Comme dés pieçà & du vivant de feu 
noftre coufin le Duc François de Bretagne dernier crefpaflé, à qui Dieu 
pardoint, nous euffions par nos Gens & Ambafladeurs & les fiens tenu 


certains pourparlers & traitez d’alliance & de mariage entre nous, d'une 
part, & Haute & Puiflante Princefle Dame Anne fa fille aifnée, à prefent 
Duchcfle de Bretagne d'autre parc, lefquels craitez & pouxpatlers au 


\ 


DV ROY CHARLES VIIL  6o;- 

moyen du trefpas dudic feu Duc font demeurez à conclure, & il foit que 1 4 8 9. 
pour y befogner fi auant que de noftre part le defirons, aprés que fur ce 
en auons eu Îles aduis de noftre tres - redoute Seigneur Monfeigneur l’Em- 
pereur, & des Princes de l’Empire, nous foit chofe agréable enuoyer au< 
cuns de par Nous pardeuers fadite Duchefle ayant fur ce pouuoir tel qu'en 
tel cas appartient. Srawoir faifons, que nous confans à plein és fens, grande 
leauté, bonne prudence, difcretion & fuffifance que fçauons eftre és per: 
fonnes de nos amez & feaux le Comte de Naffan noître coufin, le Seigneur 
de Polham Marefchal, Maiftre Jacques de Gondebasls noftre Secretaire, & 
aufli de Loupian noftre Maiftre d'Hoftel eftant par-delà, iceux auons 
commis ordonnez & eftablis , commettons, ordonnons & eftabliflons nos 
Ambaffadeurs, Orateurs, & Procureurs fpeciaux, en leur donnant plein 
pouuoir , authorité & mandement exprés par ces prefentes, de pour & au 
nom de Nous les trois ou les deux defdits fieurs qui mieux vacquer y 
pourront, exprés tranfporter pardeuers ladite Duchefle de Bretagne, lu 
dire & declarer & à ceux de fon Sang, aufli aux Barons, Nobles & Suicts 
de ladite Duché, fi befoin fait, noftre vouloir, intention & defir au fait 
dudit traité & alliance de mariage d’entre nous & elle, entendre & fça- 
voir fur ce le fien, & pañler & conclure de noître part lefdits traité & al- 
liance , felon que l’auons dit & declaré aufdits Ambafladeurs, fiancer pour 
& au nôm de Nous ladite Dame Anne Duchefle, & faire promefle & 
ferment folemnel en lame de nous que la prendrons eh noftre femme & 
cfpoufe, aufli de en ce cas receuoir le reciproque , à fçauoir de nous pren- 
dre à vray & leal efpoux & mary, felon Dieu & noftre Mere Sainte Egli- 
fe, & au furplus faire en ce que dic eft tout ce que bons & leaux Ambaf- 
fadeurs, Procureurs & Orateurs deflufdits peuuent & doiuent faire, & 
iufques à la confommation dudit mariage, ainfi que faire pourrions fi pre- 
fent y cftions, & de ce en bailler leur Lettres telles que befoin fera, pro- 
mettant en parole de Roy, d’auoir & tenir pour agréable, ferme & ftable 
à toufiours, tout ce que par les deflufnommez les crois ou les deux d'i- 
ceux, fera fait, iuré, promis, conclu & pañlé, & d’en bailler nos Lettres 
de confirmation & ratification en forme deuëé quand requis en ferons. En 
tefmoin de ce Nous auons fait mettre noîftre féel à ces Prefentes. Donné 
en noftre ville d’Infpruck le vingtiefme iour de Mars l’an de grace mil 
quatre ceris quatre-vingts-neuf , & du regne de Nous Roy le cinquicfme. 
Signé , Maxim1iLian. Et plus bas, Par le Roy, Nwmans. Et fécllé. . 


Traité de Ligue entre Henry Roy d'Angleterre, Maximilian Roy 
des Romains , @ Philippe Archiduc d'Aufriche [on fils, contre 
CR le Roy Charles VIII. 


X T Niversis © féngulis ad quos praféntes Littere peruenerint. Nos Tho- 4 Oking 
mas Louell, Miles Thefawrarius Camera potentiffimi Principiés G* Domini ‘1: ‘eprembre 
nofri Henrici Dei gratia Regis Anglie @ Francis C Domini Hibernie, & Hen- io 
ricus Aynefworth Legww Doëfor, in Offiio Priuati figilli ciufdem Potentiffimi A # ue 
Domini noffri fécundarius ; Commiffarii, Procuratores G* Depatati , Salutem. No é 555. 
neritis quod cum belum co fælicius © fecuriss agatur quo plurimorum Princi- 

pwm aucioritate , confilio , ope C° auxilio conducatur, ac communis boïtis virtus 

infirmier G° debilior exiflat quo in plures aduerfarios diui[a fuerit: idcirco nos 
Commiffarii  Depatati antedicfi cum fheitabilibus CG pranobilibus viris Domino ” 
Ladrone de Gheuara, Milite, Confiliario @ Canserario, @ Magiffro Iacobo de 
Gondcebault, Secretario in ordinantii Cr guerris, facratiffimi Principis Maximi- 

ljani Romanorum Regé Amballistoribus , negotiorum gefforibus C° Commif[ariss , ad 
dominandi libidinem Iluffriffimi Principis Francis Caroli Regis reprimendam 


GGg5 i 


1490. 


606 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


matuo communicantes ex certis cauffs C confiderationibus ditfos Principes noffros 
ad hoc fpecialiter hinc inde moucntibus prater Cr ultra cateras quaflibet paca- 
tiones , consentiones * confæderationes inter ditfum Dominum noffrum metuen- 
difimum Anglie G Francis Regem , ac Sets à potentiffimuns Principem Ma- 
ximilianum Romanorum Regem initas @° contraitas, © cif[dem in robore fuo ni- 
bilominus remanfüris, fheciales quafdam inteligenties , pacationes , conwentiones, 
amicitias , alligantias G* confæderationcs de confénfs, voluntate G mandato ex- 
preflis ipfius dicii Domini noffri Reg » AC virtuie poteffatis per ditteras Juas pa- 
tentes quarum tenor infra féquitur nobis attribute, cum fupradiitis Commiffarits 
Jacratiffimi Romanorum Regis, cWm potellate fimiliter faffuienti per litseras dicfi 
Regis patentes, quarum cnor Ciiams Jabfiquitar munité communicauimus ; ap- 
puntiuauimus , contraximus, conclufimus © concordauimus, 4c per prefentes ap= 
puncluames , contrahimus , conclndimus (Ci concordamus articulos, promiflioncs, 
pacationcs , conuentiones , aligantias, amicitias C confæderatiônes, que féquuntur. 
IN PRIMIS, consentum , concordatum GC" conclufm eff, quod inter dicfos 
Inffriffimes & Potentiffimos Komanorum d Anglie Reges, heredes G fucceffores 
Jos fit vna, vera, firma © inuiolabilis pax C* amicitia, futuris temporibus per- 
petuo per Dei gratiam duratura. Eï god in ea aliifque conuentionibus [ubfequen- 
tibus comprehendanter facratifimus Dominus Romanoram Imperator Jemper au- 
guffus , 1luffriffimi Principes Caflelle CG Legionis Rex C* Regina, torumque pri- 
mogenitus Serenifimus Rex Dacie, Normwecia, Crc. Rex Portugalie, Eküfores 
Principes Imperii, atque Britannie Ducif[a, fi in ci comprehendi vclint. Item, cum 
Carolus Gallorum Princeps, fuique Progenitores nonnulla oppida infignia, Caffra, 
Dominia , aliaque quamplurima ira Iluffriffimorum Principum Romanorum, 
Anglorumque G* Hifjanorum Regu»s, Iluffrifimi Philippi Archiducis Auffrie © 


 Burgundis Ducés , necnon Sereniffime Principes Anna Britannie Duciffe , cetero- 


rumque Chriffians Religions Principum contra omnem ÿurë aquitatem viribus 
 aflutia nequiter vférpaucrint vfurpaucritque , atque iniuffe detinet in prafenti : 
inter nos Oratores , Commiffarios, Procwratores, negotiorsm geflores C* Deputatos 
antediétos vice, nomine G* auétoritate Iluffrifimorum Regum C fupremorum nof- 
trorum concordatum , conuentum C* conclufüm eff quod fi dittus Carolus Gallorum 
Princeps , vel aliquis beredum aur faccefforum fuorum aliquem prefatorum Princs- 
pum füpremorum noffrorum Philippum Aufirie Archiducem, G 'Burgundiæ Duccm 
fu Britannie Duciffam , vel alicuins eorumdem fubditos per terram aut mare inua- 
férit, aut guerram de faifo fecerit, aut fieri mandanerit , ant aliquis fubditoram 
forum fine cius mandato guerram fecerit, C* Gallorum Princeps requifitus faper- 
inde iuffitiam dencgaucrit, aut facere neglexerit, G* ditfus Rex fic per Je aut 
fuos fabditos inuafhs propter inuafionem fibi aut füis fic fatfam , aut alter Re- 
gum pradiéforum propter inuaffonem Duci aut Duciffe prediliis faifam , aut suffi 
tiam foperinde requifitam , G* ab ipfo Galorum Principe dencgatam negleéfamue 
contra eumdem Gallorum Principem fe hoffem manifeffe declaraucrit, belum contra 
cundem indicendo realiterque agendo, tunc fi Rex fic inuafus alim Regem n0n 
insafèm aut alter Regum pradiforum proper inuaionem Ducis aut Duciffe pre- 
diétoram , alterum Regem ad buisfmods bellum requifierit, flatim po/f ipfam requi- 
fitionem, Rex fic requifitus fe ipfius Gallorum Principis hoffcm fore declarabit , ac 
manifeffabit, ac bellum contra eundem Gallorum Principem, feclufa mors, indicet, 
guerram per terram G* mare contra eundem realiter G* fais expenfis agendo C pro- 
féquendo. Item, concordatum , conuentum > conclufum eff quod immediate poli 
fêx menfés, poff requifitionem, ut predicitur, per alterum ditforum Dominorum 
Regum insafäm alteri non inuafo faéfam, vel citius, ff iifdem duobus Regibus 
id vtile & conducibile vifum fucrit, vterque Regum Romanorum © Anglorum 
pradicforum Regnum Francis cum tali armatorum potentia qua polfet campum te- 
nere, féque G* fhos contra ipfum Carolum Regem communcm corum aducrfarinm 
fueri Gr defendere, ac verifimiliter fa iura ab co recuperare in propria perfona 


DV ROY CHARLES VIIL 6077 = 


ingredietur, G° feis expenfis ditfum Principem Carolum eorum bofiem inuader d 1 4 9 04 
realiter proféquetur. Âtem; concordatum, conuentum GC conclufum cff qued fi pro- 
pter insafionem Daciffe Britannie,"vt Premittitur, factlam, alter Regum Romanorum 
CG Anglorum prediéforum alterum requifierit ; vterque corum immediate poff fx 
menfes 4 tempore requifitionts huiufmodi proxime futuros, vel citius fi vtrique co- 
rum tile vifum fucrit, Regnum France cum Jus porentis, vt fuprà, perfônali- 
ter ingredi, ditfumque Principem Carolum eorum hoffcm inuadere infeffareque, 
vt prefertur , tencatur, dummodo Brifannis Duciffæ per ditfum Francoram Prin- 
cipem inuafa omnem GC omnimodam guerram tam per terram quam per mare 
contra eundem Gallorum Regem C fuos pro viribus fecerit Cr realiter profequa- 
tur. Item, snter nos Orateres © Commiffarios antediéfos communicatum >» CON- 
cordatum, conwentum C conclufum eff, quod poflquam vterque Romanorum C° An- 
glis Regum praditforum Rcgnum Francis cum [ua potentia perfonaliter ingref 
Jus fuerit, bellumque inuafiuum , ut predicitur, inibi fecerit ; neuter corumdem 
Regum fine altérius Regé notitia G confénf# à bello incepto defifiet. 1tem ,con- 
cordatum , conuentum @ conclu fum eff inter nos Oratores antedictos , @* aucforitate 
qua in bac parte fungimur noffros fupremos fupradiltos affringimus , G- per pre- 
fêntes obligamus , quod fi poff inuafionem in Regnum Francis per virumque 
Romanorum GC Anglie Regum praditforum faéfam aliquis corumdem Regum 
aliqua caffra , villas, munitiones, fortalitia , vel opida ad alterum corumdem duo- 
rum Regum de iure Sbelfantia euicerit, auf quoquomodo adquificrit , ile fic ad- 
quirens per alterum Regem ad quem ca de iure ffettare nofcuntur , requifitus 
magna fine dificultate  dilatione cadem cidem requirenti reddere, tradere © de- 
bberare debebit. tem, concordatum CG conclufum eff inter nos Oratores G Com- 
miffarios antedittos quod neuter dicforum Romanorum GC Anglis Reçum treu- 
gas » Amicities ; confæderationces , aut aliquas alias iniclligentias abjque affenfa € 
confénfé corumdem alterius cum Carolo Gallorum Principe, aut aliquo fucce forum 
Jfuorum poff inuafioncm per cofdem, vt prafertur, in Regnum Francis inchoatam 
inibit, ant faciet, [eu iniri aut fieri faciet, aut acceprabit. 


Sequitur Commiflionis tenor Illuftriffimi Anglorum Regis 
Oratoribus antediétis conceffx. 


H ENR1CvS Dei gratia Rex Ançlie G Francis, € Dominns Hibernii,omni- #: Sepf.149e 
bus bas preféntes litteras vifuris , Salutem. Sciatis quod pro fingulari 

fémma beneuolentis , amore G* affettione qiam nos Babemus «d excellentifimum c 
potentiffimum Principem cariffimum C Fer agé fratrem noffrum Maximiliansm 
Regem Romanorum femper auzuffum, Archiducem Auffrie, Ducem Burgundie, Lotha- 
ringiæ, Brabantie, Limburgie, Luxemburgie, C° Gheldrie, Comitem Flandrie; 
Tirolis, Artefiæ, Burgundie, Palatinum de Haynaut, Holandie, Zelandie, Namur, 
Zuytphen G* de Malines, Marchionem [acri Imperii, G* Dominum Friffe G: de Sa- 
lin, füentes G bene affecurati quod non minori dileitione nos profequitur, ficut 
épfimet ampliffime dixit , declarauit, C* pro certo affirmauit per fuos Orstores ad 
nos tranfmiffos, C ficuti ad nos ftripfit , G* dinerfis vicibus nunciari fecit, nos 
deliberauimus capere G° habere cum preditio fratre noffro maïores inteligentiæ, 
confæderationes C aligantias, G* cum opus fit ad eafdem tratfands conflituere 
aliquas notabiles perfonas nobis fècuras Gr fidcles.  Notum facimus, g#od nos ple- 
ne confidentes de induffris fidelitate, prudentis & doitrina dileitorum G* fidelium 
noffrorum Thomx Louell, Mihtis, Thefaurarii Camera noffre, G* Magifiri Hen- 
rici Aynefworth , Legum Docforw in Offuio Primati figili noffri fecundarii Con- 
filiariorum noffrorum cifdem pro buiufmodi caufis & aliis nos moucntibus per bo- 
num auifamentwm C° deliberationem dedimus G* damus per prefèntes mans nofira 
Jignatas auctoritatem , facultatem G* plenam poteffatem tratfandi, faciendi G con- 
cludendi pro nobis G* nomine noffro cum fpeitabilibus viris Domino Ladrone de 


60 OBSERVATIONS SVR L’'HISTOIRE 


1490. Gheuara, Milite,Confiliario G* Camerario eisfdem fratris noffri, @ Magiffro la- 


33. May 
149% 


cobo de Gondebault, /£o in ordinantiis & guerris fus Secretario, antforitatem, 
faculiatem € plenam poteflatem ab codem fratre noffro adhoc babentibus, omnes in 
telligentias, confæderationes C* alligantiæs qua videhuntur «fe bone G* vtiles pro 
commodo C* honore vtrisfque noffrum, patriarumque C* fubditorum noffrerum , 
promittentes in verbo Regio ratum , firmum , acceptum C* ffabile habere omne €: 
sotum illud qued in bac parte per ditios Confiliarios noffros tratfatum , fattum € 
conclufons fucris, ficut Ji per perfonam noffram faifum > trafatum C conclufums 
fuillet, quamuis in eis requiratur mandatum magis fheciale. In CHEMS Tei teffi- 
monium praféntibus figillum noffrum appons fecimus. Data apud Oking féptima 
die Scptembris auno Domini millefimo quadringentefimo nonagefimo , CG noffri 
Regni fexto. Subfériptio autem tal eff vtr féquitur : Per ipfum Regem, & de 
data praditfs aucloritate Parlamenti, Bacheler. | 


Tenor vero Commiflionis Sacratifimi Romanorum Revis 
Oratoribus conceffæ fequitur, fub hac verborum ferie. 


AXIMILIAN par la grace de Dieu Roy des Romains, toufiours 

augufte, Archiduc d'Autriche , Duc de Bourgongne, de Lothier, 
de Brabant, de Limbourg , de Luxembourg & de Gheldres, Comte de 
Flandre, de Tirol, d'Artois, de Bourgongne , Palatin de Haynaut , de 
Hollande , de Zellande, de Namur , de Zuytphen & de Malines, Mar- 
quis du Saint Empire, Seigneur de Frife & de Salins: A cous ceux qui 
ces prefentes Lettres verront , Sa/us. Comme pour la cres- finguliere & 


tres-parfaite bienveillance , amour & affedtion que nous auons à tres- 


Haut & tres-Puiflanc Prince noftre tres-cher & tres -amé frere le Roy 
d'Angleterre , {çachans & bien acertenez qu'il ne l'a pas moindre enuers 
nous, ainf que tres - amplement il a dit, declaré & affirmé pour verité à 
nos Ambaffadeurs dernierement enuoyez enuers luy, & ainfi le nous a ef- 
crit & fait dire par plufeurs fois, nous ayons déliberé prendre avec noftre- 
dit frere plus grandes intelligences , confederations & alliances, & foit 
befoin pour icelles traiter , & commettre aucuns notables perfonnages à 
Nous feurs & féables. Sçauoir faifons que nous à plein confians, des fens, 
loyautez, preudommies & fufhfances de nos amez & feaux Mcflire Ladrod 
de Gheuars Cheualier, noftre Confeiller 8 Chambellan, & Maiftre Jacques 
de Gondebaus noftre Secretaire en Ordonnances & de nos Guerres, à iceux 
pour ces caufes & autres à ce Nous mouuans, auons par bon auis & déli- 
beration donné & donnons par cefdites prefentes fignées de noftre main, 
autorité, faculté & pleine puiffance de traiter, faire & conclure pout & au 
nom de nous auec noftredit frere le Roy d'Angleterre, toutes les incelli- 
gences , confederations & alliances qui feront aduifées eftre bonnes & 
profitables pour le bien & honneur de noftredit frere & de Nous, nos 
Pays & Suiets, promettans en parole de Roy, ratifier & auoir ferme ; 
agréable & ftable cout ce que en cette partie fera traité, fait & conclu par 
lefdits Meflire Ladron, & Maiftre Jacques, comme fi fait, traité & conclu 
l'auions en perfonne quand ores ce feroient chofes qui requiflent mande- 
ment plus fpecial, En tefmoin de ce Nous auons fait mettre noîftre feel à 
ces Prefentes. Doyné en noftre ville de Wim le vingt- deuxiéme iour 
de May l'an de grace mil quatre cens quatre-vingts & dix, & de noftre 

regne le cinquiefme. Ainf figné, cHaximilian. Parle Roy, Numans. 
Que omnis © fingula nos IBuffriffimi Principé Anglorum Regis Oratores 
prafati » poteffate qua Jspra fondemus atque promiltinus , eundemque Regem nof- 
tram frmiter obligamus , quod idem Princeps noffer Anglorum Rex antédictus, 
Hasenus pm concernant, ratificabit, approbabit G* obféruabit, G in bac féb no- 
| LU LE I 4 


DV ROY CHARLES VIII.  6o9 


_ mine fo proprio vna cum manus proprie fabfériptionc G fui magni figili muni- 


mine infra tres menfes poff datam prefentium proximo futuros innouabit. In 
quotum omnium © fingulorum premifforum fidem GC teffimonium nos omnes © 


finguli Romanorum C* Anglorum Reçgum Oratores antedicti, bi preféntibus ma- 


nibus proprié fubfcripris figilla noffra appofiimus. Datum apud Oking vrdeci- 
ma die Septembris anno Domini milefone quadringentefimo nonagefime. Signe, 
Thomas Loue, Henricus Agnefworth , Ladron , & de Gondebauit. 

Pris fur l'original eftant en la Chambre des Comptes de Lifle, 


Rolle ex Eflat des Officiers de ls Maifon du Roy Charles VIII. 


pour l'année 1490. 


M ÂISTRES. D HosrTEeLz. lacques de Chazeron, Seigneur & Baron 
dudit lieu, premier Maiftre d'Hoffel, buit cens liures ; Tean François, 
Jean Duplefis, François le Bafcle, Philippes Guerin, Michel du Chafte- 
net, Guynot de Lozieres, Ican de Sandouuille, Louïs de la Rouchette, 
Gilbert de la Fayette, Georges Gafton, Gilles Riuault, Gallehaut d’Aloi- 
gné fieur de la Groye Cheualier, Charles de Brilhac, Anthoine de la 
Tour dit Turquet, Louïs de Pallu, chacun fépt cens liures ; Colinet de la 
Chefhaye , François de. Marfac, chacun cinq cens liures.; Pietre Louïs de 
Valton, Petit-Iean Rouflin, & Pierre de Vefc, chacun quatre cens liures. 

PanneTreRrs. René de Coffe, premier Pannetier, buir cens liures ; lean 
de la Menne, Charles Dancezunne , Claude de Lunencourt, Honoré Du- 
chef, Michel Cardonne, Iean de Chandio, Louis Lucas, & Foucaut de 
Pierre-Bufhñerre, Efcuyers, chacun quatre cens liures. 

EsCHANÇONNERIE. Arnault de Villeiau, Ieannet de Cardes, Pierre 
de Pontbriant, Anchoine de Pompadour, Guillaume d’Affigny, Anthoine 
de Mortillon , Gaucher de Dinteuille ,Iean du Bec, & René Surgieres, Ef. 
cuyers, chacun quatre cens liures. | 

VaLETs TRANCHANS. Louïs d'Aux, Efcuyer, premier Valet tranchant, 
quatre cens liures ; Poncet de Biron, Anthoine de Vefc, Charles du Mef- 
nil, lacques de Graflay, Iean d’Arpaiou , Charles de Harecourt, Iacques 
le Senefchal, Jacques de Vefc, Efcuyers, gwarre cens liures chacun. 

Escvyers p’Escvrie. Iean Decoué, fieur de Fontenailles , pre- 
mier Efcuyer d'Eféurie, quatre cens liures ; Iean de la Blandinicre, dit Blandin, 
Pierre de la Porte, François du Breuil, Guillaume de Boyanton , Perron 
de Bafcher, Louïs de Poifieu, dit Capdorat, Gilbert de Pierrepont, René 
le Clerc, Guillaume de Villeneuue, Guillaume Arbide , Jean Demurat, 
Briant de Bridoux, Iean Regnier, dir Efleu Gorrier, Ioachim des Aubus, 
Jean de Vercy , frere de la Mouche, Lois Herpin, Philebert de la Pla- 
triere, dit Bourdillon, Iean de la Vernade, Michel d’Armandaris, chacun 
quatre cens livres. 

VALETS DE CHAMBRE. Eftienne de Vefc, Cheualier, premier Va- 
let de Chambre, douZe cens liures ; Maiftre Iean Martin premier Medecin, dou: 
ze cens liuress Geoffroy de Balfac, fieur de Montmorillon, #euf cens liures; 
Jean du Mouftier, Efcuyer, trois cens foixante liares, Gilbert du Gueé, Efcuyer, 
fix cens liures; Ican Paucaire, Gabriel de la Bodiniere , Maiftre Thomas 
Bohier, Robert de Vcfc, Anthoine des Aubus, Henry le Rotier, Iean 
Riet, lean du Bois , Euerard de la Chapelle, chacun trois cens foixante li= 
ssres ; Georges Ticrcelin, Macé Scignac, Jean Triboulart, chacus deux cens 

uarante liures ; Maiftre Gerard PS nn Medecin, cinq cens liwres ; Maiftres 


ean Michel, & Guillaume Miette, a4fi Medecins, quatre cens liures chacun à 


Maiftre Jean Laifné, dir de Sens, Chirurgien , cent foixante G° quinze linress 
Nicolas Bourgalle Apotiquaire, mille liwres; Marion de grrr Un dy 
| | | H 


mdeé 


1490 


1 49 Oo. hnge 


éio OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 
du corps, trois ceus trente liures; Martine la Bruyerre Æyde, cent vingt li- 
ares; Guillaume de Sanzay Libraire , G Garde des Linres de la Chambre, & 
François de Madame, chacun cens quatre-vingts linres. 

ENFANS D'HONNEVR. René Bourré premier Enfant d'honneur, deux 
cens quarante linres ; Jean de Calac, lafpare de Vienne, François de Gram- 
mont, Jean de Luce, Gilbert de la Voute, Ican de la Menuce , Fran- 

ois de la Riuiere, Louïs de Grouzolles, Charles de Grapannes, Louis 
Baftard du Licge, Iean de Villeblanche, Chriftophle de Tournon, Fran- 
çois Hebert, frere de l'Euefque de Couftance, Claude de Chaftelus, Fran- 
çois de Daillon, ls de Monfeur de Croify, François de Cruflol, Iean 
de Clery Cheualier, Artus Gouffer, fils de Monfieur de Boifly, Bertrand 
d’Arpaiou, Germain de Bonneual , François de Baugy, Anthoine Chan- 
_ dio, Ican de Cardonne, Richard Baftard de Maigny, Anthoine Cofla, 

dit le petit Seigneur , Iean de Meffeliez, deux cens quarante liwres chacun. 

SOMMELIERS DE PANNETERIE BOVCHE. Jean Tan premier Som- 

melicr, cent quatre-vingis- dix liwres; Îcan de Pigny , Louis Beftie, chacun 
cent quatre-vingts - dix livres; Anne Coliberde Lawandiere du linge fermant à 
La table dudit Seigneur, cent quatre-vingts -dix lisres ; Anthoine Chapellain, 
quatre-vingts liures ; Pierre Blanchart Bowlanger, cent vingt biures. 

SOMMELIERS D'ESCHANÇONNERIE BOVCH&. Îean de la Bruye- 

re, dit cout rond, deux cens quarante liures; Henry de Lanyon, Pierre de 
Caftello , Gilles Guyon , chacun cent quatre-vingts liuress Abel Etienne, 
Denys Ygonnet, & Îcan Guyon Ayde, chacu» quatre-uingts-dix livres. 

Cvisine BOvVCHE. Guillemont de la Vallée, premier Queux, deux 

cens quarante livres; quinze autres Officiers ayans gages fort modiques, 

SOMMELIERS DE PANNETERIE COMMVYN. Dix Officiers ayans 
gages modiques , le plus haut cent quatre-vingts liures, & le moindre 
trente - fix liures. | 

SOMMELIERS D'ÉSCHANÇONNERIE COMMYN. Treize Ofhciers 

en tout. 

CvisiNe coMMVvN. Trente Officiers. 

Frvirerie. Neuf Offciers à cent vingt liures, C quatre- vingts- dix 
linres de. gages. | 

FovrrerteE. Six Officiers à cent vingt liures de gages. 

Czercs DOrrices, au nombre de quatre, cent vingt liures chacun. 

Hvissrers DE SALE, au nombre de fept, cent vingt liures. 

FovreiERrs. Jean Vinault premier Fowrrier, cent quatre-vingt lires; 
quatorze autres Fourriers, dont dix ont chacun cent quatre-vingts livres; 
deux, cent cinquante liures; & les deux autres cent vingt liures chacun. 

PorTigrs. Colinet du Gal Cepitaine de la porte, fix cens lisres ; huit 
Portiers , dont cinq ont chacun cent gmatre-vingts liures, & les trois autres 
foixante liures. 

Hvissrers D'ÂARMES, au nombre de fix, dont cinq ont deux cens 
quarante liures, & le fixiefme cest vingt liures. 

SERGENS D'ARMES, au nombre de deux, cent vingt liures chacun. 

Novrrisses pv Rov. Jeanne Beguinelle, cens foixante © quinze li- 
sres; Michelle Allaire cent cingsante liures, 8 Icanne Bigotte , cent liures. 

Garpe-Rosse. Maiftre Jean Bertrand Maiffre de la Gard. - Robbe, 
deux cens quarante linres ; fept Valets de Garde - Robbe. 

TartssiERS, au nombre de huit. 

CHareLre. Maiftre Iean de Relly Confefeur du Roy, douze cens liures 
Maiftre Robert Moreau Céerc de Chapelle , cent foixante-cinq liures ; Maiftce 
3 Roy Liféur dewant le Roy, deux cens quarante liures; 8 huit autres Of- 

ciers. 


__. es - 


DV ROY CHARLES VIII. 6x1 
Vingt - quatre autres Officiers de differentes profeflions. 
Maiftre Martin Bethelot Notaire & Secretaire du Roy, Muaiffre de La 


Chambre aux deniers, deux mille huit cens liures. 
Le total de la defpenfe monte à quatre-vingts cinq mille fix cens quin- 
ze lures, & le nombre des Officiers à trois cens dix-huit. 


Tiré de L Original eflant en la Chambre des Comptes. 


Efat.c> Rôlle du payement des gages €o° entretenement des cent Gentils. 
hommes gr Mar dre de-l'Hoftel du Roy noffre Sire , dont ledit Sei- 
gnenr a nouuellement baillé la charge à Louïs Monfcigneur de Lu- 
xembourg , Comte de Liney en Barnis, aufquels iceluy Seigneur à 
ordonné La fomme de quatre cens liures tournois 4 chafcun d'eux 
cffre payée es baillée par Maiftre Iean Bourdin fon Notaire €r Secre- 
taire, €9 par luy à ce commis pour leurfdits gages @y entretenement du- 
rant cette prefente année, commencée le premier iour de Ianuier 149 0. 


© finiffant le dernier iour de Decæmbre 1491. defquels les noms c> 


… {urnoms s'enfuinent. 


T premierement Louis, Monfeigneur de Luxembourg Capitaine .defdits 
Gentils- Hommes , pour fes gages de Capitaine durant ladite année, 
douze cens liures, qui eft au feur de cent liures par mois. 

A Meflire Ican Baucher * Cheualier, Roy d'ruetos , Lieutenant, la fomme 
de quatre cens liures, pour fes gages & entretenement durant ladite année, 
qui eft au feur de trente - trois liures fix fols huit deniers par mois. 

Monfieur Iean Roux de Bufques Comte de Saint Martin, Jacques 
Chabannes Efcuyer , Seigneur de la Paliffe, Jean de Poitiers Efcuyer, Seigneur 


de Saint Vallier , Monfeur de Clermont , Charles Damboife Seigneur de 


Chaumont , Meflire Pierre de la Guiche Cheualier, Seigneur dudit lieu, 
Louïs Taillant Efcuyer, Charles de Poupet Efcuyer, Seigneur de la Chaux, 
Ican d’Alinge Efcuyer, Seigneur du Coudray, Guy du Bus, Louis d’Ars, 
Guillaume : la Gelierre, Abel de la Chaffre, Meflire François Baraton 
Chcualier, Artus de Velor, dit la Chapelle, Pierre de Velor, dit le Bour. 
bonnois, Adoph Rawaulr Scigneur de Gamaches, Claude Lallemant Sei- 
gneur Defchamps , Mery de Rochechouart, Seigneur de Mortcmar, Phillebert 
de Maugiron, can Baftard Difquemme, Iean de Champic, Louïs du Mcf- 
nil fieur de Maupas, Mcflire Guy de Champagne Cheualier , Seigneur de 
_ Rauault, Iean de Barrault, Pierre Baftard d’Armagnac, Jean Villebremier, 


1490. 


1490. 
I PTLE 


* AI. Game : 
cher. 


Pierre d'Orgemont, dit Demery, Louis de Villeneuue, Bernard de Ville- : 


neuue, Charles Dancezune, Bernard Vicomte de Pardillan , lacques Galliot, 
Phillebert de la Plaftriere, fieur de Bourdillon, Iean de Murat, Briant de 
Bridoux, Iean de Vercy, dit la Mouche, Meflire Alexandre Brus Cheua- 
lier, Pierre Cleret fieur de Trochenu, Bertrand Seigneur d'Efillac, Cheua- 
lier, lacques de Bueïil Comte de Sancerre, Jacques de Coligny Scigneur de 
Chatillon , Ieannot de Gomets, Iean Baftard d’Eftrac, Roux de Leftran- 
ge, François Dufau, Adrien Baftard Daueluis, Philippes Baftard de Lon- 
gueual ;, Georges de Chafleanbriant, Saint Simon V'aifné, ..... Panneuere; 
Lucquin le Grouin, Anthoine Pinet, Claude de Rabodanges, Georges 
de Laire, Georges de Caftellar, dit Ragufe, Anthoine de Lobbes, Se- 
condin de Saint Felix, Iean Darpajou, Anthoine de Virieu, dit de Bizonne, 
Michel_de Cardonne, lacques de Daillon Seigneur du Lude, can de Montfer- 
rand, Iean de Brie, Adrien de Genly, François de Grammont, Michel d’Arman- 
dans, Jeannot d’Arbouuille Seigneur de Vaux, Foucaut de Picrre-Buffierre, 
| | HHkhh à 


6 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


1 4 9 1. Charles de Harcwurt, Anthoine de Gimel, Claude fils du Seigneur d’Efpiry, 


za4gt. 
4498. 


2492. 
Tafhe 


°F.p. 97. 


Hector de Sallezard, Seigneur de Saint Iuft, Meffire Galleas de Sallizard Che- 
ualier, Meffire Ican Deffampes fieur des Roches Cheualier, Gilles de la Pleffe 
Clerembault, Xean le Picart, Louïs de Bellenauc, Guillaume de Lonpaul- 
nay, Vrban de Vaulpergue, Florentin de Courcelles fieur de l'Ile en Nor- 
mandie, Bernard & Nasaides, Perot de Lefun, Robert de Mallebert, René 
fieur du Pleffis Bourre, Gilbert de Lewis ou de la Voute, us de Mire- 
beau, Adrien de Brimeu Seipneur d’Imbercourt, Nicolas lieut de Beau- 
derc, lacques de Montfpey , dit Taillebart , le Capitaine Buzeth, Iean 
Buzeth fon frere, Bertrand de Gelide , Iean d'Ailly, Ican de Leftang, 
Anthoine de Brienne, Baftard de Roufly, Charles du Plefis Bourgonnicr- 
re, Walleran de la Tour Matefchal des Logis, Aymé des Maréfts, Guil- 
liume d'Afigny, Bierte de Broutieres, Guillaume dit Palamedes 9 4944- 
gonr, Lancelot 4é Salezard. 

Maiftre Iean Bourdin Notaire & Secretaire du Roy, comptable, deux 
mille quatre cens liures. 


Au Rôlle commencé le r. O&tobre 1491. & finiffant le dernier Sep- 
tembre 1492. les mefmes font employez, à la réfcrue de Villeneuue, 
pour Panneuere , & Iean de Duhunault, au lieu de Jacques de Cha- 


bannes.: 


Au Rôlle des mefmes Gentilshommes pour quinze mois, commen- 
çans le 1: Octobre 1492. & finiffans le dernier Decembre 1493. fonc em- 
ployez de nouueau , James de Brufbec Capitaine des Arbaleitriers au lieu 
du Comte de Saint Martin, Bertrand de Beangeas au lieu de Monfieur de 
Clermont, Iean de Campenne au lieu de Bernard de Villeneuue, Bernard 
le Pouet au lieu de lacques de Coligny Seigneur de Chaftillon, Germain 
de Bonneual au lieu de Foucault, de Pierre-Buffierre, Chriftophle Rabeau 
au lieu dg Louïs d’Ars, Iean Aubin, dit de Malicorne, au lieu d’Abel de 
la Chaftre, Louis Seigneur de L4 Roche- Guyon , aprés Adrien de Montbe- 
ron, aprés Pierre Dorgemon, dir de Mery, lacqués de Cafelnau, aprés Ican 
de Vercy, Iean de Saint Preft au lieu de Florentin de Courcelles, fieur dé 
l'Ifle en Normandie, Guyon d’'A4mboifé au lieu de Charles d’Amboife, Sei- 
gnçur de Chaumont fon frere , Lowÿs Monfieur de Luxembourg au licu de 
Iean de Villeneuuc Seigneur de Champagne. | 

Tiré de l'Original. 


AGE 93. Il commença d'entretenir l’Admiral de Grauille en pro. 
pofant le mariage de Monfieur de Chaumont fon neueu auec la fille 

de l’Admiral. | 
Louis de Grauille eut de Marie de Buljäs fa femme, deux fils & trois 
filles : 1es deux fils moururent ieunes; & des crois filles, la premiere nom- 
mée Lowifé, efpoufa Iacques de pendofme Vidame de Chartres, Prince de 
Chabannois & Seigneur de la Ferte Arnault. De ce mariage fortirent 
Louis, Charles & Louife de Vendofine demeurez ieunes en la garde & 
adminiftration de leur ayeul. La deuxieme des filles de l'Admiral, nom- 
mce Jeanne, c{poufa Charles d'Amboife Seigneur de Chaumont fur Loire, 
ncucu de l’Euefque de Montauban, depuis Archeucfque de Thoulouze 
Cardinal & -Archeuefque de Roûüën*, Ce Charles d’Amboife Seigneur de 
Chaumont paruint à de grands honneurs fous le Roy Louis XII. car il 
fut Grand-Maiftre de France, & Lieutenant Géneral au Duché de Milan. 
Il n'eut qu’un feul fils nommé Georges d'Amboifé , qui mourut fans enfans, 
ayant cfté cuc deuant Pauie en 1524. La troiliemc fille de l'Admiral s’ap 


DV ROY CHARLES VIIL 65 


pclloit Anne de Grauille. Elle fut mariée auec Pierre de Balfac, Seigneur 
d'Entragues, | | | | 


E* la mefme page, à la fin. Le Roy voulut fe rendre maiftre, & gouuer. 


ner luy- mefme fes affaires, 
Il commença par mettre en liberté le Duc d’Orleans, qui fut deliuré 
en May 1491. & qui auflitoft aprés eut le Gouuernement de Norman- 
dic, ainfi qu’il eft iuftifié par les deux Lettres fuiuantes. 


Lettre de Louys Duc d'Orleans an Roy Charks VIII. luy rendant 
| compte de ce qui fe paffoit en Normandie. 


; il ON tres-redonté G Sonuerain Seigneur, à voftre bonne grace me re. 
À commande, tanc & fi tres-humblement que faire le puis, LHo#fi- 
gneur, fi-toft que fus arriué en cette voftre Ville de Rouën, ry cnuoyaÿ en 
route diligence querir mon Lieutenant, lequel eftoit allé mener des agprais 
à Honneflenr pour atmer vos Nauires, ainfi que le Vice-Admiral & ceux qui 
en ont la charge luy auoient fait fçauoir, & auoit mondit Lieutenant mené 
auec luy le Capitaine Philippes du Moulin &c {a pe Je me &c aufli vn nom- 
bre des miens & d’autres de vos ordonnances auec des gens de pied, tant 
que à Genfdarmes n’a tenu. Mais quand vofdits gens d’armes one efté Ià ; 
ledit Vice-Admiral & ceux qui ont la charge de la Mer, ont aflemblé le 
Confeil des mariniers, & ont trouué que voftre Nauire n’eftoit puiffanr de 
combarre le gros Nauire d'Angiecerre, & pour defcharger le peuple, onc 


 renuoyé lefdits gens de guerre, 8 mondit Lieutenant. 


CHonféigneur, ie me fuis enquis à iceluy mon Lieutenant, s’il auoit point 
eù de nouuelles du derneuram de leur armée, & s'ils faifoient nuls fem- 
blans de defcente. Il m'a refpondu qu’il a fair ouyr vn Marchand Iralien, 
qui ne fait que venir d’Anglecerre, en la prefence du Vice-Admiral, & 
ceux qui ont la charge de vos Nauires, lequel 4 refpondu cæ qui eft conte- 
nu en fa dépofition, laquelle ie vous enuoye; & s’il vous :pldift aucir ledie 
Marchand ie le vous enuoyetay. | | 
. CMonfignenr,ie feray dilgence d'en fçauoir plus au long, & toufours vous 
en aduertiray; & s’il furuient rien,ie mettray peine de vous feruir le moins 
mal que ie pourray. Si ie voy que ce ne foitrien, ie m'en retourneray in- 
continent deuers vous. — | _—— 

cMonfiignenr, y trouué par - deçà ce peuple en grand defefpoir pour la 
pillerie des Genfdarmes, & m'en fuis informé: mais fay trouué que les 
grandes plaintes font venués des gens de pied, lefquels on a fait aller & ve- 
nir trois où qua&re fois fans que befoin en fuft, & y a eu petit ordre iuf- 

ues iCy. | | 
, PP l'y eufle piecà mis l’ordre, mais ie ne fçay qui fonc les 
Commiflaires ny les Capiraines qui en ons la charge, cat rien ne s’eftadref 
fé à moy,comme dernierement que fus par - deçà le vous fis fçauoir : tou 
tesfois, Mowféignenr, Yay enuoyé de vous coftez, & cfpere y donner fi bon- 
ne protifion, que voftre pauure peuple y fera foulagé quien 2 bon befoin; 
auf: L enuoye par tout pour faire ferrer les Genfdarmes, & metre en leurs 

arnifons. | . | | 
sé met ACeÉ ceux de cette Ville m'ont fair une grande remonftrance da 
leur prifonnier qui eft cn la Conciergerie, & m'ont prié vous en efcrire: f 
vous füupplie, Momféigneur, qu'il. vous plaife y donner quelque prouifion, 
autrement ay peur qu’il en vienne quelque fcandale, | 

CHon tres-redonté © Souuerain Seigneur, commandez - moy toulours vos 
bons plaifirs , pour iceux accomplir à l’aide du Createur qui vous. doine tres= 

HHhh ij 


RES ERRERES 


149 Te 


A Rouën 
9. Iuin 
T#git. 


49: 


9. Inilles 
1497, 


64 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 

bonne vie & longue, & l’accompliffemenc de vos tres-nobles defirs. £/{rit 
en voffre. Ville de Romën, le neuuiefme iour de Tuin. Voftre tres - humble & 
obciffant fuier & fcruiteur, Loys. Et fur l'adrefle: C4 mon tres-redouté dr 


Souverain Seigneur le Roy. 

si Pris fur l'Original. 

Ordre à l'Officier qui commande La compagnie des Genfdarmes du Roy, 
d'obéir an Duc d'Orleans. 


DE PAR LE ROT. 


Osrre AME' ET FrAL. Vous eftes aflez auerty Comme pieçà Nous 
auons fait noftre Lieutenant Général & Gouuerneur de nos Pays & 
Duché de Normandie, noftre tres-cher & tres-amé frere & coufin 4 Duc 
d'Orleans , afin de nous y feruir, commander & ordonner toutes chofes ne- 


. ceffaires pour le bien de nous & de nofdits Pays comme nous-mefmes; & 


#s Montsls 
lez Tours, 
Juillet 1491. 
V. cy-deffus 
Page 387. 


pource que à l’occafñon des nouuelles qui chafcun iour nous furuiennent 
des entreprifes que nos anciens ennemis les Anglois fe vantent de faire à 
l'encontre de nous & de nofdits Pays, afin d’éuiter à leur defcente, noîftre- 
dit frere & coufin s’en va par-delà pour y donner ordre. A cette caufe, & 
que vous & la compagnie des Genfdarmes de nos Ordonnances dont vous 
auez la charge, eftes eftablis audit Pays pour y tenir garnifon, & feruir fe. 
lon que l'affaire le requerera; aufli que entendons que pour noftredit frere 
& coufin vous & tous autres fafliez ce qu'il vous pu rs Nous vou- 
lons & vous mandons tres-expreflément & pour tant que defirez nous obéir, 
feruir & complaire, qu’à la perfonne d’iceluy noftre frere & coufin le Duc 
d'Orleans, vous obéifliez & fafliez pour luy fes mandemens, Lettres & 
refcriptions, ce qu’il vous commandera & ordonnera pour noftre feruice 
tout ainfi que vous feriez, & faire deuez pour noftre propre perfonne, & 
en la forme & maniere qu’il eft accouftumé de faire pour les Gouuerneurs 
de nos autres Pays & contrées, & gardez bien comment que ce foit tou- 
tes excufations ceflantes, & fur peine de defobéiflance enuers nous qu'il 
n’y ait point de faute. Denné à Paris le neuuiéme iour de Iuillet. Signé, 
CHaARLes. Et plus bas, Bobier. 
| Tôré de l'original. 


? 


Refitation en leur biens éo* honneurs de Iean @) Louys d'Armagnac, freres, 


enfans de Iacques d'Armagnac, Duc de Nemours. 

CC HaARLes par la grace de Dieu Roy de France: C4 sous 14 C à 

venir. Comme nous reduifans à memoire les grands, loüables & re- 
commandables feruices faits le temps pafle à nos Predecefleurs & Progeni- 
teurs du cofté paternel de nos tres-chers, amis & coufins Jean & Los d’Ar- 
magnac, enfans de feu Jacques d’Armagnac, en fon viuant Duc de Ne- 
mours, & de feué Louyfe d’Aniou noftre coufine, & mefmement par feu 
Bernard, en fon viuant Comte d’Armagnac, Conneftable de France, lequel 
fut. occis par les Anglois pour la défenfe du Royaume & Couronne de 
France; & aufli ceux qui ont efté faits pat les Predeccfleurs & Progeni- 
teurs de nofdits coufins du cofté maternel, c’eft à fçauoir par ceux d’An- 
iou dont nofdirs coufins font -defcendus par ligne maternelle, & par efpe- 
cial par feu noftre oncle le Comte du Maine ayeul maternel de nofdits 
coufins , tant en la reduétion des Pays de Normandie & Guyenne, que au- 
trement en plufeurs & diuerfes manieres : Confderans aufli que depuis 
noftre auenement à la Couronne , nofdits coulins onc efté continuelle- 


DV ROY CHARLES VIII. 615 ——. 


ment nourris & entretenus à l’entour de noftre Perfonne, où ils ont fait 
plufñcurs bons & agréables feruices & curialitez, & les auons toufours 
trouuez prefts & apparcillez de nous feruir & obeïr en grand foin & dili. 
gence, tellement que leur feruice, bonne inclination & vertueufe condui. 
ce qu'ils ont touliours eûé à l’entour de nous nous a efté & eft À fingulier 
plaifir,. Sçawoir Pas que nous, pour ces caufes & autres grandes, iuftes & 
raifonnables confiderations, voulans reconnoiftre les deflufdits grands & 
loüables feruices, par l’aduis des Princes & Seigneurs de nofître fang, & 
gens de noftre Confeil, auons de noîftre propre mouuement, grace fpecia- 
le, certaine fcience, pleine puiflance & authorité Royale oftc & aboli en 
tant que méftier feroit, toute note, macule, inhabilité & incapacité que 
iceux nos coufins pourroient auoir encouruë au moyen de certain pretendu 
Arreft que l'on dit auoir efté donné &execurté à l'encontre dudit feu Jacques 
d'Armagnac leur pere; & les auons habilitez, reftituez & remis, habilicons, 
reftituons & remettons en tant que meftier eft, enfemble toute leur pofterté, 
qui cy-aprés pourroit venir & defcendre d'eux, voulans & declarans nofdits 
coufins eftre capables & habiles de pouuoir tenir & accepter, prendre & auoir 
tous droits, douaires, & fucceflions loyales efcheüës, dire&es & collaterales, 
cfcheüés & à efcheoir par Teftament, 4b inreffat, par inftitutions, fubftitutions, 
legats, & autrement, en quelque maniere que ce foit, & auffi retenir, acque-" 
tir, tenir & pofleder toutes Terres, Ficfs & Seigneuries, & auoir toutes di- 
gnitez, Offices & Eftats, adminiftrations, prééminences & Dr de 
quelque autorité, qualité & condition qu’elles foient & puiflent eftre, non. 
obftant ledit pretendu Arreft, & tour ainfi que s’il n’euft efté aucunement 
donné, prononce & executé à l'encontre deleurdit feu pere, & fans queores 
ni pour le temps à venir, fous couleur dudit Arreft,on leur en puiffe iamais obii- 
cer quelque macule, incapacité & inhabilité en aucune maniere. Si donmons 
en mandement à nos amez & feaux Confcillers les gens de nos Cours de 
Parlement, Preuoft de Paris, & à rous nos Baillis, Senefchaux, & autres nos 
Jufticiers & Officiers, ou à leurs Lieutenaris & Commis prefens & à venir, 
& à chacun d'eux fi comme à luy appartiendra, que de noftre prefente ha- 
bilitation, & de tour le contenu en ces prefentes ils faffent, fouffrent & 
laiflenc nofdits coufins & leurdite pofterite ioyr & vfer pleinement & pai- 
fiblement, fans leur faire, ni fouffrir faire, ni eftre fair orcs, ni pour le 
temps à venir,aucun deftourbier ou empefchement au contraire, lequel f 
fait ou mis leur eftoit, ils faffent incontinent & fans delay ofter & mettre 
au premier eftat & deü: car ainfi nous plaift-il eftre fai, nonobftant  ledic 
pretendu Arreft & quelconques ordonnances, ftatuts, couftumes, reftri- 
étions | mandemens ou défenfes à ce contraires. Et afin que ce foit chofe 
ferme & ftable à toufiours, Nous auons figné ces prefentes de noftre main, 
& à icelles fait mettre noftre féel, & voulons que au 7dimw d’icelles foy 
foit adiouftée comme à l'original. Dosné aux Montils lez Tours au mois de 
Juillet, lan de Grace mil quatre cens quatre-vingts-onze, & de noftre Re- 
gne le huitiefme. Sie JErsne ;, CHaRLEs. Et fur le reply, Par le Roy, 
Monfeigneur le Duc de Bourbon, les Comtes de Montpenfier & de Foix, 
l'Eucfque de Luçon, le Marquis de Rothelin, le Seigneur de Grauille Ad- 
miral, Maiftre Iean le Maiftre Aduocat du Roy en la Cour de Parlement 
à Paris, & autres prefens, Bohier. Vif@ Curia, prafente Procwratere Regio, © con- 
Jéntiente obtemperauit © obtemperat preféntibus Litteris @ contentis in eifdem. 
Atum Parifius in Parlamento decimä [éptims die Febrwarii anso milefimo qua- 
dringentefimo nonagefimo primo. Sic fignatum, Malo. 


exe 


1491: 


16 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1491. 


4. Septembre 
1491 


Ligue entre Louys Duc d'Orleans, Pierre Duc de Bourbon, c9° autres 
pour le feruice du Roy. 


Ovs Louys Duc d'Orleans, @ Pierre Duc de Bourbon, voyans & confi- 

N derans les grandes, faufles & damnées entreprifes que les ennemis 
du Roy noftre Souuerain Seigneur, comme Anglois, Efpagnols, Allemans, 
& autres font de jour en iour à l’encontre dudit Scigneur & de fon Royau- 
me, & le defordre qui auiourd’huy y eft, à caufe des diuifions qui par cy- 
deuant ont efté, dont ledit Seigneur & fes fuiets feroient en danger de tom- 
ber en grands inconueniens, par nous qui fommes plus prochains de la 
Couronne, & fes plus proches parens, & qui en cette matiere auons le plus 
grand intereft, n’y eftoit | mn tee de remede conuenable pourveü, lef- 
quelles chofes fans grande vnion & amitié bonnement ne fe peuuent faire, 
& auffi pour quelques differends qui le temps paflé ontentre nous efté fous 
couleur 2H rapports faics l’vn à l’autre font venus infinis maux, 
&c laiffé à faire beaucoup de biens, qui euffent efté faits à l'utilité dudit Sei- 
gneur & de fondit Royaume. Ce confideré, voulons & confentons que tou- 
tes rancunes, haines & malueillances qui entre nous par cy-deuant auroient 
‘pu eftre, foient oubliés, mifes au neant, & en l’eftat comme fi iamais 
n’auoient eftc aduenués: Nous reprenant l’vn l’autre en amour perpetuelle, 
promettans en paroles de Princes fur la foy & ferment de nos corps par le 
Baptefme qu'apportafmes de fur les Fonts, & par les Saintes Euangiles 
cy-deflous touchées, de bien & loyaument feruir le Roy Charles à prefenc 
regnant noftredit Souucrain Seigneur, viure & mourir en fon feruice, dé- 
fendre & garder fa perfonne, fon autorité, fon Royaume, & toute la cho- 
fe publique, prier & requerir ledit Seigneur, redrefler & mettre en ordre 
le fait & affaires de fondit Royaume, foulager fon peuple, reformer fa iuf- 
tice, faire en tout & par tout enuers luy & fondir Royaume comme bons & 
loyaux fuiets & parens doiuent faire enuers leur Roy & Souuerain Seigneur, 
& femblablement aimer lvn l’autre, porter, fauorifer , fouftenir, tafcher 
à nous mettre l’vn l’autre en la bonne grace dudit Seigneur, porter, fai- 
re porter par nous, nos amis & feruiteurs routes les meilleures paroles dont 
nous nous pourrons aüifer, requerir & faire requerir l’vn pour l’autre tou- 
tes les chofes que verrons nous eftre vuiles, & non dommageables au- 
dit Seigneur nià fon Royaume, & en tout & par tout faire l’vn pour l’au- 
tre comme bons freres, parens, amis & alliez doiuent faire, Et pour ce que 
nous feuls ne pourrions faire les chofes deflufdites, eft requis auoir à nous 
aider aucuns bons & grands perfonnages , gens experimentez , bons & 
loyaux audit Seigneur, auons pris & prenons en amitié & compagnie /e 
Comte de Dunos , le Seigneur de Basdricourt, les Euefques d'Alby & de Mon- 
fauban, les fieurs de Myolant, de l'Ifle, du Boufchaige, & de Gonnault, Cham- 
bellans dudit Seigneur , aufquels promettons en la propre forme que cy- 
deffus auons promis l’vn à l’autre: c’eft à fçauoir de les entretenir au ferui- 
ce dudit Seigneur, les porter & fauorifer en tous leurs affaires comme les 
noftres propres, fans iamais permettre qu’ils foient moleftez, trauaillez, ni 
icttez hors du feruice dudit Seigneur, mais les y entretenir de tout noître 
pouuoir. Et femblablement nous deffufdits promettons eftre bons & loyaux 
fuiccs & feruiteurs du Roy, tafcher de tout noftre pouuoir & confeiller audit 
Seigneur de mettre ordre en fa maifon, & aprés à cous les Eftars de fon 
Royaume, en tant que poffible nous fera , feruir à ce faire le Roy, & nous 
deux Seigneurs fufdits nous porter & fauorifer enuers & contre tous qui 
voudroient nuire à nos perfonnés,bicns, prééminences qu’auons dudit Sei- 
gneur, les entretenir & augmenter de tout noftre pouuoir, porter bonnes 
paroles 


! 


DV ROY CHARLES VIII. 617 
paroles audit Seigneur de nous & ailleurs, là ou befoin fera, & en tout & 1 49 1. 
par tout nous eftre bons & loyaux amis & feruiteurs; le tout au bien & vtilité 
dudit Seigneur & de fondit Royaume: & de ce iurons par la foy & fer- 
ment de nos corps, & par les Saintes Euangiles cy-deflous touchées, Et 
pour plus grande approbation , nous tous deflufnommez , tant grands que 
petics, de quelque eftar, qualité ou conditions que foyons, fignons de nos 
mains ces prefentes, voulans eftre reprochez faux & déloyaux en cas que 
au contraire venions, Fait à la Fleche, le quatriefme iour de Septembre, l'an 
mil quatre cens quatre- vingts-onze, Signé Loys. Pierre, François, Loys 
Euefque d’Alby, G. Evefque de Montauban, Baudricourt, Myolans, Eftien. 
ne de Vefc, I. du Mas, Imbert de Baftarnay, 

Tiré de l'Original. 


Infirucfions à Monfieur l'Enefque de Lombez, Abbé de Saint Denys, 
à Monfieur le Grand-Prieur d'Auuergne, à Monfieur l'Abbé de Saint 
 Anthoine de Viennois, an Seigneur de Faucon, à Maiftre Iean Rabor, 
Charles du Hautbois, Benoift Adam, Michel Biquet, Anthoine De- 
fleurs, Iean de Candida, Iean Briçonnet, Iean Lienans, tous Confeil- 
Lers, @r 4 Guillaume Bouguier Secretaire du Roy, touchant ce qu'ils 
auront à befogner de par iceluy Seigneur enuers noflre Saint Pere 


le Pape *. * C'efoit in- 
socent VIII. 


L E Roy ordonne à fés Enuoyez, C7 Commiffaires de faire auec le Pape de nou- 
| neaux Concordats touchant les affaires Beneficiales @ Ecclefsaffiques. De iuffi- 
fier fés pretentions fur Tournay, G fes droits far La Bretagne. De traiter des droits 
que le Saint Siege pretend fir les Comtez de Diow GC de Valentinow. De faire 
exécuter les promeffes faites par le Pape am Roy G au Grand-Maiffre de Malte, 
touchant Zizim frere du Grand Seigneur. D'empejcher quenuls Effrangers ne tiennent 
Benefices en France fans permiffion du Roy € fans Lettres de naturaliré. De faire 
que le Pape donne les Bailliages © Commanderies de Rhodes, fuisant la difpofition 
Gr teneur des Bulles. De recommander Anthoine du Boss pour cffre fait Cardinal. 
De faire que frere Louis Pot ne [oit troublé en la poffefion de l'Encfché de Tour. 
may. De féliciter la Canonifation de Pierre Berland Archeucfque de Bordeaux. 
D'empefiber que Guillaume de Cambray Doyen de Bcauvwais n'y foit troublé, G de 
faire reuoquer les citations qui luy ont eflé faites à Rome. 


D REMIEREMENT, àprés que les recommandations filiales de Roy au- 4 Tour: 
ront efte faites à noftredit Seins Pere, par les Ambaffadeurs deffuf- ‘6: did 
nommez, ils remonftreront comme le Roy & fon Royaume ont de tres- “*?” 
excellentes prerogatiues & précminences, & non fans caufe: car les feus 
Roys de France, predecefleurs & progeniteurs d’iceluy Seigneur ont fait 
tant & de fi grandes chofes pour l’Eglife,& generalement pour toute laChref- 
tienté, qu'il feroit long & dificilesà les recicer par le menu, Mais les Hif- 
coires & Chroniques en font pleines, & pour ce n’eft pas merueille s’il a 
cftc permis à l'Eglifé Gallicanc vfér de a Priuileges , dont elle eft en Libertez de 
bonne poffeflion & iouyffance, en laquelle poffeffion & iouyffance elle doit l'Egti{e Gali- 
bien eftre entretenuëé, tant pour l’honneur & reuerence du diuin Seruice 
s’y. fait continuellement, qu’en faueur & contemplation du Roy & de 
ondit Royaume , & aufhi des cres-notables Priserfitez , qui fonc audit 
Royaume & de leur Saintes Doëtrines. 
Ét par efpecial on doit auoir grand égard à cette tres-ancienne, tres- 
fameufe & tres-fruétucufe Friserfité de Paru, qui a efté & eft la lumiere de 
1lii 


—— 6x8 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Argent qui 
fort de France 
au profit de 
Rome. 


Concordats, 


V. ey-deffns 
Page 397: 


Theologie & Philofophie, & nourrice des grands Theologiens & Philo- 
fophes, qui font & qui fe font cous les jours en la Chreftienté. | 

D'autre part, il eft à confiderer que dudit Royaume viennent au Saint 
Siege Apoftolique tant de fi grands profits en deniers & autrement, que 
bonnement lon ne le fçauroit eftimer , comme noftredit Saint Pere, Mef- 
fieurs les Cardinaux, & autres le fçauent. | 

Toutes lefquelles chofes prefuppofées, femble que les affaires du Roy, 
de .fondic Royaume, & de ladite Eglfe Gallicane, meritent bien d’eftre au- 
thorifées en Cour de Rome, ce que ledit Seigneur efpere, & à cette cau- 
fe il a efté content de donner charge à fefdits Ambaflideurs pour befoi- 
gner au fait des Concordats , dont a cfté parlé à iceluy Seigneur par les Ora- 
teurs de noftre Saint Pere en enfuiuant; ce que aufli fa Sainteté luy en a 
efcrit, touchant les affaires Beneficiales & Ecclefaftiques. | 

Sur quoy eft à fçauoir que certains Cowcordats furent faits au temps du 
Pape Sixte , que Dieu abfoille, nonobftant lefquels l’on a depuis en Cour 
de Rome voulu pouruoir de l'Euefché de Tournay, fans le fceu & confente- 
ment du Roy, & pour ce n’eft-pas merueille fi ceux dudit Royaume ont 
delaiffe vfer defdics Concordats. : | 

Toutesfois le Roy connoiffant l’affeétion que noftredit Saint Pere luy 
porte, & fe confiant en icelle, veut bien que l'on entre cn communication 
auec noftredit Saint Pere fur la matiere defdits Concordats qui furent faits 
du temps, vouloir & confentement de feu de tres-glorieufe memoire le Roy 
Louys XI. fon Pere à qui Dieu pardoint: mais pource qu’il eft meftier d'y 
moderer & adioufter, iceux Ambaffadeurs diront qu’il fera parlé des mo- 
— & additions aprés l’expedition des autres matieres dont ils fonc 
chargez. | | | 

Et s'ils font interrogez plus auant, pour particularifer le fait defdites 
moderations & additions, ils répondront qu'ils ont ordonnance de traiter 
Jefdites matieres auant tout œuure. 

Et pour entrer en icelles, ils diront que le Roy a bien fceu comme noftre- 
dit Sainc Pere & le Saint Siege Apoftolique ont par cy-deuant & depuis 
: receu plufeurs Lettres & Ambaflades contre & au preiudice du Roy, 

fquelles Lettres & Ambafñfades n’a efté verité ni honnefteté gardée, car 
kedit Seigneur en tous fes faits a coufours mis Dieu & luftice de fon cofté, 
& n’y a perfonne viuant qui s’en puft douloir par raifon; & combien que 
l'on fe Éic cfforcé d’entreprendre fur luy à tort & fans caufe en diuerfes 
manieres, & par plufieurs fois, neantmoins il ne fe crouuera jamais auoir 
excede les limices de fa iufte défenfe, ni qu'il ait inuadé autruy, & cout ce 


_ qu’il a fait vercucufement | us armes a efté en défendant le fien, pour le 


Affaires de 


Bretagne. 


fien & fur le fien, & voudroit bien que les chofes fuflent au vray enten- 
duës par coutes gens, & que chacun fuft deliberé de nourrir paix entre les 
Chreftiens, pour honorer le nom de Dieu, & recouurer les Pays occupez 
par les Infideles. : 

Mais ceux qui n’ont pas cette volonté tiennent autres termes, & ne cef- 
fenc de forger & faire inuentions pour @mouuoir grandes & execrables 
guerres en la Chreftienté, & prennentleur couleur fous celles friuoles que- 
relles que bon leur femble , entre lefquelles le Roy a entendu qu'ils par- 
lent de fa Duché de Breragne fort eftrangement, & fans fondement de vc- 
rite. | 

Parquoy iceluy Scigneur a ordonné à fefdits Ambaffadeurs remonftrer à 
noftredit Saint Pere, & par cout où il appartiendra, le contenu és Articles 
qui leur ont efté baillez touchant la iuftification de ce que de fa part a efté 
fait audit Pays de Breragne. 

Et pource que noftredit Saint Pere, a caufe & matiere de porter la rai- 


DV ROY CHARLES VIII. 619 


Ton & iuftice du Roy en cette partie, lefdits Ambaffadeurs feront requef- 


te à noftredit Saint Pere ainñ le faire, & fur ce declarer fa bonne in- 


‘tention. 


Et afin que noftredit Saint Pere fçache plus auant comme le Roy a pro- 
cedé honneftement & iuftemenc au fait de /adire Duché de Bretagne, iceux 
Ambaffadeurs diront que ledit Seigneur a toufours defiré que les droits 
pretendus par qui que ce foit fuffent veus, offrant montrer les fiens; & s’il 
cftoit crouué que ladice Duché ne luy appartienne, il ne la vouloit point 


auoir : mais pource que fes droits font tous éuidens, & que fans difficulté 


ladite Duché luy appartient, iamais l’autre partie n’a. voulu qüe lefdits droits 


1491. 


fuflent veus, ains à toufours fuy la raifon, & refufe toutes bonnes of- 


fres, 9% 
En aprés lefdits Ambafladeurs parleronc du fair des Comtez de Falen- 


tinois & de Diois felon l'information qu’en a Maiftre Jean Rabot l'vn defdits 
Ambaffadeurs, qui de par le Roy a efté Commiffaire auec le Prefident du 


Dauphiné, à former procés de cette matiere en la compagnie des Orateurs 
de noftredit Saint Pere, ayant puiflance fuffifante quant à ce: parquoy n’eft 
plus befoin de difputer de ladite matiere, attendu qu’elle a efté longue- 
ment traitée par ceux que dit cft; cellement que le tout eft redigé deuë- 


ment par efcrit en bonne forme, & ne refte qu'à fçauoir de quelle fomme 


noftredit: Saint Pere fe voudra contenter par maniere d’accord & tranfa- 
tion, pour les droits que le Saint Siege y pretend , & fur ce lefdits Am- 
baffadeurs efcriront incontinent la refponfe finale de noftredit Saint Pere 
aucc leurs auis. | | 

Au furplus ils diront que noftredit Saint Pere a bonne fouuenance des 
promeffes faites par fa Sainceté touchant Zizimir Sulran À du Grand Turc: 
& combien que le Roy ne reuoque point en doute lefdites promefles, & 
qu’il fe tienne tout affeuré que noftredit Saint Pereles gardera; toutesfois la 


chofe eft de telle impertance, qu’il a bien voulu la faire ramenteuoir, à ce 


que lefdites promefles faites canc à luy qu’à Monfieur le Grand-Maiffre de 
Rhodes, & à ceux de fa Religion foient entretenués de point en point felon 
leur forme & teneur. | me | 
Car au moyen dudit Zizimir, l’on pourra faire grand feruice à la Chref- 
tienté, fi noftredit Saint Pere & les Princes Chreftiens fe vouloient em- 
ployer à exterminer du tout les Infidelles, ou du moins à recouurer les Pays 
qui fouloient viure fous l’obeïflance de Sainte Eglife, qui à prefent font oc- 
cupez par lefdics Infidelles, & pour ce le Roy defire fur tout faire chofe 
qui foit à lhonneur & loùange de Dieu le Createur, & au recouurement 


defdits Pays, &il declare que à luy ne tiendra que ainf n’en aduienne, ef- 


tans les autres Princes de ce vouloir, | | 
Plus dironclefdits Ambafladeurs, que par l’obferuance notoire du Royaume 
de France fondée en droit & en toute honnefteté, ceux qui ne font natifs 
dudit Royaume ne doiuent point eftre receus aux Benefices Ecclefiaftiques 
d’iceluy Royaume, s’ils n’ont fur ce Lettres de naturalité, & permiflion du 
Roy, car c’eft bien raifon que fes fuiets en fes Pays foient preferez aux 
Eftrangers : coutesfois lefdits Ambaffadeurs n’en parleront pas par maniere 
de reuoquer en doute ladite Obferuance, mais feulement afin que noîftre- 
dit Saint Pere la trouue bonne , & que fa Sainteté foit aduertie de ne 
faire aucunes expeditions au contraire. Et fi noftredit Saint Pere en répond 
fauorablement, comme il eft à croire, lefdits Ambaffadeurs feront diligen- 
ce d’auoir Lettres & enfeignemens de fa refponfe, & en traitant ces cho- 
fes , ils pratiqueront, que dorcfnauant l’on ne dépefche en Cour de Ro- 
me aucuns interdits ni Monitoires peinaux pour eftre. executez €s Pays 
du Roy. : | _ Ra PR DEL : | 
Ilii ij 


Valentines 
Diois, 


Zizim on Zi. 
Zimir frere de 
l'Empereur 
des Tres. 


Les Effrangers 
me doisent te. 
mir Benefices 
en France. 


nm 610 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 491. Item, lofdics Ambaffadeurs feront Requete à noftredit Saint Pere qu'il 
Touchame les Plaife à fa Sainteré entretenir ce qui a cite oétroye & accordé audit Mon- « 
Prouifions des ficur le Grand-Maiffre de Rhodes touchant les Prieurez, Bailliages, Comman- 
Commande. Qoyies & autres Benefces de la Religion dudit Rhodes, & que fadire Sain- 
De ni tete n’en veuille aucunement difpofer contre la veneur des Bulles fur ce ex- 
cdi£es; & davantage requerront, que pour le profit & vtilité de la Chref- 
tienté. noftre Saint Pere ble venir à Rome ledit Monfeur le Grand-Maif- 
ere, & luy efcriue fort expreffément à cette fin. | | 
rtem , diront à noftredit Saint Pere que le Roy a en tres-finguliere re- 
commandation Maiftre Antoine Dubois , neueu du fieur Defquerdes Ma- 
refchal de France, tanr en faueur dudit fieur Defquerdes, que pour les bon- 
Rcommande.nes mœurs & vertus d’iceluy Maiftre Antoine; & pource que le Roy defi- 
sion du Rey re fort faire fa promotion en Sainte Eglife, il veut & ordonne que lefdits 
peur faire 99 À nbafladeurs recommandent tres-fpecialement à noltredir Saint Pere les 
affaires dudit Maiftre Antoine Dubois , maintenant & pour le temps à 
venir. . 

Euefbé de Et auffi veut iceluy Seigneur que fefdits Ambaffadeurs s’employent de 
roursay, tour leut pouuoir, à ce que frere Louys Pot poffeffeur de l'Euefche de Towr- 
nay en demeure paifible Eucfque, & ne foit aucunement inquicté ni mo- 

lefte; & fi ofsdie Saint Pere difoit qu'il en a pourueù vn Cardinal, par 

le ercfpas de feu Maiftre Ican Moniffard fon Maitre d'Hoftel , lefdits 
Ambafladeurs repliqueront, que ledit Moniffard n’en fut oncques en 
poffeffion , car er | Moniflard qui eftoir Eftranger ne le pouuoit auoir, 

ni tenir, ni pofleder fans l'intereft & preiudice, du Roy, & fans en- 

fraindre les Loix & Ordonnances du Royaume, par les raifons qui ont 

efté fouuent declarées à noftredir Sainc Pere; & fe danneroit le Roy gran. 

des merurilles, fi noftredit Saint Pere voulait derechef mettre .en queftion 

le faic dudit Euefque, veù mefmement que fa Sainteté fouloit dire que la 

Prouifion faice audit Moniffard ne fut pas du temps de fa Sainteté, mais fut 
faice par le feu Pape Sixte, & pour .ce x à lefdits Ambaffadeurs 

qu'il ne plaife poinr à noftredit Saint Pere fufcirer nouucau debat en cette 

matiere, en laquelle le Roy pour fondit intereft a deliberé tout outre, gar- 

der lefdices Ordonnances , & cuirer à fon dommage, ni iamais ne per- 
mettra qu'aucun Eftranger ait ledie Euefché. 
eng Iten, \efdits Ambafladeurs feront iteratiues prieres & requeftes à noftre- 
pour vne 2... dit Sainc Pere de par le Roy, pour auançer la Canomivarion de feu Mefiire 
nonifation. Pierre Berlasd, en fon viuant Archeuefque de Bordeaux, de laquelle Ca- 
nonization a efté fouuene efcrie par Le Ray à noftredit Saint Pere. | 

tem, diront que: Maiftre Guillaume de Gambray Doyen & Efleu de l'Egli- 

fe de Bourges, &c aufli de l'Eglife de Beawsais, Conféiller du Roy en fa Cour 

de Parlement, a cfté canpniquement & concordalement cfleu, confirmé &c 

jnftallé audit Doyenné de Bsauuais, par les Chanoines & Chapitres d'illec, 

lequel Dayenné eft dignité éleétine, & la plus grande aprés celle de l'E- 

uefque, & à cp titre & moyen a ioûy paifiblement dudit Doyenné & fruits 
d'iceluy, fans procés au inquietation, par l'efpaca de treize ans pañlez: mais . 
neantmoins depuis vn an ou enuiron Vn nommé Marc de Monte Archeuef- 
qua de Rhodes & natif da Grece, a fair indeüëément citer en Cour de Ro- 

me ledir de Cambray, fous ombre de certaine Prouifon que ledit de More 

en l'an quatre cens. foixante & feize, fe difoit auoir obtenué du Cardi- 
nal Sanéii Petri ad Vincula, etant en Avignon pour venir en ce Royaumé 
come Logat ; & fans qu'il fuft à ee receu audit Royaume pour Legat, & 

qui pis eft ledic de Monte a fait proceder en ladite Cour de Rome contre 

jceluy de Cambray, qui iamais ne fue auerti de ladite procedurs, ni d'au. 

une citation, & n’en vint onques rien à fa connoiffance. Et pource que 


Re N- ee ET. 


DV ROY CHARLES VIIL 61 


ledit de Monte {e vante d’auoir obtenu Sentence, & procedé par exeom- 
munications & affiétions en ladite Cour de Rome contre iceluy de Cam- 
bray, le Roy n’a caufe d'en eftre contenr, veu que ledit de Cambray eft 
Confciller, paflé trente ans en icelle Cour de Parlement, & aufli au grand 


Confeil, & que ladite procedure eft direétement contre droit & raifon, & 


contre La liberté G franchifé dudit Royaume, & femble que ladite procedure 


ne foic faire que afin d’eniamber fur les prerogatiues dudit Royaume, & 
afin de fcandalifer les fuiecs d'iceluy ; & remonftreront lefdits Ambaffadeurs 
à noftredit Saint Pere, qu’il plaife à fa Sainteté cafler & mertre du tour à 


neant ladite procedure, en impofant filence perpetuel audit de Moyte, par 


maniere que ledit de Cambray demeure paifible en la pofieffion & iouyflan. 
ce dudit Doyenné. | | 

En outre lefdits Ambaffadeurs reciteront, comme le Roy par cy - de- 
uant s’eft voulu employer à mettre bon appointement és maticres qui peu- 
uent eftre en differend entre noftredit Saint Pere & 4 Roy de Naples , & 
pource diront que iceluy Seigneur leur a ordonné y labourer en cas que ce 
foit le plaifiy de noftredit Saint Pere. 

Et finalement ils remercieront noftredit Saint Pere des bonnes graces & 
Joüables feruices que fs Orateurs ont fair au Roy. C’eft à fçauoir Monfieur 


d'Eucfque de Concorde, & Monfeur le Protonotaire, Maiffre Antoine Flores, 


lefquels en toutes leurs charges & commiilions fe font portez tres-hon- 


. neftement & tres.prudemment,en maniere qu'ils font dignes de toute gran, 


de recommandation; & n’a pas tenu à eux que les matieres n’ayent eftcplus 
abregées, car ils en ont fait extrénfe diligence, mais il a conuenu auoir 
confideration à la nature defdites matieres & des lieux, & aufli des chofes 
qui font furuenués. 


Fait à Tours ce feiziefme jour de Seprembre, l'an mil quatre cens qua 
tre-vingts-onze. Signé CHARLES. Et plus bas, Bobier.: 


“DDAGE » 4. à la fin. Les chofes furent f bien menées, qu'enfin vn traito 
L de paix fe fiuencre les parties. 


Ce Traité fur conclu à Rennes, & il eft imprime dans les prouues de 


Philippes de Commines, page 518. Voyez d’Argentté dans fon Hiftoire de 
Bretagne ,Liure 13. Chapitre 58. LL. 


P AGE 95. 4% commencement. Furent enuoyez véts la Duchefle Meffei. 
gneurs d’Alby & du Bouchage , & ie croy que le Roy La vit luy- 
mefme. DR — 

D’Argencrc dit que le Roy vit la Duchefle, eftant pour cela entré dans 
la Ville de Rennes qu'il cenoit aficgée, fans y eftre accompagné de fon 
équipage. .. | | 

En le mefine page. Finalement fut accordé le Mariage de luy & de la- 
dite Dame. “ | 

Le Contraét en cft paflé à Langeais le 13. Decembre, fi l'on en croit 
d’Argentré, Quelques-vns ont pretendu que ce fut le 16. du mefme mois. 

uoy qu'il en foit, il ne fut fair qu'aprés beaucoup de longueurs: car quoy- 
qu'il euft efté conclu long-temps auparauane, & que cette affaire fe fuft fai- 
te par les foins & l'entremife du Duc d'Orleans, qui y pouuoit plus que 
perfonne, il fallut plufeurs difpenfes , & principalement pour la refolution 
des Mariages dans lefquels les parties fe trouuoient engagées refpeétiue- 
ment, Car fe Roy eftoit marié aucc Marguesite d'Auftriche & la Duchefle 
aucc Maximilian Roy des Romains: cependant le pretexte du bien public 
&e de la paix feruit à faciliter routes chofes. a 
_ ITii üij 


1491. 


Differend en- 
tre Le Pape 
le Roy de Na- 
ples. 


Les Ennoyez 
dun Pape nom. 
mex en 6e 
temps-là Ors- 
teurs, @ non 
encore Nonces. 


62 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


js à do Traité de Mariage entre le Roy Charles VIII. co la Reyne 


A Langrsi 


Le 13. Decesm- 
bre 1491. 


Anne de Bretagne. 


CACHENT tous prefens & à venir, que comme par cy-deuant euffene 
efté, & par grandes & meures deliberations, & precedens traitez, pa- 
roles de Mariage entre Tres-Chreffien , G fuperilluffriffime Prince Charles Ro de 
France à prefent regnant, d’'vne patt, @ Tres-Illuffre Ducheffe Madame Anne, fille 
G'heritiere feule & vnique de feu de bonne memoire Prince François Duc de Bretagne 
fécond de ce nom dernier decedé , d'autre part. Oùy le Confeil de plufieurs tres. 
illuftres Princes & Seigneurs du Sang Royal & autres, & auf de pluficurs 
ens de Confeil & Zelateurs du bien, honneur & profit tant commun que 
particulier defdites parties & pays. Auiourd’huy datte de ces prefences, lef- 
dices parties, eù l'aduis & meure deliberation , & pour les caufes que deflus, 


_au lieu de Langeais & Diocefe de Tours en la Cour du Roy noftre Sire au 


Chaîtel dudit lieu de Langeais perfonnellement eftablis, & aufli tres-hauc 
& tres-puiflanc Seigneur Meflire Iean de Chaalon Prince d'Orange, foy 
voulant, confentant , & mefmement ledit fieur, de fa grace & bien ordon- 
née volonté, foumettent & ont foumis eux, leurs hoirs, auec tous & chacuns 
leurs biens & chofes, meubles & immeubles prefens & à venir, à la iurifdi- 
&ion , correétion, pouuoir & reflort de ladire Cour, quant à ce qui enfuit 
par forme de Contraét, ayant force & vigueur en tant que befoin feroit de 
conftitution & authorité de Loy, & toute autre vertu, auchorité, fermeté 
& ftabilité tels que mieux lefdits fiêur & Dame pourroient defirer tanc 
de droit que de couftume, ont connu & confeflé en ladite Cour auoir 
fait & font entre eux les Traitez, paëtions, donaifons & conuenances cy- 
aprés declarées & fpecifiées, & en la forme & maniere qui enfuit. 

C'et à ffauoir, Que lefdits fieur & Dame, de leur pleine, pure, franche 
& liberale volonte, à l'honneur de Dieu noftre Createur, & de toute la 
Cour Ecclefiaftique de.Paradis , à l’exaltation de la Foy Catholique & des 
Saints Sacremens, l'honneur & bien defdices parties & de leurfdits Pays, 
ont promis, & des-à-prefent confentent prendre l'vn l’autre par nom & loy 
de Saint Sacrement, inftitué &autorife en fon exorde par Dieu noftre Crea- 
teur en Paradis, pour eftre entre nos premiers parens & eftat d'innocence, 
C'eft à fçauoir le Roy nbftre Sire, ladite Dame & Princefle Madame Anne 


‘ en femme & efpoufe, & ladite Dame le Roy noftredit Sire en mary & 


cfpoux, par le moyen & miniftere de noftre mere Sainte Eglife. 

Item, 8 en faueur & contemplation dudit Mariage, & pour le bien perpetuel 
ê& indifloluble de paix entre le Diadefme & Couronne de France & auf le 
Duché de Bretagne, pource que chafcune defdires parties, par diuers moyens 
qui feroient longs à reiterer, pretendent leur competer & appartenirledit Du- 
ché de Bretagne, pour le bien de paix & tranquilité defdits Pays par cy-deuant 
enquictez & affigez de guerres, & en contemplation de l’honneur, qu’eh con. 
traétant ledit Mariage, le Roy noître Sire exhibe à ladite Dame, & pour les 
affe&ions coniugales qu’elle a & doit auoir ladite Dame audit Sire, pour elle, 
fes fuccefleurs & ayans caufe, a donné, cedé, quitté, cranfporté & delaiffe à 
toufourfmais, perpetuellement, irréuocablement à heritage audit fieur, fes fuc- 
cefleurs Roys de France par Titre de donation faite par caufe & raifon dudit 
Mariage, fans iamais la reuoquer par Teftament, ni autrement, au cas qu’elle 
ira de vie à tre{pas parauant ledit ficur, fans aucuns hoirs procréez d’eux le- 
gitimement en leurdit Mariage,ce que n’aduienne par le bon plaifir de Dieu, 
tous & chafcuns les droits, proprietez, pofleffions, noms, raifons, aétions & 
obligations competans à ladite Dame audit Duché, en cedant &tranfportant 
dés-à-prefent comme pour lors pour ladite Dame audit fieur, tous & chaf- 

on 


= LM ” 


DV ROY CHARLES VIIL: 62; 


cuhs fes droits de proprieté, poflefion, Seigneurie, noms, raifons & obli- 1 ETLT 


gations par cy - deuant à elle competans & appartenans, en le canftituane 
& le.conftitué dés-2-prefent audit cas, comme pour lors, en:chofes que. 
deflus & chacunes d’icelles, fon Procureur comme en {a propre chofe, & 
ce tout en corroborant & fortifiant , en tant que befoin feroit, le droit par 
€y- deuant competant audir Seigneur. | | 

Etc parcillemenc, ledit feur ; en faueur & contemplation que deflus, 
voulant exhiber efgale fauçur maritale à ladite Dame pour les caufes def. 
fufdices , a donné, cedé, quitté, delaiflé & cranfporté irréuocablement, 
perpetuellement,& à heritage, au cas que ledit fieur, ce qu’à Dieu ne 
plaife , aille dé certe vie mortélle fans hoirs procréez legitimement de 
leur chair audit mariage, tout tel droit, nom, raifon, aétion , obligation, 
proprieté, pofleflion, par cy- deuant competant audit fieur en ladite Du- 
che, fans rien, ny.aucune chofe referuer, en cedant & tranfportant dés-à- 
prefént, comme pour lors par ledit fieut à ladite Dame tous & chafcuns 
{es droits de proprieté, pofleflian, faifine, noms, raifons, actions & obli. 
gations, par cy-deuant luy competans & appartenans, en conftituant, & 
conftitué ladite Dame dés -à - prefenr, au audit cas, comme pour lors, és 
chofes que deflus & chacunes d’icelles , fon procureur, comme en fa propre 
chofe, & ce tout en corroborant & fortifiant, en tant que befoin feroit, le 
droit par cy- deuant competant à ladite Dame audit Duché. 

Et pour éuiter lefdites incommoditez de guerres, & finiftres fortunes 
vray -femblablement à enfuiure, entre les pays que ladite Dame ne con- 
uolera à autres nopces, fors auec le Roy ms » Si luy plaift, & faire fe 
peut ou à autre prochain & prefomptif futur fuccefleur de la Couronne, 
& lequel prochain hoir fera tenu en iceluy cas faire & exhiber au Roy les 
reconnoiflances & redeuances, tant honorables que profirables deués par 
cy- deuant pour raifon dudit Duché & appartenances en la forme & ma- 
niere que ont fait les Ducs & -Predecefleurs de ladite Dame; & ne pour- 
ront aliener ladite Duché &: fes appartenances enautrés mains que dudit 
fieur, & de fes Succefleurs Roys de France , que pour le prix defdites 
alienations, les hoirs dudit fieur Roy de France ne la puiffent auoir ne re- 
couurer; & en cas qu'il y auroit enfans procréez defdits Sicur & Dame, 
& ladite Dame furuiuroit ledit fieur , icelle Dame iouïra & pofledera en- 
tierement ledit Pays & Duché de Bretagne, comine à elle appartenante. 

Item, en outre ledic fieur a voulu & confenty, veut & confent, conf- 
titué & a ‘conftitue par ces prefentes en faueur dudit mariage à ladite 
Dame, tout, tant & tel douaire que ledit fieur auroit voulu, confenty & 
conftitué pour dot à feu de noble memoire la Reyne dernierement tref- 
paflée , mere dudit fieur , que Dieu abfolue, à l'inftrument duquel dot le- 
dit fieur fe rapporte, lequel & route fa teneur de point en point il a vou- 
lu & veut eftre inferc & incorporé en ces prefentes, & de vel effer com- 
me s'il y eftoit incorporé. | 

Item, a voulu & confenty, veut & confent ledic fieur ,au cas qu’il ira de 
vie à crefpas deuant ladite Dame, que ladite Dame ait, perçoiue & fafle 
fien les meubles, foient ioyaux, de quelque & tant grand prix qu'ils pour- 
roient eftre, lefquels elle aura au temps du trefpas dudit ie pie, oient 
des biens auec fa perfonne & pour le feruice de fadite perfonne, & ail- 
‘leurs que pour lentretenement de fa Maifon, lefquels il veut eftre & ap- 
partenir perpetucllement à ladite Dame & aux fiens à toufiours. 

Et quant à tour ce que deflus eft dir, tenir & accomplir, fans jamais 
faire ni tenir au contraire , lefdits Sieur & Dame & chacun d’eux ont 
obligé & obligent eux, leurs hoirs, auec tous & chacuns leurs biens & 


1491. 


624 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

chofes, meubles & immeubles prefens & à venir; & mefmement ladite 
Dame en la prefence & du confentement, en tant que befoin feroit, dudit 
tres-haut & puiflant Seigneur Monfieur le Prince d'Orange, parent & 
heritier de ladite Dame, lequel, aprés qu’il a ouy les chofes défi fdires ê&c 
chacunes d’icelles, en tant & pour ant que luy peut toucher pour quel. 
conque intereft qui luy puifle competer & appartenir , foy foumettante 
comme deflus, a ratifié, loué & approuué ce que deflus, & audit cas d’a- 
bondant fondit droit & intereft éfdits Duché, Comté, & leurs apparte- 
nances, en telle & quelconque maniere ou qualité que ce pourroit mon- 
ter, taxer ou eftimer, du confentement de ladite Dame, ledit Prince 
d'Orange a cedé , quitté & tranfporté à toufourfmais, irréuocablement 
audit fieut & aux fiens , parce que audit cas le Roy noftre Sire a pro- 
mis luy faire recompenfe ailleurs , que audit Duché , & ont renoncé & 


renoncent lefdits eftablis & fubmis comme deflus à toute exception & 


deceprion, à tous plegemmens contreaplegemmens,& oppofitions quelcon- 
ques, & principalement ladite Dame au benefice de Velleyen, & à toutes 
& chacunes les chofes à ce contraires. 

Defquelles chofes les deflufdits Seigneur & Dame, & Prince d'Oran- 
ge ont pañlé autres femblables lettres en effet & fubftance en la pre- 
fence de Maiftre Pierre Bourreau Licentié aux Loix, Notaire de l’auto- 
rité Apoftolique, pour plus grande fermeté & corroborance des chofes 
deflufdites, & fans que l’une defdites Lettres puifle ou doiue aucune- 
ment preiudicier à l’autre. Ce fut fait audit Langeais lefdits Seigneur & 
Dame prefens, & le Prince d'Orange prefent & confentant, en prefence, 
confeil & confentement des tres-hauts & puiflans Princes Meffieurs 
Loys Duc d'Orleans, & Pierre Duc de Bourbon, Charles Comte d'Angonlefme, 
Jean Comte de Foix , François Comte de Vendofme ; Meflire Guy de Rochefort 
Cheualier & Chancelier de France, Reuerends Peres Meflires Louis 
d’'Amboifé Eucfque d’Alby, 1ea# de Rely Doëteur en Theologie, Confefleur 
dudit Seigneur , efleu en Euefque d'Angers, auec plufieurs autres de la part 
dudit Seigneur & ledit Monfieur be Prince, Mefire Philippes de Montauban 
Chancelier de Bretagne, le Sire de Guemené, le fieur de Cocrquen Grand 
Mäiftre dudit Bretagne, & plufeurs autres de la part de ladite Dame aufñli 

refens. | | | : 
? Et promirent lefdits Seigneur & Dame en promeffes & paroles Royaux, 
& ledit Prince d'Orange par foy & ferment de fon corps, pour ce baillez 
corporellement, de non iamais faire n’y venir en contre & incontinent 
fans diuertir à autres actes lefdits Seigneur & Dame procedans en la Salle 
dudit Chaftel de Langeais, où eftoit preparé pour celebrer la Mefle, & fo- - 
lemnifer lefdites Efpoufailles defdits Seigneur & Dame, & illec enla pre- 
fence des Notaires cy- deflous fignez , les deflufdits & plufieurs autres 
Ducs & Comtes, tres-Illuftriffime Princefle Madame Anne de France, Du- 
chef[e de Bourbon, {œur dudit fieur, & autres Seigneurs & Dames en grand 
nombre, lefdits Seigneur & Dame, par le Miniftere dudit Reuerend Pere 
en Dieu Esefque d'Alby, foleraniferent, & firent publiquement leurdit ma- 
triage, & par paroles de prefent prindrent & efpouferent Fvn l’autre,com- 


me en tel cas il eft accouftumé, & par le Miniftere dudit Reuerend Pere 


en Dieu efleu en Euefque d'Angers, fut celebrée Mefle auec la bene- 


‘diétion nuptiale. Donné audit lieu de Langeais, & fée du fceau dont on 


# al. le feixié. 
5. 


cens quatre - vingts - onze. 


vfe aux Contrats Royaux en la ville, Chaftellenie & Reflort de Tours, en 
tefmoignage de verité, &c. le * treiziefme iour de Decembre mil quatre 


eGxe 
PAGE 


DV ROY CHARLES VIII. 625 


I le 
AGE 96. La Reyne partit de Saint Denis pour venir faire fon en- LÉ 
. trée à Paris. 
Voicy ce qui fe trouue de cette entrée dans les Regiftres du Parle- 
ment. Elle fut faite le 8. Féurier 149 r. & lon fuiuit le mefme ordre qui 
auoit efté obferué pour l'entrée du Roy au mois de Juin 1684. Voyez 


cy- deflus page 432. 


Entrée à Paris de la Reyne Anne de Bretagne , femme du Roy 
Charles VIII. 


Ep: iout la Cour, aprés que par aucuns a efté certiorée du vouloir z. Février 
du Roy noftre Sire, a déliberé qu’elle ira au-deuanc de la Reyne à fa +?" 
nouuelle Entrée en cette ville de Paris, en tel ordre & habits que 1a- r. «-dfus 
dite Cour fit au-deuant dudit Seigneur à fa nouuelle Entrée, par luy faite ?- +33: 
aprés fon ioyeux auenement à la Couronne en cette ville de Paris, ainfi 

que ledit ordre eft regiftré au Regiftre de ladite Cour, au 28. iour de 

Juin 1484. 


Ç VR ce que les Prefidens des Enqueftes ont dit à la Cour, qu’ils de- s. réurier 
L_Ÿ uoient aller audeuant de la Reyne à fa nouuelle Entrée auant les Con- : +°*: 
feillers Clercs, nonobftant qu'ils fuflent receus en leurs Offices auant 
eux: Déliberé a efté pour cette fois, & fans préiudice des droits defdites 
parties, que lefdits Prefidens iront en l’ordre de reception és Offices de 
Confeillers, éfquels ils ont efté receus. Outre a efté conclu & déliberé que 
le plus ancien Confeiller layÿ ira auec Maiïftre Guillaume de la Haye 
quint Prefident en la Cour de ceans , nonobftant la contradiétion des 
Confeillers Clercs de ladite Cour ; & aprés eux les plus anciens Con- 
feillers Clercs & Lays, deux à deux, felon leur antiquité. Et au furplus, 
touchant les Auocats de ladite Cour qui ont fait fupplier à la Cour par 
l'Auocat du Roy, qu’il leur fuft permis de porter leurs Chapperons four 
rez, il leur fera enioint, & aufli aux Procureurs de ladite Cour, & publié 
à la Barre, que demain que doit eftre faite ladite nouuelle Entrée entre 
neuf & dix heures , ils fe rendent en la Cour de ceans honneftement vef 
tus, & habillez de Robbes & Chapperons ; c’eft à fçauoir lefdits Auocats 
auec leur Chapperons fourrez, & les Procureurs ainfi qu'ils ont accouftu- 
mé, pour accompagner la Cour, Et fera enioint aufdics Procureurs & Auo- 
cats qu’ils aillent chacun en ordre aprés les Auocats & Procureur du Roy, 
fans eux entremefler auec les Confeillers. de la Cour, & les Auocats & 
Procureur du Roy, fur peine de l'amende. 


Ligue de la Reyne Anne, Louis Duc d'Orleans, Pierre es Anne Duc 
9* Ducheffe de Bourbon, pour le feruice du Rey. 


Ovs ANNE par la grace de Dirw Reyne de France , & Loys Dac d'Or: 5: Iwilles 

leans , Pierre G Anne Duc & Duchefle de Bourbon, voyans & confi-"*?" 
derans les grandes affaires & damnables entreprifes que les ennemis de 
Monfeigneur le Roy font de iour à autre à l'encontre dudit Seigneur & 
de fon Royaume, & le grand defordre qui auiourd’huy ef, aufli en la Mai- 
fon dudit Seigneur , au moyen de quoy iceluy Scigneur & fes Suicts 
pourroient eftre en danger de tumber en grands inconueniens s’il n’y ef- 
toit pourueu. Parquoy Nous, qui de tout noftre cœur defirons le bien, 
feureté, & profperité dudit Seigneur & de fon Royaume, Les tout nof- 

K 


66 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4 9 2. tre pouuoir nous employer & feruir, comme ceux à qui plus la chofe tou- 


che, aprés noftredit Seigneur le Roy, & qui plus y font tenus, foit requis 
& tres-neceflaire que bon amour, union & intelligence fe prenne par en- 


tre nous, afin que mieux puiflions feruir au bien dudit Seigneur & de fon, 


Royaume , & obuier , refifter , & pouruoir contre ceux qui à ce vou- 
droient venir au contraire. Et pour toufours entretenir les amitiez, fer- 
mens & promefles qui par cy - deuant ont efté faits à cette intention, & 
que iceux foient plus feurement tenus & obferuez fans feinte, fraude, 
ni mal engin; & aufli que dorefnauant l’amitié dont dépendent lefdits 
fermens puifle eftre plus feure & en plus grande fermeté & feurete en- 
tre nous. ÂAVIOVRD'HVY cinquiefme iour de luillet, en la prefence 
& entre les mains de /'Archeuefque de Narbonne , venant le fuft de la vraye 
Croix & autres faintes & precieufes Reliques |, promettons & iurons en 
paroles de Princes, par la foy & ferment de nos corps, & damnation de 
nos ames, priuation de noftre part de Paradis, & par le Saint Sacrement 
de Baptefme que nous auons receu , de bien & loyaument feruir le Roy, 
& de nous aimer , entretenir , fauorifer , fouftenir & fupporter l’vn l’au- 
tre comme foy-mefme, en la bonne grace dudit Seigneur , nous em- 
ployer fans faute nulle aux affaires l’vn de l’autre, comme fes propres 
affaires, porter & fouftenir, requerir & faire requerir l’vn pour l’autre de 
toutes chofes qui feront pour le bien, honneur & profit du Roy, du Royau- 
me , & de Nous ; & quand aucun voudra entreprendre fur aucuns de 
Nous, comme fur noftre honneur, eftar & biens , & de nos Seruiteurs, 
que tous enfemble nous y obuierons, & courrons fus de toute noftre 
puiffance. Et pour ce qu’il peut eftre, qu’aucuns pourroient par cy-aprés 
porter paroles, & faire entreprifes & pratiques de nous mettre en défan- 
ce & foupçon, malueillance & malcontentement les uns contre les au- 
tres, pour quelque maniere & couleur que ce foit, voulans faire nouuel- 
le amitié ou autre pratique qui pourroit porter preiudice aux fins pour 
lefquelles nous faifons cette prefente amitié, & entre autres /e Seigneur de 
Grauille Admiral de France, par luy, ou autres: nous ferons tenus le reueler 
ou declarer l’vn à l’autre de ceux qui feront fur les lieux ou aux enui- 
rons dedans vingt-quatre heures; & fi n’y fommes, à la plus grande dili- 
gence que poflible nous fera, ayant efgard à la diftance du pays où nous 
ferons pour lors , & de ne faire auec ledit Admiral, procurer, ou faire 
procurer aucune amitié ou intelligence, ny à autre de par luy, fans le fceu, 
vouloir & confentement de tous Nous. Et en outre Nous Ducs d’Orleans 
& de Bourbon, qui deuons eftre appellez aux affaires dudit Seigneur & de 
fon Royaume, promettons & iurons par le ferment deflufdit, faire appel- 
ler lvn l’autre ou gens pour nous aufdites affaires. Et s’il aduenoit que 
aucuns voulfiffent empefcher que ne nous y trouuafions, que l’vn n’y de- 
meure fans l’autre, fi n’eft par le vouloir & confentement l'vn de l’autre. 
Au furplus promettons & iurons comme deuant, faire tenir & obferuer à 
nos amis & feruiteurs à qui en donnerons connôiffance, les chofes defluf- 
dites; & au cas que nofdits amis & feruiteurs en feroient refufans, nous 
declarerons à l’encontre d’eux. Item, promettons & iurons comme deflus, 


de porter & fouftenir nos feruiteurs à qui de ce baillerons connoiffance 


qui nous feruiront éfdites chofes comme nos propres perfonnes. Donné à 
Paris fous nos feings manuels & fcels de nos armes, le iour que deflus, l’an 
de grace mil quatre cens quatre-vingts-douze. Signé, Lans, Los, 
Pierre, Anne de France. 


DV ROY CHARLES VIII. 627 
ue _— : + 1492 
AGE 97. Ils eurent felon mon auis deux ou trois enfans. 
Du po du Roy & de la Reyne Anne de Bretagne font fortis 
trois fs & une fille, rous decedez en bas âge. L’aifné nommé, Charles or- 
land, a naiflance le 10. Oétobre 1492. aux Montils lez Tours, Il fut 
baptifé le 13. du mefme mois par Frere Iean Bourgeois, en confideration 
duquel le Roy fonda vn Conuent à Lyon. Il mourut en Decembre 1495. 
Le fecond, nommé Charles, naquit au mefme lieu le 8: Septembre r 496. & 
mourut au mois d'Oétobre de la mefme année. ‘Le troifiefme, nommé 
François , ne vécut aufli que fort peu de jours, ainfi que la fille, qui fut 
appellég Anne, du nom de fa mere. | 


Deux Lettres d'auis aux Gens des Comptes, que ls Reyne eff accouchée 


d'un fl. 
DE TAR LE ROT. 


Os AMEZ ET FEAVX, graces à Dieu & à Noftre- Dame, enui- ,,. oæbre 

N ron quatre heures de matin , noftre tres-chere & tres-aimée com- 1 #93: 
pagne la Reyne eft accouchée d’vn beau fils, de laquelle chofe vous auons 
bien voulu auertir en diligence comme nos bons Seruiteurs , lefquels con- 
noiflons en eftre tres-ioyeux. Donné aux Montils lez Tours le dixiefme 
jour d'Oétobre. Signé, CHARLES. Et plus bas, De Mefnildor. Età 
l’adrefle: LA #05 amez. Gr feaux les Gens de nos Comptes à Paris. Au bas eft ef- 
crit: LApporté le Samedy douicfme Octobre mil quatre cens quatre-vingts-douxe. 

| | Pris fur l'original. ; 


RES CHERS: SEIGNEVRS ET FRERES, tant & de fibon ro. Om 
cœur que faire puis me recommande à vous. Graces à Dieu & Nof. "+?* 
tre- Dame, enuiron quatre heures du matin, la Reyne a eu un tres-beau 
fils, & vous afleure qu’ils font tous deux bonne chere ; de laquelle chofe 
ie vous ay bien voulu auertir à diligence, pour ce que en ferez tous meil- 
Jeure chere, en priant à Dieu, tres- chers Seigneurs & Ereres, qu’il vous 
doint ce que plus vous defirez. Eférit aux Moncils lez Tours le dixiefme 
iour d'Oétobre.. Le tout voftre frere Effienne de Vef*, Au. dos eft efcrit: *11 fois Pré 
LA mes tres- chers Seigneurs G Freres, les Gens des Comptes du Roy noffre Sire à f4ent de le 
: / . Chambre des 
Paris. Et au bas : Capporté le Samedy douXe Oéfobre mil quatre cens quatre- Compres. 
vingis- doux. more M: | 
NU | Pre fur l'Original. 


Exvraié d'un Regifre de La Chambre des Comptes. 


- E Samedy treiziefme iout d’Otobre l'an mil quatre cens quatre. 
L vingts - douze, enuiron dix heures du matin, fut .baptifé Monfieur le 
Dauphin, en la Chapelle du Pleffis du Parc lez Tours, prefens le. Roy fon 
Pere, & plufñeurs Princes, Euefques , Comtes , Nobles, & autres Sei- 
gneurs, tant d'Eglife que lais'; & furent fes parains Meflieurs les Ducs 
 d'orleans, @ de Bourbon, & fa maraine la Reyne de Cexile *, tous habillez de * al. Sicile, 
drap d’or moult riche. Et fut ledit Dauphin porté fur les Fonts qui fu- 
rent faits tous propres en l’ordre qui s’enfuit. . Premierement, Monficur 
de Nemoux portoit le cierge, Monfieur de Fosx: la faliere d’or, Louis Mon- 
fieur de Vendofme Y'aiguiere, Monfeur l'Infant oncle de ae is & fre- 
kk i] 


623 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
1492.rc de mondit fieur de Foix , le baflin & la fcruicte. Et Monfieur le 
Prince d'Orange, nuë teîte, à tour vne robe de drap d’or iufques en terre, 
porvoit le Dauphin. Madame de Nemosx portoit le bour du drap d'or qui 
eftoit fur ledit Dauphin. Er Madame /'Admirate, veuue de feu Mefire 
Louïs Baftard de Bourbon, portoit le cremeau auquel y auoit une groffe 
efcarboucle & autres pierres de grande valeur. Et aprés fuiuoient Mef- 
demes les Duchefles d'Orleans, de Bourbon , 6€ La Reyue de Ceitde , & plu- 
ficurs autres Seigneurs, Dames & Damoifelles en prand nombre, tout 
*Al. farm. par ordre. Et y auoit cinq cens vorches * ardences, que portoient les Ar- 
beaux. chers de la Garde, & autres Officiers de l’Hoftel du Roy. Ecen cét 
ordre vindrent iufques en la Chapelle où eftoit Le Roy en grande deuo- 
tion , auec Le /aint honmc du Parc dudit Pleflis. Er fut baptifé par un 
notable Religieux de grande fainteté & deuotion, nommé Frere Jean Bowr- 
< y. cyaprés. gois *, Cordelier de l'Obferuance ; & ledit faint homme que le Roy 
durant le Baptefme tenoit par la main, le nomma Charles Orland. Et 
furent dites plufeurs benediétions & graces à Dicu que l’on n’a point 
MM. Sin accouftumé de dire , & alla de vie à trefpas le...... jour de Nouembre 
quil mur l'an mil quatre cens quatre-vingts-quinzc. 


8 16 Decem. | | | 
bre 1495. Le faint homme dont eft parlé cy-dewant qui nomma Monfieur le 


Dauphin Fils du Roy Charles VII. æftoit appellé Frere François de 
Paule ,natif de Calabre, & tft celuy qui a ef premier inuenteur de lOr- 
dre des Minimes l'an 1518 Son corps fut camonizé à Rome, & fe nom- 
me Saint François de Paule. NC nn, 


Lettre du Roy aux gens des Comptes, au Juier de le Fondation da Con- 
nent de l'Ordre de Saint François dans la Ville de Lyon, en faucur 
| de frere Iean Bourgeois, qui auait baprifé le Daupbin. 


_ DE PAR LE ROT. 


TOs aAmMez ET FEAUX, Nous auons puis trois ans en çà fait venir 
1'N és parties de par-decà, noftre tres-cher & bien amé Oraveur fre 
Jean Bonrgrok , tequel nous à & continuellement de iour <n iour fac gran- 
des confolatiens Ypirituckles, tant en fes Prédications que és Saintes Mcfles 
. que de iouren iour deuant nous il celebre, aux Oraifons duquel auons gran- 
de confiance. Et pource que auons pieçà defir de faire faire œ naître Vil. 
le de Lyon vn Conuent de l'Ordre de Monfeur Saint François, duquel 
il ait la totale charge & conduite, & que pour iceluy faire ayons au Cha- 
marrier & Chapitre de Saint Paul de Lyon amorti, & quitté la Finance qui 
nous pourroit eftre deûë à caufe de fix cens liures.de rence qu'ils ont ac- 
27 ou acquerront, au moyen de ce qu’ils baillent la place conuenable à 

ire ledit Conuent. A cette cauk, vous mandons & expreflement enioi- 
gnons que incantinent & fans aucüun:ircfus expediez nos Lottres Patentes, 
lefquelles par.ce prefent:porteur noîftre Cheuaucheur vous-enuoyons, felon 
leur forme :& teneur afin que les Religioux dudic'frerc Iean Bourgeais 
puiflent dilisemment aller en noftredite ‘Ville de Lyon commencer ledit 
Conuent felon & en enfuiuanc noltre vouloir. & defir, & gardez que à ce 
ne faffiez faute, & que par .cedit porteur nous senuoyez nofdices Lettres 
deüément expedites. Donnéaux Montils:lez Tours le quatorzia{fme ionr de 
-Nouembre. Signé CH ares. Etiplus'bas, Bohier. Au dos cft efcrit.: 4 
05 amcz © feaux.les gens de nos Comtes à Par. Auibas cft aufli afcrir : 


2 4. Nourm. 
bre 1493. 


ES SO 1. 


Am ET VO <- 


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ee un St 


DV ROY CHARLES VIIL  @&o 


L#pporté le vingt - fixicfine jour de Noucmbre mil quatre cens quatre -viners- 
CL D 2. L 


Tiré de l'Original, | 
Lettre de frere Iean Bourgeois fier le mefme fier. 


Esus, Marta, Franciscus. Levray Dieu par fa diuine bonté vous 
| doint paix fainte & grace de faire fa fainte volonté, AmM&n. Mes #res= 
honsrez C' bons Seigneurs, il a plu au Roy de fon bon mouuement, pour vne 
finguliere deuotion donner à Dieu vo Conuent en la Ville de Lyon,.& 
pour iceluy faire à fair dépefcher fes Lettres Parentes, lefquelles par vn 
de fes Cheuaucheurs il vous enuoye, & vous plaife ,ie vous prie, mes bons 
Seigneurs, que voftre plafr foi de expedier lefdites Letrres en maniere 
que ie puifle aller ferwir Dieu, & paracheuer Le bon plaifr du Roy, & en 
ce faifant, mes freres & moy qui fommes, Sicus Péfces extra aguam, pric. 
rons mes freres & may le benoift Dieu, mes Seigneurs, qu’il vous doint par- 
faice fanté & Paradis à la fin; & fouuienne vous que nous ferons prou fi 
nous pouuons cire fauuez. E/éris au pauyre Conuent de Tours, de la main 
du tres-indigne de Dieu feruiteur, & voftre humble Orateur tout voîftre 
deuant Dieu, Decima fexta luce * Noscmbris , Frere Jean Bosrgcos. Et vous re- 
commande le Roy noftre Sire, lequel a bon vouloir, & la Revyne, & le 
bcau petit poupon Moz/eigneur Le Dauphin ; & me pardonnez , car ie parle 
François de noftre Pays. Au dos£f efcrit, 1e/us. LA mes tres-honorez & bons 
Seigneurs, Meffesgneurs des Compses. Ex au bas: LApparté Le 26. iaur de Nouerm- 
bre 1492. | | | 


Traité de Paix entre le Roy Charls VIII. @ Henry VII. 
LU Koy d'Angleterre, Sn l 


HiriPrus DE CREVECOEUS, Domigus Défquerdes, @ de Lansoy, 

Marefcallus Francia, Locuw-tencas, G Cappitancus Gencralis Demini nofri 
Regis in fus Patrin Aricfi @ Picardie, ac Miles fyi Ordins, Ludouicus de Ha- 
kwin, Dominus de Piennes, Francifius de Crequy, Dmminus de Denrrier, Ra- 
dulphus de Lannoy, Dominus de Moruikiers, Milites, Cosfliarii ©: Cambellani ; 
loannes d'Offiy, Con filiariss  Magifier Requeflarum Bofpitié , Ambaffiatores ; 
Procuratures C C mg Dé in bac parte Sereniflimi 46 Re Principis 
Domini noffri fopremi Caroli Dei grañia Françorum Regis Chritianiffimi : 
Omnibns © finçgulis préfentes Litteraes isfheiferis, falnrem. Notsm facimss quod 
cum probiera mortalioss dons à foperss tradi ueqocast qguem boys Pacé, C dongo 
rerwm jh ac rationc fémper coçuétum fit pacrm cf fumwam ibid dr precipuum 
mans juod bumano generi conducere gacat , fatifque campertuss fit quo calamita- 
ses CG arumna paffim à bel exorinxisr, 4008 vero commode Paz certa CO fabilis 
vndique aituleris; idcirco nos, quantum frulfus C utilitatis Francis @ Angiia 
Regnorum {ncolis en "pace O7 amicitis anichac inter ipforum Regnorum Reges G° 
Principes initis @ comtratiis accrencrit plene cagnofantes : Nos pre diéfo Sereniff- 
mo Principe noffro Francèrum Reg Chrifliani[fino antediiéo fuifque heredibus' dr 
Jucceforbus, atque cius &° corum nowine , autorisate vais 4b cedem Rege noffre 
per Juai Liticres Patentes commif/s, quarers tenorfequitur, G cf tal. 
fN\Harzes, par la grac de Dieu Roy de France: À tous ceux qui ces 

prefentes Lettres verront , Sas. Comme puis aucun temps en çà nous 
ayons donné charge à nofre ame & feal Confailler & Chambellan le fieur 
Defquerdes, Cheualier de noftre Ordre, Marefchal de France, noftre Lieu. 
tenauc & Capitaine Général de nos Pays de Picardie & re autres en 

ii] 


LI 4 9 2e 


16 Nonwembre 
1492. 


* al. die. 


A Eflaples fur 
Mer le 3, Noa 
sembrei492 


26, Inilles 
1492 


60 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


1492. fa compagnie, de tenir paroles, & communiquer auec le fieur d'Abenay 
Cheualier, Lieutenant Genéral pour noftre frere & coufin le Roy d’Angles 
terre, & Capitaine à Calais, touchant le bien de Paix, trèues, intelligences 
& bonnes amitiez d’entre nous & nos Royaumes, Pays, Seigneuries, & 
fuicts, tellement que de prefentles matieres & chofes deflufdites font en eftac 
& difpoftion de paruenir à bonne fin, & foit ainfi que pour à icelle don-" 
acer ordre, & prendre conclufion foit requis & chofe tres-neceflaire , com- 
mettre & ordonner auec ledit Marefchal Defquerdes aucuns bons, feaux & 
notables perfonnages entendus éfdites matieres, & aufquels ayons toute fian- 
ce, Sçadoir faifons que nous confans à plein des grands fens, fufffance, 
loyauté & bonne experience d’iceluy noftre Chambellan, / Mareféhal Def. 
querdes, & de nos amez & feaux Confcillers l’Eucfque de Noyon , le Sire de 
Piennes, noftre Chambellan ordinaire, Jean de la Vacquerie, Cheualier, Pre. : 
FHiferis  micr Prefident de noftre Cour de Parlement à Paris, le fieur de Douwrrier, 
D Maiftre Robert Gagsin, Général Miniftre de l'Ordre de la Trinité des Ma- 
Trié de thurins, les fieurs de Moruillers, de Wicre de Fosquerolles, & Maiftre Iean 
Paix. d'offay, Maiftre des Requeftes de noftre Hoftel, à iceux pour les caufes def- 
fufdites & autres grandes raifons & confiderations à ce nous mouuans, & 
principalement pour éuiter aux inconueniens & grands maux qui à caufe 
de la guerre font aduenus & pourroient aduenir; aufli pour paruenir à tou. 
re paix, tréue, intelligence & bonne amitié, au bien, feureté & foulage- 
ment de nos bons & loyaux fuiets, qui eft l’vne des chofes de ce monde 
plus defirons aprés noftre falut,auons & aux cinq quatre ou trois d’eux, 
ont iccluy Marefchal Defquerdes fera toufours l’vn, donné & donnons 
par ces prefentes fignces de noftre main, plein pouuoir , autorité & mande- 
ment fpecial d’eux tranfporter en telle des Villes de nofdits Pays de Picar- 
die-& Artois ou ailleurs que befoin fera, où ils verront eftre à faire, pour 
illec auec ledit fieur d'Aubemay & autres gens 8 Ambafladeurs que noftredic 
frere & coufin le Roy d'Angleterre y voudra enuoyer & faire trouuer de fa 
. part, befogner, traiter, tranfiger , accorder, appointer, & promettre fur les 
: tchofes deflufdites & les defpendances d'icelles, ce qu’ils trouueront & 
_ connoiftront en la meilleure & plus grande feüreté que Die {e pourra pour 
le mieux au bien de nous & de nofdits Royaume, Pays, Terres, Seigneu- 
ries & fuiets, tout ainfi que ferions & faire pourrions fi prefens en noftre 
perfonne y eftions, & de ce bailler leurs Lettres & féellez, aufli recouurer 
celles de la part d’iceluy noftre frere & coufn le Roy d'Angleterre, com- 
mc il eft accouftumé de faire, promettans de bonne fo en parole de Ro 
auoir ferme & ftable à coufiours tout ce que par nos épucez defflufdits y 
fera fait, promis, accorde & conclu par la maniere deuant dite, & accom- 
plir le contenu de point en point, aufli d’en bailler nos Lettres de ratifica- 
tion & confirmation telles que befoin fera, & au cas appartiendra, fans ia- 
mais aller, ni venir, ni fouffrir aller ni venir au contraife.en manieres quelfs 
conques, car ainfi nous plaift-il eftre fait. En tefmoin de ce nous auons fait 
mettre noftre féel à cefdites prefentes. Donné à Eftampes le vingt-fixiefme 
iour de luillet, l'an de Grace mil quatre cens quatre-vingts - douze, & de 
noftre Regne le neufuiefme, Sic fignatum f#b plica, CHARLES. Et fupra pli- 
cam: Par le Roy, Monfeur le Duc de Bourbon, les Comtes de Vendof- 
me & de Ligny, les fieurs de la Trimouille, de Gyé Marefçghal de Fran- 
ce, de Baudricourt Gouuerneur de Bourgogne, de Miollans Gouuerneur 
du Dauphiné, de Grimaut Senefchal de Beaucaire, de Saint André, d’Ef- 
Cars, & autres prefens, Parent. 
Cum Renerendo in Chriffo Patre Domino Richardo Bathesenfi Gr Vellenfi Epifcopo, 
ec cuffode prinati figili, Ægidio d’Aubenay, Domino d’Aubensy, milite ° confra- 
#re ordinis gartarii, ac docum tenente gencrali ville G Marchiarum Calfia, Chrif- 


DV ROY CHARLES VIII. 631 


cophoro Wifwilli, Decano Ecclefi Eboracenfis , Magno Eleemofinario, Henri. 
co d’Ynefweth Legum Docfore, fécundario in Offcio Priuati Jigili, & laco- 
bo Tirello, swilite, locum-tenente Caffri de Guyfnes infra Marchias pradicfas, 1l- 
dufiriffimi Principé Anglorum Reg Amballiatoribus € Procuratoribus ad infra 
Jcripta per ipfius Litteras Patentes dephtatis , quarum tenor fquitur in bac verbe. 


ÉNRICUS Dei gratia Kex Francia G Anglie, G: Dominus Hybernia : Om- 
H nibus ad quos prefentes Littere peruenerint, Salutem. Sciaris quod nos de 
fidelitate , induftris GC prouida circumihettione dileéforum nobi vencrabilis 55 
Chriffo Patris, K. Batthenenfis & Vellenfis Ecclefiarum Epifcopi,, 4c caffodss 
piuati figili noffri, Ægidi d’Aubenay, Domini d'Aubenay, vrius militum d 
confratrum noffri Ordinis gartarii, ac locum-tenentis noffri Generalis Ville, & Mar- 
chiarum noffrarum Calefie, Chriftophori Wifwilli, Decani Ecclefie Cathedralis 
Eboracenfis , Magni Eleemoffnarii noffri , Henrici d’Ynefweth Legum Docioré, 
fécundarii in Offio Prinati Sigili noffri , @ lacobi Tirelli Mibri, » locum- 
tencntis Caffri noffri de Guifnes, énfra Marchias pradicfas , Plenius confidentes 
pradiétos noffros veros € indubitatos Ambaf]iatores » Oratores, Procuratores , Com- 
miffarios ac Nuncios Generales G° fheciales affigrauimus, fecimus, conflituimus, 
GC ordinauimus, affignamuque , facimus, conflituimus G* ordinamus per prafén- 


14972 


30. Oobre 
1498 


tes, dantes C concedentes eifdem Ambaffiatoribus » Oratoribus, Procuratoribus, Com. 


miffariés * Nunciis plenam potefatem ; autoritatem ac mandatum generale & She 
ciale cum cariffimo Confanguinco noffro Principe Carole Franciz Jeu cius Ambafia- 
tore, Oratore, Procyratore, Commiffario aut Nuncio, Ambaffatoribus, Oratoribus ; 
Procuratoribus, Commifarié , sut Nanciis fi ifficientem pote[fatem , autoritatem cr 


mandatum à préfato Principe Carolo ad boc babente vel babentibus conueniendi - 


communicandi, tratfandi, concordandi, componend$, paciftendi, appunituandi, 


ac plenarie Gr integre determinandi, G: finaliter concludendi tam de d- fuper pace per- 
petua, quam de C* Juper treugis feu guerrarum abflinentiis @ mercium intercur/s- 
bus, ac amicitia, confæderatione G* concordia inter nos, heredes €: Jacceffores nof- 
tros ac Regna C° Dominis noffra, necnon fubditos alliçatos, confæderatos noffros, 


ac alios nobw facientes G* adherentes quofiumque, C ditfum Principem Carolum, 


beredes Cr fucceffores [nos ,.atque loca G Dominia Jua, fabditofque , alligatos fuos 


. € fibi adhaerentes, necnon de G* füper omnibus d Jfingulis contentionibus, quaffio- 


aibus , guerr, caufis , querelis , litibus, demandis @ debatis, vna cum fais 
circumitantiis emergentibus , incidentibus, dependentibus @ annexi que inter 
n0s  prefatum Principem Carolum , beredes, [ucceffores , terras | dominia » fubdi- 


ts, alligatos facientes G* adherentes predictos hinc inde pendere noftuntur inte- 


gra GC finaliter cognoféendi, appuniiuandi, concludendi & determinandi, Vhiserfa- 
que C" fingula que inter nos appunituats, conuents, conclufa , concordata, paita, fine 
tranfatta fuerint per fidei interpofitionem GC: inramenti in animam noffram praf- 
tationem , ac per alias vis G media qua iis in bac parte expedientia vif fserint 
roborandi G affecurandi, nec non à prefato Principe Carolo ciufue Ambafiatoribus, 
Oratoribus, Procuratoribus , Commiflarié, fiue nunciis faffcientem poteflatem € 
antoritatem & prefato Principe Carolo in bac parte habentibus quodcumque jura. 
mentum licitum 5n animam cisfdem Principis preffandum nomine noffro cxigenduns 
C° recipicndum, ac de C* füper omnibus G fingulis premifis C dependentiis ab 
cifdem , omnes C* omnimodas fécuritates , cantiones , obligationes ac litteras Jigit- 
latas nomine noffro, heredum G* fuccefforum noffrorum concedendum, faciendum, 
diberandum ©* tradendum, necnon à prefato Principe Carolo ciwfüe Ambafatori- 
bus, Oratoribus, Procuratoribus, Commiffariis aut Nunciis fimiles cautiones , obli- 
gationes C* litteras , prout cifäem Ambafiatoribus, Oratoribus , Procuratoribus, 
Commiffariis few nunuiis videbitur expedsre perendum , exigendum & recipiendum, 
cateraque omnia C° fingula in premifis per cos conclufa, concordata * firmate, 


concludends, concordanda C* firmands expediendi, perficiendi , G* pro parte noffra 


1492. 


6 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


perimplendi , ac debite exequendi, ctiamfs maiora fint, C mandatum de [ua natu- 
ra magis exigant fpeciale, C* qua nofmetipf facere poemes, fÿ perfonaliter prafén- 
tes efemus in explicationc premifforum : qua omnia C° fingula premif[a item mo- 
do forma > VI premittitur ; geffa, talem , tantamque vim, autoritatem € cffetfum 
wolumss obtinere, ac fiea in propria perfona feciffemus, promitientes bona fide, 
in verbo Regio nos ratum , gratum C firmum perpeino babituros totum , C quid- 
quid per diéfos Ambaffiatores, Oratores , Procuratores, Commiffarios fine Nuncios 
actum, geffum, fes procuratum fuerit in premiliis, feu aliguo premifforum. 1n cu- 
jus rei teftimonium he Litteras noffras fiers fecimus Patentes, teffe mcipfo in 
EXercith CO pres Boloniam füper mare, penultimo die Octobris, anno Regni nof- 
pri oéfane. Per ipfum Regem. Es de data praaicta anthoritate Parlamenii, 
Blecchd. | | 

Connenimie , contraximus, Ge conclufimus, C per praféntes consenimss, con- 
trabimus, G concludimus articules fequentes. | 

In pPRIMIS quod bonè, fincerè, firme & perfeitè fint G° inuiolabiliter babean- 
dur CG: obférucntur,pax, amicitie @ fœdera inter potentifiimes Francia Anglis Re- 

es antediéos, eorumdem Patrias > Dominia [ua quecumque, beredes, fuccelfôres, vaf 
fâlles atque fubditos fs preféntes futures, ac quofumque alligates G confæde- 
ratos virinfque corum qui in iffa pace comprehendi volwerunt, Je comprehendi 
velle infra tempors, G fsb forms inferius limitata decharaserunt; necnen inter 
Iuffrifima Francis G Anglis Regna per terram ; MATE, POrins maris CO aquas 
duices, G quod dicfe amicitie, pax G° federa [sum habeunt cffeétum immcdiate 
poff datam preféntinm , © durent vita uvtrinfque Principum preditiorums durante, 
G° alterins corum dintins vinentis, Cr per annum Snicgrum ; po obitum vliimo 
épforum morientis. Ita tamen gwod Jacceffor Regis premorientss diéfam amicitiam 
C pacem infra annam à die obitus fui predeceffors tencbitur per fuas Lifieras ma- 
gno fo figillo figillatas banc amicitiam ratificare confirmare, ditfamque ra- 
D d confirmationrm Régi fuperffiti notificare , tranfmitiere G deli- 

crane, 

Item. ©sod durante termine praditfe bella, guerræ, hoffilitates ce inimicitié 
gwacmqut inter préfates Frencié © Anglis Reges,corumdemqne, vi fapra fertur, 
haredes G facceffères , vaffakles , fubditos G confæderatos quofinmque qui in pre- 
fenti tracfatn , vt premitistur, comprehends velserunt, necnon iam dilia inclytifi - 
ma Regna, Patries G: dominia [as quecumque vbique locorum per terrans ; mare, bit- 
fora maris O7 aquas dulces, omnino ceffabunt. | 

Item. Qwod omnes G fingule utrinfque ditforum Principum eorumque hare- 
dum  faccefforum , aut eorum alicrins , ipforwmque alligatorum in bac parte com- 
prehenforum vaffalli dr fobditi, fine fint Principes, Archiepifcopi, Epijcopi, Duces, 
Marchiones, Comites, Barones, Mercatores , aut cuinfuis flatus conditionifue cxif- 
sant, durante pace antedicta vbini locorum [fé mutuis offuiis profquanser , œ 
boneïta affréfione pertratfent, poffintqne libere, tnte G fécure abjque alicuiss ofru= 
fa aut faluo conduits fine licentia, vbique perlæffrare per terram, per mare C aquas 
aulces nauigare hint nbique ad ports ; dominis & disfrittus quoftumaque volaerint 
morari , mercari merces , mercimonia, arma © iocalia quecumque, fi fatuta muns- 
cipalis antehac condits non obffent, emere C vendere , ac nt vis placuerit , illins 
ad partes proprias , vel aiibi, libere, qavties duxerint , abire cum fais , ant condu- 
dis, vel commodatis nauigiis, plauitrss, vehicalis , eauis, armaluris , mercimo- 
niis, fércinulis, bonis G: rebus fais quibuftnmque abfque vllo impedimento, of- 
fenfs, arreflatione ob caujam Marce, contramarce, reprefaliarum , ant alias diffra- 
Éfione quacUmMqUe tam in terra, q#am in mari GC aqué duhibus, quemadwodens 
Patriis in propriss bec omnia facerent, aut ei ca facere liceret. 

Item. Q4od omnia munera fine oners ab aliquo ditforum principam in cu 
iufuss corum Patriarum fine Dominiorums partibus, citra aut infra triginta annos 
ante datam prefentinms impofita mercatoribus & fubaitis alteriss dééé +” Me {ae 

| sredums 


A hs 


DV ROY CHARLES VIIL 6; 


beredum C faccefforum nocua , durante bac pace penitus fint extincfe, & quod 54- 


. dia ant confimilia bac amicitis durante amodo non imponantur, faluis tamen [èm- 


per quo ad alia omnibus-Regionum, urbium GC locorum legibus , ffatutis G* confue- 
sudinibus , quibus nibil quoad corum iura per premif[a derogatum cenfcatur. 

Item. Qsod omnes Mercatores, etff Veneti , Florentini fine intentione fint, 
poffint per mare G* aqua dulces, armati vel non armati, cum füis propriis mercibus 
aut alienis in nawibus, carenis, aus galcis propriis (inc alienis, in Regna Francis 
C Angle, © corum vtrumque tutc, libere € fécure venire, G ad tunc quo ve- 
dint, abire durante amicitia antediila, quandocumque , G quoticfumque voluerint, 
abjque violentia, diffurbio , molefiis aut granamine quocumque per ditfos Francis 
C Anglis Reges, fine eorum aliquem , aut corumdem haredes € fucceffores, fine ip- 
Jorum , vel alicuius eorumdem fubditos, vaffallos aut alligatos, aut eorum aligatorum 
harcdes, aut fucceffores in iis amicitits comprehenfos fabditos vel vaffallos fuerir atten- 


I 49 2 


tatum , acfum vel geflum , nibilominus tamen bac pax fine amicitia in Jui viribus 


durante termino preditio permanebit, & pro hs attentatis folummodo punientar 
ipfi attentantes , C* damnificantes, C° non ali. 

Item. Qwod in prefénts tratfats pacs C amicitis comprebendentur alligati 
confæderati vtriufque partis fubfequenter nominati, videlicet pro parte Chrifisanilfi- 
mi Reg Francis Sacra Maicflas Imperialrs cum Elecforibus Imperii, Sereniffimt 
Principes, Reges Caflelle  Arragenum, Hungarie © Bohemie, Neapolis , Scotie, 
Portugalis C* Nasarre, Potentiffimique Principes, Dux © tota Domus Banaris , 
Duces Sabaudia, Mediolani, Lotharingie, Geldris, Dux C Comitas Venctorum, 
Princeps, Ciuitas @ Comites Leodienfis , Comitas Florentinorum GC Siennenfinm 
Lige noue C antique Ssetentium * confæderatorum, C* alii quicumque guos Rex 
ipfé Francis in fui Litreris prafentis tratfatus confirmatoriis nominare voluerit, ac 
pro parte IUuffriffimi Reg Anglie S'acratiffimus Princeps Maximilianus Romano- 
rum Rex, cinfque filius Dominus Philippus Archidux Auffris, corumdemque be- 
redes G fucceffores Reges hifpanie, Portugalie, Neapolis G Daciæ, Duces Calabrie 


# a]. Heluetioe 
TNT. ! 


C Ferraris,  Societes ac Comitas Hanffe Teutonica, @ alii quicumque quos ipfe . 


Rex Ançglisin fus Litteris prefentis traifatus confirmatoriis nominare voluerit. 
Qui quidem alligati G* confæderati , predicti videlicet prefati Rex Romanorum 
cinfque filius Dominus Philippus Archidux Auffrie infra quatuor, C* reliqui infra 
duodecim menfes dats preféntis tratfatus,proxime G° immediate fequentes per Lit- 
teras magno figilo fuo figillatas Principi eos comprehendenti, [5 per cum velint com- 
prehends, declarabunt C fignificabunt , idemque Princeps alteri Principi infra dicfos 
quatuor menfes quoad Reçem Romanorum @ Dominum Archiducem cius filium ; 
G@ quoad reliquos infra duodecim menfes per Litteras fuss magno, figilo [no figila- 
tas prefatis Litteris dilfe comprehenfions declaraturiss annexas candem declaratio- 
sem notificabit, © priufquam pradicfs notificatio, vt premittitur ; facts fuerit, dicti 
mominati de comprehenfis nullatenus cenfébuntur. 

Item. Er fi ditfus Romanorum Rex , ciufue filius Dominus Archidux predicrus 
pro ft, heredibus Cr faccefforibus fus atque Patrié,modo, tempore G forma pradi- 
hi declaramerint fe velle in prefenti tratfatu comprehendi, C* pofimodum prefatus 
Rex Francis, eiufue beredes aut fucceffores contra cos vel corum alterum per ca- 
prionem alicuius ville nunc fub obedientis eorum vel alterius corum cxiffente bel- 
dum mouerit, vel cum exercitu [eu potentia armoruwm corumdem vel corum alte- 
sius Patrias, terras vel dominia intraucrit, tunc GC in iflo cafw bene licebis pre- 
fato Anglie Regi, ciufque hercdibus G fuccefforibus prefato Domino Regi Roma- 
norum , éiufque filio Domino Archiduci , eorum heredibus € fuccefforibus fuccurrere 
© fabuenire, prafénti tratfatu nonobstante, fu in [ho robore nibilominus manen- 
te, Etfi prefatus Rex Romanorum, vel cius filius Dominus Archidux predilfus, 
aut aliquis aliws nomine corum vel heredum aut fuccefforum forum per captio- 
nem alicuius ville nunc fab obedientis prefati Regis Francis exiflentis cidem Re- 


gi Francis cinfue bercdibus aut fuccefforibus bellum mouecrit, vel ” “aie Je 
| L 


—."— 64 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1492. potentia armorum Patrius Jub obcdientia Jua nunc exiflentes intranerit ; FH1c é 
in iflo cafe non licebit prefato Principt Anglie cofâem iuuare gentibus , armis, 
vel pecunia. | 

Item. 55 per fübditos vel adherentes prefati Regis Romanorum aut Domini Ar- 
chiducis cius filii, prediéti corum, vel heredum , aut faccefforum contra iura, Pa- 
trias, aut füubditos prafati Regis Francis modo boffili, ant via faéfi aliquid fiat 
aus attentetur, quod in damnum G* praindicigm corwmdem Principis aut Jubdito- 
rum cedere pof]it ; G prefatus Dominus Rex ROmanorum cinfñe filins Dominus 
Archidux predicfus, corumdemuc locum-tenentes , aut Offiiarii pro iuffitia Œ re- 
parstione füpra hoc facienda debise febmoniti G requiliti inffitiam C" reparationem 
infra vnum menfim ipfam fubmonitioncm proxime fequentem faccre denegaue- 
rint , vel neglexerint, tunc Gin iflo cafi prafatus Rex France, ciufuc locum-te- 
nens fine commiffarius prefato menfé clapfo fa autoritate Cr per viam faëti ad re- 
parationem buinfmodi faciendam procedere poterit ,abfque eo quod propter hoc pre- 
fêns pax fêu amicitia in aliquo rumpatur aut violetur. 

Item. Qwod omnes G° finguli babiratores, incole G fabditi cisitatis, villarum 
Cr Bailliwatuwm de Tornaco,Tarnefio, Mortagne ©" Sanifo Amando, tanquam Jub- 
diti Regni Francis fint nominatim G* expreffé in prafénti trattatu comprehenfi. 

Item. ©uod pro firmiori dr inuiolabili preditfarum paci,amicitie  federis ob- 
féruantia © obféruationc eleéfi G nominati int ex parte ipfius Chriffianiffimi Re- 
gis Francis conféruatores fabféquentes. Primo videlicet pro Patria © Dacats Nor- 
maniæ, porentiffimns Princeps Dominus Dux Aurelianenfis; pro Patria Lingus 
Occiranæ @ aliis partibus Regni in quibus non erunt nominati conftruatores, 

+ potentiffimus Princeps Dominus Dux de Borbonio ; pro Patris C* Ducatn de 
Guyenne, Dominus Comes d'Angoulefme ; pro Patria G* Ducatu Britanniæ, Do- 
mins Princeps de Aurengia;pro Patrié Artefi & Picardiæ, p/t Dominus Def- 
querdes; pro Patria, Ducatu Gr Comitats Burgundiæ, Dominus de Baudricourt; 
G* pro partibus maritimis, Dominus de Grauille, Admiraldus Francia, faluo ma- 
ri Aguitanco, in cuius distriéfu ditfus Princeps de Aurengia erit conferuator. Pote- 
runtque conféruatores fapra nominati in Patriis Cr locis Jibi ordinaïis delegare cr 
deputare Commiffarios f#b f6. 

Et fi aliqui ex prenominatis conféraatoribus ab bac luce decederint, fécceffores 
corum in flatu gubernatoris few locum-tenentis Patriarum in quibus committuntur, 
babebuntur, quoad hanc conféruationem , loco ditforum deccdentium. : 

_ Et pro parte diéfi Sereniffimi Principis Anglie, praclariffimus Aunnculus fus 
Hnffrifimus Dux de Bethfort, Cancellarius, Thefaurarins © Admiraldus, Anglia 
deputatus, cufles etiam portuum , cuflos prisati figili, CG locum=tenens ditfi Regis 
Calefia pro tempore exiffentes. Qui quidem conferuatores ditforum Principum , ac 
vtriufque eorum G* duo aut vnus ipforum, ex parte [altem Principis fubditerum 
damnificantiwum qui faper hoc requiretur, vel requirentur, babeat few habeant auto- 
ritatem G* poteïlatem;uirtute buis tratfatus,ip{os damnificantes coram Je vocandi, 
conueniendi G* examinandi, Gr ipfos fic examinatos, fécundum quod iuffitia exigit, 
conuertendi, C punienai, attentata © damna contra vires buinus tracfatus illata vna 
cum expenfis damnificatorum reficiendi Gr reparandi. Et ff contingat ipfos confér- 
#atores per ipfos Principes fic vt premittitur nominatos , vel ipforum Commiffarios 

Saper reformationem aliquorum diéforum attentatorum fore difcordes , G* inter eos 
füperinde concordare non valentes, quod eo ipfo  extunc caufa ila referatur conji- 
dio Principis fébditorum fic damnificantium , aut ff opus fit vtriulque Principis, 
dum tamen dits caufa fiuc coram conftruatoribns, aut unius vel utriufque Préncipis 
confilio ventilanda fummarie C* de plano coram eis examinetur, © felici marte ter- 
minctur, G dicforum conféruatorum pro vtraque parte féntentia interlocutoris C 
definitine pracepta @ decreta incontinenti G* inailatc dabuntur executioni, nonob[- 
tantibus appellationibus quibufumque. | 

Jtem, Consentum GC conclufum eff, quod prefatus Iluffriffimus Rex Anglie 


DV ROY CHARLES VIIL 6; 


ditam amicitjam fic inter eum cinfque heredes Ge facceffores G Christianiffimum: 1 4 9 2e 
Regem Francse atque ipfins heredes G* facceffores, ut premittitur, contracfans , atque 
omnia C° fingula capitula predicfs in iis Litteris contents per Litteras faas Paten- 
tes Juo magno figilo figillatas, manuque propria Jubfiriptas, Gr iuramento vallataé 
ratificabit C* confirmabit, ipfamque amicitiam G- capita fic per eum ratificata , con- 
Jirmata GC inrata per tres Status Regni Anglie, videlicet per Praelatos & Clerum, No- 
biles  Commumitates ciufdem Regni, G debite conuocatos infra duodecim menfes 
_ Proxime poït datam preféntium ratificari C confirmari faciet, Per que ctian Se- 

reniflimus G Chriffianiffimus Rex Francis amicitiam C* capita anteditfa per fuas 
Litieras Patentes magno f4o figillo figillates, atque mans propria fubfcriptas, @ 
suramento vallatas ratificabit G confirmabit, ipfamque amicitiam G capita fic per 
eum ratificata C* iurata per tres Status Regni fui Francis, videlicet per Pralatos 
Clerum, Nobiles @ Ciuitates cinfdem Regni rite @ debite connocatos infra ditfos * 
duodecim menfés ratificari G: confirmari faciet, atque vrerque Principum predicfo- 
Tum predifam amicitiam  omnia capita antedicfa per Sedem Apoflolicam, G au- 
toritate ciufdem infra féx menfés, diétos duodecim menfes proxime [équentes, con- 
Jfirmari, vallari  roborari pro viribus procurabit, G cum cffiifu faciet. Et infuper 
vierque Principum predilorum infra terminum prediéfum inffanter G: cum effects 
requiret Sacrofanitam Sedcm Apoffolicam € Summum Pontificem qui ferat fénten- 
#iam excommunicationis nn pro UDC, O° IHNC pro nunc in eum ex preditfis duo- 
bus Principibus qui omnia € Jingula capita in prefenti tracfatu contents, quatenns . 
épfwm concernwnt, non obféruancrit prater G* ultra féntentiam interdicfi in eins re- 
Sa, terres, patrias C* dominis, nonobffante aliquo Prinilegio in genere vel in JPe= 
cie ilis aut corum alicui [ab quacumque verborum ferie concefo, cui diéti Princi- 
pes palam, publice € expreffe renuntiant, G nos nominibus eorumdem fafficienti 

awtoritate in bac parte nobis'attributa renunciamus expreffe in iis fériptis. 1nfaper 
nos Sereniffimi C° Chriflianiffimi Domini noffri Regis Francie Ambaffiatores G 
… Commiflaris anteditfi promittimus, + cundem Dominum noffrum Jupremum Re-. 
&m Chriffianiffimum poteflate, vt premittitur , ab ipfo nobis commif[a obligamus 
per prefentes , quod idém Dominus noffer Francis Rex omnis GO fingula premiffs 
ratificabit, autorifabit @ confirmabit, caque realiter G: cum effeétu pro parte fus exe- 
guetur, C facies quod premifforum tenor exigit G* requirit,fwafque litteras Patentes 
fsb inde debite confértas magno fo figillo munitas, 1IBuffriffimo Principi confratri 
CG confanguinco [no cariffimo Anglia Regi fapraditfo, cum 4d hoc debite requifitus 
fuerit, liberabit, liberarine faciet. In quorum omnium G Jingulorum teflimonium 
C* approbationcm nos Ambafliatores Francis [upra nominati prefentes Litteras ff- 
gnis noffris manualibus fubfignatas figillo Domini Defquerdes pro nobis omnibus 
muniri fecimus. Datum apud Stapulas fupra mare,tertia die Nowembris ,anno Do- 
mini 1492. Sic fignatam, Philippe de Creuecœur, F. de Crequy, Louys 
de Hallewyn, Raoul de Lannoy, & I. d’Auffay. 


ÎE decima quinta menfis Decembris anno Domini 1 4 9 2. Indiéfione decima, 15. Decembre 

D Pontificatus S'ancfiffimi in Chriflo C* Domini noffri, Domini Alexandri diui- * #92 
na Prouidentia Papæ {exti anno primo, in noffrorum Notariorum Pablicorum € 
teffium infra fcriptorum ad bac vocatorum prefentia perfonaliter confhtuti nobiles cr 
potentes Domini, Dominus Gilbertus de Chabannes » Dominus de Curton, miles 
Ordinis Sancfi Michaëlis, ac Gubernator Patrie Lemouicen frs , © Dominus Ste- 
phanus de Velc, Dominus de Grimault, Sencfiallus Bellicardi, & Cambellanss 
ordinarius füpremi Domini noffri Regw Francia Chriffianiffimi, ad bec per ipfam 
fPecialiter ordinati G* commif]i, exiffentibus fimul cum nobilibus G* potentibus Do- 
minis Domino Ægidio d'Aubenay, milite Ordinis Garterii locum-tenentis Serenif]i- 

mi Regis Anglis in. Calefia, Magiffro Chriffoforo Wifwich, Decano Ecclefie Ca- 
thedrals Eboracenfis, magno Elemofinario Anglie, ac Domino 1oanne Rifélay, Con- 
filiario ac milite pro corpore Regis Anglis, Ambaffiatoribus dr SEE dicti Se- 

| ij 


> 


1492. 


66 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

renifimi Regis Anglie, ac ab co Sbecialiter commiflis eifdem Oratoribus Anglis 
tradideruns ac manualiter deliberaucrunt Litteras Parentes ipfius Regis Francis {na 
mans fübfignate, & fo magno figilo figilata confirmatories traëtatus paci G 
amicitie inter cofdem Reges feu ipforum Ambaffiatores apud Ssapuls füpra mare die 
tertia menfis Noucmbris proxime praterita facre CG conclafz, in quibus Litteru 
confirmatorins Littera Ambal]iatoruwm Regis Francie in quarum dorfo bec prafens 
nota deféribitur de verbe ad verbum inférte erant Cr éncorporats. Poff quarum Lit- 
terarum Regiarwm traditioncm ditfi Ambaliatores Anglis has preféntes Litieras 
Ambaffiatoribus Regis Francie antcdicts Dominw Commiffariss reddidersnt GC ref 
tisuerunt. Lecfa fucrunt bec in Hofpitio Spade, in oppido Blfis Carnotenfis diæce- 
Jés,praféntibus ad bac vna cum prenominatis notabilibus viré GC nobis Norariis 
Jabfcriptis Guilllmo Laueroch, Thoma Pfempfôn , € Florimond Robertet, Secretari 
Regis Francis, teffibus 4d premif]s Vocatis CG rogatis. Sic fignatum, loannes Ar- 
noul, publicus autoritatibus Apoffolica G* Imperiali Notarius, & Iudocus Danf- 
que, publicus Apoflolica C Imperials autoritatibss Notaris. | 


Ratification dy Roy d'Angleterre. 


tr. Nomembre EN RI cus Dei gratia Rex Fyancie C Anglie,C Dominus Hibernis: On- 


1492. 


nibus ad qgwos prefentes Littere peruenerint, Salutem. Infheximus quedam 
capita amicitiarum aliarumqne conuentionum C° pailionum inter noffros Commiffa- 
rios C Ambaffiateres ex yna parte, C 7277 Procuratores C Ambal]iateres 
Chriflianiffimi Principé ac cariffimi confanguinei noftri Regis Caroli Francis ex 
parte aliera apud Srapulas fupra mare tertio die inflantis menffs Noucmbri inita 
conclufà , quorum tenores féquuntur. Nos autem appunélamenta © capitula preds- 
cfa, ac omnia C finçula in es contents G Shecificata rata habemus C grata, C 
ea pro nobis , bercdibus C* fuccefforibus noffris , gwantum ad nos © ipfos attinet, 


_ acceptamus, ratificamns C° confirmamus. In cuins rei teflimonium bas litteras nof- 


13. Decembre AROLVS Der GRATIA FRANCORVM REx: Wniserfis prafentes. 


1492 


tras fieri fecimws Patentes, teffe meip{o apud vilam noffram Calefie vndecima die 
Nouembris suno Domini 1492. Cr Regoi noffri ocfauo. Sic fignatum, HENRY, 


@ Blythe. . 
— Ratification du Roy Charles VIII. 


Liteeras inffeëfurs , Salutem. Cum per fæders pacis G* amicitisrum inter nos 
© carifimem fratrem © confanguineum noffrum Henricum Ançlis Regem, Re- 
gna, Patrias C* fébditos vtriufque nomine die tertia menfis Nonembris proxime 
prateriti apud Stapulas Jupra mare faifa G conclufs, fucrit inter cetera ditfum GC 
concordatum , quod infra duodecim menfts proxime tunc fequentes ditius frater Cr 
confançuineus nofier omnia capita pacis © amicitiarurs per cum iurata CG" füis Lit- 
seris Patentibus ratificata C* confirmats per tres Status Regni Ançlie rite € debire 


| connocatos, videlicet per Prelatos GC" Clerum, Nobiles @ Communitates ciu[iem Recon 


ratificari C7 confirmari faceret , Gr pereque nos amicitiam G* capita antedicte per 
305 israta, @ nofiris Litteris Patentibus ratificata C confirmats, per tres Status 
Regni noffri, videlicet per Pralates , Clerum, Nobiles Cr Ciuitates cis[dem Regni ri 
te © debite conuocatos, infra dilfos duodecim menfes ratificari C* confirmars face- 
remss. Verum quod congregatio trinm Statuums Regni Ançglie C* fimiliter Regni nof- 
tri non fine magnis expenfis Jemptibus fieri poteff: Notum facimus, quod de- 
fiderantes fubleusmini fubditerum vtriufque nofrum prouidere, nos ablque alique 
nonationc feu preiudicio in reliquis capitulis dicfi traltatus paris fine amicitiaruns 
in ipfis C° corum quolibet in [ao robore C* vigore manentibus , confenfimss € 
concordasimus C per prefentes confentimus G concordamus. Que ratificatio [ts 
confirmatio fienda per tres Status Regni Ançlie, @ fimiliter per tres Status Regni 
#offri modo Cr forma in ditfo tratfatu pacis declaratis, prolongetur vfque ad pro- 


LE] 


DV ROY CHARLES VIII. 637 


- - -- 


ximam Congrecationem triwm Statasm, g4am ipfé frater © confanguineus nofier Ppol492. 


als agendis fui Regni Anglie faciet, feu fiers ordinabis , C* quam fimiliter pro 
egendis regni noffri faciemus , fw ficri ordinabimus , prouifo tamen quod huiufmo- 
di Congregatio Statuurm fiat infra trienninm proxime fquens, cafu quo aliqua 
matcria n0n o6curraf diéfam Congregationem faciendi in j fra sam dicfam trienniune, 
ipfe confanguincus nofler Rex Anglis G nos fimiliter tenchimur, G vterque nof: 
trum tenchitur C° procurabit cum efeifu qnod huïufmodi ratificationes [eu confir- 
mationes per Status vitriufque Regni refpecfinc qui ob caufam conuocabuntur inffs 
diclum triennium, fient modo C* forms in articulis dicfarum pacis C* amicitie con- 
sentis, În cuiws rei teffimoniwm litteris prafentibus, mans noffra fébfcriptis figil- 
lum noïfrum magnum fecimus apponi. Datum Ambafe die decima-tertis men- 
fis Decembris anno Domini millefimo quadringentefime nonagefime-[ccunde , 
Regni noffri decimo. Sic fignatum , CHARLES. Et fur le reply , Per Regem, 
Duce Aurelianenfi, Comite de Lyney, Dominis de Curton, d’Aubigny, de Gri- 
mault, de Dourrier, de Moruiliers, de Chandée, & des Roches, Ma- 
giffro loanne d'Auffay , G* aliis preféntibus, Robertet. Colatio prefénti copia 
facta fuit cum Originali in Camera Computorum Domini noffri Regis Parifius 
die vadecima menfis lansarii anno Domini millefimo quadringcntefimo nonagefimo 
fécunde. Per nos , le Blanc, G Badoüiller. | 


Article adioufté. 


AROLVS DEr GRATIA FRANCORvVM REx : Vrigerfis & fin. 
Vu galis prefentes Litteras infheituris , Salutem. Notum facimus quod pro fe- 
curiori firmitate C obferuatione pacis few amicitie nuper inter nos C° cariffimum 
ffatrem C° sonfanguineum noffrum Henricuns Anglis Kegem fatis G conclufe, 
nos vltra articulos in trafatw dilfe Pacs fhecificatos é per nos ratificatos. conclu 
fimus  accordauimus, ac per prefentes concludimus C accordamss articulum fib- 
féquentem, videlicet. Quod difis amicitiis durantibus neuter noffrum Regum fêu 
heredum noffrorum aliquibus rebcllibus fine prodisoribus féu rebelis fine proditori 
alterius noffrum qui in aliquem locum obcdientie noffre fi alterius noffrum de- 
clinauerint feu declinaucrit gwoquomodo, dabit fèu praflabis confilium , auxilium, 
fasorem , [ubfidium aut affiffentiam aduer[us alicrum noffrum qui rebelles extite- 
rint, feu rebellis extiteris. In cuius rei itffimenium Litteris prefentibus mans 
noffra fabfcriptés figillum noffruns magnum fecimus apponi. Datum A4mbafis die 
decima- tertia mènfis Decembris anno millefimo quadringentefime nonacefime - fc 
cundo , © Regni moffri decimo. Sic fignatum , CHARLES. Ef per Regem, 
Duce Aurelianenfi, Comite de Liney , Dominis de Curton, d’Aubigny, de Gri- 
mault, de Dourrier, de Moruilliers, de Chandée, & des Roches, Magiffro 
Joanne d'Auffay, C* aliis prefentibue, Robertet. Colatio prefintis copie faëfa 
fuit cum Originali in Camcra Computerum Domini noffri Regis Parifius die duo- 
decima menfis Iansarii anno Domini millfimo quadringentefime nonagefimo - [e- 
cundo. Per nes, lo Blanc, @ Badoüiller. 


Letrres au fuies de la mainleuée du temporel de l'Euefthé de Paris, en 
confequence du ferment de fidelité prefé par l'Enefque. 


DE PAR LE ROT. 


| Os AMEZzZ ET FrEAVX. Le Pape, à noftre requefte, à pourueu nof- 

tre amé & féal Confeiller Maiftre Iean Simon de l’Euefché de Paris, 

& à cette caufe il s’eft tiré pardeuers Nous, & Nous a fait les foy, homma- 

ge & ferment de fidelité que tenu ceft nous faire à caufe du temporel du- 

dit Euefché auquel l’auons receu, & à certe caufe nous Er mandons & 
LLII ii) 


23. Decembre 
1492 


ro. Decembre 
ETET 


. 63 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1492. 


commandons que luy bailliez la deliurance du temporel dudit Euefche, 
ainfi que de tout temps a efté fait à tous ceux qui par Nous & nos Prede- 
ceffeurs ont efté receus audit ferment, & gardez qu’il n’y aitfaute, Donné 
aux Montils lez Tours, le dixiefme iour de Decembre. Signé, CHARLES. 
Et plus bas , Bourdin. Et à l’adrefle : C4 nos amex G feaux les Prefidens 
> Gens de nos Comptes à Paris. Au bas eft efcrit + C apporté Le vingt-deuxief. 
me Decembre mil quatre cens quatre-vingts - deux. 

Pris fur l'Original. 


P AGE 98. au faiet da vèyage de Naples. Monfeigneur d'Orleans con- 
feilloit cette affaire de tout fon gps 

L'on commença les preparatifs de ce voyage par les Traitez de Senlis 
& de Barcelonne , qui fe verront cy-aprés pages 640. & fuivantes, & qui 
furent faits à des conditions fort defauantageufes au Roy & à la Couronne. 

L'on doit obferüer que la plufpart des Hiftoriens du temps parlent peu 
fauorablement de ce voyage , entre lefquels Philippes de Commines, fe 
donnant la liberté de faire à fon ordinaire de belles reflexions morales fur 
le peu de precaution que l’on y apporta , il condamne cette entreprife 
comme peu auantageufe au Royaume. Guichardin pafle plus loin, & il s’at- 
tache à décrier la conduite de ceux qui y eurent part : mais le fuccez fit 
connoiftre que cette affaire ne fut pas entreprife fi cemerairement qu’il 
le dit. | 


N la mefne page. Aufli faifoit l'Euefque de Saint Malo, qui aupara- 
uant auoit efté General, 

Il s’appelloit Guillaume Briconnet , & il eftoit fils de Jean Briçonner, Seigneur 
de Varennes, de la Kaërie & de Porteau en Touraine, Secretaire du Roy, 
& Receueur General de fes Finances. Il fuiuit dabord la profeflion de fon 
pere, & il fe rendit fi recommandable par fa fuffifance & fa probite, que 
le Roy Louis XI. le crea l’un des quatre Generaux fous le vitre de Lan- 
gucdoc en la place de Jean de Beaune, dont il auoit efpoufé la fille. Phi- 
lippes de Commines rapporte de luy que pendant fon mariage & du vi- 
uant de fa femme, Angele Caro Archeuefque de Vienne, qui eftoit en répu- 
tation d’une grande doëtrine & fainteté, luy predit fon auancement dans 
l'Eglife, & qu'il feroit bien prés d’eftre Pape. De gsoy, dit cet Hiftorien, 
Ja femme ne fut trop contente, car c'effoit à dire qu’elle s'en iroit la premiere, ce 
ue les femmes n'aiment volontiers. Le Roy Louis XI. qui l’affectionnoic 
ayant recommandé à fon Fils Charles VIIL. il luy donna un rang ho- 
norable en fon Confeil, où en peu de temps il donna des preuues de fa 
prudence & de fon zele, qui luy firent meriter l’affetion de fon maiftre, 
qui commença deflors à ne rien entreprendre que par fes auis , l’autorité 
de l’Admiral de Grauille eftant tout - à - fait diminuée. Sol Briconette, dit 
Paul loue, 44 interiorem Regis amicitiam aditus patebat; & Pierre Bembe ,en 
fon Hiftoire de Venife ,vnius Briconerti confiliis Rex omnibus in rebus niteba- 
fur. Arnaud du Ferron remarque qu'il eftoit tellement formé aux mœurs 
& complexions du Roy, qu'il fembloit regner auec luy, is guoridians rela- 
Xationibus ad Regis naturam Gr mores ita aptus erat, regnare ut ipfe cum co vide- 
rétur : Jîue enim feris tratfaret, fine ludrica, Briconetto acquiefcebat , adeo eos inter 
JE morum fimilitudo coniunxerat. Aprés auoir demeuré long-temps en vi- 
duité, il fe fit d'Eglife, & fut pourueu en 1490. de l’Euefché de Saint 
Malo. Il fus en mefme-temps creé Chef & Surintendant des Finances, 
auec pouuoir d'en difpofer fouuerainement, & le Roy luy commit encore 
les plus grandes affaires de fon Eftat. Entre les plus fignalez feruices qu’il 
ait rendus à la Couronne, l’on peut marquer le recouurement du Royau- 


ne. ee — 


DV ROY CHARLES VIII 639 


me de Naples , qu’il moyenna par fa prudence, Il receut en 1494. le 
Chapeau de Cardinal qui luy fu procuré par fon maiïftre, & qu’il auoit 
auparauant refufe à des conditions qui blefloient fon integrité. En 149 7. 
il eut l’Archeuefché de Reims , que fon frere Robert, qui eftoit Chance. 
lier de France, laifla par fa mort, & en cette qualité il fit la ceremonie du 
Sacre du Roy Louis XII. fous lequel il n’eut pas la mefme authorité 
qu'il auoit euë fous fon Predeceffeur, quoy-que pour cela il ne fuft pas 4b- 
folument efloigné des affaires , car ce Roy l’employa pour moyenner la 
conuocation d'vn Concile general fous Jules EI. à quoy le Cardinal Bri- 
çonnet trauailla fi heureufement, qu'il fut commencé à Pife, continué à 
Milan, & conclu à Lyon en 1 $r1. Le mefme Roy leftablit fon Lieute- 
nant General en Languedoc, le fit transferer de l’Archeuefché de Reims 


à celuy de Narbonne, & le fit Abbé de Saint Germain des Prez en 1504. 
L'on a remarqué de luy que lors qu’il offcioit folemnellement, il eftoit fou- 


uent aflifté à l’Autel de deux de fes propres enfans , dont l’un luy fer- 
uoit de Diacre & l’autre de Soufdiacre; c’eftoient Gusilaume Euefque de 
Meaux, & Dené Eucfque de Lodeue. Il eut des voix pour la Papau- 
té aprés la mort d'Alexandre VI. & lors des cleétions de Pie 111. & de 
Tulcs II. Enfin, aprés auoir refidé quelque temps à Rome, où il fut em: 
ployé aux principales affaires du Saint Siege, il vint mourir à Narbonne 
en 1514. fort regreté aprés fa mort, parce qu’il auoit heureufement gou- 
uerné pendant fa vie. | 

Il laiffa de Raoulerte de Beaune fa femme quatre fils & une fille. Jean Bri- 
gonnet fecond Prefident en la Chambre des Comptes de Paris; Guillaume 


. Briconnet Euefque de Lodeue, puis de Meaux, Abbé de Saint Germain 


des Prez, & de Saint Guillaume des Deferts en Languedoc ; Nicolas Bri- 
çonnet Contrôlleur General des Finances en Bretagne ; Denis Briçonnet {uc> 
ceffiuement Euefque de Toulon , de Lodeue & de Saint Malo ; Abbé de 
Cormery & de Saint Martin d’'Efpernay, Doyen de Tarafcon, Prieur .de 
Couflay , Grand Archidiacre de Reims & d’Auignon. La fille, nommée 
Catherine Briçennet, efpoufa Thomas Bohier Baron de Saint Cierge, Chambel- 
lan des Roys Louïs XI. Charles VIII. Louis XITÏI. & François I. Ge- 
neral des Finances en Normandie, & Lieutenant General en Îtalie aprés 
la mort du Vicomte de Lautrec. 
_ ]l eut pour freres Guillaume Briconnet Confeiller au Parlement de Paris; 
Jean Briconnet Secretaire du Roy Louis X:1. & Receueur General des 
Finances en Touraine, Martin Brisonnet Doëûteur en Theologie, Grand 
Archidiacre de Reims, & Chanoine de Saint Martin & de Saint Gatian 
de Tours , Robert Briconnet Archeuefque & Duc de Reims, Pair & Chan- 
celier de France, Abbé de Saint Waft d'Arras , & Pierre Briçonnet Che- 
ualier de l'Ordre du Roy , & General de fes Finances en Languedoc. 
L'on peut voir l’'Hiftoire Genealogique de cette Maifon, qui a hé don- 
née au public pat Guy Bretonneau en 1621. | 
Guichardin ne parle pas auantageufement du Cardinal Briçonnet, & fi 
on l’en croit, la difluafion du voyage d’Iralie diminua le pouuoir de lAd- 
miral de Grauille, comme au contraire la perfuafon d'une fi glorieufe en- 
treprife fit, fans autre merite ,entrer l’Euefque de Saint Malo dans ladmi- 


niftration des affaires : mais eftant eftranger, & ennemi de la Nation Fran- 


çoife , l’on ne doit pas croire ce qu'il en dir, & ce d'autant plus qu'ila 
{eul blafmé la condition & les qualitez de l’efprir de celuy , que prefque 
tous les autres Hiftoriens du fiecle ont honoré de louanges, 


ET 


1492 


1493. 


Æ Senlis Le 
33. May 
249 3. 


64o OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Traité de paix entre le Roy Charles VIII, d’une part, @r Maximilian 
premier , Roy des Romains , 7° [on Fils Philippes ÆArchiduc 
d'Aufriche ; d'autre. 


HARLES PAR LA GRACE DE D1Ev Roy DE FRANCE: À 

tous ceux qui ces prefentes Lettres verront. Comme depuis noftre 
aduenement à la Couronne ayons defiré de tout noftre cœur & à tres- 
foigneufe cure & diligence requis & pourchafé le falut, repos & foulage- 
ment de noftre peuple, & pour à ce paruenir connoiffans En paix eft le 
fouucrain bien que le Roy des Roys Dieu noftre Createur, duquel feul te- 
nons noftre Royaume , ait laiflé aux mortels, que par bonne & feure paix 
tous biens affluent , & que au moyen dicelle, la iuftice par laquelle 
les Roys regnent, eft efleuce & exercée comme l'experience des chofes 
paftées le démonftre, noftre Royaume eft non feulement ferme & ftable, 
mais grandement accru & exhauflé, & que au contraire par guerres & di- 
uifions aduiennent maux innumerables , à l’infupportable foule, oppreflion 
& affition du pauure peuple, ayons à la loüange de noftredit Createur 
feul auteur de paix, & par le confeil & aduis des Seigneurs de noftre Sang 
& Gens de noftre Confeil, pris, fait, & conclu bonne p#x, union & ami- 
tié auec les Roys & Princes de la Chreftienté, qui par cy- deuant auoient 
efté en guerre contre nous & noftre Royaume, & ne reftoit feulement que 
pacifier & accorder aucuns differends qui eftoient entre Nous & nos tres- 
chers & tres-amez Frere & Coufins /e Roy des Romains & l'Archiduc 
Philippes fon Fils, pour aufquels mettre fin, aprés que par plufeurs fois nof- 
dits Frere & Coufins auoient fait auertir aucuns nos fpeciaux feruiteurs, 
que de leur part ils defiroient la pacification defdits differends, & de vi- 
ure dorefnauant auec Nous en bonne fraternité, vnion & amitié, ainfi que 


de noftre part l’auions toufours defiré, nous euflions ordonné qu’aucunes 


# Charles Or- 
land, Dan. 
phin, në le 
10 OGobre 
2492. 


lournées & communications fuflent tenués tant fur les marches de noftre 
pays de Bourgongne que de nofîftre pays de Picardie, aufquels fe font crou- 
uez les Ambaffadeurs & Commis enuoyez de par Nous, & aulli les Am- 
baffadeurs & Commis enuoyez de par nofdits Frere & Coufins, lefquelles, 
aprés aucunes communications eüés en chacun defdits lieux, euflent adui- 
fe que pour enfemble entendre & conduire lefdites matieres à brieue & 
fruétucufe ifluë, eftoit expedient que eux tous fe trouuaffent & aflemblaf- 
fent lez nous en cette noftre Ville & Cité de Senlis. 

À laquelle iournce & affemblée il a plu à la facrée Imperiale Maicfté 
enuoyer noftre tres-cher & bien-amé l'Eue/que de Eyflad, & noître coufin 
le Comte de Solre, & autres fes Confcillers & Orareurs, Ambañladeurs & 
Commis, pour moyenner & aider à la pacification defdits differends, par le 
moyen defquels, aprés plufieurs pourparlers & communications eués à di- 
uerfes fois & en diuers lieux entre nofdits Ambafladeurs & Commis & 
ceux de nofdits Frere & Coufins , ils ayent accordé bonne paix finale, 
union & amitié entre Nous, noftre tres-cher & tres-amé Fi/s le Dau- 
phin *, nos Royaumes, Pays, & Seigneuries , Seruiteurs & Suiets d’une 
part; & nofdits Frere & Coufins le Roy des Romains & l’Archiduc Phi. 
lippes fon Fils, tant en leur nom que pour & au nom de noftre tres-chere 
& tres-amée coufine Margserite d'Auffriche, fille de noftredic frere & fœur, 
de noftredit coufin l’Archiduc, leurs Pays, Seigneuries, Seruiteurs & Su- 
jets d'autre, felon & ainfi qu'il eft plus au long contenu és articles de la- 
dite paix, defquels la teneur s’enfuit. 

1. 44 nom G* à la lotange de Dieu le Pere, le Fils, Gr le Saint Efprit, de la 

| | tres- 


DV ROY CHARLES VIII 64 


tres-glorieufe Vierge Marie, & de route la Cour Celefte, bonne paix, 1 A9 3. 
union , alliance & amitié à toufours, a efté & eft faire , promife & iurée 
entre le tres-Chreftien Roy de France, Monfieur le Dauphin, leurs Royau. 
mes, Pays, Seigneuries , Seruiteurs & Suiets, d’une part; & le Roy des 
Romains, toufours augufte, & Monfeur l'Archiduc Philippes fon Fils, tant 
en leurs noms que au nom de Madame Marguerite d’Auftriche, fille d’i- 
celuy Seigneur Roy des Romains, & fœur de mondit Seigneur l’Archi- 
duc, pour eux , leurs Pays & Seigneuries , Seruiteurs & Suiets, d'autre 
part ; par laquelle coute rancune, hayne & malueillance des uns enuers 
les autres font abolies & cfteintes, & routes iniures de fait ou paroles ou- 
blices & remifes, & de ce iour en auant iceux Seigneurs Roys , & Meflei- 
gneurs leurs enfans s’entr'aimeront, cheriront & fauoriferont l’un l'autre, 
à fçauoir lefdits Roys. comme freres & bons amis, & mefdits Seigneurs 
leurs enfans comme bons parens les uns des autres. 

2. 1tem, Que enfuiuant ce que Îedit Seigneur Roy tres-Chreftien fit aprés 
le mariage de luy & de la Reyne, dire & declarer par fes Ambaffadeurs 
qu’il enuoya deusrs iceux Seigneurs Roy des Romains & Archiduc, qu’il 
defiroit de renuoyer par-delà ladite Dame Marguerite, & la feroit con- 
duire honorablement felon fon eftat, en tel lieu ou ville qu’il feroit adui- 
fe, & à cette fin l’auoit fait mener & conduire iufques en la ville d'Amiens, 
il a derechef fait dire & declarer aufdits Ambafladeurs que toufiours il a 
cfté & encore eft de cette mefme intention & vouloir, & pour mettre la 
chofe à execution, a offerc & offre de, à fes defpens, dedans le troifiefme 
jour du mois de Iuin prochainement venant, la faire partir de la ville de 
Meaux où elle eft prefentement, & d'illec la faire mener & conduire ho- 
notablement felon que à l’eftat d'elle appartient en la ville de Saint Quen- 
tin, & neanmoins dés maintenant la mettra és mains des Ambafladeurs 
defdits Seigneurs Roy des Romains & Archiduc, pour auec ceux que le 
Roy ordonnera la mener & conduire audit lieu. | | 

3. Item , Que madite Dame illec venué, elle fera pleinement deliurée és 
mains des Commis à ce, ayans pouuoir defdits Seigneurs Roy des Romains 
& Archiduc de la receuoir, en baillant par lefdits Commis aux Gens d'ice- 
luy Seigneur Roy tres-Chreftien acquit & defcharge fuffifante, contenant 
que lefdits Seigneurs Roy des Romains & Archiduc en leurs noms, & auf 
comme pere & frere de madite Dame np Yhte au nom & eux faifans 
forts d’elle, connoiftront que icelle leur a efté renduë, ou à leurfdits Com- 
mis, defchargée de cous liens de mariage & autres obligations, & que de 
ce, enfemble de toutes promefles, obligations & feellez qui touchent la 
perfonne d'elle , ils tiennent quitte &c efchargé ledit Seigneur Roy tres- 
Chreftien, & tous autres qu’il appartiendra, & aufquels la chofe peut tou- 
cher ; & pareille reconnoiffance, declaration 8 quittance , fera par fer- 
ment madite Dame Marguerite, aprés qu’elle fera és mains de ceux qui 
{eront commis à la receuoir és pays defdits Seigneurs Roy des Romains 
& Archiduc. | 

4. Itèm , Que le Roy tres-Chreftien & Monfeigneur lArchiduc de- 

* meureront entiers à pourfuiure , fouftenir & recouurer chafcun d’eux par 
yoye amiable ou de iuftice , & non autrement, tous tels droits & actions 
qu'ils entendent & pretendent auoir és chofes qui ne font appointées & de- 
cidées par cette paix, & mefmement demeure mondit fieur lArchiduc en- 
tier en tous droits, querelles & aétions qu'il maintient auoir acquis par le 
traité de l'an quatre - vinges & deux, éfquels il n’a renonce ny renonce, & 
le Roy demeure ayffi entier à fouftenir & debatre au contraire. 

s. Item, Que les Comtez de Bourgogne, Artois , Charoloës & Seigneurie de 
Noers * feront dés-maintenant renduës par le Roy & tous autres qu'il ap- * Al. Nos 

MMnmm les. 


642 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1493. partiendra au Roy des Romains y comme Pere & Mainbourg * de mondic 
« C'ef à dire Seigneur l’Archiduc, & à iceluy Monfeigneur l'Archiduc » pour en jouit 
ayant laGar- en tous droits & profits , ainfi & pat la maniere que d'ancienneté en ont 
dmbl.  jouy les Predcceffeurs de mondit Seigneur l'Archiduc, fauf éfdirs Comtez 
d'Artois, Charolois & er de Noycrs les droits Royaux, reflort 
& Souueraineté, & autres droits appartenans au Roy; & aufli que les Vil- 
les & Chafteaux de He/din, Aire & Bethune, cftans prefentement en l’o- 
#0 des Cor. bciffance du Roy, demeureront en la garde de Monfieur De/gserdes * Ma- 
des, nommé  gefchal de France, lequel les gardera, fans les frais & defpens de mondit 
one Seigneur l’Archiduc,autres que.des gages anciens & droits qu'ont accouf- 
| tumé prendre les Capicaines defdices Places, & fera ferment au Roy, & 
promettra de les bien garder à fa feureté pour les droits à luy appartenans, 
& à mondit fieur l’Archiduc de les luy garder aufli à fa feurecc ; aufli pour 
les droits à luy appartenans, & que éfdites Villes & Chafteaux il ne met- 
tra aucunes Gens de Guerre ou autres que pour la garde d’icelles, & non 
pour porter preiudice ou dommage au Roy ou à mondit Seigneur l'Archi- 
duc, fours Royaumes, Pays, Suiets, Terres & Scigneuries ; & le Roy & 
mondit Seigneur l’Archiduc promettront & dés maintenant promettent 
par cetce paix, de non luy ordonner du contraire, & s’ils le faifoient , le def. 
chargent en ce cas de tous fermens, le cout iufques à ce que mondit Sei. 
neur l’Archiduc ait accomply l’âge de vingt ans, qui fera la furueille de 

la Natiuité de Saint Iean Baptifte, l’an 1498. 

6. Item, QPE mondit Seigneur l’Archiduc venu audit âge, aprés auoir 
faic au Roy la feauté & hommage pour les Pays qui fonc tenus de fa Sou- 
ueraineté,ou qu’il aura deûément & fuffifamment, felon la nature des Fiefs, 
offert & prefenté par effet, faire lefdics feaucez & hommages, le Roy fera 
cenu de faire mettre & deliurer par iceluy fieur Defquerdes & autres 
qu’il appartiendra, ceflant toutes excufes, lefdices trois Villes & Chafteaux 
és mains de mondit Seigneur l’Archiduc ou fes Commis; & de ce faire 
baillera dés maintenant iceluy fieur De/fuerdes fon féellé, & aufli en aura 
defcharge & ordonnance du Roy. | 

7. Im, Que fi mondit fieur Defquerdes alloit de vie à crefpas auant 
qu'iceluy Monfeigneur l’Archiduc foic venu audit âge , celuy ou ceux qui 
feront en fon lieu ordonnez & commis de par le Roy à la garde defdites 
trois Villes & Chafteaux, feront, auant qu’ils ayent aucune adminiftration 
couchant ladite garde, femblables fermens & promeffes , en baillant leurs 
fécllez , comme dit eft cy-deflus, dudit fieur Defquerdes ; & aufli le 
Roy fera cenu de par eux & tous autres qu'il appartiendra, rendre ou faire 
rendre à mondit Seigneur l’Archiduc ou à fes Commis lefdites Villes & 
Chafteaux, luy venu audit âge, ayant fait audit Roy lefdices foy & hom- 
mage , ou lefdits deuoirs cels que deflus eft dit. 

8. Item , Que durant ledit temps & iufques à ce que mondit Seigneur 
l’Archiduc ait accomply l’âge que deflus, & fait lefdics deuoirs, les Of- 

ciers de Tuftice & Receueurs du Domaine & autres Officiers, defquels la 
difpofition appartient au Comté d'Artois , qui prefentement fonc éfdites 
trois villes de He/din, Aire, & Bethune, feront entretenus & continuez en 
leurs Offices, en prenant commiflion de mondit Scigneur l’Archiduc, en 
luy faifant ferment en tel cas requis. | 
9- Item, Que quant à la Cité lex Arras, le reuenu & temporel fera rendu 
& delaiflé à l'Euefque & Chapitre dudit Atras, aufquels il appartient fous 
le reflort ordinaire du Baillage d'Amiens en la maniere accouftumée, Et 
€ pr au Capitaine, le Roy auquel appartient en difpofer, fera content 
‘iffticuer celuy qui de prefent y eft ou fera durant ledit âge nommé de 
par Monfcigneur l’Archiduc aux gages accouftumez, en faifanc par ledic 


DV ROY CHARLES VIII. 643 


Capitaine ferment au Roy que durant ledit âge il ne fera ny fouffrira eftre r 49 3° 
fait en ladite Cité aucune chofe au preiudice & dommage du Roy ny de 
fon Royaume. Mais mondit Seigneur lArchiduc venu audit âge, ladite 
Cité fera pleinement remife en la main du Roy, pour en difpofer, & y. 
mettre Capitaine & Gardes tels que bon luy femblera.  . | 
10. Item , Que par cette paix les Maifons de Flandres & d’Artois à Pa- 
ris, & la Maifon de Conflans hors Paris , feront rendués & deliurées au 
Roy des Romains comme Pere & Mainbourg d’iceluy Monfieur l’Archi- 


duc, ou autres Commis. | : 

11. Item, Que mondit Seigneur lArchiduc fera tenu en furfeance fi 
bon luy femble de reprendre le fief du Roy, & luy faire hommage des 
Terres & Scigneuries eftant de fa Souueraineté, iufques à ce qu’il ait ac- 
comply ledit âge de vingt ans, fans que cependant le Roy ou fes Officiers 
y puiflent afleoir fa main, par faute d'hommage non fait, mais aufli des 
maintenant, & nonobftanc lefdits deuoirs ou reprifes non faits, le Roy, fes 
Juges & Officiers auront la iouïffance des Reflorts , Souueraineté ; &. au- 
tres droits, qui d'ancienneté ont appartenu au Roys de France, & dont les 
luges & Officiers Royaux ont accouftumé connoiftre & iouir. 

12. dtem , Que le Roy iouïra des Comtez de Maféonnois, Auxerrois, &c 
Bar-fér- Seyne , ainfi & par la maniere qu’il en iouït de prefent, iufques à ce 
qu’il foit connu & decidé des droits & aétions pretenduëés par chacune des 
parties. | | : _ 

13. Jtem, Et aprés la deliurance & reddition faite de madite Dame 
Marguerite , enfemble des Pays deffufdits felon ce prefent Traité, & les 
feuretez & féellez baïllez pour la reftitution des trois Villes, felon que dit 
eft deffus, les Princes, Seigneurs, Villes & Communautez.de ce Royau- 
me feront & demeureront acquitez & defchargez des féellez par eux baillez 
en l’an mil quatre cens quatre-vingts - deux, en tant que touche la ref- 
titution defdits Pays, & aufli de la perfonne de madite Dame Marguerite; 
& demeurefont lefdits feellez feulement en valeur pour autant qu'il peut 
coucher les droits, querelles & ations referuez par ce Traité: à fçauoir, à 
mondit Seigneur l Archiduc tels droits qu’il prétend luy auoir efté acquis 
par le Traité dudit an mil quatre cens quatre-vingts-deux; & au Roy de 
pouuoir debatre & fouftenir le contraire comme deflus eft dit, & fera cette 
defcharge efcrite au dos defdits fééllez. | 

14. Item, Que les Bencfces qui font de Patronage Lay éfdites Comtez 
d'Artois, de Bourgongne; Charolois & Seigneurie de Noyers, qui ont efte 
donnez par le Roy Tres-Chreftiens, fes Lieutenans ou Commis, iufques au 
jour de cette, paix demeureront à ceux qui en ont eù collation ou prefenta- 
tion dudit Seigneur Roy, fefdits Lieutenans ou Commis. . 

15. Ztem, Que les fuiets d’vn party ou d'autre pourront hanter & con- 
ucrfer marchandement & autrement les vns auec les autres, & en chafcun 
defdits partis mener & faire conduire par mer, par terre, & par eau douce 
leurs biens, viures, denrées & marchandifes en toute feurete, fans qu'il 
foit requis pour eux de prendre ou leuer aucuns fauf-conduits, en payant en 
chafcun party les anciens tonlieux, dettes & droits qui fe font accouftu- 
mez payer & leuer en temps de paix, & ceflans les nouuelles exaétions qui 
en temps de guerre fe font leuées en chafcun party fur les fuiets de l’au- 
tre party, ou les denrées & marchandifes qui y ont efté menées. 

16. Item, Que en cette paix font expreflément compris comme fuiets & 
appartenans au Roy, les Cirez, Villes & Bailliages de Towrnay, Tournefis, 
Mortaigne & Saint-Amant; enfemble les Euefques, Abbez, Gens d'Eglife, 
Nobles, Bourgeois, & autres fuiers & habitans d’iceux. 

17. Item, Que auf en cette paix font compris les Alliez de chafcun par- 

MMmm i) 


1493: 


#al.Chafteus, 
où Caffess en 
Cambrefis. 


644 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


ty cy-aprés nommez , enfemble leurs Pays, Terres , Seigneuries, feruiteurs 
& fuicts, qui compris y voudront eftre, & dont ils feront tenus faire dé- 
claration, à fçauoir ceux qui feront dénommez Alliez, ayans leurs Terres & 
Seigneuries par-deçà la mer & les monts dedans quatre mois, & les autres 
plus loingtains dedans l’an; & fe fera ladite Déclaration par Lettres Paren- 
£entes defdirs nommez Alliez, qu'ils enuoyeront au Prince qui les aura nom- 
mez, lequel par fes Lettres Patentes où feront inferées lefdites Lettres de 
Déclaration , en aucrtira dedans ledit temps le Prince de l’autre party, & 
lefdites Declarations & deuoirs faits, cefleront toutes voyes de fait & ex- 
ploits de guerre & d’hoftilité à l'encontre defdits Alliez, leurs Pays, Ter- 
res, Seigneuries , feruiteurs & fuiets. | . 

18. 1tem, Que par ce prefent Traité de paix a efte d’vn commun confen. 
tement declaré & accordé, que l’Euefque de Cambray, Comte de Cambre- 
fis, les gens du Clerge, de la Loy, manans & habitans de ladite Cité, la 
Ville de Cafhl* en Cambrefis, toute ladite Comte, les Chafteaux, Forts, Pla- 
ces & Villages dudit Pays de Cambrefis, & les habitans d'iceux feront & 
font compris en cette paix, & ioüiront des biens, rentes & reuenus qu'ils 
ont en chafcun party, & pourront hanter & frequenter en iceux marchan- 
dement & autrement comme de tout temps ils ont accouftume faire en 
temps de paix; & feront quant à ce entretenus en leurs anciens droits, fran- 
chifes & libertez, & aufhi en nouueaux oûrois & feureté qu'ils ont obte- 
nus de chafcuns defdits Princes: & fi aucun, de quelque party que ce foir, 
faifoic encreprife de fait fur leurs perfonnes & fur leurs biens, les confer- 
uateurs nommez par cette paix, fous lefquels fe trouueront celuy ou ceux 
qui auront ou auroient fait ladite entreprife, en feront faire prompte repa- 
ration & punition comme d'infracteurs de paix. 

19. Ztem, Que par cette paix eft faire abolition generale, rappel de tous 
Bans, defauts & contumaces pour les feruiteurs ou fuiets d’vn party & d’au- 
tre pour quelques cas, crimes, delits & offenfes procedans de fait de guer- 
re, querelle ou partialitez que l’on pourroit impofer aufdits feruiteurs ou 
fuiets, à fçauoir que le Roy de fa pleine puiffance & autorité Royale faic 
à vous les feruiteurs ou fuiets, rant des Pays de Bourgogne que des Pays 
de par-deçà , qui ont cenu le party d’iceux Seigneurs Roy des Romains, & 
Monfecigneur l’Archiduc, fuppofé qu’ils foient des Pays eftant fous la fou- 
ueraineté du Roy, pleine & entiere abolition de, & pour quelfconques cas 
commis ou perpetrez par lefdits fuiets ou feruiteurs, foic en ayant tenu le 
party defdits Scigneurs Roy des Romains & Archiduc, ou les ayant feruy 
en leurs gucrres, aide & fauorifé de confeil ou autrement en quelque au- 
tre manicre que ce foit ou puifle eftre , auoir offenfé & delinqué contre le- 
dit Scigneur Roy Tres-Chreftien, & leur remet, quitte & pardonne le Roy 
toutes offcnfes & peines corporelles & ciuiles, enfemble routes peines & 
amendes adiugées au temps pafle, impofant fur ce filence perpertuel à fon 
Procureur, fans qu’il foit befoin aufdits fuiers & feruicefrs enfemble ou 
à part obtenir particuliere abolition ou pardon, & neantmoins ceux qui en 
voudront auoir Lettres en particulier, les auront fans aucuns frais. 

20. Item, Et pareille abolition eft faite par ledit Seigneur Roy des Ro- 
mains & chi pour tous ceux qui ont tenu Je party du Roy, & iceluy 
feruy, confeillé, afhifté & fauorifé au faic de fes guerres ou autrement ; & 
neantmoins eft à entendre que par l'abolition qui fe fait par cette paix aux 
fuicts d’vn party & d’autre n’cft preiudicié ou nui aux abolitions qui ont 
efté faites par les Trairez precedens aux fuiers & feruiceurs d’vn party & 
d'autre, pour cas proccdans du fait defdires guerres aduenués parauant lef- 
dits Traitez. 


21. Ztem, Que tous Prelats, comme Euefques, Abbez, Commandeurs, 


=» LES L O2 


DV ROY CHARLES VIII 645 — 

Doyens, Archidiacres, Preuofts, Pricurs, & autres, de quelque dignité qu'ils 1 4 
foient, Chapitres, Conuents, Colleges, & Eglifes parcillemenr, gens no- | 
bles, Corps de Villes, Communautez, & les particuliers fuiets ou feruiteurs 
de chafcun party, de quelque eftarou condition qu’ils foient, retourneront par 
cette paix à la iouïflance de leurs Dignitez, Benefices, Fiefs, Terres, Sei-. 
gncuries & autres heritages, deniers de mariage, d’heritages, rentes he- 
riticres & viageres deuës, tant fur les Domaines des Princes que fur Corps 
des Villes, Eglifes ou particuliers, quelque part que lefdits biens & herita- 
ges foient ficuez ou aflis, ou que ceux qui les doiuent foient demeurans au 
Royaume ou hors du Royaume, pour en jouir & pofleder depuis le iour 
& darce de cette paix en cel eftac qu'ils les trouueront, qui eft à entendre 
que ceux qui retourneront à leurs biens par cette paix feront entretenus 
& gardez en pareille pofieflion & iouïffance de leurs Dignitez, Benefices, 
&c autres biens, qu'eux ou leurs predeceffeurs eftoient parauant l’empefche. 
ment furuenu à caufe des guerres depuis l’an mil quatre cens feptante, & 
dont à l'occalion defdites guerres & durant icelles ils aureient efté depoife. 
dez, nonobftant quelfconques dons ou difpoftions à temps ou à toufiours 
faits au contraire pour caufe defdites guerres par le feu Roy Louys ou le 
Roy prefent, de ce qui eft de leur party, & pareilleinent nonobftantc fem- 
blables dons faits par le feu Duc Charles, lefdits Seigneurs Roy des Ro- 
mains & Archiduc des biens cftans en leurs partis, nonobftant aufli quelf- 
conques Declarations de confifcations, Sentences ou Ârrefts rendus par 
contumaces, qui pour le bien de cette paix font mis au neant, & declarez 
nuls, nonobftant encore quelfconques venditions d’iceux heritages , ou 
rachapts defdites rentes fi aucuns s’en trouuoient auoir eftc faits durant lef- 
dites guerres , à ceux ou par ceux qui ont eu don defdits heritages ou 
rentes, | 

22, Item, Que pour l'exécution de l'Article precedent es Iuges ordi- 
naires des lieux ou leurs Lieurenans en chafcun parti feront tenus de re. 
mettre, reftituer, & reintegrer fommairement & de plein, nonobftant op- 
pofitions ou appellations quelfconques, & fans preiudice d’icelles,les fuiets 
de chafcun party, qui par le Bencfice de cette paix rstourneront en leurs 
biens, Et s’il eft befoin d’auoir main forte pour exécuter les appointe- 
mens & prouilions des Iuges ordinaires ou leurs Lieutenans, les Princes 
ou leurs Lieutenans en chacun party la feront bailler, & ne fe baïlleront 
ou depefcheront és Chanceleries ou Chambres de Confeil defdits Prin- 
ces Lettres ou Prouifions aucunes, pour empefcher , retarder ou dilayer le 
retour des fuicts de chacun parti à leurs biens; mais lefdits fuiets remis en 
la iouïffance de leurfdits Benefñices, heritages ou biens, fi aucuns y veulent 
demander aucun droit, ils y refpondront pardeuant les Iuges aufquels la 
connoiffance en deura appartenir. | 

23. Item, Que fur cét Article de retourner à fes biens, feront compris 
les anciens feruiteurs de feus les Ducs Philippes & Charles, qui depuis le 
trefpas dudit Duc Charles fe font tenus au party & obéiflance du Roy, 
Jefquels par vertu de cette paix ioüiront des penfions & prouifions de vi- 
ures à eux donnez & aflignez dés le viuant d'iceluy Duc Charles fur les 
Domaines des Comtez d'Artois & Bourgongne. | 

24. Item, Que fi aucuns hericages ou rentes ont efté vendus par Decret 
rendu par contümace, pour dettes & hypoteques, dont les debiteurs fuflent 
en party contraire, lefdits debiteurs ou leurs heritiers pourront dedans l'an, 
à compter du iour de la publication de cette paix, retourner aufdics herita- 
ges ainfi vendus, en fatisfaifanc à la dette pour laquelle ils auroient efté 
vendus & decretez auec les frais des criées; & fi dans ledic temps ne fa- 
tisfont audit deu, le Decret demeurera en fa force : fauf coutesfois que fi 


MMmm i] 


149 34 


646 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


le dcbiteur vouloit denier la dette, ou propofer payement, il y fera receu, . 
en nantiffanc les deniers, comme s’il fuft comparu, & euft efté ouy pour 
empefcher l'effet de l’'adiudication dudit Decret: entendu aufli que les de- 
biceurs, qui par vercu de cét Article retourheront à leurs heritages ven- 
dus par Decret, feront chargez des rentes dont iccux herirages eftoient 
chargez auant ladite adiudication : & encore s’il fe trouue que ladite ad- 
judication foit faite par defaut pour dettes purement perfonnelles , def- 
quelles lefdits detreurs euffent obcenu don & quittance au party & obcif- 
fance ou ils font demeurans, en ce cas lefdits debiteufrs ou leurs heriticrs 

ourront dedans l’an retourner de plein droit à leurs heritages ainfi vendus 

ar defaut & contumaces , & pareillement en toutes autres matieres Eccle- 
fiaftiques ou profanes tous defauts ou contumaces données contre les abfens 
pour caufe defdites guerres, fe pourront purger & rabatre dedans l'an, & 
s'entend le retour aufdits biens immeubles, non feulement de ceux donc 
les fuiets d’vn party & d'autre ont cftc depoffedez au moyen defdites guer- 
res, mais de ceux qui leur font fuccedez & efcheus par fucceflion, 4b inteflat, 
par Teftament, don, ou autre titre, fuppofé qu'au iour defdites efchean- 
ces, ceux qui retourneront fuflent demeurans en l'vn des. partis, & ceux 
aufquelsils entendent fucceder foient trefpaffez en l’autre party; & fi auront 
lefdics heritiers ou fuccefleurs terme & fouffrance de trois mois, depuis le 
jour de la publication de cette paix, pour releuer les Ficfs & heritages à 
eux aduenus des Seigneurs de qui ils font tenus. 

25. Item, Que quant aux fruits & leuées des heritages ou rentes donnez 
par récompenfe en chacun party par Lettres des Princes, leurs Lieurenans 
ou Commis, tout ce qui a efté leué, donné ou quitte depuis les guerres & 
diuifions commencées en l’an mil quatre cens feptante, & durant icelles, 
jufques au jour de cette paix, demeurera leuc, donné & | ml fauf tou- 
tesfois que s’il y auoit aucuns sr qui par Sentence de Iuge compe- 
tant, donnée parties ouyes, fuflent adiugez aux credireurs pour arrerages de 
rentes, defquels arrerages a efté fait don ou quittance, ledit don ou quit- 
tance n’auront lieu que pour les arrerages efcheus en temps de guerre de- 
puis ladite Sentence, & non pour ceux qui parauant & en temps de paix 
feront efcheus, & pour lefquels lefdits herirages auroient efté adiugez.  - 

16: Item, Et au regard des meubles qui ne feront leuez ou tranfportez, 
mais fe trouueront fur les heritages aux lieux aufquels lefdics fuiets de cha- 
cun parti retourneront, & aufli quant aux dettes & arrerages qui n'ont efte 
donnez & leuez, & dont n’eft procés , ils appartiendront aufdits fuiers, & 
non à ceux qui auroient don général de leurs biens meubles. 

27. Item, Que pour auoir la ioüïffance des Dignitez, Bencfices, Fiefs, 
heritages, & autres biens que les feruiteurs ou fuiets de l’vn des partis ont 
ou auront en autre party, ils ne pourront eftre contraints à faire refidence 
au party où feront lefdites Dignitez, Benefices, Fiefs, heritages ou biens, 
& pareillement ne feront tenus à faire aucun ferment au Prince ou au Sei- 
gneur fous qui font lefdits biens, fauf les Fiefez ou Vaffaux qui feront te- 
nus faire les fermens de feauté, felon la nature de leur fief, lequel pour cet- 
te fois ils pourront faire par Procureur, & en auront fouffrance de quatre 
mois aprés la publication de cette paix fi plus n'en ont par la couftume 
des lieux, | | 

28. Item, Que ceux qui retourneront à leurs biens par cette paix, ne fe- 
ront ni auffi leurs herirages pourfuiuables pour rentes foncieres ou furcens 
cfcheus durant ledit temps de la guerre, mais feront tenus les defcharger 
& aquitter ceux qui defdits heritages ont ioùy par récompenfe; & fi lefdics 
heritages eftoient par lefdites guerres demeurez en ruine & fans labeur, 
ceux aufquels ils appartiennent feront defchargez defdites rentes & fur 


DV ROY CHARLES VIIL 647 


cens pour le temps qu'ils n’ont efté labourez, & iufques au jour de cette 14 9 3. 
paix. | | 

29. Item, Qu'il ne fera fair, mis ou donné aux biens, fruits, rentes & 
reuenus que les fuiets d’yvn party ont ou auront és Pays, Terres & Sci. 
gneuries de l’autre party, ni pareillement aux corps ou perfonnes defdits 
fuiets, leurs biens, denrées & marchandifes qui fe meneront d’vn party en 
l’autre aucun‘arreft ou empefchement, fous ombre d’autres prifes, repri- 
fes, arreft ou empefchement d’autres biens que l’on diroit eftre faits fur 
les fuiers de l’autre party, leurs biens, denrées & marchandifes pour cho- 
fes aduenuës durant lefdites guerres au cemps pañle, ou qui cy-aprés pour- 
ront aduenit , fi ce n’eft pour le propre fait, contrats, dettes ou obliga- 
tions de celuy ou ceux dont Ton voudroit empefcher ou arrefter lefdits 
fruits, leuées, denrées & marchandifes, & ne fe bailleront ou dépefche: 
ront pat lefdits Princes ou leurs Chanceliers aucunes Lettres de reprefail- 
les, marques ou contre-marques, ou autres prouifons, pour faire à l’en- 
contre de ces Articles aucuns arrefts ou empefchemens des perfonnes des 
fuiets de chafcun party. 

30. Item, Que par cette paix les gens d’Eglife, Nobles, Bourgeois, tant 
feruiteurs & Officiers du Roy, Marchands de la Nation de France, qu’au- 
tres, de quelque eftat ou condition qu'ils foient, qui fe font abfentez des 
Villes d'Arras & de la Cité, depuis la furprife d’icelle, en quelque lieu ou 
party que lefdits abfentez fe foient retirez, pourront toutes les fois que bon 
leut femblera retourner , faire leur demeure & marchandifes en ladice Vil- 
le & Cité, fans qu’on les puifle accufer ou charger des chofes faites ou 
aduenuëés par cy-deuant dépendant du fait defdires guerres, ni des fou- 
miflions ou promefles qu’ils auroient faites de non partir defdites Villes, 
ou d'y retourner dedans certain temps fous confifcation de leurs biens, 
fommes de deniers, ou autres peines qui feront & font reputées nulles, & fi 
lefdits abfens ne veulent retourner & demeurer éfdites Ville & Cité, ils 
n’y pourront eftre contraints fous couleur defdites promefles, & néant 
moins pourront hanter & conuerfer marchandement & autrement en la 
dite Ville & Cité, & en chacun defdits party comme les autres fuiets, & 
foit que lefdits abfens retournent à leur premiere refidence, ou qu'ils fe 
tiennent dehors en celuy des partis que bon leur femblera, ils iouiront en 
toutes chofes du benefice de cette paix, & auront dés maintenant comme 
les autres fuiets de chacun party prompte, paifible & entiere ioüïflance de 
leurs Benefices, heritages, rentes heritables ou à vie, & autres biens, meu- 
bles & vftanciles d’hoftel qui encore font en nature , fans que en leur 
maifon ceux qui les occupent puiffent rien ofter, démolir, ni emporter. 

31. 1tem, Pareillement les gens d'Eglife, Nobles, Bourgeois & autres qui 
fouloient refider en la Ville de Saint Omer, durant que ladite Ville eftoit 
neutre, & qui depuis, à l’occañon des diuifions & des prifes & reprifes d’i- 
celle s’en font abfentez,aucuns contre leur gré & volonté, & les autres 
pour leurs affaires, & néantmoins leur a efté interdit l’encrée & communi- 
cation en icelle, pour y viure ainfi qu’ils faifoient durant ladite neutralité, 
accordé eft, que tous lefdics gens d’Eglife, Nobles, Bourgeois, manans & 
habitans ainfi abfens,en quelques lieux sh fe foicnt retirez, feront rein- 
tegrez & remis promptement en la joüiffance de leurs Benefices, maifons, 
demeurances, rentes & pofleflions qu’ils auoient eûëés au temps que ladice 
Ville eftoit en neutralité , y pourront viure & demeurer en paix com- 
me les autres habitans d’icelle Ville , ainfi qu’ils faifoient le temps paf- 
fé, nonobftant quelfconques interdiétions, ni autres chofes au contraire, qui 
pour le bien de la paix font annullez: enfemble toutes offenfes & iniures 
defdics habitans les vns contre les autres, pour caufe defdires querelles, fe- 


648 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


I . ront remifes & pardonnées, fans que on en puifle aucune chofe quereller 
493 P , 
ou demander, & le tout fera compté & reputé pour non aduenu : & quanc 
à la reftitution des Eftats qu'ils auoienc en ladite Ville durant ladite neutra- 
lité, ils en pourront faire pourfuite en luftice. : 

-32. Item, Que Madame Marguerite d'Angleterre, veufue de feu Monfci- 
gncur Charles, en {on viuant Duc de Bourgongne, fera & eft comprife en 
cette paix, & confent le Roy qu'elle iouïfle des Terres & Stigneuries de 
Chauffins & la Perriere, leurs appartenances & appendances fituées en la Vi. 
comté d’Auxonne, ainfi qu’en iouifloit feué Madame la Ducheffe Ifabeau 
mere dudit feu Duc Charles, au rachapt de vingt-mille efcus d’or, felon les 
Lettres de cranfport & vitres qu’elle en 2. | 

33. Item, que de la part du Roy Tres-Chteftien ont efté & font dénom. 
mez fes alliez, la Tres-Sacrée zmperiale Maiefié, les Roys de Caflille, d'An- 
gleterre, d'Ecoffe, Hongrie, Boheme & Nauarre, le Riche Duc de Bawieres, le 
Comte Palatin, 8 tous les Ducs @ Maifons de Bauieres, les Eflkéteurs du Sains 
Empire, le Duc CG Maifon de Sauoye, le Duc G* Maifon de Milan, le Duc © Sei- 
&ueurie de Venife, le Duc de Lorraine, le Duc de Gueldres, le Marquis G Maifin ‘ 
de Montferrat, PEuefque G* Cité de Liege, les Ligues des Suiffés conf. derez , vicil- 
les & nouuelles, les Communautez 4 Florence & de Gennes. 

34. Et de la part defdits Seigneurs Roy des Romains & Archiduc, ont 
efté denommez leurs alliez , ladite Tres-Sacrée Imperiale Miesté, les Roys 
de Caffille , de Hongrie, de Portugal, de Dannemarc, d'Angleterre & d'Ecoffe, les 
Eflecteurs du Saint Empire en commun, 4 Roy de Boheme &c autres, Le Marquis 
Mai/on de Montfcrrat, de: Gr Cité de Liege & tous les Princes de l'Empire, 
des Ligues des Suiffes, vicilles & nouuelles, les Citez @ Communastez dudis 
Empire. Et fi lefdits Princes veulent chafcun de fa part nommer autres al- 
Jiez, faire 1: pourront par leurs Lettres Patentes dedans quatre mois, lef_ 
quels ainfi nommez feront declaration dedans quatre autres mois, ou dedans 
l'an en-fuiuanc, ainf que deflus eft dit, s’ils y veulent eftre compris: tous 
lcfquels alliez déia nommez ou qui fe nommeront, en faifanc la declara- 
tion d'y vouloir eftre compris dedans le temps & en la maniere que def- 
fus cft dit, feront comprins en cette paix, enfemble leurs Pays, Terres, 
Seigneuries, feruiceurs & fuicts. 

35. Item, Que en cette paix eft aufli compris comme Confeiller & fer- 
uiteur du Roy, Meflire Guillaume de Haraucourt, Evefque & Comte de Ver- 
dun, canc pour fa perfonne que pour ledit Euefché & Comté de Ferdun, 
Terres, Seigneuries & fuiets. 

6. Item, Pareillement feront comprins en cette paix, du confentement 
defdits Princes, l'Archeuefque, Gens d’Eglife, Nobles, Citoyens, manans 
& habitans de /4 Cité de Bexançon, qui ioüiront des biens qu’ils ont en chaf- 
cun party , & feront entretenus en leurs anciens droits, franchifes & li- 
bertez. 

37. Item, Que pour l’entretenement de cette paix , & afin qu’elle foit 
gardée fans aucune infraétion, ont efté & font aduifées les feuretez qui 
s’enfuiuent, Premierement, que le Roy Tres-Chreftien, pour luy & Mon- 
feigneur le Dauphin, & mefdits Seigneurs le Roy des Romains, & Archi- 
duc pour eux ,& eux faifans forts de madite Dame Margucrite, pafleronc, 
reconnoiftront, ratifieront, & confirmeront par leurs Lettres Patentes ce 
prefent traité de paix, & feront ferment folemnel fur le fuft de Ja vraye 
Croix, Canon de la Mefle, & Saintes Euangiles touches corporellement, 
d'entretenir ce prefent Traité de paix en tous fes points & articles, & faire 
entretenir par les Gens de leur Confeil, Officiers, feruiteurs & fuiets, fans en 
quelque chofe que ce foit aller ou venir, faire ou foufftir eftre fait quelque 
chofe au contraire, direétement ou indiretement; & à ce foumettront eux, 


leurs 


ne 


DV ROY CHARLES VIIL :: 649 


- 


leurs hoirs, leurs Royaumes, Pays, Terres & Seigneuries à toutes cenfures 1 4936 


Ecclefaftiques, nonobftant tous Pauileges au contraire; : nn . | 
38. tm, Et confentiront que fi par eux, ou leurs fucceffeurs, ou aucuns 
de par eux, eftoit contreuenu à ce. Traité par notoire exploit de guerre & 
entreprifes de fait, comme fi par.iceux Seigneurs Roy des Romains ou Ar- 
chiduc, ou futur mary d’icelle Madame Margucrite, ou autre de leur party, 
eftoit procede par voye de fait, main-forte ; emblée, où autrement,en la 
prife de quelque Ville , Place, ou autre Fort du party & obtiffance du Roy, 
ou defdites trois Villes qui demeurent en la garde’ de mondit . fieur 
Defquerdes, ou fi lefdits Seigneurs Roy des Romains, Archiduc, furur 
mary, ou autre de par eux, entroit à puiffance. & à main armée dedans le 
Royaume & autres Pays du Roy, fans fon gré & confenrement, ou pour 
autre cas femblable, enfreignoir,où fouffroit enfreindre ceprefent Traité de: 
paix; & femblablement fi en cas pareil le, Roy Tres-Chreftien , Mon- 
fcigneur le Dauphin, ou autre de par eux, procedoit par xoye de. fait, em- 
blée ou autrement , à la furprife d'aucune Ville, Place où Fort, tenant le 
arty & obéiflance d'iceux Seigneurs Roy des Rornains’& Archiduc, ou 
de l'vne defdires crois Villes ou que à puiflance 8 main armée entraffent 
dedans leurs Pays, pour leur faire & à leurs fuiets guerre: en ces cas, & en 
chafcun d’iceux, ou autres femblables, celuy qui premier fera ladite contra. 
uention,ou commencera ladite guerre, fera tenu promettre, & promet pat 
cette paix, fur fon honneur, d'incontinent, & pour lé plus tard dedans fix 
femaines enfuiuant, reparer, ou faire repareï par effet ladite contrauention, 
& rendre tous dommages & interefts, à peine d’eftre tenu & reputé noroi- 
re infraéteur de paix, | | 


39. Item, Et d’abondant, le Roy, pour feureté de cette paix, fera bailler 


aufdits Seigneurs Roy des Romains & Archiduc les Lettres & féellez de 
Mecfleigneurs les Ducs d’Orleans, de Bourbon, de Nemours , des Comtes d’An: 
goulkfme, de Montpenfier, de Vendofme, de Monfieur le Prince d'orange, Me£ 
fieurs les:Marefchaux & Admiral de France, & par les Citez, Villes & 
Communautez de Paré , Rosën, Lyon , Poitiers, Tours, Angers, Orleans, 
Amiens G Tournay; & mefdits Seigneurs Roy des Romains & Archiduc, 
feront femblablement bailler les Lettres & fécllez des Ducs de 4effe, Mar- 
quis de Pade, Monfeur de Rascflain,les Comtes de Naffas &c de Solre,le Prin. 
ce de Chimay, les Sires de Beures, d'Egmont & de Fiennes, des fieurs de Was 
bain , de Molembax, du Fay, du Frefnoy , du grand Bailly de Haynaulc, & 
par les Villes & Communautez de Lounain , Bruxelles, Anuers, Bofle-Duc, 
Gand, Bruges, Lille, Dosay, Arras, Saint-Omer, Mons, Valenciennes, Vtrechr, 
Midelbourg, & Namur; lefquels féellez d’vn party & d’autre contiendront pros 
mefle d'entretenir & faire entretenir ce prefenc Traité de paix; & que s’il 
eftoit contreuenu par le Prince duquel party lefdits féellez fe bailleront, ou 
aucun de par luy, dont la reftitution & reparation n’en fuft faite dedans 
fix femaines enfuiuant , en ce cas ils feront tenus d'abandonner & delaif. 
fer celuy qui aura faic ladite contrauention, & donner faueur , ayde & af. 
fiftance à celuy fur qui feroit fait ledit exploit & entreprife, & leur eft pat 
ledit Traité de paix ordonné ainfi le faire, & dés maintenant ceux qui 
bailleront lefdirs féellez font éfdits cas de contrauention & rupture def: 
chargez de leurs. fermens; lefquels fcellez fe bailleront d’vn coité & d’au- 
tre, à fçauoir de la part du Roy en la Ville de Therowënne, & de la part de 
mcefdits Seigneurs Roy des Romains & Archiduc en la Ville de Saint-Omer, 
dedans le premier iour de Septembre prochain venant. . 

40. Item, Et auec ce les Lettres de ce prefent Traité de paix feront leüës, 
publiées êc enregiftrées, à fcauoir celles du Roy es La Cour de Parlement de 
Paris, prefent & confençant le Procureur du Roy, & aufli : : Chambre des 

nn 


650) OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4:9:3: Comptes; & celles defdics Scigneurs Roy des Romains & Archiduc es Lur 

"© grand Confeil, prefent & confentant leur Procureur General, & ex la Chaws- 
bre des Comptes à l'Ile. Ex fera donnée & adiouftéc foy au Pidimus, & Extrait 
qui fe feronc des Articles d’iceluy fous féel autentique, comme à l'Original 
pour rous.ceux qui s'en voudront ayder en iugement & dehors. | 
45: Hem, Sont dénommez conferuateurs de cette paix de la part du Roy, 
pour les.marches & quartiers du Pays de sg cod Monfieur /e Prince 
d'Orange, Monfeuür de Baudricourt Gouuerneur de Bourgongne, & les Bail. 
lys de Diion, Chalons, Authun & Mafcon, ou leurs Lieutenans; pour les 
marches de Champagne & de Rethelois, Monfeur d'Orwa/ Gouuerneur 
de Champagne, les Baillys de Saint Pierre le Monfier, de Troyes & de 
Vitry,ou leurs Lieucenans ; pour les marches de Picardie, Monfeur Def 
querdes Marcfchal de France, Meflieurs les Baillys d'Amiens, de Verman- 
dois, Senefchaux de. Ponthieu, de Boulennois, & Gouuerneur de Peron- 
ne, Mondidier, & Roye ou leurs Lieutenans ; & pour la mer, Monfeur 
l’Admiral , fes Lieurenans ou. Commis. 

42. item, De la part de mefdits Seigneurs Roy des Romains & Archi- 
duc fonc dénommez conferuateurs, pour les marches de Flandres & Ar- 
tois, Monfeur de Naffan, enfemble les Gouuerneurs de Lille, d'Arras, & 
Baillys éfdits Pays, chafcun en fon endroit ; pour les marches de Haynaulr, 
Meflieurs Ls Princes de Chimay, & Grand Bailly de Haynault; pour Luxem- 
bourg, Monfeur le Marquis de Bades; pour Bourgongne, le Gouuerneur 
du Comté de Bourgongne, & les Baillys d’Amont, d'Aual & de Dole; & 
pour la mer, VS de Beures Admiral, fes Lieutenans ou Commis. 

43. Item, Tous lefquels conferuateurs dénommezen chafcun party feront 
tenus faire prompte & fommaire expedition , fans forme & figure de pro- 
cés, de tous cas qui efcherront & dépendront de la réparation & reftitution 
qui fe doit faire pour ce prefent Traité & contrauention, infraétion, ou en- 
treptife à l'encontre de cette paix; & feront leurs Sentences, Ordonnan- 
ces & prouiñons mifes à exécution reaumenc & de fait, nonobftant oppo- 
fitions ou appellations quellefconques : fauf coutesfois que en cas d’appel de 
Sentences diffnitiues dont feroit appelle, ceux qui les auront obtenués, fe- 
ront tenus de bailler bonne & fufñfante caution fuiette auanc d’auoirla de- 
liurance de ce qui leur feroit adiugé, pour le rendre au cas que les Senten- 
ces defdits conferuateurs fuflenc infirmées par la Cour Souueraine, ou fi 
elles cftoient annullées, & qu'il y euft nouucau iugement, pour fournit 
le iugé. | | 
| Pi Itens , Pource qu'il eft affez apparent que aprés cette paix publiée fe 
trouueront de chafcun party plufeurs gens vagabonds & oyfeux, qui fe- 
ront legers & enclins à toutes roberies, larcins & pilleries, 8& dont, fi pour- 
ueu n’y eftoit, pourroient aduenir de grands dangers, & ne feroit feur pour 
les fuiets de chafcun party aller par les chemins marchandement & autre- 
ment, aduift eft qu’il fera fair Edit, lequel fera publié en chafcun party, 
ren tous gens de guerre & autres vagabonds qui ne voudront retourner à 


aire leur meftier & labeur, ou qui n'auront entretenement de viure & or- 
donnance defdits Princes, ou entretenement au feruice d’aucuns Seigneurs, 
dont ils faflent apparoir par Lettres defdits Seigneurs , lefquels feront ref- 
pondans de ceux qu'ils aduouëront eftre leurs feruiteurs , feront tenus eux 
ser & eux retirer hors des Villes & du plat Pays dedans tel temps qu'il 
eur fera prefix, & ce fur & à peine, ledit temps paffé, d’eftre bannis des Pays 
de chafcun party, & d’eftre abandonnez à toutes luftices, & aux gens du 
plat Pays de les pouuoir prendre au corps, & les mener à la plus prochai- 
ne Tuftice, pour les punir, bannir & contraindre, à eux partir & tirer hors 
defdits Pays fans y pouuoir retourner, & d’eftre punis pu cas dont ils fe- 


DV ROY CHARLES VIIK 65. — 
ront trouuez cftre chargez, fans en faire aucun renuoy ou remmiflion, aux : 493 
luges ou à la Iuflice dont ils fe voudront dire fuiets. DE NL 
45 Jtem, Que pareille prouifion & de femblable effet fera faite & mife, 
pour ceux qui par mer cexerceront aucunes deftroufles ou robéries , dé 
quelque party qu'ils foiene, à fçauoir que s'ils ant à veu,c’eft à entendre que 
ke Nauire ait efté fretc 8 mis. fus pour quelque Seigneur ou marchand, 
lon fe prendra à eux pour les dommages qu'ils auront faits; & fi ce fonr 
gens qui n’ayent point de chef autre que d’eux-mefmes, ils feront aban. 
donnez à tous Ports & Haures où ils defcendront, pour les prendre au corps, 
& faire leur procés, fans en faire aucun renuoy au party dont ils fe diront 
ou auouéront eftre. . : 
- 46. Item, Que d’vn party ni d’autre ne feront receüs ni fouftenus ceux 
qui feront aucun exploit ou emtreprife au preiudice de cette paix; & s'ils fe 
retiroient d’vn party à l’autre, quelque don, grace, ou abolition qu'ils ayent 
ou pourroient auoir y eme ils feront pourfuiuables des infraétions & en. 
treprifes qu’ils auroient faites à l'encontre de cette paix, & partant ne fera 
tenué la paix pour rompué. | ue. | 

47. Item, Que lefdits Scigneurs, Princes, leurs Lieutepans & Officiers 
donneront ayde & afliftance les vns aux autres à l'encontre de cous ceux, 
de quelques Eftats ou condition der foienc, qui feront dilayans ou re- 
fufans d'entretenir cette paix, lefquels feront de chafcun party abandon- 
nez comme ennemis de la chofe publique; & ceux qui les y sages 
gent, de viures, ou en autre maniere les receuront ou fauoriferont, feront 
pareillement refponfables de tous dommages par eux faits, & reputez infra- 
teurs de paix, & comme tels corrigez & punis. , —— 

48. Item, Que tous lefdits points & articles deflus efcrits fe pafleront, 
confirmeront & ratifieront dés maintenant par Lettres Patentes d’iceluy Sei- 
gneur Roy Tres-Chreftien , & pareillement les Ambafladeurs de la Tres- 
Sacrée Imperiale Maiefte, & defdirs Scigneurs Roy des Romains & Ar- 
chiduc , à fçauoir Reuerend Pere en Dieu Meflire Gwilaume Euefque de 
Eïffad ; Mefüre Chriffophble Marquis de Baden , les Comtes de Naffau, de Solre, 
des Sires de Walbain, d'Aymeries G de Polham, l'Abbé de Maroles, le Presoft de 
Liege, G de Saint Donss de Bruges, Meflire Thomas de Planges Prelident du 

rand Confeil defdits Seigneurs, Philbers de Vere, dit la Mouche, & Mef- 
Êre less de Montfort Cheualier , bailleront leurs Lettres & féellez, 8 par 
icelles promettront & feront ferment folemnel fur les Saintes Euangiles de 
Dieu , Canon de la Meffe, & fuft de la vraye Croix, qu’ils feront pañfer ce 

refenc Traité de Paix aufdits Scigneurs Roy des Romains & Archiduc, & 
eur feront promettre & iurer felon que contenu eft en cedit Traité, d'i- 
celuy garder & entretenir, & faire garder & entretenir en tous & chaf- 
cuns fes points & articles felon {a forme & teneur, & de cous lefdits paf- 
femens, promefles, ratifications & fermens fourniront Lettres defdits Prin- 
ces, inftrumens publics & autentiques, & des fécllez qui fe bailleront és 
mains des Ambañladeurs & Commis que ledir Seigneur Roy Tres-Chreftien 
enuoyera deuers iceux Seigneurs Roy des Romains & Archiduc. 

Sçanoir fe Que oùy le rapport de nofdirs Ambañladeurs & Commis, 
& fur ce -cûé grande & meure deliberation auec les Séigneurs de naître 
Sang & Gens de noftre Confeil, auons accepté, confenty & accotde par 
la ceneur des Prefentes fignées de noftre main, acceptons, confentons & 
accordons ladite paix, vnion & amitié d’entre nous, noftre tres-cher & tres- 
amé fils le Dauphin, nos Royaumes, Pays, Seigneuries, feruiteurs & fuiets, 
& de nofdits frere & coufins, tant pour eux que pour noftredite coufine 
Marguerite d’Auftriche, leurs Pays, Terres & Scigneuries, feruiteurs & fu- 
iccs, en ayant agreable cout ce que par nofdits Ambafladeurs 8 Commis a 

| NNannij 


= 65 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

1493. efté fait & befogné auec les Ambafladeurs & Commis de nofdits frere & 

coufns, auons pañlé , reconnu & accorde, pañlons , reconnoiflons & accor- 

dons tous & chafcuns les points & articles -cy-deflus inferez promettant de 

bonne foy & en parole de Roy iceux entretenir , garder & obferuer inuio- 

lablement & fans infraétion aucune. $5 donnons en mandement à nos amez 

& feaux Confeillers les gens cenans noftre Parlement à Paris, Gens de nos 

Comptes, & à tous nos autres Iufticiers ou à leurs Lieutenans , fi comme 

à eux appartiendra, que ce prefent Traité de paix ils faffent publier, enres 

giftrer & verifier, & tout le contenu en iceluy garder & obferuer, | 

Et pour ce que de ces Prefentes on pourra auoir à faire en plufieurs & 

diuers licux de nofdits Royaumes, Pays & Seigneuries, Nous voulons que 

au Vidimus d'icclle, fait fous féel Royal, pleine foy foit adiouftées comme 

à ce prefent Original. En cefmoin de ce nous auons fait mettre noftre féel 

à celles prefentes, Donné à Senlis le vingt-troifiefme iour de May, l'an 

de Grace mil quatre cens quatre-vingts-treize, & de noftre Regne le dixie. 

mc. Signé CHarLes. Et fur le reply , Par le Roy | Roberter. Leifa, pu- 

blicata , G regiffrata Pariffis in Parlamento, prefente  confentiente Procuratore 
Generali Regis ,quarts die Iunii 1493. De Cerifay. | 


Publication de la Paix de Senlis. 


Pr L *Ox fait à fçauoir que bonne paix a efté & eft faite, promife & iurée 

d entre le Roy Tres-Chreffien nôftre Souuerain Seigneur, & Monfeigneur 
le Dauphin, leurs Royaumes, Pays, Seigneuries & fuiets d’vne part, & 
cres-hauts & tres-puiffans Princes /e Roy des Romains, Monfieur /'Archiduc 
Philippe [on fils, tant en leurs noms que eux faifans fort de Madame Mar- 
guérite d’Auftriche fille d’iceluy Seigneur Roy des Romains, fœur dudit 
Monfieur l’Archiduc, pour eux, leurs Pays, Seigneuries, feruiteurs & fu- 
icts d'autre part, jar laquelle lefdits Princes font én bonne vnion, frater- 
nité & amitié; & céfleront dorefnauant touces voyes de fait, & exploits de 
guerre des Pays, feruiccurs & fuiers les vns contre les autres; & pour- 
ront lefdits feruiceurs & fuiets, de quelque eftat ou condition qu’ils foienr, 
hanter, conuerfer & frequenter marchandement & autrement, par ter- 
rc, par mer & par eau douce d’vn party en l'autre. Et eft par cette | 
faite abolition pleniere aux fuiers de chafcun party, pour tous cas adue- 
nus par cy-deuant pour fait dé guerre, & fi retournent chafcun à leurs 
biens , comme toutes ces chofes font plus au long declarées és Articles 
dudit Traité de Paix, & és Lettres qui fe bailleront par lefdits Prin- 
ces confirmatoires & ratificatoites d’icelles. Poutquoy l’on fait exprés 
commandement & défenfes à tous füuiets du Roy noftredit Seigneur, que 
aul ne attente où fafle chofe dérogeante ou prciudiciable à ladite Paix, 
fur peine d’eftre puny criminellement comme infratteur d’icelle ; & or- : 
donne-t-on à tous Officiers du Roy noftredit Seigneur , ou leurs Lieu- 
tenans, de faire obéir & entretenir cette paix chafcun és metes de fon : 
Office, & de aux Conferuateurs d’icelle donner port , faueur, aide & af- 
fiftance de confeil, de gens, de prifon, & autrement, pour le faire obéir, 
& à prendre punition des tranfgreffeurs & infraëteurs d'icelle. Publié à 
Senlis le vingt-troificfme iour de May, l'an mil quatre cens quatre-vingts- 
treize, Ainf figné, J. Goyer, aucc paraphe. 

| Tôré de la Chambre des Comptes de Lil. 


cé rn 


DV ROY CHARLES VIIL 65 | 


“Promeffe de Philippe de Bourgogne, Seigneur de Beures , d'entretenir a à 
| la paix de Senlis, @r d'affifier le Roy de France, en cas 
qu'il y foit contreuns par le Roy des Romains, 
| © l'Archiduc fon Fil. 


D Hizrrr9e 5e BovrGOGNE, Seigneur de Beures, de la Veré, de 4 jratimes 

Vlifinghes, &c. Cheualier de l'Ordre, Confeiller, Chambellan du 2°. 48 
Roy des Romains noftre Sire , & de Monfcigneur l'Archiduc fon Fils, ‘*°* 
Gouueïneur , & Lieutenant General d'Artois, & Admiral de la mer: A ©4# ©. 
tous ceux qui ces prefentes Lettres verront , Se/ur. Comme à la loûan- Jens deunez rà 
ge de Dieu noftre Createur bonne paix ait n’agueres efté faite, publiée ‘*#nem2r 
& iurée en la Ville & Cité de Senlis entre mes tres-redoutez & Souue- rai us sm, 
rains- Seigneurs, mefdits Seigneurs le Roy & fon fils, tant en leurs noms, “* | 
comme pour & au nom de ma tres-redoutée Dame Madame Margue- | 
rite d'Auftriche, fille & fœur de mefdits Seigneurs Roy & Archiduc, leurs 
Pays , Seigneuries & Suiets, d’une part: & le tres-Chreffien Roy de France, 
pour luy, Monfcigneur le “or {on Fils, leurs Royaumes, Pays , Sei- 
gneuries, Seruiteurs & Suiets d'autre part : iceux Seigneurs Roy des Ro- 
mains & Archiduc, afin que icelle paix foit en trous fes points & articles 
entretenuë, gardée & obferuée, ayent promis que en dedans le premiet 
jour de Septembre prochain venant, nous baillerons nos Lettres & féellez 
de entrenir & faire entretenir ladite paix, & que fi de leur part y eftoit 
contreuenu, dont la reftitution & reparation ne fuft faite dedans fix fe- 
maines enfüiuantes , nous ferions. tenus les abandonner & delaifler, & 
donner faueur, ayde & afliftance à iceluy Seigneur Roy tres-Chreftien, 
& il foit que de la part de mefdits Seigneurs par Lettres fignées de leurs 
maihs, nous ait efté ordonné & expreflément commandé bailler nos Let- 
tres &. fécllez, contenant promefle d'accomplir tout le contenu cy- def 
fus. Sçauoir faifons que nous defirans de tout noftre pouuoir, obeïr à mef. 
dits Seigneurs, confiderans les grands biens qui de ladite paix & l’entre- 
tenement d’icelle pourront auenir à mefdits Seigneurs Roy des Romains 
& Archiduc, leurflits Pays & Suiets, auons promis & iuré , promettons 
&c iurons par cettes d'entretenir & faire entretenir ledit Traité de paix 
en tous & chacuns les points & articles y contenus , & que s’il y eftoit 
contreuenu par mefdits Seigneurs le Roy des Romains & Archiduc fon 
Fils, ou par le futur mary de madite Dame Marguerite, ou autre de par 
eux, ce que Dieu par fa bonté ne veuille fouffrir, & de laquelle contra. 
uention ne fuft faite reftitution & reparation dedans fix femaines pro- 
chaines enfuiuant, nous en ce cas ferons tenus d'abandonner & delaiffer 
mes deflufdits Seigneurs Roy des Romains & Archiduc, & chacun d'eux, 
& donnerons audit cas faueur, ayde & afliftance à iceluy Seigneur Roy 
tres-Chreftien. En tefmoin de ce nous auons fait mettre noîftre feel à ces 
Prefentes. Donné à Malines le vingtiefme iour d’Aouft l’an mil quatre 
cens quatre-vingts & treize. | | 


Autre promefle de Guillaume de Croy, Seigneur de Chieures , d'Arfchot, 6. Mes 
de Birebecque , de Hauré , &c. d'entrecenir la paix de Senlis, du 6, "+?* 


May 1495. 


Pareille promefle de Charles. de Croy, Prince de Chimay, Vicom- 27. Auril 
te de Limoges , Baron de la Bone, &c. Lieutenant & Capitaine "#97 
General. du Pays & Comté de Haynaut, du 27. Auril 149 S. 

| NNnn ii] 


ee. 


654 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
149 3. 


23. Aoufi 
1493 


 Semblable promefle de Enghelbert, Comte de Naffau & de Vyanne, 
Seigneur de Breda, premier Chambellan du Roy , fon Lieutenant Gene- 
ral, & de Monfieur l’Archiduc fon Fils, en leur Pays dé Flandres, & Se- 
nefchal du Pays & Duché de Brabant, du 23. Aouft 1493. 


28. Aonff Semblabte promefle de Ican Cornre d'Egmond , Seigneur de Beu- 
77 res, &cc. du 28. Aouft 1493. | 


23. Aowf Autre promeffé de Iean de Bergues, Seigrieur de Walhain, de Me- 
1493. lin, &c. Cheualier, Confeiller , & Premier Chambeilan de Monfieur 
l’Archiduc, Gotuerneur & Souuerain Bailly de Namur, du 21. Aouft 14 93. 


18. Aonf Autre promeffe de Pierre de Lannoy, Cheualier de POrdre de la Foi. 
1493. fon d'Ot, Seigneur du Frefnoy, & Grand Bailly d Ale, du 18. Aoûf 1493. 


20. Aouft Pareille promefle de Bauduin de Lannoy, Seigneur de Molembais, de 

°#9%#  Solre le Chafteau, de Torcoing, &c. Cheualier de FOrdre, Confeiller, 
fecond Chambellan du Roy des Romains & de Monfieur PArchiduc, 
Capitainé & Gouuerneur des Chafteau, Villes & Chaftellenies de Lille, 
Douay, & Orchies, du 210. Aouft 1493. 


25. Auf Semblable promefle d’Ancoine Rolin , Cheualier, Seigneur d’Ayme. 
1493. ries , d’Anchinne, & de Lens, Marefchal & Veneur heritable de Ha2y- 
naut ; Confeiller & Chambellan du Roy des Romains & de Monfieur 
l'Archiduc fon Fils, Grand Bailly du Pays & Comté de Haynaut, du 25. 
Aouft 1493. | | 
| | Tiré de la Chambre des Comptes de Lille. 


Promeffe de L ville dT pre ; d'entretenir Le paix de Senlis, @ d'affifier 
le Roy de France, en cas qW'il y foit contreuens par le Roy 
: | des Romains, €7° l'Archiduc [on Fils. 


25: Aonf  Tovs ceux qui ces preféntes Lettres verront: Aduoûé, Efcheuins, Cons 
1493. feil, Bourgeois, Manans & Habitans, & toute la Communauté de 


er © la ville d'Ypre, Salur. Comme à la loüange de Dieu , bonne paix aie 
fentenexésu. Nagueres cfté faite, publiée & iutée entre 4 tres-Chreffien Roy de France 
“es de l'enti- noffre Somuerain Seigneur, pour luy & Monfeigneur le Dauphin fon Fils, 
Trad sen. Veur Royaume, Pays, Seigneuries, Setuireurs & Suiets d’vne part, & tres- 
lis, auts 6 tres- puiflans Princes, & nos tres-redoucez Seigneurs L Rey des 
Romains, voufiours augufte, & Monfeigneur /'Archidsc Philippe fon Fils nof. 
tre Prince & Seigneur naturel, tanc en leurs noms que au nom de noftre 
tres-redoutée Dame cAfadame Marguerite d'Auffriche , fille & fœur de nofc 
dits Seigneurs, leurs Pays, Seigneuries, Seruiteurs & Suiets, d'autre parts 
pour feureté de laquelle, & afin que icelle foic d'autant mieux entretenué, 
obferuée & gardée fans infraêtion aucune, ait efté confenty, accordé & 
profis de la part de nofdits Seigneurs, que dedans le premier iour de 
Septembre prochain venant , ils feront par les Seigneurs de leur Sang, 
Cheualiers de l'Ordre de la Toifon d'Or, Officiers, Nobles, Villes & Com- 
munautez defnommez en l’article de ce faifant mention , bailler leurs 
lectres & fécllez à iceluy tres. Chreftien Roy noîftre Souuerain Seigneur, 
{es Ambaffadeurs où Commis. Lefquels féellez qui fe bailleront d’un party 
& d'autre, contiendronc promefle d’enttetenir & faire entretenir ledit 


DV ROY CHARLES VIII  6;; 


Traité de paix, & que s’il y eftoit contreuenu par le Prince duquel party 1 49 34 
kefdits {éellez fe bailleront, ou aucun de par luy, dont la reftitution & re ° 
paration n’en fuft faite dedans fix femaines prochaines enfuiuant, ils en ce 
cas feront tenus d’abandonner & delaifler celuy qui aura fait la contra- 
uention, & bailler faueur, ayde & ailiftance à celuy fur qui fe feroit l’ex- 
ploit & entreprife; & leur eft par ledit Traité ordonné ainfi le faire, & 
dont dés maintenant ceux qui bailleronc lefdits féellez, fonc éfdits cas de 
contrauention & rupture dthastes de leurs fermens. Et il {oit ainf 
que de la part de nofdits Seigneurs Roy des Romains & Archiduc, par 
lettres fignées de leurs mains nous ait cfté ordonné & expreflément com- 
mandé bailler de ce que dit eft nos lettres & féellez contenant promets 
d'accomplir tout le contenu cy-deflus : Spauoir faifons, que nous defirans 
de tous nos pouuoirs obeïr à nofdits Seigneurs ; confiderant aufli les 
grands biens qui de ladite paix, au cas que: par la grace de Dieu elle fait 
bien gardée & entretenué , pourront aduenir aux Pays & Suiers de nofs 
dits Seigneurs, & les maux qui au contraire par la rupture & infraétion 
d’icelle s’en enfuiuroient, auons en noftre affembléc pour ce faite des plus 
notables Bourgeois & Manans de ladire Ville en nombre fufffant, repre- 
fentans toute la Communauté d’icelle, promis & iuré par cettes féellées 
du féel de ladite Communauté, promettons & iurons d'entretenir & faire 
entretenir ledit Traité de paix en tous & chacuns les points & articles y -. 
contenus; & s’il eftoit contreuenu par nofdits Seigneurs Roy des Romains 
& Archiduc fon Fils, ou par le futur mary de madite Dame Margucrite, 
ou aucuns de par eux, ce que Dieu par fa grace ne veuille fouffrir ny 
permertre , & de laquelle contrauention ne fuit faite reftitution & repara. 
tion dedans fix femaines enfuiuant: Nous en ce cas ferons tenus & auons 
promis d'abandonner & delaifler nofdits Seigneurs & chacun d'eux, & 
deurons audit cas faueur ; ayde & afliftance à iceluy Roy tres-Chreffien 
noffredit tres- Souucrain Seigneur , ainfi & par la maniere que nofdits Sei- 
gneurs par leurfdites Lettres nous ont cofnmandé & ordonné ce faire, & 
à cette fin, éfdits cas de contrauention, & rupture nous ont tenus & tien- 
nent defchargez defdits fermens que nous leur deuons, le tout iufques à 
ce que ladite reftiturion & reparation ait deuément efté faite. En tef- 
moin de ce nous auons cefdites prefentes Lettres fair féeller dy féél aux 
caufes de ladite ville d’Ypre , le vingr-cinquicfme jour d'Aouft l’an de 
grace mil quatre cens quatre-vingts &c treize. pu | 


romefle des Bourgeois, Manans, Habitans , & Communauté 2 6. Aouf 


: Pareille 
FArras, du 26. Aouft 1493.  — 1495. 


de la ville 


Semblable promefle des Mayeur, Efcheuins, lürez, Efleus, Quarre 23. Auf 
des Meftiers , Bourgeois , Manans & Communauté de la ville de Na- 14+9:. 
mur , du23. Aouft 1493. | | | 


Autre promefle des Lieutenant, Preuolt, Iurez, Efcheuins , Confeil 27. 4f 
& Communauté de la ville de Valenciennes, du 27. Aouft 1493. éd 
Tiré de la Chambre des Comptes de Libr. 


‘ 
. 


ep 


656 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1493: A de delisrance de Marguerite d’'Auffriche , entre les mains des 


22. Juin 
3493 


A Malines 
3 Iuin 
1493. 


Ambaffadeurs du Roy des Romains € de l'Archiduc, y renonciation de 
cette Princeffe an mariage d'entre Elle y le Roy Charles VIII. 


Tovs ceux qui ces preféntes Lettres verront ou oiront : Iean de Van- 
À deul Licencié és Loix, Confeiller & Aduocat du Roy noftre Sire, 
& Garde du féel Royal de la Baillie de Vermandois eftably à Saint Quen- 
tin , Salut. Sçauoir faifons que le Mecredy douziefme iour du mois de 
Juin l’an mil quatre cens quatre-vingts & treize, en la prefence de nous & 
de Michel Dy Tabellion Royal en la Preuofté de Saint Quentin, pour ce 
éuoquez & appellez en la ville de Vanduille, au Diocefe de Cambray, en 
la maifon du Molin dudit lieu, qui eft fituée en Cambrefis, & hors les 
fins & metes de ce Royaume : Tres-haute & tres-noble Princefle Ma- 
dame Margscrite d'Autriche, fille de tres-haut & cres-puiffant Prince le 
Roy des Romains, toufiours augufte, & fœur dê haut & puiffant Prince 
Monfeigneur l’Archiduc Philippe, accompagnée de hauts & nobles Sei- 
gneurs Reuerend Pere en Dieu Guillaume Euefque de Eyftadt, Chrif- 
tophe Marquis de Baden , Englebert Comte de Nafjau, & de Vianne, Sei- 
gneur de Breda , Meflire Iean de Berghes, Cheualier ; Seigneur de Wal- 
bain, & de Meflire Anthoine Rolin, Cheualier, Seigneur d’'4ymeries , & 
d’Antinne, Ambañfadeurs defdits Seigneurs Roy des Romains & Archiduc, 
Jaquelle Madame Marguerite authorifée en cette partie d’iceluy Seigneur 
Roy des Romains fon Pere , & aufli des deflufnommez PRET aire : 
en vertu du pouuoir à eux donné en cette partie par iceluy Seigneur Roy 
des Romains, & defquelles authorifation & pouuoir eft fuffifamment ap- 
paru par les Lettres féellées en double queué de parchemin & cire ver- 
D du féel commun defdits Seigneurs , contenant la forme qui s’en- 
uit. | 
M ÀÂXIMILIAN par la grace de Dies Roy des Romains , toufiours au- 
|  gufte , de Hongrie, de Dalmatie, de Croatie, &c. Et PHILIPPE 
par le mefme grace Archiduc d'Auftriche, Duc de Bourgogne, de Lothier, de 
Brabant , de Limbourg , de Luxembourg , & de Gueldres, Comte de 
Flandres, de Tyrol, d'Artois, de Bourgogne, Palatin de Hainnault, de 
Hollande , Zelande, Namur, & Zutphen, Marquis du Saint Empire, Sei- 
gneur de Frize, de Salins, & de Malines : A tous ceux qui ces prefentes 


Lettres verront, Salus. Comme par le Traité de paix nagueres fait & 
conclu entre Nous, tant en nos noms comme pour & au nom de noftre 


tres- chere & tres-amée Fille de Nous Roy, & fœur de Nous Archiduc, 


: Marguerite d'Autriche , nos Royaumes, Pays, Terres, Seigneuries, Ser- 


uiteurs & Suiets d’vne parts & tres-haut & cres-puiffant Prince noftre 

tres- cher & tres-amé Frere & Coufin le Roy de France, fes Pays, Sei- 
e. L . . , . 

gneuries, Seruiteurs & Suiets, d’autre ; ait entre autres chofes efte dit 


L que noftredit Frere & Coufin Roy tres-Chreftien feroit mener & con- 


uire noftre tres- chere & tres-amée Fille de Nous Roy des Romains, 
& fœur de Nous Archiduc, Marguerite d'Autriche, en la ville de Saint 
Quentin , & illec la feroit pleinement bailler & mettre és mains des 
Commis de ce ayans pouuoir & commiflion pour la receuoir, en baillant 
aux Ambaffadeurs & Commis de noftredit Frere & Coufin acquit & def- 
charge fuffifante de la reddition de noftredite fille & fœur, comme ces 
chofes font plus au long contenuës és articles dudit Traité de paix. Ssawoir 


faifons, que nous confians à plein des vertus, fens, vaillances , prudhom- 
mies 


DV ROY CHARLES VIII. 65> 


mies & loyautez de nos amez & feaux Confcillers Reuctend Pete en 
Dieu Mefire Guillaume Eucfque de Eyftadt, Chriftophle Marquis de 
Baden, & Englebert Comte de Naflau & de Vianne, Seigneur de Breda, 
nos coufins, lean de Berghes Seigneur de Walhain, Cheualier de noftre 
Ordre , & Anthoine Rolin aufli Cheualier Seigneur d'Aymeries, noftre 
Grand Bailly de Haynnaut ; iceux les cinq, les quatre, ou les trois d'eux, 
auons commis , ordonné & deputé, & par ces Prefentes fignées de la main 
de nous Archiduc, & féellées de noftre féel commun, commettons , or. 
donnons & deputons nos Ambaffadeurs, Orateurs, Procureurs & Com: 
mis, & leur donnons autorité & mandement fpecial, de és noms de nous 
coniointemgnt , & de chacun de nous diuifément, comparoir, & eux pre- 
fenter au iour nommé , & autres iours enfuiuans , qui feront pris en la- 
dite ville de Saint Quentin , & illec, és noms de nous & de chacun de 
nous, requerir & receuoir noftredite fille & fœur des mains des Ambaffa: 
deurs de noftredit frere & coulin , & en icelle receuant, connoiftre & 
confefler és noms de nous & de chacun de nous, & aufñi au nom de nof- 
tredite fille & fœur Marguerite d’Auftriche, & nous faifant fort d'elle, que 
elle a bien , deuément & honorablement efté rendué & remife en nos 
mains, ou de nofdits Commis, defchargée de tous liens de mariage & de 
routes obligations , & que de ce, enfemble de toutes promefles, obliga- 
tions & féellez qui touchent & peuuent toucher la perfonne de noftredite 
fille & fœur, auons tenu & tenons quitte & defchargé noftredit Coufin le 
Roy tres - Chreftien, & tous autres qu'il appartiendra, & aufquels la cho: 
fe peut toucher ; & au furplus auons donné & donnons pouuoir à nofdits 
Ambañladeurs, és noms que deflus, de authorifer & confeiller noftredite 
fille & fœur, & laquelle neanmoins, Nous Roy des Romains, comme Pere 
legitime, tuteur & mainbourg d'elle, dés maintenant pour lors auons au+ 
torifée & aucorifons, pour aprés qu’elle fera pleinement renduë és mains 
de nofdits Ambafladeurs , & qu’elle fera és pays de noftre obeïffance, 
faire & pafler par ferment pareïle reconnoiffance , declaration & quittan- 
ce, par laquelle elle declarera & confeflera auoir efté renduë és mains de 
nous ou nofdits Commis, defchargée de tous liens de mariage & de tou- 
tes autres obligations, & que de ce, enfemble de toutes. promeffes, obliga- 
tions & fcellez qui touchent la perfonne d'elle , elle quitte & defcharge 
iceluy Roy tres-Chreftien & tous autres aufquels la chofe peut toucher, 
& ladite quittance, defcharge. & reconnoiflance , promettre garder, en- 
tretenir & obferuer fans iamais venir au contraire; & defdites quittance 
& reconnoiflance faites par nous au nom de noftredite fille & fœur, & par 
elle de noftre authorité ,en la prefence, &. par le confeil de nos Ambaffa- 
deurs deflus nommez, bailler lettres & enfeignemens publics & auchen- 
tiques, tant par nos Lettres Patentes que par les lettres & fcellez de nof. 
dits Ambafladeurs, lefquels ils promettront faire ratifier par nous & cha- 
cun de nous; & toutes lefquelles declarations, quittances, defcharges , & 
generalement tout ce qui fera fair par nofdits Ambafladeurs &: Commis, 
dés maintenant, pour lors, & deflors, pour maintenant paflons , confirmons, 
ratifions, auons poûr agréable, & voulons eftre de cel effet & valeur 
comme fi le tout eftoit pafle, & fait par nous en noftre perfonne. Promet- 
tans lealement & de bonne foy,en parole de Prince, & par nos foy & fer- 
ment, auoir pour agréable tout ce que par nofdits Ambaffadeurs fera fait 
en cette partie touchant les chofes deflufdites. En tefmoin de ce nous 


auons à ces Prefentes fait mettre noftre feel. Donné en noîftre ville de Ma- 


lines le traifieme iour de luin l'an de grace mil quatre cens quatre-vingts & 

treize, & des regnes de Nous Roy, à fçauoir de celuy des Rgmains le huitie- 

me, & de Hongrie, &c. le croiñieme. Ainf Ggné fous le reply, Philippes. 
| OOo 


1493: 


1493 


22. Juin 
249}. 


653 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


Et au deflus du reply defdices Lettres , Par le Rey & Monféigneur, Mon- 
feigneur le Duc de Heflen, Lieutenant General, Vous, Monfieur le Prin- 
ce de Chimay, les Sires de Chieures, de Molembais, de la Baftie, & de 
Beofelle, le Preuoft de Triel, Meflire Paul de Vaeuft Prefident de Flan- 
dres, & plufieurs autres du Confeil Priué. 1. Leëin. Et fécllées. 

A p1T, connu & confeflé, & par ces Prefentes, de l'autorité, par le 
confeil & confentement exprés que deflufdit , reconnoift & confefle le 
contenu en une cedulle qui leüé Iuy a efté à haute voix en nos prefences, 
par honorable homme & fage Maiftre Iean Goyet, Notaire & Secretaire 
du Roy noftredit Seigneur, dé laquelle cedulle la teneur s'enfuit, 


Ovs MARGVERITE, Fille de tres-haut & tres- puiffant Prince, 

mon tres-redouté Seigneur Monfeigneur le Roy des Romains , touf- 
jours augufte, & Sœur de noftre tres-honoré Seigneur & Frere Monfci- 
gneur l'Archiduc d'Autriche, fuffifamment auchorifee de noftredit Sei- 
gneur & Pere, & aufli de l'autorité, en la prefence, des confeil & confen- 
tement de Reuerend Pere en Dieu l'Euefque de Eyftadt, Chriftophle 
Marquis de Baden , Englebert Comte de Naffau, Iean de Berghes, Sei. 
gneur de Walhain , & Anthoine Rolin, Cheualier, Seigneur d’Aymeries; 
& d’Anchinne leurs Ambafñladeurs & Commis; confeflons, connoiffons 
& declarons que nous & noftre perfonne auons efté rendué par le tres 
Chreftien Roy de France ou fes Commis, és mains des deflufnommez 
& Commis Ambaffadeurs de nofdits Seigneurs Pere & Frere, & à plein 
deliurée en leurs mains, franche , quitte & defchargée de tous liens de 
mariage, & de toutes obligations & promefles; & de ce, enfemble de rou- 
tes promefles, obligations & féellez qui touchent noftre perfonne, nous 
tenons quitte & defchargé ledit Seigneur Roy tres- Chreftien & trous au. 
tres à qui la chofe peut toucher. Prometrant par noftre ferment, & fur 
les faintes Euangiles que touchons , que lefdites confeflions , reconnoif- 
fances, declarations, quittances & defcharges nous garderons & entre- 
tiendrons fermes & ftables , fans iamais venir au contraire, ny faire chofe 
contraire, ny au preiudice d’icelle renonciation. De routes lefquelles cho- 
fes hauts & puiflans Prince & Seigneurs Monfcigneur le Comte d'Angoulef: 
me , Monfieur de Rohan , Reuerend Pere en Dicu Monfeur l'Eucfque de 
Laitoure, Monfeur Anthoine de Luxembourg , Comte de Bryenne, Sei- 
gneur de Roufly, Monficur Æwhoine, Grand sh de Bourgogne, Monfieur 
Loys de Brezé, Grand Senefchal de Normandie , Chriftophle de Plailly, 
Bailly de Sens, rous Confeillers & Chambellans du Roy noftredit Sei- 
gneur , & ledit Maiftre Iean Goyec Secretaire , au nom & comme Ora- 
teurs & Ambafladeurs , Commis & Deputez de par iceluy noftre Souue- 
rain Seigneur, nous ont pour ce au nom d'iceluy noftre Souuerain Sei- 
gneur, par les bouches defdits Seigneurs de Laitoure & Goyet, requis 


lettres d’inftrument, que leur auons accordé pour valoir & feruir à noftre. 


dit Souuerain Seigneur ce que de raifon. En refmein de ce, nous Garde 
deffufnommé auons féellé ces Prefentes dudit {éel Royal de Baillie, Ce 
fuc faic l'an & iour deflufdits. Signé, 4. de Vendeuil, M. Dy. 

Pré fur l'Original. | 


Abregé de le vie de Marguerite d'Aufiriche. 


ARGVERITE D'AVSTRICHE, Fille de Maximilian Archiduc 
d'Auftriche, depuis Roy des Romains & Empereur , & de Maria 
Fille de Charles dernier Duc FA Bourgogne, naquit à Bruxelles le 10. lan- 
uier 1480. Le Traité d'Arras s’cftanc fait en 1482. elle fur en confe. 


ne 


DV ROY CHARLES VIII 69 
quence fiancée lé mois de luillet 1 48 3. à Charles lors Dauphin de Fran. 
ce, fils du Roy Loùys XI. eftant lors âgée feulement de trois ans, Enfuite 
elle fut menée au Chafteau d’Amboife pour y eftre efleuée par la Reyne 
Charlotte de Sauoye auec les enfans du Roy. Mais Charles ayant changé 
de penfée, & crouué plus auantageux, pour le bien de fon Royaume, d’é- 


poufer Anne fcule & vnique heritiere de Bretagne , elle fut renuoyée en 


Flandres à fon pere l'an 1 493. fuiuanc le Traité de Senlis. En 1497. elle 
fut mariée auec Iean Infant d’'Efpagne, & s’eftanc embarquée à Midel. 
bourg en Zelande pour aller trouuer fon mary, elle fut furprife d’vne tem 
peîte fort violente, qui l'ayant mife en peril de fa vie, l'on tient qu’elle 
demanda d’vn grand fang froid de l'encre & du papier pour efcrire fon 
Epitaphe, qu'elle compofa en deux vers François de la maniere qu’elle fe 
voit €n plufieurs endroits. La tempefte s’eftant appaifée, elle aborda en 
Galice à Saint Ander, d’où elle fut conduite à Burgos, & ce fut là que fe 
fit la folemnite de fon Mariage, qui fur celebré au commencement du 
mois d'Auril 1497. Delà eftant allée à Salamanqüe auec fon efpoux , il y 
tomba malade trois iours aprés fon arriuce, & mourut le 4. Oë&tobre 1498. 
Ce qui l’obligea de retourner en Flandres où elle demeura iufques en O&o- 
bre 1$o1. qu'elle fut marice pour la troifiefme fois auec Philbert Duc de Sa- 
‘UOyE, qui mourut quatre ou cinq ans aprés, au retour de la chaffe, pour auoir 
. beu de l'eau trop froide. Elle retourna donc pour vne troifiefme fois en 
Flandres, & l'Empereur fon pere la fit gouuernante des Pays-Bas pour fon 
_ petit-fils Charles d’Auftriche, Elle prit poffeffion de cette charge le 28. 
May 1507. Elle fit publier deux Edits contre les Lucheriens , l’vn à Ma- 
lines le 18. luillet 1526. & l’autre à Bruxelles le 14. Otobre 1529. Elle 
fe trouua cette mefme année à Cambray auec Gr de Sauoye mere du 
Roy, lors de la fignature du Traité de paix qui y fut conclu entre le Roy 
François I. & l'Empereur Charles V. Evfin aprés auoir gouuerné la Flan- 
dres pendant plufeurs années, & aflifté à Aix-la-Chapelle au Sacre & Cou- 
ronnement de l'Empereur Charles V. fon neueu, elle mourut à Malines le 
premier iour de Decembre 1532. âgée de prés de $2. ans. Son cœur fut 
porté à Bruges au Monaftere des filles de l'Annonciade, & fon corps à 
Notre-Dame de Bourg en Brefle, où il fut mis prés de celuy de Phil- 
bert de Sauoye fon dernier mary. Cette Princefle eftoit fçauante, & elle a 
compofé quelques ouurages dignes de confideration, : FT 


Commifhon de Philippes Archiduc d'Aufriche y & Louys de Luxembours 
Comte de Ligny , pour ls garde des Villes @r Chafeaux de He 
din, Aire @y Bethune, en exécution du Traité de Paix de Senlis. 


| P Hirippes par la Grace de Dieu Archiduc d’Auftriche, Duc de Bour- 
| cogne, de Lothier, de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg & de 
Gueldres , Comte de Flandres, de Tyrol, d'Artois, de Bourgogne, Pala- 
tin de Haynault, de Holande, de Zelande, de Namur, de Zutphen, Mar- 
quis du Saint Empire, Seigneur de Frize, de Salins & de Malines: A noftre 
tres-cher & amé coufin Meflire Loys de Luxembourg Comte de Ligny, Salut. 
Comme par le Traité de Paix nagueres fait entre mon tres-redouté Sei.. 
gneur & Pere Monfeigneur le Roy & Nous, nos Pays, Terres, Seigneu- 
ries, feruiceurs & fuiets d’vne part, & tres-haut, tres-excellent, & tres- 
puiffant Prince soffre tres - honoré Seigneur & coufin le Roy de France Tres- 
Chreffien, {es Pays, Terres, Seigneuries, feruiteurs & fuiets d'autre part, 
ait efté dit, confenti & accordé que nos Villes & Chafteaux de Hefdin, 
Aire & Bethune demeureroient en la garde de feu Meflire _— de Cre- 
Ooo il 


149 3e 


À Malines 


30. Auril 
T4 9 3e 


ééo OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


149 3. uecœur 2 Defquerdes, Marefchal de France, pour les garder ou fai. 
re garder fans nos frais & defpens, autres que des gages anciens & droits 
que ont accouftumé prendre les Capitaines defdites Places, iufques à ce 
que nous aurions accomply l'âge de vingt ans, qui fera la furueille de la 
Natiuité de Saint Iean, l'an mil quatre cens quatre-vingts-dix-huit, & qu'il 
feroit ferment, & bailleroit fes Lettres & féellé de garder lefdites Places 
& Chafteaux en bonne feurete pour ledit Seigneur Roy Tres-Chreftien & 
our nous, & à iceluy Seigneur Roy garderoit les droits à luy appartenans, 
& à nous femblablement les droits à nous appartenañs, & que éfdites Vil- 
les & Chafteaux ne mettroit aucunes gens de guerre autres que pour la gar- 
de d'icelles, & non pour porter préiudice où dommage audit Seigneur Roy 
‘ mi à nous, fon Royaume, nos Pays, Terres, Seigneuries 8e fuiets; & que 
uand aurons accomply ledit âge de vingt ans, aprés que aurons fait au- 
di Seigneur Roy les cauté & hommage pour les dE à nous appartenans 
qui font tenus de fa Souueraineté, ou que aurons deuëment & fuffifam- 
ment, felon la nature des fiefs, offert & prefenté par effc&, faire lefdites 
feauté & hommage, il & tous autres qu’il appartiendroit feroient tenus, 
ceffans toutes excufes , mettre & deliurer lefdices trois Villes & Chafteaux 
en nos mains ou de nos commis ; & fi ledit Seigneur Defquerdes auant 
que ferions audit âge de vingt ans alloit de vie à trefpas, ledit Seigneur: 
Roy pourroit à la garde defdites trois Villes & Chafteaux nommer cel que . 
bon luy fembleroit, qui feroit tenu de nous faire ferment, & bailler fes 
Lettres & feellé auant que en icelles trois Villes & Chafteaux il fe puft au- 
cunement admettre, & foy regler & conduire ainf que ledit Seigneur Def- 
querdes eftoit tenu de faire, comme toutes ces chofes font plus à plein 
contenués és Lettres de ladite paix; & il foit que comme fommes deué- 
ment acertenez que ledit Seigneur Roy vous ait depuis le trefpas dudit 
Seigneur Defquerdes nommé & ordonné à la garde defdires crois Villes 
8 Chafteaux. Sragoir vous faifôns, que voulans & defirans proceder de bonne 
foy és chofes deflufdites, & afin que en plus grande feureté puifliez enten- 
dre & vaquer à la garde defdites trois Villes & Chafteaux, nous vous auons 
commis & commettons à la garde defdites Villes & Chafteaux, & outre vous 
auons promis, & par cettes fignces de noftre main promettons loyaument & 
de bonne foy en parole de Prince que nous vous aiderons & entretiendrons, 
. ê&c à noftre Ieal pouuoir ferons ayder & entretenir en la garde defdites trois 
:_ Villes & Chafteaux felon ledit Traité, & ne ferons ni Éuffrirons eftre fait 
chofe au contraire, & s’il eftoit fair par nous, ou aucuns de noftre party, le 
ferons incontinent & fans delay reparer & amender ,& en outre vous pro- 
mettons que ne vous requerrons & ferons requerir de faire chofe déro- 
geante & au contraire des chofes deflufdites. Et fi d’auenture par nous ou 
aucuns de par nous vous eftoit requis ou ordonné faire chofe préiudi- 
ciable à ladite garde, Nous voulons que par vous n'y foit obéy ni obtem- : 
peré durant ledit temps , & iufques à ce qu'ayons fait à mondit Sei- 

gneur le Roy Îles _ & hommage , ou les offres & deuoirs deflufdits 
felon le contenu dudit Traité. Doné en noftre Ville de Malines le der- 
nier jour d’Auril, l'an de Grace mil quatre cens quatre - vingts - quinze. 
ST on Et plus bas , Par Monfeigneur l’Archiduc. Signé Nwmans. 
c feellc. 


Tiré de La Chambre des Compte de Lille. 


26 


nn st Je 


— 


DV ROY CHARLES VIII GG —— 


| : 1493. 
Inffrucfion donnée par le Roy Charls VIII, à fe Ambaffadeurs à 


Rome pour pourfuiure les Prouifions de l'Euefché d'Angers en 
- , foucur de Iean de Rely fon Confeffeur. 


Nsrrucrions à vous nos amez & feaux Confeillers le Sire d'Asbi- 1498. 
(l y noftre Chambellan, & Cheualier*de noftre Ordre, Peros de Bache, : 
ile Maiftre d'Hoftel, & 1ean Matheron Cheualier , Doéteur en chafcun 
Droit, Prefident de noftre Pays de Prouence,tous nos Ambafladeurs, de ce 
que aurez à dire de par Nous à noftre Saint Pere le Pape *, touchanc la * C'efois 4e 
matiere qui s'enfuit. sand de 

Premicrement , Aprez la prefentation de nos Lettres, & recommanda- 
tions accouftumées, direz à nôftre Saint Pere, que vaquant ia pieça l'Escfthé | 
d'Angers en Cour de Rome, combien que par les Concordats anciennement 
- faits entre les Papes & les Roys de France conformes au Droit efcrit,noftre- 
dit Saine Pere ne puifle & ne doiue difpofer des Benefices éle&ifs vaquans 
à Rome ni ailleurs que ce foit, par le fceu & confentement de nous & 
d'homme de ñoftre Royaume, à nous féable, feur & agréable: neanmoins 
vn nommé Charles du Carret, par prieres & requeftes importunes, ainfi que 
lon dit, obtint lors de feu de bonne memoire le Pape Innocent, que Dieu 
abfolue, prédecefleur de fa Sainteté, quelques Prouifions d’iceluy Euef: 
ché d'Angers, foy-faifant fort, & affirmant au Pape Innocent & à nos 
tres-chers & Fe À amis le College des Cardinaux, que nous aurions agrea- 
ble, & ferions contens de ladite Prouifon. 

1tem , Direz que incontinent que fufmes aduertis de la vacation dudit 
Euefché, voyant que les Anglois anciens ennetnis de noftre Royaume cf- 
toient lors en grand nombre & puiflante armée en la Duché de Bretagne, 
fur la lificre du Pays d’Aniou, defirant de tout noftre pouuoir, pour la feu- 
reté de nous & de noftre Royaume, eftre pourueû audit Euefché de per- 
fonne digne, feure & féable à nous & à noftredit Royaume, reduifans en 
memoire les grandes vertus, literature, prudence, éloquence & fidelité de 
noftre ame & feal Confefleur Maiftre Jean de Rey Doëteur en Theolo- 
gie, efcriuifmes lors par plufieurs & diuerfes fois à iceluy Page Innocent en 
faueur de luy, qu'il pluft à fadité Sainceté le pouruoir d’iceluy Euefché d’An- 

ers, dont ne pufmes jamais auoir refponfe quelque pourfuite que fiflions 

lire en Cour de Rome. | 

1tem, Et quoy voyant les Chanoines & Chapitre de ladite Eplife d’An- 
gers, qui defiroient fingulierement auoir noftredit Confefleur pour leur 
Pafteur & Euefque, procederent à faire éleétion, lefquels bien affemblez, 
les folemnitez en tel cas requifes , gardées & obferutes concordalement 
& fans contention quelconque, éleurent iceluy noftre Confeffeur en leur 
Prelat & Euefque, laquelle éleétion, qui eft fainte, iufte & canonique, fu 
agréable non-feulement au Clergé, mais à tous les Nobles & à tout le peu- 
ple dudit Diocefe, 


? 


Item, Que aprés ladite élection ainfi faite, pour coufiours nous. mettre en. 
noftre deuoir, efcriuifmes encore derechef de noftre propre main à iceluy Pa- 
pe Innocent, qu'il pluft à fa Sainteté confirmer ladite éle&tion. Mais ledit 4 
Carrer, pour les grands port & faueur qu'il auoit lors en ladite Cour de 
Rome, trouua moyen d’empefcher ladite confirmation, & à fa tres-grande 
pourfuite fut deniée à noftredit Confefleur, & qui plus eft luy fut auñfi 
deniée la difpe®fe de tenir le Doyenné de Saint Martin de Tours auec la- 
dite Eglife d'Angers, dont & des eftranges termes & grandes rigueurs, que 

on a tenu par-delà par cy-deuant en cette matiere, nous donnons moule 
OOoo ii] 


—— 66 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1.4 9 3. grand merueille, & ne nous en pouuons contenter; attendu le perfonnage 
& cftimation de noftredit Confeffeur, qui eft fi prochain de noitre perfon- 
ne & vnique en fon office.  _ 

Parquoy noftredit Confeffeur, en ce qui reftoit à faire touchant fadite pro- 
motion , voyant ce que -deflus eft dit, & la brieucté du temps de‘fa con- 
firmation , fut contraint de vfer du Droit commun, & des Loix de noftre 
Royaume , & fe fit confirmer par l'Archeuefque de Tours fon Metro- 
politain. : | | 

1tem, Et de toutes lefquelles chofes noftredit Saint Pere a efté par cy- 
deuant aflez informé, mefmement par vous Pere de Bache, que enuoyafmes 
l'an paflé deuers fa Sainteté, & qui requiftes de noftre part de cafler & re- 
uoquer la prouifion dudit du Carret. Mais à caufe de voftre foudain parte- 
ment, & qu'il vous conuint retourner par-deçà pour autres nos vrgentes 
affaires, aucune conclufon n’y fut prife, fors feulement que noftredit Saint 
Pere o€troya à noftredit Confeffeur vne difpenfe à vificer fon Diocefe par 
Procureur, laquelle incontinent aprés voftre partement de Rome fut de- . 
nice à noftredit Confeffeur, & qui plus eft fut baillé vn déuoluc audit du 
Carret fa partie aduerfe. | 

Finalement, Aprés les remonftrances deflufdices & autres que verrez eftre 
à faire , vous requerrez de par nous en toute inftance noftredit Saint Pere 
vne fois pour toutes, que attendu ce que dit eft, & mefmement que l’Euef- 
che d'Angers au temps de la vacation d’icelle eftoit notoirement en lieu li- 
mitrophe prochain des ennemis de nous & de noftre Royaume; qu'iceluy 
Pape Innocent’, fans noftre fceu & confentement, en a pourueu ledit Mr 
Charles du Carret, qui eft Eftranger, non ayant Lettres de naturalité, le- 
quel n’auons aucunement agréable, ni ne le tenons feur ni feable à nous 
& à noftre Royaume, mefinement pour ledit Benefice tenir, il luy plaife 
cafler, reuoquer, annuler, & du tout mettre au neant la prouifion faite par 
ledit Pape Innocent à iceluy du Carret, & fur ce luy impofer filence per- 
petuel , & oétroyer à noftredit Confeffeur routes Bulles, prouifions & dif- 
penfes neceffaires touchant fadite promotion, & y faire par maniere que 
nous ayons caufe d’eftre contens de fa Sainteté, & nous louëér de fa bonne 
luftice. 

Et au furpl@&, confideré que ledit Confeffeur eft continuellement occu- 
pé à l’encour de noftre perfonne, qu’il luy plaife ne differer plus à luy fai- 
re expedier les Bulles de la difpenfe à vifiter fon Diocefe par Procureur, 
laquelle noftredit Saint Pere, à noftre Requefte, & à l’inftance dudit Peron 
de Bache, command: au Dataire dés le cinquiefme iour d’Aouft dernier 
paffe; car ce feroit crop grande rigueur tenir à noftredit Confefleur, de luy 
denier maintenant ladite difpenfe, aprés qu'elle a efté o&troyée, & aurions 
caufe & matiere de nous douloir plus fort que deuant, 


Traité entre le Roy Charles VIII. d'vne part, & Ferdinand & 
Ifabelle Roys de Caftille & d’Arragon, d'autre. 


s rot EH ÉRDINANDUS ET ÉLISABETH Dei gratis Rex G- Regina Cafflle, Le- 
Pis gionss » Aragonum , Siciliæ, Granate, Toleti , Walentis, Galicis , Maiorica- 
En Efpane VW» Hifbalis, Sardinis, Cordubz, Corfice, Murcie, Giennw, Mgarbie, Algesi- 
l'année. com- YA) Gibraltaré € Infularwm Canaris , Comes € Comitiffa Barchinone, Domini 
Hate Biftayæ C* Moline, Duces Athenarum € Neopatrie, Comites Roffilionis € Ceri- 
Mer. * #anie, Marchiones Oriflanni G Gociani: Vniuerfis G@ fingalis prefentes Litteras 
infpeéfurss , Saluvem. Sicur ex guerraram turbinibus, diffidiis G: $offilitatibus que, 
zizanie fatore moliente, inter Reges G* Principes, @ prefertim inter finitimos , 


1 . ._ . . . . 
Pro dolor, accidere folent, fanguinis efulio nimia , cedes multe,incendis crebra , 


DV ROY CHARLES VIII . 66; 
depredationcs innumere, @ alia perniciofa incommoda, male aique demne vige- 
re confucucrunt, fic à vefligio ex Pacis amenitate, amoris G: concordie, laus G* ob. 
Jfequium immortali Dee, Gr alie quamplurima C laudabilia bona refulsare nemini 
dubinm cf. Quid enim melius, quiduc viilius concordis @ Pace, five qua nulius Re- 
gré flatus poterit cffe dinsurnus ? Quid enim fancfins, quid denique Pace épfa Deo ace 
cepténs, teffante Chriflo Icf4 Redemptore noffre € dicente : In quamcunque domunx 
intraueritis, primum dicité : Pax huic domui. Er akbi: Pacem meam do vo- 
bis, Pacem meam relinquo vobis. Seéésnde Junt igitur, is quantum bumana 
fruit fragilites, ilius vefligia C doéfrina cins Janitiffima ampleilende, nec minus 
Pax inqhirenda, © totis conatibus proféquends , iuxta illud, In quire Pacem, & 
profequere eam: Reges enim qui Pacem #nquifiuerunt, G can fènt profiquuii, 
Jéruaucrunt Rezna, Cr ila dis obtinuerunt® ac iure bereditario poffederust ; quan- 
dequidem in amicitie vnitate poteffates frmantur, Jubfifiitque validius, ac firmius 
refiflit geminata virtus. Vique alia omittamus exempls , progeniteres Gr Predeceffo- 
res mofiros Reges Sercuiffimos recolende memorie, necnon Pregenitores  prade- 
ceffores Chriffianiffimi Principé Caroli Dei gratia Francorum Regis, Fratri 
C Confæderati noffri chariffimi, à MARS C dinturnis citra temporibus valiaiff- 
mors nexs fœderum copulatos coligatofque beneficio @ tutamini Statuurm, Re- 
&norum C° Jubditorum féorum ex co bene confaluiffe res ip/a edocuit. Inter alias 
ÿgitur qu4 fumme cordi gerimus, «4 nos maxime cura temcet, vt Deo in primi 
obfequemar, cuius volunsati tunc conformiores reddemur, f @ Nos d- prefatus 
Rex Chrifsaniffimes arma fimnl capefcentes communes vires in bofles fidei verts- 
mas, deinde vr amicitie debitum iuffi amici perfoluamus , Amicornm euim fides 
és profberss feliciffimum eff folatiun, in aduerfis autem Jantéiffirmum prafidinm. 
Rebiquans eff, vé Paci, quicti @ tranquilitati Regnorwm nobis à Deo ‘commiffo= 
ram operam dermus, corumque rei publice debite confalamus , vt de talentis n6= 
bis traditis dignam fibi reddere quesmus rationem. Proffscicutes prateres nulles 
amicitias nullauc fœdera, que cum quibufuis Principibus G Potentatibus iniri ad 
énuicem poffent, vtiliora , tutiors, feu conuenientiers , qwam noffra fibi, fsaque no- 
bis in preféntiarum cffe fêu haberi, tum propter Janguinis vinculum, tum propter 
finium Regnorum © Terrarum viriufque conisuitioner , tum CC ctiam quia ip- 
Sem Regem Chriffianiffimum ob ingentes G° preclaras cius virtates nedum cari pen- 
dimus, fèd ctiam miro amore complefimur. _4d landens staque, cbfiquium & glo= 
riam omnipotentis Dci, cinfque orthodoxe  fidei incrementum Viilitatemque, Pacem 
C quictem, nedum Regnerum, Terrarum, Dominiorum G: Subditorurs vérin/que 
noffrums, verum ctiam ‘unincrfe Reipublice Chriffiane, pro nobx I friffime 
Principe Toanne, Principe Afturiarum & Gerundz, Primogenito woffre carife 
fimo, G poff felices dies noffros immediate herede cr Vasnerfali facceffore, € pre 
aliss faccefforibus ac vuiuerfis Terrw, Regnis, Dominsis @* fubditis noffré , Ami- 
citiam, Vnioncm, Ligem , Inteligcutiam * Confæderationem cuns predicto Chrife 
fianiffimo Rege, C cum vi Carolo Delphino Viennenfi ejss flio Le- 
gitimo Cr faceffôre, pra cs wccefforibus , Regnw C vniserfis Dominis dr fsb- 
dits corumdem , Ligam ipfam C Confæderationem continsando dr infequendo, ac 
guatenus opus fit, municndo, Cr ipfe Rex Christianiffimus nobifcuns Pro fé, bere- 
dibus, facceforibus Regibus Gr vniserfis Dominiis @ fubditis fa Ligam ipfam GC 
Confæderationem continuando G: snfequendo,ac quatenus opus fit, muniendo, iniui- 
mas, fecimns,conéordanimas, contraximes @ couclufimes, ti inimus, facimus, cons 


cordamus, contrabimas d cancludimus f#b forms © capitulis tenori buiufnodi. 


EqQuunrun.Arricali faëfi, concordati, firmati @: iurari inter d per nos 
Ferdinandum -& Ifabellam Dei gratia Regem & Reginam Caftellæ, 
Legionts, Aragonum, Sicile, Granate, Cc. pro nobis Gr IBuffriffimo loanne Prin. 
cipe Afluriarum Cr Gersnde, primogenite noffro Cariffime , C* poff felices dies nofc 
Fos, awxiiante Deco, hercde G facceffore pre ali beredibus noffris ac vniner- 


149 2 


664 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 49 3.fis feccefforibus, Regnis T. erris, Dominiis, G fabditis noffrs ab ne, G nos Ca- 
rolum eadem gratia Francorum Regem, pro nobis (a cariffimo filio noïfro le- 
gitimo fhcceffore Carolo Delphino Viennenfi G* pre baredibus C fusccfforibas qui- 
bufiunque, Regno dé vninerfss Terris , Dominiis C Jubastis noffris ab alia parti- 
bus, faper amicitiss  ligés > inteligensiss G .confæderationibus inter nos ad inui- 
cem faétis ; métis concordatis Cr imratis. L 
s, Ân primis, Nos dicri Rex G Regina Hiffante, d'Rex Francis, continsando GC 
conféruando Confæderationes que ab antiquo fuerunt inter pradecejfores noffros Re- 
ges Hifpanis C* Francie noffraque Regna C° Dominia, Pafrias G Dominationes, 
fecimss , traéfauimes , concordanimus , firmanimus G paffauimus, facimufque, tra- 
Eamss, G concordamuÿ , frmamus C pallamus bonam > VETAMS ; PUTAMS ; SNIEGTAM 
Gr perfeitam Ligam, Confæderationer®, Concordiam infeparabilem Amicitiam 
perpetuo G cunétis futurs tem oribus durafuram pro nobis ; beredibus C° fucceffo- 
ribus noffris C cuinflibet er In quibus quidem Confæderationibus C Ligis 
comprehendimus , comprehendere intendimws G volumus omnia Regns, Terras 
CG: Dominia noffra G: cuiflibes noffrum , virinte quarum Confæderationnm , Liga- 
rum de Amicitiarum tenemur, © féncri volumus © promittimus ad inuicem , @ 
legaliter quod alter alteri teto pole noïfro auxiliabitur G auxiliabimur , feu auxs- 
lium prebchimus aducrfss C* contra quoféunque, G* quod nos declarabimus , G* ex 
nunc nos declaramus , aperte vnum pro altero, videlicer nos dicfi Rex € Regina 
HiSpanie tam pro nobis @ pro beredibus & fuccefforibus noffris quibufcunque, 
quam ctiam pro omnibus Regnis, Terris G* Dominiis noffris efe colligates € con- 
federates cum preditfo Chriffianifimo Rege faifque heredibus G faccefforibss, 
Terris G Dominiis quibuftunque, tam contra Ançlicos ipfies Chrifiianiffimi Regis 
Francorum antiques inimicos , quam contra Regem Romanorum , CG Archiducens 
Comitem Flandrie cins filium , quamdis ipfé Rex Romanorum , vel prafatus Ar- 
chidux filius fous facies vel facient guerram G* hoflilitatem, G* ipff vel alter eo- 
ram reputabitur vel reputabuntur Gr crit decleratus, vel erunt declarati inimici 
prefasi Chriffianiffimi Regis C Regni Francie, baredumque G facceforam C° Ter- 
yarwm ac Dominiorum faorum, quam etiam contra quofiurique alios qui Junt,erunt, 
ant effe poterunt quomodolibet in futurum inimici , maleuoli G* aduerarii preditti 
Chriffianiffimi Regis G* Regni Francis, beredumque C* fécceforum ac Terrarum 
+ Dominiorum fhorum per mare G* per terram , cuinféumque flatus C* conditio- 
mis fucrint. | 
2. Et nos prefatas Rex Francoruns pro parte noffra Cr pro beredibus € fccef- 
foribus noffris quibufiunque, © pro Regno, Terris ° Dominiis noffri vninerfis fi- 
mile facimus G faciemns, vicemque fimilem reddimus C reddemus prefatis poten- 
siffimis Regi G Regina Hifpanie, heredibufque Gr Juccfforibus füis quibufcunque, 
ac vninerfis G fingulis Regnis,Terris CG Dominiis corum aduerfus C* contra quof- 
sunqne bofles, malenolos . aduerfarios prediéforum potentiffimorum Regis € Re- 
gina HiShanie, beredumque C Lt Jfaorum quorumcnnque atque Regno- 
sum, Terrarum CG Dominiorum fhorum ,qui f[unt, erunt, aut cjfe poterunt, quomo- 
dolibet ir > tam per mare, quam per Terram , chiwfcunque flatss C con- 
ditionis fuerint. | : | 
3. Item ef connentum Gr: concordatum ad magis affecurandum predilfas Amici- 
tias , Ligas C* Confæderationes, G* pro maiori earwm robore  fécuritate inter nos, 
Reges pradictos , hercdefque G* fucceffores noffros,quod iplas cafdem Amicitias, Li- 
gas G° Confæderationes preferamus C anteponamus , vii preferimus C* anteponi- 
mus omnibus aliis quibuftunque Ligis © Confæderationibus faitis vel faciendis, 
cum quocungme Principe vel Principibus quicunque vel qualefcunque fucrint, qua- 
cunque dignitate vel authoritate fulférint, Vicario Chriffi excepro, C quod Lige 
ipfe, Amicitie C* Confæderationes remancant G* remanchunt, cafque remanere volu- 
us in tali vigore C virtute, ac taliter quod fi contigerit quod aliquis Liçatus © 
Confaæderatus , ligandufque © confæderandus nobifium diléis Rege Cr Regina Hif- 


panse, 


DV ROY' CHARLES VIII. 66; 
panie, vel cum bercdibus G* faccefforibus noffris infurgerent contra CG âdaerfus eun- 
dem Cbrifianffimam Regem Francoram, beredes C* facceffores fuos, vel quod illi 
tales vellent G fatagerent facere guerram tali in cafu, idque notifcando € notif- 
cari faciendo, nos dicti Rex G* Regina Hifpanie, noffrique heredes @ fucceffores 


tenchimur auxilisri G fhccurrere preditfo Regi Chriffianiffimo G fuis heredibus 


 Sfaccefforibus , quemadmodum boni fratres coligati @ amici amicorum  ini- 
mici inimicorum facere debent C tenentur, fine referuationc quacunque. 

4. Et nos Rex Francorum praditfus, noffrique baredes Gr fuccefores quicanque, 
pari modo tenemur G tenchimur fimile facere C* [imilem vicem reddere ergs ipfos 
potentiffimos Regem C* Reginam Hifbanie corumque heredes © fucceffores FAT 0 
que in cafu pradicfo. 

$. Et cum hoc € ad magis G melius affecurandum © férsandum faperiss 
declarats, nos dicfi Ferdinandus G Elizabeth Rex G Regina Hifpanie non co- 
pulabimus feu iungemus 4/40 modo , matrimenio liberos noftros ,cum Regi- 
bus Romanorum & Angliæ, neque cum liberis eorundem, seque cum aliis 
snimicis declaratis diét: Chriffianiffimi Regis Francorum, abfque eiufdem Re- 
sis voluntare & confenfu, € guod non auxiliabimur eis, cum quibus nos prafati 
Rex © Regina Hifbanie filios noffros matrimenio copulabimus contra flatum 
domum predicti Chriffianiffimi Regis , hercdumque G fuccefforum fuorum. 

6. Item ef conuentum € concordatum quod 1lluffriffimus loannes Princeps Af° 


turiarum G Gerunda primogenitus dileififfimus noftré ditéorum Regis @ kKegine 


Hifpanie, G poff felices dies noffros hares & fucceffor noffer vniuerfalis iurabit in 
prefénti tenere G° obféruare prediclas Amicitiss, Ligues C Confæderationes. Et vs 
aqualitas © viciffitudo féruetur, nos difus Francorum Rex promittimus, pollice- 
mur C isramus, quod chariffimus Cr diletiffimus filius nofler legitimus G faccef: 
for Carolus Delphinus Viennenfis , poffguam peruenerit ad «tatem annorum duode- 
cims, firmiter iurabis de tenendis inuiolabiliter G obferuandis dilfis Amicitiis , Ligis 
CG Confæderationibss. 

7. Item ef conucntum G* concordatum quod diéfi Rex © Regina Hifpanie pro 
nobis, heredibnfque CG fuccefforibus noftris preditfis non recipiemus [éu inibimus in- 
teligentiam aliquam cum quon Principe awt alio quocunque , qualifcunque vel 
quicunque fucrit, quauss dignitate vel autoritate fulgear (iplo Vicario Chrifti 
ExCCptO) 59 preindicium cuisflibet noffrum noffrorumque Regnorum , Terrarum 
CG Dominiorwm in futurum. Si quid deliifum fuerit, id relemabitur ex vna parte 
ex altera, adeo vt nihil fiat in preindiciwm dilfarum Ligarum GC Confæders- 
tionum , que omni temporc féruabuntur de puntlo ad puncum. 

.  8.ltem cf conuentum C concordatum quod licct nos ditfus Rex Francorum fi- 
mas in bona poffeffione vfuque É titalo fuffcienti ad tenendum Coriratum Roffi- 
lionis & Ceritaniæ *Ÿ ,g#4 pofféffionc cariflimus Dominus C* genitor noffer defuntfus 
Ladouicus Rex Francorum, cuins anime propitietur Altiffimus, G* nos vfque nunc 
gauifs fumus. Nibilominus babentes refhectum ad Ligas , Confæderationcs C Ami- 
citias quas nos dicfus Rex Francorum , C° nos ctiam didfi Rex G Regina Hi$pa. 
pie ad inuicem encre defideramus, G nos ipfe Rex Francorum volentes fätisfacere 
Demandis © Requeflis, que pro parte dicforum potenti[fimorum Regis € Regina 
Hifpanie nobis faite fucrunt,concernentibus ipfos Comitatus, promittimus ipfis Po- 
tentiffimis Regi @ Regina Hifpanis facere dari poffeÎfionem corum , quotiefunque 
àpff porentiffimi Rex CG Regina fecerint © nai) inter Ligas C Confedes 
tiones , ilafque inrauerint in forms confucta, Gr dederifit fecuritates tam pro ipfis, 
quam pro bonis Villis diéforum Regnorum C° Dominiorum fuorum : prouifo quod , 
toties quoties nos dicfus Rex Francorwm , heredefque G fücceffores noffri voluers- 
mus G voluerint facere videri G vifitari Iura per nos pretenfa in ditlis Comitati. 
bus , tam ratione Gex caufs ingagiamenti G impignorationss , quam alias quali- 
tercumque fit, nos dicfi Rex © Regina Hifbanie, heredejque G° facceffores noffri 
tenchimur cligere G* famerc Arbitros Gr 1udices neutros pro diféutiendo Cr determi- 


PPPPp 


1493: 


* Cerdaigne, 
dont la Vsle 
de Puicerda 
eff Capitale. 


66 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1493. mando de diéfi Iuribus, Gr tenchimur Rex C Regina Hifpania, harcdejque  fuc+ 
ceffores moftri cligere diétos Iudices, € de ilus fermis intra vrum menfim , pofijuam 
de bis pro parte diéfi Regis Francorum Chriffianiffimi, hercduns @ fuorum fuccef- 
forum fuerimus requifits. | .. | 

9. Et fi nos predicfi Rex C* Regina Hifpanie , aut haredes € fucceffores noffri 
recufänerimns aut recufaucrint id facere , dicfus Chriffianiffimus Rex Francorum, 
ant cius haredes @ facceffores poterit vel poterunt recuperare peffeffiencm dittornm 
Comitatunm Roffilions € Ceritanie, Cr premiitimus obcdire ©: acquicficre ludi- 
cio quod Juper premil]is crit latnm , G reflituere praditéo Christiani[]imo Regi, he 
redibus © faccefforibus fais realem Cr aifualem pafieffioncm diciforum Comitatuuns 
Roffilions © Ceritanie, fi per ludicium ditforum Arbitrorum © 1udicum neutro- 
rum jumptorum C* elecforum inter diéfas partes vel earum fucceffores ditfum cd 
ordinatum fucrit,quod fic fieri debear ant alias, quemadmodum per ipfos Arbitros 
Zadices neutros erit in totum dicfum C* detcrminatum. | | 

10. Et fi conigerit , g#od Deus amertat, quod, pofiguam nos Rex Franco- 
ram predicfus, fecerimus G compleucrimus pro parte noffra, id quod didfi Sereniffi- 
mi  Potentiffimi Rex C Regina Hifpanie nobs requiri feccrunt, concernens Co- 
mitatus pradicios Roffilions C Ceritanie, GC quod pradilfi Sereniffimi © Poter- 
tiffimi Rex GC Regina Hifbanie, heredefque  fucctffores fai vellent integre obfer- 
are © adimplere ea ,que per ditfss Ligas [nt promiffa Cr concordata, fuerinique 
éudicata © sien sd ditéos Arbitros © Indices nentros :tali in cafs nos dicfus 
Rex. Francorwm pro nobis, beredibu/que G faccefforibus noffris poterimns recaperare 
pleno iure  propria asthoritate fine aliqgus Summatione quibufcumque perfonis fa- 
cienda, nec alio Minifierio Iufltie, ditfos Comitatus Reffilions G Ceritanie, 
on facicmus, nec facere poterimus nos dicfi Rex © Regina Hifjanie, harcdejque 
Œ fucceffores noStri uns vel ces impedire, nec pertarbare gaoquo modo, vt dicfums 
eff, [ca renunciamus in cafu predicfo pra nobis, harcdibufque Cr fuccefforibus noftris 
omni iuri proprictatis, dominii ©” paffeffionis que pollemus pratendere aut deman- 
darc in dichis Comitatibus Roffilionis Cr Ceritanie; © poreris ditfus Rex Chriffia- 
#iffimus , fuique heredes © fucceffores pradicti poterant Je ponere in tali G fimils 
pUefione G gaudentis ,in qua ipfe Chriffianifimus Rex eff de prefenti. 

11, Îtem, ff per Sententiam GC: indicium diforum Arbitrerum € Iudicum 
predicti Comitatus Roffilionis @ Ceritanie fuerint adindicati nobis prefats ReciC 
Regina Hifpanie, vel baredibus @ fuccefforibus noffrw predicfis , eo in cafs vt 
vtrinque aqualitas féruetur, Nos dicfus Francorwm Rex , haredefque € fucceffores 
noffri predicfi tencbimur dare pro ditta fecuritate G obferuationc dicfarum Liga- 
ram G Confæderationum , compenfationem C* taxationcm squalem talem,que crit. 
ordinata per difos Arbitres C° ludices qui de ilis determinabunt, quemadmodum 

? vidcbitur cis facicndum per rationcm. Et fimiliter ff per dites Sententias dilfo- 
sum Arbitrorum GC Indicum ipfi Comitatus fuerint adisdicati ditfo Chriffianifi- 
mo Regi Francie vel faccefforibus fais, in eum cafans nos ditii Rex C° Regina Hif 
panie, few beredes G fucceffores noffri tenchimur dare aliam talem fecuritatem pro 
ebféruatione dictarum Ligarum , quemadmodum per diltos Iudices C Arbitres erit 
ordinatum , C° fubditi ditforum Comitatuum féruire, obedire € recognofcere in Do- 
minum dicfums Chriffianifimam Regem Gr ficceffores fuos, @ cxoncramus à fobie- 
CFione , iuramento @ obcdicntis in quibes poffent tencri mobis dictis Regi C Regi- 
24 Hifpanie C° fhccefforibus noffris preditfis ad canfam ditiorum Cemitatnum, 
abfque eo quod aliquid ab Gfdem fabditis pofit guerelari vel peti, neque ctiam 
quod pofint incurrere aliquas pœnas apud nes. Et ideo nos predilfi Rex @ Regi- 
n4 Hiffanis promittimus pro nobis, beredibufque  fuccefforibus noffris predictis, 
quod nunquam faciemus aliquid quod fit in damnum, defaduantaçinns CG prais- 
dicium dicfi Chriffianifimi Francorum Regis O* faarum Patriarum , Terrarum 
 Dominiorum , quocunque modo fucrit, tam de faifo, féitu, quam alias, C ita 
inramus @ imrabimus folemniter ei, meliori forma © mode guibas fieri pererit, 


DV ROY CHARLES VIIL 667 
Gad hoc nos obligamus fab Cenfuris Ecclefie , noffris Sigilis G: Signaturis nof° 1 4 9 3 


tris propriis manibus munitis, antequam poffefio dicforum Comitatusm Roffilionis 
© Ceritania fit mobis predithis Regi C Regine Hifjanie tradita. 

12. Pro quorum guidem Comitatuum traditionc Gr deliberatione nos predicfus 
Francorum Rex donauimus C* damus poteffatem confanguince noffro Comiti de 
Montpenfier, vel confanguineo etiam noffro Ludouico de Ambafia Albigenf * dou 2 
Epifcopo, accipiendi, fes adipifiendi in manibus [his Caffra, Villas, Oppida & ” É 
Fortalitia dicéorum Comitatuum ad tradendum © deliberandum poffeffionem eorum 
Gr earum predictis Sereniffimis G Potentiffimis Regi G Regina Hifpanie, vel Com- 
miffis aut Depuratis ab es. R 

13. Tamen anscquam tradatur CG deliberetur poffefio ditforum Comitatuwm, 
Nos praditfus Francorwm Rex intendimus C° intelligimus quod praditfi Poten- 
tifimi Rex C Regina HiSbanie, © 1luffrifimes loannes Princeps Affuriarum 
© Gerunde, corum primogenitus sarabunt perfonaliter in praféntia alicuius per- 
Jonæ, per nos Francorum Regem preditfum ad eos füper hoc miffe vel mittends, de 
bene, lgaliter G* integraliter cuflodiendis , obféruandis &: continuandis per cofdens 
Regem  Reginam , haredefque € fücceffores fuos , faaque Regna G: Dominia pre- 
diitas Confæderationes € Liges. Et fimiliter iurabunt hoc @ promittent due ex 
bonis Villis fé Ciuitatibus Regnorum, Terrarum C* Dominiorum ipforum , vide- 
licet, Cæfaraugufta &- Barchinona, @ dabunt de hoc [ua Sigillata G* Securitates 
in manibus pradicfi Epiftopi Albienfis. Qui quidem Albienfis Epiftopus iurabit Cr 
promistet quod illa non mittet extra manus C polfe fuum , donec G+ quou/que pof- 
Jefio ditforum Comitatuum G: Dominationum fucrit C fit tradita pradittis Poten- 
tifimis Regi C Regina Hifpanie. 

14. Et cum hoc ipfi Potentifimi Rex © Regina promittent @ affecurabunt de 
bene Gr legaliter trattando fubditos manentes G* habitantes in dicfis Comitatibus, cr 
quod non facient, paticntur aut permittent eis fieri aligua mala vel inconuenien- 
tia indebite in perfonis G* bonis corum, Ce fignanter illis qui feruierunt nobis Re- 
gi Francorum pradicfo, vel Domino Regi Ludouico guondam cariffimo genirori 
noffro , cuius anima in pace requieftat, co durante tempore, quo Comitaius © Do- 
minis predicfa in manibus noffrum extiterunt. | 
__ 15. Et hoc faëto, sos predittus Francorum Rex tenchimur G tenemur tradere 
G* deliberare realiter de fatto poffefionem preditlorum Comitatuum © Dominio- 
ram intra tempus quindecim dieruns proxime féquentium , predictis Potentifimis 
Regi € Regina Hifpanis [eu Commifiis G* Deputatis ab eis. Refpefu vero Iura- 
mentorum , Securitatnm C* Sigillatorum duarum aliarum Vilarum [tu Cinitatum 
pradiéforum Regnorum GC Dominiorum, Nos preditfus Rex C* Regina Hiffanie 
tenchimur C* tememur fornire féw complere Sigillata ipfa intra tres menfes poft di- 
am poffefionem traditam. Et nos pradictus Francorum Rex fimile faciemus ex 
parte moffra, ac fimilem vicem reddemus erga preditios Potentifémos Regem € 
Reoinam Hifpanie, G fignanter promittimus fornire feu complere Iuramentum Vil- 

 darums feu Ciuitatum Tholofe € Narbone äntequam predita poffeffie tradatur. 

16. Et erunt per gentes, Offciales € Seruitores predicfi Regis Chriflianifims 
recuperate C* accepte omnes prouifiones tam machinarum , vicualium , quam alia- 
rum rerum exiSfentium in ditiis Villis G° Caffris preditforum Comitatuum Roffilio- 
#is O* Ceritanisæ pro deférendo cas vel ea in Patria Occitans C* in loco vel locis ip- 
fus Patrie vbi dicfo Chriffianiffimo Francorum Regi magis placueris. 

17. Et fimiliter recipientur © recuperabuntur denarii terminorum efcaduto- 
rum G debitorum ficuii efcadent sfque in diem dicfe poffeffionis. Et fi poff di- 
Fam poffeffionem traditam aliquid de dicfis denariis debcbitur , debitores corum 
compellentur ad pro ei foluendum realiter C* de faëto. Qui quidem denarii tra- 
dentur Thefäurario G* Offciariés predicfi Chriffianiffimi Reg Francorum C° aliis 
quibus deberi poterant. Qui quidem ctiam denarii qui fünt vel cffe poterunt ref- 
fantes ad recuperandum #14 6m aliis denariss qui recepti 1. G* recuperati 


Pppi 


1493: 


668 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 
per eundem Regem Chrifiianiffimwm à tempore quo ipfé © Chriffianiflimus Rex 
Ladouicus quondam genitor fuus babuerunt © tenucrunt dicfos Comitatus C Do- 
minis, crunt Ge remanchunt miilitati Re. L4bjque co quod nurquam praditli Rex 
Gr Regina Hifpanie , harcacjque G fucceffores fui poffint illos petere nec de illis 
quicguam querelari preditfo Regi Chriffaniffimo , vel fuccefforibus fui tam pro éi- 
éi denarix receptis C recipiendis , quam pro demolitionibus factis in Vis , Caf- 
trés G Fortalisis predicformm Comitatuuwm. 

18. Excepto remen qued in cafy quo ditfus Rex Chriffianiffimns voluerit fa- 
cere demsandam, vel procedere ad faciendam difiufionem de 1uribus [uis, & habes- 


” dum ludicinm à diéfis Arbitris,in cum cafum qualiber partiwm praditfarum poseris 


{6 inuare de omnibus G quibufiunque ivribus ais tam in principals quam quate- 
pus concernit fraifas , redditus , demolitiones Cr alia intereffe pretenfa per qguamli- 
bet dicfarum partium. 

19. Ecintendunt, /w inteligunt partes preditfs, quod manentes G* habitan- 
tes im pradictis Comitatibues , GC fimiliter [ubditi preditforam Regum fine int Cle- 
rici, laici, Nobiles, aut alii qui habeant bons ei pertinentia in predicfis Comita- 
tibus, Regnis @ Dominiis, fine ad canfam corum ‘vel nxorums faarum, ant Bentf- 
ciorum , ant ali4s , flabunt, @ reuertentur in gandentia prediéterum fsorum bone 
rum ; nonobffantibus quibufinnque bannis ant confifcationibus qua faite fucrint 
ob casfam feruitioram | partitormm [êm adherentiarum utriufque Partinm pradi- 
éfarum , exceptis tamen frucfibes G" penfionibus perceptis, retentis feu. leuatis, que 
remanchunt apsd cos qui ilos vel ils leuancrunt, retinserunt © réceperunt; ex- 
ceptis etiam fraclibus G* penfionibus flantibus © qua ffant ujque in diem tradite 
poffeffionis. | 

20, Et poterunt habitarores @ fnbditi ntrixfque Partiam praditfarum libere 
ad insicem communicare cundo, veniendo G flando, ff bonum cis videstur, abf- 
que ce quod fuper hoc aliqualiter impediri pol]int. 

21. Item, @ quia Principibus faculi conuénir Statum Ecclefiafficum G* perfe- 
sarum Ecclefafficarum pretegere, tueri G manire : idcirco ad tranquilitatem ba- 
bendam, C: ad fedandas qwafiunque lites G- contronerfies ; qua inde oriri pol]ins, 
eff consentum G* concordatum inter Sereniffimes C Potentiffimos Principes pra- 
dicfos qued Reuerendi G* Vencrabiles Patres in Chriflo Georgius de Ambafia, 
Archiepifiopus Narbonenfis, Carolus de Martini, Epifcopus Elnenfis, Petrus de 
Ablaco, Lecforenfis Epiftopus Abbafque Graffénfis, Antonius Perrus de Nar- 
bona, Vabrenfis Epifcopus , @ Abbas Foniis frigidi, Antonius de Narbona, 
Arularum Abbas, Perrus de Santo Thamant, Abbas Sancti Michaëlis de Tu- 
xano, Ludouicus de Auenabulo, Adminiffrator perpetnus Monaffcriorum Beat 
Marie de Regali Perpiniani C* Sancti Gencfii de Fontanis, Deodatus de Nar- 
bona, Abbas Sanéti Andres de Sureda, Anthonius Vaquerii, Abbas Ville lon- 
ge, Magifler loannes Leris , Legum Doéfor, Archidiatonws Elnenfs , Petrus 
Galeti, Picariws Elnenfis , Reginaldus de Martini, Canonicus Elsenfis, Œ 
Adminiffrator perpetuus Prieratus Brate Marie de Campo ditfe Elnenfis Diece- 

fs, Petrus Torti, Comducferiws Elnenffs, G* alis quacunque Perfone Eccleffafis- 
ce, obtinentes Epitopatus G* Pontificales Dignitares, Abbatias , Archidiaconatus, 
Canonicatus , Prioratus, Prepofitures, @ alias quafiunque Dignitates, Offkis © 
Bencficia Ecclefiaffica régularia vel fécularia , curata, fimplicsa C non curata in 
predicfis Comitatibus Roffilienis G Ceritanie, fiut principalé fandatio ac fèdes il- 
lorum fit intra dictos Comitatus fine extra, C* fignanter in Regno Franciæ vel 
Dominiis illi adiacentibus, G* ad casfam corum, fiue ex mnione Apoflolica, fine alies 
obtineant Villas, Oppide, Caffra @ Fortalitia cum mero C* mixto Imperio Cr in- 
rifdictione , fi quod vel que ad caufam diéfarum Dignitatum , Bencficiorum , Vills- 
rum , Caffrorum, Oppidorum G* Fortalitiorum jibi pertinent, cenfus , vfatica, cen- 
Süalis @ alia quacunque Iura, redditus G emolumenta, in diéfis Comitatibus ea 
perinde nt antes babere pacifice, C quicte obtinere , poffiaere > adminiffrare, exer- 


ae 


pv Roÿ CHARLES VII. 669 


RIRES ES CRE 


cer percipere valeant, ac fi gfent naturales C7 criundi ex dilté Comisatibus 1 4 9 3. 


Roffdionis G Ceritanie aut Principats Catalonie , nonobflantibns diéfa Comi- 
satunm refitutione, © quibufunque Pragmaticis Sanifionibus , Conffthtionibus 
Catalonit, Ediclis C* Ordinationibus Regiis, vel aliis quibufcunque contrarium for- 
taffe diSboncniibus, ctismfi maiori expreffione verborum indigerent. Reféruato ra: 
men Inramento fidelitatis dictis Sereniffimis ° Potentiffimis Regi G* Regine Hif: 
panie & Juccefforibus [uis preffando à füperins nominatis € «ab ali quibuftunque 
qui Bencficia in ditfis Comitatibus poffident feu poffidebunt. 46 ctiam reféruata cif° 
dem Potentiffimis Regi G Regine Hifbanie, barcdibufque Cr faccefforibas fuis fa- 
culsate G* poteflate munsendi caffra G* Fortalitia Alcaydis, gentibns, armornm , ma: 
chinis, dr ali inffrumentss [eruientibus ad guerram in cafs neceffirati , fine ta: 
men praiuditio lurimm GC libertatum Ecchfis, ac etiam Kegiarum Preeminentia- 
ram.  Referuato etiam quod diëfis Pralatis G aliis quibufunque Perfonis Eccle= 
fasticis dicfes Dignitates @ alia Beneficia poffidentibus per hanc Concefionem non 
aitribuatur, nec attribui poffit modo aliquo mains lus in ipfis Dignitatibus G Bene- 


ficiss, Gad eas C ea qua cis de jure  inffitia pertines C fhcitlat, Verum fe ali- 


qua Controncrffa [és Quaffio oriatur faper titulo fé titalis ditfarum Dignitatum, 
aut bencficiorum manutentis in fais polfefionibus , cis qui ipfas Dignitares G Bc- 
nefcia in prefentia offident , Controuerffe ant Æuaflioses Titulorum ipfaruns 
Dignitatum pr nt per Renerendam Archicpifcopum Narbonenfém Metro: 
politanum terminentur G@ decidantur. Ipfs tamen dilfus Dignitates C Bencf- 
cis nunc poffidentibes faper pofféfforio slorum non turbatis feu inquictatis,donec 
quoufque per ditfum Archicpiftopum J#per hoc Partibus auditis aliter fuerit ordi- 
natum CO PTONUnCiaÎRm. | 

22. Et fi aliqui Ecclefiaffici, quicunque fint, velint ad dicfum Regnum 
Francis tranfire , aut in codem morari ; hoc libere facere poffint d valeants 
abfque co quod ob cam caufäm in Bencficin fi poffit ci aliquod impcdimentum 


fers. 


23. Et ex tenore preféntw Tralfatus remittusiur G° indalgentur per Nos pre- 
dictos Regem G Reginam Hifjanie omnes cafus, crimina G° delitfa à quibufiun: 
que fabditis, cuinftunque flates vel conditionis fucrint, commifi G: faifi, commiffs 
Gr faéfa propter feruisinm prefliturs , adherentiamque C- obcdientiam per cos praffi- 
tas defuntio bone memoris Ludouico Regi Francorum , G° Chriffsaniffimo Regi 
Francorum feliciter regnanti, ratione vel ad camfàm duntaxat guerrarum faifarum 
occafione dicfornm Comitaisum , taliter G tali forms god nunc vel in faturum 
mon pofiis eis aligna moleffis inferri in perfonis corum, ant bonis occafionaliter 
quomodocunque fucrit ex canfa prediéfa. Quin imo, premifñs non obffantibus , re- 
tineant rvel recaperent bons [ua , C illis vtantur C° gandeant pacifice. Et fimile 
fat ex parte predicti Chriflianifimi Francorum Regis, 

24. Et promittetur @ promittitur viris Eccleffafficis, Nobilibus Cr aliis qui- 
bufcunque diéforum Comitatunm Rofilionis @ Ceritanie, cuinféunque ffatus vel 
conditionis fint vel fuerint,quod fi aliqui vel aliquis corum ivelit ant vclint refide- 
re vel remanere in ftruitio Chrifanifims Reg Francorum, pradicti ei vel eis id 
biberum cexiflat, G quod ils vel ilhs Jic refidentibes vel remanentibus in perfonis 
Gin bonis füis, ant familiarium C° féruitorum forum non fiet aliquod impedi- 
menturs , vel diffurbinom , aut opprobrium direële vel indireites imo illi tales vo: 


dentes remancre, fi qui fint, vel fucrint, gandebunt corum bonis , reuenutis , vel red- 


ditibus. Et poterunt Nobiles C7 alis laici predilfi tenere in ei[dem Comitatibms 
nxores, cormm liberos G familiam, quemasdmodum ° taliter facient ali commo- 
rantes G habitatores corumdem Comitatuum , aliorumaque Recnorum G Dominio= 
rum prefatorwm Potentiffimorum Principum. 

25. Qui quidem pradicli poterunt vendere G alienare quocunque mode C 
titulo, per fe, vel per Procuratores fuos dicta cerum bons, C pretium ipforum bo- 
merum fhorurs alicnatorum in nus fhes conueriere, aut lies de ipfis difbonere «d 


PPpp i 


1493 


67o OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


. fai libitum C° voluntatem; G* de nono permittitur C* permittetur cis ire, merari 


@ refidere , fi bonuwm cis videatur , in eadem Patria. | 

26. In præmiilis rames non erunt neque fnt aut inteliguntur «fe compre- 
benfi feu inclufi féclerati viré, criminofi, G° qui exigentibus facinoribus fuis [en 
delichs punitionem merentur condignam. Std ut Iuffitia aqualiter feructur, C 
Reipublice debite confulatur, remitientur diéfi fcelerati criminofi féu delinquentes 
de una parte ad aliam, C* vice muius debito modo fécundum formans luris d 
Iufftia. | 

27. Et ultra permittetur G permittitur fabditis G vafallis quibuftunque dicfi 
Chriflianiffimi Francorum Regis feraire & adharere Celfitudinibus C Maieffatibus 
pradictorum Potentiffimorum Regis cd Regina HiSbanie. Et vice mutua permit- 
titur @ permitictur fabditis G vafallis quibufcunque cornndem Potentifimorum 
Principum Regis C* Regina Hifpanis fersire Maicffats CG Celfitudin: praefati Chrif: 
tianifimi Regis Francie , nomobffantibus Confltutionibus € Pragmaticis San- 
éionibes, Legibus generalibus G* particularibus ; terrarum, CG Promifiionions fe 
pollicitationibus quibufcunque premiflz facultati, G* aliis preditlis contrariantibus 
fes repugnantibus. Quas quidem Confhtutiones G Pragmaticas Sanitiones , fi gu4 
Jint, premifiis contrariantes refpeiiu pradictorum » Regis Maicffates predicfa nullius 
effe voluns roboris atque momenti. 

28. Item ef concordatum G* consentum quod pro obféruatione Commer- 
ciorum G rei mercantilis, G* ut ipfa Commercia Mercatorum , Regnorum C Ter- 
rarum predicfarum utilius fiant G conducantur in fecuritate debita CG ad ati- 
litatem Reipublice, quod nos diéfi Reges ab utraque Partium facicmus & no- 
minabimus videlicet quilibet noffrum pro parte [a aqualiter conferuatorem ver 
conféruatores pro conferuandis C* manusenendis prediciis Commerciis @ Merca- 
toribus. | 

29. De quibus omwibus fupradictis fient C* expedientur Litters in meliori for- 
m4, qua fieri poterit, pro fécurisate Partinm pradiifarum. Quas quidem Amici- 
tias , Ligarum nexus, Vniones, Confæderationes perpetuas , Concordiamque finalens 
ob ciufdem Domini noffri Ief# Chriffi, Creatoris G* Redemptoris noffri rewerentiam 
(fab cuius nomine omnia ad fine falutarem C perfeifum rediguntur ) nos pre- 
diéfi Rex G° Regina Hifpanis intuimus , promifimus , concordauimus , firmaui- 
mus C israuimus , inimns, pollicemur , promitiimus, concordamss , firmamus , C* 
juramus füaper Sancta Dei quatuor Enangelia corporaliter Ge manualiter per nos 
saifa bons fide G* in verbo Regio tenere , adimplere , G* inuiolabiliter obferuare, pro 
nobis, Regnis, Terris, Dominiis G* Ditionibus noffris ea omnis,O* finguls que ad 
nos attinent, attinereque poffunt G* debent, fingula fingulis referendo, prout in 
idem Articulis continetur G* cauctur , Ô* contra ipfos C* ipfam ; quouis modo di- 
recte vel indirecte non contrauenire , fub obligatione G* hypotheca omniwm bono- 
runs noffrorum preféntium G° futurorum , necnon C* fub pæma periurii, quam Rex 
CG Regina Pains tali café incurrere. Et pro pramifiis firmius adimplendis fuppo- 
féimus C fabmifimus , fspponimulque G* fébmittimus perfonas noïtras C: faccef- 
fôrum noffrorum, Regna C* Dominia noffra prefata fabmifonibus , renwnciation- 
bus, obligationibes G: pænis contentis in prefatis Articuls , © pariter Cenfuris 
Sanéfe Sedis Apoflelice: volentes quod ad maiorem firmitatem preditiorum : om- 
nium C* fingulorum Littere Apofholice Japer ipfis fortiores GC meliores difamine 
Sapientum, fubffantis tamen non mutata, confictantur, eafque tradere tencamur , ac 
etiam teucantur fucceffores noffri quoties per prefatum Chriffianifimum Regem 
Francorum , carifimum fratrem GC Confæderatum noffrum , aut cius fücceffores in 
Regno C Dominiis ill adiacentibus fuersmus aut fuerist requifiti. 1n quorum 
omnium GC fingalorum fidem & teffimonium prefentes Litieres manibus noffris 
fignauimus , Sicillorumque nostrorum munimine iuffimus roborari. Datum 5x 
20ftra Ciuitate Barchinonz, decimo-nono menfis Ianwarii, anno à Natiuitate Do- 
mini 1493. Regnorumque noïfrorum, videlicet, Siciliæ anno 26. Caftcllæ & 


ee 


DV ROY CHARLES VIII... 6: 
Legionis 20. Aragonum vero @ aliorum 1 5; Grapatæ autem fécundo.  Ainf 
figné , Yo el Rey, To da: Royma M 


Eco Ioannes de Coloma, Seremifimorum &: Potentiffimorum Dominsrum 
Regis @ Regina Hifpanis ; Dominorum neftrorum Sccretarins , C° Apañtelica 4c Re: 
gia aucforitatibus publicus Notarins, bec omnia [crjbi feci, de mandate Celfisudi 
sum fuarum, caque inffh caruw mans propria fignaui, in fidem € teffimoninm 
pramifforurs. — | ne + 

Er Nos Ioannes Princeps Afturiarum & Gerundæ , Dux Monti/albi, 
© Dominss Cinitatis Bala GATÉt , Maicflatum pradiitarum Serensfimorum C:Pe- 
tentifimorum Dominorum Regis G* Regine Hifbanie, parentam C* Dominétum 
meorum colendifimorum primogenitus , in omnibufque Regnis Cr Terris fais gene- 
ralis Gubernater , Cr poff felices G longanos dies [was mninerfalis beres Gr faccefe 
Jor ciufdem , paternis motus.refpectibus , buinfmods Amicities, Ligas, Inteligentiss 
CG Confæderationes ,  omnis C° fingula defüper contents, in quantum ad nos at- 
tinent, vel quemodolsbet in futurum attinere poterunt, promitiimns Gr policemur 
ôn verbo Principis ac ctiam iuramws ad Dominum Deum G* cius fénifa quatuer 
Enançclia manibus noffris corporaliter taila, tenere Cr obferuare, ac teneri . ebfêr- 
#ari facere in emnibus G* per omis iuxia corune fériem G° fenortm , GC contre ca 
directe vel indirecte non fasere vel venire ; fub obligatione G hypethecs omninm 
bonorum noffrorum prefentium C futurorum, Jàb pæna periurit. quam -Princeps 
poteff in tali cafw incurrere. Et pro premifiis firmins sdimplendis, fppefhimus Gr 
fubmifimus  fupponimufque C fubmitiimus perfonam. noffram fibmifienibas, re- 


1493 


19. Ianuier 
1493. 


nunciationibus © pœnis contentis it prafatis Articulis, C pariter Cenfuris Sancte | 


Sedis. Apoffolice , eis modo G forma , quibus preditfi Serenifimi © Potentiffimi 
Rex G* Regina, parentes G Domini noffri colendiffimi fe féppofuerunt & fubmi- 
férunr. In quorum omnium @ fngulorum fidem € seflimonium prafèntes Lit- 


teras mané noffra fignäuimus , Sigilique noffri munimine $uffimus roborari. Da - 


tum is Cônitare Barchinons decimo-nono men 70 Jannarit anno à Natiuitate 
Domini 1493. Yo el Principe. °°.  °. . 


Eco preditfus Toannes de Coloma,, Regiss G Reginalis Secretarius; ein f° 
dem authoritatibus publics Notarius, ac ctiam dicfi IÜnfiriffimi Domini Prinsi- 
pis C primogeniti Secretarins, praditfa de fus Serenitatis mandate ftribi feci, G 
mans propria fignani, in fidem C tcfirmonism prewifforum. . un 


Les Confuls- de Perpignan , à Madume de Bourbon, Lay mandent qu'ils 
veulent demeurer Suiets du Roy, é7 ne fe point rendre | 


ah Roy d'Efpagne. 


RES-HAvTE & puiflante Princefle, & noître tres -redoutée Dame, 
plaife vous fçauoir que nous vous enuoyons les doubles des Lettres 
qu'il a plu au Roy noître Sire nous efcrire, & le double de celles que à pre. 
fent luy enuoyons, afin, Madame, que vous foyez informée de noftre in- 
tcntion, comme voulons eftre & demeurer perpetuellement bons Suicts du 
Roy & de fa Couronne, & viure & mourir fous la fuietion d’icelle; com. 
me plufeurs fois, Madame, vous en auans auertie, Auec ce de prefenr, 
Madame, ferez informée de ce qu’il a plu au Roy par fes Lettres nous 
declarer comme il nous tient bons Suiets, & nous défendra contre tous. 
Pourquoy, Madame, fi ainf eftoit, de rendre ce Pays, & nous bailler 
aux mains du Roy d'Efpagne, ce feroit fait au tres-grand dommage, préiudis 
ce & deshonneur du Roy & de fa Couronne, & de tour le Royaume, 


RSS CE  ———— 


_— 672 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
1493. & en fpecial de fon Pays de Languedoc noftre voifin, duquel, Madame, 
È Monfeigneur & vous auez la charge; & pouuez penfer ; Madame, le dom- 

mage qui en peut venir, fi le Roy nous baille audit Roy d'Efpagne, & aprés 
ne vouloic eftre born amy du Roy. Vous eftes, Madame, la Princefle de 
touc.le Royaume qui en ce deuez veiller plus que tout autre, & pour ce 
défendre telles chofes comme nous-mefmes pour beaucoup de raifons, Nous 
j vous en aduertiflons , Madame, volontiers, pour la finguliere confiance que 
auons en vous, & vous fupplions , & pour Dieu prions & requerons que 
fur ce, par les remedes que à ce appartiendra, vous plaife y pouruoir, telle- 
ment qu’il y foit remedie , & pour que cels brouïlleurs & inuenteurs de 
maux foient punis iouxte le cas ; & vous plaife, Madame, d'en bien auertir 
le Roy, afin qu’il luy plaife de ne permettre en nulle maniere de parler, & 
mefme faire telles chofes. Et vous fupplions, Madame, qu’il vous plaife d’ef. 
tre diligente à bien défendre par luftice ce prefent Pays & Comté, qui #4» 
ont couffé am Roy G' an Royaume, & en fpecial au Pays de Languedoc, & où 
ledit Seigneur a fi bon droit, dont vous en aduertirions bien quand befoin 
en feroit; & que nous eftanc à prefenc fous la charge de Monfeigneur voffre 
mary, & de Monftigneur de Montpenfier, le Royaume ni nous ne prenions vn 
tel dommage, comme de nous bailler audit Roy d'Efpagne. Madame, en 
- cecy vous y auez voftre intereft fi grand par ce que dic eft, que y deuez 
bien penfer pour y remedier; & de ce faire vous en fupplions, & à tant 
prions à Dieu, tres-haute & puiflante Princefle , & noftre tres-redoutée 
Dame, qu'il vous ait en fa fainte garde. Efris en Perpignan le quatrieme 
jour de Iuin. ÿos tres-humbles @ obéifflans féruiteurs , les Confuls de L: Pile 
de Perpignan. Et au dos eft cfcrit: C4 rres-baute Gr puiffante Princeffe, G: nof° 
#re tres-redoutée Dame, Madame la Duchefle de Bourbonnois. | | 


Le Vicomte de Rode, à Madame de Bourbon. Luy mande que ceux de la 
Ville de Perpignan veulent demeurer fuiets du Roy, € qu'ilsnefe 
rendront an Roy d'Efpagne que par force. 


4. Inis T'Res-HAVTE & puiflante Prigcefle, & ma tres-redoutée Dame, fr 
us tres-humblement que faire puis me recommande à voftre bonne gra- 
ce, à laquelle plaife fçauoir, comme depuis que vous ay efcrit n’eft furuenu 

aucune chofe dont foit befoin vous auertir; mais toutes chofes par-decà fe 

portent bien, Dieu mercy, au feruice du Roy, de Monfeigneur, & de vous, & 

feront auparauant à l’aide de Dieu, & de ce qui furuiendra incontinent 

vous en aduertiray. | 

Madame, depuis que le Maiftre d’Hoftel du Roy, Ican François, eft pañle . 

en Efpagne, eft venu bruit en cette Ville, & felon que l'on dit eft venu 

d’'Alby, que le Roy cftoit deliberé rendre cette Comté de Roufüllon & Cer- 

daigne au Roy d'Efpagne, & que ledit Maïftre d’Hoftel en a fait offre audit 
*al. Madame. Roy d'Efpagne. À cette caufe, Monfeigneur *, les Confuls efcriuent au Roy 
& à vous, & fe font tirez deuers moy, en me remonftrant qu'ils font deli- 
berez viure & mourir fous le Roy, Monfeigneur, & vous, Madame, & qu’ils 
font émerucillez d'vn tel bruit, & que iamais ils ne feront au Roy d’Efpa- 
_ gne que par force; & que au cas que le Roy fuft deliberé de ainfi le faire, 
Émis s'en veulent défendre par Iuftice, & m'ont fignific que fur ce ils font 
eliberez enuoyer deuers le Roy, Monfeigneur, & vous, Madame, vne Am- 
baffade, & monftrenc que de tel bruit font tres-déplaifans; & foyez certai- 
ne, Madame, que ceux qui menent tel bruit n'aiment point le feruice, & 
font dignes de grande punition, & pour ce Madame vous plaife penfer ce 


mari," que couffe Rowfillon a# Roy G à fon Royaume, &e que c’eft le meilleur 7 


| 


DV ROY CHARLES VIII 6; 


que peut auoir le Pays de Languedoc, duquel Monfcigneur & vous auez 1 49 3. 
la charge, & les droits que le Roy y a, & les inconueniens que en bail. 
Jant Rouflillon s’en peuuent enfuiure, & de tout vous plaife, Madame, ad- 
uertir le Roy, en priant Dieu, cres-haute & puiflante Princeffe, qu'il vous 
donne bonne vie & longue, & accompliflement de vos defirs, £fris en 
Perpignan le quatriefme iour de Iuin. Fofre tres- humble G abéffant feri- 
teur, le Vicomte de Rode. Et à la fuperfcriprion ef efcrit: LA tres-bante, puiffante 
Princeffe, @ tres-redoutée Dame, Madame la Ducheffe de Bourbon. | 
Pris fur l'Original. 


Defcharge de la Will er Chaffeas de Perpignan, en faucur de Monfeur 
ou | le Duc de Bourbon. 


| | L : . 
Gels | Ow-rs PAR LA GRACE DE Dieu Roy De FRANC=: À noftre 7. Isikes 


tres-cher & tres-amé frere & coufin /e Duc de Bourbonnoës & d Auuer- 71: 
gne, ayant de par nous la Charge & Garde des Placés & Chatel de Per- 
pignan, Salut @ dilectien. Comme entre autres chofes, afin de parache. 
uer les craitez , alliances , amitiez & confederations faites entre tres- 

7 hauts & cres-puiflans Prince & Princefle, nos tres-chers & tres-amez fre. 
re, fœur & alliez les Roys & Reyne de Caftille, de Leon, d’Arragon, de 
Grenade, &c. noître coufin le Prince leur fils, enfans & fuccefleurs, leurs 
Royaumes, Pays, Terres, Seigneuries & fuiets d’vne part & nous, auffi 
nos Royaumes, Pays, Seigneuries & fuiets d’autre part. Entre autres cho 
fes nous ayons accordé,comme fçauez aflez, à iceux nos coufins & coufine 
bailler la pofieffion des Comtez de Roufillon cd Sardaigne, fous les .condi- 
tions plus à plein contenués és points & articles fur ce fairs, & à ces cau- 
fes vous ayons des pieçà ordonné mettre és mains de noftre ame & féal 
coufin & Confciller l'Ese/que d'Alby, où autre de par luy, lefdits Chaftel & 
Place de Perpignan, pour aprés en faire la deliurance felon ce que deflus : 
cit dit, & à cette fin vous ayons enuoyé & fair expedier autres nos fembla- 
bles Lertres de defcharge & quittance, ce qui toutefpis n’a encore bon- 
nement pu {ortir effet. Parquoy nous, voulans de noffre part faire, tenir & 
accomplir ce que deflus eft dit, & que auons iuré & promis felon les con- 
ditions d’iceux articles, auons de nouuel conclu, delibere & ordonné que 
ladite deliurance fera faice fans plus de dilation. Fows mandons, & tres- 
expreflément enioignons derechef, que ladite Place & Chaftel de Perpi- 
gnan vous mettiez ou fafliez mettre & bailler par celuy ou ceux de vos 
Liceutenans que vous auez commis à la garde d’iceux,és mains de noftredit 
coufin & Confeiller l’'Euefque d’Alby, ou de ceux us befoin fera,ou qu’il 
auifcra, pour aprés en faire la deliurance à nofdits freres & fœur les Roys 
&c Reyne de Caftille, ou à leurs Commis, Procureurs & Dépurez en enfui. 
uant les conditions contenués éfdits traité, confederarion & alliance, & en 
ce faifanc du ferment, & aufli de la garde & charge que vous & vofdits 
Lieutenans & Commis auez euëé & encore auez pour nous defdits Chaf- 
cel 8 Place de Perpignan, vous en demeurerez quitte & defchargé enuers 
nous & les noftres, & par tout où il appartiendra, fans que ores ni pour le 
temps à venir ce puifle tourner à aucun deshonneur ni préiudice de vous ni 
des voftres, ni que aucune chofe vous en puifle eftre reprochée ni deman- 
dée, ni à vofdirs Lieutenans & Commis en maniere quelconque, & par 
la ceneur de ces Prefentes fignées de noftre main vous en auons quitré & 
defchargé, quittons & defchargeons : Car tel eft noftre plaifir. Donné à 
Paris le feptiefme iout de Luillet, lan de grace 1493. & de noftre Regne 
le dixicfme. Signé CHARLES. Et plus bas, Par le Roy, Roberter. | 


< Pris fur l'Original. 
QQ.q q 


67a OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


L 49 3° Prouifion du Gounuernement de Parks, Ifle de France © Bnre, Ch faneur 
du Comte de Monspenfier. . 


A Amboife le HanrLES PAR LA GRACE DE Disu Roy be FRANCE : À tous 
9. Decembre ceux qui ces prefentes Lettres vesront, Salut. Comme nous euflions 
Rd puis aucun temps donné à noftre eres-cher & amé coufin Le Comte de Monr- 


* C'efloit Gil- pen fier *, Dauphin d’Auuergne, l'Office de Viceroy & Gouuerneur de par 
Perses. nous du Pays de Rouffillon & Sardaigne , lequel Office il a depuis tenu & 
Montpenfier , poffedé paifiblemenc, & en l'exercice d’iceluy fe foit grandement con- 
fils de Longs de Quic & gouuerné au bien de nous & de la chofe publique d’iceux Pays, 
à Cite jufqués à ce que puis nagueres au moyen de F'alliance que auons renou- 
de ls Teur. uellce à noftre cres-cher & tres-amc frere, coufin & allié le Roy de 
Na Vicerey de Caflilte ; de Leon, & d'Arragon L il en a ché décharge. Pour lquel- 
fiber Le caufe, nous ayans confideration à la proximite du lignage dont nous 

attient noftredir coufin, & aux tres- grands 8 tres-loüables feruices que 


luy & fes predecefleurs ont fax à nous & à nos prédeccileuss Roys, 


auons deliberé & conclu te pouruoir d’vn autre grand eftat & honorable, 


Sçanoir faifôns , que nous, ces chofes confiderées, & que noftre cres.cher & 
tres-amé frere le Duc d'Orleans, auquel auons faic don à noftre aduenc- 
ment à la Couronne de l'Office de Gouuerneur de par nous en noître 
bonne Ville de Paris, & des Pays de l'ile de France, à nagueres efté 
pouruet de l'Office de Lieutenant Générat & Gouuerneur de noître Pays 
& Duché de Normandie, iceluy noftredit coufin de Moncpenfier, | us ces 
caufes & autres grandes confiderations à ce nous mouuans, & mefnemenc 
en récompenfe dudic Office de Viceroy de Rouflllon, auons fait, créé, ef- 
tabli & ordonne, faifons, creons,eftabliflons, & ordonnons noftredit Lies- 
tenant Général @ Gosnerneur de par nous ex nofiredite Ville de Paris, Pas de 
P'ifle de France G de Brie, & reflort d’iceux, au lieu de noftredit frere d'Or- 
leans, & luy auons donné & donnons par ces Prefenccs plein pouvoir, au- 
choricé & mandement fpeciat de vaquer, entendre, & s’employer de par 
nous, & en noftre nom en ladite charge, de faire viure & entretenir en 
bon ordre & police cous les fuiers defdices Villes & Pays,tant nos gens de 
guerre que autres, d'entrer en toutes les Villes & Places d’iceux, toues 
fois & en tel nombre & cftac que bon luy femblera , les voir , vifiter, & 
pouruoir à la feüreté, garde & fortification d’icelles en maniere que incon- 
ucnient n’en puifle aduenir à nous ni à noftredir Royaume, de conuoquer, 
appeller & affembler les gens des crois Eftars defdites Villes & Pays defluf- 
dies routes fois & quantes que befoin fera, de refifter à toutes entrepries, 
courfes, pilleries & affemblées que s’efforceroient faire à Fenconre de nous 
& de nos fuiets nofdits ennemis & autres malueillans de nous & de noîftte 
Royaume, & pour ce faire mander & affembler deuers luy & ailleurs où 
bon luy femblera nos gens de guerre de noftre ban & arriereban, & au- 
cres defdites Villes & Pays, & des autres Pays circonuoifins, & fi befoin 
eftoit les faire mettre fus en armes & habillemens de guerre, & les me- 
ner ou faire mener, conduire & enuoyer en tel nombre, & ainfi qu'il verra 
cftre expedient & neceflaire , pour la cuition, défenfe & feureté d’iceux 
Pays, de mettre & donner ordre, tant au faic des gens de guerre que au- 
cres, ain qu’il appartiendra, de faire ob£ir, fi meftier eft, aux Prouifons, 
Arrefts & expedirions de nos Cours de Parlement, Preuofts, Baillis, & au- 
tres luges defdits Pays, d’expugner ou faire expugner tous ceux des Villes 
& Pays deflufdits qui feront trouuez faifans ou auoir fait pilleries, outra- 
ges, ou autres maux & infolences à nos fuices par toutes manieres en tels 
cas requifes que noftredit coufin verra eftre à faire, felon l'exigence des 


CC eo LA ! L: La nd 


Dv RoY CHARLES VIIR  ë 
vas, & auffi de tenir confeail, & faire aflembler tel nombre de nos Confeil. 
lers de nos Cours de Parlement, Généraux de la Iuftice, Chambre des 
Comptes & autres qu'il verra.eftre à faire pour & bien de nous & de nos 
füuiets, & aller & aflifter en noftredit lieu, quand bon luy femblera,en nofs 


149 3« 


dites Cours & aillieurs pour le bien de nous & de noftredire luftice, & de 


la chofe publique defdits Pays, & généralement de faire & befogner és 


" chofes deffufdices & dependances d’icelles tout ainfi qu'ont fait ou pu 


faire fes predcceffeurs audit Office, & que noftredit coufin verra eftre , pour 
le bien : nous , profit & vtilité de la chofe publique, defdites Villes & 
Pays,ou que ferions & faire pourrions fi prefens y eftions, fans qu’il foi be- 
foin autrement les fpecifier ni declarer en particulier. Si donnons en mande- 
ment par ces mefmes Prefentes à nos amez & feaux Confeillers les gens te- 
nans & qui tiendront noftredite Cour de Parlement, au Preuoft de Paris, 
& à tous nos Baillis, Senefchaux, & autres nos Iufticiers & Officiers, Ca- 
pitaines, Chefs de guerre, vaflaux & fuicts defdits Pays, & à chafcun d’cux 
fur ce requis, que lefdites Prefentes ils faffent lire & publier par tout où il 
bee, Po &c que noftredit coufin le Comte de Montpenfer , duquel 
nous auons prins & receu le ferment accouftumé, fes Lieutenans , Commis 


_& Députez touchant ladite Charge, Lieutenance & Gouuernement\defluf- 


dics obéïiflent & entendent diligemment, & luy donnent confeil, confort, 
ayde & entrée en toutes les Villes & Places de nofdites Villes 8 Pays, tou- 
ces fois que meftier fera, & requis en feront. En témoin de ce nous auons 
figné ces Prefentes de noftre main, & à icelles fait mettre noftre petit féel 
ordonné en J’abfence du grand. Donné à Amboife le neuuiefme iour de 
Decembre, l’an de Grace 1493. & de noftre Regne le onziefme. sic si- 

atum, CHARLES. Par le Roy, Mcfleigneurs les Ducs d’Orleans & de 
Bourbon, le Comte de Liney, l’Euefque de Saint Malo, les fieurs d’Aubi- 
gny & de l’Ifle, Maiftre Îean de Gannay Prefident en la Cour de Parle- 
ment, & autres prefens, Bohier. Et eff fériptum : Leëfa, publicata, > regiffrate, or- 
dinatione tamen fatfs per Curiam,quod ditfus Comes Montifbenferis in albo no- 
minatus pretexts , neqwe Jub colore contentorum in dicto albo; non poterit deroga- 
re, feu preiudicare autoritatibws * pretminentiss Curis, ncque cuicumque Iuri[di- 


éoni ordinarie. CLAGfum in Parlamento decims nons die lunii anno Domi- 


mi 1494. Sic Signatum, De Ceri/ay. 
| Pré fur ‘vne ancienne copie en forme. 


AGE 43. G fuimantes: Au fuiet du voyage de Naples. 
P L'on a cru que ce traitté des Droits du Roy fur ce Royaume, 
ne feroit pas inutilement placé en cét endroit: ç’eft ce qui a obligé de le 
mettre parmy les Obferuations qui feruent de preuue à cette Hiftoire, 


Traité des Droits du Roy Charles VIII. aux Royaumes de Nale, 
Sicile @9 Arragon, mis par efcrit en 1491. du commandement 
du Roy, par Leonard Baronnat Maiftre des Comptes. 


M) Our l'élucidation & claire connoiffance du droit qu’a le Roy noftre 

Sire au Royaume de Sicile *, eft à préfuppofer & fçauoir que l'Empe- 

reur Frederic qui tenoit le Royaume de Sicile de l’Eglife Romaine, fut pri- 

ué d’iceluy par le Pape Innocent IV, au Concile de Lyon, & reuint le- 

dit Rovaume és mains de ladice Eglife Romaine, & declara ledit Pape 
Innocent qu’il vouloit pouruoir dudit Royaume par le confeil des Cardi- 
naux ainfi qu'il eft cextuellement contenu au Chapitre, 49 Apoflelice, de 

Zudiciss , in 6. | 
Aprés la priuation deflufdite, Pape Prbais 17. enuoya Meflagers à 
| QQ aa ÿ 


* jl entend 
auf parler du 
Royaume de 
Naples. 


149 3: 
Charles d' An. 
son Rey de Ss- 
sile, frere du 
Roy S. Lowys. 


Charles 11. 
Roy de Sicile. 


Robert Roy de 


Sicile, 


Jeanne I. Rey. 
ne de Naples 
donne Aui- 
£ron aux P#- 


pes. 


676 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Monfeigneur Charles Comte d'Aniou @ de Prouence, fils & frere du Roy de 
France, à ce que fous certaines paétions il voulfft accepter & receuoir le. 
dit Royaume de Sicile; &-aprés le trefpas dudit Pape Vrbain,le Pape Cle 
ment J V.en accompliffant ce qui auoit efté commencé par ledit Vrbain, 
donna & bailla ledit Royaume de Sicile auec le Domaine, la Seigneurie & 
les appartenances d'iceluy à perpetuel heritage audit Monfeigneur Char- 
les Comte d’Aniou, & à fes hoirs mafles & femelles en ligne dire&te; & 
s'ils mouroient fans hoirs , voulut le Pape qu'vn des enfans du Roy de 
France fuccedaft, & euft ledit Royaume de Sicile fous le .cens annuel de 
huit mille onces d’or, & certaines paétions. Et deflors fut ledit Monfei- 
gneur Charles receu en foy & hommage dudit Royaume par ledit Pape 
Clement, Et fur ce fair à Peroufe, au mois de Mars, le premier an du Pon- 
tificat d’iceluy Pape, lequel, & femblablement feize Cardinaux, eux fouf. 
crirent dans les Lettres defdits don & infeodation dont parle Iean André 
au Chapitre 4d “ES deffus allegué. | 

Ledit Royaume de Sicile, aprés ladite priuation dudit Frederic, fut occu- 
pé par Conrad fon fils, & aufli par Manfred, Prince de ‘Farente, fon autre 
fils, auquel plufieurs Prélats adhererent, & donnerent faueur pour laquelle 
caufe ledic Pape Clement IV. par Sentence prononcée én fon Palais de 
Viterbe, depofa onze Eucfques qui auoient adheré audit Manfred, & efté 
à fon Couronnement, ainfi que le met Gsilelmss Durand, in fpeculat. Titulo 
De accufationibus,$. Deponitur autem quis. | | 

Finalement aucun temps aprés ledit Monfeigneur Charles d’Aniou vain- 
quit & occit ledit Manfred , ainfi que recite ledic Jean André au lieu 
deflufdit, & par cé ledit Charles fut vray Roy & paiñble dudit Royau- 
me de Sicile. 

Ledit Charles premier Roy de Sicile eut vn fils appellé Charles 11. de 
ce nom, lequel comme vray Roy fucceda à fon pere au Royaume de Sici- 
le, & efpoufa Maric fille du Roy de Hongrie, de laquelle il eut fix fils, 
dont laifne fut Roy de Hongrie. Le fecond, nommé Louys de Marfcille, 
fur Frere Mineur & Archeuefque de Touloufe. L'autre nommé Phibppes 
fut Prince de Tarente. Et l’autre nommé Roberr, qui apres fondit pere fuc 
comme fuccefleur & vray Roy dudit Royaume de Sicile. x 

Ledit Roy Robert vray Roy & Seigneur dudit Royaume de Sicile eut 
vn fils nommé Charles Duc de Calabre, qui de fa femme eut deux filles, c’eft 
à {çauoir Jeanne & Marie, & deceda auant ledit Roy Robert fon pere, de- 
laiffant fefdités deux fillés Ieanne & Marie. 

Le Pape Clement VI. vnique & paiñble Souuerain Euefque, enuoya 
deux Cardinaux auec ladite Zeanne audit Rayaume de Sicile, commandant 
à tous les habitans d’iceluy Royaume qu’ils euffent & rinflenc ladite Reyne 
Icanne comme leur vraye Dame & Reyne: ce qu'ils firent; & lors ladite 
Reyne Icanne donna ou vendie audit Pape Clement la Cité d’Auignon, la- 
quelle depuis ce temps eft demeurée à l'Eglife de Rome, + 

Et depuis ladite Reyne ainfi receué paiñible audit Royaume de Sicile 
efpoufa aprés la mort de fon premier mary Asdré Louys Prince de Tarente, 
lequel au nom de fadite femme regna, & fut vray Roy, & eux deux com- 


. me vrais Regnans donnerent grands Priuileges en Prouence, 


Ledit Louys crefpafla, & fut ladite Reyne Ieanne marice en tierces no. 
ces auec Jacques fils du Roy de Maiorque, lequel certain temps aprés deceda, 
& fut icelle Reyne mariée auec Monfeigneur Orho de Brunfivich Allemand, 

ui la défendit en fondit Royaume , tant parauant que depuis le trefpas 
"elle contre Charles:de Duras, autrement dit de la Paix, É fera parie 
cy-aprés. D: 


: Et ainf par ce que dir eft appert clairement, & eft notoire par sou le 


DV ROY CHARLES VIII. Gy7 
monde, que ladite Reyne Ieanne a efté vrayeReyne & Dame dudit Royau 
me de Sicile, à caufe de Charles d’Aniou premier de ce Nom, Pere de 
Charles d’Aniou II. qui fur Pere du Roy Robert ayeul d’icelle Reyne 
Jeanne, tant au moyen du teftament dudit Roy Robert autorifé par l’E- 
que que par Faucorité & ordonnance du Pape Clement VI. dont cy- 

eflus a efté parlé, & fut ladite Ieanne tenuë & reputée pour Reyne & 


Dame audit Royaume de Sicile , Prouence , Piedmont , & autres Sei- 
gneuries. | 


1493 


Or il aduint que Charles de Duras , dit de la Paix, perfecuta icelle Adoprios de 


Reyne iufques à l’enclore, & l’aflieger en la Cité de Naples , & adonc 


Louis d'An- 
fon, Frero 


icelle Reyne voyant qu’elle n’auoit point. d’enfans, & eftoit iflué de 1a 4« Roy Char- 
Maifon d’Aniou, & que ledit Charles de Duras la perfecutoit, refoluant !‘: F- 


en fon entendement que Monfeigneur Louis Duc d'Anios, frere du Roy de 
France Charles V. & ayeul du Roy René, eftoit de mefme Maifon, du 
congé & licence dudit Pape Clement VI. elle adopta ledit Monfeigneur 
Louïs Duc d’Aniou en fon Fils, le fit fon heritier uniuerfel, & luy donna 
routes fes Seigneuries , en le faifant deflors Duc de Calabre, & manda 
par fes Lettres Patentes à tous fes Suiets , tant au Royaume de Sicile 
qu’en Prouence , & fes autres Seigneuries , que aprés fon trefpas ils luy 
ebcïiflent comme à fon vray Fils adoptif heritier & donataire, & le tinf- 
{ent pour leur vray Seigneur ; & ce leur manda femblablement ledit Pape 
Clement VI. lequel approuua & confirma les chofes deffufdites par fes 
Bulles Patentes données en Auignon Fan 1382. foufcrites dudit Pape 
& de dix-fept Cardinaux, comme par icelles Bulles peut plus à plein ap- 
oir. : | 

Aprés ladite adoption & inftitution, don dudit Duché de Calabre, 
confirmation, & autres chofes deflufdites ainf faites, ledit Monfeigneur 
Louïs Duc d’Aniou, aduerty que ledit Charles de Duras auoit affiegé la- 
dite Reyne Ieanne, {8 prepara & mit en armes du confentement & con: 
ge dudit Pape Clement VI. pour aller fecourir & défendre ladite Rey- 
ne, & y mena grande multitude de Gentilshommes & de grands Sei- 
gneurs, entre lefquels eftoit de noble memoire /e Comte de Sasoye, appellé 
Le Comte Verd , ayeul du Pape Felix V. 

Mais auant que ledit Monfeigneur Louïs d’Aniou & fon armée fuf- 
fent arriuez audit Royaume de Sicile, ledit Charles de Duras prit ladite 
Reyne leanne , l’emprifonna, & puis la fit eftrangler; & ce eft veritable. 

Ledit Monfeigneur Louïs d'Aniou arriué audit Royaume de Sicile 
conquit maintes Citez , Seigneuries & Villes , fut receu & tenu comme 
vray Roy de Sicile par plufieurs Nobles d’iceluy Royaume , & en con- 
querant ainf que le plaifir de Dieu fut, il mourut, delaiffant deux fils; 
c’eft à fçauoir Louis 11. de ce Nom, & Charks, appelle Prince de Ta- 
rente. os à Su nn 

Ledit Louis 11. Pere du Roy René, comme heritier & fuccefleur de 
fon feu Pere entra audit Royaume au douziefme an de fon âge de Fau- 
chorité du Saint Siege Apoftolique & confentement dudit Pape Clemene, 
& eut l’obeïffance prefque de cout le Royaume qu'il tint par mg 
excepté la Cité de Gayete, & à la fin le Roy /ean d’Arragon donna en 
mariage fa fille Ioland audit Roy Louïs comme vray Roy de Sicile, la- 
quelle Ioland fut nommée, & appellée Reyne de Sicile, & d'elle eut le- 
dit Roy Louïs trois fs, fçauoir Louis 111. du nom, René, & Charles, & 
deux filles , fçauoir UWarie, qui fut mariée auec le Roy de France Char- 
les VII. & 1oland. | 
:, Ledit Roy Louïs Il.-de ce nom, aprés la mort dudit Charles de Du- 


QQqag ii 


Louÿs II. Roy 
de Sicile. 


1493. 


673 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
ras, fut perfecuté audit Royaume de Sicile par Lancelot, fils d’iceluy Char- 
les, lequel Lancelor eftoit intrus en certaine partie d’iceluy Royaume, & 
contre fon ennemie intrufion fe défendit ledit Roy Louïs par long- 
temps, comme vray Roy de Sicile. | 

Ledit Louïs d'Aniou fut par le Pape Clement VI. & par le Pape Benoif, 
autrement dit de Luna, approuué & confirmé Roy de Sicile, enfemble l’2- 
doption , l'inftitution, & donation deffufdites faites par la Reyne Icanne 
audit Louis d’Aniou pere d’iceluy Louis 11. comme peut à plein apparoir 
par les Bulles fur ce faites. | | 

En aprés ledit Roy Louïs II. Pere du Roy Renc d’Aniou fut à Pife 
où fe tenoit le fainc Concile, auquel fut efleu en Pape Alexandre V. & par 
ledit Concile fur ledit Roy Louis conftitué Gouuerneur & Défenfeur de 


lEglife, & en approuuant linftitution, filiation, & donation de ladite 


Leuïs III. 
Roy de Sicile, 


#*C'eft le 
Royaume de 
Naples. 


Reyne Jeanne, fut iceluy Roy Louis declaré par ledit Concile vray Roy 
de Sicile, & de nouuel inuefty & infeodé d’iceluy Royaume, comme ap- 
pert par Bulles datées de l’an 1409. foufcrites dudit Pape Alexandre V, 
& de treize Cardinaux de chacun College, tant Italiens que François. 

Semblablement le Pape Jean X XI11. eut & approuua ledit Roy Louïs 
II. pour vray Roy de Sicile, & tel le declara à Boulogne , & comme vray 
Roy luy donna la rofe, & iceluy Roy, comme Gonfalonier & Défenfeur 
de lPEglife, accompagna & mena ledit Pape lean fous l’obeiflance duquel 
cftoit ledit Royaume de Sicile. 

_ En haine de ce le Roy Lancelot aduerfaire dudit Roy Louïs, chaffa de 
Rome ledit Pape Ican , lequel, au grand & faint Concile de Conftance, 
approuua coutes les chofes deflufdites en faueur dudit Roy Louïs, le tine 
pour vray Roy de Sicile, & fut par Sigi/mond Roy de Hongrie receu com- 
me fon 4 2e Roy, & firent de grandes alliances enfemble par le 
moyen de Meflire Guillaume de Senete, vaillant Cheualier, Doéteur en Loix, 
& Chancelier de Prouence. | 

Et ainfi qu'il plut à Dieu ledit Roy Louïs finit fes derniers iours à 
Angers, delaiffant trois fils; c’eft à fçauoir, Louis, René, & Charles, le- 
quel Louis aifné fut audit Royaume de Sicile en l'âge de douze ans, & 
eut partie dudit Royaume contre la Reyne 1eannelle, {œur dudit feu Lan 
celot, laquelle occupoit iceluy Royaume. 

Le Pape Martin PV. voyant les grandes guerres & efclandres qui auoience 
efté audit Royaume de Sicile contre les Roys Louïs II. & Lancelor, & 
qui pourroient encore eftre deuëment certifiez du bon droit que le Roy 
Louis III. frere dudit Roy René auoit en iceluy sg ro fit certaine 
Ordonnance & Declaration à ce que, fans preiudice du droit acquis au- 
dit Roy Louïs III. & à fes Succeffeurs , ladite Ieannelle tiendroit ledic 
Royaume de Sicile fa vie durant, & manda qu’elle fuft couronnée, & 
qu’aprés fon trefpas ledit Roy Louis fuft vray Roy dudit Royaume de 
Sicile. | 
Ledit Pape Martin, aprés l'Ordonnance deflufdite ainfi par luy faite, 
voulant declarer fon intention touchant ledit Royaume, & le droit que 
auoit ledit. Roy Louïs III. declara que fon intention n'eftoit point d’auoir 
baillé ledit Royaume & le droit qu'y auoit ledit Roy Louis à ladite Iean- 
nelle, finon fa vie durant tant feulement, en ordonnant & decernant du 
confeil & affentement de Meffeigneurs les Cardinaux, qu’aprés le tref- 

as d’elle ledit Royaume de Sicile & la poffeflion d’iceluy auec la terre 
deçà le Far *reuint franchement & entierement audit Roy Louïs III. 
& à fes hcritiers , encore qu'ils n'euflent acquis autre droit que celuy 
qu'ils y auoient, & qu’il n'entendoit aucunement deroger aux oétrois & 


DV ROY CHARLES VIII. 679 


infcodations faites d’iceluy Royaume au Roÿ Louis I. & au Roy Louïs II. 1 4 9 3. 

mais vouloit que lefdits oétrois & infeodations dés-à-prefent comme def. | 
lors demeuraflent en leur force & vertu, & que ledit Royaume aprés le 
trefpas de ladite Reyne paruint audit Roy Louis III. & à fes hericiers 
nez & à naiftre, en les inueftiflant en la perfonne de Maiftre Nicolas Per- 
rigaut Procureur dudit Roy Louïs 111. & en outre ordonna ledit Pape, du 
confeil & aflentement defdits Cardinaux, que fi ledit Roy Louïs III. de- 
cedoit fans hoirs de fon corps, que Monfeigneur René d’Aniou fon fre- ” 
re & fes heritiers, & eux defaillans, Monfeigneur Charles d’Aniou frere 
dudit Roy Louïs III. luy fuccedaffent, en declarant derechef les dona- 
tions, infeodations &:inueftitures deflufdites eftre de valeur perpetuelle, 
nonobftant quelconques donations , declarations, & autres chofes quel- 
conques faites tant par ledit Pape Martin qu’autres à ladite Reyne lean- 
nelle, & lefquelles iceluy Pape reuoqua & declara de nulle valeur, & pour 
non faites. Ce fut donné & fait à Florence l’an 1419. auec la foufcription 
de la main propre dudit Pape Martin & de treize Cardinaux. 

Refte de voir quel droit C4/phenfe , foy-difant Roy d Arragen, preten- 

doit audit Royaume de Sicile, & à quel titre il l'occupoit. 

 Premicrement,, il eft à fçauoir que ledit Alphonfe pretendoit & fe fon- preresrions 
doit auoit droit audit Royaume de Sicile, fous couleur d’une feinte & #Alphonfe 
nulle donation qu’il difoir luy auoir efté faite par ladite Icannelle ,laquel- 2. dut 
le auoit occupé & occupoit par vôye de fait ledit Royaume de Sicile, 
aprés le crefpas de feu Lancelot fon frere, lequel femblablement l'auoit 
occupé comme dit eft, dont s’eftoient enfuiuis maux innumerables , pour 
les guerres continuelles qui y auoient efté faites par les Roys Louïs L. IT. 
& II. pour à quoy obuier & aux guerres & aux maux qui fe fuflent en- 
fuiuis, ledit Pape Martin voulut que ladite Ieannelle tint le Royaume de 
Sicile fa vie durant feulement. | | 

Ledit Alphonfe, pour cuider fonder ledit droit par luy prerendu audit 

Royaume de Sicile, difoit que ladite Dame Ieannelle fentant ledit Roy 
Louïs 111. venir par mer à grande armée & Ars audit Royaume de 
Sicile, & au nom dudit Roy la Cité de Naples eftre affiegée par le Capi- 
taine Sforce , elle auertie que ledit Alphonfe eftoit auec certaines Ga- 
leres en l’Ifle nommée Tinacrie*, elle requit ledit Alphonfe qu'il luy *C'et sicib. 
aidaft contre ledit Roy Louïs, & qu’il luy donneroit ledit Royaume & | 
tour ce qu’elle auoit aprés fa mort. Er de fait, ledit Alphonfe difoit qu'el- 
Je luy en auoit fait aucune donation , fous certaine condition & maniere 
non obferuée, & fur icelle donation ledit Alphonfe fondoit le droit par 
Juy precendu audit Royaume de Sicile ; or n'auoit ladite Icannelle aucun 
droit en iceluy Royaume au temps de ladite donation, pourquoy elle ne 

ouuoit donner ce qu’elle n'auoit. 

” En outre pofé , non toutefois confeflé , que ladite Jeannelle euft pu 
faire aucune donation dudit Royaume de Sicile audit Alphonfe, fi ne 
pouuoit-il, fous ombre de ce, À gr aucun droit audit Royautne de 
Sicile, parce que fi-voft qu'il fut en ladite Cité de Naples, en commet- 
tant vice d'ingratitude, il machina contre ladite Reyne [cannelle de la 16annele Res- 
prendre & faire prifonniere , & la mener au Royaume d'Arragon, laquel- # Naples 
le confpirarion fur découuerte, & conuint à ladite Reyne s'enfuir en la jte qu'els 
Cité d'Auerfé pour y eftre en feureté; & lors ledit Alphonfe fut au Chaf- _ aire 20 
teau - neuf, & prit prifonnier le Grand Sencfchal de ladite Reyne, laquel- nf 
le manda à fon aide le Capiraine Sforce qui entra en la Cire de Naples, 
donc il chaffà les Catalans , & prit aucuns prifonniers, en recompenfe def- 
quels fut deliuré le Grand Senefchal, & renuoyé à la Reyne , laquelle 


—— 680 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
1 4 9 3. voyant l'ingratitude dudit Alphonfe, & qu'il auoit merité d’eftre priué du 
droit, fi aucun pouuoit auoir audit Royaume de Sicile fous ombre de la. 
dite donation, manda les Barons & Nobles dudit Royaume de Sicile, & 
de leur confentement elle reuoqua & annulla de toute fa pleine puiffance 
la donation & affiliation, fi aucune auoit faite audit Alphonfe. 
Semblablement ledit Pape Martin, en infeodant, & receuant ledit Roÿ: 
Louïs III. en foy & hommage dudit Royaume de Sicile, caffa & annul- 
n tout ce que par ladite Ieannelle auoit efté fait en faucur dudit Al. 
onfe. | 
: À donc voyant ladite Ieannelle , qu’elle auoit efté déceuë par ledit 
zowis 111. Alphonfe , reduifant à fa memoire que ledit Roy Louïs 111. qui eftoit allé 
oi à de 1a Cité de Naples à Rome vers le Pape, eftoit defcendu de la Maifon: 
Zesnnelle Rey- d'Aniou dont elle auoit eu fa naiffance, & le bon droit qu’il auoit audit 
we 4e N4plei. Royaume de Sicile ; & que luy, fon pere & fon ayeul auoient efté par. 
tres-long-temps à défendre leur droit, elle, du confentement des No- 
bles, Barons & Comces dudit Royaume, mefmement des plus Grands & 
de la plus faine partie d’iceluy Royaume, & aufli du confentement dudit 
Pape Martin, aprés l’infeodation par iceluy Pape audit Roy Louis III. 
dudit Royaume de Sicile, l’affilia, prit, & receut en fon fils, & prirent 
enfemble elle & ledit Roy Louis III. confederation, alliance , conuen- 
_. tion & affiliation, & lors ledit Alphonfe s’en alla dudit Royaume de Si- 
cile, toutefois il laiffa garde au Chafteauneuf & de l'Ocuf 
Tantoft aprés ledit Roy Louïs entra en la Cité d’Auerfe, où ladite | 
Reyne Icannelle eftoit, & fe tint auec elle pendant cinq ans, & toufiours 
fut de tous & chacuns dudit Royaume nommé & appellé Roy de Sicile, 
& à la fin accompagna ladite Reyne en la Cité de Naples, & aprés fut au 
Duché de Calabre, & illec eftant il fut marié du vouloir de ladite Reyne 
Icannelle, laquelle le fit Lieutenant Général & Gouuerneur duditRoyau- 
me, & par Lettres Patentces manda qu'on luy obeift comme à fon vray 
fuccefleur. Fe 
Certain temps aprés il trefpafla viuant ladite Reyne Ieannelle, laquel- 
le acertenée de la declaration deflufdite dudit Pape Martin, & de l’infeo- 
dation qu’il auoit faite dudit Royaume de Sicile audit Roy Louïs 111. & 
René Roy de à fes Succefleurs, confiderant que ledit Monfeigneur René d’'Anio Duc de 
Sicile, Bar , qui eftoit frere immediat dudit Roy Louis III & fils dudit _ 
Louïs II. & du Sang Royal de France, eftoit le vray heritier & fuccef- 
feur dudit Roy Louïs III. fon frere, & que les Habitans dudit Royau- 
me de Sicile £ Art auoir ledit René en leur Roy & Scigneur, elle fit 
fon teftament, par lequel elle inftitua iceluy Roy René fon heritier & fuc- 
cefleur tant audit Royaume de Sicile qu'en tous fes autres Pays & Sei- 
René d'Aniou SNEUTICS , lequel teftament fut fait à Naples au Chafteau de Capouëé le _ 
infisné beri. Mardy 2. jour de Féurier 1435. & à ce furent prefens vingt-quatre ref- 
me AND. moins , & deux Comtes, & Meflire Martin Baflé Doéteur en Loix , trois 
Cheuïliers dudit Royaume de Sicile, M. Vital de Cabans, plufieurs Che- 
ualiers, Doéteurs, L Maiftres d'Hoftel de ladite Reyne, & plufeurs Ca- 
pitaines & Bourgeôis. 
Aprés que ladite Reyne Ieannelle fut trefpaflée, tes Comtes, Nobles, 
&c les Citez de Naples, de Laigle, & plufieurs autres enuoyerent Ambaf- 
fades folemnelles en France & Bourgogne pardeuers ledit Roy René, 
à ce qu'il s’en vint audit Royaume de Sicile, car ils le vouloient auoir en 
leur vray Roy; & aprés plufieurs allées. & venuës , ils.amenerent audit 
Royaume de Sicile iceluy Roy Rene, lequel enuoya Ambaflade au Pape 
Eugenc auant fa fufpenfon, pour l'infeodation dudit Royaume où Ê en 
| eroit 


Lo 


DV ROY CHARLES VIIL 681-—— 
feroit befoin , laquelle infeodation obüat ledit Roy René, & Iuy en fut 1 4 9 3% 
oétroyé Bulles; & depuis iceluy Roy René venant dudie Royaume de Si- 
. cile, du à Florence où eftoit ledit Pape Eugene, qui l'inueftit dudit Royau- 
me de Sicile, & de ladite inueftiture & infeodation luy baïla fes Bulles, 
& ce fait enuoya {edit Roy Rene audit Royaume, dent ileuft tflé paif- 
ble, fi n’euft fe la malice, tyrannie, les guertes, tribulations & inuañons 
dudit Alphonfe, lequel , fans caufe ,inuada ledit Royaume de Sicile , brufla 
k grande partie de la Cié de Naples, fit mettre ke feu par tout où il put, | 
mit à faquemain * ce qu’il put, & fans citre , par fa fureur, inuada, oc- + c’.f à dire 
cupa, &tyranifa le bon & iufte droit dudit Roy René, & qui pis eftoit #» prlege. 
 chercha routes les voyes obliques qu’il put pour cuider trouuèr aucun ti- 
tre alors , afin que fous ombre d’iceluy il tontinuañft fes inuañons êc ty- 
rannies. | 
Toutefois , après le Roy René fuc party pour s’en vénir dudit Droit de René 
Royaume de che : (die Alphonfe fit tanc si À ns exquis À eur 27,4 Suite 
mfeodation d’iceluy Royaume; & ne fufffoit pas audit Alphonfe de vou. d'Arrages. 
joir par inuafon & tyrannie ufurper ledit Royaume de Sicile qui apparte- 
noit audit René , mais aufh auec ce il vfurpa & inuada À l'efpée, & par 
venin, contre toute faifon diuine & humaine, le Royaume d’Arragon, qui 
femblablement appartenoit à iufte titre hereditaire audic Roy René, & n'y 
auoit ny eut oncques aucun droit edit Alphonfe, 
Et qu'il foit vray , eft à noter & celle eft la réelle verité, que Madarne 
Joland mere dudit Roy René eftoic fille du Roy Zen d'Arragon, & kedic 
Alphonf vfurpateur dudit Royaume eftoit fs de la fœur dudit Roy lean 
d'Arragen ; parquoy aprés le crefpas d’iceluy Roy Tean , ledit Royaume 
d’Arragon appartenoit à ladice Dame Ioland comme fa file & vraye heti: 
tiére , & apres le trefpas d'elle il appartenoït femblablemenc audit Roy 
René comme fon fils & heritier en ligne dirette, & non pas audit Alphon- 
fe vfurpateur, qui n’eftoit qu’en ligne collacérale, & n'y pouuoit fucceder 
tant qu'il y euft eu heritier en ligne direéte. | 
Et comme ainfi foit que ledit. Alphonfe Vfurpateut dudit Royaume 
d’Arragon n'eut rien audit Royaume de Sicilé deëà le Far, ainfi que cy- sicile delà le 
deflus a efté déduit, iceluy vfurpateur n’a femblablemenc aucun droit en F*- 
iceluy Royaume délà ledit Fat ; & pour ce montrer eft à fçauoir & telle 
cft la verice que l'Ifle de Sicile outre & delà ledit Far, vulgairement ap: 
pellée Trinamie, appartient à l'Eglife Romaine; & pour ce que du temps 
du Pape Boniface V HIT. & du Roy de Sicile Charles d’Aniou , Le Roy 
Pierre d’Arragon vint en ladite Ike de Sicile, & de fait l'occupa, ledit 
Pape Boniface & Te Roy Charles enuoyerent leurs armées contre Frede- 
ric, qui aprés la mort dudit Roy Pierre fon pete, pat cohtinuation dé vice, 
detenoit ladite Ifle de Sicile, & eltoirt Monftigneur Robert Due de Cala- 
bre fils dudit Roy, & le conduéteur de l’armée de fondit pere & du Pape; 
& cftant les armées deflufdires l’une deuant l'autre, fut éntte lefdits Roys _. :- 
Charles & fon fils Robert d’vne part, & ledit Fréderic d'autre , faittraité 
qui fut enuoyé par notables imeffagers audit Pape Bonifäce , par lequel 
_ traité fut marice Dame Alienor , fille dudit Roy Chatiés, auéc lèdic Frede- 
ric,léquel ne deuoit jouir, finon feulement fa vie durant, de ladice 1flé de 
Sicile appellée Trinacrie, & fut appellée la perire Sicile, afin que le nom 
ê& titre dudit Roy de Sicile ne fuft énerué, & que d’icelle Ifle fercic fait 
hommage audit Roy de Sicile Charles fous l’Eglife Romaine, & que le- 
dit Frederic, fa vie durant ; feroit appellé Roy de la À as Sicile; liquele 
aprés fon trefpas reuiendroit audit Roy Charles & à fes Succefleurs , com- 
me ces chofes & autres appoftes audit traité peuuent plus à plein apparoir 
par lettres d’iceluy traité, iuré & fécllé par le Roy C rer Robert fon 
| rr 


632 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
1493: fils, & par kdit. Frederic : faites &c paflées au Chafteau de Naples l'an de 
l'Incarnation 1302. le r 9. 1our d’'Aouft, 
Et ainfi par ce que dit eft appert clairemenc que ledit Alphonfe vfurpa- 
teur n’auoit aucun droit audit Royaume de Sicile, ni en ladite Ifle appel 
lée Trinacrie & petite Sicile, ni deçà ni delà le Far, mais appartenoit le 
tout audit Roy René comme dit eft. 
Ledit Roy René eut un fils appellé em, qui fut Duc de Calabre, vaillant 
& fage , lequel efpoufa la fille du Duc de Bourbon , defquels & de leur 
mariage iffit un fils appellé Nicolas. oo 
Ledit Roy Alphonfe, en la fin de fes jours, voyant qu'il n’auoit point 
d'hoirs legitimes, Éifanc fcrupule de confcience de ce qu’il auoit ainfñ oc- 
cupé fans droit ni cicre ledit Royaume de Sicile, & qu’iceluy Royaume 
appartenoit iuftement audit Roy René, enuoya vers luy notable Ambaflide 
à ce qu’il luy enuoyaft ledit Iean Duc de Calabre {on fils, car il l’adopre- 
roit & feroit fon heritier, & luy bailleroit & deliureroit ledit Royaume de 
Sicile ; ledit Roy René doutant de l’inconuenient dudit Iean Duc de Cala- 
bre fon fils unique, & qu'il fuft empoifonné, differa de l’enuoyer audit 
Roy Alphonfe, lequel aprés ledic refus laiffa ledit Royaume de Sicile à fon 
baffard nommé Fermand, qui iufques icy a ufurpé ledit Royaume , & l'a occu- 
pe fans qu'il y euft aucun droit. 
Ledic Duc Iean de Calabre, en conquerant par armes le Royaume d’Ar- 
ragon, mourut vers Barcellonne , viuant ledit Roy René fon pere, lequel 
Iean laiffa fon fils Nicolas , qui fut fiancé auec Madame Anne de Fran. 
cc fille aifnée du Roy de France, Louïs Pere du Roy Charles VIII. & 
René Rey de trcfpafla ledit Nicolas auant qu'il euft efpoufé ladite Dame Anne, furui- 
RS uant ledit Roy René fon ayeul, lequel adopta pour fon fils Charles d'Aniow 
tir audits {on neueu Comte du Maine, fils de fon feu frere Charles d’Aniou, fils 
re puifné dudit Roy Louïs II. de Sicile , & inftitua ledit Roy René fondie 
où . ncueu Charles fon heritier uniuerfel, & luy donna ledit Royaume de Sici- 
ue#, le, ladite Comté de Prouence, & fes autres Pays & Seigneuries, comme 
plus à plein peut apparoir par les lettres d'affiliation, adoption , inftitution 
& donarion dudit Roy René. . ne | 
Ledit Charles d’Aniou, aprés le trefpas dudit Roy René fon oncle, fut 
paifible poffeffeur de ladite Comté & Pays de Prouence, & fut d'vn cha- 
cun appellé Roy de Sicile, & pour tel tenu & reputé. Iceluy Charles de 
Sicile Roy trefpaffa fans hoirs de fon corps: & voyant que fes Predecef- 
feurs Roys & Reynes de Sicile eftoient venus de la Maifon d’Aniou, dont 
il eftoit femblablement iflu, comme déduit a efté cy-deflus, & que luy & 
fes Predecefleurs eftoient femblablementc defcendus du tres -noble Sang 
Royal de France, mefmement ledit Louïs d’Aniou I. de ce nom fon grand 
ayeul, qui eftoit fils du Roy Iean & frere du Roy Charles V, pour cetre 
Louis XI. Caufe & en remuneration des grands biens & honneurs quiceluy Roy 
o os de Sicile Charles & fefdits Predecefleurs auoient eus de la Couronne de 
tuez beriniers France ,. & que la Reyne Marie femme du Roy Charles VIL pere & 
_ #Xeysms mcre dudit Louïs cftoit fœur dudit Roy René & tante d’iceluy Roy de 
7 Sicile Charles, iceluy Charles inftitua & fit fon heritier vniuerfel ledit 
Roy Louis 6 Monfeigneur le Dauphin fils vnique d'iceluy Roy Louïs de 
France & à prefent Roy de France, & leur donna ledit Royaume de Si- 
Cile , ladite Comté de Prouence, enfemble tous fes autres Royaumes, Pays 
& Seigneuries, comme plus à plein peut apparoir par les lettres d’inftitu- 
tion & donation fur ce hices &c authentiquement paflées. | 


L'on peut encere voir à ce faiet deux memoires imprimez, pagts 476, © 433. 
dont l'us eff intisulé : Refponfe aux pretentions de René II. Duc de Lor- 


DV ROY CHARLES VIIL 68, 


raine fur les Duchez d'Aniou, Comtez de Prouence & du Maine, & las- 1 4 94 
tre, Droit des Roys de France au Roÿaume de Sicile, Corntez de Prouen- 
ce, de Forcalquier ; & Terres adiacentes , 43f qwe cœ qu'en s efrit Mon/ieur 
Dupuy dans fon Traité des Droits du Roy, | 


L'Encfque de Concorde © le Protonctaire Flores mandent à Madanie 
de Bourbon, que le Pape à je vne proteflation , pour la conferuation 
des droits de l'Eglife fur le Royaume de Naples. 


ADAM, à voftre bonne grace tant & fi trés-humblement que faire , 4, 
M pouuons nous recommandons, Madame vous auez bien fceu les 3. O&obre 
grandes affaires & neceflitez que offre Saint Pere a pour la confcruation ‘#? * 
&c défenfe des droits de la Sainte Eglife de Rome touchant X Royaume de 
Naples. Sa Sainteté nous a enuoyÿé certaine proteftation fur ce faite en plein 
Confiftoire, donc pourrez eftre plus à plein informée, fi voftre bon plaifit 
cft, par Monfcigneur le Chancelier , car nous la luy enuoyons, & luy efcri- 
uons plus au long, & vous fupplions, Madame, qu’il vous plaife de voftre 
grace auoir lefdites affaires de noftredit Saint Pere & de ladite Sainte Egli- 
fe de Rome pour fingulierement recommandées, & en façon, qu’en cette 
matiere, foit mife bonne fin & bricue expedition ainfi quele cas le requiert, 

& que noftredit Saint Pere fouuerainement le defire. Madame, nous prions 
Dieu qu’il vous doint bonne vie & longue. Efris à Tours le troifiefme iour 
d'O&tobre. Serwitores L. Epiftopus Concordienfis, A. Flores Prothonatarins. Au 
dos eft efcrit: C4 tres-moble G° tres-excellente Dame, Madame de Bourbon. 

Pru fur l'Original. | 


Lettre du Roy Charles VIII. pour la leuée de quelques deniers deflinez 
an recounrement du Royaume de Naples. 


HARLES PAR LA GRACE DE Dieu Roÿ DE FRANCE: À nos 4 Lyoh le 
amez & feaux Charles d’Orgemont , Cheualier, fieur de Mery, Treforier *®: ! miles 

de France, Maiftre Guy Asrilet noftre Notaire & Secretaire, & Clerc or- "*?*" 
dinaire de nos Comptes à Paris, & Robert le Lieure noftre Aduocat au Bail- 
liage de Roûën, S'alur & diletfion. Comme pour la conduite de l’armée que 
pour le bien de la Chreftienté enuoyons au recouurement de noftre Royau- 
me de Naples, la plufpart de laquelle eft déja delà les Monts, tirant en auanc 

ar terre & par mer, nous ayt efté & foit befoin faire de grandes defpenfes, 
à quoy les deniers de nos Finances & autres leuez cette prefente année en 
noftre Royaume ne pourroient fournir, ni auffi plufieurs que auons déia à 
ce ordonnez fur l’année à venir. À cette caufe,& afin que par faute de pou- 
uoir leuer promptement les deniers qu’il faut inceffamment enuoyer pour 
noftredite armée qui eft en Pays loingtain, aucunes ruptures ou retarde- 
mens n’y puiflent aduenir, nous foit tres-neceflaire pouruoir de bonne heure 
au recouurement d’iceux deniers, en quoy entre autres expediens auons efté 
confcillez nous ayder dés maintenant du reuenu aduenir de noftre Do- 
maine, & mefme des membres & portions d’iceluy qui fe peuuent açen- 
fer ou affermer au Pays de Normandie, enfemble des Fermes du reuenu 
d’iceluy,en maniere que par aduance on puifle recouurer promptement au- 
cune bonne & grande fomme de deniers , & iufques à la fomme de trente 
mille liures tournois ; & aufli nous voulans nofdices Ordonnances eftre mifes 
à exécution par gens d'autorité, & à ce connoiflans ,& que nous en puiffions 
feruir & garder noftre profit ainfi que nos affaires le requierent , woss 
asons commis Gr ordonnex, Commettons & ordonnons par ces Prefentes à y 


RRrri] 


1494. 


634 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


vaquer & befongner , & vous mandons ;commandons & enioignons, & 
aux deux de vous, dont vous Treforier ferez coufiours l'vn, que vous tran{_ 
portiez en telles des Villes & lieux de noftredit Pays de Normandie que ad- 
uiferez, & fafliez à fçauoir & publier de par nous és lieux, & ainfi qu'il eft 
accouftumé , que s’il y a aucuns qui veillent metrte à prix & encherir pour 
trois ans prochainement venans telles defdices portions & membres de 
noftredit Domaine audit Pays de Normandie, & le reuenu d’icelles que verrez 
fe pouuoir bailler à ferme, ou açenfer pour ledit temps ,enfemble les autres 
deniers, reuenus & appartenances de noftredit Domaine qui ont accouftu- 
mé, ou peuuent eftre baillez à ferme, & dont vous pourrez plus prompte- 
ment faire venir auoir & recouurer par aduance comptant ladite fomme de 
trente mille liures tournois, ils fe rendent pardeuers .vous à cels iours & 
lieux que leur ordonnerez , & illec bailliez, açenfñez & deliuriez aux plus 
offrans & derniers encherifleurs pour lefdits trois ans prochainement ve- 
nans, lefdits membres & portions de noftredit Domaine, & femblablement 
lefdires fermes, traitez & autres defpenfes d’iceluy Domaine que aurez fait 
publier à bailler à ferme à gens bien reffleans & cautionnez le mieux que fai- 
re fe pourra, & lefquels au moyen defdits baux feront tenus nous aduan- 
cer vne partie de ce que monteront lefdites açenfes & fermes , ainfi que 
par vous leur fera demandé & ordonné, & leur faifant iceux baux à cels & 
les plus aifez prix en diminution de ceux à quoy elles font à prefent, que 
vous verrez fe pouuoir faire felon la qualité defdites aduances pour recon- 
noiffance d’icelles; & fi aucunes defdires fermes font baillées à cemps & 
années encore à efchçoir, mandiez, & faffiez venir les Fermiers d’icelles 
pardeuers vous, & leur requeriez de par nous qu’ils nous preftent & ad- 
uancent fur ce qu’ils nous pourront dcuoir ey-aprés à caufe defdices fermes, 
telles fommes qu’il appartiendra , & verrez x à faire pour le fourniffe- 
ment de ladite fomme de trente mille liures tournois, & felon la qualité 
defdites aduances leur failiez telle faueur, grace, diminution & aduan- 
tagc que connoiftrez fe pouuoir faire fur ledit prix à quoy ils les tien- 
nent, & que les aduances defdites fermes & açenfes fe montent , vou- 
lons eftre tellement procedé, qu’en puifliez promptement recouurer iufques 
à ladice fomme de trente mille liures tournois, laquelle fomme & les parties 
d’icelles ainf qu’elles viendront, voulons eftre baillées & deliurées comptanc 
és mains du Changeur de noftre Trefor, par les defcharges qui en feront 
leuées par iceluy Changeur fur lefdices fermes, ou nos Receueurs ordinai- 
res ,en déduction & acquit defdires fermes, pour par iceluy Changeureitre 
baillce & deliurée à noftre ame & féal Notaire & Secretaire Maiftre Louys 
de Poncher, par nous commis au payement de nos gens, & frais extraordi- 
naires de nos guerres, par fes quittances, pour conuertir audit fait de nof- 
credite armée & vrgentes affaires, & de tous lefdits baux qui ainf feront par 
vous faits defdits fermes & açenfes, diminutions, & autres prouifions que 
aurez fur ce aduifées, ordonnées & oétroyées en faueur & pour reconnoif- 
fance defdites aduances, nous authorifons en tant que meltier eft par ces 
Prefences fignees de noftre main, & voulons eftre d’vn cel effer & valeur, 
comme fi faites auoient efté par nous-mefmes, en faifant iouyr defdites 
fermes, membres & portions dudit Domaine ceux à qui les aurez ainfi 
baillez, açenfez & laiflez, & qui nous auront voulu faire ladite aduance, 
fans leur faire, ni fouffrir eftre fait aucun contredit, deftourbier ou empef- 
chement au contraire, ni auffi fouffrir lefdices fermes & pieces de nottre- 
dit Domaine leur eftre oftées ni mifes en autres mains par encheres ni au- 
trement en aucune maniere; & fi voulons ledit Changeur, Receueur, Fer- 
micr, & chafcun d’eux refpcétiuement, ou autant qu'à luy pourra toucher 
eltre , & demeurera quitte & defchargé des fommes defdites aduances, 


DV ROY CHARLES VIII. 68; 


& de celles qui auront cfté baïllées audit de Poncher , enfemble des autres 1 


graces & prouifions qui, en accompliffant ce que dit eft, feront touchane lef 
dites fermes, & icelles fommes eftre rabatuës de leurs receptes pat riosamez 
& feaux gens de nos Comptes, aufquels nous mandons ainf le faire fans 
difficulté, en rapportant par chafcun cefdites Prefentes , ou Fidimus d’icel- 
les, fait fous féel Royal, & par ledit Changeur lefdires quittances dudit 
de Poncher , 8 par lefdits Receuëurs particuliers ou Fermiets, lefdires def- 
charges auec lertres & certifications de vous touchant ce que deflus : Car 
tel eff noffre plaifir, nonobftant quelfconques ordonnances , reftrin&ions, 
mandemens, ou défenfes à ce contraires, de faire exécuter les chofés def. 
fufdites, & icelles fouffrir, accomplir & contraindre tons ceux qu’il appar- 
tiendra ainfi que pour nos propres affaires , nonobftant oppofñtions ou appel- 
lations quelconques , vous auons donné & donnons plein pouuoir & man- 
dement fpecial pour.ce faire. Mandons G commandons à tous nos lufticiers, 
Officiers & fuiets, que à vous & aux deux de vous dont vous Treforier fe- 
rez toufiours l’vn,& à vos commis députez, en ce faifänt obtiflent & en- 
rendent diligemment, preftent & donnent confeil, confort, ayde & pri- 
fons, fi meftier eft, & requis en font. Donné à Lyon fur le Rofne le dixhui- 
tiefme iour de Juillet, lan de grace mil quatre cens quatre-vingts-quatorze, 
& de nofîftre Regne le onziefme. Signé, CHARLES. Par le Roy, Meflieurs 
les Cardinaux de Saint Pierre, ad Vincule, de Lyon,& Duc de Bourbon, les 
Comtes de Ligny & de Montpenfier,les Archeuefques de Reims & de Roûën, 
les Euefques Dupuy, d'Angers & Saint Malo, les Seigneursde Baudricourt, 
Gouuerneur de Bourgongne & Marefchal de France, de Myolans, Gouuer- 
neur de Dauphiné, du Bouchage, de l’Ifle,. de Grimault, Maiftre. Iean de 
Gannay, Prefident au Parlement de Paris, & autres prefens, Rabineas. 
| Pré fur l'Original. 0 


Edit du Roy pour engager le Domaine if. ques à La femme & fix vingrs+ 
mille efcus d'or par le voyage d'Italie. cu Eu 


HARLESPAR LA GRACE DE Dieu Roy Dt FRANCE. Sça- 
uoir faifons à tous prefens & aduenir, comme pour recouurer & re- 


RE EE 


A4 9.45 


A Plaifance 
Octobre 


prendre en nos mains noftre Royaume de Naples à prefent.iniuftemenc de-.' #5 #- 


tenu par A/phonfe d'Arragon , Nous auons fait mettre fus vne grofle & puif- 
fante armée, & icelle fait marcher és Pays d'Italie, où puis nagueres, afin 
que puiflions mieux paruenir & entendre à noftredite entreprife, nous foyons 
venus en perfonne, & auons déia pafle la Cité de Pasie; & pource que nous 
auons toufours trouué les matieres fi auancces & difpofces à noftre ad- 
uantage que plus ne pourroient, nous auons propofé & conclu par grande 
& meure deliberation de confeil de cirer auant à la pourfuite & recouure. 
ment de noftredit Royaume , & efperons de brief à l’aide de Dieu eftre 
vers la Ville de Florence, mais pour la conduite & entretenement de nof. 
tredite armée & d’autres grandes charges & affaires qu’auons chafcun. iour 
à fupporter nous conuient faire de grandes & fomptueufes dépenfes, pour 
aufquelles fubuenir & fournir eft befoin auoir de grands deniers & finan- 
ces, & entre autres expediens fur ce aduifez par lefdites deliberation & 
Confeil, afin que rupture n’aduienne en icelle-noftre armée, qui nous fe. 
roit chofe de trop-grande deshonnefteré & déplaifir, veu le bon & grand 
commencement qui y eft, S:que fommes déia marchez fi auant en Pays, 
auons deliberé & mieux aimé, pour le foulagement de noftre pauure peuple, 


qui déia, à noftre grand regret, a fouffert & enduré à caufe des precedentes 


affaires de grandes charges, faire vendre & engager de noftre propre Do- 


‘maine , iufques à quelque bonne fomme, que. de bailler à noftredit peuple 


RRrriu] 


66 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4 9 4. totalement le faix & charge de noftredice prefente affaire, & à cette caufe 


auons ce-iourd’huy decerné Lettres & Commiflions à certains nos Commiffai- 
res & deleguez pour befogner au fair de ladite vendition par les Prouinces 
& quartiers de noftre Royaume, afin de trouuer fer noffredis Domaine if. 

mes à La fomme de fix-vingts mille écus , pour aider à fournir aux dépenfes de 
noftredite affaire : toutefois au moyen des ordonnances & reuocations fai. 
tes fur le fair de noftredit Domaine, par lefquelles on veut dire & main- 
tenir que ne le deuons aliener, feparer, ni demembrer, aucuns doutans à 
pr ce nc pouuoir ioüir des venditions qui leur feront faites, pourroi-nt 
craindre à y employer & mettre leurs deniers, & par ce moyen ne pourroic 
fournir ni recouurer fur noftredit Domaine ladite fomme de fix-vingts. 
mille efcus dont nous aduiendroit grand inconuenient. Nous, qui voulons 
à ce pouruoir de bonne heure, & que trop mieux nous vaut employer nof- 
tredit Domaine, & nous en ayder,que de choir & tomber en neceffité de 
noftredice affaire attendu mefmement que y fommes venus en perfonne & en 
eftrange Pays; voulans aufli comme raifon eft affeurer lefdits acheteurs de 
ce qu'ils mettront en noftredit Domaine, & que ce leur foit chafe feure & 
certaine. Powr ces caufés & autres à ce nous mouuans auons declaré, voulu 
& ordonné, declarons, voulons & ordonnons de noftre pleine puiflance & 
authorité Royale par ces Prefentes, que les venditions ou engagemens qui 
feront ainfi faits par nofdits Commiffaires & Deleguez fur noftredit Do- 
maine, de quelques pieces que ce foient, foient Baronnies, Chaftellenies, & 
autres Terres, rentes & reuenus qui en dépendent, tant en cens, rentes 
d'argent & de Eos , terres arables & non arables , bois , prez, pafturages, 
faulages, eaux, fours, moulins, eftangs, hommes, hommages, vaffaux, vaffe. 
lages, iurifdiétions & iuftices hautes, moyennes & bafles, meres, mixtes & 
imperes, & autres Droits & reuenus quelfconques, iufques à ladite fomme de 
fix-vingts mille efcus d’or, pour vne fois payer à temps de Remere & rachat,au- 


ront lieu, & fortirontleur plein &entier effec, & que les acheteurs en ioyront 


& vferont,enfemble leurs hoirs & fuccefleurs, ou qui d’eux auront caufe 
en telle prérogatiue, prééminence & authorité, enfemble defdits reuenus, 
profits & ou iffans & prouenans, & qui pourront prouenir & iffir 
d'icelles Seigneuries qui leur feront ainfi vendués ou engagées, & tout 
ainfi que auons.fait par cy-deuant, & iufques à ce que par nous ou nos fuc- 
cefleurs les deniers qu’ils y auront employez leur ayent efté reftituez en- 
tierement, & à vne fois , fans que au moyen defdites ordonnances & re- 
uocations faites ou à faire fur les alienations de noftredit Domaine ils puif. 
fenc eftre inquietez, moleftez, ni trauaillez en la poffeffion & iouiffance d’i- 
celles Seigneuries en quelque maniere que ce foit. Si donnons en mandement 
par cefdites Prefentes à nos amez & feaux les gens de nos Cours de Par- 
lement de Paris, Bordeaux & Tholofe, & de noftre Chambre des Com- 

tes à Paris, & à chacun d’eux, fi comme à luy appartiendra, que nos pre- 
Les. vouloir, Declaration & Ordonnance ils faflent lire, publier & en- 
regiftrer en leurs Cours & auditoires, & les enterinent, verifient & expe- 
dient de point en point felon leur forme & teneur, & en ce faifant fouf- 
frent & confentent que lefdites venditions qui ainfi feront faites des pie- 
ces & Scigneuries de noftredit Domaine, iufques à ladite fomme de fix- 
vingts-mille efcus, ayent lieu, & fortent leur plein effet, 8 que les ache- 
teurs & leurfdics hoirs & fucceffeurs , ou qui d’eux auront caufe, en vfenc 
& ioüiflent audit temps de Remere, comme deflus cft dit: Car tel eff noffre 
plaifir, nonobftant lefdires Ordonnances ainfi faites fur des alienations d’i- 
celuy noftre Domaine, & fans preiudice d'’icelles en autres chofes. Et pour 
ce que de ces Prefentes l’on pourra auoir à befogner en diuers lieux, Nous 
voulons que au Pidimus d’icelles fait fous féel Royal, foy foit adiouftée com. 


_ — 7 


DV ROY CHARLES VII : 687 


me à ce prefent Original. Et afin que foit chofe ferme & ftable à couf. 1 4 9 4. 


iours, nous auons fait mettre noftre {éel à cefdices Prefentes fignées de nof 
tre main, fauf en autres chofes noftre droit, & lautruy en coutes, Doré à 
Plaifance en la Duché de Milan au mois d'Oétobre, l’an de Grace 1494. 
& de noftre Regne le douziefme. Ainfi figné, CHARLES. Par le Roy en 
fon Confeil , auquel le Comte de Bauge Seigneur de Brefle, les Euefques 
de Saint Malo & d’Eaune, les fieurs de la Tremoille, de Piennes, de 
l'Ifle , de la Voute, de Grimault & de Beyne Preuoft de Paris, Maiftre 
Jean de Gannay, & Meflire Iean Palmier, Cheualier, Prefident en Parle. 
ment, Iean Matheron aufli Cheualier , grand Prefident de Prouence, le 
Protonotaire d’Arifoles Maiftre des Requeftes ordinaire, & plufeurs au. 
cres eftoient , Bobser. 


Vifa, vifis prefentibes Litteris, Curia, omnibus Cameris congregatis, nonnulls ex ges 
neralibus Thefawrariss Gr Camere Computorum Confiliariis faper necelfitate Financise 
gum Regis nuncextra Regnum fuum pro recuperatione Regni Neapolitani exiffen 
tibas debite auditis, ordinauit Curia fuper ipfis punitibus: Lecfa, publicata, G re- 


21. Nasembre 
1494. 


giffrata Caffris, Fortalitiis, @ aliis locés limitrophis comprehenfis pro iffa vice 


dumtaxat, non ad confequentians trahatur. CA(fum in Parlamento vigefims pri- 
ma die Nouembris anno 1494. De Cerifay. 


Vifa expeditione Curie Parlamenti, cui Littere primo diriguntur, Domini confen- 
tiunt quo fimiliter ponatur: Leifa, publicata C regiffrata, nb conditionibus € 


modificationibus in cadem gs declaratis. CAËum in Camers Computorum 


Domini noffri Regis Parifius die vigefima féptima Noucmbris snno 149 4. 
Le Blanc. - | 


Lettres dy Roy Charles VIII. pour vn emprunt [ur le Clergé de France 
pour la Conquefte du Royaume de Naples. | 


DE PAR LE ROT. 


A RC RE 


29. Nouembre 
149 # 


OsTRE AMB’ ET FEAL, Nous vous auons bien voulu aduertir, 4 Pesrrrmls 


comme pour paracheuer l'exécution de noftre prefente entreprife, 
qui eft Le le recouurement de noftre Royaume de Naples, Nous fommes 
venus deçà les Monts és Pays d'Icalie, où nous auons trouué les matieres 
auancées, & fi bien difpofées à noftre aduantage, que nous auons efté con. 
{cillez de tirer en auant, & auons pañlé les Alpes de Boulongne, & defia 
nos gens de guerre, à l’occafon de ce que les Florentins fe font declarez 
pour le Roy Alphonfe, ont pris &. mis en. noftre obeiflance aucunes bon- 
nes Villes & Places fortes fur lefdits Florentins, & efperons brief tirer vers 
Florence, & de Là aller à Rome, & y eftre enuiron Noel prochain venant, où 
nous fommes deliberez de traiter du fait de l'Eglife Gallicane , afin de la 
reduire & mettre en fes anciennes libertez, & mieux, fi poffible nous eft, au 
grand honneur & bien d’icelle, ainfi que de tout noftre cœur defirons. Et 
pour ce que nous auons de grandes defpenfes à fupporter pour la condui- 
te de noftredite entreprife , & que nous fommes certains que ne nous vou 
driez faillir au befoin, mais nous fecourir, veù mefmementque noftre per 
fonne v eft, & en Pays eftrange. C4 cette cawfe nous vous prions fur cant 
que defirez le bien & honneur de l’Eglife, le noftre & le voftre ,que vous 
nous veuilliez prefter & auancer par lés gens d’'Eglfe ; tant des Abbayes, 
Chapitres, que autre Clergé de voftre Diocefe, non comprins les.exempts, 
la fomme de quinzecens efcus d'or couronnez., à la rendre dedans vn an pro- 
chain venant; & pour ce faire, fi vayez.que befoin foi, faites affembler 


29. Oétobre 
1494: 


68 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


149 4. gd gens d'Eglife de voftredir Diocefe à tel iour que aduiferez, pour 


A Viterbe 
24. Decembre 


1494 


remonftrer bien amplement noftredite affaire, ou finon enuoyez-leur 
particulierement leurs cotifations de ce qu’ils pourront porter de ladite fom- 
me, afin que chafcun en fon égard nous y fafle ayde & fecours, & icelle 
fomme faites bailler & deliurer le plus promptement que faire fe pourra 
entre les mains de Maiftre Lewys de Poncher, Commis à l’Extraordinaire des 
guerres, qui vous en baillera pour feuret de voftre rembourfement , re- 
connoiflance fignée de fa main, &’en iceluy voftre rembourfement n'y au- 
ra point de faute au terme deflufdic, & fi vous en ferons appointer fur le 
plus prochain Receueur de voftre Diocele, fi bien que vous aurez caufe de 
vous ‘en loüér & contenter, en rendant ces Prefentes fignces de noîftre 
main aucec ladite reconnoiffance, & le feruice & le plaifir que nous ferez 
à cettuy noftre grande affaire & befoin, ne mettrons iamais en oubly ainf 
que plus à plein ferez aduerty par noftre amé & feal Confcilier /’ 4rchesef- 
me de Sens, auquel nous -auons efcrit vous en {olliciter. Dsmné à Pontremo- 
e le vingt-neuuiefme iour d'O&tobre. Ainfi figné, CHarzes. Et plus 
bas, Bobier. Et au dos font efcrits ces mots: C4 noffre amé CG feal Conféiler 
S'Encfque de Troyes, on 4 fes Vicaires. | 
| | Pris fur l'Original. 


DE TAR LE ROT. 


OsTRS AME ET FEAL, Nagueres vous auons efcrit en remonf- 

crant nos affaires, & que pour nous ayder à la conduire de noftre . 
grefente si , pour laquelle, comme fçauez, fommes en perfonne en 
Pays eftrange hors noftre Royaume, vous nous voulfifliez prefter la fomme 
de quinze cens eféus, ayant confderation que noftre intention n'eft feule- 
ment pour le recouurement de noftre Royaume de Naples, mais eft 44 bien 
de P'Eglife @ recosurement de la Terre Sainte, qui concerne le bien vniuerfel 
de la Chreftienté & Foy Catholique, à quoy chafcun, mefmement les gens 
d'Eglife doiuent auoir efgard, & eux éuertuer à l'exécution dudit affaire. 
Et pource que cette matiere requiert celerité, & queentendons ladite fom- 
me eftre empruntée tant fur vous que fur voftre Chapitre & Clergé, 


. CxEmptS 8 non exempts, nous vous auons bien voulu encore efcrire , vous 


priant derechef fi cres-acertes & de cœur que faire pouuons, que nous veuil- 
Hiez prefter ladite fomme de quinze cens efcus pour vne fois, & pour ce 
faire mandez & aflemblez voftredic Chapitre, voftredit Clergé, exempts & 
non exempts, & d’vn commun confentement départiez entre vous & eux 
ladite fomme , & icelle faires le plus diligemment. que pourrez cueïllir & 
leuer tel perfonnage que aduiferez, pour la bailler, dedans le premier 
iour de Januier prochainement venant, à noftre amé & feal Notaire & 
Secretaire, Maiftre Loys de Poscher, lequel en fera recepiflé & reconnoif- 
fance pour la vous faire payer & appointer fur nos Finances , ainfi que 
vous en auons plus à plein efcrit par nos autres, f veuillez ainfi faire fur 
tant que defirez le bien de nous, de vous, & de coute l'Eglife Gallicane. 
Donné à Vicerbe le quatorziéme iour de Decembre. Ainf figné, CHARLES. 
Et plus bas, Dsbois. Et au dos eft cfcrit: C4 #ojfre «mé G° feal Confüiller l'E: 
efque de Troyes. 
À | Pris fur l'Original. 


DD AGE po. © rev. Au fuiet de la défaire de Rapaille. 

.  Cért heureux fuccés auança de beaucoup l’entteprife de la conquefte 
de Naples, & le Roy ne commença d'agir qu'aprés en auoir eu les nouuelles, 
Au refte ce combat fur gagné ft Dom Alphonfe Roy de Naples, dont 


l’armce 


DV ROY CHARLES VIII. 689 —… 
Parmée eftoit commandée par Dom Frederic Prince de Tarente, frere de. ] 4 9 4: 
Dom Alphonfe, & qui fut depuis Roy de Naples. Voyez Philippes de Com: 
mines, p. 278. 288. & fuiuances. | 


Guillaume Briçonnet Euefque de Saint! Malo, mande an Duc de Bourbon 
quon attend des nouvelles du Duc d'Orleans qui eff en Mer à Le pour- 
Juite de l'armée du Roy Alphonfe; que la Ducheffe de Sauoye reçoit 
bien le Roy: que le fieur d'Aubigny eff par-dela Boulongne ; que les ar 
mées du Roy Alpbonfe es du Pape [ont ioinres y en mauuais eftat; 
que le Roy doit aller à Aff; que les Ducs de Ferrare co” de Bar vien- 
nent au-deuant de luy; que la Marquife de Montftrrat offre an Roy 

_ Les Eflats de [on fils, ex que le Roy fe prépare 4 faire fon entrée à 


. Gennes. 


ONSEIGNEVR, Tres-bumblement à voffre bonne grace me recommande, 5. Septembre 
Le Roy vous efcrit & fair fçauoir de fes nouuelles, & vous enuoye ‘*?# 
le double de Lettres d'importance qu'il a eüës depuis fa venuëé de par-decà, 
& eft attendant en grande deuotion ce que Monféigneur d'Orleans aura fie 
à la chaffe, où il eft aprés l’armée de mer ds Roy Alphonf, ainfi que le com- 
mencement pourrez voir par lefdits doubles, 
_ Monfeigneur , iufques icy le Roy ni fa compagnie ne trouuent point de 
difference au Royaume tant on y eft bien venu, prifé & honoré, & vous 
affeure que Madame de Samoye s’en cft bien aquitée; & iamais ne vis faire f 
belles entrées de Villes que l'on a fait audit Seigneur par-deçà, ni de 
meilleur vouloir les enfans venir au-deuant auec les armes de France, criane - 
Viue le Roy, & en tout ce qui fe peut faire n’y a nulle omiflion. 
Monfcigneur, le Roy a eü Lettres de Monfeur d 4ubigny, qui eft par: 
delà Boslongne prés Cefare, auec mille lances Italiennes, deux cens de Fran- 
ce, & cinq cens Arbaleftriers de cheual fous Monfieur Des Julien, à trois 
licués de l’armée de Roy Alphonfe , où eftle Duc de Calabre fon fils, le Comte 
de Petillane € le fieur Virgile, auec mille ou douze cens lances Italiennes, & 
mille ou douze cens hommes de pied, & a efperance ledit d’Aubigny dy 
faire quelque venué. nn | 
Des Terrcs des Boulouwnois Monfieur le Général de Bidast à refctit plu- 
ficurs nouuelles, difant que /e Roy Alphonfe 8e l'armée du Pape font 
ble, qui n’ofent aucune chofe leur demander, & que il y a pour le Roy 
fix cens lances, & deux mille hommes de pied, qui fonc plus pour les offen- 
dre que eftre offendus; & que fi l’armce du Roy pale, qu'il tient la viétei- 
re pour le Roy, quiy eft attendu comme Meflias. Et: pource que ledit Gé: 
néral auoit efté mande venir deuers le.Roy, a fait refponfe qu’il ne vou: 
droit point venir encore, qu'il ne vift faire au Roy quelque bon feruice, 
& que incontinent s’en viendra, nonobftant qu’il dit n’y eftre pas pour fa 
plaifance, & ie le crois; mgÿs pour le feruice qu’il entend faire audit Sei- 
gneur, & dir les matieres y eftre bien difpofées, Dieu veuïlle tout guider 
& conduire ainfi qu’il fçair eftre neceflaire. .: | 
Le Roy doit aller demain coucher es 4f, & au-deuant de luy viennent 
Meflicurs /es Ducs de Ferrare @ de Bar, & en ef le fieur Ladouic & fa fem- 
me, & leur eftar,& eft party auiourd’huy Monfieur le Marefchal 4e Gé, pour 
aller faire le logis, & leur en départir. 
Ledit fieur Ludoüic, à ce que i’4y entendu par Lettres de Monfieur ‘le 
Senefchal de Beaucaire, a oëtroyé & fait deliurer ce que l’on luy a demah- 
dé, & s’offre fort au Roy. Prefentementc eft arriué mondit 7 Senef- 


6ÿgo OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


1494. chal, que le Roy a enuoyé querir pour fçauoir de leurs nouuelles auanc que 
parler aux deffufdits. | | 
Meflieurs les Général de Languedoc, Treforier des guerres, de la Croix 
& Poncher font allez à Gennes, depefchez du fieur Ludouic, pour feruir 
à l’rmée de mer, laquelle fera dépefchée en enfuiuant l’auis que Monfcur. 
de Thuray apporta, lequel auis de plus en plus le Roy trouue meilleur, & 
eft content de ceux qui le luy ont confeillé; & pareillement ledit fieur Lu- 
\douic , le fieur Galleas & autres qui ne le trouuoient bon, & pourchaf- 
foient le contraire, ont changé d'opinion, & y adherent aufli, On ne fçau- 
roit dire le contraire, & on le voit à l'œil, & par experience, | 
Madame /« Marquife de Montferrat a enuoyé deuers le Roy luy offrir les 
biens, Terres & Seigneuries de Monfieur fon fils; & par effet s’eft de- 
monftrée & demonftre bonne Françoifé, & a fait de grands préparatifs. Le 
Roy y pourra aller fur la fin de cette femaine, & s’en retourner audit Aft; 
& apres a deliberé aller à Gennes faire fon entrée, là ou il eft attendu en 
grand triomphe & deuotion : le Roy eft deliberé y entrer couuert, luy & 
“: ‘ : fon cheual de Croix doubles de Ierufalem d’orféurerie, dont le deuis eft 
bien fait & nouueau, & non pas de grande defpenfe. 

Monfeigneur le Roy attend auiourd’huy des nouuelles de mondit Sei- 
gneur d'Orleans, & incontinent en ferez aduerti, enfemble de ce qui fur- 
uiendra, car le Roy l'entend ainfi, & la raifon le veut. | 

Monfeigneur , ie prie à Dieu qu’il vous doint tres-longue & bonne vie. 
Efrit à Quicrs le huitiefme iour de Septembre. : | 
: Monfeigneur, en efcriuantces prefentes, j'ay receù vos Lettres qu'il vous 
a plü me refcrire, dont humblement vous remercie, dorefnauant fuis de- 
liberé vous ennuyer de fouuent vous efcrire. Voffre tres - humble Preffre, 
Chapclain & férsiteur, GVILLAVME Enefque de Saint Malo. 

Monfeigneur, depuis ces Lettres efcrites, fonc venués autres nouuelles 
de Gennes, dont ie vous enuoye l'Original , & ainfi qu'il en viendra en 
ferez toufiours auerti, car ie fuis feur que la chofe que plus defirez, eft de 
{çauoir des nouuelles de la fanté & profperité du Roy. Prefentement le 
Roy a depefche Monfieur de Piennes, pour aller au-deuant de mefdirs fieurs 
les Ducs, lefquels fe doiuent trouuer au deuant du Roy fur les champs 
deçà Aft, deux licuës, & au deuant d'eux enuoyera encore demain Mef_ 
fieurs de Liney, & Vidame de Chartres. 4 l'adreffe eff eférit : A Monfei- 
gneur, Monfcigneur le Duc de Bourbonnois & d’Auuergne, 

Prés fur l'Original. 


P AGE r00. Le Seigneur Ludouic vint faire la reuerence au Roy. 
Philippes de Commines prétend que ce fuc luy qui À née au Roy 
Charles V III. la conquefte du Royaume de Naples, ou du moins qu'il en 
parla le premier, & prefta de l'argent pour certe expedition. Voyez cy-def- 
fus pages 216. & fuiuantes. ; 


AGE rer. Îl y eut quelque differend enge le Pape & luy, car ce Pa- 
pe eftoit naturellement Efpagnol. 

Il s'appelloit Alexandre V I. de la maifon de Borgia. L’on peut voir dans 
1es preuues qui font à la fin de l’Hiftoire de Philippes de Commines , Vne 
Hiftoire aflez exate & naturelle de la vie de ce Pape, qui cftoit natif de 
Valence en Efpagne. 


N la mefme Page. Finalement le Roy entra dans Rome. 
+ L'on crouuera cy-aprés deux Relations de ce qu'il y ft pendant fon 
{ciour, & qui meritent. quelque confderation. pa _ 


DV ROY CHARLES VII 6x 


Contracf de Mariage de Iean du Boulongne, dy de Isanne de Bourbon, 
| * venxe du Duc de Bourbon Connefiable de France, 

A Tovs ceux qui ces prefemtes Leitres verront : Ican Banderlue Bout- 

. gcois de Saint Pierre le Monftier, & Garde du féel Royal efta- 
bly pour le Roy noître Sire, en la Preuofté dudit lieu, sslwr. Sçauoir fai- 
fons que pardeuant Guillaume Guyonnet :& ‘Laurens Cachemote Clercs, 
Iurez Notaires dudit feel, & les Notaires aufquels quant à ce nous auons 
commis noftre ra pour ce perfonnellement eftably, haut & puiffant 
Seigneur, Monféigneur Jess Comte de Boulongne G: d'Auuergne d'vne part, 
&: haute & puiffante Princefle.:Madame Zeanse de Bourbon, Ale de feu hauc 
& puiflant Prince Monfeigneur de Bourbon,Comte de Vendofme, & veu- 
ue de feu tres-haut &.puiflant Prince Monfeigneur Iean Duc de Bour- 
bonnois &-d’Auuergne en fon viuant, eftant & vfant de fes droits, d’autre 
part , defquelles parties, par auis & deliberation de tres-haut & tres-puiffant 
Prince, Monfeigneur. Pierre Duc de Bosrbonmois 8 d’Auuergne, Monfieur 
Jean d'Albret Scigneur d'Orual, Monfeur Facques de Beaufort Comte d’A- 
leis, & tres-haut Loys Comte de Vantadour, & d’autres plufeurs leurs pa- 
rens & amis, ont fait, pafle, tranfigé & accordé les paétions, accords & 
conuentions de Mariage defdits Monfieur le Comte de Boulongne, & de 
madite Dame Jeanne de Bourbon en la maniere qui s'enfuit. C’ef à Gawoir, 
Que ledit Monfieur le Comte a promis de prendre à femme & cfpoufe ma- 
dice Dame Icanne de Bourbon, &icelle madite Dame Ieanne a promis de 
prendre à mary & efpoux iceluy Monfeur le Comte de Boulongne, fous les 
modifications & conuentions qui s’enfuiuent, Premierement, que ledic 
Monfieur le Comte prend & prendra madite Dame Ieanne de Bourbon 
pour tous & chafeuns fes droits tels qu’elle à & peut auoir, & qui luy com- 
petent & appartiennent, tant de fon droit de fucceflion & heritage en la 
maifon de Vendofme, que de fon Douaire a elle conftitué par feu le Duc 
Iean de Bourbon que Dieu abfoille, que aufli de la fémme de douze mille 
liures tournois a elle ordonnée par le craité dudit feu Monfeur le Duc Ican 
& d'elle, pour tous droits de meubles & conquefts. rem, En faueur dudic 
Mariage mondit fieur le Comte de Boulongne a douc & doué madite Da: 
me Icanne de Bourbon, quant & fi-roft que Douaire aura lieu, de quatre 
mille liures tournois de reuenu, francs & fans charge en toute iuftice, foit 
qu'il y cuft enfans dudit mariage ou non; lefquelles quatre mille liures tour: 
nois de reuenu mondit fieur le Comte luy a aflignez & afligne fur les Ter- 
res, Chaftellenies & Scigneuries de Saint Saturnin, ou. Befle, au choix & 
éleétion de madite Dame, en ce que le reuenu de chacune d’icelles places 
qu'elle choifira en pourra porter, charges deduites, la place & maifon non 
comptées audit reuenu, & le refidu defdites quatre mille liures tournois de 
reuenu mondit Seigneur le Comte luy a afligné & afligne fur les Terres 
de Douzenac, Matemote , Bouflac & Correze, cens, rentes, eftangs, & au- 
tres chofes dépendantes & appartenantes defdites Seigneuries & Cheuances 
affifes en Limofin, en ce qu'elles pourront fournir, toutes charges payées, 
lefdites places & maifons non comptées pareillement audit reuenu; & ce 
qui reftera fe prendra fur les Terres & Scigneuries d’Artonne & Moncel 
fituées au Pays d’Auuergne , charges deduites, les maifons pareillemenc 
hon comptées audit reuenu. Jtem, Et a efté accorde que s’il reftoit aucune 
chofe defdites quatre mille liures tournois de reuenu , il fe prendroit au 
plus prés defdires Terres & Scigneuries de Saint Saturnin, ou Befle, celle 
que madite Dame auroit choifie pour partie de fon Douaire, gages d’Off- 
ciers ordinaires payez. Et fera la luftice comptce audit TT laquelle af- 

1) 


mettt 


149 4 


2. Iahuier 
1494. 


—— 792 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

1, . fiete defdites quatre mille liures tournois de reuenu, fe fera moyenne, c’eft à 
1494 | q A ee 
fçauoir à ne prendre de neuf anriées les plus haates ni les plus balles, mais 

les moyennes. J#e#, Plus a efté accarde que fitoft que -Dawaire aura lieu, il 

aura fon cours fans aucune demande en faire, & fi pourra audit cas madi- 

te Dame metre éfdités Places & Seigneuries ainf à elle affignées & bail- 

lées pour fondit Douaire, & en prendre le reuenu iufques en ladite fom- 

me de quatre mille liures cournois, ainfi que deffus; fans autre myftere de 

iuftice. : Item, S'il aducnoic que madite Dame , aprés le wefpas dudit Mon- 

fieur le Come, fe remariaft, & conuolaft à tierces nopces, en ce cas elle n'au- 

ra que trois mille liures tournois de reuenu, lefquelles trois mille liures tour- 

nois de reuenu mondit fieur le Comte luy a affignez & affigne fur lefdites 

Terres & Seigneuries de Douzenac, Matemote, Bouflac & Correze, aff. 

fes audit Pays de Limofin, Arthonne & Moncel, aflifes audit Pays d’Au- 

uergne , toutes charges déduites, les Places non comptées audit reuc: 

nu; & ce qui reftera, & ne fe pourra prendre fur lefdites Terres & Seigneu- 

ries de Limofin, Arthanne & Moncel fe prendra de prochain en pro- 

chain defdites Arthonne & Moncel en femblable afliere que deflus , & 

n'aura audit cas madite Dame lefdices Places, Terres & Seigneuries de 

Saint Saturnin & Befle, fi bon ne femble aux heritiers de mondit fieur le 

Comte. 1m, Mefdits Seigneurs le Comte & Dame feront vns & communs 

en tous biens, meubles, aufli en conquefts, immeubles, qui feront faits du- 

rant & conftant leurdite communauté, & par le deceds du premier mou- 

rant, fe partiront lefdits meubles & conquefts immeubles par moitié, en- 

sre le furuiuant & les hcritiers du premier decedé & mourant, foit qu'ils 

syent enfans ou non: toutefois 4 efté accordé que les conquefts immeubles 

faits durant ledit mariage, feront propres heritages aux enfans qui viendront 

& fortiront d’iceluy mariage; neanmoins chafcun defdirs mariez qui furui- 

ura ioüira de la part & portion d’iceux conquefts fa vie durant feulement, 
nonobftant quelfconques couftumes contraires qu’il puifle y auoir au Pays 
d'Auuergne. Item, Et quant à ladite fomme de douze mille liures tournois 

qui appartiennent à ladite Dame pour tous meubles & conquéfts qu’elle 

pourroit demander à la maifon de Bourbon, ladite fomme fera conuertie 

en hericages pour elle, pour eftre fon propre heritage & des fiens de fon 

cofté & ligne. Z#», Ét s’il aduenoit que mondit fieur le Comte allaft de 

vie à trefpas auant que conuertir & employer ladite fomme de douze 

mille liures tournois en heritage pour madite Dame, comme dit eft, mon- 

dit feur le Comte luy a dés maintenant pour lors, & aux fiens & ayans 

Caufe, baillé, cedé & tranfporté pour ladite fomme de douze mille liures 

tournois, la Terre, Seigneurie & Baronnie de la Ferté Chauderon en Ni- 

uernois , auec le Chaftel, appartenances & appendances, ainf qu'ils fe com- 

POrtent, qui appartiennent 2 mondit fieur le Comte, pour en ioùir par elle 

êc les fiens & ayans caufe, comme de fon heritage, aprés le trefpas dudie 

Monfeur le Comte, & laquelle Terre, Baronnie & Seigneurie de la Ferte 
Chauderon mondit fieur le Comte & les fiens pourront rauoir & racheter 

en rendant & reftituant ladite fomme de douze mille liures tournois. Items, 

Et s'il aduenoit que madite Dame allaft de vic à trefpas auant mondit fieur 

le Comte & fans enfans , mondit fieur le Comte gagnera la fomme de fix 

mille liures tournois, faifant moitié defdites douze mille liures tournois : 
& neanmoins iufques à la reftitution defdites fix mille liures tournois qui 
refteront, ladire Terre de la Ferté demeurera vendué comme deflus, iuf- 
ques à la reftitution defdices autres fix mille liures , fans que l’on puifle 
compter les fruits de ladite Terre & Seigneurie de la Ferté, en déduétion 
defdites douze mille liures, ou fix mille 1iures tournois és cas deffufdits. 
Jrem, À cfté accordé que ce qui viendra à ladite Dame de la maifon de 


DV. ROY CHARLES VIII 793 


… Vendofme, fera propre heritagé d'elle & des fiens de fon cofté & ligne, r 4 9 4. 
_ fans toutefois que mondit fieur le Comte ou les fiens foient tenus de faire 


reftitution des fruits dont il ioüïira durant ledit mariage, Ztem, Outre,en 
faueur dudit mariage , & à ce que la maifon foit entretenuë, & le nom & 
les armes en aprés, mondit fieur le Comte 2 voulu & ordonné, veut & or- 
donne que l’aifné mafle defcendant dudit mariage, portera le nom & ar- 
mes de la maifon de Boulongne, & aura en préciput & auantage les Com- 
tez de Boulongne & d’Auuergne, ou la récompenfe de ladite Comté de 
Boulongne, aucc la Baronnie de la Tour; & fi l'aifné mafle fe faifoit hom- 
me d’Eglife, ou autrement ne fuft habile, ou ne fe mariaft, poutueu toute- 
fois qu’il foit marié, ou qu'il fe marie, & par ce ne fuft pour entretenir le 
nom & les armes de ladite maifon, le fecond mafle qui fera marié aura le. 
dit préciput & auantages, & ainf confecutiuement de mafle en mafle des 
defcendans de ce mariage, & neanmoins ioùira mondit fieur le Comte de 
ladite Baronnie de la Tour fa vie durant fi bon luy femble. Car 4nf à effé 
accordé entre lefdices parties. Promettans , chafcunes endroit foy, en paro- 
les de Prince & de Princefle, par la foy & ferment de leurs corps, & fous 
l'obligation & hipoteque de cous leurs biens, meubles & immeubles , pre- 
fens & aduenir quelfconques, que contre le contenu en ces prefentes Let. 
cres ils ne viendront, aller ni venir feront par eux ni par autres en aucune 
maniere, au contraire ainçois les chofes deflufdites tiendront , garderont 
& accompliront, & les feront tenir , garder & accomplir fans corrompre 
nullement, & rendront & refticueront l’une partie à l’autre tous coufts, 
frais ,mifes, incerefts & defpens qui faits feront par defaut & accomplif- 
fement des chofes deflufdites, obligeant quant à ce eux, leurs hoirs & biens 
quelfconques à la lurifdi@tion, compulfion & contrainte de ladite Chan- 
celerie & dudit féel , voulans par icelle Cour eftre contraints, gagez & 
compellez par prife, vente & exploitation de leurs-biens, renonçans par 
leurdite foy à toutes & fingulieres actions , exception$, deceptions, allega- 
tions, défenfes, caufes & raifons, & mefmement au droit y dant générale 
renonciation non valoir, fi de ferment n’eft precedée. En témoin defquelles 
chofes nous Gardes deflufdits, à la relation defdits Iurez qui ces chofes 
deffufdites nous ont rapporté eftre vrayes, le féel de ladité Preuofté auons 
mis & appofé à cefdites prefentes Lettres deuant les témoins à ce prefens, 
& par lefdits Iurez appellez. Fair audit chaftel de Moulins és prefences de 
mondit Seigneur le Duc de Bonrbon, mefdits fieurs d’'Orsal & de Vantadour, 
Meflieurs les Archeuefque de Reims & Euefque de Clermont, Maiftre An- 
thoine Douët Chancelier de mondit fieur le Comte de Boulongne, Meflire 
Anthoine d’Eftaing Protonotaire de noftre Saint Pere le Pape, & Dom 
d’Aubrac, Monfeur de Canillac,& plufeurs autres, le deuxicfme iour de 
Hanuier , lan mil quatre cens quatre-vingts-quatorze. Ainf figné, Cache- 
mote & Guyonnet. | 
Pré fur vne ancienne copie collationnée. 


Couronnement du Roy Jean d'Albret, @ de Casherine de Nauarre. 


Vÿ Nom du ps tout-puiffant, le Pere, le Fils, @ le Saint Ef A Pampelune 


10. Jansier 
49 4. 


pris, trois Perfonnes en une eflence, & un feul Dieu, Roy des 
Roys, & Seigneur des Seigneurs, à perpetuelle memoire. Soit notoire, & 
manifefte à rous prefens & à venir qui verront cét aéte public, le liront, 
ou l’oyront lire, qu’en l’an de la Natiuité de Noître - Seigneur Iefus - Chrift 
mil quatre cens quatre - vingts - quatorze, un Dimanche qui eftoit le dixief- 
me & lanuier de ladite année , en l'indiétion trois, & du Pontificat de 
noftre Saint Pere en Icfus-Chrift Alexandre V I, par : Te” diui- 

.  SS ii} 


1494 


# AÏ. Rouce. 
Sax. 


694 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

ne Pape, l'an de fon Siege trois. Ayans les tres -excellentes & puiflartes 
Perfonnes , Dom Jean par la grace de Dicu Roy de Nauarre, Duc de Ne- 
moux, de Gandias, de Montbianc, de Penafñiel, Comte de Foix, S:igneuc 
de Bearn, Comce de Bigorre & de Ribagorça, de Ponticure, de Peri- 
gord, Vicomte de Limoges, Pair de France , & Seigneur de la ville de 
Ballaguer. Et Dame Catherine, par la mefme grace Rone, Proprictaire du- 
dis Royaume , Ducheffe defdits Duchez, Comrefle & Dame dcfdires Com- 
rez & Seigneuries, conuoquez & conuiez à venir, & fe crouuer à la fainte 
onétion & folemnité de Icur heureux Couronnement, & eflcuation à la 
dignité Royale, les. Prelats , Seigneurs, Gentilshommes ; Gens de qualiré, Ci. 
toyens , &c Bourgeois des bonnes Villes, reprefencans les trois Eftats du 
Royaume, & tout le peuple de Nauarre , comme en cas & aëtes fembla. 
bles eft de couftume de faire, a ce iourd’huy en l’Eglife Cathedrale ds: 
Saince Maric de la ville de Pampelonne , où ladite folemnité & reception 
de marques Royales fe doit & a de couftume de fe faire , lefdites illuftres 
Perfonnes Roy & Reyne conftituez perfonnellement en prefence de Nous. 
Notaires & Secretaires, & tefmoins cy-aprés foufcrits , fe font prefentez 
pour & comme Affemblce d’Eftats , les Perfonnes qui s’enfuiuent, à fça- 
uoir;, Les PrsLaTs, les Reuerends Peres en Iefus-Chrift, & hono- 
rables Religieux Dom Jean de Barreris, Euefque de Bayonne ; Dom grr- 
trand de Boyris, Euefque de Dax; Jean d'Eques, Prieur de Ronccballes*; 
Dom Pierre d'Eraffo, Abbe d'Oliuet; Dom Frere Sawseur Caluo , Abbé de 
Saint Sauueur de Leyre ; Dom Frerc Diego de Vagsedanno, Abbé d'Yran- 
ce ; Dom Frere Michel de Peralte, Abbé de Fitere : Et Les NoBes, 
Cheualiers , Gentilshommes |, Dom Louis de Beaumont, Comte de Lerim, 
Conneftable de Nauarre ; Dom Pierre de Nawarre, Marefchal dudit Royau- 
me; Dom Æ44nf6 de Peralte, Comte de Saint Eftienne ; Dom Jean, Sei- 
gneur de Lufe ; Dom “Philippe de Viamonte ; Mcflire Jean Vele de Medrano, 
Dom Jean Henry de. Laçarra, noble perfonne Dom Louys de Beaumont, fils 
dudit Conneftable ; Dom Charles de Viamont, Dom Iean de Viamont, Dom 
Zean de Mendoçe, Dom Iean de Viamont, fieur de Montagut ; Jean Henry 
Laçarra, fieur d’Ablites ; Meflire Jean de Garres, Vicomte de Colinc; Mei- 
fire Pierre de Peralte, Merin de Tudele, Meflite Martin Henry de Laçarra, Mef- 
fire Armand Dorte , Lope de Vaquetanno, Merin de l'Effoille , Vicomte de Ma- 
rene; Mcflire philippes de Casalete, nobles perfonnes Garcia Perés de Veraiz, 
Gouuerneur de Tudele ; Martin de Gorgny, lacques Dias, Gracian de Viamont, 
Giles de Domenxan , Dom Martin de Viamont , Chreffien d'Efpellette, Merin de 
Sangnefla, lean d'Artiade, le Seigneur de Mendinüette , le Scigneur de Bel/6n- 
te, le Seigneur d'Fr/msa, le Seigneur d’'Armandares, le Seigneur de Garro, le. 


_ Seigneur d’Afate, le Seigneur & Verte, le Seigneur d'Frete, le Seigneur de 


Nauicre, Gouuerneur de Montreal ; Lopés de Sparce, Bernard d'Efpelerte, les 
Seigneurs de Laffaque, Bertrand d'Armandaris , le Seigneur d’Arbiçs , Garceia 
d’Arbicu : Efcuyers, Gentilshommes, & plufieurs autres nobles perfonnes 
dudit Royaume, Dom Jean de Jaffe Doëteur, Dom Martin de Raffie, Dom 
François de laque, Dom Pierre de Friaë. Pour a ville de Pampelonne, Dom 
François de Jaque Conful, Martin Cruzat, Iean Munarriz, Fremin de 
Baxa, &c. Pour la ville d'Effls , Diego Amburz Conful, Lope d’Efpe 

lette, Iean d'Equia, &c. Pour la ville de Tudelle , 1ean des Laue Conf, | 

Ican de Chambre- luftice, Pierre de Peralte, Iean Pafquier, Garcya d’Ay-h 
bar, Iurats, &c. Pour la ville d'ofirre, Garcia de Falce Conful , Charle#? 
d’Alcate Juge Mage, Anthoine luber, &c. Pour la ville du Pons de Le 
Reyne, Charles de Licerac, Conful, Lope Diez, d'Obanes, Ilurats, Bour- 
geois de ladite Ville. Pour la ville de F;anse Marti doGurpide, Iean 
d'Echaberry, Maiftte Jean Miquel, Martinc‘@angeur. Pour la ville de 


pv RoOY CHARLES VIIL 69 


mer + es. 


« 


PR ———— — — 


pe = 
a 


Saint Iean , Martin de Bumils Notaire , Girard d’Arambure Bourgeois de IE 49 4e 
ladice Ville. , Pour la ville de Tafale , Charles de Nabas Conful, Charles 
d’Erbice Preuoft & Bourgeois de ladite Ville, Pour la ville de Filefran- 
che, Pierre Garcia de Falfos , Sanche Marrinis Bourgeois de ladite Ville, 
Pour la ville d’Aquilar, Lope de Morede, Pour la ville de Lombrere, Char- 
les de Liedene Conful, Peryuanes du Liedenos, Bourgeois de ladite Vil- : 
le. Pour la ville de Caxede, Xymenc Benedu, & Iean de Meaux Notai- 
res. Pour Toralua, Laurens Abbat. Pour Efuninga. Pour Abade, & plu- 
fieurs autres Deputez d’autres Villes & Places dudit Royaume, & grand 
nombre d’autres gens, & ainfi reprefentez ceux du Clergé auec leurs 
marques Pontificabss & chacun felon fon eftat & dignité. Les Seigneurs, 
Gentilshommes, Gens de qualité, Cheualiers , Procureurs, & Deputez 
defdites Villes, deuant le Grand Autel de ladite Eglige Cathedrale , le 
fufdit Prieur de Ronceballes, pour & en l’abfence dudit Euefque de Pam- 
pclonne, awquel il appartenoir de ce faire, ff prefent y euff effé; dit publiquement 
en prefence de tous les fufdits Deputez, & leurs Alteffes Roy & Reyne, 
les paroles qui s’enfuiuent : Vous excellens Prince @ Princeffe, puiffans Sei- 
gneur G Dame, voulez effre nos Roys C° Seigneurs ? À quoy leurs Alreffes 
refpondirent, Nous le voulons, @ ainff nous plaiff. Et ces paroles re'ïicerées 
par trois fois par ledit Prieur; Puis qu'ainf eff, tres-excellens Princes € puif: 
fans Seigneur Dame, dewant que paffer plus auant à la facrée Onttion de voftre 
heureux Couronnement, il eff neceffaire que vos Alreffes faffent aux peuples le fér- 
ment que leurs Predeceffeurs Roys de Nauarre ont fait en leur temps, Gen aprés 
de peuple vous preffera fon férment accouflumé. Et lefdits Roy & Reyne ref- 
pondirent ,gw'ils l'anoient pour agréable, &* age de faire le ferment. Et 
aufli-toft mettans leurs mains Royales fur la Croix & les Saints Euangi- 
les, & réucremment les adorans entre les mains dudit Prieur de Ronce: 
ualles, iurerent à leurfdits Peuples en la forme & maniere contenué en un 
papier , lequel à la requefte dudit Prieur fuc leù à haute & intelligible voix 
par Dom Ferdinand de Vaquedane Prochonotaire foufcrit , lequel papier 
contenoit la forme qui s'enfuit. | | 


N Ovs Dom Iean par la grace de Dieu Roy de Nasarre; C No@ Dons Ca- Serment du 
| therine par la mefme grace Reyne Propricraire dudit Roydume, auec le congé 0e de le 
du Roy Dom lean mon mary, © ‘un chacun de noss à part comme il nous appars Ho 
tenois, iurons fur cette Croix © les Saints Euangiles, les touchans de nos mains, 
à vows, Prelats, Gentilshommes , Chewaliers , Bourgeois @ Habitans des bonnes 
Villes , @ à tout le peuple de Nanarre tant abfens que prefens, € promerions vons 
maintenir aux Prinileges , Droits C Conflumes , franchifés G'libertez comme 
avous les anex par cy- deuant euës, les garder © conféruer à vos fucceffeurs, © 2 
‘sous nos. Suiets du Royaume de Nauarre tout le temps de noftre vie, les augmeñ- 
sans pluffoff que de les amoïndrir en aucune façon on maniere que ce Joit. Et pro- 
mettons auff abolir on faire abolir toutes les forces G* violences faites au contraire 
par nos Predeceffèurs Roys de Nañärre, à qui Dicu pardonne , ou par leurs Officiers 
en leurs temps, amender © remettre le tout felon le droit , quelque excufe que l'on 
puff pretendre. Et que pour douze ans nous maintiendrons la monnoye laquelle 
fera batuë à prefent par l'aduis de vous lefdits Effars , G que nous ne lairrons 
auoir cours qu'en üne jenle monnoye. Et quant 4 Nous Roy Dom Iean , paruen ean d'Albres 
à la Royauté G* Couronne de Nauarre; à caufé G* par le droit de la.Reyne D. Ca- “opel 
sherine noffre femme , inrons G* promettons comme dit eff, que nous departirons les D brie de 
biens dudit Royaume de Nauarre à nos Suiefs ; qu'aux Eflats G Offices de Gou- Nausrre. 
serneñr, Chancelier, Marefchal, Iuçe, Presoff, Prejident de la Cour Somueraine, 
Maire, Chafhlain de ‘Saint lcan, Officiers de luffice dudit Royaume, n'y mettrons 
ny confentirons cffre mife aucune perfônne cffrangere, ains tous naturels originai- 


1494. 


696 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


res C* habitans dudit Royaume, G* ne maintiendrons awcuns cflrangers aux Off- 
ces dudit Royaume de Nauarre , que inques an nombre de cinq perfonnes , qui 
pourront acquerir chacun d'eux nn Office tant feulement , felon le droit G couffs- 
me que mous auons iuré, @° que durant le temps que nous ticndrons G: pofféderons 
ledit Royaume, C* qs'ils tiendront les Chafleanx Gr Fortereffes on aucum d'iceux, 
leur ferons faire foy © hommage, C* isrer fur la Croix ° les Saints Esangiles, 
que venant à deccder La Reyne noffredite femme, ce qu'à Dieu ne plaife, fans laiffèr 
de Nous enfans prouenss de legitime mariage ; en tel cas rendrons Lefäirs Chaffeaux 
G* Fortereffés à l'heritier ow l'heriticre d'icclle qui après elle deurs heriter du Royau- 
me de Nasarre © non à autre, C que à la Reyne noffre femme ne ferons faire, 
ny donnerons permiffion de faire donations, venditions, on alienations , change- 
mens, union, adionition , on annexation dudit Royaume de Nasarre, auec autre 
Royaume, ny autre Pays; ne ferons, ny donnerons permiffions de faire Statut, Or- 
donnance , Edit, on Loy preindiciable 4 l'hoirie G “ces des filles qui feront be- 
ritieres dudit Royaume de Nauarre ; C fi nous on elle le faifions, que de [à n- 
ture tout foit nul C° de nulle valeur. Outre ce nous iurons , comme dit eff, que & 
autrement aduenoit à la Reyne , qu'a Dies ne plaifé, fans laiffer de Nous fils os fil- 
Le procedans de legitime mariage, qu'en ce cas hous lairrons G abandonnerons réel. 
lement G de fais tout ledit Royaume de Nauarre. Item Nous isrons C promet- 
tons, comme dit eff, que venant la Reyne à deceder, laif[ant heritiers ow beriticres 
tandis que nous luy garderons la foy promife fans nous remarier, que nous de- 
meurerons dans ledit Royaume au gosuernement CG adminiffration d'iceluy com- 
me Roy uféfruitier , ainfi que par lefdits Eflats à efié requis qu'au cas que n0ws 
vinffions à nous remarier , nous laiffaions CG abandonnaffions ledit Royaume en- 
ticrement à l'heritier premier n€ ou heritiere, Seigneur ow Dame proprietaire d'ice- 
luy Royaume, Gr que lefaits Effats du Royaume en tel cas , fans charge de confiien- 
ce ou blafme , pourront de leur propre autorité nommer , G: cflener à la dignité 
Royale le fafäit Seigneur ou Dame , beritier os beritiere, premier né ow premiere 
née; © fi tel heritier ou heritiere effoit en minorité, attendant l'accompliffement de 
vingt-un an, fèrs gouucrné par les tuteurs, qui à la requefle & fépplication des 
trois Effats dudit Royaume luy feront donnez ; © aducnant que tel heritier os he- 
ritiere tandis que nous férions encore en noffre viduité, paruint à l'âge de vingt- 
sn an 04 fégnariaff, en tel ces pour fon entretenement A donnerions tout ce qui 
feroit befoin. Et s'il arriuoit que nous vinffions « deceder deuant la Reyne noffre 
femme, en ce qui touche le Royaume de Nauarre, icelle demeurant toufiours Reyne, 
G* Dame proprietaire, fé mariant ou non mariant ; C* en ce qui touche nos autres 
Seigneuries C Domaines ; C° de l'iluffre Seigneur d'Albret noffre tres - honoré pere, 
Cr le faraiuant ,elle ait par chacun an 4 receuoir les quatre-vingts mille liures con- 
tensés au Contraif de mariage d'entre elle & moy, G ainfi nous rendrons à noffre 
beritier ou beritiere premiere née toutes les Terres © Scigneuries que nous auons, 
Cr poffedons de la part de feu Dame Françoife noffre tres- chere mere, 4 qui Dieu faffe 
mercy , lequel beritier om bheritiere ferons nourrir G* efleucr en ce Royaume, cn la 
langue G* conuerfation de ce peuple au moins pour un temps, @ donnerons ordre 
que ladite Reyne faffe fa refidence continuelle, ou pour le plus grand part du temps 
en cedit Royaume, confiderans les longues années qu'il a effé fans Roy, Seigneur 
proprictaire, qui 4 eflé caufe de tant de maux, pertes G dommages. 

Semblablement voslons, € ainfi nous plaiff, que fi en ce que nous auons iuré, 
on en partie d'iceluy, nous venions à nous départir de quelque point, que lefdits 
Effars CG peuples de noffredit Royaume de Nauarre ne foient tenus de nous obeir és 
chofés en quoy nous aurons contreuens. De mefme Nous ladite Reyne Catherine, 
awec la permiflion du Roy Dom Lean noffre Seigneur CG mary, G° en fa prefénce is- 
rons 4 Dies fur cette Croix, G les Saints Esangiles touchez de la main, que cha- 
cune des chofés fufäites par le Roy noffredit Seigneur G7 mary , iurées en tant 
qu'à nous eff, qu'à nous peut appartenir, les ticndrons, obférucrens & accom- 

| plrons 


\ 


DV ROY CHARLES VIII. 69 


plrons de fait, fans y contresenir en aucune maniere ; cr fi nous le faifions, que 1 4 9 4. 
fout foit nul G de nulle valeur. 


Et ledit ferment ayant ainfi efté fait par leurs Altefles ; auficoft les faf: 
dits Prelats, Seigneurs , Gentilshommes, Cheualiers, Bourgeois, Depu- 
tez, & Procureurs des Villes, s’entrefuiuans les uns les autres, requis par 
ledit fieur de Ronceualles, firent le ferment, couchant de leurs mains la 
Croix & les Saints Euangiles, tant pour foy comme pour & au nom de 
tous es autres ,tant Clercs que Lais ts bras Ecclefiaftique ou feculier du 
Royaume de Nauarre, iurant en main dudie Doéteur Dom Iean de Iaffé, pre- 
mier Prefident de la Cour Souueraine, en l'abfence du Chancelier à qui 
appartenoit reccuoir ledit ferment en la forme & maniere contenué en un 
autre papier , lequel fuc leù publiquement à haute & intelligible voix par 
Dom Martin Ciordia Protonotaire, dont la teneur s'enfuit, 


N Ovs Les Effats du Clergé, Nobles, Seigneurs, Gentilshommes, Cheualiers, 
Bowrgeoës, Procureurs, @ Depatez des Villes du Royawme de N'auarre, ju 
7ons à Dies fur cette Croix @ Saints Enangiles par nous manuellement touchez , À 
Vous noffre Sire Dom Ican par La grace de Dieu Roy de Nawarre, pour le droit qu'à 
vous appartient à caufé de La Reyne Catherine voffre Efpoufé G noffre Reyne, de 
Dame naturelle, que garderons Gr defendrons bien € fidellement vos slluftres Pers 
Jonnes, Couronnes C Pays , G vous ayderons à Garder, défendre G maintenir 
foutes vos Loix C Ordonnances par vous iurées , en tout ce qui nous (ra poli - 
ble. Et aprés ce l'Eucfque de Bayonne vint à prefter fon ferment, met. 
tant fes mains propres fur la Croix & les Saints Euangiles, en la maniere 
contenué en un papier ainfi que s’enfuit, 


Nous Dom lean de Barreris Encfque de Bayonne , iurons À Dies Jar ceste Croix 
C Les Saints Evangiles, que nous ferons fidelle G° loyal Suiet 44 Roy G: à la Reyne 
qui font à prefént, G à leurs Succcffeurs, gardans l'honnenr, l'effat & la perfônne, 
biens C° droits de leur Royaume, defournans tout le dommage qui pourroit cjcheoir, 
C° Les ayderons à maintenir les droits conffumes dudit Royaume, tans qu'à nous 
fers; reféruant toufiours le féruice que nous deuons à noffre Sire Le Roy de France, 
Cr les férmens que nous fifmes au . » © droits de lEebfe Et incontinent 
aprés l'Euefque d’Acqs vint à prefter le ferment touc ant réueremment de 
fes mains Ja Croix & les Saints Euangiles en la forme contenuë cn un 
autre papier, comme il s'enfuit, | : | 


Nows Dom Ican Bertrand de Boyris Encfque d'Acqs , iutons à Dieu Jur cette 
Croix C Saints Esangiles, qu'à nos Seigneur @ Dame le Roy © la Royne qui font 
a prefent, © à leurs Succeffèurs qui viendront en aprés, férons fidelle loyal ferui- 
teur, à eux C à leurs perfonnes @ droits dr conffumes de leur Royaume, & pro 
curerons tout l'honneur G° féruice deû À leurs Altefis, d empelcherons & deftour. 
nerons 1041 le dommage qui Leur pourroit fubuenir, leur aidant à maintenir CO gar- 
ger les droits dudit Royaume sant qu'à nous fera peffible, en continuant toufionrs 


de féruice à noffre Sire le Roy" dè France, obféruant les fermens par nous faits an 
Pape © droits de noffre Eclfe, 


. Et les Euefques de Calahorta, Taraçonna , & l'Abbé de Montaragon 
Maquera , appellez pour eftre auffi tenus de faire ledit ferment, ne fe crou- 
uerent prefens. | | | P 

Et aprés que tous lefdits fermens furent faits de la facon que deflus, 
lefdits Seigneur & Dame Roy & Reyne fe retirerent de la Chambre de le 
Sacriflie , qui eftoit derriere le Grand - Autel de ladice Eglife Cathedrale, 

| TTte 


1 4 9 4. ayan 


693 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
s laiffé lefdirs habits &c ornemens qu'ils auoient de toile d’or & brocard, 
& fortirent veftus de robes de damas blanc fourrées d’hermines , auec lef_ 
quelles ils auoient à receuoir la fainte Onétion , accompagnez des fufdits 
Eucfques & Prelats. vinrent à l’Autel maieur , où le Reucrend Pere en 
Dicu Dom Ican d’Auilla Euefque de Conferans eftoic-reueftu d’habics Pon- 
rificaux, en l’abfence de celuy de Pampelonne: lequel Euefque proceda à 
la Sainte Onction de leurs Alcefles, obferuant les ceremonics deués ainfi 
qu'en femblables aétes l'on a de couftume de faire, & comme il eft or- 
donné par le Liure Pontifical. Ladite Onétion faite, lefdics Roy & Reyne 
e retirerenc en ladite Chambre, où les Eucfques & Prelats leur oftant 
les Robbes auec lefqueltes ils auoïent efté oines, les reueftirent d’autres or- 
nemens Royaux , differens de ceux qu’ils ont de couftume de porter, & 
fortirenc reueftus comme dit eft, & vindrent audit Gtand Autel, fur le- 
quel eftoient une cfpée & deux Couronnes d'ot garnies de pierres pre- 
cieufes, deux Sceptres Royaux & deux pommes d'or ; & ledit Euefque de 
Conferans difant quelques Oraifons propres à tels aëtes , le Roy prit de 
fes mains propres ladite efpée, & fe la mit au cofté, & la tirant de fon four. 
reau; la leua en haut, & la branfla, puis la remit en fon fourreau. Cela fait 
leurs Alreffes prirenc de leurs mains propres lefdices Couronnes, à feauoir, 
chacun la fienne, les mettant fur leurs ceftes , &c lefdites Orarfons dites 
par l'Euefque prirent aufli les Seeptres Royaux en leurs mains droites, & 
les pommes d’or en leurs mains gauches. Âinfi couronnez, & tenans lef- 
dits Sceptres en teurs mains , mirent les picds fur un efcuffon qui auort les 
armes Royales de Nauarre feulement, à l’entour duquel efcuffon il y auoit 
douze barres trauerfieres de fer, auec lefquelles quelques-uns des fufdits 
Seigneurs, Gentilshommes, Cheualiers, & autres EE , qui pour 
ce faire auoienc efté deftinez & nommez, leuerent leurs Alcefles par crois 
fois, crians à haute voix, Royal, Royal, Royal, cftans ainfi lefdics Seigneur 
& Dame Roy & Reyne efleuez für l’efcuffon, ietterent de l’argent en mon- 
noye fur les perfonnes qui eftoient à l’entour , accompliflans en cela ce 
qu eft de couftume de faire ; & aprés que toutes les Ceremonies furent 
aices, ledic Euefque de Conferans qui auoit fait ladite Onction.,, & celebré 
l'Office diuin, & les fufdirs Euefques de Bayonne, d'Acqs, & autres Pre- 
lacs cftans en. leurs habits Pontificaux, chacun felon fon degré & dignité, 
comme dic eft, s’approcherent des Roy & KReyne, & les conduifirent & 
leuerent au Trofne, qui pour leurs Royales Maieftez auoit efté paré & or- 
né, où il y'auoit deux Sieges Royaux richement couuerts, & fur lefquels 
ils les firent feoir en un lieu haut & conuenable en un aétc fi folemnel, 
Et ainfi ces Maicftez affifes en leur Trofne Royal, ayans fur eurs ceftes 
leurfdites Couronnes , & tenans en leurs mains leurs pommes & Sce- 
ptres Royaux, & recicées par ledit Eucfque de Conferans Les Oraifons que 
l’on a de couftume de dire en tel cas, commença à entonner à hautc voix 
le Cantique Te Dewm landamus , 8c les autres Prelats & le Clergé pourfui- 
uirent. Iceluy acheué, & un chacun retourné en fa place, la Meile A com- 
mencée par ledit Euefque de Eonferans. 

Lors Michel d’Efpinal Procureur Fifcal defdits Roy & Reyne, au nom 
de leurs Maieftez, & ledit Prieur de Ronceualles pour foy & au nom des | 
Prelats fufdits, & pour le Clergé de tout le Royaume ; &c de mefme tous 
les Procureurs & Députez des Villes pour foy & au nom des Confuls, 
Communaurez, & peuples de tout le Royaume, requirent à tous & à cha- 
cun de nous Notaires, que nous retinflions aûte public de toutes les cho- 
fes fufdites, ainfi comme elles auoient efté faires & paflées , & que nous 
en fifions un ou plufeurs aëtes publics autant que befoin feroit , & que 
nous le leur donnaffions en forme deté, publique & authentique. 


æ 


DV ROY CHARLES VIIL 699 
Aprés ces chofes accomplies ainfi que deflus, comme la Mefle fe difoit 1 49 4. 

folemnellement au Grand Aurtel, lefdits Seigneurs & Dame Roy & Reyne 
offrirent des robbes de pourpre, & des pieces d’or & d’argent de mon- 
noye felon le cours, & s’achéuant le diuin Office auec la folemnité & ma- 
niere que dit cft , fortirenc leurs Maicftez auec leurs habits & ornemens, 
les Couronnes fur leurs ceftes, pommes d’or, & Sceptres Royaux en leurs 
mains, conduits par les fufdits Euefques & Prelats, &.menez en procef. 
fion iufques au Cymetiere de ladite Eglife, & 1à le Roy monta fur un che- 
ual blanc richement caparaçonne, & la Reyne monta en une riche litiere, 
dautant qu’elle eftoit groffc de fix mois ou plus , pour la grande peine 
1 auoit endure en cét aéte, ne put monter à cheual, Ainf enuironnez 

ce leurs Gentilshommes , Cheualiers, Bourgeois , & femblablement de 
tous les Procureurs, Députez des bonnes Villes, & de rouc le peuple du 
Royaume de Nauarre, auec beaucoup d'honneur & ceremonie, les me- 
nerent en proceflion par les lieux accouftumez à ce faire, & la proceflion 
_acheuée s’en retournerenc à la porte de ladite Eglife Maieure , où ayans 

mis pied à terre allerent au Refcétoir pour difner, ayans conuié vous les 
Gens defdits Eftacs. | 
= Toutes ces chofes furent faites, celebrées & pañlées en la forme, ma- 
niere, & auec les folemnicez fufdites en l'Eglife Carhedrale de la ville de 
 Pampelonne, en l’Indiétion, Pontificat, an , mois & iour fufdits , ayans 

efté appellez à cefmoins de tout ce que deffus les illuftres 8& magnifiques 
Dom lean Infant de Nauarre, Dom lea de Ribera Capitaine des Gardes des 
Roy & Reyne de Caftille, Dom Jean de Sylua , & Dom Pierre de Sylua 
Commandeur de Calatraue, Meflire Pierre d'Autemon Ambañladeur defdits 
Roy & Reyne de Caftille, Dom Jeas de Foix de Lautrec, Seigneur de 
Duras, le Seigneur de Pompadour , le Baron de Bearn , François Li me Ca- 
pitaine, le Scigneur #'Efiffac, & pluñeurs autres Seigneurs & Cheualiers. 
Et nous Ferdinand de Vaquedane, Martin de Ciordia Prothonotaires, & Martin 
d'Allegris Secretaire du Roy & de la Revne, nos Seigneur & Dame & No- 
taire public, & foufcrits par le commandement de leurs Maieftez, & def- 
dits trois Eftats du Royaume, faifons ce prefent aëte de Serment & Cou- 
ronnement de nos propres mains, marques. & fignatures , & de chacun de 
nous receu en cette publique forme, & y auons attaché auec les fceaux de 
la Chancelerie de Nauarre , de l’Euefque de Pampelonne , & de ladite 


Ville, en lacs de foye, nos feings & noms accouftumez,en tefmoignage de 
verité requis de ce faire. | 


Certificat donné par le Bailly de Tourney, que l'Abbé de Saint Amand 4 
prefté le ferment à caufe de [a nomination à ladite Abbaye. 


A Tovs ceux qui ces preféntes Lettres verront ou oiront : Nicolas Bache_ , 5, 
ler, Efcuyer, Confeiller, Chambellan du Roy noftre Sire , & Lieu- :494. 


tenant General ; Commis par ledit Scigneur,de Monfieur le Bailly de Tour- 

nay & Tournefis, Mortagne, Saint Amand, & des appartenances , Salut. 

Sçauoir faifons que ue nous comparut Reuerend Pere en Dieu 
-Monfieur Pierre Abbé de l'Eglifé € Abbaye de Saint Amand en Peulle , lequel Abbaye de 
die & confefla que fept ans y a & plus, qu'il fut canoniquement pourueu sir 4% 
de la dignité Abbatiale & Paftoralc de ladite Eglife & Abbaye, & com- 

‘me tel & Seigneur receu par tous les Religieux d’icelle, en quoy faifanr, 

aprés toutes les folemnitez entels cas requifes, lefdits Religieux luy firenc 

le ferment accouftumé comme à leur Prelat & Seigneur, & ce fait iceluy 

fieur comparant fit en la prefence defdits Religieux & de plufieurs Offi- 

ciers, ferment tel qui luy eftoit loifible, d’eftre bon, ge & leal Suiet au 

Ttcij 


149 4. 


A A4f 14. 
Anvilr4ys. 
# Philippes de 
Commines. 


A Af 15. 
Auvil 49 #0 


700 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


Roy noftredit Seigneur , & que eftre doit, & comme les conftitutions & 
franchifes de ladice Abbaye contenoient ; & pour ce que aucuns fe font 
demonftrez ignorans dudit ferment, pourfuiuans ledit fieur par Commif- 
fion des Gens de la Chambre du Threfor à Paris de ce faire, ledit fieur 
Abbé en noftre prefence ratifia & reïtera auoir fait ledit ferment, & de- 
rechef promit & iura comme deflus en nos mains, & iceluy fieur Nous 
requit auoir Lettres pour s’en aider &luy valoir par tout ce que de raifon, 
ce que luy auons accordé , & depuis ces Prefentes deliuré , aufquelles en 
cefmoin de ce Nous auons mis noftre feing manuel, & appendu le féel 
defdits Bailliages qui furent faices & données à Tosrmay le vingt -quatrief- 
me iour du mois de Féurier l’an mil quatre cens quatre - vingts - quatorze. 
Signé , N. Bacheler. | 

Tiré de l'Original effant en la Chambre des Comptes à Lilk. 


P AGE 101. Le Roy Charles eftant à Naples, le Seigneur Ludouic 
manda à Monfeigneur d’Orleans qu’il luy baillaft la ville d’Aft. 

Il eftoit lors nas à plus fort que le Duc d’Orleans, ainfi qu'il pa- 
roift par les Lettres qui fuiuent: cependant il ne put iamais rien faire con- 
tre luy , & il perdie Nouarre que le Duc d'Orleans luy prit, & dans lequel 
il fouftint un cres-long Siege qui fut tres -auantageux aux affaires du Roy. 
Voyez page 105. de cette Hiftoire. 


Louys Duc d'Orleans mande au Duc de Bourbon qu'il luy ennoye Un 
paquet du fieur d'Argenton ; par lequel il verra l'eflas des à iffaires du 
Roy en Italie, le preffe de luy enuoyer du fecours. | 


ONSIEVR MON covsin, Prefentement & depuis ce matin que 

ie vous ay cfcrit & depefché la pofte, ay eu vn paquet de Lettres de 
Monfieur d’Argenton * eftant à Venife, lefquelles il m'a fait fçauoir que les 
ouure & voye, & incontinent les vous enuoye en diligence, ce que je fais 
par cette pofte, & par icelles pourrez amplement voir & fçauoir : faic du 
Roy d’Icalie, où pour Dieu, Monfieur mon coufin, pouruoyez en toute ex- 
tréme diligence, & principalement à m’enuoyer gens à ce que ie puifle gar- 
der les paffages des montagnes pour auoir fecours de France, afin d’éuiter 
aux inconueniens , & fauuer la perfonne du Roy: car ie fuis deliberé y 
employer ma perfonne & mes biens fans rien y efpargner. EfGrir d'Aft tres 
à la hafte, ce quatorziéme iour d’Auril à cinq heures du foir. offre bon cou- 
fin, Lays. Au dos eft efcrit: LA mon couffin Mon/icur de Bourbon. 

Pré fur POriginal. 


Le Duc d'Orleans mande an Duc de Bourbon qu'il attend d'heure 
à autre d’eftre affiegé, que les ennemis [e font affeirex des palfages 
de France. 
M OxNsrEVR MoN covsin, Depuis hier que vous efcriuis n'eft rien 


furuenu de nouueau, finon que j'attends d'heure à aucre le fiege, car 
. e . . . ’ . 
les ennemis & leur artillerie fonc à dix milles pres d’icy, & marchent tant 


. qu'ils peuuent. Cette nuit me font venués nouuelles qu'ils font paflez qua- 


tre ou cinq mille hommes qui vont en Saluffes pour prendre les paflages, 
ce que ie croirois bien, car ils font affleurez de ceux 2 Sauoye, & Lundy 
dernier Madame de Sauoye fic clore les paflages, & crier par tous fes pays que 


. l'on ne laiffaft plus paffer nuls François , & fpecialement gens de guerre. 


_———_—— — 


DV ROY CHARLES VIII or 
Monfieur mon coufin, la caufe pourquoy L Seigzeur Ludomie ne fait encore 1 49 $. 
point clore le paflage aux poftes ni aux pañlans, eft parce qu’il attend à pren- 
dre Monfieur de Breffe, qui doit recourner par-deçà, & aufli Monfieur de Ths- 
ray que l'ay enuoyé deuers le Roy, & parcillement de l'argent de France 
qu’il a oùy dire qui vient, dequoy ay efté feurement auerti par vn de fes 
gens. Incontinent que feray au vray aduerti que lefdices armées iront au 
lieu de Saluffes, ie m'y en iray aucc mon pouuoir, pour garder & défendre 
le paflage : pourquoy faut que de voftre part fafliez par tout extréme dili. 
gence ainfi que vous ferez feurement. Eféris en Aft le r 5. iour d’Auril ‘au 
matin. Voffre bon coufin, Lo xs. Et au dos eft cfcrit: C4 Mon/icur mon coufin, 
Monficur de Bourbon. | : 
| Tranfcrit fur l'Original. 


ONSIEVR MON COVSIN, l'enuoye ce porteur mon feruiteur de- 4 4f rs. 
uers Monfieur de Roñën, 8 luy ay donné charge de pafler par vous, . PES 
& vous dire de mes nouuelles, vous priant que le veuïlliez croire, & faire qwss. 
extréme diligence en l'affaire du Roy ,ou autrement ie.ne vois pas qu'il fe 
puifle bien porter. Par les nouuclles venués de Venife ,& depuis par le 
Doyen de Lifieux, & par plufcurs Lettres que vous aÿ efcrices auez pù fça- 
uoir comme les chofes font, & que en cecy n’eft queftion que du fait du 
Roy, pourquoy il me femble que l'on y doit auoir autre égard. l’attends à 
Mardy le fiege, & y vient 4 Seigneur Ludouic en a comme vous dira 
ce porteur. E/éris à Aft tres à la hafte ce iour de Pafques. Kofre bon cou- 
fin, Loys. C4 Monficur mon coffn, Monfieur le Duc de Bourbon. nn 
Tiré de l'Original. 


Le Duc d'Orleans à Monficur de Bourbon, luy mande ls necelité où 
il eff pour défendre les Places dx Milanois; dont l'une à efté fommée , 

offre de vendre fes terres € meubles pour leuer des hommes en Suiffe, 
© preuenir les ennemis dans ce deffein. | 


ONSIEVR MON covsiN, Vous aurez bien pu fçauoir par tant 2 . 
VA de Letcres que vous ay efcrices l'affaire qui eft cy-deçà, & la necef- id 

fie où ie fuis. D'heure à autre fe renforce l’armée des ennemis de plus en 
plus, & demain où Mercredy doiuent venir mettre Siege icy deuanr, fans 

oint de faute; pourquoy fi n’auez fait par tout diligence,ie vous prie que 
la fafliez, & fpecialement il faut qu'en coute diligence enuoyez en Suifle 
pour auoir deux ou trois mille Suifles, car l'ay efté auerti que le fieur Lu- 
douic a enuoyé en querir, & fi n’auez argent de leur payement, faites ven- 
dre ou engager mes terres & les voftres , auec toutes nos vaiflelles &:ba- 
gues, car fi nous ne faifons diligence de fecourir le Roy par ce bour icy, 
il fera en un tres-grand danger comme pouuez aflez entendre, vous priant 
derechef qu'il n’y ait aucune faute , & de moy vous pouuez tenir feur que 
j'y employcray ma perfonne iufques au mourir. S'il yous plaift me ferez 
plus fouuent fçauoir de-vos nouuelles que n’auez fait par cy- deuant, priant 
Dieu, Monfeur mon coufin, qu’il vous doine ce que defirez. Eférir à Aft 
le 20. iour d’Auril au matin. Le Roy de fon mouuement ; fans eftre auerti 
de ces chofes ,m'a efcrit du 7. de-ce mois,que ce qui me ferait befoin par- 
deçà, tant de gens que d'argent, le vous fafle fçauoir, & que vous me l'en- 
voycriez. Il faut qu'enuoyez en diligence quelque Clerc aucc argent pour 
fournir aux chofes neceflaires : ie baïlléray tout ce que ie pourray fournir 
tant de mes amis que de moy. Tout à cette heure, & depuis mes Lettres 
cfcrites , les ennemis ont enuoyé fommer une de mes de qui eit à de- 

te ii] 


702 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
149 ÿ. mie lieué d’icy, nommée Saint lean, offre bon coufin, Lo xs. Au dos eft 
| cfcrit : C4 Monfieur mon coufin; Monfieur de Bourbon. | 


Tranfirit fur l'original. 
A SP 33. : J ONSIEVR MON covsin, le fuis tres-fort efbahi, veu que par 
Auril 1495. tant de. fois vous ay efcrir, & qu’en cecy gift tout le fait & faluation 


du Roy, que autrement n’ay de vos nouuelles, attendu mefmement que la 
chofe requiert grande & extrefme diligence, comme pourrez voir par les 
® philippes de Lettres de Monfieur d'Argenton* à vous adreflantes , lefquelles par cette 
Cemmims:  pofte vous enuoye, & aufli le Siege que d’heure en autre j'attends, où me 
fera impoñible de réfifter , & feray contraint de départir & abandonner 
les paffages, fi autrement.ne fuis fecouru. l’ay enuoye par plufeurs & di- 
uerfes Éis hafter les Nobles du Dauphiné, & vous auois efcrit que de 
voftre part y voulufliez enuoyer , dont n’ay eu aucune refponfe : toutefois 
par Lettres qu'ils m'ont ce iourd’huy efcrites, ils font la meilleure diligen. 
ce que pofhble leur eft, & fe montrent en cecy bons & loyaux Suiets & 
Seruiteurs du Roy. Mes gens, qui cette nuit eftoient allez dehors, ont 
trouué prés d’icy vingt-cinq hommes d'armes du Seigneur Ludouic, lef- 
quels ils ont ruc ius &-amenez tous prifonniers en cette ville, & n’en eft 
efchappé qu'vn tout feul, dont vous ay bien voulu auertir, parce que ie fçais 
| js ferez tres-ioyeux , priant Dieu, Monfieur mon coufin, qu’il vous 
oint ce que defirez. Eféris en Aft le 22. iour d’Auril.. Foffre bon con- 
fin, Loys. Et au dos eft efcrit : C4 Monfieur mon confin, Monfieur de 

Bourbon. | | 

TYanfcrit fur l'Original. 


Le Duc d'Orleans à Madame de Bourbon, luy mande de faire en forte. 
| ., que le Roy foi fecouru. | | 
ne: Auril A ADaMezE, humblement à voftre bonne grace me recommande. Ie 
1495. refcris à Monfieur mon coufin, comme pourrez voir, vous fuppliant, 
… Madame, que y veilliez auoir regard, & faire en maniere que le Roy foit 
fecouru, car icy gift coute fon affaire. Madame, pardonnez - moy s’il vous 
plaift, de ce que plus fouuent ne vous ay efcri , car j’ay efté fi embefogne 
& fuis encore que ie ne fçais auquel entendre, en priant Noftre-Scigneur 
qu'il vous doint bonne vie & longue, Eféris en Aîft le 20. iour d’Auril. 
Foffre tres- humble G* tres-obciffant frere, Loys. Au dos eft efcrit: C4 
Madame. _ 


Pine 


Tiré de l'Original. 


P AGE ro5. Le Roy enuoya deuers les Ligues pour auoir du fecours, 
à sa ne luy en oétroyerent tant qu’il luy plairoit, | 

- Ce fur en confequence d’un Traité conclu auec les Suifles en 1495. 
Voyez cy-deflus page 432. L 


“D AGE r06. Il fut accordé par ce Traité que Monfcigneur d'Orleans 
ÆZ  pourroit fortir de Nouarre, 

"Ce Traité eft imprimé cysaprés, & il fut conclu le ro. O&tobre 1495. 
mais il n’y eft point dit que le Duc d'Orleans pourra fortir de Nouarre, 
mais feulement que le Roy rendra au Duc de Milan la Ville & Ciré de 
Nouarre, fon Camp leué. | | 
[D AGE ro7. Durant que le Roy cftoit à Lyon, il eut nouuelles du tref- 
. pas de Monfeigneur le Dauphin, | | 


DV ROY CHARLES VIII 70; 
L'on a cy-deuanc veu les ceremonies de fon Baptefme, Voicy l’eftat de r 4 9 4. 
fa Maifon , que l'on ne peut placer en autre endroit. L’on y a ioint les Ef- | 
rats de celles du Roy & de la Reyne Anne de Bretagne. nù 


Effat des Officiers de la maifon de Monfeigneur Le Dauphin de Viennois, 
Charles Orland, fils du Roy Charles VIII. pour l'année commençante 
le premier iour d'Octobre 1494. 7° finiflant le dernier iour de Se- 
prembre enfuiuant 1495. Sbecifiez en l'Eflas du Roy fait & Rome. Le | 
vingt-quatrifme iour de Tanuier* 149 4. extrait du compte de Maïf- * 1'année vs 
tre Nicole Briçonnet Notaire @ Secretaire du Roy, Treforier Géné- Frans paf: 
” ral, Argentier, @r Maiftre de la Chambre aux Deniers de mondit Sei- aus 
gneur le Dauphin, @] Commis au payement des Gages defdits Officiers. 


ÂMES, DEMoiïsezzes , ET Novrerisses. Madame Fränçoifè ,,94. 
de Forefts, femme de Bertrand Bezilles, Seigneur de Buflieres , Gou- , 495. 
ucrnante, mille liwres. Catherine Malegrappe, Nowrr:ffe, deux cens liwres. Ma- 
tie de Dezeft, Bercereffé, deux cems quarante liures. Guillemine Garnier; fèm- 
me de Chambre, cent lisres, Anchonique Demoifede, deux cens linres. Marti- 
ne Godelle, Lasandiere , cent linres. Louyfe, trente liures.. —. 

Chambellans. Monfeur de Boiffy, Monfieur de la Salleguenant, Iean Gue- ee 
tin, ncant, parce qu'ils font appointez en l’eftat du Roy. CR 

Maiffres d’Hoflel. François le Bafcle premier Maiffre d'Hoffel, Monfeur de 
la Heufe, Iean Briçonnet, Artaut de Villeiau, Iean de la Menne, Remond 
de Dezeft, Monfieur Dufau, appointez en l’eftat du Roy. 

Pannetiers. Jacques Roux fieur de Menetou, premier , lacques d’Allon+ 
gné , François de Modefne, chacun deux cens quarante liures , Pièrre Salla, 
cent quatre-vingts linres. | | 

Efchancons. Pierre de Pont-Briant, Adrian de Croix, appointez en l’eftat 
du Roy, Robert de Vefc, #roës cens linres, Pierre Hemart Efcuyer,feur d'E- 
nonuille, deux cens quarante liures. | | — | 

Valets tranchans. Antoine de Vefc, premier, quatre cens liures | Regnauld 
de Vendofme, Louys Lucas le icune, chacun cent quatre-vingts liures, Louys 
Dubois fils de Monfieur des Arpentis, cent vingt linres. | 

Valets de Chambre. 1ean KRiet premier valet de Chambre, trois cens liures, Ican 
Raphelin, Martin Peguineau, Anthoine de Heë, Macé Cignac, cha/fGun .cens 
quatre-vingts liures. _ on 

* Eftuyer — Monfeur de Fontenailles,appointc en l’eftat du Roy. 

. Enfans d'honneur. François de Villequier, Seigneur de Montrefor, cent 
liures, Gamaliel dé Vauflelles , Jacques de Glene dit lé Defért, Annhec Nef. 
fon , Beauregard, appointez en l’eftat du Roy. | 
 Medecin. Maiftre Iean Michél, srox cens liures, Nicolas de Bonigale Apo= 
tiquaire, deux cens quarante liures. | | | 

Garderobbe. Six Officiers, ayans énfemble gwarre cens ruiner lisres. 

Panneterie. Six Officiers ayans fx cens limres. . . 

Efchénçonnerie. Quatre Officiers ayans dewx cens feptante liures. oi 

Cuifine, Onze Officiers ayans mile feprante & huit bures dé gages. ; 

 Fruiterie. Deux Officiers, guatre-vingts-fèire liures. 

Fouriere. Quatre Officiers , deux cens qmatre-vingts-douxe linres. 

Cleres d'offce. Detx Officiers, deux cens quarante liures. 

Huiffiers. Cinq Officiers, quatre cens quarante fix livres. 

Portiers. Au nombre de quitre , quatre cens quarante lisrei. 

Desx Tapifliers. Deux cens vingt linres. D. 


Her 


704 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
1494. Chapelle Meflire Armant la Font , Preftre & Asmwo/ñier de Monfcigneut, 
| cent vingt liures. Maiftre Pierre Plançon Sommelier de Chapelle, cent vingt 
linres. Meflire Guillaume Pommier Awmofnier, deux cens quarante liures. Meis 
fire Iean de Chaftellus, gwarre-vinçgts-dix liures. Mefire Pierre Barchellemy 
Chapclain ordinaire, guatre-vingts-dix linres. Jean d’'Orleans Valet de Cham 
_bre, foixante lisres. | | 
Chambre aux Deniers Maiftre Nicole Briconnet Notaire & Secretaire du 
Roy, Treforier, Argencier, & Maiffre de la Chambre aux Deniers de mondic 
Seigneur, mille huit cens quarante linres,. Maïftre Ican Bernard Notaire & Sc- 
cretaixe du Roy, Cowsroleur des Finances de mondit Seigneur , froë cens 
dinres. 
Le nombre des Officiers eft de gwarre-vingts-quinge. Er la defpenfe 


monte pour l'annce à douze mille huit cens douze liures. 
| _Tranférit [or l'Original. 


Effet des Officiers de la Maifon du Roy Charles VIII. pour l'année com- 
mençant le premier Oébobre 1495. C9 finiffent le dernier Septem- 
bre 1496. extrait du compte cinquiefme de Maiffre Gilles Berthelos 
Notaire é9 Secretaire du Koy , Commis 4 foire le payement des gages 
defdirs Officiers. 

1495. A1STRES D HosT£LPovR LA BOvVCHE pY Roy. lean Fran. 
1496. 1 çois de Cardonne,Confeiller, & premier Maiffre d'Hoffel, fix cens liures. 
Charles de Brillac Cheualier, Rigaud d'Ozcille, Guinot de Lozieres, Char. 
Voyez vs ps. les d’Ancezune , Iean de Chan ho, Gilbert de Pierrepont fieur d’Auzol.… 
He ‘fat,pege ]cs, Claude de Lenoncourt, Peron Bacher , Girault d’Ancezune, le Sei- 
ge de la Foreft de Sauoye, Meflire Iacques de Silly Cheualier, Huguet 
€ Villelume Seigneur de Monbardon, Guillaume de Laire Seigneur de 
Grigny, chafuns fix cens liures. | 
LAstres Maiffres d'Hoffel qui féruent am commun. Tacques de Chazeron, Con- 
{ciller, premier Maiffre d'Hoflel, fix cens livres. Gaucher de Dinteuille, 
He&or Stuyer , Guillaume de Villeneuue, Honoré Ducher , Poncet de Bi- 
ron, Adrian de Lifle-Adam, Pierre Louys de Valtam, Iuft de Tournon, 
Pierre de la Porte, Guillaume Trochmar fieur de la Brofle, Lancelot de 
Vezure, Iean de Chafteaudreux, Jean d’Aulnay, Iean du Pleflis dir Cour- 
cou, Ican de Suze dit Portingal, Iean d’Elphaüt, Iean Latier, [oachim des 
Aubus Efcuyer, chafcan quatre cens linres. 
Pannetiers. Mellire René de Coflé, Cheualier, 8 premier Pannetier, huit 
cens linres. Louis Lucas, Anthoine de Loubes, Artus Goufñer Seigneur de 
Boifli, Perceual de Boulainuilliers, Foucault de Pierre Buffñerre, Guy de 
Rochechouart, Gilbert de Leuis dit Mirebeau, chafCun quatre cens liures. 
Efthançons. Gcorges de . , François Dufou, lacques de Bueïl, Chrif- 
tophe de Tournon, François de Brucïl, René Pot, Germain de Bonneual, 
Mery de Mortemar, Iean d'Arpaion , chaf@un quatre cens liures. Louys Fou- 
quelin , froû cens lires. | 
Valets tranchans. Louys d'Aux, premier, huit cens liures. Louys Deftain.. 
uille, Charles Dumefnil die Maupas, lacques le Sencfchal, Louys de Heur- 
tebie, Jacques Baftard de Chauuigny, lacques de Bez, Charles de Mau- 
mont, Anthoine de Vefc, 7 quatre cens liures. | 
Eftuyers d'Efurie. lean Blandin de la Blandiniere, Loys de Hedouuille, 
Emard Romy Cheualier, Meflire Bertrand d’Eftiffac Cheualier, Bernardin 
de Clermont, Louys Chauuin, Bernard de Villeneuuc ,.1ean de Cardon- 


ne, Loys de Poifeu dit Capdorat, Cheualier, fieur de Sainte-Mefme, Iac- 
ques 


—_. 


DV ROŸY CHARLES VIII. 70$ _ 


ques Galliot, Aloph Rouault fieur de Gamaches, cha/un quatre cens liures. 1 4 94e 
Michel d’Armandaris, Thomas le Feure, Anthoine Pinet, Mathias à Caftel. 
lio, Watcequin le Grand, Adrien de Vernaige, chafcun tro cens liures. 

Valets de Chambre. Meflire Geoffroy de Balfac Cheualier | premier Valet 
de Chambre, huit cens liures. Gilbert Dugué Senefchal de Lyon, fix cens li 
ures. Ican Dumonftier, Gabriel de la Bodinicre, Iean de Paucaire, Geor- 
ges Tiercelin, Antoine Defaubus , Iean de l’Ailler, Bernard de Vidoulx, 

Jacques Galliot Efcuyer, Bernard de Villeneuue, Mcflire Claude Defpry 
Cheualier, Michel de Grantmont, Philbert de la Platiere dit Bourdillon, 
Jean de Saint Amadour, Martinet Baron, Guillaume Defaubus, Guyot det 
Roches, chaftun quatre cens livres. Paris Heflelin, Pierre Aigneau dic Di- 
ion, Iean de la Loué, Guillemin Guerard dit Daillon, Barbiers, chacun deux 
cens quarante lisres, Simond Guerard , cent wingt livres. Edoüard Bullio, 
Claude de Vary, Martin Beguineau Notaire & Secretaire du Roy, Pierre 
Palmier, chafun cent quatre-vingts liures. 

 Secretaires de La Chambre. Maïftres Florimond Robertet, Iean Dubois de 
Fontaines, Henry Bohier, Nicolas Briçonnet , Iean Dubois Guichon No- 
taires & Secretaires du Roy, Iean de Bibla Secretaire Napolitain , chaftun 
quatre cens liures. 

 Medecins du Corps. Maïftre Iacques Ponceau premier Medecin , douze cens 
linres. Maïftres Iean de Quercigny , Theodore de Pauie, Iean Burgenfs, 
Gabriel de Buneis, fx cens liures chacun. 

Medecins du Commun. Maiftre Pierre Dubois, Richard de Helain, chaftun 
quatre cens liures. | 

Apotiquaires du Corps. Antonio Robert, huit cens liures. Nicolas Bonigale 
ayde, cent quatre-vingts liures. LE | 

Chirurgiens. ean d'Orleans , Eftienne Mathé, Iean Laïfné dit de Sens, 
Raymond de Caïifmon, Saint Pic, Iean Bricet dit de Paris, Anthoine de 
Fleury de Quiex, Anchoine Baftien, Guillaume le Bel, ex our mille trois 
cens quatre-vingts liures. ne 

©Affrologien. Maiftre Anthoine du Hamelet, cent vingt liures. 

Enfans d'Honneur. Jean le Groin fils du Bailly de Saint Pierre le Monf- 
ticr, Gafton de Brezé Efcuyer, lean de Rochebaron, Ioachim de Brion, 
fieur de Chafteauboc, lean de Belleuille Efcuyer, Emard de Prie, Jean 
Chauuet fils du Capitaine Laporte, Iean de Chabannes, Guillaume de Ta- 
laru , Claude de Grofloüe, Gilbert de Saint-Aubin dit le Boutbonnois, An- 
dré Grofléc dit Paflin, lacques de Bigny, Gilles Canimel, Charles de Ioyeu- 
fe, François de Creuant dit Bauché, Gilles de Saint Sauin , Iulien de Fa- 
uicres, Loys de Maubec, chafcun deux cens quarante liures. Marquet de Glan- 
defues, Lucien de Grimault, François Durfe, lacques d’Alegre, Pierre de 
Marconnay, Charles de Parifot ; Gabriel Defcars de Saint Bonnet, chféur 
cent quatre-vingts liures. | 

Garderobbe. Guillaume Popillart Maiffre de la Gardeyobbe, quatre cens liures. 
Quatorze autres Officiers ayans enfemble deux mille quatre cens trente li- 
res de gages. É 

Huifiers de fall. Au nombre de fix, fps cens quatre-vingts linres en tout. 

Huiffiers d'armes € de Chambre. Au nombre de fept, mille deux cens quatre- 
vingts-dix liures de gages. | | 

Panneterie bouche, Sept Officiers, ayanc enfemble mille cinq cens quatre- 
vincts-dix liures. | 

Efchançonnerie bouche, Sept Officiers faifant enfemble mille deux cens foi- 
xante linres de gages. | 

Cuifine bouche, Vingt- fix Ofhciers ayant enfemble gwarre mille cent qua- 


räante-fix biures. 
VV um 


1494. 


1496, 
1497. 
1498. 


706 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


Panneterie commun. Treize Officiers, deux mille quarante liures. 


Efhançemnerie, commun. Treize Officiers, dix huit cens foixante &= 


nres. . 
Cuifine commun. Vingt- neuf Offhciers en tout, rrois mille cénq cens trente- 
quatre livres. | 

Fourriere. Dix Officiers , mille trois cens quatre-vingts linres. 

Fraiterie. Neuf Officiers, mille trois cens vingt liures. 

Clercs d'office G* Serdeau. Cinq Officiers, neuf cens linres. 

Fourriers. \ean de la Pierre, Fowrrier ordinaire , deux cens quarante liures. 
Dix-fept autres Fourriers, dont huit 4 deux cens quarante liures chafiun. Huit 


_ autres 4 cent quatre-vingts-liures chafun , & Vn à cent trente.cinq linres. 


Portiers. Meflire Guillaume de Seuerac Cheualier, Capitaine de la Porte, 
buis cens liures. Douze Porticrs ou Gardes 4 cent quatre-vingts livres chaftun. 
Trois aydes de Portiers, l'vn 4 cent vingt livres, & les deux autres à fixer 
te liures chaftun. | 

Tapiffiers. Au nombre de fix, ayant enfemble mi/X cinquante liures. 

Chapelle. Monfeur Maiftre Iean de Rely Eucfque d'Angers, Conftffeur, 
douze cens liures. Monfieur Maiftre Raoul Euefque de Cornouaille, douce 
cens liures , Tlacques de Gafconquoille, cent quatre-vingts liures. Maiïftre Ro- 
bert Moreau, Chapelain, deux cens quarante liures. Dix autres Officiers ayans 
enfemble deux mille deux cens liures de gages. Sept autres Officiers ayans en. 
femble , fize cens dix liures. | | 

Maiftre Gilles Berthelot Notaire & Secretaire du Roy, commis pour faire 
les payemens defdits Officiers, pour fes appointemens fps mile Jept cens 
cinquante liures. | 

Le nombre des Officiers eft de rrois cens foixante- fix ; & la defpenfe 
monte pour l’année à sens céng mille cent foixante @ quinze liures. 

Tiré de l'Original. 


Efat des Offciers de La Maifon de la Reyne _ Anne de Bretagne, ferme | 


du Roy Charles VITE. pour les années 1496. 1497. © 1498. 
extrait des comptes de Tacques de Beaune le Leune, Treforier Général 
des Finances de le Reyne. 


(YHEVALIER D Honnever. Meflire Jacques de Tournon Confeiller 
C & Chambellan du Roy, douxe cens liures. | 

… Maiffre d'Hoffel. Meflire Jacques d’Efpinay Cheualier, Seigneur de Segré, 
auf Confeiller & Chambellan du Roy, Grand-Maiffre d'Hoffel de la Reyne, 
fix cens liures. Meflire Iean Scigneur de Grignaux Cheualier, Maire & Ca- 
pitaine de Bordeaux , premier Maiffre d'Hofkl, fx cens liwres. Meflire Loppe 
de Dicaftello Cheualier, Seigneur de la Rocheclermaud, Guillaume Guil. 
lemet, chafum fépr cens biures. Fleurant Seigneur de Molitart, Cheualier, 
Loys Herpin, chafws cing cens liwres. Nicolas Payen Seigneur de la Pronnic- 
rc, Jean de Plouer, Henry de Guefparn, chafêun trois cens liures. René Bre. 
te, Paulec Fumée, Colinet de Marchy, chaféur deux cens liures. 

Pamnetiers, François de Bron, premier, quatre cens liures. Regnaut de Brei- 
gnac, Iean de Tiercelin, Gilles d'Oigny, Oliuier le Voyer, Scigneur de 
Montbouan, Iean de Cluhunaut, Lyonnet Parry, Robert Iofton, Guillau- 
me de Saint Forgeau, chafun trois cens liures. 

Efchançoñs. Gilles de Carmené, Premier, quatre cens livres. Gilles de Boif- 
riou, Îean de Breignac, Rion de Guicafno, Thomas d'Eftuer, Mefire Fran- 


çais de la Salle Cheualier, chafws trois cens l'iures. Geoffroy de Poulle & 


Robert de la Pommeraye, chafun deux cens liures. 
à | | 


DV':ROY CHARLES-.VAIIL : %0o7—… 

Efcuyers tranchans. Tean de Dicaftello., prémier, quatre cens liures. Artus de E 4 9 4. 
Loyon, Charles Lefpreuier, Odet de Loyon, Pierre Picdouaut , chafus 
sois cens biuress "5 ue CU Un | 
- : Efeugers d'éféurns: Loüys de Mentôn Seigneur de Lornay, Capitaine des 
cent Allemans du Roy, Grand-Eféuyer, fix cens liures. Pierre de Saint Gilles, 
Gilles de-Tiffuë ,; Alain de ‘Coérgourden, Iean de:Miraumont, Raoul de 
Tournemine , Huguet de Saint Marcel, Ioachim Defaubus, Arnauld de 
Monteftrud ; cha/Cw» tros cens diures. Guillaume de Loyon, Loys de Longuc- 
ual, chaftun deux cens liures. 


Efuyers de cuifine bouche. Amaury. Aucher ; Pierre de Boifguemené, Guil-- 
laume Beraftd, cha/Cun deux ceñs lisres. PUS 
Efcuyers de Cuifine commun. -Robert Tofton ; premier, deux cens livres. Sale- 
bruh Dumas, Pierre de Boifguemenée, «h4fws cent cinquante livres. Guil- 
laume de la Bodiniere, Guyon le Lieure, chafur cent-winer liures. 
Pahneterie bouche: Cinq Officiers, np ‘cent quatre-vingts-liures: 
Efchançonnerie bouche, Quatre Sommeliers, chafun cent quatre-vinets liures 
&c deux aydes, chaftun féprante linres. er D Fe | 
panneterie comman. Sept Officiers, ayans enfemble fps cens liures. 
Eféhançonnerie commun, Sept Officiers ; ayans enfemble /Gps cens quarante 
dures. | DA NN 57 - | 
Cuifine bouche. Treize Officiers, ayans enfemble smile deux sens quarante 
diures.. | : A RE Ho 
Caifine commun. Quatorze Officiers, ayans enfemble onze cens quatre-vingts 
dures... M A UE : 
Clercs d'office. Quatre Officiers aÿans cing:cens vingt liures. 
Fraiterie. Quatre Officiers , srois cens vingt liures. “és 
 Gardes-vaiffele. Trois Officiers, guasre cens quatre-vingts-dix liures. 
Huiffiers de chambre. Six Officiers, huit cens quatre-vingts liures. 
Valets de chambre. Treize Officiers, ayant enfemble mÂle ‘cinq cens fiixan- 
te liures. | 7” us. a 
Valets de Fourriere. Au nombre de cinq, rois cens vingt liures, | 
Tapiffiers. Au nombre de quatre, chafcun cent liures. + 
Hifiers de falle. Quatre Officiers, deux cens quatreïvingts liures. 
_ Pertiers. Quatre Officiers, céng cens liures. D | 
Médecins. Maiftres Oliuier Laurens, Gabriel Miron le icune, chafîun [fx 
cens liures. Gabriel Miron l’aifné , srois cens' cinquante liures. Michel Carré 
Apotiquaire , deux cens cinquante liures. lean Malaife Chirurgien , trois cens 
liures. | | | | 
Confcillers. Meflire Guillaume Gueguen Abbé de Reddon, Vice-Chance- 
lier de Bretagne, mile liures. Meflire Antoine de Longueuil Euefque de 
Leon, gwatre cens liures. te | 
Aumofniers. Meflire Guillaume Euefque de Lodeue, Confciller & grand 
Aumofnier, quatre cens liures. Meflire Claude Protonotaire de Tournon, pre- 
mier pe 7 trois cens liures. Pierre Blanchet, Frere Yues Mayeu Con- 
fefleur , chacun deux cens liures. si. | 
Chapelains. Maïftre Anthoine de Saint Moris Treforier de la Chapelle 
de la Reyne, Geoffroy le Picard, Iean Cocherel, Ican Cocherel, chafCun cent 
vingt liures. Iean Sauuage, Pierre Tremeren, Guillaume Bailly , Jean le 
Maiftre, Pregent lagu, [uon le Brun, Pierre Touppe, Pierrequin Bonuel, 
Pierre Yuert, chafcun cent liures: Guillaume le Clerc, cent cinquante linres. 
Germain de la Hulle, Remy Laurent, cha/cun quatre-vingts liures. 
Fourriers. Georges de Quiftenic Marefchal des Logis, gwatre cens liures. 
Quatre Fourriers, chafun cent quarante liures. oo | 
Secretaires. Guillaume de la Foreft, Crefpin Normant, chaftun deux 
| VVuuiÿ 


_ 


Ca 


———— 703 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


1 49 4. cens guerawt livres. Iean Simon, Michel Guy, Laurens Mafzaulc , haftun 


pres. —— | 
és Ican Bernard Notaire & Secretaire du Roy, Contrôlleur de 
l'Argenterie & Efcuric de la Reyne, Pierre Signac auffi Contrôleur, af 
cas quatre cens linres. : | | 
Sawriers CG Chartiers , au ombre de feize , ayans enfemble. onze cœns 
cingustc- cinq limres.  . | oi . 
Orpheures. Arnould du Viuier orphesre , cent uimet liures. Guillaume 
Charrau Lapidaire , cent liures, . 
Guillaume de la Defeur Grend Fawçannier, fix cens Geres. 
Dames G Demoifélles. Damoifelle Charlotte d’Arragon Princeffe de 
Tarente, Dame Anne de Bourbon, Dame de Montpenfer, Dame Anne 
Pe Foix de Candalle, chafune trois cens livres. Madenwifelle Françoife de 
Bretagne , #reixe cens liures. Madame Mathurine du Perrier Dame de la 
Guierche, premiere Dame d'hamneur, douxe cans liures. Dame Ieanne Chabor 
Dame de Montforeau & du Petit. Chafteau, side fiures. Damoifelle Iean- 
ne de Iambes, Dame de Beaumont & de Rendans, sreixe cems lines. Ca- 
therine des Barres , Anthoinete de Chafteauneuf , Damoifelles, chafune 
cent vingt liures. Taqueline de l'Eftrac, Icanne de Langepierre, Cadorte, 
Demoifelles , chafcune cent liures,. Ieanne Demurat Dame de Bourg, Ifa- 
beau de Saffre Dame de Monceaux, Demoifelles, deux cens liures chafsne, 
Filles d'Honneur. Mefdemoifelles de Tournon, Blanche de Moncberon, 
Madeleine de Cecille, Ieanne de Rohan Guimené, chafiume cent liures. 
Mefdemoifelles Françoife de Bonuilliers, Marie Defcars, Françoife Du- 
maz de Lifle, Louïfe de Villequier, Louife de Bourdeilles , Annc de la 
Grange, Antonique de Caillac , Ieanne le Voyer de Montbouam, Marie 
de Sourdeac, Icanne de la Pleffe, Françoife Laurens, Charlotte d’Afnie- 
res, Orfraize de Boifguemené, Blanche de Marigny , Ifabeau de Marre. 
nay, Anuc de la Roche, Catherine Guenant, Anne de Culant, Anne de 
Plumauguat, Anne le Porc, Yollagd Doillette, Yoland Friconne, chaftune 
trente-cinqg liures. Françaife Dauy, femme de chambre, cénquante liures. 
Femmes de Chambre. \canne Mauret, Annette Martine, Catherine Gail- 
lard, Annette du Mefhnil, chaftune cent cipqvante livres. 
Lasandieres. Au nombre de 6x, ayans enfemble fx cens féixante liures. 
Ofwiers de Madémoifelle la Princeffe de Tarente. Anthoinctte Defchelles 
Dame de Verrieres, Gossernante, deux cens trente liures. Philippe Gebert 


.Collonnat, cest wingt lisres. Margucrite de Puyuinaur, Nourriffi , quatre- 


vingts- dix livres. Marguerite de Hellemon | Demoi/élle, quatre- vingts -dix 


dures. Perrette de Puguinaur, quarante lisres. Thomine Efturgeonne » ren 


te liures.” Trophemon de Lubiecres Mai/fra d'Hoffel, trois cens lisres. Hanni- 
bal de Poitiers Eféuyer, deux cens quarante linres. PE de Frebourg Chap- 
pellain , quaraute-cing binres. Iean de la Grange, Guillaume Loriot , Valers 
de Chambre, chafiun quarante cinq livres. can Defturgcon , Fales de Fourriere, 
trente- jix liures. 

Offuiers feruans à l'Eféurie. Trois Fourriers ayans enfemble dus cens tren- 
te liures, Scpt Valets de pied , enfemble fx cems quaranié-cing linres. Sept 


_ Pallefreniers, fx cens vingt linres. Trois Valets de Sommiers » deux cens 


dix liures, Trois Valets de pied de charriocs , deux cens Vimgt-cin4 linres. 
Six Charetiers, gsatre cens cingsante livres. Tailleur, Joixante bures. Deux 
Marefchaux, quatre -mwinets lisres. Vn Scllier, quarante liures. Deux Valers 
des Pages, foixante dr quinxe liures. Quatre Laquais des femmes, #ro$ ceus 
livres. Deux Cheuaucheurs d’Efcuric, cent vingt biures. Quatre pourfui- 


ren » Froës cens vingt liures. Quatre autres Charetiers , deux cens quarante 
HUTICS, CR | | | 


F* 


DV ROY CHARLES VIII  >09 ——. 

Pemfiommaires de la Reyve, outre les Officiers cy-deffus. Mademoifelle 1 4 9 4e 
de Beaumont , gwatre cens bures. Noble homme André de Foix de Lau- 
trec, dng ces liures, Gilles de Condeft Seigneur de la Mareraye, cis 
cens liures. Iean de Follet, Papgetier, cant cinquante linres. Jean Rouauk, : 
quarante livres. Rolland Oches, srente lisres. Thomas de KRion, commis 
au payement & à tenir le compte de l'efcurie, #reis ans linres, Huguet 
d'Arbois, cinquamte lisres. Maiftre Gabriel Miro Medecèn, cant liures. Îean 
Diffal Marefchal de Salle, quatre-vingts livres. Amaury Auchet E£wyer de 
caifine besche, cent vingt linres.. Anthonique Doilette Demoi/êlle, cent livres. 
Anthoine Martin Marchal dû l'Eféurie, Martin Charenton, cha/un vixet k- 
pres, Oliuier de Caufquel , gware-vwimets liyres. Guyon le Licure, çess 
vingt liures. Meflire Anthoine de Seflac Cheudlier, Baron & Seigneur 
d'Atleux, gæatre cens hiures. Robert Aualouë Céerc d'Office, quatre - vinets li 
nrer. Claude de Longucual, quatre-vingts liures. Maitre Gondy Salyo me- 
decin, cent cinquanie linres.: is 

Sire Pierre Morin, commis pour faire la recepre & payement des ga- 
ges des Officiers , Dames & Demoifelles de la Reyne, fous le nom de 
Jacques de Beaune le ieune | obftant fon bas âge , deux mille cinq cens li- 

“res. | 
Le nombre des Officiers cft de #ress ceus quaraute-trais ; & la defpenfe 
monte par annce à caguante- huit mile beit cens quatre-vingts - one liures. 
| . Pré far l'Original. 
P AGE ros8. Monfcigneur le Comte d'Angoulefme. Et plus bas: Cet- 
ce maladie s’empira, dont Madame fa femme, &c, 

Il s’appellait Charles de Vallois, Comte d’Angoulefme, & fa femme 
Louïife , fille de Philippe de Sauoye, Comte de Baugié, Seigneur de 
Brefle, & de Catherine de Bourbon. Leur Contraët de mariage eft impri- 
mé cy-deflus, page 567. & il cft du 16. Féurier 1497. Ils eurent un fils 
nomme François, depuis Roy de France, premier du nom , & unc file 
nommée Marguerite, premiérement femme de Charles Duc d'Alençon, & 
enfuite de Henry Ray de Nauarre. 


AGE 111.112. @ 113. Au fuiet de la mort & des obfeques du 
Roy Charles V HIT. UN | 
Il y a quelques pieces imprimées cy-aprés , qui parlent de l’eftag des 
affaires du Royaume aprés la mort de ce Roy, & des ceremonies funebres 
qui luy furent faites. | | | 


P AGE 114. Le Mardy 9. Septembre 1494. le Roy partit de Quiers. 
.… L'on peut voir page 689. une Lettre de Guillaume Briçonnet Eucf- 
que de Saint Malo, dans laquelle il eft parlé de ce depart du Roy. 


Relation des habillemens d'une Dacheffe d'Italie, venant [aluer le Roy. Chr habit 

: Lee L | | | | | efloit bizarre. 
ADAME, tant & fi tres-humblement que faire puis à vous me re- :,54. 
commande. Nous aduançons toufours en pays où voyons chofes 

nouuclies, & qui femblent eftranges. Gens viennent de toutes parts vers 

le Roy, & luy faire accueil, Princes, Princefles, Ducs & Duchefles : en- 

core de matin en eft-il venu vne*, & vous plaira fçauair la façon que * C'afoit «p- 

: , : ‘ .  paremment la 

eftoit accouftrée ladite Dame. Premicrement, quand elle arriua elle cftoit 5, 1 ps. 

fur un courfer accouftré de drap d'or & de velours cramoify, & elle vne ckege de Mal. 

robbe de drap d'or verd, & vne chemife de lin ouurée pardeflus , & eftoit £ ere" 

habillée de la tefte grande force de perles, & les cheucux tortillez & ab- perté pages 


VVuu ii} | 185% © 159. 


7o OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
1 49 4. batus auec un ruban de foye pendant derriere , & un chapeau de foye 
cramoify fait ny plus ny moins comme les noftres y aucc cinq ou fix plumes 
rifes & rouges audit chapeau, & auoit cela fur latefte, & eftoit fur ce 
Courfier en façon qu’elle eftoit toute droite, ny plus ny moins que fcroit 
un homme, & eftoit auec elle la femme du Scigneur Galleas, & plufieurs 
autres. iufques au nombre de vingt-deux, toutes fur haquenées belles & 
gorgiaifes , & fix chariots couuerts de drap d’or & de velours verd, &tous 
pleins de Dames. | Morte Mn 
Et vouloienc venir deuers le Roy en fon logis, ce qu'il ne voulut pas, 
mais leur voulut eftre gracieux, & aller au fien, ce qu'il ne fit point pour 
ce iour-là, pource que fe fentit un peu malade , & le lendemain aprés dif- 
her ledit Seigneur les alla voir, là où elle eftoit merucilleufement gorgiai- 
fe à la mode du pays, laquelle eftoit une robbe de fatin verd, dont le corps 
eftoit chargé de diamans, de perles, &c de rubis, & autant derriere que 
deuant , & les manches bien fort cftroites , toutes defcoupées en celle fa- 
çon à ps la chemife paroifloit. Eftoient ces coupes toutes attachées auec vn 
gran ruban de oye grife pendant prefque iufques en terre, & auoit la 
gorge toute nuë, & à l'entour tout plein de perles bien fort grofles , auec 
va rubi qui n’eft gueres moins grand que votre ot valloy, & de la tefte 
eftoit habillée tout ny plus ny moins que le iour d’auparauant, referué qu’au 
lieu de chapeau elle auoit vn bonnet de velours auec des plumes d’égret- 
te, là où il y auoit vne bague de deux rubis,.vn diamant, & vne perle en 
façon de poire , laquelle poire eft coute de la forte de la voftre, referué 
qu'elle eft plus groffe, Incontinent que le Roy l'eut veuë, s'en partit pour 
s’en retourner, referué qu’il l’entrerint vn peu deuant, & la fit danfer à la 
mode de France aucc plufieurs de fes femmes; & vous affeure, Madame, 
qu’elle danfoit bien à la mode de France , veu qu’elle difoic qu'elle n'y 
auoit iamais danfé, Si n’eftoic que le Roy vous. veut enuoyer la’ peinture 
d'elle, & la façon dont elle eftoit habillée, feufle mis peine de la recou- 
urer pour la vous enuoyer......,.,... | | | 
Cette Lettre eft fans fignature , & fur la fuperfcription eft efcrit: 
LA Madame, Ce qui montre qu’elle eftoit adreflée à Madame la Ducheñc 


de Bourbon. 


P AGE 121. vers la fin. Puis il vint difner à Raufillon, & coucher à 
Naples. | 

Ce n’eft pas.la Capitale du Royaume de ce nom dont il entend parler, 
mais vne petite Ville de l’Eftat Ecclefaftique,à douze ou quinze milles de 
Vitterbe. 

"DD AGE rz22. Le Roy fic fon entrée à Rome le dernier Decembre. 


Les deux Relations qui fuiuent expliquent aflez particulieremene 
ce qui s’y pañla pendant fon fejiour. | 


Relation de ce que fit le Roy Charles VIII. dans Rome. Traité 
__entre ce Roy & le Pape Alexandre VI. touchant Gem Sultam 
frere du Grand-Seigneur. Entreueuë du Roy & du Pape, & les 
ceremonies obferuées par le Pape, pour faire Cardinal Guillau- 
me Briçonnet Euefque de Saint Malo. Extrait du Journal d'un 
… Maiftre des Ceremonies de la Cour de Rome. 
anvier 1495. 


ps JL]: dicbus, es rette memini Jexto bujus menfis , poff prandium, fantiifimus 
d'Italie, nom noffer Dominus per deambulatorium ; fiwc corridorism de Palatio [so apud 


DV ROY CHARLES VIIL 1 -— 


Sanitum Petrum, vit, fes portatus eff ad Caffrum Sancti Angeli, vbi pro maiori 1 4 9 $e 
Ses fécuritate commoratus cfl,C cum eo Revcrendiffimi Domini Neapolitanus, Sanéte 3 prunes. où 
Anaflafe, Mont Regalss, Vrfinus, Alcxandrinus, G Valentinus Cardinales.  l'enniene 

Die Dominica 1 1. menfis lanuarii conclufüns fuit CG deliberatum inter San- Rés 
&iffimum Dominum noftrum * ce JU frifimum Dominum Philippum de Breffa ?* * "#1" 
aswnculum Regi Francis, lgcum tenensem cjufdem Regis, quod S. D. N. affigna- a o 
re deber Gem * Sultan farrem magni Turce 4d [ex menfes Regi Francis, qui Ce Traité eff 
ex suc fôluere debet Pape viginti milia ducaterum, G- dare cautioncm merca- PE 
torum Florentinorsm © Venctorum de reffituendo ipfam Gem Sultan ipfÿ Pape ela- 186. $ 
pfis dichs fx menfibus fine mora. \tem, Corosare Regem Francis Regem Neapoli- * al, Zixim. 
sanums , fine aléerius prejudicio, GC facere fecures Cardinales San&ti Pecri ad 

Vincula, Gurcenfem, dibellurn, @ Columnam , de son ofendendo eos, pro 
quorum fécuritatis declaratione debent conuenire in fero illins dici coram Reuc- 
rendi[fimo Domino Cardinale Alexandrino, reucrendiffimi in Chriflo Patres D. Bar- 
tholamans , Nepefinus, C° Sultrinus Secretarius , C* loannes Perufinus Epifopus 
Datarins nomine Papz, G Dominus de Bref]a G* de Montpenfier, G Dominus 10an- 
nes de Sarranii, primus Prefidens Parlamenti Parifienfis. Sed Cardinalis Sanifi 
Petri ad Vincula € Gurcenfis, intelleifa conclufione fine is faits, conquefii fans 
Regi de paëtis ipfis per cum non [eruatis, cums ip/is premi/iffet per coronam Re- 
giam , fine corum fiits CG voluntate , cum Pontifice non ‘vel concordare, vel ali- 
quid concludere ; C hoc modo conclufionem huiufmodi, ne illi ad Cardinakm 
Alexandrinum venirent, impediuerunt. 

Feria fecunda , r2. Janmariÿ, Rex Francis equitanit per vrbem [olus , C7 ‘Un Cardinst 
ilam videndi caufa, quem affocianit Cardinalis Sancti Dionyfi, longe poff Regem “empere 
cum alirs nobilibus equitans. Inter ip/um C° regem cquitabat quidam Capitaneus stunt per Le 
peditum cuffodie Regis circa eur incedentium, curams babens quod pedites féque- vile de Reme, 


rentur. Sequebatur Cardinalis cum nobilibus ali.  ébnt d 
Sequenti die 13. Janwarii, Rex equitauit ad S. Schaffianum , 4b iffis ctiam luy, G: sprés 

: se. ’ ; 3 Li : un Capitaine 
affociatus, alis fequentibus dicbus alibi pro libito [ue voluntats. de. de 


Feria fexta dicfi menfis Ianuarii, bono mane recefferuns ex svrbe Afcanius m, 
Vicecancellarius @ de Lunate Cardinales, Mediolanum ituri, vtr à nonnullis affe- 
rebatur. Eadem die mane, Rex Francia equitauit ad Bafilitam Sancfi Petri, vbi 
audits Miffa in Capelle Sante Petronille per snum ex Capellanss fuis fine cants 
Miffa celebrata, afcendit ad Palatium Pape ad cameras novas pro co paratas > Vbi 
fccit prandium. Deinde circa horam vigefimam Papa portatus fuit per deambula- 
toriums difcoopertum in rochetto C capucino , cruce preccdente, quam portait Do- 
minus Raphael Diacanus Capelle, cum nullus adeffet Subdiaconus Apoffolicus, de 
Caffro ad Palatinns prefatum. Rex adwcntum Pape intelligens, occurrit ei v/que 
circa finem fécundi borti fecreti, de quo ad ditfuns desmbulatorium aftendit. Cardi- * 
nales fécuti faut Regem qui tunc cum eo prefentes erant, C ipff Papam expeifan- 
tes, Papa cum effet in plano borti praditfi, precefferunt Cardinales Regem vjque ad 
Pontificem. Rex vero, vifo Pontifice, ad fhatium dusrum cannarum genuflexit 
bis fuccelfiue competenti diffantia, quod Papa finxit fe non videre. Sed cum Rex 
pro tertia genuflexionce facienda appropinquaret, Papa depofuit biretum fsum , Gr 
occurrit Regçi ad tertiam genuflexionem venienti, 46 eur tenuit ne genuficiteretur, 
C deofiulatus eums , ambo deteitis capitibus erant, ficque Rex nec pedem, nec 1, Roy ne bai. 
manuim Papæ ofculatus et. Papa noluit reponere biretum fuum nifi prius fe fe Dep 
fegerct Rex : tandem fimal capita cooperierunt, Pontifice manwm bireto Regis, ot L, _… 
cooperiretur » apponcnte. Rex quam primum 4 Pontifice » VI premittitur » rECCpEUS la joué. 
fuit, rogavit Papam velle pronunciare Cardinalem Epifcopum Maclovienfem ze Roy fe cou 
Confiliarium fuum, gwod Papa dixit fe fatfurum , mandans mibi quod ad vffe- #7e aues le 
um huju/modi cappam vnam Cardinalem C° capellums reperirem , cappam mu- 7 
tavit Cardinal Sanctfe Anaflafie, Rex exiflimans ibidem id ffatim fieri debcre, 
interrogauis me vhinam C* quando Papa cffet expediturus. Refpondi in camers 


_ Le Roy con- 


712 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1495$.P apali * ad quam continuo ibam. Papa finiffra man dexteram Regis ACCÉPIENS y 
* y a dns çums duxit v/que 4d ditfam cameram Papalem , vbi antequam intrares , finxit fe 
FOngsLPæ Dontifex fincopa curbari. 1ntus autem peruento Papa [édit füper fédem balfam 
LE ante feneffras ibi apportatam , G* Rex juxis cum füper éabellum , pro quo continuo 
2 Eee on Jedem fue fancéitatss Jimilem fecit apportare à me autem inffante, repugnante, € 
rh Séfionem huju/modi nequaqam convenire afferente, Papa afiendit ad fédem emi- 
Siege du Roy MERtem confifforialem , ibi erdinante me pofitam, dimiffis prius birero C capuci- 
Sfemblable à" po rubro, G* acceptis bireto G* capucino albo Cr ffola pretiofa. Pofita fuit fèdes 
sr Ier rl Papa cameralis ante dextram [am , in qua édit Rex retro fêdem Regis, C ante 
focir le pre in modum corone pofita féabella pro Cardinalibus, in quibus féderunt Cardinales. 
He Je papa noluit fédere nifi prius Rex féderes, quem mans coëçit prius fédere, deinde 

| fedit Reuerendiffimus D. Cardinalis Neapolitanus, GC fedit ad dexteram Pape 
“suxta murum in fabello, prout fédere folet Diaconus Cardinalis à dextris in capells 

Papa exiflens : alii Cardinales ordine confifloriali poft ewm , few potius ad ante 

um ; ficque Rex non fédit refa linea inter Cardinales, fd ante cos, f[êu in medio 

corum. Omnibus fic fédentibus, Papa dixit, nuper [e vots omnium Cardinalium 

babuiffé pro creatione Reuereudiffimi Domini Epiftopi Maclouienfis in fancfe Ec- 

clefe Romane Cardinalem , quem Maijeflas regis ibidem prefens inffanter fieri [up- 
plicanerat , C* ipfe facere paratus crat, ipfis Cardinalibus complacentibus. Refbondit 
Reuerendiffimus Cardinalis Neapolitanus, C* poff cum alii, in eandem fententiam; 

quod non folum id ipfis placeret, féd fieri fépplicarent pro regis honore G: volunta- 

__ #e. Tunc vocatus per mc prefatus Dominus Maclouienfis Guillelmus Bricone. 

_ tus, depofitis sbi mantello C° capucine de ciambelloto nigro G* bireto nigro, induit 
iplum cappa, Cardinalis Valentinienfis, in qua coram Papa genuflexit, qui deteto 
iris capite ex Caremoniali pronuntiauit ip{üms Cardinalem per verba, Authoritate om- 

Fu du Car, nipotentis Dei, & Ecclefiim Maclouienfem, & fingula ac omnia Monafte- 
dinel de Sains ia & Beneficia Ecclefaftica quæ prius in titulum & commendam obtine. 
Male. bat, fibi commendari. Maclouienfis ofculatus eff pedem C* manum Pape, & à 

Pontifice eleuatus ad oris ofulum eff receptus ; tunc iterém genuflexit, € Papa 
impofuit capiti [ao capellum rubeuns, verbis in Ceremoniali pofitis. Quo faifo Ma- 
clouienfis egit gratias Pontifici, qui dixit Regi agendas effe, coram quo Rege iple 

I! remercie le Maclouienfis genuflexus, memor noue dignitatis adepte G Epifcopalis, egit ei 
Rey A SON. gyatias fic flexus. Surrexit, G: à fingulis Cardinalibus ad oris oféulum receptus eff. 
Mantelum prefato D. Maclouienfi exutum recepersnt fui, nec me aduertente Do- 
minws lacobus de Ca? a nous, Francifius Alabagnes fécreti Cubicularii [bi inde- 
bité #fürparunt C retinuerunt, cappucinum autem G: biretums ego retinui. Interim 
Jurrexis Pontifex, G dixit [e velle regem ufque ad Regias cameras affociare : [éd 
Rex id fieri omnino recufans, fuit ab omnibus Cardinalibus affociatus ad eiufmodi 
duir parles CaMeram, iter faciens per cameras paramenti, : omnes saules, C* deambulatorium 
Cardinaux  Reuerendiffimi Domins Cardinalis Santte Anaflafis, C* aulam GC cameras nou«s, 
He ad quas ipfé erat inhabitaturus. Ibat autem Rex medius inter Neapolitanum 2 

” dextris G Sani Clementis Cardinales à finifhris , Cardinalibus omnibus binis 

G* fo ordine féquentibus. Peruento ad quartam predittam, Rex egit gratias Car- 

dinalibus, qui ab eo reccfferunt omnes, dempto San&ti Dionyfi & Maclouienfis 

afque ad cameram fibi deputatam , que fuit olim Domini de Falconis, quam cum 

#0n poffent intrare defeifu féruirorum claues habentium , iucrunt ad cameram Epif- 

Copt Concordienfis ubi aliquandin manferunt. Tum venerunt ad cameram Domini 
Maclouienfis preditfam , ubi ante offium Cardinalis Sancti Dionyfii ab co licentia- 

Le Garde des #46 difeffit. Porta prima Palatii , CG omnes alie aditum ad regem prebentes date 
Portes donnée fueruns Scotis pro cuffodis Regis deputatis, qui non permittebant, nifi fuos aut pau- 
un /( ciffimos ex noffris intrare. Interfuerunt premiffis guatuerdecim Cardinales, vide- 
lices Reucrendiffimus D. Neapolitanus Epifcopus San&i Clementis, Parmens: 

fis, Sanétæ Anaftañiz , Montis Regalis, Vrfinus, Sani Dionyfii , Alexan- 

drinus , Carthagienfis, Presbyteri; Santi Georgii, Sani Seuerini, Valen- 

tinus, 


DV ROY CHARLES VIIL : 5 
tinus, Cæfarinus, d Germanus, Discemi. Dedi cadems die Reucrendifimo D: 
Maclouicnfs informationem competentem de fremis confuctis perfélurnais per cedu 
dam huisfmodi tenoris : cabiculariis Secretis Papa ducatorem sentum; feutifero Ca- 
peli idem ; Magiffris Ceremvniarum, ad volustates [sam ; feruientibus armorum 
dacatos quindecim ; magiférss offieriis idem; porta ferres cuflodibus [ex ducates; 
cuffodibus prime porte tres ; cuffodibus borti fécreti idem ; curforibus Pape decem 
ducatos. | 


DoMinNicA decima sËfaua lamsarii, Le Pape dit au Maiftre des Cere- 
monies qu'il tiendroit Confiftoire pour la reception du Roy de France, & 
comme il la falloit faire. . | | 

Comme le Pape parloit de cela , le Roy furuimt. Le Pape le fut rece- 
uoir , & là parlerent du Traité de la reftitution du Turc, L'article por- 
toit que Île Roy donneroit fécixfféres Nobiles , Barones € Pralatos Regni 4 
voluntatem Pontifis. Le premier Prefident de Gannay vouloit reftraindre 
à dix perfonnes, le Pape en vouloit trente ou quarante: ils contefterent 
fur cela crois heures. | 

Sur cela le Pape entra dans vne falle où il y auoir deux chaires. 11 fit 
fcoir 1e Roy dans l’une & luy dans l’autre. Là le Traité fut leu; & de la 
part du Pape il y auoit les Cardinaux de Sains Anaffaze, GO: Alexandnin, & 
pour le Roy les Cardinaux & Saint Denss , 8 de Saint Mate, les deux Se- 
cretaires du Pape , le Dataire, & peu d’autres & furenc leus.les articles 
du Traité. Le Notaire pour le Pape nommé Srphanme de Narnia, & celu 
pour le Roy Ofiseriss Taan Ciericus Cenomanenfis. 1 fut faic deux copies du 
Traité, en François pour le Roy, & en Latin pour le Pape. 

Le 19. lanuier 1495. deïtiné pour la reception du Roy & l'obedien- 
cc, le Maiftre des Ceremonies fut enuoyé au Roy, luÿy dire ce qu’il auoit 
à faire circa o/Culationem pedis Pape © obcdientiam preffindam de loco Juo inter 
Cardinales fes poff primum Cardinalem. Rex ipfe cum J#is Necreuit ibi non fédere, 
fed apud Pontificem in foto flans, aliqua pauca vcrbs prejlationis ebcdientie pro- 

èrre. 
f Le Roy dit qu'il vouloit oùir la Meffe à Saint Pierre , puis difner, & 
de là aller voir le Pape, & ne put rien obtenir de plus. Sur cela le Pape 
cint Confeil, de R vint in cemeram Papagalli * fort parc, & puis en la falle 
du Confiftoire public. Les Cardiraux Ækxandrin &c de Carrage eurent or- 
dre d’aller au deuant du Roy. Le Pape ne voulut pas que céluy de Saint 
Malo, le dernier des Catdinaux, en fuit, quoy-que ce futé l'ordre : mais 
ce qu’il eftoi creature du Roy, il crut luy faire plus d'honneur. 

Le Pape donc en ces Cardinaux aduertir le Roy, qui le trouue- 
sent difnant, Les Cardinaux fe retirerent dans üne chambre, attendans 
vne demie-heure, Le Roy aduerti que l'on l’atrendoit, interrogea le Maif- 
tre des Ceremonies de ce qu’il falloit faire; 8 l'ayant efcouté, il alla dans 
vne autre Chambre, où il tint Confeil vne demie- heure , fit appeller ledit 
Maiftre des Ceremonies, & luy demanda encore vne fois ce qu'il falloic 


, 
Q 


faire, qu’il luy repetaft, & delà alla trouuer les deux Cardinaox & Euef. 


ques qui l’attendoient. - | 

Le Roy fut donc au Confiftoire auec ces Cardinaux, & mediws énter eos, 
fuiui des Princes & Grands François , Phifppæs Dominss de Breffa, Dominas 
de Montpenfier, Dominus de Foix, Dux Clivix, Jilius Ducis Ferrarie, © ali pis- 
res. Regeveniente, Pzsps affumpft pretio[äm mitram. Rex fecit debitas rencrentias 
in terram , primam in introitw Confiflorii , fecundam in plano ante folium Papx, 
dertiam in 6lio ante Papam , sbi genuflexus, pedem , dein Pape manum ofcalatss, 
quem Papa cleuans , ad oris ofculum recepit. Rex flans ad finiffram Papz, tunc 
Dominus loannes de Gannay primus Prefes Parlamenti Parijfen : , Coram Ponti- 

| XX 


par= 


149$ 


18. lenuier 
149 # 


Traité pour le 
reflitution de 
Sultam Zi: 


im. 


19. 14nuiey 
149$ 
Obedience da 
Roy 4n Pape. 


#AL papalen: 


Les Cardi- 
AUX AIPEN- 
dent le Roy. 


714 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


149$. fee vénit, C nuflexus expofuit Regem sd praflandum obedicntiam Sanilitati fu. 
perfoualiter 4 venile ; velle tamen Prius tres gratias a ua S'anifitate petere ; eÎe 
confactum vaffallos ante corums obedientie praffationem fine homagium inueffire.Pere- 
bat proptercs primo omnis prinilegia Chriffianiffimo Regi,tius coningi  primogenito 
conceffa, G* omnia in quodam libro ,cuius titulum fpecificabat, contents, confirmari 
fecundo, ip/sm Regem de regno Neapolitano inveffiri ; Lertlo, de dando fideinffo- 
res , de rejituendo fratre magni Turcii,nter alis beri fpalatum, caffari G* abolers. 
Pontifex ad primum refondit fe confirmare buinfmodi primo petisa,quatenus cjfens 
in ufs. Ad fecundum , gwod agitur de preindicio tertii, propterea oportere cum 
confilio Cardinalium fuper hoc maturius deliberare, G* in eo velle pro poffe fo R.- 
gi complacere. Ad tertium , vel efe cum ipfo Rege C* facre Cardinalium collegie 
#0n dubitans concordes futures. Qus refponfione faits, Rex flans ad finiffram Pape, 
protslit bac verba. Saint Pere, je fuis venu pour faire obedience & reuerence 
x voftre Sainceté, comme ont accouftumé de faire mes predecefleurs Rois de 
France, Quibus diétis, ditfus Prefés adhucgenufexus farrexit, C flans coram Pon- 
tifice,verba Regis latins extendis bi verbis. Beatiflime Pater ,confeverunt Prin- 
cipes, C* prafertim Francoram Reges Chriffianiffimi, per fuos Oratores Scdem Apo[- 
tolicam, Gin es pro tempore fédentem vencrari.Chriffianiffimus vero Rex Apoffolorums 
dimins vifitaturus,id non per Oratores Gr Legatos fos facere, fed in propria perfona 
voluntatem faam effendere volens, fatuit obférvare. Vos igitur, Pater Bcatiflime, 
Chriffianerum Summum Pontificem, verum Chriffi Vicarium, Apoñtolorum Petri C 
Pauli faccefforem fatetur , Gr recognofiit, illique filiale G debitam reuerentiam € 
obedientiam , quam predeceffores fui Francorum Reges Summis Pontificibus facere 
confhevcrunt , vobis preflat , feque, G° omnis [ia Sanctitati veffre C* buic fanire 
Sedi offert. Papa fêdens à finiffra , mans [hs Regis dextram tenens, refpondit bre- 
viffime  convenienter prepofitis, Regem ipfàm in [vs rejponfionc huinfmodi pri- 
mogenicum flium fuum appelens. Interim , dem premiffs fierent , accefferunt ad 
filium Pontificis omnes Cardinales cum confufione propter Gallorum impetum G° in- 
fôlentiam. Compleré Pontificis refponfionc, furrexit Papa,  finiffrä man fus Re- 
gem apprebendens, ad cameram Papagalli reverfus eff, sbi depojitis facris veïtibus, 
fnxit Regem ipfum velle affociare, Rex illi gratias agens , ad cameram fôam redit, 
4 _ Cardinalium affociatus. 1nterfucruht omnibus premilis viginti Cardi- 
pales. : 
40. favvier Le vingticfme de Ianvier, jour de Saint Sebaftien , le Pape voulut cele- 
149% brer Pontificalement la Mefle en faveur du Roy. Le Roy avant que d'y al- 
re Le ge der VOulur difner , & le Pape l’attendit un quart d'heure, & vint enfin af- 
en faveur du fifté de fa Nobleffe fans armes , fes Gardes demeurerent hors la Chapelle. 
Roy. Rex, cx commillionc Pape ; fédis in fède nuda cum caffino de broccato tantum, 
Ordinatis pro minifirands aqua manibus Epiftopi, de Pontificis voluntate, RE; cé 
D. Dominis de Foix, Bree , @ Montpenfier : tamen quis corum preccdentia mi- 
bi ignota erat , communicaui id Regi , quem SnferrOZAUt » Je ipfe aguam dare vel- 
Let. Repondit : id libenter fa&urum , Ji Regibus conueniret, de ali tribus ; qued di- 
gniorem locum Dom. de Breffe, fêcundum D. de Foix. Primo igitur dedit aquam Domi- 
à des after. %% de Foix, fécundo Dominws de Montpenfier ; tertio Dominus de Bref] , quarto 
Rex, cui portari feci bacilia * de credentia Papa per Dominum de LigniCamcrariuns 
Joum fécreturs , qui fingulis noëlibus cum Rege fôlet dormire. Et ego portawi toba- 
* Toñaile, on liam * pro collo, ujque ad gradus folii Papa ; ubi Regi ip/am impofui; C7 acceptis 
es ae Le per Regem bacilibus , ego Jibi de aqua feci credentiam. Rex cum bacilibus afcenaïs 
ad Papam, Gr dedit flans aquam manibus Pape , qui voluit quod ipfe Rex de agua 
credentiam faceres. Paps aquam poffcommunioncm accepit de manibus Regis Fran- 
corum. | 
De multis interroganit me Rex, quid hoc cffét. Declaraui fingula vf potur. Re- 
plicauit Rex, ve clarius exponerem : nihilominus non ceffauit repctere, C* non potu 
Jémper illi fatisfacere. Fr .. | | 


DV ROY CHARLES VIII. 


Vigefima fécunds Ianuarii, le Cardinal de Gurce reconcilié auec le Pape, 
en receut la benediétion, @ culpam fuam Pontificé agnonit : [id in prafentia 
Cardinalium de Vrfinis © Sani Georgii crimins Pontifici obiecit , fimoniam, 
peccatum carni , informationem magno Turco mifflam*, @ mutsam intelligen- 
tiam, afferens ipfm Pontificem magnum fimulatorem G* virum deceptorem effé, fi 


fai verum mibs retulerunt. 


Vigefima otfaus lansarii poff prandium , le Pape. monta à cheual, & les 
Cardinaux auffi, & furent à la place de Saint Picrre. Le Roy de France s’y 
trouua, wi cum Papa birettum depofuiflet, amouït etiam Papa capeUum G* birer- 
tum , nec voluif Papa illa priss reponere quam Rex caput faum cooperuiffet. Te- 
nuit Papa continno Regem à finifiris. D. de Breffé continuo cquitauit ad finiffram 
Regis, ficque pofäit Regem medium inter fé  Papam. Omnes alii Principes Gr 
nobiles equitarunt immcediate pot Regem, C* poff cos gentes fui armorum. 

Le vingt -huitiefme Ilanuier , Ben/élran frater magni Turce equefler de Caf- 
tro Sancti Angeli affociatus fuit vfque ad Palatiuns Sancti Marc, C: ibidem Regi 
Françie affignatus. Erelfa fucrunt per vrbem duo patibula, vnum in campo Flo- 
re, alterum in Platea Iudeorum per Officiales Regis Francie, Cr per eos miniffra- 
batur iuffitia , non per Officiales Pape, C° mandats publics , fine banni per vrbem 
fiebant fab nomine ditfi Regis, C non füb nominc Pape. Rex finxit fé vell pe- 
des Papa deofiulari. Papa autems id ficri nullo modo voluit. Cardinal Valenti- 
nus dedit Regi fêx pulcherrimos equos in frenis , fine fellis. Rex cum Cardinali 
Valentino à finiflra Regis cquitante, cquitarunt recfa vis ad Marinum quo codem 
peruenerunt. Ecdem féro fécutus eff Regem Cardinal Gurcenfis, frater quoque magni 
Turca. | | 

Trigefima lanuarii sunciatum.. .......... eff Pontifici Cardinalem Va- 
lentinum ex cinitate Velletri in habite familiaris flabuli Regis à Rege Francie au- 
fugille , in receffu ciufdem Cardinalis cums Rege Francis ex vrbe portare fécum fecit 
decem Cr nouem falmas bonorum forum apparenter cum copertis fais honorifice, 
énter quas due crant credentie , qua agen die, Re C° Cardinali ad Marinum 
eguitantes, manferunt retro , C* 2d vrbem in fero redierunt, fersitoribus Cardinali 
afferentibus fabmas ipfas effe captas G depredates. Alie 1 7. falma vencrunt ad cu- 
riam Reg , quarums capfe poff recefum Cardinalis à Rege fucrunt aperts, G nihil 
än cis repertum , prous guidam mibi retulerunt, [éd credo eos mentiri. 

Prima Febrmarii Decanus Anditorum Rote C Diécanns Auditorum Confifloris- 
Gum, @ alii populi Romani nomine ituri aÿÿRcçcm Francorum ad commendandum 
Regi vrhem, C fapplicandum ne propter reccffum Cardinalis ab eo contra Vrhem ac 
Romanos indignaretur, Papa mifit Bartholomeum Epifcopum Nepefinum , Secrets. 
rium fwm dd Regem Francorum , ad excu/andum [andfiratem fam de receffu Car- 
dinalis Velentini «b ipfo Rege. Venit his dicbus ad vrbem Dominus Philippss de 


JS — 


149 $. 
22. ]anuiey 
1495. 

Le Cardinal 
de Gurce re 
proche 44 Page 
fa conduite a 
fa vie. 

* Voyez Cy= 
aprés page 
716. 


28. Ianuiey 
14935. 

Le Pape ne [e 
Vent conuriy 
qu'auec le 
Roy, 

# Al. Gem, es 
Zitim,mis en- 
tre les mains 
du Roy, sp 
auoir efté 093. 
poilonné. y. 
Page 716. 

La lufiice sd. 
minifirée dans 
Romo an nom 
du Roy. 
Départ du 
Roy de Rome. 
30. leunier 
349 se 


r, Féurier 
1495 


Breffe nomine Regis Francie, deinde ab Vrbe recedens ad Regem feum reditures, * 


affociatus fuit extra portam vrbis à Cardinalibus Sancfi Clementis & Sancti Dio- 
fi, medius inter cos, non [inc magna ipforum Cardinalium nota, C* totius Col- 
legii Cardigalium igneminis. Le Roy entra à Naples le 22. Féurier, Les 
Chafteaux Saint Elme , de. l'Ouo *, & Caftronouo tenoient contre luy, 
& Ja Tour Saint Vincent. Dans Saint Elme eftoient les Gens du Roy ch 
Naples, au Chafteau - Neuf, le Comte de Pefquaire, dans le Chafteau de 
lOcuf, le Roy Ferdinand, . | 

Le 15. Féurier, Zizim fils* du Grand Turc mourut à Naples, ex v/g 
|. fie potu non conuenicnti nature [la G confucte. La Tour Saint Vincent ren- 
dué au Roy. Le feptiefme Mars , le Chafteau - Neuf rendu au Roy ; le 
quiaziefme Mars le Chafteau de l'Ocuf rendu; Er faife funt coram Rege 
Francis per fuos tragædie, & Comedie de Papa, Romanorum C° HiSpanie Regi- 
bus,ac Venctorum ac sed Dacibus Ligam d Confederationem , colluforie, 
Gr more gallico deriforie. Gayette rendu au Roy, ser Gayette ayant 

XX i] 


22. Féurier 
1495. 
* Al.de d'Ornf. 


25. Féurier 
1495. 
# AI. Freve. 


Zizim mort à 
Naples de pois 


fon. 


Mars 149$ 


pa 716 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


14 9 $. baillé vingt mille ducats au Caftellan. Liga inter Papam ; Maximilianum 
Regem Romanorum CG Hifpanie Regem, ac Venetos, Mediolani Ducem , pro com- 

Ms :495. muni Chrifianorum bencfcio , publiée le douziefme iour d'Auril. Au mois 
de May Lucretia Borgia fille du Pape vint à Rome. | 


TJ) AGE r25. ll luy deliura le frere du Turc, . 
P C'eftoit vn des articles du Traité dont il eft parlé cy-deflus : mais 
comme par vn autre Traité que le Pape auoit fait auec le Turc, il auoit 
promis de le luy liurer moyennant une fomme fort confiderable, il ne fuc 
remis au Roy Charles VIII. qu'empoifonné, Voyez les preuues de Com- 
mines, pages $25$. 527. & fuiuantes. 


AGE 132. Le 22. Feurier le Roy fit fa premiere entrée à Na- 
ples. | 
La Lettre qui fuit iuftifie que cette entrée fur ce iour-là. L'on y a ioint 
une autre piece, parce qu'elle contient plufieurs circonftances particulieres , 
tant de ce qui s’eft pale à Naples, que d’autres affaires particulieres. 


exfans Le Roy à l'Archeutfque d'Embtun* @ Maïftre Lean Rabot fs 
À ANILUSE Ambalfédeirs à Rome. Leur mande qu'il eff entré dans Le ville 


de Le Maifon 


de Caderoufe. de Naples. 
52. Feurie} À l Essrevrs, Depuis mon partement de Rome, & mefme depuis dix 
149 ge ou douze iours en ça, que ie fuis entré en cetuy mon Royaume, j’ay 
_: fait celle diligence que ce iourd’huy ie fuis entré en cette ma Cité de Na- 
pls , en laquelle par les Gentilshommes & Citoyens m'a efté fait toute 


obeïffance, ferment, & fidclité, comme mes bons & loyaux Suiets. l'en 


efcris à soÿfre Saint Pere, comme verrez , afin qu’il foit auerti de la viétoi- 
re & profperite qu’il a plu à Dieu de me donner en mon entreprife. Pre- 
fentez luy mes Lettres, car ie fuis feur qu’il en fera tres-ioyeux. Dom Fer- 
rand & Dom Federie fe font retirez à Cafel de l'Ouo, & ont laiflé le Mar 
quis de Pefiaire dedans Caffelnouo , aucc quelques gens; mais j’ay fait dref- 


fer mon artillerie deuant, & efpere en bien peu de iours lé reduire en mon 


obeïflance, & parcillement tout lafarpls du Royaume, car tout leur ef- 
poir eft demeuré en quelques Galeïes qu’ils ont auprés de Caftel de lOvo, 
Faites - moy fouuent fçauoir ce qui furuiendra par-delà, & ie vous mande- 
ray de mes nouuelles; & au demeurant vous Maiïftre Ican Rabot, incon- 
tinent ces Lettres veués , partez, & vous en venez deuers moy , quelque 
* part que ic fois, À aucunes chofes dont j'ay neceflairement à _—— 
de vous, & a ites point de faute, & vous Monficur d’Embrun, don- 
nez- vous toufiours garde de nos affaires, & me feruez par-delà , ainfi que 
day en vous fiance & à Dieu. Eféris en ma Cité de Naples le 32. iour de 
sL'amnés sf Feurier, l'an de la Natiuité 1495. * Signé, CHarLes. Et plus bas, 
cempiée du Robertet. Et à la fuperfcription : 4 Mefficurs l'Archencfque d'Embrun, G 
our dela Na- . . \ 
sinité : autre. Maiffre Iean Rabot, mes Confeilers G Orateurs 4 Rome. 


ment il aurost Pris fer l'ori iginal, 

fallu meitre | 

149 4.4 C4 . . , ne | ° ° , 

fau elle ne Enfuite de cette Lettre eft adioufté ce qui fuir, & qui eft efcrit d’yne 
commençoit … main difference. | | | 
dors qu’à Paf- 

ques. V.pages 


141.588. L E Mardy 12, jour du mois de May, l'an defflufdit , Ze Roy fit fon en- 
trée moult honorable à Næks, où il entra portant fa Couronne en 
fon chef, à la main dextre le Sceptre Royal, à la main fencftre une pom- 


D] 2 


DV ROŸY CHARLES VIIL. 7 
me ronde d'or, moult richement habillé, accompagné de plufeurs Sei- 
gneuts, Cardinaux, Euefques, Princes, Scigneurs du Confeil, Barons, Che- 
ualiers, Efcuyers & autres gens de guerre, le poifle deffus luy, l’Archeuef- 


que & tout le Clergé dudit Naples allans proceflionnellement au- deuanc 
e luy. 


Requefte de Tean Rabot au Roy. Luy demande uelque fomme pour le dé- 
1 dommager des pertes qu'il à fouffertes 2 pif de Naples. 


AV ROT NOSTRE SIRE. 


VPPLIE TRES-HVMBLEMENT Maiffre Iean Rabot, Confeiller dudit 
Seigneur en fon Parlement de Dauphine, qu’il luy plaife de fa grace 
luy pouruoir fur ce qui s'enfuit. | 

C'eft que quand ledit Seigneur alla en fon Royawme de Naples pour le 
conquerir, 11 mena aucc luy ledit Rabot pour affifter en fon Confeil, qui 
fut le premier iour de Septembre l'an 149 4. où il a demeure iufques au 
20. iour de May l’an 149$. duquel temps & iufques audit iour 20. de 
May, iceluy Rabot a efté payé du falaire & gages à luy ordonnez, telle- 
ment qu'il en eft content & fatisfait. 

Ledit 20. jour de May, le Roy noftredit Seigneur, aprés qu’il eut don- 
né ordte en tout ledit Royaume, tant für le fait de la iuftice, des Finances, 
de la guerre, que aufli de la garde des Places, Chafteaux & Forterefles 
d'iceluy, .& mis Police en toutes autres chofes, fe départit de Naples auec 
fes gens & fon armée pour retourner en France. | 

Et pource que l'Office de Protonotaire, l’vn des plus grands Offices du- 


dit Royaume , que l’on appelle en Grec, Lagothets , cft le Chef de la iuftice 


audit Royaume, & que le Roy n’y auoit point pourueu; il voulut & ordon- 
na que le fuppliant euft l'exercice, regime & Gouucrnement d’iceluy Offi- 
ce aucc les gages , émolumens & prérogatiues appartenans audit Office, 
lefquels gages fonc wre once d'or chafcun jour, qui vaut fix ducats de carlins, 


ou cinq ducats d’or larges, iufques à ce que par ledit Seigneur fuft autre- 
A e ï Le . 
ment pourueb audit Office; & en outre pour le retour dudit Rabot en Fran- 


ce luy ordonna, attendu le vieil âge où il eft conftitué, cinquante iours à 
femblables gages d’vne once d’or pour chafcun iour, dont les Lettres Pa. 
centes furent commandées à Maiftre Florimond Robertet, par iceluy ex. 
pediées ce mefme iour 20. de May. 

Et combien que ledit Rabot refufaft, & ne voulfñft accepter celles char: 
ges, ni demeurer audit Royaume , ains s’en vouloic retourner auec le Roy, 


_& de ce l'en fupplia tres-humblement & inftamment: toutefois iceluy Sei- 


neur luy dit que fur tous les plaifirs & feruices que le fuppliant auoit de- 
£r de luy faire, qu'il prift cette charge, & que dedans cinq ou fix mois aprés 
enfuiuans au plus tard, il pouruoiroit audit Office de Protonotaire, puis que 
ledit Rabot n'y vouloit demeurer; lequel Rabot, pour obéir, feruir & com- 
plaire audit Seigneur, fut content de demeurer, & a depuis exercé ledit 
Office au micux qui luy a efté poflible, : | 
Or eff aduens que le 7. iour de Juillet l'an deffufdit, ladite Ville de Na- 
ples, par grande trahifon & defloyauté, fe rebella contre le Roy, & mit de- 


“dans Dom Ferrando d'Arragon auec fa puiflance, & le receut comme fon Roy, 
_en occifant, meurtriflant,& tuant inhumainement & cruellement les Fran- 


çois qui y furent pris, & aufli alors fe rebellerent pluficurs Seigneurs, Ci- 
tez, Villes & Chafteaux dudit Royaume. | 


149 Sa 


1494 
149). 
2496: 


Départ du Roÿ 
Charles VIII. 
de Naples. 


Logothete , os 


Chef de la 
Iufiice de Né 
ples. 


Renoltè de 
Naples, 9. 
luiles,1491 


Lauquel iour 7. dudit Juillet, Meflire Andres Gayetano Cheualier, Francifque 
x Xxx ii 


x ii 


3495. 


Rabot empri- 
fonné par les 
vebelles 
Naples. 


Grands d 
continsels 6s- 
plois du fieur 
145 Rabot 
Jous les Roys 
Louys XI. 
Charles VIII. 


718 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

de Nole Gentilhomme , accompagnez d’enuiron foixante Satellites & com- 
pagnons de guerrebien armez de brigandines & Salades, tous portans baf- 
tons inuafbles, à l'aube du iour que ledit Rabot fe leuoit du lit, vindrenc 


‘affaillir & enuironner de cous coftez la maifon où 1l habitoic, & la mirene 
à fac, & fourragerent tous fes biens valans ,tant en or, argent, que autres 


biens, fept à huit cens ducats d’or, dont ledit Dom Ferrando eut, de 
l'argent dudic Rabot ,deux cens ducats larges, & lefdits Gayetano & de 
Nole eurent le demeurant de l'argent, & toutes fes autres bagues & biens, en 
faifant prifonnier ledit Rabot du tic Dom Ferrando, & ne luylaifferent qu’vn 
manteau , fes chaufles & fouliers, & vn petit bonnet de nuit en fa tefte, & 
auffi fes feruiteurs furent tous pris & dépouïllez, & aucuns d'eux mis depuis 
en Galere par force. 

Lequel Rabot a efté depuis detenu prifonnier par ledit Dom Ferrando en 
&ucuns forts Chafteaux 328. iours, & aucunes fois en foffes & tres-mau- 
uaifes prifons, & maltraité fans le danger & peril de fa perfonne, & a efté 
detenu iufques au premier de Juin dernier pafle, auquel iour, par la volonté 
de Dieu, & au pourchas & interceflion de Monfeur Ze Cardinal de Saint Se 
serin, il fut deliuré de La Roche Beneuent où il eftoit detenu, fans payer aucu. 
ne rançon, referué ce qu’il a payé au Capitaine de ladice Roche pour fes 
dépens & fa garde, & a demeuré à venir depuis ledit Beneuent iufques à 
Grenoble où eft fa demeure, deux mois, pour les grands dangers & perils 
qui font fur les chemins. 

Et quand il fut arriué à Rome où il n’auoit aucun argent, habillement, 
cheuaux ni feruiteurs , émprunta de Meflire Manaut de Guerrex Capiraine 
d'Offie douze vingts ducats d’or, qui véritablement pour l'honneur du Roy 
les luy prefta, & plus largement s’il en euft voulu, pour fe remonter £& 
habiller luy & fes feruiteurs ; & auparauant auoit emprunté de Meflire Cefar 
de Begadelis V'vn des Gentilshommes dudit fieur Cardinalqui eft de Bologne, 
&c eftoit venu querir & deliurer ledit Rabot, foixante ducats, pour payer au 
dit Capitaine de Beneuenc, & pour autres dépenfes. 

Si fapplie tres-bumblement au Roy noffre Sire, ledit Rabor, qu'il luy plaife 
de fa bcnigne grace auoir pitié de luy, & pour le defdomager des chofes 
deflufdites , & Île payement de fes gages, luy plaife faire deliurer audit fup- 
plant par le T taie du Dauphiné, ou le Grenetier du Port Saint Efprir, 
aucune fomme de deniers celle qui luy plaira ; & fi les deniers de la recepre 
de cette année de celuy fur qui le plaifir du Roy fera lafligner eftoiene 
diftribuez ou affignez ailleurs, plaife audit Seigneur luy en faire affignation 
fur ceux de l'année prochaine venant, en ayant efgard que kdis füppliant 
plein d'enfans 4 ferui,tant Le feu Roy Louys que Dieu abfolue, que le Roy qui eff à 
prefent ,en l'effat de leur suffice trente-deux ans, © depuis vingt ans en cà 4 va- 
qué prefque continuellement en ju codé Ambaffades , legations, D mené » char- 
ges, @° autres grandes affaires defdits Roys & de leur Royaume, fans y épar- 
gner fa perfonne, & toufiours eft & fera preft de ce faire, tant qu'il aura 
vie & fanté, quandil plaira au Roy, pour la felicité & profperité duquel il 
priera Dieu continuellement. : 


AGE 139. Là eftoit eftabli le lieu où l’on faifoit la Chancelerie 
| _ comme en France, & Monfieur le Prefident de Gannay Chance- 
cr. L | 
I fit dans tout ce voyage la fonétion de Garde des Sceaux du: Royaume 
de Naples, & il eut encore la garde du petit féel. Voicy quelques circonf_ 
tances particulieres de fa vie que l’on a crû deuoir inferer icy. :: 
TE AN DE GannaAy, Cheualier, Scigneur de Perfan, premier Prefidenc 


‘au Parlement de Paris , fut premierement Chancelier de Naples. Philippes 


= 


+ M ES ge EF 


DV ROY CHARLES VIIL 159 
de Commines, parlant du voyage du Roy pour la conquefte de ce Royau- 
me, dit qu’auant qu'il fuft à Witerbe, il auoit enuoyc le Seigneur de la 
Trimouille fon Chambellan , & le Prefident de Gannay qui auoit fon 
Sceau. Il eftoit natif de Charoles, & il fut pourueü de la charge de Chan- 
celier de France par le deceds de Guy de Rochefort. Ses Lettres de Pro- 
uifion font données à Blois le 3r. Ianuicr 1507. & elles fe trouuent infe- 
rées parmy le recueïl des pieces feruant à l’Hiftoire des Chanceliers de 
France de D. Godefroy. Il auoit auparauant eù la garde du petit Sceau.. I] 
aflifta le Roy Charles VIII. lors qu’il prefta l'obedience au Pape en 1494. 
Ji eft qualifie Cheualier aux Lettres d’Anthoine Duprat fon Re Il 
mourut à Blois en 1512. & fon corps fut apporte à Paris, & receu à 
Noftre-Dame des Champs par la Cour de Parlement, laquelle l’accompa- 
gna de là, iufques en l’Eglife Saint Mederic pour y eftre inhumé le 4. luin 
de la, mefme année. En l’aéte de ferment fait pour l’obferuation du Trairé 
de Cambray de 1508. il y a, Per os Magiffri atque Excellentiffimi , atriufque, 
Pontificum , atque Cafarei iuris interpretis, Domini Ioannis de Gannay , ipfus, 
Chrifiianiffimi Regis Cancellarii, | 


Le Roy mande aux gens des Comptes qu'il a donné le garde du petit 
Sceau du Royaume à lean de Gannay. 


DE PAR LE RO TT. 


Os AMEZ ET rEAvx, Nous auons baillé à noftre amc & feal 

Confeiller & Prefidenc en noftre Cour de Parlement Maiftre Jeas 
de Gannay, la garde de noftre féel qui eft lez nous, en l’abfence du grand, 
& luy auons ordonné cels & femblables gages que foulloit auoir Maiftre 
Adam Fumée, fieur des Roches. Et pource que par aduenture; fous couleur 
d’aucunes Lettres Patentes & Mifliues par nous expediées, pourriez faire 
deliurance des gages à noftre amé & féal Confciller lArcheucfque de Reims, 
nous vous auons bien voulu auertir de noftre vouloir & intention, qui eft 
que ledit de . foit payé & non autre, & gardez que en ce n’y ait fau- 
te: Car tel eft noftre plaifir. Downé à Naples le troifieme iour de May. 
Signé CHARLES. Et plus bas, Roberter. Au dos eft cfcrit: C4 nos amez Gr 


feaux gens de nos Comptes à Paris. Ef encore efcrit: C4pporté le vinet-troi fief 


me de. May mil quatre ceus quatre-vingts-cinq. 
Pré far l'Original. 


AGES 146. @ 147. Au fuiet de l'entrée du Roy à Naples: 

L'on peut voir page 716. a Lettre que le Roy efcrit fur ce fuier àfes 
Ambaffadeurs à Rome, enfuire de laquelle eft vn Apoitille , qui marque 
précifément le iour de cette feconde enttée. Elle eft efcrice de Ja main de 
Florimond Robertet , Secretaire du Roy Charles VIII. Voyez les Ce- 
rémonies de cette Entrée dans le premier volume du Cérémonial , pa- 
ge 682. | 


AGE 156. Monfeur de la Trimouïlle s'y comporta vaillamment. 
Il auoit defa gagné la bataille de Saint Aubin, & il eùt beaucoup 
de part au gain de celle de Fornoûé , de l’aucu de tous ceux qui ont efcrit 
de ce temps-là. Son Hiftoire eft imprimée cy-deflus, page 207. 


P AGE 158. Au fuier de la-bataille de Fornoûë, 
” “Elle eft amplement defcrice par Philippes de Commines, page 338. 


1495. 


3 MaJ1485e 


710 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
1495$.&i dit que les Venitiens perdirent enuiron 3500. hommes. La Lettre 
qui fuit contient quelques circonftances de cette iournée , qui fut gagnée 


le 6. luillet 1495. 


Guillaume de Badouïller aux gens des Comptes & Paris. Leur efcrit quel- 
ques circonflances de la bataille de Fornokë , gagnée par le 
Roy Charle VIII. 


17. miles Es TRESHONOREZ ET DOVTEZ SEIGNEVRS, Ires-humblement 
Én À vos bonnes graces me recommande. Mefeigneurs, plaife vous fça- 
uoir que hier au matin ie prefentay vos Lettres clofes à Monfieur ge Reims, 

& à Maiftre Ewffache l'Huilier, aufquels ie fis vos recommandations ainf 

que à mon partement il vous plut me lordonner. Au regard de Monfieur 

Bourcier, il eft de prefent à Lyon, par quoy n’ay pü parler à luy. Meflcigneurs, 

trois iours y a que les nouuelles font venuës en cette Ville comme le Sci- 

gneur Ludouic & les Fenitiens auec leurs alliez auoient fait vne grofle ar. 

mée pour empefcher le paflage du Roy, & tellement que auprés des Alpes 

ils préfumerenc de venir ruer fur les gens dudit Seigneur pour les defcon. 

..,.. , fr, voulant attenter à fa perfonne , n’euft efté Monfieut L Bafard Ma- 
nr thieu *, qui s’'employa tres-vertueufement pour la tuition dudit Seigneur, 
mirsl 4  ©n manicre qu'il y cft demeuré prifonnier, Toutefois, Mcfleigneurs, pour- 
Gwenm. ce que ces nouuelles eftoient un peu finiftres, & defquelles ie fuis affleûre 
que n’eufliez efté ioyeux, ie n’ay voulu, ni ne me fuis ofe ingerer de vous 

en efcrire aucune chofe, iufques à ce que autres plus amples fuffent venuës 

pour fçauoir quelle en auoit efte la fin. Mais ce-iourd’huy matin eft arriué 

vn des laquais de Monfeigneur de Bowrbon qui fut prefent audit confli&, & 

lequel a apporté Lettres du Roy, par lefquelles il mande que en cetre en- 

treprife il n'y mourut aucuns de fes gens, au moins qui fuffenc de nom, & 

que de la part de fefdits ennemis furent tuez fur le champ quatre cens lan. 

ces des plus gens de bien, auec deux mille hommes de guerre, dont le 

Marquis de Mantouë en eftoit l’vn, combien qu'il euft offert cent mille du- 

cats de rançon, & cft de prefent ledic Seigneur fain & ioyeux, auec la 

Marquife de Monferrat , qui eft tres-bonne Françoife, à dix ou à douze 

licués d’Aft, hors de tous dangereux paflages, & fait tres-bonne chere, Dieu 

mercy, defirant s’en retourner en bref, & dit ledit laquais qu’il s’en pour. 

roit venir feurement en fondit Royaume en tout fix cheuaux. Mefleigneurs, 

les Lettres dudit Scigneur ne portent pas fi auant comme ledit laquais en 

dit de bouche; mais il eft homme veritable , & auoit efté expreflémenc en- 

uoyé de par mondit Seigneur de Bourbon, pour fçauoir des nouuelles du- 

dit Seigneur, lequel l’a incontinent renuoyé par-deçà, pour en compter de 

bouche en telle Apeice qu’il eft rout courbe, & ne fe peut ayder de mem. 

bre qu’il ait. Incontinenc cefdices nouuelles venuës ont efté faices Pro. 

ceflions folemnelles parmy cette Ville, aufquelles affñiftoit Monfieur de Reims 
accompagné de cinq ou fix autres Prelats, & a-t-on défendu pour ce iour 

toutes œuures manuelles, & foudainement tous ouuroirs fermez, & a-t-on 

fait commandement de faire des feux ce dit iour au foir, & vous promets, 
Mefleigneurs,que quand vous ferez cy-aprés plus amplement informez de la 

grande vaillance que le Roy fit en ladite encreprife, vous direz qu’il à courage 

pour porter armes. Mes tres-honorez Seigneurs, s’il eft feruice que ie puiffe 

faire pour vous en général ou en particulier, il vous-plaife me le comman- 

der, & i’y employeray le cotps & les biens, priant le Benoift fils de Dieu 

qu’il vous ait en fa fainte garde, & doinc à cous bonne vié & longue, Eféris à 

Moulins je dix-feptiefme iour de luillet. Voftre cres-humble feruiteur & im- 

merit 


DV ROY CHARLES VIII. 721 
merit Greffier, Guillaume de Badouïller. Et à l'adrefle : C4 mes tres -honorez d- 
doutz Seigneurs, Meffeigneurs les gens des Comptes d# Rey noffre Sire à Paris. Et 
enfuite: apporté de 20. Iuillet 1495. 
Tiré de l'original. 


. AGE 193. Le iour enfuiuant fut créé Chancelier de France Monfeur 
Briçornet Archeuefque de Reims. | 

Il s’appelloit Robert Briçonnet, & il eftoit frere du Cardinal de Saint 

Malo. Ses Prouifons font du 30. Aouft 149 5. & non pas du 31. Voyez 


page 638  . | 


Prouifions de l'Office de Chancelier de France, en faueur de 
Robert Briçonnet Archeuefque de Reims. 


AROLVS Dei gratia Francorum, Sicilia @° Ierufalem Rex : Vninerffs prefentes 
litteras infpeiturs , falutem. Nos modica Regibus gloria, regnifque firmitas 
accedit, @ jecurites, ff ad fummos honores, magiffratus © dignirates viri affuman-: 
sur, qui bons artibus imbuti, clari corruféant virtutibus , quique publics in mu- 
+ neribus din verfati, probitatis ; induffrie CG fidelitatés [he experimentum dederint : 
binc enim buiuf[modi perfonss condignum laboribus fuis fruifum percipientibus, ma- 
1 gis ac magis laudabiliter férviendi defiderinm additur , G* exemplo propofito, ce- 
: terorum ingenis Reipublice fuffinendis oncribus fortius attenduntur. Notum igitur 
facimus quod nos attendentes Inrifpradentiam, preclaros mores, integritatem , dili- 

gentiamque G* finceritatem dileifi ac fidelis Confiliarii noffri Roberti Archicpis 

: {copi, & Ducis Remenfis, primé Paris Francis , negotiorum infuper C iudicio= 


D Re, 


1495. 


A Tuviÿ là 
30. Aouft 
z # 9 ÿ. 


rum experientiam, q#am in nofira Parlamenti Curia tempore inclyte recordationts - 


Eo cariffimi Domini G* Genitoré noffri, cujus anima in pace quiefcat, deinde noffro, 
. Confiliarius prireum , poffes Inqueflarum Préfidens , necnon ali in loci Reipu- 
| blice noffre non parum proficiens, longo uw comparavit, externafque € longinquas 
- legationes quas libenter fujcepit, 6° honcrifice executus eff: quibus ex caufis 1taliam 
£ petituri, non immerito moti fuimus cidem figilé noffri,in ab{entis magni , ordinati 
Eh cuffodiam committere , ac ut in magno confilio noffro prefideret officium delegare; 
; ubi maxima cum vigilantia , omnique lande € admiratione eff verfatus , aliaque 
quamplurima quibus gratus nobis admodum G* commendabilis effetfus eff, eundem 
: Robertum Archicpiftopum GC Ducem Remenfem , de Principum fançuinis noffri Pro- 
: cerum , Confiliariorum , aliorumque qui lateribus noffrés fidi affiffant confilio elez 
gimus , creavimus , fecimus , ordinavimus, retinnimus, ac retinemws noftrum, 
ipfufque Regni noftri Franciæ Canccllarium & Confiliarium {pecialem, 
cui Officio à morte preffantiffimi quondam wiri Guillelmi de Rochefort, dum wi- 
were Militis, Domini de Pluueaux, vltimi ein[dem poffeforés minime fuerat proni- 


ci Remenfi plenam potelatem > authoritatrm © mandatum fbeciale agendi, ordi- 
. nandi, @ exercendi omnia @ fingula que ad Officium Cancellarii Francis’ huiuf- 
: modi fpeifant quomodolibet C* incumbunt; volenteque quod ipfe Robertus huiuf* 
modi Officio Cancellarii perfruatur Gr gaudeat plene, integre. C* patifice ad honares, 
prerogativas , preeminentias , vadiæ, jura, proficua, penfiones , ac alia emolumenté 
’ confueta, & que ditfus defunifus de Rochefort , dums viueret, percipiebat, modo cr 
forma quibufcumque. Quocirca cariffimo fratri G* confanguineo noftro Borbonii 


fams , dantes , G* tenore praféntium concedentes prefato Roberto Archiepifcopo & Du: 


Aruernie Duci locum tenenti noffro Generali mandamus, st ab eodem Roberto Can- : 


cellario moffro folitum recipiat juramentum. Quo fatfo, dileifis Gr fidelibus nostris 
gentibus Parlamentum noffrum tenentibus, omnibufque aliis Iufficiaris , Offiaris, 


fabditifque noffré cuisfiumque authoritass , flatus , dignitatis aut conditions exif- 


tant , per cafdem prafentes etiam mandamus, quatcnus eidem Roberte fanquam Can- 


cellario Francie pareatit , © diligenter intendant; mandantes infaper gentibus Cam 
YYyy 


712 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

1 4 9 $. mere Compatorum n0firorwm Ge Thefanrariis noffris, st dite vad?a, falaris, pen- 

fiones, ce omnia alia inrs ad dictum Offciuns pertinentia prefato Roberto Cancela- 

rio noïtro, aut eius certo mandato per Audicentiarinm Cancelarie noffre Francie, 

qui pro tempore crit ; tradi Gr perfalui faciant , modo Cr terminis confuctis , que 
féc folusa in computis dicfi Audientiarii refentes, ant earum vidimus fub figillo Re- 
géo confeium feel sum qsittancia faffiienté reportando , allocari, @ de cius rece- 
pts deduci fine aliqua contradictione velumus G* inbemus, ordinationibus feu man- 
“datis ad hoc contrariis nonobffantibus quibufcumque. In cuiss rei tefimonium nof 
trum preféntibus litteris duximus apponi Jigillun. Datum Fhasrini die penultims 
menfis Auguffi anno Domini 1495. Regnorum vero noSfrorum Francis XI11. C 
Sicile primo. Sic fignatum, Per Regem, Domino Cardinali Maclouienfi, Prin- 
cipe Araufionum, Archicpiftopo Ebredimenfi, Domino de Le Tremoïlle G de Chabe- 
nois , Rigaldo Dorcille milite magni hofbitii, @ aliis prefentibes, Dubois. Pref- 
sitit iuramentum [olit#ns in manibus Domini Ducis Borbonie locum tevcntis gene- 
ralis ad hoc per Regem commifi, G* per cum ad officium Cancellarii Francis rece- 
ptus G° admiffus, bac die quarts menfis Septemb. anno 1495. Robertet. Lecfa 
regifirata Parifius in Parlamento fidecima die Martii anne 1 49 5. de Cerizay. Si- 
militer lecfa, publicata C regiffrats in Camera Computorum Domini noffré Regis 

Parifius die x x 1. Martis anno quo fupra, Le Blanc. | 


AGE 180. Le 2. Oë&tobre trefpaffa François de Bourbon, Comte de 
Vendofme. | 
Il auoit efpoufé Marie de Luxembourg, Princefle d’vne grande piété, 
de laquelle il eut plufieurs enfans, entre lefquels Charles fon aifné Duc 
de Vendofme fuc pere d'Henry d’Albret Roy de Nauarre, & Ayeul du 
Roy Henry IV. | 


P AGE r#5.: Au fuiet de la publication de la Paix auec les Venitiens &s 
le Duc de Milan. d |  . 
Cette Paix fe ft par deux Traitez féparez, ce qui fe iuftifie par le TFrai- 

. té conclu auec le Duc de Milan, qui ne comprend que luy feul, & qui 
ne parle prefque point des Veniciens. Il y a encore ces deux obferuations 
à faire, qu'il eft marqué le 9. Oétobre , au lieu que le Traité original ef 
du 10. & que Philippes de Commines & Raoul de Lannoy, qui font 
nommez comme Ambafladeurs du Roy, font obmis dans l'Hiftoire. De 
Commines dic que les Venitiens refuferenc cette Paix. 


Traité entre le Roy Charles VIII. & Loys Marie Sforce 
Duc de Milan. 


C'eft le Traité @ appointement de Paix, vnion és bonne amitié faite, 

| concluë, paffée 9° accordée le 10. iour d'Octobre 1 4 9 5. entre le tres- 
Dre de si. Chreffien Roy de France, de Sicile *, é° de Ierufalem, d'une part, é7* Loys 
rujalnn. (Marie Sforce Ducde Milan, d'autre, felon les Articles qui s’enfninenr. 


1e. Oésbre R&MIEREMENT, Que le Chafteau & Chaffeler de Gennes fera mis en 
1493. neutralité entre les mains du Duc de Ferrare, & que ledit Duc & Mef- 
fire Awguflin Adorne, lean Adorne fon frere , 8 Jean Loys de Fiefque , & 
parcillement les Anciens au nom de la Cité iureront que le Duc de Milan 
obferuera & gardera l'obligation du Fief de Gennes enuers le Roy Tres- 
Chreftien, tant à armer qu’à defarmer audit lieu de Gennes , & pareille- 
ment en toutes autres grandes chofes éfquelles il eft obligé par l’obligation 
dudit Fief ; & où ledit Duc n’obferueroit les chofes deflufdices , ledic 


DV ROY CHARLES VIII. 723 
Duc de Ferrare mettra ledit Chaftelet és mains dudit Roy Tres-Chreftien; 1 4 95. 
& les deffufdits Gubernateurs Meflire Iean Adorne,& Meflire Iean Louys, 
& les Anciens d’icelle Cité fe mettront en la totale obcdience dudit Roy 
Tres-Chreftien. - 
2. Item, Et au cas que ledit Duc de Ferrare allaft de vie à trefpas, ce 
que Dieu ne veuïlle, celuy qui fera efleu par ledit Roy Tres-Chreftien, & 
que ledit Duc de Milan agrécra, deura faire pareil & femblable iurement; & 
parcillement le Lieutenant dudit Duc de Ferrare, & tous les foldats qui 
{eront mis audit Chaftelet par ledit Duc de Ferrare feront pareil & fem- 
. iurement , & tiendra ledit Chaftelet en neutralité comme deflus 
cft dit. . 
3. Item, Et RENE Chatel & Chaftelet demeurera deux ans feulement 
entre les mains dudit Duc de Ferrare en la neutralité deflufdice, & en tant 
que couche les iuremens dudit Gouuerneur & Anciens durera pour dixans; 
mais aprés lefdits deux ans pañlez , ledit Duc de Ferrare fera tenu de re- 
mettre ledit Chaftelet entre les mains dudit Duc; & aprés dix ans pañlez, 
lefdits Gouuerneurs & Anciens, Meflire Iean Adorne, & Meflire Iean Loys 
feront quittes dudit ferment, demeurans néanmoins en leur force & vi- 
gueur l'obligation de Ficf, au moyen defquelles ledit Duc eft obligé en- 
uers le Roy à l’occafñon dudit Fief de Gennes & de Sauonne, & fans que 
à l’occafon de ces Prefentes ledit Roy Tres-Chreftien & Duc de Milan 
fe départent de la nature & fubftance dudit Fief. | | 
4. item , Et promettra le Roy que auec les Nauires, Galeres & armes 
qu’il fera à Gennes , il ne fera aucune chofe contre ledit Duc de Mi- 
lan, ni le prefenc eftac & gouuernement dudit Gennes direétement ou in- 
direétement, & que en armant à Gennes, il prendra les Nauires des amis 
du gouuernement & cftat d’aprefent, & non d’autres, pourueu qu'ils luy 
baillent lefdits Nauires à prix raifonnable, qu’ils ne baillent Nauires aux 
ennemis du Roy, &. que les Patrons & Mariniers des Nauires que le Roy 
prendra, foient tenus de faire ferment que loyaument ils feruiront le Roy. 
s. Item, Que ledit Duc ne baillera ayde ni fecours aux Roys Alphonfe 
& Ferrand, ni à leurs fuccefleurs, ni à aucun autre qui pretendift droit au 
Royaume de Naples direétement ni indirectement; & s'ils auoient aucunes 
gens par mer ou parterre, ou Nauires à l'encontre dudit Roy Tres-Chref- 
tien, il les fera retourner. | | 
6. 1tem, Que ledit Duc de Milan fera crier que nul de fes fuiers ne 
voife contre le Roy en fon Royaume de Naples; & f aucun faic le con- 
traire , il fera puni en mt & en biens. | | | 
7. Item, Que le Duc de Milan reftituera à Meflire. racques de Tenlrio*, * al, Trou. 
tous fes biens, meubles & immeubles , de quelque qualité ou condition ‘°°* cr 
qu'ils foient, & qu’il puifle aller & recourner par toutes Les Scigneuries du #42," 
Duc, & que ledit Duc l'ait en grace ainf qu’il l’auoit auparauant. 
8. 1tem, Quant à Meflire Francifque Sero, ledit Duc exhortera le Marquis 
de Mantouë à ce qu’il veuille Iny pardonner, & le remettre & reftituer en 
tous & chafcuns fes biens ; & fi ledit Duc a quelque chofe du fien, il le luy 
reftituera. : | —. | 
9.1tem , Que pareïllement ledit Duc reftituera à Meflire Jean Reffo, & fes 
_enfans ce qu'ils auoient auparauant qu’ils allaffent auec Le Roy; & s’il auoic : 
aucune chofe qui luy appartinft, il luy en fera la rdifon. | 
10, Item, Que ledit Duc de Milan fera tenu faire relafcher franche- 
ment & quittement le fieur de Myolans, & . Effienne de Nefue, fs 
ledir de Nefue eft trouué entre les mains de luy ou de fes fuiets, enfem- 
L tous & chafcuns leurs biens meubles, ou ce quil plaira au Roy ot- 
onnet. _ | | | . | 


YYyy i 


149 ÿ° 


# al. Danne. 
marc. 


# al. Joan ac. 
ques Triunlice. 


. 22. Item, Et qua 


714 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

1r. Jtem, Que ledit Ducreftiruera reaument & de fair neuf Galeres aueé 
leurs munitions qui furent rerenuës pat ledit Duc au port de Gennes, où 
par les fiens cftant le Roy à Naples. | 

12, Item, Que ledit Duc fera tenu de revoquer Meflire Gard 8 Fra- 
cafe de Saint Seuerin auec les gens & compagnie qu'il a dans Pize, & au- 
tres gens de guerre fes fuiers, & autres qui y font de par luys 

13. 18m, Que le Roy fera content que la Ligue faite entre noftre Saine 
Pere 4 Pape, les Roys des Romains G° d'Ejpagne ; la Seigneurie de Penife, & 
lcdir Duc de Milan, demeure en fa force & vigueur, pourueü qu'il n’y ait 
chofe en'icelle Ligue qui foit contre le Roy de France, ni fon Royaume de 
Naples, auquel cas ledit Duc de Milan s’en départira. 

14. Item, Que le Roy obferuera les conuentions faites entre luy d'vne 
part, & le Roy des Romains d'autre, — 

15. Jtem, Que fi aucuns des alliez auoient mené guerre au Roy pour fe- 
courir ledit Duc de Milan, ou pour diuertir l’armée du Roy qu'il a en ce 
Pays, que à l’occafion de ce le Roy ne luy puifle faire guerre, en remet- 
tant par eux au premier eftar & deü ce qu'ils auoient innoué contre ledit 


Seigneur Roy Tres-Chreftien. | 
16. Item, Que le Roy fera tenu de faire rendre la Cité & Chafteau de 


Nowarre, fon camp leuc. | 

17. Item, Que le Roy leuera la main aux Marchands Genoë G Milen- 
nois, & leurs fuits, des marchandifes qu’ils ont au Royaume de’France, & 
icelles fera relafcher, & pourront marchander audit Royaume, ainf qu'ils 


ont fait au temps pañle. | | 
e ledit Duc de Milan ne pourra aucune chofe pourchaffer 


18. Item, Que 
à l'encontre de la Maïfon de Sauoye ni des Pays & Seigneuries d'icelle, fous 
couleur de quelque aide, paffage, ou fecours qu’elle ait baillé au Roy, au 
Duc d’Orleans, ni à fes gens. | 

19. Item, En cette prefente Paix feront compris les Alliez du Roy, 
dont la ceneur s’enfuit : les Roys des Romains, d'Efpagne, le Roy d'Anglerer- 
re, les Roys de Hongrie, d'Efcoffe, Portugal, de Dace*, l'Archiduc d'Aufriche, 
le Riche Duc de Baniere, le Comte Palatin, & toute la maifon de Bauicre, 
& Eleéheurs dy Saint sr le Duc de Saume, le Duc de Ferrare , les Ligues 
vieilles @ nouuelles, la Seigneurie de Florence, le Marquis de Montferrar , le 
fieur Conftantin Efleu & Gouuerneur ,le Marquis de Saluces , la Seigneurie 
& Comté d'4f, la Seigneurie de Siense, la Seigneurie de Luques, le fieur 
Préfer, le Cardinal de Gennes, le Cardinal ad Vincula, &c le fieur Ican Iacques 
de Treultio*, comme recommandé du Roy pour fa Comté de Nuyflet*, 

20. Item, Iouyra le Cardinal 44 Vincula de tous & chafcuns les biens & 
Benefices qu'il a en la Seigneurie dudie Duc, & ne donnera ledit Duc 
audit fieur Préfer par luy ni par autres aucun empcfchement en fon 
Eftat. Ne LL. æ 

21. Item, Et procurera ledic Duc de Milan enuers noftre Saint Pere, de 

faire reuoquer, cafler & annuller toutes les Cenfures qu'il auoit promulguées 
à l’occafion de cette prefente guerre, contre la conquefte faite ou à faire 
par le Roy en fon Royaume de Naples’, comme nulles & de nulle valeur 


& cffet. | 


‘ 


nt aux Alliez dudit Duc, il les nommera dedans deux 
mois. ni . | nn 

23: Item, Et fera tenu ledit Duc de Milan de faire rendre tous & chaf- 
cuns les biens à ceux de la Comté d’Aft, pris durant la Tréue d'entre le 
Roy & ledic Duc. . A D. 

2 4. Item, Que lés fieurs :des Ligues: confederéés vieilles & nouuelles 
pourront aller & rerourner marchandement & autrement par les .Ferres 


. À 


DV ROY CHARLES VIII is 
hbertez & ptiuis 1 49 $s 


& Seigneuries dudit Duc de Milah en telles franchifes , 
leges qu'ils eftoient auparauant cette guerre. . | 
25. item, Que pour la feureté des hofés contenuës en ce. prefent Trai- 
té, pour le fait de Gennes, ledit Duc baillera pour oftages 4 fils aifné de 
Meflire Auguftin Adorne, & pareillement aucans autrés que le Roy vou 
dra nommer. Es nn un 
26. Item, Que ledit Duc laiffera iouyr le Cardinal de Gennies de tous 
&c chafcuns les Benefices qu’il a en fa Seigneurie, se NS 
27. Item, Qué pareillement Mefñlire Baprifle de Campefregouxe iouyra de 
tous & chafcuns fes biens tant meubles que immeubles, & pourra ledie 
Baptifte aller par tout où bon luy femblera, excepté en l'Eftat dudir Düc 
de Milan & de Gennes. ARS A e.. 
28. Item, Et quant à Meflires Alexandre & Michel Rejfes, ledit Duc leur 
pardonnera en tant qu’à luy touche; & qu’ils puiflent iouyr de tous & chaf- 
cuns leurs biens. RE à : 
29. Item, Et retourneront tous ceux qui font hors de la Duché & terrix 
toire de Gennes, & qui fe font abfentez pour la guerre prefente, fi bon leur 


femble, & ledic Duc fera tenu de leur pardonner, & les remettre en trous 


&c chafcuns leurs biens ,. meubles & immeubles. 

30. Item, Et pource que le fieur de Monnegue à tenu le party du Roy, ne 
lüy fera pourchaflé ni procuré aucun mal, ni fait aucune chofe contre fon 
Eftar; & fi aucune chofé eftoic faite, il fera reparé & remis en tous & 


‘ 


. Chafcuns fes biens. : 


31. Item, Pardonnera ledic Duc à tous les Nobles & Ciroyens dela Cité 
de Nosarre, & aufli à tous ceux du Diocefe & territoire d’icelle, &. auf 
de Blandure, de quelque eftat ou condition qu’ils foient, & mefmemenc 
à ceux qui ont baillé, conclu & confeillé de bailler icelle Cité de No- 
uarre, & que à l’occafion de ce, direétement ou indireétement, par foy ni 
par autruy, il ne procedera à la punition ni vengeance ;aucune à l’encon«< 
tre des perfonnes ou biens defdits de Nouarre, & pareillement le Roy bail- 
lera pardon à tous les fuiets dudit Duc qui ont fair larguerre contre luy.. 

32. Item, Que lefdits Nobles & Citoyens & chafcun d’eux puiflent ha- 
biter perpetuellement ou à terhps a leur bon plaifir, En’ la Seigneurie ou 
hors la Seigneurie dudit Duc de Milan, fans qu’on Ies puifle, pour quél: 
que caufe que ce foit, contraindre à y demeurer, ni foy pcrfonnellement 
prefenter en la Seigneurie dudit Duc ni en fa iurifdiétion ; & neanmoins 
qu’ils puiflent prendre les fruits, profits, reuenus & émolumens feodaux 
ou allodiaux fans aucuns empefchemens quelfconques, & d’iceux en dif- 
pofer, nonobftant quelfconques Contrats, donations ou aliemarions faites 
par ledit Duc. | | | 


33. Item, Que tous & chafcuns les prifonniers, excepté ceux qui font 
mis à rançon, & lefquels ne pourront eftre contraints à'payer plus grande 
fomme, feront deliurez. | ne | 

34. 1tem, Que ledit Duc de Milan fera tenu de faire pardonner à tous 
ceux qui ont donné aide au Duc d’Orleans, & lefquels pourront demeu- 
rer en la Seigneurie de Milan où bon leur femblera, & iouyr de leurs biens 
tant meubles qué immeubles allodiaux & feodaux. ne 

35. Item, Que ledit Duc de Milan fera tenu de rendre les Galeres, Gal- 
lions, & autres Nauires & munitions qui furent pris à Rapalo,enfemble l'är- 
tillerie qui fut prife audit lieu, ou + 
. 36. Item, Que ledit Duc de Milan fera ceriu de rendre tous & chafcuns 
les biens, tant feodaux que allodiaux, à tous ceux qui ont ferui le Koÿ 
en fon entreprife, & permettra qu’ils en iouiflent sans “7 faifaient au- 

yy 1 


s—— 716 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
1 49 $. parauanr certe guerre; & au regard des biens meubles. il en iouyront ainfi 
qu'ils les trouueront. _—— 

37. Item, Et pareillement le Roy fera tenu de rendre à Tres-Reuerend 
le Cardinal de Saint Seucrin, 8 au Comte de Gayaffe, au Gouuerneur de Gen- 
nes, Mcflire /ea» Adorne fon frere, & à Meflire Loys de Fiefque, & à quelf- 
conques autres füiets dudit Duc qui l'ont füuiui en cette prefente entre- 
prife, ous & chafcuns les Benefices & biens feodaux & allodiaux qu’ils re- 
noient, tant audit Royaume de Naples que autrement en la iurifdi&ion 
du Roy, & permettra qu'ils en iouyflent ainf qu'ils faifoient auparauanc 
cette prefente guerre; & quant aux biens meubles, ils en ioûiront ainf 
qu'ils les trouueront quant à prefenr. | 

38. Item , Et neantmoins donnera pafñlage au Ray par tous fes Pays, & 
aux Genfd'armes que le Roy enuoyera en fon Royaume de Naples, pour- 
ueü qu'il ne pafle que quatre cens hommes d’armes, & quatre mille hom- 
mes de pied à vne fois, en baillant bonne feureté de ne l’offendre en fa 
perfonne , Eftat & Seigneurie. 

39. 1tem, Que le Roy ne puifle donner aide au Dse d'Orleans, à l'encon- 
tre dudit Duc de Milan, ni contre {on Eftat, en entretenant par ledir Duc 
de Milan les chofes par luy promifes en ce prefent Traité. | 

40. Item, Er pour les frais, mifes & defpens que le Roy a mis en cette 
prefente guerre, ledir Duc quittera au Roy ce qui luy peut eftre deu de 1a 
fomme de quatre-vingts mille ducars, & rendra les obligations qu’il a de 
fes Chambellans & autres qu'il a en déduétion defdits quatre-vingts mille 
ducats. 

41. Item, Que pärcillement baillera au Duc d'Orleans dedans dix-huir 
mois cinquante mille ducats en la maniere qui s'enfuit: c’eft à fçauoir de 
fix mois en fix mois, en trois parties, en luy baillant bonne feureté, à la 
difcretion du Roy dedans le Royaume de France, à commencer le pre- 
mier payement le premier iour d’Auril prochainement venant. 

42. Item, Etaidera ledit Duc au Roy de deux gr caraques en cct- 
te annéc , & l’année aprés de trois, le tout à fes dépens, équipées & 
armées. | | 

43. 1tem, Et couchant la Principauté de Tarente, quand le Roy & Icdit 
Duc parleront enfemble, fera tant ledit Scigneur que iceluy Duc deura 
eftre content. | 

44. item, Que ledit Duc ne pourra pretendre aucun droit de fuperiori- 
té, fouuerainete, ni autres droits quelconques en la Comté d’Aft, ni en 
fes appartenances & dépendances, dont eft le Marquifat de Sienne, ni pa- 
scillement aucun droit d'adherence, confederation , proteétion ou ligue 
aucc les Suiets, Vaflaux , ou Marquis defdites Terres. | 

45. Item, Que toutes & quantes fois que le Roy voudra aller en per- 
fonne en la conquefte de fon Royaume de Naples, ledit Duc l’accompz- 
gnera en perfonne par mer & par terre, & luy aydera de fes Genfd’armes. 

46. Item, Que fi les Venitiens ne vouloient entretenir cette Paix, & 
accorder les trais Aracles dedans deux mois, & qu'ils fflent guerre au 
Roy en fon Royaume de Naples, en faueur du Roy Ferrand, ou d’autres 
qui pretendiflent droit audit Royaume, ou qui leur donnaffent quelque 
aide direétement ou indireement à l'encontre du Roy, en ce cas ledic 
Duc de Milan fe declarera à l'encontre defdits Venitiens, & fera tenu ai- 
der au Roy à défendre ledit Royaume de Naples contre les Venitiens; & 
pour les chofes deflufdites, ledir Duc de Milan fera tenu de luy bailler 

affage & à fon armée, & luy aider à faire guerre en leurfdites Terres, oui 
5 Terres que lefdits Venitiens ciendronc dedans ledit Royaume de Na- 


1] 


DYv ROY CHARLES VIII PPT 


ples , laquelle aide fera de cinq cens hommes d’armes, & de routes autres 
chofes qu'il eftoic tenu l’année pañlée. | 

Lefdits Traité & appointement faits auec ledit Duc de Milan par les 
fieurs de Gië Marefchal de France , philippes de Commines Cheualier, fieur 
d'Argenton, Raoul de Lannoy aufli Cheualier | Confeiller & Chambellan 
du Roy, Maiftre Jeas de Gannay Prefident en la Cour de Parlement à Pa- 
ris, Commis à la garde du Seel, & Rigauls d'oreilles Cheualier | Maiftre 
d'Hoftel dudit Seigneur, & Bailly de........,..... Ambafladeurs d’iceluy 
Roy tres - Chreftien, les iqur & an deflufdits. Ainf figné , CHARLES, 
&C Damort. | 


_Lenre du Duc de Bourbon au fuiet du Traité cy- deffus. 


RES-CHERS ET BONS AMIS, l'ay receu les Lettres de Monfi- 

gneur le Roy, & les articles de la Paix qui a efté faite entre luy & le 
Duc de Milan, par quoy il s’en vient par-deçà, & efperc qu’il pourra eftre 
à Lyon vers la Touffaints, ainfi qu’il luy a plu me bire fçauoir, Et pour- 
ce que ce font toutes bonnes nouuelles, & que ie fuis feur que vous defi- 
rez touliours le bien & profperité de mondit Seigneur le Roy, & que en 
ferez tres - ioyeux, vous en ay bien voulu aduertir, & vous enuoyer le dou- 
ble defdits articles.‘ Et tres-chers & bons amis, Nofître Seigneur vous ait 
en fa garde. Efris à Moulins le 18. d'Oëtobre, Le Duc de Beurbom & d’Au- 
uergne, Lieutenant General du Roy, Robertet. | 

Pris [ur l'original. 


P AGE 188. -Le fept Nouembre, le Roy alla coucher à Lyon. 
Il y demeura aflez long-temps, & mefme il y fit l'Ereétion du Par- 
lement de Bretagne. 


Erection du Parlement de Bretagne, . : 


HARLES, par la grace de Dieu Roy de France , de Hicrufalem,G* de Si- 

cile : À tous ceux qui ces prefentes Lettres verront. Comme puis 
nagueres cn mettant & donnant ordre au fait de la Iuftice de noftre 
Pays & Duché de Bretagne, & mefmement à l'expedition, decifion, de- 
termination des caufes , procez & differends meus & à mouuoir entre les 
Suiets de noftredit Pays 8: Duché de Bretagne qui fonc reflortiffans & 
commis par appel & autrement aux grands iours qu'on appelle Parlemene 
en noftredit Pays & Duché de Bretagne , lefquels n'auoient pu eftre ce. 
nus long-temps auoit, tant à l’occafñon des procez & diuifions qui eftoient 
encore par cy-deuant en noftre Pays & Duche, qu’à caufe des deceds & 
ercfpas de plufieurs Barons, Nobles , & autres Gens dudit Pays, euflions 
entre autres chofes, pour le bien , vrilité, & foulagement des Suiets de 
noftre Pays, ordonné par grande & meure déliberation du Confeil, de fai- 
re tenir lefdits grands iours au Parlement dorefnauant en noftredir Pays 
& Duché de Bretagne pour le premier terme le premier Ieudy de Caref- 
me durant iufques au Samedy de Pafques enfuiuant , qu’on difoit lan 
1493. & de-là en auant de terme en terme, ainfi que l'ordonnerons & 
verrons eftre neceflaire pour le bien dudit Pays & Commis, ordonnez, 
créez & retenus nos amez & feaux, Meflire Jeam de Gannay, Roland Du- 


breil, Martin Rufé, Charles de Hautbois, Iean du Boucher, Iean Callouëét, 


Jean Bohier, Oliuier Ferré, Oliuier de Kaërude, Geoffroy de Kaërmagoët, 
Guy Arbalefte, Guillaume de Befançon, Charles Guillard, Jacques Daniel, 
Nicolas Racine ; Roland Selizon , Roland Gougeon, Alain le Forceftier, 


1495. 


ALym a. 
Nouembre 
T495 


Ilaeflé depuis 
Chancelier de 
France , [ass 
le Roy Louis 
XII. V.p. 
719. 


1495: 


728 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

Amaury de Quenechquiuilly, & Alain de Quinquifo ; c’eft à fçauoir, [e- 
dir de Gannay noftre Confeiller, & Premier Prefidenc efdits grands iours 
ou Parlement, & ledit Dubreil auffi noftre Confeiller & fecond Prefdent en 
iceux grands iours ou Parlement, lefdits Rufé, de Hautbois, du Bou- 
chet, Callouët , Bohier , Ferré, de Kaérude, Kaërmagoër, Confcillers 
Clercs, & lefdirs l'Arbalefte, de Befançon, Guillard , Daniel, Racine, Se- 
lifon, Gougcon, Foreftier, Quenechquiuilly, & de Quinquifo, nos Con- 
{eillers lais, pour eftre, tenir & aflifter éfdits grands iours ou Parlement 
de Bretagne, qui commencera , comme dit eft, audit premier Ieudy de 
Carefme an fufdit, & à nofdits Prefidens & Confeillers donné pouuoir, 
auchorité & faculté de connoiftre, iuger & fentencier, decider & deter- 
majner de toutes & chacunes les caufes, matieres, procez, debats meus & 
à mouuoir entre nofdits Suiets d’iceluy pays, qui eftoient ou feront doref- 
nauant interiettées , mifes , reflorties, ou renuoyées par appel, ou aucre- 
ment en iceux grands iours ou Parlement, entre quelfconques perfonnes 
que ce foit, & pour quelque matiere, caufe ou occafion, & en quelque 
maniere que ce foit; & pour figner & expedier les aétes, confignations, 
Sentences ou appointemens qui par nofdits Confeillers feront donnez, 
euffions aufi fait, créé & retenu noftre cher & bien -amé Oliuier Barault 
Greffier d’iceux grands iours ou Parlement; & dauantage pour appeller les 
caufes, fignifier aux ‘parties les Requeftes, Exploits , Aëtes & Regiftres, 
ainfi qu’il eft requis, pareillement ordonné deux Huiflers; c’eft à fçauoir 
noftre cher & bien-amé Bernard Verus premier Huiflier, & Loys Bour- 
geois fecond Huiflier : tous lefquels Officiers deflus declarez feront payez 
& fallariez de leurs gages & vacations par noftre cher & bien-amé Phi- 
lippes Bertaud, qué nous auons à ce commis & ordonné ; fçauoir eft lef- 
dits Prefidens ordinairement, & lefdits Confeillers Clercs & Lais pour le 
temps de leurs vacations, feulement & femblablement lefdits Greffier & 
Huifliers , le tout felon l'Ordonnance qui en feroit par Nous faire audie 
Bertaud, en caffant, reuoquant & annullant tous dons, éreétions & re- 
cenuës des Confeillers, & autres Officiers d’iceux grands iours , faites à au- 
tres qu’à ceux qui font cy- deffus nommez , quelques perfonnes, ny pour 
quelque caufe qu’ils fuffenc créez & retenus, fans que autres perfonnes que 
les deffufnommez y fuflent ny puflent eftre admis, ny receus en quelque 
maniere que ce foit; & que depuis voyant le bien & vtilité qui procedoit, 
& cftoit auenu de la renuëé defdits grands iours ou Parlement audit terme, 
aux Suiets de noftredit pays, euflions ordonné fuccefliuement iceux grands 
jours eftre renus derechcf fuccefliuement és mois de Septembre 1494. 
& 1495. enfuiuans, par nofdits Prefidens & Confeillers cy-deflus nom- 
mez, ce qui a eftc fair, Ec foic ainfi qu’ayons efté informez que pour le bien 
& vtilicé de noftredit Pays & Duché & foulagement de nofdits Suiets 
foit befoin faire tenir iceux grands iours vne fois chacun an, à vn terme 
nommé & prefix, & que grands frais & mifes fe fcroienc au grand detri- 
ment de nofdits Suiets, s’il conuenoit obtenir Lettres de Nous chacun an, 
pour faire tenir lefdits grands iours. Syawoir faifons que Nous, ces chofes 
confiderées , & que voulons nofdits Suicts eftre entretenus en paix & 
vnion, & en leurs procez & differends eftre fait bonne & brieue expedition 
de Iuftice , auons ftatué & ordonné, ftatuons & ordonnons que lefdits 
grands jours ou Parlement de Bretagne fe tiendront dorefnauant vne fois 


_ Chacun an, c’eft à fçauoir depuis le premier iour de Septembre iufques au 


huiticfme iour d'Oétobre enfuiuant, par nofdits Prefidens & Confeillers, 
& autres Officiers cy- deflufnommez, fans qu’il foit befoin attendre ny 
obtenir dorcfnauant autres Lettres de prouifion de Nous pour faire tenir 
lefdits grands jours. Et pource qu’auons efté aduertis quo ledit du 

| noftre 


pv ROY CHARLES VIIL 19 24 
noître Confciller eft maladif , tellement qu'aucunefois ne fe trouue, & i 49 fe 
fans inconuenient de fa perfonne ne pourroit pour laduenir foy ttanfpor. 
ter aufdits grands jours, & par ce demeureroient & pourroient demeurer 
nofdits Confeillers en petit nombre pour tenir lefdits grands iours ou 
Parlement aux tres-grands grief, preiudice & dommage de nofdits Suiers : 
Nous,audie cas, dés-à-prefent, auons fubrogé & fubrogeons par cefdites 
Prefentes au lieu dudit Arbalefte , noftre amé & féal Confciller en noîftre 
Cour de Parlement à Paris, Maiftre Iean Briçonnet. Si donnons en man- 
dement à noître bien -amé & fsal Confeiller & Premier Prefident en nos 
grands jours de Bretagne Mere Iean de Gannay, qw’il fafle lire & publier 
ces Prefentes és Sencfchaufices & lurifdiétions de noftredic pays de Bre- 
tagne : Car tel eft noftre plaifir ; nonobftant quellefconques Lettres à ce 
contraires. En tefmoin de ce Nous auons figné ces Prefentes, & fair fcel- 
ler de noftre fécl. Domné à Lyon le 27. iour de Nosembre l'an de grace 1495. 
& de nos Royaumes de France le treiziefme, de Hierufalem &.de Sicile le 
premier. CA4infi figné, CHARLES. Et fur lereply: Parle Roy, Maiftre 
Jean de Gannay Confeiller & Prefident en la Cour de Parlement à Paris, 
& autres prefens , Dubrais. : Ce 

En la Congregation & Aflemblée des Seigneurs des Eftats de ce Pays 
& Duché, deuant hauts & puiffans Seigneurs les Comtes de Laual & de 
Vitré, Grand-Maiftre d’'Hoftel de France, commis & deleguez du Roy 
noftre Sire pour aflifter aufdics Eftats, a efté le mandement dudit Seigneur 
declaré par contenu , leu, publié , & à iceluy felon fon contenu & effet 
commande obeïr. Fait le dernier iour de May l'an 1496. L 


j € 

P AGE rpo. Ilfe refolut d'aller conquerir le Royaume de Naples & 
_ Sicile, qui à iufte vitre luy appartenoit. | | 
Les raifons de ce droit font imprimez cy-deflus pages 476.483. & 675. 


Fa E r93. à la fin. Et pour entretenir les Seigneurs & Villes d’Ita- 

lie , furent enuoyez ceux qui s’enfuiuent, | 
Les difcours que ces Ambaffadeurs firent aux Princes & Villes , vers 

lefquels ils furent enuoyez, font imprimez pages 238. & fuiuantes. 


AGE r95. Au fuiet d'une Lettre efcrite par le Roy à lArcheuefque 
d’Embrun. nu NE | 
Elle eft cy-deflus page 716. L 


 Prife de pofieffion du Comté de Flandres par des Procureurs | 
& Deputez de Philippes I. Archiduc d’Auftriche. 


N NOMINE SANCTÆ ET INDIVIDVÆ TRINITATIS PATRIS A Gandleab, 

ET FiLir ET SP1RITVS SANCTI, Â MEN. Prefénté publici inffru- ri 
menti ferie cunctis euidenter pateat G* fit notum, quod anno à Natiuitate ejufe 
dem Domini millefimo quadringentefimo nonagefimo quinto, Inditfione decimä 
tertiä, more fcribendi in Cnria Romana, die vero Veneris, C° folemnitate beasi 
prothomartyris Stephani, Menfis Decembré die vicefimé fexta, Pontificatus San- 
CHiffimi in Chriffo Patrié G* Domini Domini Alexandri , Diuinâ Prouidentià Papz 
Sexti, anno tertio, in noffra Notariorum [ubftriptorum prafentia ad hoc fhecialiter 
vocatorum , © ad omnia fingula atfa acfitata, aifa res C7 faifa infra féripta prous 
cadem fatfa, dicfa, geffa, propofita, perfetfa C* adimpleta-funt , aut gwomodoliber 
procurata, pro parte élluffrium , magnificorum , prepotentium , generoforum, [Pcéfa- 
bilium > circunfpecforum Dominorum Chriftophori Marchionis Badenfis, sere- 
niffimi Doméni noffri Maximiliani Romanorum Regis femper ae » G IUuffrif- 

Z Z 


—— 739 OBSERVATION SVR L'HISTOIRE | 
14 9 Se fimi Primcipis noffri Domini Philippi Archiduci Anffris , Burgundis Duc, Cc. 


s 7. Nouembre 


149% 


e 


ÿn Dacats Lacemburgis Gr Cermitatu Chinenfi locum-tenentis , Ingelberti Comi- 
ris de Naflau @ de Vianne, Domini de Breda, cjxfdem Domini noffri Romano- 
rem Regis primi Camerarii, @ corumdem Principum 17 Paris G Comitats Flan- 
drie Llocum-tementis, Chriftophori Comitis de Solren, ée. Balduini Biftardi 
Burgundiæ , Pauli de Baenft, Domini de Formifela, Prefidenté corumdens 
Principurs, Ge in Camera fus Comfilii Flandria, Judoci Kenin , Magifiri re- 


| gucfarum ordinarisrum Domus Confilisriorem, G: Magiftri Gcrardi Numan 


primi Seereterii asque Audicntiarit cerumdem Principum noffrorurs, ad, pro Iluf- 
triffime Principe noffro Domino Philippo Anffrie Archiduce, Pairie, Dimiri € 
Comitatus fui Flendris paffe{fiovem , Gin cadem receptionem cum omnibes & fin- 
gli folemnitatibus G: ceremontis confuctu vel requifité, petendum, intrandum 


_ d rancifienduw, prout de corumdem Dominorum Procuration mandato legitime 


conflitit, Precuratorum ad omnia G* fingula preditfa Gr in bac parte fatfs vel fien- 


_ da, prepofits vel proponenda notandum, confcribendum, flipulandum, prothocol- 


danduns, &° ad perpetwsm rei memoriam , toffimonium @ firmitaiem inffrumen- 
tum > in{fruments publica, litterafque asthenticas defuper conficiendum, @ in 
publicam atque authenticam formam redigendum, dandum » faciendum, atque tra- 
denduns requifitorum , in prinus coram nobis Notariss Jubfcripté oblate funt dicte 
Procurationk litters in pargameno /ub figillo corumdems Regis atque Princips in 
cers rubra, quarum litterarum tener fequitur de verbe ad verbum,  cff forma 
talus. | 


“Procuration de Maximilian Roy des Romains er de Philippes 
<Archiduc d'Afiriche. 


AXIMILIAN, par la grace de Dieu Roy des Romains toufours Au- 
Marc Hongrie, de Dalmatie, de Croacie ; &c, Et Philippe par la 
mefme grace Archiduc d’Auftriche, Duc de Bourgongne, deLothier, de Bra- 
banc, de Limbourg, de Luxembourg, de Gueldres, Comte de Flandres, 
de Tyrol, d'Artois, de Bourgongne, Palatin de Haynault, de Holande, de 
Zeclande, de Namur & de Zutphen, Marquis du Saint Empire, Seigneur 
de Frife, de Salins & de Malines: A tous ceux qui ces prefentes Lettres 
verront, Sa/s. Comme Nous Philippes foyons venus en âge competent pour 
gouucrner & regir nos Pays, Terres & Scigneuries, & y eftre receu par 
nos fuiets en leur Seigneur & Prince naturel, fur quoy auons nagueres efté 
& fommes encore occupez en aucuns de nofdits Pays, & il foit que obf- 
tant les grands & neceflaires affaires que nous Roy auons pour le fait du 
Saint Empire ne pouuons faire long feiour par-deçà, & que neantmoins de. 
firons ladite reception eftre acheuce auant noftre partement, n’eft bonne- 
ment loifible à nous Philippe de nous trouuer par tout perfonnellement, & 


. mefmement en noftre Pays & Comtéde Flandres, à l’occafion dequoy nous 


foit befoin d’y enuoyer & commettre aucuns de noftre fang & autres notables 
perfonnages, & à nous feables, pour receuoir noftredic Pays, & y eftrereceus 
au nom de nous. Srawoir faifans, que pour la bonne connoiffance que auons 
des perfonnes de noftre tres-cher & tres-amc coufin Chriftophle Marquis de 
Baden noftre Lieutenant en nos Duché de Luxembourg & Comté de Chi- 
gny, nos amez & feaux Englebert Comte de Naflau & de Vianne, Sei- 
gneur de Breda, premier Chambellan de nous Roy, & noftre Lieutenant 
en noftredit Pays de Flandres, Meflire Baudouin Baftard de Bourgongne 
auffi nos coufins, Maiftre Thomas de Plane Prefident de noftre grand 
Confeil, Paul de Baenft Prefident de noftre Chambre & Confeil en Flan- 
dres, Richard Vrenhouëé, Ioffe Kenin Maiïftre des Requefte ordinaire 
de noftre Hoftel , tous nos Confeillers, & Maiftre Gerard Numan noftre 


DV ROY CHARLES VIII. 731 


premier Secretaire & Audiancier, & de leurs fens, vertus & prudences, 1 4 9 [E 
iceux, pour ces caufes & autres à ce nous mouuans, confans à plein de 
leurs leautez , preudhommies & bonnes diligences , auons prefentement 
commis ,ordonnez & eftablis, commettons, ordonnons & eftabliffons par 
ces Prefentes nos Procureurs Généraux, & certains Meflagers fpeciaux, en 
leur donnant, ou à la plufpart d’eux, fi tous comparoir n’y pouuoient, plein 
pouuoir, autorité & mandement fpecial & irréuocable d’aller, & eux tran- 
porter en noftredit Pays & Comte de Flandres par tout où meftier fera, & 
illec au nom de nous Philippe appeller ceux qui feront à appeller, deman- 
der la reception dudit Pays, receuoir icelle, enfemble noftre Ville de 
Gand, & en prendre la pleine & entiere pofleffion & iouyflance, de faire 
au nom de nous, & prendre de ceux de noftredit Pays & Ville de Gand 
les fermens à ce requis & neceflaires , de promettre à ceux qu'il appartien- 
dra par leurs Lettres & féellez, fi meftier eft, de eux en bailler nos Lectres 
& fecllez, de rappeller tous bannis d’iceux noftredit Pays & Ville de Gand, 
& au nom de nous Philippes leur baïller graces & remiflions telles qu’il ap- 
partiendra, & generalement de faire par iceux nos Commis, ou la plufpart 
d'eux en ce que dit eft & dépendances, tout autant que nous-mefmes fe- 
rions & faire pourrions fi prefent en noftre perfonne y eftions, ia fuft que 
la chofe requift mandement plus fpecial, promettans en bonne foy & en 
parole de Roy & Prince tout ce que au nom de nous Philippe par nofdits 
Procureurs ou la plufpart d’eux fera fait, promis & befogné en cette par- 
tie, auoir & tenir pour ferme, ftable & agréable à roufours, fans faire ou 
aller au contraire en aucune maniere. Si donnons en mandement à tous nos 
Jufticiers, Officiers , manans & habitans de noftre Pays de Flandres & 
Ville de Gand & autres nos fuiets quelfconques, & à chacun d’eux en- 
droit foy, fi comme à luy appartiendra, que à nofdits Commis & Procu- 
reurs, en faifant ce que dit eft, ils obéiflent & afliftene comme à nous- 
mefmes. Car noftre plaifir eft tel. En tefmoin de ce nous auons fair mettre 
noftre féel à ces Prefentes. Donné en noftre Ville de Tenremonde le dix- 
feptiéme iour de Nouembre, l’an de Grace mil quatre cens quatre-vingts 
quinze, & des Regnes de nous Roy, à fçauoir d’iceluy des Romains le 
neuuicfme, & defdits de Hongrie, &c. le cinquiefme. Ain figné fur le 
reply. Parle Roy, Martens. | 


Er AD efecfualiter onss fibi inivnétum GC: commiffum prout decuit peragen- 
dum G* perficiendum, tidem illuffres, magnifici, generoff G* prepotentes Domiri, 
atque fheéfabiles viri, tanquam Commiffarii cu Procuratores Jfupradicti, die date. 
prefentium ad exccutionem [am Commiffionem praftriptis deducere volentes, circi. 
ter horam oéfavam anteprandialem Oppidum Gandenfc 44 quod occafione pre- 
dicta declinaucrant € venerant per portam cin[dem Oppidi dilfam de Hueuer- 
poorte exierunt, @ fe ab codem Oppido ad aligualem diffantiam clongaucrunt 
proxime quemdam locum nbi in platea Cr ffrata publica qua À ace art verf#s Op= 
pida Al enardenfe € Curtracenfe ftuata, @ pofita ff Crux Lapidea vulga- 
riter dits Ten Sereyboem. ,9wo in loco accefferunt ad cofdem Dominos Commi[- 
farios G Procuratores diverfi proféripti G banniti per Legiflatores Oppidorum Gan- 
denfis G aliorum Flandrie humiliter gratiam Principé poflulantes, G ut pro iu- 
cunda Patrie atque Oppidi receptienc per dicfos Dominos Commiffarios @ Procu- 
ratores, vice G nomine IUwffriffimi Principis noffri Domini Philippi Archiducis, rc. 
Comitis Flandris fienda , nonobflante profcriptione €* banno, redire atque reverti 
poffent ad habitandum G* converfandum intra ditfam Patriam Flandrie Oppidum 
Gandenfe, aliaque Oppida in quibus exbanniti erant, petentes defüper fecum dif- 
penfari de gratia CG aucforitate Principis noffri fpeciali, dantes banniti C proféri- 
pti prefati in manibus cerii Secretaris ad hoc per cofdem Dominos ordinati litieras, 


ZZZzz il 


732 OBSERVATION SVR L'HISTOIRE 


149 $, titulos, aëta, caufas fiue occafiones fua bannitionis atque profériptionis predicre. 


Clergé de La 


Et cum bac per prafatos Commiffarios atque Procuratores agerentur, fieperuer crunt 
ôn codem loco nobiles atque fpeifabiles viri @ Domini Karolus de Ghiftclla G: 
Leonius de Maffenien primus Scabinus affociati magno G competenti numero 
Scabinorum vtriufque Banchi ville Gandenfis, qui nominc Legiflatorum fine Scabiro- 
yum , Decanorum , Officiariorum, ac totins Communitatis atque populi ciufdcm ville 
Gandenfis per organum Magifiri Ægidii Vanderbcken ciufdem Oppidi Penfionaris 
@ Aduocati cofdem Dominos Commiffarios € Procuratores [alutaucrunt, eo[dem op- 
time veniffe dixerunt, Gr cuns gratulatione magna recollegerunt, C* receperunt gra- : 
tias,in primis Aliffimo Deo pro magnitudini [ua clementis atque largifiua gratis 
qua ci toti Patrie generofiffimwm, iluftriffimum atque excellentiffimum Principem Cr 
Dominum ex Sereniffimorum, C° inaiciffimorum, C posentiffimorum Imperatorum, 
Regum Principum @* clariffima ffirpe atque Domo largiri, concedere, C* conferuare 
dignatus eff, cum omni bumilitatec fupplicatione agentes  referentes, exponentes 
deinde quod licet adsentus cisfdem slluffriffimi Principé noffri G* Domini Domini 
Philippi Archiducis Gr Comitis Flandri.e in propris [ès perfona, ff ad id ceffantibus 
Jaës occupationibus G° neceffitatibus perseniri potuiffet, eildem Scabinis, Decanis,ofi- 
ciariis , populo, G* toti Communitati Oppidi Gardenfis fuiffet gratiffimus atque su- 
cundiffimus : nibilominus paratiffinsi erant ad ciufdem Principes voluntati arque 
mandaté obedientiam G* obféquentiam , co[demque Dominos Commiffarios G Pro- 
curatores vice, C* nomine ci nfaem Iluffriffimi Principé noffri,  ipfum Ilaffrif- 
fimum Principem per cofdem Commiffarios * Procuratores in diéfo Oppido Gar- 
denfi CG Comitatw Flandrie cum omnibus Gr finçguli reucrentia, obedientia G care- 
moniis neccffariis, aut quomodolibet confuctis intronifandum G° recipiendum, cum 
inffantia petentes fe C* Oppidum Gandenfe predicfum apud Sereniffimam Regiam 
Maicflatem C° iluffrifimum Principem babere G* fieri commendatos , G god idem 
Iluffriffimus Princeps, quamprimum commode poffet, dignaretur Oppidum fuums 
Gandenfe vifitarc : quibus Scabins, Decanis G Officiariis predicfis cum praefati 
Domins Commiff[arii G* Precwratores per organum Magiffri Pauli de Bacnfl mnius 
ex ipfis refpondiffent, petitioncm buiufmodi fe libenter effe faéfuros, habito etiam 
Per organum cinfdens Magiffri Pauli verbo ad bannitos Cr profériptos preditfos, ve 
Cum magna pars ipforum nondum adueniffet ad vfque aliorum aduentum pro die 
currents patientiam haberent, ut finguli titulos, atfs, cau[as Cr occafiones banni 
in manibus corumdem Dominorum Commiffarierum fine Procuratorum deferrent, 
Juper quë re cadem die,vel [altem fequenti ordinario, per ipfos de fuper facienda 
cifdem bannitis intimaretur, G* fic itum cff ex loco pradicfo verfus Oppidum Gan- 
denfe, preccdentibus Scabinis , Balliue, G° Legiflatoribus tanquam conducentibus G: 
Jubfequentibus Ilaffribus G magnificis Dominis Commiffriis C Procuratoribus 
prediéfis. Et cum persenirent idem Domini Commiffarii  Procwratores ad por- 
tam Oppidi Gandenfis vocatam de Pedercelle-Poorte, multi ex bannitis © pro 
Sériptis predictis precurreruns C* illic congregati magno cum clamore G* inflantif- 
fimis precibus atque obfécrationibus gratiam [écum fieri poflulauerunt Gr rogaueruns, 
quibus per cofdem Dominos introitus Oppidi eff permiffus, € cum cifdem vice € 
nomine cisfdens Iluffriffimi Principis noffri gratis facfa eff, [wb conditione tamen 
Cr ordinatione fuper ipforum faëto, vifis titulis eorumdem, fflatuendis, faciendis 
atque ordinandis. Procedentes vero iidem illuffres GC magnifici Domini Commif[i- 
ris G* Procuratores, introcuntes portam candem —. pradicii, in primis proxime 
candem portam babuerunt obuium Clerum Oppidi Gandenlis proceffionaliser @ 


] d ns Q NL . + ! a vd n 4 
ile de Gand. Jolemniter cum vexillis, fignis fanéfe Crucis, G reliquiis in cappis fericeis cum om- 


- #ibus honoribus G* reverentiis atque cerimoniis cifdem Dominis Commiffariis G* 
Procuratoribus vice G nomine IUuffriffimi Principis noffri Comitis Flandrie bu- 
militer, alacriter C* cum gaudio occurrentem, atque cofdem latiffime recipientem, ubi 
Reucrendus in Chriflo Pater G Dominus Dominus Raphael Dei gratis Epifcopus 
Rofenfs, Abbas Monafterii fanéti Bauonis juxfa Gandauwm ,cum Priore Cr 


DV ROY CHARLES VIII. 733 

Conuentu ciufdem Monafieris atque Clero prediéfo cam omni humilitate in habit 
Juo pontificali exiflens, benigniffime atque bumaniffime [epedictos iluffres G ma- 
gnificos Dominos Commiffarios © Procuratores falutauit, G* mentis gaudium, Le- 
titiam atque affcirum iluffri, prepotenti € gencrofiffimo Domino Marchioni Badenfi 
G Magiffro Paulo de Bacnff ex equis fuis defilientibus, afiffentibus aliis Dominis 
G° Procuratoribus pradidtis, cum oblato ofénlo Dominice Crucis, vice G nomine 
Illuffrifimi Domini  Principé noffri Domini Philippi Archiducis Comitis Flan- 
drie, expofuit, patefecit, © referauit; afcendentibus vero rurfum proprios equos 
Domino Marchionc G Magiffro Paulo qui ex equis deféenderant, omnes infimul 
procefférunt, G* proxime eandem portam loco fatis contiguo Clero & proceffioni pre- 
dictis inuencrunt reliquam partem Scabinorum atque Legiflatorum ; ambos maiores 
Decanos, aliofque Decanos iuratos, Officiarios G Secretarios fingulorum artificio- 
rum totius Oppidi Gandenfis in veffibus atque togis corumdem folemnibus atque 
confuctis ,adSfante illic magna populi multitudine, iluffres, magnificos atque fheifa- 
biles Dominos Commif[arios atque Procuratores preditfos expeétantes © preffolan- 
tes ac cum omni honore, alacritate G° laetitia cofdem vice C nomine praefcripti 
Principis © Domini noffri Comiti Flandrie recipientes, G procefferunt via illa 
reifs idem Domini Conshiffarit, [wbféquentibus Clero proceffionaliter, Scabinis, 
a » Decanis, Iuratis C Populo predicfis, vfque ad locum qui dicitur Ten- 
priete, ex quo loco valefaifione faëfa ad Clerum, fepediéti Domini Commiffarii 


1495: 


G* Procuratores Nôbilium atque Officiariorum /émper comitat multitudine, Noblefe ds la 
precedentibus ctiam femper C° à principio tribus Heraldis vno atque medio induto V‘"*- 


snfigniis armorum dr Principis noflri per plateam afcendentibus, acceffe- 
runs ad Monafferium Sandi Petri in Monte Blandinio. Er antequam peruenirent 
ad Portam meridionalem © maiorem ciu[dem Monafferii, occurrit eifdem Domins 
Commiffariis G* Procuratoribus Reucrendus in Chriffo Pater @ Dominus Dominus 
Joannes Abbas ciw/dem Monafferii in habitw pontificali cum baculo paftorali 
atque mitra, affociatus fibi Priore fuo atque Conuentu, proceffionaliter in Cappis pre- 
tiofis bons affimationis incedentibus. Quo peruento dicfi Domini Commiffarii 
G° Procuratores ex equis fuis defilsentes, coram ligno Dominice Crucis @ aliis mul. 
tis atque pretiofis Reliquiis que ad cundem locum per prefatos Dominum Abbatem 
G* Religiofos Monafferii praditfi Ordinis Santti Bencdicéi deferebantur [uper quo- 


dam tapete * G* puluinaribus illic pofitis, primo Dominus Marchio Badenfis, Do- * T+bk. 


minus Comes de Naffaw, atque omnes alii C7 finguli preféripti Commiffarii @ Pro- 
curatores flexerunt genua fha,quos humaniter falutauit Abbas, atque vice G no- 
mince illuffrifimi Domini noffri Principis G Comitis Flandrie prefati recepit, aqua 
benedicfa afperfit, thurificauit, fancti Euançelii ofiulum dedir, &: dinde Viuificæ 
Crucis Dominice ôfculum fimiliter exhibuit, dicens bec verba : Hoc eft verum li- 
gnum fan&iflimxæ Crucis. Qibus peraitis, ditfus Reerendus in Chriflo Pater 
Dominus Abbas atque Prior Monaflerii cis[dem, precedente proceffione, Refponfrium, 
Honor, vittus, decantante, in Monafferiuns Sanüfi Petri prefcriptos Dominos Com- 
miflarios G° Procuratores introduxerunt gradientes, C per ianuam meridionalem 
äntrocuntes, C per ambitum ante locum Capitularem incedentes, Ecclefiam ipfans 
atque chorum eiu[äcm Ecclefie Sancti Petri intrauerunt, precedente [emper Heralde 
armis induto cinfdems Principis noffri cum duobus aliis predictis, @ collocati füns, 
Gr loca fua acceperunt Domini Commiffarii atque Procuratores predicfi in primis 
formis G fedibus Chori ad vtramque partem proximioribus maiori altari ffratis, 
veffibus fericeis decenter perornatis, ffantibus Heraldis in medio Chori ante eof: 
dem cum maxims [olemnitatce, ceremoniis, atque deuotione incæpta eff decantari, 
per Dominum Abbatem preditfum celebrari Miffa folemnis C* votins pro Iluffri[- 
fimi Principis noffri Domini Philippi Archiducis Auffrie, G Comitis Flandris 
profberitate, felicitate © falute de Spirit fantto. Perucnio autem ad Oféertorium 
ciufdem Miffæ, Primo Dominus Marchio Badenfis, confequenter Dominus Comes 
de Nafan, Dominus Comes de Solren, Dominm ne "ui sus 
ZZ i} 


734 OBSERVATION SVR L'HISTOIRE 


149 $. CG alii Domini Commiflarii C Procuratores praditfi precedentibus Heraldis G: 
Heraldo infigniis armorum induto oblationem deferente, acceferunt ad ofertoriwms, 
deofculantes patenam, Cr obtulerunt ibidem nomine cinfdem noffri IUnffrifimi Prin. 
cipis pannum aurcum CX 4WT0 fino COMICXINM ; qui repofitus fuit in aliari, G pro- 
cedente Domino Abbate in fanifo obfequio © féruitio Miffe data benediéfiore,cete. 
rifque ceremoniis confuctis Jolemniter peraéis, Mif finita , accefflermnt omnes Ce 

nçuli Domini Commiffarii@" Procuratores pre[cripti ad maius altare in quo Mif/a 
celcbrata eff, G: illic ante illud genua [ua flefentes, proffrato ctiam genus fle- 
éente Reucrendo Patre C Domino Abbate prefato circunffantibus Conuents de 
Rcligiofis predittis, Domino de Meruwede fépremo Baliwo Flandrie, fapremo 
Balino Gandenfi, Domino de Denterghem, Domino Balliuo Curtacenff, Domino 
de Moca, ce aliis diverfis nobilibus, offciariis Deputatifque Patrie praditfe, idem 
Dominus Abbas bumiliter leçit atque orauit fuper co[dem Dominos tanquam Com- 
miflarios  Procuratores predilfos pro Iluffrifimo Principe @ Domino noffro Co- 
mise Flandrie preces , verfus, colletfas, obfécrationes, benediéfionem G orationes 
Jequentes. Saluum fac feruum tuum: Deus meus fperantem in te, Mitte ci 
Domine auxilium de Sanéto: Et de Sion tuere eum. Efto ei Domine tur- 
ris fortitudinis : A facie inimici. Dominus vobifcum: Et cum fpiritu tuo. 
OREMvSs. Deus Pater æternx gloriæ fit adiutor & proteëtor Philippi Ar- 
chiducis Auftriæ, Ducis Burgundiæ, Comitis Flandriæ, cuius vos eftis Pro- 
curatores ,& Omnipotens benedicat ei, preces fuas in cundis exaudiat, & 
vitam eus longitudine dierum adimpleat, Dominum fuum fideliter firmer, 
& Gentem Populumque eius in æternum conferuet, & fuper eum fandi. 
ficatio Chrifti florcat, & præmium æternæ beatitudinis ei-conferat. Qui vi- 
uit & regnat in fæcula fæculorum. AMEN. Quibus cum omni bumilitate at- 
que deuotione peroratis @ perlecfis,idem Dominus Abbas accinxit iluffrem G: ma- 
Srifcum Dominum Marchionem Badenfem,vnum è Procuratoribus @ procuratorio 
nomine , @° vice IUufPri [fini Principus noffri predicti, gladio cum omni honore 
reuerentia dicens bec verba fequentia : Accingatur gladio fuo fuper femur fuum 
potentiflime , & attendat quia Sanéti non in gladio, fed per fidem vicerunt 
tégna. Et deinde in codem loco ante maius altare, Gr: in genuflexione permanentes 
Prefati Domini Commiffarii C* Procuratores, apponentes omnes C finguli corum- 
dem manus fias dextras ad Textum facri Euangelii, vice G nomine Principé 
noffri predicti, préffiterunt atque corporaliter exhibucrunt folitum G confuctum 
suramentum Ecclefie fanéfi Petri G Monafferio predictis [ub idiomate Gallico, & bac 
verborum forma fubfèquenti. | 


NoOvs comme Procureurs de Monfï Philippe Archiduc d’Auftriche, 
Duc de Bourgongne, &c. Comte de Flandres, & pour luy iurons de garder 
comme bon & loyal Gardien , bien & loyalement contre tous & vers tous, 
tous les Priuileges, libertez, franchifes, ufages , couftumes, biens, poffef- 
fions, perfonnes, fuiets & familiers de-cette Eglife de Saint Pierre au Mont 
Blandin fondée de nos Prédecefleurs Roys de France. Ainfi veuille Dieu 
ayder Monff Philippe Archiduc d’Auftriche, Comte de F landres, les Saints 
dont les corps repofent ceans, & tous les Saints de Paradis. AMEN. 


QYo FACTO, fépediéti Domini Commifferii G Procuratores receferunt, 

C° exierunt Chorum dicée Ecclefe, conducentibus G° concomitantibus eofdems Re- 

serendo Domino Abbate G Priore pradicfs , © habits aliquali diféeptatione C re- 

cufatione inter eofdem , ne Dominss Abbas Progrederetur cum cifdens, ad inffanti[- 

Jimas preces ciufdem Domini Abbarx Jimul progreffi funt , & introierunt in Do- 
um Abbatialem ciufdem Monafferii ; quo in _ snucnerunt ientaculum para- 
tum , atque ibidem ientati funt, G cum omni bumanitate Gr bilaritate per cum- 

dem Dominum Abbatem recepti G tracfati, dr pOfF paruam moram in loco Gien 


DV ROY CHARLES VIIL. 73 —— 


saculo pradicfis faëfam , equos [uos denuo afiendendos prefati Domini Domini 1.4 9 S. 
Commifarit G* Procuratores, preccdentibus fémper Heraldis predictis, femper per 
plateam qua vocatur Nows Platea, reifo itinere defcendentes uerfus Oppidum , G 

Ecclefiam Sani Loannis Gendenfis , in cuius platez loco , bi dicuntur cife limites 

ville , five dominii Ecclefie Sandi Petri preditfe, cum dominio Oppiai Gandenfis 

ad utramque partems platee ffabant ordinati, Grexpeitantes inferior Baliuus, Scabi-. 

ni, fie Legiflatores cum fus Secretariis G° Officiaris, amwbo maiores Decani, afque 

omnes G* finguli Decani Iurati G Officiarii Oppidi fepeditfi in cifdem fus vefii- 

bus prout ffcterant ad portam predicfam expeitantès G* praeffolantes aducntum 
prefcriptorum Deminorum Commif[ariorum GC Procuraterum , ex Monaflerio fape- 

diéto Sancti Petri ad deducendum, concomitandum , Gr cum omni reucrentis € 

honore affociandum cofdem sd Ecclefiam predidfam Sancti Ioannis , quo in loca 

Princeps Patrie Comes Flandris inramentum Terre, Patrie, Comitatus, Dominia 

Ge populo fo Flandrie preflare confücuit, expeifante aïque congregats in cañcm 

Ecclefia aigue plates circumquaque magna popali muliitudine. Et cum perueniffent 

side Domini Commiflarii @ Procuratores ad Ecclefiam praditfam in medio ciuf- 

dem Ecclefie ante gradus Chori, aftenderunt locums quemdam eminentiorem fub 
Campanili ad hoc preparatwm CG pannis ornatum, ubi circumflantibus, videnti- 

bus, audientibus| G adffantibus Deputatis quatuor membrorums Patrie Flandrie, 

atque Oppidorum G° Villarum territorii Gandenfis , O* aliorum locorum , adffanti- 

bus etiam circumquaque pradicfis Scabinis ; Decanis, Offiaris luratis eiufdem 
Oppids Gandenfis, atque diuerfis Nobilibus, G plebis magna multitudine, depor- 
tato illic ad hoc Textu [anti Euangelii, G: Signo atque Ligno Saniie Cruirs, 
préféripti Domini Commiffarii G* Procuratores numero Jéptèm , fupremo Ballino 
predicto adflante , C° virgam Balliuatus deferente , genua fus fleëtente per oan- 
nem Van melle, Clericum in Caufis fanguinis Gr criminalibus, prout confuetum 
ef, adiurati vice, Gnomine IUwfriffimi Principis noffri Domini Philippé Archidu- 
cis Comitis Flandrie,G* procuratorio nomine cin[dem, iuramentum praffiterunt, en 
juraucrant folemniter [4b modo, forma G* verbis fequeniibus. 


No v s Procureurs de noftre redouté Seigneur Philippe Archiduc d'Auf- serment fais 

triche, Duc de Bourgongne, Comte de Flandre, iurons en fon nom de dé- aux Eflars de . 

fendre, & faire défendre le droit appartenant à la Sainte Eglife; de main- 

tenir , & faire maintenir le pays de Flandre, en paix, en droit & en loy; Gand sn nom 

de conferuer, & faire canferuer les priuileges , franchifes, couftumes, ufa- de l'Archiduc 
es & droits de la Ville de Gand, fuiuant le Traité dernierement fait à Ca- sr Li 

Éne deuant l'Eclufe, & conformément audit Traité, de garder, & faire 

sarder le droit du pauure & du riche, comme un legitime Scigneur &c 

Comte de Flandre doit faire cout le temps qu’il le fera. Ainfi nous aide Dieu 


t 


& tous fes Saints. | | 


ET DEINDE prafati Dermini Commiffarii G* Procuratores, poff buin/madi in- 
yamenti pro Principe nafiro; Ge in auimam cinfdem preflationcrm , cordam campa- 
na cinfdem Ecclefie ferice vel fluéto insolutam ,omnes Cr firguli traxerunt, © 
campanam pulfancrunt, caterafque alias ceremonias fecerunt per Deminos Princs- 
pes de Comites Flandrie in corumdem receptione C* introni[atione fieri confuetas. 
Et poff bac prefaii Damini Commiffarii G* Procwraiores deféendentes, G* Ecclefiam 
preditiam exeuntes, progreff fant ad magnum forum ciufdem Oppidi, quod vacant 
forum dici Vencris ad damwns huisfnodi aëtibus G* conuentionibus popali frequen- 
tatam atque confuetam,diééam Toochuys , qguam aféendentes, prefentibus magna 
parte Scabinorum cm cis, G° atroque Balliuo in folario fæperiori, religua parte eo- 
rumdem Scabinorums cum Decanis maioribus ac omnibus C* fingulis Decanis Iura- 
tis G Officiariis, atque magna multisudine popali ciu[dem Oppids infcrine ; G antt 
domum pradiétam exiffentibus , Gin foro pradito congregaiis i quibus ; indicto 


—— 736 OBSERVATION SVR L'HISTOIRE 


1495- 


filentio per organum prefati Magiffri Ægidi prediéti Oppidi Gandenfis Penfio: 
narii & Aduocati, fuit propofitum , G* omnibus © fingulis fignificatum qualiter 
#luffres , magnifici G* prepotentes Domini preftripti ibidem prafentes in fencffris 
dite domus iacentes C exiflentes, tanquam Commiflarii G Procuratores vice @ 
somine IUuffriffimi Domini C* Principis noffri naturalis Domini Philippi Archidu. 
cis Anffrie, Comitis Flandrie, G* pro codem poffe[fionem Patrie, Comitatus © Do- 
minis Flandrie Jimul G Oppidi, quantum ad fe [peéfaret, Gandenfis, acceperans 
furamentum, prout folitum cf CG confuetum, pro codem Principe G Domino noffre 


preffiterant , ceteraque omnia alis C* fingula in paffeffionem , receptionem € intro 


nifationem Principis ên ditta patria C* Comitatu per Principes fieri [olita @ con- 
Jets realiter G* cum cffetfw perfecerant G: adimpleuerant. Quare admopebantur 
omnes © finçuli fupraditii , quatenus ci[dem confideratis iuxta antiquanÿ confue- 
sudinem defuper obfermatam , ot boni, fideles , atque legales fubditi , atque fubieiti 
cidems Principi C Domino noffro Domiro Philippo Archiduci Comiti Flandrie de- 
bite Jubicitionis, fidelitatis atque legalitatis iwramentum praflarent; G: facto ali- 
qwali interuallo, inditfo denuo filentio per prefatum Ioannem in caufis fenguinis 
CG criminalibus ciu[dem Oppidi Clericum , adiurari pradicfi Scabini, Legiflatcrum 
Officiarii, Decani, Iurati, populus, @* tota communitas predicfa , C* locorum quilibct 
ad hoc mans extenfs C cleuata Iluffriffimo Domino Philippo Archiduci Auffrie, 
C°c. Comiti Flandris Principi noffro debitum atque [olitum fubiectienis, obedientis 
C* fidelitatis iuramentum cxhibuerunt, de praffiterunt fab verbis, modo atque for- 
ma fequentibns | 


Le Sermeni Nov: iurons à noftre legitime Seigneur Philippe Archiduc d’Auftri. 
des Peuples à Che, Duc de Bourgongne , & Comte de Flandres , de luy eftre bons & 


leur Prince. 


fidelles , de maintenir, & faire maintenir les limites du pays de Flandres, & 
de faire tout ce que de bons Suiets doiuent faire à leur legitime Scigneur. 
Ainf nous aide Dieu, & tous fes Saints. 


Qvo 1VRAMENTO preflito, © facto , populo Gandenff plandente, in bu- 
és rei teflimonium , memoriam, gaudinm € exultationem, pecunis eorumdem Do- 
inorum Commiffariorum G* Procuratorum precepto GC mandato per vnum ex Hc- 
raldis preditfis extra fencjfras ad popslum fparfe funt, atque proictte. Et déin- 
ceps Dominns Karolus de Ghiftella fépremus Balliuus, G ohannes de Poreel- 
berghe inferior Balliuus ciufdem Oppidi Gandenfis virgas Juas Ballinatus qua 
virage mans tencbat,illuffrious ,magnificis © fpetfabilibus Dominis Commiflariis 
atque Procuratoribus humillime, reucrendiffime in obedientie debite verfus perfo- 
sam Principé preflationem obtulerunt, qui Domini @ Commiffarii ca[dem virças 
ad manss recipientes cam omni maiffate in fignum recepte G* acceptate fubiectionis 
GC obedientis vice & nomine Principis noffri predicfi reddiderunt, Cr cifdem Bal- 
dinis reffitucrunt. Et tandem congregatis G conuocatis eiufdem Oppidi Gandenfis, 
Saliem maiore & Janiore parte Scabinis @* Legiflatoribus prafati Domini Commif 


_ Sarii @ Procuratores vice G* nomine Principis G* Domini noffri Comitis fapedicfi, 


diéfos Scabinos bene humaniterque admonendo, co[dem , fab codem iuramento quod 
prius défuper preffiterant ad Scabinatum officis [ua flatus atque adminiffrationes 
autforifancrunt, confirmaucrunt, approbauerunt G* continsaucrunt, G* eo peratfo 
finguli «b codem loco ad ropria iucrunt atque recefferunt, hoc ordine, modo, for- 
ma, Verbis, pari fé folemnitatibus atque cerimoniis, G* quemadmodum 
ex 1HF6Sro Domino Principe © Comite Flandrie perfonaliter comparente, © folem- 
nitatem [ua receptionis, ixramenti atque intronifationis in poffefionem © admi- 
niffrationem patris , dominii C Comitatus fui Flandrie, necnon Oppidi principa- 
dis C* primi Gandenfis cinfdem in perfona agente, ut communiter G ab omnibus 
affirmabatur € famabatur, ac etiam in libris regiffris predicfi Monaflerii, fine 
Ecclefie Sancti Petri notatum Gr conféripturm reperichatur, per illuffres, magnifros 


Œ Pcitabt- 


A 


DV ROY CHARLES VIII. 737 


@ fetfabiles Dominos Commiffarios G* Procuratores procuratorio nomine, vt in 1 49 fe 


? rfona agente receptionem, folemnitatem, ceremoniam Cr introni[ationem pradictas 
gro Iluftriffimo Principe G Domino n ffro Domino Philippo Archiduce Auffrie Du- 
ce Burgundis, Comite Flandris, Ge vt premittitur, afum, fatfum , geflum , di- 
um , propofithm fuit, C* alias procuratum de € fuper quibus omnibus C* fingulis 
pramiffis ad buiufmodi omnium G fingulorum perpctuam memoriam, teffimonium, 
atteflationemque prefcripti iluffres, magnifici, prepotentes €* fpefabiles Domini 
Commiffaris G* Prosuratores petierunt C7 cum inffantia requifincrunt fibi fieri,con- 
ici, CG in publicam atque autenticam formam redigi atque tradi per nos Notarios 
Jubfiripto pre inffrumentum, fine publica infirumenta, vnum ‘vel plura. AËta 
fuerunt. bec partim extra Oppidum , partim in Oppido Gandenfi in Monafit- 
rio C Düminio Ecchefie Sancti Petri iuxta Gandauuwm, in Ecclefia Sancti 1oan- 
nis , in foro Gandenfi, locis, plateis, G° vicis fupraféripsis , anno, indicfione, men- 
fe, die € Pontificats quibus fupra , preféntibus vencrabilibus viris Domins d 
Magiffris loanne de Fine, Presbytero Curato alterius portionis ditfe Ecclefie, 
Sancti loannis Gandenfis , 6 Leonio de Paën Ceerico coniugato , Secretario Mo- 
naflerii Franchinicnfis, Notariis publicis teffibus prafentibus ad hoc vocatis G ro- 
afts. 
: Ego Cornelins Voet, Presbyter Ecclefie Collegiate Santa Pharaildis Gandenfis, 
Tornacenfis Diæcefis Decanus C Canonicus, facris Apoflolica CG Imperiali auétori- 
fatibus Notarins pablicus C° iuratus , quia praftriptis requifitioni, procuration , ex- 
bibitioni, ex Oppido clongationi , falurationi, propofitioni , bannitorum remiffioni, 


sntroitiont, conduchoni , reception , Miffaram celebrationi, benedicfioni , orationi, 
enfis cinctioni, iwramentorum preffationt, exbibitioni , reflitutioni , auttori[ationi, 


continuationi, caterifque pramif]is dum , vt [pra féribuntur , agerentur, dicerentur, 
G° fierens una cum Venerabili viro Magiffro Huberto de Crytfche Notario fabftripta 
ac teffibus prefcriptis prafèns interfui, caque omnia Cr fingula fic fieri vidi G au- 
dini. Idcirco preféntes Litteras, féu pe pablicum Inffrumentum füb forma codi- 
cis per nos defuper faitum , G° in hanc publicam formam redattum , vna cum fi- 
gillo offcii noftri Decanatus in viridi corda appofitione [nb numero fex folio= 
rum confcriptorwm , primo titulum continenti, C vliimo remanenti albo non com- 
putato, figno meo © mans propria fignaui, cadem mans fubfribens , in fidem, 
robur © teffimonium Poser 44 omniwm C fingulorum, vocatus pariter C ro- 
gatus. CORNELIVS Voezr. | 
Et ego Hubertus de Crytfhe, Presbyter Ecclefie Collegiata Santfe Pharaildis 
Gandenfis,Tornacenfis Diæcefis Canonicus, facris Apoflolica Œ Imperiali autforita- 
tibus Notarius publicus GC iuratus, quis premiflis C7 fingulis dum , vt füpra féri- 
buntur, agerentur, dicerentur Cr fierent, una cum venerabili viro Domino Decano 
Eccleffe predicfæ Notario Cr seflibus prefripru, prefens interfui, eademque omnis 
fingula fic fieri vidi, féiui, G audiui. Idcirco, prefentes Litteras, fine prefens pu- 
blicum Inffrumentum, fub forms codicis per nos defuper faifum, @ in banc publi- 
cam formam redalfum , una cum Jigil Offrii Decanatus ciufdem Domini Decani 
CG mci figneti per modums contrafigilli in viridi corda appenfione [ub numero [ex 
foliorum confcripterum » primo titulum continenti, © vltimo remanenti albo non 


compatato, figno @ nomine mew folitis fignaui, manuque propria fubféripfs in fi- 


us. H, CRYTSCHE. | 
Tiré de l'Original eflant en la Chambre des Comptes à Lille. 


dem , robur GC teflimonium premifforum omnium, requifitus, C [pecialiter roger 


P AGE 208. Cependant ledit Seigneur pourfuiuoit la deliurance de fa 
Vicomté de Thouars. 

Cette Terre luy eftoit venué par Louïs Seigneur d’Amboife fon ayeul 
maternel, fur lequel elle auoit cfté faifie fous le Regne de Louis XI. Ce 


Roy en auoit ordonné la reftitution dés l’année 1683. cependant il n'en eut 


A AAaa 


1 


1495. 


A Boulogne 
le 34. May 
1497. 
L'année ne 


73 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
la deliurance que fous le Regne de Chatles VIII. & aprés auoir gagné 
la bataille de Sainc Aubin du Cormier. É 


N la mefme page. Au fuiet des Eftats de Tours. 
E Il y 4 plufieurs pieces concernant ces Eftats, imprimées cy - deflus 


pages 399. & fuiuantes, 


AGE 2r8. Au fuict de l’ufurpation du Gouuernement de l'Eftat de 
Milan. | | | 
Ce fut Ludouic, furnommé le More, qui s’en empara , ainfi que de la tu- 
celle de Iean Galleas Sforce fon neucu auquel il appartenoit Jegitimement, 
& qu’il ne laiffa pas d’en eftre dépouïllé. Pour s'y conferuer , Ludouic 
perfuada au Roy la conquefte de Naples, & en 1498. il prit de l'Em- 
pereur Maximilian I. l'inueftiture de ce Duché. Le Roy Louis XII. le 
pric fur luy en la mefme année, & le contraignit de fe retirer à Infpruck, 
dans le Duché de Tirol: mais il trouua moyen d'y rentrer à laide des 
Suiffes; ce qui ne dura gueres , car il fut par eux liuré au Roy, & mené à 
Lyon, puis à Loches, où il mourut, aprés y auoir demeuré dix années. 11 
efloit éloquent & induftrieux : mais iamais Prince n’a efté fouillé de plus 
de crimes. Il commit celuy de parricide en la perfonne de fon neueu le 
Duc de Milan, & fa vie n’a efté qu'un tiflu de lafchetez, d’infidelitez, & de 
paflions turbulentes, qui luy ont fait meriter à iufte titre le malheureux fur- 
nom de Perfide, Son frere le Cardinal Afcagne voulant fe fauuer aprés fa 
mt les Venitiens l’arrefterent, & l’enuoyerent au Roy Louis XII. qui 
uy fit paffer la meilleure partie de fes iours en la groffe tour de Bourges. 


AGE 222. Hifjano Regi Rufilio cem Parpiniaco refftuitur. 
Ce fur en vertu du Traité de Barcelonne imprimé cy-deflus 


page 663. 


AGE 228, CMiffi ad Maximilianum Legati, à quo inueffituram Ducats 


ingenti pecania mercarentur. ‘ 
L’inuefticure du Duché de Milan en faueur de Ludouic, eft imprimée 


patmy les preuues de Philippes de Commines, page $or. On l’obmeticy, 
quoy-qu’clle foit promife , parce qu’elle cft longue, & qu'elle fe crouue 


ailleurs. 


P AGE 279. Au fuiet de Maiïftre Iean Rabot Confeiller au Parle. 


ment de Grenoble. 
Voyez cy-deflus page 717. une Requefte, dans laquelle il expofe fes fer 
uices, & qui eft remplie de plufeurs circonftances aflez remarquables. 


Traité de Paix , ©o°.de commerce entre Charks VIII. Roy de 
France, x Henry VII. Roy d'Angleterre. 
Enricvs Dei gratia Rex Angliæ & Franciæ,& Dominus Hiber- 


niæ : Wniuerfis preféntes Litteres infpecturis, Salutem. Cum pro fédandss , 
pacificandis, atque penitus extingsendis quaffionibus , controuerfiis ac litibus inter 


commençait #offros ac Cariffimi @ Dileéfiffimi fratré € confanguinei nofri Caroli Franco- 
S à P4F rum Regis Subdites motis ac mouendis ratione Gr: ob caufam damnorwm , iniuris- 


rwm , Sholiationum , nauium, captionum, depredationum © gransminum vtrin- 
que datorum , C faitorum, per se ad precauendas , amputandas , reftindendafque 
in futurum materias G occafiones fimilium inisrisrum , damnorum CG fPoliatio- 
Dur, qhadam dicta, feu conuentio Bolonie tenends inter nos G Dominum fratrens 


DV ROY CHARLES VIII 739 


C confanguincum noffrum flatuta fuiffes, cumque banc ob caufam nuper delega- 
siffemus C commififfemus dileifos @ fidéles Confiliarios noffros Robertum Midel- 
ton, Legwm, G Thomam Routhale, Decretorum Doéfores, @: loannem Dur- 
beruille Militem , Oratores € Armbafliatores noffros, cum mandatis ad bac per- 
agenda neceffariis : qui guides noffri Oratores prenominati bunc ip/um ob fincem Bo- 


loniam pradicfam profeiti, consenientes cum Oratoribus prafati confanguinci nofiri. 


Francorum Regis ab co fimile mandatum habentibus, vififque perfbectis per vtrof 
que Docfores fimul plurimis libelis fapplicatoriis binc inde porreëti | materie- 


que coram cis propofite muliiplicitaten éntuentes, quam in quatuor partes conffi- 


fucrunt, demandatum fibi munws tam füper preteritis quam futuris negotiis its 
Jent communiter execusi , vt ex Articulis Jubfériptis Patere poseff, quorum ténorem 
bis duximus incorporasdum. | 

1. Ïn primis, Prefati Oratores fupplicationum corams cis porreitarum maltipli- 
citatem intyentes, cas in quataor genera diffribucrant. 


2. Primum de his fuit féper quibus coram aliis ludicibus eras in caufs concls… 


Jum lite ita inflituta , vs nibil prater féntentis calculum defiderare viderentur ; 


has Jiquidem Oratores, quantum in ipfis fuerat, definierunt , ac in ea parte fuo off 


cio fungentes terminancrunt. 


3. Secundum genss querelarum fait de fholistionibus, demnis @- intereffe 


Japer quibus lis nondum mots cff coram aliquibus Iudicibus : JSubefl tamen acts 
materis, ac lis mowcnda fheratur, quas, quoniam in prefénti dicfi Oratores, vt- 
pote cawfarum meritis non liquidatis terminare non poffunt, «quum vifum eff per 
Principes debere deputari ludices in ciuitatibus ant oppidis vtrinfque Regni, lo- 
corum , terrarkm © dominiorum corumdem Portibus propioribus , aus in locis ma. 
ritimis damnificatis commodioribus , in quibus tamen fholiatores , Pyrate , G° 
turba Naualis non dominentur ; qui guidem ludices lites coram eis monendas tam 
Jüper querclis jam natis G* coram ditfis Oratoribus propofitis, quam faper quibsf= 
cumgue cliam jam natis Coran ditlis ludicibus proponendes infra certums compe- 
fentem terminum pro casfarwm C* negotiorum qualitate breuem, annale tempus 
aullo modo excedentem , finali fententis decidere Précipiantur, tam füper damnis 
C Spoliationibus quam intereffe partium ; quorum ludicum decreta, inffis @+ fên- 
Fentia tam interlocutoris quam deffimitine incontinenti G* indilate per ditforum 
Principum Offciarios, G ff opus fuerit mans militari executioni demandabantur, 
omni penitus appellationis remedio [ublato, quantum ad querclas iem ortas , ut pra- 
miflum cf dumtaxat, sut ff id Principibus videatur, prafati Indices Pasis fratha+ 
tum infequendo, ab cisfdem pacis conféruatoribus conffituantur. Licebis tamen par- 
ti condemnate, à tali fententis ad fapremum Confilium Principis, per viam Sfuppli- 
cationis pro reformatione granaminis per cam pratenfe, resurrere , vbi inffa fex 
menfes, aut alis infra breuiffimum tempus fécundum quod commode fieri pôterit fi- 
mali fenseniis caufs buinfmodi sermêgabuntur, prediéfs tamen féntentis interim 
cantionc praflits per partem qua obtinebit fécandum formam iuris cxecafioni deman- 
dabitur. | 
4. Et quia dffcile, aus prope impoffibile erit fpoliatorum perfônes apprehendire, 
aut domicilia corumdem cognoféere, fätis erit cos citari, fine adiornari in portibus 
ant oppidis fuo Principi fubieitis , loco vbi damnum ilatum eff propieribus per pro- 
clamma generale, praconis vost, perfonante tuba, G affixione querele, auf aliter 
Secundum modum C° formam public edicfi in vtrogme Kegno, losis, terris , G Dos 
miniss cifdem Principibus fhbditis @ fubicétis fieri foliti G confücti: que guidem 
praconifatio geminats, compctenti intéruallo non minus quindecim dierum , vins 
peremptionis habebis; tenebunturque Indices locorum, damnificatis poffulantibus,ilam 
facere fieri idonee, G dare facere praconi/ationis certificationem , que erit per om- 
nia paris autheritatis, roboris Cr cffeitus , ac [5 reus faper hoc perfonaliter ci- 
* datus fuiffet. 
se Tercium wero gemws precwm erat de iis fuper quibus per appellatio- 
aa i) 


1497: 


740 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1497.16 in Curiis Jupremis pendent , de quibus idem legati cenfucrunt principes ( VAE 
men ipfis îta videbitur ) flatuere debere certum ctiam breuem terminum , femeffre 
tempus non excedentem, énfra quem dira lites, fi in illis fit in caufa conclufume, 
dirimantur, G* finali fententis partibus inSfantibus terminentur. Quod fi in illis fie 
minime conclufsm, ordinabuntur duo veltres Jupremarum Curiarum Confiliarii, qui 
pertes audiant, lites difcutiant, Gr inffrui faciant, donec in caufa fit conclufum, cui 
rei ctiam certus terminus, videlicet femeffre tempus , flatuatur , C cxinde intra 
alios féx menfes per Iudices fupremarum Curiarum finali marte terminentur: quod 
fi faitum non erit , extunc caufe ile ad Confilis diéforum Principum esocabun- 
sur, illic modo CG tempore Jupradictis terminande. 

6. Quartum genss fupplicationum fuit fuper fholiationibus , damnis, ininriis 
G° interefle, de quibus lites pendent coram Iudicibus inferioribus ques damnificati 
conqueruntur in fouwm diSbendium fupra modum prolatas, defferantes etiam vlluns 
vhquam finem imponi propter appellationum  alierum incidentium muliiplicita- 
tes: vifum itaque cff eifdem legatis Principes [ua authoritate debere illas euocare, Cr 
ad Indices in locis maritimis conflitsendos, fi tamen hoc afores defideraserint, cum 
proceffibss remittere, qui proccdcre babeant, forms CG modo jupradicfis; precipia- 
turque dicfis Iudicibus infcrioribus [ub pœns marcarum argenti fifto Regio appli- 
candarum , quod proccffus coram eis habitos G* faitos ad partium requifitionem in- 
continenti tranfmittant ad dicfos Indices in locis maritimis deputandos, nec fe quo- 
uis modo in ea parte difficiles reddant, G* nibilominus ff forte in bis caufis 1u- 
dices ipff poffea procefférint, corum inualidus Gr irritus fit proceffus. 

7. Et quia opus eff vtrisfque Principis fubditos alteri preces C* libellos fappis- 
catorios porrigere, vt inde reféripta principalia obtincant : vifum effpro commodi- 
tate fabditorum in vtriufque Regis Confilio certos Confiliarios deputari , ad quos 
virinfque Regis fubditi fciant fe in promptu aditum babere pole » C* 4 quibus folis- 
citatores de bencplacito Principis poflint certiores reddi. | 

8. Item, Qwoniam damnificati conqueruntur in alierius Principis Regno, lo- 
cs, terris, C dominiis fe parum tutos , dum ius fuum proféquuntur , curabunt 
legati quod litigatoribus authoritate Regia per ipfos Indices in portubus fine locis 
Maritimis deputandos plena detur fécuritas. 

9. Et quia déserfe porretfe funt querele fuper fpoliis € depredationibus in ter- 
ga contra amicitiam . pacem antehac perpetratis © commiffis , prouideatur gsod 
ipfi Indices pereque C* pari modo cognofcere  determinare valcant de cifdem [poliss, 
fout cognofcere  féntentiare poffent de [poliis antehac in mari commis. 

10, Et vt in pofterum Lafrociniis Piraticis obuietur, ac [incera pax , firma, 
inuiolataque amicitia inter cofdem Principes , corumque fübditos iugiter perfeuerct, 
cautum profpetfumque eff per vtriufque Principis Oratores pro futuris vt ftquitur. 

11. În primis, Qwandocumaque aliqua nauïs indigena cxitura ef} ab aliguo porte 
Regnorwm Francis fiuc Angle terrarum , loggrum aut dominiorum cifdem fubdi- 
torum , Admiraldus , Viceadmiraldus , feu eorum vicefterentes talis portes, oppidi , 
ville , aut cisitatis vnde exitura ef}, capient idoncam cautionem à domini, capita- 
pers, exercitoribss , prefeitis, magiffris, feu burfariis nauis huiufmodi ad valorem 
nauës apparatus, C* victualinm ciufdem quod exercitor , magifler , marinarii C* 
nant, ac omnes in ca nai cxiflentes fermabunt pacem erga quofcumque [ubditos 
alterinus principis, C* nullam eifdem iniuriam © damnum [és violentiam in terra, 
mari, aquifue duliibus, aut in ports aliguo factent , inferent, aut inferri procu= 
yabunt. | 

12. Præterea prefetfi", magifiri, exercitores, CG cateri preeminentiam in nai 
babentes non füfiipient aliquos vecfores, nautas , aut viros militares, nifi pris 
iUos fifferint GC: cxhibuerint coram Amiraldo , Viceadmiraldo , aut corum vices 
Jeu offcia gerentibus, qui illorum nomina in publico regiffro fuper eo confciende 
féribi facient, 

13. Êt antequam saw buiufmodi portum egredi permittatur, omnes ibi cxif° 


Dv ROY CHARLES VIII : E7 


tentes, C qui profecturi in ea font, iurabunt [olemniter coram dicfo Domino Admi: X 


raldo ; Viceadmiraldo, aut eorum vicefgeremibus, quod fe in expeditione illa in quans 
proftéturi funt, nauigando, eundo, ffando , aut redeundo, nullum damnum , vim, 
éniuriam facicnt, inferent, aut inferri procurabunt alterius Regis fubditis, terrs, 
sut dominiis , fie per ferram, mare, ant aquas dulces. 

14. Simili gwoque iuramento folemniter preflando promittent quod de qualibes 
Prada, captwra, manubiis fiuc fholiis adducent duos aut tres viros in capta naui 
pracipuum locum obtinentes, vt Magiffrum , Submagiffrum, Patronum , aut huiuf° 
modi conditionis, quos Admiraldo, Viccadmiralde ; aut corum officiariis exhibebunt, 
ot per cofdem , aus corum alicrum debite examinentur, vbi, fuper quibus, G* qua- 
diter naurs, fine bone capta fint, nec facient, aut fieri permittent aliquas predarum, 
Holiorum,mercium , aut bonoruns per cos capiendorum diuifiones, partitiones , tradi- 
tiones , permutationes , alienationefüc prisfjuam fe viros captos, bons C° merces 
integre Dominis Admiraldo, Viceadmiraldo , sut eorum vicefgerentibus reprefen- 
tauerint, qui de illis difponi , ff «quum putabunt, permittent, alias nihil buiufmo- 
di permiffuri. | | 

15. Îtem, Zurabunt quod poflquam reuerfi fucrint, Jiue appulerint aliquem portum 
dicti Regni vude cxicrint cum fui nauibus, apparatibus Gr fpoliis, fi qua capturi 
fint,incontinenti C* indilate iidem reddent certiores Admiraldum, Viceadmiraldum, 
fé corum Offuiarios illius portus à quo cgreffi fant, de eorum preda, (polis, mercibus, 
GC bons, fine quorum vel alterius eorum Offciariorum decreto C° permilione non 
permitientur aliquid ex mercibus transferre , permutare, vendere, vel alsenare. 

16. Ad quæ implenda ç> integre obferuanda dicfus Capitancus, Magiffer, Sub- 
magifier, Burfarii, focis, @ alii preeminentiam in naui habentes je AT 0 Jatif- 
dabunt, G* fideiubebunt per corpors C* bons, vnus pro aliis omnibus qui vna pro: 
fecfuri in naui funt. Eu | 
_ 17. De quibus fcuritatibus  cautionibus confici facient publicum inffrumen- 
tum , quod Admiraldo, Viceadmiraldo, aut corum Offiariis tradent , ac fimile 4b 
éis capient, vt quocumque delati fuerint , inde abire libere permittantur. 

18. Item, Tenchuntur dicti Capitanei, Magiffri, Submagiffri, exerciteres, f6- 
cii, burfaris, G* alii preeminentiam in naui habentes tradere cautioncm idoneam 
de bis inuiolabiliter obféruandis , rvfque ad eflimationcm nauis ; apparatus, GC 
victualinm , alias, C niff omnis premiffa impleantur, non permittetur illa nasis 
abire. | …_… 

19. Infuper Ediéfo publico interdicetur Jub pœnis incarcerationis corporam Cr 
confifations bonoruwm , mercatoribus , aut aliss cuiufiumque flatus , conditionifue 
exiflant, ne emant, dono, permutationc, aut alio quouw titulo [ex colore accipiant, 
celeñt, occultent , teneant, receptent, ant huiufmodi fieri procurent, «ut permittant 
merces aut bons depradata quecumque abduits mari, antequam Amiraldus, Vice- 
admiraldus , aut corum vicefgerentes declaraucrint predam C° capturam iufles , infii 
C* legitimi lucri elfe. Du | 

20. Item, Prefati Admiraldus, Viceadmiraldus ; G* eorum vicefgerentes te- 
neantur infra quadraginta dies, 4 die requifitionis fibi fatfe per partem damnifica- 
tam, computandos, exequi preditfam obligationem, pofiquam de huiufmodi fpolio fibi 
conffiterit contra Dominum poffefforem , magiffrum , cxercitorem , [eu commiffarinm 
naaë , C° corum fideiuffores qui tale damnum intulerint.  . | 

21. Quod fi compertum fit predam ab alterius Regis fubditis , terris ; Regnis, 
fine Domiriis abdutfam C° ablatam , caufa fammarie fine flrepits C* figure iudicis, 
difcutietur indilate,bona capta © intereffe reffitui fpoliatis iubebuntur,atque fenten- 

tia qua per Admiraldum , Viceadmiraldum , feu corum vicefgerentes , tam contra 
Capitaneos illos, Magiftros, focios Jiue burfarios, C* alios preeminentiam in nani 
babentes ferctur, quinctiam contra fideiuffores iuxta tenorem obligationuns in ca 


. parte praffitarum , © per Admiraldum , Viceadmiraldum , vel corum Officiarios re- 


ceptarum incontinenti per cofdem lndices, fine corum alserum demandabitur exec= 
| A A A aa ii 


497: 


1497. 


744 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


tioni: © fs ab interlecutorits dicforum ludicum partes appellare contigerit, nibilo: 
minus füper principale vfque ad fentenliam deffinitiwem inclufine, sppellationsbss 
ils nonobffantibss , proceaere poterunt. Sed fi fententia faper bonorum reflitutione 
fes principal feratur, slla executioni demandabitur : traitatum pacis infeqwendo, 
ap cllationibus ctiam quibufiumque non obffantibus ÿ poterit samen Jupplicari ad 
Conjilia Principum modo Jupradiito ; féilices cautionc praeffita ab €a parte contra 
quam fapplicabitur de bon captis reffisuendis in euentum contrarie féntentix, cd 
à parte fupplicante de expenfis, damnis, G intereffe , fi in caufa fhccumbant. In 
quibss quidem Confiliis ficut fapra cantum eff, caufa infra fx menés, aut aliud 
breuiffimum tempus serminabitur. 

22, Item, gvod Iudicibus füpremarum Curisrums pracipiatur , ne inbibeant, 
aut alio quonis modo fé intromitians in his caufis Maritimis , ctiaml ad cos 
appelletur per alteram partium de diitis Iudicibus inferioribus vel Maritims. 

* 23. Item, prouideatur per Lifteres regias ad Admiraldum, Viceadmiraldum, de 
eorum viceferentes taliter , quod ipfi omnia © fingula premiffa obféruent, G: ob- 
féruari facient, pablicabunturque Juper bis Principum décrets in portubus  locis 
Maritimis vtriufque Regni. 

24. Et ne res diutius in difjendinm fabditorum pendear, «quum vifom ff 
vt pradicri Principes expedire faciant Litteras [has Patentes, quas reddendas cu— 
rabunt, videlicet Chriffianiffimus Francorum rex Bolonie, Iluffriffimus vero rex 
Anglie Caleffe, prima Olfobris , quibus [6 omnia C* fingula prefiripte, capitulate, 
rata, C° grata habere fignificabunt vua cum nominibus ludicum Cr defignationi- 
bus lecorum confituendorum. | 

25. Quod fi Articulos pratatfos in totum aut partém confirmare voluerint, cer- 
tiores [6 inuicem infra olfauam Septembris proxime infequentis propriis litteris 
G° nuntiis efficient. Ata bac fuerunr Boloniæ per diéforum Principam Legatos. 
In cuius rei teflimorium figna C nomina fübfcripférant C appofucrunt die 24. 
Maij anno Domini 1 #97. Sic Signatum, FF, de Crequi, I. Baffard de Cardo- 
ne, G. de Sandousille, N. de Sonis, Robertus Midelton , Thomys Routhale, 1oan= 
nes Turberuille Miles. 

HincC £sT QyOD nos accurate vifs Cr diligenter ponderatis diffs articu- 
lis , illorwmque tenore attento, diiorum Oratorum diligentiam , fidem fimul C7 pre- 
dentiam comprobantes, capientes fammopere cuigue quod fium eff reddi, C° fécu- 
ritatem omnibus bominibus, maxime autem noffré @ dicfi fratris G* confangui- 
nei noffr Francorum regis fubditis preffari , his Cr aliis caufis ad hoc nos iufte 
moucntibus, babita fuper hoc Confilii matura deliberationc, Articulos fapcrius in- 
corporatos ac omnia GC" fingula in cis, C* quolibes ipforum contents, decifà, els, 
prouifs, G° déliberara, ratos © gratos, rataque G* grata habentes, de noffra féien- 
tia , plens potentis, G autoritate regia comprobamns, firmaque facimus , ac vole 
mas © decernimus in verbe regis roberis firmitatem perperuo babituras € habiru- 
ra. Quocirca dileétis € fidelibus Confiliaris noftris, gentibus magni Confilii ac 
Cancellarie noffre, necnon iuflitis tam de Banco noffro quam 44 communia pla- 
cita deputatis Baronibus Scaciarii noffri Wertmonafierienfis > Adriiraldo  Vice- 
admiraldo Anglie, ac vninerfis maioribus Ballivis, Senechallis, prepofitis, C indi- 
cibas , caterilque iuffisiariis noffris, aut corum loca tenentibus préféntibus dr fi- 
turis, C* cuilibet ipforum tenore, G prefertim damus in Mandatis, quatenss Ar= 
siculos préinfértos © omnia C* fingula in eis cortenta teneant, obferuent, Gr im- 
pleant, tencrique @ impleri G: inniolabiliter obférmari faciant, © fécundum ea 
decidans atque detcrminent de querelis, litibus G: controserfiis de quibus inibi fit 
mentio , compellendas ad hoc compellendo omnibus viis G modis iuridicis , nonob- 
fantibss quibuftumque legibus ; erdinationibus regiis, flatutis, oppofitionibas , #p- 
pélationibus , confoctudinibus, G* fiilis in contrariwm facientibus. Et infaper vo- 
lumus quod tranfumpto fé Vidimus préféntium litterarum fab figillo regio n« 
feilo fides indubia adhibeatur. 1n cuius rei #/émonium magnum figillum noffrum 


t 


DV ROY CHARLES VIII. 743 nn 
Listeris prefentibus duximns apponendum. Datum apud Wifimonafierinm quinte- x 497 


decimo die Iansarii anno Domini millefimo quadringentefimo nonagefimo- féptimo , 
C regni moffri tertio - decimo. | 


Cürconflances particulieres de le © des emplois de Guy de Rochefôrs 
Chancelier de France. | | 


Vx de Rochefort cftoit frere de Guillaume de Rochefort Chan- 

celier de France, donc il cft parlé en plufeurs endroits de cette 
Hiftoire*. Il eftoit Prefident au Parlement de Bourgogne , Seigneur de *y. cy-defus 
Pluuaut & de lAbergement. Il fut fait Chancelier de France lc 9. Juil- Page 371 
_ let 149 7. aprés le deceds de Guillaume Briçonnet Archeuefque de Reims. 

Il receut en 1499. en la Cité d'Arras l'hommage fait par Philippes Archi- 

duc d’Auftriche, des Comtcz de Flandres, Artois & Charollois: l’aéte en 
€ft rapporté dans le Ceremonial de France *. 11 fur au Parlement auec le *Tw. 11. 
Roy Louis XIL. en 1504. Le Grand Confeil fut crigé pendant qu'il eftoit ?: + 
Chancelier : mais quoy-que les Lettres en foient de 1 497. fous le Regne 
du Roy Charles VIII. elles n’eurent leur execution que fous celuy de 
Louïs XII. 11 mourut en 1507. & il eft enterré aux Celeflins de Paris. 


Prouifions de l'Office de Chancelier, en faueur de Guy de 
Rochefort Premier Prefident au Parlement de Bourgogne. 


AROLVS Déi gratia Francorum, Sicilie @ Hicrufälem Rex : Vninerfis 9. Iuiket 
prefentes Litteras infheituris, Salutem. Non modica regibus &loria, regmif: 1#57 
que firmitas accedit, Gr fecuritas , fi ad fummos bonores, magiffratus, € digni- 
sates viri af[umantr , qui bonis. artibus imbati, claris corruftant virtutibus, qui- 
que publicis in muneribus dis verfati, probitatis, induffrie, € faclitatis [42 cla- 
riimum dederuns experimentum. Hinc enim buinfmodi perfonis condignum labo- 
ribus fuis frutfum percipientibes , magis ac magis landabiliter Jersiendi defide- 
rium additur, C exemplo propafito cateroram ingenis _Reipublice Jaflinends one- 
ribus fortius accenduntur.  Notum igitur facimus, quod Nos attendentes iuripru- 
dentiamn , preclaros mores, integritatem, probitatem, diligentiam, finceritatem , 4c 
Jsmmam in rebus agendis experientiam dilect: C fidelis Confiliarii @ Primi Pre- . 
fidis Curie noffre Parlaments Burgandie , Guidonis de Rupcforti, militis, ac 
Iuris ntrinfque Doéloris, Domini de Abergamento ; qui per plures annos, fammsa 
cum omnium lande, in prefati Prefidi Offcie adeo cf verfitus , rt ad iuffitiam co- 
lendam, defenfandam , atque adminifrandam natus effe videatur ; eundem Gui. 
donem de Rapeforti militens, @ de Principum Janguinis noffri, Procereni, Con 1 fF- 
liariorum , aliorsmque qui lateri noffro af fans #nanimi confilio Cr fententia, ele- 
Simus, creauimss , fecimss, ordinanimus, refnuimss , 46 retinemss in noffrum 
épfinfque regni noffri Francis Cancellarium , @ Confliariom ffecialem, quod off- 
cium nuper encre 46 CXerccre folebat bon memorié Robertus quondam Archie- 
PSfGopus, Dux Rhemenfis; primus Par, G Cancelarius Francie, G per ipfins de- 
ceffum atque obitum ad praefèns liberum & vacans, dantes, d: tenore praféntinns 
concedentes prafato Guidons militi, plenam poteffatem , anthoritatem c mande- 
tum feciale, agendi, ordinandi C exercendi omnis G: fingula que 44 Offcium 
Cancellariÿ Francis huisfmodi fpetfant gnomodolibet , G: incambunt ; volentefque 
quod ipfè Guido buiu[modi offuio Cancellarii perffsatur, CG: gaudeat plene, integre 
pacifice, ad honores, prerogatinas , preeminentiss, vadis, jura, proficua , pen- 
Jiones, ac alis emolumenta confuets, @ qua diéfus Robertus defunitus, dum vi- 
seret, percipichat, modo Cr forma quibufiwmque, füper quo ipfé Guido bodie Sfoli- 
sum i8 manibus noffris prafitit iwramentum. Quocirca dileéhis G° fidelibus noffrus 
Gentibus Parlamentum noffram Parifiis tenentibus, 4c aliorum Parlamentorum 


1497 


s 4. I ‘oy 
497. 


2 3. Neutm. 
bre 5497. 


744 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 
noffrorum gentibus , omnibufque Iuflitiaris , Officiariss , G* fubaitis noffru cuiuf- 
cumquc authoritatis, flatus, dignitatis, ant conditionts exiflant, per ca/dem præ- 
fentes mandamus , quatenus cidem Guidoni, janquam Cancellario Francie pareant 
diligenter, G intendant. Mandantes infuper Gentibus Camere Computorum , Gr 
Thefaurariés noffris, ut vadia, falaria, penfiones , € omnia alia iura ad dillum 
ofcium pertinentia , prefato Guidoni Cancelario noffro, auf eius certo mandato 

er Audientiarium Cancellarie noftre Francis, qui pro tempore ecrit, tradi per- 
Solui faciant, modo,  terminis confuctis. Que fic foluta in computis ditti Au- 
dientiarii praféntes , aut carum Vidimus [ub figillo regio confetfum femel, cum 
quittantins faffcientibus reportando , allocari , C de cius recepta dedmi fine ulls 
contradictione volumus , à iubemus , ordinationibus feu mandatis ad hoc contra- 
riés nonobflantibus quibufiumque. In cuius rei teffimonium noffrum prefentibus 
litteré duximus apponi figillum. Datum Molinis die 9. menfis Iulii anno Do- 
mini 1497. © regnorum noffrorum Francis 14. Sicilie vero.....,... Sic 
fignatum fupra plicam, Per Regem in fuo Confilio, Dominis Dute Borbonii 
CG Aucrnie, Cardinale Maclouienfi, pipe Andeganenfi , Amiraldo Francie, 
Magno Scutifero , Dominis de Bclleuille , de Piennes , du Bouchage, du Moulin, 
Balliuo ‘de Giforiaco, Magiffris Chriffophoro de Carmone, Magiffro Requeffarum Hof- 
pitii ordinario , Petro de Courthardi Aduocato Regio, GC aliis prefentibus, 
Parent. Er eff fériptum : Leëta .& regiftrata Parifis in Parlamento 2 7, 
die Januarii anno 1497. Sic fignatum , De Cerifay. 


Ordre du Roy aux Gens des C omptes de verifier le don de dix mille liures 
de penfion [ur l'émolument du Sceau en faucur de Guy de Rochefort 
| fieur de l'Abergement, Chancelier. 


DE TAR LE ROT. 


N Os AMEZ ET FEAVx, Nous auons par nos Lettres Patentes à 
vous adreffantes, & pour les confiderations y contenués, voulu & 
ordonné que noftre amé & feal Chancelier le fieur de l Abergement, prenne 
chafcun an fur l’'émolument des Sceaux de nos Chanceleries, iufques au 
parfait de dix mille liures tournois, y compris ce que fes prédecefleurs au- 
dit Office y ont accouftumc de prendre & auoir. Et pource que Nous vou- 
lons & entendons nofdites Lettres fortir leur plein & entier effet au profic 
de noftredit Chancelier, Nous vous mandons & enioignons tres-expref- 
fément fur tant que doutez nous déplaire, que procediez incontinent à la 
verification de nofdites Lettres. Donné à Amboife le quatorziéme iour de 
Januier. Signé CHARLES. Et plus bas, Robineau. À l'adreffe eft efcrit : C4 
nos amez C feaux Conféillers les Gens de nos Comptes à Paris. Et en bas: C4p- 
porté le vingt-quatriefme de Iamuicr mil quatre cens quatre-vingts-dix-fepe. 
Pris fur l'Original. 


Ordre du Roy Charles VIII. pour trauailler à l'inuentaire du ‘Trefor 
des Chartes 4 Paru. 


DE PAR LE ROT. 


N Os AMEz ET FEAVX, Vous fçauez le befoin qu'il eft de parache- 
uer de befongner au fait de l’ordre des Chartes de noïtre Trefor, dont 
nous vous auons des pieçà baillé charge, & que fi ledit ordre n’y eft mis, 
grands dangers & inconueniens nous en pourront auenir. Et pource que la 
maticre cft grande, & que les autres grandes Charges que pouuez auoir ou 

aucuns 


DV ROY CHARLES VIII 74$ 


aucuns de vous, fouuentefois vous pourroient tant occuper que cette ma- 
ticre pourroit prendre long traic: Nous auons ordonné que auec vous le 
Juge du Maine, l’vn de nos Aduocats en noftre Cour de Parlement bo- 
fongnera en cette commiffion, & départirez enfemble le temps pour y be- 
fongner, tellement que continuellement le nombre d’entre vous que y ad- 
| viferez y befongnera les vns aprés les autres, ainfi que verrez & connoif. 
trez pour le mieux, & de ce efcriuons à noftredit Aduocat. Er pource que 
nous voulons que foigneufement & continuellement y foic befongné fans 
difcontinuation, Nous vous mandons bien expreffément que toutes excufa- 
tions ceffantes, vous & ledit Aduocat vous affembliez enfemble, & donniez fi 
bon ordre à befongner ordinairement au fait de l’ordre & inuentaire defdi- 
tes Chartes, que le pluftoft que faire fe pourra le tout foit fair & parfair. 
Et trouuons fort eftrange que ladite chofe n'eft plus auancée, confideré que 
ne bougez de Paris, & que connoiffez de combien cette matiere nous tou- 
che; & quand de nous-mcefme, pour nos autres affaires, la mettrions en ou- 
bly, vous en deuriez auoir memoire, & y mettre fin. Donné à Lyon fur le 
Rofne ce vingt-troifiefme iour de Nouembre, Signé CHARLES. Et plus 
bas, Robineau. Et à l'adreffe eft efcrit: 4 nos amez dr feaux Maiftres Robert 
Thibouff noffre Confcillr, G Prefident, Raowl Pichon auffi noffre Conféiller en 
noffre Cour de Parlement, lacques Louuet Général fur Le fait de La Iuflice, Com- 
miffaires par nous ordonnez pour l'inuentaire des Chartes de noffre T refor à Pa- 
vis, autres Commiffaires depatez en cette partie. | 
Pris fur l'Original. 


Lettres du Roy Charles VIII. touchant les Audiances que les Roys 
| donnoient au | peuple. 


DE PAR LE ROT. 


| Os AMEZ ET FEAVX, Pource que voulons bien fçauoir la forme 
N que ont tenu nos predecefleurs Roys à donner Asdiance av pauure peu- 
pl, & mefme comme Monfieur Saint Loys y procedoit: Nous voulons & 
vous mandons que en toute diligence faites chercher par les regiftres & 
papiers de noftre Chambre des Comptes ce qui s’en poura trouucr, & en 
faites faire vn extrait, & incontinent aprés le nous CnuOyez. Donné à Am- 
boife le vingt-deuxiefme iour de Décembre. signé CHarzes. Et plus 
bas, Mozelot. Au deflous eft efcric: LApporté le trentiefine jour de Décembre 
mil quatre cens quatre-vingts-dix-fépt. Et à l'adreffe : C4 nos amez c feaux les 
Gens de nos Comptes à Park. LOS 


Le fieur du Bouchaige à fa. femme. Luy cfcrit quelques circonffances dy 
| Conuoy és obfèques dy Roy Charles VE IT. 


À FEMME MAMIE, le me recommande à vous tant fort comme ie 
puis. l'ay receu les Lettres que m'auez efcrites par Iean Bouchain, & 
par luy vous renuoye les deux cedules de Monfieur de Saint Malo. En les 
vous rendant baillez luy le recepiflé qu'il: vous en bailla, & les roulez en 
_ÿn bafton rond afin qu'elles fe gardent mieux. | 
Au furplus, le Corps du few Roy, que Dieu abfolue ne partira iufques à 
Lundy ou Mardy. À cette caufe ie vous renuoye l’Admiral, qui fe pourra 
rendre icy Lundy à difner. La Rgne continue toufours en fon deuil, & 
l'on ne la peut appaifer, Ie croy que le Roy la viendra voir quelque iour 
de cette femainc. 
| BBB bb 


L 49 7 


tri. Aurèl 
14986. 


149 8. 


27. Anvril 
r498. 


13. Æuril 
1498. 


746 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


l'ay efperance au plaifir. de Dieu de vous venir voir tantoft aprés que le 
Roy fera Couronné: faites le mieux que vous pourrez en tous nos affaires, 
Plus n’en aurez, fors que ie prie Dicu, #54 femme mamie, Vous donner tout 
ce que vous delirez fans qu’il s’en puifle rien faillir. E/éris à Amboife le 
onziefme iour d’Auril de la main de weffre tout bon © loyal mar, LMBERT 
pe Barannax. À l'adrefle eft efcrit: C4 Madanse du Bouchaige. 
Pré fur l'Origisal. 


A FEMME MAM1E, Île me recommande à vous tant fort que ie 

puis. l’ay receu les Lettres que pat l’Admiral m’auez efcrices, enfem- 
ble les Lettres que Mabilreau vous a efcrites couchant l’vfagc des bois. Il 
le prend bien, de faire faire l'information le pluftoft que faire fe pourra: 
vous me l'enuoyerez pendant que ic feray à Paris. 

Le Corps du fes Roy que Dieu abfoille n’eft party auiourd'huy , mais de- 
main, aprés le feruice, on le portera à quatre lieués d'icy, & ira tous les 
jours iufques à ce qu'il foic à Saint Denys, là ou il fera enterré , excepté 
que Dimanche il feiournera à Clery, là où on luy fera vn feruice. Le roy 
eft party auiourd’huy de Blois, & s’en va à Orleans, attendant Monfcigneur 
de Bourbon qui y doit eftre pour toute cette femaine, & delà s’en doit al- 
ler à Reims fe couronner. Sicoft que le feu Roy fera enterrc, ie m'en iray 
deuers le Roy. | | | 

Au regard des gages du Magifter, appointez-en auec luy: car autrement 
il ne demeurera pas, & me femble que iufques à trente ou quarante francs 
luy pouuez bien donner, car il faudra qu'il s’habille honneftement. Plus n’en 
aurez, fors que ie prie Dieu, ma femme mamie, vous donner tout ce que 
vous defirez fans qu'il s’en puifle rien failli. E/éris à Amboife le dix- 
feptiefme iour d’Auril, de la main de ‘vo/fre tout bon C7 loyal mary, ÎMBERT- 
DE BaATARNAY. Et à l’adrefle cft efcrit: 4 Madame du Bouchaige. 


Pris fer l'original. 


Le Roy Louys X 11. Aux gens des Comptes. Leur mande de fe trouuer 
aux obfeques 7° enterrement du Roy Charles VIII. 


DE PAR LE ROT. 


Os AMEez ET FEAvVXx, Nous vous auons efcrit & fait fçauoir par. 

noftre amé & feal Confeiller & Maiftre d’Hoftel ordinaire le fieur de 
Polify, noftre vouloir & intention couchant l’obfeque & enterrement de 
feu noffre tres-cher Seigneur @ frere Le Ray que Dieu abfoille. Et pource que 
fur toutes chofes defirons ledit obfeque & enterrement eftre fait au plus 
grand honneur & folemnité que poflble fera, nous vous en auons dere- 
chef bien voulu efcrire, & vous prions que vous prepariez de receuoir & 
recueillir au plus grand honneur que faire pourrez le Corps au iour qu'il 
entrera dedans Paris, qui fera le vingt-quatriefme iour de ce prefént mois 
d’Auril, & parcillement au iour qu’il en fortira, & en ce faifant nous fe- 
rez feruice, qui nous fera tres-agreable. Donné à Blois Le quatorziefme iour 
d'Auril, Signé Loys. Et plus bas , Bosrel. Enfuire eft efcric: LApporté Le 
Mardy vinçt-quatricfme Auril aprés Pafques , mil quatre cens quatre-vinets- 
dix-huit. Et à l'adrefle : C4 nos amez dr feaux les Gens de nes Comptes 4 
Paré. | 

| Tiré de l'Original. 


exe 


et 


Dv ROY CHARLES VIII ‘47 


LORDRE TENV A L'ENTERREMENT 
du Roy Charles VIII. 


JT M À vrayc Ordonnance faite par Meflire Pierre d'Yrfé, Cheualier, Grand- 


Efcuyer de France, aïinfi que audit Grand-Efcuyer appartient de faire pour 


J’encerrement du Corps de bon Roy Charles VIr1. que Dieu abfoille. Et la- 


dite Ordonnance leuë & autorifée par Monfcigneur de le Trimouille, pre- 
mier Chambellan, & Lieutenant du Roy, à accompagner ledit corps, & 
auffi par le confeil de Mefleigneurs les Chambellans , & autres qu’il auoit 
aucc luy. | 

Le corps fera mis, partant du li& de parement au milieu de falle de deuïl, 


en fon cercueil, fur deux treteaux, fur lequel fera mis un drap d’or , traif_ 


nant en terre, auquel y aura vn bord de veloux bleu, femé de fleurs de lys 
d’or, & borde d’hermines, & vne Croix blanche deflus. Sur lequel drap & 
corps fera mis un carreau de drap d’or à l’entour de la tefte, où fera la 
Couronne, le Sceptre, & la Main de Iuftice, & la Croix fur le Corps. Et 
aura deflus vn Poifle de veloux noir, à vne Croix blanche. Et à l’enuiron 


du Corps y aura fur chandeliers vingt-quatre cierges de fix liures chaf- 


cun, ardans iour, & nuit, & quinze Cordeliers de l'Obfcruance d’vn cofté, 
& quinze des Bons- Hommes, faïfans iour & nuit Seruice, & tous les iours 
randes Mefles dites en ladite falle, tant qu'il y demeurera. | 
Sera ladite falle tendue de taffctas noir, & parautour de ladite falle il y 


aura vne ceinture de veloux noir, femée d’efcuflons aux armes de France, 


&c fera la porte de ladite falle ouuerte pour receuoir les Eglifes de la Vil- 
le, qui vne fois le iour viendront chafcune l’vne aprés l’autre dire Vigiles 
& Libera fur le corps, & la nuit femblablement, & aufli pour receuoir ceux 
qui auront deuotion de faire quelque Oraifon fur le corps, & y ietcer de 
J'Eau benifte. | | 

Et au partir de ladite falle, pour le porter en l’Eglife Saint Florentin, y 
aura vingt-quatre Officiers de la Maifon , habillez de noir, & leurs chaperons 


veftus, qui porteront chafcun vne torche de fix liures pefant , & vn efcuf- * 


fon aux armes. Et feront lefdits Officiers depuis la porte de la falle cirane 
le long de la galerie d’vn cofté & d'autre. Et fuiuant le rang defdits Of- 
ciers y aura des Pawures ordonnez pour les torches d'vn coftc & d’autre, 
iufques à la porte de l’Eglife, lefquels tiendront femblablement des torthes. 
Parmy les vingt-quatre Officiers deflufdits feront les vingt-qwatre Archers 
du corps d'vn cofté & d'autre entrelaffez, entre deux CAE une tor- 
che; lefquels Archers feront veftus de noir, & le deuant de leurs robes 
ouuert, afin que l’on connoifle leurs hoquetons, & auront leurs chaperons 
veftus. 
Puis aprés Monfeigneur # Cardinal de Gurc, delegué pour faire le Ser- 
uice, viendra de l'Eglife en fon Pontificat, auec la Croix, & l'Eau benifte, 
& entrera en la falle accompagné des Euefques d'Angers, de Cornoaille, d'En- 
goulefme, G de Bethleem. Er auec eux lefdits quinze Cordéliers de lObfer- 
uance, & lefdits quinze Bons-Hommes, lefquels fe mettront à l'encour du 
corps, les vns d’vn cofté, & les autres de l’autre, & ledit Prelat au mi- 
lieu, & feront le Seruice, & diront fur le corps celle Oraifon que bon leu 
femblera. | | 
Et pendant que ladite Oraifon fe fera, commenceront à marcher ks 
Huiffiers, leurs verges au poing, pout faire place, & auront leurs ceftes nuës, 
& Îeurs chaperons fur l'efpaule, & ne les auront veftus, & lefdires em: 
boucheures mifes dedans leurs eftuis, 


BBBbb ij 


meme 


14 98. 


Auri 1495. 


Ornemens di 
cercueil, 


Toentures dé 
deuil, 


Officiers: 


4 


v 


Paunres. 


Archers de là 
Maifon. 


L 


Prelati. 


Ordre pour là 
Marche depnis 
Æmboie iuf- 
ques À Saini 
Denys. 


Huiflers. 


7483 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


14958. Et fuiuantles Trompettes marcheront ks Herauts, auec leurs cottes d’at- 

Tromperies, MES Veftuëés, & aufli Îeurs chaperons. 

Hérauts, Aprés les Herauts marcheront les deux Sergens 4 Maffe, leurs chaperons 

Sergens àmaf. veftus, & porteront leurs mafles la cefte contre bas. Et quand ils feront à 

Je. PEglife auprés du corps, leueront la cefte de leurs mafles contremont; & 

Capitains des entre deux fera le Capitaine des vingt-quatre Archers, qui femblablement mar- 

RIT chera quand & eux, & aura fon chaperon veftu. 

Roi d'armes. Et aprés lefdits Sergens marcheront les deux Roys d'armes, leurs cottes 
& chaperons veftus. | 

Au cofté feneftre defdits Roys d'armes, marcheront un ou deux des 

Maiffres des Maiftres des Requeffes des plus anciens, qui femblablement auront leurfdits 

Regséfles.  chaperons veftus. 

Et fuiuant lefdits Roys d'armes au-deuant du corps marchera le Grand 

Grand Ef-  Efçuyer, fon chaperon veftu, & vn bafton blanc au poing, comme le Sta- 

D tut de l'Office le porte. Et aux entrées des Villes & és lieux où il fe fera 
folemnité, portera l’efpée d'honneur, & toufiours durant ledit Seruice l’au- 
ra, fcra aflis au-deuanc & le plus prés dudit corps, fur vne felle qui fe- 
ra couuerte de noir. | | 

Ordre pour Et aprés que ledit Prelac & lefdies beaux Peres auront dit fur le corps 

nn celles Oraifons qu’il leur plaira, lefdits Cordeliers & Bons-Hommes pren- 
dront chafcun vn des cicrges qui feront au long du corps en ladite falle, 
& fortiront d'icelle falle, portans lefdits cierges ardans, & fe mettront des 
deux coftez de ladite gallerie en tel ordre qu'ils partiront de la falle, Et 
ledit Prelat fera au milieu au droit & deuant le corps. Et deuanc luy la 
Croix , & l'Eau benifte, & puis marcheront par ordre. Puis y aura /éize 

Gentilshom.  Gentilshommes de la Chambre dudit défunt cy-aprés nommez, qui prendront 

7. Lie le corps, & le porteront à l'Eglife auec fon cercueil, & le drap d’or croi- 
fe deffus, & auront leurfdits chaperons veftus. 

Chambelans. Puis y aura ES Chambellans, qui porteront chafcun vn des bords du 
drap d’or, & veftus de leurfdits chaperons. Et fontchoifis pour ce faire Mef- 
feigneurs dy Bouchaige, de Piennes , le Sencfihal de Beaucaire, 6 Philippes du 
Moulin. 

Poifle. Et partant de ladite falle fera porte fur le corps le poifle de veloux noir, 
croife de blanc, fi porter fe peut en fi peu d’efpace que la voye eft entre 
la falle & l’'Eglife, & és autres lieux où il fe pourra porter, par Mcffei- 
gneurs de Mauleon , de Montauban, de Rochepot, € de Rauel. Er auront lefdits 
Seigneurs leurs Chaperons veftus. 

ErINEE EN Et partant le corps de ladite falle, Mrffigneurs du Sang qui porteront le 

Se 8% euil marcheront aprés à la main droite. Et auec celuy qui marchera pre. 

Cardinaux. MiCr, feront Mofféigneurs les Cardinaux quand & quand luy, chafcun en 
fon degré. Ec auront lefdits Seigneurs leurs grands manteaux & chape- 
rons veftus. 

Plus marcheront les autres Seigneurs du Sang , chafcun en fon de- 

Prelats. gré, & auec chafcun d'eux à la main gauche marchera wy Prelat, & fi plus 
grand nombre de Prelats y auoit que de Seigneurs du Sang qui feront le 
deuïl, ils marcheront en front aprés lefdits Seigneurs du Sang en ordre, 
felon l’eftac defdits Prelats. Et fera cout l'ordre deflufdic entrecenu tout au 
long du voyage, & aux entrécs des Villes & Eglifes. Et s’il y auoic aucuns 
Cheualiers de l'Ordre & Chambellans qui n’euffent autre Office à fer 

‘uir pour ce iour, marcheront aprés lefdirs Prelats , leurs chaperons 
veftus. 

Et pource que lefdits vingt-quatre Archers de la Couronne marchent 

deuant quand & le corps, comme il leur appartient , a efté aduifé que les 

5465 vingt-quatre Suiffes, ayans chafcun leurs chaperons veftus, & leurs halle- 


bDv ROY CHARLES VIII. 749 


bardes au col, marcheront en truche aprés lefdits Seigneurs du Sang, Pre- 1 4 9 8. 
Jats, Cheualiers de l'Ordre, & Chambellans, és entrées & faillics des Vil- 
les & des Eglifes. Mais cheuauchant par Pays, lefdits Suifles feront à pied 
autour du corps. Et le corps arriué en l’Eglife, & pofe fous la Chapelle ar- 
dente, coufiours accompagné de vingt-quatre grandes torches, & defdirs 
vingt-quatre Archers & Suifles , en leurs degrez deflufdics , & Meffei- 
gneurs du Sang & Prelats affis en leur rang aux chaires, le Seruice de 
l'Eglife fe commencera. Et le Seruice fait, : Aa le corps accompa- 
gne des gens d’Eglife, Cordeliers, & Bons-Hommes deffufdits, & de fes 
sr sg , & autres, comme il a accouftume, durant qu'il eft en la falle 
e deuil. 

Et au regard des Cheualiers de l'Ordre, & Chambellans, feront aflis fur vn cheusliers de 
banc derriere le corps. | ADRIAN: 

Et au cofté defdits Cheualiers de l'Ordre, & Chambellans, y aûra vn 
banc au long du Chœur , où feront aflis les quatre Barons deffufdits, qui 
porteront le poifle; & ceux de la Chambre, qui porteront le corps, apres 
qu'ils l’auront mis fous la Chapelle ardente , prendront leurs places aux 
bafles chaifes du Chœur, & delà ne bougeront pendant le Seruice. 

Et aprés le Seruice , & qu'ils auront mis le corps au chariot, monteront 
à cheual, & fe mettront hors de la falle, pour non rompre l’ordre, & s’en 
iront deuant, pour eftre prefts à l’arriuée du corps, pour le defcendre, & 
recueillir. | | 

Et le lendemain, les Seigneurs du Sang, Prelats, & autres deffufdits re. 
tourncront , chafcun en fon rang & Office, en l’Eglife, à l’heure que les 
grandes Mefles & Office commenceront, & y feront durant tour le Ser- 
uice , lequel fini chafcun fe retirera. Er demeurcra le corps accompagné 
de gens d’Eglife, comme il a accouftumé. Et fi le iour ne porte que l’on 
_ puiffe mettre le corps en chemin, venuë l'heure du Seruice de Vigiles, les 
Seigneurs deflufdits & autres fe rendront chafcun en fon cftar & office, 
comme dit ef. | 

Et quand le temps fera venu de mettre le corps en chemin, deux heu- 
res auant fera fait vn cry à fon de trompe, que tous valets portans malles, 

& meneurs de fommiers, ayent à aller deuant, & fur peine d’eftre batus, 
de ne fe trouuer au train du corps. : 

Incontinent ledit cri fait, partira / Maiffre d'Hoffel de la defpenfe ordi- maires 
naire Chaftcaudieux. Auec luy marcheront en truche , les menus Officiers d'Hefel. 
de la Maifon du Roy, veftus de noir, & s’en iront quand & ledit Maiftre 
d'Hoftel au logis, pour entretenir l’eftat accouftumé en la maifon. 

Puis /es Commiffaires, qui ont la commiflion de conduire les quatre cens Passe. 
Pauures qui portent les torches, mettront leurs gens en ordre, tous les 
pauures veftus de noir, & leurs chapperons veftus. 

Et aprés marchera le Capitaine des cenf Archers , nommé Claude de La capitaine des 
Chaïtre, efleu à porter le Guidon du Corps du Roy , comme homme de Arr. 
bien, & digne de le porter, en figne qu'il guide le premiér train du Corps 
dudit Seigneut, portant ledit guidon roulé au tour de la lance, monftrant 
> à c'eft le guidon du Corps, & non d’Archer , & aufli qu’il fe met def- 

us quand ‘il eft enterré, & aprés luy fa bande à cheual, par le chemin 
d’entre lefdites torches. Et auront les Archers leurs robbes noires veftuës 
& ouuertes deuant, pour monftrer leurs hocquetons & leurs chapperons 
” veftus, & les baftons qu’ils ont accouftumé porter en leurs mains, & aux 
champs ofteront leurfdits chapperons. Et quand ils arriueront à l'entrée 
des logis, & és Eglifes où le corps arreftera, ledit Capitaine & fa bande 
fe départira des deux coftez en ordre, pour donner voye au corps & à la 
fuite. Et tiendront coufours cét ordre iufques à l’arriuée de la ville de 

BBB bb ii] 


— 759 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 

1 49 8. Paris, à l'entrée de laquelle il fe mettra à tout fon guidon ‘defployé, au 
lieu & ainfi que dit fera cy-aprés. | 

re Aprés & fuiuant ledit Capitaine & Archers , cheuauchera X premier 
Li Maistre d'Hostel, & aprés luy les autres Maiffres d’Hoïtel, qui n'auront char- 
ge pour le iour, lefquels font en nombre de quarante. Ec auront leurs 
baftons noirs, lefquels ils porteront contremont la main, & auec eux les 
Autres Of Gentilshommes de la Maifon, Panneticrs, Efchançons, G Valets tranchans , tous 
ii portans le deuil. 
Et s’il y auoit aucuns Pemfonnaires , o4 autres Gentilshommes portans le 
deuil, qui n’euflent autre charge pour le iour, cheuaucheront en la com: 
pagnéc du premier Maiftre d'Hoftel, tous fous la charge de Monftigneur le 
Grand-Maif. Grand- Maiffre, qui les mettra deuant foy, Et quand ledit premier Maiftre 


nié d'Hoftel crouuera à l’arriuée des logis des Archers en ordre pour don 
ner voye au corps & fa fuite, il fera femblablement mettre fa bande en 
ordre. | | 


Et aux defcentes du Corps du Roy aux Epglifes où l’efpace fe trouue- 
ra, & où l'Office folemnellement fe Éra pour le corps, le Grand - Maiftré 
aura fon afliete au cofté du corps plus en auant deux pas ou trois , felon 
l’efpace du lieu où le corps fera. Et demeurera le Grand-Eféuyer auec V'ef- 
pée plus prochain du corps comme il appartient. Et au cofté de main 
dextre où eft le Grand- Maiftre au deuant de luy, tirant le Grand - Autel, 
feront les Maiftres d’Hoftel, Officiers, & Gentilshommes de la Maifon 
qui font fous la charge du Grand-Maiftre , lefquels feront chafcun fe- 
lon leur degre afis fur le banc. | 

Hvifiens dar. : aprés les Maiftres d'Hoftel cheuaucheront 4s AHuifficrs d'Armes, vef- 

tus de noir. 

Efcuyers. i Et fuiuant les Huifliers cheuaucheront les Chewawcheurs d'Efcarie, veftus 

e noir, 
_ Et aprés les Trompettes veftus de noir, en l'ordré deuant dit, & en 
V'Eglife auront leur banc felon leur degré. Et fuiuant lefdits Trompettes 
cheuauchera l'Eftuyer de Corps de la defpenfe. Et deuant luy feront Les 

a Pages de l'Eféurie , qui cheuaucheronct les petites haquenées du Roy, le- 
quel Efcuyer de Corps & autres d'Efcurie, auront place en l'Eglife au 
feruice felon leur degré. | 

Et aprés ledit Efcuyer cheuaucheront fx Pages, veftus de veloux noir, 

Cheuxl de fur fix courfiers houflez de veloux noir iufques en cerre, auec la croix 


Fajpée. blanche deffus. Et aprés lefdits fix courfiers fera mené en main /e chenal 
de l'eSpée, auffi houffé de veloux noir. , 

Herguis. Et au cofte defdirs fix courfiers cheuaucheront les Heraurs, & les deux 

Sergens à Sergens à maffé, qui auront femblablement leur place en l’Eglife. 

sé Et au cofté gauche des Herauts cheuaucheront deux des Maires des Re- 


Reguefles.  l’efpée plus en auant. | | 

CLR Et aprés lefdits fix coutfers cheuauchera X Grand- Eftuyer deuant Île 

di corps, & au long de luy feront /es Lagwais qui marcheront quand & luy, 
pour fouftenir & redreffer le chariot du corps s’il verfoit. 

Et à la fortie de la ville d 4mboifé le Capitaine des vingt & quatre Ar- 
chers du Corps auec lefdirs Archers, monteront à cheual & s’en pour- 
ront aller deuant pour defcendre à pied, & eux mettre en ordre à la def- 
cente du corps à chafcune Ville & Eglife. 

Chariot. -_ Aprés le Grand- Efcuyer marchera / chariot qui portera le corps, autour 
duquel , en cheuauchant , feront les vingt- quatre torches portées par lef- 
dits Officiers, & les vingt - quatre Suiffes auec eux. 

Et. pource que les vingt-quatre Archers à l'entrée des Villes & au- 


Maiflresdes queÿtes des plüs anciens, qui auront leur banc en l’Eglife à main gauche de 


\ 


pv Roy CHARLES VIII SI 


tres lieux, fe crouucront prefts pour recueillir le corps, & eux mettre en 
leurs places auec les corches, les Suiffes fe mettront aprés les Seigneurs 
du Sang, Cheualiers, & Chambellans, comme deflus eft dit. | 

Ec femblablement chemineront à pied les quinze Cerdeliers de l'Obfer- 
uance, & quinze Bous- Hommes deflufdits. | 

Et au cofté gauche du corps cheuauchera ordinairement Lowÿs Dawx, 
premier Valet tranchant, portant 4 panos du Roy, lequel il defployera où il 
fera befoin de faire à l'entrée defdites Villes & Eglifes, où il fe mettra à 
pied, & marchera dudit cofté gauche fur le deuant. Et durant le Seruice 
aux Eglifes ne bougera de fon lieu où fon’ fiege fera mis, lequel fera ap- 
prochant plus les chaifes que la Chapelle ardente , en figne qu’il demeu- 
rera toufiours où eft le corps, tant à la vie qu’à la mort, iufques à ce qu'il 
foit enterré. 


1498. 


Cordeliers, 
Minimes. 


Et au cofte droit dudit corps cheuauchera ordinairement Menféigneur rafiigue ds 
d'Alegre, lequel a efte choifi pour bon perfonnage, & de grande maifon à RY. 


porter l'Enféigne du Rey, à luy liurée pour Enfeigne du Roy, & non com- 
me Enfeigne de Capitaine. Et en figne de ce demeurera ladite enfeigne 
fur le corps, quand il fera enterré, & la portera roulée au cour de la lan- 
.ce & en fon rs. jufques à ce que le corps arriue à Noftre - Dame 
des Champs , & lors mondit Seigneur d’Alegre defployera ladite enfei- 
gone, & la portera à pied au cofté droit , iufques à l'Eglife Nofre-Dame de 
Paris , & delà 4 Saint Denis. Er quand le corps fera à l’Eglife, tanc que 
le Seruice durera, ledit Seigneur demeurera en fon lieu où fon fiege luy 
fera mis, lequel fera approchant plus les chaifes que la Chapelle ardente. 

Semblablement quand viendra aux Entrées des Villes & Eglifes, le C2 
pitaine des Archers départira les Archers és portes des Eglifes & du 
chœur, principalement de Noftre - Dame de Paris & de Saint Denis, là 
où nuls ne doiuent entrer fors ceux qui font ordonnez à accompagner le 
corps au Chœur. Et mettra à l'entrée du Chœur fon Lieutenant, auquel 
le Maisfre d'Hoffel Guinot baillera par efcrit, felon l'Ordonnance, ceux qui 
deuront entrer au Chœur, & non autres. Et à l’entréc de la ville de Paris 
defployera fon guidon , & marchera ledit Capitaine à tout fondit guidon 
db du cofté droit dudit corps deuant l’enfcigne ; & tant que le fer- 
uice durera à Noftre : Dame de Paris & Saint Denis , fera fait fon fige 
en fon lieu plus approchant les chaifes que la Chapelle ardente. | 

Et femblablement le cheual fur lequel fe porte la banniere ployée & en 
fon fourreau , marchera derriere le corps depuis Noftre- Dame des 
Champs iufques à Saint Denis, fur lequel fera Mex/féigneur de la Trimouil- 
de, comme premier Chambellan. | | 

Etc durant le Seruice fera coufours ledit Chambellan , tenant la banniere 
fur fon fiege au derriere du corps , & fera fon fiege couuert d’vn veloux 
noir. | 

Suiuant & ioignant la banniere marcheront les Seigsesrs du deuil, Cardi- 
nanx, Prelats, Cheualiers de l'Ordre, G Chambellans. Aprés eux cheuaucheront 
les Gentilshommes de La Maifon, lefquels aux defcentes des Villes 8& Eglifes 
fuiuront toufours lefdits Seigneurs & Prelats, ayant leurs haches au poing, 
Et fi le chœur de l’Eglife où le corps fera eft fi grand qu’ils y puiflent auoir 
un banc, ils fe foiront durant l'Office. Et où il n’y auroit place au Chœur, 

leur banc leur fera mis à la Nef à l'entrée de la porte du Chœur. 

Et quand le corps fera arriué à Noftre - Dame des Champs, fur le tahuc 
où cft le corps fera faite vne plate-forme, fur laquelle fera vn lir de pare- 
rl où fera mife le Statuë dudit Seigneur cs fon habit Royal, comme s’en- 
uit. | | 

Premier , au lit y aura vn lodier. Sur le lodier vn linceuil de toile de 


Premier 
Chambelss. 


Seigneurs du 
eus. 
Cardinaus. 


Prelats, 


Cheualsers de 
l'Ordre. 


Chambellans. 
Lit de parade, 


Effigie, ou re= 


prefentation 


du Roy. 


752 OBSERVATIONS SVR L'HISTOIRE 


1 4 9 8. Hollande, traifnant de toutes parts. Sur le linceuïl vn grand drap de ve. 
| Joux noir, contenant cinquante aulnes de veloux noir. Et fur le drap de 
veloux vn grand drap d'or, où il y aura vingt-cinq aulnes de drap d’or, 

du plus riche qu'il fera poffible de finer. Lequel drap d’or fera borde 

d'vn bord de la largeur du veloux bleu, femé de fleurs - de-lys de brode- 

rie; & fur le drap d’or y aura deux oreillers de drap d’or, l’vn fous la 

tefte & l’autre aux pieds de la ftatué du Roy, qui fera couchée fur le lic, 

& ornée comme cy- aprés eft declaré, | | | 
Figure de Premierement, le vifage dudit Seigneur fait au vif aura le bonnet abba- 
ici tu & la Couronne en tefte, & fera chauflé de fandales de fatin bleu, fe- 
mécs de fleurs- de -lys, & une robbe de caffetas pourpré, lezerée de ru- 
ban d’or, & fur la robbe une tunique de fatin bleu femée de fleurs - de- 
lys de brodure frangée de franges d'or, & ne un manteau de ve- 
loux bleu, femé de fleurs-de-lys aufli de brodeure fourré d’hermines, fen. 

du au cofté droit, & vn fermillet d’or de Florence audeflus de la fente, 

tenant en fes mains en la dextre le Sceptre Royal, & à la feneftre la Main 

de Iuftice, & fon Ordre au col, & aura fes mains gantées ; & en la droite 

aura un anneau d'or, en la portant plus haut fur la poitrine que la fe. 

neftre, 

Et au regard de ceux de la Chapelle dudit Scigneur, ils s'en iront de- 
uant d’un logis en autre, pour preparer les Eglifes & luminaires, & autres 
chofes neceflaires à recueillir le corps. 

Maifires Les Maiffres d'Hoffel; Guynot de Mazac, Pierre Louïs, & Rigault, au- 

#H@ffel  ront ces prefentes Ordonnances, & ont charge de folliciter cous les Chefs 
à ce que chafcun d'eux en fon endroit ayenc à tenir l’ordre, & feront par. 
deffus tous pour le faire tenir. Et eux-mefmes y prendront garde deflors 
que le corps partira de la falle de deuil, & iufques à ce qu'il foit enterré, 
{oit en repos ou en cheminant. 

Preuff de Le Preuoït de l'Hoffel prendra garde à faire venir de toutes parts viures 

FHefl au train du corps. Et en cheminant & aux entrées des Villes, cheuauche- 
ra cn perfonne aucc fes Archers & Sergens, le long du crain d’un bout 
en autre , pour garder queftions, & que nuls autres quels qu'ils foient ne 
viennent eux mettre parmi les autres & rompre l’Ordonnance, & princi- 

| palement gens qui ne font pas veftus de noir. | 

Marsfebaux Les Marefchaux G* Fourriers des Logis partiront toufiours un iout auant 

des Logis. pour aller faire le logis, & auec eux le Lieutenant & partie des Sergens 
du Preuoft, pour donner ordre aux logis & viures. 

È Et quand le Scruice des Vigiles fera dit en l'Eglife Noftre- Dame de 
Bannierns Paris, Meflcigneurs qui porteront /4 banniere, l'enfigne , le panon, G: le gui- 


= don , laifleront en leurs fieges lefdites banniere, enfcigne, panon , & gui- 
Guidon. don; & y aura un trou où ils les mettront plantées , & demeureront-là 


jufques au lendemain que lefdits Seigneurs fe viendront mettre en leurs 
” places, & les prendront à l'heure du Seruice, Et quand le corps partira, 
à caufe que la ftatué du Roy fera coufiours portée defcouuerte iufques à 
Saint Denis en France, lefdits Seigneurs porteront en perfonne fur leurs 
cheuaux lefdites baniere, enfcigne, pânon, & guidon, au long de la ville 
de Paris, & depuis l’iflué iufques à l'entrée de la ville de Saint Denis, là 
Frs ils defcendront prés le corps , & reprendront leur ordre- deuant 
IC. 
Et mur fe viendra au Libere à la fin de la Meffe, que l’on portera le 
corps du Chœur iufques à la foffe pour le mettre en terre, ainf que l’on 
le portera tiendront leur ordre. Er lors que le corps mettra les pieds de- 
dans la tombe , les Maiftres d’Hoftel feront appellez par les Heraults 
d’Armes, lefquels Maiftres d'Hoftel viendront l’un aprés l’autre mettre 
leurs 


DV ROY CHARLES VIII 753 —- 
leurs baftons dans la foffe, Et ce fait, les Heraults & Sergens d'armes 1 4 9 8. 
mettront leurs cottes d'armes & mafles fur la tombe. Et incontinenc 
aprés le Portant le Guidon coucherafa lance fur la tombe, en la plus grande 
reuérence que faire fe pourra, & aufli quand le corps fera à demi dedans 
la foffe, Semblablément fera Monfcigneur d’Alegre, qui porte l’Enfcigne. 
- Et aprés, quand le corps fera dedans, femblablement fera celuy qui porte 
le panon. Er le dernier fera le premier Chambellan , qui femblablemené 
abbatra la banniere, & la mettra fur toutes les autres chofes , au droit de 
la tefte du corps. Et lors le Grand-Efcuyer qui aura couché fon efpée fur 
le corps à l'entrée de ladire tombe, la releucra la pointe contremont ; & 
cricra Wiue le Roy. : à . | 

Aprés ce cry, les Herauts releueront leurs cortes d'armes, & les reuefti: 
ront. Et femble que /e premier Chambellan doit relener le banniere, car elle ne 
meurt jamais, Et vn Commis de l’Eglife la doic venir prendre entre fes 
mains pour la pofer où il appartient, : 

Puis aprés le Grand-Maiïftre fe doit mettre le premier pour aller au los 
gis du Roy, & Meflcigneurs du Sang , & Chambellans aprés luy. Et là le 
difner fe doit faire, & les Cérémonies accouftumées eftre faites par le 
Grand-Maiftre. | _ 

Les deflufdites Ordonnances ont efté bien faites & entretenuëés, tant à ordre bien ob. 
Amboife, que depuis le jour que le corps cn partit, allant de logis en au- /erré iwfgmes 
tres iufques à Noftre-Dame des Champs prés Paris, auquel lieu Meféigneurs * 7": 
de la Cour, de l'Vninerfité, des Comptes, Preuoff de Paris, Preuoff des Marchands, 
d° Eféheuins de Ville remonftrerent les Ordonnances & anciens Priuileges 
qu'ils auoient , chafcun en fon endtoit particulier, pour accompagner le 
corps depuis Noftre-Dame des Champs iufques à la Croix pendante & à 
Saint Denys. À quoy Monfcigneur de la Trimouïlle Lieutenant du Roy, 
Meilcigneurs les Chambellans & Grand Efcuyer deflufnommer, qui eftoient 
en fa compagnée, afin que le Corps fuft mieux & plus grandement ac« 
compagné, que aufli pour honoïer nofdits Seigneurs de la Cour & autres 
deffufdits, fe voulurent confentir & accorder. Enfuiuant leurfquels Priui- 
leges & Ordonnances, le Corps partant de Noftre-Dame des Champs le 
rs 2 9; iour d’Auril 1498. entra en la Ville de Paris en l’ordre qui 
s'enfuit. | | 


Ordre-de la Pompe Funebre du Roy Charles V'I11 I palfant par Paris, 39. Auril. 


2298. 


REMIEREMENT mafchoit vn Commiffaire auec vn bon nombre de Commifaire. 
_ Sergens à paca sr faire vuider les ruës; lefdits Sergens habillez rt e 
de noir, & chafcun fon bafton’noir à la main. _ 
Aprés marcherent en ordre des deux coftez de la rué les quatre cens Pau- Psuuret: 
sres, ayans leurs chaperohs veftus, & portans les torches allumées ,; & en 
chafcune torche deux efcuflons des armes de France. | 
Puis fuiuant lefdites torches matchérent femblablement en ordre des 
deux coftez de la rué les vimgs-gmatre Crieurs de La Ville de Paris, eftant veftus cu. 
de noir, & portant chafcun deux efcuflons aux armes dudit Seigneur, l’vn 
deuant, l’autre derriere, & fonnoient inceflamment leurs cloches. Iceux 
Crieurs de la Ville de Paris eftanc veftus de noir, dés le matin, ils auoient 
efté en tous les quartiers de la Ville, & publié le crefpas & entrée dudit 
Seigneur , aduifant le peuple pour prier Dieu pour fon ame. | 
Puis. marchoient en 2 au cofté dextre du corps, ayanc la Croix de- Mandishrs 
üant eux, les gsatre Ordres des Mendians, &c les. Religieux des Bikestes, des Blancs- see Lu 
Manteaux , des Matharins, de Saint Germain des Prexz, & de Saint Viétor, qui 
eftoient tous en grand nombre: 
| CCCcs 


1 49 8. 
Chenslier d 
Archers du 
Guest. 


Porteurs de 
fel. 


Secrgeus. 


754 OBSERVATIONS SVR LHISTOIRE 


Puis aprés, dudit cofté dextre, fuiuant les Mendians & Religieux, mar- 
choient 4 Chewalier, & tous les Sergens du Guet de la Ville de Paris, veftus de 
hoir. Etc aprés eux les vingr-quatre Porteurs de fel de la Ville, que l'on appel- 
le Hanoiers , & auil les Sergens de la douzaine, tous veftus de noir. Lefdits 
Hanoiers difoient que par Privilege ils deuoicnt porter le corps dudit Sei- 
gneut depuis l’entrée de la Ville de Paris iufques à la Croix pendante prés 
dudit Saint Denys. Mais il fut aduifé par Meficigneurs que lefdits Gen- 


. tilshommes de la Chambre le porteroient, fans préiudice du Priuilege que 


Archers de la 
Garde. 


Suifes, 


Enfans d'hen- 
nenr. 


Ma'ffres 
d'Hofiel. 


Vaiuerfité. 


Officiers de la 


masfon. 


Trompettes. 
Marants. 


Chariot, 


difoient auoirlefdits Hanoiers. 

Et aprés léfdirs Cheualier & Sergens du Guet, Hanoiers, & Sergens de 
la douzaine deffufdits, marchoient à pied les Cheuaucheurs de l'Efcurie 
dudit Séigneur. | 

Et aprés lefdirs Cheuaucheurs marchoient /es Archers de la garde , & Lei 
Suifles, tous en deuil, leurs chaperons veftus, & les robes defdits Archers 
ouuertes deuant, afin de connoiftre leurs hoquetons, & portans leurs halle 
ss ,) & auec eux X Licatenant de Capitaine Claude, Chef defdits Ar-. 
chers. à 

Et aprés eux dudit cofté marchoient les enfaws d'honneur en ordre, 8 
leurs chaperons veftus. 

Aprés les enfans d'honneur dudit cofté dextre marchoient les Mai/= 
tres d'Hefkl, chafcun portant fon bafton noir , & leurs chaperons vef- 
tus. L 

Et au cofté feneftre, à l’oppofite defdirs Mendians & Religieux, Sergens, 
& autres deflufnommez , fuiuanc les Crieurs deflufdits, marchoient en 
femblable ordre Meféigneurs de l'ninerfité, vous Graduez, sans és Arts, De- 
cret, Medecine, Theologie, que autres Faculrez, eftans en habits & chape- 
rons felon leur Faculté. Et Monfeigneur /e Reëkeur , auec grand nombre 
de Docfeurs defdites Facultez, tous reueftus de Chappes, & Îles Bedeaux de 
toutes les Nations deuant luy , ledir Seigneur Redteur fe mit en deuoir, 
& fit offre d'amener la totalité des Efudians de ladite Vniuerfité, que l'on cff:- 
me à plus de vinet-cing mille hommes. Mais pour éuiter la preffe, l'on s'arrefta 
à n'auoir que lefdits Gradyez qui effoient quatre à cinq mille hommes. Et tenoic 
le rang de ladite Vniuerfité du cofté feneftre iufques prés du corps & fta- 
tué cy-aprés declarée. | | 

Et par le milieu de la ruë, entre ladite Vniuerficé & les deflufdits qui 
alloient à l’oppofite d’eux, marchoient par ordre ceux qui s’enfuiuent. 

_ A l'endroit où failloit la bande des torches, marchoit Z Maiffre d'Hoffel 
de la defpenfé Chafteaudieux, qui pour lors feruoit, eftant monte fur fa 
mulle , menant aprés luy à pied tous Les officiers de La Maifon, qui alloient 
par ordre, & leurs chaperons veftus, D | 

-Et aprés eux marchoient les Trompettes & Herauts, vous en deuïl, & 


en leur ordre. 


Plus fuiuant les deffufdirs marchoit L Capitaine Claude fur vn courfier 
houffé de veloux noir, lequel Claude aüoit fon chaperon veftu , & portoic 
le Guidon du Roy defployé. LL | | 

Et fuiuant le Guidon par le milieu de la rué marchoit /e Chariot où auoit 
cfté apporte le corps dudit Scigneur depuis Amboife iufques à Noftre- 
Dame des Champs , lequel chariot eftoit couuert d’vn drap de veloux 
noir. Et pardeflus le veloux d’vn autre drap d’or, ayant vn bout de ve- 
loux bleu, de la largeur du veloux, femé de fleurs de lys, & bordé d’her- 
mines. Et y auoit fur le drap d’or vne grande Croix blanche, & fix cheuaux 
qui menoient ledit Chariot, lefquels eftoienc tous couuerts iufques en rerrè 
de veloux noir , & la Croix blanche deffus. Etc femblablement les colliers 
& traits tous couuerts de veloux noir, | 


DV ROY CHARLES VIIL 755 - 


. Et aux coftez du Chariot marchoient à cheual les deux Eféuyers de corps, 1 4 9 8, 
Emar Rony, & Camiquan, feruans lors du crefpas dudit Scigneur. Efenyeri, 

. Ec aprés ledit Chariot marchoit J'Efuyer de le defjenfé Blandin, cftanc à 
cheual, | 

Et aprés luy marchoient fx Pages, veftus de veloux noir, fur les fix coure Pages 
fiers, tous couuerts de veloux noir , la Croix blanche defflus. 

Aprés les fix cheuaux, eftoit mené 4 cheval de l'efpée, couuert de veloux 
noir, & la Croix blanche deflus. 

Et füuiuant ledit cheual marchoient les EfCuyers Stiflac, Genlis, & Sainte 
Mefme, qui eftoient fur leurs mules. | 

Puis au cofté dextre marchoienc par ordre les Eglfes féculieres @ Parro- paroiges ds 
chiales de Paris. | Paris, 

Et aprés eux marchoient dudit cofté ceux des Egli/és de la Sainte Chapelle 
GC de Noffre-Dame de Paris, tous par ordre. 

Et auditrang dextre fuiuanc les deflufdits Marchoient en ordre Les Prelas Prelass. 
qui s’enfuiuent , tous reueftus en Pontificat, ayans chafcun leurs crofles; | 
l'Abbé de Saint Victor, l'Abbé de Saint Magloire, l'Abbé de Sainte Genenicfue, 
l'Abbé de Fefcan, l'Abbé de Sarlat, l'Eucefque de Valence, l'Eucfque d'Angers, l'Euef- 
que d'Auxerre, l'Eucjque de Bethleem , l'Eucfque d'Eureux , l'Eucfque de Cornoaille, 
l'Euefque me pot » © l'Enefque de Paris. Les Cardinaux de Gurce, 6: de Lu- 
xembourg. Et toufiours au rang feneftre à l'oppofite des deflufdits marchoit 
le rang de ladite Vniuerfité en l’ordre deuant dit. Et entre,les deux rangs 
d’Eglife & Vaniuerfité marchoient les Sergens 4 maffe, portans la tefte des... à 
leurs mañles contre bas. Et les deux Roys d'armes Monioye & Cleruoye, maÿe. 
leurs chaperons veftus. Et au cofté fencftre defdits Roys d'armes mar- Ross d'armes, 
choient les Maisfres des Requefes. Maifires des 

Et aprés lefdics Roys d'armes, marchoit le chewal de parement mené en Rae. 
main, tout couuert de veloux noir iufques en terre, & ne luy voyoit-on Che#slés be. 
que les yeux, & auoit la Croix blanche deflus. ce | 

Apres lequel cheual, marchoit le Grand-Efuyer fur vne mule baffe, cou- Gus rf. 
uerte d’vn caparaflon de veloux noir, portant l'efpée. cuyer. 

Et à cofté de luy, trois ou quatre pas plus en auant, marchoit le Prewoif prouof di 
de Paris à picd, portant fa verge en fa main, comme à fon Office appar- Paris. 
tient. 

Incontinent aprés ledit Grand-Efcuyer ,marchoient les feize Gentils-hom- Gentilbom- 
mes, qui portoient la litiere où eftoit le corps, & audeffus du corps la fta- mes. 
tuë & reprefentarion du Roy faite au vif, comme deffus eft dit. Eteftoient | 
Mefleigneurs es quatre Prefidens portans les quatre coins du drap d’or du prefarms. 
lit de parement, & eftoient veftus d’habits Royaux, & tous Mefeigneurs de parlement. 
La Cour au tour dudit corps, tous veftus d'Efcarlate, ayans les Huifliers de 
ladite Cour deuant eux, veftus de noir. | 

Ec eftoir le Ciel porté par Meflcigneurs /e Prewoff des Marchands & les preuoft des 
Efcheuins de la Ville, duquel Ciel le fond eftoit de drap d’or, & les pentes Marchands de 

e veloux bleu, femé de fleurs de lys de brodure, & dix baftons , fur %°”**" 
quoy il eftoit porté, couuerts de veloux bleu, femblablement femez de 
fleurs de lys. | | | 

Au cofté feneftre dudit corps marchoit Louys Daux , premier Valet tren> 
chant, portant le panon dudit Seigneur defployé. 

: Ecau cofté droit marchoit /e Seigneur d'Alegre, portant l'Enféigne dudit rsfigue. 
Seigneur aufli defployée. ” | 

Apres le corps & ftatuë marchoit Mos/éigneur de la Trimouille pre- Banniers. 
mier Chambellan , portant la banniere comme dit eft ; & à cofte de 
luy la perfonne de Monfeigneur 4 Grand- Maiffre Monfigneur de Chau- 

Mont. : | | | 


Cardinsnx. 


CCCccij 


LÆ 


———— 756 OBSERVATION SVR L'HISTOIRE 


149 8. Et aprés du cofte droit du corps marchoient Mefcigmeurs les Princes dy 
princes du 5408. C'eft à fçauoir , Monféigneur de Montpenfier, Monféigneur de Guife, 
Sans @ ss. Monftigneur de Dunois, Monfeigneur le Duc d'Albanie, G Monféignesr d'Auen- 
Fr nes , lefquels portoient le deuïl, leurs grands manteaux & chapperons 
Chambrllans. Veftus. Et aprés eux Mcfleigneurs les Chambellans & Cheualiers de l'Ordre, 
Chemaliers de 8 Les quatre Barons qui auoient porté le poifle, Ec aprés eux en cruche les 
due vingt-quatre Archers du Corps en deuil. 
Et aprés lefdics Archers marchoient les Gexssilshommes , leurs haches au 
poing , felon le premier ordre deflus declaré, 
Et de l’autre cofté de la ruë, au cofté feneftre du corps, à l’oppofite def. 
Chambre des dits Seigneurs du Sang, marchoient Mefleigneurs de Ja Chambre des Comptes, 
Ce a les Généraux de la Iuffice, les Officiers du Tref6r, & du Chaffelet, tant Crimi- 
Chafls. nel que Ciuil, & les Bowrgcois de la Ville. Ét après en cruche marchoient 
les Archers de la Ville. : 
hs Er en cé ordre fut le corps conduit iufques à Noftre - Dame de Paris. 
Ses # Et de là le lendemain, dernier iour d’Auril, aprés le Seruice, qui fuc 
corps de Paris moult folemnel’ en ladite Eglife, fut le corps conduit en femblable ordre 
ms." jufques hors Paris, à où chafcun monta à cheual, & reprit le premier or- 
dre deffus declare. 
Et aprés la Croix pendante prés Saint Denys, fe trouuerent les Religieux 
dudit Saint Denys audeuant dudit corps. Et fut ledic corps porté à Saine 
Denys en l'ordre deflufdit. Er à l'entrée de la porte dudit Saint Denys, 
mefdits Seigneurs les Prefidens & de la Cour reprirent leurs ordres com- 
me ils auoienc fait à Paris, & accompagnerent le corps ce iour & le len- 
demain iufques fur le bord de la fofie. | 
seruics fairà Et 1e lendemain de fon arriuée audit Saint Denys , qui eftoit le premier 
Saint Denys. jour de May, fut fait le Seruice folemnel par Monfcigneur L Cardinal de 
Oraifon fun. Luxembourg, & plufieurs autres defdies Prelats: & par Monféigneur d'Angers 
bre par lssn fut faite une belle Predicarion. Et le Seruicc fait, fuc le ne mis en fe- 


pe PS A ulture, là où par Meffeigneurs les Cardinaux & Prelats deflufdics furene 
feeur du Aites les Ceremonies & Solemnitez de l’Eglife à eux appartenantes. Ee 


7 femblablemenc par les Seigneurs & Officiers deflufdits furent gardées & 
faires en grande reuerence toutes les autres Ceremonies & Solemnitez en 
tel cas requifes , & cy-deuant contenuës €s Ordonnances faites par le 
Grand - Efcuyer. | 

Ledic Grand-Efcuyer fe deporte de parler des funerailles, aumofnes, 

Cœur du Roy feruices, & ceremonies faites & venuës cant és Eglifes de Clery, où le Cœur 

Charles VIII. dydit Seigneur 4 effé enterré, à Noftre - Dame de Paris, & Saint Denis, que 

_. Cly. ouffi és autres Eglifes où le corps a repofé depuis fon trefpas , & où il a 
efté faic Seruice folemnel. Car Meffeigneurs les Prelats qui en ont eù la 
charge y ont procedé dignement, tant en aumofnes, continuation de Ser… 
uice jour & nuit, depuis l’heure du crefpas dudit Seigneur, & iufques à fon 
enterrement, que aufli en luminaires, & s’en font acquitez tres- digne. 
ment, ainfi que chafcun a veu & connu. 

Et au regard des paremens de foye sa les Autels des Eglifes & cein- 
tures de veloux & fatin, que autres femées de fleurs-de-lys , tentes de 
chaifes & fieges en icelles Eglifes, tant de draps de foye , que de draps 
de laine, & euffons & broderie, que autres chofes éfdices Eglifes, ont 
cfté ordonnez felon les lieux tels que chafcun a pu euidemment voir, & 
par ledit Maiftre d'Hoftel Pierre Louïs bien executées. 

Les Noms de Mefleigneurs les Princes pour porter les manteaux de 
deuil. cHenféigneur de Montpenfier, Monféigneur de Guift, Aonféigneur de 
Danois, Monfcigneur d'Auennes , Monféigneur le Duc d'Albanie. 

Les Chambellans pour porter le drap de deflus le corps. cHfowfigneur 


DV ROY CHARLES VIIE 57 a 


de Piennes , Monftigneur du Bouchaige, le Senefchal de Beaucaire , Monfeigntur 1 49 8: 
ds Moulin. | 
Les Scigneurs & Barons pour porter le grand poifle. Jacques Mon/i- 
geur de Rohan , Monftigneur le Vidame , Monftigneur de PRE ir Mon/ei= 
gneur de Mauleon , Monféigneur de Raucl, le fils de Mowféigneur de Lautrec, 
Monféigneur de la Rochepof , Monfeigneur de Maifieres , le fils de Monfeigneur 
de Lijle. h 
LE Gentilshommes pour porter le corps. René de Coffé, le Senefchal 
d'Armaignac Bourdillon , George de la Chambre , Saint Amadour , Anthoine des 
Anbus , Guyot Courcow , Bernard de Villeneuse , Lailler , le Sencfchal de Lyon, 
Pocaire , Ican du Moustier , le Baillif de Mortaing , Efpery, Briant , le grand 
Baïtard du Liege. Et pour Grand-Maiftre, Mon/éigneur de Chaumont. 


OMISSIONS ET eADDITIONS. 


"Proiet de mariage entre Charles Dauphin , fils du Roy Louis XI. 
Co Marie heritiere des Pays - Bas. 


 Ovis par la grace de Dieu Roy de France : À tous prefens & à venir, 
Salut. Comme puis nagucres pour toufiours de plus en plus nourrir & 

accroiftre l'amour, union & prochaineté de Nous & de noftre tres-cher 
&c tres-amé frere & coufn Le Duc de Bourgogne, ait efté fait ouuerture du | 
mariage de noftre tres - cher & tres -amé aifné fils * Charles Dauphin de Vien- * Depuis Roy 
pois , & de noîftre tres-chere & tres -amée coufine carie * fille de noftre- Jens : nom de 
dit frere & coufin de Bourgogne, Sçasoir faifons que pour le fingulier de- 1 efois LE 
fir & affeétion qu’auons à noftredit frere & coufin & à fa Maifon de Bour- /esi mafe. 
gogne, auons de noftre certaine fcience & par grande & meure delibera- 
on de plufeurs des Seigneurs de noftre Sang & lignage, & autres de" "fm 
noftre Grand Confeil, fait traité, accordé, conclu, promis & iuré, & par milissl. Em. 
la teneur de ces Prefentes, tant en noftre nom, comme pour & au nom ?"#r. 
de noftredit fils, & nous eftabliffant & faifant fortpour luy, faifons, trai- 
tons, accordons, concluons, iurons & promettons ledit mariage d’iceluy 
noftre aifné fils, & de noftredite coufine de Bourgogne, lequel mariage 
noftredit frere & coufin Je Duc de Bourgogne, & aufli noftredite coufine 
fa fille, onc promis & iuré de leur part faire & accomplir. Ec en faucur & 
contemplation d'iceluy nous auons donné & o&roye par forme de doüaire 
à noftredite coufine, au cas que aprés ledie mariage confommé & accompli, 
elle furuiuroic noftredit fils, la fomme de cest mille eftus d'or de rense X 8e * N° Dohaire 
reuenu par chafcun an fa vie durant, & au deffous à icelle afleoir, afhgner, excefif. 
parfournir & continuer en nos Pays & Comté de Champagne, & autres 
Pays adiacens & contigus iufques au parfourniflement de ladite fomme, 
& pour plus grande feureté dudit Traité de mariage, nous auons donné & 
donnons par cefdites Prefentes plein pouvoir, authorité , commiffion & 
mandement fpecial à noftre cher & feal coufin Confeiller ; & Premier 
Chambellan George de la Trimoïlle , Seigneur de Craon, de Rochefort, 
& de Lifle Bouchard de conclure par paroles de prefent ledit mariage, 
& de fiancer & efpoufer en face de Sainte Eglife, pour & au nom de nof- 
credit fils, icelle noftredite coufine de Bourgogne, ou en prendre & bail- 
ler celle obligation & feureté qu’il verra eftre à faire. Promettans de bonne 
foy, en parole de Roy, fur noftre honneur, & fur l’hiporeque. & obligation 
de tous nos biens, de tenir de noftre part, & faire tenir & accomplir par 
noftredit fils cout l'effet & contenu de cefdices Prefentes, & le luy faire 


CCCcecii) 


1498. 


r2. Æaril 
2456. 


* Elle efpou[s 
en fecendes 
nopces Ican 
de Beslogne, 
V. cy-deffus 
?- 691. 


L 


758 OBSERVATION SVR L'HISTOIRE 

ratifier & auoir agréable, & au furplus accomplir 8 confommer ledit ma- 
riage fi-toft qu'il fera venu en âge fuffifant pour ce faire, & quant à ce 
nous fubmettons aux cenfures Ecclefiaftiques, & de n’en pouuoir eftre ab. 
{ous fans le confentement de noftredit frere & d'’icelle noftre coufine..… , 
Sur le dos eff eférit : Minute premiere faite par Monfieur le Greffer, 
Maiftre Guillaume de Cerifay, du mariage de Monfcigneur lé Dauphin & 
de Mademoifelle Marie de Bourgogne. | nu 

| Pré fur cette Minate Originale. 


Articles de mariage entre le Duc de Bourbon C onnefable de France, 
9° Teanne de Bourbon [œur du Duc de Vendofme. 


A Tovs ceux qui ces preféntes Lettres verront : Jean Bandcreul Bourgeois 
de Saint Pierre le Monftier , & Garde du Scel eftabli pour le Roy 
noftre Sire en la Preuofté dudit lieu, Sa/wr. Sçauoir faifons que Eftienne 
Garmat Clerc luré du Roy noftredit Sire & Notaire dudit Scel , nous a 
rapporté & tefmoigné par ces Prefentes, auoir veu, tenu & leu de mot en 
mot vn roullo en parchemin fain & entier en feings & efcritures, auquel 
cftoit efcrit ce qui s’enfuit. Pour l’accompliflement du mariage pourparlé 
entre Monfeigneur le Duc de Bourbon C* d'Auuergne Conneffable de France, 
d'vne part ; & Mademoïifelle Jeanne de Bourbon * fœur de Monfcigneur 
François de Bourbon Comte de Vendofme d’autre, ont efté accordez les 
articles qui s’enfuiuent. Premierement, mondit fieur le Comte de Vendof. 
me donne & conftituëé en dot à Mademoifelle fa fœur cel droit, part & 
portion qui luy peut competer & appartenir en fa Maifon de Vendofme, 
comme fille de ladite Maifon felon la declaration que le Roy en fera. 
Item, mondit Seigneur le Conneftable donne à madire Damoifelle pour 
fon doüaire la fomme de fix mille liures tournois de reuenu annuel, au 
cas que doüaire aura lieu, & à commencer du iour & temps que iceluy 
doüaire aura lieu, foit au premier an de cedit mariage ou aprés, fi aura 
audit cas pour fa demeure les places & Chaftellenies de Cleyppie & Sury 
les Bois, À pre les demeures & Maifons ne feront pour rien comptées, fauf 
feulement le reuenu defdites Places ; & fera le furplus fur la Comté de 


: Forefts de prochain en prochain. 1m, aura madite Demoifelle pour tous 


droits qu’élle pourroir pretendre és meubles & conquefts la fomme de 
douze mille liures cournois pour vne fois, qui feront & demeureront pro 
pres à elle & aux fiens. Lefquels articles mondie Seigneur le Conneftable 
& Monfeur le Comte de Vendofme ont promis & iuré és mains & pre- 
fences de Nous lacques Berzeau & Iean Menon Notaires & Secretaires 


_ du Roy noftre Sire fousfignez en l'Hoftel Abbatial de l'Abbaye de Sainc 


Ioyn en Poitou, le 12. iour du mois d’Auril 1486. auant Pafques, cef- 
moins à ce prefens & appellez Meflire Guillaume de Rochefort Cheualier 
Chancelier de France, Meflire Pierre Euci{que d'Orange, Méeilire Iean Du- 
mas Cheualier, Seigneur æe Lifle, Confeiller 8 Chambellan du Roÿ, Mef- 
fire Bertrand de la Roche Cheualier Seigneur du Creft, Bompart, fieur 
de Laige, Anchoine fieur de Foulet, Anthoine fieur de Preire, & autres 
plufieurs. Ainfi figné, J. Berteag © Menon. En tefmoin de ce nous Garde 
deffufdic, à la relation dudit Iuré qui les chofes deflufdites nous a rappor- 
cées eftre vrayes, le féel de ladite Preuofté auons mis & appofé à ces Prefen- 
tes Lertres A Vidimus. Fait & donné à Molins le 7. iour de Ianuier 1 494. 


D AGE 6 9. Ledit Duc l’aimoit, & auoit fiance en luy. | 
C’eftoit ss re Comte de Naffau, iflu de la Maifon de Naflau, qui 
eft la premiere d'Allemagne entre les Maifons des Comtes. Son frere puif= 


DV ROY CHARLES VIII. 759 


né Jean Comte de Naflau fur pere de Henry & de Guillaume Comtes de 
Naflau; Henry pere de Rene, Prince d'Orange; & Guillaume , pere de 
Guillaume Prince d'Orange, & de Iean Comte de Naflau, decedé lan 1606. 


AGE 162. Et fpecialement Claude de la Chaftre, qui toufiours eftoit 
.  loignant le Roy. 

I! eftoit Seigneur de Nancey en Berry , & Capitaine des Gardes du 
Corps des Roys Louys XI. Charles VIII. & Louys XII. Gabriel de la 
Chañtre fon fils, Ioachim fils de Gabriel, & Gafpard fils de Ioachim lu 
fuccederent en la mefme charge auprés des Roys Louys XII. François Î 
Henry II. François II. Charles IX. & Henry III. Claude frere puifné 
dudit Joachim fut Pere de Claude II. Marefchal de France , pere de 


Louys, auf Marefchal de France. 


AGE 211. Mefhre Adrian de l’'Hofpital menoit l’auantgarde. 

Il eftoic Seigneur de Choify. Il eut deux fils d'Anne de Rouhaut, 
fille de Ioachim de Rouhaut, Seigneur de Gamaches, Marefchal de France, 
fçauoir Aloph de l'Hofpital, Seigneur de Choify, & Charles de l'Hofpital, 
Seigneur de Vicry. . 

Aloph Seigneur de Choify fut pere de Iean Comte de Choify, pere de 
Jacques aufñi Comte de Choify. 

Et Charles Seigneur de Vitry, pere de François, auffi Seigneur de Vi- 
cry , lequel eut pour fils Louys pareillement Seigneur de Vitry, Lieute- 
nant pour le Roy en Brie, Capitaine des Gardes du Corps du Roy 
Henry IV. & Marefchal de France. 


A PARIS, 
DE. LIMPRIMERIE ROYALE, 
PAR SEBASTIEN MABRE-CRAMOIS y, 


Directeur de ladite Imprimerie. 


M DC. LXXXI V. 


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